16 juillet 2018

THE MONOCHROME SET : The strange boutique


Offert par Thierry T. par correspondance en 2010
Réf : DIN 18 -- Édité par Dindisc en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The strange boutique -/- Surfing S.W.12

Samedi 7 juillet, j'étais dans la forêt ardennaise à Petit Fays en Belgique pour le parfaitement nommé Ptit Faystival. C'est la deuxième fois que je m'y rendais. En 2012, j'y avais notamment vu Arlt et Patrik Fitzgerald. Là, le beau temps étant de la partie, j'ai encore une fois passé un moment des plus agréables, dans une ambiance unique. J'ai joué à la pétanque avec un marseillais, j'ai mangé des frites et des canadas aux rousses avec des belges, et j'ai vu six concerts dans la journée.
Le premier, magique, a eu lieu derrière l'église, sous le marronnier du centenaire, planté en 1930. Tartine de Clous, Alasdair Roberts et Neil McDermott nous ont charmés avec leurs chansons avec (ou sans) folklore, dans l'esprit du Mélusine des années 1970. Un album de la coopération entre ces français et ces écossais est annoncé chez Okraina à l'automne.



Les autres concerts ont eu lieu sous chapiteau et la soirée s'est terminée de façon torride avec plein de fans de The Monochrome Set (tous les fans belges du groupe ?) qui, à la fin du concert, quand le groupe a enchaîné Eine Symphonie des grauens et He's frank, étaient tellement déchaînés que j'ai dû m'écarter et me reculer pour ne pas être trop bousculé, comme on le voit sur cette photo diffusée dans un tweet de David Mennessier :



On trouve de nombreuses photos du festival chez Fabonthemoon, et aussi chez Laurent Orseau, que j'ai dû côtoyer toute la journée sans qu'on se reconnaisse.
C'était la troisième fois que je voyais The Monochrome Set en concert (après 1984 à la London School of Economics et 2013, aussi à Londres mais au Bush Hall), mais c'était la première fois pour moi que le groupe jouait en quatuor, avec deux membres historiques (Bid à la guitare et au chant, Andy Warren à la basse et aux chœurs) et deux plus récents (Mike Urban à la batterie et John Paul Moran aux claviers et aux chœurs). Je me demandais comment ça allait se passer pour les parties de guitare sans "soliste", mais en fait, bien soutenu par l'orgue, Bid s'en sort très bien tout seul.
Le groupe a joué ce qui de fait était un best-of bien sélectionné, se concentrant sur les premières années. Il y a eu environ un petit quart de chansons que je ne connaissais pas, sûrement relativement récentes donc, et ce qui est bien c'est que la plupart de ces chansons m'ont beaucoup plu.
Parmi les anciennes chansons jouées, j'ai cru me souvenir (ce n'est pourtant pas si vieux !) qu'il y a avait l'excellente The strange boutique, la chanson-titre de leur premier album et aussi la face A du 45 tours que j'ai sélectionné aujourd'hui. Je me trompais, mais cette erreur m'a au moins donné l'occasion de ressortir ce 45 tours.
A quelques jours d'écart en avril 1980, Dindisc a donc sorti deux disques de The Monochrome Set titrés The strange boutique. Autant je me suis procuré peu de temps après sa sortie l'album en pressage anglais distribué en France par Arabella Eurodisc (quelques mois plus tard, ce label ira jusqu'à presser une édition française de Love zombies), autant je pense que je n'ai jamais vu à l'époque le 45 tours, le seul extrait de l'album. Je ne pense pas que je me le serais offert de toute façon juste pour sa face B inédite, car mon budget de lycéen était très serré.
Du coup, ce disque a longtemps manqué à ma collection presque complète (jusqu'en 1985 en tout cas) des singles du groupe. Mais en 2010 je suis allé à Marseille pour le lancement à La Poissonnerie de L'estourdisco volume 8, que j'avais compilé, et on en est venu à parler de Monochrome Set avec Thierry, de La Poissonnerie et aussi entre autres de Fall of Saigon. Je ne sais plus comment c'est venu, et je ne sais plus non plus s'il avait le disque en un exemplaire ou en double, toujours est-il que Thierry m'a proposé à Marseille de m'offrir ce disque et il a tenu parole en me l'envoyant quelques semaines plus tard.
Ce 45 tours est intéressant à plusieurs titres.
Pour sa pochette déjà, qui est le pendant de celle de l'album The strange boutique. J'ai toujours trouvé que la pochette de l'album, créditée au groupe et à Peter Saville, aurait mieux convenu à Joy Division ou à un autre groupe lugubre très new wave qu'à ces petits rigolos de Monochrome Set. En tout cas, cette pochette est marquante et elle est très réputée, comme la plupart des travaux de Peter Saville de ces années-là, mais c'est bien dommage qu'à chaque fois qu'on réimprime dans un livre la pochette de l'album avec son fameux plongeur, on ne mette pas en regard celle du 45 tours, avec un carton du même gris, avec le cadre de photo au recto et celui des crédits au verso en relief comme pour les premiers exemplaires de l'album, et surtout avec cette autre photo en noir et blanc, sans plongeur mais avec les traces d'un plouf dans l'eau !
Un autre intérêt du disque, c'est la chanson The strange boutique. Il s'agit de la même version que celle qui clôturait l'album, moins les quelques secondes tout à la fin où le son remontait après s'être presque arrêté. Pour le coup, contrairement par exemple à 405 lines, ça me parait un bon choix de face A, car c'est sûrement l'un des titres les plus directement "rock" de l'album, avec de l'orgue qui rappelle le son garage des sixties. Bon choix donc, mais ça n'a pas suffi car j'ai l'impression que ce 45 tours ne s'est vraiment pas beaucoup vendu.
Autre intérêt de ce disque, sa face B, une vraie chanson, Surfing S.W.12, qu'on ne trouvait nulle part ailleurs à l'époque. C'est peut-être bien l'une des chansons du groupe où l'on entend le plus l'influence que le Velvet Underground a eu sur lui. Il est aussi possible tout simplement que ça en soit une sorte de parodie. Quand le volume 2 de la compilation Volume, contrast, brilliance est sorti en 2016, on a pu découvrir que cette face B était en fait l'une des toutes premières chansons du groupe, puisqu'on y trouve une version de 1978 titrée I wanna be your man.

J'allais écrire qu'on pouvait trouver les deux faces de ce 45 tours sur le coffret 1979-1985 : Complete recordings sorti plus têt cette année, mais la version CD est déjà épuisée et la version 33 tours est à prix prohibitif. The strange boutique se trouve facilement partout avec l'album. Pour Surfing S.W.12, il y a YouTube, ou sinon carrément le 45 tours, qui se vend d'occasion à un prix relativement abordable.


The Monochrome Set, The strange boutique, en concert au festival Marathon '80 à Minneapolis le 22 septembre 1979.


The Monochrome Set, The strange boutique avec un volume faible, en concert probablement à Nottingham le 16 août 1990.

