16 juin 2019

CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL : Fortunate son


Acquis d'occasion dans la Marne, probablement au début des années 2000
Réf : 17012 -- Édité par America en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Fortunate son -/- Down on the corner

Je ne le fais pas souvent, et même j'évite généralement de participer aux commémorations rock 'n' rolliennes plus ou moins justifiées qui pullulent, mais je pense que ça vaut le coup de s'arrêter un moment sur les exploits réalisés par Creedence Clearwater Revival tout au long de l'année 1969, il y a cinquante ans.
Voilà un groupe qui, en l'espace de douze mois, a sorti trois albums studio (Bayou country, Green river et Willy and the Poorboys, soit en tout 26 chansons, dont 23 originales écrites par John Fogerty), a enchaîné les succès (Proud Mary, Bad moon rising, Lodi, Green river, Down on the corner et Fortunate son, excusez du peu !), a tourné constamment et a notamment été l'une des têtes d'affiche du festival de Woodstock (même si leur refus d'apparaître dans le film ou sur le disque, au prétexte apparemment erroné d'une performance pas optimale, fait qu'on a un peu tendance à minimiser leur participation).
Comment expliquer cette frénésie ? Sûrement parce que le groupe voulait profiter d'un succès qui avait été si long à venir : pendant dix ans, ils ont galéré sous divers noms de groupes et sorti une dizaine de 45 tours qui n'ont eu aucun succès. Ce n'est que quand ils ont changé de nom pour Creedence Clearwater Revival au tout début de 1968 que le vent a tourné, grâce notamment à leur reprise de Suzie Q.
Et puis, il y a aussi la façon dont le groupe considérait son "travail" artistique. Dans le Melody Maker du 20 septembre 1969, à la question de savoir si le groupe avait des problèmes pour recréer le son de ses enregistrements sur scène, John Fogerty répondait que c'était l'inverse : "Dans notre cas, nous faisons sonner nos disques comme nous sonnons sur scène" !
Dans le dernier Mojo en date (n° 308, daté de juillet 2019), on apprend que, à partir de la fin de l'été 1969,le groupe avait transféré son local de répétition d'une cabane de jardin à un entrepôt dans une zone industrielle, où ils se retrouvaient tous les jours pendant quatre-cinq heures quand ils n'étaient pas en tournée ou en studio. Et en studio, à ce régime-là, on comprend que les albums pouvaient être enregistrés rapidement : les bases étaient enregistrées en une ou deux prises, avec John Fogerty en complément à la guitare rythmique, et après il ne restait plus à repasser que pour enregistrer les voix et la guitare solo.
Le produit final, c'était du pur rock 'n' roll, et aujourd'hui c'est peut-être le plus électrique et le plus enragé de tous leurs tubes que j'ai sélectionné, Fortunate son.
Dans son livre de 1989 The heart of rock and soul : The 1001 greatest singles ever made, Dave Marsh, qui le place en 242e position (il y a 7 titres de CCR sur les 1001, dont 5 de 1969), explique que, si on pouvait réduire le rock 'n' roll à une seule chose, et si cette chose était la fureur pure, alors Fortunate son en serait la plus pure distillation.
John Fogerty a écrit cette chanson le jour où il a reçu les papiers le libérant définitivement de ses obligations militaires. Avant ça, comme expliqué dans le NME du 20 septembre 1969, John et le batteur Doug Clifford avaient fait leur service, puis avaient été maintenus comme réservistes, ce qui impliquaient que, après chaque concert, ils devaient revenir à leur base.
Inspiré par les annonces dans la presse du mariage du petit-fils du président Eisenhower et de la fille de Richard Nixon, Fogerty déverse sa bile non pas directement sur l'armée ou la guerre, mais sur tous ces gens de bonne famille, bien-nés, planqués, pistonnés ou friqués, qui ne risquent pas d'être obligés de faire la guerre mais prendront plutôt la décision d'y envoyer les autres (notons qu'un des planqués du Vietnam est actuellement Président des États-Unis d'Amérique...).
Musicalement, c'est à l'avenant et, s'il y a une chanson qui est proche de celle-ci et qui l'a peut-être en partie inspirée, c'est bien Sympathy for the devil des Rolling Stones, sortie quelques mois plus tôt (je ressens ça surtout avec le chant des couplets).
Je n'avais pas du tout la référence, mais un ami m'a judicieusement glissé à l'oreille hier que, pour lui, Fortunate son est éternellement lié à l'inévitable Johnny Hallyday, qui en a fait une reprise en 1971. Pour une fois, l'adaptation en Fils de personne par Philippe Labro ne trahit pas le sentiment de la chanson originale.
La face B bouche-trou ou faiblarde, Creedence ne savait pas faire. Au contraire, ils avaient pour habitude de mettre deux titres très forts sur leurs 45 tours, qui souvent leur procuraient deux succès en radio (mais une seule vente de disque...). C'est le cas notamment ici avec Down on the corner, où l'on retrouve le côté plus "roots" du groupe, avec l'histoire d'un jug band fictif, Willy and the Poorboys. Simple mais efficace et très agréable.
Tom Fogerty est mort en 1990. Aujourd'hui, John Fogerty poursuit sa carrière en solo, tandis que la section rythmique de Stu Cook et Doug Clifford joue depuis 1995 sous le nom de Creedence Clearwater Revisited.


