Affichage des articles dont le libellé est chuck berry. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chuck berry. Afficher tous les articles

28 juillet 2022

BLUES DE BRESSE


Acquis chez Récup'R à Dizy le 25 juin 2022
Réf : 6990003 -- Édité par Vogue en France en 1990 -- Ce compact disc vous est offert en exclusivité par Bresse Bleu -- Disque hors commerce interdit à la vente
Support : CD 12 cm
14 titres

Même après la parution de mon livre Vente interdite en 2018, je continue à m'intéresser aux disques hors commerce. Je ne prévois pas d'en faire une réédition augmentée, mais pourtant, quand je regarde les chroniques publiées depuis sa sortie je vois bien que je ne manque pas de matière. Et ce CD y aurait tout à fait sa place.

Il y avait un arrivage de 45 tours ce jour-là à la ressourcerie, et j'ai fait une razzia d'une quinzaine de disques. Par contre, c'est le seul nouveau CD intéressant que j'ai trouvé.
Une fois n'est pas coutume pour ce genre de disque, c'est quand j'ai vu la liste des titres, presque tous issus du catalogue Chess, que je me suis vraiment décidé à l'acheter.
1000 exemplaires de ce CD ont servi de lot pour les participants à un concours organisé dans le cadre d'une campagne publicitaire pour Bresse Bleu, mais mon exemplaire était destiné à un détaillant, pas à un client, puisqu'on trouve dans le boîtier du CD, en plus du livret de quatre pages, une plaquette pliée en huit de présentation de l'opération de promotion de la gamme de fromages.

Le jeu, et donc aussi la campagne publicitaire, a eu lieu du 7 mai au 30 juillet 1990, mais le slogan "Bresse Bleu, le blues de Bresse" était déjà utilisé depuis 1988. Il en est question dans un article du Monde du 27 novembre 1988 sur la présence des noirs dans la publicité (Merci Philippe R. !) :
"Les Noirs font désormais leur apparition dans les publicités les plus inattendues. Ainsi le tout nouveau spot pour le Bresse bleu imaginé par Publicis Conseil. On y voit un musicien de jazz, Noir, penché sur une guitare à laquelle il arrache des sons nostalgiques. Slogan final, en forme de générique : " C'était Bresse bleu, le blues de Bresse ". Les fromagers avaient plutôt pour habitude, jusqu'ici, de vanter leur produit sur fond de villages et de tonnelles ensoleillées bien de chez nous.
En guise d'explication, la plupart des publicitaires, comme Béatrice Dallies-Labourdette (Publicis Conseil) ou Bruno Suter (Eldorado), invoquent un souci d'universalité. Un produit destiné à tout le monde, commentent-ils, doit être perçu comme apprécié par le monde entier, races et couleurs confondues. (...)
Certains avancent une explication culturelle. Les États-Unis et ce qui en vient continuent de fasciner. Pour un oui ou pour un non, les publicitaires situent leurs saynètes outre-Atlantique : les glaces Gervais, par exemple, présentées, on ne sait pourquoi, comme " à l'américaine ". Les Noirs font inévitablement partie de ce décor. Ils apportent à ces mises en scène une touche de couleur locale, une garantie d'authenticité.
"
Quoi qu'il en soit, plus de trente ans plus tard, tout un pan de la publicité continue de s'appuyer sur des terroirs idéalisés et des pseudo-méthodes traditionnelles bien de chez nous...
Voici le spot de pub dont il est question dans l'article :



Il y a beaucoup à dire sur cette campagne publicitaire. Elle repose entièrement sur le jeu de mots bleu/blues, mais il n'y a strictement aucun autre rapport entre le produit en question et tout ce que véhicule la musique blues. Je me demande vraiment si cette campagne a vraiment pu inciter qui que ce soit à acheter du fromage...
Quand à l'opération promotionnelle, la première question qu'on se pose est celle du public visé. Alors là, mystère. En 1990, qui écoutait du blues ? Qui aurait pu être suffisamment fan de cette musique pour être touché par cette campagne au point d'acheter du fromage et de participer à un concours ? Peut-être des hommes de 40 à 60 ans ? Certainement pas des ménagères de moins de 50 ans, et encore moins des jeunes. Pourtant, la plaquette semble indiquer que cette dernière tranche d'âge pouvait être visée, puisqu'elle présente le blues comme un "thème jeune". Permettez-moi d'en douter, tout comme pour l'utilisation du téléphone pour le jeu qui est présentée comme un "mécanisme original"...! Même en 1990, c'était tout sauf exceptionnel !
En tout cas, la possibilité de gagner sans obligation d'achat l'un des quatre voyages en Louisiane, pour le simple coût d'un appel à Paris, a quand même pu en attirer certains qui voulaient tenter leur chance.

Vogue a sorti des disques Chess en France depuis au moins les années 1960. Ils avaient donc un important catalogue à leur disposition pour concocter une sélection de titres pour ce CD, et en conséquence on a droit ici à un Panthéon des grands noms du genre. Et, signe que le blues m'intéresse, la moitié des 14 artistes a déjà été chroniquée ici : Memphis Slim, Albert King, Chuck Berry, John Lee Hooker, Big Bill Broonzy, Bo Diddley et Lightnin' Hopkins. Pile la moyenne, pas si mal pour un enfant de la new wave !

Mine de rien, il y a une majorité des titres que je ne connaissais pas bien sur ce disque. Les plus belles surprises pour moi ont été, la reprise par Lightnin' Hopkins de What did I say de Ray Charles, Moving d'Howlin' Wolf, avec une rythmique particulière, Blues with a feeling de Little Walter et la version de Worried life blues par Chuck Berry.

Le jeu de mots bleu/blues, Bleu de Bresse n'est ni le premier ni le dernier à l'avoir fait. Certains ont même fait deux fois plus fort (de fromage), puisqu'il existe à Niévroz dans l'Ain une association nommée Rock fort et blues de Bresse !
Quant à moi, je n'ai qu'une déclaration à faire : Tous les fromages que j'aime, ils viennent de là ils viennent du blues.


Lightnin' Hopkins, What'd I say, version en direct et commentée dans une émission de télévision.





22 janvier 2022

CHUCK BERRY : Dear Dad


Offert par Christophe S. à Épernay le 22 décembre 2020
Réf : 70 790 -- Édité par Barclay en France en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Dear Dad -- Lonely school days -/- Promised land - Things I used to do

Ce superbe disque fait partie du lot que Christophe m'a offert il y a un peu plus d'un an, lot qui comprenait les excellents 45 tours africains de Mamadou Doumbia et Victor Uwaifo.
Il fait partie de la série Eddy Mitchell présente les rois du rock. Je suppose qu'il s'agissait pour Eddy de faire la promotion de ses idoles et pour Barclay d'utiliser la popularité de Schmoll pour vendre en France des disques d'artistes étrangers.
J'ai souvent croisé des disques de cette collection, mais je n'en avais aucun. Je pensais qu'elle ne comprenait que des 33 tours, surtout de Chuck Berry et Bo Diddley, mais il y aussi quelques 45 tours et quelques autres artistes représentés. Il y a eu au moins 11 volumes de parus.

Comme souvent, cet EP français quatre titres compile deux 45 tours, faces A et B, parus aux États-Unis chez Chess dans ce cas précis. Dear Dad et Promised land font partie d'une bonne série de 45 tours sortis en 1964 et 1965, après le séjour en prison de Chuck de février 1962 à octobre 1963, série qui comprend également des succès/classiques comme No particular place to go, Nadine (Is it you ?) et You never can tell. Des disques qui ont bénéficié de la popularité renouvelée de Chuck après les reprises à succès de petits groupes anglais comme les Beatles et les Rolling Stones.

