13 octobre 2019

ALBUM ORCHESTRE ROCK STEADY SKA


Acquis sur le vide-grenier du parking Leclerc à Pierry le 29 septembre 2019
Réf : [sans] -- Édité par Éditions Monica en France en 1969
Support : 40 pages 27 cm
6 titres

Ça serait bien, mais on ne peut pas faire tous les dimanches des récoltes de disque aussi bonnes et variées que celle que j'ai faite à Val de Vesle cette année. Deux semaines plus tard, à Pierry, juste avant que les grosses averses annoncées n'éclatent, je n'ai acheté aucun disque. Je ne suis pas reparti bredouille pour autant puisque, juste avant la fin de mon tour, je suis tombé sur un lot de partitions en bon état, même si elles sentent la cave. A 50 centimes pièces, j'ai en ai extrait deux de Georges Jouvin que je ne connaissais pas, et cet album pour orchestre de six titres rock steady / ska.
Visiblement, il y a eu en France en 1969 des tentatives pour faire du rock steady et du ska des danses en vogue. Je ne sais pas jusqu'à quel point ça a réussi, mais en tout cas on trouve la trace de ces efforts dans la publication d'au moins deux 45 tours, Dansez le rock steady de John Musy (Régine lance une nouvelle danse sur une musique composée par Joe Dassin !) et l'instrumental Super-Danse / Rock steady !! Ska !! de l'organiste Jean-Pierre Sabar. La publication en France cette année-là ce cet album de partitions s'inscrit bien sûr dans cette tendanse (si je peux me permettre cette facétie...).
Et qu'est-ce qu'on trouve dans cet "album" ? Eh bien les partitions de six chansons, avec pour chacune, un recto pour le chant et la guitare mélodique, la guitare basse, la guitare rythmique (je n'en ai pas numérisé, mais une partition de guitare rythmique d'un titre ska ou rock steady, c'est d'une monotonie et d'une régularité vertigineuse !), les cuivres (trompette ou saxophone) ainsi que les paroles.
En feuilletant rapidement la chose, j'ai vite remarqué qu'un certain Edmund Grant signait ou co-signait tous les titres. Sans avoir besoin de le vérifier, j'ai su tout de suite qu'il s'agissait d'Eddy Grant. Et, effectivement, chose assez surprenante, en plus d'être membre des Equals, groupe signé chez President au Royaume-Uni, Eddy Grant était en contrat comme auteur-compositeur et producteur avec ce label et ses sociétés satellites. C'est ainsi que, en 1967 et 1968, sont sortis des 45 tours sur lesquels on retrouve les six chansons de mon album de partitions :
Aucun de ces disques n'a été édité en France à l'époque. Cependant, nous sommes nombreux à connaître la pochette de Sounds like Ska, une compilation de 1968 parue chez Joy Records, filiale de President, qui compte douze titres, dont les six de mes partitions. La compilation elle-même n'est pas facile à trouver, mais la pochette on l'a vue reproduite en 1978 sur la pochette intérieure d'All mod cons de The Jam :



