26 juillet 2018

DAVID PHILOE : David Philoe's greatest hits


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 20 juillet 2018
Réf : RM-LP-2 -- Edité par Rays aux Seychelles en 1975
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Pour avoir ce disque, il a fallu que je sois un peu patient et tenace...
Le 9 juin, c'était jour de grande vente chez Emmaüs à Tours-sur-Marne. L'occasion de sortir les disques vinyls qui depuis quelques temps disparaissent régulièrement pour revenir trois à quatre fois par an pour des occasions particulières (et rester souvent quelques semaines ensuite).
J'y suis passé en fin de matinée, et j'ai trouvé quelques pièces intéressantes : un 45 tours d'Henri Salvador que je n'avais pas, un album de Corée du Sud de Lana et Rospo, un 33 tours d'Al Lirvat , une compilation Madison parade et même l'album God de Rip Rig + Panic, qui se présente sous la forme d'un double maxi 45 tours. J'avais aussi sélectionné ce disque de David Philoé, et c'était même celui qui m'intéressait le plus dans le lot, mais au moment de faire le compte, le vendeur m'a indiqué qu'il me faisait celui-ci à 10 €, plutôt que le prix habituel de 2 €.
Eh oui, je n'avais pas vu qu'il y avait un prix particulier marqué au crayon à l'intérieur de la pochette. Ce prix de 20 € (j'avais eu droit d'emblée à une baisse de la moitié !), je n'ai jamais compris d'où il venait, d'autant que le disque n'est même pas en vente à ce prix-là sur Discogs. Et pourquoi celui-ci et pas les autres que j'avais choisis, ni plus ni moins rares ?
Très déçu, j'ai remis le disque en rayon, car je ne cherche pas acheter des disques au prix collector.
Je ne pensais plus à l'affaire, mais j'ai retrouvé ce 33 tours exactement à la même place vendredi dernier, accompagné cette fois-ci d'un autre album du même label des Seychelles (Souvenir of Seychelles - The best segas of John Wirtz & the New Les Boys), qui était lui à 5 € (j'ai pensé à vérifier).
J'ai trouvé encore des disques très intéressants au prix de base (The Louisiana Aces, Lord Jellicoe & his Calypso Monarchs) et j'ai décidé de tenter ma chance en proposant au vendeur (le même que la fois d'avant) de prendre les deux Seychelles à 2 € comme les autres disques. Et j'ai bien fait : il n'était plus question de tenir compte des prix marqués (peut-être parce que ce n'était plus la grande vente) et le vendeur a accepté ma proposition sans aucune discussion.
Je connais le label Rays depuis que Philippe R. m'a offert en 2014 le 45 tours d'Amed Zelia. Il est lié à Ray's Music Room, un disquaire historique de l'île Mahé qui, pour ce que je peux arriver à en voir, semble toujours en activité à la même adresse à Victoria, la capitale des Seychelles.
Par contre, je ne connaissais pas du tout David Philoé, un artiste suffisamment réputé pour que, lors du Festival International Kreol 2013, il ait été choisi avec François Havelock pour être le récipiendaire d'un "trophée couronnant son inestimable contribution a l’industrie musicale et au patrimoine culturel immatériel du pays.". De même, quand un "musical wall of fame" a été érigé à Victoria en 2017, une des 13 plaques portait le nom de David Philoé.
En lisant les divers éléments biographiques, on apprend que David Philoé est né vers 1948. Il a débuté son parcours à 20 ans mais a été révélé en 1975, l'année de sortie de cette compilation, à l'Île Maurice lors du Festival de la Chanson de l'Océan Indien. Il est devenu l'une des plus grandes vedettes des Seychelles. L'un de ses plus grands succès, Non merci s'il vous plaît, a été repris en 1977 à La Réunion par Jacqueline Farreyol. Il a sorti en 2011 l'album Lalyans des zil mais a arrêté la scène pour raisons de santé.
Tous les "grands tubes" rassemblés sur cet album sont sortis initialement en 45 tours, chez Rays ou sur le label kényan A.I.T. Ce qui est surprenant, c'est que l'étiquette de mon exemplaire du 33 tours est celle du label A.I.T., avec la référence de Rays RMLP-2, alors que la pochette mentionne uniquement Rays et que l'exemplaire présenté sur Discogs a bien une étiquette Rays.
On pourrait éventuellement penser qu'il s'agit d'un lot destiné à la vente à l'export, mais non puisque que la quittance d'achat datée du 2 août 1977 que j'ai trouvée glissée dans la pochette montre que mon disque a bien été acquis chez Ray's Music Room aux Seychelles (la facture est pour deux 33 tours, le deuxième est peut-être bien le John Wirtz ?).
Fait assez rare pour la plupart des disques en créole que je possède, on trouve aussi à l'intérieur de la pochette un feuillet double où toutes les paroles sont reproduites.
Cela permet d'apprécier et d'essayer de saisir le sens d'un couplet comme celui-ci, le deuxième de l'excellent Séga l'amitié :
Dimoune ti faire nous la guerre nous bien un semaine nous faché un mois.
Bouteille case lo la tête manger cochon partout lo front,
Calote parti calote, l'armes pour nous cadeaux,
L'hère nous ti réfléchir nous ti commence flatte camarade.
Mais guette aujourd'hui jour manière nous content nous a peu rier.
Ce disque a été édité en France par Playa Sound en 1976 sous le titre Seychelles vol. 2. On peut l'écouter intégralement sur YouTube.
Il y a plusieurs ségas dans le lot. Outre Séga l'amitié, j'apprécie particulièrement Pas besoin juge mon péché et Si mon en plus lo sa la terre.
Il y aussi plusieurs chansons sur d'autres rythmes, comme Laisse moi vivre mon la vie ou Mon bourreau, avec un orgue qui donne une touche très pop. Mon titre préféré sur l'album, c'est pour l'heure Dire moi la vérité, une chanson toute simple, dont j'aime beaucoup le refrain.
Je ne suis pas trop tourisme, mais avec la chaleur qu'il fait actuellement en Champagne, je m'imagine bien être en train de me baigner aux Seychelles. Mais l'écoute d'un disque ça peut faire voyager, certes, mais pas point de rafraîchir l'auditeur !

