18 novembre 2018

STROMAE : Alors on danse


Acquis par correspondance via Discogs en novembre 2018
Réf : 0600753254899 -- Édité par B1 en Allemagne en 2010
Support : CD 12 cm
Titres : Alors on danse -- Alors on danse (Vidéo)

C'est ce disque que je tenais à commander et qui m'a amené à me procurer un petit lot de disques auprès d'un vendeur allemand, dont le Grandaddy dont on parlait hier.
Quand ça m'arrive, j'assume complètement le fait d'arriver après la bataille. Bien sûr, ce n'est pas le mois dernier que j'ai entendu parler pour la première fois de Stromae. J'étais conscient que ce jeune belge avait eu un énorme succès, mais j'étais persuadé que Formidable était son plus grand tube (c'est sûrement le cas) et que c'était le titre qui l'avait révélé (c'est faux, c'est Alors on danse).
Ce n'est pas non plus le mois dernier que j'ai entendu pour la première fois Alors on danse. En fait, j'ai dû souvent en entendre des bribes ces dernières années, à la radio ou dans des magasins, mais je n'ai jamais su qui était l'interprète. A chaque fois, je trouvais ça pas mal, et je pensais que c'était Gaëtan Roussel qui chantait, avec ou sans Louise Attaque. Je ne suis pas le seul à avoir trouver une analogie entre ces deux voix, Les Inrocks, par exemple, l'ont mentionnée dès 2010.
C'est bien le mois dernier par contre que, un matin en me rasant, pré-annoncé comme étant une chanson de Stromae, j'ai écouté à la radio pour la première fois attentivement et intégralement Alors on danse.



Et là, j'ai eu la confirmation que cette chanson me plaisait vraiment bien, et j'ai été impressionné par l'efficacité et l'économie de moyens de la production. Il y a la suite de notes au synthé du début qu'on entend tout au long ou presque et le son entêtant de saxophone, mais il y aussi, avec presque rien, un pouvoir d'évocation très fort : un petit rythme et un peu de synthé, le tout très minimaliste, suffisent à nous transporter en boîte avec la techno à fond ou dans une rave. Les paroles en français sont très bien aussi.
Dès ses débuts, Stromae a pris l'habitude de filmer des "leçons" pour expliquer ses méthodes de production. Avec le succès d'Alors on danse il a eu de nombreuses occasions de le faire à la télévision, en français ou en anglais, et on en trouve des témoignages sur YouTube, mais cette leçon-ci, en public, est particulièrement intéressante, car elle a été mise en ligne le 8 mai 2009, alors que le titre était sûrement déjà diffusé sur les les radios belges mais avant que le disque sorte et qu'il devienne un tube mondial :



Allez, je vous laisse danser toute la semaine, et prochaine fois je vous parle de 1987, le titre électro-pop de Calogero, et du nouvel album de Patrick Bruel, qui sont aussi tous les deux souvent au programme de France Bleu Champagne le matin.



17 novembre 2018

GRANDADDY : Elevate myself


Acquis par correspondance via Discogs en novembre 2018
Réf : VVR5040088P -- Édité par V2 en Europe en 2006 -- For promotional use only - Not for resale
Support : CD 12 cm
Titre : Elevate myself (Edit)

Allez, un petit disque promo de plus pour marquer la sortie de mon nouveau livre, Vente interdite.
J'ai déjà chroniqué ici deux disques promo de Grandaddy. Nature anthem se retrouve dans Vente interdite. Machines are not she n'y est pas, car j'avais déjà inclus cette chronique dans Mes disques improbables en 2010. J'avais décidé de ne pas faire de doublon d'un livre à l'autre, mais je viens de me rendre compte que j'en ai laissé passé au moins un. Je vous laisse trouver lequel, si ça vous chante...!
Il parait clair que ce CD est moins alléchant que les deux promos que j'ai déjà chroniqués : la pochette n'est pas illustrée (contrairement à celle du 45 tours qui a été commercialisé) et il n'y a qu'un seul titre, extrait d'un album qui plus est. Je n'aurais d'ailleurs pas commandé spécifiquement ce disque, mais le vendeur Discogs le faisait pas cher et je pouvais l'ajouter sans augmenter les frais de port à une commande où il y avait d'autres disques qui m'intéressaient plus, alors je l'ai pris.
Ce disque n'est malgré tout pas dénué d'intérêt, ne serait-ce que parce que c'est un vrai CD (pas un CD-R) avec une pochette imprimée, qui n'a pas d'équivalent dans le commerce puisque le single n'a pas été édité au format CD. Et aussi, mais c'est un détail, ce n'est pas tout à fait la version de l'album qu'on trouve ici, mais une version réduite d'une trentaine de secondes, dans l'espoir de faciliter les passages en radio. Mon exemplaire était destiné à un professionnel allemand, si j'en crois le communiqué de presse dans cette langue glissé dans la pochette cartonnée. Mais ce qui compte vraiment c'est que la chanson Elevate myself est ma préférée de l'album Just like the fambly cat sur lequel elle figure.
Arrivé en 2006, Jason Lytle n'en était plus à cacher le fait que Grandaddy en studio c'était lui et lui seul, ou presque (Aaron Burtch assure quasiment toutes les parties de batterie sur l'album). C'est apparent dans les notes de pochette : elles sont rédigées à la première personne du singulier et les membres du groupe sont désignés comme "my boys". De toute façon, ça ne prêtait plus trop à conséquence d'exprimer que Grandaddy n'était vraiment un groupe que sur scène puisque sa séparation avait été annoncée avant la sortie de l'album.
Alors qu'il s'apprêtait à quitter sa ville de Modesto, Jason exprime dans sa chanson un rejet de son rôle de "rock star" et sa volonté de prendre du champ :
"I don't wanna work all night and day on writing songs that make the young girls cry
Or playing little solos on the keyboard so the kids will ask me how and why
I just wanna, I just wanna, I just wanna elevate myself
And maybe for a little, get to where I find it really hard to hate myself
(...)
I don't wanna be a part of all the quality that falls apart these days
I'd rather make an honest sound and watch it fly around, and then be on my way"
L'ironie, bien sûr, c'est que, pour accompagner ces paroles, il a composé une chanson très accrocheuse, un de ses hymnes pop les plus réussis, dans la lignée de AM 180, Go progress chrome ou Chartsengrafs !
Par la suite, Jason Lytle a sorti deux albums solo, mais Grandaddy s'est reformé, d'abord sur scène, avant de sortir un nouvel album, Last place, en 2017. Malheureusement, cette sortie a été suivie quelques semaines plus tard de la mort soudaine du bassiste Kevin Garcia.

16 novembre 2018

POL DODU : Vente interdite : Mes disques hors commerce


Acquis par correspondance chez The Book Edition à Lille en novembre 2018
Réf : 978-2-9536575-9-3 -- Edité par Vivonzeureux en France en 2018
Support : 290 p. 21 cm
3 titres

Après Mes disques improbables en 2010 et Discographie personnelle de la New Wave en 2015, voici le troisième recueil de chroniques de disques publiées ici-même.
Cette fois, le fil rouge qui relie les disques sélectionnés c'est leur statut : tous autant qu'ils sont, ces disques n'ont pas été distribués dans le circuit traditionnel. Certains sont des objets publicitaires, d'autres des tirages promotionnels destinés aux professionnels de la profession. A un moment ou un autre, j'ai réussi à mettre la main dessus, souvent dans des magasins d'ailleurs, indépendamment de toutes les mentions restrictives qui peuvent être apposés dessus.
Sur 180 chroniques de disques promos publiées ici, j'en ai sélectionné environ 140, qui ont toutes été revues et actualisés.
Comme les précédentes parutions Vivonzeureux, ce livre est disponible gratuitement au format pdf. L'édition imprimée est disponible chez TheBookEdition.com.
Pour agrémenter votre lecture, je vous ai concocté une compilation de 17 titres qui ont pour point commun, sauf erreur de ma part, de n'avoir été diffusés que sur des disques dits "hors commerce".



