23 septembre 2018

CALEXICO : Spark


Acquis probablement par correspondance aux États-Unis vers 1998
Réf : ORE 004 -- Édité par Wabana aux États-Unis en 1996
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Spark -/- The ride

Calexico a annoncé cette semaine la sortie prochaine d'une réédition de son deuxième album The black light, vingt ans après sa sortie originale.
Eh oui, cela fait donc déjà vingt ans qu'est sorti cet excellent disque. Pour d'autres raisons, j'apprécie aussi énormément le premier album Spoke mais il est clair que si, en regardant en arrière, on s'intéressait aux grands albums des années 1990, c'est The black light qui serait choisi par la majorité des fans, ainsi qu'un autre disque auquel Joey Burns et John Convertino ont activement participé, Chore of enchantment de Giant Sand.
Entre le concert d'OP8 le 13 octobre 1997 à L'Usine de Reims (Joey et John avec Lisa Germano, sans Howe Gelb, parti au chevet de son ami Rainer) et la Black Session de Calexico à la Maison de la Radio à Paris le 25 mai 2000, j'ai eu la chance de voir Calexico trois fois en concert : au New Morning à Paris le 13 octobre 1998, pour un seul titre en sandwich entre Vic Chesnutt et Lambchop; le 8 novembre 1998 à La Cigale à Paris pour le festival des Inrockuptibles, à la même affiche que The Nits et Grandaddy; et à nouveau à L'Usine de Reims le 21 avril 1999 pour un excellent concert. Pendant cette période, j'ai aussi acheté exhaustivement tous les disques que je pouvais voir passer avec Calexico dessus : albums, y compris ceux vendus exclusivement en tournée, singles, titres inédits sur des compilations, bande originale du film Committed, le VPRO's Moondive : Musicians on a mission 4,... Ce n'est qu'après avoir été déçu par le troisième album Hot rail en 2000, que je me suis mis à suivre de plus loin leur production discographique.
La réédition de The black light sera un double album. Le premier disque reprendra l'album original. Sur le deuxième disque, on trouvera en intégralité l'excellent mini-album instrumental 98-99 road map, ainsi que les remixes de Miñas de cobre sortis sur le single The ride (Pt. 2), Lacquer et Drape, les deux faces du premier 45 tours du groupe, rééditées en 1998 en face B de Stray, et ce qui semble être un inédit, Bag of death.
Et c'est tout. Et c'est là qu'on peut être un peu déçu. Calexico ayant été vraiment très prolifique à cette époque, c'était peut-être l'occasion ou jamais de sauver de l'oubli les titres live et les inédits éparpillées par-ci par-là, comme The man on the flying trapeze. Et puis, il y a Spark, le deuxième 45 tours sorti par le groupe en 1996, que j'ai choisi de chroniquer aujourd'hui. Il y avait sûrement la place pour l'inclure sur le deuxième disque, mais le groupe n'a pas choisi de l'y mettre. C'est dommage car, même s'il a été enregistré bien avant les sessions de The black light, il est clair qu'il a des liens très forts avec l'album.
Déjà, il y a la pochette. Celle de Draper est à mon sens plutôt ratée, mais celle-ci est la première signée Victor Gastelum, un californien qui a "fabriqué" l'image du groupe pour un grand nombre de ses disques, dont The black light.
Dans un long entretien avec Craig Carry our Fractured Air, Victor Gastelum explique qu'il a connu Joey quand ils travaillaient tous les deux pour SST Records. A l'époque, Joey parlait déjà de monter un groupe et de lui confier toutes les pochettes. Il ne l'a pas fait pour toutes, mais il l'a fait !
Pour l'illustration de Spark, qui a plu suffisamment à Calexico pour qu'ils en tirent à l'époque un autocollant métallisé et pour qu'ils la reprennent en pochette de Road Atlas 1998-2011, le coffret rééditant leurs albums de tournée, Victor explique : "The guy hopping the low rider Cadillac is a good example. It came from a car magazine and it was the main photo in the spread. A friend of mine later told me he recognized it from a calendar that was put out too. I had designed an announcement card for a lecture at the Getty Center and Joey liked the image on there and wanted to use it. I made this one for him instead.".
Ce 45 tours fait partie d'une série Wabana Ore Limited, créée par le distributeur Surefire, où Calexico côtoie notamment Guided By Voices. Je l'ai acheté par correspondance aux États-Unis, en même temps que Lacquer, à une époque où l'arrivée d'Internet facilitait grandement les commandes internationales, avec des frais de port encore relativement réduits et une insouciance coupable qui m'a vu souvent indiquer mes références de carte bancaire dans des méls ou en clair sur des sites non sécurisés (j'ai quand même fini par être piraté une fois, mais j'ai pu bloquer les débits dès que je les ai vus apparaître sur mon compte bancaire consulté par Minitel !).
Sur la publicité pour Wabana Ore Limited glissée dans le 45 tours (qui se présente comme les premiers Creation, avec un sachet plastique et une pochette en papier plié en deux), le disque est présenté comme ça : “two western gems from two southwestern gents. joey and john from giant sand moonlighting in the tucson sun.



J'ai fait toutes les vérifications possibles, et il semble bien que les deux faces de ce 45 tours n'ont jamais été rééditées depuis, et je les ai pas trouvées en écoute en ligne. Je n'aime pas trop faire ça pour un groupe en activité, mais du coup j'ai choisi de numériser les deux titres car je ne me voyais paqs narguer les fans de Calexico qui arriveraient ici en leur présentant ce disque sans qu'ils puissent l'écouter, d'autant que les deux titres sont bons et intéressants.
Sur ce disque, Calexico est un trio, avec Neil Harry à la pedal steel sur la face A (il est aussi sur The black light, et sur des disques de Giant Sand et The Band of Blacky Ranchette).
Spark n'était pas une nouvelle chanson en 1996 puisque cet enregistrement figurait déjà en 1995 sur leur toute première parution, Superstition highway, un album sur cassette que le groupe a notamment vendu en Europe lors des tournées avec Giant Sand. C'est une très belle chanson country lente, le genre de country auquel Elvis Costello s'est intéressé sur Almost blue.
La face B, The ride, est en lien direct avec The black light. Si, à l'écoute de l'album, vous vous êtes demandé s'il y avait quelque part une "Pt. 1" à The ride (Pt. 2), eh bien la voilà, en version instrumentale brute de décoffrage, avec guitare et accordéon, un document précieux au son très proche de ce qu'ils faisaient en 1995 sur Shadow of your smile avec leur autre groupe, Friends of Dean Martinez.

The black light : 20th anniversary edition sort le 23 novembre.

Calexico : Spark.
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Calexico : The ride.
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16 septembre 2018

NADA KENTJANA : Euis


Offert par Philippe R. à Nantes le 14 août 2018
Réf : RBL-101 -- Édité par Bali en Indonésie en 1962
Support : 33 tours 25 cm
8 titres

