12 juin 2018

LIAISONS DANGEREUSES : Los niños del parque


Acquis probablement chez A La Clé de Sol à Reims vers la fin des années 1980
Réf : RR-125537 -- Édité par Roadrunner aux Pays-Bas en 1982
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Los niños del parque -/- Être assis ou danser -- Mystère dans le brouillard

L'hiver dernier, une révolution interne a agité Magic, la revue pop moderne. Une grande partie des contributeurs historiques du magazine a quitté le navire et, une fois dehors, ils se sont retrouvés et se sont demandé ce qu'ils allaient faire ensuite. Dénommés Section 26, ils ont commencé par revenir aux sources en sortant un gros fanzine à imprimer soi-même, avec notamment un article sur Felt de Christophe Basterra , un autre sur Television Personalities par Étienne Greib et le Je bande encore de l'ami Philippe Dumez. Depuis, le fanzine est devenu un site qui est régulièrement mis à jour.
Dans le fanzine, il y avait aussi un entretien d'Alex Mimiraki avec The Hacker à propos du livre Mute : A visual document de Terry Burrows.
The Hacker y revient sur ses rapports de fan avec Mute Records. J'ai été un peu surpris de la place prééminente qu'il accorde au Lady shave de Fad Gadget car, parmi les premiers singles du groupe, c'est celui que j'ai le moins écouté. Et en plus, j'ai tendance à préférer la face B, Make room. Voilà ce qu'il en dit : "À chaque fois que j’ai essayé de copier Lady Shave de Fad Gadget pour en faire une reprise, j’ai trouvé autre chose, qui a fait un hit ! Je ne dois pas être très doué, parce que cela m’emmène ailleurs. La première fois, cela a donné 1982 de Miss Kittin & The Hacker, et la deuxième fois Flesh & Bone, avec Perspects, qui a très bien marché. Ce morceau demeure une source perpétuelle d’inspiration pour moi…". Du coup, j'ai ressorti le disque et je dois bien dire que je l'ai mieux apprécié qu'à l'époque.
Mais cet article m'a fait ressortir un autre disque, Los niños del parque de Liaisons Dangereuses, qui est le disque Mute préféré de The Hacker. Il a effectivement été sorti par Mute sous licence en Angleterre, en petit 45 tours deux titres, mais la sortie originale s'est faite en Allemagne fin 1981.
Contrairement à beaucoup d'autres disques New Wave qui sont dans ma discothèque, je n'ai pas acheté celui-ci au moment de sa sortie. Je l'ai pris sans le connaître quelques années au plus tard, un jour où je suis tombé sur un exemplaire soldé.
Mon édition étant hollandaise et certains titres en français, j'ai longtemps pensé avoir affaire à un groupe belge, d'autant que ma chanson préféréé du lot, Mystère dans le brouillard, est tout à fait dans la veine Polyphonic Size. Mais non, Liaisons Dangereuses était un groupe d'Allemagne, un trio composé de Chrislo Hass, un ex-membre de Deutsch Amerikanische Freundschaft, de Beate Bartel et du chanteur Krishna Goinaud, qui doit avoir des attaches françaises, ce qui explique les nombreuses et bienvenues paroles en français du groupe, une caractéristique qui les rapproche d'autres groupes d'Allemagne francophiles, Sprung Aus Den Wolken et The Truffauts.
La discographie de Liaisons Dangereuses se limite à un unique album, sorti en 1981, qui s'ouvre avec les trois titres de ce maxi, leur unique single.
La face A, Los niños del parque, est devenue une référence. Elle a été souvent samplée et plusieurs fois reprise. Si les liens avec des contemporains comme D.A.F., bien sûr, Fad Gadget et Front 242 sont clairs, on entend bien ici également les aspects proto-technos qui ont fait la réputation du groupe et la joie des DJs.
J'étais complètement passé à côté jusqu'ici d'Être assis ou danser et j'ai eu tort car c'est une réussite, que je préfère à la face A. C'est aussi une chanson rapide, mais avec un séquenceur moins rigide, un peu façon Devo de la même époque, et même du saxopĥone à la Tuxedo Moon.
Les paroles sont très bien :
"C'est l'histoire d'un garçon qui ne pouvait pas arrêter de danser
Il regardait autour de lui, tout le monde était assis, c'est vraiment chiant
Ses parents l'avaient prévenu, il ne faut pas traîner toutes les nuits dans les discosC'est l'histoire d'un garçon, et bien sûr il finit par crever, c'est normal aujourd'hui"
D'avoir réécouté plusieurs fois ce maxi me donne envie de découvrir l'album Liaisons dangereuses, avec des titres comme Apéritif de la mort, Peut-être... pas, Kess kill fé show, Dupont ou Avant-après mars. La dernière réédition en CD, qui date de 2013, est encore facilement disponible.




Liaisons Dangereuses, Los niños del parque, en concert à l'Hacienda à Manchester, le 7 juillet 1982. Ce concert a été édité en vidéo en 1987.

10 juin 2018

DAVID ROCHLINE : La règle du jeu


Acquis sur le vide-grenier de Flavigny le 20 mai 2018
Réf : CBS 1750 -- Édité par CBS en France en 1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La règle du jeu -/- Danseur étoile

En début d'année, j'ai lu le livre Bashung : Vertige de la vie de Pierre Mikaïloff. Je l'avais encore en tête quand je suis tombé à Flavigny sur ce 45 tours à 50 centimes dont les deux faces sont composées par Alain Bashung. Sur le coup, j'ai cru que c'était le 45 tours de Bashung sorti sous pseudonyme dont il est question dans le livre. Ce n'était pas loin car le prénom est le même, mais le pseudo c'était David Bergen et le 45 tours Je ne croirai plus jamais est sorti un peu plus tard, en 1975, avec une pochette où on le reconnaît bien.
Non, outre les disques sous son nom d'avant 1977, dont je pense pouvoir avancer qu'ils sont tous uniformément mauvais, Bashung a multiplié les collaborations de 1966 à 1978, et ce disque en est un exemple.
Entre 1972 et 1974, il a notamment collaboré à trois albums de Dick Rivers, The rock machine, Rockin' along... the River's country side et Rock & roll Star, et les deux ont même enregistré ensemble, en chantant à tour de rôle, un double album de reprises de classiques du rock and roll, attribué au Rock Band Revival. Ce disque a été édité sous de multiples formes et j'ai dû le voir des centaines de fois en brocante ou en Emmaüs. Je me demande si je ne l'ai pas eu à une époque avant de m'en débarrasser.
En tout cas, selon Pierre Mikaïloff, c'est Dick Rivers qui a "découvert" David Rochline, qui avait illustré certaines de ses pochettes, et qui a demandé à Bashung de lui écrire des mélodies sur des textes d'Henri Steimen.
Rochline, qui est mort en 2015, était un artiste pluridisciplinaire, pas spécialement un chanteur, mais il avait une voix. Petit détail intéressant pour moi, Jean-Michel Ribes indique dans l'hommage qu'il lui a rendu dans Télérama qu'il a joué en 1978 dans sa pièce Jacky Paradis, dont la musique originale était de Lewis Furey !
Autant les disques de Bashung sortis sous son nom passaient à l'époque complètement inaperçus, autant ce 45 tours de David Rochline a eu semble-t-il un certain succès sur les radios, qui a même entraîné la publication en 1974 d'un deuxième disque, également composé par Bashung.
Pour ma part, le seul intérêt de ce disque réside dans la musique de La règle du jeu, mais ce n'est pas pour autant à porter au crédit du compositeur Bashung, au contraire, car, dites-le moi si je délire mais, peut-être emporté par l'habitude de faire des reprises, il a utilisé pour cette chanson les principales accroches de Baba o'Riley des Who (le riff souligné de synthé), au point que ça pourrait quasiment en être une adaptation en français !
Dans un style de variété-rock de qualité, un peu à la Balavoine, la face B, Danseur étoile, qui serait un hommage à Rudolph Noureev, est dans la même veine un peu glam que la face A, qui a d'ailleurs été incluse sur la compilation sûrement un peu pirate Glam ou rien. C'était dans l'air du temps il faut dire et, toujours selon Mikaïloff, pendant les deux semaines (quand même) qu'aurait duré l'enregistrement de ce 45 tours au Château d'Hérouville, ses protagonistes y auraient croisé David Bowie, qui enregistrait son album Pin ups, qui contenait deux reprises dûment créditées des Who.
Au moment d'écrire les paroles de l'album qui allait devenir Play blessures, Bashung a fait appel à Henri Steimen, mais il n'a finalement utilisé aucun de ses textes et a décidé de se tourner vers Gainsbourg.

