11 novembre 2018

ZAO : Ancien combattant


Acquis probablement chez A la Clé de Sol à Reims en 1991
Réf : 67016-7 -- Édité par Barclay en France en 1991
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ancien combattant -/- Ne va pas là-bas

11 novembre 2018. La date est éminemment symbolique pour nous tous qui avons toujours vécu avec un jour férié commémorant l'armistice du 11 novembre 1918. Elle l'est peut-être un peu plus pour moi qui suis né dans la Marne, qui ai vécu à Reims, qui habite une maison qui a probablement été endommagée pendant l'une des guerres mondiales, dans un village où l'on trouve un bon nombre de tombes militaires dans le cimetière municipal.



Parmi ces tombes, il y en a plusieurs de "tirailleurs sénégalais", dont les trois ci-dessus, qui sont celles de :
  • SANA, né en 1898 en Haute-Volta, mort le 18 août 1918.
  • Guilaogui TIECOURA, né en 1892 en Guinée, mort le 14 août 1918.
  • LANDOGO, né en 1896 en Haute-Volta, mort le 12 août 1918.
Mareuil sur Ay n'était pas sur la ligne de front en août 1918. Si ces soldats du 103e Bataillon de Tirailleurs Sénégalais sont enterrés ici, c'est parce que l'ambulance militaire n° 13/22 y était stationnée, à l'arrière des lignes et qu'ils y sont morts, comme l'indique la fiche de SANA, qui a été victime d'intoxication au gaz.
Je fais rarement dans l'actualité ou dans la commémoration pour mes chroniques de disques, mais je suis tombé cette semaine en rangeant un autre disque sur ce 45 tours de Zao, avec sa pochette très réussie dessinée par Ben Radis et je me suis dit que c'était l'occasion ou jamais d'en parler.
Ancien combattant est la chanson la plus connue de Zao. La première version sur disque date de 1984. C'est la version essentielle, avec un bel arrangement, avec guitare et ce qui doit être de la flûte. Les paroles de cette chanson à la fois pacifiste et légère ont fait beaucoup pour le succès de la chanson :
"Mundasukiri
La guerre mondiaux
Ce n'est pas beau, ce n'est pas bon
Quand viendra la guerre mondiaux
Tout le monde cadavéré
Quand la balle siffle, il n'y a pas de choisir
Si tu ne fais pas vite changui, mon cher, ho!
Cadavéré
Avec le coup de matraque
Tout à coup, patatras, cadavéré"
Ces paroles, Zao l'a reconnu, sont inspirées en partie d'une chanson plus ancienne, Petit imprudent d'Idrissa Soumaoro, qui n'a jamais été crédité sur les disques de Zao. Mais "l'emprunt" de Zao se limite aux paroles. Tout ce qui "accroche" musicalement dans Ancien combattant, je ne l'entends pas dans Petit imprudent.
Sur mon 45 tours, ce n'est pas la version de 1984 d'Ancien combattant que l'on entend, mais une nouvelle version produite quand Zao a signé chez Barclay. C'est une version survitaminée, électronisée, réalisée par Rap Two et Vi Avelino. On perd beaucoup en subtilité par rapport à la version originale, mais la chanson elle-même est assez forte pour résister à ce traitement, et on comprend que Barclay ait essayé d'en faire un succès. Le disque, ça passe, donc, mais pour la vidéo j'ai vraiment du mal avec les chorégraphies et les danseuses :



Cette version d'Ancien combattant a été incluse sur l'album Barclay Zao 93, qui contient notamment une nouvelle version "techno" d'un autre ancien titre de Zao, Moustique.
Par contre, la face B du 45 tours, Ne va pas là-bas, n'est pas reprise sur l'album. C'est une chanson déconseillant l'exil, avec une production qui laisse plus de place à la guitare et aux percussions et avec des paroles très réussies :
"Là-bas on n'aime pas les autres. Si tu vas là-bas, on t'arrête. Si tu parles beaucoup, on te coupe la tête. Là-bas, on dort dehors. Toi aussi, tu vas dormir dehors. Là-bas, c'est la prostitution. Là-bas, on demande des papiers (...) Ne va pas là-bas, mon cœur est blessé, mon moral est cassé,..."
L'ironie de l'histoire, c'est que Zao a eu lui-même à souffrir de la guerre, en partie en raison de la notoriété d'Ancien combattant. Menacé, il a dû quitter Brazzaville pendant la guerre civile de 1997-1998 au Congo pour se réfugier pendant neuf mois dans la forêt, où l'un de ses enfants est mort de déshydratation.
Par la suite, il a repris son parcours artistique. En 2014, il a sorti un album dont le morceau-titre, Nouveau combattant, est une nouvelle version de son titre fétiche.