22 juillet 2018

CASTAFIORE BAZOOKA : Papilon


Acquis chez Gilda à Paris le 22 mai 2018
Réf : CB062005/MPM2 -- Édité par Meuh ! Production Musiques en France en 2005 -- CD promotionnel - Interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Papilon -- Pourquoi -- NTP remix

J'ai trouvé ce CD promo en pochette cartonnée à 50 centimes dans le bac à soldes chez Gilda. Je l'ai pris car Castafiore Bazooka est un nom de groupe que j'ai remarqué depuis leurs débuts dans les années 1990. Il me semblait même que je l'avais peut-être vu au Printemps de Bourges à l'époque où je fréquentais le festival et ses Découvertes du Réseau Printemps. Je me trompais. Et j'avais oublié par contre que j'ai acheté leur single La chanson du demain il y a quelques années.
Le groupe s'est formé autour d'Elisabeth Wiener, que je connais de réputation pour ses disques solo dans les années 1980, et pour avoir co-écrit et chanté avec Higelin L'attentat à la pudeur, mais qui a un parcours impressionnant que je ne soupçonnais pas d'actrice de théâtre et de cinéma. A partir de 1997, la formation comptait dans ses rangs Luna Mosner, Geneviève Cabannes (Paris Combo) et Sabine Pierron (Les Voleurs de Poules).
On ne peut pas dire que le groupe ait eu un immense succès, mais en tout cas il a été suffisamment remarqué pour se voir attribuer en 1996 le Grand Prix du disque de l'Académie Charles Cros pour son premier album, Au cabaret des illusions perdues.
La discographie de Castafiore Bazooka compte trois albums. Mon CD fait la promotion de leur ultime parution, un double disque intitulé Castafiore & Bazooka.
J'ai été très agréablement surpris à l'écoute du disque. J'aime bien la "chanson française", mais elle m'emballe rarement. Là, d'emblée, les trois titres m'ont beaucoup plus.
A commencer par Papilon, sur un léger rythme de reggae. Je me suis demandé pourquoi il y avait un seul "l" dans le titre, alors qu'il semble bien être question de l'animal volant. La réponse est sûrement à trouver dans les paroles elles-mêmes : "Toute mon espérance est de renaître un jour, papilon qui danse dans un ciel d'amour (...) J'm'emmêle dans vos pensées, dans vos ambitions, j'm'emmêle, ça doit être si bon d'voler, d'avoir des aile-s - comme un papilon". 
Pourquoi poursuit dans la même veine, avec un son plutôt reggae dub cette fois-ci.
Le dernier titre, NTP, est annoncé comme un remix, ce qui d'après mes recherches en ferait une version inédite dans le commerce. Mais ce remix ne semble pas très différent de l'extrait qui était en écoute sur le site du groupe.
Là, on est dans un style oriental et dansant. J'ai cherché un temps ce que pouvait bien signifier "NTP". J'aurais dû trouver tout seul sans avoir besoin d'écouter la réponse, données dans les chœurs. C'est "Nique Ton Père", en lien avec l'objectif affiché : "Décodons les poncifs (...) Décodés, les poncifs sont inoffensifs".
Aucun des trois titres de ce CD n'est disponible en ligne, mais j'ai trouvé un album photos de Robert Gil du concert du 10 décembre 2005 à Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen) ainsi que trois autres chansons de l'album, Djemilah, A nos amis et Coincés, qui me plaisent tout autant que les trois premières. Cela confirme la grande qualité de Castafiore & Bazooka, que je vais chercher à me procurer en entier.
Elisabeth Wiener a de la suite dans les idées. De 2011 à 2014 elle a tourné et sorti un album avec un autre projet, un groupe nommé Callas Nikoff !
Depuis 2016, Castafiore Bazooka joue à nouveau sporadiquement en concert, mais je n'ai pas vu d'annonce de disque ou de rééditions.

