31 mars 2019

LONDON POSSE : Like the other half do


Acquis au Record and Tape Exchange de Pembridge Road à Londres au début des années 1990
Réf : MNGS 735 / 876 650-7 -- Édité par Mango / Island en Angleterre en 1990
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Like the other half do -/- Like the other half do (Instrumental)

L'autre jour, j'ai regardé, 100 streets, un film avec  notamment Idris Elba de la série Luther. A un moment, une chanson qu'on entend dans une scène m'a vraiment attiré l'oreille, alors j'ai cherché des informations sur la bande originale du film et assez vite j'ai pu déterminer que la chanson en question était Live up par un certain Rodney P :



La chanson m'a vraiment plu. Je l'ai récupérée et je l'ai incluse dans ma dernière compilation en date, M'avez-vous toujours dit vrai ? (une excellente sélection, je vous invite à y jeter une oreille curieuse).
J'ai cherché à en savoir un peu plus sur ce Rodney P et j'ai appris qu'il était l'un des membres les plus importants de London Posse, un groupe influent des débuts de la scène rap anglaise, formé en 1987, qui a notamment tourné avec Big Audio Dynamite.
J'avais à peine lu ça que j'étais le nez dans mes caisses de 45 tours pour en ressortir ce disque, acheté  pour 30 pence dans la cave d'un des Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate dans les mois ou années qui ont suivi la sortie du disque.
J'ai réécouté cette chanson, Like the other half do et elle aussi elle m'a beaucoup plu. C'est gai, c'est sautillant et ça délivre un message tout simple, mais tout à fait compréhensible et vieux comme le monde : "Tout ce que je veux vraiment, c'est vivre comme l'autre moitié vit ". Je n'ai pas saisi toutes les paroles, mais je suppose que l'autre moitié c'est les riches, ou les blancs, en tout cas tous ceux qui sont du bon côté de la barrière.



J'ai l'impression que j'apprécie mieux cette chanson maintenant qu'à l'époque de sa sortie. En l'écoutant, la première pensée qui m'est venue c'est que, en près d'un quart de siècle entre ce titre et Live up, Rodney P est resté très fidèle à la formule musicale élaborée à ses débuts.
On classe London Posse dans le hip hop, mais c'est tout autant un groupe de reggae à mon sens. Sauf qu'au lieu de jouer ce reggae, ils l'échantillonnent depuis leur collection de disques. Je n'ai pas moi-même les connaissances pour retrouver les sources, mais en furetant en ligne j'ai repéré le signalement de deux de ces échantillons : les premières notes viennent de Jah Jah dreader than dread de Linval Thompson tandis que le riddim, un grand classique apparemment, c'est Heptones gonna fight.
Il y avait quand même quelque chose dans l'air vers les années 1989-1991 et ce n'est sûrement pas un hasard si j'en suis venu à cette époque à élaborer le concept de hip-pop optimiste pour mon émission Vivonzeureux! (en attendant la mort...). De Stereo MC's à Subsonic 2, de De La Soul à Urban Dance Squad ou de Definition of Sound à Me Phi Me, ils étaient vraiment nombreux à concocter ces cocktails rythmés et joyeux. Une folle créativité facilitée par le fait que ces artistes pouvaient encore se livrer à des collages sonores à partir de disques existants sans risquer de se voir demander par les avocats des artistes originaux des millions pour l'utilisation de quelques secondes d'un enregistrement.
Ce 45 tours était en fait la deuxième sortie pour Live like the opther half do, un an après la première sortie, en maxi avec un autre titre en face B. J'imagine que cette nouvelle édition accompagnait la publication de l'unique album de London Posse, Gangster chronicles. Je n'ai jamais eu cet album, mais je reconnais sa pochette, sûrement parce qu'on l'avait reçu à Radio Primitive. J'ai donc dû avoir l'occasion de l'écouter à l'époque, et j'en ai sûrement passé un ou deux extraits à l'antenne.
Tru-thoughts a réédité Gangster chronicles en 2013. Pour l'heure, ils n'en vendent plus que la version numérique, avec de nombreux bonus, mais l'édition en double CD se trouve encore facilement à un prix correct.

