26 septembre 2020

SANG NEUF EN 89


Acquis sur le vide-grenier de Fagnières le 6 septembre 2020
Réf : JD-EUR 760163 -- Édité par Eurobond en France en 1989
Support : CD 12 cm
14 titres

La brocante de Fagnières a été maintenue, mais sûrement de justesse. Celle prévue la semaine suivante à Athis a été annulée au dernier moment, et avec un département qui a dépassé le seuil d'alerte je doute que celles qui sont encore annoncées pour cet automne puissent avoir lieu.
Je n'y ai acheté des disques qu'à un seul stand, tenu par une grande gueule qui se la jouait pro mais qui n'était pas sur son stand quand je suis arrivé, stand qu'il n'avait pas fini d'installer à plus de 10 h. Je m'y étais arrêté parce que j'avais vu un sac de vinyls posés tout au fond derrière la table et je n'ai vu les CD que quand je me suis retourné et que j'ai faill piétiné les trois caisses pas encore déballées.
Le gars a fini par arriver et m'annoncer un prix de 1 à 3 € pour ses CD, mais il a eu la bonne grâce de m'éviter d'avoir à négocier en me laissant à 1 € pièce les trois disques que j'avais sélectionnés, celui-ci, une compilation de musique d'Afrique et un album d'Orchestra Baobab dont j'ai découvert que je l'avais déjà une fois rentré à la maison...
Cette compilation est l'un des rares projets rock à surfer sur la vague du Bicentenaire de la Révolution. Je me souviens que, quand elle est sortie, Eurobond nous avait inondés à Radio Primitive de dossiers, disques et autres objets promo, tout comme ils l'ont fait à la même époque pour le premier album de Oui Oui. Mais la promo était centrée sur la version "chorale rock" de La carmagnole par l'Echo Râleur. Aujourd'hui, cette version a l'avantage de me faire écouter avec un peu d'attention les paroles de cette chanson révolutionnaire, mais à l'époque la carmagnole je m'en tamponnais et je ne me suis pas intéressé à ce disque, au programme duquel on trouvait pourtant au moins deux groupes que je suivais de près, Mano Negra et Les Négresses Vertes. J'ai eu tort puisque cette compilation a deux grandes qualités : elle réunit la fine fleur du rock alternatif de la fin des années 1980 et tous les titres ont spécifiquement enregistrés pour l'occasion.
Pour ce faire, les groupes se sont succédé au studio Davout à Paris et la réalisation a été confiée à Sodi, par ailleurs producteur de Mlah des Négresses Vertes, Riches et célèbres des Satellites et un peu plus tard de ...De la planète Mars d'IAM.
Le livret du CD est plus que minimal, alors que le 33 tours contenait un livret de 28 pages avec une page par groupe (livret reproduit sur Discogs), mais il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour comprendre que la commande était d'enregistrer une chanson sur le thème de la Révolution française.
A ce petit jeu, ce sont les mauvais élèves Wampas qui s'en sortent le mieux, puisque leur excellent quasi-rockbilly Houa houa hou, sous-titré Ou l'histoire de la révolution, ne comporte comme paroles que les onomatopées du titre, avec quelques "Révolution !" glissés ça et là visiblement dans le seul but d'éviter d'être hors-sujet.
Ce titre a été réédité à un moment en bonus sur un CD de Chauds, sales et humides. Par contre, l'excellent La danse de l'hélicon de Mano Negra, qui n'aurait pas dépareillé sur Patchanka ou Puta's fever, n'est disponible qu'ici. Quant au très bon 200 ans d'hypocrisie des Négresses Vertes, il a été plusieurs fois repris sur des faces B de singles ou des compilations.
J'attendais beaucoup des titres de deux groupes que j'apprécie particulièrement, Les Endimanchés et Oui Oui, qui ne sont disponibles qu'ici. J'ai beaucoup aimé La mazurka du décadi des Endimanchés (qui porte à 16 le nombre de titres de leur discographie, avec les 12 de l'album, la face B du 45 tours et deux autres inédits sur des compilations), mais j'ai été un peu déçu par le Rendez-moi mes bras de Oui Oui.
La tonalité majoritaire de l'album est donc au rock alternatif, comme le ! des Chihuahua, presque trop bons élèves avec une voix qui récite la Déclaration des Droits de l'Homme un peu sur le ton des annonces d'aéroport. Mais on a droit aussi à un peu de musique funky avec Yaourt saucisson révolution des Satellites, à du rap-rock avec Brut d'Auvergne (qui posent la question "Quoi de neuf en 89 ?" de manière plus retenue que le titre du morceau Allez tous vous faire enculer ne l'annonce !) et à de l'indus tribal avec Un sans culotte chez les indiens de Kni Crik.
Au bout du compte, sans s'attarder sur l'aspect commémoratif, on a là un bon album, qui comporte plusieurs raretés et qui nous donne un instantané d'une scène alors bouillonnante. Et j'ai été surpris de découvrir qu'une version de L'Echo Râleur tourne encore en 2020.

