13 octobre 2018

THE WALLFLOWERS : Blushing girl nervous smile


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans la deuxième moitié des années 1980
Réf : MANT 83/7 -- Édité par Mantre en Angleterre en 1986
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Blushing girl nervous smile -/- Blushing girl -- Caution to the wind -- A great big river

Cela fait quelques mois que je vois passer des informations à propos de rééditions en vinyl par le label  Optic Nerve. Il faut dire que, dans leur catalogue centré sur les années 1980 et 1990, on trouve Apple Boutique de l'ami Phil King et un autre de ses anciens groupes, The Servants, et aussi Girls At Our Best, Red Sleeping Beauty de McCarthy, Pulp, The Monochrome Set...
Les 45 tours sortent au rythme d'un par mois, on peut s'y abonner façon club et j'ai bien l'impression que, avec les abonnements et les précommandes, l'intégralité du pressage de certains titres est parfois épuisé avant même la date de sortie.
Il y a quelques semaines, j'ai été surpris d'apprendre qu'une de leurs prochaines sorties serait ce maxi de The Wallflowers (un groupe anglais, pas celui créé plus tard du fils de Dylan).
Pour le coup, c'est un disque vraiment obscur, mais je le connais bien car j'en ai acheté un exemplaire dans la cave du Record and Tape Exchange à Londres quelques temps après sa sortie en 1986. C'est un disque qui a dû être très peu acheté chez les disquaires. Mon exemplaire avait été envoyé par une boite de promotion (qui a apposé son étiquette au verso de la pochette) à un professionnel quelconque, qui s'en est vite débarrassé. Chez Record and Tape Exchange, ils en demandaient initialement 1,40 £ mais, comme ils n'ont pas trouvé preneur, le prix a baissé en cinq étapes jusque 10 pence. A ce moment là, le disque était à la cave, dernière étape avant la poubelle. C'est là que je suis passé lors d'un de mes séjours à Londres et que je l'ai sauvé, sans connaître le groupe mais en me disant qu'à ce prix-là je pouvais tenter le coup sans grand risque.
Et il se trouve que j'ai toujours bien aimé Blushing girl nervous smile, la face A du disque, au point de l'avoir programmé dans l'une de mes émissions sur Radio Primitive. Guitare "jangle", gros son de basse, chant un peu enrhumé, refrain accrocheur, tout autant que les parties de guitare qui suivent. Tout à fait de son temps, mais tout fait méritoire également. Il y a plein de chansons moins bonnes qui ont fait des tubes à l'époque, et c'est justement ce que pensait Michael Hann du Guardian qui, dans un article de 2012, expliquait que ce groupe de sa ville de Slough fait partie de ceux dont on est persuadé qu'il va réussir mais qui n'y parvient finalement pas.
Et pourtant, The Wallflowers ont eu de bonnes opportunités, comme l'indique leur biographie. C'est Peter d Brickley qui a fondé ce groupe après avoir joué avec The Telephone Boxes, qui avaient fait la première partie des Smiths lors de leur toute première tournée. Blushing girl nervous smile, leur premier single, est sorti sur un label indépendant, mais Brickley avait signé un contrat d'édition avec Warner Chappell. En 1987, le deuxième single, Thank you, a été produit par rien moins qu'Andy Partridge d'XTC et il y a eu un troisième single, 83.7 °. Un album, Love peace and pugwash, a été enregistré à cette époque, mais il est resté dans les tiroirs jusqu'à ce que le groupe le diffuse en 2012.
On trouve trois titres sur la face B, et ça commence par Blushing girl, une version différente du titre de la face A, sans le sourire nerveux, qui se trouve là peut-être parce Peter Brickley a apparemment toujours trouvé l'autre trop produite. Mais je ne vois pas trop l'intérêt car les différences entre les deux ne sont pas flagrantes. En tout cas, cette version va rester "collector" car elle n'est pas reprise sur la réédition.
Vient ensuite Caution to the wind, un autre titre dans la veine indie-pop, moins remarquable mais plutôt correct. Par contre, je ne sais pas si c'est moi mais j'ai bien l'impression qu'il y a un gros problème de chant sur le dernier titre, A great big river, surtout au début, au point que ça sonne comme une démo mal dégrossie et que c'est pénible à écouter.
The Wallflowers, un groupe parfaitement obscur, donc, c'est pourquoi j'ai été surpris de constater après l'annonce de la réédition que, chez Discogs l'édition originale de ce single se négocie autour de 60 €. Tous mes disques ne voient pas leur valeur multipliée par 500 en 30 ans, sinon je serais peut-être riche, si l'envie me prenait de les vendre...

La réédition en 45 tours limitée à 350 exemplaires de trois titres de ce maxi est annoncée par Optic Nerve pour le 29 mars 2019. Les commandes sont ouvertes.

