23 février 2020

PASCAL COMELADE : Les mémoires d'un ventriloque


Acquis par correspondance via Bandcamp en février 2020
Réf : staubgold 153 / cougouyou 12 -- Édité par Staubgold / Cougouyou Music en France en 2020 -- n° 440/500
Support : 2 x 33 tours 25 cm + 16 x MP3
16 titres

A l'automne 2019, je me suis presque étonné : à part une réédition, je n'avais rien ajouté en 2019 à la discographie stéréeauphonique post-diluvienne de Pascal Comelade que je tente tant bien que mal de tenir à jour, ce qui n'est pas simple car le bougre est un spécialiste des éditions limitées les plus tarabiscotées.
En fait, au moment même où je me posais cette question, il venait de sortir un tout nouvel album, Deviationist muzak, enregistré entre 2017 et 2019, mais comme c'est le label espagnol Discmedi qui l'a publié, quasiment personne ne s'en est fait l'écho par chez nous et il a fallu que l'ami Papy Bam de Bam Balam en parle pour que j'apprenne son existence. Je me suis procuré le CD 15 titres, et ce n'est que plus tard que j'ai appris que le double 33 tours compte 8 titres en plus, ce qui n'est pas cool pour ceux qui, comme moi, apprécient le CD, seul format actuel qui est à la fois physique et numérique.
Et depuis le début de 2020, c'est presque une avalanche, avec trois publications importantes :
  • Lo-rap-muth, un 45 tours EP qui se contente de reprendre le titre d'un morceau de Deviationist muzak sans l'inclure, mais qui s'ouvre avec un autre morceau de l'album, Roll over Fuzmanchu, et contient trois autres titres rares ou inédits. Le disque est dédié au batteur Didier Banon (ex-OTH et pilier du Bel Canto Orquestra), qui est mort l'an dernier à 60 ans.
  •  Le livre Le rien illustré, qui reproduit 150 oeuvres graphiques de Pascal Comelade (pas seulement inspirées de pochettes de 45 tours, comme celles qu'on trouvait dans l'Avis aux inventeurs d'épaves) et qui contient le CD Sub-versions de salon vol. 2, qui regroupe 25 reprises.
  • Et entre les deux était sorti le disque qui nous intéresse aujourd'hui, chez les labels perpignanais associés Staubgold et Cougouyou Music, un double 33 tours 25 cm, compilation de collaborations chantées de Pascal Comelade.
Cette compilation est vraiment bienvenue car, trop souvent, on a tendance à associer Pascal Comelade uniquement à la musique instrumentale. Pourtant, sans même parler de Fall of Saigon, dès les débuts ses productions ont contenu des pistes avec voix. Le titre le plus ancien ici, une reprise de We dit it again de Soft Machine avec Sissi, date du EP Ready-made de 1981.
Simplement, il ne faut pas compter sur Pascal Comelade pour enregistrer sa voix, alors il fait appel à des amis et des proches, de Catalogne au Nord et au Sud des Pyrénées, et au fil du temps de plus loin aussi, plus au Nord en France ou en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni.
Dans le coffret Rocanrolorama de 2016, la section chantée s'intitulait Les mémoires du chanteur masqué. Cette fois, je trouve
le titre Les mémoires d'un ventriloque encore mieux choisi, puisqu'il exprime bien le fait que Pascal Comelade se sert d'autres personnes pour mettre de la voix dans ses disques. Mais après tout, puisqu'il fait chanter tous ces gens en restant lui-même muet, le disque aurait aussi pu s'appeler Les confessions d'un maître-chanteur aphone ! (J'y ai pensé avant de me rendre compte que, en 1995, Pascal a déjà inclus une Chanson triste pour ventriloque aphone sur son album El cabaret galactic).
La seule chanson proposée ici en deux versions est (Brand new) Cadillac de Vince Taylor, et les deux m'évoquent des souvenirs.