06 novembre 2018

NEIL DIAMOND : Classics : The early years


Acquis à la Bibliothèque Georges Pompidou à Châlons-en-Champagne le 3 décembre 2016
Réf : CBS 25531 -- Édité par CBS en Europe en 1983
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

La même semaine, j'ai chroniqué le I'm a believer de Robert Wyatt, j'ai acheté une compilation des Inrockuptibles de titres des B.O.F. de Tarantino avec Girl, you'll be a woman soon par Urge Overkill dessus et j'ai entendu Red red wine par UB 40 à la radio un matin en me rasant. Si avec ça je n'avais pas compris le message m'indiquant qu'il était temps de ressortir cette compilation de Neil Diamond, alors ça voudrait dire que je suis en train de devenir sourd !
J'ai acheté ce disque la dernière fois que je suis allé à une des ventes de la bibliothèque municipale de Châlons, qui écoule notamment une partie des 33 tours en double de son stock. Les fois d'avant, j'avais ramené l'album de Kanté Facelli et Keita Fodéba et un Memphis Slim, pas mal...
Avec Neil Diamond, j'ai débuté sur un mauvais pied. J'ai grandi à l'époque où il était devenu une vedette mondiale, celle de la bande originale de Jonathan Livingston le goëland, notamment, avec sa pochette ouvrante, sa photo romantique de lui sur une plage avec le soleil couchant. C'était parfait pour mes tantes et mes cousines, mais très vite j'ai su que ce n'était pas pour moi. J'ai classé le Neil dans la pop mièvre et je ne m'y suis plus intéressé, sans savoir par exemple que son album de 1976 Beautiful noise était produit par Robbie Robertson du Band (Diamond a participé à The last waltz).
Puis, dans les années 1980, j'ai commencé à voir le nom de Neil Diamond associé à des titres intéressants, comme I'm a believer, que les Monkees ont été les premiers à enregistrer, ou le Red red wine de UB 40. Mais je crois que ce n'est que quand Johnny Cash a sorti son American III : Solitary man que j'ai vraiment commencé à m'intéresser à la première partie du parcours de Neil Diamond, celle où il a écrit et interprété toutes ces chansons qui sont devenues des classiques (Outre celles déjà mentionnées, Kentucky woman a aussi été reprise, par Deep Purple dès 1968).
Et j'ai fini par tomber sur cette compilation il y a presque deux ans. Pour le coup, sur la pochette, avec son blouson et ses bottines, sa banane, ses favoris et sa guitare acoustique, le Neil a plus l'air d'un croisement entre Elvis Presley et Johnny Cash que d'un bellâtre pour midinettes.
Toutes les chansons de cet album ont été enregistrées par Neil Diamond en 1966 et 1967 quand il était en contrat avec Bang Records, après avoir été repéré par Jeff Barry et Ellie Greenwich. Elles avaient déjà été compilées, à deux exceptions près, en 1968 après son changement de label sous le titre Neil Diamond's greatest hits. La plupart sont sorties en face A ou B de 45 tours, et sur deux albums, The feel of Neil Diamond (1966, pour trois d'entre elles) et Just for you (1968, pour huit autres).
Il parait que certains des enregistrements étaient à l'origine des démos, devant servir à proposer les chansons à d'autres éditeurs ou interprètes. Cela explique sûrement pourquoi il y a souvent une production pas trop chargée, dans une ambiance pop-folk, avec relativement peu de cordes. Et du coup, la bonne nouvelle c'est qu'il n'y a quasiment que du bon ici, et que ça donne un disque très agréable à écouter.
Le titre d'ouverture, Kentucky woman, est peut-être l'un de ceux qui m'accrochent le moins, mais j'aime beaucoup les versions par leur créateur des titres que je connaissais, Solitary man, I'm a believer, Red, red wine et même Girl, you'll be a woman soon, quand j'arrive à faire abstraction des paroles ("Jeune fille, tu seras une femme bientôt. Bientôt, tu as auras besoin d'un homme"). Et avec ce disque j'ai découvert d'autres bonnes chansons, comme Cherry, cherry (avec une accroche à l'orgue qui rappelle le truc de I'm a believer), Do it, The boat that I row. You got to me et Thank the Lord for the night time ont même d'agréables accents gospel.
Le succès ultérieur de Neil Diamond a eu tendance à éclipser cette première partie de sa carrière, mais ces titres ont eu suffisamment de succès pour qu'ils les interprètent presque tous à la télévision américaine et qu'on en trouve trace aujourd'hui sur YouTube.

