07 février 2016

DOCTOR MIX AND THE REMIX : Wall of noise


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers 1984
Réf : ROUGH 6 -- Édité par Rough Trade en Angleterre en 1979
Support : 33 tours 30 cm
7 titres

J'ai trouvé ce disque pour 60 pence dans la cave du Record and Tape Exchange. Je ne sais plus si je l'ai pris simplement parce qu'il était sur Rough Trade (une raison bien suffisante à l'époque pour acheter un disque, surtout de 1979) ou si je savais déjà que Doctor Mix and the Remix avait un lien avec Métal Urbain (c'est l'un des projets lancés par Eric Débris après la séparation du groupe). En tout cas, si je ne l'avais pas déjà, cette info m'aura été rapidement fournie une fois rentré dans ma piaule de la banlieue londonienne, par le fameux International discography of the New Wave.
Ce qui est sûr en tout cas, c'est que quand j'ai acheté ce disque je ne connaissais aucun des originaux des huit titres repris : j'avais la version difficilement écoutable et sans grand intérêt de Sister Ray par Joy Division sur Still, mais pas encore celle du Velvet Underground; je n'avais pas encore ma compilation des Stooges avec No fun; je ne connaissais pas encore Out of the question et Six dreams des Seeds ni I can't control myself des Troggs; et encore moins deux titres que je n'ai jamais trop cherché à écouter, Grey lagoons de Roxy Music et Supermen de David Bowie.
En 1985, une des quelques fois (trois ou quatre au maximum) où j'ai eu l'occasion de visiter les locaux de Rough Trade Records avec l'ami Joe Foster, j'ai récupéré comme à chaque fois quelques disques promo, mais je suis aussi tombé à un moment sur une étagère sur une pile d'autocollants Doctor Mix and the Remix. J'en ai pris une poignée et Joe m'a expliqué que Jim et William de The Jesus and Mary Chain étaient des fans de Doctor Mix. Comme on les rencontrait un peu plus tard dans la journée, je leur ai distribué quelques autocollants et ils étaient effectivement tout content ! Depuis, ils ont très souvent publiquement cité Doctor Mix and the Remix comme l'une de leurs influences formatrices.
Cet autocollant, il y en a un exemplaire collé dans l'angle en haut à gauche de l'exemplaire de mon disque. Sur d'autres, il est en bas à gauche. Je suis bien certain que je ne l'y ai pas mis moi-même. Je pense que, à l'origine, la pochette ne comportait que la mention "Wall of noise" sur la pochette (c'est d'ailleurs le cas de certaines rééditions de ce disque), ce qui pouvait être trompeur car on pouvait croire qu'il s'agissait du nom de l'artiste et non du titre de l'album. Quant à l'autocollant, soit il était complètement absent des premiers exemplaires distribués, soit il était glissé dans la pochette, comme ça semble être le cas ici. En tout cas, à un moment ou un autre, quelqu'un chez Rough Trade a dû s'amuser à apposer les autocollants pour rendre la pochette plus "lisible"...
Doctor Mix and the Remix sur ce disque, c'est Eric Débris tout seul avec une boite à rythmes, des guitares saturées, des synthés et une voix distordue. Il suffit d'écouter le premier titre, Out of the question, à l'origine en 1965 la face B de Pushin' too hard des Seeds, pour comprendre le lien avec le Jesus and Mary Chain des débuts : le son de la version démo d'Upside down, longtemps restée inédite mais finalement sortie officiellement en 2011 sur une réédition de Psychocandy, en est très proche.
Avec sa voix parlée, Grey lagoons, à l'origine sur For your pleasure en 1973, est le titre que j'aime le moins du disque. Par contre, j'adore la version de No fun qui suit, mais je pense aussi qu'il est difficile de faire une mauvaise reprise de cette chanson !
Six dreams, un titre de 1967 de Future, le troisième album des Seeds, me plaît aussi beaucoup. Là aussi, la voix est parlée, mais il y en a une deuxième, féminine (peut-être celle de "Jane", remerciée au dos de la pochette ?), qui fait beaucoup pour la réussite du morceau. Cette excellente séquence et la première face se concluent en beauté avec I can't control myself.
J'aime assez la rythmique très répétitive de Supermen, un titre qu'on trouvait à l'origine sur l'album, The man who sold the world, mais en-dehors de ça ce n'est pas ce que je préfère ici.
A presque douze minutes, la version de Sister Ray est bien dans l'esprit de la version originale et fonctionne plutôt bien.
C'est bizarre, mais je n'ai pas vraiment été surpris quand, en 1992, Rev-Ola, le label de Joe Foster, a réédité Wall of noise en CD ! En France, il y avait eu en 1989 chez Bondage une compilation (1979-1982), qui reprenait l'intégralité de Wall of noise, mais l'édition que je conseillerais actuellement est la plus complète (18 titres) et la dernière en date, sortie aux Etats-Unis chez Acute en 2004.


