20 avril 2014

JULIAN COPE : Fear loves this place E.P.


Acquis chez O'CD rue des Ecoles à Paris dans les années 1990
Réf : CID 545 + CIDX 545 -- Edité par Island en Angleterre en 1992 -- n° 6633
Support : 2 x CD 12 cm
4 + 4 titres

Julian Cope a débuté son parcours chez Island en 1986 avec World shut your mouth et Saint Julian. Il l'a terminé fin 1992 quand le label a mis fin à son contrat juste après la sortie de JehovahKill, un album qu'il avait initialement refusé d'éditer. Ce disque, présenté comme "A JehovahKill companion" est le seul single qui en a été extrait.
En tout cas, jusqu'au bout Island aura investi fortement dans l'emballage des disques de Cope. JehovahKill a eu droit à un plastique bleu particulièrement seyant, mais pour ce Fear loves this place on a carrément un coffret cartonné et doré et des CD également dorés. Grosse différence cependant avec un précédent double single, l'excellent Sunspots, sorti en 1984 : en 1992, pour avoir les deux disques, il fallait les acheter séparément, à une semaine d'écart, pour aider à faire gonfler les ventes (et bien sûr, Sunspots était sorti en 45 tours, pas en CD...).
Le label avait envoyé le coffret avec ses deux disques à La Radio Primitive au moment de sa sortie. Je le connaissais donc bien et je n'avais pas investi dans l'achat de l'objet au prix fort, mais j'ai été bien content de le trouver d'occasion quelques temps plus tard.
Reste cependant que, en tant que single, Fear loves this place est à classer parmi les faces A plutôt faiblardes dans la production de Julian Cope. La chanson est un peu molle du genou, surtout dans les premières secondes, le chant n'est pas convaincu. Heureusement, le refrain est à peu près passable et il y a une partie instrumentale un peu remuante vers le milieu.
J'ai toujours trouvé que le titre suivant, même s'il est livré ici avec un son un peu démo, aurait fait une meilleure face A. Seul souci, ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai appris que I have always been here before, est une reprise de Roky Erickson, sorti initialement en 1990 sur la compilation-hommage Where the pyramid meets the eye. Outre que je ne connais pas le titre original, j'ai une bonne excuse pour mon ignorance : contrairement au CD 2, il n'y a absolument aucun crédit d'auteurs-compositeurs pour le CD 1 du coffret. En tout cas, je constate que, sans avoir acquis l'album, j'ai quand même chez moi quatre des dix-neuf titres de l'hommage à Roky, puisque, outre celui-ci, Slip inside this house de Primal Scream est sur Screamadelica, Reverberation (Doubt) de Jesus and Mary Chain est en face B d'Almost gold et I had to tell you est sur un EP de Poi Dog Pondering !
Les deux autres titres du CD 1, Sizewell B. et Gogmagog, sont deux excellentes faces B, surtout Gogmagog, qui est un peu comme une suite de Mik mak mok en plus crade, plus bourrin et plus délirant.
Le CD 2 poursuit dans la même veine, mais un ton en-dessous, avec Paleface, qui sent son improvisation krautrock en studio, Nothing, un titre acoustique enregistré au dictaphone (ça s'entend !), et Starry eyes, une histoire narrée avec illustration sonore de sept minutes qui évoque notamment les mégalithes chéris de Cope.

Les rééditions en double CD actuellement disponibles de JehovahKill contiennent les sept titres de ce double single.