Philippe a fait un peu de ménage dans ses disques et, dans quelques grands sacs prêts à partir, j'en ai trouvé plusieurs qui m'intéressaient, dont deux 25 cm indonésiens du début des années 1960. Comme la K-pop ou mon 45 tours cambodgien de Chhun-Vanna & Im-Song-Soeum, ces disques tentent de façon intéressante d'associer sons "occidentaux" de pop et de rock et musiques locales.
L'autre disque, très bien également, est de Lies Embarsari & Zaenal Combo (on peut en écouter un extrait ici), mais j'ai choisi de vous présenter ce premier album de l'Orchestre Nada Kentjana. Les deux formations sont originaires de l'Ouest de l'île de Java, une région dont la capitale est Bandung et dont les habitants parlent principalement le sundanais.
Il y des notes de pochette assez détaillées au dos du disque. J'ai pris la peine de les recopier et de les faire traduire en anglais, puis en français. Comme souvent sur les disques de cette époque, c'est plus gentillet qu'informatif, mais voilà ce que ça donne :
"Au début de 1961, dans la ville de Bandung, s'est tenue une fête musicale des plus animées. Le programme de cette soirée était composé de trois orchestres. L’orchestre d’Eddy Karamoy, l’orchestre d'Idris Sardi, venu spécialement de Djakarta, et l’orchestre Nada Kentjana, déjà reconnu et apprécié par la population de Bandung. Outre le jeu de violon d'Idris Sardi, les passages de guitare d'Eddy ont imprégné et animé l’ambiance de l’immeuble Nusantara, rempli de spectateurs, et les jeunes joueurs de la Ville des Fleurs, l'Orchestre Nada Kentjana, qui ont chanté des chansons spécifiquement sundanaises, ont captivé le public et remué de vieux souvenirs.
Les chansons qu'ils chantent sont anciennes, des chansons populaires du Priangan, comme Ungang angge, Tongtolang Nangka, Ajang Gung, Toketjang, Tilil Dog Tjelentong et Leui Leuleujang. L'Orchestre Nada Kentjana les mélangent et les retravaillent pour en donner une version musicale qui correspond au goût du jour.
Les parents et ceux qui viennent de la région du Priangan sont d'abord surpris quand ils entendent la chanson, et ensuite cela leur rappelle des souvenirs d'enfance, et toute la chaleur de la famille et des voisins.
L’une des nouvelles chansons qui a conquis le cœur des jeunes est Euis. Lagunja peut facilement être amusant et réaliste. Pendant 4 à 5 semaines, la chanson Euis a occupé la première place et les fans ont réclamé en masse cette chanson qui a été le choix du public dans l'émission musicale diffusée par le studio RRI de Bandung.
Anna Susanti, Atun et Mamah sont les trois chanteuses qui entourent et animent l'Orchestre Nada Kentjana, avec l'aide du chœur Prianja. Tous, y compris le chef Moch. Jassin, sont en formation. Certains sont inscrits dans l'une des facultés de Bandung, d'autres sont encore au lycée.
Le LP Euis qui est devant vous maintenant est le premier enregistré par l'Orchestre Nada Kentjana. Ses titres sont déjà bien connus de ceux qui écoutaient souvent les émissions de RRI BANDUNG et de Radio AURI à Djakarta.
Bonne écoute."
C'est dans une thèse soutenue en 2014 par Indra Ridwan à l'Université de Pittsburgh que j'ai trouvé le plus d'informations sur Nada Kentjana. Le mémoire s'intitule The art of the arranger in Pop Sunda, Sundanese popular music of West Java, Indonesia.
On y trouve cette définition, "Pop Sunda is modern commercial popular music in the Sundanese language accompanied by primarily Western instruments. The music blends traditional Sundanese and Western musical elements.", et, page 38, un chapitre entier sur Mohammad Jassin, fondateur, chef, arrangeur et guitariste de Nada Kentjana.
On apprend notamment que le groupe a enregistré 52 titres entre 1961 et 1965, dont 60 % de chansons pour enfants ("Their repertoire consisted mainly of Sundanese children’s songs, arranged and performed in a new style following music trends popular at that time.").
Initialement, le groupe s'appelait Golden String, mais, suivant la politique du Président Soekarno instruction de privilégier les références indonésiennes plutôt qu'occidentales dans la culture, le groupe a traduit son nom.
Comme indiqué dans les notes de pochette, le groupe était composé de jeunes en formation. Quand il a eu fini ses études en 1965, Mohammad Jassin a délaissé la musique pour sa carrière d'ingénieur en hydraulique. 
Euis est donc le premier succès du groupe. On en trouve les paroles page 55 de la thèse d'Indra Ridwan. Fort logiquement, il donne son titre à l'album et en fait l'ouverture. Il y a un chœur d'hommes et trois chanteuses qui lui répondent. L'ensemble sonne presque comme ces disques de Tahiti que j'aime beaucoup.
J'aime aussi beaucoup Eteh, ainsi que Utgang angge, avec son intro à la guitare qui sonne très sixties et ses imitations d'aboiements de chien. En fin de face A, j'ai particulièrement apprécié le petit solo de guitare un peu hésitant de Tongtolang nangka.
Sur la face B, le premier titre Ajang gung a une intro lente et sonne un peu afro-cubain à mes oreilles, tandis que le suivant, Toketjang, est bien entraînant.
Ce qui est très bizarre avec les deux derniers titres, c'est qu'on entre presque dans un territoire de country à la Johnny Cash. Pour Tilil dog tjelentong, je pense aux chansons de train de Cash et je trouve le chant féminin intéressant. Ce qui est surprenant avec Leui leuleujang, c'est qu'il y a une intro et base rythmique très country, mais que c'est associé ensuite avec un chant presque lyrique.
Voilà une preuve de plus qu'on trouve de l'excellente musique dans tous les coins de monde, et c'est intéressant de savoir que ces chansons sont à la base des comptines traditionnelles arrangées au goût du jour. J'en suis à me dire que Philippe a sûrement écouté ses disques un peu trop vite, mais je suis bien content qu'ils aient rejoint mes étagères !

De nombreux titres de Nada Kentjana sont disponibles en téléchargement sur Madtrotter-Treasure-Hunt, le blog d'un hollandais installé en Indonésie depuis 1996.

Nada Kentjana : Utjang angge.
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Nada Kentjana : Tilil dog tjelentong.
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Nada Kentjana : Leui leuleujang.

07 septembre 2018

CHRIS : Plan de fugue


Acquis sur le vide-grenier de Germaine le 26 août 2018
Réf : 437.212 BE -- Édité par Philips en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Plan de fugue -- Tu ne seras pas mon ami -/- La ballade du fils indigne -- Rêve mythologique

En raison des mesures de sécurité qui deviennent habituelles pour ce type de rassemblement, le vide-grenier de Germaine a été déplacé le long de la voie ferrée depuis l'an dernier, et c'est bien dommage car la balade dans le village et dans le bois de l'ancienne formule avait plus de charme.
Ce disque, trouvé pour 1 € en fin de matinée en bas d'une petite pile posée sur une table, est le seul que j'en ai ramené, mais ça devient aussi une habitude de revenir quasiment sans disque des brocantes.
Cet EP est crédité à Chris, tout simplement, mais, sans savoir qu'il avait un moment raccourci son nom d'artiste, j'ai instantanément pensé qu'il s'agissait de Long Chris, celui de Long Chris et les Dalton, celui qui a écrit de nombreuses paroles de chansons pour Johnny Hallyday. Et je savais aussi que Long Chris avait publié des titres intéressants dans les années 1960, dont certains ont été repris sur compilations comme le volume 1 de Pop à Paris ou le volume 3 de Wizz !.
Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est que les chansons de ce disque, à commencer par Plan de fugue, sonnent autant comme une version française réussie du Bob Dylan de 1965-1966 ! Dans le genre, c'est mieux que le seul exemple que j'avais en tête, le décalque de Like a rolling stone par Antoine sous le titre Qu'est-ce que ça peut faire de vivre sans maison.
Ce n'est que quelques jours plus tard que j'ai redécouvert que j'avais acheté il y a à peine deux ans le 45 tours de Long Chris sorti un peu plus tôt, qui contient justement Elle m'appartient, une traduction de She belongs to me de Dylan. Du coup, j'ai ressorti ce 45 tours et je l'ai réécouté, et j'ai compris pourquoi je m'étais contenté de le ranger après une seule écoute. Sur cette reprise et sur les autres titres de ce 45 tours, enregistré avec Jean Tosan et son Orchestre, c'est encore le Dylan acoustique avec guitare et harmonica qui sert de modèle, et pour moi la sauce ne prend pas. Alors que là, accompagné par Paul Piot et son Orchestre, ce qui dit comme ça n'est pas très excitant, on est dans un son inpiré du Dylan ayant allumé l'électricité, et c'est bien mieux ainsi.
En cette année 1966, la maison de disques Philips avait dû décider de donner une nouvelle identité à Christian Blondieau alias Long Chris. En effet, avant de raccourcir le Long, ils ont sorti un 45 tours avec deux des titres de cet EP crédité à Un Beatnik Chante. J'imagine que l'idée était de créer un peu de mystère dans la presse autour de l'artiste en question. En tout cas, j'aurais bien aimé aussi trouver ce disque...



