13 octobre 2018

THE WALLFLOWERS : Blushing girl nervous smile


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans la deuxième moitié des années 1980
Réf : MANT 83/7 -- Édité par Mantre en Angleterre en 1986
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Blushing girl nervous smile -/- Blushing girl -- Caution to the wind -- A great big river

Cela fait quelques mois que je vois passer des informations à propos de rééditions en vinyl par le label  Optic Nerve. Il faut dire que, dans leur catalogue centré sur les années 1980 et 1990, on trouve Apple Boutique de l'ami Phil King et un autre de ses anciens groupes, The Servants, et aussi Girls At Our Best, Red Sleeping Beauty de McCarthy, Pulp, The Monochrome Set...
Les 45 tours sortent au rythme d'un par mois, on peut s'y abonner façon club et j'ai bien l'impression que, avec les abonnements et les précommandes, l'intégralité du pressage de certains titres est parfois épuisé avant même la date de sortie.
Il y a quelques semaines, j'ai été surpris d'apprendre qu'une de leurs prochaines sorties serait ce maxi de The Wallflowers (un groupe anglais, pas celui créé plus tard du fils de Dylan).
Pour le coup, c'est un disque vraiment obscur, mais je le connais bien car j'en ai acheté un exemplaire dans la cave du Record and Tape Exchange à Londres quelques temps après sa sortie en 1986. C'est un disque qui a dû être très peu acheté chez les disquaires. Mon exemplaire avait été envoyé par une boite de promotion (qui a apposé son étiquette au verso de la pochette) à un professionnel quelconque, qui s'en est vite débarrassé. Chez Record and Tape Exchange, ils en demandaient initialement 1,40 £ mais, comme ils n'ont pas trouvé preneur, le prix a baissé en cinq étapes jusque 10 pence. A ce moment là, le disque était à la cave, dernière étape avant la poubelle. C'est là que je suis passé lors d'un de mes séjours à Londres et que je l'ai sauvé, sans connaître le groupe mais en me disant qu'à ce prix-là je pouvais tenter le coup sans grand risque.
Et il se trouve que j'ai toujours bien aimé Blushing girl nervous smile, la face A du disque, au point de l'avoir programmé dans l'une de mes émissions sur Radio Primitive. Guitare "jangle", gros son de basse, chant un peu enrhumé, refrain accrocheur, tout autant que les parties de guitare qui suivent. Tout à fait de son temps, mais tout fait méritoire également. Il y a plein de chansons moins bonnes qui ont fait des tubes à l'époque, et c'est justement ce que pensait Michael Hann du Guardian qui, dans un article de 2012, expliquait que ce groupe de sa ville de Slough fait partie de ceux dont on est persuadé qu'il va réussir mais qui n'y parvient finalement pas.
Et pourtant, The Wallflowers ont eu de bonnes opportunités, comme l'indique leur biographie. C'est Peter d Brickley qui a fondé ce groupe après avoir joué avec The Telephone Boxes, qui avaient fait la première partie des Smiths lors de leur toute première tournée. Blushing girl nervous smile, leur premier single, est sorti sur un label indépendant, mais Brickley avait signé un contrat d'édition avec Warner Chappell. En 1987, le deuxième single, Thank you, a été produit par rien moins qu'Andy Partridge d'XTC et il y a eu un troisième single, 83.7 °. Un album, Love peace and pugwash, a été enregistré à cette époque, mais il est resté dans les tiroirs jusqu'à ce que le groupe le diffuse en 2012.
On trouve trois titres sur la face B, et ça commence par Blushing girl, une version différente du titre de la face A, sans le sourire nerveux, qui se trouve là peut-être parce Peter Brickley a apparemment toujours trouvé l'autre trop produite. Mais je ne vois pas trop l'intérêt car les différences entre les deux ne sont pas flagrantes. En tout cas, cette version va rester "collector" car elle n'est pas reprise sur la réédition.
Vient ensuite Caution to the wind, un autre titre dans la veine indie-pop, moins remarquable mais plutôt correct. Par contre, je ne sais pas si c'est moi mais j'ai bien l'impression qu'il y a un gros problème de chant sur le dernier titre, A great big river, surtout au début, au point que ça sonne comme une démo mal dégrossie et que c'est pénible à écouter.
The Wallflowers, un groupe parfaitement obscur, donc, c'est pourquoi j'ai été surpris de constater après l'annonce de la réédition que, chez Discogs l'édition originale de ce single se négocie autour de 60 €. Tous mes disques ne voient pas leur valeur multipliée par 500 en 30 ans, sinon je serais peut-être riche, si l'envie me prenait de les vendre...

