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01 avril 2013

BEST OF PEEL SESSIONS PAR BERNARD LENOIR


Acquis dans une FNAC à Paris en 1990
Réf : FC 1 -- Edité par FNAC/Strange Fruit en France en 1990 -- Compilation réalisée pour la FNAC
Support : CD 12 cm
16 titres

EMI vient d'éditer une compilation de 38 titres intitulée Bernard Lenoir L'Inrockuptible. La sortie du disque a reçu fort logiquement le soutien de ses partenaires historiques, Les Inrockuptibles (critique et "interview exclusive") et la FNAC, qui distribue en exclusivité l'édition en triple 33 tours.
La sélection, réalisée par Bernard Lenoir, fait la part belle à des titres de la fin des années 1980 et des années 1990, l'époque de son retour à la radio, de C'est Lenoir et du surnom L'Inrockuptible, justement. Ce choix est de qualité, sans surprise, ni raretés. Tout ce qui est susceptible de m'intéresser là-dedans, je l'ai ou au minimum je le connais, et de toute façon je suis plutôt pour ma part un enfant de la première période de Lenoir, celle de Feedback. Ce disque n'est donc visiblement pas fait pour moi, et je ne comptais pas m'y intéresser plus que ça mais, de passage dans une FNAC, justement, j'ai tiqué quand j'ai vu ce qui figure sur les étiquettes apposées sur le disque : "La première compilation par Bernard Lenoir, la voix mythique de l'Indie Rock".
Je ne sais pas si travailler dans le marketing implique d'être inculte ou amnésique. Je ne sais pas si quelqu'un aux Inrocks ou à la FNAC a essayé de corriger cette affirmation, mais en tout cas ce qui est certain c'est que Bernard Lenoir L'Inrockuptible ne peut absolument pas être la première compilation réalisée par Bernard Lenoir, tout bonnement parce qu'il a déjà activement participé à la réalisation de la compilation de Peel sessions dont il est question aujourd'hui, éditée en 1990, diffusée exclusivement dans les FNAC et déjà à l'époque largement soutenue par Les Inrockuptibles.
Pendant longtemps, les fameuses sessions enregistrées par les groupes anglais pour l'émission radio de John Peel étaient plus réputées qu'écoutées par chez nous. Certes, quelques titres sortaient parfois officiellement, souvent en face B d'un single, mais souvent il fallait se contenter de coller son oreille au poste de radio pour écouter les transmissions/retransmissions en ondes moyennes, ou se risquer à acheter des cassettes pirates au son incertain. Tout a changé en 1987 quand John Peel et son compère Clive Selwood ont fondé Strange Fruit Records et se sont mis à sortir des maxis de Peel sessions. Certes, les pochettes étaient parmi les plus moches de l'histoire de l'industrie du disque, mais que de pépites là-dedans !
Une première compilation, intitulée The sampler, est sortie en Angleterre en 1988. Cet abum est sorti en France chez Off The Track, agrémenté pour l'occasion de notes de pochette signées d'un autre homme de radio, Yves Bigot. Deux ans plus tard, la distribution de Strange Fruit avait dû passer chez Wotre Music et c'est alors qu'est arrivé Best of Peel sessions par Bernard Lenoir, un disque à la pochette quand même moins moche, qui n'est sorti qu'en France (et même, donc, que dans le réseau FNAC). Quatre groupes sont sur les deux compilations (New Order, The Wedding Present, Buzzcocks et The Undertones) mais un seul titre est dupliqué, Here comes the Summer.
Je n'avais pas prévu au départ d'acheter ce disque mais, au moment de sa sortie il y en avait des piles énormes dans une FNAC parisiennes, à un prix tellement attractif que je m'étais même laissé aller à prendre le CD (pour moins de 40 francs, genre), alors que je venais tout juste d'acheter ma première platine.
La sélection des titres proposés ici est quasiment sans faute. Les enchaînements, avec le talent et le métier d'un programmateur radio, sont excellents. Cerise sur le gâteau, sur 18 titres, la part belle est faite à la période punk/new wave (10 titres), avec seulement deux titres plus anciens des années 1970 et quatre de la suite des années 1980.
On sait que la particularité de ces sessions enregistrées pour la BBC, c'est que cela se faisait très vite, quasiment en direct dans le studio, afin de pouvoir enregistrer en moyenne quatre titres en une session. Ça donne des versions souvent plus brutes que celles sorties sur disque, d'autant que de nombreux groupes profitaient de l'occasion pour se faire la main sur de nouveaux titres à peine écrits ou en tout cas encore inédits.
Je ne vais pas lister tout ce que j'aime sur ce disque car ça reviendrait à donner presque entièrement la liste complète des 18 titres. Disons juste que les deux "vieilleries" de 1970 (Terrapin de Syd Barrett et Jewel de T-Rex) son excellentes, que j'apprécie le son de guitare différent de Love will tear us apart et I am the fly, que j'ai vraiment connu Hong Kong garden avec ce disque et apprécié d'y retrouver une version de Killing an Arab, que la fraicheur de Here comes the Summer est renversante, qu'il est surprenant d'entendre Inspiral Carpets reprendre Gimme shelter des Stones en s'évertuant visiblement à sonner comme Julian Cope et Teardrop Explodes, et qu'on peut juste regretter que le titre des Smiths choisi, What difference does it make, avait déjà largement été diffusé dans cette version sur Hatful of hollow.
Deux ans après la sortie de ce disque, Bernard Lenoir a lancé ses propres Black sessions, qui lui ont valu pour de bon le surnom de "John Peel" français mais, dès 1979, avec sa programmation et les retransmissions de concerts Feedback, il pouvait déjà prétendre au titre.