Creedence Clearwater Revival, Fortunate son, dans l'émission Ed Sullivan Show en 1969.


Creedence Clearwater Revival, Fortunate son, en concert au Royal Albert Hall à Londres en 1970.


Creedence Clearwater Revival, présentés par Mama Cass et David Sternberg, jouent Down on the corner dans l'émission Music Scene, le 1er décembre 1969.


John Fogerty est interrogé par Dan rather en 2016 à propos de l'histoire de Fortunate son et des circonstances qui l'ont conduit à jouer cette chanson à la Maison Blanche lors de la Journée des Anciens Combattants, sous le mandat d'un précédent Président des États-Unis.

08 juin 2019

DENISE VARÈNE : Les deux pieds dans l'eau


Acquis probablement chez Emmaüs à Tours-sur-Marne vers la fin des années 2000
Réf : EU. 2 -- Édité par Vogue en France probablement dans les années 1970 -- Tirage spécial hors commerce pour les Editions Universelles - Hommage de l'éditeur
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les deux pieds dans l'eau -/- Sans rien te dire

Voici un type assez rare de disque hors commerce, qui n'est pas représenté dans mon livre Vente interdite. En effet, si c'est bien la maison de disques Vogue, qui a sorti initialement ce 45 tours dans les années 1950, qui s'est chargée une vingtaine d'années plus tard de la fabrication de cette réédition, cela a été fait à la demande de l'éditeur musical des deux chansons, Les Éditions Universelles. Dans quel but ? Mystère. La mention "Hommage de l'éditeur" signifie simplement que l'objet est distribué gratuitement, mais je suppose qu'il y a eu une occasion particulière, soit liée à l'interprète Denise Varène, soit liée à une actualité autour de ces titres (l'utilisation dans une musique de film, ou une reprise, par exemple).
En tout cas, ça nous donne l'occasion de nous intéresser à Denise Varène, qui est ici accompagnée par son époux Marcel Bianchi et son orchestre.
On trouve au dos de la pochette de son premier 45 tours des informations sur ses débuts. Repérée lors d'un crochet radiophonique, elle a chanté pour plusieurs orchestres qui l'ont déjà fait voyager. Repérée par Jacques Hélian, elle a été recrutée comme membre des Hélianes, ses chanteuses d'orchestre, de 1953 à 1955. A partir de là, Denise Varène et Marcel Bianchi, qui était lui aussi rentré dans l'orchestre de Jacques Hélian, ne se sont plus quittés jusqu'à la mort de Marcel en 1997.
Un témoignage passionnant de Denise Varène, recueilli en 2011 par les Archives départementales des Alpes-Maritimes en collaboration avec l’Association Juanaise du Cadre de Vie, nous permet d'en savoir plus sur leur parcours professionnel, notamment leurs engagements dans des grands hôtels de Paris ou de la Côte d'Azur ou pour des croisières autour du monde.
On y apprend des détails sur la création de Viens à Juan-les-Pins, un grand succès de Bob Azzam, qui était le titre principal du 45 tours sur lequel on trouve Fais moi le couscous chéri (je note que ni Denise Varène ni Bernard Michel ne sont crédités pour les paroles sur le 45 tours, mais Michel l'est chez Frémeaux). Il y est aussi question de Dizzy Gillespie et Ella Fitzgerald, mais l'extrait d'un quart d'heure mis en ligne ne contient pas les souvenirs sur Claude François qui, à ses débuts, a passé l'été 1959 comme batteur de l'orchestre de Marcel Bianchi :



