12 janvier 2020

KOKOKO! : Liboso


Acquis par correspondance chez Rough Trade en décembre 2019
Réf : TRANS403CD -- Édité par Transgressive en Angleterre en 2018
Support : CD 12 cm
5 titres

Ça n'arrive pas si souvent mais cet été, à la lecture dans Mojo d'une chronique de Fongola, le premier album de Kokoko!, je me suis dit que ce groupe devait être fait pour moi et j'ai cherché à en savoir plus et j'ai écouté des extraits en ligne.
J'en étais resté là dans un premier temps jusqu'à ce que, quelques mois plus tard, Philippe R. me signale, comme il le fait très régulièrement, une performance intéressante chez Tiny Desk de NPR. Cette fois, il s'agissait de Kokoko! et ça m'a permis de découvrir que, avec ses salopettes jaunes, le groupe s'est fait un look qui rappelle les combinaisons de Devo en 1978, et aussi qu'une bonne partie de leurs instruments est bricolée et faite maison, en partie avec des matériaux de récupération, dont des casseroles-sseroles-sseroles et des bidons-dons-dons.
Ce coup-ci, j'étais décidé et j'ai commandé chez Rough Trade, à un prix tout à fait correct, Fongola dans une édition spéciale avec en bonus un CD de remixes (qui sont sans intérêt, comme souvent), et aussi cet EP Liboso, sorti fin 2018 en éclaireur de l'album.
Musicalement, au-delà de la consonance du nom de groupe et sans savoir que les deux orchestres sont originaires de la même ville, Kinshasa, j'ai parfois pensé à Konono n°1 en écoutant Kokoko!.
On trouve ici deux titres de l'album, deux "singles" qui ont été diffusés avant l'album, pour lesquels une vidéo a été réalisée.
Azo toke est mon préféré. On y retrouve l'alliance entre les rythmes congolais, les sons de leurs instruments à cordes bricolés et ceux électroniques et proto-techno/house générés par leur producteur et clavier, le français Débruit.
Pendant un temps, en écoutant le refrain ("- Kokoko! - Oui, Oui. - Koko - Qui est là ?"), j'ai cru que le mot "toke", prononcé "toqué", avait le même sens qu'en français. Je ne sais toujours pas ce que signifie "Azo toke", mais je n'étais pas loin car c'est le nom du groupe qui signifie Toc Toc Toc !
Pour L.O.V.E., le groupe a invité la chanteuse Nyangombe. Je n'y aurais jamais pensé mais, après avoir vu la vidéo, je veux bien croire que le son grave qui rythme la chanson a été fait en posant son pouce sur un jack pour faire masse !
Il reste trois titres exclusifs à ce disque. Blvd Lumumba est un instrumental qui nous fait voyager sur l'axe qui mène de l'aéroport vers le centre ville de Kinshasa. Affaire a mbongo (Problèmes d'argent) est un titre dansant, que le label compare, de façon assez appropriée, au funk no wave d'ESG. Quant à Longola ye kupe,
c'est aussi un excellent titre, mieux qu'une simple face B, une chanson qui aurait toute sa place sur l'album.
Kokoko! a joué pas mal de fois en France l'an dernier, malheureusement pas près de chez moi. J'espère que l'occasion se présentera bientôt pour moi de les voir en concert, car leurs prestations scéniques ont l'air impressionnantes, comme par exemple celle à Londres ci-dessous en juillet dernier.






Kokoko! en public pour une session Boiler Room à Londres le 23 juillet 2019.

05 janvier 2020

KISS AMC : My Docs


Acquis à Londres au début des années 1990
Réf : 20 736 2 - CDXAMC 1 -- Édité par Syncopate en Angleterre en 1990
Support : CD 12 cm
Titres : My Docs (7" mix) -- My Docs (TwoTone mix) -- Come again (7" mix) -- My Docs (Dubstrumental)

