26 octobre 2014

JOCKO : Moi je pense à toi (Buena)


Acquis sur le vide-grenier de Magenta le 12 octobre 2014
Réf : 751 805 -- Edité par Gaumont en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Moi je pense à toi (Buena) -/- Nous on y va

Une composition de Jean-Jacques Goldman dans Vivonzeureux! ? Moi-même je n'y aurais pas cru. Mais il faut bien se rendre à l'évidence, ici, musicalement, tout est possible.
Le vide-grenier de Magenta est très grand, mais généralement sympathique, et on y fait de bonnes trouvailles. Mais cette année, l'ambiance, à commencer par la météo (froide et sombre, même s'il n'a pas plu) était assez morose. Peut-être aussi parce qu'il n'y avait pas de bonnes affaires à faire en disques...
Du coup, j'ai été attentif aux rares disques que j'y ai trouvés. Celui-ci, j'ai retourné sa pochette très moche pour découvrir au dos qu'Elli Medeiros est l'auteur des paroles des deux titres, la musique de la face B étant de Goldman, donc.
J'ai beau avoir suivi le parcours d'Elli et Jacno de près, je n'avais jamais entendu parler ni de ce 45 tours, ni même plus généralement de Jocko.
Il y a une chose que je n'avais pas remarqué sur le stand dans les crédits, c'est que la face A est co-signée Carrasco. Ça et le sous-titre Buena, en gros sur la pochette au recto, ça aurait suffi pour m'indiquer qu'on a affaire ici à une reprise de Buena, le single extrait en 1980 du premier album de Joe King Carrasco and the Crowns, le roi du tex-mex new wave. C'est là que je fais une petite pause, pour maintenir le suspense, avant de mentionner non pas Monsieur JJ, mais Karen Cheryl ! En effet, aussi surprenant que ça paraisse pour un titre qui, certes, a été édité en France (en 45 et en 33 tours) mais n'a pas dû se vendre à plus d'une poignée de milliers d'exemplaires, il y a eu deux adaptations françaises de Buena, et la première, c'est Karen Cheryl qui l'a sortie, sous le titre Docteur Menteur, sur son album Mon rêve en vidéo et en face B du 45 tours Si.... Cette autre version par Jocko, sous le titre Moi je pense à toi, je ne sais pas si elle est meilleure, mais, musicalement, et avec son refrain conservé en espagnol, elle est en tout cas plus énergique et plus proche de la version originale, même si les paroles ne volent pas haut ("Buena, tu es tout pour moi, Buena, moi je pense à toi").
Bon, ce qu'il faut savoir, c'est que, si l'on en croit ce qui est indiqué un peu partout en ligne, Elli Medeiros ne se serait pas contenté de signer les paroles des deux faces de ce 45 tours. Elle serait Jocko et chanterait sur ce disque. Sur le coup, ça ne m'a pas paru du tout évident, d'autant que le narrateur de Moi je pense à toi est censé être un gars ("Chérie, je suis fou de toi"), mais après réécoute attentive, et sachant qu'on peut assez facilement trafiquer les voix, ça ma parait finalement plausible.
C'est d'ailleurs la face B qui m'a convaincu dans un premier temps. Nous on y va n'est pas à proprement parler une collaboration entre Jean-Jacques Goldman, qui a composé la musique, et Elli Medeiros. En fait, au tout début de sa carrière solo, Goldman a confié à son éditeur le soin de placer plusieurs titres qu'il avait composés. L'un d'entre eux a atterri chez Gaumont et Elli a plaqué ses paroles dessus, encore une fois au niveau des pâquerettes ("Viens, nous on t'emmène, C'est la boum de l'année, Viens donc t'habiller, Il faut pas la rater"). Le plus étonnant dans tout ça, c'est que Nous on y va est une chanson plutôt intéressante. Musicalement, c'est basé sur un riff orgue/synthé accompagné d'une guitare acoustique et le refrain, avec ses "Nous on y va" répétés crescendo est tout à fait dans l'esprit du Devo de l'album Freedom of choice. Une curiosité mineure mais sympathique, donc,que je n'ai pas réussi à trouver en ligne pour vous la faire écouter. Je ne sais pas non plus qui sont les musiciens qui jouent sur ce disque, ni qui l'a produit artistiquement.

