22 avril 2018

ZEA : I am searching for an MP3


Acquis par correspondance chez Zea en avril 2018
Réf : [sans] -- Édité par Zea aux Pays-Bas en 2006
Support : disquette 9 cm
Titre : I am searching for an MP3

Il y a près de deux ans, en mai 2016, le disque dur de mon ordinateur m'a lâché et j'ai dû le réinstaller complètement. Du coup, les fichiers n'étaient pas classés comme d'habitude quand j'ai rouvert mon lecteur de musique et j'ai vu réapparaître en tête de liste des morceaux précédemment perdus parmi des milliers d'autres, dont I am searching for an MP3 de Zea, dont le titre m'a évidemment frappé, puisque justement j'étais en train de fouiller dans mes MP3, et dont je ne me souvenais plus, si ce n'est que je savais que cette chanson m'avait suffisamment plu à une époque pour que je la mette sur l'une de mes compilations.
Je l'ai réécoutée et elle m'a à nouveau beaucoup plu. C'est très lo-fi et, pour rester au Benelux, pas très éloigné dans l'esprit de John Wayne Shot Me. Ça commence avec un riff de guitare joué sur guère plus d'une corde, puis le chant est noyé par une batterie très bruyante et une guitare saturée. A la moitié des 98 secondes que dure la chanson, un orgue entre dans la danse.
Avec tout ça, j'ai bien du mal à déchiffrer les paroles. J'ai l'impression qu'il est question de trouver un MP3 d'un groupe (facile !), de le graver sur un CD-R et de l'écouter avec ses potes dans la voiture avant d'aller voir ce groupe en concert, mais je ne garantis rien. Il est peut-être plutôt question d'avoir acheté un 45 tours au concert d'un groupe et d'avoir à trouver un MP3 pour le graver et l'écouter en voiture avec les copains !
J'ai fait une recherche en ligne pour essayer de comprendre au moins comment j'avais pu récupérer ce MP3 de Zea, et là la réponse est venue très vite puisque c'est l'ami Jean-Pierre Moya de Rockomondo qui, sur son blog, a souvent parlé de Zea, notamment le 11 avril 2006 quand il a annoncé la nouvelle parution du groupe, une disquette en vente pour 2 € lors de leurs concerts, et a proposé deux titres en téléchargement. C'est là que j'ai dû récupérer le MP3.
En fouillant un peu plus dans les résultats de recherche, je suis tombé sur un article très intéressant de 2015 dans l'excellente revue The Quietus.
Arnold de Boer y était interrogé en tant que fondateur et seul membre à l'époque de Zea (ils étaient deux en 2006 et ont été jusque cinq) et en tant que chanteur du groupe historique hollandais The Ex, qu'il a rejoint en 2009 au départ de G. W. Sok.
Il présentait et commentait dans l'article des objets qui lui sont chers, dont un dictaphone, une boite à musique jouet (qu'il a utilisée pour l'une de ses chansons), un mini-mégaphone Kinder, et la fameuse disquette de I am searching for an MP3.
Évidemment, aujourd'hui une disquette c'est aussi rétro et dépassé qu'une cassette, un vinyl ou une cartouche 8 pistes. Mais en 2006, quand Zea a diffusé sa cassette, il n'y avait visiblement pas de nostalgie. Le but était d'utiliser un support informatique pour une chanson qui parlait de musique sur support informatique, pas de valoriser un objet obsolète. Simplement, 2006 c'est pile l'année où les clés USB et d'autres supports amovibles ont définitivement pris le pas sur la disquette.
Dans l'article de The Quietus, Arnold mentionnait qu'il lui restait quelques exemplaires de la disquette. Je savais que je ne pourrai pas plus lire cette disquette que les fichiers Hypercard de Pere Ubu, mais j'ai quand même contacté le groupe pour savoir s'il était encore possible d'en commander une. Arnold m'a répondu qu'il en avait vendu plusieurs après la parution de l'article mais qu'il allait faire des recherches et que, sûrement, il en trouverait une dans quelques jours. Quelques jours sont devenus presque deux ans, mais Arnold a de la mémoire et range bien ses méls car, il y a deux semaines, à la veille de partir pour une tournée française avec The Ex, il m'a écrit pour me dire qu'il avait retrouvé une disquette !
Ça n'a l'air de rien, mais il y a de la réflexion dans tout ça, au-delà de l'énergie joyeuse de cette chanson de 1'38.
On n'y fait pas attention, mais il y bel et bien une illustration sur l'étiquette de la disquette. Voilà ce qu'en dit Arnold dans The Quietus :
"Sur la pochette on voit une petite image d'Edison qui teste son premier enregistrement audio. Les enregistrements ne viennent pas de nulle part, tout ça est passé par une série d'étapes et le média est toujours constamment en train de changer. Ces temps-ci, les enfants qui voient une disquette pensent que c'est une impression 3D de l'icône de sauvegarde. C'est beau, un robot ne pourrait et ne pourra jamais aboutir à une telle conclusion; mais nous avons besoin de ces collisions historiques pour avoir de nouvelles idées et être créatifs. Une disquette, c'est un disque souple qui n'est ni souple ni un disque. Tant que l'humanité continue de penser et d'agir suivant des logiques de ce style, nous ne serons pas encore perdus."
Pour prolonger la question des supports et de leur confrontation, sachez que I am searching for an MP3 a été réédité sur une compilation intitulée The 7" cassette, disponible en numérique ou sur cassette. Et, après avoir fait l'acquisition d'une disquette, je ne me permettrai pas aujourd'hui de vous déconseiller la cassette !



20 avril 2018

JACQUES HIGELIN - BRIGITTE FONTAINE : Les encerclés - Bande originale du film de Christian Gion


Offert par Maman par correspondance en avril 2018
Réf : EP 1190 -- Édité par Disc'AZ en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Cet enfant que je t'avais fait -/- Les encerclés -- Le roi de la naphtaline