  1. Mario Pagaro - Le rock du roc
  2. Pascal Comelade - Under my thumb
  3. ? (Marlène Jobert) - Monsieur Maurice
  4. Pierre Spiers - Cha Cha Shah de Perse
  5. Brigitte Fontaine - Le chef de gare
  6. Castafiore Bazooka - NTP remix
  7. Alain Bashung - L'arrivée du tour (Remix club)
  8. Radar - Living eyes
  9. Wave Machines - Punk spirit (Instrumental)
  10. Primal Scream - Subterranean
  11. The Go‐Betweens - The devil’s eye
  12. Catchers - Clocks and clones
  13. Papas Fritas - Live by the water (Live in Paris)
  14. Ramsay Midwood - Shadow mayor of tiny town
  15. Michel Colombier - Surfari (2)
  16. Golden Smog - Love & Mercy (Live)
  17. Joseph Arthur - Crying like a man

11 novembre 2018

ZAO : Ancien combattant


Acquis probablement chez A la Clé de Sol à Reims en 1991
Réf : 67016-7 -- Édité par Barclay en France en 1991
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ancien combattant -/- Ne va pas là-bas

11 novembre 2018. La date est éminemment symbolique pour nous tous qui avons toujours vécu avec un jour férié commémorant l'armistice du 11 novembre 1918. Elle l'est peut-être un peu plus pour moi qui suis né dans la Marne, qui ai vécu à Reims, qui habite une maison qui a probablement été endommagée pendant l'une des guerres mondiales, dans un village où l'on trouve un bon nombre de tombes militaires dans le cimetière municipal.



Parmi ces tombes, il y en a plusieurs de "tirailleurs sénégalais", dont les trois ci-dessus, qui sont celles de :
  • SANA, né en 1898 en Haute-Volta, mort le 18 août 1918.
  • Guilaogui TIECOURA, né en 1892 en Guinée, mort le 14 août 1918.
  • LANDOGO, né en 1896 en Haute-Volta, mort le 12 août 1918.
Mareuil sur Ay n'était pas sur la ligne de front en août 1918. Si ces soldats du 103e Bataillon de Tirailleurs Sénégalais sont enterrés ici, c'est parce que l'ambulance militaire n° 13/22 y était stationnée, à l'arrière des lignes et qu'ils y sont morts, comme l'indique la fiche de SANA, qui a été victime d'intoxication au gaz.
Je fais rarement dans l'actualité ou dans la commémoration pour mes chroniques de disques, mais je suis tombé cette semaine en rangeant un autre disque sur ce 45 tours de Zao, avec sa pochette très réussie dessinée par Ben Radis et je me suis dit que c'était l'occasion ou jamais d'en parler.
Ancien combattant est la chanson la plus connue de Zao. La première version sur disque date de 1984. C'est la version essentielle, avec un bel arrangement, avec guitare et ce qui doit être de la flûte. Les paroles de cette chanson à la fois pacifiste et légère ont fait beaucoup pour le succès de la chanson :
"Mundasukiri
La guerre mondiaux
Ce n'est pas beau, ce n'est pas bon
Quand viendra la guerre mondiaux
Tout le monde cadavéré
Quand la balle siffle, il n'y a pas de choisir
Si tu ne fais pas vite changui, mon cher, ho!
Cadavéré
Avec le coup de matraque
Tout à coup, patatras, cadavéré"
Ces paroles, Zao l'a reconnu, sont inspirées en partie d'une chanson plus ancienne, Petit imprudent d'Idrissa Soumaoro, qui n'a jamais été crédité sur les disques de Zao. Mais "l'emprunt" de Zao se limite aux paroles. Tout ce qui "accroche" musicalement dans Ancien combattant, je ne l'entends pas dans Petit imprudent.
Sur mon 45 tours, ce n'est pas la version de 1984 d'Ancien combattant que l'on entend, mais une nouvelle version produite quand Zao a signé chez Barclay. C'est une version survitaminée, électronisée, réalisée par Rap Two et Vi Avelino. On perd beaucoup en subtilité par rapport à la version originale, mais la chanson elle-même est assez forte pour résister à ce traitement, et on comprend que Barclay ait essayé d'en faire un succès. Le disque, ça passe, donc, mais pour la vidéo j'ai vraiment du mal avec les chorégraphies et les danseuses :



Cette version d'Ancien combattant a été incluse sur l'album Barclay Zao 93, qui contient notamment une nouvelle version "techno" d'un autre ancien titre de Zao, Moustique.
Par contre, la face B du 45 tours, Ne va pas là-bas, n'est pas reprise sur l'album. C'est une chanson déconseillant l'exil, avec une production qui laisse plus de place à la guitare et aux percussions et avec des paroles très réussies :
"Là-bas on n'aime pas les autres. Si tu vas là-bas, on t'arrête. Si tu parles beaucoup, on te coupe la tête. Là-bas, on dort dehors. Toi aussi, tu vas dormir dehors. Là-bas, c'est la prostitution. Là-bas, on demande des papiers (...) Ne va pas là-bas, mon cœur est blessé, mon moral est cassé,..."
L'ironie de l'histoire, c'est que Zao a eu lui-même à souffrir de la guerre, en partie en raison de la notoriété d'Ancien combattant. Menacé, il a dû quitter Brazzaville pendant la guerre civile de 1997-1998 au Congo pour se réfugier pendant neuf mois dans la forêt, où l'un de ses enfants est mort de déshydratation.
Par la suite, il a repris son parcours artistique. En 2014, il a sorti un album dont le morceau-titre, Nouveau combattant, est une nouvelle version de son titre fétiche.

06 novembre 2018

NEIL DIAMOND : Classics : The early years


Acquis à la Bibliothèque Georges Pompidou à Châlons-en-Champagne le 3 décembre 2016
Réf : CBS 25531 -- Édité par CBS en Europe en 1983
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

La même semaine, j'ai chroniqué le I'm a believer de Robert Wyatt, j'ai acheté une compilation des Inrockuptibles de titres des B.O.F. de Tarantino avec Girl, you'll be a woman soon par Urge Overkill dessus et j'ai entendu Red red wine par UB 40 à la radio un matin en me rasant. Si avec ça je n'avais pas compris le message m'indiquant qu'il était temps de ressortir cette compilation de Neil Diamond, alors ça voudrait dire que je suis en train de devenir sourd !
J'ai acheté ce disque la dernière fois que je suis allé à une des ventes de la bibliothèque municipale de Châlons, qui écoule notamment une partie des 33 tours en double de son stock. Les fois d'avant, j'avais ramené l'album de Kanté Facelli et Keita Fodéba et un Memphis Slim, pas mal...
Avec Neil Diamond, j'ai débuté sur un mauvais pied. J'ai grandi à l'époque où il était devenu une vedette mondiale, celle de la bande originale de Jonathan Livingston le goëland, notamment, avec sa pochette ouvrante, sa photo romantique de lui sur une plage avec le soleil couchant. C'était parfait pour mes tantes et mes cousines, mais très vite j'ai su que ce n'était pas pour moi. J'ai classé le Neil dans la pop mièvre et je ne m'y suis plus intéressé, sans savoir par exemple que son album de 1976 Beautiful noise était produit par Robbie Robertson du Band (Diamond a participé à The last waltz).
Puis, dans les années 1980, j'ai commencé à voir le nom de Neil Diamond associé à des titres intéressants, comme I'm a believer, que les Monkees ont été les premiers à enregistrer, ou le Red red wine de UB 40. Mais je crois que ce n'est que quand Johnny Cash a sorti son American III : Solitary man que j'ai vraiment commencé à m'intéresser à la première partie du parcours de Neil Diamond, celle où il a écrit et interprété toutes ces chansons qui sont devenues des classiques (Outre celles déjà mentionnées, Kentucky woman a aussi été reprise, par Deep Purple dès 1968).
Et j'ai fini par tomber sur cette compilation il y a presque deux ans. Pour le coup, sur la pochette, avec son blouson et ses bottines, sa banane, ses favoris et sa guitare acoustique, le Neil a plus l'air d'un croisement entre Elvis Presley et Johnny Cash que d'un bellâtre pour midinettes.
Toutes les chansons de cet album ont été enregistrées par Neil Diamond en 1966 et 1967 quand il était en contrat avec Bang Records, après avoir été repéré par Jeff Barry et Ellie Greenwich. Elles avaient déjà été compilées, à deux exceptions près, en 1968 après son changement de label sous le titre Neil Diamond's greatest hits. La plupart sont sorties en face A ou B de 45 tours, et sur deux albums, The feel of Neil Diamond (1966, pour trois d'entre elles) et Just for you (1968, pour huit autres).
Il parait que certains des enregistrements étaient à l'origine des démos, devant servir à proposer les chansons à d'autres éditeurs ou interprètes. Cela explique sûrement pourquoi il y a souvent une production pas trop chargée, dans une ambiance pop-folk, avec relativement peu de cordes. Et du coup, la bonne nouvelle c'est qu'il n'y a quasiment que du bon ici, et que ça donne un disque très agréable à écouter.
Le titre d'ouverture, Kentucky woman, est peut-être l'un de ceux qui m'accrochent le moins, mais j'aime beaucoup les versions par leur créateur des titres que je connaissais, Solitary man, I'm a believer, Red, red wine et même Girl, you'll be a woman soon, quand j'arrive à faire abstraction des paroles ("Jeune fille, tu seras une femme bientôt. Bientôt, tu as auras besoin d'un homme"). Et avec ce disque j'ai découvert d'autres bonnes chansons, comme Cherry, cherry (avec une accroche à l'orgue qui rappelle le truc de I'm a believer), Do it, The boat that I row. You got to me et Thank the Lord for the night time ont même d'agréables accents gospel.
Le succès ultérieur de Neil Diamond a eu tendance à éclipser cette première partie de sa carrière, mais ces titres ont eu suffisamment de succès pour qu'ils les interprètent presque tous à la télévision américaine et qu'on en trouve trace aujourd'hui sur YouTube.