L'autre jour, j'ai lu un article du Guardian à propos de clients qui se plaignent de la mauvaise qualité de leurs Doc Martens et qui font le lien avec le rachat de la société par un groupe financier et le transfert d'une partie de la fabrication en Chine. La direction actuelle dément, mais bon... Apparemment, une autre vénérable boîte, Solovair, qui a longtemps fabriqué les Docs sous licence, continue à fabriquer au Royaume-Uni des chaussures de qualité.
Je n'ai jamais porté de Doc Martens, mais à un moment j'ai bien failli en acheter. Je pense que mon choix se serait porté sur des chaussures basses. Par contre, l'article m'a rappelé les fois où, dans les années 1980 jusqu'au début des années 1990, je partais à Londres avec, dans ma liste de courses pour les copains, une paire de Docs précise à acheter à la fameuse petite boutique dont tout le monde se repassait l'adresse, à Camden Town, près du métro, pas loin de Rock On je crois.
Et pendant que j'y étais, j'ai ressorti cet hymne 100% hip-hop optimiste aux Docs, dont la pochette est parée de deux chaussures gaiement décorées.
Kiss AMC est un duo composé de Christine "Kiss" Leveridge et d'Ann Marie Copeland (AMC). Originaires de Manchester, elles ont publié des disques de 1987 à 1991, soit quatre singles et demi, mais pas d'album. Leur premier demi-single, Kiss AMC, était partagé avec Ruthless Rap Assassins, considéré comme le groupe frère de Kiss AMC et ce à double titre, d'abord parce que les deux formations ont beaucoup collaboré (la plupart des titres de Kiss AMC sont écrits ou co-écrits par des membres de Ruthless Rap Assassins), et aussi, tout simplement, parce que Christine Leveridge est la sœur de Paul Leveridge, alias Kermit, membre de Ruthless Rap Assassins avec les frères Anderson et Carson Hinds et futur accolyte de Shaun Ryder au sein de Black Grape.
Leur titre qui a été le plus remarqué, c'est A bit of..., le troisième single (1989), qui était initialement titré A bit of U2, puisqu'il contient un échantillon de New year's day.
My Docs, paru l'année suivante, n'a pas eu le même succès, ce qui explique sûrement pourquoi j'ai trouvé très rapidement ce disque en solde pour presque rien.
Pourtant, le titre est bon dans son style, et les samples sont encore légion. A l'écoute, j'ai reconnu tout de suite l'emprunt à One step beyond de Madness et j'ai saisi la référence à These boots are made for walking. Par contre, étant donné que je connais le disque et que je l'ai chroniqué, j'aurais dû reconnaître l'extrait vocal de Get down and get with it extrait de Slade Alive !. Et je ne suis pas capable de reconnaître les emprunts à Skinhead moonstomp de Symarip et Ain't we funkin' now de The Brothers Johnson.
La version originale de My Docs est très bien, donc, super entraînante, mais il y tellement de sons empilés les uns sur les autres que c'est presque trop chargé. Le TwoTone mix a une sonorité ska plus marquée, sans surprise, mais, avec l'orgue, on est plutôt dans le ton de Ghost town ou d'In the studio des Specials. Bizarrement, Madness est absent de ce mix. Le Dubstrumental est peut-être ma version préférée des trois.
Come again est une très bonne face B, avec des échos de De La Soul avec ses "Plus" et ses "One two one two".
Pour la vidéo de My Docs, Kiss AMC a fait appel à des invités de marque. Là encore, je ne l'aurais pas remarqué par moi-même, mais c'est signalé dans la discographie de Slade, C'est Noddy Holder lui-même qui rejoue ses hurlements de Slade Alive ! dans la vidéo ! Et c'est bien une grande figure de Manchester, Frank Sidebottom, qui apparait à plusieurs reprises dans la vidéo.
Comme quoi, des godasses peuvent inspirer une bonne chanson ! Cette pépite obscure a déjà trente ans mais, comme elle n'est pas recherchée, on peut se procurer le disque pour presque rien et, même avec les frais de port, c'est encore beaucoup moins cher qu'une paire de Docs d'occasion !