06 juillet 2018

Melle RATIBA EL-CHAMIAH : Anti ya oum ein


Acquis chez Emmaüs à Reims le 29 juin 2018
Réf : B 095741-T -/- B 095743-T -- Édité par Baidaphon probablement au Liban probablement dans les années 1930
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Anti ya oum ein 1 -/- Anti ya oum ein 2

Vendredi dernier, je suis allé chez Emmaüs à Reims pour la première fois depuis plusieurs mois. Entre-temps, le rayon "culture" a changé d'emplacement, et j'ai été content de voir qu'il y avait plus de disques que la dernière fois.
J'ai trouvé une petite poignée de 45 tours, autant de CD, mais surtout il y avait une pile de 78 tours de laquelle j'ai extrait une dizaine de disques, dont deux "arabes".
J'ai écouté le premier, sur le label B. Rsaissi. Très bien dans le genre, mais peut-être pas aussi accrocheur que celui de Mahjouba. En sortant le second disque pour l'écouter, je me suis dit que j'aime beaucoup cette musique assez traditionnelle aux sons orientaux, mais que j'aimerais bien tomber sur quelque chose plus dans le style de la chanson francarabe à la Lili Boniche.
Sans génie à la Aladin, il est rare que les souhaits se réalisent dans l'instant, mais c'est pourtant précisément ce qui s'est passé car je me suis vite rendu compte que la chanson Anti ya oum ein de Melle Ratiba El-Chamiah est chantée à la fois en arabe et en français ! Ratiba El-Chamiah chante d'abord en arabe, puis elle enchaîne sur des phrases en français ("Vous êtes très jolie", "Oh ma belle folie", "La première fois", "Y a mademoiselle jolie"...), sans que je sois en mesure de dire si ces phrases, traduisent, complètent ou commentent celles en arabe. Ensuite, un chœur d'hommes reprend les paroles qu'elle a chantées. De façon très étonnante, le rythme en arrière-plan sonne presque binaire à mes oreilles.
Il semble que le titre signifie Toi ou moi. Dans la partie 2 de la chanson, sur l'autre face, je saisis d'autres bouts de phrases en français, mais pas tous : "Fais-moi petit plaisir", "Viens guérir ma plaie", "Quand est le rendez-vous", "De moi ayez pitié",... On se doute qu'il s'agit d'une chanson légère.
Comme souvent avec mes disques 78 tours, je me suis vite rendu compte que ce disque n'est pas référencé en ligne. En tout cas, je n'ai rien trouvé sur Discogs, ni chez Internet Archive ni à la Bibliothèque Nationale de France.
Le label Baidaphon est pourtant réputé. C'est l'une des toutes premières maisons de disques établies en Afrique du Nord. Créé par des membres de la famille Baida à Beyrouth dès les premières années du vingtième siècle, il a très longtemps fait fabriquer ses disques en Allemagne par l'intermédiaire de l'un des frères, médecin installé dans ce pays. Rainer E. Lotz, dans son projet The German 78rpm Record Label Book, dédie un chapitre très complet à Baidaphon.
Dans un article d'Emmanuel Haddad pour Al Jazeera, on trouve une explication possible pour le manque d'information disponible sur les productions Baidaphone. En effet, les archives de la firme ont souffert à la fois des bombardements de Berlin et de la guerre civile libanaise.
J'ai quand même trouvé quelques informations sur "Melle Ratiba El-Chamiah", dont le nom est plus souvent transcrit en Ratiba Chamia. Elle serait morte à 68 ans en 1981. J'ai même trouvé une photo d'elle page 9 du numéro du 16 janvier 1932 de L'Afrique du Nord illustrée :


Sur la même page, on trouve une photo de sa tante Flifla Chamia, chanteuse et danseuse comme Ratiba ("La meilleure danseuse orientale"). Les Chamia, famille juive de Tunisie, étaient visiblement une famille d'artistes. Flifla est notamment réputée pour avoir joué dans Le fou de Kairouan, le premier film musical et le premier film en arabe réalisé en Tunisie. Une autre tante de Ratiba, Bahia, était aussi artiste, et la chanteuse Hana Rached, fille de Flifla, a poursuivi la tradition familiale.
La famille Chamia était suffisamment connue dans les années 1930 en Tunisie pour que "Chamia" et "Bahia" soient mentionnées comme artistes animant des galas orientaux à Tunis à la suite du nom de la grande vedette Habiba Messika dans la nouvelle Ninette de la rue du Péché de Vitalis Danon (1938).
Je sais depuis quelques temps que j'ai plus de chances de trouver des raretés en fouillant les quelques 78 tours que je croise qu'en espérant qu'un 45 tours garage sixties se soit glissé parmi des centaines de disques de variétés. J'espère avoir encore bientôt la main aussi heureuse !

Melle RATIBA EL-CHAMIAH : Anti ya oum ein (1 & 2).
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01 juillet 2018

JOHNNY DOWD : Hell or high water


Acquis chez Transmission Records à Cliftonville le 15 juin 2018
Réf : Nico7 - 001 -- Édité par Nicole aux Pays-Bas en 2000
Support : 33 tours 17 cm
Titres : Hell or high water -/- Divorce, American style

Séjournant quelques jours dans le Kent le mois dernier, je n'ai eu l'occasion de visiter que deux disquaires. L'un, qui s'est installé dans la grande rue de Canterbury peut-être bien dans les locaux qui accueillaient Indoor Market en 2010, propose à des prix délirants des disques d'occasion même pas en particulièrement bon état. L'autre, à Cliftonville/Margate, est une boutique beaucoup plus sympa et intéressante, où l'on trouve des vinyls neufs et d'occasion à des prix de 2018, et où il y avait au moins un petit carton de 45 tours soldés duquel j'ai extrait avec plaisir ce disque de Johnny Dowd à 1 £.
La discographie de Johnny Dowd est conséquente. Chose assez rare, en incluant des cassettes et des live en édition limitée, Discogs liste 23 albums, mais seulement 4 singles ! Celui-ci est le plus ancien et je suis d'autant plus content d'être tombé dessus.
En Europe, les disques de Johnny Dowd étaient alors édités aux Pays-Bas par Munich Records. Quelques-uns sont aussi sortis en Allemagne chez Glitterhouse. Ce disque-ci, qui s'écoute en fait en 33 tours car les titres sont un peu longs, est sorti sous l'étiquette par Nicole Records, présentée au dos de la pochette comme une filiale de Munich. C'est apparemment l'unique disque publié par ce label.
C'est dommage qu'il n'y ait aucun crédit pour la photo de pochette, qui nous montre un campeur devant son feu de camp et près de sa voiture, dans les années 1930 ou 1940 je dirais.
LA face A, Hell or high water est extraite de Temporary shelter, le troisième album de Johnny Dowd. Je n'ai pas cet album (peut-être que Philippe R. l'a car on s'arrangeait souvent pour ne pas prendre des disques en doublon quand on commandait ensemble chez Glitterhouse dans ces années-là), mais je connais bien la chanson car je l'avais sur la compilation Out of the blue volume 8 de Glitterhouse.
Rythme bancal, claviers crades, guitare râpeuse, duo vocal homme-femme brut de décoffrage, paroles tellement noires qu'elles finissent par prendre une dimension désespérément comique, il y a là tout ce que j'aime chez Johnny Dowd, tous les ingrédients qui m'ont fait craquer la première fois que j'ai entendu First there was sur une autre compilation Glitterhouse.
La face B, Divorce, American style, est plus rare. Elle est sortie initialement en 1999 sur la compilation d'enregistrements maison Unsound - Volume 2 : Guitars ! (on peut écouter un extrait de 30 secondes de la chanson en suivant ce lien), puis l'année suivante sur ce disque et c'est tout. Pourtant, j'ai dû récupérer un MP3 de ce titre à un moment ou un autre puisque, preuve qu'il m'avait bien plu, je l'ai inclus en octobre 2002 sur ma compilation Ma femme n'est pas là (le titre de la compilation vient de la chanson d'Arno Je veux nager, mais il colle très bien à celle de Dowd !).
Là, Johnny est juste un batteur. Le gars qui raconte l'histoire explique comment il est arrivé chez lui pour trouver sa femme au lit avec quelqu'un d'autre (avec une variante par rapport à la version classique : "She was in bed with my best friend's wife, no bigger surprise have I had in my life") et les conséquences du divorce qui a suivi.
Chez Counter Punch, j'ai trouvé une information intéressante : en 2016, sur son album Execute American folklore, Johnny Dowd a revisité et retravaillé certaines de ses chansons, parmi lesquelles Divorce, American style, qui est devenue pour l'occasion une sorte de hip hop crade titré Sexual revolution.
Quand j'ai trouvé ce disque, comme je connaissais les deux titres, je pensais qu'ils venaient d'un album que j'avais à la maison, mais j'étais déjà bien content. Mais je n'avais pas la face B en disque, et en plus elle est très bonne et rare. C'est parfait !

