16 février 2019

EDICATION SEXELLE : Si i bon di i bon


Offert par Philippe R. à Nantes le 27 janvier 2019
Réf : NCR 006 - ENC-006 -- Édité par ENC en France probablement dans les années 1970 -- Interdit aux moins de 18 ans
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Bell' mè [Belle.Me] -/- Sille bon dille bon [Si i bon di i bon]

Philippe m'a fait ce beau cadeau en pensant que ce disque ne pouvait que m'intéresser. Il avait raison, bien sûr, et je n'ai eu besoin que de jeter un coup d’œil à la pochette pour le confirmer. C'est vraiment exceptionnel ! La paire de fesses sur le panneau sens interdit, les couleurs criardes façon emballage de paquet de lessive, le nom du groupe, Edication Sexelle, la mention "Interdit aux moins de 18 ans"... Une parfaite réussite !
Là où mon intérêt est monté d'un cran, c'est quand j'ai entrepris de trouver des informations sur ce disque pour savoir un peu plus à quoi j'avais affaire. Et là, c'est bien simple et c'est quand même étonnant en 2019 : je n'ai trouvé absolument aucune mention de ce disque en ligne. Rien, nada, que dalle sur un groupe nommé Edication Sexelle ou sur ce disque !
Il faut dire que les données à disposition sont parcellaires et peu fiables en-dehors du nom du groupe : les chansons ont des titres différents sur la pochette et sur l'étiquette du disque; la référence sur la pochette est NCR 006 mais c'est ENC-006 sur le rond central. Il n'y a aucune mention de label non plus, peut-être en raison de la thématique sexuelle du disque, qui était peut-être censé être diffusé sous le manteau. Il y a juste en petit au verso de la pochette la mention "Distribution : ENC Records, 48, rue Tiquetonne, 75002 PARIS - Tél. 236-68-13".
La présence d'un code postal à 5 chiffres nous indique que ce disque date d'après juin 1972. Pour ce qui concerne ENC Records, j'ai trouvé une référence sur Discogs, une seule valable (l'autre correspond à un label homonyme), celle d'un 45 tours des Vikings de la Guadeloupe, Lé en ké maillé, ce qui confirme simplement ce que mes oreilles m'avaient indiqué à l'écoute: il s'agit de musique des Antilles.
C'est tout ce que j'ai trouvé sur ce disque, une bien maigre récolte, et j'espère que les commentaires de cette chronique pourront la compléter.
La présence sur le même label n'est pas suffisante pour avancer qu'il y a un lien direct entre Les Vikings de la Guadeloupe et Edication Sexelle, mais je saisis quand même l'occasion de vous montrer la pochette de leur album Message aux pachas, qui doit dater de la même époque et qui visuellement a un point commun avec celle de mon 45 tours :



Le nom du groupe Edication Sexelle fait clairement référence à l'éducation sexuelle, un sujet d'actualité dans ces années-là, une actualité qui m'a concerné au premier chef puisque j'étais au collège dans les années qui ont suivi la circulaire Fontanet de 1973 sur cette question. Mais sur ce sujet, la meilleure leçon c'est Pierre Perret qui nous l'a donnée en 1975 avec son tube Le zizi. Dans mon souvenir, avec mon frère et ma sœur on avait appris les paroles par cœur et on se faisait un point d'honneur de les chanter un peu partout le plus fort possible. Quand je les relis aujourd'hui, je me demande quand même si on connaissait l'intégralité des trois couplets et du refrain...
Passons à l'écoute du disque. Contrairement à ce que pourrait laisser penser la pochette, la face A n'est pas Si i bon di i bon mais Bell' mè. Je ne comprends pas les paroles en créole, mais il est bien question à la fois de sexe ("69", "position",...) et de belle-mère, deux sujets qu'on n'associe pas d'emblée ! Musicalement, l'accompagnement est de qualité, avec notamment un pianiste remarquable.
Pour la face B, j'ai failli être complètement nul : il m'a fallu trois semaines pour retrouver la trace de Si i bon di i bon, une chanson de Ry-Co Jazz ! Et pourtant, j'ai la pochette de leur 45 tours depuis vingt-cinq ou trente ans, c'est même l'un des tous premiers disques antillais que j'ai jamais acheté (sauf que ce n'est pas le bon disque qui est dans la pochette...) et j'ai écouté cette chanson il y a à peine quelques mois, car elle figure sur la compilation Disques Debs Internation vol. 1, dont j'ai parlé récemment à propos de Daniel Forestal. Comme pour Edication Sexelle, Si i bon di i bon est mis en valeur sur la pochette, mais relégué en face B du 45 tours :