03 juin 2018

BEST FWENDS : Alphabetically arranged


Acquis chez Gilda à Paris le 24 janvier 2013
Réf : MOSHICD20P -- Édité par Moshi Moshi en Angleterre en 2007 -- For promo use only - not for resale
Support : CD 12 cm
34 titres

Je pense que, ce jour-là chez Gilda, j'ai sélectionné ce CD promo en pochette carton en partie parce que la pochette était sympa, et surtout parce qu'il était publié par Moshi Moshi, le label qui a fait connaître Architecture In Helsinki par chez nous.
J'avais retourné la pochette avant de l'acheter, et j'avais été surpris par le nombre de titres (34). Comme promis par le titre de l'album, les 29 titres principaux arrivent par ordre alphabétique, de Aaww-some à Zwzzt. Comme ça au moins ils étaient sûrs de couvrir tout l'alphabet ! Il y ensuite 5 remixes.
Avant même d'écouter le disque, on sent les gars qui ne se prennent pas la tête ni trop au sérieux (Sur Bandcamp, l'album es présenté ainsi : "Quelques bonnes chansons, quelques mauvaises chansons, quelques remixes.").
Anthony et Dustin, les Meilleurs Awis, de Fort Worth au Texas, sont crédités uniquement pour les voix. Pourtant ils font tout le reste : les claviers-jouets, les échantillons, les pédales d'effet, l'ordinateur et peut-être même d'autres instruments. Il est indiqué que l'album a été enregistré dans diverses chambres entre 2002 et 2006 (l'un des titres s'appelle justement Musique de chambre) et on imagine que le groupe est au départ un projet d'étudiants qui s'éclatent bien.
A l'écoute, évidemment, avec 34 titres de moins de deux minutes en moyenne qui se succèdent, ça part dans tous les sens, c'est foutraque et il y a à boire et à manger, avec des bouts de punk, de hip hop, des voix dans tous les sens, des instrumentaux,... Dans l'esprit, on n'est pas loin du Beck du début, du premier They Might Be Giants, et de plein de trucs tout fous et lo-fi qu'on aime bien.
Évidemment, pris de A à Z en une seule fois, ça peut être un peu indigeste, mais c'est avant tout fortement réjouissant, 100% hip-pop optimiste, et il y en a pour tous les goûts. A chaque écoute, on découvre des trucs différents et les préférences changent, mais pour l'heure mes titres favoris sont Days seem shorter, Dream off, Skate or live, Aaww-some, Greetings to you, Bedroom music et Get away from me.
Best Fwends a eu un peu de succès en Europe suite à la sortie de cet album. Par la suite, ils ont sorti fin 2009 un autre album, K R U S H E R, avec des chansons enregistrées elles de 2007 à 2009. Je ne suis pas sûr que le groupe soit encore actif, mais tout récemment ils annonçaient sur leur page Facebook envisager de sortir une compilation de raretés.

Le CD d'Alphabetically arranged se trouve facilement et pour pas cher. On peut aussi télécharger l'album à prix libre.










27 mai 2018

HAMILTON LEITHAUSER : I don't need anyone


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres le 21 janvier 2018
Réf : RBN047CDP -- Édité par Ribbon Music en Europe en 2014 -- For promotional use only / Not for sale - This promotional CD remains the property of Ribbbon Music and must be surrendered upon request
Support : CD 12 cm
Titre : I don't need anyone - Radio edit

Allez, encore un des CD promo trouvés lors de ma dernière visite à Notting Hill Gate, comme le Scumbag Philosopher, les King Creosote ou le Magnetic Fields.
Le nom d'Hamilton Leithauser ne me disait rien a priori, mais heureusement le petit texte sur l'étiquette collée au dos m'a permis de comprendre qu'il était l'un des membres des Walkmen, ce groupe qui a plus ou moins pris la suite de Jonathan Fire Eater et qui est lui-même en pause depuis plusieurs années.
Ribbon Music est une filiale américaine de Domino et les bonnes habitudes de la maison mère en matière de disques promo sont conservées pour cette sortie : on a droit à un CD avec une pochette cartonnée dont la photo est proche mais différente de celle de l'album Black hours dont le titre est extrait.
Ce qui rend ce disque particulièrement intéressant, outre qu'il s'agit d'une version "radio edit" sûrement un peu trafiquée par rapport à celle de l'album, c'est que, même si le label a mis cette chanson en avant avec ce CD ou en réalisant une vidéo, il n'y a eu aucun disque équivalent diffusé dans le commerce, ce qui fait de ce CD au minimum une curiosité, à défaut d'être une rareté recherchée.
Black hours est le premier disque d'Hamilton Leithauser sous son nom, mais c'est tout sauf un disque "solo". Pour I don't need anyone, il est accompagné à la guitare et à l'orgue par son collègue des Walkmen Paul Maroon, à la basse et aux percussions par Morgan Henderson des Fleet Foxes et à la batterie par Richard Swift des Shins. S'il n'a besoin de personne, l'ami Hamilton, il n'a quand même pas trop l'air d'aimer la solitude puisque, depuis Black hours, il a sorti deux albums studio co-signés l'un avec Paul Maroon et l'autre avec Rostam Batmanglij, ex-Vampire Weekend, également présent sur d'autres titres de Black hours.
S'il y avait un seul reproche à faire à I don't need anyone, c'est qu'il n'y a pas grand chose qui différencie cette chanson de celle des Walkmen. Mais pourquoi pas après tout ? Surtout que la comparaison serait à faire avec les meilleures chansons de son ancien groupe. Des parties de guitare en introduction aux quelques notes de basse qui soutiennent le tout et au chant, c'est une chanson qui me plaît beaucoup et qui donne envie d'aller écouter le reste de l'album.




Hamilton Leithauser, I don't need anyone, lors de son premier concert solo, le 15 avril 2014, au Joe's Pub, à New York.

21 mai 2018

AHAMADA SMIS : Origines


Acquis chez Gilda à Paris le 23 février 2017
Réf : [sans] -- Édité par Colombe en France en 2012 -- Mix non masterisé -- Extraits de l'album à paraître en mars 2013 - Interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Bachraf -- Masikini -- Guiri hiri

Ce jour-là, j'avais trouvé le CD de Papas Fritas que je recherchais chez Parallèles mais j'avais aussi acheté une vingtaine de CD chez Gilda.
Pourquoi j'avais sélectionné celui-ci particulièrement ? Pochette sympathique, titre en français, mention d'enregistrement aux Comores et à Zanzibar. Autant d'indices intéressants, et je n'ai pas regretté mon choix car les trois titres de l'album Origines d'Ahamada Smis, alors en cours de finalisation, sont tout bonnement enthousiasmants. J'avais apprécié ce disque dès sa première écoute et je l'avais mis de côté pour le chroniquer, mais il s'est un peu perdu dans la pile au fil des semaines. J'ai bien fait de le déterrer.
Vous saviez qu'à Marseille, un habitant sur dix viendrait des Comores ? Moi non plus. En tout cas c'est le sujet de Planète Marseille, enfants des Comores, un documentaire de Charlotte Penchenier de 2017.
Ahamada Smis est de Marseille, justement, et sa famille est originaire des Comores. Il vient plutôt du monde du slam et du hip hop teinté d'acoustique et de musiques du monde mais, pour son deuxième album Origines, comme le titre l'indique, il est allé enregistrer sur place "une fusion entre musiques traditionnelles des Comores et poésie urbaine (slam/rap), dans un esprit afro-ngoma (afrobeat comorien)". On peut bien sûr faire un parallèle avec la démarche à Haïti de Mélissa Laveaux pour son album Radyo Siwèl.
Il est aussi précisé sur le site de son label que "ce projet s’inspire de l’héritage musical arabo-bantu de l’océan Indien". Cela s'entend particulièrement sur le premier titre Bachraf (Il n'est pas entièrement en ligne, mais on en entend des extraits dans cette bande-annonce de l'album. Il y a aussi une version remixée par Mungo's Park), qui démarre comme de la musique orientale presque classique, avant que ne déboule un slam en français sur une aventure cauchemardesque dans l'ascenseur d'une tour d'habitation.
Excellent, mais les deux autres titres sont presque meilleurs. Masikini est entraînant et, avec les chœurs des Femmes de la Lune de Chiconi, on se croirait presque à Soweto avec les Mahotella Queens.
Guiri hiri a une très belle mélodie, accompagnée de percussions et de guitare acoustique. Pour le coup, avec le mélange de paroles en français et de musique africaine, ça rappelle à mon souvenir le Bwana Zoulou Gang de Ray Lema.
L'album est sorti sorti finalement en novembre 2013, pas en mars. Origines a ensuite été porté à la scène, en trio acoustique ou en sextet, et je regrette bien de ne pas avoir assisté à l'un de ces spectacles.
Ahamada Smis vient de sortir en mars un nouvel album, Afrosoul, et on risque d'en reparler ici car je viens de le commander.