La réédition en 45 tours limitée à 350 exemplaires de trois titres de ce maxi est annoncée par Optic Nerve pour le 29 mars 2019. Les commandes sont ouvertes.

07 octobre 2018

FOLKLORE TAÏTIEN


Offert par Philippe R. à Nantes le 14 août 2018
Réf : MA 101 à MA 106 -- Édité par Mareva en France en 1949
Support : 6 x 78 tours 25 cm
15 titres

Il y a quelques années, Philippe était sur une broc à Nantes, où quelqu'un venait de déballer des caisses de disques visiblement très intéressantes puisque tous les habituels requins locaux s'affairaient fiévreusement autour.
Philippe les a laissés se battre pour tout ce qui ressemblait de près ou de loin à du rock années 1960 susceptible de se revendre avant de s'approcher de la caisse enfin libre, par acquît de conscience, en pensant n'y trouver que de la drouille. Et il en a tiré cette pépite, superbement ignorée par les pros du disque.
Il s'agit d'un album, au sens propre du terme, c'est à dire une reliure qui contient six 78 tours enregistrés à la toute fin des années 1940 à Tahiti et plus largement en Océanie française.
Comme Philippe n'a pas chez lui de quoi écouter ces disques, et comme il savait que j'aime beaucoup cette musique, il m'a fait cadeau cet été de ce superbe objet, un trésor patenté puisque l'exemplaire conservé à la bibliothèque de l'Université de la Polynésie française vaut à cet album d'être recensé parmi les Trésors des bibliothèques de l'enseignement supérieur.
Nous devons Folklore taïtien (orthographié Folklore tahitien sur la tranche) à Adolphe Sylvain et Marc Darnois, qui ont collecté ces enregistrements sur les différentes îles de l'Océanie et les ont publiés sur leur label Disques Mareva, une maison qui n'a pas dû exister longtemps mais qui a dû ouvrir la voix pour le Tiare Tahiti du fameux Gaston Guilbert.
Je ne connaissais pas Marc Darnois, mais Sylvain, si. Il est surtout réputé pour ses photographies, qu'on a retrouvé sur des posters dans toutes les années 1970, mais aussi et surtout sur un bon paquet de pochettes de disques. Dans un reportage de Dominique Charnay publié initialement en 1981 dans la revue Le photographe, on découvre le détail de son parcours, qui commence avec la guerre, comme conducteur de char de la 2e D.B., avec déjà son Rolleiflex sur la poitrine. Pour la 2e D.B., la guerre ne s'est pas arrêtée avec l'Armistice de mai 1945. Elle s'est poursuivie en Indochine jusqu'à sa dissolution le 31 mars 1946.
C'est à son retour sur l'aviso Lagrandière que Sylvain a fait étape à Tahiti, en octobre 1946. Il y est resté 35 ans, après un double coup de foudre, pour le pays et pour la femme qu'il épousera.
L'album est introduit par quelques lignes signées du Docteur P. Cassiau. Je n'ai trouvé aucune information biographique sur lui, mais il est assez important à Tahiti pour que son nom ait été donné à une rue de Papeete.
Voici des extraits de son introduction : "Ces disques ne sont pas "commerciaux" mais ils ont le grand mérite d'être "vrais". Sylvain et Darnois n'ont pas adopté la solution facile qui consiste à grouper des éléments de passage et les enregistrer en "arrangeant" les airs. Ces deux artistes sont allés avec leur micro dans chaque île de notre Océanie Française pour "recueillir" dans une ambiance vraie, dans leur cadre familier, au milieu de fêtes traditionnelles les meilleures, les plus diverses musiques. (...) C'est un album à acheter et à conserver soigneusement dans sa discothèque. Plus tard, c'est avec mélancolie que nous ferons chanter ces cires en pensant au temps où  Tahiti était encore Tahiti."
Plus tard, c'est par exemple maintenant, et ce sont bien ces cires originales qu'il faut faire chanter (ou en écouter leur copie MP3) car je crois que ces enregistrements n'ont jamais été réédités depuis. Il s'agit effectivement de collecte, pas d'enregistrements "commerciaux", mais ces titres, pour une bonne partie, auraient pu sortir tels quels chez Gaston Guilbert ou Yves Roché.
Des titres, il y en 15 sur 12 faces, avec un procédé technique particulier pour les séparer l'un de l'autre quand il y en a plusieurs par face : entre deux titres, il y a un sillon sans fin, comme celui qui se trouve habituellement en fin de face. Du coup, il faut soulever le bras de lecture pour passer au titre suivant. Je ne crois pas avoir déjà rencontré ça. Ce n'est peut-être pas très pratique pour l'auditeur, mais c'est simple et efficace pour vraiment diviser des faces, et je suis surpris que ce procédé n'ait pas été employé plus souvent.
L'ensemble s'appelle Folklore taïtien, mais il n'y a en fait qu'un seul titre enregistré à Tahiti même, le très bon Tahiti nui. Pour le reste, ce sont dans l'ensemble les chansons de l'archipel des Tuamotu qui me plaisent le plus, notamment Pico pico (la chanson commence à 1'22 sur le MP3), l'une des deux seules pour lesquelles une artiste est créditée, Erena. Il y a aussi Tangi tika, Ana e, Tamure, Te matangi et Te manu, le "chant des amoureux regagnant leurs cases à l'heure où les coqs chantent", qui m'a évoqué le blues à la première écoute.
Pour le reste, il y a notamment deux chants d'adieu Himene tarava différents et mon préféré est celui de Tubuai.
Merci donc à Philippe, qui avec ce trésor m'a permis de faire un beau voyage, dans le temps, dans la musique et dans l'histoire de l'enregistrement sonore.