A écouter :
Kiss AMC : Come again



01 janvier 2020

MES GRANDES TROUVAILLES DE CHINE 2019

Voici une nouvelle sélection de mes découvertes discographiques achetées d'occasion pendant l'année écoulée et chroniquées ici.
Je chronique de moins en moins de disques dans le blog (60 en 2019 contre 120 en 2010, soit moitié moins), la sélection se fait donc sur un plus petit corpus.
Sur ces 60 chroniques, environ les deux-tiers (40) concernent des disques acquis en 2019, mais quand on enlève les cadeaux et les disques achetés neufs (dont les excellentes nouveautés de Philémon Cimon, Arlt, Gilia Girasole et Ray Bornéo, The Ready-Mades et Porta S., par exemple), il doit rester une grosse vingtaine de disques achetés d'occasion, parmi lesquels j'en ai retenu 10 pour la liste d'aujourd'hui.
Sur ces 10 disques, il y en a 2, signe des temps, que j'ai chinés en ligne sur Discogs. Les deux fois, cet achat a été inspiré par une compilation de Born Bad Records. On compte dans le lot un seul 33 tours, 2 CD et 1 78 tours, ce qui fait que les 45 tours (6) dominent encore largement.
Mes deux meilleurs souvenirs de l'année dans ce domaine restent les deux 45 tours de Brigitte Fontaine vieux de cinquante ans trouvés sur le trottoir d'une banlieue parisienne et le petit lot de 45 tours cambodgiens trouvé pendant l'été à la ressourcerie tout près de chez moi.

Un clic sur le titre ou la pochette vous emmènera sur la chronique correspondante.
Les disques sont listés dans l'ordre d'apparition de leur chronique sur le blog.



Un groupe pop léger américain habilement flairé dans un rayon de Noz.


Suite à la parution de la compilation Antilles méchant bateau, je n'ai pas réussi à me procurer le 45 tours de Daniel Forestal qui contient Ces p'tits je t'aime. Mais celui-ci, qui contient Le métis et En ka senti en ka houmba, est très bien lui aussi.


Un disque indonésien trouvé chez Emmaüs à Reims. Une production officielle, ce qui ne l'empêche pas d'être de grande qualité.


Un album pioché dans les soldes de Cash Express. L'un des nombreux disques de musiciens antillais chroniqués cette année. Je n'en attendais pas grand chose, mais ce fut une excellente surprise, avec notamment des chansons très fortes comme Fre d'Afrik et Tou piti.


Une vraie rareté. Deux excellentes chansons parues hors album. Super !


Une bonne surprise. Pas seulement un disque tahitien de plus, mais une production qui réussit le mariage improbable du chant tahitien et du son rock sixties.


Six mois plus tard, toujours aucune information sur les artistes et les titres de ce 45 tours surprenant paru au Cambodge.


Une excellente version instrumentale de la chanson connue en anglais sous le titre Brown skin gal. Je regrette de ne pas avoir pris ce jour-là tous les 78 tours afro-cubains du lot. D'autant que j'ai trouvé peu d'autres 78 tours tout au long de l'année.


Je recherche depuis cet été Tu as calé le moteur par Henri Debs. Je ne l'ai pas encore trouvé, mais j'ai eu la bonne surprise de tomber à la place sur cette reprise dont j'ignorais l'existence.


L'une des meilleures rééditions de l'année, c'est sans doute Un dandy en exil de Mazouni chez Born Bad, une compilation qui m'a incité à acheter cet excellent 45 tours.

29 décembre 2019

RALFE BAND : Swords


Acquis chez Récup'R à Dizy le 21 décembre 2019
Réf : TAL-30 -- Édité par Talitres en France en 2007
Support : CD 12 cm
14 titres