20 mai 2018

SCUMBAG PHILOSOPHER : Scumbag philosopher


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres le 21 janvier 2018
Réf : [sans] -- Édité par Words On Music aux États-Unis en 2011
Support : CD 12 cm
Titre : Scumbag philosopher

Tout comme les King Creosote ou le Magnetic Fields, j'ai ramené ce disque dans mes filets, avec une cinquantaine d'autres, un dimanche matin de l'hiver dernier à Notting Hill Gate.
Ce groupe-là, je ne le connaissais pas du tout. Mais son nom, Philosophe Sac à merde, qui est aussi le titre de la chanson, est percutant pour avoir attiré mon attention. Tout comme la pochette, avec son Penseur de Rodin affublé d'attributs branchés, casquette, chaussures de sport, chien, joint et bouteille d'alcool.
Scumbag Philosopher est un groupe originaire de Norwich en Angleterre, signé sur un label américain. Ce sont surtout de petits rigolos. Précédemment, ils se faisaient appeler Fuck Dress, et ils présentaient ce nouveau projet comme "une sorte de farce situationniste".
Ils ont sorti un seul et unique album, It means nothing so it means nothing, avec une pochette proche de celle-ci, mais différente (Penseur sous un autre angle, avec d'autres attributs).
Censément, deux "singles" ont été extraits de l'album, celui-ci et God is dead so I listen to Radiohead mais en fait, comme c'est devenu une habitude au 21e siècle, il n'y a pas eu de disques commercialisés pour ces singles, ils ont juste été disponibles sous forme de vidéos et en version numérique. Les deux CD à pochette cartonnée, même si pour une fois ce n'est pas indiqué dessus, sont destinés à la promotion.
Pour ce qui de la chanson, bonne surprise, Scumbag philosopher est un bon titre, avec des échos de Wire à la fois dans la musique et dans la manière de chanter.

On trouve encore facilement It means nothing so it means nothing.

13 mai 2018

MÉLISSA LAVEAUX : Radyo Siwèl


Acquis par correspondance chez Nø Førmat en mai 2018
Réf : NØF. 40 - 19075806692 -- Édité par Nø Førmat en France en 2018
Support : CD 12 cm
12 titres

Dans le n° 295 de Mojo il y a un article d'une page sur Mélissa Laveaux. J'avais déjà vu passer son nom, mais je ne connaissais rien d'elle. En lisant cet article sur cette chanteuse, née au Canada de parents haïtiens qui ont fui la dictature des Duvalier, qui vit à Paris, qui allait après l'entretien donner un cours à des élèves sur le Punk et les sociétés marginalisées, qui s'est immergée pour son troisième album Radyo Siwèl dans les musiques traditionnelles haïtiennes et s'est intéressée à la période d'occupation d'Haïti par les États-Unis de 1915 à 1934, je me suis dit que j'avais un problème. C'est bien beau de s'intéresser à la musique des Antilles, de chroniquer des disques de chanteuses haïtiennes mortes depuis longtemps, comme Martha Jean-Claude, ou récemment, comme Émy de Pradines, mais ce serait quand même mieux de s'intéresser à ce que sont en train de créer des vivants tout près de chez moi. J'ai donc aussitôt commandé l'album et j'ai bien fait car j'ai été conquis dès la première écoute.
Et pourtant, j'ai été surpris. De ce que j'avais lu sur l'inspiration créole et haïtienne, sur le fait qu'il y a plusieurs chansons en commun avec mes disques de Martha Jean-Claude et Émy de Pradines, je m'attendais à quelque chose avec un son et un style assez proches de ces disques. Eh bien, ce n'est pas du tout le cas. Cet album chanté principalement en créole, enregistré en cinq jours en avril 2017 à Pantin avec deux ou trois prises par chanson, est bien celui de jeunes musiciens qui ont infusé des décennies de folk et de rock, et ça s'entend. De même qu'on n'est pas étonné d'apprendre que, outre les deux haïtiennes déjà citées, Mélissa Laveaux, qui est guitariste, dit avoir été inspirée par Sister Rosetta Tharpe.
Ce lien et en même temps cet éloignement avec les musiques traditionnelles est très bien expliqué sur le site du label Nø Førmat : "Les racines peuvent donc libérer, si l'on ne veut pas en rester prisonnier. Pour Mélissa, Haïti était comme cette voix sortie d'une radio dont le signal se brouille avant de revenir, ne livrant à l'auditeur que quelques mots épars... mais du même coup, la liberté d'inventer ceux qui manquent. Mélissa a réinventé le passé, pour mieux s'ouvrir un avenir de possibles. A partir des racines, elle a choisi les branches et les feuilles de l'arbre qu'elle continue de faire pousser. Son arbre donne des petites prunes, qu'en Haïti on appelle sirouelles, ou Siwèl en créole. Radyo Siwèl, voici le troisième album de Mélissa Laveaux."
Je suis encore en train de découvrir l'album, je ne vais pas en détailler les titres, d'autant qu'ils me plaisent  déjà tous, du premier Lè ma monte chwal mwen, avec de lointains échos de Walk on the wild side, à la comptine La sirèn la balèn, en passant par le très rock Nibo, Tolalito, Kouzen et Angeli-ko (trois titres en commun avec Martha Jean-Claude, je pense), Panama mwen tombe (dont il y a une version par Émy de Pradines). Les autres, Nan fon bwa, Simalo, Joli bwa, Twa fey et Legba na konsole sont tout aussi bien.
Un disque enthousiasmant donc,et mon prochain objectif, en sus de me procurer les deux premiers albums, sera de réussir à voir Mélissa Laveaux sur scène. Elle tourne actuellement Radyo Siwèl un peu partout dans le monde, et présentera également les 14 et 15 juin au Théâtre Le Tarmac à Paris Et parfois la fleur est un couteau, une fable afro-futuriste en forme de "concert dramatique".
Mais j'ai d'ores et déjà un regret : celui de ne pas avoir découvert cet album trois semaines plus tôt. En effet, Mélissa Laveaux a donné un concert le 21 avril à la salle Jeanne d'Arc de Verdun, là même où j'ai vu Gontard ! en février dernier, et je suis bien sûr que j'aurais fait le déplacement.

Radyo Siwèl est en vente chez Nø Førmat.


Première des vidéos de présentation de Radyo Siwèl. Bien regarder toute la liste.







