03 mai 2015

STEVE TREATMENT AND THE ZODIAC FASSIONS : Change of plan


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers le milieu des années 2000
Réf : ZBHIT 2 -- Edité par Backbone en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Steve Treatment : Change of plan -- Head of a raven -/- Steve Treatment and the Zodiac Fassions : Chosen to go -- Tempest fashion baby -- Cry in alphabet sharp

C'était presque inespéré à une époque où le prix des disques new wave d'époque avait déjà commencé à crever le plafond : je me pointe à l'étage du Record and Tape Exchange, là où pendant plusieurs décennies se trouvaient rassemblés les collectors de la boutique (mais ils n'y étaient plus lors de ma dernière visite il y a deux ans) et je tombe sur deux disques de Steve Treatment. Absolument jamais entendu parler de ce gars-là, mais j'ai tout de suite vu qu'il s'agissait de disques indépendants de la bonne époque, entre le label du premier, Rather Records, le propre label des Swell Maps, et la pochette photocopiée du second. En plus, ils étaient tous les deux autographiés. Ils avaient donc été mis en vente à ce qui devait être à peu près la cote de l'époque, 10 £ chacun.
Oui, mais à ce prix-là, personne n'en a voulu. Alors, suivant la règle propre au magasin, le prix a baissé de livre sterling en livre sterling au fil des mois. Et, quand je suis arrivé, c'est tout juste si les deux pièces rares n'avaient pas été reléguées à la cave : les prix avaient baissé jusqu'à 50 pence et 1 livre ! A ce prix-là, je n'ai pas hésité un instant ! De nos jours, ces disques sont en vente en ligne à vingt-trente euros minimum.
J'ai cependant été un été un peu déçu une fois rentré à la maison car, initialement, je n'ai rien trouvé de particulièrement intéressant sur les dix titres des deux disques.
C'est par leur intérêt commun pour Marc Bolan que Steve Treatment et Nikki Sudden se sont rencontrés en 1975 et ça explique que les Swell Maps aient décidé de sortir sur Rather, juste après leur propre Read about Seymour, le premier disque de Steve Treatment, 5A-sided 45, sur lequel ils jouent.
En 1979, Steve a sorti deux autres 45 tours sur son propre label, Backbone, le deux titres Heaven knows (Juvenile wrecks), que je n'ai pas, et celui-ci.
J'ai réécouté récemment mes deux disques. Si je n'accroche toujours pas vraiment au premier, j'ai trouvé le second cette fois-ci plus intéressant, d'où cette chronique.
La face A a été enregistrée le 1er février 1979, le même jour que le deuxième single. Change of plan  a du mal à démarrer (tout le disque est extrêmement lo-fi et rudimentaire pour ce qui est de l'interprétation), mais la chanson se révèle très bonne, avec les influences de T-Rex ou celles communes avec Subway Sect qui transparaissent. Le guitariste semble essayer de jouer un solo largement au-dessus de ses compétences et, au bout de deux minutes trente, après un bon coup de cri, tout s'écroule. Sur Head of a raven , il y a même des chœurs, et on a presque l'impression d'entendre les musiciens réfléchir, avec un temps d'attente du coup, quand ils doivent changer d'accord. Il y aussi un solo de guitare à une corde. Dans l'esprit, on est proche des Television Personalities de la même époque, celle du premier single Where's Bill Grundy now ?.
Sur les trois titres de la face B, enregistrée en juillet 1979, Steve Treatment est accompagné par The Zodiac Fassions, dont c'est la seule prestation discographique. Qu'on se rassure, le groupe ne connaît pas beaucoup plus d'accords que les musiciens de la face A.
Chosen to go est dans la même veine que Change of plan, avec encore une guitare en mode solo tout le long, qu'on retrouve sur Tempest fashion baby. Sur Cry in alphabet sharp, on a l'impression que Steve Treatment essaie de créer sa propre version d'un classique sixties de la Motown !
En 2005, Steve Treatment est réapparu pour un nouveau single cinq titres en collaboration avec The NoMen.
En 2006, Messthetics a sorti la compilation double CD-R 25 "A" sides/Your friends are in the news, qui reprend tous les titres de ses singles et bien plus. Une sélection de ces titres a été éditée en vinyl en 2015 sous le titre All dressed for tomorrow, en collaboration avec Munster Records.
Les titres des trois singles sont en téléchargement depuis 2011 chez Murky recess.