Quand je suis arrivé à la ressourcerie, j'ai tout de suite vu qu'ils avaient mis en vente un nouveau lot de CD. Des disques neufs - encore sous cellophane - et en plusieurs exemplaires. Il s'est avéré qu'il s'agissait uniquement de disques publiés par le label bordelais Talitres. Comment ils sont arrivés là ? Mystère. Aucun disquaire dans le coin n'en aurait eu autant en stock et je ne pense pas qu'il y ait eu non plus de distributeur diffusant localement ces disques.
En tout cas, j'ai fait une sélection dans ce lot et je suis revenu à la maison avec quatre disques. J'ai été déçu par Taxi Taxi (trop mou) et Early Day Miners, groupe pourtant comparé à Low sur une étiquette apposée sur le disque. J'ai apprécié l'album Luxe de Stranded Horse, et surtout j'ai passé un excellent moment à l'écoute du disque que je vous présente aujourd'hui, Swords, le premier album de Ralfe Band.
J'ai écouté le disque "à l'aveugle", sans avoir ouvert le livret ni cherché d'informations en ligne, je ne savais donc pas si j'avais affaire à des anglais ou des américains. J'aurais plutôt penché pour des gens d'outre-Atlantique car, à l'écoute, je me suis dit que j'aurais bien classé ce disque dans un rayon Americana. Quelque chose de léger, pas particulièrement original, mais pour le coup réjouissant de bout en bout.
En fait, Ralfe Band est le projet d'Oly Ralfe, un anglais, qui crée seul quasiment toutes les chansons, et sur ce disque le groupe de base est un trio, avec Andrew Mitchell et John Greswell. Cette édition française de Swords est sortie deux ans après l'édition originale, bizarrement parue chez Skint, label plutôt réputé pour le Big Beat que pour de la pop-country-rock... Du coup, on a droit à deux titres bonus sur l'édition Talitres de 2007, deux faces B de singles. Très bien, c'est juste dommage pour un complétiste comme moi qu'il en manque une troisième, By a boiling sea, la face B de Fifteen hundred years.
Le disque démarre gentiment par une valse instrumentale et enchaîne avec une autre valse, Women of Japan, l'un des singles. Il y est question de trouver l'homme qui embrassait toutes les femmes du Japon (!?...), avec une sorte de cloche employée comme percussion, tout simplement mais à bon escient. Là, comme à d'autres moments (dont Arrow and bow), on pense de temps en temps à Will Oldham.
Quand on trouve toutes les chansons d'un disque bien ou très bien, on risque fort de se répéter, mais j'apprécie vraiment beaucoup aussi 1500 years, avec de la mandoline, de l'accordéon et même une ébauche de yodel, Broken teeth song, Crow, et Sword, une chanson lente, avec des chœurs bienvenus à la fin. Même Bruno mindhorn qui, pour moi, débute mal (très jazzy), finit très bien.
Visiblement, Oly aime bien décrire le type de ses chansons dans ses titres. Ainsi, on a droit à (encore) une valse, Albatross waltz, à un blues (l'excellent Parkbench blues, utilisé pour la musique d'une pub en 2011) et à une marche, March of the pams, dont le piano me fait penser à The big dig de Family Fodder, qui est une version d'une Gnossienne de Satie. Y aurait-il donc, là aussi, une référence à Satie ?
On retrouve le piano sur Siberia, l'instrumental qui clôt l'album original chez Skint de 2005.
La qualité ne faiblit pas sur les deux titres bonus, avec Run down the lane, qui m'a fait penser à du Tom Waits époque Raindogs en beaucoup moins barré, et Moths, un dernier instrumental, qui amène les choses calmement à leur terme.
Après Swords, Ralfe Band a sorti deuxième album, Attic thieves, bien reçu en 2008, puis la bande originale du film Bunny and the Bull et un autre album, Son be wise, en 2013.
On aurait pu penser le groupe fini pour de bon quand Oly Ralfe a sorti en 2018 un album solo, Notes from another sea mais, le mois dernier, Ralfe Band a annoncé son retour avec un nouveau titre, Sweating it out, et un concert est annoncé pour le 29 janvier. A suivre, donc.

Swords est toujours en vente en CD chez Talitres, au prix cadeau de 4 €.








Session acoustique en duo pour Le Cargo en 2008 (d'autres titres sont disponibles)

22 décembre 2019

MAZOUNI : Chérie Madame


Acquis par correspondance via Discogs en décembre 2019
Réf : HPC 86 -- Édité par Sawt El Arab en France en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Chérie Madame -/- Short