Le fameux autocollant de Doctor Mix and the Remix.

30 janvier 2016

YESTERDAY'S CHILDREN : To be or not to be


Offert par Philippe R. à Mareuil sur Ay le 29 janvier 2016
Réf : EP 1101 -- Édité par Disc' AZ en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : To be or not to be -- Love and things -/- Baby, I want you -- Dance all night

L'automne dernier, Philippe s'est rendu chez un passionné de musique nantais en vue de lui acheter un instrument de musique. Au moment de repartir, il a eu un flash et lui a demandé s'il n'aurait pas par hasard des disques à vendre. "Certainement", lui a-t-il été répondu, "mais il faudrait qu'on fasse le tri. Il y a juste une pile dans la chambre, jetez-y un oeil si vous voulez.". Ainsi fut fait, et le Philou repartit avec une pile d'une vingtaine de disques sous le bras, en parfait état et principalement des années 1960, acquis à un prix tout à fait correct.
Celui-ci, de Yesterday's Children, figurait dans le lot, et il m'en a gentiment fait cadeau. Il s'agit du seul disque français d'un groupe garage du Connecticut, version allongée à quatre titres de leur premier 45 tours, sorti aux Etats-Unis fin 1966 sur le label Parrot. Comme il contient des titres exclusifs, qu'il est d'une bonne époque, qu'il est obscur et a donc dû être tiré à peu d'exemplaires, il s'avère que cet EP français est très recherché et se vend généralement plus de 100 euros. La pochette est très réussie, avec la photo du groupe placée sur un calendrier et présentée façon carte à jouer.
C'est surtout cette rareté du disque qui fait son intérêt car, musicalement, ce qu'on entend sur le disque est assez générique : on est loin du chef d’œuvre inconnu ou même des titres un peu surprenants qu'on peut entendre sur d'autres EP de 1967 que j'ai chroniqués, comme ceux de Loulou et Gilbert Safrani. En tout cas, ce disque pop-garage légèrement teinté de psyché aurait eu parfaitement sa place dans la galerie de pochettes de Pascal Comelade qu'est son Avis aux inventeurs d'épaves.
C'est l'intro de To be or not to be, avec la guitare évoquant le son d'un sitar et rappelant furieusement Paint it, black, qui permet d'évoquer une touche de psychédélisme. C'est de loin la meilleure chanson du lot, avec des chœurs bien travaillés et une guitare saturée qui sonne presque comme un cuivre bien grave. 
Baby, I want you, la face B du 45 tours américain démarre très bizarrement avec un riff de guitare qui me rappelle His latest flame passé en accéléré, tout comme la batterie (ça ne s'entend pas aussi clairement sur YouTube). La suite est très sage, dans la lignée des Beatles pop de la première période. Dance all night, le seul titre que je n'ai pas trouvé en ligne, est plus ou moins dans la même veine et n'est pas mal du tout dans le style. Love and things est assez ordinaire, avec un chant pas exceptionnel et vaut surtout pour la très courte partie de solos de guitare.
C'est dans le tome 3 du livre Hard Rock et Heavy Metal : 40 années de purgatoire de Thierry Aznar que j'ai trouvé la présentation en français la plus complète du parcours de Yesterday's Children. Comme moi, il a noté que le seul endroit où les quatre titres de cet EP ont été réédités, ainsi que deux inédits et leur unique album de 1969, c'est en 1995 sur le double-CD The history of Connecticut garage bands in the 60's volume 1. Ce CD est épuisé et lui aussi très recherché. Il nous avertit aussi qu'un autre groupe portant le même nom a sorti au même moment un single avec notamment Wanna be with you, dans la lignée de Them.
S'il chronique le groupe, c'est surtout parce que au moment d'enregistrer l'album le son du groupe avait évolué, et leur disque est désormais considéré comme un trésor caché du hard-rock embryonnaire de la fin des années 1960. Il a, lui, bénéficié de plusieurs rééditions.

