28 mars 2020

EDDY LOUISS : Le lion est mort ce soir


Acquis d'occasion dans la Marne probablement dans les années 2000
Réf : MH 94 -- Édité par Panorama en France en 1962
Support : 45 tours 17 cm
Titres : EDDY LOUISS - ORCHESTRE DIRECTION : CLAUDE VASORI : Le lion est mort ce soir -/- ORCHESTRE JAMES AWARD : Tanganyka twist

L'autre jour, j'écoutais une compilation CD de musiques des îles et mon oreille a été attirée par les trois chansons de Pierre Louiss qui y figuraient. Je ne le connaissais pas, mais j'ai appris sans surprise qu'il était le père d'Eddy Louiss. Il a assez peu enregistré, mais Frémeaux a édité une compilation, Créole swing 1965-1975, disponible en écoute sur YouTube.
Du coup, je suis allé repêcher ce 45 tours qui patientait sagement depuis des mois dans ma pile de disques mis de côté pour une éventuelle chronique. Il s'agit d'un disque du label Panorama, qui a sorti en grand nombre des 45 tours à prix réduit (2 nouveaux francs au début des années 1960), reprenant les succès du moment. C'est un label qui me parle puisque nous en avions au moins deux ou trois disques dans la discothèque familiale, dont au moins un avec les pochettes génériques qu'ils utilisaient au début (celle-ci ou celle-là), avec un fond de base dont les couleurs variaient, complété par les titres imprimés dans une case.
Après, ils se sont mis à illustrer les pochettes par des photos couleur avec des mises en scène typiques de l'époque, comme le faisait aussi Jouvin, bien sûr. Là, comme il s'agit de reprendre le succès Le lion est mort ce soir d'Henri Salvador, on a droit à une jeune femme à perruque qui fait la moue devant un "trophée", soit une tête de lion en plastique ou en plâtre fixée sur un beau soleil en osier tressé. Sur l'édition en EP de ce disque, on a droit à la même scène en plan large, avec des fleurs et des coussins en plus :



Comme souvent chez Panorama, pas de nom d'artiste au recto de la pochette. Ce qui compte et ce qui fait vendre le disque, c'est le titre du tube. Au verso, on apprend que pour la face A l'orchestre est sous la direction de Claude Vasori. Il faut sortir le disque et lire les étiquettes du rond central pour apprendre que la face A est chantée par Eddy Louiss et que c'est un autre orchestre, l'Orchestre James Award, qui interprète l'instrumental de la face B.
Claude Vasori, vous ne connaissez sûrement pas. James Award, on ne le trouve quasiment que sur un bon paquet de faces B Panorama. Mais en fait, vous avez sûrement déjà entendu parler de ces chefs d'orchestre puisque Claude Vasori (c'est son vrai nom, il est mort il y a un an à 88 ans) a utilisé le pseudonyme de James Award, mais a surtout connu le succès comme chef d'orchestre de musique de variété avec un autre pseudonyme, Caravelli., premier prix de piano au Conservatoire de Reims, dont j'ai chroniqué un disque il y a moins d'un an.
Le lion est mort ce soir fait partie de ces chansons à l'histoire très compliquée, avec énormément de reprises, sous des titres différents. Disons pour faire simple, qu'il y a eu la version originale, Mbube par Solomon Linda's Original Evening Birds en 1939, le grand succès folk Wimoweh par The Weavers en 1952 et la version pop doo-wop The lion sleeps tonight par The Tokens en 1961.
La première version française, c'est Réveille-toi par
Gloria Lasso en 1961, assez jazzy, avec son accent exagéré, mais le plus grand succès, c'est Le lion est mort ce soir par Henri Salvador en 1962.
Jusqu'ici, je n'avais chroniqué qu'une seule version de cette chanson, Wimoweh par l'ami Jowe Head. Avec le même titre, je conseille aussi les deux versions assez proches par Brian Eno en  1975 et par Earle Mankey 1981 (et au bout du compte, de façon assez surprenante, c'est la deuxième qui est un peu plus folle).
On connaît surtout Eddy Louiss comme musicien de jazz, principalement organiste, mais ses talents et son parcours étaient bien plus diversifiés que cela. Il était aussi chanteur et multi-instrumentiste. Le voici à 17 ans, interrogé par Colette Renard dans l'émission L'école des vedettes du 15 novembre 1958 :