18 avril 2014

MARTHA AND THE MUFFINS : Saigon


Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en 1980
Réf : Din 17 -- Edité par Dindisc en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Saigon -/- Copacabana // anabacapoC

Comme beaucoup, c'est par Echo beach que j'ai connu Martha and the Muffins. J'ai trouvé ce disque quelque temps après sa sortie, soldé 5 francs, avec un coin coupé. Par contre, pour le suivant, Saigon, lui aussi extrait du premier album du groupe, Metro music, j'ai cassé ma tirelire en achetant le disque en import chez mon fournisseur local (Je ne crois pas avoir vu en rayon à l'époque le pressage français chez Polydor).
Je ne le savais pas car il n'est pas crédité, mais la pochette de ce 45 tours est due à Peter Saville,  réputé pour sont travail avec Factory Records et Orchestral Manoeuvres In The Dark. Comme à son habitude, Saville a utilisé pour ce pressage anglais un carton texturé, un peu comme du papier peint. L'idée était de faire penser à une serviette en papier, d'où le décor et le monogramme, reproduits dans une variété de deux ou trois couleurs d'encre selon les tirages.
Groupe canadien signé sur label anglais, Martha and the Muffins était produit en Angleterre par un australien, Mike Howlett qui, comme Steve Hillage, un autre ex-membre de Gong, a produit quelques disques importants de la new wave.
Saigon n'est certes pas une chanson aussi accrocheuse qu'Echo beach, mais elle est d'excellente facture, avec à un moment une combinaison de guitare électrique, de saxophone et de basse inventive qui ne peut qu'évoquer Magazine. Sur le blog The Same Mistakes, on trouve la précision que cette version est différente de celle de l'album : plus courte, avec au minimum un mixage différent. Je ne risquais pas de m'en rendre compte moi-même car je n'ai jamais eu l'occasion d'acheter Metro music, et il est bien possible que je n'aie même jamais écouté l'album en entier !
La face B de ce 45 tours met une autre localité à l'honneur, et c'est surtout une curiosité vinylique. Pas de sillon en boucle pour Copacabana, mais carrément un double sillon : deux titres gravés en parallèle et, selon l'endroit où tombe la pointe, on écoute ce court instrumental sautillant aux airs de fête foraine dans sa version normale, sinon, on l'a à l'envers ! Une raison de plus de ne pas laisser passer ce disque si on tombe dessus.

Bizarrement, c'est le deuxième album du groupe, Trance and dance, qui a eu droit l'an dernier chez Cherry Red à une réédition en double CD avec titres bonus. Metro music, leur disque le plus populaire, n'a pas encore eu cet honneur, et le CD remastérisé sorti il y a quelques années est désormais épuisé et vendu à un prix prohibitif. L'album est cependant disponible en téléchargement et il y a des compilations, mais sans Copacabana.


Martha and the Muffins, Saigon, filmé par Tim Pope en concert à l'Electric Ballroom de Londres le 3 mai 1980.

06 avril 2014

BUSH TETRAS : Rituals


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers 1984
Réf : FE 16 -- Edité par Fetish en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Can't be funky -- Funky instrumental -/- Cowboys in Africa -- Rituals