Dear Dad est un bon petit rock typique de Chuck Berry, bouclé en 1'50, qui a été repris sur l'album Chuck Berry in London mais qui n'a pas été enregistré à Londres. Ça vaut le coup de se pencher sur ses paroles pleines d'humour. Comme le titre l'annonce, elles prennent la forme d'une lettre d'un fils étudiant à son père, qui se plaint de sa voiture Ford toute pourrie et qui lui réclame de lui en acheter une autre pour le prochain semestre. Allez, je vous traduis le dernier couplet, y compris la chute :
"Bizarrement, elle n'a aucun appétit pour l'essence
Et, Papa, je lui ai pourtant mis quatre carburateurs en ligne
J'ai essayé d'en ajouter encore un pour voir si ça changerait quelque chose
Mais il n'y a plus de place pour le mettre à moins de perforer le capot
Alors, Papa, envoie-moi de l'argent, que je vois ce que je peux faire
J'essaierai de trouver une Cadillac, une 62 ou 63
Juste quelque chose qu'on n'aura pas peur de mettre en circulation
Sincèrement, ton fils adoré, Henry Junior Ford"
On connaît l'influence que Chuck Berry a eue sur Jonathan Richman. En écoutant la description de la longue liste de défauts de cette Ford, on ne peut que penser à celle de la Dodge Veg-o-Matic immobilisée de Jonathan.

Lonely school days ne doit pas être confondue avec le tube School days de 1957. Il me semble qu'il s'agit d'une des nombreuses chansons de Chuck Berry sur un rythme un peu afro-cubain. Très bien, mais je crois que je préfère la version plus rapide parue en face B du single Ramona, say yes de 1966. C'est la version lente de mon 45 tours qui a été reprise en 1971 sur l'album San Francisco dues.

Promised land (et non pas from I sed land comme indiqué au recto de la pochette !) a été écrite en prison et Chuck a consulté un atlas de la bibliothèque pour imaginer cette grande évasion à travers les États-Unis. Apparemment, il a utilisé la mélodie de Wabash Cannonball. Cet excellent single figure aussi sur l'album St. Louis to Liverpool

Sa face B, Things I used to do, est une reprise de Guitar Slim (la version originale a été arrangée et produite par Ray Charles en 1953). Là encore, rien de très original, mais c'est un excellent blues électrique.

On peut trouver en ligne plein d'excellentes vidéos de Chuck Berry. Avec Philippe R., on s'est déjà régalé de l'excellente demi-heure enregistrée le 6 février 1965 en Belgique pour l'émission Face au public. Je vous ai mis ci-dessous les extraits de l'émission avec les versions des deux titres de la face B jouées ce soir-là. C'est excellent (voyez comment Chuck réagit quand son pied de micro s'abaisse d'un seul coup), mais il faut vraiment regarder l'émission entière, ne serait-ce que pour profiter des interventions de Chuck entre les chansons, y compris une leçon de prononciation du mot "blues" ("avec les deux lèvres" !), et de l'enchaînement parfait de Promised land avec Johnny B. Goode.
Je me disais en regardant cette vidéo de début 1965 que la photo de pochette de mon 45 tours prise par Jean-Pierre Leloir avait vraiment dû être prise à la même époque, voire dans la même tournée. En fait, elle a carrément été prise ce jour-là, dans les studios Universal à Waterloo. Comment je le sais ? Outre la tenue de Chuck et le pied de micro, on en a la confirmation parce qu'une autre photo vendue aux enchères confirme que Jean-Pierre Leloir était présent ce soir-là :











01 mai 2021

PIANOSAURUS : Groovy neighborhood


Acquis par correspondance via Amazon en avril 2021
Réf : Rounder CD 9010 -- Édité par Rounder aux États-Unis en 1987
Support : CD 12 cm
17 titres

J'ai acheté la version mini-album 8 titres de ce disque dans la boutique New Rose à Paris,au moment où le label New Rose l'a éditée, en 1986. Une des raisons en était que les disques New Rose n'étaient vraiment pas chers chez New Rose, mais je ne sais plus si à ce moment-là je savais que la spécificité du groupe était de n'utiliser que des instruments-jouets, ni si j'en avais déjà écouté quelques extraits. C'est possible que, comme souvent, j'ai eu l'occasion d'écouter l'exemplaire reçu par Radio Primitive, s'il y en a eu un.
En tout cas, cet album, produit par Peter Holsapple des dB's, est important pour moi. Tout d'abord, c'est avec lui que j'ai découvert le tube des Box Tops The letter, ici excellemment repris. Et puis, la musique de Pianosaurus est un rock and roll basique, léger et joyeux, parfait pour un fan de Jonathan Richman.
Le disque contenait d'excellentes chansons originales. Mes préférées sont (A funny thing happened on the way to the) Toystore (à propos d'une visite au magasin de jouets un jour de pluie : mauvaise idée !), Thriftshoppin' (sur les achats dans mes magasins d'occasion), Sun will follow, Ready to rock et Let it grow. Ce qui fait quand même pas mal pour un disque aussi court !

J'en étais resté là depuis quasiment 35 ans quand il m'a pris l'idée il y a quelques semaines d'aller voir sur Discogs s'il n'existait pas d'autres disques de Pianosaurus. La réponse est non, mais en fouillant un peu je me suis rendu compte que, après l'édition New Rose, l'album a été publié aux États-Unis par Rounder. Et là, surprise, la version 33 tours compte 14 titres (dont 5 qui figuraient sur l'édition française) et le CD contient carrément 17 titres, soit l'addition des 8 titres New Rose et des 9 différents du 33 tours Rounder. Le CD n'a jamais été réédité depuis mais on le trouve encore d'occasion à un prix tout  à fait correct et je l'ai commandé aussitôt.

J'ai donc retrouvé l'information tout seul comme un grand, mais en fait mon cerveau avait dû l'enregistrer inconsciemment quelques mois plus tôt quand j'ai lu la chronique que l'ami Bertrand Loutte a publiée chez Section 26, qui raconte en détails l'histoire de Pianosaurus, y compris leur venue en France pour les Transmusicales de 1986 et quelques concerts de plus et les explications sur les différentes éditions de l'album. Quelle que soit la langue, c'est l'article le plus détaillé disponible sur ce groupe.
Il y a un an, toujours chez Section 26, Bertrand avait publié une série de billets sur ses 45 tours de confinement, parmi lesquels figurait rien moins que Someone stole my wheels, crédité à votre serviteur J.C. Brouchard avec Biff Bang Pow !. Ces chroniques ont été réunies dans un livre publié par Chicmedias.

Après tant d'années, c'était inespéré d'avoir pour moi de réussir à plus que doubler le nombre de titres de Pianosaurus à ma disposition. Les titres sont issus des mêmes sessions que ceux que je connaissais, et la qualité ne faiblit pas.
Dans le lot, il y a deux reprises supplémentaires, Dimples de John Lee Hooker et surtout une bonne version du classique des classiques Memphis de Chuck Berry.
Parmi les compositions nouvellement découvertes d'Alex Garvin, le membre du trio auteur de toutes leurs chansons, mes deux préférées sont Center of the universe et Bubble gum music.

Et du coup, comme c'est leur seul disque, est-ce que j'ai maintenant l'intégralité de la production de Pianosaurus ? Pas tout à fait puisque, en 1989, le groupe a placé un titre sur la bande originale du film New York Stories, dans la partie de ce film intitulée Life without Zoe et réalisée par Francis Ford Coppola. Cette chanson, Back to school, devait donner son titre au deuxième album de Pianosaurus mais, comme le raconte Bertrand, Alex Garvin a pété les plombs et a tout plaqué avant la sortie du disque. Quelque part, il existe des bandes de cet album inédit. On pourra peut-être un jour les écouter...

Le sujet d'Evening Magazine sur Pianosaurus tourné au studio Fort Apache en 1987 est un document très intéressant, mais l'image est pourrie.


Pianosaurus, Ready to rock, en concert à la Cicero's Basement en 1987.


La pochette du 33 tours paru chez New Rose.