Dans des entretiens pour Sur la Route 66 en 2011 et pour Radio Triage Vidéo en 2016, Long Chris revient notamment sur l'impact de Bob Dylan ("La mode était quand même à la protest-song. On avait subi l'influence des folksingers, de Bob Dylan..."). Il mentionne également Prévert et le surréalisme et explique que c'est son directeur artistique Claude Dejacques qui l'avait mis sur la piste de Mallarmé et du Manifeste du surréalisme ("Ca collait avec l'époque Dylan, et j'essayais de traduire Dylan, moi, avec le peu d'anglais que je connaissais, et il était en plein dans la fantastique, Dylan. Et je présente ça à Johnny..."). Et la réaction de Johnny a été "Faut que tu écrives une chanson pour notre génération, pour les jeunes, de nous aux jeunes". Cette chanson, ce fut La génération perdue, écrite en une nuit, sur commande de Johnny, avec un texte sur la relation avec le père qui est dans la droite ligne de La ballade du fils indigne, qu'on trouve ici. Sur son 45 tours suivant, Long Chris a enregistré avec The Blackburds sa propre version de La génération perdue, que je préfère à celle de Johnny car elle a aussi de forts accents dylaniens. Cet enregistrement est aussi l'occasion pour Long Chris de dire ce qu'il pensait des changements de nom imposés par son label, en glissant à la fin "Tu pourras faire briller le nom que l'on t'a imposé", alors même que la pochette de cet EP rétablissait le "Long" et que les notes de pochette signées Lee Hallyday soulignaient le problème.
Mais revenons au disque qui nous occupe. Le titre que j'aime le moins, c'est le dernier, Rêve mythologique, plus acoustique, très proche du coup des titres du 45 tours précédent auquel je n'avais déjà pas accroché. C'est aussi le seul des quatre titres de ce 45 tours qui n'a pas été repris sur l'album Chansons bizarres pour gens étranges, paru lui aussi en 1966. Au dos de la pochette de l'album, Long Chris donne un petit commentaire pour chacune des chansons. Pour Plan de fugue, il explique : "J'ai vécu chez une fille avec son père, sa mère, ses frères et ses sœurs, la grand-mère, le grand-père, le chat, le chien. Vie infernale. J'ai établi un plan de fugue". Cette chanson est la seule du disque où Long Chris se lance dans des images surréalistico-fantastiques à la Dylan. Mon autre chanson préférée est Tu ne seras pas mon ami ("En face de chez moi habitait un garçon qui ne m'a jamais dit bonjour. Plus tard, il verra ma photo dans le journal et fera tout son possible pour être mon ami, mais il ne le sera jamais."). La source d'inspiraiton étant strictement la même, c'est pas dur, j'ai presque l'impression d'entendre Lawrence chanter en français sur un inédit des sessions de The pictorial Jackson review ! J'aime aussi beaucoup La ballade du fils indigne : "Dans beaucoup de familles, le père en veut à son fils quand il est réformé. Étroitesse de l'esprit paternel : "Je l'ai fait moi ! Pourquoi pas lui ?"."
En 2016, Rock Paradise a réédité Chansons bizarres pour gens étranges en CD, avec en plus les titres manquant des 45 tours de l'époque. Et depuis, en collaboration avec Grégoire Garrigues, Long Chris vient de sortir chez Milano en 2017 et 2018 les volumes 2 et 3 de ces Chansons bizarres pour gens étranges.

01 septembre 2018

SAODAJ' : Pokor lèr


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 29 juillet 2018
Réf : [sans] -- Édité par Saodaj'/Kadakak en France en 2018
Support : CD 12 cm
6 titres

J'ai vu pas mal de concerts au F'estival Musiques d'Ici et d'Ailleurs cette année, mais je n'ai acheté que deux CD, celui de Madalitso Band et celui-ci, de Saodaj', un nom de groupe dérivé du mot portugais Saudade.
Le concert de Saodaj' était le tout dernier à l'issue d'un mois de festival, qui se concluait par le MIA3J, un festival dans le festival avec trois de jours de concerts au jard anglais, qui célébraient particulièrement le talent au féminin et ont bénéficié d'une météo idéale.
Saodaj' fait partie de ces groupes qui pourraient être emblématiques du projet du festival, une création contemporaine avec une base musicale traditionnelle, le maloya, à laquelle chacun des membres apporte son talent et son expérience, du chant lyrique au didgeridoo dans ce cas précis. Et, ça tombe bien, c'est un type de musique métissée que j'écoute de plus en plus.


Saodaj' au F'estival Musiques d'Ici et d'Ailleurs le 29 juillet 2018.



Saodaj' existe depuis 2012. Une première formation du groupe a sorti un disque en 2014. Pokor lèr est sorti plus tôt cette année et, bien sûr, la tournée de cet été lui faisait la part belle. Ils ont dû jouer les six titres du disque, ainsi que deux reprises de Danyèl Waro et Firmin Viry, et sûrement quelques autres en plus.
La chanson Pokor lèr, qui ouvre le disque, est une bonne carte de visite pour le groupe. Elle a aussi été choisie pour illustrer une campagne de promotion pour La Réunion, d'où ils sont originaires. C'est un peu la magie du créole : une fois que l'on sait que le sens en français est "Pas encore l'heure", il suffit de prononcer le titre à voix haute pour le comprendre et retrouver son étymologie.
Une de mes chansons préférées est Somin lamour, pour laquelle le groupe nous a demandé de l'accompagner lors du concert à Châlons. J'aime aussi beaucoup 5/8, qu'on peut comparer avec une autre version déjà présente sur le premier disque.
Ils arrivent, le dernier titre du disque, est à part et c'était particulièrement émouvant quand Marie Lanfroy l'a interprété seule a cappella lors du concert.
Créer une œuvre à partir d'un sujet actualité, la situation des réfugiés, c'est tout sauf simple, surtout si on veut pas se contenter d'un manifeste, d'une chanson à message. Ici, on est particulièrement touché quand la parole est donnée à l'un d'eux :

Je dors à même le sol
Dans le froid de Calais
Les miens sont tous ailleurs
Tous de l’autre côté
De la terre ou des cieux
Sans eux il ne bat plus, mon cœur
Peut- être qu’ils me rêvent
Ou bien suis-je oublié
(...)
La mort m’a poursuivie
De la mer au rivage
Mes enfants ont blotti
Contre moi leur visage
Et j’en entends qui râlent
Derrière leur écran
L’envahissement total
Ici et maintenant

Nicolas Bras, un musicien à l'origine du projet Musiques de nulle part (qui fait un pendant intéressant aux Musiques d'Ici et d'Ailleurs !) a participé à deux titres du disque. La collaboration se poursuit puisque, en août, Saodaj' et Nicolas Bras étaient en résidence de création, avant une nouvelle tournée annoncée en septembre-octobre. Ne les manquez pas s'ils s'approchent de chez vous !









26 août 2018

THE 101'ERS : Keys to your heart


Offert par Philippe R. à Nantes le 14 août 2018
Réf : 640122 -- Édité par Barclay en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Keys to your heart -/- 5 star Rock 'n' Roll petrol

Philippe m'a fait plusieurs beaux cadeaux discographiques lors de mon récent séjour à Nantes, à commencer par ce 45 tours, l'unique disque publié par The 101'ers.
Si on parle encore aujourd'hui de ce groupe, ce n'est pas tant pour cette très bonne chanson, Keys to your heart, que parce que Woody, le chanteur du groupe, s'est vite transformé ensuite en Joe Strummer, la dynamo de The Clash. Strummer n'est pourtant pas la seule personnalité à être passée par ce groupe qui avait commencé comme un collectif. Parmi ses membres, on compte aussi le batteur Richard Dudanski (qui a joué entre autres avec PIL et Basement 5), Clive Temperley (qu'on a retrouvé plus tard à la guitare dans The Passions), Alvaro, le Chilien au nez chantant, et Tymon Dogg, qui a accompagné The Clash par la suite et qu'on entend sur Sandinista!.
J'avais déjà les deux faces de disque sur une compilation du label Chiswick, mais je suis bien content d'avoir l'objet original, d'autant que l'exemplaire de Philippe est un peu particulier. La pochette, en parfait état, est celle du disque commercialisé. Au passage, j'allais écrire que, décidément, des Pistols à Ian Dury, Barclay était un spécialiste des pochettes moches à cette époque, mais c'était avant que je vois la pochette anglaise originale, qui n'est pas beaucoup mieux, même si le dessin des clés et des cœurs est sympa, à défaut d'être efficace.
Si la pochette est "normale", le disque ne l'est pas puisque c'est un "white label", avec des étiquettes centrales neutres. Sur l'une d'entre elles, on a inscrit les informations d'identification essentielles : le nom du groupe, celui du label, la référence catalogue et la date de pressage, le 10 octobre 1977 :



