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29 juillet 2026

JUILLET FIRE : Wildfire


Consulté pour la première fois sur Bandcamp le 26 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Juillet Fire aux États-Unis en 2015
Support : 1 fichier mp3
Titre : Wildfire

Comme je manquais un peu d'inspiration pour trouver un sujet de chronique de musique en ligne, j'ai procédé comme je le faisais pour mes chroniques pour le webzine Casbah : j'ai fait une recherche sur Bandcamp.
Eh non, je ne suis pas obsédé par l'actualité brûlante au point d'avoir fait une recherche sur "feu" ou "forêt". Non, tout bêtement, j'ai commencé par une recherche sur le mois en cours, "juillet" (inconsciemment, je devais me souvenir que j'avais procédé de façon similaire en novembre 2021 pour ma toute première chronique Casbah).
Et dans la première page de résultats, j'ai aperçu ce titre en anglais Feu de forêt par Feu de Juillet...! Là, je ne pouvais qu'aller écouter et, comme ce que j'ai entendu m'a paru suffisamment intéressant, mon choix a été vite fait.
Ce que j'avais complètement oublié c'est que, toujours pour Casbah, j'avais bien fait il y a trois ans une recherche sur "forest fire", en référence à l'excellente chanson de Lloyd Cole. Il en avait résulté la chronique de A Forest Fires, The Bamboo Shoots.

S'agissant d'un artiste américain, je n'arrive pas à expliciter l'utilisation du terme "Juillet" dans le nom. On se serait attendu par exemple à "July" ou "Juliet", mais là ça reste intrigant.
Derrière ce nom, on trouve une musicienne de Grand Junction dans le Colorado, diplômée en 2015 du fameux Berklee College of Music.

Parmi les mots-clés choisis pour caractériser Juillet Fire, il y a "electronic" et "pop vocals", et ça convient très bien pour décrire Wildfire, une chanson d'amour, avec la basse synthétique en intro et les synthés et percussions électroniques qui viennent ensuite. La voix pop est bien là, doublée par moments, et la chanson décolle vraiment dans la deuxième moitié avec les répétitions du refrain "Let the wildfire burn". Ça me rappelle évidemment un peu mes années new wave, mais ça me plaît bien.

La chanson est extraite du Mile high in 2015 EP, sur lequel mes deux autres titres préférés sont Living in the age et Really rad, en collaboration avec A spineless mind.

Juillet Fire n'a rien publié d'autre sur Bandcamp depuis 2015, et il n'y a rien non plus sur Discogs ou ailleurs en ligne. J'imagine quand même que la musicienne/chanteuse en question reste active, avec d'autres projets.

Quant à nous, si l'inspiration manque on pourra toujours s'intéresser à la canicule la semaine prochaine...

25 juillet 2026

JEAN CHRISTOPHE avec ANDRE CHACKALL : Chante ses chansons 2


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 13 juillet 2026
Réf : JM 21-22 -- Édité par Agora en France en probablement dans les années 1950
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Toi c'est toi -- Pourquoi, pourquoi -/- Inconstance -- Étrange attente

Dorian avait mis de côté ce disque spécifiquement à mon intention, en raison du nom de l'artiste bien sûr, un JC comme moi. Je l'ai remercié, en faisant la remarque en passant que, dans ce cas précis, Jean était le prénom et Christophe le nom de famille.
Eh bien, figurez-vous que j'avais tort ! En consultant Discogs, j'ai tout de suite appris que ce nom d'artiste reprend les deux premiers prénoms de Jean Christophe de Mauraige (1928-2021), comme indiqué au verso de son premier 45 tours, qui avait en réserve dans sa besace un troisième prénom, Fernand.

Avec l'ami Philippe R., on a pris l'habitude depuis quelques temps de s'échanger des articles à propos de personnes, célébrités ou anonymes, artistes ou non, qui ont eu un parcours de vie qui nous parait remarquable. Celui de Jean Christophe de Mauraige, retracé par son fils Ghilhem au moment de son décès, rentre dans cette catégorie. Sous le pseudonyme de Kizoff et aux côtés de sa mère Elisabeth, il a participé à la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, de 1943 à 1945, c'est à dire à partir de 15 ans, notamment au sein de l'Armée Secrète de Dordogne.
A partir de 1950, il aura de nombreuses activités dans les domaines social et culturel, notamment au sein de la Fédération des Colonies de Vacances Familiales. Il est notamment l'auteur de pièces de théâtre, le co-auteur d'un livre sur l'initiation au mime, et donc il a publié deux 45 tours de ses chansons, le mien étant de le deuxième.

André Chackall accompagne Jean Christophe sur les deux disques. Je n'ai trouvé aucune information à son sujet. Aucune information non plus sur Maryse Tulasne, qui a dessiné la pochette de ce deuxième volume.

Les deux chansons de la face A sont en duo et ce sont mes deux préférées; je les ai numérisées.

Pour Toi c'est toi, l'instrumentation est minimale, avec guitare acoustique et percussion. Ils chantent les refrains ensemble. Pour les couplets, l'un chante et l'autre fait des vocalises. Cette mise en place permet de surmonter leurs limites question technique vocale. La simplicité de l'ensemble fait beaucoup pour rendre la chanson intéressante.

Pourquoi, pourquoi est une chanson courte, avec un côté folk prononcé qui tendrait à me faire dater le disque du début des années 1960 plutôt que de la fin des années 1950. Là encore, c'est minimal, léger ("Moi je suis fou de toi, toi tu te fous de moi") et sympathique.

Sur la face B, Inconstance est chantée par André Chackall seul, avec juste de la guitare acoustique. On est plus proche du Père Duval que de Georges Brassens, les deux, on le sait, n'étant pas incompatibles.

Étrange attente est chantée par Jean Christophe façon crooner, ce qui n'est pas vraiment dans ses cordes. Cette chanson est orchestrée par Pauline Campiche, pianiste et compositrice, auteur notamment de la musique du feuilleton Le temps des copains et du film Mon oncle du Texas.

A écouter :
Jean Christophe et André Chackall : Toi c'est toi
Jean Christophe et André Chackall : Pourquoi, pourquoi


18 juillet 2026

NENAD : (Marie's the name) His latest flame


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers 1984
Réf : ama 1 -- Édité par CAMAB en Angleterre en 1982
Support : 45 tours 17 cm
Titres : (Marie's the name) His latest flame -/- Sanja

J'ai acheté ce disque, comme des dizaines d'autres, pour 10 pence dans la cave du Record and Tape Exchange. La pochette assez réussie a dû m'attirer, avec ce jeune gars en chemisette et les couleurs derrière qui font penser à celles d'un drapeau. La face A est une reprise d'un tube d'Elvis Presley, mais je ne le savais sûrement pas à l'époque.
Je n'ai trouvé aucune information sur  cet artiste Nenad, qui est un prénom d'origine slave. Discogs nous apprend juste qu'il a sorti un autre 45 tours après celui-là, Green grass.

