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27 février 2011

SIMPLE MINDS : Chelsea girl


Acquis chez Woolworths à Londres vers la fin 1983
Réf : ZUM 11 -- Edité par Zoom en Ecosse en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Chelsea girl -/- Garden of hate

Je crois me souvenir que j'ai eu ce 45 tours dans l'un des lots de dix disques emballés sous plastique achetés chez Woolworths au centre de Londres, comme le Mystic Knights of the Oingo Bongo. Si c'est le cas, comme il s'agit d'un groupe connu on peut être sûr qu'il faisait partie des deux seuls disques du lot dont la pochette était visible.
Chelsea girl est le deuxième single de Simple Minds, sorti quelques semaines après l'album et le single titrés Life in a day, (Chelsea girl est sur l'album). J'ai acheté ce premier album alors que j'avais déjà Real to real cacophony et je me souviens que ce disque était assez décrié à l'époque. J'avais lu au moins une chronique qui voyait en Simple Minds de simples suiveurs de Magazine ou XTC, allant même jusqu'à embaucher leur producteur John Leckie, qui en fait n'était pas leur premier choix : ils auraient préféré John Cale ou John Anthony, le producteur de Van Der Graff Generator.
Le groupe a très vite renié cet album, avant de sortir le deuxième dans la foulée quelques mois plus tard. Ce n'est certes pas un chef d'oeuvre, mais outre une pochette trés réussie, il propose au moins deux excellentes chansons, les deux singles, Life in a day et Chelsea girl. Sauf que, à la réécoute, les points de référence musicale me semblent plus à chercher vers Ultravox!, Sparks, Roxy Music, les Stranglers ou le Velvet Underground que chez Magazine.
Alors que la pochette du 45 tours Life in a day était plus que minimale, celle de Chelsea girl est presque luxueuse, avec une peinture au recto, de Thomas Rathmell, et une au verso de Mary Ruth Craig. En fait, c'est cette dernière qui avait d'abord été contactée pour la pochette, mais elle a été plus inspirée par la face B, Garden of hate, et a produit un beau tableau bien lugubre, qui s'est naturellement retrouvé au verso. Pour le recto, c'est Jim Kerr qui a repéré le tableau chez l'avocat d'Arista Records. Il a trouvé qu'il convenait parfaitement pour illustrer cette chanson, dont le personnage est basé sur le mannequin du Swingin' London Jean Shrimpton.
Sur Chelsea girl, Simple Minds est dans son registre plus électrique que synthétique. Il y a un bon gros riff de guitare et même un solo. C'est un morceau que j'aime toujours beaucoup, avec un refrain pas vraiment pop mais qui fonctionne bien. Quelques semaines après avoir beaucoup écouté Rock and roll heart de Lou Reed pour le chroniquer, la parenté de Chelsea girl avec Temporary thing, signalée par le site simpleminds.org, ne m'a pas sauté aux oreilles. Après vérification, je saisis ce qu'ils ont pu piquer chez Lou Reed pour construire leur composition, mais on est très loin d'un véritable plagiat.
Dans un même ordre d'idée, avec le jardin dans le titre, j'ai eu un petit coup au coeur en entendant l'intro au synthé de Garden of hate, qui m'a fait penser au Jardin chinois de Taxi-Girl. Il y a un petit lien aussi dans la thématique des paroles, mais, même si l'écoute de cette chanson plutôt quelconque, composée après le sessions de l'album, aurait pu très éventuellement déclencher chez Taxi-Girl l'envie de composer Jardin chinois, toute comparaison s'arrête là : la chanson de Taxi-Girl est une réussite à mille lieues au-dessus de celle de Simple Minds.




Simple Minds, Chelsea girl, dans l'émission The Old Grey Whistle Test diffusée le 27 mars 1979.

02 août 2011

SIMPLE MINDS : Real to real cacophony


Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne fin 1979 ou début 1980
Réf : SPART 1109 -- Edité par Zoom / Arista en Angleterre en 1979
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

J'ai acheté mon exemplaire en import de ce deuxième album de Simple Minds dans les semaines ou mois qui ont suivi sa sortie, mais pourtant je n'ai pas tout à fait l'édition originale anglaise de Real to real cacophony. En effet, comme pour mon exemplaire, la pochette de l'édition originale était imprimé sur un carton bleuté texturé assez léger, mais en plus ce carton comportait des découpes, comme on peut le voir ou . Mais ce genre de plaisanterie, comme les formes en relief sur le Fear of music de Talking Heads, qui venait de sortir et qui a peut-être inspiré le graphiste Paul Henry, ou les différents projets pour Factory qui ont fait la réputation de Peter Saville, ça revient tout de suite très cher et, dans ce cas précis, Arista a très vite décidé d'arrêter les frais après la sortie initiale du disque. N'empêche, je préfère ma pochette anglaise "pas finie" à celle qu'Arabella Eurodisc a fini par sortir en France au bout d'un certain temps : une pochette avec un bleu différent sur un carton lisse filmé tout brillant, qui n'avait pour le coup plus grand chose à voir avec le projet original, qui n'est de toute façon pas une réussite.
Il faut se replacer dans le contexte de 1979 : Simple Minds était un jeune groupe prometteur qui décevait beaucoup sa maison de disques Arista : le premier album Life in a day et les 45 tours associés avaient peu marché et le label s'est vite rendu compte que ça serait idem avec celui-ci. Simple Minds est un cas d'espèce plutôt rare, celui d'un groupe qui a connu le méga-succès seulement au moment de son cinquième album ! A ce moment-là, le groupe avait depuis longtemps quitté Arista et c'est Virgin qui a empoché la mise.
Musicalement, je dirais que le Simple Minds de 1979 est un caméléon de la new wave. On reconnait la voix de Jim Kerr, l'album est loin d'être mauvais, mais il manque d'originalité et se situe presque trop dans l'air du temps. A tel point que, à l'écoute, c'est un florilège des grands noms de l'époque qui vient à l'esprit, et cela dès les premières notes du disque avec le début du titre Real to real qui me fait immanquablement penser à Kraftwerk, notamment la façon de chanter qui m'évoque beaucoup le tube Radioactivity.
Avec ses sept titres, la face A part un peu dans tous les sens. Si Naked eye et Citizen (Dance of youth), avec leur côté sombre et claustrophobe, semblent annoncer Empires and dance, Carnival (Shelter in a suitcase) me renvoie plus  au premier album Life in a day.
Après l'instrumental Cacophony, il a Veldt, et là c'est particulier. Une fois plongé en 1980 dans l'album solo d'Andy Partridge Take away / The lure of salvage, je n'ai pas pu m'ôter de l'idée que Veldt, ce titre à l'ambiance de jungle expérimentale digne également de la série Homo safari d'XTC, avec John Leckie comme producteur commun, ne pouvait qu'avoir bénéficié de l'apport (non crédité) d'Andy Partrtidge, que j'étais presque persuadé d'entendre. Ce n'était pas le cas et je le sais car je suis même allé jusqu'à poser cette question subsidiaire à Mr Partridge, qui m'a répondu par la négative. A moins peut-être que Leckie ait utilisé à son insu un enregistrement de la voix de Partridge, mais je ne pense pas quand même !
La face B de l'album est plus homogène. Elle contient notamment trois titres très forts de chacun cinq minutes grosso modo qui auraient pu apporter le grand succès un peu plus tôt à Simple Minds. Il s'agit de Changeling, qui pour le coup est sorti en single et n'a pas marché, Calling your name et Premonition, qui a été mise en version live en face B de deux singles différents. Mais là encore les références abondent à l'écoute. La basse proéminente de Premonition me rappelle le Psycho killer des Talking Heads, Changeling me ferait plutôt penser au Gary Numan de Replicas (Il avait été question un temps que Numan produise cet album plutôt que Leckie), quant à Calling your name et Scar, ces deux titres me font penser à la fois à Ultravox ! et Magazine...
Pour finir, et là je ne pense pas qu'il y ait pu avoir une influence dans un sens ou dans l'autre car les deux titres doivent être à peu près exactement contemporains et les mondes sont assez différents, mais Film theme a tendance à me rappeler le Rectangle de Jacno et les autres titres géométriques de son premier disque solo.
Real to real cacophony est un album que j'ai énormément écouté au moment de sa sortie, une époque où j'avais de toute façon peu de disques que j'écoutais tous énormément. Je continue à l'écouter de temps à autre avec plaisir et ça reste plus de trente ans après un bon album, très solide et très représentatif de la new wave.