L'intégralité de l'album Folklore taïtien est disponible en MP3 sur Ana'ite, la bibliothèque numérique scientifique polynésienne.


30 septembre 2018

TALENT LATENT : La nouvelle vague


Acquis chez Noz à Dizy le 8 septembre 2018
Réf : SYLAF 96084 -- Édité par Syllart Production en France en 1999
Support : CD 12 cm
10 titres

Les CD qu'on apercevait dans ce petit carton posé dans un bac chez Noz ne présageaient rien de bon, et rien n'indiquait que le prix des disques était diminué de moitié, de 99 à 50 centimes. Pourtant, j'ai extrait de ce carton deux disques intéressants : Nou le sak nou fe de Manjul et Humble Band (de l'excellent reggae dub de La Réunion !) et celui-ci.
Celui-ci, le plus facile n'est pas de déterminer son titre. Il y en a trois possibles au recto de la pochette, La nouvelle vague, Face B et A l’œuvre on connaît l'artiste. On retrouve les deux premiers sur la tranche et au dos du boîtier, ainsi que sur le CD lui-même. Au dos du livret, il n'y a que La nouvelle vague, et c'est ce titre que j'ai retenu, sachant que Face B (Sylvie Demba) est l'une des chansons de l'album : j'imagine qu'il s'agissait de mettre en avant l'un des succès du groupe.
Quant à A l’œuvre on connaît l'artiste, c'est un titre qu'il ne faut pas négliger puisque que c'est celui que le label a retenu pour diffuser l'album réédité sur les plate-formes de téléchargement. C'est donc avec ce titre qu'on repère le plus facilement cet album en ligne.
Ma première réaction quand j'ai vu la photo de pochette, ça  été de me dire que j'avais affaire à un groupe de hip hop. Mais, même si j'ai pensé au Run DMC de My Adidas ou aux Smurfin' Kids de K-Way, j'aurais dû savoir que les tenues de sport sont adoptées par la jeunesse de toute époque et de tout style partout dans le monde depuis au moins les années 1970.
Et en retournant le boîtier, j'ai vu des mentions de commerces congolais et le logo du label de référence Syllart et j'ai tout de suite su que j'avais affaire à un groupe d'Afrique. C'est certes un disque un peu tardif, mais j'espérais que ce serait un disque de rumba congolaise, et c'est bien dans cette case que Syllart range l'album, et c'est bien ce qu'on entend à l'écoute, dès le premier titre, Généric bawule.
Le son est un peu modernisé, mais le synthé, qu'on entend parfois, reste heureusement très discret. Il y a quand même des influences variées : à un moment dans Maruani, on entend "Oyé les Antilles", et v'là-t-y pas que la chanson part plus ou moins en zouk !
Le disque, intégralement en écoute sur YouTube, est tout au long d'une excellente tenue, mais j'ai une petite préférence pour sa seconde moitié car on y trouve ma chanson préférée, Otwa, la plus courte également, avec de la guitare acoustique (il me semble) et du chant féminin en plus des chanteurs habituels du groupe. Elle est enchaînée avec les excellents Tshaly et Courte joie.
La nouvelle vague est l'unique album publié par Talent Latent. Un deuxième album était en préparation quand plusieurs membres du groupe l'ont quitté pour aller créer quartier Latin Académia à Paris, une formation lancée suite à une scission au sein du groupe Quartier Latin International Koffi Olomidé. C'est justement ce dernier groupe qu'un autre membre de Talent Latent, Fally Ipupa, va rejoindre en 1999. Il y aura beaucoup de succès avant de se lancer en solo en 2006. Il a aussi créé son propre label, Vic'team Entertainement et, sur le double album Libre parcours de 2015, il est réuni sur un titre avec un autre membre de Talent Latent, Atele Kunianga.
Si on me propose de tomber sur des disques à 50 centimes de cette trempe tous les samedis matins en faisant mes courses, je signe tout de suite !

