10 août 2018

DAVE BARTHOLOMEW : Golden rule in New Orleans


Acquis par correspondance via Amazon en juillet 2018
Réf : 263536 -- Édité par Hoodoo en Europe en 2016
Support : CD 12 cm
30 titres

Lors de mon dernier séjour en Angleterre, je me suis dégoté pour 1 £ le livre de 2006 de Rick Coleman, Blue Monday : Fats Domino and the lost dawn of rock 'n' roll. Un livre passionnant, fruit d'une bonne vingtaine d'années de travail, inédit en français. Il retrace bien sûr en détails le parcours incroyable de Fats Domino, qui a sorti son premier disque en 1949 et qui est mort à 89 ans le 24 octobre 2017. Les débuts, le succès, les tournées, la composition du groupe, les drames, tout est détaillé, avec une insistance sur les difficultés pour un groupe noir de jouer partout et pour tous en pleine ségrégation et, comme l'indique le sous-titre, sur l'importance sous-estimée dans l'histoire du rock 'n' roll de la musique de La Nouvelle Orléans.
Il y a en fait quatre personnages centraux dans le livre, Fats Domino (le vrai King, selon Elvis Presley), Dave Bartholomew (auteur-compositeur, trompettiste, chanteur, chef d'orchestre, producteur et arrangeur), Cosimo Matassa (propriétaire du studio J&M) et Lew Chudd qui, depuis Los Angeles, a joué un rôle essentiel pour diffuser la musique de la Nouvelle Orléans avec son label Imperial, en signant Fats Domino et même en salariant pendant des années Dave Bartholomew comme dénicheur de talents et producteur-maison.
Parmi les choses que j'ai apprises, il y a le fait que Be my guest, un single de 1959 de Fats Domino, avec un accent marqué sur les contre-temps, a eu un énorme succès en Jamaïque et a contribué directement à la naissance du ska. Et, dans un registre moins gai, je ne savais pas que le musicien de country et homme politique Jimmie Davis, surtout connu pour You are my sunshine, avait été élu en 1960 pour son deuxième mandat de gouverneur de la Louisiane sur un programme défendant fermement la ségrégation (même si c'était censé être un forme respectueuse de ségrégation, prétendant traiter les noirs à égalité des blancs, selon la formule "séparés mais égaux") et il a tout fait pour s'opposer aux décisions de justice ordonnant l'intégration des élèves noirs dans les écoles publiques.
En lisant le livre, j'ai évidemment beaucoup pensé à Dave Bartholomew, dont il est immanquablement question tout au long.
Je savais que Domino était mort récemment, mais je pensais bien que Bartholomew, dont j'ai chroniqué en 2007 un album de jazz Nouvelle Orléans, était vivant. Je pensais qu'il était né plus tôt que Fats, mais non : Dave Bartholomew est né le 24 décembre 1918 (certaines sources annoncent 1920, mais les plus sérieuses, dont Rick Coleman dans son livre, s'accordent sur 1918) et est donc dans sa centième année.
Pour fêter ça et rendre hommage à un contemporain à la vie impressionnante, j'ai décidé de me procurer cette compilation d'enregistrements de Dave Bartholomew sous son nom, d'autant que cela fait plusieurs mois que j'écoute régulièrement quelques-uns de ces titres en MP3.
Heureusement, il est membre du Rock and roll Hall of Fame et du Songwriters Hall of Fame.
La carrière professionnelle de Bartholomew a commencé comme trompettiste, dès la fin des années 1930. Pendant la guerre de 1939-1945, il a été affecté à un orchestre militaire et a appris à lire la musique et à arranger, ce qui lui a été très utile par la suite. Il a créé son proche orchestre dès la fin 1945 et a commencé à enregistrer sous son nom en 1947.
C'est Bartholomew qui a fait découvrir Fats Domino à Lew Chudd lors d'un concert. Quelques temps plus tôt, Dave avait engueulé un de ses musiciens qui, sans respecter ses ordres, avait laissé Fats jouer du piano pendant l'entracte de son orchestre.
La collaboration entre Domino et Bartholomew a été longue et très fructueuse, Elle a débuté fin 1949 par l'enregistrement de The fat man. Il y a eu des engueulades et des réconciliations, et apparemment on ne peut pas dire qu'ils étaient vraiment amis, mais ils se complétaient parfaitement et ont co-signé ensemble des dizaines de titres, dont un grand nombre de classiques, l'un ou l'autre apportant l'idée de base de la chanson suivant les cas.
