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27 juin 2026

BOB NEWMAN : Ay round the corner


Acquis sur la brocante de l'avenue Victor Hugo à Ay le 21 juin 2026
Réf : V. 3189 -- Édité par Vogue en France vers 1954
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Ay round the corner (Au coin du grand bois) -/- Sand boogie (Le boogie des sables)

Il y a des arbres alignés le long de l'avenue qui mène à la gare d'Ay. C'était donc ombragé en début de matinée, la chaleur était supportable et la ballade très agréable sur cette brocante majoritairement familiale. Comme c'était aussi la Fête de la Musique, j'ai même pu voir une partie du concert bien sympathique d'un orchestre folk d'accordéons/épinette.

Les choses se sont déroulées quasiment de façon identique à l'an dernier, quand j'avais trouvé le disque exceptionnel de Guy Cornély : vers la fin de mon parcours, sur un stand de particuliers où il y avait juste un carton de disques venant de plusieurs générations de propriétaires, j'en ai trouvé deux qui m'intéressaient. Un 45 tours de Little Bob Story de 1978, dont l'intérêt principal que la face A est une chanson de Springsteen que lui-même n'avait pas publiée à l'époque. Dans la même catégorie, je préfère Because the night de Patti Smith !
L'autre est ce 78 tours, qui côtoyait un album dépareillé d'une dizaine de disques. Ce qui a d'abord attiré mon attention, c'est le mot "boogie" dans l'un des titres. J'ai compris en lisant les rondelles que c'était du country and western façon cow-boy et j'ai apprécié de voir la traduction des titres en français. J'étais déjà décidé à l'acheter quand j'ai vu la mention indiquant que le label original était le légendaire King Records de Cincinatti. Certes, ce disque ne date pas de l'âge d'or rhythm and blues du label, plutôt de ses productions country des premières années, mais ce n'est pas tous les jours qu'on voit passer une de ses productions.

Ce n'est qu'en repartant, alors que j'admirais le rond central, que j'ai vraiment fait attention au titre Ay around the corner, parfait pour cette occasion : après tout, je venais d'acheter ce disque à Ay, qui, en exagérant à peine, se trouve au coin de la rue en bas de chez moi !

Ce n'est pas toujours le cas pour les 78 tours, mais j'ai trouvé ce disque référencé sur Discogs. En y regardant bien, j'ai vu qu'il ne s'agit pas de la même édition que la mienne, qui doit lui être antérieure. Vogue a corrigé quelques erreurs. Le titre de la face A y est orthographié Around the corner (il y a plein de variantes), il y a une mention "DR" (Droits réservés) plutôt que "B.I.E.M." et les noms des formations "Trio" et "String band" qui sont inversés sur mon édition par rapport à la publication originale, sont remis dans le bon ordre.
Comme les labels français le faisaient souvent, Vogue a pioché les deux faces sur deux disques américains différents. Il y a sur mon exemplaire la mention "juillet 1954" pour indiquer sa date d'achat ou de réception. 

Bob Newman (1915-1979) a rejoint en 1935 les Georgia Crackers, le groupe de ses frères Hank et Slim, également connu, sans surprise, sous le nom de Newman Brothers. Actif de la fin des années 1920 à la fin des années 1950, le groupe, parfois décrit comme un hybride de  Jimmie Rodgers et des Sons of the Pioneers, a eu du succès dans le Sud et le Mid-West des États-Unis, en concert, à la radio, sur disque et même au cinéma dans les années 1940.
Bob, qui composait la plupart des titres du groupe, a été le dernier des trois frères à se lancer en solo, en parallèle du groupe. Il a enregistré vingt-cinq titres pour King de 1950 à 1952, dont les deux de mon 78 tours.
Son titre qui a eu le plus de postérité, c'est Phfft! you were gone, chanson comique reprise tout au long des années 1960 par différents invités de l'émission Hee haw.

A-round the corner (Beneath the berry tree) est l'adaptation d'une chanson populaire par Josef Marais, publiée en 1952 par le duo Marais and Miranda qu'il constituait avec son épouse. Un peu à la manière de Madeleine de Brel, elle conte l'histoire d'un gars qui attend sa chérie Emily, avec qui il a rendez-vous sous un arbre. Mais Emily est en retard...
La version de Marais and Miranda (je ne suis pas sûr que ce lien pointe vers la première version enregistrée) est joyeuse et sautillante, mais elle se conclut par un meurtre à la faucille : "Tonight all the folks will cut the corn, tonight I am sad and so forlorn. For my Emily was fickle, so I used my sharpened sickle, and the blood beneath the berry tree does trickle."
Ce couplet final sanglant n'apparaît pas dans la plupart des versions qui ont suivi, il reste juste le côté léger.
La version qui a eu le plus de succès est celle de Jo Stafford, qui a été n°1 des ventes en Angleterre (Emily est transformée pour l'occasion en Henry Lee). A la même époque, les Weavers ont également enregistré cette chanson avec succès.
La version de Bob Newman d'A-round the corner est très bonne. Je crois que c'est ma préférée des quatre citées. Elle est prise sur un tempo rapide, avec de la contrebasse, un piano, une guitare slide qui imite le sifflet d'un train et un solo de violon.

Sand boogie est une composition originale de Bob Newman. La guitare électrique, y compris avec slide, y est mise en avant.
On retrouve ce titre sur la compilation Roots of rock and roll 1952 vol. 8 de Frémeaux et Associés. Dans le livret, Gérard Herzhaft indique que Bob Newman "a enregistré certains des chefs d’œuvre d’un country boogie virant allègrement vers le rockabilly". Sand boogie en est un très bon exemple.

Jamais deux sans trois ? Si j'y retourne l'an prochain, je signe tout de suite pour retrouver un disque de cette qualité sur ce vide-grenier !

26 avril 2026

ANTON KARAS : The "Harry Lime" theme


Acquis sur le vide-grenier de Condé-sur-Marne le 21 avril 2014
Réf : MG 9235 -- Édité par Decca en France en 1949
Support : 78 tours 25 cm
Titres : The "Harry Lime" theme -/- The Café Mozart waltz

Je ne sais pas si je la mènerais à bien, mais j'ai depuis quelques temps l'idée de faire une série de chroniques autour de la musique du film Le troisième homme. En effet, à force de les voir passer, je me suis mis à acheter différentes éditions des disques d'Anton Karas (1906-1985) quand je tombe dessus (cinq depuis 2014), car je trouve que c'est un cas intéressant de commercialisation de la musique.
Pour aujourd'hui, on va commencer par le début, l'édition originale sortie au même moment que le film, dans le format standard de l'époque, le 78 tours.

Même si j'ai sûrement eu l'occasion d'en entendre l'air pendant ma jeunesse, je crois que la première fois où j'ai prêté attention à la musique du Troisième homme, c'est en 1993, en lisant les notes de pochette de Pascal Comelade pour sa compilation de reprises Danses et chants de Syldavie (je profite de l'occasion pour signaler qu'il s'apprête à en sortir une seconde, Métaphysique du Hit-Parade). Il y expliquait que son Third man theme était paru initialement par erreur sous le titre Café Mozart. Il fait bien référence, sans erreur, aux deux faces de ce disque : le thème principal du film est sorti en Europe sous le titre The "Harry Lime" theme, en référence au personnage joué par Orson Welles dans le film, mais quand le disque a été publié aux États-Unis, le label a choisi de marquer plus clairement le lien entre la musique et le film, et la face A a donc été nommée The third man theme.