Les paroles sont différentes, la version est beaucoup plus courte, ce qui fait qu'il manque ce qui fait tout l'intérêt de la chanson originale, la longue partie instrumentale et dansante avec orgue et cuivre, mais la chanson Si i bon di i bon d'Edication Sexelle est bien une reprise de celle de Ry-Co jazz. Et là encore, on sent que les musiciens, notamment le guitariste au toucher très jazz, sont de grande qualité.
En tout cas, j'espère qu'on en saura bientôt un peu plus sur ce disque car tout, tout, tout je voudrais savoir tout sur Edication Sexelle !

Ceci était la 1499e chronique de Vivonzeureux!. En attendant la 1500e prévue la semaine prochain, je vous invite à relire celles qui ont marqué les précédentes bornes, la 100e, la 500e et la 1000e.

A écouter :
Edication Sexelle : Bell' mè
Edication Sexelle : Si i bon di i bon

10 février 2019

PORTA S. : Enfants de la rosée


Offert par Thomas B. par correspondance en janvier 2019
Réf : [sans] -- Édité par Stomoxine en France en 2019
Support : 9 x mp3
9 titres

C'était il y a quelques semaines. Un inconnu profite de la nouvelle année pour m'offrir un petit album de musique réalisé avec des amis. Comme ça, sans engagement. Par la suite, j'ai appris que Thomas B. est un lecteur régulier de Vivonzeureux!, qu'il apprécie Jonathan Richman (même si ça ne se reflète pas dans sa musique), Pascal Comelade, Albert Marcoeur et Robert Wyatt, et qu'il m'est reconnaissant de lui avoir fait découvrir Brodé Tango et Family Fodder.
Je suis toujours content quand j'ai un contact avec un lecteur de Vivonzeureux!. Je suis toujours content aussi quand on me fait des cadeaux, et encore plus quand il s'avère que j'apprécie sincèrement la musique qu'ils contiennent.
Déjà, avec Enfants de la rosée, avant même d'écouter on peut apprécier les titres, en français. Outre celui de l'album, il y a Convergence des flûtes, Hôtel Califourchon, Goût rossignol, Les langues se lavent...
A l'écoute, j'ai découvert que la musique de Porta S. n'est pas dans un style que j'écoute quotidiennement, mais que j'apprécie quand même. Pas de chant, mais pas de la musique instrumentale non plus, puisque des voix, sûrement des échantillons, parsèment les enregistrements. C'est original et varié, proche dans l'esprit (même si je n'ai pas réécouté pour vérifier) du disque de La Semence Pastorale que j'ai chroniqué l'an dernier.
En le sachant d'avance, j'ai pu faire des correspondances avec Brodé Tango (Convergence des flûtes, au début) ou Comelade (Vermicelles, tout à la fin).
L'ordre des titres doit être bien choisi car, pour l'heure, mes titres préférés sont les deux premiers, Crémaillère, avec orgue, guitare et percussions et des voix qui font "Na na na", et Vermicelles. J'ai repéré aussi particulièrement Convergences des flûtes, plus rythmé, avec voix traitées, saxophone et orgue, et Tasseau, avec un rythme qui évoque un convoi de western ou une caravane, et qui du coup me fait penser à Procession towards learning land, de la série Homo safari de XTC. Dans le même ordre d'idée, Rancho Marâtre, avec ses percussions, me rappelle un peu Work away Tokyo day, de l'album solo de Mr. Partridge, qu'avec Philipe R. nous avions choisi comme indicatif de notre émission Camisole en 1982.
A noter également, Raisin de Caroline et sa guimbarde, et Hôtel Califourchon, avec des coups de grosse caisse dans la deuxième moitié qui sont comme un appel à la piste de danse.
Un album que je vous recommande chaudement, donc, par un groupe qui reste assez mystérieux. Sur le même label Stomoxine, ils ont déjà sorti deux autres album, Babe en 2016 et Gloria minou en 2017. Dans les crédits de ce dernier, il est indiqué que le groupe est composé de Louboulbill, Noboupilou et Pounil. Sur la photo de leur page Facebook, il y a trois têtes, ce qui tendrait à confirmer qu'on a affaire à un trio.

