18 mai 2013

JULIAN COPE : The greatness and perfection of love


Acquis neuf à Londres peut-être chez Our Price en 1984
Réf : MERX 155 -- Edité par Mercury en Angleterre en 1984
Support : 45 tours 30 cm
Titres : The greatness and perfection of love (Remixed version) -- 24a Velocity Crescent (Debut appearance of this song) -/- Pussyface (Unique to this disc)

(Ceci est le 995ème billet de Blogonzeureux! Le premier, Sixteen tons '65 de Tennessee Ernie Ford, a été publié le 29 octobre 2005.
Pour arriver à la marque symbolique des 1000, les cinq prochains billets constitueront une série spéciale qui s'efforcera d'être à l'image du désordre musical qui a précédé et associera curiosités  plus ou  moins rares et raretés plus ou moins bizarres).

Autant je me souviens de pas mal de promotion et de presse pour la sortie de Sunshine playroom, le tout premier disque solo de Julian Cope, autant j'ai l'impression que la parution de The greatness and perfection of love est passée à peu près inaperçue. Ce deuxième extrait de World shut your mouth, sorti en même temps que l'album, s'est aussi peu vendu que lui. Il servait aussi de promotion à une tournée "mondiale" de douze dates, listées au dos de la pochette, qui reflète bien l'état de la carrière de Cope à ce moment-là, puisque le monde se réduit à l'Angleterre et l'Ecosse !
J'ai acheté ce disque peu de temps après sa sortie, neuf mais déjà soldé, probablement dans un Our Price de la banlieue de Londres.
L'illustration au centre de la pochette correspond, à l'échelle 1, à la pochette du 45 tours. Ce que je ne savais pas à l'époque, c'est que les fonds colorés choisis pour agrandir la pochette à la taille maxi ainsi que la maquette sont repiqués d'un modèle de pochette utilisé par Columbia pour ses 45 tours anglais au début des années 1960 :



Si ce maxi ne contient pas une série de faces B inédites aussi impressionnante que Sunshine playroom,  on a quand même ici un disque d'excellente tenue.
Une bonne première version avec boite à rythmes et orgue de The greatness and perfection of love avait été enregistrée en session pour John Peel dès le 5 février 1983 (incluse en 1993 sur la compilation Floored genius 2). Celle-ci est un remix plutôt réussi de la version de l'album. Avec ses "Bye bye bye bye bye" et sa mélodie, cette chanson est un bijou pop du niveau de ceux que Cope avait produits pendant trois ans pour Teardrop Explodes. Ce qui m'a toujours marqué dans cette chanson, c'est que, contrairement à ce que le titre indique, Cope chante en fait "The greatest impefection is love love love".
En face B, Pussyface est un autre titre de l'album, lui aussi remixé, et là ça sonne un peu plus comme un remix de club, même si ce n'est pas une chanson rapide. Le jeu de basse de Ronnie Francois ici a tendance à me faire penser à  Barry Adamson de Magazine. Cette chanson avait été enregistrée sous le titre Sex en 1982 par The Teardrop Explodes pour son troisième album, un disque qui est finalement sorti en 1990 sous le titre Everybody wants to shag....
Comme indiqué sur l'étiquette, le troisième titre, 24a Velocity Crescent et lui "unique à ce disque" (sauf que depuis il a aussi été inclus dans Floored genius 2).
Il a été enregistré en session le 5 janvier 1984 pour l'émission de radio de David Jensen et il est bien barré, autant voire plus que les faces B de Sunshine playroom. Il y a une base instrumentale assez frénétique, peut-être influencée par le goût de Cope pour le krautrock, et, dans les respirations, Cope balance de mystérieuses imprécations dignes de Magma ou du Rabbi Joseph Gordan.  On saisit des titres comme In-a-gadda-da-vida, When the music's over ou White rabbit, et à la fin vient une explication : "Rock 'n' roll, that's where I'm coming from".
Primal Scream, grands fans de musique s'il en est, on sait aussi d'où ils viennent, et j'ai toujours pensé que les titres de leur deuxième single, Crystal crescent et Velocity girl, ne pouvaient que constituer une référence croisée à l'allumé de Tamworth.



