25 septembre 2016

CHUCK : My band is a computer


Acquis par correspondance chez Audio Anti-Hero en septembre 2016
Réf : AAH015 OM001 -- Édité par Audio Anti-Hero / Old Money en Angleterre en 2016
Support : Cassette + MP3
13 titres

Je suis un fidèle de la rubrique MP3 at 3PM de Magnet Magazine (un MP3 à télécharger gratuitement, publié chaque jour à 15h heure locale, vous avez tout compris). Je lis les quelques mots de description du groupe et du morceau et, si ça m'attire suffisamment (c'est assez rare), je le télécharge.
Pour Bushwick girl de CHUCK, c'est l'expression "bedroom pop with its sunny, mildly corny synthesizers" qui m'a décidé et j'ai bien fait car c'est effectivement une très bonne petite perle pop.
J'ai cherché à en savoir un peu plus sur My band is a computer, dont Bushwick girl est extrait, et j'ai découvert que l'album était disponible au format numérique, avec aussi une édition limitée en cassette à paraître prochainement.
Je sais que c'est un peu pervers, mais j'ai commandé la cassette, désormais disponible, pas seulement parce que la musique me plaisait (J'aurais pu me contenter de l'écoute en ligne ou d'acheter les MP3), mais parce que ça allait me donner une occasion de casser la cassette !
On m'a offert il y a quelques temps un t-shirt qui porte le message "Music sounds better with cassettes". Je le porte parce qu'il me va, mais je ne devrais pas car je ne suis absolument pas d'accord avec ce slogan.



Je sais bien que, au fil du temps, toutes les remises au goût du jour sont possibles, mais franchement je n'aurais pas cru voir un jour un retour en grâce, même limité, de la cassette. A ce niveau là, ce n'est plus du snobisme ou de la nostalgie mal placée, ça tend vers le néo-luddisme...
La minicassette a été développée par Philips à partir des années 1960. Elle a connu un grand succès pour deux bonnes raisons :
  • Elle était facilement transportable et, du magnétophone au radio-cassette, de l'autoradio au Walkman, la cassette a longtemps été le meilleur moyen de bouger en musique.
  • Elle était enregistrable. Cela permettait d'enregistrer ses créations ou la radio, mais surtout de copier les disques qu'on ne pouvait pas se payer et de fabriquer ses propres compilations.
Mais le développement du CD à partir des années 1980 et l'arrivée des graveurs de CD-R vers le milieu des années 1990 ont "tué" les deux seuls atouts de la cassette, et franchement je ne vois aucune raison de la sortir du musée où elle a sa place car, une chose est sûre, elle avait aussi deux gros défauts : Un son sourd, pas génial, avec du souffle, réducteur de bruit Dolby ou non. Et surtout c'est un support fragile qui vieillit très mal. Qui n'a pas passé des heures à dévisser un boîtier, couper la bande magnétique emmêlée et essayer de fixer ce qui restait à la bobine ? Qui n'a pas ressorti une vieille cassette pour s'apercevoir que les particules métalliques qui permettent l'enregistrement sur la bande se sont dégradées et que le tout est devenu à peu près inaudible ?
Je sais que beaucoup ne seront pas d'accord avec moi, mais je pense à peu près la même chose du vinyl que de la cassette, d'autant que, en-dehors de l'absence de grésillements ou de rayures, mes oreilles n'ont jamais saisi de différence fondamentale entre le son d'un vinyl et celui d'un CD.
Je ne vais évidemment pas nier que je m'intéresse aux disques vinyl, mais ceux qui m'intéressent sont ceux qui servaient de principal support de diffusion de la musique à l'époque où ils ont été commercialisés, en gros des années 1950 au milieu des années 1990. Trouver un disque d'occasion de ces années-là, pas cher, ça m'intéresse, mais je fétichise pas le vinyl et je ne vois pas vraiment l'intérêt d'éditer et de rééditer de la musique dans ce format alors que le 21e siècle est largement entamé. Je n'achète un 33 tours récent que si c'est un ami ou quelqu'un je suis de près qui le sort, et si possible s'il y a aussi un CD glissé dans la pochette plutôt qu'un simple coupon de téléchargement.
En toute logique, le format contemporain "de base" devrait être le format numérique, associant fichiers sans compression pour l'écoute haute-fidélité et format compressé type MP3 la plupart du temps, mais le numérique sans autre support a quelques inconvénients : il faut s'obliger à organiser ses sauvegardes, l'achat de titres à l'unité est souvent relativement cher, et avec le jeu des licences on n'est pas toujours sûr d'être vraiment propriétaire de ce qu'on achète.
C'est pourquoi, j'en suis presque surpris moi-même, j'en suis venu à la conclusion que le CD est actuellement le format idéal, et cela sera sûrement le cas tant que l'industrie continuera à en produire et que des lecteurs seront disponibles très facilement. En effet, le CD est numérique et on peut désormais facilement en extraire des titres pour les placer sur différents appareils, il a prouvé qu'il vieillit bien (contrairement au CD-R) et en plus son prix a pas mal baissé depuis vingt ans. Et aussi, c'est un objet qu'on peut prêter ou revendre.