29 décembre 2016

PASCAL COMELADE : Stranger in paradigm


Acquis chez Musique Action à Vandoeuvre le 26 mai 2006
Réf : 0630 -- Édité par Vand'Oeuvre en France en 2006 -- n° 179/1000
Support : 33 tours 25 cm
6 titres

La simultanéité des parutions est apparemment accidentelle, mais l'heure est au bilan pour Pascal Comelade en cette fin d'année 2016, avec la sortie d'un coffret, Rocanrolorama, et d'un livre de Pierre Hild, Pascal Comelade : Une galaxie instrumentale.


Rocanrolorama est sous-titré Le luna-park métaphysique. Deux coffrets de quatre CD avaient déjà été publiés en Espagne, Bar electric en 2006 et La catedral d'escuradents en 2009, mais Rocanrolorama fait encore plus fort. Pour ce "résumé de l'intégrale revisitée", Pascal Comelade a, sur une période de plusieurs années, réécouté l'ensemble de sa foisonnante production depuis 1974. Il a sélectionné 165 titres, parmi lesquels de nombreuses raretés et quelques inédits en studio ou en concert. Quand il l'a jugé nécessaire, certains titres ont été retravaillés, voire au moins en partie réenregistrés.
Le tout est un régal, pour le fan de longue date de Comelade aussi bien que pour celui qui souhaiterait découvrir son parcours. Avec six CD pour moins de quarante euros, ce coffret en édition limitée à 1000 exemplaires est aussi d'un rapport qualité-prix imbattable !
Le livre de Pierre Hild, un beau cadeau de mon ami Philippe C., accompagne parfaitement l'écoute du coffret et complète les propres Écrits monophoniques submergés de Pascal Comelade. Mieux qu'une biographie, c'est un regard complet sur son parcours musical, sur la base d'un traffic d'entretiens entre les deux hommes, dont de nombreux extraits sont donnés en verbatim.
Pascal Comelade a l'habitude de réfléchir sur son propre travail et il le fait généralement d'une façon clairvoyante, sans forfanterie ni pédanterie. Ça donne une lecture réjouissante, avec de nombreux éclairages sur les multiples projets d'un musicien paradoxal. Je crois que c'est l'une des choses qui me fascine et continue de m'étonner chez Pascal Comelade, rocker revendiqué et fin connaisseur des musiques de populaires de Catalogne. Quelqu'un qui explique qu'il préfère enregistrer seul chez lui, mais qui au bout du compte multiplie les collaborations et les projets, avec des peintres, des musiciens, des poètes, qui peuvent l'amener un jour à jouer dans une institution parisienne, un autre dans le foyer laïque ou l'église d'à côté, voire sur une estrade de la Fête de la Musique laissée trop longtemps libre ou dans un musée ou une galerie d'art contemporain.
Il a aussi un sens de la formule très marqué, repéré de longue date dans le choix de ses titres, et qui s'exprime très souvent ici : à propos de El Sordo (Le Sourd), mystérieux vocaliste sur You're never alone with a schizo, un titre de l'album enregistré avec The Limiñanas Traité de guitarres triolectiques (à l'usage des portugaises ensablées), il explique que c'est "un imitateur de The Phantom qui chanterait du braille en yaourt".
A ce propos, un contributeur sur Discogs note que Marche funèbre pour les funérailles d'un grand homme sourd est noté dans le livret du coffret, mais absent sur le disque correspondant. Il n'a pas dû suffisamment tendre l'oreille, sinon il aurait perçu l'hommage à Alphonse Allais ainsi rendu.
Ces deux publications constituent bien sûr une sorte de bilan, mais un bilan provisoire car le feu follet Comelade poursuit ses aventures, avec des concerts dessinés, un projet de disque avec Pau Riba, un album inédit qui devrait contenir Ze Bob Birman Sinfonia, fruit d'une collaboration autour de Bob Dylan avec les birmans de Saing Waing,...
L'une des dernières aventures contées dans le livre est celle de l'inauguration de la rue Jimi Hendrix à Passa, dans les Pyrénées Orientales, en présence de la sœur du musicien. Pascal Comelade a joué pour l'occasion Purple haze avec une fanfare et il précise modestement que, dans ce lotissement dont les rues portent toutes le nom de musiciens, il y a aussi une rue Pascal Comelade, une "petite artère en impasse".
Pour fêter tout ça, j'ai pioché dans mes étagères ce beau 25 cm qui a déjà presque dix ans. C'est aussi une façon de rendre hommage à Dominique Repécaud, qui dirigeait le festival Musique Action à Vandœuvre-lès-Nancy et qui est mort en novembre dernier. Musique Action a démarré en 1984, à la suite du Festival Musiques de Traverses de Reims. Une bonne occasion de proposer une deuxième date pendant le long week-end de l'Ascension aux groupes qui se déplaçaient à Reims. Mais le festival nancéen a largement survécu à son grand frère rémois et s'est développé au fil des années, proposant une programmation à la fois expérimentale et aventureuse, suffisamment variée pour que je m'y rende par deux fois, voir Pascal Comelade, Pere Ubu et aussi Eugene Chadbourne le 26 mai 2006 et Howe Gelb puis Giant Sand les 4 et 5 juin 2011.
C'est le Centre Culturel André Malraux, qui organise le festival, qui a aussi lancé le label Vand'Oeuvre pour le documenter discographiquement. Il n'est pas étonnant que, à l'occasion de sa venue au festival en 2006, Pascal Comelade ait ajouté son nom au catalogue du label : en plus d'avoir longtemps publié ses disques sur un label nancéen, Les Disques du Soleil et de l'Acier, il a enregistré des titres par dizaines au studio du Centre Culturel André Malraux, et s'est sûrement produit plusieurs autres fois au festival, notamment le 7 mai 1992 (on retrouve dans Rocanrolorama une version d'Egyptian reggae enregistrée ce soir-là).
Je suis revenu ce week-end là  de Nancy avec non pas un exemplaire de ce disque, mais trois, puisque les amis Olrik et Dorian Feller m'avaient passé commande avant mon départ.
Stranger in paradigm est un disque très rocanrol, même si ce mini-album n'a rien à voir avec la piste du même titre sur l'album de 2007 Mètode de rocanrol.
I love Joan Jett est le seul des titres qui avait été précédemment édité en France, mais c'était sur un livre-CD à diffusion très limitée, à l'occasion des dix ans du Festival International du Disque et de la Bande Dessinée de Perpignan, en 1999. C'est un medley de tubes de rocanrol (je vous laisse essayer de les reconnaître). Comelade y revient régulièrement, notamment lorsqu'il fait ses grands Rififi avec plein de guitaristes. Une version complétée en 2015 avec The Limiñanas, créditée à La Metropolina del Riff, est sortie en édition limitée.
Le seul original du lot est The blank invasion of schizofonics bikinis, un excellent titre de l'album Psicotic music' hall. Pascal Comelade y joue de tous les instruments sauf de la batterie, y compris donc une ligne de basse élastique et peut-être synthétique et de la guitare saturée.
Avant ça, on a droit à une version de 2003 de Sheena is a punk rocker des Ramones, différente de celle qu'on trouve sur Rocanrolorama. Comelade y est à l'accordéon, et étonnamment c'est un certain Ben Bolt qui est censé être au piano. Après avoir lu le livre, je pense bien qu'il s'agit là de l'un des multiples pseudo farfelus revêtis par Pascal dans les crédits de ses enregistrements.
Sweet little sixteen de Chuck Berry est ici dans une version enregistrée en concert à Barcelone en 1991. 
Mother of Earth, à l'origine sur l'album Miami de The Gun Club, et Russian roulette, de The Lords of the New Church, sont deux titres que le Bel Canto Orquestra a souvent interprétés en concert. Ils ont d'ailleurs tous les deux été joués lors à Musique Action en 2006.
La version de Mother of Earth qu'on trouve ici est tirée de l'album Espontex sinfonia, édité uniquement en Espagne. Pour Russian roulette, il s'agit d'une version en concert de Pascal Comelade et le Bel Canto Orquestra, au Théâtre Gérard Philipe de Frouard, près de Nancy, le 5 mars 2005, avec pour l'occasion Dominique Répécaud à la guitare électrique.