12 mai 2013

LES GAËLIC : Gardez les cheveux longs


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2013
Réf : FX 1504 M -- Edité par Festival en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Gardez les cheveux longs (Baby, let your hair down) -- Sortez sans moi ce soir (What can I do today) -/- Quand t'as besoin d'un ami (You're gonna need somebody) -- C'est pas normal (You stole my love)

Je suis allé assez tôt à la broc de Mareuil cette année, mais ce fut un périple assez tristounet, météo comprise. En fait, j'ai bien failli revenir bredouille, sauf qu'il y avait le long du canal, posée sur une table, une boite à chaussures contenant une vingtaine de 45 tours en bon état, à 1 €. Rien d'exceptionnel, pas mieux qu'un Françoise Hardy en bon état, sauf ce disque, que j'ai sorti après avoir vu le nom Les Gaëlic en me demandant s'il s'agissait de folklore breton ou d'autre chose. Une fois vu le premier titre, Gardez les cheveux longs, il n'était même plus nécessaire de lire le texte au dos de la pochette pour savoir que ça valait le coup d'investir.
Si on m'avait demandé, j'aurais affirmé sans hésiter que je n'avais absolument jamais entendu parler des Gaëlic. Sauf que, grâce à l'illustration d'une vidéo sur Youtube, je me suis rendu compte que j'avais le premier titre depuis une bonne vingtaine d'années sur Infernal world, une compilation de Wild R'n'B et Beat sortie par Martian Records.
Eh oui, car il se trouve que cet unique disque de ce groupe rennais, présenté à l'époque comme jouant du rhythm and blues, est désormais recherché par les fans du son garage. A les voir en photos, je m'attendais plutôt à du folk-rock, et on est plus proche de ça, même s'il y a des titres électriques, que du freakbeat. Si ce disque est "garage", c'est du garage bien rangé, bien propre sur lui et pas graisseux, même si les cheveux des musiciens leur tombent sur la nuque : on a  sûrement affaire à des émules de Ronnie Bird.
Mais il faut remettre les choses dans leur contexte. En 1966, Antoine venait certes de rencontrer le grand succès, mais un groupe de province suffisamment dans le coup pour reprendre et adapter lui-même en français quatre (relatifs) succès anglo-saxons, ça ne devait quand même pas courir les rues.
Ces titres sont, dans l'ordre, Baby, let your hair down, créé par Tommy Hart en 1965, mais qui a aussi été un succès pour Graeme Chapman en 1966 (sur le label australien Festival, je ne sais pas s'il y a un lien avec ce label français) ; What can I do today, un titre des Swinging Blue Jeans de 1966 ; You're gonna need somebody, de Dave Berry (1964) et You stole my love, écrit par Graham Gouldman, créé par The Mockingbirds mais qui a aussi été repris en Australie.
En version gauloise, ça donne des résultats variés, plutôt rock pour Gardez les cheveux longs ("Pour le temps d'à présent, que chante Bob Dylan et pour la liberté et notre droit de chanter, gardez les cheveux longs") et Quand t'as besoin d'un ami.
Quand le groupe s'essaie à la protest song ("Un flic ça peut vous tutoyer, mais quand vous faites de même, jusqu'en prison il vous traîne, y a de quoi s'en étonner. Certains ont les oreilles cassées par le bruit de nos guitares électriques, mais celui d'une bombe atomique ne parvient pas à les réveiller."), ça ne va malheureusement pas au-delà de la réflexion du titre, "C'est pas normal". Et si l'intro de Sortez sans moi ce soir sonne très Byrds, les paroles sont encore au niveau du yé-yé mal digéré ("Sortez sans moi, mais surtout n'en profitez pas pour aller me la chiper. Ce soir je rentre, adieu les gars, passez une bonne soirée.").
Voilà malgré tout une galette bretonne délicieuse et mystérieuse. Je ne sais pas ce qu'ont bien pu faire les membres du groupe après ce seul disque, mais je serais très surpris qu'ils n'aient pas persévéré dans la musique d'une manière ou d'une autre.