25 octobre 2014

THE SOLOMON ISLANDS DANCE AND THEATRE GROUP : Solomon Islands spectacular


Acquis chez YMCA à Douvres le 13 octobre 2014
Réf : VP 358 -- Edité par Viking en Nouvelle-Zélande en 1972
Support : 33 tours 30 cm
11 titres

Y a pas à tortiller, on fait plus facilement de bonnes affaires quand on est le premier client qui voit un lot de disques. C'est ce qui m'est arrivé la semaine dernière quand je suis entré dans la boutique YMCA à Douvres. La dame de permanence était en train d'étiqueter une dizaine de 33 tours, qu'elle mettait au fur et à mesure en rayon. C'est ce qui m'a permis de mettre la main sur At Folsom Prison de Johnny Cash et sur ce superbe album de chants des Îles Salomon. J'ai eu un petit coup au coeur quand la dame m'a demandé au moment de payer si j'étais intéressé par d'autres disques qu'ils avaient en réserve à l'étage. Un peu, mon neveu ! Elle a téléphoné et quelqu'un les a descendus presque aussitôt. Il y avait une poignée de 33 tours et un album de 78 tours, mais malheureusement rien pour moi.
De la musique des Îles Salomon, je connaissais les ensembles de flûtes de pan et les percussions utilisant des bambous. Je ne connaissais pas les chants et je ne savais pas que les Salomon sont les seules îles du Pacifique où la musique traditionnelle est polyphonique.
Ce disque n'a pas été enregistré aux Salomon mais en public à Suva (Îles Fidji) à l'occasion du premier South Pacific Arts Festival, en mai 1972. Le thème de cette première édition était la préservation des formes artistiques locales. La manifestation a changé de nom, mais le Festival des Arts du Pacifique, qui a lieu tous les quatre ans, existe toujours. La douzième édition aura lieu à Guam en 2016. La onzième a justement eu lieu aux Îles Salomon en 2012. Attention, il existe un Solomon Islands Music Fest, mais ça n'a rien à voir !!! (notons quand même que la bière y est à 1 $ la première heure...)
A l'occasion de ce premier festival en 1972, le très prolifique label néo-zélandais Viking a édité une collection de dix albums intitulé Pacific Music Spectacular. Celui-ci en fait partie et il y a aussi un disque du Solomon Islands Bamboo Band.
Sur ce disque, on entend surtout des chants en choeur, accompagnés souvent de percussions. Mais on n'a que le son. On entend des percussions, donc, des frappes dans les mains, le son des lances ou des bâtons qui s'entrechoquent, les danseurs qui sautent sur l'estrade, les cris de certains membres de la troupe, les réactions du public aussi, avec parfois des rires, mais il manque l'image quand même pour apprécier pleinement ces danses. C'est flagrant quand on voit les quatre photos prises par Jennifer Shennan lors du Festival où ce disque a été enregistré, disponibles sur un site de l'Université d'Auckland.


Sebelc (Ysabel Axe dance) par The Solomon Islands Dance and Theatre Group, à Suva (Fidji) en 1972 dans le cadre du premier South Pacific Arts Festival, le jour de l'enregistrement du disque. Photo : Jennifer Shennan.

Les chants sont donc quasiment tous en choeur. Les voix sonnent très jeunes, mais on n'a pas affaire pour autant à une chorale d'enfants, il me semble. Plusieurs chants sont comme des comptines et tout respire la joie de vivre, au moins autant que les deux membres de la troupe photographiés sur la superbe pochette, qui portent sûrement la chemisette bleue réalisée pour l'occasion, en coton imprimé avec la carte des Îles Salomon.
A ma connaissance, ce disque n'a jamais été réédité et je n'ai pas repéré d'enregistrements équivalent de chants disponibles en CD. Je vous propose donc d'écouter mes deux titres préférés, Bilikiki (Danse de l'Oiseau des Salomon occidentales qui va en s'accélérant) et Japani Ha Ha, une chanson traditionnelle en anglais pidgin.

The Solomon Islands Dance and Theatre Group, Bilikiki. The Solomon Islands Dance and Theatre Group, Japani Ha Ha.