01 mai 2015

PALE SAINTS : Barging into the presence of god


Acquis neuf à Paris ou à Reims en 1989
Réf : bad 910 -- Edité par 4AD en Angleterre en 1989
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Sight of you -/- She rides the waves -- Mother might

Ce n'est pas cette année que j'aurai l'occasion de chroniquer un disque acquis le 1er mai sur le vide-grenier de mon village. Sans surprise, avec la pluie qui tombait ce matin, les rares disques sur les rares stands étaient noyés dans un océan de capsules de Champagne (qui ne craignent pas l'eau) et je n'ai rien trouvé pour moi.
L'occasion de plonger dans les stocks, donc, d'autant que j'ai repensé cette semaine que j'avais laissé passer l'automne dernier le vingt-cinquième anniversaire de la première émission Vivons heureux ! (en attendant la mort), diffusée sur la Radio Primitive le 20 novembre 1989. Non que ce soit un anniversaire particulièrement important, mais comme j'ai conservé mes cahiers de préparation d'émission de l'époque, j'y suis retourné voir et j'ai constaté que, ce jour-là, si je n'ai pas eu le temps de diffuser ma séquence sur Berlin (avec Paul Roland et Guerre Froide), j'ai passé séparément, et sûrement sans faire de lien entre les deux, un titre de The Saints et le premier maxi de The Pale Saints.
Sur ce coup-là, j'ai complètement marché dans l'opération de marketing de 4AD qui, surfant sur le succès des Pixies, avait annoncé la signature de deux jeunes groupes anglais, et sorti et promotionné ensemble Barging into the presence of God des Pale Saints et le mini-album Scar de Lush.
Le disque de Lush ne m'a pas complètement déplu mais ne m'a jamais vraiment emballé. Par contre, j'ai tout de suite accroché sur Sight of you, la face A du disque des Pale Saints, un titre de près de six minutes, qui démarre avec une note discrète d'orgue, avant la séquence de notes de basse qui forme la charpente de la chanson et les premières guitares saturées. Le chant, quand il arrive, rappelle un peu celui de Primal Scream. Musicalement, il y a des cousinages avec Joy Division, My Bloody Valentine, le Felt proche de 4AD produit par Robin Guthrie ou The House of Love.
A la réécoute, j'ai été étonné que, techniquement, la production ne sonne pas particulièrement élaborée. On n'est pas si loin des premiers enregistrement ultra-cheap de Creation, notamment sur She rides the waves en face B. Cela s'explique sûrement par le fait que ces deux premiers titres étaient initialement des enregistrements démos, sur lesquels le producteur Gil Norton a juste retravaillé après coup. Mais le dernier titre, Mother might, tout en retenue, n'a pas dû non plus mobiliser un budget faramineux.
Je n'y avais jamais pensé, mais je ne suis pas surpris d'apprendre aujourd'hui que The Pale Saints est l'un des premiers groupes à qui la presse a accolé l'étiquette de "shoegazer". D'ailleurs, Ride leur a donné l'accolade en reprenant, sans y apporter grand chose d'intéressant, Sight of you pour l'une de ses Peel sessions.
Quelques mois plus tard, le groupe sortait son premier album, The comforts of madness, sur lequel on retrouvait Sight of you, et je passais dans l'émission ses deux premiers titres, Way the world is et You tear the world in two.
Je me souvenais que le chanteur Ian Masters avait fini par quitter le groupe (il a enregistré un temps sous le nom Spoonfed Hybrid). Je n'imaginais pas par contre que le groupe avait continué et avait même sorti un troisième album sans lui.
A cette époque, je jouais encore au jeu de la compilation en début d'année de la liste de mes disques préférés de l'année écoulée. J'ai retrouvé dans mon cahier celle pour l'année 1989, avec les titres sélectionnés pour l'émission du 8 janvier 1990. J'aime encore beaucoup tout ce qu'il y a là-dedans. La preuve, plusieurs disques ont été chroniqués ici :

Pale Saints, Sight of you, en concert à Sheffield en 1989.

26 avril 2015

THE COUSINS : The new sound of The Cousins


Acquis sur le vide-grenier de Sarry le 16 septembre 2012
Réf : PAL 22.020 M -- Edité par Palette en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The story of a country boy -- All right, Mamma -/- You will find another baby -- Four sailors back home

