14 avril 2019

BERNARD LAVILLIERS : Traffic


Acquis sur le vide-grenier d'Issancourt et Rumel le 15 septembre 2018
Réf : 62679 -- Édité par Barclay en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Traffic -/- Sertaô

Il y a deux semaines, sur mon premier vide-grenier de village de l'année, j'ai acheté, pour 50 centimes et pour offrir à ma sœur, un double-CD de Bernard Lavilliers, Escale au Grand Rex. Je n'ai pas eu la curiosité de l'écouter, mais simplement d'avoir aperçu au dos du disque la mention du titre Traffic a fait que, pendant une semaine entière, je me suis retrouvé à chanter tout seul des paroles que je connais encore quasiment par cœur après presque 40 ans : "Lentement je vois cet univers-là glisser vers le froid, le compte à rebours dans l'air nucléaire, les derniers rebelles brûlent sous les lasers du manque d'amour. Que veux-tu que je sois dans cette société-là ? Un ange ou un cobra, un tueur ou un rat ? Où veux-tu que je vive dans la radioactive ? Comment veux-tu que je meure d'un bel accord mineur ? Je t'aime encore.".
Il faut dire que c'est avec l'album O Gringo, sur lequel on trouve Traffic, qu'a commencé et terminé ma période Lavilliers, et c'est en souvenir de cette période que j'ai fini par m'offrir ce 45 tours l'an dernier lors d'une virée dans les Ardennes, dans un village où j'avais également trouvé l'un des deux mini-33 tours compilés sur mon album des Ensembles Kante Facelli et Keita Fodeba.
Avec Higelin et Thiéfaine, Lavilliers faisait partie de ces artistes découverts en grandissant qui étaient non pas tout nouveaux, comme ceux de la New Wave, mais avec déjà un passé et des recommandations par des copains plus âgés, qui avaient certains de ses disques des années 1970.
Je n'ai jamais acheté O Gringo, mais c'est un disque que je connais bien et qui est arrivé au parfait moment pour moi. J'ai dû l'emprunter à un copain, cet album double avec un 33 tours et un maxi-tours, et je suis à peu près sûr que je me l'étais copié sur une cassette. Ce sont surtout les deux titres du maxi qui me plaisaient et qu'on passait dans nos soirées : Traffic et Stand the ghetto, le reggae enregistré à Kingston. Sur le 33 tours, j'ai été marqué par Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, dont j'avais aussi appris les paroles par cœur. C'est avec cette version que j'ai découvert ce poème d'Aragon mis en musique par Léo Ferré et c'est toujours resté ma préférée.
C'est précisément au moment de la sortie d'O Gringo, le 28 février 1980, que j'ai eu l'occasion, pour ce qui était encore l'un de mes tous premiers concerts, d'aller à Reims avec des copains le voir dans l'encore toute neuve Maison des Sports, pas encore nommée Salle René Tys.


J'apprécie toujours autant d'écouter Traffic aujourd'hui. L'accroche avec quelques notes de synthé a un son qui n'a pas mal vieilli, il y a un gros son de basse, le saxo est bien dosé, le chant est excellent et l'ensemble est très énergique. J'ai du mal par contre à regarder certains passages télé que j'ai visionnés pour la première fois pour préparer cette chronique, surtout celui de 1980 avec le groupe et Lavilliers qui court dans tous les sens, et celui de 1984 à Champs Elysées avec les danseurs. Par contre, j'ai trouvé très réussie la version apaisée de Traffic de 2014, parue sur l'album Lavilliers acoustique, un disque produit et arrangé par Romain Humeau d'Eiffel.
En face B du 45 tours, on trouve Sertaô, un autre titre de l'album et une autre bonne chanson, avec une longue première partie parlée. Je n'avais jamais entendu parler du Sertão avant d'écouter cette chanson, et je me souviens que, dans les entretiens dans la presse, Lavilliers expliquait que c'était l'une des régions les plus pauvres du Brésil. A un moment dans la chanson on reconnaît des rythmes et des mélodies proches de ceux qui ont inspiré Fabulous Trobadors.
A peine passée la sortie d'O Gringo, il y avait suffisamment de sorties qui me passionnaient et drainaient mon porte-monnaie pour que je continue de suivre Lavilliers. Mais je me souviens quelques années plus tard d'être entré dans la cuisine chez ma grand-mère. Comme d'habitude, le  transistor était réglé sur RTL et j'ai entendu une très belle chanson. C'était Idées noires, le duo de Lavilliers et Nicoletta. Il faudra que je pense à prendre le 45 tours, la prochaine fois que je le verrai à 50 centimes.