A ceux qui s'interrogeraient sur le rapport entre Dave Bartholomew et le rock 'n' roll, je conseillerais juste d'écouter la partie de guitare de Basin Street breakdown, de 1949 (!), qui ne figure malheureusement pas sur mon CD, mais le morceau-titre The golden rule (1951) met aussi bien en avant la guitare électrique.
Sur cette excellente compilation de Hoodoo Records, on trouve trente titres enregistrés pour les labels King et Imperial entre 1947 et 1960.
Country boy (1949), qui fut un succès régionalement, donne bien le ton de la plupart des titres du disque : il y a un côté léger voire comique très souvent présent dans les paroles ("I'm a little country boy running wild in this big old town. All the girls love me, 'cos they know what I'm putting down"). Dans le genre, mes préférées sont Who drank my beer while I was in the rear ? (Qui a bu ma bière quand j'étais à l'arrière ?, 1952) et My ding-a-ling (1952), vingt ans avant que Chuck Berry en fasse un tube. Il y a aussi The ice-man (1952), une chanson pleine de double-sens sur un vendeur de blocs de glace, ou le rhythm and blues rigolo de Yeah yeah.
Dave Bartholomew n'a pas vraiment eu de grand succès avec les parutions sous son nom pendant toutes les années 1950, alors qu'il vendait des millions de disques avec Fats Domino et de nombreux autres artistes qu'il a produits. Il aurait découvert après coup que Lew Chudd accpetait de sortir ses disques sur Imperial mais n'en faisait pas la promotion et les laissait croupir dans ses entrepôts pour se concentrer sur Domino. Cela parait assez plausible.
Il y a bien sûr des liens avec Domino : Jump children avec Fats au piano et deux titres co-signés, dont l'excellent Four winds (1955), que Domino enregistrera en 1961 sous le titre Let the four winds blow. Les deux compères étaient coutumiers du fait, enregistrant parfois à plusieurs années d'écart pour Domino un titre initialement confié à un artiste Imperial, et vice-versa.
Pour une ambiance de carnaval de la Nouvelle Orléans, il y a Shrimp & gumbo (1955), l'un des très nombreux titres du CD co-écrits avec le guitariste Pearl King.
Il y a plusieurs instrumentaux pour le disque. J'ai repéré particulièrement Good news (1957) et Twins (1951) et The shufflin' fox (1957), qui mettent bien en valeur la trompette.
On trouve sur cette compilation pas moins de six titres enregistrés le 12 mars 1967 au studio J&M. Une session très productive, d'autant qu'on compte parmi ceux-ci deux de mes préférés du lots. The monkey speaks his mind, inspiré à Bartholomew par un tract religieux qui lui avait été distribué. Les paroles sont très réussies, avec des singes qui effectivement donnent leur opinion : "Trois singes étaient assis dans un cocotier, discutant des choses telles qu'on prétend qu'elle sont. L'un dit aux autres, écoutez vous deux, il y a une certaine rumeur qui ne peut être vraie, que l'homme descendrait de notre noble race. Quoi, l'idée même est une profonde disgrâce. Aucun singe n'a jamais quitté sa femme, affamé son bébé et ruiné sa vie)". Et aussi Cinderella, peut-être ma préférée de toutes, au rythme retenu, Cendrillon revue par Bartholomew ("Je me demande où peut bien être ma Cendrillon. La dernière fois que je l'ai vue, elle avait perdu sa chaussure.")
Il y a plein d'autres bons titres, ne serait-ce que l'enchaînement des trois derniers, In the evening, typique du son de Domino, Shout, sister shout et (I'm) An old cowhand from a blues band.
Dave Bartholomew a souvent dû ressentir le fait que toute l'attention se portait sur Fats Domino. Ça se comprend et c'est malheureusement le lot des hommes de l'ombre qui n'ont pas choisi de l'être. Mais il a aussi connu le succès comme auteur, arrangeur et producteur et ce disque prouve qu'il aurait mérité d'en avoir beaucoup plus comme interprète et tête d'affiche.