24 janvier 2016

BEN VAUGHN : The desert trailer sessions


Offert par Fabienne M. à Mareuil-sur-Ay en janvier 2016
Réf : kz030 -- Édité par Kizmiaz / Insect Eyes en France en 2014
Support : 45 tours 30 cm + 2 x MP3
12 titres

C'est en m'intéressant à Dechman que j'ai découvert que Ben Vaughn avait sorti en 2014 un album sur le label nantais Kizmiaz. Comme son titre l'indique, The desert trailer sessions a été enregistré dans une caravane stationnée dans le désert, ce qui ne peut que faire remonter à la surface le souvenir de l'album de 1996 de Ben Vaughn, Rambler '65, entièrement enregistré dans une voiture de ce modèle et de ce millésime (un disque que je regrette désormais de ne pas avoir acheté au moment de sa sortie).
J'ai déjà eu l'occasion de raconter ma rencontre avec Ben Vaughn, au Printemps de Bourges en 1994, entre la balance et sa prestation sur scène pour un concert où il était à l'affiche avec Jonathan Richman ! Par contre, ça fait bien longtemps que je n'avais pas entendu parler de sortie de disque de Ben Vaughn, et puis surtout je suis passé complètement à côté des deux tournées qu'il a faites en France en octobre 2013 et en mai-juin 2014. C'est d'autant plus dommage que c'est une belle aventure nantaise et je suis sûr que, si je l'avais su à temps, ça nous aurait fait une bonne occasion avec Philippe R. de nous rendre de conserve à un concert.
A l'origine de ces tournées, on trouve Yannick Le Joubioux, un fan nantais de Ben Vaughn, un amateur de musique, membre des Little Searchers (dont j'ai le premier 45 tours, en vinyl rose), qui, avec ses amis, a invité Ben Vaughn et son accordéoniste Gus Cordovox à venir par chez nous, ce qui leur a donné l'occasion de fêter leurs trente ans de collaboration musicale. En 2013, ils étaient accompagnés par la section rythmique des Little Searchers, Philippe Treuil et Jean-Luc Cochy. Et on a la chance de pouvoir visionner un documentaire sur cette tournée :


I feel like Ben Vaughn in France, documentaire d'Anne-Laure Chauvet sur la tournée de Ben Vaughn en France en octobre 2013.

Un passionné qui invite un chanteur américain à venir jouer par chez lui, ça me rappelle des souvenirs, même si je n'ai jamais eu l'énergie de monter une tournée de cette ampleur.
Il y a donc eu une autre tournée française, en 2014, sans Gus je crois, et c'est à cette occasion que Kizmiaz et Insect Eyes (le label des Little Searchers) ont édité ce disque. En réponse à une question de Bloggerhtyhms, Ben Vaughn a expliqué la genèse de ce disque : "L'idée pour ce disque est venue simplement. J'avais des concerts prévus en France et j'ai pensé que ce serait sympa d'avoir quelque chose à vendre aux concerts. Kizmiaz a proposé de sortir un disque vinyl en édition limitée alors j'ai enregistré quelques chansons dans ma caravane dans le désert. J'ai réarrangé une poignée de vieux airs pour ce projet et j'aime vraiment bien le résultat final. Il y avait beaucoup de vent quand j'enregistrais. Peut-être que tu peux l'entendre? Je sais que je peux.".
Ben Vaughn parle d'anciennes chansons, et effectivement j'ai retrouvé la trace de la plupart des douze chansons qu'on trouve ici, surtout sur les albums A date with Ben Vaughn de 1999 et Glasgow time de 2002. Darlene était sur ce dernier, mais aussi déjà sur Ben Vaughn blows your mind en 1988. Je n'ai pas pris la peine de tout vérifier et il est possible qu'une ou deux chansons précédemment inédites se soient glissées dans le lot.
Côté production, c'est le plus simple possible : la guitare acoustique de Ben et sa voix, chaude et qui n'a pas vraiment vieilli depuis ses premiers albums que j'ai achetés dans les années 1980.
Avec cette configuration toute simple, il réussit à produire un album varié, avec un jeu de guitare qui va du folk au gospel et du blues au rock, et des paroles parfois sur le ton de la conversation. Il faut dire que Ben a du talent et de l'expérience. Avec plus de trente ans comme auteur-compositeur et producteur, il sait où il va et est tout à fait capable de mettre en œuvre la définition d'une bonne chanson qu'il donnait en 2013 dans le documentaire  : "A good song is a song that, in about three minutes, is able to have a beginning, a middle and an end and tells a story and has some kind of very great instrumental parts, intros, outros and maybe in the middle, a guitar solo or something... Chuck Berry ! That's the answer.".
Mes titres préférés sont  When free love reigned, Self pity, Darlene, Ferris wheel et So alone am I, mais la petite demi-heure que dure l'album en entier passe de la façon la plus agréable possible.
Il restait encore des exemplaires du tirage de 300 vinyls ce mois-ci, mais si vous êtes intéressé, ne tardez pas trop. A 15 € port compris, ça ne va pas durer. Après, il ne vous restera plus que le téléchargement...
Quant à moi, si l'occasion se présente à nouveau, j'essaierai de ne pas rater la tournée française de Ben Vaughn !



