07 septembre 2007

MAGAZINE : Real life


Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne probablement fin 1978
Réf : 2933 748 -- Edité par Virgin en France en 1978
Support : 33 tours 30 cm
9 titres

Je croyais me souvenir que je m'étais intéressé à Magazine après avoir lu une chronique très élogieuse de Real life fin 1978 et que c'était ensuite que je les avais vus en live à la télé dans l'émission Chorus d'Antoine de Caunes.
Mais l'excellent site non-officiel consacré à Magazine Shot By Both Sides indique que c'est dès le 23 septembre 1978 que Magazine s'est produit au Théâtre de l'Empire à Paris, là où étaient enregistrés les concerts de Chorus (et aussi L'école des fans de Jacques Martin, je crois bien).
Ce qui veut dire que j'aurais d'abord été scotché par les trois titres live du groupe diffusés par Antenne 2 (Mes souvenirs sont plus que flous, mais il me semble qu'il s'agissait de My tulpa, Parade et Give me everything ; en tout cas, Devoto portait une petite veste rouge comme celle qu'il a sur l'une des photos de cette page) avant de lire les chroniques et de me décider à acheter leur premier album.
Ce qui est sûr, c'est que j'ai acheté Real life soit à l'automne 1978 soit au tout début de l'hiver 78-79. Je l'ai ramené dans la chambre que j'avais depuis peu sous les combles de la maison de mes grands-parents et, au cours de la soirée, je l'ai écouté sept fois dans son intégralité face A, face B, face A, etc. C'est la seule fois où ça m'est arrivé. C'est dire si ce disque m'a accroché et s'il s'est rapidement gravé dans mes neurones.
Le disque est produit par John Leckie, qui, avec son travail pour XTC, Simple Minds, The Human League est vite devenu pour moi un producteur fétiche à l'époque.
Je crois que cet album est unanimement reconnu comme l'un des indispensables de la new wave (pas seulement par moi). Je préciserais même que c'est sûrement l'un des tous premiers albums post-punk au sens littéral du terme : nombreux sont ceux qui faisaient de la new wave avant 1978 (Brian Eno, Ultravox !, Talking Heads, Devo, XTC), mais Howard Devoto est l'un des premiers à être passé, dès 1977, du punk (les Buzzcocks) à cette musique différente, plus variée, avec souvent des synthés. Magazine fait même encore plus fort puisqu'on trouve sur cet album des sons que certains auraient pu considérer comme sacrilèges à l'époque ; des solos de guitare héros et même de saxophone ! (tous dus à John Mc Geoch). La présence du saxo explique sûrement en partie la comparaison souvent faite de Magazine avec Roxy Music. Je n'ai jamais réussi à écouter Roxy suffisamment longtemps pour me faire un avis sur cette comparaison, mais ce qui est sûr, c'est que, au-delà de l'implantation capillaire des deux gars, il y a une filiation certaine entre le Brian Eno des albums solo chantés des années 70 et Howard Devoto. Je n'ai d'ailleurs pas du tout été surpris d'apprendre, dans mes lectures de préparation de ce billet, que Devoto et Shelley avaient repris du Eno de la meilleure époque (The true wheel, sur Taking tiger mountain (by strategy)) lors du tout premier concert du groupe qui allait devenir les Buzzcocks.
La légende veut que les membres de Magazine aient été recrutés par petite annonce. Même s'ils s'y sont repris à deux fois pour trouver un clavier virtuose (Dave Formula), Magazine a quand même réuni une sacrée brochette de musiciens avec John Mc Geoch, Barry Adamson à la basse et Martin Jackson, un batteur qui n'est resté que le temps de cet album, mais qui n'était pas manchot du tout (il est réapparu dans les années 80 avec Swing out Sister).
Le titre d'ouverture du disque, Definitive gaze, sert d'ailleurs un peu de présentation des différents musiciens : il démarre par plus d'une minute d'instrumental en plusieurs phases, avant que la vedette Howard Devoto entre en scène pour chanson en deux couplets sans refrain, qui cite le titre de l'album : "So this is real life, you're telling me, and everything is where it ought to be".
L'enchaînement est parfait avec My tulpa. La basse élastique de Barry Adamson fait merveille et les synthés sont encore très en avant sur cette chanson. J'ai appris à connaître les paroles de ces chansons à l'oreille. En effet, elles n'étaient pas fournies avec le disque et il m'a fallu attendre la parution du recueil It only looks as if it hurts pour pouvoir les déchiffrer complètement. De toute façon, ces paroles sont d'une telle qualité littéraire qu'il ne suffit pas de les voir imprimées pour dévoiler tout leur mystère. Pour ma part, je me surprends encore souvent à l'écoute de ce disque à chanter les paroles "en yaourt", telles que je les chantais dans la chambre du grenier. C'est le cas notamment pour My tulpa (un tulpa, je ne l'ai appris qu'aujourd'hui, c'est dans la mystique tibétaine un objet créé par la pensée). Quand Devoto chante "I wanna see you, don't you wanna see me ?" ça va, mais la phrase qui suit, je ne la déchiffre toujours qu'en lisant les paroles. Quant à la suite, "You can touch yourself anytime" ("Tu peux te toucher quand ça te chante") avec la deuxième voix qui dit "In isolation", je ne suis pas sûr que je l'aurais chantée aussi souvent à haute voix si j'en avais compris le sens !
Le troisième titre, Shot by both sides, permet enfin à John Mc Geoch de mettre sa guitare largement en valeur. C'est dans ce titre, un des classiques du groupe, sorti quelques mois plus tôt dans une première version en face A du premier 45 tours, qu'il place un solo superbe de 25 secondes, en plus du riff principal écrit par Pete Shelley à l'époque des Buzzcocks.
Recoil est un titre rapide, presque punk, avec des roulements de batterie marqués, mais il a quand même un petit quelque chose de spécial avec des breaks où Devoto dit "Hop" et "On" il me semble.
Burst, qui clôt la face A, est la première chanson relativement lente du disque. Elle se termine sur une sorte de mantra, "Keep your silence to yourself, you will forget yourself".
Motorcade démarre la face B sur le même rythme, mais se met à accélerer follement au bout de deux minutes, peut-être pour reproduire le rythme du cortège officiel auquel il est fait allusion (Là encore, j'ai longtemps été conduit à croire qu'une motorcade était une limousine, car j'avais vu ce mot utilisé dans un récit de l'assassinat de Kennedy…).
J'adore tout le disque, mais la chanson The great beautician in the sky m'a toujours particulièrement plu, peut-être parce qu'elle débute sur un rythme de valse et avec un son qui rappellent un manège de fête foraine, avant là aussi de changer complètement de rythme et de mélodie au milieu.
The light pours out of me, avec son rythme martial et sa basse lourde, est devenu au fil de leur courte carrière l'un des titres phares de Magazine. Ils en ont sorti une nouvelle version en face B du 45 tours Upside down en 1980, l'un de leurs disques qui ont eu le plus de succès. L'album live Play sorti en 1980 est loin d'être renversant, mais je vous conseille quand même de jeter une oreille sur la version de The light pours out of me : musicalement, elle est très proche de la version studio, mais Devoto chante plusieurs des vers en français !
Le disque se clôt magistralement avec Parade. Je viens seulement de remarquer aujourd'hui que c'est une boite à rythmes qui accompagne le piano en intro de cette ballade presque lounge à la mélodie jouée au synthé et au solo de saxo bien bien dégoulinant. Devoto s'amuse comme un petit fou, notamment sur le refrain, "Sometimes I forget that we're supposed to be in love, sometimes I forget my position" ("Parfois j'oublie que nous sommes censés être amoureux, parfois j'oublie ma position"). En concert, il ajoutait même, malicieusement et mystérieusement, une phrase du style "And my position is somewhere between the waitress and a table, but the service is very very good" ("Et ma position est quelque part entre la serveuse et une table, mais le service est très très bon").