Le 23 mai 1982, lors du Festival des Musiques de Traverses de Reims, Fall of Saigon, avec Pascal Comelade, a ouvert l'après-midi de manière impromptue (le programme indiquait qu'ils feraient une animation dans le hall), avant de laisser la place à Lol Coxhill, qui était l'invité d'honneur permanent du festival, comme Léo Malet l'était à la même époque et dans le même lieu pour le Festival International du Roman et du Film Policier. J'ai noté dans un carnet que le concert incluait des "délires avec un trompettiste (solo de tibia)", mais le seul souvenir vif que j'ai conservé, c'est celui d'un gars, qui devait être Jac Berrocal, arpentant la grande scène de la Maison de la Culture en frappant (avec le tibia ?) sur une pelle ramasse-poussières en métal ! Mais je ne crois pas que Pascal et Jac se soient produits ensemble ce jour-là. Pour ce qui est deVince Taylor, Berrocal  en connaît un rayon puisqu'ils ont collaboré sur Rock 'n' roll station en 1976 sur l'album Parallèles.
L'autre version de Cadillac est différente à la fois dans le style vocal et dans l'arrangement musical. Elle est enregistrée avec un autre trompettiste, Roy Paci. Je l'avais vu en concert avec Pascal Comelade le 2 février 2004 à Nantes, ce qui m'avait inspiré  le texte Pascal Comelade et le trompettiste en postface de mon livre Tu m'as trompette mon amour.
Pour ce qui est de Ma gueule, la  reprise de Johnny H. avec Miossec publiée à l'origine sur la compilation Comme un seul homme, j'ai surtout un regret, celui d'être reparti directement après les prestations séparées de Pascal et Christophe à Troyes dans le cadre du festival Nuits de Champagne le 29 novembre 1997. Il faut dire que je travaillais le lendemain et qu'il y avait de la route. Je ne me souviens même plus si, pour l'un ou l'autre des deux concerts, ils se sont retrouvés sur scène pour jouer Ma gueule, qu'ils avaient enregistrée en septembre. Ce qui est sûr, par contre, suivant plusieurs témoignages, c'est que les deux se sont retrouvés ensuite dans un bar de la ville, et qu'ils y ont joué jusque tard dans la nuit.
Je n'en suis pas certain, mais j'ai l'impression qu'on trouve ici trois titres précédemment inédits : Cares d'arguiles avec Pau Riba, Ja som la foca, une reprise d'I am the walrus avec Enric Casasses (je pense que Pascal est beaucoup plus Stones que Beatles, je me demande même si ce n'est pas la première fois qu'il enregistre un de leurs titres. De même, c'est rare de le voir reprendre du Leonard Cohen, comme ici pour Suzanne avec Albert Pla) et l'excellent original Larme secrète, co-écrit avec Marc Hurtado. C'est un nom qui m'a aussitôt fait penser à Alan Vega, et effectivement, les deux ont sorti ensemble l'album Sniper en 2010. Ce que je ne savais pas, c'est que Marc Hurtado est français et qu'il a été membre du groupe Etant Donnés.
Parmi les autres grands moments du disque, je citerais un original, Green eyes avec P.J. Harvey, et des reprises, comme The sad skinhead, version du titre de l'album Faust IV avec Jean-Hervé Péron de Faust, We dit it again, Satisfaccio avec Sergi Lopez, extrait de Compassió pel dimoni, et September song avec Robert Wyatt. Là, l'émotion va crescendo. La première partie de la chanson est déjà parfaite, puis d'un seul coup, Wyatt ajoute une deuxième voix, plus grave, et quand on se dit que la chanson va doucement se terminer, il nous sort sa trompette ! Superbe.
Un autre grand moment d'émotion, c'est En maison, enregistré avec Alex Barbier, qui lui aussi est mort en 2019. C'est un extrait du mini-album Alex Barbier chante..., qui témoigne des petits récitals de chansons réalistes donnés par les deux compères pendant dix ans à l'occasion du festival de bande dessinée de Fillols. Le CD original de 2006, tiré à 350 exemplaires dont 100 hors-commerce, est épuisé depuis longtemps, mais Vert-Pituitte l'a réédité l'an dernier, sous la forme d'un 45 tours 25 cm, en édition limitée également, mais pas encore épuisée à ce jour.