06 mai 2012

BUZZCOCKS : Orgasm addict


Acquis par correspondance via eBay en Angleterre en avril 2012
Réf : UP 36316 -- Edité par United Artists en Angleterre en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Orgasm addict -/- What ever happened to ?

Si je respectais les règles que je me suis fixé à moi-même, je n'aurais jamais acheté ce disque : je possède les deux faces de ce 45 tours sur la compilation des Buzzcocks Singles going steady depuis plus de trente ans maintenant, donc je n'avais nul besoin d'ajouter ce 45 tours à ma collection. Mais bon, je me devais un cadeau, et surtout j'attache une importance particulière à ce disque, le deuxième des Buzzcocks après Spiral scratch, le premier après le départ du chanteur original Howard Devoto et la signature chez United Artists.
Ce 45 tours, j'aurais pu l'acheter il y a bien longtemps, vers 1978 ou 1979, au Prisunic de Châlons-sur-Marne, là où j'ai snobé un autre disque à pochette jaune, l'Egyptian reggae de Jonathan Richman, à quelques dizaines de mètres de là où j'ai acheté le Satisfaction de Devo (à l'époque, le Prisunic et le Grand Bazar de la Marne communiquaient au sein du Centre Hôtel de Ville). Il s'agissait du pressage français du disque. La pochette ne pouvait que me fasciner, et en plus il y avait écrit "100% punk" dessus, et Devoto de Magazine était crédité sur un des titres. J'ai eu le 45 tours en main, mais je l'ai reposé, en partie par manque de budget mais surtout parce que je devais avoir d'autres priorités d'achat. Si j'avais acheté ce pressage français, il m'aurait certes manqué le verso de la pochette, complètement caviardé par chez nous, mais j'aurais eu un disque bien plus rare que cette édition originale anglaise. En effet, il se raconte que United Artists n'a pas fourni les bonnes bandes à sa branche française, et donc les deux faces de l'édition française du disque comportent des prises différentes de celles commercialisées partout ailleurs ! (on peut écouter 29 secondes d'Orgasm addict chez Vinyl Vidi Vici).
Je trouve que ce disque est un peu trop oublié et surtout pas assez souvent cité quand on s'intéresse aux classiques du punk. En général, on se contente de mentionner un seul disque des Buzzcocks, et pour ça, Spiral scratch fait très bien l'affaire : c'est le premier, il est auto-produit, et Devoto était encore dans le groupe. Mais, comme Spiral scratch, Orgasm addict mériterait cent fois de figurer aux côtés de God save the Queen, Anarchy in the UK, White riot et No more heroes, pour n'en citer que quelques-uns, dans la liste des grands singles punks de 1977.
Après avoir signé avec United Artists le 16 août 1977, les Buzzcocks ont enregistré une démo, une Peel session et sont entrés en studio dès septembre pour enregistrer quatre titres. Le choix du premier single s'est porté sur Orgasm addict, qui fonctionnait très bien sur scène, mais le groupe avait déjà dans sa besace l'excellent What do I get ?, qui serait son prochain 45 tours. Il y a peut-être une volonté de provocation dans ce choix. Si, contrairement au Clash et aux Sex Pistols, les Buzzcocks n'abordaient pas de front les questions politiques, le fait de s'intéresser d'aussi près aux relations interpersonnelles et au sexe pouvait être tout aussi scandaleux. