02 août 2020

ROSS McMANUS AND THE JOE LOSS BLUE BEATS : Patsy girl


Acquis chez Le Kirppi à Saint Memmie le 15 juillet 2020
Réf : E 23 165 -- Édité par Electrola en Allemagne en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Patsy girl -/- I'm the greatest

Avec l'annulation de quasiment tous les vide-grenier cette année, je fréquente encore plus assidûment que d'habitude les Emmaüs, ressourceries et autre dépôt-vente dans l'espoir d'alimenter quand même ma discothèque en disques d'occasion. J'ai même visité un de ces magasins qu'on a vu apparaître depuis quelque temps, qui se présentent comme un vide-grenier permanent où l'on peut louer un stand pour une ou plusieurs semaines pour y vendre son débarras.
Je ne m'attendais pas à y faire de bonnes affaires, mais sur l'un des stands il y avait une vingtaine de 45 tours à 50 centimes, tous en pressage allemand, et j'en ai chois trois : Monday Monday des Mama's and Papa's, l'excellent grand classique Sloop John B des Beach Boys et ce disque d'un certain Ross McManus.
Tous ceux qui s'intéressent de près à la production pléthorique de Declan Patrick Aloysius MacManus savent que Ross est le père d'Elvis Costello. Dans un premier temps, en pleine période punk, Elvis et son label Stiff s'étaient bien gardé de divulguer que son père était musicien et chanteur de variétés, mais, dès 1977, le journal News of the World puis le NME avaient sorti l'information, y compris le fait que Ross avait publié en Australie en 1970 une version de The long and winding road des Beatles sous le pseudonyme de Day Costello (Costello étant le nom de naissance de la mère de Ross).
Au-delà de la ressemblance filiale, Elvis a eu l'occasion d'expliquer qu'il a en partie façonné son apparence sur celle de son père.
En plus de dizaines d'articles, j'ai lu les livres Complicated shadows de Graeme Thomson et Unfaithful music & disappearing ink d'Elvis Costello lui-même. J'en avais retenu que Ross avait eu beaucoup de succès en tant que chanteur de l'Orchestre de Joe Loss, un grand ensemble de variétés qui reprenait les tubes du moment. Un orchestre fondé dans les années 1930 (premier disque publié en 1936 !), suffisamment réputé pour que Ross ait eu l'occasion de se produire à la télévision. J'ai surtout apprécié l'anecdote de son père qui travaillait à la maison avec les disques et les partitions des succès du hit-parade pour les apprendre, et qui refilait ensuite des disques à son fils.
Ce que je n'avais pas compris du tout, c'est que Ross McManus avait sorti des disques sous son propre nom, notamment trois 45 tours dans les années 1960, quand il travaillait avec Joe Loss. Trois seulement sous son nom car Joe Loss estimait que la "marque" Ross McManus lui appartenait contractuellement et il ne voulait pas que son chanteur lui fasse concurrence en enregistrant un peu partout.
D'ailleurs, sur son premier 45 tours, ce Patsy Girl paru à l'origine en Angleterre en 1964 dont le titre évoquera aux fans d'Elvis la Party girl d'Armed forces, le lien avec Joe Loss est conservé dans le nom de la formation qui accompagne Ross, les Joe Loss Blue Beats.
J'imagine que Patsy girl n'a eu aucun succès en Angleterre. Par contre, par je ne sais quel improbable enchaînement d'événements, c'est devenu en 1966 un succès dans les boîtes en Allemagne, un "grosse Diskothek-Favorit" comme l'annonce la pochette.
Il faut noter que, non seulement le disque est sorti sous son nom, mais en plus Ross signe la face A et co-signe la face B. Même avec l'expression "Blue beat" dans le nom du groupe, je n'espérais pas un disque inspiré par la Jamaïque. Et pourtant, il s'avère que Patsy girl est dans un style très caribéen, que les Piranhas n'auraient pas renié, tandis que I'm the greatest est carrément du simili-ska !
L'impact de Patsy girl a été suffisamment fort en Allemagne pour que la chanson y soit reprise deux fois, par Udo Arndt und die Safebreakers en 1966 et par The Nighthawks en 1980.
Ross Mc Manus est mort en 2011 à 84 ans.