Les quatre titres de cet EP sont en écoute et en téléchargement chez Obsolète

11 mai 2013

THE BYRDS : All I really want to do


Acquis chez All Aboard à Londres le 26 avril 2013
Réf : 201796 -- Edité par CBS en Angleterre en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : All I really want to do -/- Feel a whole lot better

Le disque traînait sans pochette avec une vingtaine d'autres 45 tours dans une corbeille en plastique, mais il n'avait pas l'air en trop mauvais état. Sachant que, comme l'immense majorité des singles anglais de l'époque, il n'avait probablement jamais eu de pochette illustrée, j'ai récupéré une pochette neutre sur un autre disque et j'ai fait l'affaire. Un classique sixties à 1 £, de nos jours ça ne se refuse pas.
All I really want to do est le deuxième single des Byrds et, après le succès de Mr tambourine man, la maison de disques (la même pour les deux artistes) a dû insister pour sortir une autre reprise de Bob Dylan. Si dans sa version originale par Dylan, All I really want to do est avant tout une chanson légère, où Dylan joue comme un petit fou, avec son chant et ses paroles, avec le concept même de chanson d'amour (on peut considérer que L'amour avec toi de Polnareff, avec une approche différente, est une petite cousine de 1966 ce cette chanson), les Byrds en font une pop song "normale". Pas de rigolade, pas d'ironie, mais un changement de monde pour passer du folk au rock, du second degré au tube à la Beatles.
Je connaissais l'histoire de Sonny et Cher qui, après les avoir vus sur scène, auraient repompé l'arrangement de cette chanson par les Byrds pour en faire le premier 45 tours solo de Cher au moment même où les Byrds allaient sortir leur version (ils se sont du coup partagé les ventes, Cher réussissant mieux aux Etats-Unis, les Byrds ailleurs). Ce que je ne savais pas en achetant ce 45 tours, c'est qu'il a ceci d'intéressant que la version qui y est gravée est un enregistrement différent de celui qui figure sur le premier album des Byrds (la version album date du 8 mars 1965, celle-ci du 14 avril).
En face B, Feel a whole lot better prouve s'il en était besoin que les Byrds n'avaient pas besoin de Dylan pour écrire d'excellentes chansons et celle-ci, aussi incluse sur le premier album, méritait mieux qu'un statut de face B (qui ne l'a d'ailleurs pas empêchée de devenir un classique). Sur ce titre, les Byrds sont folk avec la douze cordes, pop avec leurs célèbres voix en choeurs, et surtout rock avec tout le reste (Avec Eight miles high et So you want to be a rock 'n' roll star, c'est l'un de leurs grands titres rock).
Ce titre serait en partie inspiré par la version de Needles and pins par les Searchers. Je ne suis pas allé vérifier, mais si c'est le cas c'est un juste retour des choses puisqu'à l'origine cette chanson a été écrite par Sonny Bono !
Pour ma part, j'ai pris les choses à rebours avec cette chanson, puisqu'avant de connaître cette version originale, j'ai déjà dû entendre la reprise des Flamin' Groovies, et surtout j'ai beaucoup écouté 50 years of fun, le premier single de Biff, Bang, Pow !, dont l'intro vient directement de Feel a whole lot better.




09 mai 2013

THE MONOCHROME SET : The jet set junta


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers 1984
Réf : CHERRY 60 -- Edité par Cherry Red en Angleterre en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The jet set junta -/- Love goes down the drain -- Noise (Eine kleine Symphonie)

