24 août 2019

MAURICE ALCINDOR : Pilules


Acquis probablement sur le vide-grenier de la FCPE à Ay le 26 juin 2011
Réf : RCG 5041 -- Édité par Aux Ondes/Disques Célini en France dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Pilules -/- Ouvè la pote la ba moin

L'autre jour, chez Philippe R., on s'est mis à écouter de la musique sur YouTube. Le réglage était sur lecture automatique. Je ne sais plus d'où on était parti, mais à un moment la machine a enchaîné Bourrico par Les Léopards, le monumental Tu as calé le moteur d'Henri Debs et l'excellent Ouvè la pote la ba moin de Maurice Alcindor ! A la fin de la séquence on en était presque tous les deux à danser sur le carrelage !
Je savais que je n'avais pas les deux premiers titres cités. J'avais l'impression de ne pas connaître Ouvè la pote la ba moin, mais je savais que j'avais plusieurs 45 tours de Maurice Alcindor (dont un offert par Philippe il y a un an, d'ailleurs). J'ai donc fait un tour sur sa discographie chez Discogs et j'ai vu que cette chanson est la face B d'un 45 tours dont j'ai instantanément reconnu la pochette, avec Pilules en face B. J'étais à un peu près certain de l'avoir, ce qui m'a été confirmé après connexion par l'état de ma collection Discogs.
Mais, une fois rentré à la maison, impossible de mettre la main sur ce disque pour éventuellement le chroniquer. Il n'était pas dans la boite des 45 tours antillais, ni dans la pile des disques en attente de chronique. J'ai bien cherché un peu ailleurs, sans succès, mais j'ai vite abandonné et je me suis même résolu de le supprimer de ma collection Discogs.
Ce n'est qu'une semaine plus tard que je suis finalement retombé dessus, complètement par hasard, bien sûr : il y a quelques semaines, j'avais ressorti ce disque avec quelques autres pour les réécouter et en choisir un à chroniquer après avoir bien écouté les compilations Born Bad Antilles méchant bateau et Disque la rayé (sur cette dernière on trouve Sékirité de Maurice Alcindor). Mais, comme un con, j'ai ensuite posé ces disques sur la pile des disques à écouter, où ils ont assez vite été recouverts, en cette saison de brocantes (même si les brocs ce n'est plus ce que c'était ma bonne dame !).
Enfin bref, j'ai bien ce disque et je le chronique. J'ai une chance sur deux de me tromper, mais je pense que c'est bien celui-là que j'ai acheté à Ay en 2011, le même jour que le Ti Ken et le double 45 tours des Maxel's.
Sportif, agent de l'éducation nationale, chansonnier, fantaisiste, animateur de télévision, Maurice Alcindor est sur le devant de la scène martiniquaise depuis plus de cinquante ans. Il a fêté en juin ses 89 ans.
A un moment (au tout début des années 1970 je pense), Maurice Alcindor a enchaîné trois références de 45 tours chez Célini/Aux Ondes, Sékirité, Pilules et Tuma tu m'as eue. Les notes de pochette de Tuma tu m'as eue, par le journaliste Jean Chomereau-Lamotte, le situent parfaitement : "Avec Maurice Alcindor on s'achemine de plus en plus vers une chanson réaliste qui s'adapte parfaitement au fait social antillais. S'il nous a été présenté sous un premier aspect de chansonnier humoristique, il nous apparaît maintenant nanti de la verve d'un perspicace observateur de la chose antillaise."
Et effectivement, on sent bien qu'il a un côté fantaisiste/rigolard à la Salvador mais, après avoir traité de la sécurité sociale sur le 45 tours précédent, il s'attaque ici au Planning Familial avec Pilules et, même si le ton est léger, l'analyse de la situation sociale est bien présente, même si, comme souvent avec le créole, je ne comprends pas toutes les paroles.
En face B, Ouvè la pote la ba moin est une autre biguine. C'est presque du théâtre de boulevard ou un sketch, avec le bruitage du gars qui frappe à la porte et qui demande à Doudou de lui ouvrir en lui promettant qu'il a changé "tout bonnement". Musicalement, comme pour la face A, l'interprétation est excellente. Il y a notamment pendant une bonne partie de la chanson une ponctuation rythmique au saxophone originale et efficace. Sur une compilation, cette chanson s'enchaînerait parfaitement avec Keep on knocking, surtout dans sa version cajun par Clifton Chenier, Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer.
Un excellent disque, donc, que je vais ranger bien à sa place et que je vais essayer de tenir à l’œil !