18 février 2012

BUZZCOCKS : Spiral scratch


Acquis chez Music Box ou chez New Rose à Paris fin 1979 ou début 1980
Réf : ORG-1 -- Edité par New Hormones en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Breakdown -- Time's up -/- Boredom -- Friends of mine

Je suis assez souvent pris de vertige quand je scrute les pages de pub de concerts vers la fin des numéros de Mojo ou Uncut. Quasiment que des gens très connus, des années 60 aux années 80 et même 90. Quand on y regarde de plus près, au-delà des noms et des logos familiers, on s'aperçoit qu'il y a de tout là-dedans : des vieux chevaux de retour, des anciens qui n'ont jamais arrêté, des groupes reformés, des groupes dont il ne reste aucun membre original (Dr. Feelgood ?!), des groupes-hommages qui singent les originaux, des gens qui font la promo d'un nouvel album, d'autres qui rejouent un classique... Il y a même quelques contemporains qui se glissent dans le lot, mais certains (Jonathan Wilson, Fleet Foxes) sonnent comme des vieux.
Deux annonces m'ont particulièrement interpellé récemment. La première est pour la tournée 5x5 de Simple Minds, qui passe par Paris ce mois-ci : le groupe jouera pour l'occasion cinq titres de chacun de ses cinq premiers albums, sortis entre 1979 et 1982. C'est la seule période de Simple Minds qui m'intéresse (jusqu'en 81), mais l'ironie de la chose c'est bien que la grande majorité du public qui viendra assister à ces concerts ne connait sûrement pas grand chose de ces premiers disques du groupe. Pour l'occasion, un coffret X5 sort, 6 CD (Sons and fascination et Sisters feelings call sont sur deux CD différents) avec des faces B de single en bonus pour moins de 20 €. Bonne affaire..?
L'autre annonce, c'est celle des deux concerts Back to front que les Buzzcocks vont donner en mai dans leur ville de Manchester et à Londres. Trois formations du groupe punk-pop se succéderont sur scène avec Pete Shelley et Steve Diggle comme seules constantes : le groupe actuel, la formation classique des années United Artists et, pour finir en beauté, celle des tous débuts avec Howard Devoto au chant !
Certes, on sait que Shelley et Devoto s'étaient réunis il y a déjà plus de dix ans pour un album de nouveau matériel, Buzzkunst, mais là c'est aussi assez vertigineux de savoir que Devoto va rejoindre le groupe sur scène trente-cinq ans après l'avoir quitté, alors que son passage dans le groupe a duré deux ans à peine, pour chanter les quatre titres du seul disque qu'il a sorti avec eux. Quel intérêt au-delà de l'anecdote et de la retrouvaille entre potes ? Je n'en vois pas pour ma part, et je préfère profiter de l'occasion pour réécouter le disque.



On sait que ce 45 tours Spiral scratch est réputé pour être le premier 45 tours auto-produit de la vague punk. Les mecs étaient tellement contents de sortir leur disque qu'ils ont choisi un titre qui se rapporte au procédé technique même qui permet de dupliquer leur musique : cette rayure en spirale, c'est bien le sillon gravé dans le vinyl dont les variations indiquent à la pointe du tourne-disques quel son transmettre.
Enregistré fin décembre 1976 et distribué début 1977, il a été le premier disque indépendant de l'année à se vendre très bien. Pourtant, si plus de 16 000 exemplaires de l'édition originale ont été écoulés, je n'ai jamais dû en voir un de ma vie. Mon disque, que j'ai trouvé soit chez Music Box peu de temps avant sa fermeture, soit chez New Rose quand ils venaient d'ouvrir, date de la première réédition du disque en 1979, celle qui a été plus largement distribuée par Virgin (au point que le disque est entré dans les charts anglais), celle qui comporte la mention "with Howard Devoto" ajoutée sous le nom du groupe.
Outre que j'avais déjà dû voir souligné dans la presse le caractère "historique" de Spiral scratch, cette mention de Howard Devoto a dû être pour beaucoup dans ma décision d'achat, puisque j'étais alors avant tout un grand fan de Magazine. Ce n'est qu'un peu plus tard que j'ai dû acheter Singles going steady et Love bites des Buzzcocks et je dois bien dire que, pendant toute cette période, même si j'appréciais ce disque, il venait pour moi au second plan, à titre documentaire, derrière les parutions ultérieures de Magazine et Buzzcocks.
N'empêche, quel excellent disque. Quatre chansons excellentes, un son brut, saturé juste comme il faut. Deux brûlots punk, Breakdown et Boredom, deux autres un peu plus élaborés, dont Time's up, qui annoncent presque la suite des Buzzcocks. La grande influence des Sex Pistols sur le groupe s'entend, particulièrement celle du chant de Johnny Rotten (Boredom).
C'est justement Boredom, un sentiment qui exprime la quintessence du punk, qui est devenu le classique ultime (ah, ce solo de guitare sur deux notes !), mais j'ai toujours aimé autant sinon plus Breakdown, plus ramassée, la chanson parmi les quatre qui a le plus évolué (elle s'est fortement accélérée) entre les démos enregistrées deux mois plus tôt en octobre 1976 (publiées ensuite sur le pirate Time's up) et la session de Spiral Scratch (racontée ici par l'ingénieur du son).
Sur la chanson Time's up, enregistrée en une prise, le groupe penche vers le progressif en se payant le luxe d'une deuxième voix et d'un overdub de guitare ! Sur Friends of mine, Devoto chante si vite que j'ai du mal à le suivre, même avec les paroles devant le nez (tirées du livre It only looks as if it hurts de Devoto).
Au-delà du chant, les paroles sont l'un des grands points forts de ce disque. Sur ce point, les Buzzcocks sont les seuls à rivaliser avec les Pistols. Avec Boredom, Devoto ne se contente pas d'écrire l'un des premiers grands titres punks, il écrit aussi la chanson définitive sur le punk : "You see there's nothing that's behind me, I'm already a has-been. Because my future ain't what it was, well I think I know the words that I mean. You know me I'm acting dumb, you know the scene, very humdrum. Boredom, boredom. (...) So I'm living in this movie, but it doesn't move me". Une réflexion des plus élaborées sur le "No future" des punks, écrite dès 1976.
Devoto en tirera rapidement les conséquences pour lui-même et quittera le groupe quelques semaines après la sortie du disque. Heureusement, il avait devant lui un avenir qui ne se réduisait pas à chanter ces quatre mêmes chansons pendant trente-cinq ans. Même s'il va le faire prochainement, cela ne ne nous fera pas remonter le temps. Par contre, magie de l'enregistrement sonore, les quatre chansons et dix minutes une secondes que dure Spiral scratch ont le pouvoir de nous ramener instantanément à cet après-midi de décembre 1976 dans un studio de Manchester où le groupe a enregistré son disque.

Spiral scratch ne figure pas sur Singles going steady. On trouve encore assez facilement la dernière réédition en CD du disque chez Mute. Sinon, on peut même se permettre le luxe d'investir dans Inventory, un coffret qui reprend en CD singles les quatorze 45 tours de la première période des Buzzcocks, Spiral scratch compris cette fois-ci, et qu'on peut trouver en cherchant un peu pour guère plus qu'une trentaine d'euros.


Buzzcocks filmé en concert au Lesser Free Trade Hall à Manchester en juillet 1976, en première partie des Sex Pistols. La bande-son ajoutée sur les images est la version de Breakdown de Spiral scratch.


Le début de l'émission What's on spéciale Buzzcocks et Magazine, présentée par Tony Wilson, diffusée le 27 juillet 1978 sur Granada TV.

09 février 2013

ORIGINAL MIRRORS : Could this be heaven ?