Bush Tetras, c'est un groupe qui sera éternellement associé à un reflux de la No Wave. Pour de bonnes raisons, certes, puisque le groupe était de New York, avec une guitariste membre fondatrice des Contortions, et qu'il est arrivé au début des années 1980 plutôt qu'à la fin des années 1970. Mais, en réécoutant aujourd'hui leur funk "froid" (grosse basse, guitares tranchantes, rythmes saccadés), c'est bien plus à des anglais qu'on pense, principalement à Gang Of Four. Et comme le groupe a une chanteuse, on peut affiner en évoquant Delta 5, la faction féminine de Gang Of Four, ou les excellents Au Pairs. On citera quand même ESG côté Amérique, d'autant que les deux groupes ont eu 99 Records comme label commun.
C'est Bernard Lenoir dans Feedback qui m'a fait connaître Bush Tetras, en passant souvent leur premier single Too many creeps, et surtout en leur offrant un "concert" Feedback en direct de New York. En fait, ce concert était une session en direct arrangée par sa correspondante dans la ville à l'époque, diffusée depuis le studio minuscule d'une radio. J'avais enregistré l'émission et je suis sûr que si j'avais le courage d'aller fouiller une demi-heure dans la malle au grenier je retrouverais la cassette.
Côté disques, j'ai trouvé leur deuxième, Things that go boom in the night, chez New Rose au moment de sa sortie. Le suivant, ce Rituals, sorti aussi en 1981, je l'ai eu quelques temps plus tard, pendant l'année que j'ai passée à écumer les bacs des disquaires à Londres. Les spécialistes du Record & Tape Exchange devaient penser que ce maxi avait peu de chances de se vendre car ils ne l'avaient mis qu'à 60 pence. Pas besoin donc d'attendre qu'il baisse et soit relégué à la cave...
Après ça, Bush Tetras s'est séparé sans avoir sorti de véritable album. Certes, il y a eu dans les années 1980 deux cassettes chez ROIR, une en concert et une compilation avec quelques inédits, mais le groupe a dû attendre sa reformation au milieu des années 1990 pour sortir son premier album studio, Beauty lies.
En 1981, Bush Tetras a bénéficié d'une grosse opération de promotion menée par la branche américaine de Stiff Records : un concert à Londres au Rainbow et un album live pour cinq groupes américains, The Bongos, Raybeats, The dB's, Bush Tetras et Fleshtones. A l'exception des derniers nommés, tous ces groupes ont par la suite fortement axé leur carrière sur l'Angleterre, en signant sur un label local, en prenant un producteur du cru ou en y enregistrant (et parfois les trois !). Commes les Bongos, Bush Tetras a signé chez les anglais Fetish, ce qui nous vaut de belles pochettes dues à Neville Brody et, si ce disque a été enregistré à New York, il est produit par un anglais, Topper Headon, dont le groupe a fait la connaissance en assurant la première partie de Clash.
J'ai longtemps hésité à chroniquer en premier ce disque plutôt que Boom, dont j'aime beaucoup les deux faces. Si j'ai opté pour ce maxi, ce n'est pas tant pour sa face Rhythm, la première, où l'on trouve Can't be funky. Pas un mauvais titre, mais le propos est un peu creux ("You can't be funky if you haven't got a soul"), et la version instrumentale, avec au saxophone un pote de Topper Headon, Gary Barnacle, est assez repoussante. Elle donne une idée de ce qu'aurait pu devenir le son du groupe une fois affadi par un gros label.
Heureusement, il y a la face Paranoia, avec deux excellentes chansons. La première, Cowboys in Africa, est rapide, avec la basse énorme au premier plan et la guitare saturée pas loin derrière. Peut-être bien le meilleur titre tout court du groupe, qu'on dirait presque échappé des sessions de Metal box de PIL. Pour Rituals, le rythme est plus lent, avec une ligne de guitare au son twang comme fil rouge tout du long. Aussi bien le chant que ce que je comprends des paroles (" This isn't any life, it's just our stupid lifestyle, when everybody says 'hello' but never says 'I love you' ") me rappellent cette fois énormément le Au Pairs de Playing with a different sex.


Les titres de ce maxi figurent tous sur la compilation de 2006 Boom in the night : Original studio recordings 1980-1983, actuellement disponible.


05 avril 2014

MARIA VINCENT : En revenant


Offert par Philippe R. à Mareuil-sur-Ay le 8 mars 2014
Réf : 432.982 BE -- Edité par Philips en France en 1963
Support : 45 tours 17 cm
Titres : En revenant (I'm movin' on) -- Danke schoen -/- Trop fort -- Ne t'en vas pas (Look at me)