Enfants de la rosée est disponible chez Stomoxine, en cassette si ça vous chante mais mais pour ma part ce n'est pas mon truc, ou en version numérique.




03 février 2019

THE HILLS : Juanita Banana - THE IN-BETWEENS : Take a heart


Acquis chez La Ressourcerie de l'Île à Rezé le 26 janvier 2019
Réf : 70 987 -- Édité par Barclay en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : THE HILLS : Juanita Banana -- Fun -/- THE IN-BETWEENS : Take a heart -- Little nightingale

Dans une ville comme Nantes, on ne s'attend pas de nos jours à trouver des disques années soixante intéressants dans la grande ressourcerie de la ville. Celui-ci, acquis originellement le 14 juin 1966 si j'en crois l'inscription à la Dymo collée au dos, a attiré mon regard car je me suis dit que j'avais peut-être affaire à la version originale de Juanita banana, popularisée chez nous par Henri Salvador. Et puis, cet autre groupe sur la face B, The In-Betweens, pouvait réserver une bonne surprise.
Bon, pas de mystère en tout cas, si ce disque était encore là, c'est que la face A est en grande partie hachée de rayures très marquées. Et puis, bien sûr, je n'ai que le disque, pas le porte-clés : "Ce disque est accompagné d'un porte-clés offert par le Comité inter-professionnel de la Banane 123 rue de Lille, Paris. Réclamez-le à votre disquaire qui se fera un plaisir de vous le remettre."
Le porte-clés n'était donc pas à l'origine attaché petit trou fait dans la pochette du disque, ce qui n'est pas très pratique de toute façon. J'ai quand même trouvé un exemple, sans doute assez rare, des deux ensembles :



Notons au passage que, la pochette plus le porte-clés constituent ensemble une œuvre pop-art par excellence. Je ne serai pas surpris que, au détour d'un séjour à Paris en 1966, elle ait influencé Andy Warhol pour la création de la pochette de The Velvet Underground & Nico...
Il s'est avéré très vite que cette version de Juanita Banana par The Hills n'est pas la version originale. Celle-ci est due à un groupe de studio nommé The Peels, subtile différence, ce qui nous confirme instantanément que cet EP édité par Barclay n'est ni plus ni moins que ce que j'appelle un disque parasite, dont la seule raison d'être est d'aspirer une partie des bénéfices générés par le succès d'un titre. Bien tenté ! Dans le même genre, il y a eu en France un 45 tours Panorama crédité à The Reels ! Tout cela a incité le label original, Karate, à réimprimer la pochette du 45 tours de The Peels en y ajoutant la mention "La véritable "Juanita Banana"", parade classique mais sûrement pas suffisante pour limiter le siphonnement des ventes.
Par souci de justice, et parce que les vidéos valent le coup, je ne résiste pas au plaisir de vous proposer un passage à la télé française de The Peels et le Scopitone d'anthologie d'un Henri Salvador en grande forme :


The Peels, Juanita banana, en public pour la télévision française, le 5 mai 1966.