La particularité de la musique du Troisième homme, c'est qu'elle est jouée en solo à la cithare. Cet instrument me ramène instantanément chez mes grands-parents, qui en avaient une, voire deux, chez eux. Je ne sais pas d'où ils les tenaient, je ne pense pas que c'était en lien avec la vogue pour cet instrument suscitée par le film. C'étaient plutôt des objets de décoration que de véritables instruments de musique, mais avec frère, sœur et cousins, on se battait toujours pour être celui qui en jouerait.

Le troisième homme
, réalisé par l'anglais Carol Reed, est un film important de l'histoire du cinéma. Entre autres distinctions, il a remporté la Palme d'or à Cannes en 1949.
C'est en préparant cette chronique que j'ai appris que le scénario, signé Graham Greene, Reed et Alexander Korda, est original. C'est ensuite que Graham Greene a fait de l'histoire un roman.
Un des éléments marquants du film, outre la performance d'acteur d'Orson Welles, est le rendu d'une atmosphère tendue à Vienne, dans l'immédiat après-guerre et au début de ce qu'on appellera la Guerre froide.
L'autre élément marquant du Troisième homme, c'est sa musique, créée spécialement pour l'occasion. Le film aurait sûrement marqué les esprits même sans cette musique, mais il est clair que c'est un exemple très réussi de musique de film et que l'immense popularité du disque a contribué au succès du film.

Comment Carol Reed s'est-il retrouvé à confier la musique de son film à Anton Karas ? Les récits (ici en français et en anglais, par exemple) ont tendance à varier un peu dans les détails, mais dans l'ensemble ça donne ceci :
A l'automne 1948, Reed était à Vienne pour les préparatifs du tournage. Lors d'une réception, il a entendu Karas jouer de sa cithare, un instrument bizarre qu'il ne connaissait pas du tout. Il décide de lui confier la musique du film et parvient avec difficulté à convaincre le musicien et les producteurs d'accepter.
L'enregistrement commence dans la chambre d'hôtel de Carol Reed à Vienne et se poursuit pendant trois mois à Londres début 1949, où sont tournées les scènes en studio.
Anton Karas travaille chaque jour pendant des heures sur la musique, et ne souhaite qu'une chose : retourner chez lui en Autriche. Mais un incendie dans la salle de montage l'oblige à réenregistrer une bonne partie des pistes.
Au bout du compte, le résultat est là : le film sort en Angleterre en septembre 1949, avec uniquement de la cithare en solo comme musique, présente en fond sonore sur une bonne partie des scènes (des exemples de scènes-clés ici et ).

Il avait été question de sortir un album de la bande originale du film. L'idée a été abandonnée (il faudra attendre 1999 pour que cet album se matérialise), mais des versions enregistrées en studio de The "Harry Lime" theme et The Café Mozart waltz sortent en même temps que le film et le disque fait fureur.
Aux États-Unis, le 78 tours est n° 1 des ventes pendant 11 semaines. Ce serait le plus grand succès instrumental des années 1950 dans ce pays et il aurait incité les maisons de disques à éditer plus souvent des musiques de film.

The "Harry Lime" theme est effectivement un instrumental remarquable. Il s'ouvre directement sur le "riff" d'accroche. Il y a une partie centrale différente, avant un retour pour finir à la partie musicale immédiatement reconnaissable et qui reste en tête. Le jeu d'Anton Karas est visiblement virtuose. Il joue en même temps les mélodies et l'accompagnement rythmique, les sons sont variés, avec presque un effet "pedal steel" à certains moments.

The Café Mozart waltz
est bien également mais moins remarquable, rythmé par une corde basse. D'habitude, je sais repérer le rythme ternaire d'une valse, viennoise ou non, mais pas là.

Suite au succès du disque et du film, Anton Karas a tourné dans le monde entier et a eu droit à tous les honneurs. Mais, dès 1953, il est revenu chez lui à Vienne faire ce qui l'intéressait : jouer de la cithare dans un bar à vin. Sauf que cette fois il était propriétaire de l'établissement, baptisé sans trop de surprise Zum Dritten Mann.

Plus largement, il semble que Vienne s'appuie de façon assez marquée sur Le troisième homme pour attirer les touristes. Il y a des circuits touristiques, un cinéma qui diffuse constamment le film, et bien sûr un musée, où l'on peut notamment écouter 400 versions différentes de l'air principal du film. Je ne sais pas s'ils y ont ajouté celle des Beatles, révélée par le documentaire Get back en 2021, où ils s'amusent à le jouer en studio, le 3 janvier 1969. 


Une bande annonce pour The third man, problement pour la sortie du film aux États-Unis. On note la mise en avant de la cithare sur l'annonce du titre, suivie de la mention "Featuring the famous musical score by Anton Karas" et de la phrase, avec un jeu mot sur citare, "He'll have you in a dither with his zither". On s'appuyait bien sur le succès du disque pour la promotion du film.


Un reportage d'actualité Pathé tourné à l'Empress Club de Londres en 1950. Anton Karas est mis en scène dans le contexte professionnel qu'il a le plus longtemps pratiqué.

14 septembre 2025

JULIETTE GRÉCO AVEC ANDRÉ GRASSI ET SON ORCHESTRE : Je suis comme je suis


Acquis au Foyer Aubois à La Chapelle Saint Luc le 11 juin 2025
Réf : P 77007 S -- Édité par Philips aux Pays-Bas vers 1951
Support : 78 tours 17 cm
Titres : Je suis comme je suis -/- A la belle étoile

C'est dans cette ressourcerie de l'agglomération troyenne que j'ai acheté l'un de mes plus gros lots de disques de l'année (pour l'instant, je reste optimiste...!). Une grosse quinzaine de disques, avec un CD, deux 78 tours, des 45 tours, et ce disque qui est une anomalie : un microsillon, le même type de produit que ce qu'on appelle les 45 tours et les 33 tours, de 17 cm de diamètre (comme les 45 tours les plus courants), mais qui s'écoute à la vitesse de 78 tours, comme les disques en gomme laque que les microsillons allaient supplanter.
Je n'avais jusque-là qu'un seul microsillon 78 tours dans ma collection, une édition volontairement rétro du Bueno de Joe King Carrasco (1980, la chanson qui a été reprise par Elli). Dans le même esprit rétro, j'ai repéré, de 1977, un maxi de Robert Gordon et Link Wray, avec une face en 45 tours et l'autre en 78 tours.

Je connaissais de longue date la mention "Minigroove" sur des disques Philips, généralement suivie de "45" ou "33 1/3". C'est ainsi que Philips désignait les microsillons fabriqués dans ses usines. Mais au départ, fin 1951, ce sont des "Minigroove 78" que le label sortait, comme par exemple un disque des Pinsons. Et là, pas question de nostalgie, au contraire, on était en pleine innovation et en phase de transition technologique : le microsillon était en plein développement, il allait vite supplanter la gomme laque et chacun des labels a tenté de lancer son produit.

