01 août 2014

ECHO & THE BUNNYMEN : Seven seas / "Life at Brian's - Lean and hungry"


Acquis neuf à Londres en 1984
Réf : KOW 35F / 249318-7 -- Edité par Korova en Angleterre en 1984 -- n° 18019
Support : 2 x 45 tours 17 cm
Titres : Seven Seas -/- All you need is love et The killing moon -- Stars are stars -/- Villiers Terrace

J'étais à Londres au moment de sa sortie, et pourtant je n'ai pas acheté au l'album Ocean rain d'Echo and the Bunnymen, pas plus que je n'avais acheté le précédent, Porcupine. Je me suis rattrapé depuis pour ces deux albums, mais pas pour les deux premiers singles pris d'Ocean rain, et là j'ai un vrai regret pour la version longue en maxi de cette grande réussite qu'est The killing moon.
Pourquoi ai-je changé d'avis en juillet 1984, pour la sortie du troisième extrait de l'album ? Pas spécialement parce que j'étais d'emblée conquis par la face A, que j'avais peut-être quand même entendue. Non, la raison est simple : de longue date, j'ai du mal à résister à la possibilité d'acheter un double 45 tours au prix d'un seul. Et qui plus est, celui-ci contenait de nouvelles versions de bonnes chansons du premier album.
Cette édition est quand même un peu bizarre. Ostensiblement, donc, le titre studio extrait de l'album en est l'attrait principal. Une vidéo a été tournée, réalisée par Anton Corbijn, et certains exemplaires du maxi ont même une pochette différente, avec une photo tirée de cette vidéo.  Mais peut-être que le le label se doutait que Seven seas — une chanson de bonne qualité avec une bonne association arrangement de cordes / guitares, mais c'est plutôt du  Bunnymen générique qu'un titre exceptionnel — ne créerait pas la sensation à elle toute seule en plein été. D'où l'accent mis clairement sur le reste du disque, présenté comme de la musique additionnelle composée pour le documentaire Life at Brian's — Lean and hungry, diffusé dans l'émission Play at home sur la chaîne Channel Four. Ici, toutes les photos de la pochette ouvrante et du livret quatre pages sont tirées de ce documentaire.
Je me souviens avoir vu l'émission dans sa diffusion télé originale, mais il m'en restait très peu de souvenirs avant de la revoir récemment en ligne. Ce qui était clair pour moi en tout cas c'est que, quoiqu'en dise les crédits du disque, la bande musicale fournie par Echo and the Bunnymen est tout sauf de la musique additionnelle : il s'agit de sessions acoustiques du groupe filmées dans leur ville de Liverpool. Et ce qui m'a frappé en le revoyant, c'est à quel point les deux parties du documentaire sont mal agencées entre elles. D'un côté, il y a Life at Brian's, un reportage sur Brian McCaffrey, un ancien boxeur qui tient un café à Liverpool depuis les années soixante, avec les trucs habituels sur la famille du café et sa clientèle. Et ce reportage est entrecoupé des prestations  d'Echo and the Bunnymen, sans aucun lien ni commentaire avec le reste, et même pas filmées dans le café.
Mais c'est un détail. Ce qui est plus important, c'est que la musique proposée ici est intéressante. Contrairement à leur première "bande originale de film", quatre titres enregistrées en public pour le EP Shine so hard, qui n'apportaient pas grand chose par rapport aux versions studio, ces versions acoustiques proposent une lecture fraiche de quatre chansons, qui débute par un exercice des plus casse-gueule, une reprise de All you need is love des Beatles.
Franchement, si je devais choisir dans leur répertoire une reprise à faire, ce n'est pas vers celle-ci que je me tournerais en priorité ! Pourtant, avec Will Sargeant au sitar et l'apport d'Adam Peters au violoncelle (déjà responsable des arrangements de cordes d'Ocean rain, on le retrouvera par la suite avec les Triffids notamment et désormais il compose des musiques de films), le groupe propose un arrangement original, sur un bon rythme, et Ian McCulloch réussit à chanter ça parfaitement. Dans la deuxième moitié, comme sur l'original, il cite quelques paroles de chansons. Avant She loves you, il se permet de placer son propre Read it in books, co-écrit avec Julian Cope, avant de citer deux fois Dylan (Like a rolling stone et Rainy day women # 12 and 35), mais aussi Please release me (Let me go) et Sex machine.
Les trois autres titres sont du même tonneau, mais ce ne sont pas des reprises. Il y a une excellente version de The killing moon et de très bonnes versions aussi de deux des meilleurs titres de Crocodiles, Stars are stars et Villiers Terrace, qui rendent très bien en acoustique.
Et puisqu'on parle de double 45 tours EP de groupe de Liverpool, j'ai presque un regret d'avoir acheté très tôt un pressage allemand de l'album Magical mystery tour. Certes, sa pochette est à dominante rose plutôt que jaune, ce qui m'avait attiré à l'époque, mais je suis bien sûr que si je n'avais pas eu ce 33 tours, je me serais procuré avant qu'il ne soit trop tard (ou trop cher), le double EP avec son livret de 28 pages...