Dave Bartholomew, accompagné d'une équipe de télévision, retrouve Fats Domino chez lui.



02 août 2018

MADALITSO BAND : Fungo la nyemba


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 25 juillet 2018
Réf : [sans] -- Édité par Sterling au Malawi vers 2014
Support : CD 12 cm
10 titres

Le 27e F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs s'est terminé ce week-end par trois jours de concert dans le jard anglais de Châlons. Depuis plusieurs années, c'est la manifestation musicale que je préfère et que je fréquente le plus assidûment.
Pour sa forme d'abord, avec 60 concerts en plein air étalés dans le mois à Châlons et dans les environs, à raison de deux à trois par jour. On peut ainsi voir les groupes de son choix sur un rythme tranquille, bien différent de celui des festivals marathons concentrés sur quelque jours. Et la gratuité des concerts permet d'avoir un public mélangé, très familial, allant au-delà des fans et des spécialistes.
Mais bien sûr, c'est avant tout la programmation qui m'attire, couvrant tous les genres, de la techno au folk, avec des groupes d'ici et d'ailleurs (bien sûr) jouant des musiques d'ici et d'ailleurs, des musiques d'aujourd'hui avec souvent, mais pas obligatoirement, une base traditionnelle. Les mots-clés qui décrivent le festival sur le programme sont parfaitement choisis : "Découverte - Rencontre - Métissage".
Cette année, parmi d'autres, j'ai passé de très bons moments avec Radio Tutti & Barilla Sisters, Maud Octallin, Mokoomba et Les Chiens De Ruelles mais, comme en 2015 avec Canailles ou en 2016 avec Sages Comme Des Sauvages, la prestation qui m'a carrément enthousiasmé c'est celle de Madalitso Band dans le Square Lavoisier mercredi 25 juillet. Il faut dire que j'avais été mis en très bonne condition par les deux titres disponibles en écoute sur le site du festival.
Madalitso Band, c'est un duo originaire du Malawi, en Afrique australe, composé de Yosefe Kalekeni, qui joue de la guitare à quatre cordes et donne le rythme du talon sur un tambour, et de Yobu Malingwa, qui joue du babatone, une sorte de contrebasse à une corde, jouée souvent en slide avec un flacon en guise de bottleneck. Les deux chantent, en Chichewa, une des langues officielles du Malawi avec l'anglais, avec Yobu qui fait office de chanteur principal et Yosefe qui fait surtout des interventions vocales courtes et rythmiques.
Ce qui m'a frappé à l'écoute des chansons, souvent longues, c'est que cette musique ne sonnait pas complètement inconnue à mes oreilles. En fait, j'ai eu à plusieurs moments l'impression d'entendre comme une épure acoustique et en duo des fameux tubes dansants de Soweto.
Un excellent concert, donc, même si la barrière de la langue, en-dehors des sourires et de quelques mots d'anglais, restreint la communication avec le public à la seule musique. Il s'est terminé en beauté par le rappel. Au début, j'ai cru que le groupe rejouait un titre déjà entendu, mais au bout de quelques minutes, quand j'ai fini par déchiffrer les quatre mots du refrain, j'ai compris qu'il s'agissait de Here comes the sun des Beatles, la chanson-thème du festival 2018, travaillée spécialement par le groupe pour cette occasion et habilement mise à sa sauce.


Madalitso Band au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 25 juillet 2018.

Je me suis précipité pour acheter l'album du groupe après le concert. C'est un CD-R qui a dû être diffusé pour la première fois il y a déjà quelques années, si j'en crois la date de mise en ligne des quelques extraits disponibles sur YouTube.
L'excellent premier titre Anaphera chiboda est représentatif de l'album. Un rythme soutenu marqué par la basse, les figures répétitives de la guitare et le chant ponctué de chœurs.
Le morceau-titre arrive ensuite. On apprend chez La Curieuse que
Fungo la nyemba se traduit par L’odeur des haricots et que c'est "un morceau sur un homme qui lutte contre l’exploitation d’un patron". Certains des titres semblent confirmer que les paroles de Madalitso Band abordent des sujets en prise avec l'actualité et la société : Anafera chiboda signifie Tué par un mortier et
Dziko kutekeseka Un monde à soutenir.
Je ne le savais pas, mais la musique jouée par le duo s'inscrit dans un genre bien particulier, les groupes à banjo du Malawi, apparus à la fin des années 1970, souvent composés de jeunes itinérants qu'on voit au coin des rues et des routes avec leurs instruments faits maison, dont des banjos, guitares et babatones.
La suite du disque est à l'avenant avec Mwadala et Naphiri et la qualité se maintient tout au long des dix titres.
Je n'ai pas fini de danser en écoutant ce disque et de me souvenir du très bon moment qu'a été ce concert à Châlons !
La bonne nouvelle, c'est que Madalitso Band a enregistré un nouvel album en 2017. Selon les informations données sur plusieurs sites, il devrait sortir d'ici la fin de l'année sur le label genevois Bongo Joe, fondé par un ancien Mama Rosin. Le titre Nambewe en écoute sur le site du F'estival, qui ne figure pas sur Fungo la nyemba, est peut-être bien un extrait de ce disque à venir.