L'intégrale des 23 titres enregistrés par Neil Diamond pour Bang Records est actuellement disponible sur une compilation CD, The Bang years 1966-1968.


En 2011, Neil Diamond se souvient de ses années Bang.









04 novembre 2018

ORCHESTRE NEGRO-SUCCES : Bea nakokufa


Acquis sur le vide-grenier de Magenta le 14 octobre 2018
Réf : 2C 006-15144 M -- Édité par Pathé en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Bea nakokufa -/- Diaka malou

Après le Dany Doriz, c'est l'autre disque intéressant que j'ai trouvé à Magenta cette année.
Là, c'est un brocanteur professionnel qui le vendait et, entre la dame qui négociait les trois cadres dont un avec le verre cassé et les amateurs de capsule de Champagne, le gars ne savait plus où donner de la tête. Il m'avait annoncé 1,50 € pour ses 45 tours qui se battaient en duel dans une boîte à chaussures. Pour la plupart, ils ne les valaient pas du tout. Pour celui-ci, j'aurais bien sûr accepté de payer ce prix mais, par principe avec un pro comme ça, je l'ai marchandé à 1 €.
Ce disque est l'un des centaines et des centaines de 45 tours d'artistes africains sortis par Pathé Marconi EMI. Comme pour mon 45 tours d'Orchestre Tembo chez African, les pochettes Pathé étaient génériques et interchangeables.
Cette fois-ci, pas de bijou, de plante tropicale, de sculpture ou de coquillage, juste un musicien en tenue traditionnelle jouant du tam-tam. La même photo a été utilisée deux références plus tard pour un autre 45 tours du même orchestre, et je ne serais pas surpris de trouver des 45 tours d'autres groupes avec cette photo.