Il y a un an, l'ami Phil King a publié All the young droids, un double album compilation de raretés de pop synthétique de salon, des bricolos qui après le punk se sont emparés des nouveaux synthés au prix devenu accessible. Ce disque de Nenad n'a pas le côté futuriste/mutant droid et est sans doute trop gentillet, mais il est de la même époque et il est également électronique et pop, auto-produit et sûrement aussi auto-édité : le seul autre disque référencé sur le label CAMAB est le deuxième de Nenad, qui a utilisé les services d'Ellie Jay Productions, une boite genre Le Kiosque d'Orphée en France qui proposait de vous organiser toutes les étapes de la publication d'un disque. Nenad disposait d'un certain budget, y compris pour la promotion, puisqu'il y a sur mon exemplaire une étiquette avec le téléphone du publiciste Geoff Collings.
Ce n'est pas mon repiquage MP3 qui est raté : je ne sais pas si ça vient de l'enregistrement, du mixage ou de la gravure, mais le son du disque n'est en tout cas pas génial.

His latest flame est donc la reprise d'une chanson écrite par Doc Pomus et Mort Shuman. Si c'est Elvis qui en a fait un tube en 1961, c'est Del Shannon qui avait publié la première version quelques semaines plus tôt. La chanson de départ, avec son léger rythme à la Bo Diddley, est très bonne. Je trouve la version électronique de Nenad très réussie. Je l'ai régulièrement écoutée et appréciée ces quarante dernières années.
J'avais en tête comme point de comparaison une autre reprise sixties d'époque, Chantilly lace par R. Stevie Moore, mais l'original n'est pas d'Elvis comme je pensais (c'est Big Bopper) et le son est assez différent. Mais je n'étais pas tombé bien loin : sur l'album Under the covers de 1983, Chantilly lace est enchaîné avec... His latest flame, et là on n'est pas si loin de la version de Nenad (ces titres ont été publiés en France par New Rose en 1984).

La face B, Sanja, est une chanson originale de Nenad. Le titre est un prénom, mais il signifie aussi "Rêves" en croate. Dans sa première partie, c'est une ballade, un slow quoi, une ode à Sanja. Le dernier tiers est instrumental et un peu plus rythmé, mais l'ensemble est assez quelconque. N'empêche, j'aimerais bien en savoir plus sur ce Nenad...

A écouter :
Nenad : (Marie's the name) His latest flame
Nenad : Sanja


24 juin 2026

SUN RA : Enlightenment


Consulté pour la première fois sur YouTube le 12 mars 2026
Réf : SR 10 001 -- Édité par Shandar en France en 1971
Support : 1 fichier MP3
Titre : Enlightenment

C'est l'ami Philippe R. qui m'a envoyé il y a quelques mois le lien  vers l'émission de la télé française L'état du monde diffusée le 31 mai 1969. Le thème était Spécial États-Unis et on y voit Sun Ra et son Intergalactic Arkestra jouer chez lui, dans son appartement de Philadelphie. Ils interprètent notamment la courte chanson Enlightenment, et c'est un moment magique.
Pour faire bonne mesure, Philippe m'a aussi envoyé le lien vers ce qu'il pensait être la version studio de la chanson (et moi aussi d'ailleurs). L'arrangement est très proche de la version télé et c'est tout aussi bon. En fait, la demi-seconde d'applaudissements au tout début indique qu'il s'agit d'une version en concert. On y reviendra.

Depuis que j'ai découvert il y a 25-30 ans l'album Batman and Robin auquel l'Arkestra a participé, je sais qu'il y a des choses qui peuvent m'intéresser chez Sun Ra, que ce n'est pas juste du jazz cosmique pas fait pour mes oreilles.

J'ai essayé de retracer l'histoire d'Enlightenment.
A priori, sa première publication sur disque c'était en 1959 sur l'album Jazz in silhouette. La musique est composée par Sun Ra et le trompettiste membre de l'Arkestra Hobart Dotson. On reconnaît bien Enlightenment, surtout au début, mais cette version est entièrement instrumentale, dure cinq minutes, et surtout c'est pour le coup bien jazz.
La version studio chantée que j'ai fini par repérer (il y en a peut-être d'autres), est sortie en 45 tours vers 1973. Elle reste très proche des deux versions que Philippe m'avait envoyées. Les deux membres de l'Arkestra crédités pour le chant, qui doivent être les deux mêmes que dans la version télé, sont June Tyson et le saxophoniste John Gilmore.

Et la version live de Philippe, que je préfère à la version studio ? Eh bien, après une enquête soignée, j'ai pu déterminer qu'elle a été enregistrée en 1970, à Saint-Paul de Vence, à l'occasion des Nuits de la Fondation Maeght. Sun Ra y a donné ses deux premiers concerts hors des États-Unis. Deux volumes en 33 tours ont été édités en France par Shandar à l'époque. Strut a réédité en 2025 l'intégralité des deux concerts des 3 et 5 août 1970.

La musique est toute simple. La basse lui donne un bon balancement. La mélodie du chant et les appels/réponses entre les deux chanteurs la rendent accrocheuse et irrésistible.
En l'écoutant, je pense d'abord à mon 45 tours Japan de Pharoah Sanders, et aussi, je ne sais pas trop pourquoi parce que musicalement c'est différent, à Bird's lament de Moondog. Et encore à certains des titres bricolés et chantés en duo d'Areski et Brigitte Fontaine (hasard saisissant, l'image de fond de la page Bandcamp de Byg pour la réédition de L'incendie est un CD de Sun Ra !).

Je suppose que les paroles sont de Sun Ra. Elles sont excellentes, très hip-pop optimistes et complètement spatiales. Elles sont aussi une ode à la musique.
J'ai cherché comment traduire au mieux "enlightenment". Pas si simple, et au bout du compte il me semble que le mieux dans le contexte est de rester au plus près de l'étymologie et de parler d'illumination spirituelle. Sun Ra nous invite à rejoindre son monde spatial ("Le son de la joie c'est l'illumination; L'espace, le feu, la vérité c'est l'illumination; L'espace, le feu, parfois c'est la musique; Des mathématiques étranges, des équations rythmiques").
L'immense majorité des 47 titres des Nuits de Maeght fait référence à l'espace. J'imagine que Sun Ra ne pouvait que s'intéresser aux explorations spatiales de l'époque. L'un des titres est d'ailleurs Why go to the moon ?. La réponse : essayez plutôt Neptune, ou Pluton, ou Sun Ra !

