19 juin 2009

LES RITA MITSOUKO : C'est comme ça


Acquis probablement à La Clé de Sol à Reims en 1986
Réf : 90 287 -- Edité par Virgin en France en 1986
Support : 45 tours 17 cm
Titres : C'est comme ça -/- Clown de mes malheurs

J'étais là pour le concert des Rita Mitsouko au Festival des Musiques de Traverses de Reims le dimanche 19 mai 1985. Comme j'ai noté leur nom dans leur agenda, c'est que j'ai assisté au moins à une partie de leur concert, mais probablement pas à tout car j'en garde peu de souvenirs. Il faut dire que, en fin de festival, je devais être à peu près rassasié, avec les performances de Dick Tracy et Joseph Racaille et son Big band Cha Cha Cha le jour même, et surtout les Legendary Pink Döts et Tuxedo Moon la veille.
Ce concert de Rita Mitsouko dans ce festival à la programmation pointue était un peu particulier, car il avait été préparé alors que le groupe n'était encore que les chouchous branchés du magazine Actuel mais, quelques mois plus tard, le jour du concert venu, Marcia Baïla était devenu un tube et Rita Mitsouko des vedettes populaires.
Ce n'est pas pour autant que Chichin et Ringer avaient envie de jouer le jeu du groupe qui fait mousser son gros succès : le principal souvenir que j'ai de ce concert est indirect, c'est celui de Phil Sex racontant souvent par la suite que, pour cette tournée, Rita Mitsouko avait débauché au débotté un groupe de hard-rockeux et avait produit un concert des plus bourrins.
Andy est le premier titre de l'album The no comprendo à être sorti en 45 tours. Je l'aimais assez bien, mais pas assez pour l'acheter, avec sa pochette toute moche en plus. La pochette de C'est comme ça, le 45 tours sorti juste après, avec une photo issue des mêmes sessions, est presque plus moche : les seules différences sont la police de caractère et l'article "Les" qui apparait pour la première fois dans le nom du groupe, mais là j'ai craqué pour le morceau et j'ai tout de suite acheté le 45 tours, en plus de l'album car la face B ne figure pas dessus.
Quelques semaines plus tard, le clip de C'est comme ça signé Mondino a commencé à tourner sur les écrans télé (et ce petit bijou a vraiment été matraqué pendant des mois !) et Virgin a pris une décision judicieuse : ils ont réédité C'est comme ça, avec une nouvelle pochette proposant une maquette modernisée et des photos extraites du clip. Ça a probablement aidé le disque à devenir un grand succès.
Avec ou sans clip, C'est comme ça est une grande réussite. C'est une chanson originale, exaltante, dansante, super. J'ai toujours pensé que Catherine Ringer était avant tout une vocaliste, mais je viens de (re)découvrir en scrutant les crédits de The no comprendo que son rôle comme instrumentiste dans le groupe est loin d'être négligeable. Même avec une production Tony Visconti, ce ne sont pas des requins de studio qui opèrent et sur C'est comme ça, Catherine joue la basse (et la basse tient un rôle très important) et une des guitares (je pense que c'est la guitare jouée sur une corde au début). Fred lui est à la batterie et à la guitare, même si, contrairement à ce que pourrait laisser penser le clip, ce n'est pas lui qui fait le solo de guitare, mais un certain Sam Smith.
Donc, la musique est excellente, et en plus les paroles et le chant sont peut-être encore plus réussis. Comme à chaque fois que ça fonctionne, voilà une preuve de plus que le rock peut se chanter excellemment en français, avec juste ici une utilisation très efficace du mot "Move". Et pourquoi ça marche ? Parce que Catherine Ringer écrit des paroles de chanson, pas un poème ni un texte en prose et, comme les anglais quand ils font du français, elle n'hésite pas à malmener la grammaire quand c'est nécessaire ("Ça le grince juste pendant la nuit"). Quant au sens général des paroles, il garde sa part de mystère, même si je miserais bien sur un secret qui empoisonne un couple et va peut-être entraîner une séparation au moins provisoire.
Clown de mes malheurs, issue des mêmes sessions, a été écartée de The no comprendo et c'est plutôt dommage tellement cette bizarrerie est réussie. A posteriori, je pourrais décrire cette chanson en disant que c'est un peu comme si Brigitte Fontaine était accompagnée par Les Frères Nubuck !
Je viens de découvrir que, au moment de sa sortie, cette chanson était depuis un moment au répertoire de Rita Mitsouko, puisque Lionel Rotcage y faisait référence dans un article du Monde de la Musique en 1982, époque à laquelle le groupe se produisait en duo avec des bandes pré-enregistrées plutôt qu'avec des rockers bourrins.
Là aussi, les paroles sont excellentes. Les "couplets" sont parlés, et le premier donne à peu près ça :
  • "On imagine parfois le vent soufflé de grains de sable
    Un panoramique insatiable coulissant dans vers un endroit
    Une aspérité longitudinale, un Pont-Lévêque miroitant
    Un arc-en-ciel phénoménal piétinant le soleil couchant"
Pour ma part, à chaque fois j'imagine plutôt un Maroilles miroitant qu'un Pont-Lévêque, tellement le fromage de Thiérache a la faculté d'avoir une surface brillante...
Quant au refrain, il n'est pas mal non plus dans le genre :
  • "Si tu rentrais dans ma vie pour te mettre au lit,
    Tu passerais par la faille, le trou de souris,
    Si tu rentrais dans ma vie
    Qu'est-ce qu'on ferait ? Je ne sais pas, je ne veux pas le savoir
    Si tu rentrais dans ma vie par cet entonnoir"
Cette version originale de Clown de mes malheurs ne figure que sur les deux éditions du 45 tours C'est comme ça, il me semble. Elle n'est pas en bonus sur les CD de The no comprendo, malheureusement, et c'est une version remixée qu'on trouve sur le maxi d'époque et sur le CD Bestov.

La version remixée de Clown de mes malheurs en écoute chez MusicMe
.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

"Et pourquoi ça marche ? Parce que Catherine Ringer écrit des paroles de chanson, pas un poème ni un texte en prose"

Voilà qui est magnifiquement dit. C'est exactement ce que je pense ; un texte de chanson est un genre à part, peut être moins prestigieux que d'autres, mais réellement différent.

Pourquoi est-ce si rare ? Complexe intellectualiste national ?

Chants éthérés a dit…

J'aimerais beaucoup écouter ce "Clown de mes malheurs", je vais me renseigner. J'adorais le son qu'ils avaient à l'époque et tout particulièrement le tube chroniqué ici.

Leur parcours est atypique aussi, leur premier album a même été produit par Conny Plank (et ils sont rares en France a avoir été produits par lui) et comme chacun sait, Ringer a débuté à la fois dans le cinéma "hardcore" (et c'était vraiment hard pour l'époque) que dans la musique contemporaine la plus avantgardiste, j'adore ce genre de grand écart !

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