J'ai écouté ce 45 tours du groupe belge Les Cousins peu de temps après l'avoir acheté et j'avais alors décidé de le mettre de côté pour le réécouter, voire le chroniquer ici.
Je l'ai sorti de la pile cette semaine et, initialement, je me suis demandé ce qui avait bien pu susciter mon intérêt. The story of a country boy est une reprise en anglais par des belges d'une chanson nostalgique italienne d'Adriano Celentano, Il ragazzo della via Gluck, connue en France par la version de Françoise Hardy intitulée La maison où j'ai grandi. Je vous laisse imaginer le résultat. L'arrangement épuré, avec principalement une guitare acoustique dans la partie initiale de la chanson, met malheureusement bien en valeur un accent effroyable !
Les trois autres titres sont des originaux. Le chant passe mieux sur You will find another baby, une ballade dans le style folk de l'époque, avec guitare acoustique, basse et cordes. On est aussi dans le style folk, à la Peter, Paul and Mary, avec Four sailors back home, chanté en choeur, et c'est un supplice : j'ai l'impression d'entendre quatre versions de moi-même essayer de chanter !
Alors qu'est-ce qui avait bien pu m'attirer l'oreille en 2012 ? Eh bien, le quatrième titre, tout simplement, All right, Mamma. Là, dès l'intro à la batterie, pas de gnangnan. On est dans le rock à la Kinks/Troggs/Who, avec rythmique de plomb et guitare hurlante !! Même si le chant n'est toujours pas extra, le thème des paroles est à l'avenant : le jeune qui s'est (encore) fait virer de son boulot et qui se fait engueuler par sa mère car, au lieu de bosser, il joue de la guitare et danse le jerk. Alors elle hurle sur le refrain ("Tu n'es qu'un bon à rien, à part jouer de la guitare"), tandis que lui hausse les épaules ("A quoi ça sert de me faire embaucher, si c'est pour me faire virer tôt ou tard") avant de concéder, "D'accord Maman, je vais être un bon garçon à partir de maintenant, aller bosser et faire de mon mieux, mais là faut que j'aille me reposer"...! Excellent dans son genre, et un véritable OVNI sur ce disque et dans la carrière des Cousins.
Le nom du groupe vient d'un club de Bruxelles où ils ont été repérés, lui-même dénommé ainsi en référence au film de 1959 de Claude Chabrol. Ils sont le premier groupe rock belge à succès, dès 1960, avec leur premier 45 tours, Kili watch, un titre original qui sera un tube pour eux, mais aussi pour un jeune débutant qui le reprend aussitôt, Johnny Halliday. Le groupe connaît un grand succès international pendant plusieurs années. En 1966, ça s'essouffle un peu, même s'il y a encore de grandes tournées à l'étranger. D'où l'idée de ce "nouveau son" des Cousins, élaboré en studio avec l'apport du célèbre guitariste belge Burt Blanca. Cela donnera deux 45 tours, You will find another baby et All right, Mamma, rassemblés en France sur cet EP, qui sortent coup sur coup et n'ont pas de succès. Après quelques années de vie de vedette, la plupart des membres du groupe sont désormais mariés, voire parents. Quelques mois après la sortie de All right, Mamma, ils décident de faire exactement l'inverse du protagoniste de leur chanson : même s'ils ont encore des contrats et du succès, Les Cousins se séparent à la fin de l'été 1966.
Et si je retiens une leçon de ce disque, outre qu'il faut toujours, comme moi, obéir à sa Maman, c'est que les pépites peuvent se nicher dans les sillons de disques les plus inattendus. Celui-ci en est une preuve supplémentaire.

The story of a country boy et All right, Mamma sont en écoute sur le site officiel des Cousins.


La pochette hollandaise très rock 'n' roll de All right Mamma !


Le 45 tours belge, avec You will find another boy en face A.

25 avril 2015

BRUSHY ONE-STRING : Chicken in the corn


Consulté la première fois sur YouTube le 21 avril 2015
Réf : [sans] -- Diffusé par Brushy One String en 2013
Support : 1 fichier flv
Titre : Chicken in the corn

