18 février 2012

BUZZCOCKS : Spiral scratch


Acquis chez Music Box ou chez New Rose à Paris fin 1979 ou début 1980
Réf : ORG-1 -- Edité par New Hormones en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Breakdown -- Time's up -/- Boredom -- Friends of mine

Je suis assez souvent pris de vertige quand je scrute les pages de pub de concerts vers la fin des numéros de Mojo ou Uncut. Quasiment que des gens très connus, des années 60 aux années 80 et même 90. Quand on y regarde de plus près, au-delà des noms et des logos familiers, on s'aperçoit qu'il y a de tout là-dedans : des vieux chevaux de retour, des anciens qui n'ont jamais arrêté, des groupes reformés, des groupes dont il ne reste aucun membre original (Dr. Feelgood ?!), des groupes-hommages qui singent les originaux, des gens qui font la promo d'un nouvel album, d'autres qui rejouent un classique... Il y a même quelques contemporains qui se glissent dans le lot, mais certains (Jonathan Wilson, Fleet Foxes) sonnent comme des vieux.
Deux annonces m'ont particulièrement interpellé récemment. La première est pour la tournée 5x5 de Simple Minds, qui passe par Paris ce mois-ci : le groupe jouera pour l'occasion cinq titres de chacun de ses cinq premiers albums, sortis entre 1979 et 1982. C'est la seule période de Simple Minds qui m'intéresse (jusqu'en 81), mais l'ironie de la chose c'est bien que la grande majorité du public qui viendra assister à ces concerts ne connait sûrement pas grand chose de ces premiers disques du groupe. Pour l'occasion, un coffret X5 sort, 6 CD (Sons and fascination et Sisters feelings call sont sur deux CD différents) avec des faces B de single en bonus pour moins de 20 €. Bonne affaire..?
L'autre annonce, c'est celle des deux concerts Back to front que les Buzzcocks vont donner en mai dans leur ville de Manchester et à Londres. Trois formations du groupe punk-pop se succéderont sur scène avec Pete Shelley et Steve Diggle comme seules constantes : le groupe actuel, la formation classique des années United Artists et, pour finir en beauté, celle des tous débuts avec Howard Devoto au chant !
Certes, on sait que Shelley et Devoto s'étaient réunis il y a déjà plus de dix ans pour un album de nouveau matériel, Buzzkunst, mais là c'est aussi assez vertigineux de savoir que Devoto va rejoindre le groupe sur scène trente-cinq ans après l'avoir quitté, alors que son passage dans le groupe a duré deux ans à peine, pour chanter les quatre titres du seul disque qu'il a sorti avec eux. Quel intérêt au-delà de l'anecdote et de la retrouvaille entre potes ? Je n'en vois pas pour ma part, et je préfère profiter de l'occasion pour réécouter le disque.