Les deux pieds dans l'eau est un boléro-cha cha cha sur des paroles de Roger Desbois et une musique de Jean Lano.
Il y a une autre version connue et quasi-contemporaine de cette chanson par Mathé Altery, avec des cordes et des trémolos dans la voix. Je ne suis pas sûr, mais je pense que la version de Denise Varène est la première. C'est en tout cas ma préférée. Je préfère le style de chant et les arrangements sont à la fois sobres et de qualité, depuis la superbe introduction avec la guitare hawaïenne de Marcel jusqu'aux touches de marimba et aux ponctuations de cuivres tout en retenue.
La face B, Sans rien te dire, paroles encore de Roger Desbois et musique cette fois-ci de Jack Arel, est un slow très classique. C'est réussi, mais moins dans mes goûts.
J'ai deux autres 45 tours de Denise Varène, mais il y en a un qui doit être mal rangé et je n'arrive pas à remettre la main dessus. J'y retourne, même si je dois y passer la soirée, et je vous laisse écouter ça :






Une pochette d'anthologie pour l'EP original des années 1950 qui contient les deux titres de mon 45 tours, avec Marcel Bianchi et Denise Varène en photo, les pieds au sec, peut-être bien à Juan les Pins. J'aimerais bien avoir ce disque !



06 juin 2019

BANDE ORIGINALE DU FILM LIBERTÉ 1


Acquis sur le vide-grenier de Saint Gibrien le 30 mai 2019
Réf : 432.778 BE -- Édité par Philips en France en 1962
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Corinne Marchand : Bon vent ma jolie -- Gana M'Bow - Orchestre sous la direction de Gérard Lurcy : Timoulamoudé -/- Gana M'Bow - Orchestre sous la direction de Gérard Lurcy : Thème Jazz - Surprise-partie chez Seki -- Les Guitares du Diable : Twist Liberté 1

Les disques se font rares sur les brocantes, alors, quand on m'annonce un prix de 25 centimes pièce pour un petit lot de 45 tours années 1960, je l'examine attentivement. J'y ai pioché des disques du Keef Hartley Band et de Jean Arnulf, et aussi cette bande originale de film.
La pochette a pris l'eau, du coup elle est en partie arrachée et un peu moisie, mais il ne faut pas être trop regardant ces temps-ci si on ne veut pas revenir bredouille de la pêche aux disques.
Je ne connaissais ni ce film ni l'actrice chanteuse de l'un des titres, Corinne Marchand (qui a notamment joué dans Cléo de 5 à 7), mais en retournant la pochette j'ai vu que la "musique européenne" est composée par Colette Mansart (Mansard en fait) (connais pas) et la "musique africaine" par Gana M'Bow (connais pas non plus, mais ça m'intéresse !).
Liberté 1 est un film écrit et réalisé par Yves Ciampi, qui a été présenté en compétition à Cannes en 1962. Outre Corinne Marchand, les acteurs principaux de cette production franco-sénégalaise sont Maurice Ronet, Nanette Senghor et Iba Guèye. Quelques mots sur ces deux dernières personnes : Iba Guèye, fils de l'homme politique Amadou Lamine-Guèye, était avocat, mais aussi réputé pour être le premier pilote d'avion sénégalais. L'aéroclub de Dakar porte actuellement son nom. Le site d'Eddy sur l'aviation au Sénégal nous apprend que, malheureusement, il est mort à 31 ans en octobre 1962, quelques mois après la sortie du film. Grâce à une dépêche Keystone du 7 avril 1962 présente sur ce site, on apprend que le choix d'une interprète féminine africaine pour le film a été difficile, "le Sénégal étant en majorité de religion musulmane et les maris et fiancés ne voulant pas laisser leur femme faire du cinéma". L'accord du chef de l’État pour faire tourner sa nièce est présenté comme le sacrifice des principes à la "raison d’État"...
Je n'ai pas réussi à trouver en ligne des extraits du film. J'imagine que son titre assez énigmatique a à voir avec le nom du "quartier neuf" de Dakar Liberté 1, qui devait être en construction à cette époque, mais, quand je lis le résumé du film, je n'arrive pas à faire un lien direct entre les deux.
On trouve donc quatre titres assez différents sur ce disque. 
Bon vent ma jolie, avec des paroles de Jean Dréjac, est le seul titre chanté par Corinne Marchand. Une chanson assez classique dans le genre, mais pas mauvaise du tout, avec un arrangement de qualité.
Dans un tout autre style, le groupe Les Guitares du Diable, avec Léo Petit à la guitare, interprète Twist Liberté 1. Là aussi, dans un genre de rock instrumental très codifié, ce n'est pas mal du tout. Il y a au moins autant de saxophone que de guitare et c'est une pointure, Pierre Gossez, qui souffle dans l'instrument.
Les deux autres titres sont signés Gana M'Bow. Je n'ai pas trouvé beaucoup d'informations sur lui sur lui si ce n'est qu'il a été enregistré en 1965 par le Chicago History Museum pour parler de la musique folklorique sénégalaise et des chansons à percussions de l'Afrique de l'Ouest. Il est mentionné chez Discogs comme percussionniste de jazz et il a dû faire carrière à Paris : il apparaît sur des enregistrements de Barney Wilen, Lucky Thompson et Art Blakey and the Jazz Messengers (au Club St Germain).
Sans surprise, le Thème Jazz - Surprise-partie chez Seki n'est pas trop ma tasse de thé. Par contre, le Thème africain, Timoulamoudé, est pour moi la pépite qui se niche dans ce disque :



