29 août 2021

THE STRANGLERS : Paradise


Acquis au Virgin Megastore à Londres en septembre 1983
Réf : TA 3387 -- Édité par Epic en Angleterre en 1983
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Paradise -/- Pãwshēr -- Permission

Étant donné que, comme ce fut longtemps le cas dans les FNAC, les étiquettes du Megastore comportaient la date de mise en rayon, je sais que mon exemplaire de ce maxi 45 tours est arrivé dans les bacs en août 1983. Ce qui signifie que c'est probablement l'un des premiers disques que j'ai achetés quand je suis arrivé à Londres à la mi-septembre pour y passer une année scolaire.
Si j'ai investi dans ce maxi, qui a juste une pochette générique bleue d'Epic (mais la pochette illustrée était plutôt moche de toute façon), c'est en partie je pense parce qu'il était vendu au prix imbattable d'1,40 £, c'est à dire le prix à l'époque d'un petit 45 tours.
L'autre raison, c'est que c'est en 1982/1983 que je me suis le plus intéressé aux Stranglers : Feline est le seul de leurs albums que j'ai acheté neuf à sa sortie, et j'ai aussi acheté les deux premiers 45 tours qui en ont été extraits, European female et Midnight Summer dream.
European female s'était plutôt bien vendu en Angleterre (moins que Golden brown et Strange little girl, mais plutôt bien quand même). Midnight Summer dream a moins marché, mais ce n'était pas un single évident (mais j'apprécie beaucoup l'intéressante version maxi de plus de dix minutes).
Quant à Paradise, ça a toujours été une de mes chansons préférées de Feline (avec aussi Let's tango in Paris). Je pense qu'elle avait un vrai potentiel pop, mais on en était au troisième extrait, plusieurs mois après l'album et en plein été, et ce disque s'est encore moins vendu que le précédent.

J'ai toujours associé cette chanson à Polyphonic Size. Parce que Jean-Jacques Burnel les a produits, parce que les Stranglers ont enregistré cet album à Bruxelles, mais surtout parce que les voix féminines sont utilisées ici d'une façon similaire à ce qu'on entend sur les disques de Polyphonic Size. Je n'avais jamais vérifié, mais je pensais que les deux chanteuses qui interviennent sur ce qui est de fait le refrain de cette chanson assez bizarrement construite étaient les deux chanteuses du groupe belge. Mais non : France Lhermitte de Polyphonic Size est accompagnée ici non pas par Martine Bourlée mais par Anna von Stern.
Sinon, la rythmique de cette chanson est très particulière, et j'aime beaucoup la partie parlée répétée à la fin, avec ces paroles  toutes simples :"Je pense que personne n'a jamais trouvé le paradis, car le paradis est basé sur des mensonges"

Les deux faces B, enregistrées respectivement à New York et Londres en avril et juin 1983, soit après la sortie de Feline, sont intéressantes car ce sont les deux seuls nouveaux titres du groupe publiés cette année-là, sans aucun lien avec l'album suivant, Aural sculpture, sorti en 1984.
Pãwshēr a une intro très électro, avec une sorte de basse séquencée. C'est petite expérimentation typique du genre de choses que les groupes tentent sur une face B, avec la musique en boucle et des paroles plus que minimales (le titre répété sur différents tons).
Par contre, Permission est une bonne chanson, sur un rythme reggae qui aurait mérité un meilleur sort que d'échouer là (les deux titres figurent en bonus des rééditions CD de Feline depuis 2001).

Les Stranglers vont bientôt sortir un nouvel album, Dark matters. On y entend sur huit des titres le clavier Dave Greenfield, mort au printemps 2020. Une chanson, And if you should see Dave..., lui rend hommage.
Et le groupe va partir en tournée ! Pour reproduire le son si particulier des claviers de Greenfield, ils ont apparemment trouvé une parade toute simple : ils ont débauché un membre d'un groupe-hommage spécialisé dans les reprises note pour note des Stranglers !
Après le départ de Hugh Cornwell en 1990 et la retraite bien méritée de Jet Black, qui vient de fêter ses 83 ans, JJ Burnel reste le seul membre original du groupe. La franchise Stranglers finira peut-être comme Dr. Feelgood, fondé en 1971, dont le dernier membre original est mort en 1994, mais qui continue, avec des membres dont le plus ancien les a rejoints en 1987...