C'est presque étonnant, mais il reste des exemplaires de cette édition originale limitée de Stranger in paradigm, en vente sur le site du Centre Culturel André Malraux.

24 octobre 2015

CHUCK BERRY : Teenage wedding


Consulté la première fois sur YouTube le 18 octobre 2015
Réf : [sans] -- Diffusé par Soundcheck24 sur YouTube en 2014
Support : 1 fichier FLV
Titre : Teenage wedding (You never can tell) (C'est la vie)

Nous sommes le 24 mars 1972 à Brême en Allemagne. Chuck Berry est sur le plateau de l'émission de télé Beat-Club et s'apprête à jouer dans les conditions du direct. Pour l'occasion, il est accompagné par le groupe Rockin' Horse (Jimmy Campbell à la guitare acoustique et Billy Kinsley à la basse, deux ex-Merseybeats, ainsi que Mike Snow au piano et Dave Harrison à la batterie).
Quelques semaines plus tôt, le 3 février, Berry était à Coventry en Angleterre, pour un concert avec d'autres musiciens, enregistré par sa maison de disques. Quelques jours plus tard, à Londres, cinq titres ont été mis en boîte en cinq heures, pause déjeuner comprise. Le tout, sous la forme d'une face studio et d'une face concert, donnera en octobre 1972 l'album The London Chuck Berry sessions, précédé en juillet par le single My ding-a-ling, le plus grand et sûrement le plus inattendu succès commercial de Chuck Berry.
Mais pour l'heure, Chuck est sur scène, quelques secondes avant l'enregistrement. Il annonce le titre du morceau à venir, Teenage wedding. Il s'agit en fait de You never can tell, un titre qui, comme No particular place to go, Nadine, Tulane et Promised land, a été écrit pendant son séjour en prison en 1962-1963. Enregistré en janvier 1964, peu de temps après sa sortie, il a été édité en 45 tours. On le connaît aussi sous le titre C'est la vie, une expression française qui figure dans les paroles. C'est ce titre qu'Emmylou Harris a retenu en 1977 pour sa reprise.
Le groupe répète. C'est à dire que Chuck donne quelques instructions, à ses jeunes musiciens comme aux techniciens. Une voix annonce "We're rolling" et, quelques secondes plus tard, ça démarre. Tranquillement et de façon très sympathique d'abord, avec cette histoire d'un jeune couple qui vient de se marier à La Nouvelle Orléans, ce qui explique les bouts de paroles en français comme "Pierre", "Monsieur", "Madame", "Mademoiselle",...
La performance devient exceptionnelle et jubilatoire à partir du deuxième couplet, quand Chuck fait une première remarque sur les paroles en regardant son bassiste ("Elle ne savait pas cuisiner", pour expliquer que le "coolerator" était plein à craquer de plats préparés et de soda au gingembre). Le bassiste éclate de rire, Chuck est bien content de son coup, puis il joue un long solo de guitare tout en finesse et en retenue ("real cool", comme il disait en répétition).
Au moment où il est question du son de la chaîne hi-fi jouée à fond, Chuck en fait une imitation à la guitare, avant de faire un deuxième commentaire sur le fait que le tempo de la musique baissait le soir ("Pour diverses raisons").
Au cours du solo de guitare qui suit, avec Chuck se met à sautiller sur place de joie et d'excitation.
On voit qu'il a un temps d'attente avant le couplet suivant. C'est sûrement parce qu'il était en train de penser à modifier les paroles : la "souped-up jitney" des paroles originales (une vieille guimbarde au moteur gonflé) devient une Mercedes qui fait plus couleur locale.
Comme sur la version studio, il y a un solo de piano. Le musicien est encouragé par Chuck qui se penche sur le piano ouvert et félicite le musicien d'un "Beautiful" bien sonore.
La chanson se termine avec Chuck qui s'amuse en produisant des choses très musicales tout en tenant sa guitare à l'envers, avant visiblement d'exprimer sa satisfaction avec l'expression, mystérieuse pour moi, "Mama Zita".
Au total, près de sept minutes de bonheur musical avec Chuck Berry, qui viennent contredire la réputation bien tenace qu'il avait, comme quoi la seule chose qui l'intéressait était d'être payé en espèces pour ses prestations et que les musiciens qu'on lui fournissait sachent jouer ses plus grands tubes. Cette réputation est basée sur des faits, bien sûr, mais il faudrait aussi préciser que, même encore à cette époque, il avait du plaisir à jouer et à donner une bonne performance. Sans compter son immense talent de musicien, chanteur et parolier...

Je ne suis pas tombé tout seul sur cette vidéo. En fait, elle a suffisamment plu à Howe Gelb pour lui inspirer dimanche dernier un sermon publié sur sa page Facebook :

happy happy Sunday. ... this is beyond lovely. and it also stands as the most accurate sonic illustration of what...
Posté par Howe Gelb sur dimanche 18 octobre 2015


Dans son texte, Howe fait le parallèle avec Giant Sand : "C'est l'illustration sonique la plus précise de tout ce que Giant Sand a jamais essayé de faire dans un bon jour (sauf la garde-robe)". Et il explique qu'ils perdent souvent une partie de leur public en concert en faisant vivre leurs chansons de cette façon et en les présentant de façon unique. Ce n'est bien sûr possible que si on refuse de faire d'un concert la répétition fidèle de soir en soir d'une liste pré-établie. A ce moment, un échange est possible avec le public et alors le musicien "joue" sur scène, il ne travaille pas.
C'est vrai pour Howe, Chuck et tous ceux, à commencer par Jonathan Richman, qui ne décident ce qu'ils vont jouer qu'au tout dernier moment, sur scène.

Deux autres versions de la vidéo de Brême :


20 septembre 2014

CHUCK BERRY : The best of Chuck Berry


Acquis par correspondance via Discogs en septembre 1914 2014
Réf : NEP 44018 -- Edité par Pye International en Angleterre en 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Memphis Tennessee -- Roll over Beethoven -/- I'm talking about you -- Sweet little sixteen