Sur un rythme de biguine, apparemment, c'est tout simple : des percussions, du balafon je pense, et le chant (non crédité, de Gama M'Bow lui-même ?), "Timoulamoudé, yalla Timoulamoudé, yalla Timoulamoudé, yalla hé, en liberté,...". C'est tout court et ça a la simplicité d'une comptine : parfait !
Il existe un autre 45 tours, qui reprend des extraits dansants de la bande originale du film. Deux des titres sont identiques (Bon vent ma jolie et Twist Liberté 1), le Thème Jazz disparaît pour faire la place à une autre composition de Gana M'Bow, Aminata Cha Cha, et surtout on à droit à une version instrumentale et un peu plus longue de Timoulamoudé ! :



Comme quoi, il faut toujours tenter sa chance : un disque qui n'a  l'air de rien peut toujours receler de belles surprises !

02 juin 2019

MANUIA ET MAEVA : Otuitui • Tahiti


Acquis sur le vide-grenier de Recy le 26 mai 2019
Réf : LP 32 523 -- Édité par Disc'AZ en France en 1965
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Cela fait maintenant une bonne quinzaine d'années que j'achète des disques de musique de Tahiti. J'avais notamment chroniqué deux albums enregistrés par Gaston Guilbert, Oiseaux de paradis et Tahiti : Île de paradis, pendant le premier mois d'existence de ce blog. Autant dire que, si je suis toujours content de trouver des disques que je n'ai pas, j'ai l'impression d'avoir un peu fait le tour de la question et je ne m'attends pas à de grosses découvertes ou à quelque chose d'exceptionnel comme le très beau coffret Folklore taïtien offert par Philippe R. l'an dernier.
Sur le vide-grenier très calme et familial de Recy, un monsieur sympathique avait une boite de 45 tours années 1980 en bon état à 50 centimes et un carton de quelques 33 tours qui sentent la cave à 1 €. Je lui ai pris un Rita Mitsouko et un Lavilliers qui manquaient à ma collection, et cet album que je n'avais jamais vu, sur le label Disc' AZ, pas spécialement réputé pour ce style musical, avec une illustration de pochette typique et au bout du compte très proche de celle du coffret de 78 tours.
Au dos de la pochette, Manuia et Maeva nous sont présentées comme deux jolies vahinées chantant dans leur 2CV, par ailleurs employées comme hôtesses de l'air par la compagnie U.T.A. Il n'y a aucune mention pour les musiciens de l'orchestre qui les accompagnent ou pour le producteur de cet album paru initialement aux États-Unis chez Reo Tahiti, une filiale de Criterion Records.
Les musiques traditionnelles, comme la pop ou le rock ou tous les autres genres d'ailleurs, ne sont pas imperméables à l'air du temps. Cela donne souvent des horreurs (le son de synthé des années 1980 sur des disques antillais ou de séga, par exemple), mais ça peut créer aussi des hybrides intéressants.
Rien ne l'indique sur l'emballage, et je m'attendais donc à des chansons tahitiennes traditionnelles chantées en duo, mais j'ai compris dès les premières secondes que cet album allait être très particulier. En effet, on a bien affaire à des chansons tahitiennes typiques, créditées à une exception près à Eddie Lund ou Yves Roche, chantées traditionnellement, mais arrangées au goût du jour. Et le goût du jour, c'était quoi aux États-Unis et à Tahiti en 1965 ? Eh bien, c'est simple à deviner, c'était la Beatlemania et la British invasion qu'elle a provoqué. Dès le premier titre, Otuitui ta'u mafatu, avec ses "Otuitui" qui se répondent et son passage d'orgue, j'étais déjà conquis. La seule fois où j'ai remarqué comme ça un mélange de musique tahitienne et d'accompagnement électrique, c'était sur l'album de l'Orchestre Petiot, mais il est sorti des années plus tard.
Bon, pour qu'on se comprenne mieux et que vous entendiez bien ce que je veux vous dire, je vous suggère de vous rendre chez Kadao Ton Kao : ce blog a publié une chronique de cet album en 2013 et, à ce jour, on peut toujours y télécharger l'album en entier.