A écouter : Les Endimanchés : La mazurka du décadi




19 septembre 2020

FRANÇOIS CHARPIN TRIO : Champagne cocktail


Acquis par correspondance via Ebay en septembre 2020
Réf : KL-1111 -- Édité par Kapp aux États-Unis en 1958
Support : 33 tours 30 cm
16 titres

Comment j'en suis venu à m'intéresser à François Charpin ? Indirectement, à cause de Jonathan Richman, comme souvent... !
Comme j'ai déjà eu l'occasion de le raconter, il reprenait régulièrement sur scène dans les années 1990 Vecchio frack une très belle chanson italienne de Domenico Modugno, créée en 1955, qui raconte la balade nocturne d'un vieil homme qui a remis pour l'occasion son costume de mariage. La balade et la vie de l'homme se terminent quand il s'enfonce dans les eaux du fleuve. Avec cette chanson, Modugno a dû affronter la censure, parce que les paroles évoquaient trop précisément le contact physique (entre deux époux !) et le suicide. Elle est inspirée en partie par l'histoire du prince Raimondo Lanza di Trabia, mari de l'actrice Olga Villi, qui s'est suicidé à 39 ans en 1954 en se jetant par une fenêtre d'un hôtel de Rome.
Il y a quelques mois, j'ai fait des recherches sur cette chanson en espérant m'en procurer un exemplaire sur disque. J'ai découvert à cette occasion que Modugno avait séjourné à Paris vers 1956-1958 et qu'il y avait réenregistré certaines de ses chansons dans des adaptations en français. Vecchio frack revu par Pierre Delanoë est devenu L'homme à l'habit puis le plus souvent L'homme en habit.
La version de L'homme en l'habit par Domenico Modugno est superbe, avec un arrangement et une interprétation d'une grande finesse. Dans le style pérégrination en ville au petit matin, on pourrait tracer une ligne qui irait de Vecchio frack à Sunday morning coming down de Kris Kristofferson en passant par Il est cinq heures Paris s'éveille de Dutronc.
L'homme en habit est une chanson qui n'est pas passée inaperçue : elle a été enregistrée également par Colette Renard en 1957 et par Barbara sur l'un de ses premiers disques en 1958 (à ne pas confondre avec L'homme en habit rouge, un autre 45 tours, de 1974). J'aime moins ces reprises que la version originale, mais le jeu de piano de Barbara est intéressant sur sa version.
J'aurais bien voulu acheter un exemplaire de L'homme en habit par Domenico Modugno pour le chroniquer ici, mais le prix du 45 tours français ou de la compilation américaine sortie pour profiter du succès de Volare étaient un peu prohibitifs avec les frais de port.
Au mois d'août, en même temps que le disque des Afros, j'ai trouvé une autre compilation de Domenico Modugno, canadienne celle-ci, avec Veccho frack. J'allais m'en contenter quand j'ai découvert qu'il existait une autre version de L'homme en habit, par François Charpin et son Trio. Une reprise intéressante puisque c'est justement le Trio François Charpin qui accompagne Domenico Modugno sur sa propre version. Le pianiste François Charpin n'a pas l'accent ni le métier de chanteur d'un Modugno, mais avec le jeu superbe des musiciens et leurs chœurs, c'est une reprise qui se hisse au niveau de l'originale, et en tout cas la meilleure des reprises.
Cette version est parue sur l'album Parade des succès 1958 et, en le trouvant bizarrement chez un vendeur français, j'ai pu m'en procurer l'édition américaine chez Kapp, ce Champagne cocktail.
Outre le savoyard François Charpin, le trio était composé de deux suisses, le guitariste Pierre Cavalli et le contrebassiste Michel Gaudry, que je connaissais pour sa participation à l'album Confidentiel de Gainsbourg. Le quatrième de ces mousquetaires serait le batteur Tony Cossu.
Le groupe a publié plusieurs disques, 45 tours et albums, et a accompagné d'autres artistes, notamment Pierre Perret sur ses premiers enregistrements.
L'album Parade des succès 1958 / Champagne cocktail est présenté comme une de ces nombreuses compilations de reprises vite fait des succès du moment, mais la qualité des versions proposées le place à part dans cette catégorie. Et aussi, un quart des titres sont en fait des originaux, composés par François Charpin avec des paroles de Maurice Pon (à propos de Maurice Pon, je vous conseille de lire le passionnant entretien de 2019 paru dans Je Chante Magazine).
Parmi ces quatre chansons, Mimi n'aime pas est très bien et j'aime aussi bien Tu m'as donné tout ça et Presque rien (qui fait un peu penser à Trenet, comme Pas moi, qui est la plus faible du lot).
En écoutant ces chansons, on pense au compère de Maurice Pon Henri Salvador, et il y a d'ailleurs trois reprises de Salvador ici (mais aucune n'est co-signée par Pon) : C'était hier, Place Blanche et Quand je monte chez toi. Il y a aussi une reprise d'Aznavour, L'amour a fait de moi.
Côté Italie, il y a une autre reprise de Modugno, Lazzarelle, que je connaissais par Marino Marini et cette version est dans le même style et d'aussi bonne qualité. Il y a d'ailleurs une reprise de Marini, Sophia, et une version assez lente de Bambino.
Parmi les autres chansons, sur des rythmes latino-américains, j'aime aussi bien Miguel et une très bonne version de l'excellent Cha-cha-cha des thons.
Au final, on a un album de variété française de très grande qualité, avec des instrumentistes qui sont des pointures venues du jazz, et au moins une très grande chanson, L'homme en habit.