Pour ma part, je vais peut-être répondre favorablement à l'appel de Sun Ra. Dans l'espace, on se rapproche du soleil et des autres étoiles, mais il n'y fait pas aussi chaud que chez moi aujourd'hui.



10 juin 2026

ORCHESTRE TOUT PUISSANT MARCEL DUCHAMP : Coagule


Consulté la première fois sur YouTube le 1er juin 2026
Réf : [sans] -- Édité par Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp en Suisse en 2026
Support : 1 fichier FLV
Titre : Coagule

Depuis quelques temps, l'ami Philippe R., en terme de musiques nouvelles, s'intéresse principalement aux performances en direct, souvent acoustiques, à l'esprit spontané, parfois familiales ou amicales. De la musique jouée dans une cour de maison en Afrique, dans un salon aux États-Unis, ou un vendredi au marché d'Uturoa.
C'est lui qui m'a signalé cette toute récente vidéo de l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp qui interprète en direct Coagule, une chanson de son dernier album en date, Ventre unique.

J'ai eu la chance de voir trois fois l'OTPMP en concert. D'abord sous chapiteau au Ptit Faystival en 2012 (où j'étais allé pour Patrik Fitzgerald et où j'ai découvert Arlt), en salle à Reims en 2014 et en plein air à Châlons en 2021 pour le meilleur festival de la Marne, les Musiques d'Ici et d'Ailleurs.

La vidéo est tournée à Genève, la ville d'origine de l'Orchestre, dans un lieu nommé Porteous. Ce n'est évidemment pas par hasard si ce lieu a été choisi. Cette ancienne station d'épuration est réinvestie depuis 2018 par un collectif qui y développe un projet de transformation culturelle et sociale.

Il y a sûrement de l'électricité à Porteous, mais pour l'occasion, l'OTPMD a choisi de jouer dehors, sans amplification ni instruments électriques.
La formation compte 18 membres. Ils n'ont jamais été aussi nombreux quand je les ai vus en tournée. Nombreux, certes, mais il n'y a rien de surchargé dans l'excellente chanson qu'est Coagule. Chacun apporte sa pierre à l'édifice, tout le monde participe, personne ne se met en avant.

Le chant lui aussi est collectif, avec des paroles marquantes : une question macro-existentielle, "C'est assez inédit comme forme de tristesse, l'extinction d' l'espèce", et puis "Nous aussi on touche le fond", "On ne comprend plus bien l'intérêt qu'on avait autrefois à obéir"...
La phrase qui comprend à la fois le titre de la chanson et celui de l'album se situe dans la suite de ces paroles, mais elle pourrait évoquer aussi l'Orchestre lui-même, voire le projet Porteous : "Pour le moment, on coagule dans un ventre unique, on s'agglomère autour d'un rêve commun".

C'est un très bon moment de musique vivante. Pour en vivre d'autres, rendez-vous par exemple le 20 juin à Virieu le Grand dans l'Ain pour fêter la musique avec l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp. 




La version de Coagule de l'album Ventre unique (2024).

27 mai 2026

PIGEON : Miami


Acquis par correspondance via Bandcamp le 24 mai 2026
Réf : [sans] -- Édité par Memphis Industries en Angleterre en 2026
Support : 1 fichier MP3
Titre : Miami

Je suis depuis plusieurs années le blog I Left Without My Hat de -Twist-, qui publie notamment chaque jour la chronique d'un nouveau titre. Je lis toutes ces chroniques et, quand ça m'inspire, j'écoute le titre en question. C'était le cas le 19 mai dernier avec Black James Dean de Pigeon, tiré de leur premier album, Outtanational.

Falle Nioke, le chanteur de Pigeon est originaire du Ghana et vit à Margate, dans le Kent. C'est là que, à l'issue d'une jam, il a fait connaissance avec les autres membres du groupe, Graham Godfrey, Josh Ludlow, Steve Pringle et Tom Dream. Certains d'entre eux ont de la bouteille, puisqu'ils ont joué avec Michael Kawinuka ou Little Simz.

J'ai apprécié Black James Dean, qui m'a un peu fait penser à Basement 5, et j'ai écouté le reste de l'album. Il y a plein de bonnes choses, et c'est Miami qui a particulièrement retenu mon attention. Une chanson accrocheuse et dansante avec sa basse synthétique et son séquenceur. Là, c'est à Basil Clarke de Yargo que le chant m'a fait penser à certains moments.

Les paroles, et surtout la vidéo, font un parallèle entre Margate et Miami, inspiré par une mouche voyageuse, plutôt qu'un pigeon ! Certes, il y a à Margate un gratte-ciel (j'exagère à peine) entre la gare et la plage, mais les deux villes balnéaires restent très différentes. Margate est une petite ville qui se trouve à la croisée des chemins depuis quelques années : d'un côté elle reste économiquement défavorisée avec une population appauvrie, et de l'autre, dans la foulée de l'ouverture de la galerie d'art Turner Contemporary en 2011, la vieille ville est devenue un quartier culturel et branché en plein essor.

Outtanational est un disque prometteur. On ne sera pas étonné si le Pigeon prend son envol dans ces prochains mois.



20 mai 2026

DODUBABOUM : Cavalrire


Acquis par correspondance via Bandcamp le 17 mai 2026
Réf : [sans] -- Édité par Les Disques du Paradis en France en 2026
Support : 1 fichier MP3
Titre : Cavalrire

Bon, les Dodu ça ne court pas vraiment les sillons. Chez Discogs, très peu d'artistes Dodu sont répertoriés. Les seuls a priori qui donnent envie d'en savoir plus sont Dodu Dodo et sa Dodomanie, DonDonDodu avec Nah dead like a Dodu et Père Dodubaboum, qui a l'air bien allumé sur sa photo de profil, torse nu avec un tablier de cuisine, on dirait Gontard dans un grand jour.

Père Dodubaboum a sorti un tiers d'album en 2010. Avec un nom réduit à  Dodubaboum, il a publié pas mal de titres sur Bandcamp depuis 2012.
Un compère Dodu, on pourrait penser que j'y aurais prêté une oreille particulièrement attentive. Et pourtant, il a fallu attendre une chronique de Pop News le mois dernier pour que je découvre son existence.