Sachant que Philippe a acheté ce 45 tours sur une brocante à Soissons à un gars qui lui a dit tenir les disques de son frère, la question, qu'on est souvent amené à se poser, est de savoir comment ce disque a bien pu voyager depuis l'usine de pressage ou les bureaux de Barclay pour se retrouver perdu à Soissons.
L'histoire des 101'ers est racontée en détails dans un grand article d'Uncut de 2014.
Le groupe de potes qui vivaient pour la plupart ensemble dans un squat a été fondé en 1974 s'est professionnalisé au fil des années. En 1976, les choses commençaient à bien avancer. Des titres avaient été enregistrés avec Vic Maile, le producteur de Dr. Feelgood, mais ça n'avait rien donné. C'est alors que Ted Caroll et Roger Amrstrong, du label indépendant Chiswick Records, leur ont proposé de sortir un 45 tours. Il a été enregistré le 4 et le 10 mars aux studios Pathway et la sortie était prévue vers le mois de mai. Mais, le 3 et le 23 avril, les Sex Pistols ont fait la première partie des 101'ers aux Nashville Rooms, ce qui a bouleversé Woody, qui a vu s'ouvrir une possibilité de réaliser ses ambitions. Fin mai, il est approché par Bernard Rhodes pour rejoindre un nouveau groupe avec Mick Jones, Paul Simonon et Keith Levene. The 101'ers donne un dernier concert le 5 juin et, le 6, Woody annonce à Roger Armstrong à un concert de The Jam que The 101'ers se séparent et qu'il rejoint ce nouveau groupe. Bye bye Woody et The 101'ers, hello Joe Strummer et The Clash !
Le 45 tours a quand même dû sortir comme prévu à ce moment, mais sans groupe derrière pour le soutenir et avec un label sûrement dégoûté, on imagine bien qu'il a dû passer complètement inaperçu.
Avec le succès de The Clash, et peut-être pour amortir son investissement, Chiswick a réédité Keys to your heart en 1977, avec cette fois en pochette une belle photo de Joe avec des lunettes noires. C'est à ce moment que Barclay a dû passer un contrat de licence avec Chiswick pour sortir le disque en France.
Keys to your heart est une chanson qui fonctionne très bien, avec un bon riff et un refrain très simple mais accrocheur. Surtout, dans les couplets et ce qui doit être le pont, tous les tics de Strummer sont déjà là. Hormis peut-être lors des débuts, cette chanson aurait pu se retrouver sur n'importe lequel des disques de Clash. Apparemment, il l'ont même jouée sur scène au moment de la réédition du 45 tours.
En face B, 5 star Rock 'n' Roll petrol, plutôt que du super (du 5 étoiles, comme disent les anglais), c'est malheureusement du pub rock bien ordinaire.
Un album compilation posthume des 101'ers, Elgin avenue breakdown, est sorti en 1981. Il a été revisité et étendu en 2005. On y trouve notamment une version du traditionnel Junco partner, également inclus sur Sandinista!.
Quelque part, ce 45 tours est d'une actualité brûlante puisque le 28 septembre prochain sortira Joe Strummer 001, une double compilation de titres rares ou inédits, en solo ou avec The 101'ers et The Mescaleros, sur laquelle on trouvera une version 2 de Keys to your heart, un peu plus rapide que l'originale de ce 45 tours.

18 août 2018

PRIMAL SCREAM : Movin' on up


Acquis par correspondance via Discogs en juin 2018
Réf : INT 828.916 -- Édité par Creation en Allemagne en 1991
Support : CD 12 cm
Titres : Movin' on up -- Slip inside this house -- Don't fight it, feel it - High high...

Il y a quelques temps, j'ai regardé à nouveau mon DVD du documentaire de la collection Classic albums dédié à Screamadelica de Primal Scream, probablement le seul de la série où j'ai l'occasion de voir autant de connaissances, avec Bobby Gillespie, Andrew Innes, et Martin Duffy notamment, plus Alan McGee.
Screamadelica mérite bien d'être qualifié de "classique", et même de classique instantané presque, vu son succès à sa sortie et, par exemple, l'attribution du premier Mercury Music Prize en 1992. Mais je me suis souvent dit qu'il était rare qu'un album fait d'autant de bric et de broc fonctionne aussi bien.
En effet, sur les dix chansons du disque (une est présente deux fois), il y en a une, Loaded, qui est un remix d'un titre de l'album de 1989, sorti initialement en 1990. Il y a aussi Slip inside this house, une reprise des 13th Floor Elevators, sortie aussi en 1990, sur Where the pyramid meets the eye, un album-hommage à Roky Erickson. Il y a les autres singles égrenés en 1990-1991 avant la sortie de l'album, le gospel-rave de Come together, le chef d’œuvre psychédélique Higher than the sun et Dont' fight it, feel it. Et, sur un disque qui symbolise la fusion rock/house, on trouve quand même deux chansons produites par Jimmy Miller, archétype du classicisme rock.
Malgré tout, la sauce prend, et Screamadelica est un album emblématique, grâce aussi à sa pochette, une peinture de Paul Cannell, l'une des dix choisies en 2010 par Royal Mail pour les timbres de la série Classic album covers.
A un moment dans le DVD, j'ai repéré que quelqu'un avait un t-shirt avec le fameux soleil halluciné de Screamadelica, sur fond bleu ou noir plutôt que rouge. J'ai trouvé que ça rendait bien. Avant d'être tenté de faire une bêtise, en achetant par exemple un t-shirt à 30 $ ou un mug à 14 $, j'ai repensé à ce single allemand de Movin' on up, que j'avais vu sur Discogs, avec un réagencement des couleurs de la pochette de l'album qui rend très bien avec son fond jaune éclatant, et je me le suis offert pour même pas le prix de l'anse du mug.
C'est aussi l'occasion de rendre hommage à Paul Cannell, qui s'est suicidé en 2005 à 42 ans. Paul Cannell est rentré dans l'orbite de Creation via Jeff Barrett, de Heavenly Records (dont il a réalisé le logo à l'oiseau) et de Creation Records. Une de ses peintures a d'abord été choisie pour la pochette de Higher than the sun, et une autre quelques semaines plus tard pour Don't fight it, feel it. Le soleil est un détail de la pochette de Higher, repéré dès la sortie du single puisqu'il illustre aussi bien les rondelles des disques que le recto du maxi remixé, dans ses couleurs originales je présume.
Pour la pochette de l'album, Alan McGee a expliqué au Daily Record que, en juillet 1991, ils n'avaient toujours pas choisi la pochette de Screamadelica. Bobby avait proposé une photo du groupe assis avec un mannequin sexy, mais Alan l'a refusée en expliquant que personne n'achèterait le disque. Il a alors repéré le soleil, en jaune et bleu, sur une affiche pour Higher than the sun et a pensé que ça serait très bien pour l'album avec d'autres couleurs. Bobby l'a mis sur fond rouge et l'affaire était faite !
Pour ce qui concerne l'histoire éditoriale de Movin' on up en single, c'est aussi un peu compliqué.
Ce titre accrocheur a beau être celui d'ouverture de l'album, il n'a pas été choisi au Royaume-Uni pour être l'un des quatre premiers singles de l'album ! Il faudra attendre début 1992 pour le voir arriver en titre principal d'un single en Angleterre, mais seulement comme premier titre du Dixie-narco EP, avec en pochette une photo de William Eggleston. Mais dans d'autres pays, on avait repéré le potentiel de la chanson et des singles étaient déjà sortis, aux États-Unis et au Canada, avec Dont fight it, feel it en face B et un bout de la pochette de ce single pour l'illustrer; en France, avec aussi Don't fight it... mais avec la même pochette que l'album; et en Allemagne, donc, avec cette pochette aux couleurs inédites.
On trouve sur ce disque les trois premières chansons de Screamadelica, dans le même ordre.
J'ai longtemps eu tendance à dénigrer Movin' on up pour son côté Rolling Stones trop prononcé. Après les excellents "Wou wou" à la Sympathy for the devil de Loaded, je trouvais que ça faisait un peu trop. D'autant que, pour l'occasion (et pour Damaged aussi sur l'album), le groupe s'est fait plaisir en travaillant avec Jimmy Miller, le producteur de Let it bleed, Sticky fingers et Exile in Main St.
Aujourd'hui, je suis beaucoup plus indulgent pour ce titre aux accents gospel-blues, comme Bobby le décrit dans le bout de documentaire ci-dessous tout en bas. C'est une bonne chanson très efficace, qui suinte la bonne humeur et donne envie de se bouger. Que demander de plus ? Pour l'anecdote, notons que le bout de phrase "You made a believer out of me" vient du You doo right de Can.
En face B de single, je veux bien, mais pour le coup je reste aujourd'hui encore très sceptique sur l'intérêt d'avoir collé Slip inside this house sur l'album. C'est une reprise, qui était déjà parue, d'une chanson qui est loin d'être l'une de mes préférées des 13th Floor Elevators, et le résultat est loin d'être aussi innovant que les propres compositions du groupe. Certes, ça permet de faire le lien entre le psychédélisme sixties et celui des raves, et ça permet un jeu de mot sur la House music avec "trip inside this house", mais je suis bien sûr que le groupe avait mieux que ça dans ses cartons pour boucler son album.
Pour Don't fight it, feel it, j'ai aussi été bien trop sévère pendant très longtemps. Ce single m'avait déçu après Come together et Higher than the sun (difficile de faire mieux, il faut dire), et je trouvais que c'était de la house un peu trop pure. Mais aujourd'hui, force est de constater que c'est un titre vraiment dansant et efficace, avec son "Rama lama lama fa fa fa" et le gimmick au sifflet trouvé par Andrew Weatherall. Je pense que la version la mieux dosée est celle un peu raccourcie du single, qui sert aussi pour la vidéo ci-dessous.
Sur ce CD allemand, la version "High high" n'est pas la version de l'album ni celle du single. Il s'agit en fait du remix par Graham Massey de 808 State sorti en Angleterre sur la deuxième version maxi du single. Je ne l'avais pas, ça tombe bien. Cette version perd le sifflet mais est intéressante par l'équilibre recherché entre guitares électriques et sons électroniques.
Screamadelica est un album tellement classique qu'il a été réédité de multiples fois, notamment pour ses vingt et ses vingt-cinq ans, dans des coffrets avec plein de bonus. Le groupe l'a aussi joué sur scène en intégralité lors d'une tournée en 2010, ce qui a donné lieu à un CD/DVD live. Je ne crois pas que le groupe ait joué l'album dans son intégralité lors de l'étape parisienne de la tournée originale de Screamadelica à laquelle j'ai assistée le 19 janvier 1992,  l'Elysée-Montmartre et au Rex.
Sinon, dans le même style, j'aime bien la pochette de Souls, une compilation promo japonaise de 1994 :