Des exemplaires autographiés de Temporary shelter sont actuellement en vente pour 4,99 $ sur le site de Johnny Dowd.


Johnny Dowd, Hell of high water, sur la compilation Down To The Promised Land: 5 Years of Bloodshot Records. Sauf erreur de ma part, c'est la version de l'album et du single.


Johnny Dowd et Kim Sherwood-Caso, Hell or high water, au Felicia's Atomic Lounge à Ithaca, la ville de Johnny Dowd, le 11 juillet 2010, dix ans après la sortie de Temporary shelter.

24 juin 2018

JAH WOOSH : Judy drowned


Offert par Damien R. à Épernay le 23 juin 2018
Réf : SP 10021 - Reggae Power 4 -- Édité par Soul Posters en France vers 1974
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Judy drowned -/- Crooked skank

Damien est tombé sur ce disque en brocante il y a quelques semaines. Il se doutait qu'il ne lui plairait pas mais il a pensé que ce disque reggae des années 1970 intéresserait sûrement l'un de ses amis. Je l'étais, et je le remercie d'autant plus de ce cadeau que j'ai nettement tendance ces derniers temps à revenir bredouille ou quasiment bredouille des brocantes que je visite.
Jah Woosh était ce que les jamaïcains appellent un DJ, c'est à dire non pas un gars qui passe les disques mais une sorte d'animateur qui, dans les soirées dansantes, "toaste" en parlant/chantant sur les versions instrumentales de titres reggae. Sur la compilation The deejays, parue en 2000 dans
la collection Classic reggae, on trouve un large éventail de DJs, de U Roy à I Roy, de Big Youth à Prince Far I, de Dillinger à Dennis Alcapone. Jah Woosh en fait partie, mais c'est vrai que, malgré une discographie conséquente, il n'est pas très renommé par chez nous. Pour ma part, je ne le connaissais que parce que, dans les années 1990, j'ai acheté en solde la compilation We chat you rock, qui est présentée comme une bataille avec I Roy, avec une alternance de titres de ces deux DJs.
Je n'aurais pas imaginé qu'un 45 tours de Jah Woosh ait pu être édité en France dès 1974. C'est parce que je ne connaissais pas vraiment ce label Soul Posters, qui a fait un sérieux travail de défrichage à cette époque, avec notamment la série de cinq 45 tours Reggae Power (celui-ci est le n° 4) et les trois albums compilations très pointus In the land of reggae. Mais j'ai quand même beaucoup de disques Soul Posters chez moi car cette maison a notamment distribué en métropole les disques réunionnais Jackman et les antillais Hit Parade.
Ce 45 tours est extrait du premier album de Jah Woosh. Il est produit par Rupie Edwards, à qui les deux excellents titres sont crédités.
Je ne sais sur quel "riddim" Judy drowned est bâti, mais pour les paroles Jah Woosh s'est inspirée d'une chanson traditionnelle, popularisée sur disque par Harry Belafonte en 1957 sous le titre Judy drownded, sur son album Belafonte sings of the Caribbean. Un peu comme avec Sur le pont de Nantes, c'est l'histoire d'une petite fille qui connaît un destin funeste pour n'avoir pas écouté les conseils sa mère.
En face B, Crooked skank est la version DJ de Down below, un titre d'Errol Dunkley, dont la version instrumentale est due aux Rupie Edwards All Stars.
Jah Woosh, Neville Beckford de son nom de naissance, est mort en 2011 à 59 ans. Il existe un Best of de 24 titres. On ne le trouve peut-être plus facilement en CD, mais on peut l'écouter intégralement en ligne.

23 juin 2018

THE TING TINGS : That's not my name


Acquis chez YMCA à Douvres le 13 juin 2018
Réf : 88697293792 -- Édité par Columbia en Angleterre en 2008
Support : CD 12 cm
Titres : That's not my name -- That's not my name (Soul Seekerz Radio Mix)

Je connaissais le nom du groupe et je savais qu'il avait eu beaucoup de succès, mais ça fait tellement longtemps que je ne suis plus de près l'actualité discographique qu'il a fallu attendre le mois dernier, quand j'ai trouvé à Plivot pour 1 € un exemplaire de l'édition "Deluxe" de leur premier album We started nothing (un CD plus un DVD), pour que j'écoute enfin attentivement un disque des Ting Tings.
Et ce qui est bien que ce que j'ai entendu m'a beaucoup plus plu, avec un bon paquet de titres forts sur cet album pop-rock-électro.
Alors, quand la semaine dernière  je suis tombé à Douvres sur cet exemplaire en pressage anglais de leur single That's not my name, je me suis jeté dessus, d'autant qu'il semblait bien me souvenir que c'était l'un des titres que j'avais bien aimés sur l'album. Une bonne affaire à 50 pence, même si pour le coup il aurait mieux fallu que je tombe sur le pressage européen de ce single, qui compte deux titres et une vidéo de plus.
Les Ting Tings, c'est un duo anglais composé de Katie White, qui chante beaucoup et joue notamment des guitares, et Jules de Martino, qui joue notamment de la batterie, chante un peu et produit.
That's not my name est l'un des nombreux singles extraits de l'album. C'est même celui qui s'est le mieux vendu puisqu'il a atteint la première place des ventes. Comme quoi, j'arrive largement après la bataille ! Les paroles ont été inspirées à Katie White par les différents "petits" noms plus ou moins ouvertement sexistes que des gars du monde de la musique s'obstinaient à utiliser pour la nommer. C'est rythmé et accrocheur. Dans l'esprit, pour la musique et même pour les paroles, je rapprocherais cette chanson de Je ne te connais pas de Prototypes, sorti quelques années plus tôt.
Le Soul Seekerz Radio Mix raccourcit la chanson et lui donne une touche électro-house. Ce n'est pas mauvais mais tout à fait dispensable.
Le groupe a sorti deux autres albums depuis et, si on en croit le titre de la page d'accueil de leur site, il est actuellement en train d'enregistrer un autre.





12 juin 2018

LIAISONS DANGEREUSES : Los niños del parque


Acquis probablement chez A La Clé de Sol à Reims vers la fin des années 1980
Réf : RR-125537 -- Édité par Roadrunner aux Pays-Bas en 1982
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Los niños del parque -/- Être assis ou danser -- Mystère dans le brouillard