Pascal Comelade a essaimé plein d'autres "chansons pop" au fil des années. Il y a largement de quoi faire un deuxième tome de ces mémoires d'un ventriloque. Sans chercher à être complet, il manque ici des collaborations avec l'ami Général Alcazar, bien sûr, mais aussi Gérard Jacquet, Cathy Claret, Les Limiñanas, et encore Arno, Camille, Dani, Ricardo Solfa, Lluis Llach, Ivette Nadal, Raph Dumas et Lou, Miquel Gil, Vinicio Capossela,...

15 février 2020

THE THE : Uncertain smile


Acquis par correspondance via Discogs en février 2020
Réf : 0-29878 -- Édité par Sire / Some Bizarre aux États-Unis en 1982
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Uncertain smile -/- Three orange kisses from Kazan -- Waitin' for the upturn

Récemment, quelqu'un a fait tourner la vidéo d'un passage de Matt Johnson dans une émission de télé anglaise en 1983. On l'y voit chanter Uncertain smile par-dessus une bande musicale. Je n'avais jamais vu ces images, ça m'a plu et ça m'a donné l'occasion de me replonger dans mes disques de The The.
J'ai fait le point notamment sur l'imparable trilogie de singles que The The a publiée en 1982-1983 : Uncertain smile, Perfect et This is the day. A l'époque de leur sortie, je n'ai acheté aucun de ces disques, d'abord parce que je n'ai pas eu l'occasion de les voir en rayon et ensuite parce que je n'avais pas d'argent à investir dans ces disques, sachant que je me suis assez vite procuré la cassette européenne de Soul mining, qui contient ces trois titres.
Sauf que seul This is the day est vraiment extrait de Soul mining. Perfect a souvent été ajouté en bonus de l'album, sur la cassette, donc, sur l'édition originale en 33 tours en Amérique du Nord et aux antipodes, puis sur les versions CD pendant les années 1980-1990, mais il s'agissait d'une deuxième version, différente de celle du single.
Quant à Uncertain smile, la version sur l'album est aussi une deuxième version, très bien, dont la seconde partie est marquée par un solo de piano impressionnant de Jools Holland.
Ces dernières années, j'avais réussi à me procurer les singles de Perfect et This is the day, mais il me manquait justement Uncertain smile. Je me suis mis en quête et j'ai été bien content de trouver un exemplaire de l'édition américaine du maxi mise en vente à un prix raisonnable par un vendeur français.
Pour moi, ce single Uncertain smile est le premier grand disque de The The. Avant ça, il y avait eu un morceau d'eux sur la compilation Some Bizarre album, que j'avais achetée à sa sortie. Pas mal, mais sans plus. Plus tard, j'avais emprunté et copié l'album de 1981 Burning blue soul paru à l'origine sous le nom de Matt Johnson. J'y avais entendu quelques trucs qui m'avaient plu, mais là encore rien à voir avec l'emballement causé par Soul mining.
Il y a eu aussi deux 45 tours parus en 1980 et 1981, Controversial subject et Cold spell ahead, que je ne connaissais pas. Ce n'est que cette semaine en préparant ma chronique que j'ai appris que Cold spell ahead est en fait une proto-version d'Uncertain smile ! Les deux premières minutes sont vraiment une version primitive et synthétique d'Uncertain smile, après ça part dans une autre direction et c'est moins intéressant.