Une playlist avec tous les titres de l'album est disponible sur YouTube.


La très belle pochette de l'édition originale française de l'album, sous le titre Parade des succès 1958.

13 septembre 2020

LES RITA MITSOUKO : Alors c'est quoi


Acquis par correspondance via Rakuten en septembre 2020
Réf : DE 6093 -- Édité par Delabel en France en 2000 -- CD promo interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Alors c'est quoi -- Allo !

J'ai arrêté d'acheter les albums de Rita Mitsouko après la compilation de remixes Re en 1990. Non seulement ça, mais par la suite et pendant des années je n'ai en fait jamais pris le temps d'écouter en entier un seul de leurs albums. Ce n'est que ces derniers temps que j'ai eu l'occasion d'acheter quasiment tous les CD qui me manquaient et je me suis rendu compte, notamment à l'écoute de leur Bestov de 2001, que, contrairement à ce que je pensais, la qualité de leurs productions est restée très grande pendant leur deuxième décennie d'activité.
J'ai notamment craqué sur Alors c'est quoi, de leur album Cool frénésie de 2000, que j'ai réussi à me procurer sur ce single hors commerce.
Cool frénésie est dans son ensemble un excellent album, avec notamment la chanson-titre, sortie en single, le duo avec Jean Néplin Dis-moi des mots et Pense à ta carrière, le portrait acide de certains types du showbiz, avec certainement des tranches de vécu dedans.
Mais Alors c'est quoi c'est autre chose. Un excellent titre rock, original et français, dans la lignée de C'est comme ça (les deux titres sont enchaînés sur Bestov), mais sans partie de guitare frénétique.
Les Rita Mitsouko ont toujours su s'entourer de producteurs et collaborateurs de grande classe, de Conny Plank à Tony Visconti, en passant par Sparks. Ils ont eux-mêmes produit Cool frénésie, mais pour cette chanson ils ont fait appel à Martin Glover, plus connu sous le nom de Youth, le bassiste de Killing Joke et le producteur de dizaines de disques, de The Orb à James. Là, Fred est à la guitare, Catherine au mélodica et au chant, et Youth co-signe la musique, joue de la basse et des claviers et programme la batterie. C'est une réussite !
Il arrive qu'un groupe hésite au moment de finaliser son album entre deux versions d'une même chanson. C'est assez rare qu'il décide d'en mettre deux dans la liste des titres principaux, hors bonus ou titres cachés. C'est pourtant ce que Rita Mitsouko a fait sur Cool frénésie, en considérant même que Alors c'est quoi et Allo !, qui ont les mêmes paroles et la même mélodie de chant, sont deux chansons distinctes.
Et différentes, elles le sont énormément musicalement. Dès l'introduction, il est clair qu'Allo ! est dans un style dance-techno-funk, avec là aussi un invité-vedette, Felix da Housecat aux claviers. Autant dire que, même si j'apprécie mieux la deuxième moitié de la chanson, quand l'instrumentation s'étoffe et se diversifie, je n'ai pas à hésiter longtemps pour décider laquelle des deux chansons je préfère.
Question poule et œuf, je ne sais pas qui est venu en premier entre Alors c'est quoi et Allo !, mais je parierais que c'est Alors c'est quoi, et pour ma part j'ai plutôt tendance à considérer Allo ! comme l'un des ces remixes qui ne garde rien ou presque de la version de départ.
Ce single promo, et aussi un maxi de remixes d'Allo ! également hors commerce, ont failli annoncer un vrai single commercialisé. Une vidéo joyeuse a été tournée, une vidéo de rond-points pré-gilets jaunes, mais, comme le site ritamitsouko.org nous l'apprend, le CD single commercial qui a été pressé mais n'a jamais été distribué. C'est bien dommage car cette chanson avait à mon sens du potentiel.