Bernard Lavilliers, Traffic, un playback minimal en avril 1980.


Bernard Lavilliers, Traffic, un playback plus agité avec le groupe, en 1980.


Bernard Lavilliers, Traffic, en direct dans l'émission Champs Elysées le 3 novembre 1984.


Bernard Lavilliers, Traffic, une version apaisée en public la salle Pleyel à Paris le 7 octobre 2016.

07 avril 2019

SANFORD CLARK : Shades


Acquis par correspondance via Amazon en mars 2019
Réf : BCD 15731 -- Édité par Bear Family en Allemagne en 1993
Support : CD 12 cm
27 titres

J'avais téléchargé il y a quelques années une compilation de Sanford Clark. Il y a quelques semaines, j'ai récupéré chez Uncle Gil son album de 1968 They call me country, publié uniquement en Angleterre. Je l'ai écouté et apprécié, j'en ai mis des extraits dans mes compilations Désordre musical de Vivonzeureux! et j'ai fini par me dire que ce serait bien de me procurer ce disque. Je n'ai pas trouvé de réédition CD en tant que telle de l'album mais j'ai fini par repérer cette compilation publiée par l'excellent label allemand Bear Family, qui comprend l'intégralité de l'album de 1968, plus une quinzaine de titres enregistrés entre 1960 et 1982. Bear Family a publié une autre compilation de Sanford Clark, The fool, qui couvre la première partie de sa carrière.
Cette carrière, s'il y a un seul nom à lui associer c'est celui de Lee Hazlewood. En mars 1956, un Sanford Clark très nerveux a enregistré à Phoenix dans le studio de Floyd Ramsey, sous la houlette de l'auteur de la chanson Lee Hazlewood, avec à la guitare son ami d'enfance Al Casey, une chanson intitulée The fool qui a eu un énorme succès. Cette chanson a lancé la carrière d'Hazlewood (dans un entretien très intéressant de 1999 avec Christian Fevret pour Les Inrockuptibles, il expliquait : "J'ai investi 190 dollars dans un disque : j'avais écrit et produit la chanson (The Fool, 1956). La seule chose que je n'ai pas faite, c'est la chanter : j'ai laissé ça à un type nommé Sanford Clark. On l'a pressé et on l'a envoyé à deux ou trois cents radios. Plusieurs grandes stations ont commencé à la passer. Et elle a grimpé jusqu'à la septième place des charts. On a vendu le master à une autre maison de disques, parce qu'on ne pouvait pas fournir ! En une semaine, on nous en a commandé deux cent mille ! C'était un disque bizarre, du vieux rockabilly avec un texte genre anglais ancien.").
Hazlewood a continué à soutenir Clark, qui a régulièrement enregistré d'excellents disques par la suite, dont aucun n'a renouvelé le succès du premier. Après 1964, Hazlewood était très pris par son immense succès en tant que compositeur, chanteur et producteur et il s'est éloigné pendant quelques temps de Clark après l'échec de leur version de Houston, dont Lee fera un tube l'année suivante avec Dean Martin.
Sanford Clark, lui, n'est pas retourné à Houston mais à Phoenix, dans le studio et sur le label Ramco de Floyd Ramsey, où il a publié cinq singles entre 1966 et 1968. Aucun n'a eu vraiment eu d'écho, tant et si bien qu'il n'y a pas eu d'album édité aux États-Unis alors qu'il y avait assez de titres pour en remplir un.