La nouvelle vague est disponible en téléchargement.

23 septembre 2018

CALEXICO : Spark


Acquis probablement par correspondance aux États-Unis vers 1998
Réf : ORE 004 -- Édité par Wabana aux États-Unis en 1996
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Spark -/- The ride

Calexico a annoncé cette semaine la sortie prochaine d'une réédition de son deuxième album The black light, vingt ans après sa sortie originale.
Eh oui, cela fait donc déjà vingt ans qu'est sorti cet excellent disque. Pour d'autres raisons, j'apprécie aussi énormément le premier album Spoke mais il est clair que si, en regardant en arrière, on s'intéressait aux grands albums des années 1990, c'est The black light qui serait choisi par la majorité des fans, ainsi qu'un autre disque auquel Joey Burns et John Convertino ont activement participé, Chore of enchantment de Giant Sand.
Entre le concert d'OP8 le 13 octobre 1997 à L'Usine de Reims (Joey et John avec Lisa Germano, sans Howe Gelb, parti au chevet de son ami Rainer) et la Black Session de Calexico à la Maison de la Radio à Paris le 25 mai 2000, j'ai eu la chance de voir Calexico trois fois en concert : au New Morning à Paris le 13 octobre 1998, pour un seul titre en sandwich entre Vic Chesnutt et Lambchop; le 8 novembre 1998 à La Cigale à Paris pour le festival des Inrockuptibles, à la même affiche que The Nits et Grandaddy; et à nouveau à L'Usine de Reims le 21 avril 1999 pour un excellent concert. Pendant cette période, j'ai aussi acheté exhaustivement tous les disques que je pouvais voir passer avec Calexico dessus : albums, y compris ceux vendus exclusivement en tournée, singles, titres inédits sur des compilations, bande originale du film Committed, le VPRO's Moondive : Musicians on a mission 4,... Ce n'est qu'après avoir été déçu par le troisième album Hot rail en 2000, que je me suis mis à suivre de plus loin leur production discographique.
La réédition de The black light sera un double album. Le premier disque reprendra l'album original. Sur le deuxième disque, on trouvera en intégralité l'excellent mini-album instrumental 98-99 road map, ainsi que les remixes de Miñas de cobre sortis sur le single The ride (Pt. 2), Lacquer et Drape, les deux faces du premier 45 tours du groupe, rééditées en 1998 en face B de Stray, et ce qui semble être un inédit, Bag of death.
Et c'est tout. Et c'est là qu'on peut être un peu déçu. Calexico ayant été vraiment très prolifique à cette époque, c'était peut-être l'occasion ou jamais de sauver de l'oubli les titres live et les inédits éparpillées par-ci par-là, comme The man on the flying trapeze. Et puis, il y a Spark, le deuxième 45 tours sorti par le groupe en 1996, que j'ai choisi de chroniquer aujourd'hui. Il y avait sûrement la place pour l'inclure sur le deuxième disque, mais le groupe n'a pas choisi de l'y mettre. C'est dommage car, même s'il a été enregistré bien avant les sessions de The black light, il est clair qu'il a des liens très forts avec l'album.
Déjà, il y a la pochette. Celle de Draper est à mon sens plutôt ratée, mais celle-ci est la première signée Victor Gastelum, un californien qui a "fabriqué" l'image du groupe pour un grand nombre de ses disques, dont The black light.
Dans un long entretien avec Craig Carry our Fractured Air, Victor Gastelum explique qu'il a connu Joey quand ils travaillaient tous les deux pour SST Records. A l'époque, Joey parlait déjà de monter un groupe et de lui confier toutes les pochettes. Il ne l'a pas fait pour toutes, mais il l'a fait !
Pour l'illustration de Spark, qui a plu suffisamment à Calexico pour qu'ils en tirent à l'époque un autocollant métallisé et pour qu'ils la reprennent en pochette de Road Atlas 1998-2011, le coffret rééditant leurs albums de tournée, Victor explique : "The guy hopping the low rider Cadillac is a good example. It came from a car magazine and it was the main photo in the spread. A friend of mine later told me he recognized it from a calendar that was put out too. I had designed an announcement card for a lecture at the Getty Center and Joey liked the image on there and wanted to use it. I made this one for him instead.".
Ce 45 tours fait partie d'une série Wabana Ore Limited, créée par le distributeur Surefire, où Calexico côtoie notamment Guided By Voices. Je l'ai acheté par correspondance aux États-Unis, en même temps que Lacquer, à une époque où l'arrivée d'Internet facilitait grandement les commandes internationales, avec des frais de port encore relativement réduits et une insouciance coupable qui m'a vu souvent indiquer mes références de carte bancaire dans des méls ou en clair sur des sites non sécurisés (j'ai quand même fini par être piraté une fois, mais j'ai pu bloquer les débits dès que je les ai vus apparaître sur mon compte bancaire consulté par Minitel !).
Sur la publicité pour Wabana Ore Limited glissée dans le 45 tours (qui se présente comme les premiers Creation, avec un sachet plastique et une pochette en papier plié en deux), le disque est présenté comme ça : “two western gems from two southwestern gents. joey and john from giant sand moonlighting in the tucson sun.