Les Rita Mitsouko, Alors c'est quoi, en direct dans l'émission Nulle part ailleurs sur Canal + le 16 juin 2000 (copie de mauvaise qualité).


Les Rita Mitsouko, Allo !, en concert aux Eurockéennes de Belfort le 8 juillet 2000.

05 septembre 2020

THE RIP CHORDS : The Queen


Acquis sur le vide-grenier du Jard à Épernay le 9 août 2020
Réf : 5887 -- Édité par CBS au Portugal en 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The Queen -- 409 -/- Here I stand -- Drag City

Le jour où j'ai acheté le disque des Afros, les accros du disque s'arrachaient de bon matin des albums collector à 5 ou 10 €, mais à quelques mètres de là ils ont visiblement délaissé un stand où l'on trouvait deux caisses de 45 tours à 1 € les 3. J'en ai pris pour 2 € et celui-ci était le plus intéressant du lot.
Je ne connaissais pas vraiment ce groupe, The Rip Chords, mais je me doutais bien qu'ils étaient plus ou moins liés à la surf music, surtout avec dans les crédits un 409 signé (Brian) Wilson et (Gary) Usher, un autre signé (Jan) Berry et encore Wilson et encore un dû à (Terry) Melcher et (Bruce) Johnston. Excusez du peu.
Je n'ai droit qu'à une pochette générique avec mon disque, qui est un pressage portugais. Mais il se trouve que cette pochette générique est plus gaie et colorée que la très triste pochette spécifique (je ne peux pas dire "illustrée") :