Enfin bref, tout ça pour dire que je me retrouve propriétaire d'une belle cassette de CHUCK, que je n'ai pas pris le risque d'écouter sur le seul magnétophone ou les Walkman, peu fiables, qu'il me reste à la maison. Mais j'ai écouté les MP3 que j'ai achetés en même temps que la cassette et c'est très bien comme ça.
Charles Griffin Gibson enregistre sous le nom de CHUCK depuis au moins 2010. Il a une discographie déjà assez conséquente. My band is a computer est une compilation d'enregistrements de 2012-2015 que le label Audio Anti-Hero s'est proposé de diffuser.
Comme il explique dans les notes, CHUCK a commencé par faire de la musique électronique avec simplement un ordinateur. Puis sa maman lui a offert une guitare acoustique. Et grâce à internet, sa musique enregistrée à la maison dépasse désormais le cercle de ses proches et de ses collègues de bureau.
Bushwick girl est sûrement la chanson la plus immédiatement accessible ici, mais il y a plein d'autres bonnes chansons dans le lot, comme Happy new year's babe, Phoebe's lips, The Internet, Death ou Wipe out.
On peut juste regretter que CHUCK reste dans un registre purement pop. Il manque parfois ces sons un peu bizarres ou ce grain de folie qui pourraient le rapprocher par exemple de Grandaddy.





24 septembre 2016

MATERIAL : Memories


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 11 septembre 2016
Réf : CEL 1927 -- Édité par Celluloid en France en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Memories -/- Take a chance

Question message incongru de promotion d'un slow sur un 45 tours, je pense que le "Free-jazz ou slow de l'hiver ?..." sur le Japan de Pharoah Sanders est imbattable, mais j'attribue une deuxième place bien méritée à ce "Spécial frotti frotta" sur le 45 tours d'un groupe new-yorkais plutôt classé arty-branché-avant-garde !
C'est ce message qui m'a décidé d'acheter ce disque à cinquante centimes, car en fait je n'ai jamais été très fan de Material. J'ai eu leur maxi Temporary music 1 et leur album Memory serves, mais je m'en suis débarrassé et je n'en éprouve aucun regret, ce qui est assez rare pour être signalé.
Les deux titres du 45 tours sont extrait de l'album One down de 1982.
Ce n'est qu'une fois rentré la maison que j'ai découvert que la face A "spécial frotti frotta" en question est une reprise de Memories, chanson composée par Hugh Hopper et chantée par Robert Wyatt.
Cette chanson, je l'ai sûrement connue par la version de Pascal Comelade, publiée en 1992 sur la réédition en CD de l'album El primitivismo. Depuis, j'ai découvert et apprécié la version de cette chanson par Soft Machine. La session date d'avril 1967, mais elle n'a été publiée pour la première fois qu'en 1972, en France sous le titre Faces and places. Ce disque a souvent été réédité depuis, notamment sous les titres At the beginning ou Jet-propelled photographs. Plusieurs versions par le groupe pré-Soft Machine The Wilde Flowers ont été publiées en 1994, dont une de 1966.
Mais la première version officiellement publiée de Memories l'a été en 1971, chantée par Wyatt sur l'album Banana moon de Daevid Allen. Wyatt l'a encore enregistrée en 1974, en face B de son premier 45 tours solo I'm a believer.
Le lien entre Soft Machine et Material est facile à faire : avant de prendre ce nom, les musiciens qui ont fondé le groupe ont tourné avec Daevid Allen sous le nom de New York Gong et l'ont accompagné sur l'album About time de 1980 !
La chanson a été composée par un tout jeune homme, mais elle réussit parfaitement à évoquer les poussées de nostalgie et les risques qui peuvent s'y attacher. Le gars se souvient de ses balades en ville au bras de son amoureuse. Ils sont jeunes, alors c'était peut-être deux semaines plus tôt, l'été dernier ou l'année d'avant au plus, mais le sentiment est bien là :
"I've got to choose between tomorrow and yesterday
I can't stop to think about my life, here today
Maybe I'll find someone to get you off my mind
Take me away from here and leave it, leave it all behind
Memories can hang you up and haunt you all your life, you know
Get so you cannot stay and yet cannot go"
J'aime vraiment la version de 1967 de Memories par Soft Machine. La voix de Robert Wyatt est si particulière, fragile. Le son n'est pas génial, mais l'accompagnement est parfait, notamment la partie de guitare et l'orgue, pour ce qui, il faut bien admettre que sur ce point la mention de pochette n'a pas tort, est effectivement un slow, une ballade digne d'Otis Redding et de tout le rhythm and blues.
Par contraste, la reprise de Memories par Material me laisse froid. Certes, ça joue bien, mais je préférerais toujours quelque chose plein d'émotion à une interprétation impressionnante de maîtrise. Et là, le saxo, il s'en donne à cœur joie. Bon, il faut dire que c'est un invité vedette, Archie Shepp. Quant à la chanteuse, elle a de la technique, du coffre, et on sent qu'elle a peut-être aussi de l'avenir, même si elle aura une fin prématurée et tragique : il s'agit de la première apparition sur disque de Whitney Houston ! Je pense que personne ne cherchait le chaînon manquant entre Robert Wyatt et Whitney Houston, mais je suis tombé dessus au coin d'une rue d'Athis !
A tout prendre, je préfère Take a chance en face B, surtout grâce à sa petite rythmique synthétique, même si ça reste très léger. Là, les chanteuses sont B.J. Nelson et Nona Hendryx, qui a collaboré plusieurs fois avec Material, et l'ambiance est au funk-soul mutant à la Was (Not was).