The Stranglers, Paradise, à la fin de l'émission Les Sculpteurs auriculaires diffusée en 1985 dans le cadre des Enfants du rock sur Antenne 2.

21 août 2021

O'SISTERS : Aliens in India


Acquis par correspondance via Bandcamp le 15 août 2021
Réf : [sans] -- Édité par O'Sisters en France en 2021
Support : 5 fichiers MP3
5 titres

Avec celui de Ladaniva, le concert d'O'Sisters a été mon préféré de ceux de l'édition 2021 du F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs auxquels j'ai pu assister (mention spéciale également à Les Frères Smith, l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, la Fanfare Olaïtan et Marakuja).

Le groupe m'a marqué dès son entrée sur scène. Ce n'est plus si souvent qu'on voit des formations en costume - voire même en uniforme - de scène. Là, le trio s'est présenté dans des combinaisons à capuche rayées en noir et blanc visuellement très marquantes.
Pour le premier titre, la chanteuse principale a joué de la kora, mais elle l'a rangée ensuite et on ne l'a plus revue : tous les sons ont été fournis par un ordinateur/synthé et une percussionniste.
Les titres se sont enchaînés sans temps mort, la liaison entre eux sa faisant grâce à un rythme de danse fourni par un son de grosse caisse.
C'était déjà très bien, et j'appréciais notamment les sons bizarres et intéressants glissés dans la plupart des morceaux. J'étais persuadé qu'il s'agissait de "samples" bien choisis sur des disques obscurs, mais je me trompais : à un moment, on nous a demandé d'applaudir l'une des "sisters" absente pour ce concert, celle qui joue la kora qu'on entendait à ce moment-là. Le groupe a encore monté d'un cran dans mon estime !
Le concert s'est terminé dans une bonne ambiance, après que le groupe a fait monter sur scène les enfants qui dansaient dans le public.

O'Sisters se présente comme un collectif féminin réunissant des artistes des quatre coins du monde, qui diffuse des messages positifs d’émancipation, d’unité et de solidarité aux femmes du monde entier. Un premier album Unity is power, est sorti il y a quelques mois seulement, fin 2020, mais le groupe est très productif puisqu'un EP avec cinq nouveaux titres a été publié dès ce mois de juin.
C'est celui-là que j'ai choisi de présenter, parce que le morceau-titre, Aliens in India, est justement celui où on entend de la kora, et ce fut l'un de mes préférés du concert. J'ai un doute pour Fishes with venum, mais sinon je suis à peu près sûr qu'elles ont joué tous les autres titres de l'EP. J'aime bien aussi Queens, mais mes autres préférés sont Can't be divided et The anthem. C'est sûrement lié au titre général de ce projet : ce sont bien des sons de musique indienne qui dominent l'accompagnement de la plupart des titres.

J'ai passé un très bon moment lors du concert et à l'écoute des disques. Et maintenant, j'espère avoir à nouveau l'occasion de revoir O'Sisters sur scène...





O'Sisters en concert pour MIA3J, F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs, à Châlons en Champagne le 31 juillet 2021. Photos : Black Ghost.
Un Pol Dodu se dissimule dans le public. Saurez-vous le repérer ?

14 août 2021

MARSEL HURTEN : Les chinois


Acquis sur le vide-grenier d'Oger le 1er août 2021
Réf : 26 215 -- Édité par DMF en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les chinois -- Ça prendra toujours -/- C'est normal... C'est normand -- Pi Oméga 16

La disette est telle pour ce qui est des vide-greniers ces derniers temps que la fréquentation pour celui-ci a battu tous les records, alors qu'habituellement il est de taille moyenne en plein creux de l'été d'habitude,.
Cela ne m'a pas empêché d'y trouver en fin de matinée un CD d'Herman Düne que je n'avais pas et deux EP du label DMF.
Dans les années 1960, Cléon était plus réputée pour son usine Renault que pour sa maison de disques ! Pour ma part, je ne connaissais pas du tout DMF, mais les disques en bon état étaient à 1 € et je me félicite dans les deux cas d'avoir eu du nez.