Pour se rendre compte de la différence, on peut écouter la version acoustique de Tangi tika sur l'album Folklore taïtien, enregistrée vers 1950, avec celle au son presque lourd qu'on trouve ici. Pareil avec une version pas du tout rock de I roto cent vingt six par Hiriata trouvée en ligne et celle avec un excellent son de guitare de Manuia et Maeva.
Des chansons très connues subissent le même traitement comme Tahiti nui, ici dans une version endiablée mais moins électrique, avec une  guitare à la Jonathan Richman, ou Te manu pukarua, avec une petite partie solo de guitare électrique (ça doit être la première chanson tahitienne que j'ai connue, mais moi c'était par Agadou et les paroles étaient "Agadou dou dou, pousse l'ananas et mouds le café" et toute la famille, emmenée par l'Oncle Mimi, dansait dessus).
Et ce n'est pas tout : Taurua no tiurai est vraiment rock, avec solo de guitare et piano, tandis que Tamure ue ue rii, chanson écrite par Manuia et Maeva, avec ses riffs d'orgue et de guitare électrique et ses breaks de batterie, m'a notamment fait pensé à un groupe féminin qui s'inspirait du son de cette époque, Les
Calamités.
Pour les chansons lentes, comme Na te moana ou Eita vau e fiu, le chant tahitien est plus en valeur, avec aussi du piano (et quelques paroles en anglais) pour Tania et un beau chant solo pour Manureva en clôture de l'album. Mais pour Hoe ana, le son se marie bien avec les chants tahitiens plus lent dans la première moitié, mais la chanson prend ensuite un rythme très rock.
Je n'ai trouvé qu'une seule autre référence de disque pour Manuia et Maeva, un 45 tours sur un autre label américain avec Vini vini en titre principal. On ne sait pas ce qu'elles sont devenues, mais il est probable qu'elles ne sont pas contentées de leur métier d'hôtesse de l'air et ont continué quelques temps à chanter dans les Tamaaraa et les surprise-parties mentionnées sur la pochette. J'aimerais aussi bien savoir qui sont les musiciens qu'on entend sur cet album.
Je trouve de moins en moins de disques sur les brocantes, mais tant que ferai de belles pioches comme celles-ci, je resterai tenté de perdre un peu de temps à me balader dans les rues des villages les dimanches matins des beaux jours.


Manuia et Maeva, Tahiti nui.

30 mai 2019

THE WHO : Won't get fooled again


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Réf : 2121 057 -- Édité par Polydor en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Won't get fooled again -/- Don't know myself

J'aime bien certaines chansons de The Who mais je ne suis pas particulièrement un grand fan de ce groupe. Quand il s'est agi de parler ici de l'excellent roman de l'ami Christophe Sainzelle La double vie de Pete Townshend (attention, un deuxième livre est annoncé pour bientôt...), j'ai fait un pas de côté en chroniquant un 45 tours solo plutôt qu'un disque du groupe.
Que l'entité The Who soit encore active en 2019 avec l'annonce d'une tournée et d'un nouvel album alors que la moitié des membres du groupe de la grande époque est morte depuis belle lurette, ça me laisse plutôt indifférent, même si je m'étonne que les papys n'aient pas pris une retraite bien méritée.
Et pourtant, à force de la voir tourner d'un site à l'autre, j'ai fini par regarder la vidéo de leur participation le 15 mai dernier à Classroom instruments, une séquence de l'émission The tonight show de Jimmy Fallon où le présentateur, l'orchestre maison The Roots et les artistes invités jouent une chanson sur des instruments plutôt destinés aux enfants. Pour The Who, ça donne cette version de Won't get fooled again qu'un gars dans un commentaire sur YouTube a habilement attribuée à The Whoots :