17 septembre 2016

EMILE DORYPHORE & SA COOPERATIVE AGRICOLE : La Papayouska


Offert par Brigitte et Étienne par correspondance en septembre 2016
Réf : 460 V 280 -- Édité par Ducretet-Thomson en France en 1957
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La Papayouska -- Miguelito -/- Valentin viens danser -- Vodka fox

Brigitte et Étienne m'avaient dit qu'ils avaient un lot de 45 tours dont personne ne voulait. Sauf peut-être moi... Ils en ont tiré les trois disques qui leur paraissaient suffisamment improbables et ils me les ont offerts. Merci beaucoup !
Et leur sélection s'est révélée parfaitement judicieuse, avec notamment ce disque années 1950 d’Émile Doryphore et sa Coopérative Agricole, avec un dessin de pochette est très réussi (J'ai l'impression que la signature, s'il y en avait une, a été coupée à l'impression).
Émile Doryphore et sa Coopérative Agricole, ça ne peut que m'évoquer le rock agro-alimentaire années 1980 de mes amis Brigitte Rurale. Sauf qu'ici ce n'est pas du rock mais une harmonie-fanfare, avec des arrangements de qualité il me semble, qui interprète La Papayouska, Miguelito, Valentin viens danser et Vodka fox. A chaque fois le procédé est le même, avec un effet léger voire comique procuré par le rythme, et surtout par l'utilisation d'une sorte de mirliton en instrument principal, auquel répondent souvent des flûtiaux.
Il y a eu plusieurs disques publiés sous le nom d'Émile Doryphore et sa Coopérative Agricole. Je pense que je n'ai jamais vus, en tout cas pas ces vingt dernières années car je ne les aurais pas laissés passer !
Derrière ce personnage d'Émile Doryphore, on trouve le musicien Daniel White, français d'origine écossaise, dont nous avions au moins un disque à la maison quand j'étais enfant car il a signé en 1965 la musique du feuilleton Belle et Sébastien.
Mais surtout, Daniel White était un compositeur très prolifique, qui a signé la musique de plus d'une centaine de films, des années 1950 à 1990, dont des policiers, des nanars, des films d'horreur et/ou érotiques,... Il a notamment beaucoup collaboré avec Jésus Franco.
Un disque parfait pour Vivonzeureux!, donc, et l'occasion de découvrir l'un des nombreux soutiers de la production musicale française. Si vous aussi vous avez sous la main des pépites de ce genre, n'hésitez pas, je suis preneur !