Madalitso Band, Malawi, en haut de la cathédrale de Lausanne le 13 juillet 2018.


Madalitso Band, Fungo la nyemba, au festival Sauti Za Busara à Zanzibar en janvier 2018.


Madalitso Band, Nambewe, en concert au festival Sur Le Champ à Valence le 21 juillet 2018, quelques jours avant le concert de Châlons.







26 juillet 2018

DAVID PHILOE : David Philoe's greatest hits


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 20 juillet 2018
Réf : RM-LP-2 -- Edité par Rays aux Seychelles en 1975
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Pour avoir ce disque, il a fallu que je sois un peu patient et tenace...
Le 9 juin, c'était jour de grande vente chez Emmaüs à Tours-sur-Marne. L'occasion de sortir les disques vinyls qui depuis quelques temps disparaissent régulièrement pour revenir trois à quatre fois par an pour des occasions particulières (et rester souvent quelques semaines ensuite).
J'y suis passé en fin de matinée, et j'ai trouvé quelques pièces intéressantes : un 45 tours d'Henri Salvador que je n'avais pas, un album de Corée du Sud de Lana et Rospo, un 33 tours d'Al Lirvat , une compilation Madison parade et même l'album God de Rip Rig + Panic, qui se présente sous la forme d'un double maxi 45 tours. J'avais aussi sélectionné ce disque de David Philoé, et c'était même celui qui m'intéressait le plus dans le lot, mais au moment de faire le compte, le vendeur m'a indiqué qu'il me faisait celui-ci à 10 €, plutôt que le prix habituel de 2 €.
Eh oui, je n'avais pas vu qu'il y avait un prix particulier marqué au crayon à l'intérieur de la pochette. Ce prix de 20 € (j'avais eu droit d'emblée à une baisse de la moitié !), je n'ai jamais compris d'où il venait, d'autant que le disque n'est même pas en vente à ce prix-là sur Discogs. Et pourquoi celui-ci et pas les autres que j'avais choisis, ni plus ni moins rares ?
Très déçu, j'ai remis le disque en rayon, car je ne cherche pas acheter des disques au prix collector.
Je ne pensais plus à l'affaire, mais j'ai retrouvé ce 33 tours exactement à la même place vendredi dernier, accompagné cette fois-ci d'un autre album du même label des Seychelles (Souvenir of Seychelles - The best segas of John Wirtz & the New Les Boys), qui était lui à 5 € (j'ai pensé à vérifier).
J'ai trouvé encore des disques très intéressants au prix de base (The Louisiana Aces, Lord Jellicoe & his Calypso Monarchs) et j'ai décidé de tenter ma chance en proposant au vendeur (le même que la fois d'avant) de prendre les deux Seychelles à 2 € comme les autres disques. Et j'ai bien fait : il n'était plus question de tenir compte des prix marqués (peut-être parce que ce n'était plus la grande vente) et le vendeur a accepté ma proposition sans aucune discussion.
Je connais le label Rays depuis que Philippe R. m'a offert en 2014 le 45 tours d'Amed Zelia. Il est lié à Ray's Music Room, un disquaire historique de l'île Mahé qui, pour ce que je peux arriver à en voir, semble toujours en activité à la même adresse à Victoria, la capitale des Seychelles.
Par contre, je ne connaissais pas du tout David Philoé, un artiste suffisamment réputé pour que, lors du Festival International Kreol 2013, il ait été choisi avec François Havelock pour être le récipiendaire d'un "trophée couronnant son inestimable contribution a l’industrie musicale et au patrimoine culturel immatériel du pays.". De même, quand un "musical wall of fame" a été érigé à Victoria en 2017, une des 13 plaques portait le nom de David Philoé.
En lisant les divers éléments biographiques, on apprend que David Philoé est né vers 1948. Il a débuté son parcours à 20 ans mais a été révélé en 1975, l'année de sortie de cette compilation, à l'Île Maurice lors du Festival de la Chanson de l'Océan Indien. Il est devenu l'une des plus grandes vedettes des Seychelles. L'un de ses plus grands succès, Non merci s'il vous plaît, a été repris en 1977 à La Réunion par Jacqueline Farreyol. Il a sorti en 2011 l'album Lalyans des zil mais a arrêté la scène pour raisons de santé.
Tous les "grands tubes" rassemblés sur cet album sont sortis initialement en 45 tours, chez Rays ou sur le label kényan A.I.T. Ce qui est surprenant, c'est que l'étiquette de mon exemplaire du 33 tours est celle du label A.I.T., avec la référence de Rays RMLP-2, alors que la pochette mentionne uniquement Rays et que l'exemplaire présenté sur Discogs a bien une étiquette Rays.
On pourrait éventuellement penser qu'il s'agit d'un lot destiné à la vente à l'export, mais non puisque que la quittance d'achat datée du 2 août 1977 que j'ai trouvée glissée dans la pochette montre que mon disque a bien été acquis chez Ray's Music Room aux Seychelles (la facture est pour deux 33 tours, le deuxième est peut-être bien le John Wirtz ?).
Fait assez rare pour la plupart des disques en créole que je possède, on trouve aussi à l'intérieur de la pochette un feuillet double où toutes les paroles sont reproduites.
Cela permet d'apprécier et d'essayer de saisir le sens d'un couplet comme celui-ci, le deuxième de l'excellent Séga l'amitié :
Dimoune ti faire nous la guerre nous bien un semaine nous faché un mois.
Bouteille case lo la tête manger cochon partout lo front,
Calote parti calote, l'armes pour nous cadeaux,
L'hère nous ti réfléchir nous ti commence flatte camarade.
Mais guette aujourd'hui jour manière nous content nous a peu rier.
Ce disque a été édité en France par Playa Sound en 1976 sous le titre Seychelles vol. 2. On peut l'écouter intégralement sur YouTube.
Il y a plusieurs ségas dans le lot. Outre Séga l'amitié, j'apprécie particulièrement Pas besoin juge mon péché et Si mon en plus lo sa la terre.
Il y aussi plusieurs chansons sur d'autres rythmes, comme Laisse moi vivre mon la vie ou Mon bourreau, avec un orgue qui donne une touche très pop. Mon titre préféré sur l'album, c'est pour l'heure Dire moi la vérité, une chanson toute simple, dont j'aime beaucoup le refrain.
Je ne suis pas trop tourisme, mais avec la chaleur qu'il fait actuellement en Champagne, je m'imagine bien être en train de me baigner aux Seychelles. Mais l'écoute d'un disque ça peut faire voyager, certes, mais pas point de rafraîchir l'auditeur !