Je suis loin d'être le premier sur le coup (la vidéo a été vue plus de sept millions de fois sur YouTube en deux ans), mais ce n'est que cette semaine que j'ai découvert Chicken in the corn par Brushy One-String, grâce à l'ami Le Vieux Thorax, et j'ai été immédiatement conquis.
Évacuons tout de suite l'aspect gadget : Brushy One-String, comme son nom l'indique, n'a qu'une corde (basse) à sa guitare acoustique, et la façon dont il l'utilise est originale et impressionnante. Mais ça c'est bon pour l'anecdote. Ce qui compte pour moi c'est qu'on a ce gars qui joue et qui chante dans une cour de Kingston, entouré de ses potes, et que tous nous font vivre un moment de pure joie. Brushy chante et rappe : à lui tout seul avec sa guitare il est un groupe de soul et de hip hop. Il a la bonne idée de choisir pour le refrain de sa chanson une sorte de comptine folk et ça, depuis des temps immémoriaux, c'est imparable : comme les copains autour de lui, il ne se passe pas une minute avant qu'on ait oublié la corde unique et qu'on se retrouve à claquer des doigts, taper dans les mains et chanter en chœur "When chicken in the corn, say the corn can't grow, Mamma". Eh oui, outre la présentation sous un jour flatteur de son auteur, comme souvent dans le rap, le sens profond de cette chanson est celui-ci : si de nos jours et par chez nous un poulet nourri au maïs est un gage de qualité, il faut bien savoir qu'un poulet dans le champ de maïs ce n'est pas bon du tout car ça l'empêche de bien pousser !
La vidéo ci-dessus est extraite de RiseUp : Stories from Jamaica's music underground, un documentaire réalisé par Luciano Blotta en 2007, pour lequel il a suivi le parcours de trois jeunes artistes pendant cinq ans. Le tournage touchait à sa fin, mais Brushy a insisté pour jouer pour Luciano et c'est comme ça que Chicken in the corn a été mis en boite et s'est retrouvé in extremis dans le documentaire. Brushy One-String ne sortait quand même pas complètement nulle part, puisqu'il vient d'une famille très musicale. Son père était le chanteur reggae assez renommé Freddie McKay, dont j'ai au moins une chanson, I'm a free man, sur la compilation The Legend.
Il est clair que cette chanson représente un moment de grâce particulier. Initialement, je ne voulais surtout pas en savoir plus, car j'étais certain de risquer de retomber immédiatement dans l'ordinaire. Mais on est toujours trop curieux, et évidemment la première chose sur laquelle je suis tombé, c'est une horreur, la version Buffalo Billys de Chicken in the corn, avec sa vidéo en dessin animé.
Luciano Blotta n'a pas laissé tomber Brushy One-String après la sortie de RiseUp. Il est retourné à Kingston, a retrouvé sa trace, a tourné de nouvelles vidéos et a même créé un label pour sortir en 2013 Destiny, le premier album de Brushy One-String. J'en ai écouté des extraits : rien d'infamant, mais c'est évidemment plus "normal" et moins surprenant que la vidéo initiale de Chicken in the corn. Je suis sûr par contre qu'il y a des moments magiques dans tous ses concerts, et j'aurais bien aimé être là le 2 juillet dernier quand il a joué à Cognac au festival Blues Passions, à la même affiche que Taj Mahal, ce qui est un excellent choix de programmation.
Sinon, l'histoire de la guitare à une corde, ça me travaille quand même. Six cordes, ça a toujours été beaucoup trop pour moi, mais une seule...? Plus de quarante ans après, ça me donnerai presque envie de reprendre les leçons de guitare. En plus, j'ai déjà trouvé les tablatures pour Chicken in the corn !

19 avril 2015

THE TRUFFAUTS : Sycamore


Offert par The Truffauts par correspondance en janvier 2015
Réf : TP9 202 -- Edité par TP9 en Allemagne en 2014
Support : CD 12 cm
13 titres

The Truffauts continuent leur bonhomme de chemin. Voici leur onzième album en vingt-huit ans, cinq ans après le précédent et trois après le EP On dit que le bonheur est toujours ailleurs. Avec une constance remarquable au fil des années, ils poursuivent dans leur voie, un style épuré de pop-rock à guitare.
The Truffauts est un groupe originaire d'Allemagne, mais ça ne se devine ni à leur musique, ni à leurs paroles, qui alternent l'anglais et le français. Le nom du groupe est un indice de sa francophilie, qui semble prendre de l'ampleur au fil du temps puisque cette fois-ci une moitié du disque est chantée en français. L'album est articulé autour de trois chansons intitulées Combien de fois et sous-titrées Absence, Silence et Oubli, dont les paroles originales sont dues à l'écrivain français Pascal Ruffenach. L'idée du groupe était de donner trois interprétations différentes de ces paroles, ce qui a donné ces trois chansons écrites séparément par Olivier Durange, Ronald Chateauroux et Jean-Jacques Boucher. Aujourd'hui, ma préférence va à la version Silence.
Outre l'écriture de la musique, et contrairement aux albums précédents, les membres du groupe se partagent aussi le chant sur Sycamore. Mes titres préférés sont, par ordre d'apparition, She's hugging trees, L'amour en fuite (un duo avec Julie La Colline, déjà présente sur le disque précédent, qui renouvelle la référence à François Truffaut), Everywhere I go avec ses choeurs en accompagnement sur le refrain, le punky L'ascenceur meurtrier et Je n'ai rien compris, à l'orchestration minimale.
J'avais découvert les French songs des Truffauts grâce à Jean-Pierre Moya, qui continue à programmer le groupe dans Rockomondo. Malheureusement, les années passent et je ne vois toujours pas de concerts des Truffauts annoncés dans notre beau pays qui les inspire tant...

Sycamore est distribué par Rough Trade Allemagne et est également disponible sur les plate-formes de téléchargement.