17 janvier 2016

ELENI MANDELL : Dis-moi au revoir encore


Acquis par correspondance chez Bonsound en janvier 2016
Réf : BONEP001 -- Édité par Bonsound au Canada en 2007
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Dis-moi au revoir encore -/- Français 1

On s'est quitté hier en se baladant en voiture à Montréal avec Dechman et son Cruisin' Montreal. On reste aujourd'hui dans la métropole du Québec avec un 45 tours enregistré dans cette ville.
Avec Philippe R., je crois qu'on a découvert Eleni Mandell en commandant, un peu au jugé, un de ses albums chez Glitterhouse. Je n'ai pas tout apprécié dans les premiers albums qu'on a écoutés, à commencer par Country for true lovers, parce que c'est un un peu trop jazzy pour moi parfois. J'ai même refilé un CD à Philippe, c'est dire, parce qu'il l'appréciait bien plus que moi.
Mais récemment, j'ai acheté en solde l'album de 2004 Afternoon , que j'ai trouvé dynamique et pop et qui m'a plu de bout en bout. Du coup, j'ai refait un peu le tour de ce que je connais d'Eleni Mandell et je me suis souvenu de son excellent 45 tours chanté en français de 2007, que j'avais acheté en MP3 quelques temps après sa sortie. J'ai découvert que le 45 tours était encore disponible, pour pas très cher, même en incluant le port depuis le Canada. Du coup, je me suis fait un petit cadeau de début d'année en le commandant.
Selon sa biographie officielle, Eleni a une longue histoire avec la langue française. Elle a essayé de s'immerger dans notre langue en passant du temps seule à Paris. C'est l'une des choses les plus difficiles qu'elle a faites et elle était très malheureuse (et pourtant, elle serait prête à renouveler l'expérience !).
Chez Voir, on peut apprendre comment Eleni Mandell s'est retrouvée à enregistrer deux titres en français à Montréal pendant l'été 2007, sortis au moment d'une tournée au Québec. On peut aussi écouter Eleni raconter elle-même cette histoire :



Entretien avec Eleni Mandell en janvier 2008 à Paris pour le webzine Le Cargo, pendant l'un de ses séjours en immersion pour apprendre le français. A 8'20, elle raconte les conditions de l'enregistrement du 45 tours, puis donne une courte interprétation de Le parapluie de Brassens.

Donc, Dis-moi au revoir encore s'appelait à l'origine Let's say goodbye again. Ecrite par Eleni Mandell, la chanson a été enregistrée pour la première fois en 2005 dans le cadre d'un autre de ses projets musicaux, le groupe The Grabs, dont elle est la chanteuse et qui comprend des ex-membres de Blondie. La traduction des paroles, par l'agent d'Eleni et co-fondateur de Bonsound Gourmet Délice, est assez fidèle. Musicalement, c'est ici légèrement plus enlevé, avec un bon riff de guitare, et cette version en français est de loin ma préférée.
En face B, Français 1 est la chanson qui est vraiment à l'origine du disque. Eleni avait des idées de paroles pour un début de chanson, à base d'expressions qu'on apprend lors de ses premières leçons de français, mais n'arrivait pas à terminer, jusqu'à ce qu'elle retrouve à New York son ami Pierre de Gaillande, qui a des origines françaises. Ils ont terminé l'écriture ensemble et enregistré la chanson en duo. C'est léger, sans aucune prétention, mais aussi d'excellente qualité et très agréable à écouter. En écoutant ça, je n'ai qu'un regret : ne pas encore avoir eu l'occasion d'assister à un concert d'Eleni Mandell.

Le 45 tours Dis-moi au revoir encore est actuellement disponible chez Bonsound.