Plus j'y pense, et plus je trouve que ces pochettes reflètent parfaitement un mépris colonialiste qui n'avait pas diminué après les indépendances. Quand on connaît la qualité des instrumentistes sur ces disques, la richesse des arrangements, la précision des enchaînements avec des rythmiques élaborés, quand on sait que ces orchestres devaient avoir une présentation scénique élaborée, avec costumes et chorégraphies, on ne peut que trouver ces pochettes carrément insultantes pour les artistes. Pour rester dans les mêmes années, c'est un peu comme si, pour éditer un disque de Magma aux États-Unis, un label avait choisi une photo d'une alsacienne en costume traditionnel...
Mais la musique gravée dans les sillons de ces 45 tours est souvent excellente, et ça sauve tout. La liste des "succès africains et sud-américains" au verso de la pochette est impressionnante !
Il n'y a que chez Musikifan que j'ai trouvé un historique et une discographie détaillés de l'Orchestre Négro-Succès. Comme souvent avec ces grands ensembles au long cours, c'est assez compliqué.
Les deux principaux personnages sont les guitaristes Bholen, un ancien de l'OK Jazz de Franco, et Bavon Marie Marie, qui était lui carrément un jeune frère de Franco. L'orchestre a même compté parmi ses membres en 1961-1962 Vicky, qui avait été viré de l'OK Jazz, mais qui y est retourné ensuite. L'histoire du groupe a été marquée par la mort accidentelle de Bavon en 1970. Mené par Bholen, qui est mort en 2007, l'orchestre a encore eu quelques succès avant de se séparer en 1973.
Mon 45 tours fait donc partie de ces enregistrements sans Bavon. Pathé sortait tellement de disques que je ne suis pas sûr qu'ils étaient toujours diffusés en grand nombre. Mon 45 tours n'est pas référencé sur Discogs. Il est bien listé chez Afrodisc et un exemplaire est en vente chez Groove Collector, mais c'est à peu près tout.
Je n'ai trouvé nulle part en ligne ces deux excellentes rumbas congolaises qui, sauf erreur de ma part, n'ont été rééditées qu'une seule fois, en 1977 sur un double-album compilation de l'Orchestre Négro-Succès édité en France par Pathé. Alors je vais vous les faire écouter.
Chacune des faces est la plus longue possible, soit cinq minutes (mais on sent bien que l'enregistrement a pu atteindre les vingt minutes), avec un très bon son et une production excellente, même si visiblement c'est du mono. Guitares et cuivres, chant et chœurs, rythmes et percussions, c'est parfait. J'aime beaucoup Bea nakokufa et j'aime tout autant Diaka malou, difficile d'exprimer une préférence, même si j'ai l'impression que c'est la face B qui me reste le plus longtemps en tête après l'écoute.
Je trouve de moins en moins de disques intéressants sur les vide-greniers, mais tant qu'il y aura de temps en temps une exception comme celle-ci, je serais encore incité à mettre le nez dehors le dimanche matin...

 Orchestre Négro-Succès: Bea nakokufa. Orchestre Négro-Succès : Diaka malou.

28 octobre 2018

ROBERT WYATT : EPs


Acquis par correspondance via Amazon en janvier 2017
Réf : DNO 205 -- Édité par Domino aux États-Unis en 2008
Support : 5 x CD 12 cm
19 titres

Je ne sais plus comment je me suis retrouvé à regarder le passage de Robert Wyatt à Top of the Pops en 1974 pour sa reprise du I'm a believer des Monkees. Peut-être bien parce que l'ami Dorian Feller avait trouvé sur une broc l'édition française du 45 tours. En tout cas, ce qui m'avait surtout marqué dans ce document c'est l'ironie suprême de la situation : Robert Wyatt interprétant un tube pop mondial, certes, mais Robert Wyatt dans le temple de la variété anglaise ! Et pas tout seul, en plus, puisqu'il est accompagné, sauf erreur de ma part, par son producteur Nick Mason (Pink Floyd) et par Richard Sinclair (Caravan, Hatfield and The North), Dave MacRae (Matching Mole), Andy Summers (qui avait joué notamment avec Soft Machine, Kevin Ayers et Kevin Coyne, et qui rejoindra plus tard The Police) et Fred Frith (Henry Cow et un des papes des Musiques de Traverses. Fred Frith à TOTP !).