Et quels titres ! Pas un des treize morceaux de cette époque qu'on trouve sur Shades n'est moins que très bon. Et les meilleurs sont excellents, à commencer par une version de The fool remise au goût du jour par Waylon Jennings en tant que producteur et guitariste de la session, avec ajout de guitare saturée. Il y a aussi deux titres de Lee Hazlewood : Shades (une chanson typique de son style, enregistrée par toute la bande : Lee Hazlewood, Nancy Sinatra et Dean Martin !) et surtout le tour de force qu'est (They call me) Country. Celle-ci, produite par Donnie Owens, qui travaillait régulièrement avec Hazlewood, je crois que Clark a été le premier à l'enregistrer. Toute la chanson repose sur les deux sens possibles donnés à "country" : la campagne et la musique country. L'humour à froid d'Hazlewood fonctionne à fond et musicalement c'est parfait :
"I only get my hair cut once a year and they call me country
If I done a day's work it ain't around here and they call me country
I just sit around with my old guitar, I know some day I'm gonna be a star and they call me country
And all I can play is Dang dang dang dang dang".
Il y a aussi une reprise de It's nothing to me, où un petit jeune n'écoute pas les conseils d'un gars dans un bar et fricote avec la nana d'un caïd. Évidemment, le jeunot ne finit pas la chanson vivant... Je n'ai pas été très surpris d'apprendre que Pat Patterson, qui a signé la chanson, est en fait Leon Payne, l'auteur de la chanson Psycho reprise par Elvis Costello. Là aussi, il y a une guitare saturée en arrière pendant toute la chanson et c'est très réussi.
Outre les titres de 1967-1968, le CD s'ouvre avec trois perles produites par Lee Hazlewood le 17 mars 1960. Il y a Better go home (Throw that blade away) (encore une histoire de gros dur), sorti en 45 tours sous le titre Go on home, et sa face B Pledging my love, une ballade. Il y a surtout un titre resté inédit que Sanford Clark avait complètement oublié et qui doit être la toute première version de The girl on death row, une chanson que j'ai découverte grâce à sa reprise par T. Tex Edwards. Le même enregistrement, plus ou moins, avec des cordes en plus et la voix de Lee Hazlewood, a été publié quelques mois plus tard sur un disque de Duane Eddy. La version sans cordes de Clark est plus glaçante et n'est disponible que sur ce CD.
Après l'échec des titres de 1968, Sanford Clark est retourné à Los Angeles pour enregistrer pour Lee Hazlewood Industries trois 45 tours et son unique album américain, Return of the fool, mais visiblement les conditions d'enregistrement n'ont pas été satisfaisantes pour Clark.
Il a ensuite interrompu son activité musicale professionnelle et a fait carrière dans le bâtiment, mais il est régulièrement revenu à la musique. On trouve sur le CD deux démos de 1973, plutôt folky, et neuf titres d'une session précédemment inédite de 1982, produite par Hazlewood et arrangée par Al Casey, dont le principal défaut, qu'on note dès les premières notes de synthé de Oh Julie, une reprise de Shakin' Stevens, est d'avoir le son de l'époque. Il y a aussi une reprise sans grand intérêt de I'm movin' on de Hank Snow. Pas grand chose à sauver dans le lot, si ce n'est Kung Fu U, une chanson rigolote écrite par Joe Nixon, un D.J. de L.A., dans la veine du One piece at a time de Johnny Cash. Elle avait été enregistrée en 1977 par Lee Hazlewood sur son album Movin' on en 1977. Là encore, je crois que je préfère la version de Sanford Clark.
Sanford Clark a aujourd'hui 83 ans. Au fil des années, il a fait des concerts et même enregistré de nouveaux disques, mais j'imagine que, ces temps-ci, il est pour de bon en retraite.