Philips a donc promu ses Minigroove 78 :



La pochette d'un disque publicitaire pour les disques Philips Minigroove 78 édité en Belgique.


Un article extrait du n° 906 du 13 octobre 1951 de la revue Haut-Parleur (p. 695).
A la page précédente, on trouve un graphisme publicitaire largement utilisé dans la première moitié des années 1980 par Reims Radio FM pour sa promotion.


J'ai au moins appris une chose avec l'article ci-dessus, c'est pourquoi les 30 cm ont un gros "rond central", parce que la vitesse diminue de façon sensible quand on s'approche du centre.
Malheureusement pour Philips, ses microsillons 78 tours n'ont pas eu beaucoup de succès. C'est le microsillon 45 tours lancé par RCA en 1949 qui est vite devenu un standard. La production de ces 78 tours s'est arrêtée début 1953.

Et les disques de ce catalogue n'ont pas dû être beaucoup diffusés : je n'ai trouvé en ligne aucune mention de ce disque de Juliette Gréco.
Mon exemplaire a vu du pays en trois-quarts de siècle : fabriqué en Hollande, probablement à destination du marché français, il s'est retrouvé en vente chez Robert E. Duick à Dakar, avant que je tombe dessus à Troyes !

Mon premier souvenir de Prévert remonte au printemps 1977. Notre prof de français de troisième nous avait annoncé sa mort (survenue le 11 avril) et avait sûrement profité de l'occasion pour nous faire étudier un de ses poèmes.
Souvenir plus gai, un soir de stage de BAFA, en 1980 ou 1981. On s'est retrouvé à quelques-uns à lire à voix haute un poème de Paroles pris au hasard. J'étais tombé sur Je suis comme je suis, et on a été pris de fou rire quand je suis arrivé à "Je suis faite comme ça".
Par la suite, j'ai récupéré à peu près tous les recueils de Prévert parus au Livre de Poche, et je me suis intéressé à ses collages.
Je viens d'apprendre qu'il y avait un rapport entre Paroles et Reims : en effet, les premiers à avoir rassemblé et diffusé (artisanalement) une collection de poèmes de Prévert sont des élèves d'une classe de philosophie d'Emmanuel Peillet.

Paroles a été publié en 1946 au Point du Jour. En 1946 et 1947, deux recueils de 46 chansons ont été publiés par les éditions Enoch, des poèmes de Paroles mis en musique par Joseph Kosma, dont Je suis comme je suis. Les interprètes de ces chansons sont nombreux. La première à avoir publié Je suis comme je suis sur disque serait Germaine Montero, en 1948, sous le titre Et puis après.
Juliette Gréco a enregistré les deux chansons de ce disque le 4 avril 1951, lors de sa première session pour Philips. Dans l'édition en 78 tours "normal", Je suis comme je suis était en face B. J'ai tendance à préférer la version accompagnée au piano de Montero à la version avec arrangement d'orchestre de Gréco.

La chanson A la belle étoile, également de Prévert et Kosma, a été créée par Fiorelle en 1936 dans le film Le crime de Monsieur Lange de Jean Renoir. Prévert a remanié ce poème pour son recueil Histoires, paru également en 1946. Là encore, je n'accroche pas vraiment à la version de Juliette Gréco. Non pas qu'elle soit mauvaise, mais ce n'est pas un style de chanson que j'apprécie particulièrement. Même sa version de Coin de rue de Trenet, enregistrée un peu plus tard, me laisse plutôt indifférent.
En tout cas, la description d'un Paris miséreux d'A la belle étoile est suffisamment à l'os pour la chanson ait été interdite de diffusion à la radio française, comme l'explique le livret de la compilation Frémeaux La muse de Saint-Germain 1950-1957.
Notons qu'en 1966, les frères Pierre et Jacques Prévert ont signé pour la télévision un film intitulé A la belle étoile, adapté de la nouvelle The cop and the anthem d'O' Henry. A part le titre en commun, je crois que le flm n'a rien à voir avec la chanson.

Même si la musique gravée ne m'emballe pas, je suis content d'avoir trouvé cet objet discographique hybride. Il vient s'ajouter aux autres bizarreries de ma collection, comme le disque en bois, les 90 tours, ou le 78 tours "picture disc" de Noël.


Juliette Gréco, Je suis comme je suis, accompagnée au piano par Henri Patterson, dans l'émission Télé-Paris du 6 août 1954.

31 mai 2025

SAM CASTENDET ET SON ORCHESTRE ANTILLAIS : Souvenirs


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil sur Ay le 1er mai 2025
Réf : DF 3406 -- Édité par Columbia en France en 1951
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Souvenirs -/- Tombé levé

Pour l'instant, je fais très peu de trouvailles cette année sur les vide-greniers. Pour la grande broc de Mareuil, à domicile, les amateurs de capsules de Champagne sont plus à la fête que les chineurs de disques. J'ai quand même acheté deux 33 tours d'Everything But The Girl à 1 € pièce, quelques CD à 50 centimes et puis, la bonne surprise, ce disque qui était en bas d'une petite pile de cinq-six 78 tours.
C'était le seul disque antillais du lot, malheureusement, mais ça m'a fait un coup au cœur de voir écrit Sam Castendet sur l'étiquette, car ça fait quelques années que je connais ce nom et que je recherche un des disques de cet artiste.

Ce disque que j'ai trouvé a deux défauts.
D'abord, il a une petite cassure sur le bord, ce qui fait que le début des chansons n'est pas écoutable. Le propriétaire du stand voulait le jeter quand je lui ai fait la remarque, mais je lui ai dit que je voulais quand même bien payer les 50 centimes qu'il demandait pour ce disque abîmé.
Et puis, ce disque ne contient pas la chanson Martinique 48 qui est celle que je recherche. Je l'ai entendue pour la première fois en 2021 sur une compilation double CD assez quelconque intitulée Souvenirs des Antilles. Je l'ai donc, mais j'aurais bien aimé avoir le 78 tours pour le chroniquer ici.
Voici ce qu'en dit Jean-Pierre Meunier dans le livret de Biguine à La Canne à Sucre : "...la redoutable biguine Martinique 48, composée par Sam Castendet pour exprimer sa déception et son aigreur au retour de son premier voyage en Martinique, vingt-quatre ans après l’avoir quittée. Aucune classe de la société martiniquaise n’est épargnée dans cette satire incroyablement virulente, chantée par l’auteur en personne. Avec le temps, les choses ont forcément changé, il faut du moins l’espérer. Ne voyons donc plus dans ce document qu’un épisode truculent d’une époque révolue. Si l’on se replace dans le contexte d’alors, on peut cependant imaginer le scandale provoqué par cette irrévérencieuse biguine qui ne tarda pas d’ailleurs à être rigoureusement interdite de diffusion à la radio.".