L'hiver dernier, une révolution interne a agité Magic, la revue pop moderne. Une grande partie des contributeurs historiques du magazine a quitté le navire et, une fois dehors, ils se sont retrouvés et se sont demandé ce qu'ils allaient faire ensuite. Dénommés Section 26, ils ont commencé par revenir aux sources en sortant un gros fanzine à imprimer soi-même, avec notamment un article sur Felt de Christophe Basterra , un autre sur Television Personalities par Étienne Greib et le Je bande encore de l'ami Philippe Dumez. Depuis, le fanzine est devenu un site qui est régulièrement mis à jour.
Dans le fanzine, il y avait aussi un entretien d'Alex Mimiraki avec The Hacker à propos du livre Mute : A visual document de Terry Burrows.
The Hacker y revient sur ses rapports de fan avec Mute Records. J'ai été un peu surpris de la place prééminente qu'il accorde au Lady shave de Fad Gadget car, parmi les premiers singles du groupe, c'est celui que j'ai le moins écouté. Et en plus, j'ai tendance à préférer la face B, Make room. Voilà ce qu'il en dit : "À chaque fois que j’ai essayé de copier Lady Shave de Fad Gadget pour en faire une reprise, j’ai trouvé autre chose, qui a fait un hit ! Je ne dois pas être très doué, parce que cela m’emmène ailleurs. La première fois, cela a donné 1982 de Miss Kittin & The Hacker, et la deuxième fois Flesh & Bone, avec Perspects, qui a très bien marché. Ce morceau demeure une source perpétuelle d’inspiration pour moi…". Du coup, j'ai ressorti le disque et je dois bien dire que je l'ai mieux apprécié qu'à l'époque.
Mais cet article m'a fait ressortir un autre disque, Los niños del parque de Liaisons Dangereuses, qui est le disque Mute préféré de The Hacker. Il a effectivement été sorti par Mute sous licence en Angleterre, en petit 45 tours deux titres, mais la sortie originale s'est faite en Allemagne fin 1981.
Contrairement à beaucoup d'autres disques New Wave qui sont dans ma discothèque, je n'ai pas acheté celui-ci au moment de sa sortie. Je l'ai pris sans le connaître quelques années au plus tard, un jour où je suis tombé sur un exemplaire soldé.
Mon édition étant hollandaise et certains titres en français, j'ai longtemps pensé avoir affaire à un groupe belge, d'autant que ma chanson préféréé du lot, Mystère dans le brouillard, est tout à fait dans la veine Polyphonic Size. Mais non, Liaisons Dangereuses était un groupe d'Allemagne, un trio composé de Chrislo Hass, un ex-membre de Deutsch Amerikanische Freundschaft, de Beate Bartel et du chanteur Krishna Goinaud, qui doit avoir des attaches françaises, ce qui explique les nombreuses et bienvenues paroles en français du groupe, une caractéristique qui les rapproche d'autres groupes d'Allemagne francophiles, Sprung Aus Den Wolken et The Truffauts.
La discographie de Liaisons Dangereuses se limite à un unique album, sorti en 1981, qui s'ouvre avec les trois titres de ce maxi, leur unique single.
La face A, Los niños del parque, est devenue une référence. Elle a été souvent samplée et plusieurs fois reprise. Si les liens avec des contemporains comme D.A.F., bien sûr, Fad Gadget et Front 242 sont clairs, on entend bien ici également les aspects proto-technos qui ont fait la réputation du groupe et la joie des DJs.
J'étais complètement passé à côté jusqu'ici d'Être assis ou danser et j'ai eu tort car c'est une réussite, que je préfère à la face A. C'est aussi une chanson rapide, mais avec un séquenceur moins rigide, un peu façon Devo de la même époque, et même du saxopĥone à la Tuxedo Moon.
Les paroles sont très bien :
"C'est l'histoire d'un garçon qui ne pouvait pas arrêter de danser
Il regardait autour de lui, tout le monde était assis, c'est vraiment chiant
Ses parents l'avaient prévenu, il ne faut pas traîner toutes les nuits dans les discosC'est l'histoire d'un garçon, et bien sûr il finit par crever, c'est normal aujourd'hui"
D'avoir réécouté plusieurs fois ce maxi me donne envie de découvrir l'album Liaisons dangereuses, avec des titres comme Apéritif de la mort, Peut-être... pas, Kess kill fé show, Dupont ou Avant-après mars. La dernière réédition en CD, qui date de 2013, est encore facilement disponible.




Liaisons Dangereuses, Los niños del parque, en concert à l'Hacienda à Manchester, le 7 juillet 1982. Ce concert a été édité en vidéo en 1987.

10 juin 2018

DAVID ROCHLINE : La règle du jeu


Acquis sur le vide-grenier de Flavigny le 20 mai 2018
Réf : CBS 1750 -- Édité par CBS en France en 1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La règle du jeu -/- Danseur étoile

En début d'année, j'ai lu le livre Bashung : Vertige de la vie de Pierre Mikaïloff. Je l'avais encore en tête quand je suis tombé à Flavigny sur ce 45 tours à 50 centimes dont les deux faces sont composées par Alain Bashung. Sur le coup, j'ai cru que c'était le 45 tours de Bashung sorti sous pseudonyme dont il est question dans le livre. Ce n'était pas loin car le prénom est le même, mais le pseudo c'était David Bergen et le 45 tours Je ne croirai plus jamais est sorti un peu plus tard, en 1975, avec une pochette où on le reconnaît bien.
Non, outre les disques sous son nom d'avant 1977, dont je pense pouvoir avancer qu'ils sont tous uniformément mauvais, Bashung a multiplié les collaborations de 1966 à 1978, et ce disque en est un exemple.
Entre 1972 et 1974, il a notamment collaboré à trois albums de Dick Rivers, The rock machine, Rockin' along... the River's country side et Rock & roll Star, et les deux ont même enregistré ensemble, en chantant à tour de rôle, un double album de reprises de classiques du rock and roll, attribué au Rock Band Revival. Ce disque a été édité sous de multiples formes et j'ai dû le voir des centaines de fois en brocante ou en Emmaüs. Je me demande si je ne l'ai pas eu à une époque avant de m'en débarrasser.
En tout cas, selon Pierre Mikaïloff, c'est Dick Rivers qui a "découvert" David Rochline, qui avait illustré certaines de ses pochettes, et qui a demandé à Bashung de lui écrire des mélodies sur des textes d'Henri Steimen.
Rochline, qui est mort en 2015, était un artiste pluridisciplinaire, pas spécialement un chanteur, mais il avait une voix. Petit détail intéressant pour moi, Jean-Michel Ribes indique dans l'hommage qu'il lui a rendu dans Télérama qu'il a joué en 1978 dans sa pièce Jacky Paradis, dont la musique originale était de Lewis Furey !
Autant les disques de Bashung sortis sous son nom passaient à l'époque complètement inaperçus, autant ce 45 tours de David Rochline a eu semble-t-il un certain succès sur les radios, qui a même entraîné la publication en 1974 d'un deuxième disque, également composé par Bashung.
Pour ma part, le seul intérêt de ce disque réside dans la musique de La règle du jeu, mais ce n'est pas pour autant à porter au crédit du compositeur Bashung, au contraire, car, dites-le moi si je délire mais, peut-être emporté par l'habitude de faire des reprises, il a utilisé pour cette chanson les principales accroches de Baba o'Riley des Who (le riff souligné de synthé), au point que ça pourrait quasiment en être une adaptation en français !
Dans un style de variété-rock de qualité, un peu à la Balavoine, la face B, Danseur étoile, qui serait un hommage à Rudolph Noureev, est dans la même veine un peu glam que la face A, qui a d'ailleurs été incluse sur la compilation sûrement un peu pirate Glam ou rien. C'était dans l'air du temps il faut dire et, toujours selon Mikaïloff, pendant les deux semaines (quand même) qu'aurait duré l'enregistrement de ce 45 tours au Château d'Hérouville, ses protagonistes y auraient croisé David Bowie, qui enregistrait son album Pin ups, qui contenait deux reprises dûment créditées des Who.
Au moment d'écrire les paroles de l'album qui allait devenir Play blessures, Bashung a fait appel à Henri Steimen, mais il n'a finalement utilisé aucun de ses textes et a décidé de se tourner vers Gainsbourg.