Eleni Mandell, Dis-moi au revoir encore, en concert au Théâtre El Rey de Los Angeles, le 11 décembre 2007.

16 janvier 2016

DECHMAN : Discount organs


Offert par Philippe D. à Paris le 3 juillet 2014
Réf : [sans] -- Édité par Dechman en France vers 2008
Support : CD 12 cm
9 titres

L'autre jour, j'ai lu dans le dernier numéro en date d'Abus dangereux une chronique de Coup fourré !, un album de Decheman & Gardener qui m'a donné envie d'en découvrir plus. Il était précisé que Decheman est un ex-Dèche dans Face, un groupe bordelais des années 1990 dont l'ami Le Vieux Thorax est très friand, si mes souvenirs sont bons.
Du coup je suis allé sur la boutique du label Kizmiaz et je l'ai commandé, avec, pour faire bonne mesure, l'album acoustique de Ben Vaugn The desert trailer sessions.
Le lendemain, j'étais en train de farfouiller dans ma (conséquente) pile de CD encore jamais écoutés, et v'là-t-y pas que j'y (re)découvre ce CD-R de Dechman !
On pourrait s'étonner du fait que je n'ai pas encore écouté un disque qui est chez moi depuis plus de dix-huit mois, mais j'aime bien prendre mon temps pour écouter de la musique, au calme, et du coup il est logique que ça coince un peu : le même jour que le Dechman, Philippe m'a offert une bonne centaine de CD et, depuis cette date, j'ai acquis d'une manière ou d'une autre plus de mille disques ! Je suis (presque) à jour de l'écoute des vinyls, mais pour les CD je suis toujours un peu à la traîne.
J'avais compris le titre de cet album comme signifiant "Organes en promo", ce qui n'est pas mal vu. Il ne m'a pas fallu trente secondes d'écoute du premier titre pour me rendre compte qu'il fallait aussi traduire le titre avec l'autre sens anglais du mot "organ" : "des orgues en promo". En effet, toute la musique pour ce disque est produite par des orgues, y compris la boite à rythmes et l'accompagnement automatique d'accords de basse, un truc qui m'a toujours plu.
A part Don't look back qui est vraiment chanté, on pourrait parler de disque instrumental, mais il y a une voix sur la plupart des titres, parlée et en anglais, qui intervient de-ci de-là, presque comme un commentaire.
On trouve très peu d'informations en ligne sur cet album et, à part une vieille page MySpace, Decheman ne semble pas avoir de site, avec ou sans son jardinier. Heureusement, sur la fiche de ce disque sur Discogs, il a lui-même mis un commentaire qui nous donne quelques précisions : il s'agit de son premier projet solo après Dèche dans Face (on trouve trace d'un concert de Deche Man and the Discount Organ au Krakatoa dès 1999), enregistré par Armand Gonzalez dans son studio. Un second volume existe. Un troisième était prévu, mais je suppose que le projet est devenu Decheman & Gardener, qui a sorti son premier album en 2010.
Il indique également qu'il utilise des orgues combo. Je ne connaissais pas l'expression, mais ça désigne bien ce que j'imaginais à l'écoute : ces orgues en plastique très populaires dans les années 1960, souvent des Vox ou des Farfisa, avec un son bien criard.
En tout cas, ce très court album est bien agréable, et j'ai hâte maintenant de découvrir Coup fourré !, avec ses quelques chansons en français. En attendant, je vous mets ci-dessous en écoute Cruisin' Montreal, un de mes titres préférés du disque, avec One drop does it et Waltzin' with Trudy.

Dechman : Cruisin' Montreal.

10 janvier 2016

XTC : Towers of London




Acquis chez A la Clé de Sol à Châlons-sur-Marne fin 1980
Réf : VS 372 -- Édité par Virgin en Angleterre en 1980
Support : 2 x 45 tours 17 cm
Titres : Towers of London -/- Set myself on fire et Battery brides -/- Scissor man

J'ai acheté ce disque au moment de sa sortie. J'essayais de toute façon d'acheter tout ce que sortait XTC à l'époque, mais là, en plus, le disque n'était vraiment pas cher : 16,30 F. pour un disque en import, c'était à peine plus que pour un pressage français (14 F. en moyenne, je dirais) et pour ce prix, on avait droit ici à deux 45 tours !
Contrairement à General and majors, le premier double 45 tours d'XTC, sorti quelques mois plus tôt, et à d'autres double 45 tours du groupe comme Love on a farmboy's wages, celui-ci n'a pas une pochette ouvrante mais deux disques chacun dans sa pochette et insérés dans un sac plastique imprimé.
J'ai ressorti ce disque car cette semaine, grâce à Dangerous minds qui l'a signalé, j'ai pu visionné XTC at the Manor, un reportage de la BBC d'une heure (carrément !) sur l'enregistrement de Towers of London dans la résidence secondaire de Richard Branson, le patron de Virgin, du 24 au 26 août 1980. Au cours de ce week-end, le groupe a aussi tourné la vidéo pour Generals and majors, et à la fin on les voit jouer Respectable street, un autre titre de l'album Black sea sorti en single.