Et là, c'est tout ce que j'aime. On ne se prend pas au sérieux, on rigole même un bon coup, et au passage on dépoussière un grand classique. Je n'irai jamais payé des centaines d'euros pour voir un des dinosaures du rock en concert, mais si The Who jouaient dans cet état d'esprit au café du coin je ne les manquerais pour rien au monde.
Je crois bien que je n'ai jamais écouté l'album Who's next en entier.  Je n'avais même jamais trop fait attention à la pochette jusqu'à ce que je lise des articles racontant comment la photo a été prise, pour donner l'impression que les membres du groupe venaient de pisser sur un énorme bloc de béton. Je ne connais que les deux classiques de l'album, Baba O'Riley et Won't get fooled again, mais surtout par des génériques télé, des pubs ou des passages radio.
J'ai quand même ressorti mon exemplaire de ce 45 tours acheté il y a quelques années. Il a bien souffert : la pochette en papier léger est éventrée ou décollée sur deux côtés et le disque lui-même est bien râpé.
On sait que Who's next est un album de neuf chansons qui est l'équivalent pour les Who de Smiley smile pour les Beach Boys, c'est à dire ce qui a pu être sauvé des meubles après l'abandon d'un projet (trop ?) ambitieux, Smile pour Brian Wilson, l'opéra-rock Lifehouse pour Pete Townshend.
Les deux faces du 45 tours ont été enregistrées au printemps 1971. Le disque est sorti en juin, deux mois avant l'album.
Pour l'occasion, on a taillé à la hache dans Won't get fooled again pour réduire de près de cinq minutes la version de l'album à une durée plus standard de trois minutes trente. Les principaux éléments qui font la réputation de la chanson ont été conservés : le motif de synthétiseur, le cri de Roger Daltrey, le refrain qui se termine en "We don't get fooled again". Je n'avais jamais prêté attention au thème des paroles, une histoire vieille comme le monde : après la révolution, des vestes se tournent, ça passe de gauche à droite ou  vice-versa, mais le nouveau pouvoir n'est pas si différent de l'ancien.
L'autre titre, Don't know myself, assez typique du style des Who, mais avec du piano et même un peu de guitare slide, est une face B avec un certain pédigrée : elle a également été écrite pour Lifehouse, enregistrée une première fois en 1970 pour un EP qui lui non plus n'a pas vu le jour, pui ré-enregistrée pendant les sessions de Who's next mais elle a été écartée de l'album. Les paroles sont en réaction aux articles qui analysaient en détail le caractère de Townshend : "Ne prétends pas que tu me connais, je ne me connais pas moi-même".
Bon, je vous laisse, il parait que c'est l'orchestre Les Rolling Stones qui accompagne dans quelques minutes le concert annuel de la chorale de la Maison de Retraite Municipale...




The Who, I don't even know myself, en concert au Festival de l'île de Wight le 29 août 1970. Roger Daltrey annonce que cette nouvelle chanson est extraite du nouvel album qu'ils ont à moitié terminé. Sauf que l'album en question, Lifehouse, sera abandonné et la chanson ne sera pas incluse sur Who's next.

25 mai 2019

BOBBY BOYD CONGRESS : The sun is shining


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Réf : SG 373 / AZ 10 772 -- Édité par Disc'AZ en France en 1972
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The sun is shining -/- There it is