22 juillet 2018

CASTAFIORE BAZOOKA : Papilon


Acquis chez Gilda à Paris le 22 mai 2018
Réf : CB062005/MPM2 -- Édité par Meuh ! Production Musiques en France en 2005 -- CD promotionnel - Interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Papilon -- Pourquoi -- NTP remix

J'ai trouvé ce CD promo en pochette cartonnée à 50 centimes dans le bac à soldes chez Gilda. Je l'ai pris car Castafiore Bazooka est un nom de groupe que j'ai remarqué depuis leurs débuts dans les années 1990. Il me semblait même que je l'avais peut-être vu au Printemps de Bourges à l'époque où je fréquentais le festival et ses Découvertes du Réseau Printemps. Je me trompais. Et j'avais oublié par contre que j'ai acheté leur single La chanson du demain il y a quelques années.
Le groupe s'est formé autour d'Elisabeth Wiener, que je connais de réputation pour ses disques solo dans les années 1980, et pour avoir co-écrit et chanté avec Higelin L'attentat à la pudeur, mais qui a un parcours impressionnant que je ne soupçonnais pas d'actrice de théâtre et de cinéma. A partir de 1997, la formation comptait dans ses rangs Luna Mosner, Geneviève Cabannes (Paris Combo) et Sabine Pierron (Les Voleurs de Poules).
On ne peut pas dire que le groupe ait eu un immense succès, mais en tout cas il a été suffisamment remarqué pour se voir attribuer en 1996 le Grand Prix du disque de l'Académie Charles Cros pour son premier album, Au cabaret des illusions perdues.
La discographie de Castafiore Bazooka compte trois albums. Mon CD fait la promotion de leur ultime parution, un double disque intitulé Castafiore & Bazooka.
J'ai été très agréablement surpris à l'écoute du disque. J'aime bien la "chanson française", mais elle m'emballe rarement. Là, d'emblée, les trois titres m'ont beaucoup plus.
A commencer par Papilon, sur un léger rythme de reggae. Je me suis demandé pourquoi il y avait un seul "l" dans le titre, alors qu'il semble bien être question de l'animal volant. La réponse est sûrement à trouver dans les paroles elles-mêmes : "Toute mon espérance est de renaître un jour, papilon qui danse dans un ciel d'amour (...) J'm'emmêle dans vos pensées, dans vos ambitions, j'm'emmêle, ça doit être si bon d'voler, d'avoir des aile-s - comme un papilon". 
Pourquoi poursuit dans la même veine, avec un son plutôt reggae dub cette fois-ci.
Le dernier titre, NTP, est annoncé comme un remix, ce qui d'après mes recherches en ferait une version inédite dans le commerce. Mais ce remix ne semble pas très différent de l'extrait qui était en écoute sur le site du groupe.
Là, on est dans un style oriental et dansant. J'ai cherché un temps ce que pouvait bien signifier "NTP". J'aurais dû trouver tout seul sans avoir besoin d'écouter la réponse, données dans les chœurs. C'est "Nique Ton Père", en lien avec l'objectif affiché : "Décodons les poncifs (...) Décodés, les poncifs sont inoffensifs".
Aucun des trois titres de ce CD n'est disponible en ligne, mais j'ai trouvé un album photos de Robert Gil du concert du 10 décembre 2005 à Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen) ainsi que trois autres chansons de l'album, Djemilah, A nos amis et Coincés, qui me plaisent tout autant que les trois premières. Cela confirme la grande qualité de Castafiore & Bazooka, que je vais chercher à me procurer en entier.
Elisabeth Wiener a de la suite dans les idées. De 2011 à 2014 elle a tourné et sorti un album avec un autre projet, un groupe nommé Callas Nikoff !
Depuis 2016, Castafiore Bazooka joue à nouveau sporadiquement en concert, mais je n'ai pas vu d'annonce de disque ou de rééditions.

