06 novembre 2011

THE SMITHS : Hatful of hollow


Acquis à La Clé de Sol à Reims en 1984
Réf : 70 290 -- Edité par Rough Trade / Virgin en France en 1984
Support : 33 tours 30 cm
16 titres

S'il y a un groupe que j'ai raté pendant l'année scolaire que j'ai passée en Angleterre, en 1983/1984, c'est bien les Smiths. Qu'on se comprenne bien, je ne suis pas passé à côté des Smiths, c'était impossible, ils étaient partout, dans la presse, à la télé et chez les disquaires dès la sortie de This charming man à l'automne 1983. Je les ai plutôt volontairement et soigneusement ignorés, en partie par snobisme (ils étaient partout et donc trop à la mode pour moi) mais surtout parce que Morrissey m'énervait, dans ses interviews, avec son chant maniéré sur This charming man, avec son look trop travaillé, son écouteur dans l'oreille façon Diva, et les glaïeuls dans la poche arrière de son jean. Surtout les glaïeuls, en une du NME et à la télé dans Top of the Pops.
Je n'ai donc jamais vu les Smiths en concert alors que j'en aurais eu la possibilité tout au long de l'année. J'ai vu Hand in glove bien mis en avant chez Rough Trade en septembre 1983, mais je ne connaissais pas le groupe et je ne peux pas dire que la pochette m'a donné envie d'en savoir plus. Et dès octobre, les Smiths n'ont dû jouer que dans des grandes salles alors que moi j'allais commencer à fréquenter les petits clubs comme le Living Room. Et de toute façon je boycottais le groupe.
J'ai commencé à évoluer début 1984 avec la sortie des deux singles suivants, What difference does it make ? et Heaven knows I'm miserable now qui m'ont accroché, pour la musique bien sûr, et aussi comme souvent avec les Smiths pour des bouts de phrases fulgurants dans les paroles ("The devil will find work for idle hands to do", "I was looking for a job, and then I found a job and Heaven knows I'm miserable now"). J'ai commencé à changer d'avis, donc, mais pas suffisamment pour acheter mon premier disque des Smiths avant de rentrer en France, même si j'ai bien pensé à me dépêcher d'acheter What difference does it make ? avant que la pochette originale avec Terence Stamp ne soit plus disponible. Mais le terrain était prêt, et quand Hatful of hollow est sorti en novembre 1984, à un prix imbattable (environ 35 francs dans mon souvenir, soit moins que le prix d'un maxi 45 tours pour un 33 tours 16 titres luxueux, avec une pochette ouvrante et les paroles imprimées sur la pochette intérieure), je l'ai acheté de bon coeur, d'autant que j'avais déjà une pointe de nostalgie pour mon séjour en Angleterre.
L'une des grandes forces des Smiths pendant leurs presque cinq ans d'activité discographique c'est d'avoir, encore plus qu'un autre groupe de Manchester (les Buzzcocks) et avec beaucoup plus d'impact, sorti des disques à un rythme digne de celui des Rolling Stones au début des années 1960. D'un février à l'autre, pile un an entre le premier album, The Smiths en 1984, et le deuxième, Meat is murder en 1985, avec des singles à la pelle entre les deux et cette compilation en novembre 1984, pour faire patienter les fans et occuper le marché de Noël. Autre parallèle avec les sixties : à la grande différence de ce qui se faisait en ce début des années 80, les Smiths sur ce disque sont un quatuor pop-rock des plus basiques, et on n'entend sur ce disque que la basse, la batterie et les guitares (avec juste un peu d'harmonica et de mandolines), sans aucun ajout de claviers ou autres séquenceurs.
Je crois que l'unanimité est parfaite pour affirmer que Hatful of hollow, qui aurait pu n'être qu'un assemblage hétéroclite de titres de sessions radio et de faces A et B de singles, est un bien meilleur album que The Smiths (les deux disques ont 5 titres en commun, mais les enregistrements sont tous différents, sauf pour Hand in glove, proposé ici dans sa version originale alors qu'il était remixé sur l'album). Je suis entièrement d'accord et je ne vais pas trop m'étendre là-dessus mais, outre les différences de production (les enregistrements pour la BBC sont plus "frais", claquent plus, mettent mieux en valeur les guitares de Johnny Marr et rendent mieux compte de la façon de composer du groupe, avec Morrissey qui ajoute ses paroles et son chant sur un instrumental préalablement composé), on remarquera que The Smiths, et c'était sûrement volontaire, ne contenait que deux singles (Hand in glove et What difference does it make ?), alors que celui-ci contient des versions des cinq premiers singles du groupe, et même des six premiers si l'on considère que la monumentale face B How soon is now ? a été promue en face A dès février 1985, et on pourrait compter un demi-point en plus quand on sait que, avant le groupe ne compose et enregistre This charming man, cette excellente version BBC de Reel around the fountain a failli sortir en face A du deuxième single (ça s'est arrêté à l'étape du test-pressing).
De Louder than bombs aux différents best-of, il y a des dizaines de compilations des Smiths. Pour ma part, en ces temps de rééditions de la discographie complète du groupe dans des versions plus ou moins luxueuses, je maintiens que seule celle-ci est indispensable et suffit pour avoir l'essentiel des meilleurs titres du groupe,d'autant que, pour le coup, je me refuse à considérer The Queen is dead comme une pierre de touche. Ici, avec This charming man, Girl afraid, Handsome devil ("Let me get my hands on your mammary glands") Still ill ("England is mine and it owes me a living") What difference does it make ?, William, it was really nothing, Accept yourself, Heaven knows I'm miserable now, Reel around the fountain, Hand in glove ("The sun shines out of our behinds") et How soon is now ?, je n'ai pas besoin d'implorer avec l'excellent  Please please please let me get what I want car j'ai absolument tout ce qu'il me faut des Smiths !