J'ai fait toutes les vérifications possibles, et il semble bien que les deux faces de ce 45 tours n'ont jamais été rééditées depuis, et je les ai pas trouvées en écoute en ligne. Je n'aime pas trop faire ça pour un groupe en activité, mais du coup j'ai choisi de numériser les deux titres car je ne me voyais paqs narguer les fans de Calexico qui arriveraient ici en leur présentant ce disque sans qu'ils puissent l'écouter, d'autant que les deux titres sont bons et intéressants.
Sur ce disque, Calexico est un trio, avec Neil Harry à la pedal steel sur la face A (il est aussi sur The black light, et sur des disques de Giant Sand et The Band of Blacky Ranchette).
Spark n'était pas une nouvelle chanson en 1996 puisque cet enregistrement figurait déjà en 1995 sur leur toute première parution, Superstition highway, un album sur cassette que le groupe a notamment vendu en Europe lors des tournées avec Giant Sand. C'est une très belle chanson country lente, le genre de country auquel Elvis Costello s'est intéressé sur Almost blue.
La face B, The ride, est en lien direct avec The black light. Si, à l'écoute de l'album, vous vous êtes demandé s'il y avait quelque part une "Pt. 1" à The ride (Pt. 2), eh bien la voilà, en version instrumentale brute de décoffrage, avec guitare et accordéon, un document précieux au son très proche de ce qu'ils faisaient en 1995 sur Shadow of your smile avec leur autre groupe, Friends of Dean Martinez.

The black light : 20th anniversary edition sort le 23 novembre.