18 avril 2015

THE BLAZERS : Witch doctor


Acquis sur le vide-grenier de Oiry le 12 avril 2015
Réf : 462.084 TE -- Edité par Fontana en France en 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Witch doctor ("Docteur Miracle") -- Don't let go -/- Book of love -- Tequila

Dimanche dernier à Oiry, le temps était quasiment estival et, même en arrivant après dix heures, j'ai trouvé quelques 45 tours intéressants dont, pour 1 €, un EP des Beatles en état correct, avec "Les Beatles" écrit au recto et Ticket to ride et Baby's in black sur la face A.
Avant ça, juste en arrivant, j'avais trouvé cet EP des Blazers, pour cinquante centimes. Je l'ai pris sans aucune hésitation (pour Witch doctor et pour les notes de pochette non signées mais que je savais être de Boris Vian) mais sans excitation non plus. Ce n'est que quelques instants après avoir quitté le stand que je me suis vraiment réjoui d'avoir trouvé un disque années cinquante qu'on ne voit pas tous les jours.
Commençons par ces notes de pochette, version à peine raccourcie d'un texte apposé à l'origine au dos d'un 25 cm des Blazers publié par Fontana en juin 1958, Fontana dont le directeur artistique était un certain Boris Vian :
"Le blues est une formule harmonique de 12 mesures qui sert depuis des années de base aux chants des noirs d'Amérique et aux improvisations des jazzmen. L'expression "Rhythm and blues" a été forgée à l'origine par les compagnies phonographiques américaines pour désigner des enregistrements destinés au départ à satisfaire une clientèle de couleur éprise de rythme et fidèle à l'esprit du blues.
LE RHYTHM AND BLUES EST DONC FONDE SUR LA TRADITION DE JAZZ LA PLUS PURE.
Et ces enregistrements ont bientôt satisfait tous ceux qui attendaient une musique dynamique, dansante, intéressante, irrésistible ; clientèle aussi bien noire que blanche, sensible avant tout à la vitalité des interprétations. "Rhythm and blues", cela ne se traduit pas, le terme est utilisé depuis plus de trente ans aux U.S.A. où chacun sait ce qu'il veut dire.
Ecoutez les Blazers ! et vous saurez aussi, immédiatement, que le RHYTHM AND BLUES, c'est la joie de vivre et d'être jeunes...
Et que cela n'a pas besoin d'être traduit !
Faites confiance à vos oreilles !"
Toutes les majuscules sont de Vian. En bon scientifique, Vian nous fait une démonstration. Rhythm and blues = blues = forme pure de jazz = noir = bien.
Ce n'est pas mentionné dans ce texte, mais sa définition du Rhythm and blues, Vian la donne surtout en opposition au rock 'n' roll, qu'il avait tendance à mépriser. Voir à ce sujet le texte publié page 280 de Derrière la zizique où, après avoir expliqué que le rock and roll se caractérise par une systématisation de l'orchestration, il précise : "Le blues chanté érotique noir, souvent très amusant et presque toujours parfaitement sain et gaillard, a été systématiquement déformé et exploité par de petits groupements blancs de mauvais musiciens (style Bill Haley) pour aboutir à une sorte de chant tribal ridicule, à l'usage d'un public idiot. On utilise le côté obsessionnel du riff pour mettre les auditeurs en "transe (sic)."
Autrement dit, rock 'n' roll = blues dévoyé = blanc = pas bien.