Acquis probablement dans une FNAC à Paris en 1980
Réf : 6007 245 -- Edité par Mercury en France en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Could this be heaven ? -/- Night of the angels

Il semble vraiment que quelque chose de lugubre flottait dans l'air pendant les années new wave. Regardez le gars sur la pochette de ce 45 tours, on a l'impression qu'il est sur le point de se jeter dans le canal. Le titre de la chanson, c'est grosso modo, Ça pourrait être ça, le paradis ?. Avant même d'écouter le disque, on a l'impression de connaître la réponse négative. Et je note que ce 45 tours est sorti en 1979, soit avant même que Ian Curtis ait la mauvaise idée de se balancer au bout d'une corde dans sa cuisine en rythme sur du Iggy Pop.
Pourtant, cette pochette sinistre du tout premier disque d'Original Mirrors est en partie trompeuse. En effet, Could this be heaven est avant tout une chanson dansante, l'une de ces réussites d'hybride disco mutant que la new wave a pu produire. Un classique mineur du genre, un peu oublié de nos jours. Mais au-delà de cette pop entraînante, il ne faut peut-être pas trop creuser en déchiffrant les paroles, ce que je n'ai jamais cherché à faire, car ça risque vite de retomber dans le déprimant, vu que dès le début j'entends "You, me, I, we don't dance, we just cry"... Au niveau du son, on est vraiment typiquement dans la new wave, presque un cas d'école, pas loin de Way Of The West, genre Simple Minds dansant ou Cowboys International commercial.
En face B, Night of the angels est très bien aussi. Et là c'est très clair, on aurait pu trouver ce titre sur n'importe lequel des deux albums de 1979 de ces camélons de la new wave qu'étaient Simple Minds.
Ce 45 tours a été produit par Bill Nelson, ex-Be-Bop Deluxe, qui a aussi beaucoup produit les Skids dans ces moments-là. Par contre, pour l'album, paru quelques mois plus tard, les deux principaux membres du groupe, le chanteur Steve Allen et le guitariste Ian Broudie, étaient aux manettes avec Alan Winstanley (Stranglers, Madness et des dizaines d'etc.), sauf pour la version, simplement remixée, de Night of the angels, qui est celle du 45 tours. Could this be heaven a été réenregistrée pour l'occasion. Une version pas très différente, qui gomme un peu les tics disco, pas une catastrophe, sauf que la sauce est inutilement rallongée d'une minute par l'insertion d'une sorte de grand pont superflu.
Sinon, l'album dans son ensemble était de très bonne tenue, avec notamment le deuxième single, Boys cry, et une reprise de Reflections des Supremes.
J'ai dû découvrir Original Mirrors en écoutant Feedback de Bernard Lenoir. Je n'ai pas le courage d'aller vérifier dans la malle à  cassettes au grenier, mais je suis à peu près certain qu'un concert parisien du groupe a été diffusé en direct dans l'émission et que j'ai toujours l'enregistrement que j'en avais fait (et quelqu'un a effectivement mis un enregistrement de cette émission sur YouTube...).
J'avais acheté l'album à sa sortie, et le 45 tours peu de temps avant ou après. Par contre, je ne me suis pas intéressé du tout au deuxième et dernier album, Heart twango and raw beat, quand il est sorti en 1981.
Les membres du groupe, ce n'est pas avec la pochette de ce 45 tours, ni même avec celle de l'édition française de l'album (uniquement la liste des titres sur la pochette, aucun crédit sauf sur le rond central : à mon avis, il y a une pochette intérieure qui n'a pas traversé la Manche...), qu'on risquait de faire leur connaissance. Celui qui est passé à la postérité, c'est Ian Broudie, ancien de Big In Japan, qui, dès 1980, produisait deux titres du premier Echo & the Bunnymen, et qui surtout a connu un très grand succès au début des années 1990 avec son projet Lightning Seeds.
Ce que je ne savais pas alors, et que je ne savais pas encore en 1991 quand je l'ai interviewé, c'est que le clavier d'Original Mirrors était Jonathan Perkins, qui a une discographie longue comme trois bras et qui est notamment l'un des membres fondateurs d'XTC.

03 juin 2006

MR. PARTRIDGE : Take away / The Lure of salvage



Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en 1980
Réf : V2145 -- Edité par Virgin en Angleterre en 1980
Support : 33 tours 30 cm
11 titres

Je crois que j'ai fait la connaissance d'XTC quand ils ont joué live pour Chorus fin 78/début 79 (A quand la rediffusion ou la mise à disposition sur le réseau de tous ces concerts Chorus ? Devo, Magazine, XTC, Iggy Pop, Higelin, etc. ?). Cet album solo est lui sorti quelques mois après ce qui s'avère être ma période préférée du groupe, celle qui va de "Go 2" à "Drums and wires", en passant par "Making plans for Nigel" et "Life begins at the Hop".

Comme la maison de disque française à l'époque n'avait pas jugé bon d'inclure le EP "Go +", fourni avec les premières copies anglaises de "Go 2", je ne savais pas du tout à quoi m'attendre quand j'ai écouté pour la première fois ce "Take away/The lure of salvage", puisque le principe est le même que pour "Go +" : prendre des enregistrements de XTC, les triturer en studio dans un esprit électro-dub, éventuellement rechanter dessus et en faire de nouveaux titres. Le tout est emballé dans une pochette très réussie, due à Andy Partridge et Pearce Marchbank, graphiste réputé pour ses couvertures du magazine londonien "Time out".

 C'est donc ce qu'a fait Andy Partridge ici, pour son premier album solo. Et quand ses bidouillages fonctionnent, ça donne de superbes réussites qui auraient pu figurer sur des disques d'XTC : "Commerciality", "Cairo", "I sit in the snow", "New broom".
Quand ça marche moins bien, rien de catastrophique, ça donne au pire des musiques d'ambiance ou des instrumentaux synthétiques (comme "Work away Toyo day", qui fut en 1982 l'indicatif de ma première émission de radio, "Camisole", animée avec Philippe R. sur Reims Radio FM, future Radio Primitive). Et il y aussi cet ovni, "The forgotten language of light", où Andy Partridge nous emmène en Afrique, avec une bande sonore adéquate et une performance vocale impressionnante (Il faut se souvenir que cet album est certes sorti après le "I zimbra" de Talking Heads, mais avant le "My life in the bush of ghosts" d'Eno et Byrne.

 De nos jours, avec une connexion à internet, il ne faut pas plus de trente secondes pour trouver la liste des correspondances entre les morceaux originaux de ce disque et les titres de "Take away". Mais à l'époque, c'était un vrai mystère, et ça m'interrogeait assez pour que je prenne ma plume pour écrire à XTC (probablement en 1982). Andy Partridge a eu la gentillesse de répondre quelques mois plus tard, en avril 1983 (voir ci-dessous, cliquer sur la lettre pour l'agrandir). La référence à Simple Minds est une réponse à une question que je me posais : j'étais persuadé d'entendre sa voix sur "Veldt", un titre de l'album "Real to reel cacophony de Simple minds", produit par John Leckie, également producteur des deux premiers albums de XTC.




"Take away/The lure of salvage" est disponible en CD depuis plusieurs années, avec son compagnon "Go +", mais il est désormais crédité à XTC et disponible sous le titre "Explode together".

25 août 2008

ENO : Taking tiger mountain (by strategy)


Acquis à La Petite Boutique Primitive à Reims au début des années 1990
Réf : 2302-068 -- Edité par Polydor en Angleterre en 1977
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