Avant ça, je crois bien que je n'avais jamais entendu parler de Sam Castendet (1906-1993), qui a quand même un parcours impressionnant.
Né à la Martinique, il s'installe en Métropole en 1924. Il débute sa carrière de clarinettiste puis de chef d'orchestre en 1931, en prenant la suite de la grande vedette Stellio à l'Exposition Coloniale. Il travaille ensuite dans de nombreux cabarets, à Paris, en province ou en Suisse. Il est notamment le chef d'orchestre de La Canne à Sucre à Paris de 1946 à 1951. A ce moment là, remarquablement, il est passé en raison de problèmes de santé de la clarinette à la batterie.
La majeure partie de sa discographie a été enregistrée entre 1946 et 1954. Elle a fait l'objet d'une réédition "intégrale 1950" Festival Biguine chez Frémeaux et d'une Intégrale 1951-1954 chez Aztec.
Sam Castendet a arrêté de jouer professionnellement de la musique en 1962.

A défaut de Martinique 48, je suis bien content quand même d'être tombé sur ce 78 tours, même un peu cabossé. On y trouve deux biguines instrumentales.
La face A, Souvenirs, une composition de Sam Castendet, est très bien dans son genre.
Je ne sais pas ce que ça signifie, mais la face B, Tombé levé, est décrite spécifiquement sur l'étiquette comme une "Biguine La Haute". C'est une composition de Maurice Noiran (1914-1978), qui avait pris la succession de Sam Castendet à la clarinette dans son orchestre. C'est mon titre préféré des deux.

21 septembre 2024

PIERRE MALAR : Boléro flamenco


Acquis sur le vide-grenier de Sarry le 8 septembre 2024
Réf : 282.047 -- Édité par Odéon en France en 1949
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Boléro flamenco -/- Sérénade argentine

Ces temps-ci, je repars bredouille des brocantes plus d'une fois sur deux. Et quand ce n'est pas le cas, ce n'est pas pour autant que j'y trouve des disques intéressants en nombre. La plupart du temps, c'est juste un ou deux disques "de consolation".
A Sarry, par un beau temps frais, j'ai commencé par assurer le minimum en voyant à l'avant d'un carton de 33 tours à 3 € (j'ai ignoré les autres cartons à 5, 10 et 15 €) le troisième album de George Thorogood and the Destroyers. Je l'ai pris de bon cœur, d'autant que je ne le connaissais pas du tout.
Pas grand chose sur les autres stands. J'ai examiné une première petite pile de 78 tours sur une table, sans succès. Puis une deuxième un peu plus tard, avec quelques disques de chansons, dont deux des Soeurs Etienne, que j'ai pris. Je suis déjà tombé sur des disques de Pierre Malar, j'en ai même déjà un, mais là, quand j'ai eu en mains celui-ci, il m'a fallu un instant quand j'ai vu inscrit Sérénade argentine sur la rondelle pour réaliser que je venais de boucler une quête entamée il y a des années : trouver la version originale de Si vous passez par là.

J'ai déjà raconté cette histoire ici en deux étapes, en 2006 avec la chronique de Si vous passez par là de 3 Mustaphas 3, disque acheté en 1986 qui m'a fait découvrir cette chanson, puis en 2015 avec un autre 78 tours, une version instrumentale à l'accordéon de Sérénade argentine par Tony Murena.
Je me suis demandé quel pouvait être l'original de la reprise des Mustaphas dès 1986. Il m'aura fallu 29 ans pour avoir les références de ce titre (Sérénade argentine par Pierre Malar, donc) et 9 ans de plus pour l'acquérir.

Je vais essayer de profiter de l'occasion de ce nouvel achat pour tenter de retracer, peut-être une bonne fois pour toute, l'historique de cette chanson, connue sous les titres Amparito, Sérénade argentine et Si vous passez par là.

Les auteurs

Ce serait presque le plus simple, s'il n'y avait pas des pseudonymes dans tous les sens.
Ils sont trois.

Pueca signe la musique.
C'est le pseudonyme de quelqu'un appelé Puech, mais qui ? Par le passé, j'avais repris des informations signalant qu'il s'agissait d'Yves Puech, dont l'un des pseudonymes serait Enrico Cueca. La BnF donne cette information. Mais Discogs indique plutôt un certain Henri Puech et la BnFne fait pas de lien entre la fiche de Pueca et les fiches des deux Puech, tout en donnant la même année de décès, 1951, pour Henri et pour Pueca. Et les deux Puech ont des titres au catalogue des Editions Universelles, l'éditeur de la chanson qui nous intéresse.
Alors je ne me prononcerai pas aujourd'hui. D'ici à ce qu'on apprenne qu'Yves et Henri sont une seule et même personne, ou qu'ils étaient deux frères qui utilisaient le pseudonyme Pueca il n'y a pas loin...!

J. Teruel signe les paroles espagnoles sous le titre Amparito. C'est un pseudonyme de José Sentis (1888-1983). Né en Espagne et installé en France, il aurait contribué à l'introduction du tango dans notre pays.

Max François signe les paroles françaises sous le titre Sérénade argentine. C'est le pseudonyme de Max Raio de San Lazaro (1914-1995). Il est notamment le co-auteur des paroles de Si toi aussi tu m'abandonnes, du film Le train sifflera trois fois.

Tous les auteurs et le label étant basés en France, je ne m'explique toujours pas pourquoi, sur une partition d'époque, il est fait mention d'une maison d'édition A. Teruel à La Havane à Cuba. La seule explication que je vois, c'est que ce serait bidon pour faire authentiquement afro-cubain, mais ça parait vraiment tordu.



Les versions de la chanson

Sur le site Musée SACEM, on trouve une partition Ⓒ 1948 tirée d'un recueil postérieur. Sous le titre Sérénade argentine (Amparito), on y trouve à la fois les paroles françaises et espagnoles. C'est la seule trace concrète que j'ai trouvée d'Amparito. Autant que je sache, aucun enregistrement de ces paroles n'a été publié. Et les paroles françaises ne sont visiblement pas une traduction de l'espagnol.

En 1949, Pierre Malar crée la chanson sur disque chez Odéon.

Assez vite, deux versions chantées par des femmes sont publiées, celle  de Jacques Hélian et son Orchestre et celle de Rina Ketty.

A la même époque, plusieurs versions instrumentales sortent, à l'accordéon surtout, par Tony Muréna, donc, mais aussi Edouard Duleu et René Sudre. Mais ma préférence irait presque à celle au piano d'Emil Stern, accompagné par les Careno Cuban Boys, qui devaient être aussi cubains que moi !

Vers 1966, sort Si vous passez par là par l'Orchestre O.K. Jazz de Franco. C'est là que le titre alternatif apparaît. Cette version, chantée à deux voix, est fortement ralentie et épurée. C'est un chef d’œuvre.

En 1986, sort donc la version de 3 Mustaphas 3 de Si vous passez par là, clairement basée sur celle d'O.K. Jazz, pas seulement pour le titre, et excellente également.

Je vous déconseille de cliquer sur ce lien pour écouter une version instrumentale très tardive par André Verchuren !