L'intégrale des 23 titres enregistrés par Neil Diamond pour Bang Records est actuellement disponible sur une compilation CD, The Bang years 1966-1968.


En 2011, Neil Diamond se souvient de ses années Bang.









04 novembre 2018

ORCHESTRE NEGRO-SUCCES : Bea nakokufa


Acquis sur le vide-grenier de Magenta le 14 octobre 2018
Réf : 2C 006-15144 M -- Édité par Pathé en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Bea nakokufa -/- Diaka malou

Après le Dany Doriz, c'est l'autre disque intéressant que j'ai trouvé à Magenta cette année.
Là, c'est un brocanteur professionnel qui le vendait et, entre la dame qui négociait les trois cadres dont un avec le verre cassé et les amateurs de capsule de Champagne, le gars ne savait plus où donner de la tête. Il m'avait annoncé 1,50 € pour ses 45 tours qui se battaient en duel dans une boîte à chaussures. Pour la plupart, ils ne les valaient pas du tout. Pour celui-ci, j'aurais bien sûr accepté de payer ce prix mais, par principe avec un pro comme ça, je l'ai marchandé à 1 €.
Ce disque est l'un des centaines et des centaines de 45 tours d'artistes africains sortis par Pathé Marconi EMI. Comme pour mon 45 tours d'Orchestre Tembo chez African, les pochettes Pathé étaient génériques et interchangeables.
Cette fois-ci, pas de bijou, de plante tropicale, de sculpture ou de coquillage, juste un musicien en tenue traditionnelle jouant du tam-tam. La même photo a été utilisée deux références plus tard pour un autre 45 tours du même orchestre, et je ne serais pas surpris de trouver des 45 tours d'autres groupes avec cette photo.



Plus j'y pense, et plus je trouve que ces pochettes reflètent parfaitement un mépris colonialiste qui n'avait pas diminué après les indépendances. Quand on connaît la qualité des instrumentistes sur ces disques, la richesse des arrangements, la précision des enchaînements avec des rythmiques élaborés, quand on sait que ces orchestres devaient avoir une présentation scénique élaborée, avec costumes et chorégraphies, on ne peut que trouver ces pochettes carrément insultantes pour les artistes. Pour rester dans les mêmes années, c'est un peu comme si, pour éditer un disque de Magma aux États-Unis, un label avait choisi une photo d'une alsacienne en costume traditionnel...
Mais la musique gravée dans les sillons de ces 45 tours est souvent excellente, et ça sauve tout. La liste des "succès africains et sud-américains" au verso de la pochette est impressionnante !
Il n'y a que chez Musikifan que j'ai trouvé un historique et une discographie détaillés de l'Orchestre Négro-Succès. Comme souvent avec ces grands ensembles au long cours, c'est assez compliqué.
Les deux principaux personnages sont les guitaristes Bholen, un ancien de l'OK Jazz de Franco, et Bavon Marie Marie, qui était lui carrément un jeune frère de Franco. L'orchestre a même compté parmi ses membres en 1961-1962 Vicky, qui avait été viré de l'OK Jazz, mais qui y est retourné ensuite. L'histoire du groupe a été marquée par la mort accidentelle de Bavon en 1970. Mené par Bholen, qui est mort en 2007, l'orchestre a encore eu quelques succès avant de se séparer en 1973.
Mon 45 tours fait donc partie de ces enregistrements sans Bavon. Pathé sortait tellement de disques que je ne suis pas sûr qu'ils étaient toujours diffusés en grand nombre. Mon 45 tours n'est pas référencé sur Discogs. Il est bien listé chez Afrodisc et un exemplaire est en vente chez Groove Collector, mais c'est à peu près tout.
Je n'ai trouvé nulle part en ligne ces deux excellentes rumbas congolaises qui, sauf erreur de ma part, n'ont été rééditées qu'une seule fois, en 1977 sur un double-album compilation de l'Orchestre Négro-Succès édité en France par Pathé. Alors je vais vous les faire écouter.
Chacune des faces est la plus longue possible, soit cinq minutes (mais on sent bien que l'enregistrement a pu atteindre les vingt minutes), avec un très bon son et une production excellente, même si visiblement c'est du mono. Guitares et cuivres, chant et chœurs, rythmes et percussions, c'est parfait. J'aime beaucoup Bea nakokufa et j'aime tout autant Diaka malou, difficile d'exprimer une préférence, même si j'ai l'impression que c'est la face B qui me reste le plus longtemps en tête après l'écoute.
Je trouve de moins en moins de disques intéressants sur les vide-greniers, mais tant qu'il y aura de temps en temps une exception comme celle-ci, je serais encore incité à mettre le nez dehors le dimanche matin...

 Orchestre Négro-Succès: Bea nakokufa. Orchestre Négro-Succès : Diaka malou.

28 octobre 2018

ROBERT WYATT : EPs


Acquis par correspondance via Amazon en janvier 2017
Réf : DNO 205 -- Édité par Domino aux États-Unis en 2008
Support : 5 x CD 12 cm
19 titres

Je ne sais plus comment je me suis retrouvé à regarder le passage de Robert Wyatt à Top of the Pops en 1974 pour sa reprise du I'm a believer des Monkees. Peut-être bien parce que l'ami Dorian Feller avait trouvé sur une broc l'édition française du 45 tours. En tout cas, ce qui m'avait surtout marqué dans ce document c'est l'ironie suprême de la situation : Robert Wyatt interprétant un tube pop mondial, certes, mais Robert Wyatt dans le temple de la variété anglaise ! Et pas tout seul, en plus, puisqu'il est accompagné, sauf erreur de ma part, par son producteur Nick Mason (Pink Floyd) et par Richard Sinclair (Caravan, Hatfield and The North), Dave MacRae (Matching Mole), Andy Summers (qui avait joué notamment avec Soft Machine, Kevin Ayers et Kevin Coyne, et qui rejoindra plus tard The Police) et Fred Frith (Henry Cow et un des papes des Musiques de Traverses. Fred Frith à TOTP !).