Castafiore Bazooka : NTP remix.
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16 juillet 2018

THE MONOCHROME SET : The strange boutique


Offert par Thierry T. par correspondance en 2010
Réf : DIN 18 -- Édité par Dindisc en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The strange boutique -/- Surfing S.W.12

Samedi 7 juillet, j'étais dans la forêt ardennaise à Petit Fays en Belgique pour le parfaitement nommé Ptit Faystival. C'est la deuxième fois que je m'y rendais. En 2012, j'y avais notamment vu Arlt et Patrik Fitzgerald. Là, le beau temps étant de la partie, j'ai encore une fois passé un moment des plus agréables, dans une ambiance unique. J'ai joué à la pétanque avec un marseillais, j'ai mangé des frites et des canadas aux rousses avec des belges, et j'ai vu six concerts dans la journée.
Le premier, magique, a eu lieu derrière l'église, sous le marronnier du centenaire, planté en 1930. Tartine de Clous, Alasdair Roberts et Neil McDermott nous ont charmés avec leurs chansons avec (ou sans) folklore, dans l'esprit du Mélusine des années 1970. Un album de la coopération entre ces français et ces écossais est annoncé chez Okraina à l'automne.



Les autres concerts ont eu lieu sous chapiteau et la soirée s'est terminée de façon torride avec plein de fans de The Monochrome Set (tous les fans belges du groupe ?) qui, à la fin du concert, quand le groupe a enchaîné Eine Symphonie des grauens et He's frank, étaient tellement déchaînés que j'ai dû m'écarter et me reculer pour ne pas être trop bousculé, comme on le voit sur cette photo diffusée dans un tweet de David Mennessier :