19 octobre 2014

THE FOOLS : Psycho chicken


Acquis neuf à Châlons-sur-Marne en 1980
Réf : 2C 008-86141 -- Edité par EMI America en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Psycho chicken (Clucked) -/- Psycho chicken (Beeped)

Voici l'une des rares occasions de rigoler que la new wave de 1980 nous a donné, avec cette parodie de Psycho killer de Talking Heads par The Fools, un groupe pop-rock mineur du Massachussetts formé en 1975. En 1979, leur version volaillère du titre phare du premier album de Talking Heads a d'abord fait la joie des auditeurs des radios de la région de Boston, avant d'être sortie nationalement par EMI.
Avec un nom pareil, le groupe ne s'est jamais pris au sérieux et, pour cette reprise, assez fidèle musicalement à l'originale, ils ont remplacé le tueur psychopathe de David Byrne par un employé traumatisé par son emploi chez Kentucky Fried Chicken, la chaîne fondée par le Colonel Sanders, et un poulet qui essaie d'échapper à son triste sort.
Que ce soit dans la version "gloussée" ou en face B dans la version "bippée" faussement censurée, le remplacement du "Psycho killer, qu'est-ce que c'est ?" de David Byrne par des caquètements de poule et des cocoricos est irrésistible.
Même si ça a dû lui rapporter pas mal d'argent en droits d'auteur, je me dis que ça n'a pas dû être facile pour David Byrne : pendant des annéesjusqu'à Road to nowhere en 1985, les plus grands succès de la galaxie Talking Heads ont été Psycho chicken et la comptine rap bavarde de Tom Tom Club, Wordy rappinghood, qui ne s'en prenait pas directement à lui mais qui peut aussi se lire comme une satire de son style (sans compter que cette chanson a elle aussi un couplet en français).
En France en tout cas, Psycho chicken a été beaucoup plus diffusé que Psycho killer. Même si on emmenait 77 dans nos fêtes, c'est plus souvent le 45 tours à la pochette jaune et bleue qu'on y passait. Et aujourd'hui, vous avez beaucoup plus de chances de tomber sur ce 45 tours des Fools dans un vide-grenier que sur celui des Talking Heads.
Quand ce disque a décollé, la maison de disques a envoyé The Fools en tournée avec The Knack, et effectivement ces deux groupes devaient bien aller ensemble.
Je me souviens avoir écouté l'import de Sold out, le premier album de The Fools, chez A la Clé de Sol à Châlons quand il est sorti en 1980. C'était très mauvais. Certes, il y avait le 45 tours de Psycho chicken en vinyl jaune glissé en plus dans la pochette, mais j'avais déjà acheté le pressage français. Cela n'a pas empêché The Fools de poursuivre son chemin : une formation du groupe tourne encore actuellement.


18 octobre 2014

THE BEATLES : The Beatles


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 10 octobre 2014
Réf : SMO 2051 et SMO 2052 -- Edité par Apple en France vers 1968 -- n° 527866
Support : 2 x 33 tours 30 cm
30 titres

J'ai depuis plus de trente ans un exemplaire de l'album The Beatles, un disque que, comme tout le monde, j'appelle l'album blanc, et même plus précisément le double blanc. Je l'ai acheté neuf et il est à la fois en parfait état et complet, avec son lot de quatre photos des membres des Beatles et son poster, mais mon exemplaire est une réédition de 1978 or, pour ce billet, j'avais spécifiquement besoin d'un exemplaire de l'édition originale numérotée.