11 mai 2018

THE MAGNETIC FIELDS : Andrew in drag


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres le 21 janvier 2018
Réf : RUG452CDP -- Édité par Domino en Angleterre en 2012 -- For promotional use only / Not for sale - This promotional cd remains the property of Domino Recording Co. Ltd & must be surrendered upon request.
Support : CD 12 cm
Titre : Andrew in drag

En 2012, après trois albums chez Nonesuch/Warner, The Magnetic Fields est retourné au bercail chez l'indépendant américain Merge, pour lequel le groupe enregistrait jusqu'à 69 love songs en 1999. En Europe, c'est l'autre gros indépendant Domino qui a sorti Love at the bottom of the sea. Ce trajet d'un groupe qui tente l'aventure chez des majors pour revenir sur son ancien label n'est pas si rare. Je pense par exemple à The Jesus and Mary Chain, revenu chez Creation pour Munki en 1998. Ce qui est plus surprenant par contre, c'est que l'album suivant, 50 song memoir (2017) est à nouveau sorti sur Nonesuch !
C'est Andrew in drag qui a été choisi comme single pour annoncer la sortie de l'album. Seul un 45 tours a été commercialisé aux États-Unis et en Europe. C'est bien, ça fait à la fois jeune et rétro, mais ce n'est pas très pratique au 21e siècle. Alors, comme c'est devenu une habitude, Domino a pressé ce CD avec sa petite pochette cartonnée à des fins de promotion. J'ai récupéré mon exemplaire lors de la razzia que j'ai faite au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate en janvier dernier mais, en-dehors des exemplaires refourgués par des journalistes et autres professionnels, ce CD n'a jamais été commercialisé dans les circuits traditionnels.
Si j'en juge par le nombre de vidéos disponibles en ligne, Stephin Merritt a dû faire une tournée de promotion mondiale au cours de laquelle il interprétait systématiquement Andrew in drag seul au ukulélé. Dans la version enregistrée pour le Guardian, il explique en préalable les conditions particulières de création de la chanson. Il s'est réveillé un matin visiblement après une cuite carabinée, sans se souvenir de ce qui s'était passé la veille au soir ni de comment il était rentré chez lui. En regardant son carnet de chansons, il y a découvert les paroles d'Andrew in drag, qu'il avait dû écrire tard dans la nuit. Heureusement, il se souvenait quand même de l'air qui allait avec :



Love at the bottom of the sea a souvent été présenté comme un retour de Magnetic Fields  au son de 69 love songs. Il est vrai en tout cas qu'Andrew in drag n'aurait pas déparé sur ce monument et aurait même pu figurer dans le haut du panier de mes titres préférés.
C'est bouclé en 2'15, le refrain est minimal (le titre chanté trois fois, conclu par un "Yeah !"), mais c'est efficace et la mélodie qui n'a l'air de rien se révèle entêtante.
Côté paroles, Stephin Merritt s'amuse bien avec les questions de genre et de sexualité, puisqu'il est question d'un gars et de son amour impossible : la femme dont il est tombé amoureux, c'est le personnage travesti interprété une seule et unique fois pour rigoler par son pote Andrew. "Dommage qu'elle n'existe pas, dommage qu'il ne soit pas pédé" semble être la morale de l'histoire, donnée en ouverture de la chanson.



08 mai 2018

SUPERORGANISM : Superorganism


Acquis chez Cultura à Cormontreuil le 3 mai 2018
Réf : WIGCD413X -- Édité par Domino en Europe en 2018
Support : CD 12 cm
10 titres

Depuis quelques temps, Philippe R. a pris la bonne habitude de regarder les concerts Tiny Desk de la radio américaine NPR (littéralement enregistrés dans le bureau de Bob Boilen, l'animateur de l'émission All songs considered) pour y découvrir des musiques par des artistes connus ou inconnus.
Récemment, il m'a envoyé le lien vers la prestation de Superorganism le 25 avril dernier, avec comme simple commentaire : "C'est ça qui est bien : être encore surpris, j'aime beaucoup".
Je suis allé voir de suite et, avant même d'écouter, j'étais déjà conquis, à la simple lecture du texte de présentation expliquant que Superorganism avait demandé avant de venir l'autorisation d'accrocher des baleines gonflables au plafond et puis, pour leur prestation, pas pour consommer, ils avaient demandé qu'on leur fournisse sept pommes bien croquantes et sept canettes en alu.
Le concert lui-même ne m'a pas déçu, je n'ai peut-être pas vu un collectif aussi plein de vie sur scène depuis Les Gamins En Folie en 1991. Dix minutes de pure joie :



Notons quand même que, sur le premier titre Prawn song, les sept membres du groupe chantent tous à un moment ou un autre. Évidemment, comme les chansons sur un crustacé par un groupe barjot ne sont pas légion, on pense aux B-52's. Et puis, tous ces petits bruitages, ça rappelle aussi un autre très bon moment, les débuts de CocoRosie. Sur Something for your M.I.N.D., les coups d'arrêt m'ont fait penser au Novocaine for the soul de Eels. Mais je vais arrêter le petit jeu des références car ce qui compte c'est de les voir s'amuser et de passer un bon moment à les écouter. Voici encore un groupe qui répond parfaitement à ma définition de la hip-pop optimiste.
On voit bien que le groupe est formé autour de trois musiciens (batterie, guitare, claviers), avec une chanteuse plutôt réservé et trois foufous chanteurs-danseurs-bruiteurs.
Le noyau musical du groupe est en fait composé de trois membres du groupe néo-zélandais The Eversons (un quatrième est présent en coulisses), formé en 2010 et qui a sorti plusieurs albums. Pour ce projet, ils se sont réunis à Londres avec des amis venus d'un peu partout dans le monde entier, et ont associé à distance la chanteuse Orono, une fan des Eversons qu'ils avaient rencontrée lors d'une tournée aux États-Unis.
A peine la vidéo de Tiny Desk regardée, j'ai vérifié qu'il y était en stock et je me suis arrêté au supermarché culturel qui était sur mon chemin pour me procurer ce Superorganism, le premier album du groupe, sorti en mars.
En-dehors des conditions particulières de la prestation que je venais de voir, il y avait un gros risque que je sois déçu par l'album. Mais il n'en est rien. Le bon esprit est bien là aussi sur cet enregistrement studio et, pour l'heure, mes titres préférés sont Nobody cares, Everybody wants to be famous et Something for your M.I.N.D..
La bonne nouvelle, c'est que Superorganism sera sur scène près de chez moi le 16 juin prochain, au festival La Magnifique Society de Reims. La mauvaise nouvelle c'est que je ne serai pas à ce concert. Ce n'est pas que je ne suis pas disponible mais, depuis plusieurs années je fuis ce genre de foire à bestiaux. A défaut de voir le groupe dans de bonnes conditions, je préfère rester sur ma bonne impression et à la maison, à écouter l'album et regarder des vidéos !










Superorganism en session pour KEXP pendant les Trans Musicales à la Halle de la Courrouze à Rennes, le 7 décembre 2017.

06 mai 2018

LA SEMENCE PASTORALE : La semence pastorale


Acquis par correspondance chez Mécanique Populaire en janvier 2018
Réf : NFR 001 -- Édité par Mécanique Populaire en France en 2002 -- n° 352/600
Support : CD 12 cm
Titres : Quand Jean Bête est mort, il a laissé bien des héritiers -- Vivons heureux, vivons cachés -- Le bois tordu fait le feu droit -- À pisser contre le vent, on mouille sa chemise -- Le monde est rond, qui ne sait nager va au fond