Ces derniers temps, quand je me suis retrouvé à passer une nuit à Londres, je n'avais rien trouvé qui m'intéressait dans l'agenda des concerts. Par contre, dès que j'ai vu annoncé pour ce samedi 27 avril 2013 une date avec non seulement The Monochrome Set mais aussi Stuart Moxham, j'ai su que j'y serai, même si j'ai découvert au dernier moment que la ligne de métro qui devait m'y conduire était fermée ce week-end là et même si le chauffeur du bus qui a zigzagué pendant plus d'une heure sous la pluie pour la remplacer ne connaissait visiblement pas l'itinéraire qu'il devait suivre.
Le Bush Hall, dans le quartier de Shepherd's Bush, est une salle de danse construite en 1904 et utilisée comme lieu de concerts depuis 2001. Il était plein ce soir-là (moyenne d'âge la bonne cinquantaine, sans surprise), mais ce n'était pas encore le cas quand The Would-Be-Goods ont ouvert les réjouissances. Il n'est pas étonnant de les retrouver à cette affiche étant donné que Jessica Griffin et son groupe ont depuis vingt-cinq ans souvent collaboré avec The Monochrome Set sur disque. Actuellement, leur bassiste est d'ailleurs justement Andy Warren. Quant à la batteuse, Debbie Green, la dernière fois que j'ai dû la voir jouer, c'était avec The X-Men en 1984 ! The Would-Be-Goods est un groupe pop très sympathique et j'ai particulièrement apprécié de les entendre chanter deux de leurs compositions en français (il y a quelques-unes dans cette langue qui parsèment leur discographie).
Pour leurs concerts, Stuart Moxham et The Monochrome Set ont pris des options diamétralement opposées. Moxham, à la guitare acoustique, a joué successivement avec deux de ses complices actuels, uniquement des chansons récentes. Sur le coup, je n'ai pas saisi le nom du premier, avec qui il a fait trois chansons, mais je n'ai pas été surpris quand j'ai découvert par la suite qu'il s'agissait de Louis Philippe, qui lui a été surpris d'entendre annoncer par Moxham l'enregistrement d'un des titres pour le week-end suivant. Derek Halliday lui a succédé. Ensemble, ils ont publié récemment l'album Moxham & Halliday. Pas un mot, pas une référence au passé, pas plus à The Gist qu'à Young Marble Giants. Ça, c'est visiblement réservé pour les apparitions en trio dans les festivals.
The Monochrome Set s'est présenté ensuite dans la formation de son dernier album, Platinum coils, soit trois "anciens" (Bid, Andy Warren et Lester Square, en fine moustache et costume rayé) plus Helena Johansson au violon et à la mandoline et Stuart Brummell à la batterie qui, visiblement au désarroi de Bid, a démarré le concert déguisé en Charlie !
La seule fois précédente où j'ai vu The Monochrome Set en concert, c'était le 10 mars 1984, dans une grande salle pleine d'étudiants et j'étais loin de la scène. Là, j'étais tout près et j'en ai pris plein les oreilles, grâce notamment à la guitare de Lester Square (qui avait quitté le groupe au moment de ce premier concert en 1984). Là, c'était très électrique et sur un rythme endiablé (beaucoup plus que prévu, selon les commentaires de Bid). Côté répertoire, l'inverse de Moxham, donc : hormis trois ou quatre titres du dernier album, dont mes préférés Hip kitten spinning chrome et Waiting for Alberto, quasiment tous les autres titres étaient tirés des premiers singles Rough Trade, de Strange boutique et Eligible bachelors, plus Jacob's ladder pour finir. Tout cela est excellent, bien sûr, même si cela laisse de côté des pans entiers de leur discographie (de toute façon, le temps était compté car ils devaient absolument arrêter de jouer à 23 heures).
Une fois rentré à la maison, quand j'ai cherché quel disque pouvait m'aider à rendre compte de ce concert, j'ai assez vite pensé à ce single The jet set junta, sorti en 1983 pour appuyer la promotion de Volume, contrast, brilliance..., la première compilation de The Monochrome Set qui associaient des titres de singles et de différentes sessions. Pourquoi ? Parce que le son est bien brut, comme pour le concert, et parce que deux des titres (peut-être même les trois, mais j'ai un doute pour Love goes down the drain) ont été jouées ce soir-là.
The jet set junta est l'un des titres phares d'Eligible bachelors. Il ouvre l'album et aurait fait sûrement un meilleur single que The mating game, mais ce n'est qu'un an plus tard qu'est sorti cette version, une démo pour le label Do It enregistrée fin 1981, une année où le groupe visiblement a cherché désespérément à trouver un successeur à Dindisc pour sortir son troisième album (un single chez Pre et d'autres démos pour E.M.I.) avant finalement de se retrouver chez Cherry Red.
Cette excellente chanson n'a pas non plus une thématique très facile à vendre : à grand renfort d'onomatopées, elle fait le parallèle entre la violence militaire et le luxe dont bénéficient des membres d'une junte, du champagne Cliquot aux tailleurs de Saville Row. Contrairement à ce qu'on peut lire parfois, je doute fort que cette chanson fasse une quelconque référence à la Guerre des Malouines, tout bonnement parce que les quelques notations précises qu'on y trouve (Montevideo, capitale de l'Uruguguay, et les Cruzieros, monnaie du Brésil) n'ont pas trait à l'Argentine, mais surtout parce que le titre a été composé et enregistré, on l'a vu, plusieurs mois avant la guerre du printemps 1982 !
Si la face A de ce 45 tours est extraite de Volume, contrast brilliance..., ce n'est pas le cas pour les deux morceaux de la face B, deux des titres de la session enregistrée pour John Peel le 14 février 1979 non retenus pour la compilation.
Love goes down the drain est l'une des nombreuses grandes réussites de Strange boutique. On en a ici une version dans un arrangement qui est en fait déjà très proche de la version de l'album, à sortir un an plus tard.
Quant à Noise (Eine kleine Symphonie), il s'agit bien sûr d'une première version d'Eine Symphonie des grauens, que le groupe allait enregistrer pour le fameux single Rough Trade quelques semaines plus tard en avril 1979. Là, ça sent un peu plus l'ébauche, dans le rythme et l'interprétation, ce qui explique peut-être pourquoi, si Love goes down the drain a été inclus sur certaines éditions CD de Volume, contrast, brilliance... et sur la compilation The independent singles collection, ce 45 tours est il me semble le seul disque où on trouve cet enregistrement.