Quand j'ai vu passer l'annonce de la sortie, pour son 88e anniversaire en octobre, du coffret Bear Family Rock and roll music : Any old way you choose it, j'ai eu un temps d'hésitation. Certes, pas question de s'intéresser à l'édition limitée à 88 exemplaires présentée dans une caisse de guitare. C'est cher (500 €) et sans intérêt (Philippe me souffle d'ailleurs à l'oreille que ça a déjà été fait pour une intégrale de Johnny, c'est tout dire). Mais pour l'édition en coffret standard à 300 €, avec 16 CD, contenant toute sa discographie et les prises inédites existantes plus deux livres reliés, je me suis quand même posé la question. Et la réponse a été non, finalement. Je peux m'offrir ce cadeau, et je sais que je prendrai le temps de lire les livres, d'écouter au moins une fois tous les disques et d'en réécouter un par-ci par-là par la suite, mais comme pour la plupart de mes coffrets, ça restera un gros truc, un monument posé dans un coin, qu'on aperçoit de l'oeil mais qu'on sort rarement de sa boite tellement il y a de trucs à écouter dedans. Et puis quoi après ? On tourne les yeux quand on voit un disque de Chuck Berry ? On se débarrasse des disques qu'on a déjà ? Non, je préfère continuer à picorer dans sa discographie et à compléter ma collection de disques de l'un des rois du rock.
Pas de coffret, mais je me devais bien un cadeau ces temps-ci, alors je suis allé fouiller dans les bacs chez Discogs, et je me suis dégoté à un prix correct ce Best of Chuck Berry, un 45 tours sorti en Angleterre au printemps 1964.
Les notes de pochette de ce disque sont de Guy Stevens, le même Guy Stevens que je connaissais comme producteur de Mott The Hoople et de London calling de The Clash. Je ne savais pas qu'il avait été une figure importante de la scène mod dans les années 1960, avec notamment son label Sue et son travail pour Island. Il présidait aussi la Chuck Berry Appreciation Society.
Stevens parle, déjà, d'une figure légendaire en Angleterre, même s'il exagère un peu en parlant de trois générations de fans ados depuis le premier disque en 1955. Il est intéressant de noter les genres musicaux cités : il fut l'un des grands noms de l'époque du rock and roll (au passé, sous entendu, cette époque des années cinquante est révolue), il est reconnu et accepté à la fois dans les cercles de la pop musique et du jazz et il est le roi incontesté du rhythm and blues.
Il est aussi dans une situation très particulière. Son énorme succès initial avait déjà commencé à décliner quand il a été poursuivi puis incarcéré (20 mois de 1962 à 1963), grosso modo pour détournement de mineure. Mais entre-temps, il est devenu une figure essentielle de la nouvelle scène anglaise, avec les reprises de ses titres par les Beatles (Roll over Beethoven), les Rolling Stones (Come on, Carol), les Hollies (Talking 'bout you) ou Lonnie Mack (Memphis). C'est dans ce contexte que Chuck Berry entame, en mai 1964, sa première tournée anglaise, avec The Animals, Carl Perkins et The Nashville Teens en première partie. La sortie de ce disque a dû clairement être calculée pour promouvoir cette tournée. Guy Stevens a joué un rôle important dans tout ça, comme l'explique un témoignage repris chez The Generalist : "Listen ! I was at a session with Phil Chess in 1964 with Chuck Berry when he was doing "Promised Land" and "Nadine". I was at the session ! I was taking photographs! I got Chuck Berry out of prison ! I put tremendous pressure on Pye Records, who had Chess and Checker over here, and the head of the company at the time was Ian Ralfini. I put pressure on him to get "Memphis Tennessee" released as a single. It was out as a B-side, with Let It Rock. They taped all the Chuck Berry tracks off my records ! Not from master tapes but from my records !".
Stevens a effectivement réussi à convaincre Pye International, puisque le premier titre de ce disque est bien Memphis, Tennessee. A l'origine, ce n'était qu'une face B, mais de Back in the USA, plutôt. Et ce n'est pas très étonnant car c'est tout sauf une chanson rentre-dedans, sans refrain. Si on a l'impression d'une certaine intimité, comme si Chuck nous murmurait à l'oreille par le combiné du téléphone, c'est sûrement dû aux conditions particulières de son enregistrement, relatées dans son autobiographie. Au lieu d'enregistrer en groupe et en direct en studio, “Memphis Tennessee” a été enregistré dans mon premier bureau au 4221 West Easton Avenue à St. Louis sur un studio bricolé à145 $ dans la chaleur moite d'une après-midi de juillet avec un magnéto à bande Roebuck à 79 $ qui avait une fonction d'enregistrement en son sur son. J'ai joué la piste de guitare et de basse et j'ai ajouté le tiquetis de batterie qui trotte dans le fond et qui sonne si bien à mon oreille. J'ai travaillé pendant plus d'un mois pour revoir les paroles avant d'emmener la bande à Leonard Chess pour qu'il l'écoute. Il était une fois de plus à la recherche de matériel pour sortir un disque puisque mes concerts me tenaient éloigné des studios pour de longues périodes. L'histoire de “Memphis” prend racine dans un titre très vieux et bluesy de Muddy Waters qu'il jouait quand j'étais ado et qui faisait “Long distance operator give me (something….something), I want to talk to my baby she’s (something else).” Désolé je ne m'en souviens plus maintenant mais c'était le cas alors et j'ai essayé de mettre l'esprit de ce sentiment dans mon interprétation de "Memphis". Ma femme avait de la famille là-bas à qui on rendait visite deux fois par an, mais à part une paire de concerts que j'y ai fait, je n'avais aucune raison particulière de choisir Memphis pour localiser mon histoire. Le but était que la situation décrite dans l'histoire suscite un intérêt très large du grand public plutôt que la relation d'un événement rare ou particulier qui ne rappellerait un souvenir qu'à quelques-uns. Décrire ainsi des situations ou des conditions populaires ou générales a toujours été mon plus grand objectif quand j'écris mes paroles."
Et pour Memphis, Tennessee, on le sait, il a parfaitement réussi ses paroles, qui nous font croire tout au bout qu'il cherche à joindre une ancienne amoureuse, avant qu'on découvre à la fin que celle qui l'a appelé initialement est sa fille de six ans. Il y a sûrement une étude comparée à faire avec Le téléphone pleure de Claude François, mais je vous l'épargnerai pour aujourd'hui.
Pour Roll over Beethoven, Chuck Berry l'explique aussi dans son autobiographie, l'inspiration lui serait venue de ses batailles avec sa soeur, qui jouait du classique, pour pouvoir jouer sur le piano familial. Il fallait avoir une vraie dose de culot pour un noir en 1956 de demander à Beethoven et Tchaïkovski de dégager pour lui faire de la place ! Et si, en 2014, David Thomas peut s'appuyer avec Pere Ubu sur cinquante ans de culture rock pour nourrir ses paroles et sa musique de références, en 1956, avec deux ans de rock and roll et une grosse dizaine d'années de rhythm and blues, Berry montrait combien il était passionné de musique en citant Louis Jordan, Carl Perkins et indirectement Bo Diddley. Par la suite, les expressions "rocking pneumonia" et "a shot of rhythm and blues" ont été reprises respectivement par Huey "Piano" Smith et Arthur Alexander.
I'm talking about you est une excellente chanson, mais peut-être la moins exceptionnelle des quatre. Je l'ai connue par la version en public de Dr Feelgood sur Stupidity, mais elle avait aussi été reprise par les Stones en 1965.
Sweet little sixteen est un archétype de la chanson à la fois rock et sur le monde du rock, une ode à la fan/groupie de seize ans qui fait tourner toutes les têtes, robe serrée et rouge à lèvres le soir du concert, écolière à l'allure sage le lendemain. Pas étonnant que ce soit devenu l'un des classiques de Chuck Berry, mais aussi son plus gros succès des années cinquante aux Etats-Unis, avant que les Beach Boys ne fassent aussi un tube de Surfin' USA, avec la même mélodie.
1964 a effectivement été une excellente année pour Berry : les reprises des anglais ont continué et il a eu de nouveaux tubes (No particular place to go, You never can tell, Promised land et Little Marie, la suite de Memphis, Tennessee), inclus en fin d'année sur son album St. Louis to Liverpool.
Je croyais que Chuck Berry avait arrêté de jouer sur scène après un malaise il y a quelques années, mais il a encore joué en-dehors des Etats-Unis cette année, et surtout, il se produit tous les mois au Blueberry Hill près de chez lui à Saint Louis. La dernière fois, c'était il y a deux jours. Comme quoi il doit encore tenir un minimum la forme...



Chuck Berry, Memphis, Tennessee et Roll over Beethoven, en direct dans une émission de télévision française, probablement en 1965 ou 1966.


Chuck Berry, Sweet little sixteen, dans l'émission Saturday Night Beech-Nut, le 22 février 1958.