Son parcours discographique commence au début des années 1960, avec le Daniel Humair Soultet pour la musique originale de la pièce The connection. En 1962, il sort un premier disque sous son nom, Le climb, musique originale de l'émission Les ailes de la chanson de Radio Luxembourg, avec une version de Telstar en face B. La même année, il y a aussi cette reprise de Le lion est mort ce soir, et c'est à peu près tout à l'époque pour les sorties sous son nom.
Très vite, il rejoint comme chanteur Les Double Six, avec qui il part en tournée dans le monde entier. C'est après le service militaire qu'il reprendra son parcours de musicien de jazz, connu pour sa maîtrise de l'orgue Hammond.
Pour Le lion est mort ce soir, Eddy Louiss est chanteur, avec l'orchestre et ses chœurs masculins et féminins. L'arrangement est très proche de celui d'Henri Salvado, ce qui est logique car le but recherché est bien de s'approcher de la version à succès. Mais dans une partie instrumentale, les cuivres font une courte apparition agréable à l'oreille.
C'est l'ami Le Vieux Thorax qui en faisait la remarque, l'intérêt principal des 45 tours Panorama se niche le plus souvent dans les faces B de James Award. Ici, la face A est intéressante, mais la face B également. Tanganyka twist est un rock 'n' roll classique de fort bonne facture. Le morceau démarre brusquement, comme si on était en plein milieu de la performance, qui se termine en fondu. On en a pour moins de deux minutes mais on se dit que le groupe a peut-être fait tourner ce thème pendant un bon quart d'heure. Guitares électriques, dont la principale au son grave, saxophone, orgue. Rien d'original, mais ça balance bien et c'est très dansant, ce qui doit être le but recherché. Dans un style qui n'a rien à voir mais avec un titre approchant, j'ai beaucoup apprécié ces derniers temps le Tanganyika safari de Daudi Kabaka, l'un des membres des Eagles Lupopo. Là, je dirais qu'on touche au sublime.

A écouter:
EDDY LOUISS - ORCHESTRE DIRECTION : CLAUDE VASORI : Le lion est mort ce soir
ORCHESTRE JAMES AWARD : Tanganyka twist

22 mars 2020

TOTALLY SPIES ! : Here we go


Acquis probablement avec un menu Happy Meal dans un McDonald's en France en 2004
Réf : [VR2247]-- Édité par Fox Kids Europe / McDonald's en Europe en 2004
Support : CD 12 cm
Titre : Here we go + fichiers informatiques

Vers 2004, à la maison on ne fréquentait déjà quasiment plus les MacDonald's, mais on devait encore acheter de temps en temps un Happy Meal. Sinon, je ne vois pas comment j'aurais récupérer le super cadeau inclus dans la boite : un jeu qui permettait d'envoyer des disques/soucoupes, qui est longtemps resté dans la malle à jouets qu'on gardait à la maison pour les enfants de passage, et un CD dans une pochette en papier plié, que j'ai conservé car j'ai du mal en général à me débarrasser des disques, et aussi parce que j'avais trouvé intéressant le seul titre qu'on trouve dessus. A l'époque, j'avais pensé qu'il pouvait faire partie des productions que Mark Mothersbaugh de Devo a faites pour des jeux vidéos ou des dessins animés, comme Rugrats, mais en fait non.
McDonald's a fait plein de campagnes promotionnelles pour Power Rangers et d'autres programmes de ce genre. Celle-ci portait sur des émissions diffusées sur la chaine Fox Kids Europe : Power Rangers Ninja Storm, mais aussi Totally Spies !, Degabots et Gadget & Gadgetinis. Pour ma part, c'est une émission que je ne connais pas du tout. Je l'associais à des trucs comme Bioman, surtout la parodie par Les Inconnus car je n'ai jamais regardé le dessin animé lui-même, et j'avais raison, car les deux sont liés et, selon Le Monde, relève d'un genre nommé le sentai, soit "cinq personnages identifiés par une couleur qui forment une équipe et qui se battent contre le mal".
Sur la partie CD-Rom des disques fournis avec le menu, il y a un jeu vidéo inspiré par un des dessins animés, des fonds d'écran, des choses comme ça. Bizarrement, j'arrive encore en 2020 à faire fonctionner le jeu vidéo Power Rangers sur un ordinateur avec un Windows récent.