Je me suis donc tourné vers Dorian Feller, pour savoir s'il aurait dans son stock un exemplaire dudit-album pour pas trop cher. Il en avait plusieurs, pas tous numérotés, et j'ai choisi celui-ci. En plus, Dorian me l'a offert. Super !
Cet exemplaire n° 527866 de l'un des double albums les plus célèbres de l'histoire du rock a bien vécu. La pochette est tachée et marquée, la tranche a été recollée. Comme tous les exemplaires de l'édition originale française, la pochette a été imprimée en Allemagne. La particularité des premiers exemplaires, est que l'ouverture pour glisser les disques est située en haut et non sur le côté. Au verso, le coin supérieur gauche de la pochette a été arraché et on voit écrit au stylo et au feutre rouge sur le carton le nombre 23, mais il y avait clairement un ou deux autres chiffres avant sur la partie, manquante. Juste à côté, il reste une trace du nom de l'ancien propriétaire, écrit au stylo bille bleu, peut-être quelqu'un prénommé Claire. En haut à droite, une étiquette avec le code prix U et la mention qu'il s'agit d'une édition Stéréo. Notons que Dorian avait un autre exemplaire numéroté avec le code prix Ux2, soit deux fois plus cher !
A l'intérieur, il n'est pas sûr du tout qu'il reste quoi que ce soit de ce qu'on y trouvait à l'origine : pas de photos, pas de poster, pas de pochettes intérieures noires, et deux disques pressés en France, mais avec le timbre de la SACEM, alors que l'édition originale portait le timbre BIEM.
Si je voulais absolument avoir l'un des très nombreux exemplaires de l'édition originale de ce disque, c'est pour avoir l'occasion de saluer le projet We buy white albums de Rutherford Chang, déjà présenté à New York et Liverpool (lire le reportage de Libération à Liverpool). L'idée de départ est simple : comme la première édition de ce disque est sortie dans le monde entier avec une pochette intégralement blanche, certes, mais avec la mention "The Beatles" embossée sur le recto ainsi qu'un numéro unique, chaque exemplaire est différent, et chaque exemplaire a eu son propre parcours depuis 1968, qu'il ait été bien conservé ou qu'il ait moisi dans une cave. Chang a donc entrepris d'en rassembler le plus grand nombre d'exemplaires (il en a 1034 à ce jour), qu'il présente dans une installation qui ressemble à la boutique d'un disquaire. Sauf que cette anti-boutique ne stocke qu'une seule référence et qu'aucun des disques présentés n'est à vendre. Au contraire, comme le titre l'indique, Chang se propose d'acheter les exemplaires originaux de ses visiteurs.
Aucune chance que je vende mon propre exemplaire, mais j'ai apprécié cette idée de disquaire très spécial où rien n'est à vendre et où on s'intéresse à l'histoire particulière des exemplaires d'un disque, comme je le fais pour les miens ici, ou comme Patrice Caillet l'a fait avec les pochettes personnalisées du Discographisme récréatif.