Philippe a trouvé cet exemplaire du disque à Nantes l'an dernier. Le feutre est presque effacé mais on lit encore la dédicace de Maria Vincent, "Pour Jean-Marie, avec mes souhaits de prompt rétablissement". Philippe me l'a offert en pensant que la reprise du I'm movin' on de Hank Snow pourrait m'intéresser. Il s'agit en fait d'une version de l'adaptation en français qu'Eddy Mitchell venait d'en faire sur son premier album sous son nom. Evidemment, en pleine période yé-yé, Eddy change complètement le sens de la chanson en faisant revenir le narrateur en train vers l'être aimé (dans la version originale, l'amoureux trompé dit au cheminot d'accélérer et n'a aucune intention de revenir...), mais la version est effectivement intéressante. Le chant est tout à fait honnête et l'interprétation musicale, due à Michel Colombier et son Orchestre, est sobre et de grande qualité : les instruments sont détachés les uns des autres, avec une grosse basse, une guitare rythmique et la batterie. Il y a un bon travail sur les vocaux, qui reproduisent le "Tchich tchick tchick" du train en plus des choeurs sur le refrain.
Danke schoen est une version d'un titre de Bert Kampfaert, sans trop d'intérêt. Par contre, Ne t'en vas pas, le troisième titre orchestré par Michel Colombier est très bien, avec une tonalité soul/rhythm and blues très marquée. Il y a plein de chansons avec Look at me dans leur titre, mais je n'ai pas réussi à identifier laquelle, écrite par J. Cole, est ici adaptée en français.
Pour Trop fort, le quatrième titre, Maria Vincent est accompagnée par Maurice Vander et son Orchestre. C'est une de ces chansons lentes avec des poussées mélodramatiques soulignées par des cuivres, dans un style un peu à la Spector. Elle est co-signée par Pierre Barouh et un certain Franck Dalone. Laurent Balandras, dans son livre L'Intégrale Nougaro: L'histoire de toutes ses chansons, nous apprend que Franck Dalone était un pseudonyme régulièrement utilisé par Maurice Vander, qui était aussi à l'époque le compagnon de Maria Vincent. En 1966, Nougaro et Dalone ont signé ensemble La chanson de Maria pour Maria Vincent.
Les notes de pochette de Claude Dejacques au dos nous explique qu'En revenant est le premier disque Philips de Maria Vincent. Elle était pourtant loin d'être une débutante en 1963 puisque sa discographie débute en 1957 avec Embrasse-moi, qui contenait des chansons d'Aznavour et Bécaud. Philips était même son quatrième label. Elle y a sorti cinq 45 tours jusqu'en 1966.
En préparant ce billet, j'ai trouvé des références à une actrice également nommée Maria Vincent (1929-2001). Ce prénom et ce patronyme étant peu discriminants, j'ai poussé plus loin mes recherches pour savoir si on pouvait avancer que la chanteuse et l'actrice étaient une seule et même personne. Je pense que c'est effectivement le cas, et ce sont les photos du film Joë Caligula : Du suif chez les dabes chez Francomac qui m'ont convaincu. Maria Vincent interprète Léa dans ce film de José Bénazéraf, qui a l'air intéressant à deux titres au moins, sa musique (signée Jacques Loussier, Eddy Mitchell, Ronnie Bird et Vince Taylor pour la chanson Trouble) et ses démêlées avec la censure (le visa d'exploitation a été refusé au film en 1966, qui n'est sorti qu'en 1969, délesté de quelques scènes jugées trop lestes).
Beau parcours en tout cas pour quelqu'un qui jusque là m'était parfaitement inconnue !


Maria Vincent joue Léa dans Joë Caligula : Du suif chez les dabes de José Bénazéraf (1966).

30 mars 2014

JOHNNY DOWD : Wake up the snakes


Acquis chez Parallèles à Paris le 28 décembre 2011
Réf : MRCD 312 -- Edité par Munich au Bénélux en 2010
Support : CD 12 cm
13 titres