A la télévision anglaise en 1983, on montre à Elvis Costello quelques secondes de Ross McManus interprétant Patsy girl.


Un court extrait de Ross McManus interprétant If I had a hammer à la télévision, avec l'Orchestre de Joe Loss.


L'impact de Patsy girl a aussi été suffisamment fort pour que Ross McManus soit désigné comme "Mr. Patsy Girl" sur la pochette du 45 tours suivant. Pour la photo, l'air de famille avec son fils est frappant !

20 juillet 2020

GRAND MAQUIS : AFRICAN MUSIC EXTRAORDINAIRE


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 19 juin 2020
Réf : SP70 / SZ 1566-2 -- Édité par Section Zouk / Sushiraw en France en 2005
Support : CD 12 cm
14 titres

Chez Emmaüs à Tours, ils ont complètement renouvelé leur stock de CD pendant le confinement. Il y en a beaucoup moins qu'avant désormais, mais ils en rajoutent assez régulièrement.
J'ai eu un coup au cœur quand je suis tombé sur ce Grand maquis avec son sous-titre "African music extraordinaire", parce que j'ai cru qu'il s'agissait d'une compilation de l'Orchestre Les Grands Maquisards, dont j'avais vu passer le nom quelques jours plus tôt.
Il m'a suffi de retourner le disque pour me rendre compte que ce n'était pas de la musique des années 1970, mais ma déception est vite passée car après tout ça m'intéressait d'écouter ces productions contemporaines. Enfin, pas tout à fait contemporaines, même si elles sont du 21e siècle, étant donné que cette compilation a déjà quinze ans.
C'est marqué au recto de sa belle pochette, ce disque est produit par Kaysha, un artiste et producteur né au Zaïre, qui a visiblement beaucoup bourlingué et que je ne connaissais pas du tout. Seuls le premier et le dernier titre sont crédités à son nom, mais il a enregistré et mixé les quatorze titres et je pense que c'est lui aussi qui, en-dehors des quelques invités crédités, est responsable de l'ensemble des musiques. Et ce qui est marquant dans cette musique, d'un bout à l'autre de l'album, c'est la rythmique électro (je n'ose plus dire boite à rythmes, puisqu'il doit s'agir de sons séquencés sur ordinateur), sur laquelle se greffent souvent des sons "africains" (guitares, percussions,...).
Il semble y avoir un mélange Afrique/Antilles, qui se reflète dans les genres attribués aux productions de Kaysha : Kompa zîle  sur sa page Wikipedia, Électro Zouk pour le label qui sort cette compilation. Pour ma part, je me contenterai de parler d'Afro Électro, un peu dans la lignée du CD de 1989 Dancing in Soweto, que j'avais trouvé au même endroit il y a trois ans.
En tout cas, le lien Afrique/Antilles travaille aussi les groupes présents sur le disque. Comme Soundkillaz le dit dans Bordel,"On est né aux Antilles, on est né en Afrique, mais pour nous c'est pareil, on vient foutre le bordel"
C'est l'un des titres que j'aime bien sur le disque, mais mes deux préférés ont des filles au chant.
Le premier c'est Tous des mythos par Jess. Le réseau social mentionné dans les paroles est bien de son époque :

"Les gars ils disent toujours qu'ils sont célibataires
Ils disent toujours 'Mon cœur c'est toi la plus jolie'
Ils veulent te dire le premier jour 'Chérie je t'aime' 
Ils te disent 'bébé tu es la femme de ma vie'
Ils veulent jamais te présenter à leur maman
T'invitent au restaurant oublient la carte bleue

Les gars c'est tous des mythos

Ils disent tout le temps 'Ne t'inquiète pas c'est qu'une copine'
Mais quand tu vois son [boule] c'est bon t'as tout compris
Ils passent leur temps à tapoter sur MSN
Mais quand tu jettes un œil direct ils se déconnectent"