30 juillet 2014

DEERHOOF : Breakup song


Offert par Philippe D. à Paris le 3 juillet 2014
Réf : ATPR47 -- Edité par ATP en Angleterre en 2012 -- For promotional use only
Support : CD 12 cm
11 titres

Sachant que j'ai un goût prononcé pour les disques promo et autres éditions hors commerce, Philippe m'a fait un super cadeau au début du mois : un gros sac plein à ras bord de douzaines de ces disques !
J'ai commencé à me plonger là-dedans et je suis bien sûr très très loin d'en avoir fait le tour. En tout cas, la première grosse découverte que j'ai faite, c'est ce Breakup song, le dernier album en date de Deerhoof. Ce CD-R est un promo de son édition européenne.
J'avais sûrement déjà entendu parler de ce groupe, mais j'ai un gros problème avec les groupes en Deer/Dear : il y en a tellement que j'ai tendance à les confondre ! Loney, Dear, Deer Tick et même The Reindeer Section, ça va maintenant car j'ai des disques, mais The Deer Tracks, Deerhunter ou même The Dear Hunter, ça fait trop pour moi !
J'ai donc écouté cet album, sans aucun a priori sur le groupe ou sa musique. La première impression que ça m'a fait, c'est celle d'un joyeux méli-mélo : rythmes saccadés, basses saturées ou synthétiques tronçonnés, bruitages synthétiques improbables avec par-dessus tout ça la voix d'une chanteuse minimale à l'accent prononcé. Le tout pour onze chansons réjouissantes en pile trente minutes avec des accents new wave / post punk marqués par moments, mais aussi l'impression de rythmes hip hop et de sons easy listening passés au hachoir.
J'étais persuadé d'avoir affaire à un tout jeune groupe bricolant et délirant chez ses parents, à la manière d'un Beck débutant. Côté bricolage et fait maison, je ne me trompais pas, car Deerhoof en est effectivement adepte, mais par contre c'est tout sauf un tout jeune groupe : formés dès 1993, ils ont sorti leur premier album en 1997; celui-ci doit être au moins le douzième et leur discographie est longue comme deux bras car ils multiplient les collaborations et les sorties partagées avec d'autres.
Il ne figure pas sur cette édition promo, mais la pochette officielle de cet album comprend un slogan, "Noise jingles for parties !" qui lui convient parfaitement.
Le groupe a eu la bonne idée de mettre en ligne sur YouTube l'album en entier, accompagné d'images filmées, ça vous laisse la possibilité de vous faire votre propre opinion sur ce disque. Pour ma part, mes titres préférés sont The trouble with candyhands, une sorte de bossa mutante, Fête d'adieu, There's that grin, We do parties et Flower.
Désormais, je ne confondrai plus Deerhoof avec ses congénères. J'essaierai d'explorer leur production passée et, surtout, je serai attentif à leur prochaine sortie d'album, voire à la tournée européenne qui pourrait l'accompagner.