Henri Salvador, Juanita banana, Scopitone de 1966.

Avant de publier, cet EP, Barclay avait édité l'enregistrement de The Hills sous forme d'un 45 tours deux titres, avec une pochette choc ! Celui-là, je ne le laisserai pas passer si je tombe un jour dessus :



Notons que, pour que la contrefaçon soit parfaite, on a choisi de repomper l'intégralité du 45 tours, puisque Fun, l'instrumental sympathique de la face B, est une reprise/copie de la face B du  45 tours de The Peels !
Bien malin qui pourrait dire qui se cache derrière ce nom de groupe The Hills. Ce disque n'est sorti qu'en France, mais l'accent anglais étant parfait, je pense qu'il ne s'agit pas de français. En tout cas, leur version de Juanita Banana se tient parfaitement.
Si vous voulez en savoir plus sur le phénomène Juanita Banana, qui a surtout sévi en-dehors des États-Unis, je vous conseille d'aller faire un tour chez PopArchives et chez Probe is turning-on the people !, où vous pouvez télécharger plein de versions de Juanita Banana, jusqu'à l'indigestion !
Ce n'est qu'après la publication du 45 tours que le partenariat avec le Comité Inter-Professionnel de la Banane a dû émerger avec l'idée du porte-clés. Du coup, on a dû décider chez Barclay de sortir un EP quatre titres, qui se vendait plus cher et rapportait plus. Mais, ne disposant sûrement que de deux titres par The Hills, le label a été piocher dans son catalogue deux titres d'un groupe inconnu, The In-Betweens, parmi les quatre de son seul EP, Feel so fine.
Quand on a écouté Take a heart par The In-Betweens avec l'ami Philippe R., on a été agréablement surpris. Dans le style rock de l'époque, ce n'est pas mal du tout, avec même un peu de chœurs à la fin, et, même si on l'espère toujours, on ne s'attendait pas vraiment à trouver quelque chose de cette qualité en face B du 45 tours au porte-clés à la banane ! Le deuxième titre, Little nightingale, est dans la même veine, mais je préfère le premier.
En cherchant un peu, j'ai vite découvert que ces deux titres sont des reprises, de The Sorrows et The Mindbenders respectivement.
Et surtout, en creusant encore un peu, j'ai vite compris que The In-Betweens étaient en fait The 'N-Betweens, et que ces deux titres font tout simplement partie des premiers enregistrements du groupe qui allait devenir Slade !
Je n'ai pas trouvé d'explications détaillées à ce mystère, mais c'est un fait que les seuls enregistrements publiés par la première version de The 'N-Betweens, réalisés en 1965 avec John Howells au chant, n'ont été diffusés qu'en France sur le EP Barclay. Après l'arrivée en 1966 de Noddy Holder, The 'N-Betweens ont sorti quatre autres titres, sur un 45 tours commercialisé en Angleterre et sur un 45 tours promo aux États-Unis. Ensuite, le groupe est devenu Ambrose Slade, puis tout simplement Slade. On retrouve tous les enregistrements parus des 'N-Betweens plus des inédits sur la compilation The genesis of Slade, parue initialement en Autriche en 1996.
En tout cas, à partir d'une reprise-contrefaçon d'une chanson rigolote, même sans porte-clés, je ne pensais pas voyager si loin et me retrouver avec deux titres rares d'un groupe anglais à succès.