C'est Alig qui, au cours de nos discussions à propos de Easy listening (Not) m'a demandé si je connaissais Jef Benech' de Mécapop. La réponse était non, mais il ne m'a pas fallu longtemps pour aller farfouiller sur le site du label pour le découvrir. J'ai vu que Mécanique Populaire avait produit plusieurs disques de ou autour de la musique de deux groupes importants pour moi, Legendary Pink Döts et Ptôse Production. Family Fodder avec une version de Gorgon Zola's baby a notamment participé à la compilation de reprise intégrale de l'album Asylum de Legendary Pink Döts (Creatio ex materia #1).
Pour ma part, j'ai assez vite été attiré par le disque de La Semence Pastorale. Un nom de groupe et des titres en français, une présentation recherchée (une boite cartonnée en forme de cadre dans laquelle on peut choisir son image de pochette parmi les 5 illustrations/collages illustrant les 5 morceaux), et un concept présenté comme tordu mais d'autant plus alléchant : "Un nain toréador qui prêche la bonne parole en utilisant de vieux proverbes français" !
J'ai écouté le premier titre pour assurer ma décision, mais c'était superflu car j'étais déjà quasiment convaincu, et j'ai aussitôt commandé le CD.
La Semence Pastorale, c'est l'un des nombreux projets musicaux de Jef Benech' (bouche et un peu de guitare), ici principalement associé à Pascal Tremolo (guitare dans tous ses états), qui ont fait appel pour l'occasion à cinq musiciens solistes (cornet, hautbois, saxophone, flûte à bec, accordéon).
Ce fut l'une des trois premières productions du label et ce ne fut pas facile, comme Jef l'explique dans un entretien pour Oksküre Mag : "Suite à une opportunité familiale, pensant naïvement que je serais choyé, j’ai finalement opté pour l’imprimerie et une édition assez conséquente de 600 exemplaires pour ces 3 CDs sous la forme de coffrets assez luxueux. Mais ce choix s’est révélé être une épreuve particulièrement éprouvante car j’ai mis un an et demi à récupérer les pochettes et livrets. L’imprimeur avait (entre autre) tout simplement oublié d’imprimer l’encre noire sur les documents. Difficile à imaginer n’est-ce pas ? J’ai dû terminer le travail chez un autre imprimeur… Cela m’a mis totalement sur la paille financièrement et surtout j’étais complètement abattu et désenchanté au point de ne même pas être capable d’assurer la promotion des disques…".
Musicalement, le disque s'est avéré à la hauteur de mes attentes, dès les premières notes. Quand Jean Bête est mort, il a laissé bien des héritiers est  une sorte de reggae paysan boiteux, comme j'imagine Albert Marcœur pourrait en produire. Assez fou donc, mais pas autant que les vocaux, très étranges, et ça sur toute la longueur du disque. Ils m'ont fait penser tour à tour à Sieur & Dame et à l'ami L'Incohérent de L'Opération Kangourou, mais en fait ça ne ressemble à rien de connu et c'est complètement inintelligible.
L'explication de ces bizarreries nous est fournie par Miss Ming, l'auteur des paroles, qui enregistre aussi sous le nom de Candy Rainbow. Dans un entretien pour Panic Goldfish, elle revient sur sa participation à ce projet : "Ma première touche était d’écrire pour Jef Benech des textes dans plusieurs langues réécrits srevne (envers)". C'était donc ça ! Si le chant sonne aussi bizarre, c'est que les paroles sont du "srevne", un peu à l'image de la Zorglangue de Zorglub dans Spirou et Fantasio.
Les quatre titres suivants sont tout aussi entraînants et rafraîchissants que le premier. Les 17 minutes que dure le disque passent très vite et on en vient vite à regretter que cette semence n'ait pas produit d'autres récoltes.

La semence pastorale est toujours disponible à la vente chez Mécapop.

01 mai 2018

ROBERT PALMER : Johnny and Mary


Offert par Claire B. à Châlons-en-Champagne le 11 avril 2018
Réf : 6837 869 -- Édité par Island en France en 1985 -- Hors commerce - Exemplaire réservé aux lecteurs de Synchro
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Johnny and Mary -/- All around the world

Après celui de Grèce, voici un autre disque de mon Tonton Mimi, lié lui aussi à une opération promotionnelle de Renault.
Cela va surtout me donner l'occasion de revenir sur Johnny and Mary de Robert Palmer, une chanson que j'ai eu tendance à snober à sa sortie en 1980. Il faut dire que le peu que je connaissais de Robert Palmer au moment de la sortie de ce disque ne m'attirait pas vers lui, alors que j'étais en pleine phase New Wave : sa chanson Bad case of loving you n'était "qu'une" reprise de Moon Martin; sur ses pochettes de disque, il avait l'air creux d'un playboy,... Fan de rhythm and blues, il avait quand même commencé son parcours avec The Alan Bown Set avant de jouer dans Vinegar Joe.
Alors, j'ai beaucoup écouté Johnny and Mary en 1980 car la chanson passait partout (ça reste le plus grand succès en France de Robert Palmer), j'ai dansé dessus dans les soirées, mais je me suis bien gardé d'acheter le 45 tours (il a fallu attendre des années pour que je le prenne dans un vide-grenier).
J'étais vraiment bien bête, car c'est une bonne chanson, avec une mélodie qui reste en tête et une production qui, justement, est très électronique et très de son temps (je ne savais pas alors que, sur l'album Clues dont cette chanson est tirée, Palmer a repris I dream of wires de Gary Numan et collaboré avec lui pour l'écriture d'un autre titre). 
Heureusement qu'à l'époque je n'ai pas vu la vidéo tournée pour cette chanson, car là c'est sûr j'en aurais été dégoûté à vie :



Beau succès donc en 1980, mais ce n'était pas fini car, en 1985, Renault a commencé à utiliser cette chanson en bande sonore pour des publicités dont le slogan était "Des voitures à vivre" :



Ces publicités ont été matraquées et elles ont beaucoup marqué. D'autant que ça a duré des années, d'abord avec la version originale puis avec des versions reprises par d'autres artistes. Je vous ai même trouvé un Top 10 des publicités Renault avec la musique de Robert Palmer !
Entre temps, Robert Palmer avait connu un premier grand succès en France grâce à la pub, en 1982, quand sa chanson de 1978 Every kinda people avait été utilisée pour la pub Heineken, "La bière qui fait aimer la bière".
Sans surprise, Island a ressorti Johnny and Mary en 1985, avec une nouvelle pochette reléguant le nom de l'artiste en bas à gauche pour laisser la place à un gros encart annonçant le "Thème original publicitaire".
On pourrait croire que le disque de mon oncle qui, rappelons-le, tenait un garage Renault, est un exemplaire de cette réédition commercialisée suite à la pub Renault. Presque, mais pas tout à fait. En effet, il s'agit d'un tirage spécial (le disque est identique mais la pochette a été imprimée spécialement), "réservé aux lecteurs de Synchro". Synchro ? Eh bien, vous serez heureux d'apprendre que c'est le magazine du réseau Renault, lancé en avril 1985 et qui existe toujours ! Le 45 tours a été inclus avec l'un des tous premiers numéros du magazine.
L'un des intérêts de cette réédition pourrait être sa face B. Au lieu d'un "vieux" titre de l'album Secrets de 1979 (In walks love again), on trouve ici un titre hors album, enregistré pour la bande originale du film de science-fiction Explorers. Il s'agit de All around the world, une reprise d'une chanson de Little Richard parue à l'origine en 1956 en face B de The girl can't help it. C'est un gros budget, au milieu des années 1980, avec Bernard Edwards de Chic à la production. Rien d'infamant, mais c'est quand même sans grand intérêt :



En préparant cette chronique, j'ai découvert sur le site français dédié à Robert Palmer qu'il existait une version en français intitulée tout simplement Johnny et Marie, sortie dès 1980 par Marie Léonor, avec des paroles adaptées par Boris Bergman.
De fil en aiguille, je suis tombé sur cet extrait du Collaroshow de 1981, où Robert Palmer et Marie Léonor chantent ensemble, lui en anglais, elle en français, en posant leur voix en direct sur une bande musicale :



Que l'interprète original et celui de la reprise se retrouvent ensemble à la télé, c'est assez rare, mais tout est possible. Devo est bien passé au Collaroshow en 1980 ! Mais quand je suis tombé sur un extrait d'une autre émission, où cette fois
Robert Palmer chante en partie en français, j'ai été vraiment intrigué. L'explication est simple puisque, selon l'information donnée par plusieurs sites, Robert et Marie Léonor étaient alors en couple. Un "bad case of loving you" d'anthologie puisque, selon Wikipedia et surtout La vie secrète des chansons françaises de Bertrand Dicale et André Manoukian, cette histoire d'amour aurait inspiré à Marie Léonor les paroles de la chanson Ouragan, devenu le tube que l'on connaît une fois interprété par Stéphanie ! Désormais, à chaque fois que vous entendrez "Comme un ouragan qui passait sur moi, l'amour a tout emporté", vous pourrez avoir une pensée pour Robert Palmer, qui est mort à Paris en 2003, à 54 ans.