Sur la même musique, DJ Jacob nous propose On sait pas où on va. C'est bien, mais je préfère la version de Jess.
Mon autre titre préféré c'est Les garçons par Abégé avec Yzah.
Abégé est un duo antillais et Yzah est simplement invitée sur ce titre, mais c'est son intervention qui marque la chanson, dans le même esprit que celle de Jess ("Mon Papa m'a toujours dit de me méfier des garçons, ma maman m'a toujours dit de me méfier des garçons".
Il faut peut-être savourer la compilation à petites doses plutôt que d'un seul tenant, mais il y a d'autres titres qui me plaisent bien sur l'album, comme Yapi yapo par Boi Bre, Ca ka mache par Big Tom, Ça va chauffer par Grand Maquis All Stars, et aussi Tout va sauter par DJ Arafat et la version différente du même titre par
Kaysha, Enjaillement.
Aujourd'hui, Kaysha et son label Sushiraw restent très actifs, avec une musique aux angles arrondis et parfois sirupeuse. Les modes de diffusion de la musique ont bien changé aussi et je ne pense pas qu'ils produisent beaucoup de disques : les nouveautés sont publiées sur le site et sont disponibles en streaming, en téléchargement ou sur la chaîne YouTube de Kaysha.

13 juillet 2020

THE BERMUDA STROLLERS : Bermuda Strollers '73


Acquis par correspondance via Discogs en juin 2020
Réf : ELPS 1122 -- Édité par Edmar aux Bermudes en 1973
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

J'ai réécouté récemment le Monologue about Bermuda de Jonathan Richman qu'on trouve sur l'album Having a party with Jonathan Richman. C'est particulier pour lui car d'habitude il privilégie l'improvisation sur scène, ne sachant pas d'avance ce qu'il va jouer, mais là il a construit ce qui est quasiment un sketch qu'il a interprété plusieurs fois quasiment à l'identique lors de ses concerts vers 1991-1992, notamment à Reims le 19 mars 1992.
Il commence par chanter sa chanson Down in Bermuda, de l'album Rockin' and Romance, avant de s'interrompre pour expliquer dans le détail, démonstrations musicales à l'appui, comment ce séjour l'a incité à changer en lui permettant de se rendre compte que la musique de son groupe The Modern Lovers était trop raide et coincée. C'est drôle et parfaitement interprété : avec juste sa guitare, il réussit parfaitement à évoquer - pour s'en moquer - le son des Modern Lovers première période.
Ce qui l'a vraiment marqué au cours de ce séjour, c'est le groupe vedette de l'île, The Bermuda Strollers, des "vieux" d'une quarantaine d'années qui jouaient du calypso. Et, dans le monologue, Jonathan explicite son propos en jouant quelques mesures de leur version de Bang bang Lulu.
Je n'y avais jamais pensé, mais après avoir réécouté ça j'ai eu l'idée d'aller écouter le Bang bang Lulu des Bermuda Strollers. Je ne l'ai pas trouvé en ligne, mais sur Discogs il y avait sept albums listés pour les Bermuda Strollers, dont l'un, celui de 1973, avec une pochette qui claque, contenait la chanson qui m'intéressait. Et comme un vendeur français le proposait à un prix tout à fait correct, je me le suis offert.
Je me suis toujours demandé comment The Modern Lovers s'étaient retrouvés à jouer aux Bermudes. En fait, l'archipel est l'une des destinations du "Spring break", les vacances ultra-festives des étudiants américains. Et il se trouve que les propriétaires de l'Inverurie Hotel aux Bermudes étaient de Cambridge, Massachusetts. Comme ils recherchaient un groupe pour y animer la semaine en 1973, un voisin, Charlie Giuliano, a proposé à leur fils d'embaucher un groupe du coin, les Modern Lovers.
Après un début de semaine difficile, les Modern Lovers ont étoffé leur public petit à petit, mais les vraies vedettes en ville, qui jouaient pour des foules énormes, c'était le groupe officiel de la semaine, The Bermuda Strollers.


Un documentaire d'époque sur le Spring break aux Bermudes.