03 juin 2018

BEST FWENDS : Alphabetically arranged


Acquis chez Gilda à Paris le 24 janvier 2013
Réf : MOSHICD20P -- Édité par Moshi Moshi en Angleterre en 2007 -- For promo use only - not for resale
Support : CD 12 cm
34 titres

Je pense que, ce jour-là chez Gilda, j'ai sélectionné ce CD promo en pochette carton en partie parce que la pochette était sympa, et surtout parce qu'il était publié par Moshi Moshi, le label qui a fait connaître Architecture In Helsinki par chez nous.
J'avais retourné la pochette avant de l'acheter, et j'avais été surpris par le nombre de titres (34). Comme promis par le titre de l'album, les 29 titres principaux arrivent par ordre alphabétique, de Aaww-some à Zwzzt. Comme ça au moins ils étaient sûrs de couvrir tout l'alphabet ! Il y ensuite 5 remixes.
Avant même d'écouter le disque, on sent les gars qui ne se prennent pas la tête ni trop au sérieux (Sur Bandcamp, l'album es présenté ainsi : "Quelques bonnes chansons, quelques mauvaises chansons, quelques remixes.").
Anthony et Dustin, les Meilleurs Awis, de Fort Worth au Texas, sont crédités uniquement pour les voix. Pourtant ils font tout le reste : les claviers-jouets, les échantillons, les pédales d'effet, l'ordinateur et peut-être même d'autres instruments. Il est indiqué que l'album a été enregistré dans diverses chambres entre 2002 et 2006 (l'un des titres s'appelle justement Musique de chambre) et on imagine que le groupe est au départ un projet d'étudiants qui s'éclatent bien.
A l'écoute, évidemment, avec 34 titres de moins de deux minutes en moyenne qui se succèdent, ça part dans tous les sens, c'est foutraque et il y a à boire et à manger, avec des bouts de punk, de hip hop, des voix dans tous les sens, des instrumentaux,... Dans l'esprit, on n'est pas loin du Beck du début, du premier They Might Be Giants, et de plein de trucs tout fous et lo-fi qu'on aime bien.
Évidemment, pris de A à Z en une seule fois, ça peut être un peu indigeste, mais c'est avant tout fortement réjouissant, 100% hip-pop optimiste, et il y en a pour tous les goûts. A chaque écoute, on découvre des trucs différents et les préférences changent, mais pour l'heure mes titres favoris sont Days seem shorter, Dream off, Skate or live, Aaww-some, Greetings to you, Bedroom music et Get away from me.
Best Fwends a eu un peu de succès en Europe suite à la sortie de cet album. Par la suite, ils ont sorti fin 2009 un autre album, K R U S H E R, avec des chansons enregistrées elles de 2007 à 2009. Je ne suis pas sûr que le groupe soit encore actif, mais tout récemment ils annonçaient sur leur page Facebook envisager de sortir une compilation de raretés.

Le CD d'Alphabetically arranged se trouve facilement et pour pas cher. On peut aussi télécharger l'album à prix libre.










27 mai 2018

HAMILTON LEITHAUSER : I don't need anyone


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres le 21 janvier 2018
Réf : RBN047CDP -- Édité par Ribbon Music en Europe en 2014 -- For promotional use only / Not for sale - This promotional CD remains the property of Ribbbon Music and must be surrendered upon request
Support : CD 12 cm
Titre : I don't need anyone - Radio edit

Allez, encore un des CD promo trouvés lors de ma dernière visite à Notting Hill Gate, comme le Scumbag Philosopher, les King Creosote ou le Magnetic Fields.
Le nom d'Hamilton Leithauser ne me disait rien a priori, mais heureusement le petit texte sur l'étiquette collée au dos m'a permis de comprendre qu'il était l'un des membres des Walkmen, ce groupe qui a plus ou moins pris la suite de Jonathan Fire Eater et qui est lui-même en pause depuis plusieurs années.
Ribbon Music est une filiale américaine de Domino et les bonnes habitudes de la maison mère en matière de disques promo sont conservées pour cette sortie : on a droit à un CD avec une pochette cartonnée dont la photo est proche mais différente de celle de l'album Black hours dont le titre est extrait.
Ce qui rend ce disque particulièrement intéressant, outre qu'il s'agit d'une version "radio edit" sûrement un peu trafiquée par rapport à celle de l'album, c'est que, même si le label a mis cette chanson en avant avec ce CD ou en réalisant une vidéo, il n'y a eu aucun disque équivalent diffusé dans le commerce, ce qui fait de ce CD au minimum une curiosité, à défaut d'être une rareté recherchée.
Black hours est le premier disque d'Hamilton Leithauser sous son nom, mais c'est tout sauf un disque "solo". Pour I don't need anyone, il est accompagné à la guitare et à l'orgue par son collègue des Walkmen Paul Maroon, à la basse et aux percussions par Morgan Henderson des Fleet Foxes et à la batterie par Richard Swift des Shins. S'il n'a besoin de personne, l'ami Hamilton, il n'a quand même pas trop l'air d'aimer la solitude puisque, depuis Black hours, il a sorti deux albums studio co-signés l'un avec Paul Maroon et l'autre avec Rostam Batmanglij, ex-Vampire Weekend, également présent sur d'autres titres de Black hours.
S'il y avait un seul reproche à faire à I don't need anyone, c'est qu'il n'y a pas grand chose qui différencie cette chanson de celle des Walkmen. Mais pourquoi pas après tout ? Surtout que la comparaison serait à faire avec les meilleures chansons de son ancien groupe. Des parties de guitare en introduction aux quelques notes de basse qui soutiennent le tout et au chant, c'est une chanson qui me plaît beaucoup et qui donne envie d'aller écouter le reste de l'album.




Hamilton Leithauser, I don't need anyone, lors de son premier concert solo, le 15 avril 2014, au Joe's Pub, à New York.

21 mai 2018

AHAMADA SMIS : Origines


Acquis chez Gilda à Paris le 23 février 2017
Réf : [sans] -- Édité par Colombe en France en 2012 -- Mix non masterisé -- Extraits de l'album à paraître en mars 2013 - Interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Bachraf -- Masikini -- Guiri hiri

Ce jour-là, j'avais trouvé le CD de Papas Fritas que je recherchais chez Parallèles mais j'avais aussi acheté une vingtaine de CD chez Gilda.
Pourquoi j'avais sélectionné celui-ci particulièrement ? Pochette sympathique, titre en français, mention d'enregistrement aux Comores et à Zanzibar. Autant d'indices intéressants, et je n'ai pas regretté mon choix car les trois titres de l'album Origines d'Ahamada Smis, alors en cours de finalisation, sont tout bonnement enthousiasmants. J'avais apprécié ce disque dès sa première écoute et je l'avais mis de côté pour le chroniquer, mais il s'est un peu perdu dans la pile au fil des semaines. J'ai bien fait de le déterrer.
Vous saviez qu'à Marseille, un habitant sur dix viendrait des Comores ? Moi non plus. En tout cas c'est le sujet de Planète Marseille, enfants des Comores, un documentaire de Charlotte Penchenier de 2017.
Ahamada Smis est de Marseille, justement, et sa famille est originaire des Comores. Il vient plutôt du monde du slam et du hip hop teinté d'acoustique et de musiques du monde mais, pour son deuxième album Origines, comme le titre l'indique, il est allé enregistrer sur place "une fusion entre musiques traditionnelles des Comores et poésie urbaine (slam/rap), dans un esprit afro-ngoma (afrobeat comorien)". On peut bien sûr faire un parallèle avec la démarche à Haïti de Mélissa Laveaux pour son album Radyo Siwèl.
Il est aussi précisé sur le site de son label que "ce projet s’inspire de l’héritage musical arabo-bantu de l’océan Indien". Cela s'entend particulièrement sur le premier titre Bachraf (Il n'est pas entièrement en ligne, mais on en entend des extraits dans cette bande-annonce de l'album. Il y a aussi une version remixée par Mungo's Park), qui démarre comme de la musique orientale presque classique, avant que ne déboule un slam en français sur une aventure cauchemardesque dans l'ascenseur d'une tour d'habitation.
Excellent, mais les deux autres titres sont presque meilleurs. Masikini est entraînant et, avec les chœurs des Femmes de la Lune de Chiconi, on se croirait presque à Soweto avec les Mahotella Queens.
Guiri hiri a une très belle mélodie, accompagnée de percussions et de guitare acoustique. Pour le coup, avec le mélange de paroles en français et de musique africaine, ça rappelle à mon souvenir le Bwana Zoulou Gang de Ray Lema.
L'album est sorti sorti finalement en novembre 2013, pas en mars. Origines a ensuite été porté à la scène, en trio acoustique ou en sextet, et je regrette bien de ne pas avoir assisté à l'un de ces spectacles.
Ahamada Smis vient de sortir en mars un nouvel album, Afrosoul, et on risque d'en reparler ici car je viens de le commander.