25 juillet 2014

VIC CHESNUTT : Live at 40 Watt Club, Athens, GA, March 1st 2008


Offert par correspondance par Internet Archive en juillet 2014
Réf : [sans] -- Edité par Internet Archive aux Etats-Unis en 2008
Support : 7 fichiers MP3
7 titres

Le 26 février 2008, Vic Chesnutt a joué à La Cartonnerie de Reims. C'était dans le cadre de la tournée qui a suivi la sortie de North star deserter et il était accompagné pour l'occasion par une partie de l'équipe avec qui il a enregistré cet album, un groupe de sept musiciens parmi lesquels plusieurs membres de A Silver Mount Zion et Guy Picciotto de Fugazi. Les alternances de musique calme puis rapide étaient un peu trop systématiques, mais le concert, conclu par un titre rappel en solo de Vic, a néanmoins été excellent.
Je suis allé rejoindre Vic Chesnutt sur scène juste après pour le saluer et le remercier pour ce concert. Je lui ai dit qu'il était très différent des deux de lui que  j'avais vus précédemment, avec Lambchop en 1998 et en trio aux Transmusicales en 1994. Je lui ai dit aussi que son planning de tournée devait être épuisant, mais il a dit que lui n'avait qu'à chanter. N'empêche, le lendemain il jouait à Besançon pour la dernière date de cette tournée européenne, ensuite il avait une journée pour traverser l'Atlantique avant d'entamer une nouvelle tournée aux Etats-Unis en première partie de Jonathan Richman ! Je lui ai demandé s'il voulait bien passer mon bonjour à Jonathan et il m'a répondu qu'il essaierait de ne pas oublier.
C'est d'abord par un billet du Jojoblog que j'ai pu écouter des extraits de ce premier concert de la tournée, le 1er mars 2008. Il a été ensuite mis en ligne intégralement sur la Live Music Archive, où l'on retouve un grand nombre de ses prestations, mises en ligne avec son accord.
Ce concert a eu lieu au 40 Watt Club d'Athens, en Georgie, autrement dit dans la ville de Vic Chesnutt et dans le club même où il a dû jouer le plus souvent (plusieurs dizaines de concerts dès 1986, dont une résidence hebdomadaire le mardi pendant plusieurs mois en 1988). L'atmosphère est chaleureuse et la complicité est grande avec le public, ce qui aide à faire de cet enregistrement de concert un document exceptionnel.
Ce soir-là, Vic est arrivé sur scène par les airs, porté par des employés du club, et il a joué trois-quarts d'heure en solo, en commençant par une chanson composée pour la circonstance, Opening for Jonathan. Le but principal de la chanson semble être de dire qu'il fait à nouveau la première partie de Jonathan et de son batteur Tommy Larkins mais que, comme cette fois-ci ils sont accompagnés en tournée par Nicole (l'épouse de Jonathan) et Rudy (Ptacek, probablement, le fils de Rainer, qui a co-signé les paroles d'une chanson sur l'album Surrender to Jonathan), il promet de ne pas dire une seule fois "Enculé de ta mère" pendant la tournée. Bien sûr, cette chanson lui permet au passage de dire deux fois l'expression qu'il est censé censurer. Il annonce aussi qu'il a la laryngite, et donc une voix bizarre. Ce n'est pas trop étonnant avec tous ces concerts et la climatisation dans les avions.