23 mars 2019

CORNU : Des roses remixed by Kid Loco


Acquis chez Parallèles à Paris le 6 juin 2013
Réf : REF 9610 -- Édité par Island en France en 2001 -- Disque promotionnel interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Des roses (Kid Loco remix) -- Des roses (Kid Loco remix edit) -- Des roses (Album version)

J'avais fait une bonne pioche ce jour-là chez Parallèles et Gilda, puisque j'en étais reparti avec 28 disques, dont celui-ci, le Maïa Vidal et le Vandaveer. Pas mal.
Je regrette de ne pas avoir ressorti ce disque de mes étagères au moment où je préparais mon livre Vente interdite (disponible gratuitement en téléchargement). Il y aurait eu parfaitement sa place puisque c'est un bel objet, hors commerce, avec un remix qui n'a jamais été disponible à la vente. J'aurais donc même pu inclure le premier titre de ce CD dans ma compilation Raffut de vente. C'est vraiment dommage, d'autant que je ne prévois pas pour l'instant de réédition augmentée et mise à jour de ce livre...
J'ai vu et apprécié la prestation du groupe Forguette Mi Note le 20 avril 1994 à Bourges dans le cadre des Découvertes du Réseau Printemps mais, par la suite, je n'ai suivi que d'assez loin le parcours de ce groupe, puis après sa séparation ceux de Claire Diterzi d'une part et de Julie Bonnie d'autre part, avec Cornu puis en solo. J'aimais beaucoup le logo en ours de Cornu et leurs pochettes colorées, j'ai écouté et même diffusé sur Radio Primitive certains de leurs titres, mais ce n'est qu'assez récemment, par exemple, que je me suis procuré leur premier album.
Ce maxi CD est un bel objet, très travaillé. la pochette s'ouvre en quatre volets qui forment une croix, avec d'un côté le recto de pochette, les paroles et d'autres infos, et de l'autre la photo d'un arbre :