The Monochrome Set, The jet set junta. Il s'agit de la version de ce 45 tours, mais les images ont été tournées postérieurement, en 1983, avec une formation différente du groupe. Extrait du DVD Pillows and prayers.

05 mai 2013

TALKING HEADS : Girlfriend is better


Acquis par correspondance via Ebay en avril 2013
Réf : EMI 5509 -- Edité par Sire en Angleterre en 1984
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Girlfriend is better -/- Once in a lifetime

J'ai acheté l'album Speaking in tongues de Talking Heads dès sa sortie, mais il m'a un peu déçu sur le moment. Il arrivait trois ans après le coup de maître qu'était Remain in light mais, contrairement à ce à quoi le groupe nous avait habitué jusque là, il ne nous surprenait pas par sa nouveauté et son innovation. Au contraire, c'était comme une phase de consolidation après Remain in light, bénéficiant cependant des apports du projet Tom Tom Club.
Avec le temps, je suis moins sévère avec ce disque, tout simplement parce que, objectivement, sur les neuf titres, cinq sont excellents, et c'est un score qui est loin d'être ridicule.
Parmi ces réussites de Speaking in tongues, Girlfriend is better a dû attendre un an et la sortie du concert filmé par Jonathan Demme Stop making sense pour bénéficier d'une sortie en face A de single.
La photo de pochette de ce 45 tours est révélatrice de ce qu'était devenu Talking Heads depuis 1980 : une grosse machine où les membres titulaires du groupe sont noyés parmi les chanteurs et musiciens invités. Ça ne pouvait pas durer et la tournée filmée pour Stop making sense fut la dernière du groupe, qui revint à ses fondamentaux en 1985 pour l'album suivant Little creatures.
Il est logique que Girlfriend is better soit mise en avant pour la promo de Stop making sense, puisqu'après tout c'est cette chanson qui donne son titre à l'album ("I got a girlfriend that's better than that and you don't remember at all as we get older and stop making sense") et que c'est l'un des moments marquants du film, quand David Byrne fait le coup du costume super extra large d'épaules. Musicalement, on ne perd pas au change avec cette version en concert par rapport à la version studio, au contraire : elle est ramassée (3'32 sur ce  45 tours et la version originale de l'album Stop making sense, beaucoup plus court que pour la version du film et la version studio), plus rapide et plus rythmée, en gardant toutes les qualités et les gimmicks sonores de l'originale.

En face B, Once in a lifetime est très bien également, mais le gain est moins évident, d'autant que, visuellement, David Byrne reprend la gestuelle qui avait été pour beaucoup dans la réussite de la vidéo qui accompagnait la chanson en 1980.