Pour l'autre disque, la toute première parution de Jean-Allain Hoareau, ce qui m'a fait m'y intéresser c'est ce nom Hoareau, car je sais par ailleurs que, pour l'état civil, Danyèl Waro se nomme Daniel Hoareau. La Normandie, c'est loin de La Réunion, mais le lien existe bien et la première chanson du disque y fait référence ("Pays joli, pays chéri qui m'a vu naître, par mes chansons j'aimerais bien vous faire connaître et vous dire dans mon patois si doux si doux, mi aime à vous, mon cœur l'est resté près de vous"). Mais j'ai presque trop bien réussi mon coup car, musicalement, ce tout premier disque de Jean-Alain Hoareau reste dans un style de chanson française très sage, qui le rapproche de Jean-Claude Rémy. Après une longue escale aux Antilles, il s'est installé à La Réunion en 1980 et a repris sa carrière discographique en enregistrant notamment des ségas, qui m'auraient sûrement plus intéressé.

Marsel Hurten, avec son prénom bizarrement orthographié, je ne le connaissais pas du tout non plus. Si j'ai pris ce disque, c'est pour deux raisons assez rigolotes qu'on trouve au verso de la pochette : la photo des membres du groupes accrochés à un mur (qui fait pendant au dessin du recto) et le nom de ce groupe, Les Croqueniols, assez pécore pour me rappeler les Solistes Campagnards de Monsieur Dupont ou Émile Doryphore et sa Coopérative Agricole.

Vous non plus vous ne connaissez probablement pas Marcel Hurstemans (son nom de naissance, apparemment), qui ces derniers temps a publié des disques en tant que BDB. Et pourtant, il a droit à son strapontin dans l'histoire de la chanson française puisque, en 1965, il a co-signé avec Hervé Vilard la musique de Capri, c'est fini (Sur le site du Musée SACEM, Hervé Vilard explique qu'il a composé la chanson sur son orgue, puis collaboré avec le guitariste Marcel Hurten pour la mettre en place et l'arranger, d'où la décision de co-signer avec lui). Je ne sais pas quelle part de droits est revenue à Hurten, mais ça a dû mettre du beurre dans les épinards !

Les chinois est le deuxième EP de Marsel Hurten, après La chaise d'église en 1965. Par la suite, il a sorti deux autres 45 tours chez Disc'AZ en 1967 et 1968, Fatalité et Cette musique là.

Comme on pouvait l'espérer à partir de la pochette et du nom du groupe, les chansons de mon disque sont dans une veine légère et humoristique qui, de la même époque, peut évoquer Vassiliu ou Ricet-Barrier.
Les chinois a un refrain efficace et des arrangements assez minimalistes qui me plaisent bien, avec la basse et l'orgue qui dominent. Si j'en crois les explications données pour décrypter les références catalogue de DMF, ce disque daterait de février 1966, avant donc Et moi, et moi, et moi de Dutronc, qui serait sorti en juin. Je me suis posé la question à cause des chinois, bien sûr, mais aussi à cause du "Et moi et bing et bong et bong" qu'on entend ici.
Pour Ça prendra toujours ("les serments d'amour..."), avec la présence de cuivres et le style de chant c'est plutôt à Nino Ferrer qu'on pense. Même remarque pour le dernier titre du disque, Pi Oméga 16, qui a également des attributs rhythm and blues.
Pour C'est normal... C'est normand, on donne plutôt dans le tango, sauf erreur de ma part.

Dans l'ensemble, je suis bien content de ma trouvaille, surtout pour sa face A. Pour ce qui est de DMF (a priori à l'origine pour ses fondateurs Desmarets, Marie, et Ferrant, avant que la société ne devienne Disque Microsillon Français), j'aurais dû me souvenir que j'avais déjà entendu parler de cette maison de disques puisque, en 2017, l'excellent label de réédition Caméleon a sorti Thésaurus Volume 1 : Label France D.M.F., un double-album compilation piochant dans la partie rock du catalogue du label. Pour l'occasion, une véritable enquête archivistique a été menée et on trouve plein de documents sur DMF sur le site de Caméléon. Marsel Hurten ne faisait pas exactement du rock, mais il aurait peut-être quand même mérité de figurer dans cette sélection.