On trouve de nombreuses photos du festival chez Fabonthemoon, et aussi chez Laurent Orseau, que j'ai dû côtoyer toute la journée sans qu'on se reconnaisse.
C'était la troisième fois que je voyais The Monochrome Set en concert (après 1984 à la London School of Economics et 2013, aussi à Londres mais au Bush Hall), mais c'était la première fois pour moi que le groupe jouait en quatuor, avec deux membres historiques (Bid à la guitare et au chant, Andy Warren à la basse et aux chœurs) et deux plus récents (Mike Urban à la batterie et John Paul Moran aux claviers et aux chœurs). Je me demandais comment ça allait se passer pour les parties de guitare sans "soliste", mais en fait, bien soutenu par l'orgue, Bid s'en sort très bien tout seul.
Le groupe a joué ce qui de fait était un best-of bien sélectionné, se concentrant sur les premières années. Il y a eu environ un petit quart de chansons que je ne connaissais pas, sûrement relativement récentes donc, et ce qui est bien c'est que la plupart de ces chansons m'ont beaucoup plu.
Parmi les anciennes chansons jouées, j'ai cru me souvenir (ce n'est pourtant pas si vieux !) qu'il y a avait l'excellente The strange boutique, la chanson-titre de leur premier album et aussi la face A du 45 tours que j'ai sélectionné aujourd'hui. Je me trompais, mais cette erreur m'a au moins donné l'occasion de ressortir ce 45 tours.
A quelques jours d'écart en avril 1980, Dindisc a donc sorti deux disques de The Monochrome Set titrés The strange boutique. Autant je me suis procuré peu de temps après sa sortie l'album en pressage anglais distribué en France par Arabella Eurodisc (quelques mois plus tard, ce label ira jusqu'à presser une édition française de Love zombies), autant je pense que je n'ai jamais vu à l'époque le 45 tours, le seul extrait de l'album. Je ne pense pas que je me le serais offert de toute façon juste pour sa face B inédite, car mon budget de lycéen était très serré.
Du coup, ce disque a longtemps manqué à ma collection presque complète (jusqu'en 1985 en tout cas) des singles du groupe. Mais en 2010 je suis allé à Marseille pour le lancement à La Poissonnerie de L'estourdisco volume 8, que j'avais compilé, et on en est venu à parler de Monochrome Set avec Thierry, de La Poissonnerie et aussi entre autres de Fall of Saigon. Je ne sais plus comment c'est venu, et je ne sais plus non plus s'il avait le disque en un exemplaire ou en double, toujours est-il que Thierry m'a proposé à Marseille de m'offrir ce disque et il a tenu parole en me l'envoyant quelques semaines plus tard.
Ce 45 tours est intéressant à plusieurs titres.
Pour sa pochette déjà, qui est le pendant de celle de l'album The strange boutique. J'ai toujours trouvé que la pochette de l'album, créditée au groupe et à Peter Saville, aurait mieux convenu à Joy Division ou à un autre groupe lugubre très new wave qu'à ces petits rigolos de Monochrome Set. En tout cas, cette pochette est marquante et elle est très réputée, comme la plupart des travaux de Peter Saville de ces années-là, mais c'est bien dommage qu'à chaque fois qu'on réimprime dans un livre la pochette de l'album avec son fameux plongeur, on ne mette pas en regard celle du 45 tours, avec un carton du même gris, avec le cadre de photo au recto et celui des crédits au verso en relief comme pour les premiers exemplaires de l'album, et surtout avec cette autre photo en noir et blanc, sans plongeur mais avec les traces d'un plouf dans l'eau !
Un autre intérêt du disque, c'est la chanson The strange boutique. Il s'agit de la même version que celle qui clôturait l'album, moins les quelques secondes tout à la fin où le son remontait après s'être presque arrêté. Pour le coup, contrairement par exemple à 405 lines, ça me parait un bon choix de face A, car c'est sûrement l'un des titres les plus directement "rock" de l'album, avec de l'orgue qui rappelle le son garage des sixties. Bon choix donc, mais ça n'a pas suffi car j'ai l'impression que ce 45 tours ne s'est vraiment pas beaucoup vendu.
Autre intérêt de ce disque, sa face B, une vraie chanson, Surfing S.W.12, qu'on ne trouvait nulle part ailleurs à l'époque. C'est peut-être bien l'une des chansons du groupe où l'on entend le plus l'influence que le Velvet Underground a eu sur lui. Il est aussi possible tout simplement que ça en soit une sorte de parodie. Quand le volume 2 de la compilation Volume, contrast, brilliance est sorti en 2016, on a pu découvrir que cette face B était en fait l'une des toutes premières chansons du groupe, puisqu'on y trouve une version de 1978 titrée I wanna be your man.

J'allais écrire qu'on pouvait trouver les deux faces de ce 45 tours sur le coffret 1979-1985 : Complete recordings sorti plus têt cette année, mais la version CD est déjà épuisée et la version 33 tours est à prix prohibitif. The strange boutique se trouve facilement partout avec l'album. Pour Surfing S.W.12, il y a YouTube, ou sinon carrément le 45 tours, qui se vend d'occasion à un prix relativement abordable.


The Monochrome Set, The strange boutique, en concert au festival Marathon '80 à Minneapolis le 22 septembre 1979.


The Monochrome Set, The strange boutique avec un volume faible, en concert probablement à Nottingham le 16 août 1990.

06 juillet 2018

Melle RATIBA EL-CHAMIAH : Anti ya oum ein


Acquis chez Emmaüs à Reims le 29 juin 2018
Réf : B 095741-T -/- B 095743-T -- Édité par Baidaphon probablement au Liban probablement dans les années 1930
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Anti ya oum ein 1 -/- Anti ya oum ein 2