En France, pas plus de compilation que de 45 tours, mais les éditions Monica ont passé un contrat avec Joy pour publier cet album de partitions. Les arrangements sont du compositeur Léo Nègre et d'un certain Gidet.
Comme il ne faut surtout pas compter sur moi pour vous donner une interprétation musicale à partir de ces partitions, je vous propose d'écouter les versions originales des 45 tours.
Ethiopia cite ouvertement Strawberry Fields forever. pour une chanson aux paroles très rasta.
Pour Rough rider, j'ai tiqué quand j'ai vu que cette chanson était signée par les membres de The Four Gees. Depuis que j'ai acheté en 1980 I just can't stop it de The Beat, qui en contient une version, je sais que cette chanson est de Prince Buster. Certes, la version de 1968 de Prince Buster est la plus connue, mais c'était déjà une reprise. Les crédits de l'album de The Beat ont été corrigés lors des rééditions.
Rock steady '67, qui cite de grands succès de ska et de rock steady, était déjà un peu datée deux ans plus tard, alors, sur la partition, c'est devenu Rock steady '69.
Pour Everything is alright, comme pour Ethiopia, les chœurs sont pompés sur un titre très connu. Cette fois-ci, c'est Uptight de Stevie Wonder qui est passée à la moulinette d'Eddy Grant.
Don't say goodbye est très bien également dans le style. Quant à John Chewey, la version que j'en ai trouvée, qui semble être celle du 45 tours, est instrumentale. Pourtant, comme pour les autres chansons de l'album, des paroles françaises sont proposées dans l'album, dues à l'auteur très prolifique Jean Eigel.
C'est souvent gentillet, y compris pour Rough rider, qui devient Hé, minute, Cocotte !, même si certaines allusions sexuelles sont conservées ("Je ne sais pas si tu t'imagines ? Je ne suis pas une machine" et "Avoue qu't'y vas un peu fort. L'amour, ça n'est pas du sport.").
J'aurais préféré un disque, mais je suis quand même bien content d'être tombé sur ces partitions. La même équipe a également publié un album avec douze chansons des Equals.
Cet album a été publié à destination des orchestres. J'ai cherché, mais je pense qu'aucune de ces partitions n'a été utilisée pour enregistrer une version sur disque. Dommage. S'il y a des volontaires pour se lancer maintenant, voici les paroles et la partition chant de Rough rider :







05 octobre 2019

ERNEST LÉARDÉE ET SON ORCHESTRE DE DANSE ANTILLAIS : Ces zazous là


Acquis sur le vide-grenier de Val de Vesle le 15 septembre 2019
Réf : 1394 -- Édité par Riviéra en France en 1952
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Ces zazous là -/- A Karukera