Dans son n° 201 daté de février 2014, Uncut a raconté The making of... I'm a believer. Évidemment, c'est une série de malentendus qui a abouti à cette situation. Robert Wyatt avait dit dans la presse qu'il aimait beaucoup la pop music, "la musique folk de l'ère industrielle" et un dirigeant de son label Virgin l'a pris au mot en lui demandant s'il serait prêt à enregistrer une chanson pop. Et c'est comme ça que, juste après la sortie de son premier album Rock bottom en juillet 1974, Wyatt et Mason sont retournés en studio pour enregistrer, très vite, cette reprise des Monkees, après avoir dans un premier temps envisagé de s'attaquer à Last train to Clarksville.
Le 8 septembre 1974, pour la seule et unique fois apparemment, Wyatt a joué cette chanson sur scène, au théâtre de Drury Lane. Le 45 tours est sorti et il est monté jusqu'à la 29e place des classements de vente. Rien d'extraordinaire, mais suffisamment pour que, avec l'appui promotionnel de Virgin, Wyatt soit invité deux semaines de suite en septembre 1974 à passer à Top of the Pops. Et là, les choses ne se sont pas très bien passées, c'était triste et futile : longue attente, répétition annulée par la pause syndicale, et surtout, ces musiciens plutôt d'avant-garde étaient paumés dans tout ce cirque (même si Caravan, et bien sûr Pink Floyd, y étaient déjà passés). Et puis il y avait le fauteuil roulant de Wyatt. La deuxième fois, le producteur de l'émission a dit qu'il le gênait et qu'il préférerait le voir assis dans un siège en osier. Wyatt l'a envoyé se faire voir, l'autre lui a dit qu'il ne serait plus jamais invité dans l'émission, et Richard Branson est allé acheté un "beau fauteuil roulant ancien" pour calmer les choses et ça a fini par passer.
La chanson originale est vraiment un classique de la pop, avec une mélodie dynamique très forte. J'aime beaucoup la version de Wyatt, et initialement mon intention mon intention était de m'offrir le 45 tours pour le chroniquer ici. Mais les exemplaires avec pochette illustrée sont chers. Les exemplaires anglais sans pochette sont très courants et pas chers, mais avec le port çe revient quand même au minimum à 7-10 €. Pour un prix à peine supérieur, j'ai préféré jeter mon dévolu sur cette compilation EPs, sortie initialement en 1999, qui se présente sous la forme d'un coffret de 5 CD qui permet de revisiter une partie de la discographie solo foisonnante de Robert Wyatt.
Le premier CD s'ouvre avec une version un peu allongée de I'm a believer, suivie de sa face B, Memories, qui doit être donc, du fait du tube, la version, excellente, la plus vendue de la très belle chanson de Hugh Hopper, dont j'ai chroniqué ici la reprise par Material.
Ensuite vient, preuve que Wyatt a essayé de continuer de jouer le jeu de la pop, la reprise ralentie du Yesterday man de Chris Andrews, enregistrée dans la foulée en 1974, qui devait succéder à I'm a believer. Sauf que Virgin l'a trouvée lugubre et a refusé de la sortir (avant de finir par le faire en 1977). Du coup, Wyatt a refusé d'enregistrer pour Virgin, Virgin l'a empêché d'enregistrer ailleurs et Wyatt s'est intéressé pendant un temps plutôt à la politique qu'à la musique.
Le CD est complété par Sonia, une version différente de la face B de Yesterday man, un instrumental aux tonalités caribéennes que j'aime bien au début, mais qui se révèle très répétitif sur la longueur. Et ensuite on a droit à Calyx, un extrait du concert de Drury Lane.
Le coffret fait ensuite l'impasse sur les 45 tours sortis chez Rough Trade, sûrement parce qu'ils sont compilés depuis longtemps sur Nothing can stop us, pour s'attaquer au monument Shipbuilding. On retrouve donc les trois titres du maxi de 1982, avec la version originale de la chanson écrite par Clive Langer pour la musique et Elvis Costello pour les paroles, version qui reste ma préférée, suivie de deux reprises, Memories of you, que j'aime beaucoup, et Round midnight de Thelonious Monk, qui est moins ma tasse de thé.
On trouve ensuite sur ce CD deux titres parus initialement sur des compilations, le bon original Pigs... (in there) sur Artists for animals - The liberator et la reprise de Charlie Haden Chairman Mao chez Recommended Records.




Robert Wyatt, Shipbuilding, en direct dans l'émission Old Grey Whistle Test, en 1983.

Les deux disques suivants ont été conçus dès l'origine comme des EPs. Work in progress (1984) rassemble trois "hymnes séculiers". J'aime particulièrement Yolanda, une chanson d'amour cubaine, et Biko. Là encore, je préfère sûrement la version originale de Peter Gabriel, mais cette reprise est tout aussi émouvante.
Le quatrième disque est celui qui me plaît le moins. Il faut dire que c'est The animals film, la bande originale, parue en mini-album en 1982, d'un documentaire anti-vivisection de Victor Schonfeld. C'est donc à prendre comme tel. Même réduit de dix minutes par rapport à la publication originale, ça reste un peu éprouvant, mais sûrement pas autant que le visionnage du film.
Le cinquième disque est la première publication d'un projet précédemment inédit, le remix par Nigel Butler et Angie Dial de Pmff de quatre titres de Schleep, réalisé en mars 1997, avant même que le mixage "officiel" de l'album soit terminé. On y trouve le quasi-funky Sunday in Madrid et Free will and testament, mon titre préféré de l'album. Ce qui est bien c'est que, même remixé, je retrouve ici ce que j'aime dans la chanson. Je savais qu'on entendait là Paul Weller à la guitare, mais j'ai découvert à cette occasion que la mélodie est due à Kramer, de Shockabilly et Shimmy Disc, et des collaborations avec Dogbowl, parmi des dizaines d'autres.
Voilà donc un excellent coffret, qui aurait été parfait pour moi en remplaçant The animals film par la Peel session de 1974, qui comprend des versions de Sea song, Alifib et I'm a believer.

21 octobre 2018

DANY DORIZ AND MEMPHIS SLIM : Jam session


Acquis sur le vide-grenier de Magenta le 14 octobre 2018
Réf : FAR 12 (JAZZ N° 1) -- Édité par Farandole en France au début des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Make rattle and roll -- Jazz madison -/- Everyday I have the blues -- Shuffle and the vibra

Comme celle de Germaine, la brocante de Magenta a perdu beaucoup de son âme en étant déplacée du centre-bourg au parc des sports. Mais bon, il faisait très beau (comme tous les dimanches ces dernières semaines), il y avait beaucoup de stands (souvent tenus par des particuliers), et surtout j'y ai trouvé quelques disques, dont deux 45 tours vraiment intéressants, ce qui ne m'arrive plus souvent.
Voici le premier de ces 45 tours. Il était perdu dans une petite poignée de disques sans intérêt, à 50 centimes.
Dès que j'ai aperçu le nom de Memphis Slim sur la pochette de cet EP que je ne connaissais pas du tout, j'ai su que je le prendrais, mais en plus je trouve que le recto de la pochette est très réussi et très efficace, avec le montage de photos de Slim, Dany et des lames du vibraphone, et la typographie sur fond rouge.
Le label Farandole m'était inconnu lui aussi. On sait que le disque est du début des années 1960 car le prix est visiblement en nouveaux francs. La mention "N.M.P.P." en haut à droite au verso nous indique que ce disque était distribué non pas chez les disquaires mais dans les points de presse, où l'on trouvait souvent je crois des disques pas chers, plus ou moins décalqués des grands succès. Là, il s'agit d'enregistrements inédits par ailleurs, mais je ne crois pas qu'il y ait eu un n° 2 à la collection Jazz que ce disque inaugurait.
On a droit à des notes de pochette détaillées signées du jazzman américain établi en France Bill Coleman. On comprend vite que le disque se divise en deux parties : deux titres où Memphis Slim est au chant et au piano, accompagné par le quintet de Dany Doriz, et les deux autres, instrumentaux, sans Memphis Slim.
Il y a beau avoir écrit "Make" sur la pochette et la rondelle, le premier titre est bien une version de Shake, rattle and roll de Big Joe Turner (Bill Coleman ne fait pas l'erreur dans ses notes). Outre l'interprétation de Memphis Slim, c'est le saxophone ténor de Charles Barrié qui pour moi marque cette chanson, d'abord avec des notes basses bien rondes, puis avec son solo, avant de laisser la place au vibraphone du chef d'orchestre. Memphis Slim a souvent joué cette chanson sur scène et on en trouve de nombreux enregistrements sur disque, mais je ne crois pas que cette version avec Dany Doriz ait jamais été rééditée.
L'autre chanson avec Memphis Slim, c'est une de ses propres compositions les plus connues, Every day I have the blues. Une bonne version, avec cette fois-ci le solo de vibraphone avant celui de saxo.