The Rip Chords est à la base un duo composé de Phil Stewart et Ernie Bringas. Ils ont signé chez Columbia en 1962 et, en studio, ils étaient accompagnés au chant par Melcher (déjà employé par Columbia avant de s'occuper des Byrds) et Johnston, et à la musique par la Wrecking Crew.
Pour simplifier les choses, de 1963 à 1965, c'est une autre formation, avec Phil Stewart, Rich Rotkin et Arnie Marcus, qui représentait publiquement le groupe et assurait les concerts, les prestations télé et les séances photo.
On trouve sur cet EP quatre titres du premier album des Rip Chords, Hey little cobra and other hot rod hits, dont deux sont sortis en face A ou B de single aux États-Unis. Avec trois reprises, dont une des Beach Boys et une de Jan and Dean, il est clair que The Rip Chords sont dans la seconde division de la surf music, mais leurs interprétations sont de première qualité.
Here I stand est leur premier single, chanté par Bringas et Stewart uniquement. C'est une reprise d'un titre de 1958 de Wade Flemons. C'est du post-doo wop et du post-rhythm and blues, avec un accompagnement remarquable de cuivres et de grands coups de guitare électrique, joués par Glen Campbell, apparemment.
Pour The Queen, c'est Terry Melcher qui est au chant principal. C'est une bonne chanson, avec l'accent mis fortement sur le travail vocal. En l'écoutant, j'ai eu l'impression de l'avoir déjà entendue, mais je ne sais pas d'où. A la fin, quand le chanteur monte dans les aigus, j'ai pensé à Del Shannon.
Les deux autres titres sont complètement surf.
409, avec Terry Melcher au chant, est très bien (malheureusement, la version sur YouTube est en stéréo avec canaux séparés pour la musique et les voix; ça sonne bien mieux avec mon 45 tours mono). Cette chanson a été créée par les Beach Boys en 1962, en face B de Surfin' safari. C'est elle qui a lancé la mode de la musique Hot Rod. La reprise des Rip Chords est plus rock.
Pour Drag City, c'est Ernie Bringas qui est au chant. La version stéréo sur YouTube ne met pas du tout en valeur la guitare saturée qu'on entend en fond sur mon 45 tours. C'est une reprise d'un titre de 1963 de Jan and Dean.
On trouve The Queen sur un unique EP français des Rip Chords, dont la pochette est adaptée de celle de leur premier album. J'aimerais bien le trouver aussi à 30 centimes, mais je n'y crois pas trop car il s'échange plutôt sur le marché contre plusieurs dizaines d'euros...

29 août 2020

DIONNE WARWICK : This empty place


Acquis à Paris le 13 avril 2019
Réf : ESRF 1440 -- Édité par Columbia en France en 1963
Support : 45 tours 17 cm
Titres : This empty place -- Don't make me over -/- Wishin' and hopin' -- Zip-a-dee-dooh-dah

Sur ce coup-là, j'ai vraiment manqué d'à-propos. J'ai acheté ce disque l'an dernier dans un grand lot qui comprenait le Radiah, le Thee Stash et le Barracudas (et le même jour j'avais aussi acheté des 45 tours de Brigitte Fontaine !).
Vue ma génération, j'ai surtout connu le répertoire de Dionne Warwick par des reprises : Don't make me over par Errol Dunkley et plus récemment par Nancy Holloway, Anyone who had a heart par Sandie Shaw avec British Electric Foundation, Walk on by par les Stranglers. Celui-ci était mon premier disque de Dionne Warwick. Je l'ai écouté, je l'ai apprécié et je l'ai rangé par ordre alphabétique dans la bonne boite.
Et ce n'est que tout récemment, quand j'ai voulu ranger à côté un autre EP que je viens d'acquérir, que j'ai enfin tiqué. L'autre disque a bien une photo de la chanteuse Dionne Warwick, alors que celui-ci, celui-ci, ça n'a pas de nom. Cette photo d'une femme blanche et blonde sur la pochette est scandaleuse. C'est une tromperie raciste car quand on voit une femme en photo en gros plan sur la pochette du disque d'une chanteuse on ne peut que penser que c'est celle de l'artiste qui chante, à moins que la pochette représente une affiche de film ou de spectacle. C'est une façon de dénier l'existence d'une "remarquable artiste" dont les notes de pochette précisent au dos qu'elle "a étudié la musique pendant 8 années et est devenue une chanteuse et une pianiste étonnante".
Dans les années 1950 et 1960, l'industrie du disque a usé et abusé de subterfuges de contournement plus discrets mais tout autant racistes pour éviter de mettre trop en valeur les artistes noirs sur les pochettes : dessin au lieu d'une photo, paysage ou scène de genre, jeunes en train de danser ou autres scènes d'ambiance. Mais je crois que je n'ai jamais eu jusque-là dans ma collection quelque chose d'aussi flagrant.
A titre de comparaison, voici le premier album de Dionne Warwick, publié en France également par Columbia. Le label s'est contenté d'allonger le titre en y ajoutant "in Paris", mais sinon ça correspond à la pochette américaine, avec bien sûr une photo de Dionne Warwick :


Dionne Warwick, Presenting Dionne Warwick in Paris (Columbia, France, 1963).