Maman n'avait pas d'idée de cadeau pour mon anniversaire, et moi non plus. Alors je lui ai dit de me donner un billet pour que je m'achète un disque avec, pour changer.
Ça a pris quelques semaines, puis Higelin est mort, j'ai ressorti ma chronique de Remember, l'une des toutes premières de ce blog, il y a plus de douze ans. Après, j'ai fini par aller fouiner sur Discogs. L'an dernier, j'avais essayé de trouver un 45 tours de C'est normal, d'Areski et Fontaine. Je n'avais trouvé qu'une réédition de 1983, assez moche mais plutôt rare, en face B de Cet enfant que je t'avais fait. Cette fois-ci, j'ai fini par tomber sur ce disque qui a tout juste un demi-siècle, dont je ne soupçonnais pas du tout l'existence, avec trois titres extraits de la bande originale du film Les encerclés. Un disque sur lequel a été publié pour la première fois Cet enfant que je t'avais fait.
Ce n'était pas le but recherché, mais au bout du compte ça me plaît bien de dire que Maman m'a offert Cet enfant que je t'avais fait !
C'est une grande et belle chanson, un duo Jacques Higelin - Brigitte Fontaine, qui est surtout connue car elle figure sur l'album Brigitte Fontaine est... ? Folle, sorti un peu plus tard en 1968. Je n'ai pas le disque, mais j'ai bien l'impression qu'il n'y a aucune référence au film sur la pochette, mais il s'agit bien du même enregistrement.
Ce film était le premier réalisé par Christian Gion, qui a poursuivi son parcours plutôt dans la gaudriole, avec des vedettes comme Michel Galabru, Aldo Maccione, Bernard Blier ou Henri Guybet, et des titres comme C'est dur pour tout le monde, Le pion ou Le bourreau des cœurs. Pour Les encerclés, Christian Gion a réuni le trio Rufus-Higelin-Fontaine, qui venait de se faire remarquer au théâtre avec Maman j'ai peur, créé en 1964 à La Vieille Grille. Selon ce qui est mentionné dans le livre Saravah : C'est où l'horizon ? (1967-1977), le film a été tourné en 1967. Sa sortie était prévue initialement en juin 1968, juste après mai... Finalement, Les encerclés n'a été diffusé qu'en 1969 mais il semble bien que le disque est lui sorti comme prévu en 1968.
Je me demandais comment Cet enfant que je t'avais fait était présenté dans le film. Sauf que c'est une œuvre peu diffusée et aucun extrait n'est disponible en ligne. Mais Valérie Lehoux, la biographe d'Higelin, a pu le visionner grâce à un DVD qu'il lui avait offert, et elle explique dans le livre Je vis pas ma vie, je la rêve de Jacques Higelin et Valérie Lehoux (2015) qu'on y entend la chanson pendant une scène d'amour au bord de l'eau entre les personnages joués par Jacques Higelin et Brigitte Fontaine.
Cette chanson a une très belle mélodie, due à Jacques Higelin. Comme l'explique Benoît Mouchart dans Brigitte Fontaine : Intérieur / Extérieur, l'enregistrement s'est fait avec peu de moyens, et c'est aussi bien ainsi. Il y avait Higelin à la guitare, le producteur Jean-Claude Vannier à la flûte, et Bernard Lubat et Annie Vassiliu, de passage dans le studio, aux chœurs. Le tout a une ambiance très Chabada à la Francis Lai/Pierre Barouh ou à la Michel Legrand, et on entend ici en germe un son qui marquera les années 1970.
Mais, dans Cet enfant que je t'avais fait, ce qui a le plus marqué justement, ce sont les paroles de Brigitte Fontaine. Marquantes au point que, selon Benoît Mouchard, Higelin a beaucoup hésité avant d'accepter de les mettre en musique et de les chanter.
C'est un duo où les chanteurs s'expriment l'un après l'autre, mais ça ne constitue pas un dialogue. On a l'impression que les deux s'expriment en parallèle, sans s'entendre ("Que disiez-vous ?"), avec une certaine opposition (Il la tutoie, elle le voussoie. Il lui demande de se souvenir, elle ne semble même pas le (re)connaître). Ce n'est pas le thème unique de la chanson, mais en tout cas j'ai toujours eu le sentiment que l'homme faisait référence à un avortement.
Mais avant de dire plus de bêtises, je préfère laisser la parole à l'auteur elle-même, qui s'exprime ainsi à propos de cette chanson, toujours dans le livre de Benoît Mouchart :
"... ceux qui parlent d'incommunicabilité à propos de "Cet enfant que je t'avais fait" manquent d'humour : c'est typiquement le genre de chanson que j'avais écrite pour rigoler. C'était une blague ciselée avec soin, certes, mais une blague tout de même. Parfois, le public ne perçoit pas la plaisanterie et beaucoup de gens prennent au tragique des chansons qui étaient des gags dans mon esprit. Il est vrai que je déconne souvent avec un air sérieux, sans même m'en rendre compte car ça fait partie du jeu...".
Tragique, je ne sais pas, mais en tout cas comique n'est effectivement pas le terme que les auditeurs semblent associer d'emblée à cette chanson !
Outre la pochette plutôt réussie, qui reprend l'affiche du film, l'intérêt de mon 45 tours est qu'on y trouve en face B deux titres qui, je crois, n'ont jamais été réédités par ailleurs et ne sont pas disponibles en ligne (et, sachant  cela, ne comptez pas sur moi pour prendre la responsabilité de les y diffuser...). S'agissant d'une musique de film, je pensais/craignais que ces deux titres seraient des instrumentaux, mais non, ce sont deux chansons complètes (paroles de Brigitte Fontaine, musique et chant de Jacques Higelin) et parfaitement formées, où le piano tient un rôle important, dans un style musical finalement très proche du Higelin solo des années 1970.
Sans surprise, les paroles de Les encerclés, développent le thème principal du film, celui du refus pour des jeunes de suivre une ligne toute tracée pour leur vie, surtout si cette ligne les enferme :

"Encerclés, emmurés, enterrés
Nous sommes encerclés, encerclés
On nous a encerclés
J'espère que tu n'as pas perdu la clé
πR2
Pierre de, pierre de quoi
Pierre qui roule n'amasse pas mousse, pas mousse
La mousse de l'argent
La mousse de la crainte
La mousse du sommeil
La mousse de la mort
La mousse, la mousse
πR2
Nous roulerons hors de ce cercle
Comme la pierre, la pierre qui roule
Sans mousse, sans mousse."

Quand Le roi de la naphtaline démarre, j'ai presque l'impression que je vais entendre Je veux cette fille ! Il y est sûrement question d'un personnage qui veut "réussir" sa vie dans les affaires. On n'est pas si loin de que ça de Dutronc :

"Quand j's'rai le roi de la naphtaline
Quand j's'rai le prince du goudron
Quand j's'rai l'empereur de la farine
Quand j's'rai la terreur du nylon
Je cracherai sur les copains
Je jetterai tout mes mégots
Je mangerai des très grands pain
Je n'irai plus dans le métro
J'aurai un bel orchestre à corde
Dans ma baignoire en opaline
Je me promènerai dans ma Ford
Je me nourrirai de pralines"

Eh eh. Au bout du compte, voilà un très beau cadeau d'anniversaire, et un grand souvenir de Jacques Higelin et Brigitte Fontaine.
Cet enfant que je t'avais fait a eu suffisamment de succès pour que le duo passe plusieurs fois à la télé en 1969 et 1970, notamment dans Discorama, pour une version différente de celle du disque :


Jacques Higelin et Brigitte Fontaine, Cet enfant que je t'avais fait, dans l'émission Si l'amour m'était conté, le 2 juin 1969.


Jacques Higelin et Brigitte Fontaine, Cet enfant que je t'avais fait, en direct dans l'émission Discorama, le 30 mars 1970.


Jacques Higelin et Brigitte Fontaine, Cet enfant que je t'avais fait (extrait), en 1970, avec un commentaire de Brigitte Fontaine sur la chanson.

14 avril 2018

WEEZER : Undone - The sweater song


Acquis probablement à la Petite Boutique Primitive à Reims en 1994
Réf : GES 19305 -- Édité par Geffen en France en 1994 --Hors commerce/interdit à la vente. Série limitée, numérotée de 1 à 1200. Disponible en France uniquement. -- n° 917/1200
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Undone - The sweater song -/- My name is Jonas