Un reportage aussi détaillé sur l'enregistrement d'un single, c'est presque inespéré, et je ne pense pas que des chaînes de télé ont souvent produit ce genre d'émission pour un groupe qui était somme toute de renommée assez moyenne. Du coup, l'émission prend son temps et nous procure des scènes d'anthologie, comme de voir pendant plusieurs minutes une employée du manoir réveiller un par un les membres du groupe avec une tasse de thé (!). En tout cas, ça rend bien l'atmosphère d'un enregistrement en studio, qui pour moi est très vite un exercice un peu ennuyant, très répétitif et pointilleux.
Black sea n'est pas mon album préféré d'XTC et Towers of London n'est pas mon titre préféré de Black sea,. C'est déjà à mon goût un titre très Beatles, avec aussi l'annonce du son rétro, qui sera superbement pastiché avec les Dukes of Stratosphear. Mais après avoir suivi l'enregistrement, on se rend mieux compte du travail accompli et on fait mieux attention aux détails, comme le son "d'enclume" ou les petites notes de synthé.
Je ne m'étais jamais posé la question car il m'avait toujours paru évident que la version de Towers of London du 45 tours était juste une version raccourcie de celle de l'album, enregistré à Londres au studio Townhouse. Là, on les voit enregistrer une autre version, avec un arrangement et un son très proche de celle de l'album, et je reste bien incapable de dire si la version du 45 tours est celle du Manor ou celle de Townhouse.
Les trois autres titres du disque sont des versions inédites de titres de chacun des trois premiers albums du groupe. Trois chansons que j'aime beaucoup, en plus !
Set myself on fire et Battery brides ont été enregistrées en concert le 17 septembre 1979 au Rainbow à Londres. J'aime particulièrement la version de Set myself on fire, qui m'évoque particulièrement la proximité qu'il y avait à l'époque entre deux groupes comme XTC et les Nits. On entend ici pour la première fois le guitariste Dave Gregory interpréter ces deux titres, notamment pour la longue version de Battery brides : il n'était pas encore membre du groupe au moment des deux premiers albums. Avec tous les coffrets, compilations et rééditions augmentées qui sont sortis depuis 1980, j'étais persuadé que ces deux titres avaient été réédités en CD, mais non : on ne trouve ces chansons dans ces versions que sur ces 45 tours.
Scissor man n'a pas été enregistrée en concert, mais en studio le 8 octobre 1979 pour une session de l'émission de John Peel. Cette excellente version a été rééditée en 1990 sur la compilation Rag & bone buffet, tandis que le reste de la session s'est retrouvé en 1998 dans le coffret Transistor blast.

09 janvier 2016

KRIS KRISTOFFERSON : Me and Bobby McGee


Offert par Philippe Roger sûrement à Nantes vers le début des années 2010
Réf : MNT 64631 -- Édité par Monument en Angleterre en 1971
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