20 mai 2018

SCUMBAG PHILOSOPHER : Scumbag philosopher


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres le 21 janvier 2018
Réf : [sans] -- Édité par Words On Music aux États-Unis en 2011
Support : CD 12 cm
Titre : Scumbag philosopher

Tout comme les King Creosote ou le Magnetic Fields, j'ai ramené ce disque dans mes filets, avec une cinquantaine d'autres, un dimanche matin de l'hiver dernier à Notting Hill Gate.
Ce groupe-là, je ne le connaissais pas du tout. Mais son nom, Philosophe Sac à merde, qui est aussi le titre de la chanson, est percutant pour avoir attiré mon attention. Tout comme la pochette, avec son Penseur de Rodin affublé d'attributs branchés, casquette, chaussures de sport, chien, joint et bouteille d'alcool.
Scumbag Philosopher est un groupe originaire de Norwich en Angleterre, signé sur un label américain. Ce sont surtout de petits rigolos. Précédemment, ils se faisaient appeler Fuck Dress, et ils présentaient ce nouveau projet comme "une sorte de farce situationniste".
Ils ont sorti un seul et unique album, It means nothing so it means nothing, avec une pochette proche de celle-ci, mais différente (Penseur sous un autre angle, avec d'autres attributs).
Censément, deux "singles" ont été extraits de l'album, celui-ci et God is dead so I listen to Radiohead mais en fait, comme c'est devenu une habitude au 21e siècle, il n'y a pas eu de disques commercialisés pour ces singles, ils ont juste été disponibles sous forme de vidéos et en version numérique. Les deux CD à pochette cartonnée, même si pour une fois ce n'est pas indiqué dessus, sont destinés à la promotion.
Pour ce qui de la chanson, bonne surprise, Scumbag philosopher est un bon titre, avec des échos de Wire à la fois dans la musique et dans la manière de chanter.

On trouve encore facilement It means nothing so it means nothing.

13 mai 2018

MÉLISSA LAVEAUX : Radyo Siwèl


Acquis par correspondance chez Nø Førmat en mai 2018
Réf : NØF. 40 - 19075806692 -- Édité par Nø Førmat en France en 2018
Support : CD 12 cm
12 titres

Dans le n° 295 de Mojo il y a un article d'une page sur Mélissa Laveaux. J'avais déjà vu passer son nom, mais je ne connaissais rien d'elle. En lisant cet article sur cette chanteuse, née au Canada de parents haïtiens qui ont fui la dictature des Duvalier, qui vit à Paris, qui allait après l'entretien donner un cours à des élèves sur le Punk et les sociétés marginalisées, qui s'est immergée pour son troisième album Radyo Siwèl dans les musiques traditionnelles haïtiennes et s'est intéressée à la période d'occupation d'Haïti par les États-Unis de 1915 à 1934, je me suis dit que j'avais un problème. C'est bien beau de s'intéresser à la musique des Antilles, de chroniquer des disques de chanteuses haïtiennes mortes depuis longtemps, comme Martha Jean-Claude, ou récemment, comme Émy de Pradines, mais ce serait quand même mieux de s'intéresser à ce que sont en train de créer des vivants tout près de chez moi. J'ai donc aussitôt commandé l'album et j'ai bien fait car j'ai été conquis dès la première écoute.
Et pourtant, j'ai été surpris. De ce que j'avais lu sur l'inspiration créole et haïtienne, sur le fait qu'il y a plusieurs chansons en commun avec mes disques de Martha Jean-Claude et Émy de Pradines, je m'attendais à quelque chose avec un son et un style assez proches de ces disques. Eh bien, ce n'est pas du tout le cas. Cet album chanté principalement en créole, enregistré en cinq jours en avril 2017 à Pantin avec deux ou trois prises par chanson, est bien celui de jeunes musiciens qui ont infusé des décennies de folk et de rock, et ça s'entend. De même qu'on n'est pas étonné d'apprendre que, outre les deux haïtiennes déjà citées, Mélissa Laveaux, qui est guitariste, dit avoir été inspirée par Sister Rosetta Tharpe.
Ce lien et en même temps cet éloignement avec les musiques traditionnelles est très bien expliqué sur le site du label Nø Førmat : "Les racines peuvent donc libérer, si l'on ne veut pas en rester prisonnier. Pour Mélissa, Haïti était comme cette voix sortie d'une radio dont le signal se brouille avant de revenir, ne livrant à l'auditeur que quelques mots épars... mais du même coup, la liberté d'inventer ceux qui manquent. Mélissa a réinventé le passé, pour mieux s'ouvrir un avenir de possibles. A partir des racines, elle a choisi les branches et les feuilles de l'arbre qu'elle continue de faire pousser. Son arbre donne des petites prunes, qu'en Haïti on appelle sirouelles, ou Siwèl en créole. Radyo Siwèl, voici le troisième album de Mélissa Laveaux."
Je suis encore en train de découvrir l'album, je ne vais pas en détailler les titres, d'autant qu'ils me plaisent  déjà tous, du premier Lè ma monte chwal mwen, avec de lointains échos de Walk on the wild side, à la comptine La sirèn la balèn, en passant par le très rock Nibo, Tolalito, Kouzen et Angeli-ko (trois titres en commun avec Martha Jean-Claude, je pense), Panama mwen tombe (dont il y a une version par Émy de Pradines). Les autres, Nan fon bwa, Simalo, Joli bwa, Twa fey et Legba na konsole sont tout aussi bien.
Un disque enthousiasmant donc,et mon prochain objectif, en sus de me procurer les deux premiers albums, sera de réussir à voir Mélissa Laveaux sur scène. Elle tourne actuellement Radyo Siwèl un peu partout dans le monde, et présentera également les 14 et 15 juin au Théâtre Le Tarmac à Paris Et parfois la fleur est un couteau, une fable afro-futuriste en forme de "concert dramatique".
Mais j'ai d'ores et déjà un regret : celui de ne pas avoir découvert cet album trois semaines plus tôt. En effet, Mélissa Laveaux a donné un concert le 21 avril à la salle Jeanne d'Arc de Verdun, là même où j'ai vu Gontard ! en février dernier, et je suis bien sûr que j'aurais fait le déplacement.

Radyo Siwèl est en vente chez Nø Førmat.


Première des vidéos de présentation de Radyo Siwèl. Bien regarder toute la liste.