L'autre jour, j'ai vu chez Discogs qu'ils donnaient la liste des 30 disques les plus chers vendus en mars sur leur site. J'y ai repéré un exemplaire d'un album de Bobby Boyd Congress vendu 1460 $. Ça m'a interpellé car j'ai depuis quelques années ce 45 tours du groupe que je chronique aujourd'hui.
J'ai donc cherché à en savoir plus. Il s'avère que Bobby Boyd Congress, l'unique album du groupe, édité uniquement en France en 1971 et à très peu d'exemplaires (on parle de 300), est très recherché. Ceci pourrait expliquer ces prix délirants, si l'album n'avait pas été réédité en 2011, en 33 tours en tirage limité, certes, mais aussi en CD, qu'on trouve chez Discogs pour une dizaine d'euros. Va comprendre, d'autant que c'est pareil pour le 45 tours dont les deux titres sont extraits de l'album, avec une pochette identique, qui s'échange en moyenne à près de 200 €.
Cerise sur le gâteau, le groupe donne dans un funk-rock parfois à la limite du progressif et globalement l'album, quasi intégralement en écoute sur YouTube, n'est pas ma tasse de thé, à quelques exceptions près comme Straight ahead ou Are you gonna stay the while ?.
Et avec mon 45 tours, l'ultime production du groupe, sortie l'année suivante en 1972, est-ce que je vais faire fortune ? Ce n'est pas du tout dans ce but que j'accumule des disques, mais la réponse est non, en tout cas pour le moment : The sun is shining n'est sûrement pas aussi rare, d'autant qu'il a été édité dans trois pays (France, Italie, Canada), et pour l'instant on le trouve pour quelques euros seulement.
Et pourtant, et pourtant, quand j'écoute mon disque je ne vois pas pourquoi on s'y intéresserait moins qu'à l'album.
La face A, The sun is shining, démarre plutôt lentement, dans un style soul. Dans un commentaire de la vidéo sur YouTube, Bobby Boyd a indiqué qu'il avait Levi Stubbs et The Four Tops en tête quand il l'a écrite et ça s'entend. Dans sa deuxième moitié, la chanson décolle vraiment, avec les chœurs qui chantent "I think I'm gonna have a happy day", des cuivres et une voix parlée qui vient s'ajouter, pleine d'écho au point qu'elle semble sortir d'un mégaphone.
Très bien, finalement, mais la face B, There it is, est pour moi encore mieux. Là, y a pas à tortiller, c'est une pépite funk de moins de trois minutes, qui accroche dès l'introduction, avec un rythme implacable, une production claire et nette, et des bons délires sonores aussi. Le chant est excellent et l'ensemble est très accrocheur. C'est de loin mon titre préféré du groupe et un de mes titres funky préférés tout court, avec le King Kong de The Jimmy Castor Bunch par exemple. C'est tout à fait je crois ce qu'on appelle dans la scène soul-funk un "rare groove", un titre obscur que les DJs se réservent pour faire danser dans les soirées. Assez rare d'ailleurs pour que je ne le trouve nulle part en ligne : j'ai dû copier mon exemplaire pour vous faire écouter cette chanson.
Mais au fait, comment se fait-il que de la musique soul-funk de cette qualité soit sortie spécifiquement en France ? Ce n'est pas vraiment notre spécialité... La réponse est toute simple et elle nous est notamment donnée par Vincent Turban chez Funkysoulroots : The Bobby Boyd Congress était un groupe New Yorkais venu s'installer en France car la concurrence était rude chez eux.
Après l'album et le 45 tours The sun is shining, Bobby Boyd, chanteur et saxophoniste, a choisi de retourner aux États-Unis. Il y a notamment sorti en 1976 l'album Bobby Boyd, lui aussi recherché et réédité.
Quant aux autres membres du groupe, cinq d'entre eux  (Arthur Young, Frank Abel, Lafayette Hudson, Larry Jones et Ronnie Buttacavoli) sont restés à Paris et ont continué à jouer ensemble. Sous la houlette du producteur Pierre Jaubert (dont je n'avais jamais entendu parler mais qui a un parcours impressionnant), ils ont enregistré à la fois en session pour d'autres mais aussi comme artiste principal, sous plusieurs noms différents, dont surtout Lafayette Afro-Rock Band et Ice. Ils ont sorti plusieurs albums dans les années 1970, qui se sont peu vendus mais dont la réputation a grandi au fil des années, notamment parce que le milieu du hip hop a beaucoup samplé certains de leurs titres comme Hiache et Darkest light. C'est l'intérêt pour les productions de Lafayette Afro-Rock Dance et Ice qui explique que l'album de leur premier groupe soit lui aussi très recherché.
Il me semblait bien avoir récemment vu mentionner le Lafayette Afro-Rock Band. Eh bien, c'était pas plus tard qu'au début du mois, quand j'ai préparé ma chronique du 45 tours de Radiah. Eh oui, le fameux groupe américain qui accompagne Nino Ferrer sur l'album Nino and Radiah (à la seule exception de South), c'est justement Ice !
En tout cas, j'aurais beau retourné toutes mes étagères, je ne pense pas y trouver beaucoup de pépites de funk américain made in France de la trempe de There it is.

A écouter : Bobby Boyd Congress : There it is.

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