Calexico : Spark.
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Calexico : The ride.
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16 septembre 2018

NADA KENTJANA : Euis


Offert par Philippe R. à Nantes le 14 août 2018
Réf : RBL-101 -- Édité par Bali en Indonésie en 1962
Support : 33 tours 25 cm
8 titres

Philippe a fait un peu de ménage dans ses disques et, dans quelques grands sacs prêts à partir, j'en ai trouvé plusieurs qui m'intéressaient, dont deux 25 cm indonésiens du début des années 1960. Comme la K-pop ou mon 45 tours cambodgien de Chhun-Vanna & Im-Song-Soeum, ces disques tentent de façon intéressante d'associer sons "occidentaux" de pop et de rock et musiques locales.
L'autre disque, très bien également, est de Lies Embarsari & Zaenal Combo (on peut en écouter un extrait ici), mais j'ai choisi de vous présenter ce premier album de l'Orchestre Nada Kentjana. Les deux formations sont originaires de l'Ouest de l'île de Java, une région dont la capitale est Bandung et dont les habitants parlent principalement le sundanais.
Il y des notes de pochette assez détaillées au dos du disque. J'ai pris la peine de les recopier et de les faire traduire en anglais, puis en français. Comme souvent sur les disques de cette époque, c'est plus gentillet qu'informatif, mais voilà ce que ça donne :
"Au début de 1961, dans la ville de Bandung, s'est tenue une fête musicale des plus animées. Le programme de cette soirée était composé de trois orchestres. L’orchestre d’Eddy Karamoy, l’orchestre d'Idris Sardi, venu spécialement de Djakarta, et l’orchestre Nada Kentjana, déjà reconnu et apprécié par la population de Bandung. Outre le jeu de violon d'Idris Sardi, les passages de guitare d'Eddy ont imprégné et animé l’ambiance de l’immeuble Nusantara, rempli de spectateurs, et les jeunes joueurs de la Ville des Fleurs, l'Orchestre Nada Kentjana, qui ont chanté des chansons spécifiquement sundanaises, ont captivé le public et remué de vieux souvenirs.
Les chansons qu'ils chantent sont anciennes, des chansons populaires du Priangan, comme Ungang angge, Tongtolang Nangka, Ajang Gung, Toketjang, Tilil Dog Tjelentong et Leui Leuleujang. L'Orchestre Nada Kentjana les mélangent et les retravaillent pour en donner une version musicale qui correspond au goût du jour.
Les parents et ceux qui viennent de la région du Priangan sont d'abord surpris quand ils entendent la chanson, et ensuite cela leur rappelle des souvenirs d'enfance, et toute la chaleur de la famille et des voisins.
L’une des nouvelles chansons qui a conquis le cœur des jeunes est Euis. Lagunja peut facilement être amusant et réaliste. Pendant 4 à 5 semaines, la chanson Euis a occupé la première place et les fans ont réclamé en masse cette chanson qui a été le choix du public dans l'émission musicale diffusée par le studio RRI de Bandung.
Anna Susanti, Atun et Mamah sont les trois chanteuses qui entourent et animent l'Orchestre Nada Kentjana, avec l'aide du chœur Prianja. Tous, y compris le chef Moch. Jassin, sont en formation. Certains sont inscrits dans l'une des facultés de Bandung, d'autres sont encore au lycée.
Le LP Euis qui est devant vous maintenant est le premier enregistré par l'Orchestre Nada Kentjana. Ses titres sont déjà bien connus de ceux qui écoutaient souvent les émissions de RRI BANDUNG et de Radio AURI à Djakarta.
Bonne écoute."
C'est dans une thèse soutenue en 2014 par Indra Ridwan à l'Université de Pittsburgh que j'ai trouvé le plus d'informations sur Nada Kentjana. Le mémoire s'intitule The art of the arranger in Pop Sunda, Sundanese popular music of West Java, Indonesia.
On y trouve cette définition, "Pop Sunda is modern commercial popular music in the Sundanese language accompanied by primarily Western instruments. The music blends traditional Sundanese and Western musical elements.", et, page 38, un chapitre entier sur Mohammad Jassin, fondateur, chef, arrangeur et guitariste de Nada Kentjana.
On apprend notamment que le groupe a enregistré 52 titres entre 1961 et 1965, dont 60 % de chansons pour enfants ("Their repertoire consisted mainly of Sundanese children’s songs, arranged and performed in a new style following music trends popular at that time.").
Initialement, le groupe s'appelait Golden String, mais, suivant la politique du Président Soekarno instruction de privilégier les références indonésiennes plutôt qu'occidentales dans la culture, le groupe a traduit son nom.
Comme indiqué dans les notes de pochette, le groupe était composé de jeunes en formation. Quand il a eu fini ses études en 1965, Mohammad Jassin a délaissé la musique pour sa carrière d'ingénieur en hydraulique. 
Euis est donc le premier succès du groupe. On en trouve les paroles page 55 de la thèse d'Indra Ridwan. Fort logiquement, il donne son titre à l'album et en fait l'ouverture. Il y a un chœur d'hommes et trois chanteuses qui lui répondent. L'ensemble sonne presque comme ces disques de Tahiti que j'aime beaucoup.
J'aime aussi beaucoup Eteh, ainsi que Utgang angge, avec son intro à la guitare qui sonne très sixties et ses imitations d'aboiements de chien. En fin de face A, j'ai particulièrement apprécié le petit solo de guitare un peu hésitant de Tongtolang nangka.
Sur la face B, le premier titre Ajang gung a une intro lente et sonne un peu afro-cubain à mes oreilles, tandis que le suivant, Toketjang, est bien entraînant.
Ce qui est très bizarre avec les deux derniers titres, c'est qu'on entre presque dans un territoire de country à la Johnny Cash. Pour Tilil dog tjelentong, je pense aux chansons de train de Cash et je trouve le chant féminin intéressant. Ce qui est surprenant avec Leui leuleujang, c'est qu'il y a une intro et base rythmique très country, qui reprend sauf erreur de ma part l'accroche de Raunchy de Bill Justis, mais que c'est associé ensuite avec un chant presque lyrique.
Voilà une preuve de plus qu'on trouve de l'excellente musique dans tous les coins de monde, et c'est intéressant de savoir que ces chansons sont à la base des comptines traditionnelles arrangées au goût du jour. J'en suis à me dire que Philippe a sûrement écouté ses disques un peu trop vite, mais je suis bien content qu'ils aient rejoint mes étagères !