Vendredi dernier, je suis allé chez Emmaüs à Reims pour la première fois depuis plusieurs mois. Entre-temps, le rayon "culture" a changé d'emplacement, et j'ai été content de voir qu'il y avait plus de disques que la dernière fois.
J'ai trouvé une petite poignée de 45 tours, autant de CD, mais surtout il y avait une pile de 78 tours de laquelle j'ai extrait une dizaine de disques, dont deux "arabes".
J'ai écouté le premier, sur le label B. Rsaissi. Très bien dans le genre, mais peut-être pas aussi accrocheur que celui de Mahjouba. En sortant le second disque pour l'écouter, je me suis dit que j'aime beaucoup cette musique assez traditionnelle aux sons orientaux, mais que j'aimerais bien tomber sur quelque chose plus dans le style de la chanson francarabe à la Lili Boniche.
Sans génie à la Aladin, il est rare que les souhaits se réalisent dans l'instant, mais c'est pourtant précisément ce qui s'est passé car je me suis vite rendu compte que la chanson Anti ya oum ein de Melle Ratiba El-Chamiah est chantée à la fois en arabe et en français ! Ratiba El-Chamiah chante d'abord en arabe, puis elle enchaîne sur des phrases en français ("Vous êtes très jolie", "Oh ma belle folie", "La première fois", "Y a mademoiselle jolie"...), sans que je sois en mesure de dire si ces phrases, traduisent, complètent ou commentent celles en arabe. Ensuite, un chœur d'hommes reprend les paroles qu'elle a chantées. De façon très étonnante, le rythme en arrière-plan sonne presque binaire à mes oreilles.
Il semble que le titre signifie Toi ou moi. Dans la partie 2 de la chanson, sur l'autre face, je saisis d'autres bouts de phrases en français, mais pas tous : "Fais-moi petit plaisir", "Viens guérir ma plaie", "Quand est le rendez-vous", "De moi ayez pitié",... On se doute qu'il s'agit d'une chanson légère.
Comme souvent avec mes disques 78 tours, je me suis vite rendu compte que ce disque n'est pas référencé en ligne. En tout cas, je n'ai rien trouvé sur Discogs, ni chez Internet Archive ni à la Bibliothèque Nationale de France.
Le label Baidaphon est pourtant réputé. C'est l'une des toutes premières maisons de disques établies en Afrique du Nord. Créé par des membres de la famille Baida à Beyrouth dès les premières années du vingtième siècle, il a très longtemps fait fabriquer ses disques en Allemagne par l'intermédiaire de l'un des frères, médecin installé dans ce pays. Rainer E. Lotz, dans son projet The German 78rpm Record Label Book, dédie un chapitre très complet à Baidaphon.
Dans un article d'Emmanuel Haddad pour Al Jazeera, on trouve une explication possible pour le manque d'information disponible sur les productions Baidaphone. En effet, les archives de la firme ont souffert à la fois des bombardements de Berlin et de la guerre civile libanaise.
J'ai quand même trouvé quelques informations sur "Melle Ratiba El-Chamiah", dont le nom est plus souvent transcrit en Ratiba Chamia. Elle serait morte à 68 ans en 1981. J'ai même trouvé une photo d'elle page 9 du numéro du 16 janvier 1932 de L'Afrique du Nord illustrée :


Sur la même page, on trouve une photo de sa tante Flifla Chamia, chanteuse et danseuse comme Ratiba ("La meilleure danseuse orientale"). Les Chamia, famille juive de Tunisie, étaient visiblement une famille d'artistes. Flifla est notamment réputée pour avoir joué dans Le fou de Kairouan, le premier film musical et le premier film en arabe réalisé en Tunisie. Une autre tante de Ratiba, Bahia, était aussi artiste, et la chanteuse Hana Rached, fille de Flifla, a poursuivi la tradition familiale.
La famille Chamia était suffisamment connue dans les années 1930 en Tunisie pour que "Chamia" et "Bahia" soient mentionnées comme artistes animant des galas orientaux à Tunis à la suite du nom de la grande vedette Habiba Messika dans la nouvelle Ninette de la rue du Péché de Vitalis Danon (1938).
Je sais depuis quelques temps que j'ai plus de chances de trouver des raretés en fouillant les quelques 78 tours que je croise qu'en espérant qu'un 45 tours garage sixties se soit glissé parmi des centaines de disques de variétés. J'espère avoir encore bientôt la main aussi heureuse !