The Bermuda Strollers ont démarré en 1958. Au fil des années, ils sont devenus les ambassadeurs des Bermudes. Comme souvent dans les zones touristiques (Marcel Bianchi sur la Côte d'Azur ou en croisière, les groupes à Tahiti, Hawaï, en Guadeloupe ou en Martinique), ils jouaient surtout dans les hôtels, les restaurants ou sur les plages.
Le groupe, qui se présentait parfois comme jouant du Calypso rock, était mené par le guitariste Ted Ming et comprenait aussi à cette époque le bassiste Lawrence Minors, qui est mort à 73 ans en 2016. Dans son Monologue, Jonathan faisait la démonstration de la qualité de leur jeu. Le groupe comprenait aussi le frère de Ted John Ming, le batteur Ridgley Darrell et Rudy Ford. Il y aussi une section de cuivres.
C'est Ted Ming qui a dédicacé mon exemplaire du disque avec la mention "To Rosetta, Happy day always".
Les disques que les Bermuda Strollers enregistraient régulièrement, étaient avant tout destinés à être des souvenirs pour les touristes. Ils reflétaient donc le répertoire du groupe, mélange de succès du moment et de classiques locaux incontournables. C'est ainsi que la plupart des douze chansons qu'on trouve sur l'album de 1973 ont été enregistrées plusieurs fois, à commencer par leur hymne Wings of a dove (sur 4 albums), mais aussi Bermuda is another world et Archie - Go down Moses (3) et Ride your donkey, Yellow bird et La Bamba (2).
On sent à l'écoute que les Bermuda Strollers était un groupe chargé de mettre de l'ambiance dans les soirées. le titre d'ouverture Bermuda is another world, reprise d'une des vedettes du calypso Hubert Smith, est une carte postale pour touristes assez insupportable, mais dès le deuxième titre Show me le tempo est assez frénétique et il y a quand même des choses très intéressantes sur le disque.
Parmi les versions de tubes du moment, on trouve le slow Rainy night in Georgia (qui devient Rainy night in Bermuda, bien sûr) et Help me make it through the night. Et pour les classiques des îles, il y a donc Wings of a dove, enchaîné avec Ob-la-di, Ob-la-da, Island in the Sun et Yellow bird (également connu sous le titre Choucoune)
Archie et Ride your donkey, reprise d'un rock steady de 1968 des Tennors, sont deux de mes titres préférés.
Et puis bien sûr il y a Bang bang Lulu, version d'un traditionnel assez grivois prise elle aussi à un rythme d'enfer. C'est assez impressionnant de voir que, des années après, Jonathan Richman en rendait parfaitement l'ambiance en quelques notes. Un procédé comique assez courant est utilisé pour les paroles : les rimes des couplets nous laissent attendre des fins assez salées ("Ass", "Fuck her", "Dick"), mais le refrain reprend avant que ces mots soient prononcés.
L'influence des Bermuda Strollers sur Jonathan Richman a été forte. Non seulement, son attitude par rapport à la musique a été changée, ce qui a précipité la fin des Modern Lovers première époque, mais il s'est aussi mis à écouter du calypso et, comme il a eu l'occasion de l'expliquer lui-même sur scène à Binghamton dans une version un peu différente du Monologue, il s'en est inspiré en pompant et modifiant le rythme du calypso pour écrire des chansons comme Here come the Martian Martians ou Abominable snowman in the market.
Et cette influence est ressentie jusqu'en Australie, où un groupe  de reprises de Jonathan Richman s'est baptisé The Bermuda Strollers !