18 août 2019

TV21 : Forever 22


Offert par TV21 par correspondance en juillet 2019
Réf : AAARGH! 004 -- Édité par Powbeat en Écosse en 2009
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Début juillet, au travail, nous avons accueilli pendant une semaine des collègues venus de toute l'Europe pour des échanges au titre de la formation professionnelle dans le cadre du programme Erasmus +. Dans le lot, une seule personne venait du Royaume-Uni, un écossais plus précisément. Dans ses quelques lignes de présentation, il avait indiqué s'intéresser à la musique. J'avais essayé d'en savoir un peu plus, mais il était resté très vague et discret sur la question. Mais, lorsqu'il a fait une présentation de ses activités à l'ensemble du groupe, il a conclu en montrant une image de guitare et en expliquant que c'était un de ses loisirs et qu'il avait joué dans des groupes par le passé.
Un écossais ayant joué dans un groupe que je connais ? La probabilité était faible mais ça méritait de faire la vérification. Le soir, j'ai tapé son nom dans Discogs et, comme il n'utilisait pas de pseudonyme, j'ai découvert que je passais la semaine avec un ancien membre de TV21, groupe du début des années 1980 qui a publié à l'époque quelques 45 tours et un album, A thin red line, dont Dave Furgess a chanté les louanges sur le site de Julian Cope.
Le lendemain, j'ai fait la surprise de présenter à mon collègue écossais l'exemplaire du seul disque de son groupe que j'ai, le 25 cm de leur single Something's wrong, acheté pour quelques pence dans la cave de Record and Tape Exchange à Londres vers 1984, et de lui demander s'il voulait bien me l'autographier. Après quelques échanges, il a proposé de m'envoyer à son retour le deuxième album du groupe, Forever 22.
TV21 s'est formé en 1979 (le nom du groupe vient du titre d'une BD des années 1960). Jusqu'à leur séparation en 1982, ils ont eu un parcours classique mais remarquable, avec d'abord des autoproductions, puis des disques sortis chez Deram, Demon et Decca. Côté production, ils ont travaillé avec Ian Broudie des Original Mirrors pour leur album, mais aussi avec Troy Tate (The Teardrop Explodes), Mike Howlett et James Honeyman Scott et Martin Chambers des Pretenders. Ils ont fait des premières parties prestigieuses (dont The Jam et The Rolling Stones), enregistré plusieurs sessions pour la BBC,... Des débuts prometteurs mais, malgré leur qualité, les singles et l'album n'ont pas eu le succès escompté, la maison de disques est intervenue, des dissenssions sont apparues dans le groupe et, après un dernier single qui leur a déplu, All join hands, le groupe s'est séparé en 1982.
Les membres du groupe ont mené de nombreux projets par la suite, parfois ensemble. Certains d'entre eux ont joué avec The Rezillos ou The Waterboys. L'occasion de se reformer est venue en 2005, quand un concert a été organisé pour le 1er anniversaire de la mort de John Peel avec des groupes d'Edimbourg ayant enregistré des Peel sessions. Par la suite, TV21 a sorti un EP en 2007, Future revisited, puis cet album en 2009.
L'album contient de nouvelles compositions, et des titres plus anciens qui ont été retravaillés. Through different eyes date de la première époque du groupe mais était resté inédit. Pour On the run, il s'agit de la troisième version publiée, après une face A de single en 1981 puis une des faces B de Something's wrong. Troisième version également pour When Cole was king. La première a été publiée par Shame, l'un des projets du guitariste-chanteur Norman Rodger, sur l'album Symi en 1990, la deuxième sur Future revisited.
L'album dans son ensemble est d'une excellente tenue. Ce qui m'a marqué, c'est qu'il n'y a plus le vernis New Wave typique de la première époque du groupe, à part peut-être avec la sonorité un peu électro de Through different eyes. Ce qu'on a des années plus tard, c'est juste de l'excellente pop-rock à guitare, avec de bonnes chansons de bout en bout. A plusieurs reprises, j'ai pensé à un autre groupe écossais dans la même veine, les amis de Jasmine Minks.
J'ai quand même des titres préférés, même s'ils changent à chaque écoute. Pour l'heure, ce serait plutôt, Forever 22, Through different eyes, When Cole was king, avec ses parties de guitare fortement teintées de rockabilly, et How did you get it so wrong.
La deuxième phase du groupe a donc duré au moins de 2005 à 2010 (plus longtemps que la première, donc), mais il n'y plus eu de disque après Forever 22, et j'ai bien l'impression que le groupe n'est plus actif actuellement.
Si vous voulez en découvrir plus sur TV21, je peux vous conseiller l'édition CD de Forever 22, qui compte huit titres en plus, dont Snakes and ladders et Something's wrong, ou la compilation Snakes and ladders - Almost complete : 1980-1982 publiée par Cherry Red en 2010.
Pour ma part, si j'ai l'espoir d'y rencontrer des rockers et d'en ramener des disques, je vais peut-être faire ma rentrée au boulot d'humeur guillerette !