A écouter chez Daniel Narezo :
Face A (Les chinois - Ça prendra toujours)
Face B (C'est normal... C'est normand - Pi Omega 16)


07 août 2021

LADANIVA : Ladaniva


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 30 juillet 2021
Réf : [sans] -- Édité par Ladaniva en France en 2021
Support : CD 12 cm
8 titres

Le matin du jeudi 10 juin dernier, j'ai écouté en me rasant l'émission Le réveil culturel de Tewfik Hakem sur France Culture dont les invités étaient la chanteuse Jacqueline Baghdasaryan et le multi-instrumentiste Louis Thomas du groupe Ladaniva :



C'était très bien et j'ai notamment particulièrement apprécié leur première chanson écrite en français, Pourquoi t'as fait ça ?. Et aussitôt après, je me suis dis que ce groupe serait parfait pour MIA3J, le mini-festival dédié à la création au féminin qui, depuis cinq ans, clôture le F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs. Et même, j'étais persuadé qu'ils seraient effectivement à l'affiche cette année. Quelques jours plus tard, quand le programme a été annoncé, mon intuition a été confirmée : Ladaniva était  programmé le 30 juillet.

L'an dernier, MIA3J avait dû être annulé mais le festival dans son ensemble avait été maintenu, dans une formule très réduite. Cette année, le festival a pu avoir lieu dans des conditions presque normales, sous réserve du respect des règles contre le COVID bien sûr. Il a fallu aussi se battre contre les éléments climatiques : les inondations estivales ont nécessité au dernier moment un changement de lieu de MIA3J.
Le véritable impact de la pandémie, c'est sur la programmation qu'il s'est fait sentir : quasiment aucune formation artistique basée hors d'Europe ne tournait cet été. Mais les styles musicaux, les cultures et les traditions musicales pratiquées en France et en Europe sont très riches, et au bout du compte l'affiche était aussi éclectique que les années précédentes. Et je confirme que ce festival, qui a le grand avantage de se dérouler tout près de chez moi, est l'un des meilleurs du monde, avec sa taille humaine et ses concerts en plein air et gratuits qui lui permettent d'accueillir un public réellement populaire et varié.


Ladaniva en concert à MIA3J, F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs, kiosque du Grand Jard à Châlons en Champagne, le 30 juillet 2021.

Le concert de Ladaniva a été l'un des très bons moments du festival.
Si le groupe est à l'origine un duo, la formation est bien plus étoffée sur scène, puisqu'ils sont sept sur cette tournée. Leur répertoire est constitué de compositions originales et de chansons traditionnelles (d'Arménie, d'où Jacqueline est originaire, et d'ailleurs). L'ensemble est joyeux, mais pas seulement, comme  avec Oror, qui évoque les conflits armés. C'est quand ils fusionnent les styles que je les préfère, avec notamment un reggae chanté en russe et, bien sûr, leur tube en puissance, Pourquoi t'as fait ça ?, dont les paroles ont été écrites par Louis en pensant que Jacqueline pourrait effectivement les dire.

Ce CD était en vente après le concert. Je ne pense pas que c'est leur premier album, qu'ils ont annoncé comme étant en préparation. Plutôt un objet promotionnel destiné aux professionnels et à la vente en tournée, qui regroupe leurs enregistrements de ces derniers mois, dont plusieurs ont fait l'objet d'une vidéo.
C'est un mini-album très compact (8 titres en 24 minutes) et ce qui est bizarre c'est que, après plusieurs écoutes et même si j'apprécie le disque dans son ensemble, mes titres préférés sont les quatre derniers plutôt que les quatre premiers ! Les deux que je n'ai pas encore cités sont Ajde jano (une chanson populaire serbe) et Kef chilini.

Vous y avez peut-être pensé : le nom du groupe fait bien référence au 4x4 Niva du constructeur Lada. Du coup, on pourrait dire que, avec cette tournée et ce disque, Ladaniva démarre au quart de tour.
Je sais c'est nul. Pourquoi j'ai fait ça ? Je n'ai pas pu m'en empêcher ! Mais promis je ne recommencerai pas.




Ladaniva, Pourquoi t'as fait ça ?, en direct et en duo pour La Voix du Nord en mars 2021.








Ladaniva à Lille en mai pour le Music Europe Day 2021. Quatre titres, dont Pourquoi t'as fait ça ? et Kef chilini.


Ladaniva en mini-concert pour l'émission Radio Géo Nova en novembre 2020, avec Vay aman, Hov arek sarer djan et Pourquoi t'as fait ça ?.


Ladaniva en concert le 3 décembre 2020 pour FIP / Culturebox dans le cadre de l'édition numérique des Trans Musicales 2020. Extrait de deux titres. Le deuxième est le reggae en russe joué à Châlons.