29 avril 2018

MUSIQUE FOLKLORIQUE DU MONDE - GRÈCE



Offert par Claire B. à Châlons-en-Champagne le 11 avril 2018
Réf : 30 CV 1106 -- Édité par Musidisc-Europe (Service Produits Spéciaux) en France en 1982
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

A la suite d'un déménagement, ma sœur a récupéré à mon intention une partie des disques de mon oncle Michel. Après avoir été mécanicien chez Simca, il a créé à Châlons son propre garage, simplement nommé Garage Michel, établi d'abord rue Sainte-Marguerite puis Avenue de Paris. Il était agent Renault, ce qui explique qu'on trouve dans la pile de disques des trucs comme le 45 tours de Robert Palmer "thème original publicitaire de Renault", le Catalogue-Album Renault 11, avec deux reprises des Beatles, ou le 45 tours Mon nom est Fuego / Fuego reggae ! Les deux m'intéressaient initialement, mais je n'ai pas de choses suffisamment sympathiques à dire dessus pour les chroniquer.
Dans la pile, au milieu de disques pour mettre de l'ambiance dans les soirées, il y avait ce disque de musique de Grèce de la série Musique folklorique du monde de Musidisc. Une série vendue pas chère, sans aucune information détaillée sur les enregistrements, mais ça ne signifie pas pour autant que les enregistrements ne sont pas de bonne qualité.
Initialement, je n'avais aucune raison de penser que ce disque était différent de celui commercialisé par Musidisc pendant des années, avec plusieurs retirages. Mais j'ai tiqué quand j'ai vu, en bas à gauche au verso de la pochette, la mention "Service Produits Spéciaux", car je sais d'expérience que le rôle de ces services est généralement de produire des disques publicitaires. C'est alors seulement que j'ai repéré en haut à droite du verso un hexagone tricolore digne d'un logo du RPR entouré de la mention "Gagner 82".
Une rapide vérification en ligne m'a confirmé que le verso des disques du commerce, s'il comporte le même petit texte très bateau, est différent, sans l'illustration qu'on trouve ici ni le logo. Le recto et les rondelles de mon disque sont identiques à l'édition en vente partout.
Vu le contexte, j'en ai rapidement déduit que ce disque a été diffusé dans le cadre d'une opération promotionnelle de Renault à destination de son réseau professionnel. Certes, contrairement à l'habitude, il n'y a aucune mention explicite en ce sens sur le disque, comme c'était le cas pour le Rêve d'Orient d'Opel, mais il suffit d'examiner attentivement le logo apposé sur le disque pour voir que les lignes noires d'épaisseur variable qui l'entourent et la police utilisée pour écrire "Gagner 82" font référence au logo au losange de Renault, conçu par les ateliers Vasarely et utilisé de 1972 à 1992. C'est ce logo qu'on retrouve par exemple en 1985 sur la réédition du 45 tours Johnny and Mary de Robert Palmer à l'occasion de l'utilisation de cette chanson dans une publicité.
Je n'ai trouvé en ligne aucune référence à l'opération "Gagner 82". Pour ce qui est du disque lui-même, le seul crédit qu'on y trouve c'est la mention "Enregistrement Deben Bhattacharya".
Il me semble que je ne connaissais pas ce nom pourtant, il s'avère que, avec les Lomax Père et fils, Charles Duvelle ou Gilbert Rouget, il est l'un des plus grands collecteurs de musique de terrain du 20e siècle, sur bande magnétique ou sur film.
Deben Bhattacharya est né en Inde dans une famille originaire du Bengale et mort à 80 ans à Paris en 2001. Ses archives sonores ont été confiées à la Bibliothèque Nationale de France. On peut lire sur le site de Frémeaux & Associés un portrait de Deben Bhattacharya par Étienne Bours de Trad Mag écrit après une rencontre vers 1997, qui retrace en détails son parcours.
Frémeaux a réédité un grand nombre de ses enregistrements dans une collection de double CD. Arc Music aux États-Unis a également publié de nombreux CD d’enregistrements de Deben Bhattacharrya.
Pour ce qui est de la campagne en Grèce qui a produit les enregistrements de ce disque, je n'ai trouvé que peu d'informations, sauf dans le livret de la bande originale du documentaire La musique selon Deben Bhattachary, où l'on trouve un titre de Grèce, Pontiago. Le réalisateur Stéphane Jourdain nous indique : "Ntino Trig, Grèce, 1961. En 1955, ayant obtenu une avance d’une compagnie de disques, Deben s’achète un Van et part enregistrer, avec un ami, à travers l’Europe, le Proche et le Moyen-orient, jusqu’en Inde. Il refera ce même voyage au début des années 60."
On trouve d'autres enregistrements de Ntino Trig, au bouzouki et au chant, sur l'album paru en 1972 Songs and dances from Macedonia. Cela nous donne au moins un peu d'informations sur l'un des artistes de ce disque. Je pense que Ntino Trig figure sur plusieurs pistes, mais je n'ai pas pu en découvrir plus.
Sinon, le disque dans son ensemble est d'excellente qualité. On sent bien qu'on est dans le collectage, avec des sons d'ambiance, des conversations. Quand il y a une Chanson de noces, on peut être sûr qu'elle a été enregistrée pendant une fête de mariage.
Si le texte de présentation au dos est utile, c'est au moins pour rappeler les multiples influences qui marquent la musique grecque. On se fait une idée souvent stéréotypée de cette musique, confortée par une partie de ce que l'on entend ici, mais certaines pistes sonnent carrément comme de la musique orientale, tandis que d'autres pourraient aussi bien venir d'Europe de l'Est.
Outre le bouzouki, on entend de la lyre, de l'accordéon,... La plupart des titres sont chantés, à plusieurs ou seuls. Mes préférés sont Danse de Ponteus, chanté par plusieurs femmes, Ronde, avec un accordéon ou un bandonéon en instrument principal, Chanson de noces, avec plusieurs chanteurs accompagnés sûrement à la lyre et Yerakina, peut-être une danse, chantée à plusieurs et accompagnée de claquements de mains. (On peut écouter ce disque ci-dessous, sur Deezer, mais il faut se connecter pour dépasser 30 secondes par titre).
Je n'en sais pas beaucoup sur l'opération Gagner 82 de Renault, qui devait probablement permettre à des agents/concessionnaires de gagner un voyage en Grèce, mais grâce à de disque j'ai pu moi-même visiter la Grèce sans me déplacer, et surtout découvrir Deben Bhattacharya.


Bande annonce de La musique selon Deben Bhattacharya, un film de Stéphane Jourdain. Le DVD est en vente sur le site de La Huit. La bande originale du film a été éditée par Frémeaux & Associés.




Rythmes et mélodies de Grèce, édition en 33 tours 25 cm chez Le Club Français du Disque. Peut-être bien l'édition originale française de ce disque.
Il y a eu en 1961 aux Etats-Unis une édition chez Vee-Jay titrée The popular folk music of Greece.