Je sais que la maison Marianne Mélodie n'est pas recommandable depuis qu'elle a plagié un de mes textes pour le livret d'un coffret Georges Jouvin (et en plus, une fois démasquée, elle n'a même pas tenu sa promesse de me dédommager en m'adressant un exemplaire dudit coffret...), mais je signale quand même qu'elle a édité un CD 25 titres d’Émile Doryphore et sa Coopérative Agricole, qui contient notamment tous les tours de ce 45 tours. Alors, comme on disait quand il y avait encore des magasins de disques, n'achetez pas ce CD, volez-le !

Emile Doryphore et sa Coopérative Agricole : La Papayouska.

11 septembre 2016

CHAIN & THE GANG : Music's not for everyone


Acquis chez Human Relief Welfare à Dalston le 16 août 2016
Réf : KLP220 -- Édité par K aux États-Unis en 2011 -- Advance promotional copy -- For promotional use only - Not for resale
Support : CD 12 cm
14 titres

Après le David Grubbs, voici un autre des CD trouvés chez Human Relief dans un carton qui n'avait pas encore été mis en rayon. En fait, il y avait deux CD promos différents de chez K Records, avec le disque lui-même tel qu'il a été commercialisé et une pochette imprimée en noir et blanc spéciale promo, sans aucun crédit. Je ne connaissais aucun des deux groupes mais, à 50 pence pièce, j'ai bien sûr pris les deux disques sans aucune hésitation.
J'ai écouté cet album de Chain and the Gang dans la voiture, sans être allé au préalable chercher des informations en ligne. Je ne savais donc rien du groupe. Cependant, sachant que c'était un disque K, je n'ai pas du tout été surpris à l'écoute de Why not ?, le premier titre, d'entendre un rock primitif un peu à la Bo Diddley, au son garanti basse-fidélité.
Sans surprise donc, mais au fil de l'écoute de l'album, je me suis rendu compte que, derrière le son lo-fi, ce groupe avait surtout des chansons de qualité (Not good enough, Livin' rough, For practical purposes (I love you), Detroit music, Can't get away, Youth is wasted on the young, Bill for the use of a body), renforcées souvent par de l'orgue et surtout par des choeurs féminins très présents, qui répondent au chanteur principal.
Je me suis renseigné une fois rentré à la maison et j'ai découvert que Chain and the Gang n'était pas un jeune groupe débutant, comme je le pensais, mais l'un des très projets du très prolifique Ian Svenonius, connu notamment pour le groupe The Make-Up. Music's not for everyone est leur deuxième album, et quand on regarde les crédits, on découvre que Svenonius est entouré sur cet album produit par Calvin Johnson d'une flopée de potes proches du label K Records.
Je le sentais un peu à l'écoute des paroles, mais c'est plus évident encore quand on regarde des vidéos de concert : il est clair que Chain and the Gang ne prend pas son rock 'n' roll trop au sérieux, et on l'apprécie d'autant mieux.
Une excellente découverte donc, et sûrement pas la dernière dans ma pile de CD : mon autre promo K est un album de The Bundles, groupe inconnu chez moi, mais dont les membres sont Kimiah Dawson, Jeffrey et Jack Lewis et Anders Griffen. Ça promet !

Chain and the Gang a sorti son quatrième album en 2014. Le groupe tourne régulièrement : ils jouaient même en Espagne ce week-end.
Les versions CD et 33 tours de Music's not for everyone sont en vente chez K Records.








09 septembre 2016

OPEL FAR EAST TRIP : Rêve d'Orient


Acquis chez Oxfam à Marcinelle le 2 août 2016
Réf : OPEL 72 - 040373 -- Édité par Opel en Belgique en 1972
Support : 33 tours 30 cm
32 titres