23 janvier 2019

VPRO'S DE AVONDEN - CROSSING BORDER 1998


Acquis par correspondance chez Glitterhouse en 1999
Réf : CYCLE 003 CD -- Édité par Cycle aux Pays-Bas vers 1999
Support : 2 x CD 12 cm
25 titres

Pendant la dizaine d'années où, avec l'ami Philippe, on a commandé régulièrement des disques chez Glitterhouse, j'ai acheté un paquet de compilations. Celles éditées par le label Glitterhouse, même si la première, Howl, je l'avais achetée à Reims, et plein d'autres, pas chères souvent, notamment toutes celles où apparaissaient des gens que je suivais à l'époque comme Giant Sand, Calexico ou M. Ward.
Celle-ci n'a pas la pochette la plus belle et n'est peut-être pas la plus intéressante musicalement, mais elle vaut le coup car elle contient deux pleins CD d'enregistrements en concert qui sont je pense complètement inédits par ailleurs.
C'est à l'émission De avonden (Les soirées) de la radio publique hollandaise VPRO que l'on doit ces enregistrements réalisés lors de l'édition 1998 du festival Crossing Border, sur l'une des scènes dont la programmation était assurée par l'émission. Et quelle programmation, puisque l'on retrouve ici quelques-uns de mes chouchous (Dogbowl, Calexico, Lambchop), des valeurs sûres (Chris Knox, Songs:Ohia, Kramer) et des découvertes pour moi : Dave Fischoff et  les régionaux de l'étape Club Diana et Joost Visser.
L'album s'ouvre avec quatre titres de Chris Knox, seul avec sa guitare, sans boites à rythmes ni rien. J'ai sélectionné Letter from LA, où il utilise sa pédale de distorsion, mais franchement j'aurais pu choisir au hasard n'importe lequel des titres car ils sont tous excellents. C'est un document d'autant plus précieux que, suite à ses problèmes de santé, il y a peu de chance qu'il revienne jamais jouer en Europe.
Il s'en passe des choses en vingt ans et il y en a d'autres qui, plus radicalement, ne risquent plus de se produire sur scène : le groupe hollandais Club Diana, dont le chanteur Marcel Brand s'est suicidé en 2009, et Songs:Ohia, puisque Jason Molina, le seul membre permanent du groupe, est mort en 2013. De Songs:Ohia, je vous ai sélectionné Badass, mais l'intégralité du concert du 17 octobre 1998 est en écoute sur YouTube.
Quatre jours avant le festival, j'étais au New Morning pour y voir Lambchop, Vic Chesnutt et Calexico, qui n'avait pu jouer qu'une chanson pour une bête raison d'exclusivité pour le Festival des Inrockuptibles. Là, Vic Chesnutt n'est pas présent, mais on retrouve Calexico, en tournée après la sortie de The black light (j'ai sélectionné Trigger parmi les trois titres), et Lambchop, aussi pour trois titres : un du premier album, une version précoce de Up with people, puisque Nixon n'est sorti qu'en 2000, et N.O., de leur album du moment, What another man spills.
On trouve ici aussi deux titres de l'ami Dogbowl, dans la configuration scénique qui était celle de son concert le 24 février 1999 à la M.J.C. Claudel (la première fois que je l'ai vu en concert), c'est à dire seul avec sa guitare, mais avec un CD d'accompagnement musical (boite à rythmes, synthé, voix,...), ce qui lui permet notamment, sur deux titres de The Zeppelin record, Revolve in you et City of lights, de faire des chœurs avec lui-même. Sur l'autre CD, on trouve Kramer, son compère et producteur des années Shimmy Disc, lui aussi en solo. Je n'avais pas idée que l'ex-Shockabilly et Bongwater avait tourné par chez nous sous son nom à cette époque. Là, il joue trois titres du répertoire de Bongwater, dont une reprise de 13th Floor Elevators.
Parmi les locaux, j'ai préféré Joost Visser, le frère de Peter Visser de Bettie Serveert (ils ont joué ensemble dans De Artsen). J'ai particulièrement apprécié l'assez saccadé Provender aid.
Une superbe affiche, donc, et un document rare,à ressortir un jour comme aujourd'hui, pour l'écouter au chaud quand on est plus ou moins bloqué par les intempéries.