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'autres 45 tours diffusés par un gros label qui abordent aussi crûment le thème de la masturbation ("T'as essayé juste une fois c'était pas mal pour prendre ton pied, Mais maintenant tu te rends compte que c'est une habitude poisseuse,T'es accro à ta bite,Tu te caches dans les coins avec des revues de cul,Ta mère veut savoir d'où viennent ces tâches sur ton jean,T'es accro à ta bite"), et il est probable que c'est le climat ambiant de 1977 qui a rendu possible la sortie de ce titre, qui n'a pas tant fait de remous. Certes, la BBC a refusé de la diffuser, mais le groupe aura plus de soucis quelques mois plus tard avec Oh shit, une chanson beaucoup plus anodine, que l'usine de pressage d'EMI refusera de fabriquer pendant quelques jours.
Orgasm addict a peut-être aussi été choisie comme face A parce que c'est l'une des premières chansons des Buzzcoks, qui aurait d'ailleurs pu être enregistrée pour Spiral scratch. Les paroles sont de Howard Devoto, qui l'a aussi interprétée avec les Buzzcocks sur scène et enregistrée en démo (publiée sur Time's up) en octobre 1976. C'est la première fois que Pete Shelley tient le chant principal sur disque et il s'en sort remarquablement bien, d'ailleurs, vu l'implication de Devoto et la date de sortie de 1977, je me suis longtemps demandé à l'époque si Devoto était encore dans le groupe ou non pour ce disque (et ce n'était pas si facile de trouver la réponse en 1979-1980...). La musique est à la hauteur des paroles et du chant et, avec quelques choeurs et une bonne dose de ahanements suggestifs, on a un parfait brûlot punk dont la petite affaire est terminée en moins de deux minutes.
D'après les étiquettes du disque, Orgasm addict est la face A et Whatever happened to ? est la face 1, pas la B. Il y a d'ailleurs eu un disque promo avec juste ce titre pour limiter la controverse. Cette chanson a la particularité, comme Just lust un peu plus tard, d'avoir des paroles signées Alan Dial, alias Richard Boon, le manager du groupe. L'amour y est mis en parallèle avec des objets de consommations ("Your passion is a product"), comme dans d'autres titres des Buzzcocks ou de Gang of Four. J'ai toujours trouvé que cette chanson avait un petit goût de Stranglers, principalement parce que No more heroes, sorti au même moment, mettait aussi en avant l'expression "Whatever happened to", mais il y a d'autres rapprochements puisque, à l'époque les deux groupes enregistraient pour le même label, United Artists, et avec le même producteur, Martin Rushent.
Un excellent disque, donc, mais il me semble qu'il est aujourd'hui réputé pour sa pochette autant sinon plus que pour sa musique.
Pour faire cette pochette, ils s'y sont mis à deux. Linder Sterling d'abord, une amie de Howard Devoto (on lui doit aussi, notamment, la pochette du Real life de Magazine), qui a aussi fait de la musique avec Ludus. De 1976 à 1978, elle a réalisé de nombreux collages associant pornographie et électro-ménager (entre autres), dont certains ont été publiés en 1978 dans le fanzine The secret public, réalisé avec Jon Savage. C'est l'un d'eux qu'on retrouve sur la pochette, la photo de femme ayant été découpée dans un numéro du magazine français Photo, celle du fer à repasser venant d'un quelconque catalogue de vente.