A écouter :
The Bermuda Strollers : Bang bang Lulu
The Bermuda Strollers : Ride your donkey

04 juillet 2020

JEAN CLAUDE RÉMY : Jean Claude Rémy


Acquis par correspondance via Discogs en juin 2020
Réf : AD 39.521 -- Édité par Adèle en France en 1977
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Voici un bout de la présentation de la dernière BD de Tronchet, Le chanteur perdu, sur le site de l'éditeur :
"Lorsqu'il fait un burn-out, Jean, bibliothécaire qui semble être passé à côté de sa vie, décide de retrouver Rémy-Bé, le chanteur de sa jeunesse (lorsqu'il se voyait encore révolutionnaire et contestataire). Fasciné par la désinvolture et la liberté de ton des chansons, Jean voit dans cette recherche improbable l'occasion de renouer avec le personnage qu'il n'a pas osé être.
Enregistrés sur une vieille cassette audio, les morceaux l'ont suivi pendant des années, seul vestige du passé. D'ailleurs, personne ne semble se souvenir de ce chanteur, l'aurait-il inventé ? Sa seule piste : la pochette du disque avec le viaduc de Morlaix en arrière-fond. L'indice est maigre, mais Jean pourra dénouer le fil de manière surprenante, avec le seul secours des paroles de la douzaine de chansons, qui sont comme un puzzle mystérieux. Au bout du chemin, il y a le fantôme du chanteur perdu que Jean pense connaître par cœur."
En lisant cette présentation, j'ai eu l'impression que cette histoire de recherche d'un chanteur à partir de ses disques, j'aurais pu la vivre. Elle est du même style que celles que je raconte pour une bonne partie des disques que je chronique ici depuis bientôt quinze ans : essayer de reconstituer un parcours discographique à partir de la pochette et d'indices trouvés à l'écoute des chansons ou en ligne... Évidemment, je me suis précipité à la librairie pour acheter le livre.
Dans la lignée d'autre projets comme le documentaire Sugar Man sur Sixto Rodriguez, Tronchet et son héros ne se sont pas contentés de (ré)écouter des disques : ils sont partis dans une enquête qui leur fait sillonner la France et les a emmenés jusqu'à Madagascar.
Mes propres aventures avec Tronchet remontent à loin. C'est l'ami et grand spécialiste de BD Raoul Ketchup qui me l'a fait découvrir en 1987 (il avait même le tout premier livre paru chez Bédéfil).
Avec Ketchup et aussi Phil Sex, nous avions dans notre émission Rock comptines sur Radio Primitive décidé de mener campagne pour faire élire Raymond Calbuth à l'élection présidentielle de 1988. On s'était amusé à fabriquer des slogans déclinés en jingles et affiches !
Cela fait un bon moment que je n'achète plus tous les livres de Tronchet à leur sortie, mais je continue à les lire presque tous grâce à la Médiathèque. Je conseille très fortement Le chanteur perdu à tous les fans de musique ou de BD. En complément, vous pouvez aussi lire Robinsons, père et fils, qui relate d'autres aspects du séjour de Tronchet sur l'Île aux Nattes, sur la côte Est de Madagascar.




Tout semblait indiquer que le chanteur perdu de la BD de Tronchet était un chanteur fictif mais, après avoir lu les premières pages et leurs extraits de chansons, j'ai quand même fait une recherche dans Discogs pour voir si j'y trouvais une trace d'un certain Rémy Bé. Il n'y en avait pas.
Et puis, dans le livre, après la fin de la BD, j'ai découvert avec surprise et grand plaisir un dossier intitulé La véritable histoire du chanteur perdu. On y apprend que Tronchet s'est bel et bien inspiré d'un chanteur réel, Jean-Claude Rémy, dont il a connu les chansons dans les années 1970, et qu'il a fini par le rencontrer là où il vit, sur l'Île aux Nattes.
C'est peut-être le seul reproche que je ferais à Tronchet à propos de ce projet : celui d'avoir donné un nom fictif au héros de l'histoire. Certes, sa BD est romancée et sa quête ne s'est pas exactement passée comme il le décrit, mais les extraits de paroles proviennent bien des chansons de Jean-Claude Rémy et il me semble que presque tout ce qui concerne le parcours du chanteur, y compris sa signature sur le label de Pierre Perret Adèle, correspond à la réalité. Cela aurait pu justifier de lui conserver son identité, si lui-même en était d'accord.
En tout cas, pour ma part, j'avais à peine refermé le livre que j'étais à nouveau sur Discogs, où j'ai eu la confirmation que Jean-Claude Rémy a sorti deux albums, sans titre, mais le premier, sorti en 1975, est généralement dénommé La pariade, et le second, de 1977, Les corniauds. Il y a eu aussi en 1978 le 45 tours La ballade du pauvre Francis. La lettre de félicitations envoyée par Brassens à Jean-Claude Rémy à propos de sa face B Marion est, comme Jean-Claude Rémy le raconte lui-même, l'un des motifs qui l'ont décidé à quitter le monde professionnel de la chanson, un an tout juste avant de se voir attribuer un Prix de la SACEM !
Évidemment, il me fallait un disque de Jean-Claude Rémy pour le chroniquer ici. Les disques étaient à prix correct sur Discogs (5 € plus le port) et mon choix s'est porté sur le deuxième album, parce qu'il contient la chanson Les corniauds, sur son père et sa famille, une des chansons importantes de la BD.
Voici en 1977 un Jean-Claude Rémy très ému qui interprète en direct Les corniauds, sous l’œil de son parrain en chanson Pierre Perret :