A écouter :
Chris Knox : Letter from LA
Songs:Ohia : Badass
Calexico : Trigger
Lambchop : N.O.
Dogbowl : Revolve in you
Joost Visser : Provender aid

20 janvier 2019

DEFINITION OF SOUND : Now is tomorrow


Acquis probablement d'occasion probablement en Angleterre probablement au début des années 1990
Réf : YRCD 54 - 663 640 -- Édité par Circa en Angleterre en 1990
Support : CD 12 cm
Titres : Now is tomorrow (Experiments in sound Part 1) -- Moira Jane's Café -- Now is tomorrow (Experiments in sound Part 2)

D'ici quelques jours, je ferai un bref retour sur les ondes de Radio Primitive en participant à l'une des émissions programmées dans le cadre de l'opération La BU monte le son.
Du coup, pour préparer, j'ai redescendu mes vieilles cassettes du grenier et je les ai survolées. A un moment, en écoutant l'enregistrement de l'émission Vivons heureux (en attendant la mort), comme elle s'appelait à l'époque, du 22 avril 1991, je suis tombé sur un passage musical que j'ai trouvé vachement bien. Il ne m'a pas fallu longtemps pour reconnaître Moira Jane's Café.
Il s'avère que cette semaine-là, le premier 45 tours de Definition of Sound était "Leu skeud de la semaine" dans l'émission, et en cliquant sur le lien, pauvre de vous, vous pourrez réécouter cette chronique, débit trop rapide et bafouillements compris.
En tout cas, réécouter cette chronique m'aura au moins appris une chose : je savais à l'époque que le groupe était un duo originaire de Londres, alors que si on m'avait posé la question il y a quelques jours j'aurais répondu sans hésiter qu'ils étaient américains...
Moira Jane's Café a toujours été ma chanson préférée de Definition of Sound, mais je me souvenais pour le coup que c'est un autre disque, Wear your love like heaven,  que j'ai choisi de chroniquer ici il y a bientôt neuf ans. Pourquoi ? La réponse est dans la chronique, heureusement, sinon je ne m'en serais pas souvenu ! : "Les titres hip-pop du début des années 1990 ne vieillissent pas tous très bien. Par exemple, pour Definition of Sound, j'ai un peu de mal maintenant avec Now is tomorrow, à cause de la voix féminine avec coffre, du style de celles qui polluent la pseudo-soul de ces dernières années. J'aime toujours autant la face B, Moira Jane's café, qui une fois rééditée en face A en 1992 a été le plus grand succès du groupe aux Etats-Unis, mais le problème avec ce titre c'est que son unique atout musical c'est un sample proéminent du Gloria de Them, à tel point qu'il est plus intéressant de se reporter au titre original.".
Ces remarques ne sont pas complètement à côté de la plaque, mais elles ne justifient pas pour autant d'avoir écarté à l'époque ce CD single, d'autant que la voix d'Elaine Vassell est employée plutôt à bon escient et avec une certaine parcimonie sur Now is tomorrow, et d'autant que les samples de Them ou d'autres groupes sixties du même acabit sont certes devenus très courants par la suite, mais en 1990, six ans avant Devil's haircut de Beck, Definition of Sound a été parmi les premiers à se livrer à cet exercice, et l'a fait avec brio.
De l'eau ayant coulé sous les ponts, je ne me gêne donc pas donc pour chroniquer maintenant ce disque, le tout premier du groupe. A l'époque, j'avais passé le 45 tours appartenant à la radio dans l'émission, ce n'est qu'un peu plus tard que j'ai dû me procurer ce maxi CD, probablement lors d'un passage à Londres.
Ce premier disque n'a pas eu un énorme succès, mais les deux titres qu'il contient ont eu un beau parcours par la suite : on les retrouve l'année suivante sur le premier album, Love and life. A journey with the chameleons; au même moment, Now is tomorrow a été ressorti en single, avec plein de remixes, dont un pas particulièrement génial par De La Soul; et en 1992, c'est Moira Jane's Café qui a finalement eu le droit de sortir en face A de single, dans la même version.
Je garde toujours une petite préférence historique pour Moira, mais plus je les écoute, plus je trouve que les deux titres sont particulièrement réussis. Les deux réussissent à associer parfaitement hip hop, groove et énergie rock 'n' roll, ce qui n'est pas une mince affaire.
Now is tomorrow ajoute bien à la sauce une voix soul/gospel, dans le même esprit et avec la même efficacité que le Come together de Primal Scream. Même la version allongée Part 2 est réussie, ce qui est rarement le cas. Quant à Moira Jane's Café, avec sa base Gloria, elle associe super efficacement chant et rap, hip hop et effets psychédéliques, et appelle toujours aussi efficacement à la danse.
En 1990, un label pouvait encore prendre le risque de sortir un disque comme ça avec aucune mention légale pour justifier l'utilisation d'échantillons d'autres disques. C'était la fin d'une époque. Peu de temps après on passait à l'excès inverse, avec un bataillon de juristes nécessaire pour négocier la moindre utilisation d'un extrait de quelques secondes.
Bientôt trente ans ont passé, mais les collectionneurs se semblent pas encore s'intéresser aux disques de Definition of Sound : l'album et les singles se trouvent un peu partout à moins de 1 €, auquel il n'y a que le port à ajouter. Profitez-en pendant qu'il est encore temps...