Dany Doriz and Memphis Slim : Every day I have the blues.

Les deux compositions de Dany Doriz sont entraînantes. Le fait que la première s'intitule Jazz madison peut nous inciter à penser qu'elle date de la période où cette danse était très populaire en France, en 1962 ou 1963. Dans celle-ci, comme dans Shuffle and the vibra, les deux solistes "dialoguent" au vibraphone et au saxophone.
Leurs noms étant cités par Bill Coleman, je me suis renseigné sur les musiciens qu'on entend sur ce disque. Le fait qu'ils ont tous eu un parcours remarquable en dit long sur la qualité de l'orchestre, à commencer par Dany Doriz lui-même, que je ne connaissais pas du tout mais qui est un pilier de la scène jazz en France. Non seulement c'est un musicien aux talents multiples (vibraphone, saxophone, piano) mais il est aussi depuis plus de quarante ans le propriétaire du Caveau de la Huchette, l'un des hauts lieux du jazz en France, même s'il est en sous-sol. Comme musicien, il a notamment publié chez Frémeaux en 2014 un album avec son Big Band, avec une illustration de couverture par Cabu et la participation de Manu Dibango. Au début de l'été, Manu Dibango était encore l'invité du Big Band pour un concert, à Montauban.
A la section rythmique, on trouve Jean Martin, considéré un temps comme le batteur attitré du club Les Trois Mailletz, et Jean-Pierre Mulot, bassiste dans de nombreuses formations, jazz ou rock dont Les Gamblers.
Pour ce qui est du pianiste Paul Rakotonirina, il suffit de dire qu'on peut voir un Chuck Berry visiblement ému lui rendre hommage sur scène à Bordeaux le 20 novembre 1965 lors d'une interprétation de Wee wee hours. Il était aussi auteur-compositeur et arrangeur. Il a par exemple participé au projet Les Jelly Roll de Richard Bennett.
Quant au remarquable saxophoniste, il s'agit de Charles Barrié. Quand j'ai appris qu'il était de Toulouse et que je l'ai vu mentionné sur la même page que La Tournerie des Drogueurs dans la présentation du livre De briques et de jazz de Charles Schaettel, je me suis dit qu'il était peut-être mentionné dans un livre que Philippe R. m'a fait découvrir à la fin de l'an dernier et que je suis allé illico sortir de l'étagère.



Ce livre, c'est La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive de Michel Boujut (2008), qui mêle fiction et enquête autour d'un fait divers sanglant, le meurtre en janvier 1959 de Jean Lannelongue, le propriétaire de la boîte de jazz contrepétesque La Tournerie des Drogueurs.
Et effectivement, j'ai trouvé page 53 de ce livre la mention en passant de Charles Barrié, puisque c'est son pianiste Gérard Baraillé qui avait épousé la Marie-Thérèse éponyme, rencontrée lors d'une soirée chez Hugues Panassié.
C'est en faisant un bœuf à la Tournerie que Gérard s'était vu proposer de prendre la place laissée vacante dans cet orchestre Nouvelle Orléans (Il a fait ensuite carrière au cinéma sous le nom de Gérard Barray).
Amateur de jazz ou pas, je vous conseille vivement ce court livre de Michel Boujut, ainsi que Souffler n'est pas jouer, un roman dont Louis Armstrong est l'un des héros, situé pendant sa tournée française de 1934, mais aussi, hors musique, le captivant Le jeune homme en colère (1998), enquête sur une célèbre photo de Paul Strand.

13 octobre 2018

THE WALLFLOWERS : Blushing girl nervous smile


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans la deuxième moitié des années 1980
Réf : MANT 83/7 -- Édité par Mantre en Angleterre en 1986
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Blushing girl nervous smile -/- Blushing girl -- Caution to the wind -- A great big river

Cela fait quelques mois que je vois passer des informations à propos de rééditions en vinyl par le label  Optic Nerve. Il faut dire que, dans leur catalogue centré sur les années 1980 et 1990, on trouve Apple Boutique de l'ami Phil King et un autre de ses anciens groupes, The Servants, et aussi Girls At Our Best, Red Sleeping Beauty de McCarthy, Pulp, The Monochrome Set...
Les 45 tours sortent au rythme d'un par mois, on peut s'y abonner façon club et j'ai bien l'impression que, avec les abonnements et les précommandes, l'intégralité du pressage de certains titres est parfois épuisé avant même la date de sortie.
Il y a quelques semaines, j'ai été surpris d'apprendre qu'une de leurs prochaines sorties serait ce maxi de The Wallflowers (un groupe anglais, pas celui créé plus tard du fils de Dylan).
Pour le coup, c'est un disque vraiment obscur, mais je le connais bien car j'en ai acheté un exemplaire dans la cave du Record and Tape Exchange à Londres quelques temps après sa sortie en 1986. C'est un disque qui a dû être très peu acheté chez les disquaires. Mon exemplaire avait été envoyé par une boite de promotion (qui a apposé son étiquette au verso de la pochette) à un professionnel quelconque, qui s'en est vite débarrassé. Chez Record and Tape Exchange, ils en demandaient initialement 1,40 £ mais, comme ils n'ont pas trouvé preneur, le prix a baissé en cinq étapes jusque 10 pence. A ce moment là, le disque était à la cave, dernière étape avant la poubelle. C'est là que je suis passé lors d'un de mes séjours à Londres et que je l'ai sauvé, sans connaître le groupe mais en me disant qu'à ce prix-là je pouvais tenter le coup sans grand risque.
Et il se trouve que j'ai toujours bien aimé Blushing girl nervous smile, la face A du disque, au point de l'avoir programmé dans l'une de mes émissions sur Radio Primitive. Guitare "jangle", gros son de basse, chant un peu enrhumé, refrain accrocheur, tout autant que les parties de guitare qui suivent. Tout à fait de son temps, mais tout fait méritoire également. Il y a plein de chansons moins bonnes qui ont fait des tubes à l'époque, et c'est justement ce que pensait Michael Hann du Guardian qui, dans un article de 2012, expliquait que ce groupe de sa ville de Slough fait partie de ceux dont on est persuadé qu'il va réussir mais qui n'y parvient finalement pas.
Et pourtant, The Wallflowers ont eu de bonnes opportunités, comme l'indique leur biographie. C'est Peter d Brickley qui a fondé ce groupe après avoir joué avec The Telephone Boxes, qui avaient fait la première partie des Smiths lors de leur toute première tournée. Blushing girl nervous smile, leur premier single, est sorti sur un label indépendant, mais Brickley avait signé un contrat d'édition avec Warner Chappell. En 1987, le deuxième single, Thank you, a été produit par rien moins qu'Andy Partridge d'XTC et il y a eu un troisième single, 83.7 °. Un album, Love peace and pugwash, a été enregistré à cette époque, mais il est resté dans les tiroirs jusqu'à ce que le groupe le diffuse en 2012.
On trouve trois titres sur la face B, et ça commence par Blushing girl, une version différente du titre de la face A, sans le sourire nerveux, qui se trouve là peut-être parce Peter Brickley a apparemment toujours trouvé l'autre trop produite. Mais je ne vois pas trop l'intérêt car les différences entre les deux ne sont pas flagrantes. En tout cas, cette version va rester "collector" car elle n'est pas reprise sur la réédition.
Vient ensuite Caution to the wind, un autre titre dans la veine indie-pop, moins remarquable mais plutôt correct. Par contre, je ne sais pas si c'est moi mais j'ai bien l'impression qu'il y a un gros problème de chant sur le dernier titre, A great big river, surtout au début, au point que ça sonne comme une démo mal dégrossie et que c'est pénible à écouter.
The Wallflowers, un groupe parfaitement obscur, donc, c'est pourquoi j'ai été surpris de constater après l'annonce de la réédition que, chez Discogs l'édition originale de ce single se négocie autour de 60 €. Tous mes disques ne voient pas leur valeur multipliée par 500 en 30 ans, sinon je serais peut-être riche, si l'envie me prenait de les vendre...