Dans son n° 201 daté de février 2014, Uncut a raconté The making of... I'm a believer. Évidemment, c'est une série de malentendus qui a abouti à cette situation. Robert Wyatt avait dit dans la presse qu'il aimait beaucoup la pop music, "la musique folk de l'ère industrielle" et un dirigeant de son label Virgin l'a pris au mot en lui demandant s'il serait prêt à enregistrer une chanson pop. Et c'est comme ça que, juste après la sortie de son premier album Rock bottom en juillet 1974, Wyatt et Mason sont retournés en studio pour enregistrer, très vite, cette reprise des Monkees, après avoir dans un premier temps envisagé de s'attaquer à Last train to Clarksville.
Le 8 septembre 1974, pour la seule et unique fois apparemment, Wyatt a joué cette chanson sur scène, au théâtre de Drury Lane. Le 45 tours est sorti et il est monté jusqu'à la 29e place des classements de vente. Rien d'extraordinaire, mais suffisamment pour que, avec l'appui promotionnel de Virgin, Wyatt soit invité deux semaines de suite en septembre 1974 à passer à Top of the Pops. Et là, les choses ne se sont pas très bien passées, c'était triste et futile : longue attente, répétition annulée par la pause syndicale, et surtout, ces musiciens plutôt d'avant-garde étaient paumés dans tout ce cirque (même si Caravan, et bien sûr Pink Floyd, y étaient déjà passés). Et puis il y avait le fauteuil roulant de Wyatt. La deuxième fois, le producteur de l'émission a dit qu'il le gênait et qu'il préférerait le voir assis dans un siège en osier. Wyatt l'a envoyé se faire voir, l'autre lui a dit qu'il ne serait plus jamais invité dans l'émission, et Richard Branson est allé acheté un "beau fauteuil roulant ancien" pour calmer les choses et ça a fini par passer.
La chanson originale est vraiment un classique de la pop, avec une mélodie dynamique très forte. J'aime beaucoup la version de Wyatt, et initialement mon intention mon intention était de m'offrir le 45 tours pour le chroniquer ici. Mais les exemplaires avec pochette illustrée sont chers. Les exemplaires anglais sans pochette sont très courants et pas chers, mais avec le port çe revient quand même au minimum à 7-10 €. Pour un prix à peine supérieur, j'ai préféré jeter mon dévolu sur cette compilation EPs, sortie initialement en 1999, qui se présente sous la forme d'un coffret de 5 CD qui permet de revisiter une partie de la discographie solo foisonnante de Robert Wyatt.
Le premier CD s'ouvre avec une version un peu allongée de I'm a believer, suivie de sa face B, Memories, qui doit être donc, du fait du tube, la version, excellente, la plus vendue de la très belle chanson de Hugh Hopper, dont j'ai chroniqué ici la reprise par Material.
Ensuite vient, preuve que Wyatt a essayé de continuer de jouer le jeu de la pop, la reprise ralentie du Yesterday man de Chris Andrews, enregistrée dans la foulée en 1974, qui devait succéder à I'm a believer. Sauf que Virgin l'a trouvée lugubre et a refusé de la sortir (avant de finir par le faire en 1977). Du coup, Wyatt a refusé d'enregistrer pour Virgin, Virgin l'a empêché d'enregistrer ailleurs et Wyatt s'est intéressé pendant un temps plutôt à la politique qu'à la musique.
Le CD est complété par Sonia, une version différente de la face B de Yesterday man, un instrumental aux tonalités caribéennes que j'aime bien au début, mais qui se révèle très répétitif sur la longueur. Et ensuite on a droit à Calyx, un extrait du concert de Drury Lane.
Le coffret fait ensuite l'impasse sur les 45 tours sortis chez Rough Trade, sûrement parce qu'ils sont compilés depuis longtemps sur Nothing can stop us, pour s'attaquer au monument Shipbuilding. On retrouve donc les trois titres du maxi de 1982, avec la version originale de la chanson écrite par Clive Langer pour la musique et Elvis Costello pour les paroles, version qui reste ma préférée, suivie de deux reprises, Memories of you, que j'aime beaucoup, et Round midnight de Thelonious Monk, qui est moins ma tasse de thé.
On trouve ensuite sur ce CD deux titres parus initialement sur des compilations, le bon original Pigs... (in there) sur Artists for animals - The liberator et la reprise de Charlie Haden Chairman Mao chez Recommended Records.




Robert Wyatt, Shipbuilding, en direct dans l'émission Old Grey Whistle Test, en 1983.