Il enchaîne ensuite avec trois chansons anciennes, composées dans les années 1980. Pendant I ain't crazy enough (publiée sur le premier album de Brute), un appareil bruyant, genre ventilateur, s'est déclenché en plein milieu de la chanson. Evidemment, à la fin, Vic sort "What's that fucking noise ?", avant d'être rappelé gentiment à l'ordre par le public et de s'excuser d'être incapable d'arrêter ses insanités. Il enchaîne ensuite avec Miss Prissy, qu'il jouait très  souvent au 40 Watt Club avant de la "mettre en retraite" au début des années 1990. Il ne l'a jamais publiée sur disque, mais Lambchop en a enregistré une version  pour l'album-hommage à Vic Gravity of the situation. Leur titre n'a pas été retenu pour l'album et s'est retrouvé par la suite en face B de Up with people. L'expression  "Knuckles on a cheese grater" ("Phalanges sur une rape à fromage") dans le refrain m'a toujours marqué. L'un des innombrables exemples du talent de parolier de Vic Chesnutt.
Ensuite, pour introduire Confusion, Vic pose la question "Pourquoi vais-je jouer une autre chanson que j'ai écrite dans les années 1980 ?". Il n'a pas le temps de poursuivre qu'une réponse fuse dans la salle : "Parce que t'es vieux !". Evidemment, après un blanc de quelques secondes, il ne peut pas s'empêcher de jurer à nouveau ! En fait, il avait choisi cette chanson parce quelqu'un venait de lui écrire qu'il écoutait cette chanson et l'aimait beaucoup, ce qui lui avait donné l'idée de la jouer...
Ensuite, Vic joue la seule chanson en commun avec le concert que j'avais vu la semaine précédente et le seul extrait de North star deserter du jour. Il explique qu'il jouait il y a peu avec un groupe de sept personnes et que là il se sent tout seul, et enchaîne bien sûr avec You are never alone.
Ensuite, Vic prend son Omnichord pour jouer Morally challenged, une chanson enregistrée en 2000, aussi avec Brute. Il explique, en réprimant encore un "motherfucker",  qu'il l'a composée lors d'un trajet entre Tucson et Los Angeles, avec une main sur l'Omnichord, l'autre sur le volant, un joint au bec et  une bouteille de téquila à portée. Les paroles sont très drôles, une succession de portraits pas piqués des hannetons. Au moment où il annonce un couplet plus classieux, il s'interrompt brutalement et incendie un membre du public (Vic avait sûrement le sang chaud)  : "Get the fuck outta here, man, you're talking on the fucking cell phone here !". Je ne saisis pas ce que le mec répond, mais clairement il ne téléphonait pas (je pense qu'il enregistrait le concert), puisqu'aussitôt Vic se répand en excuses ("Je me sens vraiment con, mec, mon plus grand fan..."). Un autre gars le sort d'affaire en lançant "Tu l'as rendu vraiment plus classe !".
J'avais découvert le dernier titre, Society Sue, grâce au billet du Jojoblog, alors que la chanson portait encore le titre provisoire Robert Wyatt. J'en ai aussi parlé dans ma chronique de Skitter on take-off, où l'on en trouve la version studio. Comme relaté dans le Jojoblog, il hésite très longtemps avant de se décider à jouer cette toute nouvelle chanson. C'est le moment le plus poignant du concert, même si le public continue de l'accompagner par ses rires, avec un couplet, supprimé de la version studio, dans lequel il envisage le suicide : "Defenestration, like Robert Wyatt. Checked into my options at the Brussels Hyatt, but the windows were bolted so I couldn't try it. Mesmerized by the light show and my agitation slowly subsided on its own accord.".
Je n'ai pas encore pris le temps d'écouter les 62 autres concerts de Vic Chesnutt disponibles dans la Live Music Archive. Je suis pourtant certain qu'ils regorgent de grands moments. Je doute cependant qu'il y en ait d'aussi drôles et émouvants que celui-ci.