Shades et The fool sont toujours en vente sur le site de Bear Family, avec la possibilité d'écouter des extraits de tous les titres.


31 mars 2019

LONDON POSSE : Like the other half do


Acquis au Record and Tape Exchange de Pembridge Road à Londres au début des années 1990
Réf : MNGS 735 / 876 650-7 -- Édité par Mango / Island en Angleterre en 1990
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Like the other half do -/- Like the other half do (Instrumental)

L'autre jour, j'ai regardé, 100 streets, un film avec  notamment Idris Elba de la série Luther. A un moment, une chanson qu'on entend dans une scène m'a vraiment attiré l'oreille, alors j'ai cherché des informations sur la bande originale du film et assez vite j'ai pu déterminer que la chanson en question était Live up par un certain Rodney P :



La chanson m'a vraiment plu. Je l'ai récupérée et je l'ai incluse dans ma dernière compilation en date, M'avez-vous toujours dit vrai ? (une excellente sélection, je vous invite à y jeter une oreille curieuse).
J'ai cherché à en savoir un peu plus sur ce Rodney P et j'ai appris qu'il était l'un des membres les plus importants de London Posse, un groupe influent des débuts de la scène rap anglaise, formé en 1987, qui a notamment tourné avec Big Audio Dynamite.
J'avais à peine lu ça que j'étais le nez dans mes caisses de 45 tours pour en ressortir ce disque, acheté  pour 30 pence dans la cave d'un des Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate dans les mois ou années qui ont suivi la sortie du disque.
J'ai réécouté cette chanson, Like the other half do et elle aussi elle m'a beaucoup plu. C'est gai, c'est sautillant et ça délivre un message tout simple, mais tout à fait compréhensible et vieux comme le monde : "Tout ce que je veux vraiment, c'est vivre comme l'autre moitié vit ". Je n'ai pas saisi toutes les paroles, mais je suppose que l'autre moitié c'est les riches, ou les blancs, en tout cas tous ceux qui sont du bon côté de la barrière.



J'ai l'impression que j'apprécie mieux cette chanson maintenant qu'à l'époque de sa sortie. En l'écoutant, la première pensée qui m'est venue c'est que, en près d'un quart de siècle entre ce titre et Live up, Rodney P est resté très fidèle à la formule musicale élaborée à ses débuts.
On classe London Posse dans le hip hop, mais c'est tout autant un groupe de reggae à mon sens. Sauf qu'au lieu de jouer ce reggae, ils l'échantillonnent depuis leur collection de disques. Je n'ai pas moi-même les connaissances pour retrouver les sources, mais en furetant en ligne j'ai repéré le signalement de deux de ces échantillons : les premières notes viennent de Jah Jah dreader than dread de Linval Thompson tandis que le riddim, un grand classique apparemment, c'est Heptones gonna fight.
Il y avait quand même quelque chose dans l'air vers les années 1989-1991 et ce n'est sûrement pas un hasard si j'en suis venu à cette époque à élaborer le concept de hip-pop optimiste pour mon émission Vivonzeureux! (en attendant la mort...). De Stereo MC's à Subsonic 2, de De La Soul à Urban Dance Squad ou de Definition of Sound à Me Phi Me, ils étaient vraiment nombreux à concocter ces cocktails rythmés et joyeux. Une folle créativité facilitée par le fait que ces artistes pouvaient encore se livrer à des collages sonores à partir de disques existants sans risquer de se voir demander par les avocats des artistes originaux des millions pour l'utilisation de quelques secondes d'un enregistrement.
Ce 45 tours était en fait la deuxième sortie pour Live like the opther half do, un an après la première sortie, en maxi avec un autre titre en face B. J'imagine que cette nouvelle édition accompagnait la publication de l'unique album de London Posse, Gangster chronicles. Je n'ai jamais eu cet album, mais je reconnais sa pochette, sûrement parce qu'on l'avait reçu à Radio Primitive. J'ai donc dû avoir l'occasion de l'écouter à l'époque, et j'en ai sûrement passé un ou deux extraits à l'antenne.
Tru-thoughts a réédité Gangster chronicles en 2013. Pour l'heure, ils n'en vendent plus que la version numérique, avec de nombreux bonus, mais l'édition en double CD se trouve encore facilement à un prix correct.

23 mars 2019

CORNU : Des roses remixed by Kid Loco


Acquis chez Parallèles à Paris le 6 juin 2013
Réf : REF 9610 -- Édité par Island en France en 2001 -- Disque promotionnel interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Des roses (Kid Loco remix) -- Des roses (Kid Loco remix edit) -- Des roses (Album version)

J'avais fait une bonne pioche ce jour-là chez Parallèles et Gilda, puisque j'en étais reparti avec 28 disques, dont celui-ci, le Maïa Vidal et le Vandaveer. Pas mal.
Je regrette de ne pas avoir ressorti ce disque de mes étagères au moment où je préparais mon livre Vente interdite (disponible gratuitement en téléchargement). Il y aurait eu parfaitement sa place puisque c'est un bel objet, hors commerce, avec un remix qui n'a jamais été disponible à la vente. J'aurais donc même pu inclure le premier titre de ce CD dans ma compilation Raffut de vente. C'est vraiment dommage, d'autant que je ne prévois pas pour l'instant de réédition augmentée et mise à jour de ce livre...
J'ai vu et apprécié la prestation du groupe Forguette Mi Note le 20 avril 1994 à Bourges dans le cadre des Découvertes du Réseau Printemps mais, par la suite, je n'ai suivi que d'assez loin le parcours de ce groupe, puis après sa séparation ceux de Claire Diterzi d'une part et de Julie Bonnie d'autre part, avec Cornu puis en solo. J'aimais beaucoup le logo en ours de Cornu et leurs pochettes colorées, j'ai écouté et même diffusé sur Radio Primitive certains de leurs titres, mais ce n'est qu'assez récemment, par exemple, que je me suis procuré leur premier album.
Ce maxi CD est un bel objet, très travaillé. la pochette s'ouvre en quatre volets qui forment une croix, avec d'un côté le recto de pochette, les paroles et d'autres infos, et de l'autre la photo d'un arbre :