11 mai 2018

THE MAGNETIC FIELDS : Andrew in drag


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres le 21 janvier 2018
Réf : RUG452CDP -- Édité par Domino en Angleterre en 2012 -- For promotional use only / Not for sale - This promotional cd remains the property of Domino Recording Co. Ltd & must be surrendered upon request.
Support : CD 12 cm
Titre : Andrew in drag

En 2012, après trois albums chez Nonesuch/Warner, The Magnetic Fields est retourné au bercail chez l'indépendant américain Merge, pour lequel le groupe enregistrait jusqu'à 69 love songs en 1999. En Europe, c'est l'autre gros indépendant Domino qui a sorti Love at the bottom of the sea. Ce trajet d'un groupe qui tente l'aventure chez des majors pour revenir sur son ancien label n'est pas si rare. Je pense par exemple à The Jesus and Mary Chain, revenu chez Creation pour Munki en 1998. Ce qui est plus surprenant par contre, c'est que l'album suivant, 50 song memoir (2017) est à nouveau sorti sur Nonesuch !
C'est Andrew in drag qui a été choisi comme single pour annoncer la sortie de l'album. Seul un 45 tours a été commercialisé aux États-Unis et en Europe. C'est bien, ça fait à la fois jeune et rétro, mais ce n'est pas très pratique au 21e siècle. Alors, comme c'est devenu une habitude, Domino a pressé ce CD avec sa petite pochette cartonnée à des fins de promotion. J'ai récupéré mon exemplaire lors de la razzia que j'ai faite au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate en janvier dernier mais, en-dehors des exemplaires refourgués par des journalistes et autres professionnels, ce CD n'a jamais été commercialisé dans les circuits traditionnels.
Si j'en juge par le nombre de vidéos disponibles en ligne, Stephin Merritt a dû faire une tournée de promotion mondiale au cours de laquelle il interprétait systématiquement Andrew in drag seul au ukulélé. Dans la version enregistrée pour le Guardian, il explique en préalable les conditions particulières de création de la chanson. Il s'est réveillé un matin visiblement après une cuite carabinée, sans se souvenir de ce qui s'était passé la veille au soir ni de comment il était rentré chez lui. En regardant son carnet de chansons, il y a découvert les paroles d'Andrew in drag, qu'il avait dû écrire tard dans la nuit. Heureusement, il se souvenait quand même de l'air qui allait avec :



Love at the bottom of the sea a souvent été présenté comme un retour de Magnetic Fields  au son de 69 love songs. Il est vrai en tout cas qu'Andrew in drag n'aurait pas déparé sur ce monument et aurait même pu figurer dans le haut du panier de mes titres préférés.
C'est bouclé en 2'15, le refrain est minimal (le titre chanté trois fois, conclu par un "Yeah !"), mais c'est efficace et la mélodie qui n'a l'air de rien se révèle entêtante.
Côté paroles, Stephin Merritt s'amuse bien avec les questions de genre et de sexualité, puisqu'il est question d'un gars et de son amour impossible : la femme dont il est tombé amoureux, c'est le personnage travesti interprété une seule et unique fois pour rigoler par son pote Andrew. "Dommage qu'elle n'existe pas, dommage qu'il ne soit pas pédé" semble être la morale de l'histoire, donnée en ouverture de la chanson.



08 mai 2018

SUPERORGANISM : Superorganism


Acquis chez Cultura à Cormontreuil le 3 mai 2018
Réf : WIGCD413X -- Édité par Domino en Europe en 2018
Support : CD 12 cm
10 titres

Depuis quelques temps, Philippe R. a pris la bonne habitude de regarder les concerts Tiny Desk de la radio américaine NPR (littéralement enregistrés dans le bureau de Bob Boilen, l'animateur de l'émission All songs considered) pour y découvrir des musiques par des artistes connus ou inconnus.
Récemment, il m'a envoyé le lien vers la prestation de Superorganism le 25 avril dernier, avec comme simple commentaire : "C'est ça qui est bien : être encore surpris, j'aime beaucoup".
Je suis allé voir de suite et, avant même d'écouter, j'étais déjà conquis, à la simple lecture du texte de présentation expliquant que Superorganism avait demandé avant de venir l'autorisation d'accrocher des baleines gonflables au plafond et puis, pour leur prestation, pas pour consommer, ils avaient demandé qu'on leur fournisse sept pommes bien croquantes et sept canettes en alu.
Le concert lui-même ne m'a pas déçu, je n'ai peut-être pas vu un collectif aussi plein de vie sur scène depuis Les Gamins En Folie en 1991. Dix minutes de pure joie :



Notons quand même que, sur le premier titre Prawn song, les sept membres du groupe chantent tous à un moment ou un autre. Évidemment, comme les chansons sur un crustacé par un groupe barjot ne sont pas légion, on pense aux B-52's. Et puis, tous ces petits bruitages, ça rappelle aussi un autre très bon moment, les débuts de CocoRosie. Sur Something for your M.I.N.D., les coups d'arrêt m'ont fait penser au Novocaine for the soul de Eels. Mais je vais arrêter le petit jeu des références car ce qui compte c'est de les voir s'amuser et de passer un bon moment à les écouter. Voici encore un groupe qui répond parfaitement à ma définition de la hip-pop optimiste.
On voit bien que le groupe est formé autour de trois musiciens (batterie, guitare, claviers), avec une chanteuse plutôt réservé et trois foufous chanteurs-danseurs-bruiteurs.
Le noyau musical du groupe est en fait composé de trois membres du groupe néo-zélandais The Eversons (un quatrième est présent en coulisses), formé en 2010 et qui a sorti plusieurs albums. Pour ce projet, ils se sont réunis à Londres avec des amis venus d'un peu partout dans le monde entier, et ont associé à distance la chanteuse Orono, une fan des Eversons qu'ils avaient rencontrée lors d'une tournée aux États-Unis.
A peine la vidéo de Tiny Desk regardée, j'ai vérifié qu'il y était en stock et je me suis arrêté au supermarché culturel qui était sur mon chemin pour me procurer ce Superorganism, le premier album du groupe, sorti en mars.
En-dehors des conditions particulières de la prestation que je venais de voir, il y avait un gros risque que je sois déçu par l'album. Mais il n'en est rien. Le bon esprit est bien là aussi sur cet enregistrement studio et, pour l'heure, mes titres préférés sont Nobody cares, Everybody wants to be famous et Something for your M.I.N.D..
La bonne nouvelle, c'est que Superorganism sera sur scène près de chez moi le 16 juin prochain, au festival La Magnifique Society de Reims. La mauvaise nouvelle c'est que je ne serai pas à ce concert. Ce n'est pas que je ne suis pas disponible mais, depuis plusieurs années je fuis ce genre de foire à bestiaux. A défaut de voir le groupe dans de bonnes conditions, je préfère rester sur ma bonne impression et à la maison, à écouter l'album et regarder des vidéos !










Superorganism en session pour KEXP pendant les Trans Musicales à la Halle de la Courrouze à Rennes, le 7 décembre 2017.

06 mai 2018

LA SEMENCE PASTORALE : La semence pastorale


Acquis par correspondance chez Mécanique Populaire en janvier 2018
Réf : NFR 001 -- Édité par Mécanique Populaire en France en 2002 -- n° 352/600
Support : CD 12 cm
Titres : Quand Jean Bête est mort, il a laissé bien des héritiers -- Vivons heureux, vivons cachés -- Le bois tordu fait le feu droit -- À pisser contre le vent, on mouille sa chemise -- Le monde est rond, qui ne sait nager va au fond