Il y a au moins deux blogs entièrement dédiés à Vic Chesnutt, Re: Vic Chesnutt et Debriefing: The music and art of Vic Chesnutt.

21 juillet 2014

QUINTETTE ROBERT MAVOUNZI, MANUELLA PIOCHE ET CLAUDE TRANCHEROT : Adieu foulard, adieu madras


Acquis sur le vide-grenier du Mont-Héry à Châlons-en-Champagne le 22 juin 2014
Réf : RC 20 -- Edité par Aux Ondes/Disques Célini en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Adieu foulard, adieu madras -/- Nino ban moin Ninon

Je connais la chanson Adieu foulard, adieu madras depuis l'enfance. Il y en avait une version sur le fameux album Chansons des îles et d'ailleurs de Marcel Amont, mais aussi, j'en suis presque sûr, on l'avait apprise à l'école. Même que j'avais du mal à comprendre qu'on puisse orthographier et prononcer "i ka pati" et "cé pou toujou", n'ayant jamais été confronté auparavant à du créole. L'explication de l'institutrice ne m'avait pas vraiment convaincu que cette autre orthographe était aussi "bonne".
C'est justement parce que je connais bien la chanson que mon premier réflexe a été de ne pas prendre ce disque quand je suis tombé dessus le mois dernier à Châlons, sur un vide-grenier grand mais plutôt familial et sympathique. C'est une complainte assez traditionnelle et je n'attendais pas grand chose d'un 45 tours pourtant luxueux avec pochette ouvrante qui ressemble avant tout à un produit destiné aux touristes en Guadeloupe qui auraient envie de ramener en souvenir des "vieilles chansons guadeloupéennes" (mon exemplaire a été offert à Sœur Isabelle, directrice probablement d'une école privée). Si finalement, j'ai acheté ce disque, en parfait état et au prix correct d'1 €, c'est surtout qu'il est édité sur le label Aux Ondes, avec la référence RC 20 qui indique que c'est l'une des premières productions de René Célini.
Franchement, je n'ai pas regretté ma décision. Rien que l'introduction d'Adieu foulard, adieu madras, avec le piano et la clarinette, vaut le détour. La partie chantée par Manuella Pioche et Claude Trancherot est très bien également. On retrouve Manuella Pioche au chant sur la face B pour Ninon ban moin Ninon, une biguine endiablée avec là encore une orchestration et une interprétation d'une très grande qualité, due à une formation, le Quintette Robert Mavounzi, dont le nom n'apparait que sur les étiquettes du disque.
Des enregistrements de cette qualité ne sont pas le fruit du hasard. J'avais repéré le nom de Robert Mavounzy il y a quelques mois dans le livre d'Henri Debs. Initialement batteur, il débute le saxophone en 1933 et s'illustre, avant et après guerre, dans l'orchestre Fairness's Jazz, puis dans de nombreuses formations, notamment à  La Cigale. Il est réputé pour avoir été le premier musicien en France à se lancer dans le style be-bop et plus généralement comme un grand nom du jazz en France.
Revenu à la Guadeloupe de 1964 à 1970, il s'y trouve quand meurt en octobre 1966 Roger Fanfant, le fondateur de Fairness's Jazz. Il était tout désigné pour participer à l'hommage que souhaitait lui rendre René Célini. Cet hommage a pris la forme d'un disque, Album d'or de la biguine, dont les deux faces de ce 45 tours sont extraites. Preuve de sa qualité, cet album a fait l'objet d'une réédition chez Frémaux et Associés (il est actuellement disponible en CD et en téléchargement). Le livret présente en détails les différents protagonistes et le répertoire sélectionné.
Quant à moi, il faut que je mette en tête, d'une part que même des enregistrements de simples chansons traditionnelles peuvent être bigrement intéressants, et d'autre part (mais ça c'est déjà bien enregistré), que toutes les productions Célini et Debs des années soixante et du début des années 1970 sont intéressantes.



18 juillet 2014

IMAGE PUBLIQUE S.A. : Paris au printemps


Acquis chez A la Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en 1980
Réf : 203 095 -- Edité par Virgin en France en 1980
Support : 33 tours 30 cm
7 titres

Ceci est le troisième album de Public Image Limited. Il a été enregistré à Paris et, en conséquence, tous les crédits de la pochette extérieure ont été traduits en français, y compris, sinon ce ne serait pas drôle, pour l'édition originale anglaise. Donc, le groupe s'appelle Image Publique S.A., l'album Paris au printemps, en référence sûrement à Paris in the spring, chanson du film de 1935 Paris in Spring, et les titres des chansons sont listés comme suit au dos : Thème, Psalmodie, Précipitamment, Sale bébé, La vie ignoble, Attaque et Timbres de pop.
L'aimable plaisanterie s'arrête vite : la plupart des exemplaires du disque portaient un auto-collant avec le logo du groupe (si le mien en a eu un, mais je ne crois pas, il a disparu depuis longtemps), logo que l'on retrouve sur l'une des étiquettes du disque, tandis que l'autre étiquette est écrite entièrement en anglais.
Pour avoir des informations plus précises, il faut chercher ailleurs que sur le disque. Par exemple, pour apprendre qu'il s'agit d'un enregistrement en public réalisé au Palace les 17 et 18 janvier 1980 (en hiver, donc), que la superbe peinture est due à John Lydon et qu'elle le représente, ainsi que Keith Levene et Jeannette Lee, qu'il s'agit du premier concert du batteur Martin Atkins avec le groupe et de l'un des derniers du bassiste Jah Wobble, ou encore que PIL a produit ce disque pour un budget minimum pour soutirer une bonne somme d'argent à son label Virgin.
Le disque lui-même est assez frustrant et décevant. Notamment parce que rien n'est chanté en français, malgré la traduction des titres. En 1999, pour un concert à Bruxelles, Dogbowl, Le chien lunatic, ne s'était pas dégonflé et avait traduit tout son concert en français. Le contenu musical est bon pour qui aime PIL (trois titres du premier album et quatre de Metal box, tous excellents), mais les versions sont très proches de celles en studio et le live n'apporte pas grand chose de plus qu'une compilation d'extraits d'albums, si ce n'est quelques secondes d'accordage de guitare, une entame du riff de Satisfaction au début de la face 2 et quelques harangues de Lydon, qui joue au Johnny Rotten pour insulter des punks fans des Sex Pistols qui lui crachent dessus.
Paris au printemps reste un document intéressant, surtout parce que c'est l'unique disque publié par Image Publique S.A., et je suis content d'avoir mon exemplaire du disque acheté lors de sa sortie, mais je ne conseillerais pas l'acquisition des rééditions (disponibles en CD ou en téléchargement), d'autant qu'il n'y a aucun bonus, alors que d'autres chansons ont été interprétées lors de ces deux concerts.