Definition of Sound, Moira Jane's Café, en direct en 1991 dans l'émission anglaise The Word, avec un peu un son de hangar.


Definition of Sound, Now is tomorrow. Vidéo enregistrée à la télé, avec un son pourri. Il faut absolument écouter aussi le son du disque.

13 janvier 2019

DANIEL FORESTAL ET HENRI DEBS QUINTET : En ka senti en ka houmba


Offert par Fabienne M. à Mareuil sur Ay le 7 janvier 2019
Réf : DD 18 -- Édité par Debs en France en 1963
Support : 45 tours 17 cm
Titres : En ka senti en ka houmba -- Oh ! Je t'en prie, reviens -/- Manno -- Le métis

On ne peut nier, comme l'indique Arnaud Simetiere chez Médiapart et dans sa Causerie musicale, que l'une des tendances musicales actuelles est au créole, avec une vague de rééditions  et aussi de nouvelles créations qui s'en inspirent (voir, rien qu'ici, Sages Comme des Sauvages, Mélissa Laveaux, Saodaj').
Certes, Born Bad a sorti les compilations Disque la rayé et Antilles méchant bateau, mais sinon, assez significativement, les français ne se sont pas précipités pour rééditer largement les musiques antillaises des années 1950 à 1970. On attend encore une grande rétrospective des disques Célini/Aux Ondes et, pour les Disques Debs, c'est le label anglais Strut qui a publié l'an dernier une première rétrospective, Disques Debs international vol. 1, un bel hommage à Henri Debs, qui est mort en 2013.
L'album s'ouvre avec un titre de Daniel Forestal. Certes, une page entière lui est dédiée dans le livre Mémoires et vérités sur la musique aux Antilles d'Henri Debs (toujours disponible chez Antilles Mizik et fortement conseillé), mais sinon je ne connaissais pas Daniel Forestal et je n'avais aucun titre de lui dans ma collection.
Strut a très bien choisi ce premier titre. Je l'ai écouté pour la première fois en voiture en partant au boulot et ma journée a été d'un coup illuminée :