Pour ma part, je n'ai jamais apprécié cette pochette d'album des Beatles, ni le monochrome blanc, ni les photos et le poster à l'intérieur. Évidemment, comme tout projet conceptuel, on apprécie mieux quand on a les clés fournies par le concepteur, l'artiste Richard Hamilton, une personnalité du pop art britannique. Il a souhaité d'abord rompre avec la luxuriance de la pochette de Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band, et trouvait amusant de jouer au petit jeu de du monde de l'art de l'édition originale limitée et numérotée pour un objet qui allait être produit à plusieurs millions d'exemplaires. C'est sur cette particularité que Rutherford Chang a rebondi.
Notons que cette pochette mal aimée a marqué les esprits au point qu'elle a donné son titre d'usage à un disque qui, à l'origine, n'en avait pas. Par dérivation, elle a aussi inspiré le titre des compilations 1962-1966 et 1967-1970 sorties dans les années 1970 et connues en tant qu'Album rouge et Album bleu.



Et la musique alors ? Eh bien, avec trente titres, The Beatles n'en manque pas, de musique. Au point de donner l'indigestion, presque. Comme pour sa pochette, c'est un disque que je n'ai jamais vraiment réussi à apprécier, peut-être parce que, par certains aspects, il est déjà une collection d'enregistrements solo des membres du groupe, même s'il y a aussi des titres enregistrés tous ensemble, et surtout justement à cause de cette profusion et du manque d'unité qui en résulte qui font que c'est un disque qu'il est à peu près impossible d'appréhender et d'apprécier globalement. Et pourtant, si on prend les titres individuellement, on se rend vite compte qu'il y a plein d'excellentes choses, même s'il n'y a là quasiment rien de véritablement neuf ou révolutionnaire. L'album ouvre d'ailleurs avec une parodie des Beach Boys et de Chuck Berry, sympathique mais pas renversante, mais j'aime quand même bien toute la première face, y compris Ob-la-di, Ob-bla-da. Sur la suite, il y a à boire et à manger, avec de quoi faire un bon disque rock électrique et un autre acoustique, mais aussi avec des trucs que je n'aime pas du tout, comme les deux premiers titres de la face deux ou Revolution 9.
En tout cas, le projet de Rutherford Chang aura au moins eu le mérite de me plonger à nouveau dans l'écoute de ce disque. Et, si l'installation venait à faire étape par chez nous, j'irais avec plaisir visiter ce disquaire très particulier.