Il faisait beau le 15 septembre dernier, alors on a décidé de faire la route jusque Val de Vesle. Ça m'arrive rarement mais, les deux dimanches précédents j'étais rentré de brocante sans avoir dépensé un seul centime. Là, j'espérais repartir avec au moins un disque dans ma besace. J'ai été comblé puisque j'ai acheté deux CD (de Laura Veirs et Henri Debs), une grosse poignée de 45 tours années soixante et, sur un stand où je m'étais arrêté au départ pour acheter du raisin, je suis tombé sur une pile de 78 tours de laquelle j'ai extrait des disques d'Alphonso et son Orchestre Créole, du Rico's Creole Band et celui-ci d'Ernest Léardée, dans lequel je plaçais beaucoup d'espoir à cause du titre Ces zazous là.
Je ne le connaissais pas du tout, mais Ernest Léardée, qui est mort en 1988 à 92 ans, violoniste puis clarinettiste, saxophoniste et chef d'orchestre, est un grand nom de la musique antillaise. Il a même eu droit chez Frémeaux à un double CD rétrospectif sur la deuxième partie de sa carrière, Rythme des Antilles 1951-1954. Dans le livret, son biographe Jean-Pierre Meunier détaille sa carrière dans les années 1920 et 1930, avec l'Orchestre Stellio notamment, ainsi que ses engagements dans les différents lieux de spectacle parisiens, dont le Bal Nègre de la rue Blomet. On parle de quelqu'un qui a gravé ses premiers disques fin 1929...
Il a repris son parcours discographique après la seconde guerre mondiale et a notamment enregistré six titres en janvier 1952 pour Riviera, l'un des labels d'Eddie Barclay, qui sont sortis coup sur coup sur trois 78 tours dont les références catalogue se suivent.
J'ai été un peu déçu de découvrir que cet enregistrement de Ces zazous là est un instrumental, mais l'arrangement et l'interprétation sont de tellement bonne qualité que ma déception a été très courte. Il y a notamment des parties solo qui s'enchaînent, au piano, à la guitare et à la clarinette. Au final cette biguine-calypso "tirée du folklore antillais" est un régal.
J'ai cherché un peu à en savoir plus, et je suis assez vite tombé sur deux versions chantées de Ces zazous là. Je n'ai pas compris toutes les paroles, mais il est bien sûr question de l'accoutrement des zazous. La version par Boscoe Holders, qui date d'avant 1948, est très bien, et c'est celle qui se rapproche le plus instrumentalement de celle de Léardée. J'aime moins la version par Gilles Sala, enregistrée entre 1950 et 1955, à moins que ce ne soit la version d'un 78 tours de 1948, mais il faut dire que la version sur YouTube ne tourne pas à la bonne vitesse !
J'étais déjà bien content de ma récolte quand, en poursuivant mes recherches sur Discogs, je suis tombé sur le 45 tours 4 calypsos du Tropicana Orchestra. Pas d'enregistrement disponible, mais il y a précisé sur la pochette "Ces zazous là = Brown skin girl". J'ai vérifié, et ça m'a ouvert de grands horizons. Effectivement, la chanson connue dans le monde anglo-saxon sous le titre Brown skin girl est la même que Ces Zazous là !
Je la connais en fait depuis longtemps, orthographiée Brown skin gal et en version ska par The Gaylads. La plus connue est sûrement celle de 1956 d'Harry Belafonte, mais elle est très folk acoustique et beaucoup moins "antillaise".
Parmi toutes les versions qu'on trouve, mes préférées sont celle de 1948 d'Edmundo Ros and his Orchestra, elle aussi proche de celle d'Ernest Léardée, et la version calypso chantée par Mighty Terror.
C'est une chanson qui reste encore d'actualité. Il n'y a plus aucune mention des soldats américains qui engrossent les filles des îles, mais on retrouve cette année le titre et une partie de la musique de Brown skin girl, avec Beyoncé parmi les interprètes, dans une chanson de la bande originale du film Lion King : The gift.
La chanson de la face B, A Karukera (Karukera étant le nom donné à l'île de la Guadeloupe par les indiens Caraïbes, avant l'arrivée des colons européens), est co-signée par Georges Liferman et Gilles Sala, qui l'a enregistrée sur un 78 tours en 1951 avec son Trio Karukera et aussi un peu plus tard sur un disque de biguines avec l'Orchestre antillais Caraïbana. La version d'Ernest Léardée, instrumentale encore, est très bien.
Voilà donc une très bonne pioche. Depuis ce dimanche, j'ai quelques regrets d'avoir laissé dans la pile deux ou trois autres 78 tours, qui m'ont paru purement de musique cubaine.
Quant à Ernest Léardée, précisons pour l'anecdote que toute une génération de français a eu l'occasion de l'apercevoir furtivement sur son écran de télé : c'est lui qui incarnait l'Oncle Ben's dans les publicités pour le riz qui ne colle jamais !

A écouter ou à télécharger :
Ernest Léardée et son Orchestre de Danse Antillais : Ces zazous là

A lire :
La biguine de l'Oncle Ben's : Ernest Léardée raconte par Jean-Pierre Meunier et Brigitte Léardée (1989)


Ernest Léardée, le génie de la biguine, émission Artistes de France de France 5 du 6 juin 2017.

27 septembre 2019

JEFFREY LEWIS & THE VOLTAGE : LPs


Acquis par correspondance via Bandcamp le 15 septembre 2019
Réf : [sans] -- Édité par Jeffrey Lewis aux États-Unis en 2019
Support : 1 fichier MP3
Titres : LPs