Malgré l'internationalisation et la concentration en grands groupes de l'industrie du disque, il se trouvait encore au milieu des années 1990 des souplesses permettant les initiatives locales. Ainsi, le premier album du groupe américain Weezer, sorti chez Geffen, filiale de MCA, était distribué à sa sortie par BMG et les CD étaient fabriqués en Allemagne pour toute l'Europe. Pourtant, il s'est trouvé quelqu'un au sein de la branche française du label pour prendre sur lui (et sur son budget) pour faire presser à des fins promotionnelles 1200 exemplaires d'un 45 tours sur vinyl bleu à destination du seul réseau français. On avait dû en recevoir plusieurs à Radio Primitive et c'est comme ça que j'ai pu mettre la main sur l'un d'eux.
La principale particularité de ce disque est que que la pochette reprend celle de l'album, mais sur un fond jaune au lieu de bleu.
Ce n'est qu'un détail, mais ça prend un peu de relief dans la discographie de Weezer, étant donné que ces petits rigolos se sont amusés à sortir régulièrement des albums sans titre (en 1994, donc, mais aussi en 2001, 2008 et 2016), que l'on repère à la couleur de fond de leur pochette.
J'ai quelques disques d'eux, mais Weezer est un groupe que je ne connais quand même pas très bien. Par contre, j'ai été très agréablement surpris il y a quelques temps quand j'ai acheté l'album Alone de Rivers Cuomo, qui compile 18 de ses enregistrements maison.
Undone - The sweater song est le premier des trois singles qui ont été extraits de l'album. C'est une chanson qui fonctionne bien et que j'apprécie, mais je suis toujours un peu gêné à son écoute car on a vraiment l'impression qu'elle n'arrive pas à se démarquer suffisamment des enregistrements des groupes qui l'ont visiblement influencée, principalement les Pixies et les compagnons de label de Weezer chez Geffen, Nirvana. Et c'est la même chose pour l'autre extrait de l'album qu'on trouve en face B, My name is Jonas (même si, tous les titres de l'album ne me font pas cet effet).
Étant rare et spécifique à la France, ce 45 tours semble assez recherché. Il s'est vendu en moyenne plus de 40 € chez Discogs. Pourtant, sa pochette est sa seule vraie spécificité. Car, pour le vinyl bleu, je conseillerais plutôt l'EP commercialisé en Angleterre. Certes, sa pochette est fadasse, mais il contient quatre titres, dont deux qui ne sont pas sur l'album.
Weezer est toujours en activité. L'album Pacific daydream est sorti l'an dernier et, cet été, le groupe va tourner en Amérique du Nord, en partageant la tête affiche avec... les Pixies !




Weezer, My name is Jonas, en public et en plein air en 1994 à Bordertown dans le New Jersey.


Weezer, Undone - The sweater song, en direct en 1994 dans l'émission britannique The Word.


Weezer, Undone - The sweater song, en direct et en acoustique en juillet 1997 dans les Y100 Sonic Sessions, avec en invité le poète Timothy "Speed" Levitch.

10 avril 2018

JOSEPH ARTHUR : Live chaos & beauty


Probablement offert par Radio Primitive à Reims en 1997
Réf : SA 3903 -- Édité par Real World en France en 1996 -- Promo use only
Support : CD 12 cm
Titres : Big city secrets -- Good about me -- Crying like a man

Ce disque a été diffusé pour annoncer une tournée française de Joseph Arthur au tout début de l'année 1997, quelques semaines après la sortie de son premier album Big city secrets.
Je ne suis plus certain de la façon dont j'ai récupéré ce CD, mais la tournée était en partenariat avec les radios qui participaient au classement Rock 30 du Bulletin des Rotations, parmi lesquelles figurait Radio Primitive. Le CD était peut-être glissé dans un numéro du Bulletin ou, plus probablement, on en avait reçu un lot à la radio. En tout cas, une chose est sûre, c'est que j'ai bien mérité d'en recevoir un exemplaire étant donné que, pendant des années, je me suis tapé la saisie, la compilation et la mise en page de toutes les playlists de la Primitive en vue d'établir le Rock 30 ou le XXX de France de la Férarock.
Ce disque est un très bel objet, et très intéressant car il contient de bons enregistrements jamais diffusés par ailleurs, sauf erreur de ma part.
D'abord, la photo de pochette est très réussie. Il n'y a pas de crédit, mais je ne serais pas surpris que ce soit le même photographe, Michele Turriani, voire la même session que pour la pochette de Big city secrets. Sauf que cette photo me plaît mille fois mieux et me semble plus forte que celle, plutôt fade, choisie pour l'album.
Ce disque a été enregistré en public à La Laiterie à Strasbourg le 17 novembre 1996 au cours de ce qui devait être, j'imagine, la première tournée française de Joseph Arthur.
C'était encore nouveau à l'époque et le résultat est très intéressant : le gars est seul sur scène mais construit toute une orchestration pour l'accompagner à l'aide d'échantillons sonores mis en boucle à l'aide de pédales.
Les trois chansons présentées ici figurent toutes sur Big city secrets, et je crois bien que je préfère ces versions un peu épurées à celles plus propres et plus produites de l'album. La chanson Big city secrets et Good about me (où l'on entend l'expression "Chaos and beauty") sont très bien, mais ma préférée du lot a toujours été la dernière, Cry like a man.
La deuxième tournée de début 1997 est passée par L'Usine à Reims le 29 janvier, mais je n'étais pas en ville ce soir-là et j'ai attendu le 16 novembre 2002 pour voir Joseph Arthur sur scène, à Liège, avec l'ami Chris R. Le concert du New Morning à paris le 5 février a été enregistré lui aussi, et un autre CD promo, avec deux titres en commun avec celui-ci plus Mercedes, en partenariat cette fois avec les radios IASTAR, a été inclus en bonus en France avec certains exemplaires de Big city secrets.

Joseph Arthur reste très actif ces temps-ci. Il avait initialement annoncé un nouvel album solo pour cette année 2018 mais, suite à un séjour très productif dans la maison de Peter Buck, les deux compères ont formé Arthur Buck, dont le premier album ne devrait pas tarder.

On peut actuellement télécharger ce disque chez When You Cry Your Eyes Are Hollow, un site dédié aux archives de Joseph Arthur. 


Joseph Arthur, Crying like a man, en public pour KEXP au Triple Door à Seattle, le 15 janvier 2010.

09 avril 2018

INTERNATIONAL POP HITS 1968


Acquis chez Radio Primitive à Reims le 10 février 2018
Réf : PR 19 -- Édité par CBS en France en 1968
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