Dodubaboum, c'est le nom sous lequel Dorian Verdier produit de la musique synthétique sans paroles. Il a joué précédemment avec le groupe Le Pingouin (dont j'ai l'album Hyperurbain) et avec J.C. Satàn.
Dodu, JC, un aspect culino-musical avec le tablier de cuisine qui me rappelle mon émission de radio Buffet froid, le titre du nouvel album L'espoir n'est pas mort qui est assez hip-pop optimiste. J'ai d'emblée plein d'atomes crochus avec Dorian Verdier !

Ce nouvel album est publié par le label bordelais Les Disques du Paradis. Il y a plein de bonnes choses dedans, mais j'ai sélectionné la chanson que Pop News avait mise en avant parce que, premièrement elle est entraînante et accrocheuse, avec de temps en temps des sons qui me rappellent le Devo d'E-Z listening disc, et deuxièmement, pour ce qui 
de nos jours la qualifie de "single", elle a donné lieu à la réalisation d'une vidéo bien rigolote.

Ne craignez pas la mauvaise humeur ou la déprime, tout espoir n'est pas mort, la Cavalrire de Dodubaboum arrivera toujours à temps pour vous remonter le moral et vous faire danser !



13 mai 2026

COUP DUR : J'attendrai


Acquis par correspondance via Bandcamp le 10 mai 2026
Réf : [sans] -- Édité par Precious Recordings of London en Angleterre en 2026
Support : 1 fichier MP3
Titre : J'attendrai

Il suffit de voir le peu de disques des années 2020 que j'ai chroniqués pour comprendre que j'achète de moins en moins de disques récents, nouveautés ou rééditions. Parallèlement, mes achats de disques d'occasion sont eux aussi en train de se raréfier, tout simplement parce que jen trouve de moins en moins qui m'intéressent sur les vide-greniers ou dans les boutiques d'occasion (et moins j'en trouve, moins j'ai envie de perdre du temps à en chercher...).
Pour alimenter le blog, je puise dans le stock de ma discothèque. De ce point de vue là, il y a encore de quoi faire et j'ai toujours une longue liste de disques dont j'ai envie de parler, qui évolue constamment.
Au quotidien, j'ai régulièrement des coups ce cœur pour des titres, que je découvre le plus souvent en ligne. Actuellement, ceux qui me parlent le plus, je les case dans les compilations que je mets régulièrement en ligne. Mais ils y sont un peu perdus, et il n'y a pas de contexte ni de commentaire. Alors je vais essayer de pratiquer de façon plus régulière et systématique ce que j'ai déjà eu l'occasion de faire : chroniquer de la musique découverte sur les deux plate-formes que je fréquente régulièrement, Bandcamp et YouTube.
Pour Bandcamp, la différence avec la vingtaine de chroniques que j'ai faites pour le webzine Casbah de 2021 à 2023, c'est que je ne m'imposerai plus de partir à la découverte à partir d'un thème défini.
Je ne m'interdis pas d'acheter mes parutions préférées en disque, et je préférerais même le faire, mais je ne suis pas intéressé par les vinyls et les cassettes récents, et les groupes sortent de moins en moins de CD, alors le plus souvent on se contentera de fichiers numériques.

Pour commencer, voici un titre récent d'un nouveau groupe, Coup Dur, dont j'ai appris l'existence quand quelqu'un a partagé le lien en ligne. Je suis allé écouter, ça m'a plu, et le titre s'est aussitôt retrouvé dans ma compilation La colère des imbéciles.

Coup Dur est un trio franco-belge fondé en 2025, avec Avril de Broucker à la guitare, Clémence d'Hulst à la basse et César Laloux à la batterie. Ils sont liés d'une manière ou d'une autre au label des amis de 62 Records (anciennement 62TV), mais c'est chez Precious Recordings of London que leur premier disque sortira le 22 mai prochain. D'où le titre de ce mini-album huit titres : The English want... Coup Dur.

Precious Recordings of London
s'est fait connaître à partir de 2021 en éditant en single vinyl des sessions radio enregistrées dans les années 1980-1990 par la crème du rock indépendant anglais, des amis Jasmine Minks à Hefner, en passant par les Weather Prophets et Helen Love.
Au fil du temps, ils se sont mis à publier de nouveaux enregistrements de vétérans de cette scène (l'album Be careful what you wish for de The Pillars of Creation, un projet de Jim des Jasmine Minks, vient de sortir). Et depuis l'an dernier, avec des références catalogue PRENEW (Coup Dur sera la onzième), ils donnent leur chance à de jeunes groupes qui donnent eux aussi dans l'indiepop.

Un premier "single" tiré de l'album, Mon amie, est paru en février. Il est très bien, mais c'est le second, arrivé fin mars, qui m'a vraiment emballé.

J'attendrai est une chanson originale. Rien à voir avec la chanson J'attendrai popularisée en France par Rina Ketty, que ma génération a connue par la version de DalidaMon manuel de grammaire en quatrième pendant l'année scolaire 1975/1976 se servait de cette chanson pour des exemples et exercices à de multiples reprises dans tous ses chapitres. Ça m'a marqué à jamais.

Le J'attendrai de Coup Dur est une chanson pop légère et enlevée, avec des paroles réussies, un air qui reste fort en tête, une vidéo réussie et drôle. Le tout est bouclé en 1'40. Un fan de hip-pop optimiste ne demande rien de plus. Avec des points de référence similaires, on peut penser pour les francophones à Juniore ou aux Calamités.

C'est contre-intuitif, mais si sous sentez que vous avez un coup de mou, je vous prescris une bonne dose de Coup Dur ! Leur disque s'annonce comme un coup d'éclat, voire un coup de maître.



01 mars 2026

TRANSGLOBAL UNDERGROUND : Moonshout


Acquis à La Recyclerie à Châlons-en-Champagne le 12 novembre 2025
Réf : MULE04 -- Édité par Mule Satellite en Angleterre en 2007
Support : CD 12 cm
14 titres

Il y a encore beaucoup de 45 tours à la ressourcerie de Châlons, mais ils sont pour la plupart peu intéressants et souvent en piteux état. Ce jour de l'automne dernier, j'y ai quand même trouvé, sans pochette, l'EP Carol des Stones et Blue Monday de Fats Domino. Et j'ai aussi trouvé ce CD, un album de Transglobal Underground que je ne connaissais pas du tout.