De nombreux titres de Nada Kentjana sont disponibles en téléchargement sur Madtrotter-Treasure-Hunt, le blog d'un hollandais installé en Indonésie depuis 1996.

Nada Kentjana : Utjang angge.
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Nada Kentjana : Tilil dog tjelentong.
.
Nada Kentjana : Leui leuleujang.

07 septembre 2018

CHRIS : Plan de fugue


Acquis sur le vide-grenier de Germaine le 26 août 2018
Réf : 437.212 BE -- Édité par Philips en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Plan de fugue -- Tu ne seras pas mon ami -/- La ballade du fils indigne -- Rêve mythologique

En raison des mesures de sécurité qui deviennent habituelles pour ce type de rassemblement, le vide-grenier de Germaine a été déplacé le long de la voie ferrée depuis l'an dernier, et c'est bien dommage car la balade dans le village et dans le bois de l'ancienne formule avait plus de charme.
Ce disque, trouvé pour 1 € en fin de matinée en bas d'une petite pile posée sur une table, est le seul que j'en ai ramené, mais ça devient aussi une habitude de revenir quasiment sans disque des brocantes.
Cet EP est crédité à Chris, tout simplement, mais, sans savoir qu'il avait un moment raccourci son nom d'artiste, j'ai instantanément pensé qu'il s'agissait de Long Chris, celui de Long Chris et les Dalton, celui qui a écrit de nombreuses paroles de chansons pour Johnny Hallyday. Et je savais aussi que Long Chris avait publié des titres intéressants dans les années 1960, dont certains ont été repris sur compilations comme le volume 1 de Pop à Paris ou le volume 3 de Wizz !.
Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est que les chansons de ce disque, à commencer par Plan de fugue, sonnent autant comme une version française réussie du Bob Dylan de 1965-1966 ! Dans le genre, c'est mieux que le seul exemple que j'avais en tête, le décalque de Like a rolling stone par Antoine sous le titre Qu'est-ce que ça peut faire de vivre sans maison.
Ce n'est que quelques jours plus tard que j'ai redécouvert que j'avais acheté il y a à peine deux ans le 45 tours de Long Chris sorti un peu plus tôt, qui contient justement Elle m'appartient, une traduction de She belongs to me de Dylan. Du coup, j'ai ressorti ce 45 tours et je l'ai réécouté, et j'ai compris pourquoi je m'étais contenté de le ranger après une seule écoute. Sur cette reprise et sur les autres titres de ce 45 tours, enregistré avec Jean Tosan et son Orchestre, c'est encore le Dylan acoustique avec guitare et harmonica qui sert de modèle, et pour moi la sauce ne prend pas. Alors que là, accompagné par Paul Piot et son Orchestre, ce qui dit comme ça n'est pas très excitant, on est dans un son inpiré du Dylan ayant allumé l'électricité, et c'est bien mieux ainsi.
En cette année 1966, la maison de disques Philips avait dû décider de donner une nouvelle identité à Christian Blondieau alias Long Chris. En effet, avant de raccourcir le Long, ils ont sorti un 45 tours avec deux des titres de cet EP crédité à Un Beatnik Chante. J'imagine que l'idée était de créer un peu de mystère dans la presse autour de l'artiste en question. En tout cas, j'aurais bien aimé aussi trouver ce disque...