Les deux disques suivants ont été conçus dès l'origine comme des EPs. Work in progress (1984) rassemble trois "hymnes séculiers". J'aime particulièrement Yolanda, une chanson d'amour cubaine, et Biko. Là encore, je préfère sûrement la version originale de Peter Gabriel, mais cette reprise est tout aussi émouvante.
Le quatrième disque est celui qui me plaît le moins. Il faut dire que c'est The animals film, la bande originale, parue en mini-album en 1982, d'un documentaire anti-vivisection de Victor Schonfeld. C'est donc à prendre comme tel. Même réduit de dix minutes par rapport à la publication originale, ça reste un peu éprouvant, mais sûrement pas autant que le visionnage du film.
Le cinquième disque est la première publication d'un projet précédemment inédit, le remix par Nigel Butler et Angie Dial de Pmff de quatre titres de Schleep, réalisé en mars 1997, avant même que le mixage "officiel" de l'album soit terminé. On y trouve le quasi-funky Sunday in Madrid et Free will and testament, mon titre préféré de l'album. Ce qui est bien c'est que, même remixé, je retrouve ici ce que j'aime dans la chanson. Je savais qu'on entendait là Paul Weller à la guitare, mais j'ai découvert à cette occasion que la mélodie est due à Kramer, de Shockabilly et Shimmy Disc, et des collaborations avec Dogbowl, parmi des dizaines d'autres.
Voilà donc un excellent coffret, qui aurait été parfait pour moi en remplaçant The animals film par la Peel session de 1974, qui comprend des versions de Sea song, Alifib et I'm a believer.

21 octobre 2018

DANY DORIZ AND MEMPHIS SLIM : Jam session


Acquis sur le vide-grenier de Magenta le 14 octobre 2018
Réf : FAR 12 (JAZZ N° 1) -- Édité par Farandole en France au début des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Make rattle and roll -- Jazz madison -/- Everyday I have the blues -- Shuffle and the vibra

Comme celle de Germaine, la brocante de Magenta a perdu beaucoup de son âme en étant déplacée du centre-bourg au parc des sports. Mais bon, il faisait très beau (comme tous les dimanches ces dernières semaines), il y avait beaucoup de stands (souvent tenus par des particuliers), et surtout j'y ai trouvé quelques disques, dont deux 45 tours vraiment intéressants, ce qui ne m'arrive plus souvent.
Voici le premier de ces 45 tours. Il était perdu dans une petite poignée de disques sans intérêt, à 50 centimes.
Dès que j'ai aperçu le nom de Memphis Slim sur la pochette de cet EP que je ne connaissais pas du tout, j'ai su que je le prendrais, mais en plus je trouve que le recto de la pochette est très réussi et très efficace, avec le montage de photos de Slim, Dany et des lames du vibraphone, et la typographie sur fond rouge.
Le label Farandole m'était inconnu lui aussi. On sait que le disque est du début des années 1960 car le prix est visiblement en nouveaux francs. La mention "N.M.P.P." en haut à droite au verso nous indique que ce disque était distribué non pas chez les disquaires mais dans les points de presse, où l'on trouvait souvent je crois des disques pas chers, plus ou moins décalqués des grands succès. Là, il s'agit d'enregistrements inédits par ailleurs, mais je ne crois pas qu'il y ait eu un n° 2 à la collection Jazz que ce disque inaugurait.
On a droit à des notes de pochette détaillées signées du jazzman américain établi en France Bill Coleman. On comprend vite que le disque se divise en deux parties : deux titres où Memphis Slim est au chant et au piano, accompagné par le quintet de Dany Doriz, et les deux autres, instrumentaux, sans Memphis Slim.
Il y a beau avoir écrit "Make" sur la pochette et la rondelle, le premier titre est bien une version de Shake, rattle and roll de Big Joe Turner (Bill Coleman ne fait pas l'erreur dans ses notes). Outre l'interprétation de Memphis Slim, c'est le saxophone ténor de Charles Barrié qui pour moi marque cette chanson, d'abord avec des notes basses bien rondes, puis avec son solo, avant de laisser la place au vibraphone du chef d'orchestre. Memphis Slim a souvent joué cette chanson sur scène et on en trouve de nombreux enregistrements sur disque, mais je ne crois pas que cette version avec Dany Doriz ait jamais été rééditée.
L'autre chanson avec Memphis Slim, c'est une de ses propres compositions les plus connues, Every day I have the blues. Une bonne version, avec cette fois-ci le solo de vibraphone avant celui de saxo.

Dany Doriz and Memphis Slim : Every day I have the blues.