Pierre Malar

Pierre Malar est né il y a 100 ans à huit jours près, le 29 septembre 1924 à Montréjeau en Haute-Garonne, sous le nom de Louis Azum. On l'a vu avec les auteurs de la chanson, la musique et les pseudonymes hispanisants étaient en vogue à l'époque. Mais ce n'était pas qu'une question de mode pour Pierre Malar, puisque sa mère était d'origine espagnole et son père, tiens tiens, était né en Argentine.
Présenté à Piaf lors d'une émission de radio à Toulouse, il monte à Paris à son invitation et fait ses débuts au Théâtre de l’Étoile en février 1945. Sérénade argentine est l'un de ses plus grands succès. Sa carrière de chanteur décline à partir de la fin des années 1950 et il se reconvertit avec succès en 1968 comme professeur de chant. Il est mort à 89 ans le 13 décembre 2013.

Ce qui m'a surpris initialement dans la version de Sérénade argentine de Pierre Malar, c'est sa voix placée assez haut, celle d'un chanteur de charme un peu à la Tino Rossi. L'accompagnement d'orchestre de Jean Faustin, avec beaucoup de cordes, est moins "typique" que pour certaines des reprises. Pour les paroles, comme pour toutes les versions, il y a toujours quelque chose qui me gêne : dans un premier temps, le narrateur se lamente, "Pourtant je suis parti", avant d'expliquer à la fin "que j'attends son retour". A chaque fois je me dis que si c'est lui qui est parti, c'est peut-être plutôt à lui de revenir.

Même si ce fût le succès du disque, Sérénade argentine n'en est que la face B. Le titre principal, Boléro flamenco, s'annonce cette fois doublement hispanisant, boléro comme la Sérénade, et flamenco en plus. On est strictement dans la même veine, musicalement et thématiquement ("Puis elle est partie à son tour, alors loin d'elle tout mon ciel est devenu lourd, la vie cruelle, sans espoir j'attends son retour et je l'appelle, car sans ma belle, mon cœur meurt d'amour").

Ce coup-ci je pense avoir fait le tour du sujet Sérénade argentine, à un ou deux questionnements près. Je ne compte plus y revenir, sauf peut-être dans neuf ans, pour garder le rythme, si je réussis d'ici là à me procurer un exemplaire en 45 tours de Si vous passez par là par O.K. Jazz.



07 octobre 2023

GEORGIUS : Ça... c'est de la bagnole


Acquis sur le vide-grenier du Jard à Épernay le 13 août 2023
Réf : PA 1474 -- Édité par Pathé en France en 1938
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Ça... c'est de la bagnole -/- Elle aime bien sa mère

Ainsi, en 2023, pas en 1973, on a un Président de la République qui déclare "On est attaché à la bagnole, on aime la bagnole. Et moi je l’adore". Tant qu'on en restera à ce genre de positionnement sur la question, on arrêtera de s'étonner, par exemple, qu'on autorise à la vente des véhicules lourds et énergivores roulant à plus de 200 km/h, alors que la vitesse sur nos routes est limitée depuis des années à 130.
Ce qui est sûr en tout cas, c'est que la voiture est au cœur de nos vies depuis plus d'un siècle. La chanson de Georgius qui nous intéresse aujourd'hui n'en est que l'une des multiples illustrations.

Georgius ("Chanteur, comédien, compositeur, scénariste, romancier, homme de théâtre, directeur de music-hall et parolier (plus de mille cinq cent chansons)") est certainement un peu oublié de nos jours. J'ai déjà eu l'occasion de chroniquer des interprétations de chansons qu'il a écrites par Robert Daron et Tramel le Bouif, mais je n'avais pas de disque de lui, jusqu'à ce que je tombe cet été sur celui-ci, sur le Jard à Épernay. Je n'ai pas acheté beaucoup de 78 tours cette année, mais le même jour j'ai aussi acheté un Maurice Chevalier sur un autre stand.


Les pochettes des 78 tours n'étaient pas illustrées, mais les partitions petit format l'étaient heureusement.

Ça... c'est de la bagnole, de 1938, c'est la complainte du pas riche qui se paie une auto d'occasion pour épater sa petite amie Mimi. Et évidemment c'est le début des mésaventures, contées entre deux couplets-refrains dans un assez long monologue, mais la chanson est entraînante et reste bien en tête.
Sur le sujet increvable des tacots dangereux, quelques générations plus tard, j'ai déjà évoqué Dear Dad de Chuck Berry et la Dodge Veg-o-Matic de Jonathan Richman.

Je n'ai trouvé en ligne ni les paroles ni un enregistrement de cette chanson, mais en 1945, à une époque où Georgius a été interdit de scène pour un an en raison de ses activités pendant l'Occupation, il a abordé à nouveau ce thème de l'épave roulante en signant les paroles de Ça tourne pas rond, une chanson interprétée par André Dalt. En tout cas, ça semble clair au vu de l'illustration de la partition :



En face B, Elle aime bien sa mère est présentée comme une "chanson attendrissante". L'héroïne est une gourgandine, une crapule, une mégère et une catin, dangereuse et meurtrière, qui s'en sort dans la vie grâce à son amour pour sa mère et parce qu'elle pleure aux enterrements. Dans l'esprit, on est proche d'une autre chanson intitulée Ça tourne pas rond, créée dans les années 1950 sur des paroles de Francis Blanche.



L'excellent site Du Temps des Cerises aux Feuilles Mortes, qui a été ma principale source d'information pour cette chronique, mentionne donc 1500 chansons écrites par Georgius, mais il n'en a enregistré "que" 181.
Parmi celles qu'il a créées sans les enregistrer, il y a Le fils-père, où Georgius imagine en 1924 ce que ça donnerait si l'opprobre était le même pour les hommes qui "fautent" et enfantent hors mariage que pour les femmes. C'est un vrai mélo de chanson réaliste, avec le héros Jules qui se fait charcuter pour "faire passer" l'enfant et qui termine sur le trottoir. En bonus, voici un document inattendu de 1973, où l'on voit Marcel Duhamel, qui a publié dans la Série Noire sept romans écrits par Georgius sous le pseudonyme de Jo Barnais, chanter Le fils-père.


Georgius, à la télévision le 1er octobre 1966, probablement dans une émission de Jean-Christophe Averty, mime Ça... c'est de la bagnole sur l'enregistrement original de 1938.

09 octobre 2022

ROBERT DARON : Tangos tangos


Acquis chez Récup'R à Dizy le 22 juillet 2022
Réf : 11.142 -- Édité par Colisée en France vers 1936
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Tangos tangos -/- Au lycée Papillon

Le 10 juillet, j'indiquais ici même que j'avais choisi de chroniquer un disque de Ray Ventura faute d'avoir pu me procurer Tango, tango de Georgius ou Ma mie de Jamblan.
Seulement douze jours plus tard, alors que j'examinais un petit lot de 78 tours à la ressourcerie, j'ai cru que j'avais touché le gros lot quand j'ai découvert ce 78 tours avec la chanson Tangos tangos, écrite par Georgius et Robert Juel. J'ai vite déchanté quand j'ai vu qu'il ne s'agissait pas de la version originale par Georgius, mais c'était quand même une coïncidence étonnante, et à la rigueur ce disque avec deux reprises de succès de Georgius est une trouvaille plus intéressante, très peu référencée en ligne.