Après Oscar Denayer et Les Soeurs Etienne, voici un autre des disques que j'ai trouvés à Marcinelle chez Oxfam.
Je ne crois pas avoir l'esprit trop mal placé, mais quand on me propose un trip en Extrême-Orient au recto et que le premier titre listé au verso est Concours de vente pour dealers, j'en viens à me demander ce que fumaient les équipes promotionnelles d'Opel en Belgique quand elles ont concocté ce disque !
Bon, malheureusement, passé ce sourire fugace, la suite est beaucoup plus prosaïque. "Dealers", c'est le terme qui était utilisé en 1972 pour désigner, aussi bien en français qu'en flamand, un concessionnaire de la marque Opel. Et cette année-là, en liaison avec Swissair, Opel a organisé un concours de vente pour ses dealers de Belgique et du grand-Duché de Luxembourg, avec à la clé un voyage en Orient.
Ce disque a été conçu et réalisé uniquement pour motiver les commerciaux à participer au concours, et donc à vendre un maximum de voitures. Alors, on prend une voix qui tente de faire rêver à l'Orient et qui explique les modalités du concours (en français sur la face A, en flamand sur la face B), des sons typiques exotiques fournis par des institutions officielles d'Indonésie, de Hong Kong et de Singapour, des photos des archives des compagnies Sabena et Swissair, et hop, on a un album à la pochette glacée qui doit encore se trouver chez nombre de garagistes belges retraités !
Et, comme je suis partageur, je vous propose de vous aider artificiellement à vous envoler vers les paradis de l'Orient en écoutant les premières minutes du disque (et si un nombre conséquent de flamands le réclame, je veux bien prendre la peine d'enregistrer aussi le début de la face B !).

Opel Far East Trip : Rêve d'Orient (extrait).

04 septembre 2016

THE ROLLING STONES : (Got live) If you want it


Acquis chez Carrefour à Châlons-sur-Marne vers 1977
Réf : 278.018 -- Édité par Decca en France en 1973
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Cet été, je suis monté au grenier fouiller dans mes quelques boites d'archives de vieux papiers pour y retrouver un document particulier.
A un moment, je suis tombé sur une "liste de disques (33t)" tapée à la machine sur du papier pelure. Je l'ai passée, comme je l'ai sûrement fait plusieurs fois ces dernières années, avant de la reprendre pour y jeter un coup d’œil :



Et là, j'ai eu un flash. Cette liste de disques n'était pas une quelconque liste de disques parmi d'autres, c'était tout simplement la liste de tous les disques que je possédais au moment où je l'ai tapée !
Pour la dater, ce n'est pas difficile. Je me suis fait offrir le premier album de Lewis Furey pour mes quinze ans en mars 1978, et c'est à peu près à cette époque que j'ai acheté This year's model d'Elvis Costello, sorti en mars 1978, et Street hassle de Lou Reed, sorti en février 1978. Il n'y a aucun disque qui leur est postérieur dans la liste, c'est donc qu'elle a été tapée au printemps 1978.
Quelqu'un de la famille ou du voisinage nous avait prêté une machine à écrire, et j'ai passé des heures à taper des listes ou des paroles de chansons. J'ai notamment recopié l'intégralité des paroles du premier album de Lewis Furey, ce qui m'a aidé à mieux les comprendre et m'a incité à travailler l'anglais.
L'étude de cette liste de dix-sept disques est intéressante.
Dans le lot, il y a cinq disques que je n'ai plus. Le premier Peter Gabriel, Too old to rock 'n' roll : Too young to die de Jethro Tull et Pictures at an exhibition d'Emerson, Lake and Palmer, je m'en suis servi comme monnaie d'échange, sûrement dès l'été 1978, pour racheter des manuels scolaires à un copain du quartier.
Pour ce qui concerne
Physical graffiti de Led Zeppelin, que je n'appréciais pas particulièrement, et Bat out of hell de Meat Loaf, que j'ai beaucoup écouté et que j'aimais bien, j'ai fini par les laisser à mon frère car ils étaient bien plus dans ses goûts.
Restent donc douze disques, parmi lesquels quatre albums des Beatles, relégués en bout de liste. Ce n'est absolument pas un hasard, car on voit bien que l'ordre de cette liste, qui n'est pas alphabétique, est réfléchi. Si les Beatles sont tout à la fin, c'est parce que, en 1978, ma phase Beatles, qui a dû culminer en 1977 et qui explique l'importance numérique du groupe dans cette liste, était déjà passée. J'ai cependant conserver ces disques, et je les apprécie toujours, et j'en ai acquis bien d'autres d'eux depuis. Mais aucun n'a été chroniqué ici, car ce sont des albums très connus, qui n'ont rien de particulier (sauf mon pressage allemand de Magical mystery tour, à la pochette violette plutôt que jaune) et qur lesquels j'ai peu d'anecdotes à raconter.
Restent donc huit disques. On va mettre à part le premier Lewis Furey, que je n'ai pas chroniqué ici, mais qui est mentionné dans un article plus ancien sur Vivonzeureux!. J'ai aussi et encore recopié toutes les paroles pour les mettre en ligne, et bien sûr j'ai écrit un livre entier sur Lewis Furey !
Plus que sept disques, donc. Et sur ce nombre, six on été chroniqués ici : The humours of... Lewis Furey, This year's model, Street hassle, Roxy & elsewhere de Frank Zappa / Mothers, Stupidity de Dr Feelgood, et Autobahn de Kraftwerk, que je considère comme le tout premier 33 tours que j'ai acheté.
Ne reste donc plus qu'un seul disque, (Got live) If you want it des Rolling Stones, auquel nous allons nous intéresser aujourd'hui, en souvenir de ce temps où la liste complète de mes 33 tours tenait sur une demi-page. Il est évident que, dès 1979, ma collection avait au moins doublé en volume, et depuis elle n'a fait qu'exploser...