On sait que ce 45 tours Spiral scratch est réputé pour être le premier 45 tours auto-produit de la vague punk. Les mecs étaient tellement contents de sortir leur disque qu'ils ont choisi un titre qui se rapporte au procédé technique même qui permet de dupliquer leur musique : cette rayure en spirale, c'est bien le sillon gravé dans le vinyl dont les variations indiquent à la pointe du tourne-disques quel son transmettre.
Enregistré fin décembre 1976 et distribué début 1977, il a été le premier disque indépendant de l'année à se vendre très bien. Pourtant, si plus de 16 000 exemplaires de l'édition originale ont été écoulés, je n'ai jamais dû en voir un de ma vie. Mon disque, que j'ai trouvé soit chez Music Box peu de temps avant sa fermeture, soit chez New Rose quand ils venaient d'ouvrir, date de la première réédition du disque en 1979, celle qui a été plus largement distribuée par Virgin (au point que le disque est entré dans les charts anglais), celle qui comporte la mention "with Howard Devoto" ajoutée sous le nom du groupe.
Outre que j'avais déjà dû voir souligné dans la presse le caractère "historique" de Spiral scratch, cette mention de Howard Devoto a dû être pour beaucoup dans ma décision d'achat, puisque j'étais alors avant tout un grand fan de Magazine. Ce n'est qu'un peu plus tard que j'ai dû acheter Singles going steady et Love bites des Buzzcocks et je dois bien dire que, pendant toute cette période, même si j'appréciais ce disque, il venait pour moi au second plan, à titre documentaire, derrière les parutions ultérieures de Magazine et Buzzcocks.
N'empêche, quel excellent disque. Quatre chansons excellentes, un son brut, saturé juste comme il faut. Deux brûlots punk, Breakdown et Boredom, deux autres un peu plus élaborés, dont Time's up, qui annoncent presque la suite des Buzzcocks. La grande influence des Sex Pistols sur le groupe s'entend, particulièrement celle du chant de Johnny Rotten (Boredom).
C'est justement Boredom, un sentiment qui exprime la quintessence du punk, qui est devenu le classique ultime (ah, ce solo de guitare sur deux notes !), mais j'ai toujours aimé autant sinon plus Breakdown, plus ramassée, la chanson parmi les quatre qui a le plus évolué (elle s'est fortement accélérée) entre les démos enregistrées deux mois plus tôt en octobre 1976 (publiées ensuite sur le pirate Time's up) et la session de Spiral Scratch (racontée ici par l'ingénieur du son).
Sur la chanson Time's up, enregistrée en une prise, le groupe penche vers le progressif en se payant le luxe d'une deuxième voix et d'un overdub de guitare ! Sur Friends of mine, Devoto chante si vite que j'ai du mal à le suivre, même avec les paroles devant le nez (tirées du livre It only looks as if it hurts de Devoto).
Au-delà du chant, les paroles sont l'un des grands points forts de ce disque. Sur ce point, les Buzzcocks sont les seuls à rivaliser avec les Pistols. Avec Boredom, Devoto ne se contente pas d'écrire l'un des premiers grands titres punks, il écrit aussi la chanson définitive sur le punk : "You see there's nothing that's behind me, I'm already a has-been. Because my future ain't what it was, well I think I know the words that I mean. You know me I'm acting dumb, you know the scene, very humdrum. Boredom, boredom. (...) So I'm living in this movie, but it doesn't move me". Une réflexion des plus élaborées sur le "No future" des punks, écrite dès 1976.
Devoto en tirera rapidement les conséquences pour lui-même et quittera le groupe quelques semaines après la sortie du disque. Heureusement, il avait devant lui un avenir qui ne se réduisait pas à chanter ces quatre mêmes chansons pendant trente-cinq ans. Même s'il va le faire prochainement, cela ne ne nous fera pas remonter le temps. Par contre, magie de l'enregistrement sonore, les quatre chansons et dix minutes une secondes que dure Spiral scratch ont le pouvoir de nous ramener instantanément à cet après-midi de décembre 1976 dans un studio de Manchester où le groupe a enregistré son disque.

Spiral scratch ne figure pas sur Singles going steady. On trouve encore assez facilement la dernière réédition en CD du disque chez Mute. Sinon, on peut même se permettre le luxe d'investir dans Inventory, un coffret qui reprend en CD singles les quatorze 45 tours de la première période des Buzzcocks, Spiral scratch compris cette fois-ci, et qu'on peut trouver en cherchant un peu pour guère plus qu'une trentaine d'euros.


Buzzcocks filmé en concert au Lesser Free Trade Hall à Manchester en juillet 1976, en première partie des Sex Pistols. La bande-son ajoutée sur les images est la version de Breakdown de Spiral scratch.


Le début de l'émission What's on spéciale Buzzcocks et Magazine, présentée par Tony Wilson, diffusée le 27 juillet 1978 sur Granada TV.

2 commentaires:

Pol Dodu a dit…

Dans le n° d'Uncut daté d'avril 2012, qui vient de sortir, il y a 3 pages sur le "making of" de "Spiral scratch".
Beaucoup d'anecdotes sont déjà connues, mais par deux fois il est mentionné que l'un des objectifs de l'enregistrement était de fixer un témoignage de cette première formation des Buzzcocks, sachant qu'il y avait déjà des incertitudes sur l'avenir de Howard Devoto dans le groupe.

Pol Dodu a dit…

A lire chez Creative Review, un entretien très intéressant avec Malcolm Garrett sur la conception des pochettes des Buzzcocks.
On y apprend notamment que le recto et le verso de la pochette de Love you more ont été inversés au dernier moment par rapport à son projet, par la maison de disques ou l'imprimeur.

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