Primal Scream, Movin' on up, en direct en 1991 dans l'émission The Word sur Channel 4.


Primal Scream, Don't fight it, feel it. Il s'agit de la vidéo de la version single, soit la version de l'album produite par Andy Weatherall, légèrement raccourcie pour l'occasion.


Primal Scream, Movin' on up, en direct le 21 mars 1992 dans l'émission Les Nuls sur Canal Plus.

10 août 2018

DAVE BARTHOLOMEW : Golden rule in New Orleans


Acquis par correspondance via Amazon en juillet 2018
Réf : 263536 -- Édité par Hoodoo en Europe en 2016
Support : CD 12 cm
30 titres

Lors de mon dernier séjour en Angleterre, je me suis dégoté pour 1 £ le livre de 2006 de Rick Coleman, Blue Monday : Fats Domino and the lost dawn of rock 'n' roll. Un livre passionnant, fruit d'une bonne vingtaine d'années de travail, inédit en français. Il retrace bien sûr en détails le parcours incroyable de Fats Domino, qui a sorti son premier disque en 1949 et qui est mort à 89 ans le 24 octobre 2017. Les débuts, le succès, les tournées, la composition du groupe, les drames, tout est détaillé, avec une insistance sur les difficultés pour un groupe noir de jouer partout et pour tous en pleine ségrégation et, comme l'indique le sous-titre, sur l'importance sous-estimée dans l'histoire du rock 'n' roll de la musique de La Nouvelle Orléans.
Il y a en fait quatre personnages centraux dans le livre, Fats Domino (le vrai King, selon Elvis Presley), Dave Bartholomew (auteur-compositeur, trompettiste, chanteur, chef d'orchestre, producteur et arrangeur), Cosimo Matassa (propriétaire du studio J&M) et Lew Chudd qui, depuis Los Angeles, a joué un rôle essentiel pour diffuser la musique de la Nouvelle Orléans avec son label Imperial, en signant Fats Domino et même en salariant pendant des années Dave Bartholomew comme dénicheur de talents et producteur-maison.
Parmi les choses que j'ai apprises, il y a le fait que Be my guest, un single de 1959 de Fats Domino, avec un accent marqué sur les contre-temps, a eu un énorme succès en Jamaïque et a contribué directement à la naissance du ska. Et, dans un registre moins gai, je ne savais pas que le musicien de country et homme politique Jimmie Davis, surtout connu pour You are my sunshine, avait été élu en 1960 pour son deuxième mandat de gouverneur de la Louisiane sur un programme défendant fermement la ségrégation (même si c'était censé être un forme respectueuse de ségrégation, prétendant traiter les noirs à égalité des blancs, selon la formule "séparés mais égaux") et il a tout fait pour s'opposer aux décisions de justice ordonnant l'intégration des élèves noirs dans les écoles publiques.
En lisant le livre, j'ai évidemment beaucoup pensé à Dave Bartholomew, dont il est immanquablement question tout au long.
Je savais que Domino était mort récemment, mais je pensais bien que Bartholomew, dont j'ai chroniqué en 2007 un album de jazz Nouvelle Orléans, était vivant. Je pensais qu'il était né plus tôt que Fats, mais non : Dave Bartholomew est né le 24 décembre 1918 (certaines sources annoncent 1920, mais les plus sérieuses, dont Rick Coleman dans son livre, s'accordent sur 1918) et est donc dans sa centième année.
Pour fêter ça et rendre hommage à un contemporain à la vie impressionnante, j'ai décidé de me procurer cette compilation d'enregistrements de Dave Bartholomew sous son nom, d'autant que cela fait plusieurs mois que j'écoute régulièrement quelques-uns de ces titres en MP3.
Heureusement, il est membre du Rock and roll Hall of Fame et du Songwriters Hall of Fame.
La carrière professionnelle de Bartholomew a commencé comme trompettiste, dès la fin des années 1930. Pendant la guerre de 1939-1945, il a été affecté à un orchestre militaire et a appris à lire la musique et à arranger, ce qui lui a été très utile par la suite. Il a créé son proche orchestre dès la fin 1945 et a commencé à enregistrer sous son nom en 1947.
C'est Bartholomew qui a fait découvrir Fats Domino à Lew Chudd lors d'un concert. Quelques temps plus tôt, Dave avait engueulé un de ses musiciens qui, sans respecter ses ordres, avait laissé Fats jouer du piano pendant l'entracte de son orchestre.
La collaboration entre Domino et Bartholomew a été longue et très fructueuse, Elle a débuté fin 1949 par l'enregistrement de The fat man. Il y a eu des engueulades et des réconciliations, et apparemment on ne peut pas dire qu'ils étaient vraiment amis, mais ils se complétaient parfaitement et ont co-signé ensemble des dizaines de titres, dont un grand nombre de classiques, l'un ou l'autre apportant l'idée de base de la chanson suivant les cas.
A ceux qui s'interrogeraient sur le rapport entre Dave Bartholomew et le rock 'n' roll, je conseillerais juste d'écouter la partie de guitare de Basin Street breakdown, de 1949 (!), qui ne figure malheureusement pas sur mon CD, mais le morceau-titre The golden rule (1951) met aussi bien en avant la guitare électrique.
Sur cette excellente compilation de Hoodoo Records, on trouve trente titres enregistrés pour les labels King et Imperial entre 1947 et 1960.
Country boy (1949), qui fut un succès régionalement, donne bien le ton de la plupart des titres du disque : il y a un côté léger voire comique très souvent présent dans les paroles ("I'm a little country boy running wild in this big old town. All the girls love me, 'cos they know what I'm putting down"). Dans le genre, mes préférées sont Who drank my beer while I was in the rear ? (Qui a bu ma bière quand j'étais à l'arrière ?, 1952) et My ding-a-ling (1952), vingt ans avant que Chuck Berry en fasse un tube. Il y a aussi The ice-man (1952), une chanson pleine de double-sens sur un vendeur de blocs de glace, ou le rhythm and blues rigolo de Yeah yeah.
Dave Bartholomew n'a pas vraiment eu de grand succès avec les parutions sous son nom pendant toutes les années 1950, alors qu'il vendait des millions de disques avec Fats Domino et de nombreux autres artistes qu'il a produits. Il aurait découvert après coup que Lew Chudd accpetait de sortir ses disques sur Imperial mais n'en faisait pas la promotion et les laissait croupir dans ses entrepôts pour se concentrer sur Domino. Cela parait assez plausible.
Il y a bien sûr des liens avec Domino : Jump children avec Fats au piano et deux titres co-signés, dont l'excellent Four winds (1955), que Domino enregistrera en 1961 sous le titre Let the four winds blow. Les deux compères étaient coutumiers du fait, enregistrant parfois à plusieurs années d'écart pour Domino un titre initialement confié à un artiste Imperial, et vice-versa.
Pour une ambiance de carnaval de la Nouvelle Orléans, il y a Shrimp & gumbo (1955), l'un des très nombreux titres du CD co-écrits avec le guitariste Pearl King.
Il y a plusieurs instrumentaux pour le disque. J'ai repéré particulièrement Good news (1957) et Twins (1951) et The shufflin' fox (1957), qui mettent bien en valeur la trompette.
On trouve sur cette compilation pas moins de six titres enregistrés le 12 mars 1967 au studio J&M. Une session très productive, d'autant qu'on compte parmi ceux-ci deux de mes préférés du lots. The monkey speaks his mind, inspiré à Bartholomew par un tract religieux qui lui avait été distribué. Les paroles sont très réussies, avec des singes qui effectivement donnent leur opinion : "Trois singes étaient assis dans un cocotier, discutant des choses telles qu'on prétend qu'elle sont. L'un dit aux autres, écoutez vous deux, il y a une certaine rumeur qui ne peut être vraie, que l'homme descendrait de notre noble race. Quoi, l'idée même est une profonde disgrâce. Aucun singe n'a jamais quitté sa femme, affamé son bébé et ruiné sa vie)". Et aussi Cinderella, peut-être ma préférée de toutes, au rythme retenu, Cendrillon revue par Bartholomew ("Je me demande où peut bien être ma Cendrillon. La dernière fois que je l'ai vue, elle avait perdu sa chaussure.")
Il y a plein d'autres bons titres, ne serait-ce que l'enchaînement des trois derniers, In the evening, typique du son de Domino, Shout, sister shout et (I'm) An old cowhand from a blues band.
Dave Bartholomew a souvent dû ressentir le fait que toute l'attention se portait sur Fats Domino. Ça se comprend et c'est malheureusement le lot des hommes de l'ombre qui n'ont pas choisi de l'être. Mais il a aussi connu le succès comme auteur, arrangeur et producteur et ce disque prouve qu'il aurait mérité d'en avoir beaucoup plus comme interprète et tête d'affiche.