J'ai dû vraiment entendre parler d'eux en lisant le programme des Transmusicales de 1994, une des années où je me suis rendu à Rennes. Transglobal Underground, avec sa chanteuse Natacha Atlas, y était présenté comme une des principales attraction de la rave Ethnics 2 Technics. Si jamais j'ai vu un bout de leur prestation, c'est juste quelques minutes en passant, mais je ne suis pas du tout sûr d'avoir tenu jusqu'à 2h30 du matin, l'heure programmée de leur passage.
Par la suite en tout cas j'ai acheté leur premier single Temple head et l'album International times.

J'ai toujours tendance à associer Transglobal Underground à d'autres formations que j'apprécie, qui font un grand mélange cosmopolite de genres musicaux, de 3 Mustaphas 3 à Dissidenten, en passant par L'Attirail, 17 Hippies ou  Cornershop

Moonshout, paru en 2007, est le septième album de Transglobal Underground. J'ai été vraiment surpris et ravi à la première écoute parce que, alors que les titres se succédaient, je trouvais que les chansons fonctionnaient très bien et que les expériences de fusions de styles étaient réussies.
Sur cet album qui comporte de nombreux invités, le groupe est principalement constitué de deux membres fondateurs, le guitariste Tim Whelan et le batteur Hamilton Lee, à qui se sont joints les chanteurs Tuup et Krupa, le percussionniste Rav Neiyyar et la bassiste et sitariste Sheema Mukherjee.

Mon titre préféré pour l'heure est It's a sitar. C'est l'un des plus enlevés de l'album et l'un des plus légers. On est dans une ambiance digne des rigolos de The Melody Four : "I love the girl who plays the guitar. It's not a guitar, it's called a sitar."
Le sitar n'est pas présent sur tout le disque, mais il a un rôle important, par exemple sur l'instrumental Elena, qui propose une sorte d'hybride klezmer/sitar, et sur Quit mumblin', où l'instrument indo-psychédélique par excellence est associé à un Diddley beat !
On entend aussi du sitar sur Awal, où une Natacha Atlas de retour est associée à un rappeur, et sur Mera jhumka.

On entend aussi pas mal de sons et de rythmes associés au reggae sur la majeure partie des autres chansons qui m'ont le plus accroché : Emotional yoyo, Dancehall operator, Total rebellion et Border control.

Le concertina sur Cape thunder m'a fait penser à l'Afrique du Sud. A raison je pense car les crédits mentionnent du chant zoulou.
Ces crédits confirment que la musique du groupe est bien transglobale : pour Mag ak ndaw il est question de chants wolof et Bollywood et pour
Moonshout de raps anglais et hongrois !

AU bout du compte, c'est vraiment un album, agréable, dansant et inventif, une excellente pioche, quoi !

Le dernier album paru de Transglobal Underground date de 2020, mais le groupe donne toujours régulièrement des concerts. Il y en a plusieurs prévus ce mois-ci en Angleterre.



17 janvier 2026

MI7 : The great leap sideways EP


Acquis probablement au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans les années 1990
Réf : TUV 27CD -- Édité par Chill en Angleterre en 1992
Support : CD 12 cm
9 titres

Je suis retombé sur ce disque en rangeant mes étagères. Je me souvenais de sa pochette, mais pas du tout de l'artiste ni de son contenu. En vérifiant sa fiche sur Discogs, j'ai été surpris de noter que 12 personnes déclarent avoir ce CD, pour 183 qui le recherchent. Aucun exemplaire n'a jamais été vendu sur la plate-forme, ce qui indique, comme c'est confirmé par un commentaire, que ce disque est à la fois rare et recherché. Plus même, c'est assez rare pour le souligner, que l'édition en maxi single vinyl (125 qui l'ont pour 408 qui le cherchent, 30 ventes sur le site et 7 exemplaires actuellement en vente, entre 86 et 140 €).
Le maxi est donc moins rare, et surtout il ne comporte que quatre titres, contre neuf pour mon CD, qui dure la bagatelle de 47 minutes.

MI7 est un nom qui m'était inconnu. Il est clair qu'il a été choisi en référence aux services de renseignement britanniques MI5 et MI6. C'est un certain Tony Boninsegna, né Tony Payne, qui se cache derrière cet intitulé. C'est nom d'artiste le plus courant, mais il adore visiblement multiplier les identités. La liste sur Discogs des pseudos de MI7 et de Boninsegna est impressionnante : Kalaeidoscope, Ministry Of Fear, Unlimited Source, Danger, Dr. Caligari, Estudiantes De La Clandestinamente, Mephisto, Napoleon, Nine-L, Opus Fluke, Pierre Point, Return Of The Living Acid, Sykosis 451, T.Bone, The Enigmatist, Zeco...!
Notons que deux de ses propres pseudonymes (Return of the Living Acid et The Enigmatist) sont crédités pour des remixes sur mon CD.

Tony Boninsegna n'est pas connu du grand public, mais il a publié un nombre impressionnant de titres entre 1986 et 1994 (24 d'entre eux sont compilés en deux volumes sur Notes from the underground 1988-1994). Il a été un pionnier souterrain des musiques électros des domaines house/techno/rave/breakbeat/jungle etc.

Cette édition CD de The great leap sideways EP contient à la fois des titres nouveaux, jamais publiés ailleurs, et des remixes des deux précédents singles de MI7. Plusieurs d'entre eux ne sont disponibles que sur ce format.

Le disque s'ouvre avec mon titre préféré Wipeout, qui aurait pu faire un excellent générique pour une de mes émissions de radio. Et, oui, il y a bien un lien avec le classique des Surfaris, dont un extrait a été accéléré et trituré, plaqué sur une rythmique et une basse reggae et agrémenté de rythmes dance et de synthés. Ce n'est pas toujours le cas, mais cette version instrumentale fonctionne mieux, parce que plus fofolle, que la version ragga chantée par l'invité Daddy Foxy, même si celle-ci est très bien aussi, marquée à un moment par l'apparition surprenante des Beach Boys avec le refrain de leur premier single Surfin'. Le seul autre crédit de Daddy Foxy sur Discogs est pour une version maxi de Know yourself d'Horace Andy en 1997.

Le titre le laissait clairement penser : Skanga est bien une version du Ire feelings de Rupie Edwards. Le "Skanga" qui est psalmodié en vient directement et le "I feel so high" vient sûrement d'un autre disque.

Il y a une seule version du premier single de MI7, No contest. Ce Rumble in the jungle mix, inédit par ailleurs, n'est pas mal, mais je lui préfère sa version originale, avec sa grosse basse.