C'est mon deuxième exemplaire de cet album. J'avais acheté le premier dans la première moitié des années 80, un pressage français en réédition que j'ai allègrement remplacé par celui-ci quand je suis tombé dessus : il est en parfait état, et surtout il possède la pochette ouvrante cartonnée d'origine, contrairement à celui que j'ai revendu, bien que ce ne soit pas une édition anglaise originale, celle-ci étant sortie en 1974 chez Island.
Outre qu'il est avec Lewis Furey et Howard Devoto l'un de mes dégarnis du front favoris, Brian Eno a la réputation d'être un intello égaré dans le monde du rock. Cette réputation, ainsi que ses succès dans le domaine de la musique expérimentale et ambiante (Discreet music, Music for airports, No pussyfooting avec Robert Fripp,...) ainsi que sa casquette de producteur-joker (Bowie, U2, Devo, Ultravox!, Talking Heads) ont le défaut de faire oublier un aspect important de son parcours : à chaque fois que Brian Eno a enregistré des titres pop-rock qu'il a chantés lui-même, ça a été une très grande réussite. Ce fut surtout le cas avec la série de quatre albums sortis de Here come the warm jets en 1973 à Before and after science en 1977, en passant par celui-ci en 1974 et Another green world en 1975, ce dernier comportant une bonne part de titres instrumentaux. C'est le cas aussi des quelques productions chantées qu'il a ressorties depuis les années 1990 ; je ne les connais pas toutes, mais il y a notamment Wrong way up en collaboration avec John Cale et Another day on earth.
De toute cette production, j'ai d'abord été accroché par Baby's on fire, un titre du premier album, avant de découvrir et de faire mon favori de ce Taking tiger mountain (by strategy), un disque que je trouve excellent de bout en bout, avec une grande unité musicale et thématique, sans vraiment être un album concept. Taking tiger mountain est surtout un disque qui n'a pas pris une ride en plus de trente ans.
C'est aussi un disque qui était en avance sur son temps. Je le considère depuis longtemps comme l'un des classiques de la new wave. Pas juste l'un des précurseurs, comme par exemple le Velvet Underground ou Kraftwerk, mais un disque qui sonne comme le meilleur de la new wave, qui aurait pu sortir tel quel en 1978 au lieu de 1974 et être apprécié au même titre que le premier album de Magazine, le deuxième de Wire, le deuxième de Talking Heads (co-produit par Eno) ou le second d'Ultravox! (qui a co-produit le premier).
Comme ces quatre albums, Taking tiger mountain est un disque plein d'énergie et d'inventivité enregistré à la base par une formation rock classique (basse, guitare, batterie) avec une présence relativement limitée de synthétiseurs.
L'une des particularités de l'enregistrement de Taking tiger mountain est qu'il a servi à Eno et Peter Schmidt pour élaborer leurs Stratégies obliques, des instructions inscrites sur des cartes utilisées pour rompre la routine de la production, sortir des impasses, garder de la fraicheur, accepter des erreurs, trouver de l'inspiration,... (on trouve ici une liste en français de Stratégies obliques). Ces stratégies obliques ont été utilisées par de nombreux artistes depuis, et ont notamment guidé les Oblique sessions de Pascal Comelade et ses petits camarades (Comelade, qui a par ailleurs repris au moins deux titres de cet album, le morceau titre et Put a straw under baby).
L'enregistrement de cet album en septembre 1974 est intervenu au terme d'une folle année pour Eno : en septembre 1973 il a enregistré puis sorti Here come the warm jets, suivi quelques semaines après de No pussyfooting avec Fripp, enregistré sur une assez longue période avant ça. Début 74, il s'est lancé dans une tournée rock de quelques dates accompagné par les Winkies, une aventure qui s'est conclue très vite, avec notamment Eno à l'hôpital pour un pneumothorax, et qui n'a laissé comme traces qu'un album inachevé et inédit et une excellente Peel session. Dans la même période, il a sorti un excellent 45 tours hors album, Seven deadly finns, et a participé au concert de Kevin Ayers avec John Cale, Nico et Robert Wyatt immortalisé par l'album June 1, 1974. Toujours dans ces moments-là, sont sortis également des disques de Lady June, Nico, Genesis et John Cale auxquels il a participé !
Taking tiger moutain by strategy, le titre de l'album, est repris de celui d'un opéra de la Chine communiste relatant un fait de guerre de la révolution chinoise. Cette origine peut en partie expliquer les quelques références à la Chine parsemées dans tout l'album, mais il y en a presque autant sur le Japon et il ne faut pas chercher trop de sens à ces paroles, particulièrement efficaces et bien vues, comme tentent de le faire certains fans, puisqu'elles sont de l'aveu même d'Eno en grande partie le résultat des stratégies obliques, utilisées pour résoudre les dilemmes qui en valent la peine, et de méthodes qui rappellent celles de Dada ou de l'Oulipo.
Une chose semble être sûre cependant, c'est que les paroles de l'album sont parsemées de bout en bout de jeux de mots et d'allusions à des pratiques sexuelles plus ou moins exotiques, ce qui ne surprendra pas de la part de l'auteur de Voici les jets chauds !
Avec des titres de chansons comme Les lignes aériennes en feu vous en donnent beaucoup plus et La grosse bonne femme du Limbourg, on sait de toutes façons à peu près à quoi s'en tenir.
Je pense que j'ai été clair, c'est un disque dont je conseille l'écoute en détail et intégrale. Pas besoin de le disséquer donc, juste quelques remarques au passage.
Si le passage sifflé dans Back in judy's jungle fait penser au Pont de la rivière Kwaï, ce n'est visiblement pas du tout un hasard.
Après coup, je me dis que ce n'est pas tant Magazine que Simple Minds a pompé pour son premier album Life in a day, mais plutôt la seule chanson Mother whale eyeless d'Eno, qui semble résumer tout cet album en quelques minutes. Sauf que le meilleur passage de la chanson, au milieu avec les choeurs qui chantent "In my town, there is a raincoat under a tree...", Simple Minds n'a jamais été capable de s'approcher de sa beauté.
Third uncle est le titre le plus rapide du disque. C'est aussi l'un de ceux qui a été le plus souvent repris, notamment par Bauhaus. Par contraste, juste après, Put a straw under baby ressemble à une berceuse, avec ce qui doivent être des synthés qui sonnent presque comme des cornemuses, et surtout une prestation très remarquée de Robert Wyatt aux choeurs, comme deux ans plus tôt sur Whatershebringswesing de Kevin Ayers.
The true wheel est un titre électrique, assez rapide et qui va s'accélérant fortement dans la deuxième moitié. C'est là qu'on entend ce qui doit être la première référence publiée sur disque aux Modern Lovers : "We saw the lovers, The Modern Lovers, and they looked very good, they looked as if they could, be our neighbours, the noisy neighbours". Je m'en veux parce qu'il y a quelques mois j'ai lu quelque part que les Modern Lovers et Eno avaient effectivement séjourné dans le même bâtiment en 1974, ce qui donnait une explication à cette référence, malheureusement je n'arrive pas à remettre la main sur cette info aujourd'hui.
Entre The true wheel et China my China, on entend quelques bribes d'un "zapping" sur un cadre de radio, ce qui nous permet d'apprendre que Jean-Michel Bezzina était déjà en activité en 1974 !
Le titre Taking tiger mountain clôt l'album très sereinement, au piano et aux choeurs, avec quelques lignes de textes qui font certainement référence à l'opéra d'origine.
Sur ce, je vous laisse vous emparer stratégiquement de cette montagne du tigre...!


Ajout du 27 juin 2011 :

Merci WFMU et YouTube ! Voici une vidéo d'époque pour China my China pour laquelle Brian Eno est accompagné par Judy Nylon et Polly Eltes.

01 février 2026

STRAWBERRY SWITCHBLADE : Since yesterday


Acquis peut-être bien au Virgin Megastore à Londres fin 1984 ou début 1985
Réf : KOW 38T / 249248-01 -- Édité par Korova en Europe en 1984
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Since yesterday -/- Sunday morning -- By the sea

La première fois que j'ai entendu Strawberry Switchblade, c'est quand Jill et Rose, les deux membres du groupe, ont fait des chœurs sur I wonder why, le deuxième single des Pastels. Leurs voix jouent un rôle important sur la face B, Supposed to understand.
Ce que je ne savais pas, c'est qu'elles été fortement impliquées dans la scène musicale de Glasgow depuis l'explosion punk de 1977; elles étaient notamment proches de toute la bande du label Postcard et Rose McDowall avait été membre d'un groupe appelé The Poems (il en est un peu question dans le documentaire sur Postcard et Fast Records Big gold dream). De façon purement anecdotique, on a appris plus tard que les mères de Jill Bryson et Alan McGee étaient amies, et donc que les deux se connaissent depuis l'enfance.

Le groupe 100% féminin s'est formée à quatre en 1981 (une démo de 1982 publiée postérieurement témoigne de cette première phase). Quand les deux autres membres ont quitté le groupe, Jill et Rose ont continué à deux, avec des bandes enregistrées pour les concerts et des amis musiciens pour les enregistrements.
Tout s'est passé très vite pour elles : mentionnées à la radio par Jim Kerr de Simple Minds, elles ont enregistré deux sessions pour la BBC, avant d'être signées en management par les Chameleons, David Balfe et Bill Drummond, qui ont produit leur premier single, Trees and flowers. C'est là qu'on a découvert leurs tenues très travaillées, à base de tissus à pois.

Le nom du groupe est très bien trouvé. C'est James Kirk d'Orange Juice qui en avait eu l'idée initialement, pour un projet de fanzine.
Il aurait aussi très bien convenu à The Jesus and Mary Chain, comme nom de groupe ou pour un titre d'album ou de chanson.
Les deux groupes sont de Glasgow ou sa région, mais je ne leur connais pas de point commun, si ce n'est qu'ils ont tous les deux signé chez une filiale de Warner, Blanco Y Negro pour JAMC, Korova pour Strawberry Switchblade, le label également d'Echo and the Bunnymen et The Sound.