La semaine dernière, je suis retombé sur ce CD, perdu dans une étagère entre deux disques plus gros et j'ai eu envie de le réécouter. Et une fois de plus, j'ai apprécié ce court morceau de deux minutes. Très pop, très produit, mais aussi très noisy. J'en connais beaucoup des groupes indépendants de l'époque C86 qui auraient bien aimé produire un single de ce calibre (certains l'ont fait, et à plusieurs reprises, mais pas tous, loin de là).
Seul problème : j'ai eu beau cherché partout sur la pochette, en mettant le disque dans mon ordinateur et même en fouillant dans les crédits du CD-Rom, je n'ai trouvé nulle part le titre et l'interprète de la chanson.
C'est là  que j'ai pensé à utiliser pour la première fois pour Vivonzeureux! Shazam, l'application bien connue que j'ai installée il y a quelques semaines sur mon téléphone. Et en quelques secondes, le programme m'a indiqué que j'avais affaire à la chanson Here we go par The Spies.
J'ai cherché, et je n'ai trouvé aucun rapport avec Power Rangers. J'ai cherché encore et j'ai fini par me rendre compte que la chanson, 1) n'est pas interprétée par The Spies et, 2) c'est en fait la chanson du générique de Totally Spies !, l'un des autres dessins animés au menu de McDonald's, une série canado-française que pour le coup je ne connaissais pas du tout. Clairement, il y a eu un loupé : notre menu était entièrement siglé Power Rangers, le CD-Rom comporte les programmes Power Rangers, mais c'est la mauvaise piste audio qui a été incluse sur le CD. Je ne vais pas m'en plaindre car, je ne suis pas allé vérifier mais je suis bien certain que la chanson Power Rangers est moins intéressante que celle-ci.
J'ai mis un moment à m'en rendre compte, mais la version de 2 minutes que j'ai sur le CD se contente d'enchaîner quatre fois les 30 secondes d'une des versions sur les génériques de la série. Il y a une version plus longue, de 3 minutes, avec des chœurs mais aussi du synthé et ça dilue l'effet.
On en aurait pu en rester là, et je ne suis pas sûr que j'aurais chroniqué ce disque. Mais en déroulant la pelote, j'ai pénétré dans un territoire de la pop qui m'est complètement inconnu et découvert l'histoire assez impressionnante de la chanson Here we go.
Tout d'abord, elle n'a pas été créée pour Totally Spies !. La version originale est la face A du seul single sorti par Moonbaby, en 2000. Cette version démarre lentement, mais le refrain est très proche de la version de mon CD. Les paroles font référence à une partie de drague entre ados ("Mets ta langue dans mon oreille, c'est bizarre mais c'est assez drôle", "Je ne fais pas de sexe mais je vais jusqu'à la deuxième base"). Si l'arrangement dans la version dessin animé est quasiment identique, les paroles évacuent bien sûr toute allusion sexuelle.
Derrière Moonbaby se cache Miranda Cooper. Elle n'a pas eu de succès comme interprète mais elle en a eu énormément en écrivant et produisant de la pop avec ses compères de Xenomania, une équipe fondée par Brian Higgins. Selon Wikipedia, Cooper et Higgins ont été présentés l'un à l'autre par les membres de Saint Etienne, et Xenomania a d'ailleurs travaillé avec eux dans les années 2000 sur des albums comme Finisterre et Turnpike's house. Là je suis encore à peu près en terrain connu, et je le suis encore quand je lis que leur but est de réussir une fusion entre les sons électroniques et les guitares (c'est un peu ce qu'on entend sur le CD). Mais ce que je découvre, c'est qu'ils ont eu un énorme succès depuis quinze ans en écrivant et produisant des disques pour des gens comme les soeurs Minogue, The Sugababes, et surtout le girl group Girls Aloud.
Et il faut croire que, chez Xenomania, quand on tient une bonne chanson on ne la lâche pas : après l'échec de Moonbaby et le recyclage lucratif et multi-diffusé de la chanson pour Totally Spies !, ils en ont produit une nouvelle version pour Lene en 2003 sur son album Play with me (Lene, si, si, tu sais bien, l'ex-chanteuse d'Aqua, le groupe du tube Barbie girl !), avec une intro légèrement reggae, et ils n'ont pas hésité à remettre ça dès 2004 avec Girls Aloud sur l'album What will the neighbours say ?. Et, d'une version à l'autre, ils n'ont pas vraiment pris la peine de révolutionner l'arrangement et la production : on ne change pas une recette qui gagne ! On a vu des chansons reprises plusieurs fois de suite en connaissant le succès, mais que ces reprises soient le fait de la même société de production qui s'auto-recycle, à ce point là je crois que c'est très rare.
Voilà, ça m'apprendra : tu entres chez McDonald's et quinze ans plus tard tu te retrouves chez Girls Aloud. Quelle aventure !