Melle RATIBA EL-CHAMIAH : Anti ya oum ein (1 & 2).
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01 juillet 2018

JOHNNY DOWD : Hell or high water


Acquis chez Transmission Records à Cliftonville le 15 juin 2018
Réf : Nico7 - 001 -- Édité par Nicole aux Pays-Bas en 2000
Support : 33 tours 17 cm
Titres : Hell or high water -/- Divorce, American style

Séjournant quelques jours dans le Kent le mois dernier, je n'ai eu l'occasion de visiter que deux disquaires. L'un, qui s'est installé dans la grande rue de Canterbury peut-être bien dans les locaux qui accueillaient Indoor Market en 2010, propose à des prix délirants des disques d'occasion même pas en particulièrement bon état. L'autre, à Cliftonville/Margate, est une boutique beaucoup plus sympa et intéressante, où l'on trouve des vinyls neufs et d'occasion à des prix de 2018, et où il y avait au moins un petit carton de 45 tours soldés duquel j'ai extrait avec plaisir ce disque de Johnny Dowd à 1 £.
La discographie de Johnny Dowd est conséquente. Chose assez rare, en incluant des cassettes et des live en édition limitée, Discogs liste 23 albums, mais seulement 4 singles ! Celui-ci est le plus ancien et je suis d'autant plus content d'être tombé dessus.
En Europe, les disques de Johnny Dowd étaient alors édités aux Pays-Bas par Munich Records. Quelques-uns sont aussi sortis en Allemagne chez Glitterhouse. Ce disque-ci, qui s'écoute en fait en 33 tours car les titres sont un peu longs, est sorti sous l'étiquette par Nicole Records, présentée au dos de la pochette comme une filiale de Munich. C'est apparemment l'unique disque publié par ce label.
C'est dommage qu'il n'y ait aucun crédit pour la photo de pochette, qui nous montre un campeur devant son feu de camp et près de sa voiture, dans les années 1930 ou 1940 je dirais.
LA face A, Hell or high water est extraite de Temporary shelter, le troisième album de Johnny Dowd. Je n'ai pas cet album (peut-être que Philippe R. l'a car on s'arrangeait souvent pour ne pas prendre des disques en doublon quand on commandait ensemble chez Glitterhouse dans ces années-là), mais je connais bien la chanson car je l'avais sur la compilation Out of the blue volume 8 de Glitterhouse.
Rythme bancal, claviers crades, guitare râpeuse, duo vocal homme-femme brut de décoffrage, paroles tellement noires qu'elles finissent par prendre une dimension désespérément comique, il y a là tout ce que j'aime chez Johnny Dowd, tous les ingrédients qui m'ont fait craquer la première fois que j'ai entendu First there was sur une autre compilation Glitterhouse.
La face B, Divorce, American style, est plus rare. Elle est sortie initialement en 1999 sur la compilation d'enregistrements maison Unsound - Volume 2 : Guitars ! (on peut écouter un extrait de 30 secondes de la chanson en suivant ce lien), puis l'année suivante sur ce disque et c'est tout. Pourtant, j'ai dû récupérer un MP3 de ce titre à un moment ou un autre puisque, preuve qu'il m'avait bien plu, je l'ai inclus en octobre 2002 sur ma compilation Ma femme n'est pas là (le titre de la compilation vient de la chanson d'Arno Je veux nager, mais il colle très bien à celle de Dowd !).
Là, Johnny est juste un batteur. Le gars qui raconte l'histoire explique comment il est arrivé chez lui pour trouver sa femme au lit avec quelqu'un d'autre (avec une variante par rapport à la version classique : "She was in bed with my best friend's wife, no bigger surprise have I had in my life") et les conséquences du divorce qui a suivi.
Chez Counter Punch, j'ai trouvé une information intéressante : en 2016, sur son album Execute American folklore, Johnny Dowd a revisité et retravaillé certaines de ses chansons, parmi lesquelles Divorce, American style, qui est devenue pour l'occasion une sorte de hip hop crade titré Sexual revolution.
Quand j'ai trouvé ce disque, comme je connaissais les deux titres, je pensais qu'ils venaient d'un album que j'avais à la maison, mais j'étais déjà bien content. Mais je n'avais pas la face B en disque, et en plus elle est très bonne et rare. C'est parfait !

Des exemplaires autographiés de Temporary shelter sont actuellement en vente pour 4,99 $ sur le site de Johnny Dowd.


Johnny Dowd, Hell of high water, sur la compilation Down To The Promised Land: 5 Years of Bloodshot Records. Sauf erreur de ma part, c'est la version de l'album et du single.


Johnny Dowd et Kim Sherwood-Caso, Hell or high water, au Felicia's Atomic Lounge à Ithaca, la ville de Johnny Dowd, le 11 juillet 2010, dix ans après la sortie de Temporary shelter.

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