Dave Bartholomew, accompagné d'une équipe de télévision, retrouve Fats Domino chez lui.



02 août 2018

MADALITSO BAND : Fungo la nyemba


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 25 juillet 2018
Réf : [sans] -- Édité par Sterling au Malawi vers 2014
Support : CD 12 cm
10 titres

Le 27e F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs s'est terminé ce week-end par trois jours de concert dans le jard anglais de Châlons. Depuis plusieurs années, c'est la manifestation musicale que je préfère et que je fréquente le plus assidûment.
Pour sa forme d'abord, avec 60 concerts en plein air étalés dans le mois à Châlons et dans les environs, à raison de deux à trois par jour. On peut ainsi voir les groupes de son choix sur un rythme tranquille, bien différent de celui des festivals marathons concentrés sur quelque jours. Et la gratuité des concerts permet d'avoir un public mélangé, très familial, allant au-delà des fans et des spécialistes.
Mais bien sûr, c'est avant tout la programmation qui m'attire, couvrant tous les genres, de la techno au folk, avec des groupes d'ici et d'ailleurs (bien sûr) jouant des musiques d'ici et d'ailleurs, des musiques d'aujourd'hui avec souvent, mais pas obligatoirement, une base traditionnelle. Les mots-clés qui décrivent le festival sur le programme sont parfaitement choisis : "Découverte - Rencontre - Métissage".
Cette année, parmi d'autres, j'ai passé de très bons moments avec Radio Tutti & Barilla Sisters, Maud Octallin, Mokoomba et Les Chiens De Ruelles mais, comme en 2015 avec Canailles ou en 2016 avec Sages Comme Des Sauvages, la prestation qui m'a carrément enthousiasmé c'est celle de Madalitso Band dans le Square Lavoisier mercredi 25 juillet. Il faut dire que j'avais été mis en très bonne condition par les deux titres disponibles en écoute sur le site du festival.
Madalitso Band, c'est un duo originaire du Malawi, en Afrique australe, composé de Yosefe Kalekeni, qui joue de la guitare à quatre cordes et donne le rythme du talon sur un tambour, et de Yobu Malingwa, qui joue du babatone, une sorte de contrebasse à une corde, jouée souvent en slide avec un flacon en guise de bottleneck. Les deux chantent, en Chichewa, une des langues officielles du Malawi avec l'anglais, avec Yobu qui fait office de chanteur principal et Yosefe qui fait surtout des interventions vocales courtes et rythmiques.
Ce qui m'a frappé à l'écoute des chansons, souvent longues, c'est que cette musique ne sonnait pas complètement inconnue à mes oreilles. En fait, j'ai eu à plusieurs moments l'impression d'entendre comme une épure acoustique et en duo des fameux tubes dansants de Soweto.
Un excellent concert, donc, même si la barrière de la langue, en-dehors des sourires et de quelques mots d'anglais, restreint la communication avec le public à la seule musique. Il s'est terminé en beauté par le rappel. Au début, j'ai cru que le groupe rejouait un titre déjà entendu, mais au bout de quelques minutes, quand j'ai fini par déchiffrer les quatre mots du refrain, j'ai compris qu'il s'agissait de Here comes the sun des Beatles, la chanson-thème du festival 2018, travaillée spécialement par le groupe pour cette occasion et habilement mise à sa sauce.


Madalitso Band au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 25 juillet 2018.

Je me suis précipité pour acheter l'album du groupe après le concert. C'est un CD-R qui a dû être diffusé pour la première fois il y a déjà quelques années, si j'en crois la date de mise en ligne des quelques extraits disponibles sur YouTube.
L'excellent premier titre Anaphera chiboda est représentatif de l'album. Un rythme soutenu marqué par la basse, les figures répétitives de la guitare et le chant ponctué de chœurs.
Le morceau-titre arrive ensuite. On apprend chez La Curieuse que
Fungo la nyemba se traduit par L’odeur des haricots et que c'est "un morceau sur un homme qui lutte contre l’exploitation d’un patron". Certains des titres semblent confirmer que les paroles de Madalitso Band abordent des sujets en prise avec l'actualité et la société : Anafera chiboda signifie Tué par un mortier et
Dziko kutekeseka Un monde à soutenir.
Je ne le savais pas, mais la musique jouée par le duo s'inscrit dans un genre bien particulier, les groupes à banjo du Malawi, apparus à la fin des années 1970, souvent composés de jeunes itinérants qu'on voit au coin des rues et des routes avec leurs instruments faits maison, dont des banjos, guitares et babatones.
La suite du disque est à l'avenant avec Mwadala et Naphiri et la qualité se maintient tout au long des dix titres.
Je n'ai pas fini de danser en écoutant ce disque et de me souvenir du très bon moment qu'a été ce concert à Châlons !
La bonne nouvelle, c'est que Madalitso Band a enregistré un nouvel album en 2017. Selon les informations données sur plusieurs sites, il devrait sortir d'ici la fin de l'année sur le label genevois Bongo Joe, fondé par un ancien Mama Rosin. Le titre Nambewe en écoute sur le site du F'estival, qui ne figure pas sur Fungo la nyemba, est peut-être bien un extrait de ce disque à venir.


Madalitso Band, Malawi, en haut de la cathédrale de Lausanne le 13 juillet 2018.


Madalitso Band, Fungo la nyemba, au festival Sauti Za Busara à Zanzibar en janvier 2018.


Madalitso Band, Nambewe, en concert au festival Sur Le Champ à Valence le 21 juillet 2018, quelques jours avant le concert de Châlons.