Un peu comme la compilation Antilles méchant bateau m'avait incité en début d'année à me faire offrir un 45 tours de Daniel Forestal, la rétrospective 1969-1983 de Mazouni parue au printemps dernier, que j'avais survolée à sa sortie et que j'ai écoutée plus tranquillement après l'avoir empruntée à la Médiathèque, m'a donné envie de me procurer un de ses disques pour vous en parler ici (et du coup j'ai aussi commandé le CD, excellent de bout en bout).
Ses chansons ont beau avoir été reprises par Rachid Taha, Zebda ou l'Orchestre National de Barbès, je ne connaissais pas du tout Mazouni avant la sortie de cette compilation. Né en 1940 à Blida en Algérie, il a commencé à enregistrer dans les années 1960. Il s'est établi en France en 1969, et c'est sur cette période que se concentre Un dandy en exil.
Comme je le disais, la compilation est excellente. Bien entendu, les orchestrations "arabisantes" dominent, avec une interprétation et une production de grande qualité, mais il y a des surprises, comme la guitare électrique de Daad dagui ou Je pense à celle qui, bien que datant de 1973, sonne quasiment yé-yé. Parmi les chansons qui m'emballent, il y a Écoute moi camarade, Je n'aime pas le jour, je n'aime pas la nuit et Adieu la France ("Adieu la France, bonjour l'Algérie, quand j't'ai quittée, combien j'ai pleuré. Finie souffrance, finie l'indifférence, bientôt je serai avec toi chérie").
Et aussi, on aurait pu faire un superbe EP rien qu'avec les cinq duos masculin-féminin qui ponctuent l'album.
Souvent, l'amour que ces duos dépeignent est tout sauf romantique. Même dans un titre comme Mon amour, il est gentil, la femme chante à un moment "Si jamais tu me trompes je vais te tuer". Sur cette chanson comme dans d'autres, dont Je suis seul, un procédé intéressant est utilisé : un chanteur chante en Arabe, l'autre répond en Français (ou vice-versa), mais les phrases en Arabe et en Français riment.
Dans l'ensemble, l'homme n'a pas la vie facile dans ces duos. Dans Si massoud (Je t'aime et je t'aimerai), il en vient à supplier "Respecte au moins les moustaches qui sont les miens". Dans L'amour maâk, il est confronté à une prostituée raciste :"Je ne monte pas avec quoi parce que tu es un arabe", "Vas-t-en espèce de bicot, c'que tu m'dis m'est bien égal", "Tu m'touches pas pauvre imbécile, je n'aime pas non plus les noirs"...
Ça tombe bien parce que le duo qui m'a carrément fait éclater de rire à la première écoute, c'est Chérie Madame et j'ai pu trouver un exemplaire de ce disque à un prix relativement correct. Certes, à ce prix-là la pochette est en piteux état et le disque bien râpé, mais il passe.
Il existe au moins quatre éditions de ce titre : celle-ci chez Sawt El Atlas, qu'on trouve aussi avec une pochette légèrement différente, une autre chez La Voix du Globe, avec la même pochette, sur laquelle a été ajouté un crédit pour la chanteuse Meriem Abed et qui, coup classique, donne comme auteur de la face A non pas Mazouni mais Si Ahmed Soulimane, le fondateur du label.
La dernière édition, chez Pariphone, avec une autre face B, semble plus ancienne. De toute façon, la date donnée pour Chérie Madame sur la compilation, 1981, me semble tardive par rapport aux photos de pochette, qui font vraiment très première moitié des années 1970.
Quelque part, Chérie Madame est un duo dans le style du Vous me quittez déjà de Melon Galia. Mais là où chez Melon Galia le ton est gentiment moqueur, ici c'est presque féroce.
Voici les répliques de Meriem Abed dans la chanson aux phrases chantées en Arabe. Une partie de ces phrases est traduit chez Born Bad, mais de toute façon on en devine aisément le sens au vu des réponses :
"Comment comment, je n'ai pas compris (...)
Tu n'as pas honte, ta saloperie (...)
Je n’ai pas besoin, non merci (...)
Tu ne sais pas bien danser (...)
Achète-moi une DS (...)
Dans mon cœur, il n’y a pas de place (...)
Tu es fauché et pas riche (...)
Si tu m’aimes, moi je m’en fiche (...)
Je t’en prie, laisse-moi tranquille (...)
Oh la la, quel imbécile !(...)
Oh, le pauvre, il se répète (...)
Mais je m’en fous pas mal, tu es bête (...)"
Et il manque le ton moqueur sur lequel certaines de ces phrases sont balancées. Quant à la musique, elle est entraînante, avec une flûte qui danse dans nos oreilles.
La face B, Short, ne figure pas dans la compilation Born Bad. Chantée en arabe par Mazouni seul, elle s'inscrit dans une série de chansons où il se penche sur les tenues vestimentaires, puisqu'il a aussi enregistré Zetti short et Mini jupe. On trouve Mini jupe sur la version numérique et le vinyl d'Un dandy en exil, mais pas sur le CD, par manque de place.
Il existe un autre 45 tours avec Short en face B. C'est à se demander si le 45 tours de 1981 ne serait pas une réédition avec deux titres déjà précédemment parus.
Mazouni vit actuellement en Algérie. Il a dû quitter la France au début des années 1990 après avoir publié une chanson soutenant Saddam Hussein au moment de la première guerre du Golfe.

Un dandy en exil Algérie-France 1969-1983 de Mazouni est en vente chez Born Bad.




Une autre édition de mon 45 tours avec une photo de pochette de la même session, mais différente.