Celui qui a recadré le collage, l'a retourné, mis dans un monochrome bleuté sur un fond jaune vif et qui a fait le reste du graphisme de la pochette, c'est Malcolm Garrett, le gars qui au fil du temps, avec ses "images assorties" (pour ce disque-ci, elles sont "arbitraires") a réalisé de très nombreuses pochettes, d'abord pour les Buzzcocks, mais aussi pour Magazine (Touch and go, The correct use of soap et les singles qui en sont tirés).
Cette pochette fonctionne parfaitement. Elle attire l'oeil, elle marque, et en plus le collage fait écho aussi bien au thème d'Orgasm addict qu'à celui de Whatever happened to ?.
On peut considérer que ce collage est désormais "officiellement" reconnu comme une oeuvre d'art importante puisque la Tate Gallery a acheté l'original, en 2007,  ainsi que six  autres oeuvres de Linder.
Je parierais cependant que, quand la Tate l'a exposé, elle l'a fait sans mettre en regard un exemplaire de la pochette d'Orgasm addict, et c'est à mon sens une grave erreur. Cette oeuvre est historiquement associée au 45 tours et le musée aurait été bien avisé d'acquérir en plus du collage les travaux originaux de Malcolm Garrett, un exemplaire du 45 tours et de présenter le tout dans une salle où on permet au public d'écouter les deux faces du disque ! C'est l'une des forces de la musique populaire d'avoir su diffuser des produits qui sont certes fabriqués de façon industrielle et diffusés commercialement, mais qui sont aussi parfois, dans l'association disque/pochette, de véritables oeuvres collectives et composites. Orgasm addict en est une parfaite illustration, et c'est surtout pour ça que j'ai cherché, près de trente-cinq ans plus tard, à m'en procurer un exemplaire.


Un autre collage de Linder, qui aurait pu illuster Whatever happened to ? ("Whatever happened to - twin sets, Whatever happened to - hi-fi, Whatever happened to - TV sex, Whatever happened to - you and I"). On peut en voir quelques autres chez Anthropomorphe.

Je n'ai pas trouvé de film d'époque, mais, en concert à la Manchester Academy le 16 janvier 2009, les Buzzcocks ont enchaîné en rappel les deux faces de ce 45 tours.
A la fin de ce mois-ci, Howard Devoto rejoindra Buzzcocks sur scène lors de deux concerts à Manchester et à Londres

18 février 2012

BUZZCOCKS : Spiral scratch


Acquis chez Music Box ou chez New Rose à Paris fin 1979 ou début 1980
Réf : ORG-1 -- Edité par New Hormones en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Breakdown -- Time's up -/- Boredom -- Friends of mine

Je suis assez souvent pris de vertige quand je scrute les pages de pub de concerts vers la fin des numéros de Mojo ou Uncut. Quasiment que des gens très connus, des années 60 aux années 80 et même 90. Quand on y regarde de plus près, au-delà des noms et des logos familiers, on s'aperçoit qu'il y a de tout là-dedans : des vieux chevaux de retour, des anciens qui n'ont jamais arrêté, des groupes reformés, des groupes dont il ne reste aucun membre original (Dr. Feelgood ?!), des groupes-hommages qui singent les originaux, des gens qui font la promo d'un nouvel album, d'autres qui rejouent un classique... Il y a même quelques contemporains qui se glissent dans le lot, mais certains (Jonathan Wilson, Fleet Foxes) sonnent comme des vieux.
Deux annonces m'ont particulièrement interpellé récemment. La première est pour la tournée 5x5 de Simple Minds, qui passe par Paris ce mois-ci : le groupe jouera pour l'occasion cinq titres de chacun de ses cinq premiers albums, sortis entre 1979 et 1982. C'est la seule période de Simple Minds qui m'intéresse (jusqu'en 81), mais l'ironie de la chose c'est bien que la grande majorité du public qui viendra assister à ces concerts ne connait sûrement pas grand chose de ces premiers disques du groupe. Pour l'occasion, un coffret X5 sort, 6 CD (Sons and fascination et Sisters feelings call sont sur deux CD différents) avec des faces B de single en bonus pour moins de 20 €. Bonne affaire..?
L'autre annonce, c'est celle des deux concerts Back to front que les Buzzcocks vont donner en mai dans leur ville de Manchester et à Londres. Trois formations du groupe punk-pop se succéderont sur scène avec Pete Shelley et Steve Diggle comme seules constantes : le groupe actuel, la formation classique des années United Artists et, pour finir en beauté, celle des tous débuts avec Howard Devoto au chant !
Certes, on sait que Shelley et Devoto s'étaient réunis il y a déjà plus de dix ans pour un album de nouveau matériel, Buzzkunst, mais là c'est aussi assez vertigineux de savoir que Devoto va rejoindre le groupe sur scène trente-cinq ans après l'avoir quitté, alors que son passage dans le groupe a duré deux ans à peine, pour chanter les quatre titres du seul disque qu'il a sorti avec eux. Quel intérêt au-delà de l'anecdote et de la retrouvaille entre potes ? Je n'en vois pas pour ma part, et je préfère profiter de l'occasion pour réécouter le disque.