A écouter : Totally Spies ! : Here we go (Happy Meal version)


La vidéo créée pour Here we go, avec plus de synthés et moins de guitare que la version du CD.






Le menu audio du programme informatique inclus, où l'on voit tous les "artistes" de la collection.

14 mars 2020

STAN FREBERG : Sh-boom


Acquis chez YMCA à Douvres le 2 mars 2020
Réf : CL.14187 -- Édité par Capitol en Angleterre en 1954
Support : 78 tours 25 cm
Titres : STAN FREBERG WITH THE TOADS AND ORCHESTRA CONDUCTED BY BILLY MAY : Sh-boom -/- STAN FREBERG WITH THE GEORGE BRUNS QUINTET : C'est si bon

Au fil des années, j'ai régulièrement trouvé des disques intéressants lors de mes passages à la boutique YMCA de Douvres, comme C'est un vrai paradis ce Cefalù' et l'album des Îles Salomon, ou un Dave Edmunds et un Ting Tings.
Là, à peine descendus du ferry on a fait un petit tour en ville et, si le rayon habituel des disques et livres ne contenait rien de particulièrement excitant, j'ai vu tout de suite qu'il y avait dans la pièce d'à côté plusieurs caisses de disques, provenant sûrement d'un gros don ponctuel.
Il y avait deux-trois caisses de 33 tours, et ce n'est qu'après avoir quitté la boutique que je me suis rendu compte que, dans l'excitation, j'avais complètement oublié de les regarder (Ce que j'en ai vu extérieurement ne m'attirait pas particulièrement, mais quand même...). Il y avait aussi des caisses de 45 tours et j'en ai trouvé une grosse poignée à mon goût. Il y avait surtout deux grosses caisses de 78 tours, et j'ai passé une bonne demi-heure à les examiner un par un pour faire ma sélection. Il faut dire que ces disques, qui visiblement ont tous appartenu au même propriétaire, ce n'était pas du classique, de la musique militaire ou du musette, comme souvent en France. Non, je suis reparti avec 24 disques, dont 7 de Les Paul, 4 de Tennessee Ernie Ford et 3 de Spike Jones et ses City Slickers ! Excusez du peu...
Et surtout, je me suis rendu que, s'il y avait une thématique dans cette collection, elle tournait autour de la country, certes, mais surtout de l'humour et de la parodie. Je le savais pour Spike Jones, je le savais aussi pour Stan Freberg, dont j'ai aussi trouvé 3 disques, mais j'ai découvert après coup que c'est également le cas pour certains des disques que j'ai sélectionnés sans en connaître les artistes.
Stan Freberg, je connais son nom depuis les années 2000. Une bonne génération avant "Weird Al" Yankovic, il était réputé pour ses satires musicales. J'avais dû récupérer un MP3 de sa version de Heartbreak Hotel, qui est à la fois excellente et hilarante, tellement bonne que je l'ai incluse en 2008 sur mon disque virtuel Testament du rock vol. 5.
Sur ce 78 tours, Stan Freberg, deux ans plus tôt, s'attaque non pas au rock and roll mais au doo-wop, en faisant une parodie de Sh-Boom, le grand et unique tube de The Chords.
C'est un titre de chanson qui a priori me parlait, mais en fait je ne sais pas si je la connaissais vraiment. Elle a été importante dans le succès du doo-wop en étant l'une des premières à figurer dans les classements de vente de pop music, et elle a joué un rôle non négligeable dans la transition du rhythm and blues au rock and roll. Elle a aussi été reprise très vite par The Crew Cuts, des petits blancs du Canada, avec succès puisque cette reprise a carrément été n°1 des ventes.
Malheureusement, Sh-boom sera le seul et unique tube de The Chords, mais l'impact de cette chanson est tel que certains militent pour que, à défaut du groupe The Chords, la chanson elle-même soit intégrée au Rock and Roll Hall of fame, comme expliqué dans ce documentaire de 40 minutes.


Des explications sur les origines de Sh-boom par des membres de The Chords.