J'ai prévu de chroniquer un disque de Johnny Dowd ici depuis le tout début de l'aventure, et ça fait plus de deux ans que mon choix s'est porté sur cet album, mais depuis tout ce temps le CD languissait dans la pile des disques en attente de chronique. C'est la discussion cette semaine autour de sa version de Mother's little helper qui m'a décidé d'arrêter de tergiverser plus longtemps.
J'ai connu Johnny Dowd il y a une quinzaine d'années déjà, par des titres sur des compilations Glitterhouse comme A picture from life's other side et surtout First there was, de son premier album, The wrong side of Memphis. Depuis, entre mes disques et ceux de Philippe R., j'ai bien dû écouter six ou sept de ses nombreux albums (un par an quasiment depuis 1997), mais pas les deux plus récents, No regrets et Do the gargon. Sa bio particulière a contribué à sa réputation (un quinquagénaire patron d'une boite de déménagement qui se met à sortir des disques), mais c'est sa musique, son univers sombre, voire glauque, pas optimiste pour un rond, qui lui vaut d'être suivi de près, notamment en Europe. On est sur le fil du rasoir, y compris pour le chant, qu'il partage souvent  avec Kim Sherwood-Caso.
Souvent, je picore quelques chansons qui me plaisent beaucoup dans les albums de Johnny Dowd, mais quand j'ai écouté Wake up the snakes la première fois, c'est l'album dans son ensemble qui m'a tout de suite plu, peut-être parce que, comme Dowd l'a expliqué sur son site au moment de l'enregistrement, il a voulu pour l'occasion revenir aux racines soul/garage de sa jeunesse, avec beaucoup de basse fuzz et de farfisa. Ça donne des titres avec de gros riffs ou un gros groove (Howling Wolf blues, Swamp woman, Fat Joey Brown avec son solo de tuba) et des choses plus surprenantes chez Dowd comme des rythmiques quasi bossa et des ambiances presque easy listening (Hello happiness, Words of love). Mais on est bien chez Dowd, et quand une chanson s'intitule Hello happiness, on se doute que c'est ironique. Pour Words of love, le titre est suivi de "I should never have spoken". Par contre, quand il est question de mensonges dans Lies, y a pas erreur ("I told you nothing but lies"). Le contraste le plus saisissant, c'est sûrement  sur Me and Mary Lou, l'un des grands moments du disque. Le rythme est plutôt guilleret, mais si on écoute les paroles, ça fait presque froid dans le dos. Comme souvent, Johnny Dowd se met dans la peau de son personnage et raconte à la première personne sa vie avec Mary Lou, la naissance de leur fille Jessie un jour de Noël (dans un motel pour économiser sur les factures de la maternité), la mort de Mary Lou à vingt-six ans. Il boit beaucoup, et surtout il aime Jessie "pas comme un père devrait". Et Jessie, par la voix de Kim Sherwood-Caso, explique à Papa qu'elle veut bien tout faire pour adoucir sa douleur, mais s'il pouvait ne pas l'appeler Mary Lou...
La tournée européenne qui a suivi la sorti de Wake up the snakes est passée pas très loin de chez moi, à l'excellent festival Musique Action à Nancy. Je regrette un peu d'avoir raté ça, mais bon, j'étais en vacances en Angleterre cette semaine-là, et malheureusement, on ne peut pas avoir son gâteau et le manger !


Johnny Dowd, Hello happiness, en concert à The Chapter House, chez lui à Ithaca, le 9 janvier 2010, quelques jours après la fin de l'enregistrement de l'album. C'est filmé par un membre du public, visiblement.

29 mars 2014

JOHNNY HORTON : Le grand Sam


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 22 mars 2014
Réf : 435.144 BE -- Edité par Philips en France en 1961
Support : 45 tours 17 cm
Titres : North to Alaska "Le Grand Sam" -- The electrified donkey -/- Johnny Freedom -- Comanche - The brave horse