12 octobre 2014

DEAD SEA FRUIT : Loulou (Put another record on)


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 28 septembre 2014
Réf : EP 1126 -- Edité par Disc'AZ en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Loulou (Put another record on) -- Psychiatric case -/- Kensington High Street -- Seeds of discontent

Voilà le deuxième disque intéressant que j'ai trouvé à Bisseuil, dans le même carton que celui des Bantous de la Capitale. Rien à voir musicalement entre les deux, et rien à voir non plus question état : autant le Bantous était abimé et sans pochette, autant celui-ci est en parfait état, pochette, disque, languette et même pochette intérieure en plastique.
Évidemment, je n'avais absolument jamais entendu parler de Dead Sea Fruit. La pochette ne m'a pas spécialement donné envie d'en savoir plus, mais j'ai cru comprendre en regardant les crédits au dos qu'il s'agissait d'anglo-saxons (pas des belges ou des hollandais comme souvent chez Disc'AZ), avec une production sous licence de chez Camp.
Il s'avère que l'on a affaire ici à une petite curiosité hippie-psyché, et ce n'est pas tous les jours qu'on tombe sur un EP d'époque en bon état dans ce genre.
Dead Sea Fruit est un groupe anglais, signé chez Camp, donc, un sous-label de Polydor, pour lequel ils ont enregistré un unique album en 1967. Comme beaucoup de leurs compatriotes, vu la concurrence féroce qu'il y avait chez eux, ils ont décidé de s'expatrier et ont atterri non pas à Hambourg mais à Paris, où ils sont restés trois ans. Ils se sont fait promptement arrêtés à leur arrivée, au prétexte qu'ils étaient déguisés façon carnaval en-dehors de la bonne période. Ils portaient bien sûr simplement  leur accoutrement de hippies.
Ils ont visiblement été pendant quelques temps à Paris le prototype du groupe hippie, ce qui leur a valu de nombreux passages à la télévision. Ils sont notamment le sujet de Portrait robot du hippie, un reportage de 8 minutes de Peter Folds diffusé dans l'émission Dim Dam Dom de Daisy de Galard le 8 octobre 1967. Ils seraient aussi passés en mai 1968 dans une émission de Gérard Klein, diffusée en remplacement de Dim Dam Dom, en grève, et ont aussi partagé le plateau avec Salvadore Dali.
Leur album n'a jamais été édité en France, mais Disc'AZ en a extrait un EP quatre titres, d'abord avec une pochette reprenant une photo issue de la même session que celle de l'album, le premier titre s'appelant, comme en Angleterre, Put another record on. Par la suite, sûrement grâce aux passages télé et radio, le disque est ressorti avec cette pochette flashy, avec en très gros un nouveau titre, Loulou, francisé pour l'occasion, certainement parce que c'est le seul mot du refrain qu'avaient retenu les clients qui se présentaient chez les disquaires.
Musicalement, on est dans de la pop théâtrale fortement teintée de psychédélisme. Dead Sea Fruit est souvent comparé au Bonzo Dog Doo Dah Band, mais je ne me prononcerai pas sur la question car c'est un groupe que je ne connais pas du tout. 
Loulou, avec ses airs de chanson rétro des années 1920, est sûrement le titre le moins intéressant du lot. J'aime beaucoup Psychiatric case et ses accents à la Kinks. Kensington High Street est très bien également et le début de Seeds of discontent est excellent, même si la suite n'est pas toute du même niveau.
Après la France, le groupe a poussé plus au sud, jusqu'à Dakar, pour y jouer dans des clubs, mais il s'est très vite séparé, en partie parce que les patrons de boite les obligeaient à jouer des reprises plutôt que leurs propres compositions. Le groupe n'est pas oublié cependant, puisqu'il a sa propre Appreciation Society sur Facebook.






11 octobre 2014

FOUR TOPS : 7 rooms of gloom


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 14 septembre 2014
Réf : TMEF 551 -- Edité par Tamla Motown en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : 7 rooms of gloom -- Darling, I hum your song -/- I'll turn to stone -- Is there anything that I can do ?

Parmi les disques que j'ai trouvés à Athis en septembre, il y avait cet EP des Four Tops en parfait état, sûrement l'une des plus belles pièces du lot (et encore, il ne s'agit pas de la version de la pochette avec une erreur sur le titre : "Bloom" au lieu de "Gloom"). J'ai été particulièrement content de tomber sur un disque Motown de cet acabit car j'ai passé un bon moment cet été à contempler le livre Motown soul et glamour : des dizaines de documents reproduits superbement sur 300 pages, presque tous issus de la collection personnelle de Gilles Pétard, ancien de chez Pathé-Marconi et fondateur du bureau français de Motown. Une lecture pareille, ça donne envie de toucher et d'écouter tous ces disques.
Cette pochette précisément n'est pas reproduite dans le livre, mais il y a à la place une pleine page avec la publicité parue pour ce titre dans Cash Box aux Etats-Unis le 10 juin 1967.
Moins connue par chez nous que Reach out I'll be there ou It's the same old song, sûrement parce qu'il n'y a pas eu d'adaptation française, 7 rooms of gloom est néanmoins l'un des nombreux grands succès du groupe dans les années 1960, et surtout une excellente chanson qui s'ouvre sur un ton dramatique avant d'être propulsée de façon tendue et énergique par une énorme ligne de basse. I'll turn to stone, la face B du single américain (les deux titres sont aussi sur l'album Reach out de 1967), est également un titre rapide, qui aurait eu tous les ingrédients et toutes les qualités pour figurer en face A d'un single et devenir un tube.
Pour remplir un EP français et arriver à quatre titres, le label est allé piocher deux titres sur The Four Tops second album de 1965, deux chansons au tempo moyen, Darling, I hum your song et Is there anything that I can do ?, la seule des quatre qui n'est pas signée Lamont-Dozier-Holland.
La photo de pochette est de Bob Lampard. Il n'est pas impossible qu'elle ait été prise en France, sur scène ou sur un plateau de télé.