J'ai mis très longtemps à m'intéresser à Kris Kristofferson. Il faut dire que le premier souvenir que j'ai de lui est la pochette de la bande originale du remake de A star is born en 1976, où Barbra Streisand et lui sont enlacés torse nu. L'album s'est vendu à des millions d'exemplaires et on le voyait partout. Je n'ai jamais eu envie de l'écouter. Il y a eu ensuite les téléfilms américains sans intérêt dans lesquels il jouait avec sa barbe trop bien taillée. C'est grâce à Johnny Cash et Sunday mornin' coming down notamment que j'ai fini par devenir plus curieux. J'avais emprunté cet album à la Médiathèque et, quelques temps plus tard, Philippe m'en a offert cet exemplaire, acheté en double en Suède parce qu'il ne pouvait pas laisser passer ce disque à un si petit prix. Depuis longtemps, il me le recommandait comme excellent, et il avait bien raison !
A sa sortie originale en 1970, ce disque s'appelait tout simplement Kristofferson. Comme Johnny Cash l'explique dans le poème qu'il a écrit spécialement pour les notes de pochette, Kristofferson était réputé pendant cinq ans à Nashville pour essaimer des chansons que, souvent, les chanteurs, agents et producteurs ne prenaient pas la peine d'écouter. Il ne souhaitait pas les interpréter lui-même, mais il a fini par changer d'avis, au moment où de nombreux artistes commençaient à avoir du succès avec ses créations. Dans les crédits, notons aussi un remerciement pour Shel Silverstein, un autre grand personnage de Nashville et ami de Kristofferson.
En 1971 est sorti Pearl, un album posthume de Janis Joplin, sur lequel on trouve une version de Me and Bobby McGee qui, une fois sortie en 45 tours, est devenue un très grand tube. La légende veut que KK n'ait entendu l'enregistrement de Joplin, dont il était très proche, qu'au lendemain de la mort de celle-ci.
En tout cas, Monument a saisi l'occasion pour ressortir l'album de KK avec un nouveau titre et une pochette moins sombre.
Cet album est plein à ras de titres qui, depuis, sont devenus des classiques, tous écrits par Kristofferson. On est dans le domaine de la country, avec parfois des tonalités rock et une importance marquée pour les excellentes paroles. En-dehors des comparaisons les plus évidentes, je trouve qu'on n'est pas si loin parfois du Leonard Cohen de l'époque et aussi de Lee Hazlewood, pour le chant entre autres, par exemple sur The law is for protection of the people.
Des classiques ? Pour une fois, je n'emploie pas le mot à la légère. La face A est excellente de bout en bout. Elle s'ouvre avec Blame it on the Stones (Eh oui ma bonne dame, si le monde moderne va si mal, c'est la faute aux Rolling Stones). Vient ensuite To beat the devil, une histoire de proposition de pacte faustien où, pour une fois, il semble que le diable ne gagne pas. L'auteur-compositeur à qui il fait des propositions s'en tire en buvant sa bière pour rien et en lui piquant sa chanson. Le contraste est saisissant entre les couplets parlés et le refrain, cette chanson du diable qui est effectivement très accrocheuse. Johnny Cash a enregistré une très bonne version studio de cette chanson en 1970 sur son album Hello, I'm Johnny Cash. Il a récidivé quelques mois plus tard avec une version en public de Sunday mornin' coming down sur l'album The Johnny Cash show, qui a aussi été éditée en 45 tours. En fait, j'ai vérifié la liste de toutes les chansons enregistrées par Johnny Cash et il s'avère qu'il en a carrément enregistré sept sur les douze, même si certaines n'apparaissent que sur des enregistrements en concert !
En 1969, Roger Miller a été le premier à enregistrer Me and Bobby McGee, cette histoire de deux hippies routards pour qui "Freedom's just another word for nothing left to lose". Plein d'autres l'ont suivi dès 1970, dont Gordon Lightfoot et même Bill Haley, une version sur l'album Rock around the country qui parait-il a bien plu à Kristofferson. Les versions se sont multipliées après le succès de celle de Joplin. Je possède même celle des Compagnons de la Chanson où, comme chez Joplin, Bobby est un gars, alors que c'est une femme dans la version originale. En plus, l'action est transposée en France...Reste que la version de Kristofferson est sûrement ma préférée...
Help me make it through the night est une chanson qui a aussi été enregistrée des centaines de fois. Là encore, j'aime beaucoup les paroles : "Come and lay down by my side till the early mornin' light. All I'm takin' is your time. Help me make it through the night. I don't care who's right or wrong, I don't try to understand, Let the devil take tomorrow 'cause tonight I need a friend.". J'aime beaucoup la version de Kristofferson et, parmi toutes les autres versions, je trouve que la chanson convient particulièrement bien à  Elvis Presley.
Sur la face B de l'album, il y a une toute petite baisse de régime, avec un peu trop de cordes sur certains titres, mais ça reste excellent, avec Darby's castle par exemple et surtout les titres de début et de fin de face.
Casey's last ride est une autre chanson que j'ai découverte en version Johnny Cash, mais je préfère cette version par son auteur.
Pour Sunday mornin' coming down, par contre, je refuse d'avoir à choisir entre les deux versions. Rien à voir pour ces deux-là avec la toute première version sortie, celle du chanteur parfois comique Ray Stevens, qui explique dans le dernier numéro de The Oxford American qu'il a travaillé sur la production pendant un an avant de l'éditer en 1969.
A commencer par Sunday morning du Velvet Underground, il y a plein d'excellentes chansons sur les dimanches matin paisibles. Il y en aussi beaucoup sur le blues des dimanches et celle-ci se range plutôt dans cette catégorie, avec cette histoire de réveil difficile où, avant de retrouver le protagoniste sur le trottoir ("On the Sunday morning sidewalk, wishin' Lord that I was stoned, 'cause there is something in a Sunday, makes a body feel alone."), on a droit à un premier couplet excellent, avec des phrases choc comme "the beer I had for breakfast wasn't bad so I had one more, for dessert" ou "I fumbled through my closet for my clothes and found my cleanest dirty shirt".
Si vous n'avez pas cet album, assurez-vous de compléter votre collection et, pour tous, profitez du document ci-dessous, une session d'une demi-heure enregistrée en 1970, l'année même de la sortie de l'album.