Ça a dû coûter assez cher à concevoir et à fabriquer et, quand je vois des objets promotionnels de ce style, ma première réaction est toujours de me souvenir que, au bout du compte, les sommes d'argent ainsi investies sont imputées au groupe, pas à son label.
L'objet principal de ce disque est de présenter le remix par Kid Loco de Des roses, un titre tiré de A 3, le deuxième album de Cornu, paru en 2000.
Ce n'était pas la première collaboration entre Kid Loco et Cornu : l'ex-Kid Bravo de Mega Reefer Scratch avait déjà eu l'occasion de remixer au moins quatre titres du premier album de Cornu, dont trois ont été réunis sur un maxi-45 tours, naturellement intitulé Cornu remixed by Kid Loco.
Le remix de Des roses par Kid Loco, qui ouvre le disque et par lequel j'ai découvert cette chanson, est réussi. On y retrouve ses ingrédients habituels, une bonne ligne de basse, des échantillons de dialogue en anglais et des percussions discrètes. Le texte est très bien également. Les roses y ont des épines, mais, elles servent à protéger des poseurs à la langue acérée :
"Nous pourrions être doux, pas devenir comme toi, être gentils et simples, être naïfs et droits. Les roses nous défendraient des gens comme toi. Des roses tout autour de nous, jolies avec des épines. Des roses qui nous protègent, qui piquent les langues malignes."
Quand on écoute la version de l'album de Des roses, on saisit encore mieux bien la portée du travail de remixeur de Kid Loco. Il y a de la basse et de la batterie, mais ce sont les musiciens du groupe qui jouent, pas des échantillons, et la ligne de basse est donc différente. On retrouve aussi le violon de Julie Bonnie, qu'on n'entendait pas dans le remix.
C'est toujours comme ça avec les remixes de bonnes chansons : même si je les apprécie, comme c'est le cas ici, au bout du compte la chanson originale se suffit à elle-même. Je n'aurais pas été en mesure de faire ce type de comparaison à l'époque de la sortie du disque mais, dans sa version originale, Des roses me fait penser, en moins barré, aux chansons d'Areski et Brigitte Fontaine à la fin des années 1970.
En plus de ce CD, Island a aussi sorti à des fins promotionnelles un maxi-33 tours de Des roses qui, outre le remix qu'on trouve sur ce CD, contient des versions instrumentale et a cappella de la chanson.
Malgré tout ce travail de promotion en 2001, l'année suivant celle de la sortie de A 3, ce disque n'a jamais été commercialisé. J'imagine que c'est sûrement parce que c'est à ce moment que Cornu a dû se séparer. Le groupe n'a jamais rien sorti de plus et, cette même année 2001, Julie Bonnie a sorti son premier album solo, toujours chez Island. Un album, Julie B. Bonnie, dont deux des titres sont réalisés par Kid Loco. Et les deux ont continué à collaborer, puisque Kid Loco a produit en 2011 l'album suivant, On est tous un jour de l'air. Et apparemment il a également participé en 2013 à l'enregistrement du troisième album, Bonne femme.
C'est le dernier album en date, mais Julie Bonnie n'est pas pour autant inactive, loin de là. Elle a publié plusieurs livres, dont Chambre 2, qui va être adapté au théâtre et au cinéma, et Barbara, roman.
Rien qu'en cette année 2019, elle a publié en février un livre-disque, Lalala est là, illustré par  Robin Feix (de Louise Attaque) et accompagné d'un CD de ses chansons interprétées avec Stan Grimbert. 10 chansons pour 35 minutes, un album, quoi !
Ce mois-ci, elle a publié L'internat de l'Île aux Cigales chez Albin Michel Jeunesse et on annonce pour le mois de mai la parution de C'est toi, Maman, sur la photo ? est annoncée chez Globe. Impressionnant.