C'est Alig qui, au cours de nos discussions à propos de Easy listening (Not) m'a demandé si je connaissais Jef Benech' de Mécapop. La réponse était non, mais il ne m'a pas fallu longtemps pour aller farfouiller sur le site du label pour le découvrir. J'ai vu que Mécanique Populaire avait produit plusieurs disques de ou autour de la musique de deux groupes importants pour moi, Legendary Pink Döts et Ptôse Production. Family Fodder avec une version de Gorgon Zola's baby a notamment participé à la compilation de reprise intégrale de l'album Asylum de Legendary Pink Döts (Creatio ex materia #1).
Pour ma part, j'ai assez vite été attiré par le disque de La Semence Pastorale. Un nom de groupe et des titres en français, une présentation recherchée (une boite cartonnée en forme de cadre dans laquelle on peut choisir son image de pochette parmi les 5 illustrations/collages illustrant les 5 morceaux), et un concept présenté comme tordu mais d'autant plus alléchant : "Un nain toréador qui prêche la bonne parole en utilisant de vieux proverbes français" !
J'ai écouté le premier titre pour assurer ma décision, mais c'était superflu car j'étais déjà quasiment convaincu, et j'ai aussitôt commandé le CD.
La Semence Pastorale, c'est l'un des nombreux projets musicaux de Jef Benech' (bouche et un peu de guitare), ici principalement associé à Pascal Tremolo (guitare dans tous ses états), qui ont fait appel pour l'occasion à cinq musiciens solistes (cornet, hautbois, saxophone, flûte à bec, accordéon).
Ce fut l'une des trois premières productions du label et ce ne fut pas facile, comme Jef l'explique dans un entretien pour Oksküre Mag : "Suite à une opportunité familiale, pensant naïvement que je serais choyé, j’ai finalement opté pour l’imprimerie et une édition assez conséquente de 600 exemplaires pour ces 3 CDs sous la forme de coffrets assez luxueux. Mais ce choix s’est révélé être une épreuve particulièrement éprouvante car j’ai mis un an et demi à récupérer les pochettes et livrets. L’imprimeur avait (entre autre) tout simplement oublié d’imprimer l’encre noire sur les documents. Difficile à imaginer n’est-ce pas ? J’ai dû terminer le travail chez un autre imprimeur… Cela m’a mis totalement sur la paille financièrement et surtout j’étais complètement abattu et désenchanté au point de ne même pas être capable d’assurer la promotion des disques…".
Musicalement, le disque s'est avéré à la hauteur de mes attentes, dès les premières notes. Quand Jean Bête est mort, il a laissé bien des héritiers est  une sorte de reggae paysan boiteux, comme j'imagine Albert Marcœur pourrait en produire. Assez fou donc, mais pas autant que les vocaux, très étranges, et ça sur toute la longueur du disque. Ils m'ont fait penser tour à tour à Sieur & Dame et à l'ami L'Incohérent de L'Opération Kangourou, mais en fait ça ne ressemble à rien de connu et c'est complètement inintelligible.
L'explication de ces bizarreries nous est fournie par Miss Ming, l'auteur des paroles, qui enregistre aussi sous le nom de Candy Rainbow. Dans un entretien pour Panic Goldfish, elle revient sur sa participation à ce projet : "Ma première touche était d’écrire pour Jef Benech des textes dans plusieurs langues réécrits srevne (envers)". C'était donc ça ! Si le chant sonne aussi bizarre, c'est que les paroles sont du "srevne", un peu à l'image de la Zorglangue de Zorglub dans Spirou et Fantasio.
Les quatre titres suivants sont tout aussi entraînants et rafraîchissants que le premier. Les 17 minutes que dure le disque passent très vite et on en vient vite à regretter que cette semence n'ait pas produit d'autres récoltes.

La semence pastorale est toujours disponible à la vente chez Mécapop.

01 mai 2018

ROBERT PALMER : Johnny and Mary


Offert par Claire B. à Châlons-en-Champagne le 11 avril 2018
Réf : 6837 869 -- Édité par Island en France en 1985 -- Hors commerce - Exemplaire réservé aux lecteurs de Synchro
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Johnny and Mary -/- All around the world

Après celui de Grèce, voici un autre disque de mon Tonton Mimi, lié lui aussi à une opération promotionnelle de Renault.
Cela va surtout me donner l'occasion de revenir sur Johnny and Mary de Robert Palmer, une chanson que j'ai eu tendance à snober à sa sortie en 1980. Il faut dire que le peu que je connaissais de Robert Palmer au moment de la sortie de ce disque ne m'attirait pas vers lui, alors que j'étais en pleine phase New Wave : sa chanson Bad case of loving you n'était "qu'une" reprise de Moon Martin; sur ses pochettes de disque, il avait l'air creux d'un playboy,... Fan de rhythm and blues, il avait quand même commencé son parcours avec The Alan Bown Set avant de jouer dans Vinegar Joe.
Alors, j'ai beaucoup écouté Johnny and Mary en 1980 car la chanson passait partout (ça reste le plus grand succès en France de Robert Palmer), j'ai dansé dessus dans les soirées, mais je me suis bien gardé d'acheter le 45 tours (il a fallu attendre des années pour que je le prenne dans un vide-grenier).
J'étais vraiment bien bête, car c'est une bonne chanson, avec une mélodie qui reste en tête et une production qui, justement, est très électronique et très de son temps (je ne savais pas alors que, sur l'album Clues dont cette chanson est tirée, Palmer a repris I dream of wires de Gary Numan et collaboré avec lui pour l'écriture d'un autre titre). 
Heureusement qu'à l'époque je n'ai pas vu la vidéo tournée pour cette chanson, car là c'est sûr j'en aurais été dégoûté à vie :



Beau succès donc en 1980, mais ce n'était pas fini car, en 1985, Renault a commencé à utiliser cette chanson en bande sonore pour des publicités dont le slogan était "Des voitures à vivre" :



Ces publicités ont été matraquées et elles ont beaucoup marqué. D'autant que ça a duré des années, d'abord avec la version originale puis avec des versions reprises par d'autres artistes. Je vous ai même trouvé un Top 10 des publicités Renault avec la musique de Robert Palmer !
Entre temps, Robert Palmer avait connu un premier grand succès en France grâce à la pub, en 1982, quand sa chanson de 1978 Every kinda people avait été utilisée pour la pub Heineken, "La bière qui fait aimer la bière".
Sans surprise, Island a ressorti Johnny and Mary en 1985, avec une nouvelle pochette reléguant le nom de l'artiste en bas à gauche pour laisser la place à un gros encart annonçant le "Thème original publicitaire".
On pourrait croire que le disque de mon oncle qui, rappelons-le, tenait un garage Renault, est un exemplaire de cette réédition commercialisée suite à la pub Renault. Presque, mais pas tout à fait. En effet, il s'agit d'un tirage spécial (le disque est identique mais la pochette a été imprimée spécialement), "réservé aux lecteurs de Synchro". Synchro ? Eh bien, vous serez heureux d'apprendre que c'est le magazine du réseau Renault, lancé en avril 1985 et qui existe toujours ! Le 45 tours a été inclus avec l'un des tous premiers numéros du magazine.
L'un des intérêts de cette réédition pourrait être sa face B. Au lieu d'un "vieux" titre de l'album Secrets de 1979 (In walks love again), on trouve ici un titre hors album, enregistré pour la bande originale du film de science-fiction Explorers. Il s'agit de All around the world, une reprise d'une chanson de Little Richard parue à l'origine en 1956 en face B de The girl can't help it. C'est un gros budget, au milieu des années 1980, avec Bernard Edwards de Chic à la production. Rien d'infamant, mais c'est quand même sans grand intérêt :



En préparant cette chronique, j'ai découvert sur le site français dédié à Robert Palmer qu'il existait une version en français intitulée tout simplement Johnny et Marie, sortie dès 1980 par Marie Léonor, avec des paroles adaptées par Boris Bergman.
De fil en aiguille, je suis tombé sur cet extrait du Collaroshow de 1981, où Robert Palmer et Marie Léonor chantent ensemble, lui en anglais, elle en français, en posant leur voix en direct sur une bande musicale :



Que l'interprète original et celui de la reprise se retrouvent ensemble à la télé, c'est assez rare, mais tout est possible. Devo est bien passé au Collaroshow en 1980 ! Mais quand je suis tombé sur un extrait d'une autre émission, où cette fois
Robert Palmer chante en partie en français, j'ai été vraiment intrigué. L'explication est simple puisque, selon l'information donnée par plusieurs sites, Robert et Marie Léonor étaient alors en couple. Un "bad case of loving you" d'anthologie puisque, selon Wikipedia et surtout La vie secrète des chansons françaises de Bertrand Dicale et André Manoukian, cette histoire d'amour aurait inspiré à Marie Léonor les paroles de la chanson Ouragan, devenu le tube que l'on connaît une fois interprété par Stéphanie ! Désormais, à chaque fois que vous entendrez "Comme un ouragan qui passait sur moi, l'amour a tout emporté", vous pourrez avoir une pensée pour Robert Palmer, qui est mort à Paris en 2003, à 54 ans.



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