Les deux compositions de Dany Doriz sont entraînantes. Le fait que la première s'intitule Jazz madison peut nous inciter à penser qu'elle date de la période où cette danse était très populaire en France, en 1962 ou 1963. Dans celle-ci, comme dans Shuffle and the vibra, les deux solistes "dialoguent" au vibraphone et au saxophone.
Leurs noms étant cités par Bill Coleman, je me suis renseigné sur les musiciens qu'on entend sur ce disque. Le fait qu'ils ont tous eu un parcours remarquable en dit long sur la qualité de l'orchestre, à commencer par Dany Doriz lui-même, que je ne connaissais pas du tout mais qui est un pilier de la scène jazz en France. Non seulement c'est un musicien aux talents multiples (vibraphone, saxophone, piano) mais il est aussi depuis plus de quarante ans le propriétaire du Caveau de la Huchette, l'un des hauts lieux du jazz en France, même s'il est en sous-sol. Comme musicien, il a notamment publié chez Frémeaux en 2014 un album avec son Big Band, avec une illustration de couverture par Cabu et la participation de Manu Dibango. Au début de l'été, Manu Dibango était encore l'invité du Big Band pour un concert, à Montauban.
A la section rythmique, on trouve Jean Martin, considéré un temps comme le batteur attitré du club Les Trois Mailletz, et Jean-Pierre Mulot, bassiste dans de nombreuses formations, jazz ou rock dont Les Gamblers.
Pour ce qui est du pianiste Paul Rakotonirina, il suffit de dire qu'on peut voir un Chuck Berry visiblement ému lui rendre hommage sur scène à Bordeaux le 20 novembre 1965 lors d'une interprétation de Wee wee hours. Il était aussi auteur-compositeur et arrangeur. Il a par exemple participé au projet Les Jelly Roll de Richard Bennett.
Quant au remarquable saxophoniste, il s'agit de Charles Barrié. Quand j'ai appris qu'il était de Toulouse et que je l'ai vu mentionné sur la même page que La Tournerie des Drogueurs dans la présentation du livre De briques et de jazz de Charles Schaettel, je me suis dit qu'il était peut-être mentionné dans un livre que Philippe R. m'a fait découvrir à la fin de l'an dernier et que je suis allé illico sortir de l'étagère.



Ce livre, c'est La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive de Michel Boujut (2008), qui mêle fiction et enquête autour d'un fait divers sanglant, le meurtre en janvier 1959 de Jean Lannelongue, le propriétaire de la boîte de jazz contrepétesque La Tournerie des Drogueurs.
Et effectivement, j'ai trouvé page 53 de ce livre la mention en passant de Charles Barrié, puisque c'est son pianiste Gérard Baraillé qui avait épousé la Marie-Thérèse éponyme, rencontrée lors d'une soirée chez Hugues Panassié.
C'est en faisant un bœuf à la Tournerie que Gérard s'était vu proposer de prendre la place laissée vacante dans cet orchestre Nouvelle Orléans (Il a fait ensuite carrière au cinéma sous le nom de Gérard Barray).
Amateur de jazz ou pas, je vous conseille vivement ce court livre de Michel Boujut, ainsi que Souffler n'est pas jouer, un roman dont Louis Armstrong est l'un des héros, situé pendant sa tournée française de 1934, mais aussi, hors musique, le captivant Le jeune homme en colère (1998), enquête sur une célèbre photo de Paul Strand.

13 octobre 2018

THE WALLFLOWERS : Blushing girl nervous smile


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans la deuxième moitié des années 1980
Réf : MANT 83/7 -- Édité par Mantre en Angleterre en 1986
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Blushing girl nervous smile -/- Blushing girl -- Caution to the wind -- A great big river