C'est l'ami Papy Bam de l'émission Bam Balam sur RCV à Lille qui m'a mis sur la piste de ce nouveau titre de Jeffrey Lewis.
Cela fait un moment que je ne suis plus de très près son activité discographique. Il faut dire que, alors que j'en attendais beaucoup (et sûrement trop) après le récit enflammé de concert que m'avait fait Philippe R., j'avais été un peu déçu par la prestation très sympathique mais pas renversante de Jeffrey Lewis and the Junkyard pour laquelle je m'étais déplacé à Nancy en septembre 2010.
Ces jours-ci, Jeffrey Lewis est accompagné par The Voltage, mais les ingrédients musicaux n'ont pas changé pour cette excellente chanson qu'est LPs : un son garage sixties léger avec notamment de l'orgue et un chant omniprésent avec autant de paroles et un débit aussi rapide que sur les disques de Dylan de 1964-1965.
Le thème de la chanson m'est évidemment très cher, ainsi qu'à la plupart des mes potes. Jeffrey raconte comment, adolescent dans les années 1990, il a découvert le rock et s'est constitué une collection en achetant des 33 tours pas chers à une époque où personne n'en voulait. Il a attrapé la vinylite en quelque sorte et il compare ça à une drogue à laquelle il est resté accroché pendant les années 2000.
C'est très sympathique, dans la lignée de High fidelity, avec une vidéo parfaitement dans le ton, mais j'aime encore plus le dernier couplet, dans lequel je me reconnais parfaitement, au contraire de la plupart de mes amis :
"De nos jours, ce produit est si cher que je ne prends même pas la peine d'y goûter. Tout est réédité et bien sûr tout est à un prix très élevé. Le terrain est encombré c'est impossible d'avoir une bonne dose, alors je passe devant les vinyls et je vais fouiller dans les CDs d'occasion. Oui de nos jours c'est surtout des CDs. Personne ne veut les garder alors il y en a plein."
Ah ah. Oui les amis, achetez des vinyls réédités à 20 €, des auto-productions en édition limitée encore plus chères, moi j'achèterai les CD d'occasion pas chers que je trouve, les CD neufs auto-produits à prix correct, et sinon je me contenterai des MP3 !

LPs est extrait de l'album Bad wiring,  enregistré à Nashville et produit par Roger Moutenot, à paraître le 1er novembre chez Moshi Moshi. 



22 septembre 2019

GILIA GIRASOLE ET RAY BORNEO : Stregata stragato


Acquis par correspondance via Bandcamp en septembre 2019
Réf : [54002] -- Édité par Petrol Chips en France en 2019
Support : CD 12 cm
14 titres

Depuis que l'ami Gontard ! m'a parlé de lui et de son projet Lomostatic, je surveille d'assez près la production effrénée de Ray Borneo et de son label Petrol Chips. J'ai notamment apprécié ses collaborations avec les chanteuses Brisa Roché pour le projet 8 et Vestale Vestale pour l'album Pour adultes et adolescents.
Alors, quand s'est annoncé cet album de Gilia Girasole et Ray Borneo, avec en plus la participation de l'ami Noël Belmondo (alias Henri Bingo, de Bingo Bill Orchestra, des Chicken Belmondos, des Frères Nubuck et de Gontard !), je l'ai commandé les oreilles fermées et mon exemplaire est arrivé très vite.
En plus, je trouve très réussie la pochette, avec son lettrage art déco et ses visuels dérivés d’œuvres de Martine Bey.
Ça n'a rien à voir je sais, mais la connexion italienne m'a évidemment fait penser, pour rester dans la galaxie Nubuck, à l'album instrumental Le Rital et la gamine de Rémy Chante (alias Chevalrex).
Je ne connais pas l'italien, mais je n'ai pas eu besoin d'un dictionnaire pour établir que "Girasole" signifie "Tournesol". Par contre, même en en consultant un, je ne suis pas sûr d'avoir trouvé une traduction adéquate pour le titre de l'album. Peut-être Ensorcelée ensorcelé ?
Il y a du beau monde pour accompagner Gilia sur ce disque : pas juste les claviers de Ray Borneo, comme sur d'autres productions du label, mais aussi basses, guitares, batteries et percussions, des cuivres, des chœurs et des claquements de mains.