Ça a dû coûter assez cher à concevoir et à fabriquer et, quand je vois des objets promotionnels de ce style, ma première réaction est toujours de me souvenir que, au bout du compte, les sommes d'argent ainsi investies sont imputées au groupe, pas à son label.
L'objet principal de ce disque est de présenter le remix par Kid Loco de Des roses, un titre tiré de A 3, le deuxième album de Cornu, paru en 2000.
Ce n'était pas la première collaboration entre Kid Loco et Cornu : l'ex-Kid Bravo de Mega Reefer Scratch avait déjà eu l'occasion de remixer au moins quatre titres du premier album de Cornu, dont trois ont été réunis sur un maxi-45 tours, naturellement intitulé Cornu remixed by Kid Loco.
Le remix de Des roses par Kid Loco, qui ouvre le disque et par lequel j'ai découvert cette chanson, est réussi. On y retrouve ses ingrédients habituels, une bonne ligne de basse, des échantillons de dialogue en anglais et des percussions discrètes. Le texte est très bien également. Les roses y ont des épines, mais, elles servent à protéger des poseurs à la langue acérée :
"Nous pourrions être doux, pas devenir comme toi, être gentils et simples, être naïfs et droits. Les roses nous défendraient des gens comme toi. Des roses tout autour de nous, jolies avec des épines. Des roses qui nous protègent, qui piquent les langues malignes."
Quand on écoute la version de l'album de Des roses, on saisit encore mieux bien la portée du travail de remixeur de Kid Loco. Il y a de la basse et de la batterie, mais ce sont les musiciens du groupe qui jouent, pas des échantillons, et la ligne de basse est donc différente. On retrouve aussi le violon de Julie Bonnie, qu'on n'entendait pas dans le remix.
C'est toujours comme ça avec les remixes de bonnes chansons : même si je les apprécie, comme c'est le cas ici, au bout du compte la chanson originale se suffit à elle-même. Je n'aurais pas été en mesure de faire ce type de comparaison à l'époque de la sortie du disque mais, dans sa version originale, Des roses me fait penser, en moins barré, aux chansons d'Areski et Brigitte Fontaine à la fin des années 1970.
En plus de ce CD, Island a aussi sorti à des fins promotionnelles un maxi-33 tours de Des roses qui, outre le remix qu'on trouve sur ce CD, contient des versions instrumentale et a cappella de la chanson.
Malgré tout ce travail de promotion en 2001, l'année suivant celle de la sortie de A 3, ce disque n'a jamais été commercialisé. J'imagine que c'est sûrement parce que c'est à ce moment que Cornu a dû se séparer. Le groupe n'a jamais rien sorti de plus et, cette même année 2001, Julie Bonnie a sorti son premier album solo, toujours chez Island. Un album, Julie B. Bonnie, dont deux des titres sont réalisés par Kid Loco. Et les deux ont continué à collaborer, puisque Kid Loco a produit en 2011 l'album suivant, On est tous un jour de l'air. Et apparemment il a également participé en 2013 à l'enregistrement du troisième album, Bonne femme.
C'est le dernier album en date, mais Julie Bonnie n'est pas pour autant inactive, loin de là. Elle a publié plusieurs livres, dont Chambre 2, qui va être adapté au théâtre et au cinéma, et Barbara, roman.
Rien qu'en cette année 2019, elle a publié en février un livre-disque, Lalala est là, illustré par  Robin Feix (de Louise Attaque) et accompagné d'un CD de ses chansons interprétées avec Stan Grimbert. 10 chansons pour 35 minutes, un album, quoi !
Ce mois-ci, elle a publié L'internat de l'Île aux Cigales chez Albin Michel Jeunesse et on annonce pour le mois de mai la parution de C'est toi, Maman, sur la photo ? est annoncée chez Globe. Impressionnant.

A écouter :
Cornu : Des roses (Kid Loco remix)

17 mars 2019

BWA BANDÉ : Radikal


Acquis chez Cash Express à Cormontreuil le 12 février 2019
Réf : 506822 -- Édité par Déclic Communication en France en 1998
Support : CD 12 cm
13 titres