2 commentaires:

debout a dit…

bon, je vais suivre votre conseil. Pourquoi ? Parce que si par contre j'ai d'emblée aimé (et acheté) le single "this charming man" (trouvant la mélodie imparable, les gimmick voix-guitare itou - même coup de foudre pour le "forest fire" de Lloyd Cole) j'ai très vite calé, mis les pouces, abandonné : si les titres se mirent à se suivre ils étaient hélas comme les jours de boulot se ressemblant tous, la voix alignant les sempiternels gimmicks et quand on me parlait de la guitare de Johhny Marr je n'entendais rien qui me fit regrimper au plafond. Et, à chaque nouvel article, chaque conversation autour des schmitts je me disais que je devais être totalement sourd ou victime d'un mauvais enchantement me tenant éloigné de l'enchantement général. Suite à la parution des louanges récentes tressées à l'occasion des ressorties discographiques des albums originaux, j'ai ré-essayé en allant à la pêche dans les rayons de la médiathèque de Nancy, en me disant que ça y était, Hosanna au Plus Haut des Cieux, j'allais enfin comme tout le monde pouvoir tomber sous le charme (c'est facile, je sais). Et bien, bernique, au premier titre, je me suis dit "chouette, pas mal" (en prenant la voix de Belmondo imitant Michel Simon dans Pierrot le Fou, "j'ai dit pas mal"), au milieu du deuxième suis allé à la cuisine faire chauffer l'eau pour le thé et après le troisième je passai à Jonathan Richman, David Sylvian, Dean Martin, Michael Gira, Marty Robbins, Chris Connor, Leo Kottke, Shooby Taylor The Human Horn, Elvis Presley, Alan Vega, Television, Melvins, Mike Watt, Jon Spencer, Melt Banana, Suzy Solidor, Rory McLeod, etc., etc.
Pourquoi ? Parce que les schmitts, c'est pas mal un ou deux titres mais, dans la durée, ça lasse.
Alors comme vous dites qu'il y a là la compilation parfaite des titres parfaits, je vais ré-essayer une fois encore, à doses homéopathiques, un titre à la fois et, chouette, comme il y a "this charming man"... c'est bon signe !
Allez, hop, courage, j'y retourne.

Pol Dodu a dit…

En tout cas, ce n'est pas moi qui le dit, mais les différents critiques (y compris au moment de la sortie du disque), mais l'un des attraits de "Hatful of hollow" c'est de mettre bien en valeur, avec un son clair, les différentes facettes du jeu de Johnny Marr, de la guitare électrique à la douze cordes en passant par la mandoline.

LinkWithin

Linkwithin