L'ami Philippe Dumez, dans une chronique (lui aussi) de la cassette de Soul mining, pointe bien l'un des attraits des chansons de Matt Johnson pour les lycéens et étudiants en pleine phase de crise existentielle : la lisibilité de ses paroles, qui claquent et qui portent, presque comme des slogans parfois. "C'est le jour où ta vie va sûrement changer, C'est le jour où tout va se mettre en place" (This is the day) ou "Comment est-ce que quelqu'un pourrait me connaître quand je ne me connais pas moi-même" (Giant).
Pour Uncertain smile, on est plutôt dans le registre de la chanson d'amour humide. Je trouve le deuxième couplet très réussi :
"A howling wind blows the litter as the rain flows
And streetlamps pour orange colored shapes through your windows
A broken soul stares from a pair of watering eyes
Uncertain emotions force an uncertain smile"
Je n'ai pas cherché du tout à acheter ce single en petit 45 tours. En effet, c'est rare (il y a le Close to me de The Cure par exemple), mais la version maxi d'Uncertain smile, tout comme celle de Perfect qui suivra juste après, est très longue (10 minutes) mais très réussie et indispensable. Matt Johnson joue de tous les instruments, sauf la flûte et le saxophone, qui sont assurés par le musicien de session Crispin Cioe.
L'enregistrement du disque s'est fait à New York avec à la production Mike Thorne, qui avait déjà travaillé avec Wire et aussi avec Soft Cell / Some Bizarre pour la reprise de Tainted love.
Stevo, le fondateur de Some Bizarre et manager de The The, avait fait payer cette session par London Records, avec la promesse de la signature d'un contrat à venir. Au retour, il a préféré négocier avec d'autres labels. The The a finalement signé chez Epic, qui a sorti ses disques en Angleterre dès le single suivant. Pour les États-Unis, peut-être qu'un deal initial a été respecté, mais en tout cas c'est le seul disque de The The qui a été sorti par Sire. Epic n'est entré dans la danse que pour le disque suivant, Perfect, également produit par Mike Thorne. Il devait enchaîner sur l'album, mais a renoncé suite à ces bisbilles avec London.
Les deux titres en face B du maxi font partie du projet The pornography of despair de Matt Johnson. Un album initialement prévu pour sortir entre Burning blue soul et Soul mining. Il s'y est attaqué plusieurs fois mais n'a jamais vraiment bouclé ce projet. Par contre, plusieurs chansons ont été essaimées au fil du temps sur des faces B de single, et aussi (encore et toujours) dans les bonus de la cassette de Soul mining. Comme pour Smile ou d'autres albums perdus, certains ont tenté d'en proposer une possible version, mais rien ne dit qu'une version complètement enregistrée existe et seul Matt Johnson doit savoir ce qu'elle pourrait bien contenir. 
Three orange kisses from Kazan semble bien nous emmener dans la capitale du Tatarstan en Russie, en tout cas, le tout début sonne assez oriental. L'instrumentation est très dense, la voix trafiquée. Le tout sonne comme de l'enregistrement maison, mais c'est quand même très intéressant. J'aime un peu moins Waitin' for the upturn, mais c'est quand même aussi une face B d'une très bonne tenue.
Une biographie de Matt Johnson a été publiée en 2018. En 2019, The The a même tourné pour fêter les 40 ans depuis sa formation. Pour l'heure, aucun autre projet n'est annoncé sur le site du groupe.