De temps en temps, je passe dans les dépôts-vente au nom souvent en Cash pour faire le tour des CD à 1 ou 2 €. C'est l'occasion de faire quelques emplettes et même quelques bonnes découvertes, mais je me doute bien que ça ne durera plus très longtemps. Il est clair que les rayons de CD dans ces commerces sont sur la pente descendante, de plus en plus petits, avec des prix qui baissent et le fonds de base qui est souvent bradé et ne sera sûrement jamais renouvelé. Et à côté de ça, on voit réapparaître des bacs de 33 tours absolument sans intérêt à plus de 5 €...
Ce jour-là, je suis reparti de Cash Express avec une poignée de disques, dont un de Jean-Claude sans ses Wachi-Wala et un de Callas Nikoff.
Celui-ci, je l'ai choisi à cause du nom du groupe et des titres en créole et parce qu'il était clair au vu des logos apposés au verso qu'il s'agissait de musique de la Guadeloupe.
Vu la date de parution du disque, il y a une vingtaine d'années, je craignais qu'il ait un son mal modernisé, avec synthés et boite à rythmes. Heureusement, ce n'est pas la cas, même si les quelques interventions de synthé sur l'album ont du mal à bien s'intégrer au reste de la musique, qui est à base de percussions, avec chants, guitares, cuivres, flûte et sifflets. C'est ce qu'on entend dès le titre d'ouverture, qui reprend le nom du groupe, Bwa bandé.
Sur son site, Bwa Bandé explique que le groupe s'appuie sur deux aspects de la musique traditionnelle guadeloupéenne. Le Gwoka d'une part, musique de réunion de familles, fêtes et cérémonies où se déroulent souvent des concours de virtuosité entre les "frappeurs de peaux" et aussi entre danseurs et danseuses. Et d'autre part le Mas à St-Jan, musique de rue et de défoulement total jouée par des groupes défilant à pied pendant la période du carnaval. Elle a été mise au point par "Monsieur Saint-Jean" d'où son appellation.
C'est donc une musique de rythme, de danse, avec des chants en appel et réponse, mais ce qui m'a agréablement surpris et conquis à l'écoute de Radikal, c'est que, même si la base de la musique est traditionnelle, les différents auteurs-compositeurs du groupe (Rodrigue Théophile, William Geneviève, Henri Louis et Lucien Barboux) ont composé d'excellentes chansons originales. Outre Bwa bandé, j'aime particulièrement Move vi et Tou piti, où il est question des répondé (chanteurs qui font les chœurs) et des tanbouyé (joueurs de tambour). Il y a beaucoup de groupes qui s'inspirent de musique traditionnelle à tambour et chants en appel et réponse. Tou piti m'a particulièrement fait penser aux Fabulous Trobadors.
Mon titre préféré du disque, c'est Fre d'Afrik, où il me semble qu'il est question des rapports entre africains et caribéens. Une grande chanson.
Radikal est le deuxième album de Bwa Bandé. Auparavant, il y avait eu en 1996 Mi-St Jan/Mi-ka. Ont suivi trois autres disques, Hirochi ka (2000), Mas' é ka (2006) et Apoka (2010). Il y a aussi au moins un album solo d'un membre du groupe, Bitin la bandé ! (2007) par Théo-K, alias Rodrigue Théophile.
En suivant les liens sur les titres des albums ci-dessus, on pouvait les écouter chez Antilles-Mizik. Ça doit encore être possible, mais à condition d'avoir un navigateur qui accepte de faire fonctionner les applications en Flash.
Je n'ai trouvé aucun extrait du disque en ligne par ailleurs, c'est pourquoi je vous propose deux MP3 ci-dessous.
Bwa Bandé n'a pas sorti de disque depuis 2010, mais le collectif, qui est basé en Île de France, est toujours actif (il s'est encore produit le 9 février dernier pour les 20 ans du mouvement culturel Mas Ka Klé) et on peut suivre ses activités sur sa page Facebook ou sur celle de Théo-Ka.

A écouter :
Bwa Bandé : Fre d'Afrik
Bwa Bandé : Tou piti

11 mars 2019

දස්කොන් (DASKON)


Acquis chez Emmaüs à Reims le 22 février 2019
Réf : SLBC/005/7 -- Édité par Sri Lanka Broadcasting Corporation au Sri Lanka en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Neela Wickremasinghe : Daskon -- Sanath Nandasiri : Geetha -/- Amara Ranatunge & Pulasti Indaka Ranatunge : Senpathi -- Victor Ratnayake : Sasara serisarana thuru