L'autre jour, je regardais l'un des films inspirés du Tueur du Zodiaque. Celui réalisé par Alexander Bulkley en 2006. C'est loin d'être le meilleur du lot, mais à un moment j'ai dressé l'oreille car on entendait en fond sonore un excellent titre rock que je ne connaissais pas, digne du meilleur des Rolling Stones de la fin des années 1960.
A peine le film fini, j'ai cherché et trouvé rapidement les références de ce titre. Il s'agissait de Time has come today par The Chambers Brothers. Je me suis fait la réflexion que je ne connaissais pas ce groupe, que j'aurais tendance à confondre avec The Statler Brothers, qui ont souvent accompagné Johnny Cash et qui enregistraient également chez CBS.
J'ai commencé à me balader sur Discogs et j'en étais même à regarder les prix de l'édition française du 45 tours, au cas où je voudrais l'acheter pour le chroniquer ici, quand un lien vers le nom du groupe signalé comme "déjà visité" par mon navigateur m'a fait retrouver la mémoire et a confirmé une fois de plus que j'ai le cerveau qui flanche, comme celui de l'oncle de La java des bombes atomiques.
En effet, il y a moins de deux mois, j'ai acheté cette compilation International pop hits 1968 lors de la razzia que j'ai faite à la Radio Primitive. Je l'ai écoutée quelques jours plus tard et j'ai trouvé excellente cette chanson des Chambers Brothers qui occupait une bonne moitié de la face B (en me faisant la réflexion que je ne connaissais pas ce groupe, que j'aurais tendance à confondre avec les Statler Brothers), ainsi que celle d'Aretha Franklin. J'ai hésité, puis j'ai décidé de ne pas chroniquer une compilation sixties de plus (à la pochette très colorée due au photographe Michel Laguens) et j'ai rangé le disque dans une étagère. Erreur, car Time has come today, ici dans sa version album de près de 11 minutes (les faces A de 45 tours durent de 2 à 5 minutes suivant les éditions), est vraiment une réussite. Les deux premières minutes forment un tout digne d'un classique du rock. Après, évidemment, pour dépasser les dix minutes il y a diverses phases, dont certaines bien délirantes, mais le tout se tient très bien et je suis étonné de ne pas avoir vu souvent citer ce titre (ou alors je n'ai pas prêté attention) parmi les classiques du rock psychédélique.
Time has come today a été un succès à l'époque de sa sortie mais, cinquante après, il est surprenant qu'on ne cite pas plus souvent The Chambers Brothers dans la même phrase qu'un groupe comme Love. C'est peut-être parce que le parcours du groupe, qui court de 1952 à 1966, est assez disparate et ne comporte pas que cette phase assez psychédélique.
Notons que les Ramones ont repris ce titre en 1983 sur l'album Subterranean jungle.
L'autre pépite du disque, c'est Soulville par Aretha Franklin, un excellent tube rhythm and blues que je ne connaissais pas du tout. J'ai été tout étonné de découvrir qu'il s'agissait en fait d'une reprise de Dinah Washington (!), dont la version originale de 1963, tout à la fin de sa vie, était aussi déjà très enlevée.
La reprise par Aretha Franklin est sortie à l'origine en 1964 sur l'album Unforgettable : A tribute to Dinah Washington. Soulville est sorti en single aux États-Unis uniquement en face B de deux 45 tours différents en 1964 et 1968. En France, ce fut une face A en 1965 sur un EP, et en 1968 sur un 45 tours. Pour cette dernière édition, il est clair que l'objectif était de capitaliser sur le succès qu'Aretha avait sur son nouveau label Atlantic.
Le reste de la compilation est d'une bonne tenue et généralement très agréable.
Sur la face A, on trouve surtout des enregistrements américains, dans un registre pop psyché typique de l'époque. On se rend compte à cette occasion que la pratique de reprendre des titres très récents était encore très en vogue vers la fin des années 1960.
Pour Hush par Billy Joe Royal, c'est la version originale de la composition de Joe South qu'on a ici. Mais Deep Purple a eu autant voire plus de succès avec sa reprise et, par chez nous, Johnny Hallyday a fait Mal en l'incluant sur un de ses albums.
On reste Royal avec James et son Call my name, son plus grand tube. Apparemment, cette chanson fait partie de la bande-son de mai 68. 
My world fell down de Sagittarius donne lieu à un intéressant jeu de miroirs. A l'origine, cette chanson a été composée par The Ivy League, des anglais très fans des Beach Boys. Surprise !, de l'autre côté de l'Atlantique, elle a été reprise par Gary Usher, co-auteur de chansons avec Brian Wilson, qui a fait appel pour sa version à Glen Campbell et Bruce Johnston, membres de la version scénique des Garçons de Plage. Sans surprise, cette version est encore plus Pet sounds que l'originale.
On passe un peu au folk avec Mornin' dew de Tim Rose. Là, la version originale était chantée par Fred Neil, mais la chanson a aussi souvent été reprise par Grateful Dead.
Les deux titres que j'aime le moins sur l'album, sont Two little kids, par le duo très variété Peaches & Herb et The ballad of Bonnie and Clyde, le tube de Georgie Fame aux accents rétro.
Je croyais ne pas connaître Suddenly you love me des Tremeloes mais, comme tous les français, j'ai reconnu aux premières notes Siffler sur la colline de Joe Dassin. Mais les deux sont des reprises, d'un chanson italienne, Uno tranquilo.
Le disque se termine avec Les Platters. C'est un cran en-dessous de la chanson d'Aretha Franklin, mais dans le même esprit : Sweet sweet lovin' est un titre un peu tardif pour ce groupe, mais il est suffisamment rythmé pour être catalogué Northern soul. Une bonne surprise.
Au bout du compte, ce disque donne une bonne idée des enregistrements non-francophones qu'on écoutait par chez nous il y a pile cinquante ans. Et surtout, il met en valeur The Chambers Brothers, dont l'album The time has come est un classique un peu méconnu, il me semble.


The Chambers Brothers, Time has come today, en 1968 dans le Ed Sullivan show.


The Chambers Brothers, Time has come today, en direct pendant près d'un quart d'heure à la télévision allemande en 1969 (son et image un peu décalés). Je trouve qu'il y a des côtés Velvet Underground dans le dernier tiers.

07 avril 2018

PIERRE SPIERS : Musique d'actualité


Acquis sur un vide-grenier de la Marne vers 2010
Réf : [sans] -- Édité par Synergie en France en 1960 -- Ce disque 45 tours vous est offert par THOMSON pour l'achat de votre rasoir "double-service" / Vente interdite
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La Khrouchtcheva ou la samba des Cosaques -- Douce -/- Le Cha Cha Shah de Perse -- Les citrons de Tel-Aviv

Disque et publicité ont vraiment fait bon ménage pendant toutes les années 1960, et Pierre Spiers a visiblement été un acteur très important de cette proximité en tant que directeur artistique et musical de la société Multi-Techniques.
A ce titre, il a produit pléthore de disques (on en trouve un large échantillon ici), dont un bon nombre sont éparpillés dans mes étagères. C'est l'occasion de revisiter les marques commerciales de l'époque : les bonbons Becco, les biscuits l'Alsacienne, les disques souples Banania ou Paic, les Grosjeanrama de la Vache Grosjean, qui n'était plus sérieuse à la suite d'un procès,...
Premier Prix du Conservatoire de Paris, harpiste, pianiste, organiste et chef d'orchestre, Pierre Spiers était notamment connu pour être le directeur musical de l'émission Télé Dimanche, créée  par Raymond Marcillac.
Ce disque-ci était offert aux acheteurs d'un rasoir électrique Thomson dans le cadre d'une opération "Coup double" : un rasoir plus un disque pour un appareil qui rase et qui fait également tondeuse :



Il est question de musique d'actualité, mais l'actualité de quelle année ? Eh bien, les articles de presse en fond d'illustration au recto et les commentaires au verso nous permettent de déterminer très rapidement qu'il s'agit de l'année 1960, celle de la visite en France en mars de Nikita Khrouchtchev, Président du conseil des ministres de l'U.R.S.S., celle du mariage en mai de la Princesse Margaret et de Tony Armstrong-Jones alias Lord Snowdon et celle encadrée par le mariage en décembre 1959 du Shah d'Iran et de Farah Diba et la naissance en octobre 1960 de leur premier enfant Reza. Je n'ai pas trouvé d'événement particulier associé à Tel-Aviv à cette période mais, malheureusement, c'est quasiment en continu qu'Israël et la Palestine ont fait les gros titres ces soixante-dix dernières années.
La publicité ci-dessus est titrée du numéro de Paris Match du 19 mars 1960, avec justement Khrouchtchev en couverture et un article sur Tony Armstrong-Jones au sommaire. L'ensemble des couvertures de Match de cette année 1960 montre bien que les quelques événements sélectionnés pour ce disque sont bien représentatifs de ce qui a occupé le devant de l'actualité cette année-là.
Côté musique, rien de mémorable. L'ensemble est instrumental et le slow Douce est le moins intéressant du lot. La Khrouchtcheva sur un rythme de samba et Les citrons de Tel-Aviv en fox rapide sont agréables. Mon titre préféré est Le Cha Cha Shah de Perse, mais il aurait gagné à avoir un caractère oriental plus marqué.