04 mai 2013

THE CHILLS : Heavenly pop hit


Acquis chez Cancer Research à Londres le 26 avril 2013
Réf : LASHX 22 -- Edité par Slash/London en Angleterre en 1990
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Heavenly pop hit -/- Whole lot of non -- Wave watching

Je l'anticipais depuis un moment, mais cette fois c'est arrivé et c'est bel et bien la fin d'une époque. Dans la cave du principal magasin Music and Goods Exchange, au 38 Notting Hill Gate à Londres, finis les disques bradés à 10 pence parce qu'ils n'ont pas trouvé preneur (récemment, il s'agissait de CD singles ou promos, plus des 45 tours à 50 pence; il y a bien longtemps, la cave était remplie de 45 tours à 10 pence, de maxis et d'albums à 20 ou 50 pence). Désormais, on n'y trouve plus que des disques qui démarrent à 2 £, CD ou 33 tours, et plus un seul 45 tours. On peut toujours y faire des affaires, car les prix baissent au fil du temps, et j'ai trouvé plusieurs disques de qualité à 50 pence ou 1 £, mais je n'en suis pas ressorti comme ces derniers temps avec une pile de 30 à 50 CD pour 5 £.
Changement aussi à l'étage, ou depuis au moins trente ans, on trouvait les raretés pop et rock. J'y allais avant tout pour le plaisir des yeux, mais là aussi on pouvait faire de très bonnes affaires quand les prix avaient baissé. Mais les raretés sont désormais réparties dans les différents magasins de la chaîne, pour faire place au stock Soul and Dance d'une de leurs boutiques spécialisées qui a récemment fermé : les loyers à Londres sont à des hauteurs incroyables...
Malgré tout, je suis revenu d'un week-end à Londres avec pas mal de bonnes choses, dont beaucoup trouvées dans des boutiques de charité, à des prix corrects, ce qui m'a surpris. Je suis notamment ressorti d'un magasin Cancer Research du quartier de St John's Wood avec deux vinyls et six CD à 1 £ pièce : c'est très rare que je trouve autant de bons disques au même endroit.
Parmi ceux-ci, il y avait ce maxi des Chills, un grand disque dans une pochette toute fine, un format pour lequel j'ai peu d'affection, mais celui-ci est comme neuf, et surtout excellent.
J'ai peu suivi les Chills après avoir pourtant apprécié la compilation de leurs premières parutions chez Creation puis leurs différents titres sur des compilations Flying Nun.
J'ai bien vu The Chills en concert le 7 octobre 1989, à l'affiche d'un fameux concert du Festival des Inrocks avec Felt, The La's et The Stone Roses, mais une Cigale bourrée à craquer ce n'est pas un lieu de concert idéal pour moi et j'ai peu de souvenirs de leur prestation, que j'ai peut-être suivie en partie de l'extérieur de la salle.
Ce concert a eu lieu juste après la fin de l'enregistrement du troisième album des Chills, Submarine bells, que ce single annonçait. J'ai eu l'occasion de l'écouter à l'époque, mais ce fut sûrement une écoute trop rapide et distraite tant j'étais d'avance persuadé que ce premier album sur un gros label était trop propret et trop pop ligne claire. Ce en quoi j'avais complètement tort et c'est ce qui m'a frappé en mettant Heavenly pop hit sur la platine. La production de Gary Smith sur ce titre (connu pour son studio Fort Apache et notamment le Come on pilgrim des Pixies) reste très sobre et le son n'est pas différent des précédents disques chez Flying Nun, avec un orgue très présent et, aux choeurs, Donna Savage, qu'on avait entendue sur la version de Kiss and make up de Saint Etienne. Il fallait oser donner un tel titre à un disque aussi important pour les Chills mais, même si le succès du single, plus qu'honnête, n'a pas été stratosphérique, Martin Phillips a s'est montré à la hauteur avec une chanson assez surprenante car la mélodie qui me parait la plus forte et la plus accrocheuse n'est pas celle du refrain, comme pour la plupart des tubes pop il me semble, mais celle des couplets.
Les deux titres de la face B sont issus des mêmes sessions mais ne sont pas sur l'album, et là  encore le son est pop mais pas surproduit et ces titres n'auraient pas déparé sur Kaleidoscope world. L'orgue et la guitare sont à l'unisson sur Whole lot of non, un titre que j'ai du mal à comprendre, tandis que, pour la première fois, la guitare est très en avant sur Wave watching, où on traverse presque la mer entre la Nouvelle Zélande et l'Australie pour atteindre le territoire des Go-Betweens.
En tout cas, voilà un disque excellent de bout en bout comme on aimerait en trouver plus souvent, pas cher et en bon état si possible, tout en sachant que, plus le temps passe, plus les (bonnes) occasions risquent de se faire rare.