Je passe à l'Emmaüs de Reims tous les deux-trois mois. Ça laisse au stock le temps de se renouveler et j'en repars généralement avec un petit paquet de disques, d'autant qu'il reste dans cette communauté un vrai rayon de 45 et 33 tours.
Ce jour-là, j'ai notamment trouvé un exemplaire de La guitare en 10 leçons, complet avec son livret illustré par Claire Brétécher, dont j'avais oublié jusqu'à l'existence, et avec ce 45 tours produit par la société publique de l'audiovisuel du Sri Lanka.
Pendant longtemps, je ne m'intéressais pas à ce genre de disques, mais depuis plusieurs années j'ai fait de belles découvertes avec des productions de ce genre, y compris celles qui, du simple fait de l'utilisation d'un alphabet différent de celui du latin, ont le pouvoir fort de me transformer instantanément et littéralement en analphabète. Il y a eu par exemple Yemenit songs, Chhun-Vanna & Im-Song-Soeum ou Farouk Salama.
Là, il s'agit d'une production officielle, qui présente certainement la crème de la crème de la musique srilankaise de l'époque. Cela se reflète dans le parcours des artistes sélectionnés ces quarante et quelques dernières années : Neela Wickramasinghe avait été sélectionnée dès 1973 par la Sri Lanka Broadcasting Corporation comme artiste émérite. Elle a ensuite étudié en Inde avant d'enseigner la musique. Sanath Nandasiri est un musicien classique et un universitaire. Il est actuellement Chancelier de l'Université des Arts visuels et du Spectacle du Sri Lanka. Amara Ranatunge, la seule des quatre interprètes à être décédée, l'an dernier à 79 ans, était considérée comme la première à avoir enseigné la musique srilankaise. Quant à Victor Ratnayake, c'est peut-être la première "star" musicale du Sri Lanka : il a été le premier à donner un concert sous son nom seul, le spectacle SA, en 1973. Il a un site officiel et on peut écouter et télécharger un bon nombre de ses titres sur Free Music Archive.
Chacune des quatre chansons a un auteur différent pour les paroles et un compositeur pour la musique, et je suis bien sûr que ce sont tous également des pointures. 
Daskon est une chanson assez lente dans un style et des arrangements que l'on s'attend à entendre pour une production de cette région. Elle raconte l'histoire au 18e siècle de la romance tragique entre la reine Pramila, épouse du roi Vira Parackrama Narendrasinghe, et Daskon, alias Pedro Gascon, fils d'un marin français et Premier Ministre du Roi (Pour en savoir plus, lire la traduction de la chronique de My World & Beyond World et le récit en anglais de The Island Online, qui avance que les raisons de la mort de Daskon étaient plus politiques que ne le laisse penser la mythique histoire d'amour).
La pochette du disque représente Pramila et Daskon. D'avoir découvert les origines de Daskon m'a permis de comprendre pourquoi l'homme est visiblement habillé à l'européenne. Cette histoire a servi de trame à une série télévisée historique, Daskon, diffusée en 2014-2015.
Pour Geetha, l'instrumentation est très dépouillée et plus surprenante, avec des chœurs murmurés et une ambiance très zen. Je parierais que c'est une chanson d'amour. Une très belle chanson d'amour ! 
Senpathi, sur un rythme plus enlevé, est un duo entre Amara Ranatunge et une enfant, sûrement sa fille.
Pour Sasara serisarana thuru, on retrouve des tablas et un rythme assez lent. C'est une belle chanson, avec des ponctuations de cordes mais au bout du compte elle n'est pas si éloignée que ça d'une chanson française.
Une belle découverte, donc, et j'espère que mes bonnes pioches de disques me permettront encore longtemps de voyager écologiquement dans le monde et dans le temps.

A écouter :
Neela Wickremasinghe : Daskon
Amara Ranatunge & Pulasti Indaka Ranatunge : Senpathi

09 mars 2019

THE VICEROYS : Inna de yard


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 18 janvier 2019
Réf : IDYCD005 -- Édité par Inna De Yard en France en 2005
Support : CD 12 cm
10 titres