26 juillet 2018

DAVID PHILOE : David Philoe's greatest hits


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 20 juillet 2018
Réf : RM-LP-2 -- Edité par Rays aux Seychelles en 1975
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Pour avoir ce disque, il a fallu que je sois un peu patient et tenace...
Le 9 juin, c'était jour de grande vente chez Emmaüs à Tours-sur-Marne. L'occasion de sortir les disques vinyls qui depuis quelques temps disparaissent régulièrement pour revenir trois à quatre fois par an pour des occasions particulières (et rester souvent quelques semaines ensuite).
J'y suis passé en fin de matinée, et j'ai trouvé quelques pièces intéressantes : un 45 tours d'Henri Salvador que je n'avais pas, un album de Corée du Sud de Lana et Rospo, un 33 tours d'Al Lirvat , une compilation Madison parade et même l'album God de Rip Rig + Panic, qui se présente sous la forme d'un double maxi 45 tours. J'avais aussi sélectionné ce disque de David Philoé, et c'était même celui qui m'intéressait le plus dans le lot, mais au moment de faire le compte, le vendeur m'a indiqué qu'il me faisait celui-ci à 10 €, plutôt que le prix habituel de 2 €.
Eh oui, je n'avais pas vu qu'il y avait un prix particulier marqué au crayon à l'intérieur de la pochette. Ce prix de 20 € (j'avais eu droit d'emblée à une baisse de la moitié !), je n'ai jamais compris d'où il venait, d'autant que le disque n'est même pas en vente à ce prix-là sur Discogs. Et pourquoi celui-ci et pas les autres que j'avais choisis, ni plus ni moins rares ?
Très déçu, j'ai remis le disque en rayon, car je ne cherche pas acheter des disques au prix collector.
Je ne pensais plus à l'affaire, mais j'ai retrouvé ce 33 tours exactement à la même place vendredi dernier, accompagné cette fois-ci d'un autre album du même label des Seychelles (Souvenir of Seychelles - The best segas of John Wirtz & the New Les Boys), qui était lui à 5 € (j'ai pensé à vérifier).
J'ai trouvé encore des disques très intéressants au prix de base (The Louisiana Aces, Lord Jellicoe & his Calypso Monarchs) et j'ai décidé de tenter ma chance en proposant au vendeur (le même que la fois d'avant) de prendre les deux Seychelles à 2 € comme les autres disques. Et j'ai bien fait : il n'était plus question de tenir compte des prix marqués (peut-être parce que ce n'était plus la grande vente) et le vendeur a accepté ma proposition sans aucune discussion.
Je connais le label Rays depuis que Philippe R. m'a offert en 2014 le 45 tours d'Amed Zelia. Il est lié à Ray's Music Room, un disquaire historique de l'île Mahé qui, pour ce que je peux arriver à en voir, semble toujours en activité à la même adresse à Victoria, la capitale des Seychelles.
Par contre, je ne connaissais pas du tout David Philoé, un artiste suffisamment réputé pour que, lors du Festival International Kreol 2013, il ait été choisi avec François Havelock pour être le récipiendaire d'un "trophée couronnant son inestimable contribution a l’industrie musicale et au patrimoine culturel immatériel du pays.". De même, quand un "musical wall of fame" a été érigé à Victoria en 2017, une des 13 plaques portait le nom de David Philoé.
En lisant les divers éléments biographiques, on apprend que David Philoé est né vers 1948. Il a débuté son parcours à 20 ans mais a été révélé en 1975, l'année de sortie de cette compilation, à l'Île Maurice lors du Festival de la Chanson de l'Océan Indien. Il est devenu l'une des plus grandes vedettes des Seychelles. L'un de ses plus grands succès, Non merci s'il vous plaît, a été repris en 1977 à La Réunion par Jacqueline Farreyol. Il a sorti en 2011 l'album Lalyans des zil mais a arrêté la scène pour raisons de santé.
Tous les "grands tubes" rassemblés sur cet album sont sortis initialement en 45 tours, chez Rays ou sur le label kényan A.I.T. Ce qui est surprenant, c'est que l'étiquette de mon exemplaire du 33 tours est celle du label A.I.T., avec la référence de Rays RMLP-2, alors que la pochette mentionne uniquement Rays et que l'exemplaire présenté sur Discogs a bien une étiquette Rays.
On pourrait éventuellement penser qu'il s'agit d'un lot destiné à la vente à l'export, mais non puisque que la quittance d'achat datée du 2 août 1977 que j'ai trouvée glissée dans la pochette montre que mon disque a bien été acquis chez Ray's Music Room aux Seychelles (la facture est pour deux 33 tours, le deuxième est peut-être bien le John Wirtz ?).
Fait assez rare pour la plupart des disques en créole que je possède, on trouve aussi à l'intérieur de la pochette un feuillet double où toutes les paroles sont reproduites.
Cela permet d'apprécier et d'essayer de saisir le sens d'un couplet comme celui-ci, le deuxième de l'excellent Séga l'amitié :
Dimoune ti faire nous la guerre nous bien un semaine nous faché un mois.
Bouteille case lo la tête manger cochon partout lo front,
Calote parti calote, l'armes pour nous cadeaux,
L'hère nous ti réfléchir nous ti commence flatte camarade.
Mais guette aujourd'hui jour manière nous content nous a peu rier.
Ce disque a été édité en France par Playa Sound en 1976 sous le titre Seychelles vol. 2. On peut l'écouter intégralement sur YouTube.
Il y a plusieurs ségas dans le lot. Outre Séga l'amitié, j'apprécie particulièrement Pas besoin juge mon péché et Si mon en plus lo sa la terre.
Il y aussi plusieurs chansons sur d'autres rythmes, comme Laisse moi vivre mon la vie ou Mon bourreau, avec un orgue qui donne une touche très pop. Mon titre préféré sur l'album, c'est pour l'heure Dire moi la vérité, une chanson toute simple, dont j'aime beaucoup le refrain.
Je ne suis pas trop tourisme, mais avec la chaleur qu'il fait actuellement en Champagne, je m'imagine bien être en train de me baigner aux Seychelles. Mais l'écoute d'un disque ça peut faire voyager, certes, mais pas point de rafraîchir l'auditeur !

22 juillet 2018

CASTAFIORE BAZOOKA : Papilon


Acquis chez Gilda à Paris le 22 mai 2018
Réf : CB062005/MPM2 -- Édité par Meuh ! Production Musiques en France en 2005 -- CD promotionnel - Interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Papilon -- Pourquoi -- NTP remix

J'ai trouvé ce CD promo en pochette cartonnée à 50 centimes dans le bac à soldes chez Gilda. Je l'ai pris car Castafiore Bazooka est un nom de groupe que j'ai remarqué depuis leurs débuts dans les années 1990. Il me semblait même que je l'avais peut-être vu au Printemps de Bourges à l'époque où je fréquentais le festival et ses Découvertes du Réseau Printemps. Je me trompais. Et j'avais oublié par contre que j'ai acheté leur single La chanson du demain il y a quelques années.
Le groupe s'est formé autour d'Elisabeth Wiener, que je connais de réputation pour ses disques solo dans les années 1980, et pour avoir co-écrit et chanté avec Higelin L'attentat à la pudeur, mais qui a un parcours impressionnant que je ne soupçonnais pas d'actrice de théâtre et de cinéma. A partir de 1997, la formation comptait dans ses rangs Luna Mosner, Geneviève Cabannes (Paris Combo) et Sabine Pierron (Les Voleurs de Poules).
On ne peut pas dire que le groupe ait eu un immense succès, mais en tout cas il a été suffisamment remarqué pour se voir attribuer en 1996 le Grand Prix du disque de l'Académie Charles Cros pour son premier album, Au cabaret des illusions perdues.
La discographie de Castafiore Bazooka compte trois albums. Mon CD fait la promotion de leur ultime parution, un double disque intitulé Castafiore & Bazooka.
J'ai été très agréablement surpris à l'écoute du disque. J'aime bien la "chanson française", mais elle m'emballe rarement. Là, d'emblée, les trois titres m'ont beaucoup plus.
A commencer par Papilon, sur un léger rythme de reggae. Je me suis demandé pourquoi il y avait un seul "l" dans le titre, alors qu'il semble bien être question de l'animal volant. La réponse est sûrement à trouver dans les paroles elles-mêmes : "Toute mon espérance est de renaître un jour, papilon qui danse dans un ciel d'amour (...) J'm'emmêle dans vos pensées, dans vos ambitions, j'm'emmêle, ça doit être si bon d'voler, d'avoir des aile-s - comme un papilon". 
Pourquoi poursuit dans la même veine, avec un son plutôt reggae dub cette fois-ci.
Le dernier titre, NTP, est annoncé comme un remix, ce qui d'après mes recherches en ferait une version inédite dans le commerce. Mais ce remix ne semble pas très différent de l'extrait qui était en écoute sur le site du groupe.
Là, on est dans un style oriental et dansant. J'ai cherché un temps ce que pouvait bien signifier "NTP". J'aurais dû trouver tout seul sans avoir besoin d'écouter la réponse, données dans les chœurs. C'est "Nique Ton Père", en lien avec l'objectif affiché : "Décodons les poncifs (...) Décodés, les poncifs sont inoffensifs".
Aucun des trois titres de ce CD n'est disponible en ligne, mais j'ai trouvé un album photos de Robert Gil du concert du 10 décembre 2005 à Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen) ainsi que trois autres chansons de l'album, Djemilah, A nos amis et Coincés, qui me plaisent tout autant que les trois premières. Cela confirme la grande qualité de Castafiore & Bazooka, que je vais chercher à me procurer en entier.
Elisabeth Wiener a de la suite dans les idées. De 2011 à 2014 elle a tourné et sorti un album avec un autre projet, un groupe nommé Callas Nikoff !
Depuis 2016, Castafiore Bazooka joue à nouveau sporadiquement en concert, mais je n'ai pas vu d'annonce de disque ou de rééditions.