Real life est un classique reconnu, actuellement disponible heureusement (il a été réédité ce printemps, comme tous les albums du groupe, en version remasterisée avec les quatre titres des deux premiers singles en bonus). Pourtant, il a fallu que je sorte mon appareil photo pour vous proposer une image de la pochette complète (pas parfaite, car trop blanche sur le côté gauche), car je n'ai trouvé en ligne que des reproductions des pochettes des CDs, qui tronquent honteusement la superbe illustration de pochette de Linder, qui a fait beaucoup pour le mystère du disque, comme les photos des cinq musiciens au dos, avec Barry Adamson très smart, John McGeoch un verre de whisky à la main et Martin Jackson avec ses cheveux teints en blond plus que flashant. Quant à Dave Formula, j'ai fini une paire de décennies plus tard par avoir la même implantation de cheveux que lui !
L'illustration de pochette, je l'aimais tellement que je l'avais choisie pour qu'Eric L. me la reproduise sur un t-shirt pendant l'année 79/80, au moment où il s'était lancé dans la peinture sur tissu. J'ai toujours les deux t-shirts qu'il m'avait dessinés (l'autre c'est un dessin d'Elvis Costello en noir et blanc avec le slogan "Elvis is king"), mais je crains qu'ils ne soient plus à ma taille !


Ajout du 17 mars 2012

Magazine, Definitive gaze, en 1978 dans l'émission The Old Grey Whistle Test. Malheureusement, ils ont zappé l'intro. 

14 commentaires:

Kill Me Sarah a dit…

Je me souviens bien les avoir vu à Chorus, c'est même ensuite que j'avais acheté l'album mais Rock & Folk en avait déjà fait une bonne critique.
Impossible de me souvenir des chansons jouées par contre, tout ça est trop loin... il serait intéressant qu'un jour on puisse trouver sur un DVD les meilleurs moments de Chorus.
J'ai le souvenir de Devo aussi à la même époque et de Suicide avec Alan Vega crachant sur le public...