01 avril 2018

G. W. McLENNAN : Haven't I been a fool


Acquis à la Petite Boutique Primitive à Reims vers la fin des années 1990
Réf : SA 9003 -- Édité par Beggars Banquet en France en 1991 -- Échantillon promotionnel interdit à la vente
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Haven't I been a fool -/- Easy come easy go

Il y a quelques années, je me suis procuré pour pas cher du tout Intermission, la très belle double compilation qui sélectionne sur un CD pour chacun les meilleurs enregistrements en solo de la période 1990-1997 des deux auteurs-compositeurs des Go-Betweens, Robert Forster et Grant McLennan. Le choix de ses treize titres sur ce disque est l'une des dernières décisions professionnelles prises par McLennan avant sa mort le 6 mai 2006.
Sur cette compilation, les deux titres qui m'ont le plus accroché sont de McLennan, ils sont enchaînés au début de son CD et on les retrouve tous les deux sur ce 45 tours promo qui avait échoué dans la cave de Radio Primitive. Un bel objet que j'ai ressorti récemment, qui possède quelques caractéristiques intéressantes.
Watershed, le premier album solo de Grant McLennan, crédité pour l'occasion G. W. McLennan, est sorti en 1991, trois ans après 16 Lovers Lane, mais à peine plus d'un an après la séparation officielle des Go-Betweens. En cette même année 1991, il a aussi sorti le premier album de Jack Frost, le groupe qu'il avait formé avec Steve Kilbey de The Church.
En Angleterre, trois singles ont successivement été extraits de Watershed, When word gets around, Easy come easy go et Haven't been I a fool. Ça faisait beaucoup à absorber pour le marché français alors, chez Beggars Banquet/Virgin, on a choisi de sortir seulement Haven't I been a fool en single, avec Easy come easy go en face B, un peu comme ça s'était passé des années plus tôt pour Making plans for Nigel et Life begins at the hop d'XTC. Sauf que, assez bizarrement, en Angleterre aussi la précédente face A Easy come easy go avait été mise en première face B du single suivant.
Sauf que ce serait encore trop simple si on en restait là. Il se se trouve que la pochette anglaise d'Haven't I been a fool est assez moche, la photo d'un bout de corps couleur carotte, avec les paroles de la chanson flanquées par-dessus. Alors, qu'est-ce qu'on a fait en France ? Eh bien, on a tout simplement pris le recto et le verso de la pochette anglaise d'Easy come easy go et on a changé le titre ! Voilà la pochette originale, plutôt réussie, elle :



On arrive presque au bout des particularités de cette édition française, sauf que, chez les disquaires par chez nous, seul un maxi CD single a été diffusé. Le 45 tours récupéré à la Primitive a été réservé aux professionnels...
En tout cas, ce qui compte c'est qu'on a là un excellent disque avec deux très bonnes chansons, qui sont du niveau du meilleur des Go-Betweens. J'ai une petite préférence pour Haven't I been a fool, avec sa mélodie à l'orgue et ses lignes de guitare bien marquées (on n'est pas si loin de Love's going out of fashion), mais Easy come easy go n'est qu'un tout petit cran en-dessous. Malgré tout, je ne pense pas qu'il se soit vendu beaucoup d'exemplaires de Watershed en France au moment de sa sortie.




Grant McLennan, Easy come easy go, en direct en 1991 dans l'émission Tonight Live with Steve Vizard.

31 mars 2018

SENIOR MODEL : Piano bar


Acquis par correspondance chez Bandcamp le 27 février 2018
Réf : [Sans] -- Édité par Senior Model via Bandcamp en 2018
Support : 9 x MP3
9 titres

Vous vous souvenez peut-être que Senior Model est une identité utilisée depuis quelques temps par Alig de Family Fodder pour publier de la musique sur Bandcamp.
C'est sous ce nom qu'on avait découvert l'an dernier les démos de ce qui est devenu il y a peu l'album Easily listening (not) de Family Fodder. Et, ces dernières semaines, c'est un vrai feu d'artifice car, outre la sortie du CD de Family Fodder, on a vu apparaître plusieurs parutions de Senior Model sur Bandcamp.
Tout n'est pas dans mes goûts là-dedans, quand on touche au piano solo (Piano meditations), à la guitare acoustique également en solo (Fret noise), ou à de la musique de style "New Wage" (bien vu !) avec Book of changes 1-16 et 17-32.
Mais il y a une autre série d'instrumentaux qui m'a bien plu, et c'est presque surprenant car on est dans un domaine jazzy.
En effet, Piano bar, c'est Alig qui interprète à sa façon des standards de la bossa nova, du jazz ou de la pop.
Ça peut surprendre, venant de quelqu'un qui a débuté en pleine période New Wave, mais ça ne devrait pas, car on a surtout la preuve ici qu'Alig a de la suite dans les idées.
On trouve ici Gnossos, une version de Gnossienne n° 1 d'Erik Satie, une composition que Family Fodder avait adaptée en 1982 pour en faire le 45 tours The big dig. Quant à The windmills of your mind, la composition de Michel Legrand pour la bande originale du film L'affaire Thomas Crown, c'est en 1983 que Family Fodder l'avait reprise sur le double album All styles, un disque qui m'avait beaucoup déçu au moment de sa sortie.
Alig m'a présenté ces enregistrements comme étant le produit de son "live one man jazz piano trio". A l'écoute, j'ai bien entendu du piano, de la basse, et diverses percussions, dont diverses sonneries et bruitages qui rendent le tout très ludique. Mais je voyais mal comment tout ça pouvait être joué "live", c'est à dire en direct en une seule fois.
J'ai eu un peu de mal à comprendre l'explication, mais elle montre qu'on peu être inventif en exploitant une technique qu'on a à sa disposition. Dans ce cas précis, il s'agit du MIDI et de la façon dont Alig utilise son clavier : quand il joue, les notes sont envoyées vers trois échantillons sonores différents : la basse, le piano et les  percussions. Le clavier est divisé en deux : à main gauche, les notes produisent de la basse et à droite, c'est du piano. Pour les percussions, les différents instruments sont distribués sur certaines notes et apparaissent un peu au hasard, au fil du jeu, ce qui ajoute beaucoup de charme à la prestation. Alig joue sur un "mode duophonique-contrapuntique avec une forte main gauche" et, bingo !, il se transforme effectivement en trio de jazz à lui tout seul !
Je crois que le projet original était d'enregistrer de la bossa nova. On en a deux exemples ici avec She looks straight ahead (The girl from Ipanema) et Corcovado, une autre composition d'Antonio Carlos Jobim, plus Sincerity, qui est une version de Guantanemera, et Concerto d'Aranjuez.En-dehors du monde latino, on trouve dans le répertoire de ce Piano bar, Love her, une version de And I love her des Beatles, qui est devenu au fil du temps un standard en version instrumentale, et deux prises de Take five, dont la version Girls, où des voix samplées remplacent la basse, ce qui donne un effet très Michel Legrand.
Avec un tel répertoire en version instrumentale, la touche "easy listening" est cette fois difficile à nier mais, avec des mélodies ancrées dans nos têtes et des percussions surprenantes, c'est surtout un album que j'ai grand plaisir à écouter.




24 mars 2018

LOMOSTATIC : Lomostatic


Acquis à la Salle Jeanne d'Arc à Verdun le 17 février 2018
Réf : [sans] -- Édité par Petrol Chips en France en 2017
Support : CD 12 cm
15 titres