Jean-Claude Rémy, Les corniauds, en direct dans l'émission Musique & music présentée par Jacques Martin, le 1er mai 1977.

Tronchet avait prévenu : la production et les arrangements des disques de Jean Claude Rémy, dus à Bernard Gérard, sont typiques de la chanson française traditionnelle. Le style de chant de Jean-Claude Rémy également.
Ce n'est pas le genre musical que je fréquente le plus souvent (à part les disques de Jean Arnulf et Pierre Dudan, on n'en trouve pas beaucoup d'exemples ici), mais ça ne m'empêche pas d'apprécier la grande qualité des chansons de l'album.
Et puis, il y a de bonnes surprises, comme les sons bizarres et la flûte de la chanson d'ouverture, Tête au large et pieds dans l'eau, ou bien Nine, jeune ménagère qui se donne du plaisir dans le tiède lit conjugal, après avoir regardé s'assoupir le corps de son petit mari.
Il y a aussi la plate Sologne de Près de Romorantin et les chœurs et les violons de Mourir cigale. Ou encore Don Juan, que Jean-Claude Rémy et Tronchet se sont essayé à reprendre en duo en 2019 :


Jean-Claude Rémy et Tronchet, Don Juan, en duo en 2019.

Ça fait chaud au cœur de les voir ensemble, et c'est la conclusion heureuse d'une très belle histoire.

L'album peut être téléchargé gratuitement sur le site de Jean-Claude Rémy (cliquer sur la disquette).
Sur le site officiel de Tronchet, outre le dossier, on trouve une sélection de chansons en lien avec la BD, un concert inédit de 1982 et des chansons récentes. Et aussi, on peut télécharger gratuitement La chanson fantôme, version roman de cette histoire.
Sur la chaîne YouTube de Jean-Claude Rémy, on peut écouter des dizaines de ses chansons récentes, dont une nouvelle version, de 2014, de Les corniauds.
Gaston, fils de Jean Claude Rémy, est lui aussi auteur de bandes dessinées. Il a publié en début d'année, Sur la vie de ma mère, qui raconte l'histoire de sa famille.


Jean-Claude Rémy, Bidon tu sais, un titre du premier album, de 1975.

25 juin 2020

HENRI SALVADOR : Il est né le divin enfant


Acquis sur le vide-grenier de la place des Fêtes à Paris le 20 juillet 2019
Réf : RI 10063 -- Édité par Rigolo en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Il est né le divin enfant -/- Claire ma secrétaire (Mary my secretary)