La particularité de cette édition de (Got live) If you want it, c'est qu'elle fait partie de la collection "L'âge d'or" des Rolling Stones, dont elle est le sixième volume. Cette collection du début des années 1970 est sûrement l'un des premiers exemples de rééditions historiques systématiques dans le rock. Le verso des pochettes n'était pas le même que pour les éditions originales, mais on avait droit à l'intérieur de la pochette ouvrante à un livret de quatre pages avec interviews, chroniques, photos et autres documents se rapportant à la carrière française des Stones.
Si j'ai acheté (Got live) If you want it, c'est sûrement parce que je voulais avoir Satisfaction. Ça veut donc sûrement dire que, le jour où j'ai acheté ce disque, le volume 4 de la collection, justement titré Satisfaction, n'était pas dans les bacs de Carrefour. Sinon, j'aurais mieux fait de le prendre, car il contient la version studio de ce tube et plein de bonnes choses, alors qu'ici on a le premier album en public des Rolling Stones, réputé pour avoir un son ultra-basse fidélité. Mais au bout du compte, je suis assez d'accord avec la conclusion de Philippe Rault dans Rock 'n' Folk en mars 1967, reproduite dans le livret pour dire que l'excitation l'emporte, notamment pour les deux titres d'ouverture, Under my thumb et Get off of my cloud : "La prise de son n'est pas absolument fantastique en ce qui concerne les guitares mais, avec la pagaille qui devait régner dans la salle, on comprend que les opérateurs se soient heurtés à quelques problèmes techniques. Néanmoins, les défauts d'enregistrement disparaissent au contact de l'excitation communicative qui se dégage de l'ensemble. Pour les "fans" des Stones et les autres, une excellente acquisition.".
L'histoire discographique de cet enregistrement en public est particulièrement chaotique.
Got live If you want it !, au départ c'est un 45 tours, le premier disque en public des Stones, sorti en Angleterre en 1965 (Première complication : l'édition française n'avait pas tout à fait les mêmes titres).
En 1966, les Stones devaient un album à leur distributeur américain pour conclure un contrat. On décide alors d'y sortir (Got live) If you want it, présenté comme étant enregistré au Royal Albert Hall de Londres. Sauf que le concert de Londres avait été tellement émeutier qu'il semble bien que les enregistrements publiés aient plutôt été faits à Newcastle et Bristol les 1er et 7 octobre 1966. Enfin, pour ceux qui sont réellement en public, puisque Fortune teller et I've been loving you too long sont des versions studios de 1963 et 1965 respectivement, trafiquées avec une bonne dose de cris pour donner l'impression d'être en concert.
Cet album est sorti en France en 1967 sous ce titre, ainsi que dans de nombreux autres pays, mais pas en Angleterre où on le trouvait seulement en import. Il y a bien eu une édition pressée en Angleterre, titrée Have you seen your mother live !, mais elle était destinée à l'export dans certains pays européens.
Et c'est comme ça que, en 1971, Decca a pu sortir la compilation Gimme shelter, avec la face A en studio et des extraits de (Got live) If you want it en face B, et se permettre d'écrire en toutes lettres sur la pochette "Including 6 live tracks never before released in the UK". Et cela explique pourquoi la moitié des titres (pas spécialement les meilleurs) du volume 17 de "l'âge d'or" des Rolling Stones, que possède KMS, sont des duplicatas de ce volume six !
Donc, tout le monde s'accorde que ce disque est un bon exemple de l'exploitation commerciale la plus crasse possible par l'industrie, puisque le son n'est pas digne d'un enregistrement pirate (ça a peut-être donner des idées aux gens qui, dans ces années-là, ont commencé à se lancer dans l'édition pirate), mais il n'empêche que l'énergie rock 'n' roll passe l'écueil du son et cet album, qui fait quasiment aussi office de best of de l'époque, et permet quand même de bien s'éclater, au moins sur les titres rapides, qui sont heureusement majoritaires, comme Not fade away, The last time, 19th nervous breakdown, I'm alright (même pas crédité à Bo Diddley sur l'édition originale), Have you seen your mother, baby, standing in the shadow ?, et Satisfaction bien sûr.