La réédition en 45 tours limitée à 350 exemplaires de trois titres de ce maxi est annoncée par Optic Nerve pour le 29 mars 2019. Les commandes sont ouvertes.

07 octobre 2018

FOLKLORE TAÏTIEN


Offert par Philippe R. à Nantes le 14 août 2018
Réf : MA 101 à MA 106 -- Édité par Mareva en France en 1949
Support : 6 x 78 tours 25 cm
15 titres

Il y a quelques années, Philippe était sur une broc à Nantes, où quelqu'un venait de déballer des caisses de disques visiblement très intéressantes puisque tous les habituels requins locaux s'affairaient fiévreusement autour.
Philippe les a laissés se battre pour tout ce qui ressemblait de près ou de loin à du rock années 1960 susceptible de se revendre avant de s'approcher de la caisse enfin libre, par acquît de conscience, en pensant n'y trouver que de la drouille. Et il en a tiré cette pépite, superbement ignorée par les pros du disque.
Il s'agit d'un album, au sens propre du terme, c'est à dire une reliure qui contient six 78 tours enregistrés à la toute fin des années 1940 à Tahiti et plus largement en Océanie française.
Comme Philippe n'a pas chez lui de quoi écouter ces disques, et comme il savait que j'aime beaucoup cette musique, il m'a fait cadeau cet été de ce superbe objet, un trésor patenté puisque l'exemplaire conservé à la bibliothèque de l'Université de la Polynésie française vaut à cet album d'être recensé parmi les Trésors des bibliothèques de l'enseignement supérieur.
Nous devons Folklore taïtien (orthographié Folklore tahitien sur la tranche) à Adolphe Sylvain et Marc Darnois, qui ont collecté ces enregistrements sur les différentes îles de l'Océanie et les ont publiés sur leur label Disques Mareva, une maison qui n'a pas dû exister longtemps mais qui a dû ouvrir la voix pour le Tiare Tahiti du fameux Gaston Guilbert.
Je ne connaissais pas Marc Darnois, mais Sylvain, si. Il est surtout réputé pour ses photographies, qu'on a retrouvé sur des posters dans toutes les années 1970, mais aussi et surtout sur un bon paquet de pochettes de disques. Dans un reportage de Dominique Charnay publié initialement en 1981 dans la revue Le photographe, on découvre le détail de son parcours, qui commence avec la guerre, comme conducteur de char de la 2e D.B., avec déjà son Rolleiflex sur la poitrine. Pour la 2e D.B., la guerre ne s'est pas arrêtée avec l'Armistice de mai 1945. Elle s'est poursuivie en Indochine jusqu'à sa dissolution le 31 mars 1946.
C'est à son retour sur l'aviso Lagrandière que Sylvain a fait étape à Tahiti, en octobre 1946. Il y est resté 35 ans, après un double coup de foudre, pour le pays et pour la femme qu'il épousera.
L'album est introduit par quelques lignes signées du Docteur P. Cassiau. Je n'ai trouvé aucune information biographique sur lui, mais il est assez important à Tahiti pour que son nom ait été donné à une rue de Papeete.
Voici des extraits de son introduction : "Ces disques ne sont pas "commerciaux" mais ils ont le grand mérite d'être "vrais". Sylvain et Darnois n'ont pas adopté la solution facile qui consiste à grouper des éléments de passage et les enregistrer en "arrangeant" les airs. Ces deux artistes sont allés avec leur micro dans chaque île de notre Océanie Française pour "recueillir" dans une ambiance vraie, dans leur cadre familier, au milieu de fêtes traditionnelles les meilleures, les plus diverses musiques. (...) C'est un album à acheter et à conserver soigneusement dans sa discothèque. Plus tard, c'est avec mélancolie que nous ferons chanter ces cires en pensant au temps où  Tahiti était encore Tahiti."
Plus tard, c'est par exemple maintenant, et ce sont bien ces cires originales qu'il faut faire chanter (ou en écouter leur copie MP3) car je crois que ces enregistrements n'ont jamais été réédités depuis. Il s'agit effectivement de collecte, pas d'enregistrements "commerciaux", mais ces titres, pour une bonne partie, auraient pu sortir tels quels chez Gaston Guilbert ou Yves Roché.
Des titres, il y en 15 sur 12 faces, avec un procédé technique particulier pour les séparer l'un de l'autre quand il y en a plusieurs par face : entre deux titres, il y a un sillon sans fin, comme celui qui se trouve habituellement en fin de face. Du coup, il faut soulever le bras de lecture pour passer au titre suivant. Je ne crois pas avoir déjà rencontré ça. Ce n'est peut-être pas très pratique pour l'auditeur, mais c'est simple et efficace pour vraiment diviser des faces, et je suis surpris que ce procédé n'ait pas été employé plus souvent.
L'ensemble s'appelle Folklore taïtien, mais il n'y a en fait qu'un seul titre enregistré à Tahiti même, le très bon Tahiti nui. Pour le reste, ce sont dans l'ensemble les chansons de l'archipel des Tuamotu qui me plaisent le plus, notamment Pico pico (la chanson commence à 1'22 sur le MP3), l'une des deux seules pour lesquelles une artiste est créditée, Erena. Il y a aussi Tangi tika, Ana e, Tamure, Te matangi et Te manu, le "chant des amoureux regagnant leurs cases à l'heure où les coqs chantent", qui m'a évoqué le blues à la première écoute.
Pour le reste, il y a notamment deux chants d'adieu Himene tarava différents et mon préféré est celui de Tubuai.
Merci donc à Philippe, qui avec ce trésor m'a permis de faire un beau voyage, dans le temps, dans la musique et dans l'histoire de l'enregistrement sonore.

L'intégralité de l'album Folklore taïtien est disponible en MP3 sur Ana'ite, la bibliothèque numérique scientifique polynésienne.