Le chemin qui a mené à l'enregistrement du premier et unique album de Strawberry Switchblade n'a pas été simple. Une tentative a été faite en groupe avec le producteur Robin Millar, connu pour son style de pop jazzy (Working Week, Everything But The Girl...). Deux titres ont finalement été produits par Phil Thornalley, qui a travaillé avec The Cure, et le gros de l'album l'a été par David Motion, un jeune producteur spécialisé dans la production de sons électroniques.

Since yesterday est le single qui a été choisi pour annoncer l'album. Warner a mis les moyens pour sa promotion. Un disque souple promo a été suffisamment diffusé pour que j'en trouve un exemplaire à Folkestone il y a quelques années et, comme les ventes ne décollaient pas, le label a même investi dans une publicité télé au moment des fêtes de fin d'année. Ce n'était pas du tout courant à l'époque pour un jeune groupe et ça a porté ses fruits, puisque le groupe est passé deux fois à Top of the Pops et le disque est monté à la cinquième place du classement des ventes.

La production est très datée années 1980, mais Since yesterday est une excellente chanson techno-pop qui a tendance à bien s'incruster dans la tête. La chanson a bien évolué depuis qu'elle avait été enregistrée sous le titre Dance pour une session pour la BBC en 1982.
La courte introduction instrumentale est repiquée de la symphonie n° 5 de Jean Sibelius (Je peux vous assurer que je n'aurais pas pu trouver cette référence de moi-même, c'est tout juste si je connaissais le nom Sibelius...). La chanson a la particularité d'avoir un refrain en "La la la", sans paroles.
En lisant les paroles, j'avais l'impression d'un couple qui faisait le constat qu'ils étaient arrivés à la fin de leur histoire ("And as we sit here alone looking for a reason to go on it’s so clear that all we have now are our thoughts of yesterday"), mais Rose McDowall, l'auteur des paroles, a expliqué que le sujet de la chanson était la guerre nucléaire, ce qui la rapproche, même s'il n'y a pas de rapport musicalement entre les deux, du classique des Young Marble Giants Final day. Avec une production synthétique aussi travaillée, et avec des influences sixties, je pense aussi à un autre grand single de la même époque, le Vélomoteur des Calamités
Sur ce maxi anglais, c'est la version de l'album qu'on entend, qui fait trois minutes. Une version allongée a été publiée uniquement au Japon et pour une fois c'est réussite, avec une longue introduction instrumentale, et tout au long des sons de cuivres et de clarinette , que ce soit de vrais instruments ou pas. Cela m'a rappelé les excellents maxis de The The, comme Perfect et Uncertain smile.

Sur la face B, on trouve deux titres inédits par ailleurs, produits par David Balfe.
A quelques mois de la sortie de l'album d'inédits VU, la cote du Velvet Underground était fortement en hausse fin 1984. Sunday morning est un choix idéal pour Strawberry Switchblade dans sa version calme et acoustique. Le groupe la reprenait déjà sur scène en 1982.

By the sea est dans la même veine tranquille du groupe, inaugurée avec le premier single Trees and flowers. On est tout près de certaines chansons à venir de Revolving Paint Dream chantées par Christine Wanless.

Les pressions du show business étaient très fortes avant et après le succès de Since yesterday et le groupe n'y a pas résisté longtemps, d'autant que les membres du duo ne s'entendaient plus bien et que Jill souffrait d'agoraphobie. Il y a eu juste un single après l'album, une reprise de Jolene.

Jill Bryson est restée très discrète par la suite, mais elle a refait de la musique dans les années 2010 avec un groupe, The Shapists, dont l'un des membres était sa fille Jessie Frost.
A l'inverse, Rose McDowall a multiplié les projets et les collaborations au fil des années. Elle a participé en 1988 à l'enregistrement d'une reprise de Since yesterday par Current 93

La chanson a donné en 2024 son titre au documentaire Since yesterday sur l'histoire de groupes féminins écossais. Strawberry Switchblade y est bien sûr en bonne place.





21 avril 2012

LEWINUS MONE : The fine art of daydreaming


Offert par Al Turner par correspondance en mars 2012
Réf : MABE001 -- Edité par Mabel Revelations en Angleterre en 2001 -- Limited edition of 500
Support : CD 12 cm
20 titres

J'ai eu l'occasion de parler de Thin fine line, l'unique 45 tours du groupe anglais The Dolphins. Ce 45 tours de très bonne tenue d'un groupe complètement inconnu m'intriguait suffisamment pour que j'écrive fin 2010 au légendaire journaliste musical Fred Dellar, qui tient la rubrique Ask Fred dans Mojo, pour essayer d'en savoir plus.
Fred a donné sa langue au chat, mais il a publié ma question dans Mojo en février 2011 en lançant un appel à ses lecteurs. N'ayant eu aucune réponse à ma question dans les mois suivants cette publication, j'avais mis l'affaire de côté et je m'étais dit que ce disque resterait à jamais un mystère. Et puis, au début de cette année, j'ai finalement reçu un email d'Al Turner (le nom crédité pour la face A du 45 tours), qui me proposait de prendre contact avec lui pour parler des Dolphins (un de ses amis lui avait montré ma question dans Mojo). Ce qui fut fait, par email puis par téléphone.
Thin fine line est bel et bien le seul 45 tours (auto-)édité par The Dolphins. Le genre de sortie qui n'a pas eu de chance : le disque a bien été chroniqué dans le NME par Penny Reel mais le distributeur, qui avait reçu 500 exemplaires du disque, a fait faillite avant même qu'ils aient atteint les bacs des disquaires. Al n'a jamais su ce qu'il était advenu de ses disques. Le groupe a duré quelques temps, donnant quelques concerts, dont au moins un en première partie de Simple Minds.
Mes oreilles ne m'avaient pas trahi : le groupe qui a enregistré Thin fine line et les reprises de John Cale et Syd Barrett en face B n'était pas uniquement constitué d'amateurs tout juste sortis de leur garage. En effet, si Al n'était pas un musicien professionnel (il était plutôt disquaire), on compte au moins deux pointures parmi les musiciens du disque, John Veitch, fondateur du groupe Cafe Jacques et membre du groupe de Murray Head dans les années 1980 (il est mort en 1990), et John Bentley, à l'époque, et à nouveau maintenant, le bassiste de Squeeze. Le groupe est complété par Colin Hart à la guitare et Rob Todd à la batterie. De même, le Peter Bown mentionné dans les crédits est bien l'ingénieur du son qui a travaillé pendant des années pour EMI à Abbey Road. Il n'a pas produit le disque mais a remixé le produit des sessions d'enregistrement originales qui se sont déroulées au studio Archipelago à Pimlico.
Voilà désormais un peu de lumière faite sur un disque qui a désormais plus de trente ans.
S'il n'a pas fait une carrière professionnelle, Al Turner a continué à jouer de la musique pendant toutes ces années. Depuis 2000, il joue sous le nom de Lewinus Mone. Après quelques péripéties (Le premier exemplaire, pourtant protégé par une boite de CD en plastique très classique, m'est arrivé cassé car il avait visiblement été plié en deux ! Je n'avais jamais vu ça...), Al m'a offert un exemplaire de ce qui est je crois le seul disque sorti à ce jour par Lewinus Mone, The fine art of daydreaming.
Le titre d'ouverture, Astronomy by day, donne une bonne idée de l'album. C'est un instrumental, et le disque en compte un bon nombre, où se conjuguent les deux guitares d'Al Turner et Chazz Chessington, l'une acoustique qui fait la rythmique et l'autre électrique. Le résultat me rappelle un peu A trip to Tripville, l'album de Dr. Sean Berg et Ya Ya HD, ou les enregistrements solo de Mick Turner. Mais les points de référence d'Al Turner sont restés très stables après toutes ces années et tournent principalement autour du psychédélisme anglais. Remarquablement, on trouve à nouveau ici à la fois une reprise de John Cale (une version de Thoughtless kind, presque chuchotée à l'oreille) et une autre d'un titre écrit par Syd Barrett, le Jugband blues de Pink Floyd. Il y a une troisième et dernière reprise, une version de l'indicatif de Robin Hood, l'indicatif de la série télé anglaise Robin des Bois des années cinquante. C'est l'un de mes titres préférés du disque, mais tous les autres se trouvent parmi les originaux : Totally wessold et ses deux voix en choeur, le bluesy Thinkin about Johnson (à propos de Robert ?), le plus pop Fall asleep with you, avec bongos, basse, et trompette, le bien nommé Claret and Barrett, l'instrumental Mighty pretty country et Man in the desert.
Syd Barrett est bien une figure tutélaire pour Lewinus Mone : en plus d'une reprise et d'une référence dans un titre, on trouve même un de ses crobards sur le livret du CD (dessin non crédité, mais l'information est donnée ici).
Je ne sais pas si un nouveau disque est en préparation, mais Lewinus Mone enregistre toujours des titres récents sont en écoute sur Showcase Your Music.