05 octobre 2014

QUINTETTE LADNIER-MEZZROW : Royal garden blues


Acquis chez Gilda à Paris le 27 septembre 2014
Réf : 75.523 -- Edité par RCA en France vers 1959
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Royal garden blues -- Everybody loves my baby -/- Ain't gonna give nobody none of my jelly-roll -- If you see me comin'

Ce n'est pas le genre de disque auquel je m'intéresse a priori, mais cela faisait des années maintenant que Philippe R. m'avait fortement conseillé de lire l'autobiographie du musicien de jazz Mezz Mezzrow, Really the blues. Je viens finalement de finir de la lire mi-septembre, et j'ai vu comme un signe de tomber sur ce disque samedi dernier à Paris, issu de sessions d'enregistrement de 1938 dont il est largement question dans le livre
Initialement sorti en 1946, le livre a été publié en France dès 1950. J'espère que la traduction, de Marcel Duhamel et Madeleine Gautier, la secrétaire de Hugues Panassié, du Hot Club de France, n'as pas trop vieilli et ne fait pas trop Série Noire, mais en tout cas, ce livre co-signé par le journaliste et écrivain Bernard Wolfe est l'un des premiers témoignages écrits sur le jazz et est considéré comme l'un des livres essentiels sur la musique. La rage de vivre, c'est son titre français, a été récemment réédité aux Editions Buchet-Chastel.
Pour ce qui est de ce disque, commençons par relever ce qui est au minimum une grosse bourde, voire une tromperie. Le nom de Sidney Bechet apparait en gros et bien lisible au recto de la pochette. Pourtant, il suffit de lire au dos les notes de Raymond Mouly pour comprendre que Sidney Bechet n'était pas présent lors de ces enregistrements du 19 décembre 1938 crédités au Quintette Ladnier-Mezzrow. Il était bien là par contre le 28 novembre 1938 pour des sessions publiées également en EP par RCA juste avant ce disque-ci sur la référence 75 522. Si j'évoque une éventuelle bourde, c'est que sur la seule pochette que j'ai réussi à trouver en ligne de cet autre 45 tours, dont le titre principal est Revolutionary blues, le nom de Bechet n'apparait pas.
Ces sessions ont donc été enregistrées à New York à l'initiative de Hugues Panassié, qui "se proposait de réaliser une série d'enregistrements propres à illustrer le style traditionnel et pur de la Nouvelle-Orléans, qu'on aurait pu croire en voie d'extinction". Cela s'est fait autour d'un groupe réuni pour l'occasion par Pannasié et Mezzrow. Panassié voulait absolument enregistrer le trompettiste Tommy Ladnier, mais celui-ci était alors complètement perdu de vue. Il a fallu le dénicher jusqu'à Buffalo, où il jouait dans un bouge pour "du café et un gâteau". Il est mort quelques mois après ces sessions. Une annexe du livre est entièrement dédiée à ces Panassié recordings.
Trois des titres sont des instrumentaux, tous co-signés par Spencer Williams, deux d'entre eux l'étant avec Clarence Williams (sans relation). Dans le lot, mon préféré est Royal garden blues. J'aime aussi beaucoup le blues If you see me comin'. Mezzrow avait demandé à Teddy Bunn de faire l'intro à la guitare et, sans préméditation, celmui-ci s'est mis à chanter sur le premier chorus avant de se lancer dans un solo. Le blues est la base du jazz, selon Mezz Mezzrow.
Le séjour d'Hugues Panassié à New York a dû être prolongé car il a été victime d'une grave infection au streptocoque. L'un des intérêts du livre est de me l'avoir rendu sympathique. Je ne connaissais de lui que le portrait au vitriol qu'en a dressé Boris Vian, celui d'un vieux réac du jazz, conservateur au possible. Conservateur, il l'est sûrement devenu après-guerre, quand il est resté fidèle au style Nouvelle-Orléans, en opposition à toutes les évolutions du jazz, à commencer par le be bop. Mais c'était avant un tout un passionné de musique, pas du tout gêné, comme Mezz Mezzrow, que la musique qu'il aimait soit celle jouée par les noirs, à une époque où, aux Etats-Unis surtout, côtoyer les noirs quand on était blanc n'était pas sans risque.
La définition qu'il donne du rock 'n' roll et du rhythm and blues en 1957, dans un article intitulé Une autre ségrégation, correspond tout à fait à ce qui est désormais généralement admis, et il en profite pour déplorer que le tapage fait autour du rock 'n' roll profite surtout à ses adeptes blancs.
Tout le livre de Mezz Mezzrow est tendu par la passion qu'il a pour la musique jazz et les musiciens noirs qui la jouent. A tel point que, sur la fin du livre, alors qu'il séjourne en prison à Riker's Island, il réussit à se faire passer pour noir pour se retrouver dans des dortoirs où il pourrait plus facilement jouer de la bonne musique !
Il est probable que certaines des anecdotes sont trop belles pour ne pas avoir été un peu enjolivées, mais il est passionnant de suivre son récit des années 1920 à 1940, une époque où Al Capone n'était pas un personnage de cinéma mais le patron mafieux des boites où Mezzrow dirigeait la troupe, mécontent que son frère fréquente une des chanteuses du club et inconscient du fait que sa propre femme s'était fait embauchée pour surveiller ses fréquentations. Mezzrow ne savait pas qui c'était et, quand il l'a découvert, il a fui la ville avant que ça ne chauffe pour lui.
Sa vie telle qu'il la décrit vaut largement celle des rockers les plus atteints. Il était plus réputé comme vendeur de marijuana mexicaine (à tel point qu'on a fini par appeler celle-ci la Mezz) que comme musicien, à une époque où l'alcool était prohibé mais le cannabis pas encore complètement illégal. Ses expériences d'opiomane, et surtout sa désintoxication, sont aussi l'un des moments forts du livre.
Comme l'explique Raymond Mouly, la première publication en France de ces enregistrements a eu lieu juste avant la déclaration de guerre en 1939, qui a stoppé l'arrivée de nouveautés musicales. C'est donc notamment sur ces disques que les zazous dansaient pendant la guerre. Quant à Mezz Mezzrow, il est venu rejoindre Hugues Panassié en France au début des années cinquante et a vécu dans notre pays jusqu'à sa mort en 1972.