Plus le temps passe et plus je me dis que, avec son obsession d'une forme musicale pure, le jazz, Vian se serait vite retrouvé s'il avait vécu un peu plus longtemps de l'autre côté de la barrière, dans la position du réactionnaire, celle assignée à son ennemi juré Hugues Panassié quelques années plus tôt dans l'opposition entre partisans du be bop et tenants du jazz traditionnel façon Nouvelle-Orléans.
Fontana a publié plusieurs disques de The Blazers, mais le truc c'est que personne ne semble savoir qui était membre de ce groupe spécialisé dans les reprises de succès du moment. Seul le chanteur Frankie Tucker est crédité pour quelques titres. Le plus probable est que ce n'était pas vraiment un groupe, mais des musiciens de session américains rassemblés pour l'occasion. C'est en tout cas ce qu'explique Jacques Barsamian dans une de ses chroniques. Il est le seul à donner un peu de détails sur The Blazers, relatant une rencontre fortuite avec Screamin' Jay Hawkins chez Kurt Mohr de Rock & Folk dans les années soixante-dix ! Il y aurait l'organiste Harry "Doc" Bagsby, le saxophoniste Sam "The Man" Taylor, le batteur Curley Hamner, la chanteuse Margie Day et The Thrillers. Jay Hawkins lui-même ferait les interventions vocales dans Tequila.
Le disque s'ouvre avec Witch doctor, une chanson créée par Ross Bagdasarian sous le nom de David Seville. La chanson est très connue en français sous le titre Docteur Miracle. Il y en a plein de versions, mais je n'arrive pas à savoir qui l'a créée chez nous, peut-être Annie Cordy. Pour ma part, j'ai d'abord connu, bien plus tard, celle de Jacques Hélian. Outre cette version en anglais, Vian chez Fontana en a sorti au moins deux, celle de Gabriel Dalar, déjà chroniquée ici, et une instrumentale et assez folle de Gilbert Le Roy, ses rythmes et son orgue en délire.
Comme souvent, l'histoire du docteur qui a un remède miracle (Il dit "Hou hi hou ah ah ting tang woualla woualla bing bang !") et qui rencontre l'amour et finit par se marier n'est pas tout à fait fidèle aux paroles originales, où il est simplement question d'un gars qui se rend chez un sorcier pour gagner le coeur de sa dulcinée. Et il faut avoir énormément confiance en ce sorcier et ne pas avoir peur du ridicule pour suivre ses conseils, puisqu'au dernier couplet, il est dit : "My friend the witch doctor he taught me what to say. My friend the witch doctor he taught me what to do. I know that you'll be mine when I say this to you : Ooo eee, ooo ah ah ting tang walla walla bing bang.").
Je parierais bien que, l'année suivante, Leiber et Stoller avaient Witch doctor en tête quand ils ont écrit Love potion #9 pour The Clovers.
La version de Witch doctor des Blazers est de très bonne facture. L'effet accéléré sur la voix est bien présent sur le refrain. La reprise de Don't let go de Roy Hamilton, chantée par Frankie Tucker mais avec aussi des choeurs, est correcte, mais c'est le titre qui me plaît le moins du disque.
Par contre, Book of love est mon titre préféré avec Witch Doctor. C'est le seul grand succès du groupe doo-wop The Monotones. La version des Blazers est assez fidèle à l'originale et excellente.
On termine avec la Tequila des Champs. Impossible de se planter avec ce classique. Et c'est là donc qu'on entendrait un Screamin' Jay Hawkins plutôt sage.