22 avril 2018

ZEA : I am searching for an MP3


Acquis par correspondance chez Zea en avril 2018
Réf : [sans] -- Édité par Zea aux Pays-Bas en 2006
Support : disquette 9 cm
Titre : I am searching for an MP3

Il y a près de deux ans, en mai 2016, le disque dur de mon ordinateur m'a lâché et j'ai dû le réinstaller complètement. Du coup, les fichiers n'étaient pas classés comme d'habitude quand j'ai rouvert mon lecteur de musique et j'ai vu réapparaître en tête de liste des morceaux précédemment perdus parmi des milliers d'autres, dont I am searching for an MP3 de Zea, dont le titre m'a évidemment frappé, puisque justement j'étais en train de fouiller dans mes MP3, et dont je ne me souvenais plus, si ce n'est que je savais que cette chanson m'avait suffisamment plu à une époque pour que je la mette sur l'une de mes compilations.
Je l'ai réécoutée et elle m'a à nouveau beaucoup plu. C'est très lo-fi et, pour rester au Benelux, pas très éloigné dans l'esprit de John Wayne Shot Me. Ça commence avec un riff de guitare joué sur guère plus d'une corde, puis le chant est noyé par une batterie très bruyante et une guitare saturée. A la moitié des 98 secondes que dure la chanson, un orgue entre dans la danse.
Avec tout ça, j'ai bien du mal à déchiffrer les paroles. J'ai l'impression qu'il est question de trouver un MP3 d'un groupe (facile !), de le graver sur un CD-R et de l'écouter avec ses potes dans la voiture avant d'aller voir ce groupe en concert, mais je ne garantis rien. Il est peut-être plutôt question d'avoir acheté un 45 tours au concert d'un groupe et d'avoir à trouver un MP3 pour le graver et l'écouter en voiture avec les copains !
J'ai fait une recherche en ligne pour essayer de comprendre au moins comment j'avais pu récupérer ce MP3 de Zea, et là la réponse est venue très vite puisque c'est l'ami Jean-Pierre Moya de Rockomondo qui, sur son blog, a souvent parlé de Zea, notamment le 11 avril 2006 quand il a annoncé la nouvelle parution du groupe, une disquette en vente pour 2 € lors de leurs concerts, et a proposé deux titres en téléchargement. C'est là que j'ai dû récupérer le MP3.
En fouillant un peu plus dans les résultats de recherche, je suis tombé sur un article très intéressant de 2015 dans l'excellente revue The Quietus.
Arnold de Boer y était interrogé en tant que fondateur et seul membre à l'époque de Zea (ils étaient deux en 2006 et ont été jusque cinq) et en tant que chanteur du groupe historique hollandais The Ex, qu'il a rejoint en 2009 au départ de G. W. Sok.
Il présentait et commentait dans l'article des objets qui lui sont chers, dont un dictaphone, une boite à musique jouet (qu'il a utilisée pour l'une de ses chansons), un mini-mégaphone Kinder, et la fameuse disquette de I am searching for an MP3.
Évidemment, aujourd'hui une disquette c'est aussi rétro et dépassé qu'une cassette, un vinyl ou une cartouche 8 pistes. Mais en 2006, quand Zea a diffusé sa cassette, il n'y avait visiblement pas de nostalgie. Le but était d'utiliser un support informatique pour une chanson qui parlait de musique sur support informatique, pas de valoriser un objet obsolète. Simplement, 2006 c'est pile l'année où les clés USB et d'autres supports amovibles ont définitivement pris le pas sur la disquette.
Dans l'article de The Quietus, Arnold mentionnait qu'il lui restait quelques exemplaires de la disquette. Je savais que je ne pourrai pas plus lire cette disquette que les fichiers Hypercard de Pere Ubu, mais j'ai quand même contacté le groupe pour savoir s'il était encore possible d'en commander une. Arnold m'a répondu qu'il en avait vendu plusieurs après la parution de l'article mais qu'il allait faire des recherches et que, sûrement, il en trouverait une dans quelques jours. Quelques jours sont devenus presque deux ans, mais Arnold a de la mémoire et range bien ses méls car, il y a deux semaines, à la veille de partir pour une tournée française avec The Ex, il m'a écrit pour me dire qu'il avait retrouvé une disquette !
Ça n'a l'air de rien, mais il y a de la réflexion dans tout ça, au-delà de l'énergie joyeuse de cette chanson de 1'38.
On n'y fait pas attention, mais il y bel et bien une illustration sur l'étiquette de la disquette. Voilà ce qu'en dit Arnold dans The Quietus :
"Sur la pochette on voit une petite image d'Edison qui teste son premier enregistrement audio. Les enregistrements ne viennent pas de nulle part, tout ça est passé par une série d'étapes et le média est toujours constamment en train de changer. Ces temps-ci, les enfants qui voient une disquette pensent que c'est une impression 3D de l'icône de sauvegarde. C'est beau, un robot ne pourrait et ne pourra jamais aboutir à une telle conclusion; mais nous avons besoin de ces collisions historiques pour avoir de nouvelles idées et être créatifs. Une disquette, c'est un disque souple qui n'est ni souple ni un disque. Tant que l'humanité continue de penser et d'agir suivant des logiques de ce style, nous ne serons pas encore perdus."
Pour prolonger la question des supports et de leur confrontation, sachez que I am searching for an MP3 a été réédité sur une compilation intitulée The 7" cassette, disponible en numérique ou sur cassette. Et, après avoir fait l'acquisition d'une disquette, je ne me permettrai pas aujourd'hui de vous déconseiller la cassette !



20 avril 2018

JACQUES HIGELIN - BRIGITTE FONTAINE : Les encerclés - Bande originale du film de Christian Gion


Offert par Maman par correspondance en avril 2018
Réf : EP 1190 -- Édité par Disc'AZ en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Cet enfant que je t'avais fait -/- Les encerclés -- Le roi de la naphtaline

Maman n'avait pas d'idée de cadeau pour mon anniversaire, et moi non plus. Alors je lui ai dit de me donner un billet pour que je m'achète un disque avec, pour changer.
Ça a pris quelques semaines, puis Higelin est mort, j'ai ressorti ma chronique de Remember, l'une des toutes premières de ce blog, il y a plus de douze ans. Après, j'ai fini par aller fouiner sur Discogs. L'an dernier, j'avais essayé de trouver un 45 tours de C'est normal, d'Areski et Fontaine. Je n'avais trouvé qu'une réédition de 1983, assez moche mais plutôt rare, en face B de Cet enfant que je t'avais fait. Cette fois-ci, j'ai fini par tomber sur ce disque qui a tout juste un demi-siècle, dont je ne soupçonnais pas du tout l'existence, avec trois titres extraits de la bande originale du film Les encerclés. Un disque sur lequel a été publié pour la première fois Cet enfant que je t'avais fait.
Ce n'était pas le but recherché, mais au bout du compte ça me plaît bien de dire que Maman m'a offert Cet enfant que je t'avais fait !
C'est une grande et belle chanson, un duo Jacques Higelin - Brigitte Fontaine, qui est surtout connue car elle figure sur l'album Brigitte Fontaine est... ? Folle, sorti un peu plus tard en 1968. Je n'ai pas le disque, mais j'ai bien l'impression qu'il n'y a aucune référence au film sur la pochette, mais il s'agit bien du même enregistrement.
Ce film était le premier réalisé par Christian Gion, qui a poursuivi son parcours plutôt dans la gaudriole, avec des vedettes comme Michel Galabru, Aldo Maccione, Bernard Blier ou Henri Guybet, et des titres comme C'est dur pour tout le monde, Le pion ou Le bourreau des cœurs. Pour Les encerclés, Christian Gion a réuni le trio Rufus-Higelin-Fontaine, qui venait de se faire remarquer au théâtre avec Maman j'ai peur, créé en 1964 à La Vieille Grille. Selon ce qui est mentionné dans le livre Saravah : C'est où l'horizon ? (1967-1977), le film a été tourné en 1967. Sa sortie était prévue initialement en juin 1968, juste après mai... Finalement, Les encerclés n'a été diffusé qu'en 1969 mais il semble bien que le disque est lui sorti comme prévu en 1968.
Je me demandais comment Cet enfant que je t'avais fait était présenté dans le film. Sauf que c'est une œuvre peu diffusée et aucun extrait n'est disponible en ligne. Mais Valérie Lehoux, la biographe d'Higelin, a pu le visionner grâce à un DVD qu'il lui avait offert, et elle explique dans le livre Je vis pas ma vie, je la rêve de Jacques Higelin et Valérie Lehoux (2015) qu'on y entend la chanson pendant une scène d'amour au bord de l'eau entre les personnages joués par Jacques Higelin et Brigitte Fontaine.
Cette chanson a une très belle mélodie, due à Jacques Higelin. Comme l'explique Benoît Mouchart dans Brigitte Fontaine : Intérieur / Extérieur, l'enregistrement s'est fait avec peu de moyens, et c'est aussi bien ainsi. Il y avait Higelin à la guitare, le producteur Jean-Claude Vannier à la flûte, et Bernard Lubat et Annie Vassiliu, de passage dans le studio, aux chœurs. Le tout a une ambiance très Chabada à la Francis Lai/Pierre Barouh ou à la Michel Legrand, et on entend ici en germe un son qui marquera les années 1970.
Mais, dans Cet enfant que je t'avais fait, ce qui a le plus marqué justement, ce sont les paroles de Brigitte Fontaine. Marquantes au point que, selon Benoît Mouchard, Higelin a beaucoup hésité avant d'accepter de les mettre en musique et de les chanter.
C'est un duo où les chanteurs s'expriment l'un après l'autre, mais ça ne constitue pas un dialogue. On a l'impression que les deux s'expriment en parallèle, sans s'entendre ("Que disiez-vous ?"), avec une certaine opposition (Il la tutoie, elle le voussoie. Il lui demande de se souvenir, elle ne semble même pas le (re)connaître). Ce n'est pas le thème unique de la chanson, mais en tout cas j'ai toujours eu le sentiment que l'homme faisait référence à un avortement.
Mais avant de dire plus de bêtises, je préfère laisser la parole à l'auteur elle-même, qui s'exprime ainsi à propos de cette chanson, toujours dans le livre de Benoît Mouchart :
"... ceux qui parlent d'incommunicabilité à propos de "Cet enfant que je t'avais fait" manquent d'humour : c'est typiquement le genre de chanson que j'avais écrite pour rigoler. C'était une blague ciselée avec soin, certes, mais une blague tout de même. Parfois, le public ne perçoit pas la plaisanterie et beaucoup de gens prennent au tragique des chansons qui étaient des gags dans mon esprit. Il est vrai que je déconne souvent avec un air sérieux, sans même m'en rendre compte car ça fait partie du jeu...".
Tragique, je ne sais pas, mais en tout cas comique n'est effectivement pas le terme que les auditeurs semblent associer d'emblée à cette chanson !
Outre la pochette plutôt réussie, qui reprend l'affiche du film, l'intérêt de mon 45 tours est qu'on y trouve en face B deux titres qui, je crois, n'ont jamais été réédités par ailleurs et ne sont pas disponibles en ligne (et, sachant  cela, ne comptez pas sur moi pour prendre la responsabilité de les y diffuser...). S'agissant d'une musique de film, je pensais/craignais que ces deux titres seraient des instrumentaux, mais non, ce sont deux chansons complètes (paroles de Brigitte Fontaine, musique et chant de Jacques Higelin) et parfaitement formées, où le piano tient un rôle important, dans un style musical finalement très proche du Higelin solo des années 1970.
Sans surprise, les paroles de Les encerclés, développent le thème principal du film, celui du refus pour des jeunes de suivre une ligne toute tracée pour leur vie, surtout si cette ligne les enferme :