TV21 en concert presque à la maison, dans une ambiance très sympathique, chez Avalanche Records à Édimbourg le 17 avril 2010.

11 août 2019

THE PIXIES : Teenage love


Acquis chez Récup'R à Dizy le 6 août 2018
Réf : D.181 X 45 -- Édité par Diamond à Hong Kong dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Teenage love -/- Yie Lai Shan

The Pixies ne sont pas toujours ceux que l'on croit et je n'allais pas me priver de l'opportunité de dérouter certains de leurs fans...
Cela faisait un moment que je revenais systématiquement bredouille de la ressourcerie. Au premier abord, j'ai cru qu'une fois de plus il n'y avait pas de nouveaux disques, puis, en regardant derrière les premiers 45 tours d'une des boites, j'ai vu un EP de Charles Trenet. Du coup, je me suis mis à fouiller un peu plus et je me suis rendu compte que des poignées de nouveaux disques avaient été ajoutées derrière ceux en façade dans quelques-unes des caisses de 45 tours. Au bout du compte, j'ai trouvé une bonne quinzaine de disques, surtout de la chanson française (plusieurs Trenet, mais aussi Léo Ferré et Pierre Dudan), et aussi deux disques du Cambodge et deux 45 tours publiés par Diamond à Hong Kong, dont celui-ci. Je pense que presque tous les disques que j'ai choisis avaient le même ancien propriétaire, même s'ils ne sont pas tous marqués "Michel" sur la pochette.
Mon autre disque est par Kong Ling, l'une des vedettes d'un style en vogue à Hong Kong des années 1950 au milieu des années 1970, l'English Pop, soit des chansons en anglais, originales ou reprises du répertoire américain, adaptées. Diamond était l'un des labels importants sur ce marché. Sur le 45 tours de Kong Ling, on trouve une reprise de No other love, une chanson sur l'air de Tristesse de Chopin, et une autre de More than I can say, un titre de 1960 des Crickets.
Il semble que The Pixies de Hong Kong sont beaucoup moins connus que Kong Ling. Pour tout dire, je n'ai trouvé en ligne aucune référence à ce 45 tours, et même carrément aucune mention du groupe. Sur Discogs, en plus des Pixies que l'on connaît, il y a quatre "The Pixies" et un "The Pixies Three", mais aucun n'est de Hong Kong...
Sur leur disque, pas de reprise de titres américains. A la place on trouve sur la face A, Teenage love, un "original" dans le plus pur style de la pop US, dont l'auteur est Vic Cristobal, l'une des grandes figures de l'English Pop de Hong Kong. Il était originaire des Philippines et s'est installé au Canada pour sa retraite.
Il n'est pas tout à fait impossible que, comme le titre, les paroles de Teenage love soient en anglais. Mais, si c'est le cas, elles sont incompréhensibles, tant elles sont transformées en un yaourt asiatique chanté à au moins deux voix.
La face B est une reprise, mais d'une chanson sino-japonaise, pas d'un titre anglo-saxon.
Yie lai shan est une chanson très renommée en Asie et nous avons la chance de disposer d'une présentation en français de cette œuvre sur le site Jmusic-Hits.com. L'histoire de cette chanson reflète bien les relations entremêlées et tumultueuses de la Chine et du Japon au 20e siècle. Elle a été créée en 1944 par Yamaguchi Yoshiko, également connue sous le nom de Li Xianglan. C'est une sorte de rumba avec une très belle mélodie. La version en 78 tours par sa créatrice est très bien. Il en existe de nombreuses reprises, dont beaucoup sont disponibles en ligne. Celle de mon 45 tours par The Pixies est une réussite, ma préférée de toutes celles que j'ai entendues. Il y a un clavier que l'on entend aussi sur la face A, une sorte d'orgue que j'ai du mal à identifier.
Une très bonne pioche en tout cas. Et on reparlera peut-être de mes disques cambodgiens si j'arrive à déchiffrer les informations qui sont sur leurs étiquettes.