21 janvier 2012

NIC ARMSTRONG : Broken mouth blues EP


Acquis chez Parallèles / Gilda à Paris le 28 décembre 2011
Réf : 397TP7 -- Edité par One Little Indian en Angleterre en 2004
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Broken mouth blues -- As warm as you really are -/- My voice will be quiet -- I want to be your driver

Un chanteur inconnu par chez moi, mais un 45 tours bien épais typique des années 2000, un logo complètement rétro, et au dos les noms de Liam Watson et de son studio Toe Rag, des gages de qualité, célèbres depuis les White Stripes mais qu'on avait déjà repérés des années plus tôt sur des disques des Television Personalities.
Nic Armstrong est anglais. Il a un penchant pour les sixties, pas tellement pour la période pop-art psychédélique qui fascine Dan Treacy mais plutôt pour le rock et le blues des origines tels que les Rolling Stones et les Beatles avant lui les ont digérés. Ceci est son premier single, inclus la même année sur l'album The greatest white liar. L'album est sorti sous son nom, mais aux Etats-Unis quelques temps plus tard il a été crédité à Nic Armstrong and the Thieves. L'album suivant est carrément sorti sous le nom de IV Thieves, un nom de groupe abandonné depuis.
Le 45 tours dans son ensemble est excellent. Mes deux titres préférés sont le premier et le dernier. Broken mouth blues, avec sa basse fuzz et son harmonica rappelle les Stones des débuts, il y a même des choeurs très réussis tout à la fin. C'est aussi le titre le plus proche des White Stripes.
I want to be your driver est une reprise de Chuck Berry, mais du Chuck Berry comme en jouaient les Beatles en 1963-1964. Ce titre n'était pas sur l'album anglais mais il a été ajouté sur l'édition américaine.
As warm as you really are est plus dans la veine Kinks/Who mid-sixties. My voice will be quiet est le seul titre du lot à ralentir un peu le rythme. Ces deux titres ne se trouvent que sur cet EP, toujours disponible en téléchargement, et même en 45 tours en cherchant un peu.
Nic Armstrong joue aujourd'hui même à Austin au Texas, et il s'y produira à nouveau en mars pour South By Southwest. Il a un nouvel album en préparation.

27 mai 2010

CHUCK BERRY : My ding-a-ling


Acquis à la boutique YMCA de Southampton le 21 mai 2010
Réf : 6145 019 -- Edité par Chess en Angleterre en 1972
Support : 45 tours 17 cm
Titres : My ding-a-ling -/- Let's boogie

La veille encore, j'étais tombé sur un 45 tours de Chuck Berry dans une pochette générique Chess  comme celle-ci, emballé dans un sac plastique fermé et étiqueté 6 £. Je l'avais soigneusement ignoré, mais là, à 20 pence, en parfait état et avec une face A, My ding-a-ling, que j'aime beaucoup, je m'en suis saisi dans l'instant.
Apparemment, ça défrise certains puristes mais My ding-a-ling est le plus grand succès de Chuck Berry, si l'on s'en tient aux ventes aux Etats-Unis où c'est son seul titre à avoir été classé n°1 du hit-parade.
On a à faire ici au Chuck Berry coquin. Coquin à plusieurs titres. Coquin parce que les paroles de la chanson ne sont que sous-entendus à connotation sexuelle, dans la grande tradition des chansons grivoises, mais coquin aussi parce que Chuck s'attribue la paternité de la chanson alors que Dave Bartholomew a enregistré (et signé) dès 1952 en face B d'un 78 tours une chanson intitulée Little girl sing ding-a-ling, que je n'ai pas entendue mais qui serait bien la même.
Chuck Berry avait déjà enregistré cette chanson en 1968 sur l'album From St. Louie to Frisco, avec des paroles légèrement modifiées puisqu'elle était devenue pour l'occasion My tambourine. C'est un titre que j'aime bien avec un arrangement agréable, mais il est assez rapide et l'humour des paroles a tendance à se diluer dans le rythme.
La principale différence en fait entre My tambourine et My ding-a-ling c'est que cette dernière est enregistrée en public. Et ça change tout. Il y a encore des artistes (Frank Black me vient à l'esprit) qui n'ont pas compris que donner un concert ce n'est pas seulement jouer sa musique devant un public, mais c'est partager un moment  de vie avec lui. C'est pour ça que pour une fois le terme anglais "live music" est approprié.
Depuis des décennies, Chuck Berry a une sale réputation, probablement justifiée, pour son attitude quant aux concerts. Il vient sans groupe, demandant aux promoteurs de recruter des musiciens dont il se désintéresse, du moment qu'ils savent jouer Johnny B Goode et les autres classiques, et il a une attitude de mercenaire, exigeant tout ou partie de son cachet avant, voire même pendant, sa prestation.
Le 3 février 1972 à Coventry, en Angleterre, Chuck Berry était ainsi accompagné par le Roy Young Band, qui comptait en son sein deux futurs membres d'Average White Band (!), mais une chose est sûre, il était complètement impliqué et a pris un grand plaisir à jouer ce soir-là My ding-a-ling.
La version complète de cette prestation dure 11'30. On la trouve sur l'album The London Chuck Berry sessions (une face studio enregistrée à Londres, une face live à Coventry). Quand la chanson a commencé à passer en radio, le label a charcuté l'enregistrement pour en faire une version de 4', en réussissant miraculeusement à conserver une grande partie de la joie et de la magie de ce grand moment de musique et de rigolade.
Chuck s'amuse comme un petit fou. Il fait chanter le public, vanne les filles, le caméraman qui se met à chanter aussi, ceux qui ne chantent pas... A aucun moment on a l'impression d'un performer cynique qui utilise des ficelles usées jusqu'à la corde. Non, c'est visiblement un bon moment passé avec le public, que nous revivons par procuration à chaque écoute.
Je pense que la vidéo ci-dessous date du jour même de l'enregistrement de l'album. Il n'y a que sept des onze minutes, mais ça donne une meilleure idée que toute description que je pourrais être tenté d'en faire :



Des moments comme ça sur des disques live, il n'y en a malheurement pas des dizaines. Pour ma part, je pense évidemment à l'album Modern Lovers live ! de 1977. N'oublions pas que Jonathan Richman a fait figurer en bonne place dans son premier album en 1976 une reprise du Back in the USA de Chuck Berry.
Sur l'album live, il y a cette fameuse version de Ice cream man, qui dure plus de huit minutes contre seulement trois pour la version studio. Comme pour la chanson de Berry, il y est question de clochette (celle du camion de glacier), le public chante ("Ding ding") et on rigole beaucoup, notamment parce qu'il y a un nombre incalculable de fausses fins, avec des redémarrages trompeurs, en changeant le rythme par exemple pour surprendre tout le monde. J'arrête le parallèle là, car je ne pense pas qu'il y ait le moindre sous-entendu salace dans la chanson des Modern Lovers, mais c'est là aussi un très grand moment de concert.
Sur le même disque, on trouve un autre titre où il est question d'une cloche qui sonne, My little Kookenhaken, une chanson pas du tout grivoise non plus mais qui, avec son côté nostalgique et son retour sur l'enfance, n'est pas si éloignée que ça de My ding-a-ling.
En face B du 45 tours, Let's boogie est extrait de la partie studio de l'album. Tous les ingrédients des titres qui ont fait la réputation de Chuck Berry sont présents, mais c'est sans âme et sans intérêt, comme tout l'album d'ailleurs, à l'exception de My ding-a-ling.

The London Chuck Berry sessions est inclus dans Have mercy, un coffret paru récemment qui reprend l'intégrale des titres publiés par Chuck Berry de 1969 à 1974 lors de son deuxième contrat chez Chess, avec des inédits dont une version studio de My ding-a-ling, qui ne peut qu'être décevante par rapport à cette version live. Ayant eu l'occasion d'écouter deux ou trois des albums de cette période, ce n'est de toute façon pas un achat que je recommanderais.