Cela fait quelques mois que je vois passer des informations à propos de rééditions en vinyl par le label  Optic Nerve. Il faut dire que, dans leur catalogue centré sur les années 1980 et 1990, on trouve Apple Boutique de l'ami Phil King et un autre de ses anciens groupes, The Servants, et aussi Girls At Our Best, Red Sleeping Beauty de McCarthy, Pulp, The Monochrome Set...
Les 45 tours sortent au rythme d'un par mois, on peut s'y abonner façon club et j'ai bien l'impression que, avec les abonnements et les précommandes, l'intégralité du pressage de certains titres est parfois épuisé avant même la date de sortie.
Il y a quelques semaines, j'ai été surpris d'apprendre qu'une de leurs prochaines sorties serait ce maxi de The Wallflowers (un groupe anglais, pas celui créé plus tard du fils de Dylan).
Pour le coup, c'est un disque vraiment obscur, mais je le connais bien car j'en ai acheté un exemplaire dans la cave du Record and Tape Exchange à Londres quelques temps après sa sortie en 1986. C'est un disque qui a dû être très peu acheté chez les disquaires. Mon exemplaire avait été envoyé par une boite de promotion (qui a apposé son étiquette au verso de la pochette) à un professionnel quelconque, qui s'en est vite débarrassé. Chez Record and Tape Exchange, ils en demandaient initialement 1,40 £ mais, comme ils n'ont pas trouvé preneur, le prix a baissé en cinq étapes jusque 10 pence. A ce moment là, le disque était à la cave, dernière étape avant la poubelle. C'est là que je suis passé lors d'un de mes séjours à Londres et que je l'ai sauvé, sans connaître le groupe mais en me disant qu'à ce prix-là je pouvais tenter le coup sans grand risque.
Et il se trouve que j'ai toujours bien aimé Blushing girl nervous smile, la face A du disque, au point de l'avoir programmé dans l'une de mes émissions sur Radio Primitive. Guitare "jangle", gros son de basse, chant un peu enrhumé, refrain accrocheur, tout autant que les parties de guitare qui suivent. Tout à fait de son temps, mais tout fait méritoire également. Il y a plein de chansons moins bonnes qui ont fait des tubes à l'époque, et c'est justement ce que pensait Michael Hann du Guardian qui, dans un article de 2012, expliquait que ce groupe de sa ville de Slough fait partie de ceux dont on est persuadé qu'il va réussir mais qui n'y parvient finalement pas.
Et pourtant, The Wallflowers ont eu de bonnes opportunités, comme l'indique leur biographie. C'est Peter d Brickley qui a fondé ce groupe après avoir joué avec The Telephone Boxes, qui avaient fait la première partie des Smiths lors de leur toute première tournée. Blushing girl nervous smile, leur premier single, est sorti sur un label indépendant, mais Brickley avait signé un contrat d'édition avec Warner Chappell. En 1987, le deuxième single, Thank you, a été produit par rien moins qu'Andy Partridge d'XTC et il y a eu un troisième single, 83.7 °. Un album, Love peace and pugwash, a été enregistré à cette époque, mais il est resté dans les tiroirs jusqu'à ce que le groupe le diffuse en 2012.
On trouve trois titres sur la face B, et ça commence par Blushing girl, une version différente du titre de la face A, sans le sourire nerveux, qui se trouve là peut-être parce Peter Brickley a apparemment toujours trouvé l'autre trop produite. Mais je ne vois pas trop l'intérêt car les différences entre les deux ne sont pas flagrantes. En tout cas, cette version va rester "collector" car elle n'est pas reprise sur la réédition.
Vient ensuite Caution to the wind, un autre titre dans la veine indie-pop, moins remarquable mais plutôt correct. Par contre, je ne sais pas si c'est moi mais j'ai bien l'impression qu'il y a un gros problème de chant sur le dernier titre, A great big river, surtout au début, au point que ça sonne comme une démo mal dégrossie et que c'est pénible à écouter.
The Wallflowers, un groupe parfaitement obscur, donc, c'est pourquoi j'ai été surpris de constater après l'annonce de la réédition que, chez Discogs l'édition originale de ce single se négocie autour de 60 €. Tous mes disques ne voient pas leur valeur multipliée par 500 en 30 ans, sinon je serais peut-être riche, si l'envie me prenait de les vendre...

La réédition en 45 tours limitée à 350 exemplaires de trois titres de ce maxi est annoncée par Optic Nerve pour le 29 mars 2019. Les commandes sont ouvertes.

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