Rock Paradise a édité en 2011, Rockin' boppin' and strollin' with The Blazers, une compilation qui, en 19 titres sur CD, doit proposer l'intégrale de leurs enregistrements. Il existe aussi une édition vinyl en 10 titres, dont les 4 de mon 45 tours.

12 avril 2015

NEW ORLEANS' SWEET EMMA AND HER PRESERVATION HALL JAZZ BAND : New Orleans' Sweet Emma and her Preservation Hall Jazz Band


Acquis chez Holidays For Heroes à Saint Clément le 25 mai 2014
Réf : VPS-2 -- Edité par Preservation Hall aux Etats-Unis en 1964
Support : 33 tours 30 cm
8 titres

Chaque année depuis 2002, le National Recording Registry de la Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis sélectionne vingt-cinq enregistrements qui reflètent la richesse du patrimoine sonore et sont destinés à être conservés à long terme pour les générations futures. Il est à noter que cet "inventaire des monuments historiques sonores", pour lequel le public est invité chaque année à faire des propositions, ne se limite pas à des enregistrements américains, comme le montre la liste complète de ceux qui en font partie. On y trouve de tout, des documents sonores à du rap en passant par de l'opéra et du folk.
Dans la sélection 2014, il y a plein de choses que je ne connais pas, mais aussi des disques familiers comme Stand by me de Ben E. King, le premier album des Doors, Sixteen tons de Tennesse Ernie Ford (dont un réenregistrement de 1965 fut le tout premier disque chroniqué ici, il y a bientôt dix ans) et You've lost that lovin' feelin' des Righteous Brothers...
Mais c'est cet album de l'orchestre de Sweet Emma qui a particulièrement attiré mon attention. En effet, il y a moins d'un an, je n'avais jamais entendu parler de cette Emma Barrett, pianiste et chef d'orchestre. Puis Philippe R. a trouvé au printemps dernier un exemplaire de cet album sur un vide-grenier à Nantes. Il m'en a dit beaucoup de bien et on a notamment commenté cette photo de pochette où Emma porte les chaussettes à grelots pour lesquelles elle était réputée, qui lui permettaient de marquer le rythme tout en jouant du piano.
Quelques semaines plus tard, j'entre dans un hangar en bordure d'une plage de l'île de Jersey qui abrite un magasin d'une association de charité au profit d'anciens combattants, et je tombe, entre autres, sur l'album Merseymania et sur un exemplaire en parfait état de l'album de Sweet Emma !
Voici la présentation donnée par la Bibliothèque du Congrès pour expliquer la sélection de cet album pour le National Recording Registry :
"Cette prestation de 1964 par sept vétérans du jazz Nouvelle-Orléans, en concert devant un public de Minneapolis, illustre bien le crédo de la musique exprimé simplement : jouer la mélodie du fond du coeur et élaborer soigneusement sur cette base. La pianiste Sweet Emma Barrett, les frères Humphrey (le clarinettiste Willie et le trompettiste Percy), le tromboniste "Big Jim" Robinson, le bassiste Alcide "Slow Drag" Pavageau, le banjoïste Emanuel Sayles et le batteur Josie "Cie" Frazier jouent d'une manière que l'on a dénommé le "renouveau du jazz Nouvelle Orléans" en raison de son association avec un regain d'intérêt pour le jazz Nouvelle-Orléans, un style qui a émergé pendant les années 1940. Le style de l'orchestre, que certains pourraient qualifier de forme la plus brute des débuts du jazz, a été largement inspiré par l'orchestre mené par le trompettiste Willie "Bunk" Johnson. Johnson était soutenu par le clarinettiste George Lewis et le tromboniste "Big Jim" Robinson, qui étaient tous à la pointe de ce renouveau.
La musique de l'orchestre est simple, directe et majestueuse. La ligne avant (trompette, clarinette et trombone) contient tous les éléments nécessaires de mélodie, d'harmonie et de ponctuation rythmique pour fournir à l'oreille une image mélodique, harmonique et rythmique satisfaisante. Le support de la section rythmique fournit un solide quatre-rythmes-à-la-mesure qui pousse en avant et retient en même temps. C'est là l'essence magique du jazz Nouvelle-Orléans."
En fait, on est dans le patrimoine au carré avec ce disque enregistré il y a cinquante ans, puisque les musiciens de l'orchestre du Preservation Hall avaient alors presque tous plus de soixante-dix ans et jouaient une musique déjà ancienne, dans un style des années 1920-1930.
Le Preservation Hall venait alors d'ouvrir depuis peu et ceci est l'un des premiers disques qu'il a édités. Pour ma part, j'ai commencé à prêter attention au Preservation Hall en 2007, quand j'ai acheté et fortement apprécié l'album de Dave Bartholomew qui s'ouvre avec Preservation Hall song et est enregistré avec des musiciens de l'Orchestre du Preservation Hall (il y a un seul musicien en commun avec l'album de Sweet Emma, le clarinettiste Willie Humphrey).
Certes, il faut apprécier le jazz Nouvelle-Orléans, notamment la clarinette et le banjo, mais ce disque me plaît beaucoup. La face A est vraiment classique dans le style et mes deux titres préférés sont Clarinet marmalade et le toujours triste Closer walk with thee. La face B est elle endiablée du début à la fin, avec un enchaînement de chansons plus variées il me semble,  que j'aime toutes : Little Liza Jane, I'm alone because I love you, Ice cream, de l'opéra de Kurt Weill, Elmer Rice et Langston Hughes Street scene ("Ice cream, you scream, we all scream for ice cream", ça doit rappeler quelque chose aux fans de Down by law), avant de finir avec le classique des classiques When the saints go marching in. A la fin de la face, les danseurs de jazz doivent être aussi épuisés que des danseurs de rock !

Le Preservation Hall a réédité ce disque sous la forme d'un double-CD de 23 titres qui, je suppose, doit contenir l'intégralité de l'enregistrement du 18 octobre 1964 à Minneapolis.

11 avril 2015

FRANKLIN BOUKAKA : M'bongi - Ya m'bamba


Acquis sur le vide-grenier de Tours-sur-Marne le 5 avril 2015
Réf : CDI 605 -- Edité par C.E.D.D.I. en France vers 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ya m'bamba -/- M'bongi (M'bongo malambe malembe)