07 octobre 2018

FOLKLORE TAÏTIEN


Offert par Philippe R. à Nantes le 14 août 2018
Réf : MA 101 à MA 106 -- Édité par Mareva en France en 1949
Support : 6 x 78 tours 25 cm
15 titres

Il y a quelques années, Philippe était sur une broc à Nantes, où quelqu'un venait de déballer des caisses de disques visiblement très intéressantes puisque tous les habituels requins locaux s'affairaient fiévreusement autour.
Philippe les a laissés se battre pour tout ce qui ressemblait de près ou de loin à du rock années 1960 susceptible de se revendre avant de s'approcher de la caisse enfin libre, par acquît de conscience, en pensant n'y trouver que de la drouille. Et il en a tiré cette pépite, superbement ignorée par les pros du disque.
Il s'agit d'un album, au sens propre du terme, c'est à dire une reliure qui contient six 78 tours enregistrés à la toute fin des années 1940 à Tahiti et plus largement en Océanie française.
Comme Philippe n'a pas chez lui de quoi écouter ces disques, et comme il savait que j'aime beaucoup cette musique, il m'a fait cadeau cet été de ce superbe objet, un trésor patenté puisque l'exemplaire conservé à la bibliothèque de l'Université de la Polynésie française vaut à cet album d'être recensé parmi les Trésors des bibliothèques de l'enseignement supérieur.
Nous devons Folklore taïtien (orthographié Folklore tahitien sur la tranche) à Adolphe Sylvain et Marc Darnois, qui ont collecté ces enregistrements sur les différentes îles de l'Océanie et les ont publiés sur leur label Disques Mareva, une maison qui n'a pas dû exister longtemps mais qui a dû ouvrir la voix pour le Tiare Tahiti du fameux Gaston Guilbert.
Je ne connaissais pas Marc Darnois, mais Sylvain, si. Il est surtout réputé pour ses photographies, qu'on a retrouvé sur des posters dans toutes les années 1970, mais aussi et surtout sur un bon paquet de pochettes de disques. Dans un reportage de Dominique Charnay publié initialement en 1981 dans la revue Le photographe, on découvre le détail de son parcours, qui commence avec la guerre, comme conducteur de char de la 2e D.B., avec déjà son Rolleiflex sur la poitrine. Pour la 2e D.B., la guerre ne s'est pas arrêtée avec l'Armistice de mai 1945. Elle s'est poursuivie en Indochine jusqu'à sa dissolution le 31 mars 1946.
C'est à son retour sur l'aviso Lagrandière que Sylvain a fait étape à Tahiti, en octobre 1946. Il y est resté 35 ans, après un double coup de foudre, pour le pays et pour la femme qu'il épousera.
L'album est introduit par quelques lignes signées du Docteur P. Cassiau. Je n'ai trouvé aucune information biographique sur lui, mais il est assez important à Tahiti pour que son nom ait été donné à une rue de Papeete.
Voici des extraits de son introduction : "Ces disques ne sont pas "commerciaux" mais ils ont le grand mérite d'être "vrais". Sylvain et Darnois n'ont pas adopté la solution facile qui consiste à grouper des éléments de passage et les enregistrer en "arrangeant" les airs. Ces deux artistes sont allés avec leur micro dans chaque île de notre Océanie Française pour "recueillir" dans une ambiance vraie, dans leur cadre familier, au milieu de fêtes traditionnelles les meilleures, les plus diverses musiques. (...) C'est un album à acheter et à conserver soigneusement dans sa discothèque. Plus tard, c'est avec mélancolie que nous ferons chanter ces cires en pensant au temps où  Tahiti était encore Tahiti."
Plus tard, c'est par exemple maintenant, et ce sont bien ces cires originales qu'il faut faire chanter (ou en écouter leur copie MP3) car je crois que ces enregistrements n'ont jamais été réédités depuis. Il s'agit effectivement de collecte, pas d'enregistrements "commerciaux", mais ces titres, pour une bonne partie, auraient pu sortir tels quels chez Gaston Guilbert ou Yves Roché.
Des titres, il y en 15 sur 12 faces, avec un procédé technique particulier pour les séparer l'un de l'autre quand il y en a plusieurs par face : entre deux titres, il y a un sillon sans fin, comme celui qui se trouve habituellement en fin de face. Du coup, il faut soulever le bras de lecture pour passer au titre suivant. Je ne crois pas avoir déjà rencontré ça. Ce n'est peut-être pas très pratique pour l'auditeur, mais c'est simple et efficace pour vraiment diviser des faces, et je suis surpris que ce procédé n'ait pas été employé plus souvent.
L'ensemble s'appelle Folklore taïtien, mais il n'y a en fait qu'un seul titre enregistré à Tahiti même, le très bon Tahiti nui. Pour le reste, ce sont dans l'ensemble les chansons de l'archipel des Tuamotu qui me plaisent le plus, notamment Pico pico (la chanson commence à 1'22 sur le MP3), l'une des deux seules pour lesquelles une artiste est créditée, Erena. Il y a aussi Tangi tika, Ana e, Tamure, Te matangi et Te manu, le "chant des amoureux regagnant leurs cases à l'heure où les coqs chantent", qui m'a évoqué le blues à la première écoute.
Pour le reste, il y a notamment deux chants d'adieu Himene tarava différents et mon préféré est celui de Tubuai.
Merci donc à Philippe, qui avec ce trésor m'a permis de faire un beau voyage, dans le temps, dans la musique et dans l'histoire de l'enregistrement sonore.

L'intégralité de l'album Folklore taïtien est disponible en MP3 sur Ana'ite, la bibliothèque numérique scientifique polynésienne.


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