Il s'avère que Robert Daron est l'un des nombreux pseudonymes de Marcel Beaudet (1898-1987). C'est sous le nom de Marcel's que ce baryton est le plus connu. Et ces pseudonymes s'expliquent par le fait que, grosso modo entre 1930 et 1940, il aurait enregistré plus de 700 titres pour une palanquée de labels et leurs sous-marques, pour la plupart des refrains chantés dans des orchestres musette. Colisée, était l'un de ces labels de disques bon marché, employant uniquement des artistes sous pseudonyme.

A l'écoute, la version de Tangos tangos de Robert Daron m'a déçu. Pas pour l'interprétation musicale :  elle est parfaite et les arrangements sont de qualité, ce qui est d'autant plus impressionnant qu'on sait qu'à l'époque les enregistrements se faisaient en une seule prise, orchestre et chant en même temps. Elle est cependant prise sur un tempo ralenti.
Rien à reprocher non plus au chant de Robert Daron/Marcel's, sauf que ce n'est effectivement qu'un refrain chanté (le premier, interprété deux fois), alors que la chanson originale par Georgius vaut surtout par ses paroles et compte trois couplets et trois refrains en plus d'une introduction et d'une conclusion, et le tout vaut son pesant de cacahuètes :
Tango, écoutez ce tango,
Le chanteur nostalgique pince de la guitare
Beau chanteur de tango, la foule s'imagine que tu es sentimental
Que tu arrives de Buenos Aires ou de Rio de Janeiro
Erreur, erreur ! Ecoutez-le plutôt vous faire ses confidences.

Dans l'grand orchestre
D'un dancing argentin
Moi, Jean Sylvestre
Qui suis né à Pantin,
Sur ma guitare
J'accompagne des tangos
Qu'en langue bizarre
Je chante dans un sanglot
Tangos !
On m'prend pour un hidalgo
J' le laisse croire aux gogos,
A chacun son boulot

Yora cambouracho
Cucaracha cafare
Ah ! zut, c' que j'en ai marre
De toujours faire l'idiot !
Yora yora matzon
Cucaracha rouquière
Je vois une vieille rombière
Qui m' fait des yeux fripons
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Prenons une voix langoureuse
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Elle va m' refiler cent francs
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Je paierai ma blanchisseuse
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Et l' proprio qui gueule tant

Va te faire fiche !
Elle part sans les lâcher
Si j'étais riche
J' plaquerais ce sale métier
Mais v'là une brune
Qui vient depuis un mois
J' parie deux thunes
Qu'elle a l'béguin pour moi
Tangos !
J' vais la griser de tangos
Beaucoup mieux qu'à Santiago
Gare à son vertigo !

Yora ! yora groudié
Cucaracha pouguette
J' crois qu'elle m'a à la chouette
Je vais me l'envoyer
Yora ! yora groudié
Cucaracha métripe
Mais quel est ce grand type
Qui l'invite à danser ?
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
La vérité, j' la présume
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Ce gars-là, c'est son coquin
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Moi je chante et je l'allume
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
C'est un autre qui l'éteint !

Quelle existence !
Vingt fois dans une soirée
Je r'joue cette danse
Je n'arrête pas de bisser
Mais... quel œil tendre
Me lance le Directeur ?
Il vient d'apprendre
Que j' suis l'amant d' sa sœur
Tangos !
J' crois qu' j'ai fait du beau boulot
J' s'rai d' la famille bientôt
A moi l'or de c' ballot !

Yora ! yora ! boudzan
Cucaracha bidoche
Le voilà qui s'approche
Il grince entre ses dents !
Yora ! yora ! kankan
Cucaracha moukère
Il réduit mon salaire
De soixante cinq pour cent !
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Ma liaison l'a mis en rage
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Et sa sœur qu'est un vieux pot
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
J'aime mieux aller au chômage
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
J'en ai marre, j' plaque Mes tangos

Allez, allez, adieu les copains, ben moi aussi j'ai compris
J'vais aller porter ma guitare au Mont de Piété. Adios !
L'autre titre, Au lycée Papillon, est je crois l'un des grands succès de Georgius. Là, l'arrangement est un peu différent de celui de la version de Georgius. C'est aussi un peu plus lent, peut-être parce que et l'orchestre et le chanteur maîtrisent moins les chansons qu'ils enchaînent à tour de bras. Du coup, la reprise par Robert Daron est un peu pataude.

On a avec ce disque la preuve que l'industrie du disque n'a pas attendu les années 1950 et 1960 pour multiplier les reprises parasites pour grappiller une partie des bénéfices des grands succès de la chanson. Quant à moi, je devrais peut-être émettre un souhait, et avec un peu de chance je trouverai le disque en question dans quelques jours !

A écouter :
Robert Daron : Tangos tangos






10 juillet 2022

RAY VENTURA & SES COLLÉGIENS : La grève de l'orchestre


Acquis par correspondance via Discogs en mai 2022
Réf : PA 1078 -- Édité par Pathé en France en 1936
Support : 78 tours 25 cm
Titres : La grève de l'orchestre -/- Toc, toc partout

A l'automne dernier, j'ai trouvé à la ressourcerie un coffret 5 CD publié par Sélection du Reader's Digest intitulé Au bon vieux temps du 78 tours. 120 chansons françaises des années 1920 à 1950 pour 50 centimes ? Je n'ai pas hésité un instant.
Au fur et à mesure que j'écoutais toutes ces chansons, des qui sont devenues des classiques et d'autres complètement inconnues, je me suis rendu compte qu'il y en avait quelques-unes pour lesquelles ma réaction allait au-delà de "C'est vieux mais ça me plaît bien" pour atteindre le "Ça me plaît vraiment bien et ça ma plairait quelle que soit l'époque où ça a été enregistrée". Il est certain que ma réaction n'aurait pas été la même si on m'avait forcé à écouter ce coffret dans les années 1980, mais j'apprécie vraiment des chansons comme Tango, tango de Georgius (1935), Ma mie de Jamblan (1935) et La grève de l'orchestre (1936).

Je n'ai pas réussi à trouver d'exemplaire en vente à prix correct des deux premiers cités, mais je me suis offert ce disque de Ray Ventura et ses Collégiens, l'un des nombreux 78 tours qu'ils ont publié en 1935-1936 après l'immense succès de leur premier enregistrement pour Pathé, Tout va très bien.
La spécialité de l'orchestre, c'était les chansons à sketch, et on en a un bon spécimen avec ce "Fox-trot humoristique".
Pour le thème, c'est simple et complètement d'actualité : 1936, c'est le Front Populaire, et le Front Populaire c'est les grèves. Alors il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas aussi La grève de l'orchestre !
Certes, c'est bon enfant et le patron/chef d'orchestre Ray Ventura a le beau rôle, mais c'est aussi drôle et réussi. L'effet comique vient du fait que le patron accepte d'emblée, sans même les entendre, les revendications des grévistes, mais que ceux-ci lui répondent, soit "C'est pas assez", ou bien "C'est beaucoup trop" quand il renchérit.
Parmi les réparties, il y a, "Voulez-vous un an de repos et le droit de parler argot ?", ou bien "Être menés à la baguette, Chef, cela ne nous convient pas".
Cette chanson, peut-être trop liée à l'actualité du moment, n'a pas marqué autant que, par exemple aussi en 1936, un succès comme Ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine. Mais elle représente bien le Front populaire, et EPM l'a incluse dans son coffret sur ce thème, tandis que Frémeaux l'a carrément placée en ouverture du sien.