Pour le second single, Rockin' down the house, on a droit carrément à cinq versions différentes. Toutes me plaisent plutôt bien, mais une ou deux versions auraient suffi : il y a là de quoi frôler l'indigestion !
La voix qui chante "We're rockin' down the house" sur ce titre provient d'un single de 1986 d'Adonis, un pionnier de la house de Chicago.
Pour le coup le Vocal ragga mix est très bien, avec un bon dosage entre les interventions de Daddy Foxy et la voix samplée.
Le Return of the Living Acid mix associe synthé, reggae et rythme techno, qui se met à accélérer au bout de deux minutes trente (c'est peut-être effectivement le retour de l'Acid ?).
Le Queens Park bass mix est pas mal, avec son petit son de synthé sympa et Daddy Foxy qui n'est pas crédité. Et il fait "seulement" quatre minutes, alors que les deux dernières versions, le Chop mix (haché et saccadé comme le titre l'indique) et l'Enigmatist mix (dans un style dub électro house), pointent à huit et neuf minutes. C'est trop...!

Il y a une page Bandcamp au nom de Tony Boninsegna avec plein de choses dessus, dont beaucoup de "vieilleries", mais j'ai l'impression qu'il y a quelques titres relativement récents de 2021.

A écouter :
MI7 : Wipeout (Instrumental)
MI7 : Wipeout (Vocal ragga mix)

21 décembre 2025

DAVID LYNCH'S INLAND EMPIRE SOUNDTRACK


Acquis chez Récup'R à Dizy le 6 décembre 2025
Réf : DLMC002 -- Édité par David Lynch Music Company aux États-Unis en 2007
Support : CD 12 cm
17 titres

C'est très rarement cette année qu'il y a eu de nouveaux CD intéressants qui se sont matérialisés à la ressourcerie. Mais là, il y a eu visiblement une belle collection qui a été donnée et j'ai récupéré une petite quinzaine de disques, dont des albums que je n'avais pas des Little Rabbits, de Laura Veirs, Elliott Smith, Badly Drawn Boy, Thomas Fersen ou Sufjan Stevens.
Et aussi celui-ci, la bande originale de l'ultime film de David Lynch (1946-2025), que j'ai pris, pas tant pour ce que je pensais être les musiques originales du film signées David Lynch que parce que j'ai noté qu'il y avait un titre de chacun de Beck et Nina Simone, même si je me doutais bien que je les avais déjà.

Ce n'est qu'une fois rentré à la maison, quand j'ai répertorié le disque, que je me suis rendu compte d'une particularité  de mon exemplaire : la signature de couleur dorée sur le recto de la pochette, qui est nickel et qui se marie parfaitement avec la couleur du mot "Soundtrack", tout indiquait qu'elle était imprimée en même temps que le reste de la pochette. Sauf qu'à l'origine il n'y a pas de signature sur cette pochette ! Après vérification, je me suis rendu à l'évidence : mon CD a été autographié par David Lynch lui-même.
La question suivante c'est : comment ce CD autographié a-t-il bien pu arriver jusqu'au fin fond de la Marne ? Mystère, même si on se doute bien que Lynch a fait de la promo au moment de la sortie du film.
Là, il s'agit du CD de la bande originale, qui a dû sortir un peu plus tard. J'ai peut-être trouvé une explication. Selon Discogs, il n'y a qu'une seule édition de ce CD, celle éditée par le label de David Lynch aux États-Unis, mais on trouve en ligne la mention d'une sortie en France chez Naive le 3 septembre 2007. Et sur le même site, il y a l'annonce d'un concours pour gagner la BO d'Inland Empire dédicacée par Lynch. Mon disque est peut-être l'un des lots de ce concours ou d'une opération similaire.

J'ai vu la majorité des dix longs métrages de David Lynch, au cinéma pour les trois premiers (dont Eraserhead probablement à la Scala de Londres), à la télé pour les suivants, mais je n'ai jamais vu Inland empire. Comme beaucoup, j'ai été très intéressé lors de sa diffusion par la première saison de Twin Peaks.
J'avais déjà dans ma collection la BO d'un de de ses films, puisque j'étais tombé vers la fin des années 1980 sur un exemplaire d'Eraserhead en 33 tours et en soldes. Je l'avais pris et je l'ai surtout écouté pour la chanson In heaven, découverte par la reprise que WC3 en a fait en 1984 sur La machine infernale (Je ne crois pas que la version des Pixies était sortie quand j'ai acheté l'album).

Je savais que David Lynch était très impliqué dans la partie musicale de ses films, c'était le cas dès Eraserhead, et j'avais suivi de très loin son projet Bluebob, mais je n'imaginais pas que la musique avait tenu une place aussi importante dans son parcours, avec des albums solo et de nombreuses collaborations jusqu'à Cellophane memories en 2024. Je ne savais pas non plus qu'il faisait des vocaux, comme c'est le cas ici.

Je ne vais pas m'étendre sur les pistes instrumentales et/ou orchestrales de cette bande originale. Même plus ou moins expérimentale, c'est typiquement de la "musique de film", qui perd beaucoup de son intérêt sans les images qu'elle accompagne.
Je préfère me concentrer sur les chansons et les autres titres qui m'ont accroché, à commencer par deux des titres de David Lynch lui-même.
Ghost of love ouvre l'album et est même sorti en single (en 2006, réédité lors d'une ressortie du film en 2022). L'ambiance est très Twin Peaks/Angelo Badalamenti, mâtinée de Portishead. Ce qui est surprenant, c'est qu'on a l'impression d'entendre la voix d'une "chanteuse", alors que c'est bien celle de Lynch, passée à travers un effet.
Walkin' on the sky est très bien aussi, et là  on est plutôt dans une ambiance à la Tom Waits.

J'apprécie beaucoup Take five de Dave Brubeck, mais je ne connaissais pas Three to get ready, tirée du même album de 1959 Time out. J'ai au moins appris une chose : c'est cet air sautillant qui a été utilisé par le compositeur Jacques Datin pour le thème principal de Le Jazz et la java de Nougaro. Mais le nom de Brubeck n’apparaît nulle part sur le 45 tours original...! (ni sur le 33 tours, où l'on trouve quand même celui de Haydn, dont un thème a aussi été "emprunté", pour les refrains).

On ne refusera jamais une occasion de réécouter l'entraînant The locomotion de Little Eva. Dans le film, la chanson est utilisée pour une scène chorégraphiée.

Le titre de Beck Black tambourine est suivi de la mention "Film version". J'ai comparé avec la version de l'album Guero et la différence est subtile. Autant que je puisse dire, elle consiste en l'ajout de sons plus ou moins menaçants en arrière-plan (nappes de synthé ? Guitare électrique ? Vent ? Autres bruitages ?).