Matt Johnson chante sur la bande musicale de la version single d'Uncertain smile, dans l'émission Oxford Road Show, en 1983.


The The en duo mime sur la version album d'Uncertain smile, celle avec Jools Holland au piano, dans l'émission TopPop, le 10 octobre 1983.

02 février 2020

THE EAGLES LUPOPO : Nyama kilo moja 4.00


Acquis sur le vide-grenier de Magenta le 13 octobre 2019
Réf : 2C 006-81.152 M -- Édité par Pathé Marconi en France en 1972
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Nyama kilo moja 4.00 -/- Common man ?

Décidément, la brocante de Magenta a vraiment perdu une grande partie de son charme depuis qu'elle se tient au stade plutôt qu'au centre-ville. Il doit aussi y avoir moins de stands, et cette année j'ai bien cru que j'allais en repartir bredouille. Mais à la fin de mon tour j'ai fini par trouver deux 45 tours à 1 € pièce, un disque sympathique mais sans plus du Groupe Creolita, et ce 45 tours de The Eagles Lupopo. Un an plus tôt à un jour près, j'avais acheté à quelques mètres de là un autre 45 tours africain publié par le même label, celui de l'Orchestre Négro-Succès.
Comme souvent, la maison de disques française a tendance à maltraiter ses artistes d'Afrique. Pour la pochette, on ne s'embête pas : à part les titres, c'est strictement la même que celle d'un autre 45 tours sorti quasi en même temps avec la référence catalogue juste avant. Espérons juste que c'est bien une photo du bon groupe, ce qui n'est absolument pas garanti ! Et c'est toujours mieux que le label African avec ses photos interchangeables de bijoux, de coquillages ou de noirs folkloriques.
Plus embêtant, il y a visiblement un problème avec le titre principal : quand j'ai lu "Nyama kilo moja 4.00", je me suis dit "Non, c'est pas possible, ils n'ont pas fait cette connerie !". J'ai alors cherché à le traduire et j'ai appris que, en Swahili, "Nyama kilo moja" signifie "Un kilo de viande". J'ai espéré alors que le "4.00" était le prix d'un kilo de barbaque, mais il faut bien se rendre à l'évidence : la chanson dure pile quatre minutes et, dans toutes les éditions qu'on trouve, elle s'intitule simplement Nyama kilo moja, parfois suivie de sa durée, orthographiée 4.00. Un imbécile chez Pathé n'a juste pas été capable de faire la différence entre le titre de sa chanson et sa durée !
Je ne connaissais pas du tout The Eagles Lupopo. C'est un groupe formé au début des années 1970 par Gabriel Omolo, Nashil Pichen, Peter Tsotsi et Daudi Kabaka, quatre membres de The Equator Sound Band, groupe important des années 1960, associé au studio Equator Sound de Nairobi au Kenya et au label Equator.
Le nom du nouvel ochestre a souvent varié : on les retrouve aussi en tant que The African Eagles, The T.B. Eagles ou The Eagles Band.
Daudi Kabaka en particulier a un parcours intéressant. Dans les années 1960, il a popularisé le "twist africain", dérivé du Benga (regardez pour vous faire une idée ces excellents Tanganyka twist et Mlofa mmoja). Fait rare, un de ses titres de 1966, Helule helule, a été repris en 1968 par le groupe anglais The Tremeloes, qui en a fait un de ses succès en le sortant en 45 tours.
La face B n'étant pas la même, je ne suis pas sûr que la publication originale de ce 45 tours en Afrique est celle créditée à Daudi Kakaba & The Eagles sur leur propre label, African Eagles Recording Limited. En tout cas, cette face A a été incluse en ouverture de la compilation Golden Eagles, créditée à African Eagles. L'album était distribué par EMI, c'est sans doute par là que la connexion s'est faite pour une édition française chez Pathé.
Je ne suis pas sûr que Nyama kilo moja s'inscrit dans le style Twist de Daudi Kabaka, mais en tout cas c'est une excellente chanson sur un tempo moyen. J'ai l'impression qu'il y a très peu ou pas de percussions. L'accompagnement principal, avec guitare rythmique, basse et orgue est mixé assez en arrière. Ce sont donc les voix et la guitare électrique qui se retrouvent au premier plan, et l'ensemble est superbe, avec notamment un jeu de guitare très particulier.
En 1976, Daudi Kabaka & the T.B. Eagles ont enregistré un album intitulé Helule helule (édité en France par Playa Sound en tant que Volume 3 de leur collection Kenyafrica !). On y trouve une autre version de Nyama kilo moja, avec des percussions qu'on entend clairement cette fois, et aussi des cuivres, absents de la première version. Le jeu de guitare de Daudi Kabaka reste parfaitement identifiable.
Dans une veine très similaire, la face B Common man ? est également très bien.
Comme souvent avec mes 45 tours africains, j'ai bien l'impression que les deux faces de mon 45 tours n'ont jamais été rééditées en CD.
En tout cas, je veux bien trouver un 45 tours de ce calibre tous les ans à Magenta !

A écouter : The Eagles Lupopo : Nyama kilo moja 4.00.