On sait que ce 45 tours Spiral scratch est réputé pour être le premier 45 tours auto-produit de la vague punk. Les mecs étaient tellement contents de sortir leur disque qu'ils ont choisi un titre qui se rapporte au procédé technique même qui permet de dupliquer leur musique : cette rayure en spirale, c'est bien le sillon gravé dans le vinyl dont les variations indiquent à la pointe du tourne-disques quel son transmettre.
Enregistré fin décembre 1976 et distribué début 1977, il a été le premier disque indépendant de l'année à se vendre très bien. Pourtant, si plus de 16 000 exemplaires de l'édition originale ont été écoulés, je n'ai jamais dû en voir un de ma vie. Mon disque, que j'ai trouvé soit chez Music Box peu de temps avant sa fermeture, soit chez New Rose quand ils venaient d'ouvrir, date de la première réédition du disque en 1979, celle qui a été plus largement distribuée par Virgin (au point que le disque est entré dans les charts anglais), celle qui comporte la mention "with Howard Devoto" ajoutée sous le nom du groupe.
Outre que j'avais déjà dû voir souligné dans la presse le caractère "historique" de Spiral scratch, cette mention de Howard Devoto a dû être pour beaucoup dans ma décision d'achat, puisque j'étais alors avant tout un grand fan de Magazine. Ce n'est qu'un peu plus tard que j'ai dû acheter Singles going steady et Love bites des Buzzcocks et je dois bien dire que, pendant toute cette période, même si j'appréciais ce disque, il venait pour moi au second plan, à titre documentaire, derrière les parutions ultérieures de Magazine et Buzzcocks.
N'empêche, quel excellent disque. Quatre chansons excellentes, un son brut, saturé juste comme il faut. Deux brûlots punk, Breakdown et Boredom, deux autres un peu plus élaborés, dont Time's up, qui annoncent presque la suite des Buzzcocks. La grande influence des Sex Pistols sur le groupe s'entend, particulièrement celle du chant de Johnny Rotten (Boredom).
C'est justement Boredom, un sentiment qui exprime la quintessence du punk, qui est devenu le classique ultime (ah, ce solo de guitare sur deux notes !), mais j'ai toujours aimé autant sinon plus Breakdown, plus ramassée, la chanson parmi les quatre qui a le plus évolué (elle s'est fortement accélérée) entre les démos enregistrées deux mois plus tôt en octobre 1976 (publiées ensuite sur le pirate Time's up) et la session de Spiral Scratch (racontée ici par l'ingénieur du son).
Sur la chanson Time's up, enregistrée en une prise, le groupe penche vers le progressif en se payant le luxe d'une deuxième voix et d'un overdub de guitare ! Sur Friends of mine, Devoto chante si vite que j'ai du mal à le suivre, même avec les paroles devant le nez (tirées du livre It only looks as if it hurts de Devoto).
Au-delà du chant, les paroles sont l'un des grands points forts de ce disque. Sur ce point, les Buzzcocks sont les seuls à rivaliser avec les Pistols. Avec Boredom, Devoto ne se contente pas d'écrire l'un des premiers grands titres punks, il écrit aussi la chanson définitive sur le punk : "You see there's nothing that's behind me, I'm already a has-been. Because my future ain't what it was, well I think I know the words that I mean. You know me I'm acting dumb, you know the scene, very humdrum. Boredom, boredom. (...) So I'm living in this movie, but it doesn't move me". Une réflexion des plus élaborées sur le "No future" des punks, écrite dès 1976.
Devoto en tirera rapidement les conséquences pour lui-même et quittera le groupe quelques semaines après la sortie du disque. Heureusement, il avait devant lui un avenir qui ne se réduisait pas à chanter ces quatre mêmes chansons pendant trente-cinq ans. Même s'il va le faire prochainement, cela ne ne nous fera pas remonter le temps. Par contre, magie de l'enregistrement sonore, les quatre chansons et dix minutes une secondes que dure Spiral scratch ont le pouvoir de nous ramener instantanément à cet après-midi de décembre 1976 dans un studio de Manchester où le groupe a enregistré son disque.