A écouter : The Pixies : Yie Lai Shan



07 août 2019

PHILÉMON CIMON : Pays


Acquis par correspondance via Bandcamp en juillet 2019
Réf : RGCD001 -- Édité par Les Disques du Règne au Canada en 2019
Support : CD 12 cm
11 titres

Le projet de La Souterraine s'est développé de façon très intéressante depuis 2013. A l'origine, il y a les compilations dédiées à un seul artiste (les Mostla Tapes) et les compilations La Souterraine. Mais il y a aussi les productions propres du label associé Almost Musique, comme le récent album de Mohamed Lamouri, et toutes les productions indépendantes que La Souterraine sélectionne et met en valeur en les relayant sur son site Bandcamp (ou, au sens propre pour cette non-maison de disques, en les labellisant). Le point commun de toutes ces productions est qu'elles parlent français, un parti-pris que je soutiens, à l'heure où de nombreux artistes diminuent l'intérêt de leurs créations en choisissant de s'exprimer dans un anglais moutonnier.
J'essaie de suivre les parutions de La Souterraine. Ça peut aller vite parfois, car tout ne me plaît pas, loin de là, notamment les exercices les plus popeux, mais le rythme est soutenu et j'ai souvent du mal à le suivre.
Pour Pays de Philémon Cimon, ça c'est fait très vite aussi, mais pour une bonne raison. Le premier titre m'a accroché l'oreille, le deuxième encore plus. Alors, j'ai survolé le reste et, quelques minutes plus tard, le CD était commandé.
Philémon Cimon est québécois. Pays est son quatrième album, après Sessions cubaines (2011), L'été (2014) et Les femmes comme des montagnes (2015), enregistré à Cuba. Il est venu jouer en France au moins au moment de ce troisième album, ce qui lui a notamment valu les honneurs de Télérama et des Inrockuptibles.
Pays marque un tournant pour Philémon Cimon, stylistiquement et thématiquement. Le pays, c'est la région de Charlevoix, au nord-est de la ville de Québec, sur la rive nord du Saint-Laurent, d'où est originaire sa famille et où il a passé de nombreux étés. C'est là que le disque a principalement été enregistré, dans divers lieux et dans une relative basse-fidélité, sons d'ambiance inclus. Les thèmes abordés sont liés à son histoire familiale, notamment celle de sa grand-mère Lucile, à ses recherches sur la culture locale, au visionnage des films de Pierre Perrault,... On trouve de bonnes présentations de l'album dans des articles/entretiens dans Le Devoir, La Presse ou Hexagone.
Le premier titre, Charlevoix ventre infini, pose le cadre de l'album : rythme lent, guitare acoustique, chant apaisé avec chœurs, ambiance "folk" au sens large. Le suivant, Les pommiers envahis, précise l'un des enjeux du projet : "J'ai marché dans le champ de long en large pour me trouver. Changer de nom changer de naissance de lieu de maison de saison. Je cherche un pays à nommer. Je veux me nommer". C'est Ça va ça va qui m'a fourni un point de référence évident pour ce disque : un autre album bucolique, le Light green leaves de Little Wings.
Si la plupart des titres sont plutôt lents, et me plaisent très bien comme ça, les titres un peu plus enlevés sont parmi mes préférés : Jésus rouge Jésus noir, qui dans l'esprit m'a rappelé le Home d'Edward Sharpe and the Magnetic Zeros, La chanson de St-Joseph-de-la-Rive, version d'une chanson créée en 1968 par Louis Bergeron et ses amis de la boîte à chanson L'amarrée, et Latte Chumey, qu'on pourrait facilement enchaîner avec Big blonde d'Aidan Moffat.
L'album se conclut, plein d'émotion, avec Les éboulements, interprétée par Lucile Cimon, visiblement déjà très âgée (elle est décédée à 96 ans) : "Les éboulements... boum bou boum Sont amusants... boum bou boum Et c'est gaiement... boum bou boum Que l'on s'y rend... boum bou boum".
Pays est sans conteste mon plus gros coup de cœur pour une production québécoise depuis la découverte des Frères Goyette avec Rencontre du troisième âge il y a presque neuf ans déjà et c'est pour l'instant ma préférée des productions de l'année que j'ai écoutées.
On peut rêver de concerts en France pour faire la promotion de cet album et, dans l'attente, on peut se distraire avec Les Petits Chanteurs de St-Joseph-de-la-Rive, l'un des projets parallèles de Philémon Cimon. Leur  chanson de promotion des productions locales Les Produits du terroir est un régal.