Un hasard de calendrier fait que les deux frères qui étaient membres des Frères Nubuck viennent chacun à quelques jours d'intervalle de sortir leur troisième album, Anti slogan de Chevalrex et Tout naît/Tout s'achève dans un disque de Gontard.
J'ai eu la chance de voir les Nubuck trois fois en concert, mais jusqu'à cette année je n'avais pas vu les frangins sur scène dans leurs nouvelles aventures. Pour Chevalrex, qui annonce pas mal de concerts cette année, j'espère en avoir bientôt l'occasion. Pour Gontard, c'est chose faite depuis le 17 février, quand j'ai profité d'une de ses rares sorties au nord de la Loire pour aller à Verdun le voir, en duo avec son compère Hunch, réchauffer et gagner à sa cause un public clairsemé, et même me faire applaudir et me dédier Singapour pour avoir fait fait exprès le trajet depuis Reims.
Après le concert, Gontard m'a fait quelques cadeaux, et un prix d'ami quand j'ai raflé sur la table de vente tous les disques que je n'avais pas, dont cet album, le deuxième de Lomostatic.
J'avais vu des annonces passer pour la sortie de ce disque il y a quelques mois, et je savais que Gontard y participait, mais je n'avais pas pris la peine de m'y intéresser.
Lomostatic est l'un des projets de Ray Borneo, qui par ailleurs joue sur le dernier album de Gontard, qu'il a enregistré et mixé.  C'est un gars très actif, qui a son propre studio, son label, et de nombreux projets musicaux, dont le groupe Tara King th.
Pour Lomostatic, Ray s'est chargé de toute la musique et des arrangements (sauf la batterie, assurée par J. Varengo), et il a fait appel pour l'occasion à cinq vocalistes, Gontard, donc, mais aussi Olivier Depardon (ancien membre de Virago), Jull, Bleu Russe et Ginger Man.
Ça donne un album réjouissant, dans un style électro-rap-slam. Un des points forts du disque, sensible dès le premier titre Résilience, c'est que plusieurs chanteurs sont présents sur la plupart des chansons, chacun avec son élocution et son rythme particulier, ce qui donne des titres dynamiques et variés. Sur la vidéo d'un de mes titres préférés, Nyctalope ("Tout rater c'est comme le vélo, ça s'oublie pas") on a même l'impression qu'ils enregistrent tous ensemble en direct sur les bandes de Ray Borneo, mais je ne pense pas que le disque a été réalisé de cette façon.
Avec 15 titres en 35 minutes, il n'y a pas de place pour un seul temps mort dans cet album. Outre ceux déjà cités, j'aime particulièrement Roman-photo 3 point zéro, dans la grande tradition des titres inspirés par les petites annonces personnelles, comme Top ten sexes ou Person to person; C'était qui ?, dont le refrain m'évoque le Katerine de Robots après tout; La politique c'est Potemkine, avec Henri Guibet et Nicolas S. en vedette; et Rêveries.
Comme détaillé chez Culturopoing, Ray Borneo a sorti trois albums en même temps que celui-ci, de Tara King th et Bee Tricks, ainsi que 8, un projet avec Brisa Roché. Ses acolytes ne sont pas enr este, puisque sortent ou vont sortir Art autoroutier de Nuage fou (avec Jull), Avec du noir avec du blanc d'Olivier Depardon et Missives d’amour de Bleu Russe.
La semaine dernière, Gontard!, Lomastatic et Bleu Russe étaient à l'affiche d'un concert à Fontaine, en Isère. Alléchant, mais vraiment loin cette fois-ci et je n'ai malheureusement pas fait le déplacement.
On retrouvera tout ce beau monde le 27 avril à la Cité de la Musique de Romans-sur-Isère, qui donne carte blanche à Gontard!. Rodolphe Burger sera aussi de la partie. Notez-le dans vos agendas et, si vous êtes à moins de 500 km, allez-y !

L'album est disponible en CD ou en téléchargement chez Bandcamp.








18 mars 2018

FAMILY FODDER : Easy listening (not)


Acquis par correspondance via Jungle Records en mars 2018
Réf : FNUR 010 -- Édité par Furniture en Europe en 2018
Support : CD 12 cm
12 titres

Logiquement, je ne chronique pas ici plusieurs fois le même disque. Mais toute règle a des exceptions et cette parution en mérite largement une, d'autant qu'il ne s'agit pas de la même version du disque.
Début 2017, j'ai chroniqué Demonstration par Senior Model, une collection d'excellentes démos par Alig Fodder sous l'un de ses pseudonymes, dont il était évident qu'elles constituaient les esquisses d'un nouvel album de son groupe, Family Fodder.
Je suis de près la discographie de Family Fodder depuis la parution de leur première compilation Greatest hits en 1982.
Aujourd'hui, le groupe reste réputé avant tout pour la série de classiques de la New Wave qu'il a créés dans sa première phase, de Playing golf à Savoir faire, de Debbie Harry à Film music, avec notamment le mini-album Sunday girls et l'album Monkey banana kitchen, des disques qui ont été réédités ces dernières années.
J'apprécie toujours autant ces chansons qui ont maintenant plus de trente-cinq ans mais, si je regarde les choses objectivement, je peux affirmer sans ciller que les albums les plus forts du groupe sont ses plus récents, Classical music (2010) et Variety (2013). Et, pendant toute l'année dernière, les chansons de Demonstration m'ont accompagné et m'ont plu au point que je les ai égrenées sur quasiment toutes mes compilations de 2017.
Je ne joue pas au jeu des classements de fin d'année des meilleurs disques parus, mais comme tout le monde je baigne dedans car il s'en diffuse partout. A leur lecture, je me suis dit que, s'il y avait un seul disque de nouvelle musique que j'aurais inclus sans hésiter dans un tel classement, c'était sans hésitation Demonstration.
Mais ces chansons n'étaient jusque là disponibles qu'en téléchargement numérique, sous la forme d'un "work in progress", qui a vu Alig ajouter/enlever des chansons tout au long de l'année, les remixer, les triturer et ajouter des interventions de Mae Karthauser au chant et au clavier.
Le projet étant désormais visiblement mûr à point, j'ai demandé à Alig s'il comptait le publier prochainement sous la forme d'un véritable nouvel album. C'était son souhait mais, comme je le soulignais encore récemment à propos de la compilation Vivonzeureux! et du label indépendant Pitshark Records, publier des disques c'est un travail difficile et souvent ingrat, particulièrement de nos jours. Mais j'étais convaincu que ces chansons méritaient ce qu'on nomme de nos jours une "sortie physique", pour intégrer pleinement la riche discographie d'Alig. Nous en avons beaucoup discuté ensemble et je l'ai épaulé pour qu'il puisse finalement publier, sur son propre label Furniture Records, ce nouvel album, désormais attribué à Family Fodder et titré Easy listening (not). Le disque est un CD en édition limitée à 200 exemplaires, avec une pochette cartonnée ouvrante. On peut toujours le télécharger en numérique, en faisant son prix.
L'an dernier, la version de Demonstration que j'ai chroniquée comportait six chansons. On les retrouve toutes dans Easy listening (not), sachant que Cosy est devenue Like a yellow submarine, plus quatre nouvelles chansons et deux remixes, pour aboutir aux douze titres de l'album.
Parmi ces quatre nouveaux titres, il y a She's so hot, le plus électrique du lot, qui occupe ici une place équivalente à celle de (She was a) Hotel detective sur le premier album de They Might Be Giants. Les trois autres sont parmi les plus fortes de l'album, My imaginary girlfriend, Easy listening et Fresh water, avec sa guitare à l'africaine. Mais vous comprendrez qu'il m'est difficile de citer des chansons préférées ici sans les mentionner presque toutes puisque, parmi les autres, j'apprécie toujours autant, voire plus, Sweet lesbian, Like a yellow submarine, Skala Bar 2013 et Data hoarders, "l'hymne techno-pop qui interroge notre société de l'information" pour m'auto-citer !
Vous pouvez écouter et/ou télécharger l'album intégralement en ligne. Pour commander un CD, le plus simple est de cliquer sur le bouton ci-dessous.