Spiral scratch ne figure pas sur Singles going steady. On trouve encore assez facilement la dernière réédition en CD du disque chez Mute. Sinon, on peut même se permettre le luxe d'investir dans Inventory, un coffret qui reprend en CD singles les quatorze 45 tours de la première période des Buzzcocks, Spiral scratch compris cette fois-ci, et qu'on peut trouver en cherchant un peu pour guère plus qu'une trentaine d'euros.


Buzzcocks filmé en concert au Lesser Free Trade Hall à Manchester en juillet 1976, en première partie des Sex Pistols. La bande-son ajoutée sur les images est la version de Breakdown de Spiral scratch.


Le début de l'émission What's on spéciale Buzzcocks et Magazine, présentée par Tony Wilson, diffusée le 27 juillet 1978 sur Granada TV.

11 novembre 2011

BUZZCOCKS : Harmony in my head


Acquis probablement au Record and Tape Exchange de Plymouth vers 2002
Réf : UP 36541 -- Edité par United Artists en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Harmony in my head -/- Something's gone wrong again

A mon grand étonnement, je me suis rendu compte en faisant référence dans mon billet sur les Smiths à la grande productivité des Buzzcocks entre 1978 et 1980 que je n'avais encore chroniqué aucune de leurs parutions. Que plus de 800 autres disques leur soient passé devant le nez, c'est totalement injustifié.
Mais par lequel commencer pour se corriger ? En toute logique, ça aurait dû être Singles going steady, leur excellente compilation des huit premiers 45 tours. Mais bon, les compilations ne sont pas de "vrais" disques et je viens déjà de faire une exception avec Hatful of hollow, alors on va trancher et prendre plutôt l'un de ces 45 tours, Harmony in my head, qui se trouve être le dernier de leurs disques dont j'ai fait l'acquisition.
J'avais déjà ces deux titres depuis 1980 environ, puisque j'ai acheté Singles going steady peu de temps après sa sortie, mais j'ai quand même pris ce 45 tours quand je suis tombé dessus pour pas cher un matin à Plymouth parce que c'est un très bel objet, Malcolm Garrett ayant produit pour l'occasion une de ses "images" les plus réussies (il en a produit beaucoup notamment pour Magazine, et les Buzzcocks donc). Sur la pochette intérieure de Singles going steady, la pochette de ce 45 tours était toute rouge, mais apparemment c'est cette version en bleu qui est la plus courante. 
Harmony in my head est sorti en juillet 1979, c'est donc le dernier a avoir été inclus  dans Singles going steady, compilé à l'origine pour le marché américain en septembre 1979. Les deux titres ont dû être enregistrés pendant les sessions qui ont donné le troisième album, A different kind of tension, sorti lui aussi en septembre 1979, mais ils n'ont pas été repris sur l'album, suivant la (bonne) habitude des Buzzcocks.
Moins bijou pop que d'autres singles des Buzzcocks, Harmony in my head est plutôt une tuerie rock. C'est un titre particulier dans l'histoire du groupe car c'est la première face A écrite par le seul guitariste Steve Diggle et en plus c'est lui qui chante plutôt que Pete Shelley. Pour les couplets, il s'exécute avec une hargne digne d'un Hugh Cornwell à son sommet avec les Stranglers. Le refrain, qui doit durer environ 7 secondes, est plus que minimal ("But it's a harmony in my head, it's a harmony in my head"), mais il a la qualité essentielle d'un refrain, celle de rester justement dans la tête.
Something's gone wrong again, la face 1 (et non B, si l'on en croit l'étiquette), le récit d'une journée de merde, marqué par une note de piano insistante, a longtemps été l'un de mes titres préférés de la compilation. Depuis qu'ils ont repris ce titre en 1988 sur un flexi Rock Hardi, et surtout, depuis qu'ils l'ont joué à la MJC Claudel de Reims lors d'un concert mémorable où la foule était si compacte dans la salle minuscule que leur gros son s'en est retrouvé étouffé, je ne peux plus écouter cette chansons sans penser aux Thugs.