La chanson Sinnerman de Nina Simone est juste utilisée pour le générique de fin, ce qui est un peu du gâchis. Mais bon, on ne va pas se plaindre car du coup on trouve ce CD ce qui, sauf erreur de ma part, est une version retravaillée de 6'40 de la version de 10'20 sur l'album Pastel blues de 1965.

Au bout du compte, cela fait quand même un CD intéressant. J'ai compilé ci-dessous les extraits du film où l'on entend mes chansons préférées. Malgré tout, ça ne m'a pas donné particulièrement envie de voir ce film en entier.

L'album est en écoute et en téléchargement chez archive.org.


A écouter : Pourquoi David Lynch est un grand musicien ?, une émission de France Culture d'une heure, du 18 janvier 2025. (Je n'ai pas moi-même écouté cette émission...!)










Une photo dédicacée à Cannes par David Lynch en 2002 et ci-dessous un DVD d'Inland Empire.



22 novembre 2025

NIHIL : Chica


Acquis sur le vide-grenier de la salle polyvalente à Juvigny le 2 novembre 2025
Réf : 54067 -- Édité par M.S.R. en France en 1988
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Chica -/- Lucie

Les vide-grenier en salle, c'est un moyen de continuer les ventes une fois la mauvaise saison venue, mais c'est rarement très satisfaisant, ne serait-ce que parce que le nombre de stands est fortement très limité. N'empêche, comme c'était sur mon trajet, je me suis arrêté l'autre jour à Juvigny, où pour une fois il y avait beaucoup de chalands. Et j'en suis reparti avec deux disques, achetés sur des stands contigus, un 33 tours compilation Country rock de Conway Twitty, et ce 45 tours d'un groupe vraiment local, puisque Nihil était d’Épernay, à une vingtaine de bornes de Juvigny.

Je connais Nihil, que j'ai vu deux fois en concert. La première fois plutôt vers leurs débuts, le 19 juin 1987 au Hang'Art de Reims, avec Les Spécialistes à la même affiche. Et le 18 mars 1989 à L'usine, toujours à Reims en première partie de Noir Désir, au moment du tube Aux sombres héros de la mer. C'était le deuxième d'une série de trois concerts énôrmes à L'Usine début 1989, après La Mano Negra en février et avant Les Négresses Vertes le premier avril.
C'est tout ce que j'ai dans mes tablettes; je les ai peut-être aussi vus lors des sélections des découvertes du Printemps de Bourges s'ils y ont participé, mais je ne crois pas.
Bon, je connais Nihil, mais juste un peu. Je savais que c'était un trio, qui donnait dans les ambiances sombres, bien teintées de new wave, mais par exemple je ne me souvenais pas que leurs textes étaient principalement en français, et jusque là je n'avais pas de disques d'eux.
Sur environ cinq ans de 1987 à 1991, ils ont eu un parcours discret mais remarquable, ponctué par un 45 tours, Contrôle, un album, Dérapage, sur un label espagnol s'il vous plaît (je me souviens que cette parution avait eu des problèmes techniques, de mixage ou de fabrication), un autre 45 tours (celui qui nous occupe aujourd'hui) et pour finir un deuxième album, Chez Charles Henri, en 1990.
Le groupe était composé en 1988 de T. Bernier à la basse, Jean-Jacques Phal à la guitare et au chant et P. Taillandier à la batterie (ce dernier est l'auteur-compositeur des deux chansons de ce 45 tours).

Je ne sais pas s'il y a eu là aussi un problème technique, mais la pochette n'est pas très réussie. La photo est très sombre et il faut froncer les yeux pour imaginer que la femme assise est la "chica" ("fille" en espagnol) du titre de la face A. On est loin de la danseuse du Surfer Rosa des Pixies, paru la même année !

J'aime bien la guitare électrique qu'on entend en intro de Chica et qui est en quelque sorte la colonne vertébrale de toute la chanson. Il y aussi quelques coups de guitare acoustique et des castagnettes pour l'atmosphère hispanique. Les paroles sont un mélange de français et d'espagnol, avec quelques mots d'anglais, et un peu de chœurs en "La la la la la la la la" bienvenus.
Je me demandais d'où venaient ces liens entre Nihil d'Epernay et l'Espagne. Rock Made In France indique que c'est leur manager d'origine ibérique qui leur avait permis de signer avec un label de ce pays. Ce manager, c'était probablement Xavier Rodriguez. Il y a un Xavier Rodriguez sparnacien qui est l'auteur de trois romans, dont un tout récent. On peut parier que c'est la même personne.
En tout cas, je trouve que Chica passe bien la rampe et c'est une chanson que j'apprécie.
J'aime plutôt bien aussi Lucie, même si je trouve les changements de rythme/style de punk à reggae trop violents.

En préparant cette chronique, je suis tombé sur Champagne, une "ode" aux vignerons champenois, extraite de Chez Charles Henri, une chanson qui vaut le jus. Avec des paroles aussi tranchantes, Nihil a dû se faire des amis dans la région ! : "Vous avez le cul terreux, mais des couilles en or...".

Après Nihil, j'ai surtout vu passer des infos sur le parcours de Jean-Jacques Phal, avec le groupe Casareccio ou le projet Ciao César. Et si le nom Phal éveille un écho en vous, c'est peut-être parce que vous avez entendu parler ces temps-ci de Léon Phal, son fils.
Quant à Jean-Jacques, il a été présent dans la presse à plusieurs reprises ces derniers temps, mais pour des aventures extra-musicales : la retraite et une chute dans le canal avec son chien...!

A écouter :
Nihil : Chica
Nihil : Lucie


09 novembre 2025

SERDAR GÜNDÜZ & FABRIKA : Serdar Gündüz & Fabrika


Acquis par correspondance chez Serdar Gündüz en octobre 2025
Réf : 777 004 -- Édité par Praksis en France en 2025
Support : CD 12 cm
10 titres

Je me rends compte que, plus ça va et plus ce blog est "patrimonial". Je fais de moins en moins de découvertes qui m'incitent à acheter des disques, je ne suis pas très intéressé par la plupart des rééditions... Au bout du compte, quand on fait le point, on ne peut que constater que le disque le plus "récent" chroniqué depuis le début de cette année qui n'est déjà plus très loin de sa fin, est celui d'Akli D, paru en 2006, soit il y a presque vingt ans ! Pour trouver une chronique d'une parution des années 2020, il faut remonter à plus de deux ans...