La face B, Toc, toc partout, est à nouveau un "Fox gai".
Les paroles sont basées sur un jeu populaire, Toc, toc, qui vient là ?, dont le principe est simple : à la question, on répond par un jeu de mots, qui est souvent basé sur un prénom, mais on peut corser le jeu en imposant un thème, comme l'orchestre le fait ici avec les hommes célèbres ou les capitales.
Ce jeu reste populaire aujourd'hui, j'ai même trouvé un Top 50 des meilleures blagues Toc Toc spéciales chansons françaises !

Je suis content d'avoir trouvé ce disque par correspondance, mais j'espère prochainement glaner à nouveau des 78 tours sur un vide-grenier, comme ça m'est régulièrement arrivé ces dernières années.


Extrait du film Aventure à Paris de Marc Allegret. Ray Ventura et ses Collégiens interprètent Laissez-vous faire. Le film est sorti en novembre 1936, à peu près en même temps que La grève de l'orchestre.




03 août 2021

ÉMILE VACHER : Elle aime les nègres


Acquis sur le vide-grenier d'Orconte le 25 juillet 2021
Réf : 250.464 -- Édité par Odéon en France en 1933
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Elle aime les nègres -/- Mon beau mâle

On est en août et, j'ai vérifié, c'est le premier disque acheté sur un vide-grenier cette année que je chronique. Cette petite brocante de village familiale et sympathique n'était pas ma première de l'année, mais les fois précédentes, j'en suis reparti soit bredouille, soit sans rien de vraiment intéressant. Je ne risque pas de faire une sélection de Mes grandes trouvailles de chine cette année !
Là, l'antiquaire du coin, plutôt sympathique, qui avait quelques 33 tours sans intérêt, a essayé de me refiler pour pas cher son petit tas de 78 tours. Je me suis contenté d'en extraire deux disques, mais j'ai regretté qu'il ait réussi à vendre tout son lot de 45 tours à un précédent client.

Je connais Émile Vacher (1883-1969) de réputation, et notamment son importance dans le développement du musette, mais c'est bien sûr avant tout pour le titre de sa chanson principale que j'ai sélectionné ce disque.

L'hiver dernier, j'ai fait l'acquisition du CD Colonies de la collection Chansons Actualités de Promo Sound, paru en 2003. Le principe de cette collection est d'associer une collection thématique de chansons à des extraits d'actualités sonores de l'époque.
Pour vous donner une idée du contexte, voici l'un des bobinots d'actualité qu'on y entend :

Au vu de la sensibilité du sujet, les notes de pochette prennent leurs précautions et leur distance :
"Cette floraison de refrains exotiques a donné naissance à d'authentiques petits chefs-d’œuvre (...), mais aussi, il faut bien le reconnaître, à quelques rengaines dont le racisme et le mauvais goût, pour débonnaire qu'ils se voulussent, n'était pas absent."

On trouve sur cette compilation des titres comme La biguine de Dranem, Un petit négro de Michel Simon, Il s'appelait Bou-Dou-Ba-Da-Bouh de Félix Mayol ou Le grand voyage du pauvre nègre d’Édith Piaf. On n'y trouve pas Elle aime les nègres, mais cette chanson y aurait eu toute sa place, et bien sûr les pincettes à prendre avec ses paroles sont identiques :

"Elle aime les nègres, les gras, les maigres
D'vant les trapus aux ch'veux crépus j' n'existe plus
Elle devient folle, perd la boussole
Elle gaspille pour eux tout mon fric ce n'est pas chic
Dès qu'l'un s'avance, c'est d' la démence
Pour s'faire comprendre elle leur dit "Goodbye and cheerio"
Elle joue du torse, le prend de force
C'est idiot mais elle est dingo des négriots
"

Sur ce disque, "l'accordéoniste virtuose" Émile Vacher est accompagné par son orchestre musette et par son pianiste de prédilection Jean Peyronnin. Si on arrive à faire abstraction des paroles, on peut apprécier la partie instrumentale de ce titre et se rendre compte que, tant au niveau de l'interprétation que des arrangements et de la qualité technique, c'est carrément excellent, digne du meilleur du jazz Nouvelle-Orléans ou des biguines.

Sur la face B, Mon beau mâle est une valse (chantée par une femme...). Là encore, l'instrumentation, excellente, a bien mieux vieilli que les paroles.

Ce disque est "historique", mais pas d'une époque si ancienne que ça, puisqu'il est sorti l'année de naissance de mon propre père. Et malheureusement, les chansons racistes n'ont pas disparu avec les années 1930 ni avec les colonies. Dans le n° 333 de Mojo daté d'août 2021 Brown sugar des Rolling Stones (1969) est qualifiée de "racialised colonialist rape fantasy" (en 1995, Mick Jagger a indiqué qu'il "n'écrirait plus cette chanson maintenant").

Avant de vous quitter, je me dois de vous avertir solennellement : Elle aime les nègres est une chanson efficace qui reste bien en tête. Méfiez-vous, il y a un risque marqué après écoute de vous retrouver à la fredonner à voix haute dans des endroits publics !

A écouter :
Émile Vacher : Elle aime les nègres
Émile Vacher : Mon beau mâle


En 2019 est sortie la compilation double-CD 50 titres (dont 15 inédits) Émile Vacher, créateur de la valse musette et de la java.

20 juillet 2021

THE CHEERS : Black denim trousers and motorcycle boots


Acquis chez YMCA à Douvres le 2 mars 2020
Réf : CL.14377 -- Édité par Capitol en Angleterre en 1955
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Black denim trousers and motorcycle boots -/- Some night in Alaska

Ce disque fait partie du très beau lot de 78 tours que j'ai trouvé à Douvres lors de mon dernier séjour en date en Angleterre, début mars de l'an dernier, juste avant les fermetures de frontières. C'était l'un des rares titres que je connaissais de réputation et, si je ne l'ai pas chroniqué tout de suite, c'est parce que j'ai été déçu sur le coup quand j'ai sorti le disque de sa pochette et découvert qu'il était ébréché. Je ne peux donc pas écouter les premières secondes des deux faces.

Black denim trousers and motorcycle boots
est une chanson importante à plusieurs titres : c'est l'un des premiers très grands succès écrits par Jerry Leiber et Mike Stoller; c'est aussi la première d'une longue lignée de chansons sur les motards; et, adapté en L'homme à la moto, c'est aussi l'un des grands succès d'Edith Piaf.

On parle très rarement du groupe The Cheers à propos de cette chanson, sûrement parce qu'ils ne font "que" la chanter. Il était composé de Bert Convy, Sue Allen et Gil Garfield. Ils avaient déjà eu du succès avec (Bazoom) I Need Your Lovin' en 1954, le premier tube écrit par Leiber et Stoller, mais les autres singles sortis entre-temps s'étaient bien moins vendus.