16 juillet 2014

BOURVIL : Le "bougie"


Acquis sur le vide-grenier de la rue Chaude-Ruelle à Epernay le 11 novembre 2013
Réf : PA 2380 -- Edité par Pathé en France en 1947
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Le "bougie" -/- Prends mon bouquet

Contrairement à la plupart des années précédentes, je n'ai pas fait de bonnes trouvailles le 11 novembre dernier sur la brocante de la rue Chaude-Ruelle. A tel point que, après en avoir fait le tour, je me suis arrêté avant de repartir sur le stand d'un professionnel repéré dans la montée, qui avait quelques 78 tours que j'avais regardés rapidement, sans demander le prix. Finalement, le prix était correct (1 €) pour ces disques qui avaient pour point commun d'avoir été achetés initialement au Maroc. Les deux que j'ai sélectionnés portent des marques d'Au Ménestrel à Casablanca et d'Au Clavecin, qui commerçait également à Casablanca, mais aussi à Rabat et Meknès.
Sur le coup, j'avais pensé faire un beau coup double : l'autre disque acheté, par Ray Ventura et son Orchestre, contient sur une face Boogie yoghi, un titre prometteur, tandis que "Le bougie" de Bourvil est présenté comme un boogie-woogie. L'écoute de Boogie yoghi m'a quelque peu déçu mais, ce que je ne savais pas, c'est que cette chanson de l'opérette Le Maharadjah a justement été créée sur scène par Bourvil le 19 décembre 1947 (Cette information, et d'autres reprises ici, figurent notamment dans les notes de pochette rédigées par Dany Lallemand pour le disque Bourvil 1946-1953 chez Frémeaux et associés).
Mon autre disque, celui de Bourvil, a été enregistré l'année précédente. Ce n'est que le septième 78 tours d'une discographie démarrée en 1946.
Les paroles des deux chansons sont signées Bourvil (avec la collaboration de Steervel pour la face B) et la musique est du compère Etienne Lorin, accordéoniste, dont Bourvil a fait la connaissance dans le cantonnement de son régiment à Pau en 1939.
En 1939, c'était la drôle de guerre. Le 13 novembre 1946, quand ces chansons sont enregistrées, c'est l'après-guerre. L'armée allemande d'occupation n'est plus là, mais de nombreux militaires alliés sont stationnés en France, dont des américains, qui sont arrivés avec les jeep, les chewing-gum, le coca-cola, le corned-beef, leur langue anglaise, et tant de choses qui ont marqué l'imagination des français.
"Le bougie" fait partie des nombreuses chansons qui en rendent compte. Les paroles sont entièrement basées sur le rapprochement entre le mot français "bougie" et le "boogie" anglais prononcé à la française. Comme d'habitude, Bourvil se donne le mauvais rôle, lui qui tombe en panne de moto (un problème de bougie), se fait raccompagner en jeep par Jimmy, un GI qui profite qu'on s'éclaire à la bougie pendant une panne d'électricité pour danser le boogie-woogie et le jitterbug avec sa femme, avant de repartir avec elle. La vidéo ci-dessous, non datée mais sûrement récente, rend bien justice à cette chanson.
Prends mon bouquet est annoncée comme une rumba. Pour les paroles, c'est un grand classique, une enfilade de jeux de mots sur le thème des fleurs, dont certains sont soulignés ou commentés par Bourvil dans le cours même de la chanson. Dans le lot, j'ai bien aimé "Donne-moi ta clé ma p'tite" et "J'erre ici et géranium".
Deux bonnes chansons, donc, et l'impression confirmée, comme avec mes précédents 78 tours, que ces disques sont tout autant des capsules d'histoire que de musique.


Bourvil, Le "bougie" (boogie-woogie). Une belle réalisation vidéo par Mulder200001.