03 octobre 2014

LES BANTOUS DE LA CAPITALE : Sammy na Cathy


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 28 septembre 2014
Réf : B1072 -- Edité par La Voix Bantoue au Congo-Brazzaville dans les anénes 1960 ou 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Sammy na Cathy (Part 1) -/- Sammy na Cathy (Part 2)

Depuis au moins deux ans maintenant, il y a un deuxième vide-grenier annuel à Bisseuil. Ça en fait un de chaque côté du canal. Dimanche dernier, c'était calme, avec peu de marchands et peu de chalands, mais c'était aussi agréable, avec un temps idéal.
Je n'ai trouvé que quelques disques, mais la qualité est bien préférable à la quantité dans ce genre de situation. Les deux plus intéressants, je les ai trouvés dans le carton encore humide de la brume du matin d'un monsieur qui m'a fait grogner sur le coup en demandant 1 € pour ses 45 tours (c'était plutôt 50 centimes partout ailleurs), alors qu'à première vue il n'y avait que de la drosse. A première vue en tout cas puisque, glissés dans des disques de la pire variété, j'ai d'abord trouvé un EP sixties intéressant en parfait état (rendez-vous dans un peu plus tard pour en reparler), puis, sans même une pochette, ce 45 tours dont dont le label "La voix bantoue" m'a instantanément saisi. Et j'ai su tout de suite que j'étais bien tombé quand je me suis emparé du disque pour lire sur l'étiquette le nom du groupe, Les Bantous de la Capitale. J'ai justement lu un peu plus tôt cette année Afro pop : L'âge d'or des grands orchestres africains, de Florent Mazzoleni, avec un chapitre entier sur le groupe, l'un des grands et des plus anciens de la musique congolaise moderne, fondé en 1959 à Brazzaville par des anciens musiciens de l'Orchestre O.K. Jazz. J'avais notamment été surpris d'y lire qu'ils avaient enregistré en novembre 1962 à Paris sous la direction de Loulou Gasté (!), avant d'enregistrer plus d'une centaine de chansons à Bruxelles pour le label Cefa, qui les a éditées sur plus de cinquante 45 tours en l'espace d'un an ! On apprend aussi dans le livre, sans trop de surprise, que La Voix Bantoue est le propre label du groupe.
Bon, sinon, vous vous doutez bien que, même sans pochette, j'ai accepté sans rechigner de payer ce disque 1 €. On se demandera longtemps comment ce disque a voyagé du fleuve Congo à la rivière Marne...
J'ai passé pas mal de temps dimanche à chercher des informations sur Sammy na Cathy, et je n'ai pas trouvé grand chose, hormis la mention dans le livre La chanson congolaise : Son histoire, sa vérité, ses textes et leurs significations, que je n'ai pas pu consulté, que cette chanson a connu beaucoup de succès. A mon grand étonnement, je n'ai vu ce titre listé dans aucune des nombreuses compilations publiées du groupe, et je n'en ai trouvé aucune version en ligne.
Je me suis donc décidé dans la semaine à repiquer en MP3 les deux faces bien fatiguées de mon 45 tours pour vous les proposer ici. Et puis, après réécouté attentivement la face B, avec l'excellente performance vocale en français, j'ai eu un flash : j'ai cherché au cas où des infos sur Les Bantous et Marie Jeanne au lieu de chercher Sammy na Cathy. Et bingo ! En cinq secondes j'avais trouvé sur YouTube Marie Jeanne (Part 1) et Marie Jeanne (Part 2) par Les Bantous de la Capitale qui, vous l'avez déjà deviné, sont la même chanson dans le même enregistrement que celle que l'on trouve sur mon disque ! Du coup, je vous laisse apprécier sans plus la commenter la qualité de cette chanson et de son interprétation : chant, guitares, cuivres, c'est excellent.
Le fait qu'une partie des paroles est en français me la rend encore plus intéressante. On a "Mariage pendant les vacances" sur la face A et surtout la "petite histoire" en face B du gars qui "Depuis que ma mère m'a né" n'a "jamais vu de telles choses" : "J'aimais une fille qui s'appelait Marie Jeanne. Depuis Libreville, je la cherche. Quand je la vois pas mon cœur fait boum boum boum. Je lui ai payé beaucoup de choses. Le machine à coudre. Le voiture. Le clôture. Maire Jeanne m'a fui. Je le porte au plainte. Au parquet. Chez Maître Gomez."
L'enregistrement sur YouTube provient d'un album intitulé Marie Jeanne, publié par Sonafric en 1976. Avec cette référence, j'apprends chez Afrisson que Marie Jeanne 2 est du soukouss...
Comment est-on passé de Sammy na Cathy à Marie Jeanne ? Déjà, un certain temps a dû s'écouler. En voyant mon étiquette de disque, j'étais à peu près certain d'avoir affaire à un disque des années 1960 (pas avant 1963, date à laquelle Samba Mascott, seul crédité pour les deux parties sur le 45 tours, a rejoint le groupe). Les notes de Bakouma S.M. au dos de la pochette de l'album de 1976 font référence à "l'éternel succès Marie Jeanne". S'il était déjà éternel en 1976, il ne datait sûrement pas de la veille...



On pourrait penser à une erreur de titre sur le 45 tours. Mais non, il est bien question de Sammy et de Cathy, surtout sur la face A, mais aussi sur la face B. Ma conviction est que la face B, peut-être chantée par le saxophoniste Nona Arthur, qui est crédité sur l'album, a dû tellement marquéer les esprits que la chanson est devenue connue sous le titre Marie Jeanne après sa parution initiale en tant que Sammy na Cathy.
En tout cas, même s'il s'est bien vendu au départ, j'ai quand même eu beaucoup de chance de trouver ce disque. Je n'en ai trouvé qu'un autre exemplaire en vente en ligne. Et le mien ne porte pas de tampon "Echantillon non vendable" sur l'étiquette. Pourtant, maintenant que je l'ai, je ne suis pas prêt de m'en séparer...!

Clément Ossinonde a édité en 2007 Les Bantous de la Capitale "Bkolo Mboka" : Les rois de la rumba africaine. Chronologie des 48 ans d'existence.

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