15 décembre 2019

PHILADELPHIA INTERNATIONAL ALL STARS / MFSB : Let's clean up the ghetto


Acquis neuf à Châlons-sur-Marne en 1977
Réf : 5451 -- Édité par Philadelphia International en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : PHILADELPHIA INTERNATIONAL ALL STARS : Let's clean up the ghetto (Vocal) -/- MFSB : Let's clean up the ghetto (Instrumental)

J'ai publié plus de 1500 chroniques ici en 14 ans et je n'ai jamais chroniqué deux fois le même disque. Certes, je me suis souvent intéressé à des éditions différentes d'un même disque (avec notamment une série sur Power, corruption & lies), mais dans l'idée, je n'ai l'intention de chroniquer un disque qu'une seule fois, même si ça m'est déjà arrivé, des années plus tard, de relire une chronique et d'avoir envie de la modifier ou la compléter.
Ce qui m'est arrivé plusieurs fois aussi, c'est d'avoir l'idée de chroniquer un disque et de me rendre compte que j'ai déjà fait cette chronique. C'est assez logique, car quand un disque m'intéresse suffisamment pour que je passe du temps à le chroniquer, les raisons qui ont suscité cet intérêt peuvent rester valables des années plus tard. Mais ça confirme que, sur certains aspects, j'ai des trous de mémoire impressionnants.
En général, une rapide recherche sur le blog me confirme qu'un disque est déjà chroniqué ou non quand j'ai un doute, mais les choses ne sont jamais allées aussi loin qu'hier : j'ai passé sûrement deux bonnes heures entre vendredi et samedi à faire des recherches d'information et à préparer un billet pour le 45 tours Girlfriend is better de Talking heads. J'ai commencé à préparer le billet, à y intégrer les images et les vidéos... Ce n'est que quand j'ai entamé la rédaction et que j'ai voulu vérifier toutes mes chroniques étiquetées Talking Heads que je me suis rendu compte avec horreur que cette chronique était déjà en ligne depuis mai 2013 ! Je m'étais demandé pourquoi j'avais bien pu acheter isolément ce disque sur Ebay. La réponse était simple : c'était pour le chroniquer !
La seule chose rassurante dans cette histoire, c'est que quasiment tout ce que je comptais dire hier à propos de Speaking in tongues et Stop making sense, je l'avais déjà exprimé tel quel en 2013. Au moins, sur ce point, je suis consistant avec moi-même !
Comment je me suis retrouvé dans cette situation ? Tout a commencé mardi. Comme je passais quelques jours à Paris, l'ami Philippe D. m'a invité à une projection de Stop making sense, un événement organisé à l'occasion de la sortie en Blu-ray d'une énième version remasterisée de cet excellent film de concert de 1984 réalisé par Jonathan Demme.
Déjà, je croyais avoir revu le film assez récemment en DVD, mais je me trompais : j'ai juste écouté cette année une réédition CD de l'album que je venais d'acheter pas chère en Angleterre, qui a l'avantage par rapport au 33 tours 9 titres original de contenir les 16  titres qu'on entend dans le film.
En sortant de la salle, je me suis fait trois remarques :
1) Purée, la qualité des chansons de Talking Heads est quand même excellente;
2) J'ai vraiment sous-estimé Speaking in tongues à sa sortie. Certes, ce n'est pas un classique comme Remain in light, mais les six titres de l'album interprétés dans le film (le tournage s'est fait à la fin de la tournée Speaking in tongues, le groupe n'a plus jamais tourné ensuite) sont quand même très bonnes, avec une parenté marquée avec Tom Tom Club ;
3) le costume extra-large de David Byrne joue un rôle beaucoup moins important dans le film que dans mon souvenir. Il ne le porte que pendant une ou deux chansons avant d'enlever la veste et, non, il ne se "gonfle" pas pour devenir de plus en plus gros comme je croyais m'en souvenir !
Toujours en sortant, je me disais que j'espérais ne pas avoir déjà chroniqué mon double maxi-45 tours avec This must be the place et Slippery people car ça me permettrait de parler ici de Speaking in tongues.
J'ai vérifié, et je n'avais pas chroniqué ce double maxi, mais au bout du compte (c'est ce qui avait déjà dû se passer en 2013), j'ai préféré envisager de chroniquer Girlfriend is better, car c'est un 45 tours avec la version Stop making sense de cette chanson de Speaking in tongues.