30 septembre 2018

TALENT LATENT : La nouvelle vague


Acquis chez Noz à Dizy le 8 septembre 2018
Réf : SYLAF 96084 -- Édité par Syllart Production en France en 1999
Support : CD 12 cm
10 titres

Les CD qu'on apercevait dans ce petit carton posé dans un bac chez Noz ne présageaient rien de bon, et rien n'indiquait que le prix des disques était diminué de moitié, de 99 à 50 centimes. Pourtant, j'ai extrait de ce carton deux disques intéressants : Nou le sak nou fe de Manjul et Humble Band (de l'excellent reggae dub de La Réunion !) et celui-ci.
Celui-ci, le plus facile n'est pas de déterminer son titre. Il y en a trois possibles au recto de la pochette, La nouvelle vague, Face B et A l’œuvre on connaît l'artiste. On retrouve les deux premiers sur la tranche et au dos du boîtier, ainsi que sur le CD lui-même. Au dos du livret, il n'y a que La nouvelle vague, et c'est ce titre que j'ai retenu, sachant que Face B (Sylvie Demba) est l'une des chansons de l'album : j'imagine qu'il s'agissait de mettre en avant l'un des succès du groupe.
Quant à A l’œuvre on connaît l'artiste, c'est un titre qu'il ne faut pas négliger puisque que c'est celui que le label a retenu pour diffuser l'album réédité sur les plate-formes de téléchargement. C'est donc avec ce titre qu'on repère le plus facilement cet album en ligne.
Ma première réaction quand j'ai vu la photo de pochette, ça  été de me dire que j'avais affaire à un groupe de hip hop. Mais, même si j'ai pensé au Run DMC de My Adidas ou aux Smurfin' Kids de K-Way, j'aurais dû savoir que les tenues de sport sont adoptées par la jeunesse de toute époque et de tout style partout dans le monde depuis au moins les années 1970.
Et en retournant le boîtier, j'ai vu des mentions de commerces congolais et le logo du label de référence Syllart et j'ai tout de suite su que j'avais affaire à un groupe d'Afrique. C'est certes un disque un peu tardif, mais j'espérais que ce serait un disque de rumba congolaise, et c'est bien dans cette case que Syllart range l'album, et c'est bien ce qu'on entend à l'écoute, dès le premier titre, Généric bawule.
Le son est un peu modernisé, mais le synthé, qu'on entend parfois, reste heureusement très discret. Il y a quand même des influences variées : à un moment dans Maruani, on entend "Oyé les Antilles", et v'là-t-y pas que la chanson part plus ou moins en zouk !
Le disque, intégralement en écoute sur YouTube, est tout au long d'une excellente tenue, mais j'ai une petite préférence pour sa seconde moitié car on y trouve ma chanson préférée, Otwa, la plus courte également, avec de la guitare acoustique (il me semble) et du chant féminin en plus des chanteurs habituels du groupe. Elle est enchaînée avec les excellents Tshaly et Courte joie.
La nouvelle vague est l'unique album publié par Talent Latent. Un deuxième album était en préparation quand plusieurs membres du groupe l'ont quitté pour aller créer quartier Latin Académia à Paris, une formation lancée suite à une scission au sein du groupe Quartier Latin International Koffi Olomidé. C'est justement ce dernier groupe qu'un autre membre de Talent Latent, Fally Ipupa, va rejoindre en 1999. Il y aura beaucoup de succès avant de se lancer en solo en 2006. Il a aussi créé son propre label, Vic'team Entertainement et, sur le double album Libre parcours de 2015, il est réuni sur un titre avec un autre membre de Talent Latent, Atele Kunianga.
Si on me propose de tomber sur des disques à 50 centimes de cette trempe tous les samedis matins en faisant mes courses, je signe tout de suite !

La nouvelle vague est disponible en téléchargement.

23 septembre 2018

CALEXICO : Spark


Acquis probablement par correspondance aux États-Unis vers 1998
Réf : ORE 004 -- Édité par Wabana aux États-Unis en 1996
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Spark -/- The ride

Calexico a annoncé cette semaine la sortie prochaine d'une réédition de son deuxième album The black light, vingt ans après sa sortie originale.
Eh oui, cela fait donc déjà vingt ans qu'est sorti cet excellent disque. Pour d'autres raisons, j'apprécie aussi énormément le premier album Spoke mais il est clair que si, en regardant en arrière, on s'intéressait aux grands albums des années 1990, c'est The black light qui serait choisi par la majorité des fans, ainsi qu'un autre disque auquel Joey Burns et John Convertino ont activement participé, Chore of enchantment de Giant Sand.
Entre le concert d'OP8 le 13 octobre 1997 à L'Usine de Reims (Joey et John avec Lisa Germano, sans Howe Gelb, parti au chevet de son ami Rainer) et la Black Session de Calexico à la Maison de la Radio à Paris le 25 mai 2000, j'ai eu la chance de voir Calexico trois fois en concert : au New Morning à Paris le 13 octobre 1998, pour un seul titre en sandwich entre Vic Chesnutt et Lambchop; le 8 novembre 1998 à La Cigale à Paris pour le festival des Inrockuptibles, à la même affiche que The Nits et Grandaddy; et à nouveau à L'Usine de Reims le 21 avril 1999 pour un excellent concert. Pendant cette période, j'ai aussi acheté exhaustivement tous les disques que je pouvais voir passer avec Calexico dessus : albums, y compris ceux vendus exclusivement en tournée, singles, titres inédits sur des compilations, bande originale du film Committed, le VPRO's Moondive : Musicians on a mission 4,... Ce n'est qu'après avoir été déçu par le troisième album Hot rail en 2000, que je me suis mis à suivre de plus loin leur production discographique.
La réédition de The black light sera un double album. Le premier disque reprendra l'album original. Sur le deuxième disque, on trouvera en intégralité l'excellent mini-album instrumental 98-99 road map, ainsi que les remixes de Miñas de cobre sortis sur le single The ride (Pt. 2), Lacquer et Drape, les deux faces du premier 45 tours du groupe, rééditées en 1998 en face B de Stray, et ce qui semble être un inédit, Bag of death.
Et c'est tout. Et c'est là qu'on peut être un peu déçu. Calexico ayant été vraiment très prolifique à cette époque, c'était peut-être l'occasion ou jamais de sauver de l'oubli les titres live et les inédits éparpillées par-ci par-là, comme The man on the flying trapeze. Et puis, il y a Spark, le deuxième 45 tours sorti par le groupe en 1996, que j'ai choisi de chroniquer aujourd'hui. Il y avait sûrement la place pour l'inclure sur le deuxième disque, mais le groupe n'a pas choisi de l'y mettre. C'est dommage car, même s'il a été enregistré bien avant les sessions de The black light, il est clair qu'il a des liens très forts avec l'album.
Déjà, il y a la pochette. Celle de Draper est à mon sens plutôt ratée, mais celle-ci est la première signée Victor Gastelum, un californien qui a "fabriqué" l'image du groupe pour un grand nombre de ses disques, dont The black light.
Dans un long entretien avec Craig Carry our Fractured Air, Victor Gastelum explique qu'il a connu Joey quand ils travaillaient tous les deux pour SST Records. A l'époque, Joey parlait déjà de monter un groupe et de lui confier toutes les pochettes. Il ne l'a pas fait pour toutes, mais il l'a fait !
Pour l'illustration de Spark, qui a plu suffisamment à Calexico pour qu'ils en tirent à l'époque un autocollant métallisé et pour qu'ils la reprennent en pochette de Road Atlas 1998-2011, le coffret rééditant leurs albums de tournée, Victor explique : "The guy hopping the low rider Cadillac is a good example. It came from a car magazine and it was the main photo in the spread. A friend of mine later told me he recognized it from a calendar that was put out too. I had designed an announcement card for a lecture at the Getty Center and Joey liked the image on there and wanted to use it. I made this one for him instead.".
Ce 45 tours fait partie d'une série Wabana Ore Limited, créée par le distributeur Surefire, où Calexico côtoie notamment Guided By Voices. Je l'ai acheté par correspondance aux États-Unis, en même temps que Lacquer, à une époque où l'arrivée d'Internet facilitait grandement les commandes internationales, avec des frais de port encore relativement réduits et une insouciance coupable qui m'a vu souvent indiquer mes références de carte bancaire dans des méls ou en clair sur des sites non sécurisés (j'ai quand même fini par être piraté une fois, mais j'ai pu bloquer les débits dès que je les ai vus apparaître sur mon compte bancaire consulté par Minitel !).
Sur la publicité pour Wabana Ore Limited glissée dans le 45 tours (qui se présente comme les premiers Creation, avec un sachet plastique et une pochette en papier plié en deux), le disque est présenté comme ça : “two western gems from two southwestern gents. joey and john from giant sand moonlighting in the tucson sun.