Pour Stan Freberg, la parodie de Sh-boom débute dès l'étiquette du disque : le groupe original s'appelle The Chords (Les Accords), alors Stan est prétendument accompagné par The Toads (Les Crapauds). Il faut dire que pour lui les chanteurs de doo-wop ne croassent peut-être pas, mais ils marmonnent et c'est la base de la satire ici. A coups de sifflet, il dirige les chanteurs et les avertis que c'est un disque de rhythm and blues et, s'ils veulent vendre des disques, il ne faut pas qu'on comprenne les paroles et qu'ils marmonnent parfaitement.
Les paroles elles-mêmes ne sont pas parodiées, mais ça se colprend, quand on a un couplet comme celui-ci qui se suffit parfaitement à lui-même :
"A chaque fois que je te regarde j'ai quelque chose en tête
Si tu faisais ce que je veux que tu fasses, Chérie, on serait si bien
Oh, la vie pourrait être un rêve si je pouvais t'emmener au paradis là-haut."
Non, il suffit de tout chanter en exagérant, jusqu'au gargarisme, avec des sons dans tous les sens et une instrumentation qui est excellente (Le solo de saxophone et guitare électriques mélangés qui démarre à 1'42 est impressionnant). Au bout du compte, on a une version qui vaut largement l'originale. Je n'aurais pas saisi moi-même la référence, mais elle se conclut par une référence à Marlon Brando hurlant "Stella" à la fin de Un tramway nommé Désir. Un acteur qui, selon Freberg, avait lui aussi le tort de marmonner.
Aux Etats-Unis, la face B de Sh-boom était Wide-screen Mama blues, un titre qui promet, mais je ne l'ai pas car j'ai remarqué que, en Anglettre à cette époque, les maisons de disques, qui ne publiaient pas tous les singles américains, avaient l'habitude de coupler deux faces A sur un même disque. Donc, sur mon disque, j'ai droit à la version de C'est si bon, sortie aux USA quelques mois plus tôt, en 1953.
C'est si bon, c'est une de ces chansons françaises qui ont fait le tour du monde, avec les paroles originales ou traduites en anglais. J'ai déjà présenté ici la version de Louis Armstrong. Dans sa version, Stan Freberg, avec un accent français bien sûr, engueule là aussi ses choristes quand ils ne répondent pas bien à son signal, mais sinon l'humour tient surtout au coup classique du "Quand je vous donnerai le signal, chantez "C'est si bon" comme ça", avec évidemment les choristes qui répondent "C'est si bon comme ça". Facile, mais ça marche toujours, et cette version dont les couplets sont conservés en français est de très bonne tenue. Et je suis bien content d'être tombé sur le document filmé ci-dessous.
Voilà pour le premier de mes 78 tours. Les deux autres de Stan Freberg que j'ai trouvés ne sont pas aussi bons, mais il y a plein de bonnes choses dans mon lot et on aura l'occasion d'en reparler.



Un épisode de Sam and Friends, la toute première émission de Jim Henson (Le Muppets Show). Les marionnettes Moldy Hay, Hank et Frank "chantent", avec comme bande sonore C'est si bon dans la version Stan Freberg.

07 mars 2020

CE N'EST PAS DE LA COUILLE, VOICI LA NEW WAVE


Offert par Fabienne M. à Mareuil sur Ay en février 2020
Réf : 25804 ET -- Édité par Ariola en Belgique en 1977
Support : 33 tours 30 cm
15 titres

Désolé de persévérer dans la négation à caractère sexuel, mais après The man don't give a fuck, voici Ce n'est pas de la couille !
Et, comme pour le Super Furry Animals, je regrette de ne pas avoir acquis ce disque à temps pour l'inclure dans un de mes livres. Le disque précédent aurait pu figurer dans Vente interdite. Quant à cette compilation, elle aurait bien sûr mérité une place d'honneur dans ma Discographie personnelle de la New Wave.
Cet album a été édité en Belgique en 1977 par Ariola, qui y présente des titres sous licence de labels comme Beserkley, Chiswick, Virgin ou Shelter. Comme c'est la Belgique, ce disque a son pendant néerlandophone, Geef voor New Wave, sorti un peu plus tôt si j'en crois les références catalogue, avec la même liste de titres, sauf que Motorhead par Motorhead y remplace Spanish stroll de Mink de Ville. Mais en-dehors de ça, le concept est différent. Comme le titre Donnez pour la New Wave et l'illustration de la pochette l'indiquent, les clients sont invités à soutenir les artistes ("Toutes les redevances sont reversées aux artistes de la Nouvelle Vague","Votre achat leur redonne espoir") et un coupon sur la pochette intérieure permet de participer à un concours pour gagner un voyage à Londres.