Je ne sais pas si la pochette du 45 tours Columbia a quelque chose à voir avec ça, mais toujours est-il que, dans les semaines ou les mois qui ont suivi, toujours, en 1963, c'est Vogue qui s'est mis à sortir en France les disques de Dionne Warwick sous licence de Scepter Records. Toujours à titre de comparaison, voici les pochettes des deux EP Vogue (EPL 8148 et EPL 8169) qui à eux deux reprennent trois des titres de mon EP Columbia. Dionne y est parfaitement en valeur :




Ce n'est évidemment pas la seule fois où Dionne Warwick a dû faire face à certaines formes de racisme dans l'industrie de la musique. Dans son autobiographie de 2010, My life, as I see it, elle prend bien soin de défendre Dusty Springfield, en expliquant qu'il nétait pas prévue qu'elle sorte elle-même Wishin' and hopin' en single et qu'il était normal que la reprise de Dusty sonne très proche de la sienne car l'arrangement était écrit de telle façon qu'il était difficile de s'en écarter. Par contre, pas naïve, elle se doute bien que ce sont des raisons un peu sinistres qui ont fait que Cilla Black ait un tube en Angleterre avec sa reprise instantanée d'Anyone who had a heart, avant même qu'elle-même ait eu l'occasion de venir défendre sa version originale à Londres.

Bon, avec tout ça, il ne faudrait pas oublier de parler de la musique gravée sur ce 45 tours. D'autant que ces quatre extraits de son album, c'est du velours, de la grande classe.
This empty place est son deuxième 45 tours américain, pas un de ses plus grands succès, mais excellent quand même. Il y a quelque chose de Stand by me dans le rythme, et ce style de production, notamment les cuivres, a pu influencer Lee Hazlewood par la suite.
Don't make me over est son premier 45 tours et ce titre est, lui, devenu instanément un classique. Il y a un certain côté dramatique dans cette grosse production, avec des arrangements avec chœurs et cordes parfaits. Le titre de la chanson a été fournie par Dionne Warwick elle-même, commme elle l'a expliqué à L'Express : "Don't make me over, man !"("Me raconte pas d'bobards, mec !"), c'est ce qu'elle avait répliqué à Burt Baccharach quand elle avait appris que Make it easy on yourself, dont elle avait enregistré la démo, ne serait pas comme elle l'avait espéré son premier single car la chanson avait été offerte à Jerry Butler. Dès le lendemain, Don't make me over était composé...
Cette version originale de Wishin' and hopin' est très bien également, avec un petit côté girl group à la Spector.
Tous les titres précédents sont signés Hal David pour les paroles et Burt Baccharach pour la musique et la production. La seule reprise du EP est Zip-a-dee-doo-dah et, dans le contexte de la pochette, c'est assez ironique, car il s'agit d'une chanson du film Mélodie du Sud, produit par les Studios Dysney en 1946. Un film considéré comme suffisamment raciste pour que sa diffusion en salles soit limitée depuis des années et son édition en DVD bloquée. Rien que cette semaine, Disneyland a annoncé qu'il ne diffuserait plus Zip-a-dee-doo-dah dans ses parcs d'attraction, suite à une pétition lancée après les manifestations Black Lives Matter. Hors du contexte du film, la chanson est légère, pleine de soleil et d'optimisme cui-cui les petits oiseaux. Cette version s'inspire sûrement de celle produite par Phil Spector qui a été un tube pour Bob B. Soxx and The Blue Jeans en 1962.

Je ne le savais pas, mais c'est en France que Dionne Warwick a lancé sa carrière internationale. Grâce à Marlene Dietrich, dont le chef d'orchestre était Burt Baccarach, elle a été  à l'affiche du spectacle Les idoles des jeunes à partir du 13 décembre 1963 à L'Olympia. C'était le début d'une longue histoire avec la salle parisienne. A la fin 1964, elle y avait été six fois à l'affiche. En 1966, elle y a enregistré Dionne Warwick in Paris. Elle s'y produisait encore en 2012.


En 1963 dans le Sacha Distel show, Dionne Warwick et Sacha Distel chantent en duo Yeah yeah yeah yeah, puis Que reste-t-il de nos amours ? / I wish you love, en imitant (plutôt mal) Maurice Chevalier et Marlene Dietrich. L'introduction par Claude Brasseur de cette dernière chanson est dans le même mauvais esprit que la pochette du 45 tours, avec une "Marlene" annoncée comme "un petit peu plus bronzée que d'habitude"...