On peut commander The fine art of daydreaming directement auprès de Lewinus Mone.

15 juillet 2007

VISAGE : Visage


Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne fin 1980
Réf : 2490 157 -- Edité par Polydor en Angleterre en 1980
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Les nouveaux romantiques, ce n'est absolument pas mon truc ! Pourtant, ce disque, qui est l'un de ceux qui ont lancé le mouvement, je l'attendais de pied ferme depuis plusieurs mois et je l'ai acheté dès sa sortie. Pourquoi ? Parce que j'avais lu quelque part que des membres de Magazine et d'Ultravox! s'étaient réunis pour former cette sorte de "supergroupe", Visage.
Steve Strange, la figure centrale du groupe, je n'en avais jamais entendu parler, et il ne m'intéressait pas. Quand ce disque est sorti, Boy George n'avait pas encore fondé Culture Club. Duran Duran n'avait pas encore sorti son premier disque. Lenoir passait le premier single de Spandau Ballet, To cut a long story short, que j'avais acheté dans la foulée, et Vienna d'Ultravox n'était pas encore un tube.
Globalement, l'album est assez indigent. Même les titres que j'ai un peu écoutés, comme Blocks on blocks et Tar, le premier single du groupe, passent uniquement grâce aux divers ingrédients d'époque qui les composent : la basse de Barry Adamson de Magazine et des plans à la Simple Minds ou à la Ultravox. Ne serait-ce que par son titre, Moon over Moskow, un instrumental növö disco, rappelle le Moskow Diskow de Telex.
Le seul titre vraiment marquant de ce disque, c'est bien sûr Fade to grey, un tube très représentatif de son époque.
Comme j'ai acheté l'album dès sa sortie, je n'ai jamais acheté le 45 tours. Mais Gilbert, le disquaire de La Clé de Sol, que j'avais alerté sur ce disque, en a vendu en import comme des petits pains pendant des semaines avant sa sortie française, comme il l'avait fait plus tôt dans l'année avec le Seventeen seconds de Cure.
On passait Fade to grey dans toutes nos soirées, et c'est réputé être un tube de discothèque, pourtant c'est un morceau qui est loin d'être rapide. La petite mélodie au synthé fait un peu penser à Kraftwerk. La voix froide en français a fait beaucoup pour le succès du disque. En tout cas, avec son côté Mittel Europa (les paroles feraient référence à une vision de Berlin Est) et son ambiance froide, Fade to grey ne pouvait que plaîre aux fans de new wave/cold wave, ceux qui avaient plébiscité dans l'année Joy Division, Cure et Echo & the Bunnymen, ceux pour qui "devenir gris" ne pouvait être qu'un cri de ralliement étrangement attirant.

21 avril 2013

GANG OF FOUR : To hell with poverty !


Acquis au Virgin Megastore de Londres le 11 septembre 1981
Réf : 12EMI 5193 -- Edité par EMI en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 30 cm
Titres : To hell with poverty ! -/- Capital (It fails us now)

Lors de mon tout premier séjour à Londres, j'ai acheté un disque de Lewis Furey, vu Misty In Roots en concert, et le dernier jour je mes suis lâché en achetant une dizaine de disques (Simple Minds, Basement 5, XTC, Jah Wobble, Ultravox !, Elvis Costello, Jonathan Richman, les compilations Earcom 2 et Marty Thau presents 2 x 5). La plupart de ces disques étaient en solde ou d'occasion, mais j'ai dû acheter celui-ci au prix neuf, mais pas cher quand même, et j'ai dû dépenser quasiment jusqu'à mes dernières livres sterling car j'ai aussi acheté ce jour-là le t-shirt correspondant, chose que j'ai rarement faite. J'avais dû partir avec toutes mes économies, gonflées cet été-là par un boulot d'été et les cadeaux pour la réussite au bac...
Ce single hors album de Gang of Four est sorti trois mois seulement après Solid gold et il se trouve que c'est le dernier enregistrement publié de la formation originale du groupe puisque le bassiste Dave Allen a quitté le groupe pendant la tournée qui a immédiatement suivi.
La pochette de Keith Breeden est très colorée, très pop art, et c'est sûrement elle qui m'a poussé à prendre aussi le t-shirt. Je n'arrive pas à trouver de référence, mais il me semble que la photo lui ayant servi de base représentait peut-être J. F. Kennedy et Marylin Monroe une table de dîner.
Ce disque a donc plus de trente ans. Et pourtant, la crise, le chômage, les allocs, les défauts de crédit, la pauvreté, les riches qui se pavanent... les années Thatcher dont il date ont beau être derrière nous pour de bon, tout ça reste complètement d'actualité.
J'ai beaucoup écouté et apprécié To hell with poverty !, mais pourtant j'ai longtemps eu tendance à mésestimer cette chanson. Je la trouvais un peu trop funky, un peu trop polissée. Après coup, j'ai longemps pensé que c'était un premier pas vers le son un peu plus commercial de Songs of the free et Hard. Il a fallu que je réécoute et apprécie fortement la version réenregistrée en 2005 pour l'album Return the gift pour que je me décide à ressortir ce maxi original. Et je me suis rendu combien j'avais été sévère et à côté de la plaque avec ce disque. Certes, le son est plus lourd et plus clair, mais les ingrédients sont bien les mêmes que sur Solid gold. Et depuis quand un disque "commercial" commence-t-il par trente secondes de feedback ?!?
Les paroles, je les ai toujours aimées, et le refrain avec les cris qui l'accompagnent est efficace au point de me faire systématiquement gueuler les paroles avec (quasiment) le poing levé ! :
"Au diable la pauvreté ! On se pintera au gros rouge !
Au diable la pauveté ! Les allocs vont arriver, elles ont été mises au courrier".
Ce n'est pas autant demain la veille du jour où je me pinterai au gros rouge...
La face B, Capital (It fails us now), également inédite en album, est du Gang of Four typique, saccadé un peu comme Paralysed et Why theory, avec encore une basse énorme et une guitare acérée. Côté paroles, ils jouent aux maos ("Le capital (Il nous fait défaut maintenant), Camarades, saisissons l'occasion") en revenant sur certains de leurs sujets favoris, la consommation et la finance, avec suffisamment de distance pour ne pas se ridiculiser ("Au moment où je suis né, j'ai ouvert les yeux et tendu le bras pour sortir ma carte de crédit. Oh non ! Je l'ai laissée dans l'autre costume.").

Outre les nouvelles versions sur le très bon mais superfétatoire Return the gift (A quoi bon réenregistrer des chansons déjà excellentes, de façon pas si différente ?), on trouve les titres de ce maxi sur la compilation A brief history of the twentieth century et sur les rééditions de Solid gold qui contiennent en bonus les titres du EP américain Another day / Another dollar.




Gang of Four, To hell with poverty, en direct dans l'émission Old grey Whistle Test le 11 avril 1981. Je préfère, et de loin, les mouvements de danse pourtant très particuliers du chanteur aux accoutrements très mode années 80 de l'ensemble du groupe.