16 mai 2010

DR. FEELGOOD : Stupidity


Acquis par échange à Châlons-sur-Marne vers 1978
Réf : UAS 2990 -- Edité par United Artists en France en 1976
Support : 33 tours 30 cm
13 titres

Dr. Feelgood est d'actualité ces jours-ci. Pas tellement parce que le groupe est à nouveau en tournée : sachant qu'il n'y a plus aucun membre original dans la formation depuis la mort du chanteur Lee Brillaux en 1994, même si les musiciens sont bons, il y a forcément un peu tromperie sur la marchandise et exploitation d'une rente de situation à faire survivre comme ça ce qui n'est plus qu'une simple marque commerciale. Par contre, Oil city confidential, le tout récent documentaire sur Dr. Feelgood de Julian Temple, est sûrement très intéressant et les articles qu'il a suscités m'ont donné envie de ressortir mon exemplaire de Stupidity.
Je ne sais plus trop par quel trafic je suis entré en possession de ce disque. Je sais que ce n'est pas moi qui l'a acheté neuf et que je l'ai sûrement récupéré auprès d'Eric Ma., de Patrick Me. ou d'un autre copain du quartier. Mais contre quoi ? Mystère et boule de gomme. En tout cas, ce disque a parfaitement rempli son rôle pour moi, celui d'être un brillant manuel d'apprentissage du rock'n'roll. Je pense que c'est avec lui que j'ai découvert des classiques comme I'm a man de Bo Diddley, Walking the dog de Rufus Thomas ou I'm talking about you de Chuck Berry. Pendant très longtemps, je n'ai connu la chanson-titre Stupidity que dans cette version de Dr. Feelgood, ce n'est que ces dernières années que j'ai découvert et apprécié l'excellente version originale de Solomon Burke.
Mais cet album live, le troisième de Dr. Feelgood, ne comprend pas que des reprises et sa grande force est que les originaux, tous signés par le guitariste Wilko Johnson, sont largement à la hauteur des titres repris et forment avec eux un ensemble très cohérent. Sans exagérer, She does it right, Roxette, All through the city, Back in the night, 20 yards behind et I don't mind figurent parmi les meilleures chansons du disque, indépendamment des reprises qu'elles cotoient.
Le disque a été enregistré lors de deux concerts de 1975. La face A à Sheffield en mai et la face B en novembre "à la maison", à Southend. Stupidity est sorti à l'automne 1976 et s'est payé le luxe d'occuper, pendant une semaine, la première place du hit-parade anglais. Au moment où ils commençaient à s'aventurer sur scène, voici donc ce qu'écoutaient les punks anglais à l'automne 1976. Les punks et plus généralement toute l'Angleterre puisque les morveux n'auraient pas suffi à porter ce disque au n°1 des ventes, surtout s'ils le volaient chez les disquaires !
Cet album est la preuve "vivante" que le rock n'avait pas été complètement étouffé dans les années 70 par le progressif, le jazz-rock, le disco et la pop commerciale. On a à faire ici à la troisième génération du rock, après les créateurs des années 50 et les premiers héritiers anglais et américains des années 60. Ce n'est pas un hasard si on trouve ici au moins enregistrés par les Rolling Stones à leurs débuts. Solomon Burke, Bo Diddley, Chuck Berry, Leiber-Stoller, Sonny Boy Williamson... Dr. Feelgood s'abreuvait aux mêmes sources que ses prédécesseurs. Ils n'étaient pas les seuls non plus : outre tous les piliers du pub-rock ou des gens comme les Flamin' Groovies, la liste de ces reprises m'a fait repensé à un billet récent sur l'un des jeunes contemporains de Feelgood, George Thorogood, qui est plus souvent associé au blues mais qui reprend aussi Chuck Berry et Bo Diddley. Back in the night, avec sa guitare au bottleneck et son rythme basique, ne détonnerait absolument pas sur Move it on over.

Il existe des rééditions en CD avec quelques bonus de Stupidity. mais à mon avis, quitte à investir, il vaut mieux s'intéresser à Going back home, sorti en 2005.
Pour un prix modique, on a droit à un DVD avec 9 titres filmés du concert de Southend en 1975 qui a donné la face B de Stupidity, et à un CD 24 titres qui reprend visiblement l'intégralité du concert de Southend plus quelques bonus dont trois titres du concert de Sheffield qu'on trouvait à l'origine sur la face A de Stupidity.


Dr. Feelgood, All through the city, live en 1975.


Dr. Feelgood, She does it right, live en 1975.


Une publicité pour Stupidity parue dans Sounds en 1976.

04 octobre 2009

GEORGE THOROGOOD AND THE DESTROYERS : Move it on over


Acquis probablement à Châlons-sur-Marne vers 1979
Réf : STO 8506 -- Edité par Sonet en France en 1978
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Lorsque je faisais chambre commune avec mon frère, et dans la période qui a immédiatement suivi, ce disque était l'un des seuls sur lesquels nous étions d'accord. C'est révélateur du peu de goûts musicaux que nous avions en commun, mais ça montre aussi à quel point une interprétation pêchue et inventive de rock and roll, de blues et de country (il n'y a que des reprises ici) peut rassembler très largement.
Je ne sais plus comment nous avions découvert ce disque. Des chroniques dans Best et Rock & Folk, et aussi sûrement des copains qui avaient ce deuxième album de George Thorogood, ou bien le premier ? Ce qui est sûr en tout cas c'est qu'un voisin avait en 1979 l'album Better than the rest qui reprenait des démos de 1974.
A partir de là, mon frère a continué à s'intéresser notamment à des guitaristes virtuoses, quand à moi, parmi d'autres pistes, j'ai exploré celle du blues électrique, en commençant par Elmore James, dont deux titres sont repris ici.
Ça fait bien longtemps que je n'avais pas réécouté Move it on over, mais comme pour des centaines d'autres, il n'est pas oublié pour autant : la musique est autant gravée dans mon cerveau que dans les sillons du disque et la moindre écoute, même à des années d'écart, le confirme et ravive des souvenirs. La grosse différence avec les années qui passent, cependant, c'est que ma culture musicale n'est pas la même. La plupart des chansons présentes ici, c'est avec ces reprises par George Thorogood que je les ai écoutées pour la première fois. Depuis, bien sûr, j'ai eu l'occasion d'écouter d'autres reprises et les versions originales de classiques comme Who do you love ? de Bo Diddley ou Move it on over de Hank Williams, du coup je ne réécoute pas ce disque aujourd'hui avec la même oreille. Et j'ai même des surprises, car on oublie beaucoup quand même, par exemple en redécouvrant qu'il y a ici une version de Cocaine blues, alors que je n'avais pas fait du tout le lien quand j'ai découvert Cocaine blues/Transfusion blues dans les versions de Johnny Cash vers la fin des années 1990.
Pour moi à l'époque, Thorogood était surtout réputé comme grand guitariste de blues spécialiste de la slide guitar au bottleneck. Lui disait plutôt, c'est dans les excellentes notes de pochette de cet album, qu'il faisait dans le rock'n'roll traditionnel. C'est sûrement plus juste car ça englobe l'ensemble des influences concentrées ici et amplifiées pour proposer un album sans temps mort qui a une énergie d'enfer.
La face A enchaîne sans sourciller Move it on over de Hank Williams, dans une version qui confirme le caractère proto-rock de ce classique country, Who do you love ?, avec à chaque fois des envolées transperçantes de guitare slide, un titre lent à l'origine, The sky is crying d'Elmore James (cette version puissante et énergique reste ma préférée), le Cocaine blues popularisé par Johnny Cash donc et It wasn't me, un titre de 1965 de Chuck Berry !
Il ne faut pas espérer souffler une fois le disque retourné. Sur la face B on trouve That same thing (The same thing de Muddy Waters, un titre signé Willie Dixon), So much trouble de Brownie mcGhee, I'm just your good thing, en fait I've been a good thing for you de Slim harpo (Comme souvent dans les musiques populaires, Thorogood fait varier les titres). Les Rolling Stones ont repris plusieurs titres de Slim Harpo mais pas celui-ci je crois, pourtant cette ballade est tout à fait digne des Stones à leur sommet du milieu des années 1960. L'album se termine avec Baby, please set a date de Homesick James Williamson et New Hawaiian boogie de son cousin Elmore James.
Outre les Stones des débuts, auxquels les notes de pochette font aussi référence, le point de comparaison qui me parait le mieux convenir, dans un domaine de tradition proche et avec une énergie similaire, c'est le Dr Feelgood époque Wilko Johnson.
Les notes de pochette dont j'ai parlé nous révèlent entre autres que ce disque, comme le premier, est sorti à l'origine aux Etats-Unis chez Rounder, le label indépendant connu avant tout pour son travail sur le folk. Ils expliquent d'ailleurs qu'ils ont longtemps hésité à éditer Thorogood, justement parce que son style de rock stonien correspondait peu à leur catalogue. Une fois qu'ils ont eu rencontré et vu sur scène Thorogood et ses Delaware Destroyers, leurs doutes ont immédiatement disparu. Ce qu'ils disent de Thorogood et de sa réaction au succès inattendu de son premier album (non affecté, volontaire, attitude saine vis-à-vis du show-business, importance de la scène, têtu, pas de road manager ni d'équipe technique), tout cela, additionné au fait que cet album a été enregistré à Boston, ne peut que me faire penser à un certain Jonathan Richman, qui a aussi enregistré plus tard pour le label Rounder pendant presque dix ans, ça ne peut pas être un hasard !