En décembre dernier, l'ami Charlie Dontsurf s'inquiétait en commentaire de l'absence de disques de Noël par ici. Il avait juste oublié la règle stricte que je me suis fixé : ne chroniquer des disques de Noël, le cas échéant, qu'au moment de ce que je désigne comme l'équinoxe de Noël, le 25 juin, c'est à dire la date à laquelle on est le plus éloigné de Noël, que ce soit le précédent ou le suivant. C'est déjà arrivé trois fois par le passé, en 2008, 2009 et 2016.
Et du coup, ça fait onze mois que j'attends de pouvoir chroniquer ce disque d'Henri Salvador, trouvé l'été dernier lors d'une journée à Paris, tout à la fin du parcours de deux vide-greniers assez miséreux et peu productifs. Là, l'antiquaire semi-professionnel avait une poignée de disques à 1 € posés sur une table et j'ai été bien content de le délester de ce 45 tours que je ne connaissais pas du tout.
A une époque, c'est à peine si je m'intéressais aux très nombreux disques de Salvador, mais depuis j'ai appris à les apprécier, y compris les 45 tours deux titres de la première moitié des années 1970 qu'il enregistrait et éditait seul, comme Ahh !!! la garantie foncière... ou Kissinger - Le Duc Tho.
Et ce qu'il y a de  bien avec les pochettes d'Henri Salvador, c'est qu'à chaque fois il donne de sa personne. Visiblement, il aimait bien se déguiser et là on l'a bien sûr en Père Noël souriant.
Ce n'était pas la première fois qu'il donnait dans le disque de fêtes, puisqu'il a enregistré en 1949 deux version de C'est Noël m'amie et sorti en 1957 un EP Chansons pour les fêtes.
Sinon, autant vous dire que je n'attendais absolument rien d'une version d'Il est né le divin enfant par Salvador. Eh bien, j'avais tort, car j'ai été agréablement surpris !
Là aussi, je pense qu'il enregistre seul, la musique (minimale, à la guitare, qu'il signe en adaptation d'après folklore) et les différentes voix, plus ou moins graves. Il réussit en quelques notes à donner une ambiance gospel/jazzy à son interprétation. Étonnant.
En face B, on trouve l'une des très nombreuses adaptations en français, par Bernard Michel, de titres américains rigolos qu'il a enregistrés pendant les années 1960 et qui lui ont apporté de très grands succès. Là, il s'agit de Mary my secretary de Ray Stevens, face B de son 45 tours Answer me my love de 1967.
A la sauce Henri/Bernard, ça donne très fidèlement Claire ma secrétaire, avec une histoire simple : Claire est super efficace au boulot, Claire est super canon, mais elle résiste aux avances (au harcèlement, dirait-on aujourd'hui) de son patron Henri. Alors, une seule solution pour arriver à ses fins, l'épouser en bonne et due forme !
Les deux faces de ce disque figurent également sur le 33 tours Henri Salvador sorti au même moment.
Rendez-vous l'an prochain (peut-être) pour ne pas fêter Noël ensemble.


Au verso du EP Ballade pour Bonnie and Clyde, qui contient également Claire ma secrétaire, on a droit à Henri déguisé en secrétaire.

20 juin 2020

LES DALTONS : Objet ancien


Acquis par correspondance via Ebay en juin 2020
Réf : 777003/1 -- Édité par Praksis en France en 2016 -- Disque promotionnel interdit à la vente
Support : CD 12 cm
12 titres