Pol Dodu a dit…

Magazine, Devo et XTC (avec "Meccanik dancing" notamment), c'est probablement le tiercé (sans ordre particulier) de mes meilleurs souvenirs de Chorus.
Moi aussi, j'ai longtemps espéré revoir ces extraits de concerts, à la télé ou en DVD, mais mes espoirs ont été douchés il y a quelques mois à la lecture d'une interview d'Antoine de Caunes (dans Rolling Stone ?), dans laquelle il se plaignait amèrement, à raison, de l'incompétence d'Antenne 2 et de l'INA qui ont détruit ou égaré la plupart de ces enregistrements !

Pol Dodu a dit…

Je rajoute The Cure à ce tiercé car il me revient que ça doit aussi être sur Chorus que j'ai vu The Cure pour la première fois, fin 1979, et que ça m'a bien marqué !

Pol Dodu a dit…

Tous les enregistrements de Chorus n'ont pas été perdus !
Le 3 décembre 2007, Europe 2 TV a rediffusé l'émission de décembre 1979 qui m'a vraiment fait découvert The Cure (avec Marquis de Sade au même programme). Un sacré coup de machine à remonter le temps, avec une double surprise : je ne me souvenais plus que c'était la formation à quatre de "17 seconds" qui avait joué ce soir-là, ni que c'était la première fois que j'avais entendu "A forest", dans une première version qui s'appelait encore "At night"...!
A voir ici.

Anonyme a dit…

Et les RUTS !!!! non,

bien sympa vos new-waveries,
mais le must, ce sont eux.
(M.OWEN - R.I.P)
Bravo trés bon site.
Babylon's Burning !!!!!!!

Pol Dodu a dit…

C'est amusant, mais j'écoutais justement "Headache - For Michelle" d'Au-Pairs cet après-midi, et je me demandais si le Malcolm qui meurt de drogue auquel les paroles font référence ne pouvait pas être Michael Owen...
J'ai plusieurs disques des Ruts, j'aime bien "Babylon's burning" et les titres qui sonnent reggae, mais ils ne figurent quand même pas parmi mes groupes favoris.
J'ai quand même déjà pensé à en chroniquer un disque ici, mais ça risque plus sûrement d'être le maxi "Weak heart" des Ruts DC que "Jah war" ou "Grin + bear it"...

Pol Dodu a dit…

Magazine se reforme, aussi !
Pour deux concerts, en 2009. Plus surprenante que d'autres, cette reformation. Le guitariste qui remplacera feu John McGeoch, qui avait de toutes façons quitté le groupe avant sa séparation, n'est pas encore connu.

tekilapop a dit…

bonjour

désolé de m'immiscer dans vos "chorusseries", mais il semble que vous ayiez occulté le coté "power pop" de ce programme... je n'ai qu'un nom à vous citer : Paul Collins Beat. Les extraits de ce Chorus fa-bu-leux sont d'ailleurs visibles sur Youtchoube. Et au passage, je vous rappelle égakement les prestations des Pretenders, de Joe Jackson, de Costello, DrFeelgood et tant d'autres.
bravo pour votre blog.

Pol Dodu a dit…

Tekilapop,
J'ai tendance à me souvenir et à citer les gens que j'aime le plus (Costello en fait partie d'ailleurs), mais bien sûr que Chorus avait une programmation variée, pas limitée strictement à de la new wave.
Connaissant De Caunes, je suis bien sûr par exemple que Southside Johnny a aussi dû être programmé une ou plusieurs fois...

LIONEL0512 a dit…

La new wave OK mais Antoine de Caunes n'avait pas oublié la "No Wave" et le concert de James Chance and the Contortions fut un gros moment !!

Anonyme a dit…

salut tu as eu de la chance, à la même époque le groupe devait faire un concert dans ma région ( liège )
et dans les studios de la rtb ( télévision belge) les quels on fais grève quelques jours avant le dis concert et tout fut annulé à ma grande déception ^^ par contre j'ai vu à la même époque ultravox avec john foxx comme chanteur ^^

aymeric a dit…

Bonjour,
je découvre votre super article sur Magazine avec quatre ans de retard, mais je vous laisse un petit commentaire pour vous signaler, au cas où vous ne le sauriez pas déjà, que l'émission "Chorus" avec Magazine peut être téléchargée sur le site de l'INA. Moyennant une somme plus que modeste, ils se feront même un plaisir de vous graver un beau DVD.

Pol Dodu a dit…

Merci pour l'info Aymeric. C'est vrai que depuis la publication de ce billet l'INA a mis en ligne plein de concerts Chorus, et même sorti une compilation double DVD pour Noël dernier.
Côt radio, maintenant que Lenoir part en retraite, France Inter va peut-être enfin plonger dans ses archives et nous ressortir des concerts Feedback !

Pol Dodu a dit…

A voir chez Feed The Enemy, une publicité pour "Real life" avec des illustrations que je n'ai jamis vues, qui n'ont rien à voir avecla pochette de l'album.

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