Ici, pas d'opération commerciale associée, juste un titre qui adapte en français le Never mind the bollocks des Sex Pistols et une pochette signée Jerry Wanker, lui-même une figure de la scène punk belge, qui était alors guitariste du groupe Chainsaw.
Les notes de pochette ne sont pas créditées, mais le texte qu'on trouve en entête est intéressant :
"Dans les futures encyclopédies du rock, on pourra lire ceci :
'NEW WAVE : Terme apparu en 1977 pour qualifier un courant musical opérant la fusion de diverses tendances du rock, en réaction à l'hypertrophie putrescente des superstars de l'époque. La New Wave regroupait un renouveau du hard, allégé et simplifié (THE MOTORS, TOM PETTY, THE HOT RODS, EARTHQUAKE), un retour de la pop pas débile, au rythme agressif et aux paroles intelligentes (GENERATION X, THE RUBINOOS, RADIO STARS, DWIGHT TWILLEY BAND, MINK DE VILLE, JONATHAN RICHMAN) et surtout, surtout, un raz-de-marée : le mouvement punk (THE SEX PISTOLS, JOHNNY MOPED, THE ADVERTS, X-RAY SPEX, RADIATORS FROM SPACE).'
Mais vous vous foutez de l'histoire et vous avez raison. C'est maintenant que la NEW WAVE est importante, vitale. Si vous ne la connaissez pas encore, il est temps de sauter dans le wagon et d'écouter 'C'EST PAS DE LA COUILLE, VOICI LA NEW WAVE'."

Ce qui mérite d'être noté là-dedans, c'est que, comme pour la compilation New Wave de Vertigo, on a là une définition de la New Wave d'époque (1977), qui diffère de celle qui prendra le dessus à partir de 1978 et que pour ma part j'utilise, définition qui finira par aboutir après coup à la notion de post-punk. Là, on considère comme New Wave toute la musique apparue à partir de 1976-1977 qui bouscule l'ordre rock établi, tous styles confondus, punk y compris. Personnellement, à l'écoute du disque, j'aurais plutôt mentionné pub rock, post-glam ou power pop que "hard allégé et simplifié", mais j'aime bien cette notion de "pop pas débile, au rythme agressif et aux paroles intelligentes".
Au bout du compte, ça donne un disque varié, qui étend même les limites temporelles du genre, puisqu'on trouve ici I'm on fire, le premier single du Dwight Twilley Band, qui date de 1975, et le classique pré-punk des Modern Lovers, Roadrunner, ici dans sa version dite Once, de 1975 également. Et par ailleurs il y a un vrai classique du punk avec le Pretty vacant des Sex Pistols.
Pour le reste, il y a à boire et à manger et je n'aime pas tout ce qu'on trouve ici.
Je trouve par exemple Rock and roll is dead des Rubinoos assez décevant. L'intérêt principal de le placer en ouverture est que les premiers mots de l'album sont "Baisse-moi ça !" et le refrain "Le rock est mort et on s'en fout".
C'est du même tonneau pour Dancing the night away des Motors. Il y a une partie de guitare que j'aime bien, mais sinon ce n'est pas renversant. Et pareil pour No one de Johnny Moped, du punk basique.
On monte d'un cran ensuite avec Do anything you wanna do. J'ai plusieurs disques d'Eddie and the Hot Rods, mais pas celui-là et c'est dommage car c'est une réussite. Et ça enchaîne avec deux grands classiques du punk et de la New Wave, Gary Gilmore's eyes des Adverts et Oh bondage up yours ! d'X-Ray Spex, avec entre les deux Your generation de Generation X, pas mal dans son style.
La face se conclut avec Anything that's rock 'n' roll, extrait du premier album de Tom Petty and the Heartbreakers. Pas mal du tout, mais j'aurais préféré les Heartbreakers de Johnny Thunders !
Sur la face B, outre les grands classiques, j'aime beaucoup le Spanish stroll de Mink de Ville, tiré du premier album Cabretta, où j'entends des échos de Lou Reed dans le chant et les paroles.
Pour le reste, on a deux excellents titres parus initialement chez Chiswick qui sont bien réjouissants, speedés et rigolos, Television screen des Radiators From Space et Dirty pictures des Radio Stars. Quant au Trainride d'Earthquake, c'est un titre trop long et assez décevant.
Mais dans l'ensemble, Ce n'est pas de la couille, c'est de la New Wave est une compilation intéressante, idéale pour se redécouvrir la façon dont on abordait la New Wave à ses tous débuts. Et le titre de l'album a quand même dû bien marquer la scène belge puisque, dans les années 2010, il y avait des soirées à Bruxelles qui avaient repris ce titre, et actuellement encore il y a un groupe Facebook pareillement nommé.












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