Deux bonnes nouvelles pour ce qui concerne l'Emmaüs du coin : ils ont réorganisé le rayon disques et profité de l'occasion pour revenir à une tarification raisonnable en baissant les prix de moitié (50 centimes le 45 tours  et 1 € le 33 tours), et surtout, lors de mes deux dernières visites ils avaient rentré dans le stock une poignée de disques pas inintéressants, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps.
Par exemple, j'en suis revenu samedi dernier avec ce superbe EP du début des années 1960. Je l'ai d'abord pris pour sa superbe photo de pochette, tirée du film North to Alaska (Le grand Sam dans sa version française), avec de gauche à droite les trois acteurs principaux, Capucine, John Wayne et Stewart Granger. Le film est un western tardif d'Henry Hathaway, qui ne se passe pas dans l'Ouest des Etats-Unis, mais entre l'Alaska et Seattle. J'ai aussi été tout de suite intéressé par le titre d'une des chansons, The electrified donkey (L'âne électrisé). Par contre, le nom de Johnny Horton ne m'a absolument rien dit sur le coup, alors que j'ai eu l'occasion de lire la notice que Gérard Herzhaft a écrite sur lui dans Country : Les incontournables.
Country, Johnny Horton l'a été, à ses débuts vers 1950 quand il se faisait appeler Le Pêcheur Chantant, et vers la fin de sa courte carrière (il a été victime d'un accident de travail fin 1960 à 31 ans, mort comme beaucoup d'autres professionnels du spectacle dans un accident de voiture en rentrant d'un concert) avec des chansons-sagas historiques comme The battle of New Orleans qui ont été de grands succès. Country, il l'a en fait toujours été, mais vers le milieu des années cinquante, devenu ami avec Elvis Presley, il a enregistré toute une série de titres très musclés et électriques (avec parfois Bill Black, le bassiste d'Elvis, et presque toujours avec Grady Martin à la guitare) qui lui ont valu une place au Rockabilly Hall of Fame.
Issu de sa toute dernière session d'enregistrement en août 1960, North to Alaska a été n° 1 des hit-parades country la semaine suivant la mort d'Horton. On entend la chanson pendant le générique de début du film. C'est d'une facture très classique, dans le style récitatif, mais avec les choeurs et la voix basse très grave pour chanter "Way up North", ça passe très bien.
On notera le crédit donné à Hubert Ithier pour cette chanson. C'est un nouvel exemple d'une pratique assez courante à l'époque, avec la complicité des éditeurs, des labels et de la SACEM. Ithier doit être l'auteur de l'adaptation de la chanson pour la version française du film (sûrement chantée par André Dassary). C'est peut-être lui qui a trouvé le titre Le grand Sam, ou les distributeurs français du film. Toujours est-il qu'ici Horton interprète sa chanson originale North to Alaska et qu'Ithier n'a absolument rien à voir là-dedans, mais ce simple crédit permet de "siphonner" une partie des droits d'auteur et d'éviter que toutes les recettes générées par les ventes du disque repartent aux Etats-Unis...
Pour accompagner North to Alaska sur cet EP, Philips a choisi les deux faces d'un 45 tours américain sorti quelques mois plus tôt, associant Johnny Freedom, une chanson suffisamment rythmée et dynamique, avec une énorme contrebasse, pour qu'on lui passe son côté patriotique, et Comanche (The brave horse), l'une des chansons historiques de Johnny Horton, qui passe très bien aussi.
Comme espéré, le petit joyau du disque c'est The electrified donkey, sorti en 45 tours à peine un an plus tôt, fin 1959, mais avec un son furieux digne de sa période rockabilly. Il faut dire que, sur la session, il y avait pas moins de trois grands guitaristes : Grady Martin, Hank "Sugarfoot" Garland et Tommy Tomlinson. C'est évidemment une pochade, qui conte les mésaventures d'un âne après qu'il s'est pris un coup de jus par une clôture électrique nouvellement installée, mais, entre les guitares, le chant énergique d'Horton et les choeurs qui font "Hi han", c'est un régal ! Et des disques comme ça, je veux bien en trouver toutes les semaines pendant cette saison des vide-greniers qui s'annonce !



Johnny Horton, The electrified donkey. Attention, cette version acoustique, véritablement campagnarde, a peu à voir avec la version électrifiée du 45 tours.