A écouter :
Cornu : Des roses (Kid Loco remix)

17 mars 2019

BWA BANDÉ : Radikal


Acquis chez Cash Express à Cormontreuil le 12 février 2019
Réf : 506822 -- Édité par Déclic Communication en France en 1998
Support : CD 12 cm
13 titres

De temps en temps, je passe dans les dépôts-vente au nom souvent en Cash pour faire le tour des CD à 1 ou 2 €. C'est l'occasion de faire quelques emplettes et même quelques bonnes découvertes, mais je me doute bien que ça ne durera plus très longtemps. Il est clair que les rayons de CD dans ces commerces sont sur la pente descendante, de plus en plus petits, avec des prix qui baissent et le fonds de base qui est souvent bradé et ne sera sûrement jamais renouvelé. Et à côté de ça, on voit réapparaître des bacs de 33 tours absolument sans intérêt à plus de 5 €...
Ce jour-là, je suis reparti de Cash Express avec une poignée de disques, dont un de Jean-Claude sans ses Wachi-Wala et un de Callas Nikoff.
Celui-ci, je l'ai choisi à cause du nom du groupe et des titres en créole et parce qu'il était clair au vu des logos apposés au verso qu'il s'agissait de musique de la Guadeloupe.
Vu la date de parution du disque, il y a une vingtaine d'années, je craignais qu'il ait un son mal modernisé, avec synthés et boite à rythmes. Heureusement, ce n'est pas la cas, même si les quelques interventions de synthé sur l'album ont du mal à bien s'intégrer au reste de la musique, qui est à base de percussions, avec chants, guitares, cuivres, flûte et sifflets. C'est ce qu'on entend dès le titre d'ouverture, qui reprend le nom du groupe, Bwa bandé.
Sur son site, Bwa Bandé explique que le groupe s'appuie sur deux aspects de la musique traditionnelle guadeloupéenne. Le Gwoka d'une part, musique de réunion de familles, fêtes et cérémonies où se déroulent souvent des concours de virtuosité entre les "frappeurs de peaux" et aussi entre danseurs et danseuses. Et d'autre part le Mas à St-Jan, musique de rue et de défoulement total jouée par des groupes défilant à pied pendant la période du carnaval. Elle a été mise au point par "Monsieur Saint-Jean" d'où son appellation.
C'est donc une musique de rythme, de danse, avec des chants en appel et réponse, mais ce qui m'a agréablement surpris et conquis à l'écoute de Radikal, c'est que, même si la base de la musique est traditionnelle, les différents auteurs-compositeurs du groupe (Rodrigue Théophile, William Geneviève, Henri Louis et Lucien Barboux) ont composé d'excellentes chansons originales. Outre Bwa bandé, j'aime particulièrement Move vi et Tou piti, où il est question des répondé (chanteurs qui font les chœurs) et des tanbouyé (joueurs de tambour). Il y a beaucoup de groupes qui s'inspirent de musique traditionnelle à tambour et chants en appel et réponse. Tou piti m'a particulièrement fait penser aux Fabulous Trobadors.
Mon titre préféré du disque, c'est Fre d'Afrik, où il me semble qu'il est question des rapports entre africains et caribéens. Une grande chanson.
Radikal est le deuxième album de Bwa Bandé. Auparavant, il y avait eu en 1996 Mi-St Jan/Mi-ka. Ont suivi trois autres disques, Hirochi ka (2000), Mas' é ka (2006) et Apoka (2010). Il y a aussi au moins un album solo d'un membre du groupe, Bitin la bandé ! (2007) par Théo-K, alias Rodrigue Théophile.
En suivant les liens sur les titres des albums ci-dessus, on pouvait les écouter chez Antilles-Mizik. Ça doit encore être possible, mais à condition d'avoir un navigateur qui accepte de faire fonctionner les applications en Flash.
Je n'ai trouvé aucun extrait du disque en ligne par ailleurs, c'est pourquoi je vous propose deux MP3 ci-dessous.
Bwa Bandé n'a pas sorti de disque depuis 2010, mais le collectif, qui est basé en Île de France, est toujours actif (il s'est encore produit le 9 février dernier pour les 20 ans du mouvement culturel Mas Ka Klé) et on peut suivre ses activités sur sa page Facebook ou sur celle de Théo-Ka.