07 septembre 2007

MAGAZINE : Real life


Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne probablement fin 1978
Réf : 2933 748 -- Edité par Virgin en France en 1978
Support : 33 tours 30 cm
9 titres

Je croyais me souvenir que je m'étais intéressé à Magazine après avoir lu une chronique très élogieuse de Real life fin 1978 et que c'était ensuite que je les avais vus en live à la télé dans l'émission Chorus d'Antoine de Caunes.
Mais l'excellent site non-officiel consacré à Magazine Shot By Both Sides indique que c'est dès le 23 septembre 1978 que Magazine s'est produit au Théâtre de l'Empire à Paris, là où étaient enregistrés les concerts de Chorus (et aussi L'école des fans de Jacques Martin, je crois bien).
Ce qui veut dire que j'aurais d'abord été scotché par les trois titres live du groupe diffusés par Antenne 2 (Mes souvenirs sont plus que flous, mais il me semble qu'il s'agissait de My tulpa, Parade et Give me everything ; en tout cas, Devoto portait une petite veste rouge comme celle qu'il a sur l'une des photos de cette page) avant de lire les chroniques et de me décider à acheter leur premier album.
Ce qui est sûr, c'est que j'ai acheté Real life soit à l'automne 1978 soit au tout début de l'hiver 78-79. Je l'ai ramené dans la chambre que j'avais depuis peu sous les combles de la maison de mes grands-parents et, au cours de la soirée, je l'ai écouté sept fois dans son intégralité face A, face B, face A, etc. C'est la seule fois où ça m'est arrivé. C'est dire si ce disque m'a accroché et s'il s'est rapidement gravé dans mes neurones.
Le disque est produit par John Leckie, qui, avec son travail pour XTC, Simple Minds, The Human League est vite devenu pour moi un producteur fétiche à l'époque.
Je crois que cet album est unanimement reconnu comme l'un des indispensables de la new wave (pas seulement par moi). Je préciserais même que c'est sûrement l'un des tous premiers albums post-punk au sens littéral du terme : nombreux sont ceux qui faisaient de la new wave avant 1978 (Brian Eno, Ultravox !, Talking Heads, Devo, XTC), mais Howard Devoto est l'un des premiers à être passé, dès 1977, du punk (les Buzzcocks) à cette musique différente, plus variée, avec souvent des synthés. Magazine fait même encore plus fort puisqu'on trouve sur cet album des sons que certains auraient pu considérer comme sacrilèges à l'époque ; des solos de guitare héros et même de saxophone ! (tous dus à John Mc Geoch). La présence du saxo explique sûrement en partie la comparaison souvent faite de Magazine avec Roxy Music. Je n'ai jamais réussi à écouter Roxy suffisamment longtemps pour me faire un avis sur cette comparaison, mais ce qui est sûr, c'est que, au-delà de l'implantation capillaire des deux gars, il y a une filiation certaine entre le Brian Eno des albums solo chantés des années 70 et Howard Devoto. Je n'ai d'ailleurs pas du tout été surpris d'apprendre, dans mes lectures de préparation de ce billet, que Devoto et Shelley avaient repris du Eno de la meilleure époque (The true wheel, sur Taking tiger mountain (by strategy)) lors du tout premier concert du groupe qui allait devenir les Buzzcocks.
La légende veut que les membres de Magazine aient été recrutés par petite annonce. Même s'ils s'y sont repris à deux fois pour trouver un clavier virtuose (Dave Formula), Magazine a quand même réuni une sacrée brochette de musiciens avec John Mc Geoch, Barry Adamson à la basse et Martin Jackson, un batteur qui n'est resté que le temps de cet album, mais qui n'était pas manchot du tout (il est réapparu dans les années 80 avec Swing out Sister).
Le titre d'ouverture du disque, Definitive gaze, sert d'ailleurs un peu de présentation des différents musiciens : il démarre par plus d'une minute d'instrumental en plusieurs phases, avant que la vedette Howard Devoto entre en scène pour chanson en deux couplets sans refrain, qui cite le titre de l'album : "So this is real life, you're telling me, and everything is where it ought to be".
L'enchaînement est parfait avec My tulpa. La basse élastique de Barry Adamson fait merveille et les synthés sont encore très en avant sur cette chanson. J'ai appris à connaître les paroles de ces chansons à l'oreille. En effet, elles n'étaient pas fournies avec le disque et il m'a fallu attendre la parution du recueil It only looks as if it hurts pour pouvoir les déchiffrer complètement. De toute façon, ces paroles sont d'une telle qualité littéraire qu'il ne suffit pas de les voir imprimées pour dévoiler tout leur mystère. Pour ma part, je me surprends encore souvent à l'écoute de ce disque à chanter les paroles "en yaourt", telles que je les chantais dans la chambre du grenier. C'est le cas notamment pour My tulpa (un tulpa, je ne l'ai appris qu'aujourd'hui, c'est dans la mystique tibétaine un objet créé par la pensée). Quand Devoto chante "I wanna see you, don't you wanna see me ?" ça va, mais la phrase qui suit, je ne la déchiffre toujours qu'en lisant les paroles. Quant à la suite, "You can touch yourself anytime" ("Tu peux te toucher quand ça te chante") avec la deuxième voix qui dit "In isolation", je ne suis pas sûr que je l'aurais chantée aussi souvent à haute voix si j'en avais compris le sens !
Le troisième titre, Shot by both sides, permet enfin à John Mc Geoch de mettre sa guitare largement en valeur. C'est dans ce titre, un des classiques du groupe, sorti quelques mois plus tôt dans une première version en face A du premier 45 tours, qu'il place un solo superbe de 25 secondes, en plus du riff principal écrit par Pete Shelley à l'époque des Buzzcocks.
Recoil est un titre rapide, presque punk, avec des roulements de batterie marqués, mais il a quand même un petit quelque chose de spécial avec des breaks où Devoto dit "Hop" et "On" il me semble.
Burst, qui clôt la face A, est la première chanson relativement lente du disque. Elle se termine sur une sorte de mantra, "Keep your silence to yourself, you will forget yourself".
Motorcade démarre la face B sur le même rythme, mais se met à accélerer follement au bout de deux minutes, peut-être pour reproduire le rythme du cortège officiel auquel il est fait allusion (Là encore, j'ai longtemps été conduit à croire qu'une motorcade était une limousine, car j'avais vu ce mot utilisé dans un récit de l'assassinat de Kennedy…).
J'adore tout le disque, mais la chanson The great beautician in the sky m'a toujours particulièrement plu, peut-être parce qu'elle débute sur un rythme de valse et avec un son qui rappellent un manège de fête foraine, avant là aussi de changer complètement de rythme et de mélodie au milieu.
The light pours out of me, avec son rythme martial et sa basse lourde, est devenu au fil de leur courte carrière l'un des titres phares de Magazine. Ils en ont sorti une nouvelle version en face B du 45 tours Upside down en 1980, l'un de leurs disques qui ont eu le plus de succès. L'album live Play sorti en 1980 est loin d'être renversant, mais je vous conseille quand même de jeter une oreille sur la version de The light pours out of me : musicalement, elle est très proche de la version studio, mais Devoto chante plusieurs des vers en français !
Le disque se clôt magistralement avec Parade. Je viens seulement de remarquer aujourd'hui que c'est une boite à rythmes qui accompagne le piano en intro de cette ballade presque lounge à la mélodie jouée au synthé et au solo de saxo bien bien dégoulinant. Devoto s'amuse comme un petit fou, notamment sur le refrain, "Sometimes I forget that we're supposed to be in love, sometimes I forget my position" ("Parfois j'oublie que nous sommes censés être amoureux, parfois j'oublie ma position"). En concert, il ajoutait même, malicieusement et mystérieusement, une phrase du style "And my position is somewhere between the waitress and a table, but the service is very very good" ("Et ma position est quelque part entre la serveuse et une table, mais le service est très très bon").

Real life est un classique reconnu, actuellement disponible heureusement (il a été réédité ce printemps, comme tous les albums du groupe, en version remasterisée avec les quatre titres des deux premiers singles en bonus). Pourtant, il a fallu que je sorte mon appareil photo pour vous proposer une image de la pochette complète (pas parfaite, car trop blanche sur le côté gauche), car je n'ai trouvé en ligne que des reproductions des pochettes des CDs, qui tronquent honteusement la superbe illustration de pochette de Linder, qui a fait beaucoup pour le mystère du disque, comme les photos des cinq musiciens au dos, avec Barry Adamson très smart, John McGeoch un verre de whisky à la main et Martin Jackson avec ses cheveux teints en blond plus que flashant. Quant à Dave Formula, j'ai fini une paire de décennies plus tard par avoir la même implantation de cheveux que lui !
L'illustration de pochette, je l'aimais tellement que je l'avais choisie pour qu'Eric L. me la reproduise sur un t-shirt pendant l'année 79/80, au moment où il s'était lancé dans la peinture sur tissu. J'ai toujours les deux t-shirts qu'il m'avait dessinés (l'autre c'est un dessin d'Elvis Costello en noir et blanc avec le slogan "Elvis is king"), mais je crains qu'ils ne soient plus à ma taille !