L'album est court et c'est très bien ainsi, avec 14 titres dont 2 instrumentaux plus une virgule musicale insérée à la fin de deux titres, le tout bouclé en juste 30 minutes.
C'est généralement bon signe : j'avais quelques titres préférés à la première écoute, pas parmi les tous premiers de l'album, et je me suis aperçu aux écoutes suivantes que j'en avais d'autres, ou que ceux qui me plaisaient un peu moins la première fois me plaisaient bien quand même. Au bout du compte, c'est un disque que j'apprécie vraiment beaucoup, et dans son ensemble.
Le premier titre est une bonne introduction à l'album. L'instrumentation est des plus dépouillées, mais j'ai remarqué particulièrement la ligne de basse, ce qui ne m'arrive pas souvent. Le chant parlé en italien (sur un texte de Pier Paolo Pasolini de 1957, Les pleurs de l'excavatrice) et l'accent m'ont fait penser aux enregistrements de Pascal Comelade avec le poète Enric Casasses.
Après ça, s'enchaînent toutes une série de chansons réjouissantes avec des textes frais, signés en collaboration par Ray Borneo, Noël Belmondo, Gilia Girasole et Nicolas Burtin, qui nous content les aventures de Gilia. On commence avec Oublie-moi ("Écoute, je suis têtue, alors tais-toi ! Toi, qui es-tu pour me parler comme ça ?") et Quelle élégance ! ("Voilà que je monte sur mon vélo. J'aurais dû m'y prendre plus tôt. A cette heure il n'y a que des pélos. En plus j'ai mis une mini-jupe. Vont encore m'insulter de pute".).
Après, Dimmi chi sono m'a rappelé Les Frères Nubuck à leur plus pop. Et ça continue comme ça : j'aime aussi beaucoup Brindille, La réclame et Les gens sont dégoûtants, avec son orgue. A plusieurs reprises, certaines ambiances m'ont évoqué Melody Nelson mais, à l'écoute de Trois fois rien, c'est aux expériences pop d’Étienne Charry que j'ai pensé, notamment les groupes virtuels de son projet Catalogue, dont fait partie Ernie Motka.
Ceci n'est pas une chanson en est une, bien sûre, et très réussie. L'album ne faiblit pas sur la fin, avec encore notamment Proche et Terrifique.

Après un premier concert en juillet à Valence, Gilia et sa bande seront à Lyon le 10 octobre. J'espère qu'ils auront un jour l'occasion de venir jusqu'au nord de la Loire.







15 septembre 2019

JHO ARCHER : Voodou time


Offert par Christophe S. à Mareuil sur Ay le 10 août 2019
Réf : 3472 -- Édité par CBS en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ibo lele -/- Anita