23 mars 2014

POLYPHONIC SIZE : Winston and Julia (Remix)


Acquis probablement chez New Rose à Paris vers 1983
Réf : IND 127 638 -- Edité par Lark en Belgique en 1982
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Winston and Julia (Remix) -/- Je t'ai toujours aimée -- Parties dance

Si j'avais été le moins du monde sensé, jamais je n'aurais acheté ce disque. En effet, j'avais déjà deux disques avec Winston and Julia, l'album Vivre pour chaque instant et le petit 45 tours édité en France par New Rose. Certes, on  nous annonce ici une version différente, remixée, mais quand même. En face B, Je t'ai toujours aimée est aussi un titre de l'album et, comble des combles, je suis à peu près sûr que quand j'ai acheté ce maxi édité en Belgique, j'avais déjà l'album-compilation New Rose 83, qui contient lui aussi la seule vraie "rareté" de ce disque, Parties dance. En plus, la pochette est très quelconque. A ce compte-là, il aurait mieux fallu mettre en valeur le montage photo avec un bébé et un circuit électrique relégué en petit au verso.
Aucune excuse donc, d'autant qu'il s'avère que, à l'écoute, le remix de Winston and Julia est des plus discrets. Pour tout dire, je serais bien incapable de pointer des différences flagrantes entre les deux versions, même après les avoir enchaînées, à part une boite à rythmes rajoutée sur l'intro. Au moins, personne n'a bousillé cette excellente chanson...
Je t'ai toujours aimée est aussi l'un des excellents titres de l'album. C'est l'autre face A de 45 tours éditée en single en France par New Rose, ce qui me permet d'ajouter ce disque à ma collection de singles à "double face A" (en y repensant, c'était le cas aussi du petit 45 tours, vu que Mother's little helper est sortie deux fois en titre principal de maxi en Belgique aux Etats-Unis).
Je t'ai toujours aimée est une chanson d'amour au ton qui sort de l'ordinaire. Comme pour presque toutes les chansons de Polyphonic Size, les paroles sont de Dominique Buxin et la musique est de Roger-Marc Vande Voorde, aidé pour ce titre, comme pour Parties dance, par Jean-Jacques Burnel des Stranglers. En fait, ces deux chansons ont été composées très rapidement en studio, et JJ Burnel, en plus de produire et de jouer de la basse, chante sur les trois titres de ce maxi. L'intérêt pour cette chanson a été renouvelé au début de ce siècle quand Dominique A l'a reprise sur son album Auguri.
S'il est question de fesses dans Je t'ai toujours aimée, le refrain de Parties dance en est lui carrément à "Balancez les couilles, agitez le zizi, il faut que ça mouille". Si je les comprenais toutes, j'imprimerais bien toutes les paroles de cette galéjade, ce "rock des parties génitales" où, du français à l'anglais, JJ Burné aborde les thèmes du sexe et de la drogue, avec cette proclamation d'entrée : "Ici le art très sérieux, un petit peu de culture à Bruxelles". Allez, un peu de la suite : "Balancez les couilles, agitez le zizi, il faut que ça mouille. Allez hop c'est parti, prenez la pilule les filles, avant d'aller danser, car les gar(e)s, ça pullule, toute la nuit, et tout peut arriver". Qui a dit que la new wave était lugubre ? Moi, même trente ans après, plus c'est bête, plus ça me fait rire. Et rien que pour réécouter ça, je ne regrette finalement pas d'avoir investi dans ce disque.

Les trois titres de ce maxi ont été repris en 1991 sur la compilation The prime story. Le CD n'est pas disponible actuellement, mais la compilation est en vente sur les sites de téléchargement.


Polyphonic Size (Roger-Marc Vande Voorde, Jean-Jacques Burnel, Martine Burlée), Je t'ai toujours aimée, dans l'émission Platine 45, en 1983.

POLYPHONIC SIZE : Winston and Julia


Acquis probablement à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en 1982
Réf : NEW 10 -- Edité par New Rose en France en 1982
Support : 45 tours + 33 tours 17 cm
Titres : Winston and Julia -/- Mother's little helper -- RDA/RFA (dans les gares)