Family Fodder - Easy listening (not) CD
10 € port compris - 10 € including postage





17 mars 2018

LES GUITARES DE L'EMPIRE : Champagne & guitares (2)


Offert par Philippe R. à Nantes le 13 août 2015
Réf : SCM 1007 -- Édité par Consul en France dans les années 1960 -- Offert par le Champagne Mercier
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Deux chevaux dans le soleil -/- Le temps est loin

Philippe m'avait demandé si ce disque m'intéressait car il est lié au Champagne Mercier, dont les caves sont près de chez moi. J'avais répondu oui, d'autant que, Philippe ne le savait pas mais ces caves Mercier sont aussi un bon souvenir d'enfance. En effet, quand de la famille ou des amis venaient de loin, la visite de caves de Champagne était souvent un but de promenade et, avec mes frères et sœur, on réclamait que cette visite se fasse chez Mercier, parce que c'était le seul endroit où elle se faisait en petit train électrique ! Et puis, il y avait aussi cet énorme tonneau, le foudre Mercier, avec l'histoire et la maquette qui relataient le transport du tonneau jusque Paris, tiré par douze paire de bœufs du Morvan, pour aller rivaliser avec la tour Eiffel à l'Exposition Universelle de 1889.
Ce disque est le deuxième d'une série d'au moins trois "offerts par le Champagne Mercier". Ils ont dû servir de cadeaux publicitaires pendant assez longtemps, car ils datent clairement des années 1960, mais mon exemplaire a servi de lot lors d'une course cycliste le 8 mai 1977, si on en croit l'inscription au dos.
Je ne saisis pas immédiatement le rapport entre Champagne et Guitares, mais bon, les deux instrumentaux proposés ici sont agréables à écouter en ambiance.
Je saisis encore moins le rapport entre la Corse et le Champagne : il s'avère que les deux membres des Guitares de l'Empire, Xavier Olivieri et Tony Doll, son originaires de cette île.
Sans trop de surprise, j'ai trouvé la trace d'un autre disque, antérieur à celui-ci, un EP sur lequel on retrouve les eux titres de mon 45 tours :



J'ai beau m'abîmer les yeux à essayer de comparer les deux photos, je n'arrive pas à reconnaître les membres des Guitares de l'Empire sur la photo prise chez Mercier, même si j'ai un doute pour le musicien de droite, au polo à manche longue très bien assorti à l'uniforme de l'hôtesse, qui me rappelle celui de l'école Tunon, qui avait, et a toujours, une antenne à Reims.
J'avais remarqué parmi les co-auteurs de ces deux titres, le nom d'Hubert Ithier, que je rencontre très souvent, et aussi, plus intrigant, celui de Jo Privat junior. Ce guitariste est bien le fils du célèbre accordéoniste.
Pour moi, il paraissait évident que ces deux titres, Deux chevaux dans le soleil et Le temps est loin, n'étaient disponibles que dans cette version. J'ai donc été surpris de découvrir qu'on trouvait ces deux chansons associées sur deux autres 45 tours, un EP sous son nom de Jo Privat Jr, et un autre de Marie-José, Leïla, sur lequel Deux chevaux dans le soleil et Le temps est loin sont chantées (ce qui explique probablement le crédit à Hubert Ithier).
Quand on visitait les caves Mercier en famille, l'entrée était gratuite. En 2018, ce n'est plus le cas (18 € pour un adulte, avec dégustation de Champagne). Je connais le pouvoir de la publicité, mais ne vous précipitez pas trop vite à Épernay après avoir lu cette chronique : les caves sont fermées à la visite jusqu'au 15 juin pour des travaux de rénovation...



10 mars 2018

PERE UBU : Waiting for Mary (What are we doing here ?)


Offert par Charlie Dontsurf à Paris le 1er août 2015
Réf : UBUDJ 212 -- Édité par Fontana en Angleterre en 1989 -- Promo copy only - Not for sale
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Waiting for Mary (What are we doing here ?) -/- Wine dark sparks -- Flat

Après Elitism for the people (1975-1978), Architecture of language (1979-1982) et Drive, he said (1994-2002), Fire Records va publier prochainement un quatrième et dernier coffret rétrospectif de Pere Ubu, Les haricots sont pas salés, qui couvre la période 1987-1991. Le tout en vinyl uniquement.
J'en étais encore à m'énerver la semaine dernière sur la folie de l'industrie contemporaine du vinyl. Je ne vais pas recommencer aujourd'hui, mais je vois mal l'intérêt de sortir un coffret de 33 tours qui contient trois des albums de la période Fontana (le dernier, Story of my life, est passé à la trappe) et un Lost album qui n'a de perdu que le nom puisque le coffret ne contient aucun inédit, cet album bonus ne comprenant que quatre démos d'un projet d'album abandonné (toutes sorties à l'époque de face B de single), plus d'autres faces B et deux titres qui figuraient sur le CD original de Cloudland, mais avaient été écartés du 33 tours par manque de place.
Il n'empêche, en-dehors d'une poignée de titres essentiels de la première période du groupe, la série d'albums qui va de The tenement year à Ray gun suitcase est ma préférée du groupe, et toute occasion de s'y replonger est bonne.
DU coup, j'ai ressorti ce maxi promo de 1989. En 2015, Charlie Dontsurf (qui anime entre Ubu Dance Party, le site francophone consacré à la musique de Pere Ubu, dont le slogan a longtemps été "Les haricots sont pas salés", qui est le titre d'une chanson cajun, cité dans la chanson Worlds in collision de Pere Ubu), m'avait acheté un exemplaire de ma Discographie personnelle de la New Wave. Comme le livre était lourd et le port cher, on a profité d'un de mes passages à Paris pour s'y retrouver. Et en plus de m'acheter le livre, Charlie m'a fait cadeau de deux disques, dont celui-ci qu'il avait en double. Et quelques minutes plus tard, je tombais sur le beau disque Punk ouvrier chez Parallèles.
Ce maxi est le même que celui qui a été commercialisé, sauf que l'étiquette du rond central est différente et qu'il n'a pas de pochette, ce qui n'est pas grave pour moi car j'ai cette pochette, pas la plus réussie de celles de Pere Ubu, depuis que j'ai acheté le petit 45 tours à sa sortie.
Waiting for Mary est le premier des trois singles qui ont été tirés de l'album Cloudland. C'est dire que le label croyait en son potentiel. Une vidéo, assez réussie, a même été réalisée. Et il y eu de la promotion télé des deux côtés de l'Atlantique, avec même, dans l'émission Night music de David Sanborn, une performance de la chanson en présence de Philip Glass et Loudon Wainwright, avec la participation de Debbie Harry au chant et de David Sanborn au saxophone (!).
En tout cas, énergique et accrocheuse, avec des chœurs sur le refrain entraînant, Waiting for Mary c'est Pere Ubu à son plus accessible, à un moment où ils étaient prêts à faire un minimum de concessions pour obtenir plus de succès. Ça n'a pas suffi, mais ce qui compte pour le fan c'est que, au passage, le groupe n'a perdu ni ses qualités ni son originalité, ce qui est rarement le cas dans ce genre de situation.
En face B, Flat est un autre extrait de Cloudland. Moins pop et avec des couplets parlés, on est dans un style beaucoup plus classique pour Pere Ubu.
Mais, en-dehors de son excellente face A, la perle de ce disque c'est Wine dark sparks, une face B précédemment inédite.
Ce titre a été enregistré après les sessions pour l'album, alors que le clavier Eric Drew Feldman venait de rejoindre le groupe. Comme on s'en rend compte en prononçant le titre à voix haute, c'est un hommage à peine déguisé à Van Dyke Sparks, à qui David Thomas songeait pour produire l'album suivant, sans oser le lui proposer, apparemment.
Malheureusement, je ne vous ai trouvé en ligne que les trente premières secondes de la chanson, mais ça suffira à illustrer mon propos :



En effet, Wine dark sparks est une excellente chanson, qui aurait mérité de figurer sur un album, portée par une petite mélodie jouée au xylophone (ou avec un clavier qui a un son de xylophone). J'ai mis longtemps à mettre le doigt dessus, mais pour moi cette mélodie, c'est le début de celle d'Under my thumb des Rolling Stones. D'où la familiarité, et la frustration car notre cerveau attend la suite de l'air, et même la voix de Jagger. Cette "citation" ne peut être qu'intentionnelle, d'autant que les paroles illustrent littéralement ce qu'on entend : "Baby! Here comes that tune. Oh here comes that tune." ("Chérie ! Voilà cet air"), voire même, vu qu'on a que la moitié du quart de la chanson originale : "Yeah! I oughta know nothing's worth the half of half of what it used to".