25 janvier 2020

DAVID OLNEY : Omar's blues


Acquis par correspondance chez Glitterhouse ou chez Parallèles à Paris dans les années 2000
Réf : DEAR 0016 -- Édité par Dead Reckoning aux Etats-Unis en 2000
Support : CD 12 cm
14 titres

J'évite de manière générale de chroniquer des disques en fonction de l'actualité nécrologique, mais les circonstances particulières de la mort de David Olney m'ont suffisamment marqué pour que j'aille rechercher le seul disque que j'ai de lui.
En effet, comme me l'a appris le NME (une information également relayée par Les Inrocks), David Olney est mort le 18 janvier en plein concert alors qu'il partageait la scène du 30A Songwriters Festival en Floride avec Amy Rigby et Scott Miller. Pendant la troisième chanson qu'il interprétait ce soir-là, une reprise de Bluebonnet girl de Jack Murray, il s'est interrompu, s'est excusé, a fermé les yeux, baissé la tête et c'était fini.
Plus encore que les circonstances particulières de sa mort, c'est la diffusion de sa prestation plus tôt le jour même, en direct dans l'émission Acoustic Interlude d'une radio locale qui m'a vraiment marqué. Je suis souvent saisi d'une sorte de vertige quand je vois dans un documentaire une personne très âgée mais en pleine possession de ses moyens, dont on sait qu'elle est décédée peu de temps après.
Là, on est avec lui pendant une demi-heure et il nous raconte quelques anecdotes, comme le fait qu'il s'est fait pousser la barbe après un séjour au Canada mais n'avait pas pensé que ça lui vaudrait d'être confondu avec le Père Noël par des enfants au moment des fêtes !
Après coup, certaines paroles prennent un sens particulier. Ainsi, il commence justement avec Bluebonnet girl, dont le premier vers est "Je n'ai pas besoin d'un autre paradis, j'en ai trouvé un dans ce monde". Plus tard, il explique que sa prochaine étape sera la semaine suivante à La Nouvelle Orléans pour Folk Alliance, et il dit que, y participer, c'est un truc à ne pas en revenir vivant (à cause de la nourriture et du bon temps). Et il termine avec sa chanson Running from love, dont le refrain est "You stand alone, they call you strong, all this strength is killing me. This strength is going to take me to my grave".


David Olney en direct pendant le 30A Songwriters Festival dans l'émission Acoustic Interlude de WUWF le 18 janvier 2020.

C'est par le catalogue mensuel de Glitterhouse que j'ai entendu parler pour la première fois de David Olney. Ils disaient beaucoup de bien de son album Omar's blues, sorti en 2000, soit à peu près au milieu de sa carrière discographique très prolifique qui compte une bonne vingtaine d'albums à partir de 1986.
Je ne sais plus par contre si j'ai commandé l'album à l'époque chez Glitterhouse ou, peut-être plus probablement, si je l'ai trouvé quelques années plus tard chez Parallèles.
Il y a visiblement un concept qui unifie cet album, même si je ne suis pas en mesure de le décrypter complètement. Le disque est découpé en trois parties, Omar in love, Reverend Omar et Omar in Hollywood, et chaque partie s'ouvre par une chanson différente intitulée Omar's blues.
Le tout a sûrement à voir avec l’œuvre ou la vie d'Omar Khayyam, dont un quatrain tiré de ses Rubaiyat est reproduit en ouverture du livret, mais je n'ai pas l'impression que toutes les chansons de l'album sont liées à ce thème, comme par exemple Paris incident qui, avec pas mal de clichés (valse, accordéon), met en scène un voleur, Jean Paul Levesque, et un inspecteur nommé Legarde.
J'aime beaucoup Omar's blues #1, une chanson enlevée, visiblement décalquée de Words of love de Buddy Holly. J'aime moins la numéro 2 mais j'aime bien la 3, acoustique et légère, un peu à la Sultans of swing de Dire Straits.
Les arrangements sont variés : la belle ballade If it wasn't for the wind est enchaînée avec Delta blue, qui débute très country, mais qui prend des couleurs très Nouvelle Orléans ensuite avec ses cuivres. Par contre, Absalom, avec son violon et son drone, nous emmène plutôt du côté de l'Irlande et Lazlo bénéficie d'un arrangement pour un quatuor à cordes.
Parmi les chansons qu'on peut écouter en ligne qui, en-dehors de If it wasn't for the wind ne sont pas obligatoirement mes préférées, il y a le quasi-boogie If I'd have known I couldn't do it et l'également électrique Basthsheba blues, mais aussi le plus traditionnellement country Solid gone et My wild youth et son saxophone.