Castafiore Bazooka : NTP remix.
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16 juillet 2018

THE MONOCHROME SET : The strange boutique


Offert par Thierry T. par correspondance en 2010
Réf : DIN 18 -- Édité par Dindisc en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The strange boutique -/- Surfing S.W.12

Samedi 7 juillet, j'étais dans la forêt ardennaise à Petit Fays en Belgique pour le parfaitement nommé Ptit Faystival. C'est la deuxième fois que je m'y rendais. En 2012, j'y avais notamment vu Arlt et Patrik Fitzgerald. Là, le beau temps étant de la partie, j'ai encore une fois passé un moment des plus agréables, dans une ambiance unique. J'ai joué à la pétanque avec un marseillais, j'ai mangé des frites et des canadas aux rousses avec des belges, et j'ai vu six concerts dans la journée.
Le premier, magique, a eu lieu derrière l'église, sous le marronnier du centenaire, planté en 1930. Tartine de Clous, Alasdair Roberts et Neil McDermott nous ont charmés avec leurs chansons avec (ou sans) folklore, dans l'esprit du Mélusine des années 1970. Un album de la coopération entre ces français et ces écossais est annoncé chez Okraina à l'automne.



Les autres concerts ont eu lieu sous chapiteau et la soirée s'est terminée de façon torride avec plein de fans de The Monochrome Set (tous les fans belges du groupe ?) qui, à la fin du concert, quand le groupe a enchaîné Eine Symphonie des grauens et He's frank, étaient tellement déchaînés que j'ai dû m'écarter et me reculer pour ne pas être trop bousculé, comme on le voit sur cette photo diffusée dans un tweet de David Mennessier :