Ceci est le premier single extrait de l'album Vivre pour chaque instant / Live for each moment de Polyphonic Size. Pour l'occasion, Belle Journée En Perspective a légèrement modifié la pochette réalisée pour l'album.
Pour préparer cette chronique, je viens de réécouter l'album en entier pour la première fois depuis longtemps, et je le trouve toujours aussi bon. Si le son est à dominante électronique sur tout le disque, on y trouve une association assez rare de titres à l'ambiance plutôt sombre typiquement new/cold wave et d'autres beaucoup plus légers aux paroles à calembours dans la lignée de Vian, Gainsbourg ou Dutronc.
Winston and Julia, une chanson inspirée par le roman 1984 de George Orwell, fait bien sûr partie de la première catégorie, même si le rythme est enlevé et presque dansant. C'est aussi l'une des chansons de l'album écrites principalement en anglais. Sur l'excellent site dédié à Polyphonic Size, j'ai un peu tiqué quand j'ai vu affirmé d'emblée sans commentaire particulier que Jean-Jacques Burnel chante cette chanson. En soit, ce n'est pas très surprenant. Le bassiste des Stranglers a produit l'album et à l'oreille effectivement ça semble bien être sa voix. Simplement, sur l'insert à l'intérieur de l'édition française de Vivre pour chaque instant, il est crédité à la basse et aux choeurs pour l'album dans son ensemble. Il y a une précision pour indiquer qu'il se charge du chant principal pour Je t'ai toujours aimée, mais rien du tout pour Winston and Julia. Sans doute un oubli, ou une histoire de contrat avec CBS, le label des Stranglers.
Avant de connaître cette chanson, je ne savais rien de 1984, de Big Brother ou d'Orwell. J'ai donc bien potassé les paroles de la chanson, puis j'ai volontairement et symboliquement attendu que la véritable année 1984 arrive pour lire le roman.
Les paroles sont réussies. Avec des expressions comme "The truth is when you lie", "The past changes every day" ou "The party rules your mind", elles pourraient servir de point d'entrée pour étudier le roman. Il est dommage que, en plus de faire appel à Eurythmics, Michael Radford n'ait pas pensé à utiliser Winston and Julia pour la bande originale de son adaptation filmée du roman, sortie précisément en 1984.
Etant donné que j'avais déjà l'album, j'ai surtout acheté ce disque pour les deux titres de la face B, que je ne connaissais pas. Cette face B est un double piège pour les gens de radio : elle se joue en 33 tours, alors que la face A est bien en 45 tours, et le premier titre marque plusieurs temps d'arrêt vers la fin avant de repartir. Comme pour Ranking full stop de The Beat, Bernard Lenoir s'était fait avoir dans Feedback en commençant à parler alors que la musique reprenait.
La reprise de Mother's little helper a paru pour la première fois en Belgique en 1981 sur le maxi PS. On l'a retrouvée en 1982 comme morceau-titre de la première parution américaine du groupe, un maxi cinq titres qui comprenait également RDA/RFA. Avant d'entendre cette reprise, et pendant des années encore après, je ne connaissais pas la version originale des Stones. Ça ne m'a pas empêché, au contraire, d'apprécier cette version synthétique et saccadée, à classer parmi les grands exercices de style new wave stoniens, dans l'ordre entre Satisfaction par Devo et Under my thumb par les Bakersfield Boogie Boys. J'ai fini quand même par écouter et apprécier la version des Stones. C'est l'une de leurs chansons marquantes, encore plus pour les paroles que pour la musique, pour une fois. Le côté folk-rock avec des intonations orientales pré-psyché est certes novateur mais, à part peut-être Dylan, ils ne devaient pas être très nombreux en 1965 à se risquer à écrire une chanson entière sur la dépendance aux pilules des ménagères névrosées.
Ne serait-ce que par son titre, RDA/RFA (dans les gares) est une chanson très datée. Depuis la réunification de l'Allemagne, il n'est plus trop question de la République Démocratique Allemande (sauf si on est un ancien Président de la République acculé) ni de la République Fédérale d'Allemagne, même si ça reste le nom officiel du pays. Sur une thématique européaniste et ferroviaire chère à Kraftwerk, ça reste une bonne chanson que d'autres ne se seraient pas contentés de réserver à une face B de single.


Polyphonic Size, Mother's little helper, dans une émission de télé française en 1982.


Polyphonic Size, Winston and Julia. Je ne pense pas qu'il s'agit d'une vidéo d'époque.

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