Une session de trente minutes de Kris Kristofferson et son groupe, sans le guitariste Norman Blake, occupé avec le Johnny Cash Show, pour l'émission Boboquivari en 1970, avec notamment For the good times, Casey's last ride et à la fin une très belle version, malheureusement écourtée, de Sunday morning coming down.


Un document, la fin houleuse avec Me and Bobby McGee du concert de Kris Kristofferson au festival de l'Île de Wight en 1970.


Johnny Cash et Kris Kristofferson, Sunday morning coming down, dans le Johnny Cash Christmas Show, en 1978.

02 janvier 2016

KRAFTWERK : Musique non stop


Acquis d'occasion dans la Marne vers 2010
Réf : 2015087 -- Édité par EMI Pathé Marconi en France en 1986
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Musique non stop -/- Musique non stop

Allez, on entame une nouvelle année, au cours de laquelle on va sûrement continuer de passer de la musique sans arrêt, alors autant commencer franco avec Musique non stop.
Je ne me suis pas vraiment intéressé à l'album Electric café de Kraftwerk à sa sortie en 1986, et pas seulement à cause de sa pochette moche et de son titre pas génial. Je me souviens que l'ami Raoul Ketchup l'avait, lui, et le passait dans notre émission Rock comptines. J'ai d'ailleurs dû lui emprunter son album et m'en faire une cassette, mais c'est tout.
En fait, je ne me suis vraiment intéressé à ce disque qu'avec la sortie en 1991 de The mix, l'album où Kraftwerk a retravaillé une sélection de ses anciens titres. Il n'y en avait qu'un d'Electric café, Musique non stop, mais là je me suis éclaté en l'écoutant, surtout le début avec les voix qui évoquent des sons métalliques : "Boing boom tschak, ping". Ça m'a tellement plu que j'ai utilisé ça pour le début de l'indicatif de mon émission Vivonzeureux ! (en attendant la mort...) à la rentrée de 1991. Un indicatif que j'ai conservé assez longtemps, qui contenait aussi un long extrait de Rush de BAD II.
En fait, la face A d'Electric café est, comme souvent chez Kraftwerk, un seul long morceau, découpé en trois mouvements : Boing boom tschack, Techno pop et Musique non stop. Outre les bruitages vocaux, on retrouve beaucoup l'expression "Musique non stop, Techno pop" et des nappes de synthé très kraftwerkiennes.
Musique non stop est le premier single qui a été extrait de l'album. Il n'a pas eu un très grand succès. Seul le titre du troisième mouvement est utilisé, mais les versions qu'on trouve sur les deux faces de ce 45 tours, sur le maxi et aussi sur The mix, sont en fait des montages qui reprennent des éléments des trois parties de la composition.
Cet album a une histoire particulière, puisque Kraftwerk avait entamé son enregistrement dès 1983. Il a été interrompu plusieurs fois, mais à un moment une version de l'album intitulée Techno pop était presque prête à sortir (on trouve même quelques titres en version démo piratés). Finalement, Kraftwerk a remis son ouvrage sur le métier et l'album retitré Electric café est arrivé en 1986, avec ses graphiques 3D super-modernes mais pas super-esthétiques, mais quand le groupe a ressorti tous ses disques en 2009, l'album est finalement redevenu Techno pop, ce qui lui convient mieux.
Ce n'est peut-être pas Kraftwerk à son meilleur, mais il y a là tous les bons éléments électro-techno du groupe et, avec les "Boing boom tschack" une dose salutaire de distanciation.




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