Pour la première fois depuis des mois, les gars de l'Emmaüs de Tours avaient rangé le meuble à CD, et surtout ils avaient profité de l'occasion pour en ajouter quelques nouveaux. Du coup, j'en suis reparti avec presque une dizaine de disques, dont celui-ci, qui est, si je peux me permettre, un reggael !
Je connaissais le principe de la collection Inna de yard de Makasound (enregistrer du reggae largement acoustique et le plus roots possible à Kingston, dans la cour du guitariste Earl Chinna Smith) et j'en avais écouté un ou deux volumes.
C'est une idée intéressante, qui fait écho à plein de choses qui m'intéressent dans la musique ces dernières années : quelque chose de moins produit, plus proche du public, que je retrouve dans les concerts acoustiques en médiathèque ou en appartement (Michael Holt parmi d'autres), dans des sessions comme celles de Tiny Desk ou dans des vidéos enregistrées à la volée qu'on retrouve sur YouTube ou Facebook (par exemple Jonathan Mann et Brushy One String).
Ce qui est étonnant, c'est que je n'avais absolument jamais entendu parler de The Viceroys. J'en connais des trios vocaux jamaïcains, mais je crois n'avoir jamais vu passer le nom de celui-ci auparavant. Pourtant, leur parcours a débuté dès 1966 et ils ont eu de nombreux succès jusque dans les années 1980.
Ce sont ces succès que l'on retrouve dans ce disque enregistré le le 10 novembre 2005 dans des versions dépouillées, même si, comme indiqué dans les notes de pochette, Inna de Yard a franchi un pas avec ce cinquième volume, avec une instrumentation qui se rapproche de celle d’un album studio, avec basse, batterie, claviers et guitare électrique.
Mais qu'on se rassure, l'instrumentation reste très bien dosée, et l'ambiance reste très brute. Ça s'entend dès le premier titre, Heart made of stone, un grand moment avec juste une guitare et les voix des Viceroys, qui à ce moment étaient composés de Wesley Tinglin, le fondateur du groupe, Neville Ingram et Michael Gabbidon.
Pour Ya ho, un des classiques du groupe, la guitare s'électrifie et la basse et les percussions font leur apparition, mais ça reste plein d'émotion et d'une grande qualité, comme l'est tout l'album. En juillet 2008, les Viceroys et Earl Chinna Smith se sont retrouvés dans la cour pour enregistrer une autre version de cette chanson, titrée Yahoo et parue sur le volume 10 de la collection, Earl Chinna Smith & Idrens volume 2.
Ensuite arrive My mission is impossible, qui contient en début et en fin une citation de l'indicatif de la série télé, mais qui est une chanson qui tient très bien par elle-même.
Pour I guarantee my love et So many problems, toujours très bien, l'orgue et les percussions sont mis en valeur. Vient ensuite une séquence encore meilleure, avec Love Jah et ses ses chœurs, et Last night, avec encore des chœurs. C'est fou, plus ça va et meilleur est l'album ! J'apprécie particulièrement la partie instrumentale à la fin de ce qui était la face A du 45 tours où l'on trouvait Ya ho et qui a aussi été un succès. 
Slogan on the wall en tant que chanson est peut-être un ton en-dessous, mais elle dure neuf minutes et ça skanke bien et longtemps !
J'ai eu une excellente surprise dès les premières notes de Shadrach, Meschach and Abendigo : j'ai tout de suite reconnu là une version - excellente - de Satta massagana, l'une de mes chansons de reggae préférées. Super !!
Pour le dernier titre, Rise in the strength of Jah, on  boucle la boucle puisqu'on retrouve le son dépouillé du début, avec voix et guitare.
Le label Makasound s'est arrêté en 2011, et avec lui la collection Inna de Yard. Wesley Tinglin est mort à 75 ans en septembre 2018 après avoir dû annuler pour maladie des concerts prévus en France pendant l'été. Plusieurs pages se sont donc tournées en relativement peu de temps. Reste comme témoin cet excellent album.


L'image est de petite taille, mais cette vidéo témoigne bien de l'ambiance et des conditions d'enregistrement de l'album. Les Viceroys sont cachés tout au fond !