L'édition de Cloudland que je vous aurais vivement recommandée, c'est celle de 2007, qui contient des bonus, dont Wine dark sparks, mais elle n'est plus disponible en CD (seulement en fichiers numériques). Mais le single original se trouve facilement d'occasion pour pas cher.




Pere Ubu, Waiting for Mary, en direct en 1989 dans l'émission Night music, présentée par David Sanborn, en présence de Philip Glass et Loudon Wainwright, avec David Sanborn au saxophone et Debbie Harry aux chœurs !
Dans la même émission, Pere Ubu a aussi interprété Breath, et surtout What happened to me, avec David Sanborn et Loudon Wainwright.


Pere Ubu, Breath et Waiting for Mary, en public à la Brixton Academy, le 14 mars 1989.

03 mars 2018

EVIl & CROW : King & Queen of Lo-Fi


Acquis par correspondance chez Pitshark Records en février 2018
Réf : RIK063 -- Édité par Pitshark en France en 2017 -- n° 287/300
Support : CD 12 cm
10 titres

Cela fait des années que je suis abonné à Abus Dangereux, magazine indépendant qui continue à paraître régulièrement. Et plus ça va, plus sa lecture m'intéresse car les thématiques musicales couvertes sont de plus en plus éclectiques. A 20 € l'abonnement pour 5 magazines et 5 compilations CD passionnantes, c'est un cadeau sympathique à faire ou se faire !
J'ai entamé la lecture du dernier numéro paru, la face 145, avec une belle photo de Robyn Hitchcock en couverture (même si, malheureusement, le petit chat est mort...) et je suis vite tombé sur un entretien de Jean-François Abgrall avec Gilles Moreau, qui anime un label dont je n'avais jamais entendu parler, Pitshark Records.
Admirable, d'autant que, à mon sens, tenter de faire vivre un label c'est, après organiser des concerts, l'une des activités les plus ingrates dans la musique, surtout de nos jours. En plus, c'est fait dans un bon esprit : "Certains dépensent leur fric pour jouer au golf, moi je le claque pour sortir des disques. (...) Au final, le seul truc important pour moi, c'est que je sois fier de mes sorties. Que j'ai envie de les acheter."
J'étais déjà intéressé, puis je suis tombé sur cette question à propos des CD :
"- Tu alternes avec des LP et des CD...
- La seule règle, c'est que ça me plaise. Le vinyle est vraiment cher à fabriquer. Le CD est plus abordable, et vu les ventes ridicules (je ne devrais pas le dire !), c'est plus simple de sortir deux ou trois CD à la place d'un LP.
Je viens d'innover avec un format CD dans une pochette taille 7" single et du coup ça redonne un nouvel intérêt au format CD. Personnellement, j'ai toujours acheté les deux formats. Soyons honnêtes, les vinyles fabriqués à partir d'un master CD sont légions."
Alors là, j'ai cru m'entendre parler ! Ça fait des mois que je rumine dans mon coin, effaré devant la folie qu'est devenue l'industrie du vinyl dans notre 21e siècle déjà bien entamé. Je suis désormais bien convaincu qu'il n'y a aucun sens à éditer des disques dans ce format de nos jours (et n'essayez même pas de prononcer le mot cassette !) et que, à l'âge du numérique, le CD reste un compromis tout à fait équilibré, puisqu'il permet de disposer d'un support (qu'aucun Apple ou Amazon ne viendra jamais supprimer de notre collection après achat, comme ça s'est vu), qu'on peut librement copier sur tout support numérique à son choix, du disque dur au téléphone.
Dans mes réflexions, j'en suis venu à me dire que le seul attrait du vinyl par rapport au CD, c'est la pochette. Les boîtiers en plastique classiques sont horribles, les "long box" développés aux États-Unis pour rendre les disques visibles dans les rayons des disquaires n'étaient pas géniaux non plus et n'ont pas fait long feu; les pochettes cartonnées c'est bien, mais ça reste petit.
C'est à ce stade que m'est venue il y a quelques mois l'idée d'une solution hybride intéressante, celle d'un CD associé, non pas à un pochette de 33 tours car il serait un peu perdu et ça ferait un gâchis de carton, mais à une pochette de la taille de celle d'un 45 tours, idéalement une pochette cartonnée ouvrante comme celle des double 45 tours, un format que j'aime beaucoup et dont j'ai chroniqué ici un bon nombre d'exemples.
Je me suis dit que d'autres avaient déjà dû avoir cette idée mais, en recherchant dans mes souvenirs, je n'en ai pas trouvé d'exemple significatif, en-dehors de quelques sorties isolées, surtout des promos.
Je ne le savais pas, mais Gilles Moreau a en fait mis en œuvre cette idée depuis quelques semaines, avec trois sorties Pitshark, par Evil & Crow, Ich Bin Ein Esel et Badass Mother Fuzzers.
Il fallait que je vois ça. Aussitôt, j'ai commandé deux de ces disques (5 € port compris le disque : on voit bien que le but n'est pas de faire du bénéfice...). Trente-six heures plus tard, les disques étaient chez moi, et je n'ai pas été déçu.
L'objet est à peine différent de ce que j'avais imaginé (un carton léger imprimé recto-verso, glissé dans un sachet plastique, fendu au milieu par le devant pour permettre l'accès au CD, logé sur un bitoniau en mousse).
Bien vu ! Quand je pense que depuis 35 ans il n'y a pas eu un designer chez les majors pour penser à ce moyen de vendre les CD...



Des deux disques que j'ai achetés, Why ? de Ich Bin Ein Esel est celui qui est le plus dans mes goûts musicalement, mais il s'agit de la réédition d'un CD-R sorti encore plus confidentiellement en 2009, alors on va plutôt parler d'une nouveauté d'un groupe en activité, King & Queen of Lo-Fi, le premier album du duo canadien Evil & Crow.
Nick Evil joue de la guitare, de la batterie et du theremin. Marianne Crow joue de la guitare et chante. Leur recette est simple : du rock and roll avec des guitares crades, une voix éraillée et des tatouages, pour dix titres bouclés en une demi-heure.
Dans ce style, l'album dans son ensemble est excellent. Bizarrement, les deux titres pour lesquels une vidéo a été tournée (Sinner et Satan take me home) ne sont pas parmi mes favoris. Je leur préfère (Please) Tie me up !, et surtout l'enchaînement de Death surf on Channel 4 (court instrumental ponctué de quelques "Wow !") avec Voodoo doll blues (qui m'évoque certains titres des débuts de The Jesus and Mary Chain) et Baby's gone.
Mon seul regret avec cet album, c'est que mon titre préféré n'est pas listé sur la pochette et est caché tout à la fin du CD, après une bonne minute de silence. Je vais l'appeler Je suis née comme ça *, et vous aurez compris qu'il est chanté en français. Ça nous indique que Marianne est francophone en plus d'être anglophone, mais ce n'est pas seulement pour ses paroles en française que je l'apprécie (même si ça aide). Du coup, sur ce seul titre, Evil & Crow m'évoque fortement un autre groupe québécois, Canailles, dans ses chansons les plus électriques.  En tout cas, c'est sûrement ce titre qu'un label plus commercial aurait mis en avant en France.
Belle découverte donc que Pitshark Records, et tous mes encouragements à ce label d'amateur de musique passionné.

* Eh bien non, en mettant le CD dans mon ordinateur pour en copier ce titre, puisque c'est une des choses qu'on peut faire facilement avec un CD, j'ai appris que cette chanson s'appelle en fait Vie de voyou.







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