01 mai 2013

KAJULU BOYS : Jane achieng


Acquis sur le vide-grenier de Rilly-la-Montagne le 21 avril 2013
Réf : SAN 7-9090 -- Edité par Philips au Nigéria en 1974
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Jane achieng -/- Yawa ma Nairobi

L'autre dimanche, sous le soleil mais avec un froid mordant, j'ai visité deux vide-greniers assez voisins.
Sur le plus petit, à Ludes, j'ai fait quelques affaires, avec une quinzaine de 45 tours à 10 centimes pièce (mais rien d'exceptionnel dans le lot) et surtout un bel EP chez Aux Ondes de David Martial, qui contient l'excellent Jerk vidé.
A Rilly-la-Montagne, malgré le plus grand nombre de stands, j'ai bien cru que j'allais repartir bredouille. Mais tout à la fin, au fond du parking de la gare, un gars avait quelques disques (2 € les grands, 1 € les petits), de la variété sans intérêt sauf ce 45 tours à la pochette EMI que j'ai crue anglaise. J'ai pris la peine de l'examiner et j'ai très vite décidé de faire affaire.
Après avoir payé, le gars m'a demandé par curiosité ce que j'avais choisi. Je lui ai montré le 45 tours en disant que c'était un disque africain de 1974. Et là, le gars a pris l'effet mémoriel du disque en pleine face. Il ne savait même pas qu'il avait ce disque dans son carton, mais l'année de sortie et un coup d'oeil à l'étiquette ont suffi pour lui faire remonter des souvenirs, tout de suite très vivaces, du Tchad en 1974, où il a séjourné. Clairement, il s'est souvenu du jour où il a acheté ce disque et d'un groupe qu'il avait vu. Il m'a parlé des musiciens rassemblés autour d'un instrument électronique, mais pour le coup ça me parait bizarre; il s'agissait peut-être tout simplement de leurs amplis. Rien ne dit non plus que les musiciens qu'il a vus sont ceux de ce disque, les Kajulu Boys.
Mon disque ne vient pas du Tchad. Il a été fabriqué en Afrique de l'Ouest, au Nigéria, mais, vues l'origine du groupe et la référence catalogue, il s'agit plus que probablement d'une édition sous licence d'un disque paru initialement sous une autre étiquette Phonogram, Sango, en Afrique de l'Est, au Kenya.
Les Kajulu Boys sont probablement originaires d'un lieu nommé Kajulu au Kenya. Ils ont sorti de nombreux disques au début des années 1970 (le site KenTanza Vinyl, ma principale source d'information pour ce billet, indique qu'ils ont enregistré pour au moins sept labels différents). Je ne sais rien de la composition du groupe, si ce n'est le nom de l'auteur-compositeur de leurs chansons, Owiti Origo.
Comme indiqué sur l'étiquette, le disque est chanté en Dholuo, la langue du peuple Luo, et il s'agit de musique de style Benga, un mélange de musiques traditionnelles avec plein de choses comme la rumba congolaise ou le kwela. Ce qui compte, c'est que le benga proposé ici est un style de musique africaine électrifiée comme je les aime. Les deux faces, Jane achieng et Yawa ma Nairobi (à écouter ci-dessous, même si mon transfert MP3 a énormément de souffle) ont une construction similaire pour une durée de près de cinq minutes, avec une première partie chantée sur un rythme donné, un changement de rythme vers le milieu et une deuxième partie plus instrumentale.
Une excellente trouvaille, donc, d'autant que je n'ai trouvé dans mes recherches aucune référence en ligne aux titres de ce disque, dans cette édition ou une autre.

En 2009, un documentaire sur le benga kenyan a été édité en DVD, accompagné d'une compilation CD.

 
Kajulu Boys, Jane achieng (1974).
 


 
Kajulu Boys, Yawa ma Nairobi (1974).

21 avril 2013

GANG OF FOUR : To hell with poverty !