Un bon paquet d'albums de David Olney est actuellement disponible chez Glitterhouse.

18 janvier 2020

'NAUTS LANDING VOLUME 1


Acquis par correspondance via Discogs en octobre 2019
Réf : [PS 012996] -- Édité par Pop Secret / No Depression aux États-Unis en 1996
Support : 33 tours 17 cm
Titres : BETWEEN FRIENDS : Flight of the rhea -- MEAN SPIRIT'D ROBOTS : The ballad of Shaky le bot -/- THE FEELINGS : Total knock out -- LES FLEURS DE LIS : Quel dommage !

Cet automne, quand je cherchais à me procurer Why are people grudgeful ? de The Fall pour le chroniquer ici, j'en ai trouvé un exemplaire à prix correct sur Discogs vendu par un français. Et l'application m'a signalé que ce vendeur avait aussi en stock un disque que je recherchais, cette compilation du label indépendant de Portland Pop Secret. Effectivement, j'avais noté quelques semaines plus tôt que ce disque m'intéressait, tout simplement parce que je m'étais aperçu qu'il contenait une chanson des Feelings que je ne connaissais pas et que, en-dehors de ce titre et d'un autre en version live sur la compilation Yoyo a go go, j'avais l'intégralité de la trop courte discographie de cet obscur mais excellent groupe américain de la deuxième moitié des années 1990.
Pour faire bonne mesure, j'ai ajouté à ma commande le Bombscare EP, une collaboration entre Low et Spring Heel Jack.
Initialement, j'ai été déçu à la réception de ce disque. En effet, je savais que je ne connaissais pas de chanson des Feelings intitulée Total knock out, mais à l'écoute, j'ai quand même reconnu tout de suite la chanson. Eh oui, c'est tout simplement parce que je n'avais pas fait le lien entre Total knock out et TKO, l'une des grandes chansons du premier album des Feelings, Especially for you, chroniqué ici il y a déjà treize ans. Sur ce petit disque qui s'écoute en 33 tours, le son est moins bien mixé et/ou masterisé, mais c'est bien la même version de la chanson qui, comme d'autres sur l'album, a par moments des accents à la Television Personalities.
On trouve toujours les deux albums des Feelings (le deuxième est Dearling darling) en vente d'occasion pour presque rien. je ne peux que vous conseiller de vous les procurer si vous ne les avez pas. Un troisième disque est sorti après la séparation du groupe, qui associe des inédits (Jammers) et des remixes par un certain Zac Love. C'est ce même Zac Love, enregistrant en temps que Between Friends, qui produit à mon avis le titre le moins intéressant des quatre de ce disque : Flight of the rhea est un instrumental associant boite à rythmes, sons électroniques et électriques. Rien de mauvais, mais rien de renversant.
J'aime beaucoup mieux The ballad of Shaky le bot par les Robots au Mauvais Esprit (Mean Spirit'd Robots). C'est une courte ballade lo-fi à la guitare acoustique, qui rappelle un peu dans l'esprit le Beck de One foot in the grave.
L'excellente surprise de ce disque c'est Quel dommage ! par Les Fleurs de Lis, un projet qu'il ne faut pas confondre avec le groupe anglais des années 1960 Les Fleur de Lys. Il semble que Quel dommage ! soit le seul morceau jamais publié par ces Fleurs de Lis-là. Seul le titre est en français, malheureusement, mais il y a la traduction "It's a shame" dans les paroles. Je ne sais pas si c'est moi, mais dès les premières notes, et aussi dans le chant, j'entends tous les tics des grandes chansons de Monochrome Set, époque Cast a long shadow par exemple. Ça sonne de façon tellement évidente à mes oreilles que ça ne peut être à mon sens qu'un hommage/pastiche volontaire, mais comme je n'ai aucune information sur ce projet, c'est difficile à confirmer.
Au final, même si ça ne m'a pas donné l'occasion de découvrir une nouvelle chanson des Feelings, je ne regrette pas mon achat.