J'ai fait toutes les vérifications possibles, et il semble bien que les deux faces de ce 45 tours n'ont jamais été rééditées depuis, et je les ai pas trouvées en écoute en ligne. Je n'aime pas trop faire ça pour un groupe en activité, mais du coup j'ai choisi de numériser les deux titres car je ne me voyais paqs narguer les fans de Calexico qui arriveraient ici en leur présentant ce disque sans qu'ils puissent l'écouter, d'autant que les deux titres sont bons et intéressants.
Sur ce disque, Calexico est un trio, avec Neil Harry à la pedal steel sur la face A (il est aussi sur The black light, et sur des disques de Giant Sand et The Band of Blacky Ranchette).
Spark n'était pas une nouvelle chanson en 1996 puisque cet enregistrement figurait déjà en 1995 sur leur toute première parution, Superstition highway, un album sur cassette que le groupe a notamment vendu en Europe lors des tournées avec Giant Sand. C'est une très belle chanson country lente, le genre de country auquel Elvis Costello s'est intéressé sur Almost blue.
La face B, The ride, est en lien direct avec The black light. Si, à l'écoute de l'album, vous vous êtes demandé s'il y avait quelque part une "Pt. 1" à The ride (Pt. 2), eh bien la voilà, en version instrumentale brute de décoffrage, avec guitare et accordéon, un document précieux au son très proche de ce qu'ils faisaient en 1995 sur Shadow of your smile avec leur autre groupe, Friends of Dean Martinez.

The black light : 20th anniversary edition sort le 23 novembre.

Calexico : Spark.
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Calexico : The ride.
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16 septembre 2018

NADA KENTJANA : Euis


Offert par Philippe R. à Nantes le 14 août 2018
Réf : RBL-101 -- Édité par Bali en Indonésie en 1962
Support : 33 tours 25 cm
8 titres

Philippe a fait un peu de ménage dans ses disques et, dans quelques grands sacs prêts à partir, j'en ai trouvé plusieurs qui m'intéressaient, dont deux 25 cm indonésiens du début des années 1960. Comme la K-pop ou mon 45 tours cambodgien de Chhun-Vanna & Im-Song-Soeum, ces disques tentent de façon intéressante d'associer sons "occidentaux" de pop et de rock et musiques locales.
L'autre disque, très bien également, est de Lies Embarsari & Zaenal Combo (on peut en écouter un extrait ici), mais j'ai choisi de vous présenter ce premier album de l'Orchestre Nada Kentjana. Les deux formations sont originaires de l'Ouest de l'île de Java, une région dont la capitale est Bandung et dont les habitants parlent principalement le sundanais.
Il y des notes de pochette assez détaillées au dos du disque. J'ai pris la peine de les recopier et de les faire traduire en anglais, puis en français. Comme souvent sur les disques de cette époque, c'est plus gentillet qu'informatif, mais voilà ce que ça donne :
"Au début de 1961, dans la ville de Bandung, s'est tenue une fête musicale des plus animées. Le programme de cette soirée était composé de trois orchestres. L’orchestre d’Eddy Karamoy, l’orchestre d'Idris Sardi, venu spécialement de Djakarta, et l’orchestre Nada Kentjana, déjà reconnu et apprécié par la population de Bandung. Outre le jeu de violon d'Idris Sardi, les passages de guitare d'Eddy ont imprégné et animé l’ambiance de l’immeuble Nusantara, rempli de spectateurs, et les jeunes joueurs de la Ville des Fleurs, l'Orchestre Nada Kentjana, qui ont chanté des chansons spécifiquement sundanaises, ont captivé le public et remué de vieux souvenirs.
Les chansons qu'ils chantent sont anciennes, des chansons populaires du Priangan, comme Ungang angge, Tongtolang Nangka, Ajang Gung, Toketjang, Tilil Dog Tjelentong et Leui Leuleujang. L'Orchestre Nada Kentjana les mélangent et les retravaillent pour en donner une version musicale qui correspond au goût du jour.
Les parents et ceux qui viennent de la région du Priangan sont d'abord surpris quand ils entendent la chanson, et ensuite cela leur rappelle des souvenirs d'enfance, et toute la chaleur de la famille et des voisins.
L’une des nouvelles chansons qui a conquis le cœur des jeunes est Euis. Lagunja peut facilement être amusant et réaliste. Pendant 4 à 5 semaines, la chanson Euis a occupé la première place et les fans ont réclamé en masse cette chanson qui a été le choix du public dans l'émission musicale diffusée par le studio RRI de Bandung.
Anna Susanti, Atun et Mamah sont les trois chanteuses qui entourent et animent l'Orchestre Nada Kentjana, avec l'aide du chœur Prianja. Tous, y compris le chef Moch. Jassin, sont en formation. Certains sont inscrits dans l'une des facultés de Bandung, d'autres sont encore au lycée.
Le LP Euis qui est devant vous maintenant est le premier enregistré par l'Orchestre Nada Kentjana. Ses titres sont déjà bien connus de ceux qui écoutaient souvent les émissions de RRI BANDUNG et de Radio AURI à Djakarta.
Bonne écoute."
C'est dans une thèse soutenue en 2014 par Indra Ridwan à l'Université de Pittsburgh que j'ai trouvé le plus d'informations sur Nada Kentjana. Le mémoire s'intitule The art of the arranger in Pop Sunda, Sundanese popular music of West Java, Indonesia.
On y trouve cette définition, "Pop Sunda is modern commercial popular music in the Sundanese language accompanied by primarily Western instruments. The music blends traditional Sundanese and Western musical elements.", et, page 38, un chapitre entier sur Mohammad Jassin, fondateur, chef, arrangeur et guitariste de Nada Kentjana.
On apprend notamment que le groupe a enregistré 52 titres entre 1961 et 1965, dont 60 % de chansons pour enfants ("Their repertoire consisted mainly of Sundanese children’s songs, arranged and performed in a new style following music trends popular at that time.").
Initialement, le groupe s'appelait Golden String, mais, suivant la politique du Président Soekarno instruction de privilégier les références indonésiennes plutôt qu'occidentales dans la culture, le groupe a traduit son nom.
Comme indiqué dans les notes de pochette, le groupe était composé de jeunes en formation. Quand il a eu fini ses études en 1965, Mohammad Jassin a délaissé la musique pour sa carrière d'ingénieur en hydraulique. 
Euis est donc le premier succès du groupe. On en trouve les paroles page 55 de la thèse d'Indra Ridwan. Fort logiquement, il donne son titre à l'album et en fait l'ouverture. Il y a un chœur d'hommes et trois chanteuses qui lui répondent. L'ensemble sonne presque comme ces disques de Tahiti que j'aime beaucoup.
J'aime aussi beaucoup Eteh, ainsi que Utgang angge, avec son intro à la guitare qui sonne très sixties et ses imitations d'aboiements de chien. En fin de face A, j'ai particulièrement apprécié le petit solo de guitare un peu hésitant de Tongtolang nangka.
Sur la face B, le premier titre Ajang gung a une intro lente et sonne un peu afro-cubain à mes oreilles, tandis que le suivant, Toketjang, est bien entraînant.
Ce qui est très bizarre avec les deux derniers titres, c'est qu'on entre presque dans un territoire de country à la Johnny Cash. Pour Tilil dog tjelentong, je pense aux chansons de train de Cash et je trouve le chant féminin intéressant. Ce qui est surprenant avec Leui leuleujang, c'est qu'il y a une intro et base rythmique très country, qui reprend sauf erreur de ma part l'accroche de Raunchy de Bill Justis, mais que c'est associé ensuite avec un chant presque lyrique.
Voilà une preuve de plus qu'on trouve de l'excellente musique dans tous les coins de monde, et c'est intéressant de savoir que ces chansons sont à la base des comptines traditionnelles arrangées au goût du jour. J'en suis à me dire que Philippe a sûrement écouté ses disques un peu trop vite, mais je suis bien content qu'ils aient rejoint mes étagères !

De nombreux titres de Nada Kentjana sont disponibles en téléchargement sur Madtrotter-Treasure-Hunt, le blog d'un hollandais installé en Indonésie depuis 1996.

Nada Kentjana : Utjang angge.
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Nada Kentjana : Tilil dog tjelentong.
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Nada Kentjana : Leui leuleujang.

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