Bon,la chose positive dans tout ça c'est que, en re-préparant ce billet déjà publié, j'ai eu l'idée d'une autre chronique pour ce week-end, celle du tube Let's clean up the ghetto.
Là encore, ça montre que je n'étais pas au meilleur de ma forme en cette fin de semaine. J'étais donc en train d'écouter des singles de Talking Heads en vue de ma chronique tout en m'affairant dans mon bureau. A un moment, je me remets à l'ordinateur après avoir lancé un disque et je dresse l'oreille. "Tiens, elle n'est pas mal cette intro, c'est quoi cette face B de Talking Heads ?", me suis-je dit. Oups, en quelques secondes, j'avais oublié que j'avais fini d'écouter les Talking heads et que je venais de lancer Let's clean up the ghetto. Mais l'enchaînement était parfait et confirme que, au-delà de Take me to the river, la soul-disco a été l'une de leurs influences.
Mais pourquoi est-ce que ce 45 tours des Philadephia International All Stars s'était retrouvé sur ma pile de disques à écouter ? Tout simplement parce que, deux jours plus tôt, chez Gilda à Paris, j'avais acheté le 45 tours TSOP de MFSB. Je pensais l'avoir déjà avec une autre pochette, mais non, je confondais avec Let's clean up the ghetto.
Je pense que l'exemplaire du disque que je chronique aujourd'hui est bien celui que, à l'époque de sa sortie, ma famille avait acheté. Je ne pense pas que mes parents s'y soient intéressés suffisamment pour décider de l'achat. Cela veut dire que, avec mon frère et ma sœur, on avait dû être accrochés à cette chanson au point de tanner les parents pour qu'ils achètent le disque, mais je ne me souviens pas comment il avait pu autant nous marquer. Certes, ce 45 tours a dû avoir beaucoup de succès et il passait beaucoup en radio, mais il y en avait plein d'autres cette année-là, de Rockcollection à Daddy cool, et je suis étonné que celui-ci fasse partie des quelques disques familiaux achetés cette année-là.
En tout cas, plus que le refrain, je sais ce qui a dû nous accrocher dans cette chanson : sa ligne de basse, six notes si je compte bien, énorme. Pas étonnant qu'elle ait été aussitôt reprise en reggae par Johnny Clarke ou qu'elle ait été samplée plusieurs fois.
Let's clean up the ghetto, c'est un projet de Philadelphia International Records, le label de Gamble et Huff. Il y a eu un album, avec des titres inédits des principales vedettes du label, qui sont réunies pour la chanson-titre de plus de huit minutes (divisée en deux faces sur le 45 tours), accompagnées par MFSB, le groupe maison qu'on entend sur la plupart des productions du label.
Quand on a acheté ce disque, je n'ai prêté aucune attention aux stars mentionnées au recto de la pochette (Lou Rawls, Billy Paul, Archie Bell, Teddy Pendergrass, O'Jays et Dee Dee Sharp Gamble), tout simplement parce que je ne connaissais aucun de ces noms.
Ce qui est rare dans ce type de chanson qui réunit plusieurs artistes pour une bonne cause, c'est qu'on n'a pas du tout l'impression à l'écoute d'avoir juste des gens qui se succèdent chacun leur tour au micro pour dire quelques lignes. Même si dans les faits c'est ce qu'il se passe, on arrive ici à quelque chose de parfaitement réussi et homogène.
En pleine période disco, la chanson est certes dansante, mais conserve des racines rhythm and blues fortement marquées. Côté paroles, on est dans le "socialement conscient", proche dans l'esprit de certaines chansons de Curtis Mayfield. Inspirées par la vision d'horreur de New York à l'époque d'une grande grève des éboueurs, elles appellent les habitants des ghettos à se prendre en main pour gérer leur quartier, sans compter sur les autorités. Fort logiquement, les bénéfices de ce projet sont allés au soutien d'actions communautaires dans les quartiers de Philadelphie.
Dans l'esprit, une chanson comme celle-ci annonce le rap. On n'est après tout en 1977 que cinq ans avant la publication de The message.
La face B du 45 tours est intéressante car il me semble qu'elle est différente de la deuxième partie, largement instrumentale, de la version album de la chanson.
Je n'aurai donc pas chroniqué un disque de plus de Talking Heads ce week-end, mais je suis bien content d'avoir eu l'occasion de danser en écoutant Let's clean up the ghetto !

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