A peine arrivé sur le vide-grenier de Tours-sur-Marne dimanche dernier, par un temps superbe, je tombe sur un de ces gros sacs plastique Leclerc réutilisables, plein de 45 tours. La vendeuse en voulait 1,5 € pièce, ce qui n'est pas donné, mais j'avais déjà remarqué qu'il y avait dans le lot des EP années soixante (genre Eddy Mitchell), ce qui laissait soupçonner qu'il y avait peut-être quand même bonne affaire à faire.
Quand je suis tombé sur ce 45 tours de Franklin Boukaka, en parfait état, avec une superbe pochette, j'ai su que l'affaire était faite et que, même si la musique était décevante, ce 45 tours serait ma plus belle découverte du jour. Je n'ai pas été déçu, d'autant que la musique s'est révélée tout aussi superbe que l'emballage !
C'est au dos de son album de 1970, enregistré à Paris avec arrangement et direction d'orchestre de Manu Dibango, que j'ai trouvé le portrait le plus détaillé de Franklin Boukaka. En voici un extrait :
"Né à Brazzaville le 10 octobre 1940, Franklin Boukaka présente un curriculum vitae déjà bien chargé. En 1958, alors que montent au firmament de la musique congolaise Essous, Kabassele et Franco, F. Boukaka n'en est alors qu'à son premier tour de chant. Tour de chant qui le fera remarquer d'ailleurs car, quelques semaines après, avec Max Clary, il créera l'orchestre Negro-Band. A partir de ce moment, il ne s'arrêtera plus. De plus en plus, il s'affirme et c'est grâce à lui que l'orchestre Cercul-Jazz de Brazzaville gagnera la coupe du meilleur Orchestre de la rive droite du Congo. De retour à Kinshasa, il entreprendra de nombreuses tournées à travers l'Afrique avec des formations célèbres comme l'African-Jazz de Kabassele ou le Vox-Africa de Bombenga. En 1965, F. Boukaka rentre au Bercail. Il devient alors un artiste militant et va consacrer des efforts inlassables à la création ou l'animation d'Organes Culturels récemment lancés par les dirigeants politiques de son Pays. Contre toute attente, F. Boukaka crée et lance un ensemble d'instruments traditionnels. Il en est non seulement l'âme mais également l'animateur et c'est au sein de cet ensemble que se révèlent ses talents de ténor. Cela lui vaudra des voyages en France où il se produit au Salon International de la Radio, en Yougoslavie, en U.R.S.S. et en Corée du Nord.
Parmi ses succès, il faut citer Louzolo - Les immortels (consacré à tous les héros révolutionnaires du Tiers-Monde), Les Brazzavilloises, Pont sur le Congo etc... Franklin Boukaka qui est animateur Culturel continue à présent à consacrer ses loisirs à la chanson, et ses tours de chant attirent toujours un grand public qui non seulement l'apprécie et l'admire, mais l'encourage à persévérer malgré les nombreuses difficultés qu'il rencontre dans cette carrière."
Ce texte de l'écrivain congolais Guy Menga est daté du 30 avril 1970. Il restait alors moins de deux ans à vivre àFranklin Boukaka. Artiste militant et donc exposé en période de troubles politiques, il a fait partie des victimes de la tentative de coup d’État du mouvement M22 mené par Ange Diawara la 22 février 1972 en République Populaire du Congo, probablement exécuté par des adversaires politiques.
J'ai été conquis dès les trente premières secondes d'intro instrumentale de Ya m'bamba. De la sanza en instrument principale, ce qui sonne comme une basse acoustique, des percussions discrètes et de la guitare acoustique en accompagnement. Magnifique. Arrive ensuite le chant, avec un choeur et des couplets en solo par Franklin Boukaka. La formule est la même sur la face 2 pour M'bongi (ainsi titré sur la pochette mais c'est M'bongo malembe malembe qui est indiqué sur l'étiquette du disque). Ce titre est signé P. Badinga, et ça va peut-être nous aider à situer ce disque dans le parcours de Franklin Boukaka.
Ce disque est probablement sorti à l'origine sur le label Sonafric. C'est le quatrième et dernier de Boukaka sorti par ce label, après ses grands succès Les immortels et Le bûcheron.
Comme Guy Menga le raconte, après l'aventure Cercul-Jazz, Franklin Boukaka a formé en 1967 un ensemble d'instruments traditionnels. Dans son livre Rumba on the River : A history of the popular music of the two Congos, Gary Stewart précise page 164 que cet ensemble, qui a joué à Paris à l'invitation d'OCORA, comprenait Boukaka à la guitare acoustique ainsi que Pierre Badinga et Albert Mampouya aux sanzas. Je pense que ce sont les membres de cet ensemble qu'on entend sur ce disque, mais les deux titres ne font pas partie de ceux édités ou réédités sous le nom de Franklin Boukaka ses Sanzas et son Orchestre Congolais.
En 1970, outre l'album enregistré à Paris avec Manu Dibango qui contient son titre le plus connu de nos jours, Le bûcheron, Franklin Boukaka a collaboré avec le groupe guinéen Keletigui et ses Tambourinis pour deux 45 tours, dont l'un a pour face A M'bongi eyi. J'ai pensé un instant qu'il s'agissait de la même chanson que celle de mon 45 tours, mais non. Par contre, on voit bien sur les pochettes des deux 45 tours avec Keletegui que le logo Franklin Boukaka est strictement le même que sur mon disque. Cela s'explique par le fait que le label Syliphone, qui a édité ces deux disques, était distribué exclusivement pour tous les pays excepté la République de Guinée par la société C.E.D.D.I., sûrement avant tout un distributeur qui a dû se lancer un temps dans l'aventure de l'édition de disques en propre, dont celui-ci et quelques rares autres.
Un mot sur la pochette de ce 45 tours, une très belle photo de Franklin Boukaka posant devant ce qui est manifestement une fresque politique. Je pensais que la photographe créditée au verso était une inconnue, mais non. Paule Lejeune, qui est morte en 2014 à 89 ans était aussi une militante, en plus d'être une femme de lettres, historienne, et photographe donc. Elle a notamment enseigné à Brazzaville, où elle a mené un projet d'école du peuple.

Franklin Boukaka : Ya m'bamba.
 Franklin Boukaka : M'bongi (M'bongo malembe malembe).

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