Je ne suis pas absolument certain que l'exemplaire du disque que j'ai est celui-là même que nous avions il y a trente ans. Il n'est pas impossible que mon frère ait ce disque et que moi je l'ai racheté entre-temps d'occasion. Ce qui est sûr, c'est que la copie que j'ai aujourd'hui correspond à l'édition originale française que nous avions. Donc, si ce n'est pas l'exemplaire d'époque, c'est donc son frère !

A voir : le concert en Allemagne de 1980 pour l'émission Rockpalast, qui confirme les dires des gens de chez Rounder sur l'attitude de Goerge Thorogood sur scène.
A écouter : des titres de Thorogood sur Deezer, mais je ne saurais dire si cet album fait partie du lot car le système d'exploitation de mon ordinateur ne me permet plus d'accéder à ce site.

25 avril 2009

J.S. BACH : Danses d'Anna Magdalena


Acquis chez Troc de l'Île à Tinqueux le 24 avril 2009
Réf : 470 112 -- Edité par Cassiopée en France vers 1970
Support : 45 tours 17 cm
9 titres

Pour illustrer ce que je disais tout à l'heure à propos des différences entre le monde du rock et celui du classique, essayons de comprendre ce que tente de nous vendre cette pochette de disque (car c'est bien à vendre que sert avant tout une pochette de disque).

C'est J.S. Bach qui est mis en avant. Mais l'entend t'on sur le disque ? Non bien sûr. Pas d'enregistrement au XVIIIe siècle, que je sache. Tout au plus des partitions (mais là il s'agit de disques pas de partition), et encore, Bach a très peu été publié de son vivant. Là, il n'est que le compositeur. Mettre Bach en gros sur la pochette, c'est un peu comme si on avait mis en avant Jerry Leiber et Mike Stoller en omettant Elvis sur son 45 tours Hound dog (A propos de Leiber et Stoller, il y avait récemment dans le n° 185 de Mojo un article captivant centré sur une discussion entre ce duo de compositeurs-producteurs et Rick Rubin).

Est-ce un disque d'Aimée van de Wiele alors ? Oui, dans les faits, puisqu'elle est la seule à jouer (du clavecin) sur ce disque solo instrumental. Mais la brave Mamie, très réputée dans son domaine, était moins renommée que Bach et son label n'a pas dû la trouver suffisamment photogénique pour la mettre en photo sur son disque (encore que, quand on vu ça, on sait que tout est possible !).

Alors, du coup, un troisième nom apparaît sur la pochette, celui de Mireille Nègre, alors Première danseuse de l'Opéra de Paris. Mademoiselle Nègre a peut-être eu l'occasion de danser en public sur ces airs de Bach, mais c'est un 45 tours, pas un DVD, et il ne faut pas la chercher sur le disque ailleurs que sur la pochette. Là encore, il est évident que c'est sa beauté divine qui lui vaut d'occuper les deux-tiers de la pochette, sur un décor d'orchidées de la collection Vacherot & Lecoufle. J'utilise l'adjectif "divine" sciemment puisque Mireille Nègre a un parcours de vie très original (raconté dans plusieurs livres, dont la biographie Je danserai pour toi), qui l'a notamment vue abandonner la danse alors qu'elle était Étoile de l'Opéra de Paris pour entrer dans les ordres. Depuis une vingtaine d'années, Sœur Mireille du Cœur immaculé et transpercé (son nouveau pseudonyme, à la ville comme à la scène) danse à nouveau, mais uniquement dans des lieux consacrés.

Voilà, tout ça pour dire que, pour un 45 tours de Chuck Berry, les choses auraient été beaucoup plus simples : son nom en gros et sa photo ! (sauf à ses débuts, quand on évitait de mettre des noirs en photo sur les pochettes, comme ci-dessous sur la pochette de son premier EP anglais, en 1956).

Sinon, question musique, mon tiercé dans l'ordre pour les préludes et danses interprétés ici est : Musette en ré majeur, Petit prélude en do majeur et Prélude en fa majeur.

ROCK'N'ROLL 39-59


Acquis chez Parallèles/Gilda à Paris le 6 avril 2009
Réf : BS11001 -- Edité par Body & Soul en France en 2007 -- Offert par Directsoir -- Interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : ELVIS PRESLEY : Hound dog -- LITTLE RICHARD : Good golly, Miss Molly -- CHUCK BERRY : Roll over Beethoven -- CARL PERKINS : Blue suede shoes

Voilà un disque bizarre. Je suis bien certain de ne pas être un puriste borné du rock'n'roll, mais il y a là des incohérences et des incompatibilités qu'on perçoit au premier coup d'oeil. Rock'n'roll/Cartier d'abord.
Le rock des années 50 et le monde de la joaillerie de luxe, même via une fondation artistique, rien à voir. Ça ne m'évoque au mieux que des amateurs de rock ventripotents sur le retour avec des catogans. J'ai bien dit au mieux...
Rock'n'roll/Art contemporain ensuite. Autant essayer de mélanger l'eau et le feu. L'art contemporain au sens où on l'entend dans le nom de la fondation, c'est l'art du concept par execellence. Le rock'n'roll c'est l'art de la musique qui a su rester primitive, celle qu'on joue et qu'on ressent avec son corps et son âme.
Rock'n'roll/Directsoir pour finir, puisque ce disque a été distribué par ce qui doit être le pire des journaux gratuits. Même si le rock'n'roll est intrinsèquement lié à la société de consommation, on atteint plus de cinquante après des abîmes dans l'assimilation et la commercialisation...
Autre problème avec ce disque, sa pochette très moche. C'est d'autant plus surprenant qu'elle reprend l'affiche d'une exposition d'art, donc, présentée à la Fondation de juin à octobre 2007. Heureusement, s'il a plus ou moins la même couverture, le catalogue de l'exposition édité chez Xavier Barral semble regorger de superbes documents graphiques : photographies, affiches, pochettes.
Bon, terminé les critiques, car côté musique, et c'est bien ce qui compte, la sélection est imparable. Quatre joyaux incontestables (tiens, le voilà peut-être le rapport avec Cartier !), tous sortis en 1956 (peut-être parce qu'en 2007 c'était l'année la plus récente à être tombée dans le domaine public) par quatre grande figures du rock'n'roll.
Saluons particulièrement Little Richard et Chuck Berry, deux artistes qui sont encore nos contemporains, et attribuons quand même une mention spéciale à Chuck qui, avec Roll over Beethoven, revendique haut et fort dès mai 1956 la place du rock au sein de l'art musical, tous styles confondus, en balayant Beethoven et Tchaïkovski, en faisant référence à la radio, au disque et à la danse, et en citant d'ores et déjà un autre classique présent sur ce CD (Blue suede shoes). Comme quoi le rock était non pas à ses débuts mais bien déjà à son apogée en 1956.
Chuck Berry incarne parfaitement ici l'une des spécifités de l'art du rock'n'roll qui est trop rarement mise en avant : les rockers comme Chuck sont des artistes complets. Là où dans la musique classique ou l'opéra on a des compositeurs, des auteurs de livret, des musiciens, des chanteurs, des danseurs (et rares sont ceux qui excellent dans plusieurs de ces spécialités), on tient avec Chuck Berry un virtuose qui compose sa musique et l'interprète, qui écrit ses paroles et les chante, et en plus qui danse sur scène.
Roll over Cartier, tell Directsoir the news, rock'n'roll will stand.