02 septembre 2016

THE PENTANGLE : Once I had a sweetheart


Acquis chez Troc.com à Profondeville le 2 août 2016
Réf : 5C 006.90254 -- Édité par Stateside aux Pays-Bas en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Once I had a sweetheart -/- I saw and angel

Après le Bob Seger, voici l'autre 45 tours trouvé à Profondeville que j'ai "sauvé" en réunissant le disque et sa pochette qui se trouvaient séparés l'un de l'autre à quelques disques d'écart dans le bac.
La pochette de ce 45 tours hollandais est un peu trompeuse : l'illustration est adaptée de la pochette du premier album de 1968, mais la face A est extraite du troisième album, Basket of light, de 1969.
Au fil du temps, j'ai eu l'occasion d'écouter des albums réputés de Fairport convention, comme Liege & lief et Unhalfbricking mais, malgré les recommandations répétées de Philippe R., je suis toujours resté à l'écart de The Pentangle.
Pourtant, je connais de nom tous les membres de ce qu'on peut considérer comme un supergroupe du folk anglais, fondé par deux potes qui avaient déjà collaboré en 1966 pour l' album Bert and John, les guitaristes Bert Jansch, qui est mort en 2011, et John Renbourn, qui est mort en 2015. Le groupe est complété par Jacqui McShee au chant, Terry Cox à la batterie, et Danny Thompson à la contrebasse, connu pour avoir joué avec John Martyn et des dizaines d'autres.
Once I had a sweetheart, c'est du folk, donc, avec Jacqui McShee au chant. C'est déjà très bien, mais dans la partie instrumentale, avec le sitar de John Renbourn, la contrebasse jouée à l'archet et d'autres sons, ce folk baroque se teinte de psychédélisme et on passe dans une autre dimension.
La face B, I saw an angel, est une autre chanson traditionnelle arrangée par le groupe. Elle est chantée par l'un des gars et n'est pas mal du tout non plus. Elle a dû être assez dure à trouver pendant longtemps car elle n'était pas sur le 33 tours à l'origine, mais on la trouve en bonus sur la plupart des rééditions CD.
Pour ma part, ça ne me dérange pas de faire mumuse avec des pièces de puzzle discographique si c'est pour faire des trouvailles de ce genre !

Depuis 1995, Jacqui McShee mène Jacqui McShee's Pentangle, un groupe qui tourne encore cette année.

28 août 2016

DAVID GRUBBS : The spectrum between


Acquis chez Human Relief Welfare à Dalston le 16 août 2016
Réf : DC186CD -- Édité par Drag City aux Etats-Unis en 2000
Support : CD 12 cm
9 titres

J'ai fait un court séjour à Londres à la mi-août, notamment pour assister à la projection du documentaire Lawrence of Belgravia, que j'ai mieux apprécié en salle qu'en DVD, d'autant qu'il était complété par une intervention de Lawrence et du réalisateur Paul Kelly.
J'en ai profité pour acheter des disques pas chers, bien sûr, et j'ai surtout trouvé des CD.
A la grande boutique d'Oxfam à Dalston, où j'avais trouvé un bon paquet de disques l'automne dernier, dont un maxi de Lambchop, j'ai à nouveau trouvé quelques CD et 45 tours intéressants. Mais c'est quelques portes plus loin, chez Human Relief Welfare, dans une boutique qui ne paie pas de mine, que j'ai fait ma meilleure trouvaille.
Il y avait un carton de CD à 50 pence, que j'étais en train de fouiller sans rien y trouver. Mais la vendeuse m'a interpellé pour me montrer un carton plein de CD qu'elle s'apprêtait à mettre en rayon. Beaucoup de choses de bon goût dedans, dont des rééditions et des promos. Je me suis efforcé de me montrer raisonnable dans mes choix, au vu notamment des pilesqui ne cessent de grandir à la maison de CD que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter, mais je suis quand même ressorti de là avec plus de vingt disques, de Captain Beefheart à Robert Wyatt, des Byrds à Will Oldham !
Dans le lot, il y avait deux albums de David Grubbs. The optimist notes the dusk n'est pas mal, mais je lui ai préféré The spectrum between, musicalement, mais aussi à cause du graphisme du rond de CD :