Christophe avait trouvé ce disque sur une broc quelques temps plus tôt et il l'avait amené à la maison pour me le faire écouter. Quand il a vu ma réaction fortement enthousiaste, il a gentiment décidé de me l'offrir.
Je crois que je n'avais jamais vu passer avant le nom de Jho Archer. Il est né à Haïti et est mort à 62 ans à Paris en 2005. Danseur et même professeur de danse à New York, artiste de music-hall, il était aussi chanteur, avec une discographie conséquente, américaine et surtout française.
Chez Haïti Liberté, on trouve une bonne description de son style spécifique : "un vrai innovateur des classiques locaux ainsi que des pièces traditionnelles qu’il a épurées de leur folklorisme, en les imbibant de modernité sous sa signature. Spécialement accompagné de musiciens chevronnés, il a prouvé qu’il était le pourvoyeur d’un genre inexploré; pratiquant le métissage entre le jazz et les rythmes du vodou imprégnés de multiples fusions. Apportant dans la foulée une approche planétaire aux paramètres haïtiens; leur évitant toute extinction. Il s’est imposé en ce sens comme un super innovateur des traditions négligées du terroir natal. Cependant, au delà de tout, Archer était un superbe show-man, un monstre indomptable de la scène, un danseur extraordinaire, un chorégraphe qualifié."
Cette présentation s'applique parfaitement à mon 45 tours, un disque de 1968 extrait de son deuxième album, The many talents of Jho Archer. Sur cet album, la face B porte le titre générique Voodoo-Jazz suite, et on en retrouve deux des six titres sur ce 45 tours, qu'on a titré dans le même esprit Voodou time, avec un choix bizarre mélangeant l'orthographe anglaise et française de Vaudou.
Les deux titres sont crédités à Jho Archer, mais il est clair que ce sont des titres traditionnels d'Haiti. Dans les notes de pochette de l'album, Ibo lele est présenté comme une "Danse traditionnelle des guerriers, en l'honneur du dieu Ibo, le dieu du fer". On trouve par exemple une version d'Ibo lélé sur l'album
Voices of Haiti enregistré en 1953 par Maya Daren (la femme sur la pochette de Crystal crescent de Primal Scream) et, dans la discographie de Rodolphe Legros, on trouve Ibo lele ainsi qu'une chanson intitulée Anita.
La version d'Ibo lele de Jho Archer est excellente. Le rythme est très enlevé, la production de très bonen qualité. Sa voix assez "propre" rappelle un peu celle d'Harry Belafonte. Il y a à un moment un solo de saxophone (je crois) et je suppose qu'il est dû à Hubert Rostaing. En effet, cet enregistrement est une production française et c'est l'orchestre qu'il dirige qui officie ici.
Avec une tentative aussi réussie de "moderniser" et d'"électrifier" la musique traditionnelle d'Haïti, je ne pouvais que penser à Mélissa Laveaux, dont l'album Radyo siwèl est l'un de mes préférés de l'année 2018. Eh bien, j'ai dû voir juste puisque, dans un entretien en espagnol chez World Groove, à la question de savoir quels groupes haïtiens l'ont influencée, elle répond Martha Jean-Claude, Boukman Experyans et Jho Archer (ce qui me fait dire que je devrais essayer d'écouter des disques de Boukman Experyans !). Mélissa Laveaux et Jho Archer ont au moins un titre en commun dans leur répertoire, Nan fond bwa de Frantz Casséus.
Sur la face B, on trouve Anita, et c'est presque aussi bon qu'Ibo lele. Dans les notes de pochette de l'album, il est indiqué que "Anita, la fille du port dansera toute la nuit car les marins sont de retour". Ce n'est pas la même chanson, mais là je ne pouvais que penser à la Anita  de l'Île Maurice de Ti Frère.
Après l'introduction au piano, qui joue un motif de quelques notes qui revient à plusieurs reprises, le rythme est à nouveau rapide, et les chœurs sont plus présents que sur la face A. Excellent.
Après avoir été marqué par ces deux excellentes chansons, j'ai essayé de voir si l'album The many talents of Jho Archer était entièrement de la même trempe. Ce n'est malheureusement pas le cas. Sur la face A, on trouve de la variété internationale de qualité (Ooh la la, avec des cordes), avec une version française de What a wonderful world et des reprises de Peanut vendor et de Le condamné de Bécaud.
Même la Voodoo-Jazz suite de la face B m'a un peu déçu. Il n'y a qu'un seul autre titre rapide, Sky boat song, mais il est en anglais pas aussi bon que les deux du 45 tours. Il y a de très bonnes choses parmi les titres lents de la face, notamment Mam'zelle Zizi et Monsieur Ministre, mais je me demande si, tout bonnement, on ne trouve pas sur ce 45 tours les deux meilleurs titres enregistrés par Jho Archer. 

L'album The many talents of Jho Archer est intégralement en écoute sur YouTube.