03 mars 2019

ENRICO MACIAS : Les millionnaires du dimanche


Acquis sur le vide-grenier de Fontaine-sur-Ay le 22 avril 2012
Réf : EG 1032 -- Édité par Pathé en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les millionnaires du dimanche -- Un refrain -/- Les gens du Nord -- Je le vois sur ton visage

L'autre jour, par hasard, je suis tombé à la télé sur Enrico Macias et Kendji Girac qui jouaient en direct et en duo Adieu mon pays, un de ses grands succès qu'on trouve également sur un nouvel album, Enrico Macias & Al Orchestra, qui sort l'année de ses 80 ans.
L'occasion pour moi de me souvenir que, il y a déjà presque sept ans, j'avais "menacé" Philippe R., qui m'accusait d'ostracisme (pour rire, mais fallait pas s'y risquer !), de chroniquer Les millionnaires du dimanche, que j'avais dûment acquis dans ce but quelques semaines plus tard, en même temps qu'un disque de Hemlata Devi.
Pourquoi spécifiquement Les millionnaires du dimanche ? Parce que j'ai des souvenirs spécifiques associés à cette chanson.
Ça n'a pas dû arriver souvent, mais deux ou trois fois la même année, dans la première partie des années 1970, quand on était en famille en pique-nique au bord de la Marne, à Vésigneul ou Ablancourt par exemple, on a dû entendre à la radio les mêmes chansons, pas récentes mais facilement associées à la bonne humeur d'un dimanche par beau temps. Il y avait c'est sûr Calor la vida de Marie Laforêt, peut-être bien C'est bon la vie de Nana Mouskouri et ce grand succès d'Enrico Macias. Cette valse enlevée, emmenée par l'accordéon de Jo Courtin, m'a marqué particulièrement car il semblait bien que c'était de notre vie qu'il était question dans les paroles :
"Les millionnaires du dimanche laissent le pain sur la planche
Pour une chemise blanche qui leur va beaucoup mieux
(...)
Dans les cafés les joueurs de tiercé se dépêchent
Au bord de l'eau on s'en va déjeuner et l'on pêche"
Nous aussi on passait le dimanche au bord de l'eau, et Papa aussi, à cette époque, mettait chemise blanche et cravate pour les repas de famille, ou pour aller au tiercé. Il jouait tous les dimanches et, pendant un moment, en plus du travail en équipe à l'usine pendant la semaine, il travaillait le dimanche matin au café accolé au Cirque de Châlons, dont je n'arrive pas à retrouver le nom, peut-être L'Esplanade, qui était un grand PMU, qui m'a paru grouillant et bruyant les quelques fois où je suis allé l'y retrouver. Avec mon frère et ma sœur on ne s'intéressait pas au tiercé, mais on jouait souvent avec les vieux tickets et les pinces perforatrices qui servaient à les valider, comme on en voit dans le Scopitone ci-dessous.
Cette chanson a été un grand succès à sa sortie en 1967 et on voit qu'elle passait encore souvent sur RTL le dimanche vers 1972-1974. Enrico Macias devait vraiment être productif à cette époque car on trouve ici, relégué en première face B, une chanson qui a dû avoir un grand succès également et qui est devenue l'un de ses grands classiques, Les gens du Nord.
Les deux autres titres, Un refrain et Je le vois sur ton visage sont de très bonne facture et ont tous les deux une tonalité "orientale".
Enrico Macias co-signe ces quatre titres, pour les paroles et/ou la musique, et ce n'est évidemment pas un hasard si ses principaux collaborateurs sur ce disque, le parolier Jacques Demarny, le musicien et compositeur Martial Ayela et le compositeur chef d'orchestre et Jean Claudric, ont tous comme lui grandi en Algérie.
Au moins, cette chanson me fait un bon souvenir de ces pique-niques familiaux, en plus de celui, mauvais, laissé par les moustiques qui semblaient préférer ma peau à celle des autres convives. Sur ce, je vous laisse car en me dépêchant un peu je vais avoir le temps, en souvenir de Papa, d'aller prendre l'apéro et jouer un tiercé avant que le PMU ferme à Ay.





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