03 août 2021

ÉMILE VACHER : Elle aime les nègres


Acquis sur le vide-grenier d'Orconte le 25 juillet 2021
Réf : 250.464 -- Édité par Odéon en France en 1933
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Elle aime les nègres -/- Mon beau mâle

On est en août et, j'ai vérifié, c'est le premier disque acheté sur un vide-grenier cette année que je chronique. Cette petite brocante de village familiale et sympathique n'était pas ma première de l'année, mais les fois précédentes, j'en suis reparti soit bredouille, soit sans rien de vraiment intéressant. Je ne risque pas de faire une sélection de Mes grandes trouvailles de chine cette année !
Là, l'antiquaire du coin, plutôt sympathique, qui avait quelques 33 tours sans intérêt, a essayé de me refiler pour pas cher son petit tas de 78 tours. Je me suis contenté d'en extraire deux disques, mais j'ai regretté qu'il ait réussi à vendre tout son lot de 45 tours à un précédent client.

Je connais Émile Vacher (1883-1969) de réputation, et notamment son importance dans le développement du musette, mais c'est bien sûr avant tout pour le titre de sa chanson principale que j'ai sélectionné ce disque.

L'hiver dernier, j'ai fait l'acquisition du CD Colonies de la collection Chansons Actualités de Promo Sound, paru en 2003. Le principe de cette collection est d'associer une collection thématique de chansons à des extraits d'actualités sonores de l'époque.
Pour vous donner une idée du contexte, voici l'un des bobinots d'actualité qu'on y entend :

Au vu de la sensibilité du sujet, les notes de pochette prennent leurs précautions et leur distance :
"Cette floraison de refrains exotiques a donné naissance à d'authentiques petits chefs-d’œuvre (...), mais aussi, il faut bien le reconnaître, à quelques rengaines dont le racisme et le mauvais goût, pour débonnaire qu'ils se voulussent, n'était pas absent."

On trouve sur cette compilation des titres comme La biguine de Dranem, Un petit négro de Michel Simon, Il s'appelait Bou-Dou-Ba-Da-Bouh de Félix Mayol ou Le grand voyage du pauvre nègre d’Édith Piaf. On n'y trouve pas Elle aime les nègres, mais cette chanson y aurait eu toute sa place, et bien sûr les pincettes à prendre avec ses paroles sont identiques :

"Elle aime les nègres, les gras, les maigres
D'vant les trapus aux ch'veux crépus j' n'existe plus
Elle devient folle, perd la boussole
Elle gaspille pour eux tout mon fric ce n'est pas chic
Dès qu'l'un s'avance, c'est d' la démence
Pour s'faire comprendre elle leur dit "Goodbye and cheerio"
Elle joue du torse, le prend de force
C'est idiot mais elle est dingo des négriots
"

Sur ce disque, "l'accordéoniste virtuose" Émile Vacher est accompagné par son orchestre musette et par son pianiste de prédilection Jean Peyronnin. Si on arrive à faire abstraction des paroles, on peut apprécier la partie instrumentale de ce titre et se rendre compte que, tant au niveau de l'interprétation que des arrangements et de la qualité technique, c'est carrément excellent, digne du meilleur du jazz Nouvelle-Orléans ou des biguines.

Sur la face B, Mon beau mâle est une valse (chantée par une femme...). Là encore, l'instrumentation, excellente, a bien mieux vieilli que les paroles.

Ce disque est "historique", mais pas d'une époque si ancienne que ça, puisqu'il est sorti l'année de naissance de mon propre père. Et malheureusement, les chansons racistes n'ont pas disparu avec les années 1930 ni avec les colonies. Dans le n° 333 de Mojo daté d'août 2021 Brown sugar des Rolling Stones (1969) est qualifiée de "racialised colonialist rape fantasy" (en 1995, Mick Jagger a indiqué qu'il "n'écrirait plus cette chanson maintenant").

Avant de vous quitter, je me dois de vous avertir solennellement : Elle aime les nègres est une chanson efficace qui reste bien en tête. Méfiez-vous, il y a un risque marqué après écoute de vous retrouver à la fredonner à voix haute dans des endroits publics !

A écouter :
Émile Vacher : Elle aime les nègres
Émile Vacher : Mon beau mâle


En 2019 est sortie la compilation double-CD 50 titres (dont 15 inédits) Émile Vacher, créateur de la valse musette et de la java.