Les deux faces de ce 45 tours sont disponibles pour pas cher sur les rééditions de Singles going steady, une compilation qui compte désormais 24 titres, et de A different kind of tension, mais à tout prendre je conseillerais, tant qu'on en trouve des exemplaires en vente à prix correct, d'investir plutôt dans Product, l'excellente intégrale en trois CD de la première époque du groupe.



28 août 2008

STUDIO 99 : Punk!


Acquis chez Noz à Dizy fin 2006 ou début 2007
Réf : GFS310 -- Edité par Going For A Song en Angleterre vers 2006
Support : CD 12 cm
17 titres

Ça devait arriver ! Tout au long des années 70, j'ai connu les albums Pop hits, le hit-parade chanté de Mario Cavallero, que les vendeurs passaient tue-tête sur les marchés pour attirer le chaland. Souvent, dans les vide-geniers ou les dépôts-vente, il m'est arrivé de sourire en voyant un gars acheter un album du Carnaby Group en le confondant avec un original des Beatles ou des Stones. Avec le temps, après avoir vécu cette période en direct, j'ai vu passer pour ce qui concerne le punk et la new wave, les rééditions, les compilations façons Les années new wave, les reformations, puis la jeune génération s'inspirant directement des groupes de cette époque. Mais je n'aurais jamais pensé tomber un jour là-dessus : Studio 99 , l'équivalent années 2000 du Carnaby Group ("Studio 99 est un collectif formé de musiciens de session et de chanteurs talentueux et souvent célèbres" est-il précisé au dos de la pochette) qui, après s'être attaqué à U2, Bon Jovi, Madonna ou Shania Twain rend hommage au punk !
L'essence même du punk étant qu'il n'était pas nécessaire, voire même pas recommandé, d'être techniquement un bon musicien pour en jouer, l'ironie est cinglante. Mais bon, en plus de trente ans, cette ironie qui poursuit les vieux punks, à commencer par les Sex Pistols reformés, ne semble pas trop les déranger.
Le plus étonnant dans tout ça, c'est que ce disque n'est même pas complètement mauvais ! Certes, c'est joué et produit trop proprement et ça manque d'âme, mais c'est bien chanté, le gars arrive même à reproduire pas trop mal la voix de Feargal Sharkey des Undertones, et ça ne réussit pas à bousiller complètement la qualité des chansons reprises. Bon, je précise que la sélection des titres n'a rien de trop punk : on commence effectivement avec Pretty vacant des Sex Pistols, et il y a Teenage kicks et un titre de Sham 69, mais les deux titres choisis des Clash datent de leur fin de carrière (Should I stay or should I go et Rock the Casbah, leurs deux plus grands succès aux Etats-Unis, ce n'est pas un hasard). Pour le reste, c'est surtout new wave au sens large, avec trois titres de Ian Dury, deux de Jam, dont A town called malice, tout sauf du punk, et des reprises de X Ray Spex, Siouxsie, The Skids, et Buzzcocks.
Au bout du compte, cette plaisanterie aura au moins servi à me faire découvrir une excellente chanson new wave que je ne connaissais pas du tout, Turning Japanese des Vapors. La vidéo est visible ici, mais je ne suis pas pervers au point de vous conseiller de vous procurer la (fidèle) reprise de Studio 99 !