31 juillet 2019

SLY STONE : Dance to the music


Acquis probablement chez Emmaüs à Tours-sur-Marne au début des années 2010
Réf : S EPC 13 8017 -- Édité par Epic en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Dance to the music -/- Sing a simple song

Parfois, il faut apprendre à se contenter de ce que l'on a. Idéalement, le disque que j'aurais aimé chroniquer ici, c'est celui-ci :



Il s'agit d'un 45 tours américain sans pochette (comme c'est souvent le cas là-bas), sorti en 1968 et crédité à The French Fries (Les Frites). Danse a la musique est en fait une version d'un tube tout récent à l'époque, le premier grand succès de Sly and the Family Stone, Dance to the music. J'ai découvert ce titre il y a quelques années sur la compilation Listen to the voices : Sly Stone in the studio 1965-1970, empruntée à la Médiathèque. En effet, c'est bien Sly and the Family Stone qui se cachent à peine derrière le pseudonyme The French Fries. Cette nouvelle version, dont on trouve une très bonne chronique par The Seth Man sur le site de Julian Cope, est complètement hallucinée, bourrée de guitare fuzz, avec moins de cuivres et de chants. En fait, si les paroles sont réduites à leur plus simple expression, le titre traduit en français, c'est peut-être, comme le mentionne The Seth Man, parce que la chanteuse Rose Stone éclate de rire quand elle essaie de chanter en français "All we need is a drummer for people who only need a beat" et se plante au bout de quelques mots incompréhensibles car elle chante "drummer" au lieu de "batteur".
Sur la face A, la voix de Sly Stone est déjà accélérée façon hélium ou Alvin and the Chipmunks, mais sur la face B c'est la seule voix qu'on entend. Le procédé est très vite pénible et la chanson, Small fries, est aussi beaucoup moins intéressante.



A défaut, du 45 tours de The Small Fries, j'aurais bien aimé chroniquer la version originale de Dance to the music, si possible avec la pochette française de ce 45 tours de 1968.
Je connais mal Sly and the Family Stone, je trouve juste que Prince lui devait énormément. Je crois que je n'ai jamais écouté un de leurs albums studio en entier depuis que j'ai entendu parler de ce groupe pour la première fois, en 1980, quand Magazine a repris Thank you (Fallettinme be mice elf again).
Au fil des années, j'ai fini par glaner quelques-uns des 45 tours français de Sly and the Family Stone. J'en ai trois, dont Thank you, mais Dance to the music n'en fait pas partie.
Dance to the music, le morceau-titre du deuxième album du groupe, est vraiment un titre efficace. C'est la réaction agacée de Sly Stone à la suggestion de sa maison de disques d'écrire des chansons plus simples pour en faire des tubes. Là, c'est basique de chez basique, avec une chanson sur la danse et la musique, des "Bom bom bom bom bom" comme chœurs et les musiciens qui interviennent tour à tour. Excellent pour faire la fête. C'est l'excellente version ci-dessous, en direct et en public à la télévision en 1969, qui m'a donné envie de chercher dans mes étagères pour voir si je pouvais chroniquer cette chanson.



Dans mes étagères, je savais bien que je ne trouverais pas le 45 tours de 1968, mais je savais aussi que j'avais ce maxi-45 tours publié en 1979. Quand je l'ai acheté, je croyais que ce serait la version originale, mais non, on était en 1979 et cette version est un remix disco qui allonge la chanson à plus de 6'30 !