07 septembre 2019

POL : Live at Pol's


Acquis chez Depostorage à Couvin le 13 août 2019
Réf : AG.Special.007 -- Édité par Smoke en Belgique probablement dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ice cream -/- T.V.A. blues

Quand on fait une virée en Belgique, il faut s'attendre à trouver des disques belges. On peut même l'espérer !
C'est en tout cas la bonne aventure qui m'est arrivé à Couvin, où je suis ressorti d'un dépôt-vente avec la célèbre parodie de parodie Ca gaze pour moi de Plastichke et avec cet autre 45 tours.
Celui-là, avant même de voir le nom de l'artiste je me suis arrêté dessus à cause de la trogne du gars en gros plan sur la pochette. Et puis j'ai vu que j'avais affaire à un disque de Pol enregistré "Live et Pol's". Sur l'étiquette du rond central, il est précisé que c'est Pol du Pol's Jazz Club.
Fait exceptionnel, voici donc une chronique par Pol d'un disque de Pol enregistré chez Pol !
Pol, c'est Léopold Enders, une figure des nuits et du jazz bruxellois, qui est mort en 2000 à 83 ans. Dans les années 1960, il a été portier de plusieurs boites branchées de Bruxelles avant d'ouvrir ses propres clubs, successivement le Carton Club, le Victory Club, le Pol's, le Pol's Jazz Club (rue de  Stassart à Ixelles, celui où ce 45 tours a été enregistré) et le Bierodrome.
Dans l'article du journal Le Soir qui annonçait son décès, on trouve le témoignage de Marc Danval, archiviste belge du jazz, à propos de ce personnage : "Pol était une grande gueule, il traitait les musiciens durement. Mais sa drôlerie sauvait toujours la situation. Au fond, c'était un tendre. Il s'est emporté avec tous ses amis sans jamais se brouiller avec personne." Et aussi : "Il a été le premier à proposer des concerts de jazz moderne, alors qu'il n'aimait pas ça du tout !". D'où peut-être l'anecdote contée dans l'article d'un Pol excédé par la toucher énergique de Burton Greene, qui saute sur la scène, outil en main, pour lui proposer son marteau pour casser plus vite son piano.
Grande gueule et fan de jazz, Pol n'était pas un artiste ni un chanteur. On n'est donc pas surpris de l'entendre ici plutôt mettre l'ambiance, accompagné par Paul Closset and his Dixieland Gamblers. Paul, dont le prénom est souvent par ailleurs orthographié Pol (c'est une épidémie !), était trompettiste et chef d'orchestre. Il est mort en 1989 à 52 ans.
On a de la chance, les deux faces de ce 45 tours sont en écoute sur le site Hu(moeurs) Bruxelloises, avec les paroles en plus, ce qui n'est pas inutile car le Brusseleir (je pense) domine les quelques phrases en français.
Je l'avais un peu espéré et, effectivement, Ice cream, la chanson de la face A, est une version de Ice cream (I scream, you scream, we all scream for ice cream), une chanson populaire devenue un standard de jazz que, pour ma part, j'ai découverte dans une scène du film Down by law de Jim Jarmusch, avec Roberto Benigni, John Lurie et Tom Waits.
C'est très sympa dans un style Jazz Nouvelle Orléans, mais j'ai préféré la face B, T.V.A. blues, notamment le passage de cette "ode" à cette taxe où il dit "J'espère que mon contrôleur des contributions n'est pas ici" avant de chanter "Tout de moi, pourquoi tu prends tout de moi ? T.V.A.".
Les commerçants sont souvent un peu obsédés par la poids des charges. Ça devait être le cas de Pol puisque je n'ai trouvé la trace que d'un seul autre disque sous son nom, paru en 1978, et en face A on y trouve Scheil zat, qui est justement un autre blues contre la TVA : "Allez tous au bistrot, c'est le seul endroit qu'est rigolo. On y oublie la taxation, la TVA et l'inflation". Je n'ai malheureusement pas trouvé en ligne la face B de ce 45 tours, Les bordels de Bruxelles. Je tomberai peut-être dessus lors d'un prochain passage en Belgique...
Notons qu'une rue de Saint-Josse-ten-Noode, commune de la région de Bruxelles, porte le nom de Léopold Lenders : en 1985, il avait aidé à y créer le festival Saint-Jazz-ten-Noode.

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