Dans des entretiens pour Sur la Route 66 en 2011 et pour Radio Triage Vidéo en 2016, Long Chris revient notamment sur l'impact de Bob Dylan ("La mode était quand même à la protest-song. On avait subi l'influence des folksingers, de Bob Dylan..."). Il mentionne également Prévert et le surréalisme et explique que c'est son directeur artistique Claude Dejacques qui l'avait mis sur la piste de Mallarmé et du Manifeste du surréalisme ("Ca collait avec l'époque Dylan, et j'essayais de traduire Dylan, moi, avec le peu d'anglais que je connaissais, et il était en plein dans la fantastique, Dylan. Et je présente ça à Johnny..."). Et la réaction de Johnny a été "Faut que tu écrives une chanson pour notre génération, pour les jeunes, de nous aux jeunes". Cette chanson, ce fut La génération perdue, écrite en une nuit, sur commande de Johnny, avec un texte sur la relation avec le père qui est dans la droite ligne de La ballade du fils indigne, qu'on trouve ici. Sur son 45 tours suivant, Long Chris a enregistré avec The Blackburds sa propre version de La génération perdue, que je préfère à celle de Johnny car elle a aussi de forts accents dylaniens. Cet enregistrement est aussi l'occasion pour Long Chris de dire ce qu'il pensait des changements de nom imposés par son label, en glissant à la fin "Tu pourras faire briller le nom que l'on t'a imposé", alors même que la pochette de cet EP rétablissait le "Long" et que les notes de pochette signées Lee Hallyday soulignaient le problème.
Mais revenons au disque qui nous occupe. Le titre que j'aime le moins, c'est le dernier, Rêve mythologique, plus acoustique, très proche du coup des titres du 45 tours précédent auquel je n'avais déjà pas accroché. C'est aussi le seul des quatre titres de ce 45 tours qui n'a pas été repris sur l'album Chansons bizarres pour gens étranges, paru lui aussi en 1966. Au dos de la pochette de l'album, Long Chris donne un petit commentaire pour chacune des chansons. Pour Plan de fugue, il explique : "J'ai vécu chez une fille avec son père, sa mère, ses frères et ses sœurs, la grand-mère, le grand-père, le chat, le chien. Vie infernale. J'ai établi un plan de fugue". Cette chanson est la seule du disque où Long Chris se lance dans des images surréalistico-fantastiques à la Dylan. Mon autre chanson préférée est Tu ne seras pas mon ami ("En face de chez moi habitait un garçon qui ne m'a jamais dit bonjour. Plus tard, il verra ma photo dans le journal et fera tout son possible pour être mon ami, mais il ne le sera jamais."). La source d'inspiraiton étant strictement la même, c'est pas dur, j'ai presque l'impression d'entendre Lawrence chanter en français sur un inédit des sessions de The pictorial Jackson review ! J'aime aussi beaucoup La ballade du fils indigne : "Dans beaucoup de familles, le père en veut à son fils quand il est réformé. Étroitesse de l'esprit paternel : "Je l'ai fait moi ! Pourquoi pas lui ?"."
En 2016, Rock Paradise a réédité Chansons bizarres pour gens étranges en CD, avec en plus les titres manquant des 45 tours de l'époque. Et depuis, en collaboration avec Grégoire Garrigues, Long Chris vient de sortir chez Milano en 2017 et 2018 les volumes 2 et 3 de ces Chansons bizarres pour gens étranges.

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