Ce remix est réalisé par John Luongo. Je ne le connaissais pas du tout, mais il a produit ou remixé des dizaines de succès à cette époque, notamment pour des labels affiliés à CBS.
La version originale reste bien sûr la seule qui vaille, mais sinon c'était une bonne idée de prendre ce titre pour tenter d'en faire un tube disco : tous les ingrédients utiles sont là et l'idée de danser sur la musique est l'essence même du disco.
Je croyais que ce remix était un single isolé, mais il est en fait extrait de Ten years too soon, une compilation de titres de Sly and the Family Stone tous retravaillés par John Luongo. Je pense que ce n'est pas un hasard si ce disque est sorti en 1979, pile au moment où Sly Stone tentait avec l' album Back on the right track sur un label rival (Warner) l'un de ses nombreux come-back, tous ratés.
Sur la face B, on trouve un autre titre de l'album, Sing a simple song. Là aussi, la chanson a été allongée, mais on reste plus proche de l'esprit de la version originale de 1968.
Aujourd'hui, je suis bien obligé de me contenter de mon maxi disco, puisque c'est la seule version que j'ai. Je n'espère même pas tomber ici dans la Marne sur un exemplaire du 45 tours de The French Fries, mais je pense bien qu'un jour prochain je tomberai sur un exemplaire de Dance to the music en bon état à 50 centimes ou 1 €, même si celui-ci s'est visiblement moins vendu en France que certains des suivants.


Sly and the Family Stone, Dance to the music, en direct dans l'émission Soul train, en 1974.

25 juillet 2019

FAB FIVE FREDDY : Une sale histoire


Acquis peut-être bien chez Emmaüs à Tours-sur-Marne dans les années 2000
Réf : AZ/1 933 -- Édité par Disc'AZ International en France en 1982
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Une sale histoire (Female version) -/- Une sale histoire (Male version)

En début de semaine, j'ai vu passer un article du Guardian qui mentionne Fab Five Freddy dans son titre. Ça m'a interpellé car je connais Freddy comme un personnage des débuts du hip hop, dans la première moitié des années 1980, et je n'imaginais que cet américain puisse avoir une actualité en 2019 qui lui vaille un article complet dans un grand journal anglais. En l'espèce il s'agit d'un entretien à propos du documentaire A fresh guide to Florence, qui sera diffusé ce samedi sur BBC 2. Apparemment, Freddy se balade à cheval dans Florence (en Italie, pas en Alabama) pour retrouver et commenter les représentations des Noirs dans l'art de la Renaissance. Étonnant, mais pas tant que ça quand on connaît la variété de son parcours, et pas juste les tous débuts, comme moi. En plus d'être un artiste graffiteur et un rappeur, Fab Five Freddy a joué un rôle essentiel dans la création du film Wild style en 1983, il a réalisé des vidéos et présenté l'émission Yo ! MTV raps à partir de 1988. Récemment, il a travaillé sur l'exposition Contact high : A visual history of hip hop, présentée à Los Angeles, et réalisé son premier documentaire, Grass is greener, dans lequel il n'est pas question de gazon !
Quand j'ai lu l'article de Wikipedia sur Fab Five Freddy, j'ai trouvé intéressante l'anecdote sur son single Change the beat, qui, à cause de la phrase "Ahhhhh, this stuff is really fresh" qu'on y entend, serait le disque de hip hop le plus samplé par les DJ pour scratcher. Les disques hip hop réputés pour échantillonner d'autres disques, je connais, mais des disques de hip hop réputés comme source d'échantillons, ça m'a interpellé !
Du coup, j'ai été fouillé dans mes boites de 45 tours. Je savais que j'avais au moins un disque de Fab Five Freddy. Effectivement, il y en avait un, un seul, et ce n'était pas Change the beat mais celui-ci, avec son titre français, Une sale histoire.
Je mets la face A du disque et, après une très brève intro de boite à rythmes, une voix féminine entonne trois fois de suite "Change de bite" ! Non merci, mais ça surprend ! Ensuite, la chanson continue avec l'histoire de Fab Five Freddy en détective privé à la Marlowe (Toutes les femmes qu'il suit elles lui courent après...). Il y a une basse énorme (celle de Bill Laswell de Material). Un peu plus loin, on a la phrase complète "Le DJ change de beat" et la face se termine avec le fameux "Ahhhhh, this stuff is really fresh". A ce moment, j'avais compris que Une sale histoire est tout simplement l'édition française de Change the beat. Sur la face B, on a cette fois-ci Fab Five Freddy qui rappe en anglais dans une version raccourcie et remixée par Jean-Marie Salaün et Gérard Chiron du maxi américain Change the beat. Mine de rien, c'est confirmé par David Dufresne dans son livre Yo! Révolution Rap de 1991, Une sale histoire est tout bonnement le premier disque de Rap francophone, enregistré à New York et rappé par une américaine. Il est à noter que Beside, la rappeuse en question, n'est créditée absolument nulle part sur l'édition française, sauf sous son vrai nom Ann Boyle pour son travail sur la production de la pochette.