A écouter :
Mean Spirit'd Robots : The ballad of Shaky le bot
Les Fleurs de Lis : Quel dommage !

12 janvier 2020

KOKOKO! : Liboso


Acquis par correspondance chez Rough Trade en décembre 2019
Réf : TRANS403CD -- Édité par Transgressive en Angleterre en 2018
Support : CD 12 cm
5 titres

Ça n'arrive pas si souvent mais cet été, à la lecture dans Mojo d'une chronique de Fongola, le premier album de Kokoko!, je me suis dit que ce groupe devait être fait pour moi et j'ai cherché à en savoir plus et j'ai écouté des extraits en ligne.
J'en étais resté là dans un premier temps jusqu'à ce que, quelques mois plus tard, Philippe R. me signale, comme il le fait très régulièrement, une performance intéressante chez Tiny Desk de NPR. Cette fois, il s'agissait de Kokoko! et ça m'a permis de découvrir que, avec ses salopettes jaunes, le groupe s'est fait un look qui rappelle les combinaisons de Devo en 1978, et aussi qu'une bonne partie de leurs instruments est bricolée et faite maison, en partie avec des matériaux de récupération, dont des casseroles-sseroles-sseroles et des bidons-dons-dons.
Ce coup-ci, j'étais décidé et j'ai commandé chez Rough Trade, à un prix tout à fait correct, Fongola dans une édition spéciale avec en bonus un CD de remixes (qui sont sans intérêt, comme souvent), et aussi cet EP Liboso, sorti fin 2018 en éclaireur de l'album.
Musicalement, au-delà de la consonance du nom de groupe et sans savoir que les deux orchestres sont originaires de la même ville, Kinshasa, j'ai parfois pensé à Konono n°1 en écoutant Kokoko!.
On trouve ici deux titres de l'album, deux "singles" qui ont été diffusés avant l'album, pour lesquels une vidéo a été réalisée.
Azo toke est mon préféré. On y retrouve l'alliance entre les rythmes congolais, les sons de leurs instruments à cordes bricolés et ceux électroniques et proto-techno/house générés par leur producteur et clavier, le français Débruit.
Pendant un temps, en écoutant le refrain ("- Kokoko! - Oui, Oui. - Koko - Qui est là ?"), j'ai cru que le mot "toke", prononcé "toqué", avait le même sens qu'en français. Je ne sais toujours pas ce que signifie "Azo toke", mais je n'étais pas loin car c'est le nom du groupe qui signifie Toc Toc Toc !
Pour L.O.V.E., le groupe a invité la chanteuse Nyangombe. Je n'y aurais jamais pensé mais, après avoir vu la vidéo, je veux bien croire que le son grave qui rythme la chanson a été fait en posant son pouce sur un jack pour faire masse !
Il reste trois titres exclusifs à ce disque. Blvd Lumumba est un instrumental qui nous fait voyager sur l'axe qui mène de l'aéroport vers le centre ville de Kinshasa. Affaire a mbongo (Problèmes d'argent) est un titre dansant, que le label compare, de façon assez appropriée, au funk no wave d'ESG. Quant à Longola ye kupe,
c'est aussi un excellent titre, mieux qu'une simple face B, une chanson qui aurait toute sa place sur l'album.
Kokoko! a joué pas mal de fois en France l'an dernier, malheureusement pas près de chez moi. J'espère que l'occasion se présentera bientôt pour moi de les voir en concert, car leurs prestations scéniques ont l'air impressionnantes, comme par exemple celle à Londres ci-dessous en juillet dernier.






Kokoko! en public pour une session Boiler Room à Londres le 23 juillet 2019.

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