Une publicité pour l'album paru dans la presse anglaise. Je n'ai jamais vu ailleurs le bon slogan "It's out of this world".

Ajout du 17 mars 2012


Magazine, Definitive gaze, en 1978 dans l'émission The Old Grey Whistle Test. Malheureusement, ils ont zappé l'intro. 

08 mai 2020

NASH THE SLASH : 19th nervous breakdown


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate le 18 novembre 2010
Réf : DIN 29 -- Édité par Dindisc en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : 19th nervous breakdown -/- Danger zone

L'autre jour, quelqu'un a changé sa photo de profil pour un cliché où il est masqué de blanc avec des lunettes noires. Ce n'étaient pas des bandages mais, en voyant cette photo, j'ai tout de suite pensé à Nash The Slash, l'artiste New Wave du début des années 1980, qui est un peu le pendant film d'horreur/violon électrique de ce que Klaus Nomi était à la même époque au chant opératique.
Je me souvenais que j'avais un 45 tours de lui et je suis allé le rechercher dans mes boites. De mémoire et par recoupements, je suis à peu près sûr que j'ai acheté ce disque en même temps que le single No more heroes des Stranglers. Et au même prix, 50 pence : j'avais eu de la chance ce jour-là.
Quand j'ai examiné le disque, j'ai trouvé qu'il était suffisamment lugubre pour être parfaitement dans l'air du temps. Sachant que Nash The Slash est à l'origine le nom du tueur dans Do detectives think ?, une parodie de film policier de 1927 avec Laurel et Hardy, on pourrait, en français, présenter le disque ainsi :
"Les productions Coupe-Gorge présentent Georges l’Égorgeur, qui en est à sa 19e dépression nerveuse et entre dans une zone de danger". Nash The Slash est un personnage créé par Jeff Plewman, un canadien multi-instrumentaliste, par ailleurs membre du groupe de rock progressif FM. Après avoir publié ses premiers disques en indépendant au Canada, il a fait la première partie de Gary Numan en Angleterre en 1980 et 1981 (ils ont aussi collaboré) et a signé chez Dindisc, la filiale de Virgin chez qui on trouvait aussi Orchestral Manoeuvres in the Dark, Martha and the Muffins et The Monochrome Set.
les deux faces de ce 45 tours sont extraites de Children of the night, son deuxième album, paru en 1981. Il est produit par l'ex-Gong Steve Hillage, qui a aussi travaillé avec Simple Minds cette année-là.
C'est un pari à double tranchant de s'attaquer à un classique comme 19th nervous breakdown. Certes, on a de l'excellente matière, mais ce n'est pas évident de faire plus que de donner envie d'aller réécouter l'excellente version originale. Cette reprise a une base instrumentale plus synthétique, bien sûr, et elle est tout à fait honorable, mais elle n'a pas le côté révolutionnaire qu'avait le Satisfaction de Devo. En tout cas, il faut croire que les artistes New Wave en pinçaient pour le répertoire des Rolling Stones des années 1965-1966, puisque j'ai déjà chroniqué ici des versions de Get off of my cloud par The Bakersfield Boogie Boys et Mother's little helper par Polyphonic Size en plus du Devo.
En face B, Danger zone est un truc bien oppressant, bien dans l'ambiance de film d'horreur que Nash The Slash appréciait visiblement. La boite à rythmes bien speedée, quand elle arrive, semble presque anticiper la techno !

En 2012, Jeff Plewman a annoncé qu'il mettait Nash the Slash en retraite. Il n'en aura pas profité longtemps puisqu'il est mort en 2014 à 66 ans.




Pour mieux se rendre compte de l'apparence de Nash the Slash, la pochette de son 45 tours précédent, Dead man's curve, que je n'ai pas, et en bonus ci-dessous la vidéo pour cette reprise de Jan and Dean :

30 septembre 2023

THE LA'S : There she goes


Acquis chez Damien R. à Avenay Val d'Or le 11 juillet 2023
Réf : GOLAS 5 / 869 232-7 -- Édité par Go! Discs en Europe en 1990
Support : 45 tours 17 cm
Titres : There she goes -/- Freedom song

The La's restera sûrement dans l'histoire du rock comme un groupe qui n'a jamais été content de ses enregistrements. Signés par Go! Discs, ils ont sorti leur premier single en 1987. Ensuite, ça se gâte puisque la liste des producteurs qui ont tenté de les faire accoucher de leur premier album comporte pas moins de huit noms, et pas des moindres : John Porter (The Smiths), Mike Hedges (The Cure), Bob Andrews (membre de The Rumour), John Leckie (Magazine, XTC, Simple Minds, The Human League), Steve Lillywhite (XTC, Peter Gabriel), Mark Wallis (The Go-Betweens),...
Tout ça pour que le label, passablement lassé, finisse par sortir en 1990 l'album The La's en compilant diverses sessions et en privilégiant le travail avec Steve Lillywhite. Un album que, avant même sa sortie, l'auteur-compositeur-chanteur-guitariste Lee Mavers a passé son temps à déglinguer, ce qui n'a pas dû aider à faire progresser la "carrière" du groupe, dont on n'est au bout du compte pas surpris qu'il n'ait jamais sorti de deuxième album !

J'ai eu la chance d'assister à deux concerts de The La's.
La première fois, c'était le 7 octobre 1989 à La Cigale à Paris, pour la fameuse soirée du Festival des Inrockuptibles à la folle affiche : The Chills, Felt, The Stone Roses et donc The La's.
Je ne vais pas mentir, je n'ai absolument aucun souvenir de la prestation des La's ce soir-là. J'étais venu pour Felt, dont c'était l'ultime tournée, et je me souviens par ailleurs d'avoir fait pas mal d'aller-retour entre la salle et le hall et les couloirs, sans m'être concentré sur les autres groupes.
En 2008, j'avais des souvenirs brumeux d'un concert des La's à L'Usine de Reims, dont je ne retrouvais pas trace. Aujourd'hui, j'ai retrouvé ces traces, dans mon agenda et avec la copie du billet en ligne, mais mes souvenirs sont évidemment encore plus brumeux. Je me souviens qu'il y avait du monde, que j'avais beaucoup apprécié le concert, que le son du groupe était très sixties, et que le jeune bassiste aux cheveux bouclés était très sautillant.
Je n'ai pas noté leur nom dans l'agenda, donc je n'ai sûrement pas vu le groupe D.Tails qui était annoncé en première partie.



Depuis tout ce temps, j'ai eu l'occasion de me procurer l'album The La's, en vinyl et en CD, mais je n'avais aucun single du groupe jusqu'à ce que je récupère cet exemplaire de There she goes chez l'ami Damien, le même jour que le Bee Gees.

There she goes, c'est le classique des La's, leur mélodie intemporelle (même si Timeless melody est un autre de leurs singles). Sortie à l'origine en 1988 pour leur deuxième single, elle est passée à peu près inaperçue. Rééditée au moment de la sortie de l'album, avec une pochette très moche, elle est devenue le plus grand succès du groupe.
La version originale de 1988 est déjà très bien. La version remixée en 1990, allongée d'une vingtaine de secondes, n'est pas fondamentalement différente de la première. En tout cas, la chanson n'est pas "bousillée" par les bidouillages intervenus entre temps.
C'est une excellente chanson, dans la lignée des perles du rock indé des années 80 fortement influencées par les sixties. Les paroles entretiennent volontairement le flou entre la chanson d'amour et celle sur les drogues. On pense notamment au Velocity girl de Primal Scream, où il est également question de filles et de veines ("Here she comes again with vodka in her veins"). On n'est pas loin non plus d'un grand single sorti quelques mois après la parution originale, le Made of stone des Stone Roses.

La face B, Freedom song, est aussi sur l'album. Il y a encore des influences du passé, mais ça surprend car on est dans un autre style, une sorte de veine rétro folk. C'est assez anecdotique.

Si le groupe n'a pas fait d'autre album, ça ne l'a pas empêché de beaucoup tourner. Y compris à plusieurs lors des reformations qui ont suivi la séparation initiale en 1991.




The La's, There she goes, en direct dans l'émission Night network le 13 janvier 1989.


The La's, There she goes, en direct dans l'émission The word le 19 octobre 1990.