La face A du maxi original Change the beat, avec Fab Five Freddy qui rappe en français (plus ou moins) et en anglais.

L'histoire de la création de Change the beat (on va s'en tenir au titre original, ce sera plus simple) est intéressante. Elle est bien documentée par Bernard Zekri, l'homme qui est à l'origine du projet (il est aussi l'auteur des paroles, la musique étant de Material), dans son livre Le plein emploi de soi-même (Éditions Kero, 2013, co-écrit avec Michel-Antoine Burnier) ou par exemple dans l'article “Change The Beat” raconté par Bernard Zekri chez Red Bull Music Academy.
Ce qui s'est passé c'est que Bernard Zekri, qui naviguait pas mal entre New York et Paris à l'époque, avait obtenu de Disc'AZ de produire une série de cinq 45 tours de rap (les dos des pochettes des cinq disques se mettent bout à bout pour représenter une œuvre de Futura 2000; J'ai quatre de ces disques, il ne me manque que celui que j'ai dû voir passer le plus souvent, sans jamais l'acheter, celui de Futura 2000).
L'un de ces disques devait être le premier enregistrement en studio de Fab Five Freddy, plutôt réputé comme graffiteur à ce moment, avec le petit plus que Bernard Zekri avait eu dans l'idée de le faire rapper en français, langue qu'il ne parlait pas du tout. Ann Boyle, la compagne de Bernard Zekri, s'était chargée de lui faire apprendre phonétiquement le texte, mais Freddy n'avait pas vraiment travaillé et, arrivé en studio, c'était la catastrophe car son rap était carrément incompréhensible et il n'y avait que les moments où il improvisait en anglais qui étaient vraiment intéressants. Pour sauver l'affaire, Bill Laswell a même proposé à Zekri d'enregistrer lui-même, mais c'est finalement Ann Boyle qui, en une prise, a enregistré la version française.
Le maxi est sorti aux États-Unis en 1982 chez Celluloid, avec en face A la version Fab Five Freddy, où ses tentatives en français puis son rap en anglais s'enchaînent, et en face B la version Ann Boyle, devenue en édition française La belle histoire (Female version). Ann Boyle n'avait absolument pas prévu de se lancer dans le disque. Il a fallu lui trouver un pseudonyme. Initialement, c'était apparemment Fab Five Betty (je n'ai trouvé aucune reproduction de pochette avec ce nom). Puis, comme elle était sur la face B, ce fut Beside (ou B-Side ou Beeside suivant les cas), mais en tout cas elle est bien créditée sur l'édition américaine. Ann Boyle a fait quelques apparitions vocales sur d'autres productions Celluloid de l'époque. Sous son nom, elle a notamment publié le single Odéon en 1984, enregistré avec Bernard Fowler de Chic, et l'abum Cairo nights en 1985, sur lequel Change the beat est inclus.
En France, Le succès escompté par Bernard Zekri pour Une sale histoire n'a jamais été au rendez-vous. Il a suffi d'un passage radio sur Europe 1 pour que des auditeurs, ayant compris comme moi les premiers mots, se plaignent de cette chanson obscène et c'était fini !
Peu de temps après l'enregistrement de Change the beat, les gens de Material ont produit l'album Future shock de Herbie Hancock sur lequel on trouve le tube Rock it. C'est là que le DJ Grand Mixer D. ST a eu l'idée de scratcher la fameuse petite phrase "Ahhhhh, this stuff is really fresh", enregistrée à l'origine au vocoder par Roger Trilling, le manager de Material : pour trouver une fin à Change the beat, il s'est amusé à imiter un ponte d'une maison de disques qui sortait toujours cette exclamation quand un titre lui plaisait. C'était le premier d'une longue liste d'échantillonnages de Change the beat.
Voici donc la belle histoire du premier disque de rap francophone, tube raté en France, mais légende du hip hop. Pour ma part, son écoute m'évoque toujours Chernobyl baby de Baby Amphetamine, enregistré cinq ans plus tard mais musicalement dans le même esprit, dont j'avais enregistré une version française restée inédite, Bébé Tchernobyl.


Fab Five Freddy, Change the beat, en public à Tokyo à 1983 dans le cadre du Wild Style Japan Tour, avec DJ Charlie Chase.


La pochette du maxi américain Change the beat.

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