13 juillet 2014

SUBMARINE TRACKS & FOOL'S GOLD (CHISWICK CHARTBUSTERS VOLUME ONE)


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers 1984
Réf : CH 2 -- Edité par Chrysalis en Angleterre en 1977
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Si tout va bien, je serai samedi prochain 19 juillet aux Tontons Bringueurs à Paris pour la projection de A message to the world : Whatever happened to Jesse Hector ?, un documentaire sur le parcours de ce musicien, connu notamment pour son groupe The Gorillas, réalisé par Caroline Catz. Je découvre à cette occasion l'intérêt de Caroline Catz pour la musique. Je la connaissais jusqu'à présent comme actrice principale de la légère mais excellente série anglaise Doc Martin (attention, une version française de cette série, également intitulée Doc Martin, transposée de Cornouailles en Bretagne, a été réalisée, avec Thierry Lhermitte dans le rôle principaL. Jusqu'à présent, je me suis bien gardé de n'en regarder ne serait-ce qu'un épisode). Jesse Hector sera présent pour cette soirée, organisée par son agent français Philippe Migrenne, ainsi que Caroline Catz et  l'ami Phil King, bassiste/guitariste multi-cartes (Hangman's Beautiful Daughter, Servants, Felt, Biff, Bang, Pow !, Apple Boutique, See See Rider, Lush, Jesus and Mary Chain,...), qui a participé au film.
Des Gorillas, j'en connaissais juste assez pour savoir qu'ils étaient aussi connus en tant que The Hammersmith Gorillas avant de lire le bon résumé de la carrière de Jesse Hector qu'a fait Planet Gong. Je vais attendre de voir le film samedi pour en savoir plus, mais pour patienter j'ai fait le tour de mes étagères et dénicher le seul de mes disques où figure The Gorillas, la première compilation publiée par Chiswick Records. Le titre, Submarine tracks & fool's gold (Titres sous-marins et or des fous), est asse rigolo, surtout associé à la photo de pochette, qui met en scène des mecs qui entrent vendre des disques d'or chez un ferrailleur de Chiswick, une banlieue de Londres.
Comme beaucoup de mes disques, j'ai trouvé celui-ci dans la cave chez Record and Tape Exchange, où j'ai passé de longues heures les après-midi pendant l'année où j'ai séjourné à Londres.
A l'origine de Chiswick, il y a Rock On Records, un disquaire qui vend aujourd'hui en ligne mais qui a démarré en 1971 en vendant ses disques sur des stands dans des marchés londoniens. Le label a démarré fin 1975, quelques mois avant Stiff. Ces deux indépendants ont beaucoup de choses en commun, à commencer par des racines communes solidement ancrées dans le pub rock. Les deux se sont aussi pris en plein la vague punk quelques mois après leur lancement. Chiswick vit encore aujourd'hui via son sous-label Ace, devenu un grand nom de la réédition.
On trouve ici trois titres des Gorillas extraits des deux singles du groupe édités par le label, l'excellent She's my gal, sorti en août 1976, et les deux faces de Gatecrasher, ma préférée étant la B, Gorilla got me, qui rappelle que le groupe avait eu du succès en 1974 avec une reprise de You really got me. Ce titre était prévu pour être chanté, ils l'ont finalement laissé principalement instrumental et c'est très bien comme ça.
Le reste de l'album est constitué du maigre catalogue d'artistes du label débutant, avec deux titres de la toute première sortie du label par Count Bishops, Teenage letter et Route 66. Little Bob Story, également présent sur une autre de mes compilations anglaises, New wave, tient parfaitement son rang avec deux titres à pleurer, I'm crying et surtout Baby don't cry. Radio Stars s'amusent avec Dirty pictures ("Je veux faire des photos cochonnes de toi") et mes chouchous Rocky Sharpe and the Razors  font revivre le doo-wop avec les superbes Drip drop et So hard to laugh.
Un des clous du disque, c'est le titre d'ouverture, Keys to your heart, la face A du premier single des 101'ers. Le dernier aussi, du vivant du groupe, puisque les responsables du label ont eu la mauvaise surprise, avant même que le disque soit sorti, de se voir annoncer par le chanteur, sur le point de se transformer en Joe Strummer, qu'il allait rejoindre un groupe punk, The Clash.