On trouve de nombreuses photos du festival chez Fabonthemoon, et aussi chez Laurent Orseau, que j'ai dû côtoyer toute la journée sans qu'on se reconnaisse.
C'était la troisième fois que je voyais The Monochrome Set en concert (après 1984 à la London School of Economics et 2013, aussi à Londres mais au Bush Hall), mais c'était la première fois pour moi que le groupe jouait en quatuor, avec deux membres historiques (Bid à la guitare et au chant, Andy Warren à la basse et aux chœurs) et deux plus récents (Mike Urban à la batterie et John Paul Moran aux claviers et aux chœurs). Je me demandais comment ça allait se passer pour les parties de guitare sans "soliste", mais en fait, bien soutenu par l'orgue, Bid s'en sort très bien tout seul.
Le groupe a joué ce qui de fait était un best-of bien sélectionné, se concentrant sur les premières années. Il y a eu environ un petit quart de chansons que je ne connaissais pas, sûrement relativement récentes donc, et ce qui est bien c'est que la plupart de ces chansons m'ont beaucoup plu.
Parmi les anciennes chansons jouées, j'ai cru me souvenir (ce n'est pourtant pas si vieux !) qu'il y a avait l'excellente The strange boutique, la chanson-titre de leur premier album et aussi la face A du 45 tours que j'ai sélectionné aujourd'hui. Je me trompais, mais cette erreur m'a au moins donné l'occasion de ressortir ce 45 tours.
A quelques jours d'écart en avril 1980, Dindisc a donc sorti deux disques de The Monochrome Set titrés The strange boutique. Autant je me suis procuré peu de temps après sa sortie l'album en pressage anglais distribué en France par Arabella Eurodisc (quelques mois plus tard, ce label ira jusqu'à presser une édition française de Love zombies), autant je pense que je n'ai jamais vu à l'époque le 45 tours, le seul extrait de l'album. Je ne pense pas que je me le serais offert de toute façon juste pour sa face B inédite, car mon budget de lycéen était très serré.
Du coup, ce disque a longtemps manqué à ma collection presque complète (jusqu'en 1985 en tout cas) des singles du groupe. Mais en 2010 je suis allé à Marseille pour le lancement à La Poissonnerie de L'estourdisco volume 8, que j'avais compilé, et on en est venu à parler de Monochrome Set avec Thierry, de La Poissonnerie et aussi entre autres de Fall of Saigon. Je ne sais plus comment c'est venu, et je ne sais plus non plus s'il avait le disque en un exemplaire ou en double, toujours est-il que Thierry m'a proposé à Marseille de m'offrir ce disque et il a tenu parole en me l'envoyant quelques semaines plus tard.
Ce 45 tours est intéressant à plusieurs titres.
Pour sa pochette déjà, qui est le pendant de celle de l'album The strange boutique. J'ai toujours trouvé que la pochette de l'album, créditée au groupe et à Peter Saville, aurait mieux convenu à Joy Division ou à un autre groupe lugubre très new wave qu'à ces petits rigolos de Monochrome Set. En tout cas, cette pochette est marquante et elle est très réputée, comme la plupart des travaux de Peter Saville de ces années-là, mais c'est bien dommage qu'à chaque fois qu'on réimprime dans un livre la pochette de l'album avec son fameux plongeur, on ne mette pas en regard celle du 45 tours, avec un carton du même gris, avec le cadre de photo au recto et celui des crédits au verso en relief comme pour les premiers exemplaires de l'album, et surtout avec cette autre photo en noir et blanc, sans plongeur mais avec les traces d'un plouf dans l'eau !
Un autre intérêt du disque, c'est la chanson The strange boutique. Il s'agit de la même version que celle qui clôturait l'album, moins les quelques secondes tout à la fin où le son remontait après s'être presque arrêté. Pour le coup, contrairement par exemple à 405 lines, ça me parait un bon choix de face A, car c'est sûrement l'un des titres les plus directement "rock" de l'album, avec de l'orgue qui rappelle le son garage des sixties. Bon choix donc, mais ça n'a pas suffi car j'ai l'impression que ce 45 tours ne s'est vraiment pas beaucoup vendu.
Autre intérêt de ce disque, sa face B, une vraie chanson, Surfing S.W.12, qu'on ne trouvait nulle part ailleurs à l'époque. C'est peut-être bien l'une des chansons du groupe où l'on entend le plus l'influence que le Velvet Underground a eu sur lui. Il est aussi possible tout simplement que ça en soit une sorte de parodie. Quand le volume 2 de la compilation Volume, contrast, brilliance est sorti en 2016, on a pu découvrir que cette face B était en fait l'une des toutes premières chansons du groupe, puisqu'on y trouve une version de 1978 titrée I wanna be your man.

J'allais écrire qu'on pouvait trouver les deux faces de ce 45 tours sur le coffret 1979-1985 : Complete recordings sorti plus têt cette année, mais la version CD est déjà épuisée et la version 33 tours est à prix prohibitif. The strange boutique se trouve facilement partout avec l'album. Pour Surfing S.W.12, il y a YouTube, ou sinon carrément le 45 tours, qui se vend d'occasion à un prix relativement abordable.


The Monochrome Set, The strange boutique, en concert au festival Marathon '80 à Minneapolis le 22 septembre 1979.


The Monochrome Set, The strange boutique avec un volume faible, en concert probablement à Nottingham le 16 août 1990.