"Encerclés, emmurés, enterrés
Nous sommes encerclés, encerclés
On nous a encerclés
J'espère que tu n'as pas perdu la clé
πR2
Pierre de, pierre de quoi
Pierre qui roule n'amasse pas mousse, pas mousse
La mousse de l'argent
La mousse de la crainte
La mousse du sommeil
La mousse de la mort
La mousse, la mousse
πR2
Nous roulerons hors de ce cercle
Comme la pierre, la pierre qui roule
Sans mousse, sans mousse."

Quand Le roi de la naphtaline démarre, j'ai presque l'impression que je vais entendre Je veux cette fille ! Il y est sûrement question d'un personnage qui veut "réussir" sa vie dans les affaires. On n'est pas si loin de que ça de Dutronc :

"Quand j's'rai le roi de la naphtaline
Quand j's'rai le prince du goudron
Quand j's'rai l'empereur de la farine
Quand j's'rai la terreur du nylon
Je cracherai sur les copains
Je jetterai tout mes mégots
Je mangerai des très grands pain
Je n'irai plus dans le métro
J'aurai un bel orchestre à corde
Dans ma baignoire en opaline
Je me promènerai dans ma Ford
Je me nourrirai de pralines"

Eh eh. Au bout du compte, voilà un très beau cadeau d'anniversaire, et un grand souvenir de Jacques Higelin et Brigitte Fontaine.
Cet enfant que je t'avais fait a eu suffisamment de succès pour que le duo passe plusieurs fois à la télé en 1969 et 1970, notamment dans Discorama, pour une version différente de celle du disque :


Jacques Higelin et Brigitte Fontaine, Cet enfant que je t'avais fait, dans l'émission Si l'amour m'était conté, le 2 juin 1969.


Jacques Higelin et Brigitte Fontaine, Cet enfant que je t'avais fait, en direct dans l'émission Discorama, le 30 mars 1970.


Jacques Higelin et Brigitte Fontaine, Cet enfant que je t'avais fait (extrait), en 1970, avec un commentaire de Brigitte Fontaine sur la chanson.

14 avril 2018

WEEZER : Undone - The sweater song


Acquis probablement à la Petite Boutique Primitive à Reims en 1994
Réf : GES 19305 -- Édité par Geffen en France en 1994 --Hors commerce/interdit à la vente. Série limitée, numérotée de 1 à 1200. Disponible en France uniquement. -- n° 917/1200
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Undone - The sweater song -/- My name is Jonas

Malgré l'internationalisation et la concentration en grands groupes de l'industrie du disque, il se trouvait encore au milieu des années 1990 des souplesses permettant les initiatives locales. Ainsi, le premier album du groupe américain Weezer, sorti chez Geffen, filiale de MCA, était distribué à sa sortie par BMG et les CD étaient fabriqués en Allemagne pour toute l'Europe. Pourtant, il s'est trouvé quelqu'un au sein de la branche française du label pour prendre sur lui (et sur son budget) pour faire presser à des fins promotionnelles 1200 exemplaires d'un 45 tours sur vinyl bleu à destination du seul réseau français. On avait dû en recevoir plusieurs à Radio Primitive et c'est comme ça que j'ai pu mettre la main sur l'un d'eux.
La principale particularité de ce disque est que que la pochette reprend celle de l'album, mais sur un fond jaune au lieu de bleu.
Ce n'est qu'un détail, mais ça prend un peu de relief dans la discographie de Weezer, étant donné que ces petits rigolos se sont amusés à sortir régulièrement des albums sans titre (en 1994, donc, mais aussi en 2001, 2008 et 2016), que l'on repère à la couleur de fond de leur pochette.
J'ai quelques disques d'eux, mais Weezer est un groupe que je ne connais quand même pas très bien. Par contre, j'ai été très agréablement surpris il y a quelques temps quand j'ai acheté l'album Alone de Rivers Cuomo, qui compile 18 de ses enregistrements maison.
Undone - The sweater song est le premier des trois singles qui ont été extraits de l'album. C'est une chanson qui fonctionne bien et que j'apprécie, mais je suis toujours un peu gêné à son écoute car on a vraiment l'impression qu'elle n'arrive pas à se démarquer suffisamment des enregistrements des groupes qui l'ont visiblement influencée, principalement les Pixies et les compagnons de label de Weezer chez Geffen, Nirvana. Et c'est la même chose pour l'autre extrait de l'album qu'on trouve en face B, My name is Jonas (même si, tous les titres de l'album ne me font pas cet effet).
Étant rare et spécifique à la France, ce 45 tours semble assez recherché. Il s'est vendu en moyenne plus de 40 € chez Discogs. Pourtant, sa pochette est sa seule vraie spécificité. Car, pour le vinyl bleu, je conseillerais plutôt l'EP commercialisé en Angleterre. Certes, sa pochette est fadasse, mais il contient quatre titres, dont deux qui ne sont pas sur l'album.
Weezer est toujours en activité. L'album Pacific daydream est sorti l'an dernier et, cet été, le groupe va tourner en Amérique du Nord, en partageant la tête affiche avec... les Pixies !




Weezer, My name is Jonas, en public et en plein air en 1994 à Bordertown dans le New Jersey.


Weezer, Undone - The sweater song, en direct en 1994 dans l'émission britannique The Word.


Weezer, Undone - The sweater song, en direct et en acoustique en juillet 1997 dans les Y100 Sonic Sessions, avec en invité le poète Timothy "Speed" Levitch.

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