12 juillet 2014

JOCELYNE : Les garçons


Acquis sur le vide-grenier de Chouilly le 15 juin 2014
Réf : 27 151 -- Edité par Polydor en France en 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les garçons (Boys boys) -- Où serons-nous demain -/- La la la la la -- Oui j'ai peur (Is it true)

Il faisait beau tôt ce matin-là à Chouilly. Le genre de temps à nous faire croire que ce sera comme ça tout l'été. A tort, évidemment, surtout si je jette un coup d'oeil par la fenêtre cet après-midi.
J'ai cru un instant que j'allais repartir les mains vides, puis j'ai trouvé,isolés sur un stand, deux EP à 50 centimes (dont celui-ci), puis plus loin un petit lot de 45 tours à 20 centimes.
J'ai déjà acheté il y a quelques années un EP de Jocelyne, son deuxième, Le dimanche et le jeudi. J'avais failli ne pas le prendre tant la gamine avait l'air ridicule sur la pochette, assise sur un fauteuil à bascule, mais j'avais été agréablement surpris à l'écoute. Même si elle y cache la moitié de son visage, la photo de pochette ce disque est bien plus réussie, et musicalement c'est d'un excellent niveau, grâce notamment à l'accompagnement de Jean Bouchéty et son Orchestre.
Les garçons est une reprise de Paul Anka. Bizarrement, je n'ai trouvé aucune référence en ligne sur ce qui est donné comme le titre original, Boys boys. C'est du pur yéyé, mais de bonne tenue, avec un bon travail des choeurs.
Où serons-nous demain ? est le seul titre original du disque. C'est un slow, lui aussi plutôt réussi, avec des cuivres, des cordes et encore des choeurs.
Oui j'ai peur est une reprise de Is it true de Brenda Lee, qui avait aussi été une enfant vedette (Jocelyne, elle, avait 14 ans quand ce disque est paru). Polydor avait visiblement décidé de modeler la carrière de Jocelyne sur celle de l'américaine, puisque deux de ses titres avaient déjà été adaptés sur le précédent disque. Is it true a été enregistré à Londres, avec Jimmy Page à la guitare. Rien d'équivalent ici mais la guitare, la basse et encore une fois les choeurs sont quand même remarquables.
La pépite du disque, c'est La la la la la., une composition de Clarence Paul pour Little Stevie Wonder en 1962 que je ne connaissais pas, qui a été reprise, aussi en 1964, dans une version plus garage, par un groupe d'américains d'origine mexicaine, The Blendells. Même avec un son très propre, la version de Jocelyne est très bonne, rhythm and blues quand même, avec une bonne association choeurs, guitare et cuivres. A l'écoute, il y quelque chose qui saute aux oreilles des français : la mélodie du refrain et le "La la la la la" ne peuvent qu'évoquer Mirza de Nino Ferrer, sorti l'année suivante. Soit je ne connaissais pas l'anecdote, soit je l'avais oubliée, mais l'explication est bien présente dans le livre Nino Ferrer : Du noir au sud de Christophe Conte et Joseph Ghosn (2005) :  lorsqu'il a initialement improvisé Mirza sur scène dans une boîte à  Saint-Raphaël où une vieille dame cherchait sa chienne, Nino Ferrer s'est inconsciemment inspiré d'une version de La la la la la qui venait d'être diffusée dans la discothèque (Peut-être bien celle de Jocelyne...). Il a ajouté au titre original ses paroles déjantées et le grain de folie de son interprétation, sans parler de l'orgue de Bernard Estardy, mais Clarence Paul aurait mérité un crédit pour cette composition.
Après avoir sorti plusieurs 45 tours et un album en 1965, Jocelyne a poursuivi sa carrière au Canada en 1967. Elle revient en France en 1970 mais elle meurt à vingt ans en 1972 dans un accident de moto, avant même la sortie d'un 45 tours sur lequel elle travaillait, qui associe un titre co-signé par Alain Bashung et une version de My way arrangée par Jean-Claude Vannier.
Dans un entretien de quelques minutes en 1965, enregistré juste après sa réussite au certificat d'études et suivi de sa chanson Chaque fois que je rêve, tout comme dans le long reportage ci-dessous à L'Olympia en 1964 (l'année de la sortie de ce disque), Jocelyne est impressionnante de maturité, à tel point qu'on se dit que, malgré sa jeunesse, elle n'était probablement pas rien qu'un jouet manipulé par ses producteurs.



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