Cette chanson est extraite du 45 tours DD 28 Daniel Forestal et sa guitare et bénéficie énormément d'un arrangement minimal avec guitare et percussions. Il existe une autre version, que je ne connais pas, enregistrée à Paris avec l'Orchestre Robert Joyce et publiée sur le 45 tours Le fond du verre, mais je ne pense pas qu'il soit possible d'enregistrer une meilleure version que celle-ci qui, aussi bien pour sa musique que ses paroles, est un concentré de simplicité, d'émotion et de joie de vivre, semblable à ce que peut nous apporter Jonathan Richman en concert et dans un grand nombre de ses chansons sur disque.
Idéalement, j'aurais bien aimé chroniquer ici le 45 tour Daniel Forestal et sa guitare, mais je n'en ai pas trouvé d'exemplaire en vente (Du coup, pour l'instant, je n'ai écouté aucune des trois autres chansons de cet EP). Alors j'ai fait un pas de côté et repéré cet autre disque, sorti un peu plus tôt (DD 18), en bon état et à un prix correct, et je me le suis fait offrir pour les fêtes.
Comme l'indique le tampon au dos du disque, mon exemplaire a été vendu chez Week End Musical, un commerce situé rue Lamartine à Fort de France en Martinique. Coïncidence, car le siège de Disques Debs, également indiqué au dos, était aussi rue Lamartine, mais à Pointe à Pitre en Guadeloupe.
Sur ce 45 tours, Daniel Forestal est accompagné par le quintet d'Henri Debs, je savais donc que je ne retrouverais pas ici le dépouillement de Ces p'tits je t'aime, mais j'ai quand même eu de la chance d'en retrouver un peu de l'ambiance car le dernier titre du disque, Le métis, est un instrumental avec Daniel Forestal à la guitare solo et, comme Ces p'tits je t'aime, il est annoncé comme étant dans le style cubain guaracha. C'est excellent, et ludique également. Visiblement, Daniel Forestal était un excellent guitariste.
Le titre principal, En ka senti en ka houmba, est présenté comme étant dans le style houmba, que je ne connais pas mais dont je suspecte qu'il a été inventé pour l'occasion. Selon le dictionnaire créole guadeloupéen Wabap, "senti" signifie "ceinture" et "houmba" "besace" ou "gibecière", mais je ne me hasarderai pas à donner une traduction du titre ou des paroles. En tout cas, la chanson est une réussite, avec de belles parties de piano (par Henri Debs) et de cuivres. Tardivement (probablement dans les années 1990) et toujours pour Henri Debs, Daniel Forestal a réenregistré En ka senti en ka houmba pour son album Daniel Forestal story (Le magnifique).
L'autre titre rapide et chanté du EP, présenté lui aussi comme un succès dans les notes de pochette, est Manno, très proche dans l'esprit et la production d'En ka senti, mais un peu inférieur.
Le dernier titre, Oh ! Je t'en prie, reviens, est présenté comme un boléro, autant dire un slow. Aussi bien musicalement que pour le chant, c'est celui que j'aime le moins, même si Henri Debs brille aussi au piano. Il a aussi été réenregistré pour Daniel Forestal story.
Daniel Forestal est mort à 83 ans en octobre 2016. Il a sorti son premier disque en 1956. Il a vraiment joué un rôle important dans la musique guadeloupéenne pendant toutes ces années. Avec ses compositions et ses interprétations, d'abord, qu'il a fait voyager au-delà de la France, au Canada, en Allemagne ou aux États-Unis, mais aussi en tant que professeur de collège enseignant le français, la musique et l'histoire-géographie : bon nombre de ses élèves ont fait carrière par la suite. Après avoir appris les claquettes à New York, il a également fondé une école de danse et de claquettes à la Maison de la Culture du Raizet, avec laquelle il a produit le spectacle Soleil Show, qui a tourné en Guadeloupe de 1981 à 1985.
Pour en savoir plus sur Daniel Forestal, vous pouvez regarder l'émission de de France Télévision de 2012 Mémoire vivante de Guadeloupe ou Fruits de la passion (On y l'y voit notamment interpréter superbement seul à la guitare quelques secondes d'En ka senti en ka houmba) et écouter les propos recueillis par Marie-Line Dahomay pour La Médiathèque Caraïbe le 30 décembre 2005.

A écouter : Le métis et En ka senti en ka houmba

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