Il n'y a pas de mention particulière qui indique sur la pochette que mon disque est un hors-commerce destiné la promotion. Simplement, le code-barre est perforé, ce qui indique généralement que le disque n'a pas vocation à se retrouver dans le commerce de détail.
Aucune indication particulière non plus sur le rond de CD. Je n'ai pas trouvé d'image du disque lui-même en ligne, mais je parierais bien que, pour les exemplaires commercialisés on a quelque chose d'assez classique, alors qu'ici on a une assez bonne blague à l'intention des journalistes et gens du métier un peu rapaces : un CD non pas sur Drag City (DC) mais sur DCBAY, qui est un promo tout prêt à être revendu aux enchères. Les rubriques de l'Ebay encore un peu balbutiant de l'an 2000 sont pré-remplies, le vendeur indélicat est qualifié de "scumbag" (disons, "sac à merde") et il est indiqué que le produit permettra à du hash non fumé de se trouver une maison ! Une façon encore pas trop méchante pour un label indépendant, aux budgets de promotion forcément limités, de s'en prendre à certains de ses partenaires...
Plus de quinze ans ont passé, mais j'ai quand même pris la peine de vérifier : de nombreux exemplaires de The spectrum between sont en vente sur Ebay, mais je n'en ai vu aucun présenté comme un promo !
Tout comme son compère de Gastr Del Sol Jim O'Rourke, David Grubbs est capable de se lancer dans des projets bien barrés, virant à "l'expérimental" ou "l'avant-garde", mais il peut tout aussi bien produire des morceaux qui ne sont ni plus ni moins que d'excellentes chansons que de nombreux artistes "pop" pourraient lui envier.
C'est ce deuxième aspect de son œuvre que je préfère, et j'ai de la chance, car c'est celui auquel j'ai été le plus souvent exposé, sur scène et sur disque.
Avec Dorian Feller, je l'ai vu en concert à la MJC Claudel le 15 mars 1999, avec Superstructure en première partie (aucun souvenir), dans une série de quatre concerts en cinq semaines où j'avais aussi vu Dogbowl, Superflu et Calc (aucun souvenir non plus, à tel point que la mémoire ne m'est même pas revenue quand j'ai chroniqué des disques de ces groupes !),et DAAU. Il était seul à la guitare acoustique et pour le coup je me souviens que j'ai apprécié sa prestation et que j'ai passé un bon moment.
Peut-être même a-t-il joué ce soir-là des morceaux de The spectrum between ? En effet, l'album a été enregistré dans l'année qui a suivi et il est dans la même veine, avec des paroles directes mais très originales. Le disque a été enregistré à New-York, mais il est aussi un petit peu français puisqu'on y trouve les fondateurs du label Rectangle Noël Akchoté (à la guitare sur trois titres) et Quentin Rollet (au saxophone sur un titre).
De Seagull and eagull à Two shades of green (à  rapprocher, forcément, de Two shades of blue sur l'album de 1998 The thicket), j'apprécie vraiment la plupart des chansons de ce disque, avec une préférence particulière pour la séquence de quatre titres qui va de Gloriette (qui démarre calmement à la guitare acoustique avant une partie instrumentale assez longue mais réjouissante, propulsée par la batterie de John McEntire de Tortoise) à Pink rambler.
David Grubbs est également professeur au conservatoire de Brooklyn et l'auteur d'un livre paru en français l'an dernier, Les disques gâchent le paysage : John Cage, les années 1960 et l'enregistrement sonore. Les disques qui gâchent le paysage sonore, c'est peut-être vrai pour John Cage et la musique expérimentale des années 1960, mais c'est pas demain que ça le sera pour moi !

The spectrum between est en vente chez Drag City, où l'on peut écouter des extraits de tous les titres.

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