Black denim trousers and motorcycle boots
est considérée comme l'un des premiers tubes de rock and roll par un groupe blanc. Rock and roll, les paroles le sont indubitablement, avec cette histoire tragique d'un motard, non pas en blouson mais en jean noirs et bottes, qui termine volatilisé sous les roues d'une locomotive. Deux ans après la film L'équipée sauvage avec Marlon Brando, quelques semaines avant l'accident de voiture de James Dean, cette chanson a littéralement contribué à créer un genre, qui a peut-être bien atteint son apogée avec Leader of the pack des Shangri-Las.
Mais côté musique, même si le rythme est endiablé, on est assez loin du rock and roll. D'ailleurs, l'une des inspirations évidentes de Leiber et Stoller, c'est un tube country & western de 1950 de Frankie Laine, The cry of the wild goose.
Et il y a une remarque que je me suis faite pour la première fois en préparant cette chronique. En fait, tout est outrancier dans cette chanson, les paroles et aussi la production musicale et les arrangements, avec les chœurs et effets sonores. Du coup, en repensant au fait que mon lot de 78 tours comportait surtout des pastiches et des parodies, comme les disques de Stan Freberg et Red Ingle, j'en viens à me dire qu'au départ cette chanson n'était peut-être pas à prendre entièrement au premier degré.

Pour ce qui est de L'homme à la moto, ce qu'il faut noter c'est que, pour une fois, l'adaptation des paroles en français par Jean Dréjac, et même l'arrangement musical, sont très fidèles à la version originale. Apparemment, c'est Piaf elle-même qui avait repéré la chanson lors d'une tournée aux États-Unis et qui a décidé de la reprendre.

La face B, Some night in Alaska, écrite par Mel Leven, est une chanson pop légère, où il s'agit de réussir à convaincre une fille de passer une soirée en Alaska, où les nuits durent six mois, histoire d'avoir le temps de faire sa conquête.


Édith Piaf, L'homme à la moto, à la télévision le 5 août 1956, après un court entretien avec Henri Spade. Au passage, par un raccourci dévastateur dans son annonce, elle fait de Jean Dréjac le seul auteur de la chanson.


Dans la série Ces chansons qui font l'été de France Info, la chronique de 2020 de Bertrand Dicale, "L’Homme à la moto" d’Édith Piaf ou la mort à deux roues.


Une belle couverture de partition pour Black denim trousers and motorcycle boots.

25 avril 2020

RED INGLE & THE NATURAL SEVEN : Cigareets, whuskey, and wild, wild women


Acquis chez YMCA à Douvres le 2 mars 2020
Réf : CL 13015 -- Édité par Capitol en Angleterre en 1948
Support : 78 tours 25 cm
Titres : RED INGLE & THE NATURAL SEVEN : Cigareets, whuskey, and wild, wild women -/- THE UNNATURAL SEVEN : Serutan yob (A song for backward girls and boys under 40)

Après le Stan Freberg et le Bonnie Lou, voici un troisième 78 tours choisi dans le très beau lot que j'ai acheté début mars à Douvres. Et une fois de plus la morosité ne sera pas de mise car, comme la majorité de ces disques, celui-ci est plein de bonne humeur et de bon humour.
Après avoir étudié la musique, Red Ingle, un multi-instrumentiste (violon, saxophone et clarinette s'il vous plaît !) assez bon pour avoir joué dans des concerts de musique classique dans les années 1920, a ensuite été membre pendant dix ans de l'orchestre de Ted Weems, avant de rejoindre les City Slickers de Spike Jones dans les années 1940. Il a quitté cet orchestre fin 1946 pour créer le sien et a signé chez Capitol avec ses Natural Seven.
En 1947, leur premier disque, Tim-tayshun, une parodie du grand succès Temptation de Perry Como, s'est vendu à trois millions d'exemplaires.
Cigareets, whuskey, and wild, wild women est sorti en 1948, et l'interdiction de le passer en radio aux États-Unis pour "immoralité" a en fait, comme souvent, dopé ses ventes.
La chanson a été écrite par Tim Spencer, des Sons of the Pioneers, mais je pense qu'elle a bien été créée par Red Ingle et que ce n'est ni une reprise ni une parodie.
Présentée sur l'étiquette de l'édition américaine comme de la "musique de chambre d'extérieur", pourtant exactement ce qu'il nous faudrait en ce moment, Cigareets, whuskey, and wild, wild women est une chanson pas du tout de saison. C'est le genre de chanson à boire qu'une foule entonne dans un saloon en fin de soirée, le verre levé, en se balançant tous de gauche à droit en se tenant par les coudes. On se demande si le grand-père du Captain Beefheart n'est pas de la partie, et je suis surpris que les Pogues n'aient pas mis cette chanson à leur répertoire. Elle figure en bonne place dans un court-métrage musical de 1948 avec Red Ingle et ses Natural Seven en vedette (en version basse qualité ci-dessous).
Il y a évidemment plein de reprises de cette chanson à boire. Je préfère celle de Peter Sellers avec les Muppets à celle, un peu trop propre et rétro, de Buck Owens et Buddy Alan en 1972.
En France, cette chanson est très connue sous le titre Cigarettes, whisky et p'tites pépées. Je pense que c'est Eddie Constantine qui a dû la créer en français, en 1957, près de dix ans après la version originale. Seul problème, sa version est toute molle. Ce n'est plus une chanson de fête, c'est plutôt celle d'un type qui cuve le lendemain avec la gueule de bois. La même année, Annie Cordy a eu du succès avec une version pas plus enlevée, d'atmosphère un peu jazzy.
Parmi les nombreuses autres versions, il y a eu, toujours en 1957, celles d'Edouard Duleu et de Michèle Montana, mais c'est bien Annie Cordy qui reste vraiment associée à cette chanson puisque, en 1958, elle a été la vedette d'un film policier de Maurice Regamey intitulé Cigarettes, whisky et p'tites pépées, dans lequel elle interprète à nouveau la chanson. Et cette version du film est un massacre...!
En face B de mon disque, on trouve Serutan yob. A la suite du titre, il est précisé "Une chanson pour les garçons et les filles à l'envers de moins de 40 ans". C'est parce que, si on remet les lettres à l'endroit, on retrouve le titre du très grand succès de 1948 de Nat King Cole, Nature boy, sur lequel Serutan Yob est basé. Mais là encore, il n'y a pas grand chose à voir entre la chanson pleine de cordes, calme et bucolique de Nat King Cole, et celle folk-country et un peu folle de Red Ingle, chantée par Karen Tedder, avec la participation de Enrohtwah, alias l'animateur de radio Jim Hawthorne. Pour l'occasion, le groupe a été rebaptisé The Unnatural Seven.
Deux excellents titres sur ce disque, donc, qui, autant que je sache, n'ont jamais été édités en France.
Red Ingle est mort en 1965 à 58 ans. L'excellent label allemand Bear Family a publié une compilation assez complète de ses oeuvres, Tim-Tayshum (Temptation).


Red Ingle & the Natural Seven, Cigareets, whuskey, and wild, wild Women. Ci-dessous, en deux parties, le petit film complet dont cette vidéo est extraite.





Peter Sellers et les Muppets reprennent Cigareets, whuskey, and wild, wild women.






Une partition anglaise d'époque.