A écouter :
Bwa Bandé : Fre d'Afrik
Bwa Bandé : Tou piti

11 mars 2019

දස්කොන් (DASKON)


Acquis chez Emmaüs à Reims le 22 février 2019
Réf : SLBC/005/7 -- Édité par Sri Lanka Broadcasting Corporation au Sri Lanka en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Neela Wickremasinghe : Daskon -- Sanath Nandasiri : Geetha -/- Amara Ranatunge & Pulasti Indaka Ranatunge : Senpathi -- Victor Ratnayake : Sasara serisarana thuru

Je passe à l'Emmaüs de Reims tous les deux-trois mois. Ça laisse au stock le temps de se renouveler et j'en repars généralement avec un petit paquet de disques, d'autant qu'il reste dans cette communauté un vrai rayon de 45 et 33 tours.
Ce jour-là, j'ai notamment trouvé un exemplaire de La guitare en 10 leçons, complet avec son livret illustré par Claire Brétécher, dont j'avais oublié jusqu'à l'existence, et avec ce 45 tours produit par la société publique de l'audiovisuel du Sri Lanka.
Pendant longtemps, je ne m'intéressais pas à ce genre de disques, mais depuis plusieurs années j'ai fait de belles découvertes avec des productions de ce genre, y compris celles qui, du simple fait de l'utilisation d'un alphabet différent de celui du latin, ont le pouvoir fort de me transformer instantanément et littéralement en analphabète. Il y a eu par exemple Yemenit songs, Chhun-Vanna & Im-Song-Soeum ou Farouk Salama.
Là, il s'agit d'une production officielle, qui présente certainement la crème de la crème de la musique srilankaise de l'époque. Cela se reflète dans le parcours des artistes sélectionnés ces quarante et quelques dernières années : Neela Wickramasinghe avait été sélectionnée dès 1973 par la Sri Lanka Broadcasting Corporation comme artiste émérite. Elle a ensuite étudié en Inde avant d'enseigner la musique. Sanath Nandasiri est un musicien classique et un universitaire. Il est actuellement Chancelier de l'Université des Arts visuels et du Spectacle du Sri Lanka. Amara Ranatunge, la seule des quatre interprètes à être décédée, l'an dernier à 79 ans, était considérée comme la première à avoir enseigné la musique srilankaise. Quant à Victor Ratnayake, c'est peut-être la première "star" musicale du Sri Lanka : il a été le premier à donner un concert sous son nom seul, le spectacle SA, en 1973. Il a un site officiel et on peut écouter et télécharger un bon nombre de ses titres sur Free Music Archive.
Chacune des quatre chansons a un auteur différent pour les paroles et un compositeur pour la musique, et je suis bien sûr que ce sont tous également des pointures. 
Daskon est une chanson assez lente dans un style et des arrangements que l'on s'attend à entendre pour une production de cette région. Elle raconte l'histoire au 18e siècle de la romance tragique entre la reine Pramila, épouse du roi Vira Parackrama Narendrasinghe, et Daskon, alias Pedro Gascon, fils d'un marin français et Premier Ministre du Roi (Pour en savoir plus, lire la traduction de la chronique de My World & Beyond World et le récit en anglais de The Island Online, qui avance que les raisons de la mort de Daskon étaient plus politiques que ne le laisse penser la mythique histoire d'amour).
La pochette du disque représente Pramila et Daskon. D'avoir découvert les origines de Daskon m'a permis de comprendre pourquoi l'homme est visiblement habillé à l'européenne. Cette histoire a servi de trame à une série télévisée historique, Daskon, diffusée en 2014-2015.
Pour Geetha, l'instrumentation est très dépouillée et plus surprenante, avec des chœurs murmurés et une ambiance très zen. Je parierais que c'est une chanson d'amour. Une très belle chanson d'amour ! 
Senpathi, sur un rythme plus enlevé, est un duo entre Amara Ranatunge et une enfant, sûrement sa fille.
Pour Sasara serisarana thuru, on retrouve des tablas et un rythme assez lent. C'est une belle chanson, avec des ponctuations de cordes mais au bout du compte elle n'est pas si éloignée que ça d'une chanson française.
Une belle découverte, donc, et j'espère que mes bonnes pioches de disques me permettront encore longtemps de voyager écologiquement dans le monde et dans le temps.

A écouter :
Neela Wickremasinghe : Daskon
Amara Ranatunge & Pulasti Indaka Ranatunge : Senpathi

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