Dionne Warwick en concert au 27 Club à Knokke-le-Zoute, première diffusion le 31 décembre 1964 sur la RTBF.
Titres : Don’t make me over, This empty place, People, A house is not a home, Any old time of day, Anyone who had a heart, Walk on by, What’d I say.





22 août 2020

THE AFROS : Kickin' afrolistics


Acquis sur le vide-grenier du Jard à Épernay le 9 août 2020
Réf : 467571 1 -- Édité par JMJ en Europe en 1990
Support : 33 tours 30 cm
16 titres

Les rares brocantes qui ont pu être maintenues dans le secteur d’Épernay cet été sont celles qui sont majoritairement organisées par et pour de professionnels. C'était presque inespéré, mais j'y ai même fait quelques bonnes affaires.
La semaine dernière au Jard, un vendeur qui avait déballé un grand stand de disques a parait-il fait sensation : il vendait du vinyl neuf, et surtout des occasions à 5, 8 ou 10 €. Trop cher pour moi, mais parait-il qu'il y en avait qui étaient largement en-dessous de la cote, il y a donc eu une ruée autour de ce stand aux petites heures de la matinée.
Aucune trace de cette ruée quand je me suis pointé tranquillement vers les 10 heures. Je me suis surtout intéressé aux deux caisses de disques à 1 €, qui avaient sûrement été délaissées par les collectionneurs/revendeurs car j'y ai trouvé quatre disques qui m'intéressaient, dont cet unique album de The Afros.
Je n'avais jamais entendu parler de ce groupe, mais avec un nom et une pochette pareils pour un disque paru en 1990, l'année d'après le Daisy Age et 3 feet high and rising, je me doutais bien que j'aurais affaire à du hip hop léger et rigolo. La mention de Rush Associated Labels dans le copyright m'a aussi fait penser qu'il devait y avoir un lien avec Run DMC.
C'est effectivement le cas, puisque The Afros, dont le nom pourrait se décliner en "A Funky Rhythmic Organization Of Sounds" est un projet qui associe deux DJs, DJ Hurricane, associé initialement à Run DMC puis aux platines des concerts des Beastie Boys de 1986 à 1997, et Jam Master Jay, pour le coup l'un des membres du trio Run DMC.
L'idée leur est venue après avoir vu le film Hollywood shuffle de Robert Townsend, qui se moque des rôles stéréotypés réservés aux noirs à Hollywood. Ils ont décidé de monter ce groupe dont tous les membres porteraient une perruque afro digne des films Blaxploitation des années 1970 et, pour se lancer, ils se sont offert un petit rôle dans Pause, l'un des titres phares de l'album Back from hell de Run DMC.
Jam Master Jay a inauguré son propre label JMJ avec la sortie de son propre album. Le label est resté actif jusqu'à sa mort, tué par balle dans son studio en 2002.
1990, c'est à peu près la dernière année où les groupes de hip hop pouvaient encore sampler à tout va leur collection de disques sans dépenser des millions en honoraires d'avocat pour obtenir toutes les autorisations ou en dommages et intérêts suite à un procès. L'album des Afros est donc plein d'échantillons, y compris de disques de Run DMC et des Beastie Boys ! (Tout se recycle...)
Il y a au moins un chroniqueur de rap qui pense que Kickin' afrolistics est un disque très moyen, mais pour ma part il m'a fait passer un très bon moment, même si bizarrement les deux singles qui en ont été extraits, Feel it et Kickin' afrolistics, me plaisent bien mais ne font pas partie de mes titres préférés.
Non, parmi les titres qui m'ont vraiment plu et qui m'ont fait bouger, il y a celui qui suit l'introduction du disque, Better luck next time, avec un échantillon de Parliament, et le très ragga This jams for you qui clôt la première face.
L'autre face dans son ensemble est très dynamique. J'y ai surtout repéré le très percussif Afros in the house et Straight from the penial.
Visiblement, il n'y aura pas beaucoup d'autres occasions de faire des trouvailles en brocante cet automne. Je suis déjà bien content d'avoir au moins trouvé cette curiosité rap.





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