06 juillet 2018

Melle RATIBA EL-CHAMIAH : Anti ya oum ein


Acquis chez Emmaüs à Reims le 29 juin 2018
Réf : B 095741-T -/- B 095743-T -- Édité par Baidaphon probablement au Liban probablement dans les années 1930
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Anti ya oum ein 1 -/- Anti ya oum ein 2

Vendredi dernier, je suis allé chez Emmaüs à Reims pour la première fois depuis plusieurs mois. Entre-temps, le rayon "culture" a changé d'emplacement, et j'ai été content de voir qu'il y avait plus de disques que la dernière fois.
J'ai trouvé une petite poignée de 45 tours, autant de CD, mais surtout il y avait une pile de 78 tours de laquelle j'ai extrait une dizaine de disques, dont deux "arabes".
J'ai écouté le premier, sur le label B. Rsaissi. Très bien dans le genre, mais peut-être pas aussi accrocheur que celui de Mahjouba. En sortant le second disque pour l'écouter, je me suis dit que j'aime beaucoup cette musique assez traditionnelle aux sons orientaux, mais que j'aimerais bien tomber sur quelque chose plus dans le style de la chanson francarabe à la Lili Boniche.
Sans génie à la Aladin, il est rare que les souhaits se réalisent dans l'instant, mais c'est pourtant précisément ce qui s'est passé car je me suis vite rendu compte que la chanson Anti ya oum ein de Melle Ratiba El-Chamiah est chantée à la fois en arabe et en français ! Ratiba El-Chamiah chante d'abord en arabe, puis elle enchaîne sur des phrases en français ("Vous êtes très jolie", "Oh ma belle folie", "La première fois", "Y a mademoiselle jolie"...), sans que je sois en mesure de dire si ces phrases, traduisent, complètent ou commentent celles en arabe. Ensuite, un chœur d'hommes reprend les paroles qu'elle a chantées. De façon très étonnante, le rythme en arrière-plan sonne presque binaire à mes oreilles.
Il semble que le titre signifie Toi ou moi. Dans la partie 2 de la chanson, sur l'autre face, je saisis d'autres bouts de phrases en français, mais pas tous : "Fais-moi petit plaisir", "Viens guérir ma plaie", "Quand est le rendez-vous", "De moi ayez pitié",... On se doute qu'il s'agit d'une chanson légère.
Comme souvent avec mes disques 78 tours, je me suis vite rendu compte que ce disque n'est pas référencé en ligne. En tout cas, je n'ai rien trouvé sur Discogs, ni chez Internet Archive ni à la Bibliothèque Nationale de France.
Le label Baidaphon est pourtant réputé. C'est l'une des toutes premières maisons de disques établies en Afrique du Nord. Créé par des membres de la famille Baida à Beyrouth dès les premières années du vingtième siècle, il a très longtemps fait fabriquer ses disques en Allemagne par l'intermédiaire de l'un des frères, médecin installé dans ce pays. Rainer E. Lotz, dans son projet The German 78rpm Record Label Book, dédie un chapitre très complet à Baidaphon.
Dans un article d'Emmanuel Haddad pour Al Jazeera, on trouve une explication possible pour le manque d'information disponible sur les productions Baidaphone. En effet, les archives de la firme ont souffert à la fois des bombardements de Berlin et de la guerre civile libanaise.
J'ai quand même trouvé quelques informations sur "Melle Ratiba El-Chamiah", dont le nom est plus souvent transcrit en Ratiba Chamia. Elle serait morte à 68 ans en 1981. J'ai même trouvé une photo d'elle page 9 du numéro du 16 janvier 1932 de L'Afrique du Nord illustrée :


Sur la même page, on trouve une photo de sa tante Flifla Chamia, chanteuse et danseuse comme Ratiba ("La meilleure danseuse orientale"). Les Chamia, famille juive de Tunisie, étaient visiblement une famille d'artistes. Flifla est notamment réputée pour avoir joué dans Le fou de Kairouan, le premier film musical et le premier film en arabe réalisé en Tunisie. Une autre tante de Ratiba, Bahia, était aussi artiste, et la chanteuse Hana Rached, fille de Flifla, a poursuivi la tradition familiale.
La famille Chamia était suffisamment connue dans les années 1930 en Tunisie pour que "Chamia" et "Bahia" soient mentionnées comme artistes animant des galas orientaux à Tunis à la suite du nom de la grande vedette Habiba Messika dans la nouvelle Ninette de la rue du Péché de Vitalis Danon (1938).
Je sais depuis quelques temps que j'ai plus de chances de trouver des raretés en fouillant les quelques 78 tours que je croise qu'en espérant qu'un 45 tours garage sixties se soit glissé parmi des centaines de disques de variétés. J'espère avoir encore bientôt la main aussi heureuse !

Melle RATIBA EL-CHAMIAH : Anti ya oum ein (1 & 2).
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