Acquis au Virgin Megastore de Londres le 11 septembre 1981
Réf : 12EMI 5193 -- Edité par EMI en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 30 cm
Titres : To hell with poverty ! -/- Capital (It fails us now)

Lors de mon tout premier séjour à Londres, j'ai acheté un disque de Lewis Furey, vu Misty In Roots en concert, et le dernier jour je mes suis lâché en achetant une dizaine de disques (Simple Minds, Basement 5, XTC, Jah Wobble, Ultravox !, Elvis Costello, Jonathan Richman, les compilations Earcom 2 et Marty Thau presents 2 x 5). La plupart de ces disques étaient en solde ou d'occasion, mais j'ai dû acheter celui-ci au prix neuf, mais pas cher quand même, et j'ai dû dépenser quasiment jusqu'à mes dernières livres sterling car j'ai aussi acheté ce jour-là le t-shirt correspondant, chose que j'ai rarement faite. J'avais dû partir avec toutes mes économies, gonflées cet été-là par un boulot d'été et les cadeaux pour la réussite au bac...
Ce single hors album de Gang of Four est sorti trois mois seulement après Solid gold et il se trouve que c'est le dernier enregistrement publié de la formation originale du groupe puisque le bassiste Dave Allen a quitté le groupe pendant la tournée qui a immédiatement suivi.
La pochette de Keith Breeden est très colorée, très pop art, et c'est sûrement elle qui m'a poussé à prendre aussi le t-shirt. Je n'arrive pas à trouver de référence, mais il me semble que la photo lui ayant servi de base représentait peut-être J. F. Kennedy et Marylin Monroe une table de dîner.
Ce disque a donc plus de trente ans. Et pourtant, la crise, le chômage, les allocs, les défauts de crédit, la pauvreté, les riches qui se pavanent... les années Thatcher dont il date ont beau être derrière nous pour de bon, tout ça reste complètement d'actualité.
J'ai beaucoup écouté et apprécié To hell with poverty !, mais pourtant j'ai longtemps eu tendance à mésestimer cette chanson. Je la trouvais un peu trop funky, un peu trop polissée. Après coup, j'ai longemps pensé que c'était un premier pas vers le son un peu plus commercial de Songs of the free et Hard. Il a fallu que je réécoute et apprécie fortement la version réenregistrée en 2005 pour l'album Return the gift pour que je me décide à ressortir ce maxi original. Et je me suis rendu combien j'avais été sévère et à côté de la plaque avec ce disque. Certes, le son est plus lourd et plus clair, mais les ingrédients sont bien les mêmes que sur Solid gold. Et depuis quand un disque "commercial" commence-t-il par trente secondes de feedback ?!?
Les paroles, je les ai toujours aimées, et le refrain avec les cris qui l'accompagnent est efficace au point de me faire systématiquement gueuler les paroles avec (quasiment) le poing levé ! :
"Au diable la pauvreté ! On se pintera au gros rouge !
Au diable la pauveté ! Les allocs vont arriver, elles ont été mises au courrier".
Ce n'est pas autant demain la veille du jour où je me pinterai au gros rouge...
La face B, Capital (It fails us now), également inédite en album, est du Gang of Four typique, saccadé un peu comme Paralysed et Why theory, avec encore une basse énorme et une guitare acérée. Côté paroles, ils jouent aux maos ("Le capital (Il nous fait défaut maintenant), Camarades, saisissons l'occasion") en revenant sur certains de leurs sujets favoris, la consommation et la finance, avec suffisamment de distance pour ne pas se ridiculiser ("Au moment où je suis né, j'ai ouvert les yeux et tendu le bras pour sortir ma carte de crédit. Oh non ! Je l'ai laissée dans l'autre costume.").

Outre les nouvelles versions sur le très bon mais superfétatoire Return the gift (A quoi bon réenregistrer des chansons déjà excellentes, de façon pas si différente ?), on trouve les titres de ce maxi sur la compilation A brief history of the twentieth century et sur les rééditions de Solid gold qui contiennent en bonus les titres du EP américain Another day / Another dollar.




Gang of Four, To hell with poverty, en direct dans l'émission Old grey Whistle Test le 11 avril 1981. Je préfère, et de loin, les mouvements de danse pourtant très particuliers du chanteur aux accoutrements très mode années 80 de l'ensemble du groupe.

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