Castafiore Bazooka : NTP remix.
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16 juillet 2018

THE MONOCHROME SET : The strange boutique


Offert par Thierry T. par correspondance en 2010
Réf : DIN 18 -- Édité par Dindisc en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The strange boutique -/- Surfing S.W.12

Samedi 7 juillet, j'étais dans la forêt ardennaise à Petit Fays en Belgique pour le parfaitement nommé Ptit Faystival. C'est la deuxième fois que je m'y rendais. En 2012, j'y avais notamment vu Arlt et Patrik Fitzgerald. Là, le beau temps étant de la partie, j'ai encore une fois passé un moment des plus agréables, dans une ambiance unique. J'ai joué à la pétanque avec un marseillais, j'ai mangé des frites et des canadas aux rousses avec des belges, et j'ai vu six concerts dans la journée.
Le premier, magique, a eu lieu derrière l'église, sous le marronnier du centenaire, planté en 1930. Tartine de Clous, Alasdair Roberts et Neil McDermott nous ont charmés avec leurs chansons avec (ou sans) folklore, dans l'esprit du Mélusine des années 1970. Un album de la coopération entre ces français et ces écossais est annoncé chez Okraina à l'automne.



Les autres concerts ont eu lieu sous chapiteau et la soirée s'est terminée de façon torride avec plein de fans de The Monochrome Set (tous les fans belges du groupe ?) qui, à la fin du concert, quand le groupe a enchaîné Eine Symphonie des grauens et He's frank, étaient tellement déchaînés que j'ai dû m'écarter et me reculer pour ne pas être trop bousculé, comme on le voit sur cette photo diffusée dans un tweet de David Mennessier :



On trouve de nombreuses photos du festival chez Fabonthemoon, et aussi chez Laurent Orseau, que j'ai dû côtoyer toute la journée sans qu'on se reconnaisse.
C'était la troisième fois que je voyais The Monochrome Set en concert (après 1984 à la London School of Economics et 2013, aussi à Londres mais au Bush Hall), mais c'était la première fois pour moi que le groupe jouait en quatuor, avec deux membres historiques (Bid à la guitare et au chant, Andy Warren à la basse et aux chœurs) et deux plus récents (Mike Urban à la batterie et John Paul Moran aux claviers et aux chœurs). Je me demandais comment ça allait se passer pour les parties de guitare sans "soliste", mais en fait, bien soutenu par l'orgue, Bid s'en sort très bien tout seul.
Le groupe a joué ce qui de fait était un best-of bien sélectionné, se concentrant sur les premières années. Il y a eu environ un petit quart de chansons que je ne connaissais pas, sûrement relativement récentes donc, et ce qui est bien c'est que la plupart de ces chansons m'ont beaucoup plu.
Parmi les anciennes chansons jouées, j'ai cru me souvenir (ce n'est pourtant pas si vieux !) qu'il y a avait l'excellente The strange boutique, la chanson-titre de leur premier album et aussi la face A du 45 tours que j'ai sélectionné aujourd'hui. Je me trompais, mais cette erreur m'a au moins donné l'occasion de ressortir ce 45 tours.
A quelques jours d'écart en avril 1980, Dindisc a donc sorti deux disques de The Monochrome Set titrés The strange boutique. Autant je me suis procuré peu de temps après sa sortie l'album en pressage anglais distribué en France par Arabella Eurodisc (quelques mois plus tard, ce label ira jusqu'à presser une édition française de Love zombies), autant je pense que je n'ai jamais vu à l'époque le 45 tours, le seul extrait de l'album. Je ne pense pas que je me le serais offert de toute façon juste pour sa face B inédite, car mon budget de lycéen était très serré.
Du coup, ce disque a longtemps manqué à ma collection presque complète (jusqu'en 1985 en tout cas) des singles du groupe. Mais en 2010 je suis allé à Marseille pour le lancement à La Poissonnerie de L'estourdisco volume 8, que j'avais compilé, et on en est venu à parler de Monochrome Set avec Thierry, de La Poissonnerie et aussi entre autres de Fall of Saigon. Je ne sais plus comment c'est venu, et je ne sais plus non plus s'il avait le disque en un exemplaire ou en double, toujours est-il que Thierry m'a proposé à Marseille de m'offrir ce disque et il a tenu parole en me l'envoyant quelques semaines plus tard.
Ce 45 tours est intéressant à plusieurs titres.
Pour sa pochette déjà, qui est le pendant de celle de l'album The strange boutique. J'ai toujours trouvé que la pochette de l'album, créditée au groupe et à Peter Saville, aurait mieux convenu à Joy Division ou à un autre groupe lugubre très new wave qu'à ces petits rigolos de Monochrome Set. En tout cas, cette pochette est marquante et elle est très réputée, comme la plupart des travaux de Peter Saville de ces années-là, mais c'est bien dommage qu'à chaque fois qu'on réimprime dans un livre la pochette de l'album avec son fameux plongeur, on ne mette pas en regard celle du 45 tours, avec un carton du même gris, avec le cadre de photo au recto et celui des crédits au verso en relief comme pour les premiers exemplaires de l'album, et surtout avec cette autre photo en noir et blanc, sans plongeur mais avec les traces d'un plouf dans l'eau !
Un autre intérêt du disque, c'est la chanson The strange boutique. Il s'agit de la même version que celle qui clôturait l'album, moins les quelques secondes tout à la fin où le son remontait après s'être presque arrêté. Pour le coup, contrairement par exemple à 405 lines, ça me parait un bon choix de face A, car c'est sûrement l'un des titres les plus directement "rock" de l'album, avec de l'orgue qui rappelle le son garage des sixties. Bon choix donc, mais ça n'a pas suffi car j'ai l'impression que ce 45 tours ne s'est vraiment pas beaucoup vendu.
Autre intérêt de ce disque, sa face B, une vraie chanson, Surfing S.W.12, qu'on ne trouvait nulle part ailleurs à l'époque. C'est peut-être bien l'une des chansons du groupe où l'on entend le plus l'influence que le Velvet Underground a eu sur lui. Il est aussi possible tout simplement que ça en soit une sorte de parodie. Quand le volume 2 de la compilation Volume, contrast, brilliance est sorti en 2016, on a pu découvrir que cette face B était en fait l'une des toutes premières chansons du groupe, puisqu'on y trouve une version de 1978 titrée I wanna be your man.

J'allais écrire qu'on pouvait trouver les deux faces de ce 45 tours sur le coffret 1979-1985 : Complete recordings sorti plus têt cette année, mais la version CD est déjà épuisée et la version 33 tours est à prix prohibitif. The strange boutique se trouve facilement partout avec l'album. Pour Surfing S.W.12, il y a YouTube, ou sinon carrément le 45 tours, qui se vend d'occasion à un prix relativement abordable.


The Monochrome Set, The strange boutique, en concert au festival Marathon '80 à Minneapolis le 22 septembre 1979.


The Monochrome Set, The strange boutique avec un volume faible, en concert probablement à Nottingham le 16 août 1990.

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