L'autre jour, en étudiant sur Discogs la liste des reprises de chansons de Jonathan Richman (Chacun ses occupations...!), je suis tombé, outre la version d'Egyptian reggae par The Jamaica Corporation, sur la mention d'une publication assez récente par un groupe nommé Les Daltons qui contenait une reprise de Pablo Picasso.
Ce qu'il y a de bien de nos jours, c'est que, quand on trouve la référence d'un titre inconnu il y a de bonnes chances pour qu'on puisse l'écouter en ligne dans les secondes qui suivent. C'est ce que j'ai fait, et j'ai pris une claque !
Déjà, l'arrangement musical pour l'introduction était intéressant, avec une ligne de basse évoquée (à la guitare ? ) mais moins marquée que l'originale et une guitare vagabonde un peu bluesie. Et puis après trente secondes, le chant est arrivé et là - stupeur ! - les paroles étaient en français ! Pour quelqu'un qui privilégie les reprises par les francophones quand elles sont adaptées dans notre langue et qui, spécifiquement pour cette chanson, la chantonne pour lui-même depuis plus de trente ans en tentant de lui imaginer des paroles en français, c'était inespéré.
Le reste de la chanson ne m'a pas déçu, que ce soit pour l'interprétation musicale ou pour les paroles, même si, évidemment, on peut chipoter ça et là pour des choix de détail ("Pablo Picasso ne s'est jamais fait traiter de connard" aurait peut-être mieux fonctionner qu'avec "tocard", et pourquoi chanter la phrase en anglais sur la fin ?), mais dans l'ensemble j'ai été conquis d'emblée.
Tout de suite, j'ai eu envie de me procurer Objet ancien, l'album sur lequel on trouve Pablo Picasso, mais seule une version 33 tours est référencée sur Discogs, et c'est la seule que j'ai vue en vente en ligne. Et au 21e siècle, le vinyl neuf c'est pas trop mon truc. Alors je me suis contenté d'acheter la piste numérique et je l'ai incluse dans le dernier épisode de mon Désordre musical, La promiscuité sent le fromage.
Mais au fil des écoutes mon admiration pour cette reprise n'a fait que grandir. Moi qui n'aime pas la première version parue, celle de John Cale, et déteste celle de David Bowie, je trouve que celle-ci est la seule qui vaut la peine en plus de l'originale, celle enregistrée vers 1973 et publiée pour la première fois en 1976 sur l'album The Modern Lovers. Et j'irai même plus loin en disant que ce titre des Daltons est tout bonnement l'une des reprises les plus intéressantes de Jonathan Richman parmi toutes celles que je connais (et, mine de rien, il y en a un paquet !).
Alors, ça me titillait et j'avais envie de m'offrir le disque. Sur le site de Baldo, graphiste et musicien, membre d'une tripotée de groupes, dont récemment Les Revizors avec l'ami Le Vieux Thorax, mais aussi à certaines époques Les Daltons (il joue sur un titre de l'album et en a réalisé la pochette), j'ai remarqué qu'il y avait une version CD de la pochette. Alors je me suis remis en quête et j'ai fini par trouver sur Ebay un unique exemplaire promo du CD, que je me suis procuré. J'aurais pu me simplifier les choses en cliquant sur "afficher plus" sur la page Bandcamp des Daltons : il y est indiqué qu'on peut contacter directement le groupe pour acheter le 33 tours ou le CD !
Je ne le connaissais pas, et avec un nom aussi bateau ce n'est pas facile de se faire remarquer, mais visiblement Les Daltons est un groupe qui a une longue histoire. Ils existaient déjà dans les années 1980 et ont sorti un 45 tours en 1984, Tagada tagada voilà.... Ils se sont reformés en 2012 et Objet ancien est leur première parution, avec onze créations originales plus Pablo Picasso.
Ils ont l'intelligence de s'exprimer dans leur langue, ce qui les place dans la lignée et au niveau d'autres groupes rock francophones, comme Bijou, Les Wampas, Soucoupes Violentes, Les Olivensteins ou Cyclope. Il y a une seule chanson en anglais, Rock 'n' roll fucked my life, mais comme la première fois que je l'ai écoutée c'était en regardant la vidéo, je me suis plus concentré sur les pochettes de disques qui apparaissent fugitivement (je dois en avoir une vingtaine dans ma collection) que sur l'accent anglais, et au bout du compte c'est une de mes chansons préférées du disque.
La séquence d'ouverture qui mène à Pablo Picasso est excellente, avec Ruisseau, Costume de merde, Objet ancien et Bottes rouges (et c'est pourtant casse-gueule d'écrire une chanson sur des bottes rouges après Les Wampas...!).
C'est du rock on ne peut plus basique (guitares, basse, batterie, clavier) mais qui n'a rien de rétro, avec un style vocal parlé/chanté un peu particulier et des paroles originales et intéressantes.
La deuxième moitié du disque est du même tonneau que la première, avec notamment J'explose et CDD.
Depuis la sortie de l'album, le groupe continue de se produire sur scène (quand c'est possible...) et a sorti un 45 tours, Le jerk en sanglots.

Contacter Les Daltons pour acheter le vinyle ou le CD d'Objet ancien.









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