Heureusement, voici enfin une nouveauté, un perdreau de l'année.
C'est l'ami Le Vieux Thorax qui m'a mis sur la piste de Serdar Gündüz. Il m'a annoncé qu'il allait passer des disques avec deux potes le 26 septembre au Chair de Poule à Paris et m'a orienté vers le nouvel album de l'un d'eux, qui selon lui pouvait me plaire.
Effectivement, ce que j'ai entendu sur Bandcamp m'a bien plu, et Le Vieux Thorax a encore joué les entremetteurs pour me confirmer qu'une édition CD de l'album existait, que j'ai pu commander directement à Serdar.

Je n'y avais pas prêté attention car mon exemplaire de l'album est un promo sans trop d'informations, mais j'ai déjà chroniqué un disque auquel Serdar a participé, Objet ancien des Daltons, groupe qu'il a co-fondé et dont il a été le guitariste jusqu'en 2020. Un album que j'ai vraiment apprécié, sur lequel on trouve ma reprise préférée de Pablo Picasso de Jonathan Richman.
Outre les Daltons, Serdar Gündüz est très actif depuis le milieu des années 1980. Il a notamment joué avec les Moonshiners et Sporto Kantes. Il a lancé son projet solo Fabrika ("Usine" en turc) au début des années 2000. Un premier album, Electroad songs est sorti en 2006.

Dès le titre d'ouverture, Rêves de l'AmeriKKKa, on découvre les principaux ingrédients de l'album : un son rock/pop avec une batterie samplée ou une boite à rythmes, de la guitare, de la basse, du violon parfois, des  paroles à 99% en français et un chant en partie "parlé". Les paroles entrent bien en résonance avec l'actualité états-unienne ("Plus personne ne veut aller là-bas maintenant").
Le titre suivant Sur le canapé, pour lequel une vidéo a été tournée, est tout aussi bon et accrocheur.

Ma chanson préférée  de l'album est pour l'instant l'entraînant La chaleur du radiateur. Il y est question d'avoir le doigt puis la tête coincés dans un radiateur. C'est rigolo et léger, mais c'est le réchauffement climatique qui est en toile de fond.

Faire comme toi
et Dans le tourbillon associent riffs de guitare et touches synthétiques. On pense à Jacno, d'autant plus quand on découvre le titre Rectangle électrique, mais celui-ci, avec ses formes géométriques et ses chœurs en "Pa pa pa", n'est pas spécialement en référence au fameux tube.

Je ne savais pas que je t'aimais ("avant de te voir pogoter") est un rock qu'on pourrait enchaîner avec Betsy party, quant à Madame de S., c'est une ode aux Coronados.

Tes cheveux rouges est tout simplement une très bonne chanson, lente, qui pourrait très bien fonctionner dans un autre contexte de production, par une grande vedette de la "variété" de qualité. La démo diffusée sur YouTube est également très intéressante.

La première partie de Tuco & Cheyenne offre un moment de calme à l'ambiance filmique. La chanson se conclut sur une constatation un peu désabusée, "C'est le nouveau monde, tu ne peux le combattre".

Avec dix titres, l'album est compact et sans temps mort. Après l'avoir réécouté plusieurs fois pour cette chronique, j'y suis encore plus accroché.
Serdar se produit assez irrégulièrement en concert, principalement dans des bars parisiens. Je vais être attentif et essayer d'en attraper un.

Comme Serdar l'a dit à Buzz On Web : "Achetez le disque en direct, ne passez pas par le web. Je suis dessus parce qu’il faut y être mais ce n’est pas mon truc. Sinon : fabrika77@yahoo.fr !"



18 octobre 2025

GILLES TANDY : La colère monte


Acquis neuf à Reims ou chez New Rose à Paris en 1986
Réf : ROSE 95 -- Édité par New Rose en France en 1986
Support : 33 tours 30 cm
8 titres

Je pense que c'est mon compère Raoul Ketchup qui avait amené cet album à sa sortie pour le passer dans Rock comptines, l'émission que nous animions en trio avec Phil Sex sur Radio Primitive. Il m'a suffi d'écouter quelques titres pour être convaincu d'acheter moi aussi ce premier album sous son nom de Gilles Tandy.
Il faut dire que j'étais devenu fan du chant de Gilles Tandy depuis le jour où, probablement en 1982, un pote m'avait prêté quelques 45 tours que j'avais repiqués sur cassette en utilisant la chaîne de ma résidence du CROUS. Parmi ces disques il y avait l'excellent et légendaire unique 45 tours des Olivensteins. Si on devait résumer le punk français à un seul titre, Fier de ne rien faire ferait parfaitement l'affaire. Et il y a en plus Euthanasie sur le même disque...!

Après Les Olivensteins et avant que la colère monte, Gilles Tandy s'est illustré au sein de Gloires Locales (un 45 tours) et Les Rythmeurs (un mini-album). 39 ans après sa sortie initiale, le label Smap, repéré notamment ces dernières années pour sa campagne de rééditions de Warum Joe, vient de rééditer La colère monte, en 33 tours (avec deux faces B de 45 tours en bonus) et en CD (avec les mêmes faces B plus quatre titres en concert avec les Dogs à l'Exo7 de Rouen le 16 décembre 1986).
C'était l'occasion ou jamais de ressortir mon disque des étagères.

Les Olivensteins sont historiquement associés à Rouen, mais en fait Gilles Tandy a vécu une bonne partie à Sète. C'est là, au lycée, qu'il a fait la connaissance d'Hervé Di Rosa, qui signe la superbe pochette de l'album. Je n'y avais pas fait attention avant que Gilles Tandy le souligne ici, mais au verso les sept portraits de Gilles (photos de Marina Obradovic) illustrent chacun une des chansons originales du disque.

Si, comme à l'habitude pour Gilles Tandy, les paroles de l'album sont principalement signées par son frère Eric, un autre groupe de Rouen est très présent, puisque Dominique Laboubée et Antoine Masy-Perrier (alias Tony Truant) des Dogs se partagent équitablement la composition des musiques.
L'enregistrement et le mixage se sont faits au studio Mix-It à Paris sous la houlette de Dominique Laboubée, Eric Débris de Métal Urbain et Jean Labbé.

La colère monte est un bon exemple de réussite du rock français. Paroles et musiques sont intéressantes et le tout est lié par la façon de chanter de Gilles Tandy, avec une scansion particulière et une sorte d'indolence reconnaissables instantanément.

Le disque s'ouvre avec deux excellentes chansons, Le vampire, le premier titre à être extrait en 45 tours, et Disponibilité à toute heure, avec des plans sixties façon Byrds.
Ensuite, le tempo ralentit un peu pour Touriste ("dans une cité triste"...).
Avant d'écouter cette reprise par Gilles Tandy, je connaissais plein de chansons de Jacques Dutronc, mais pas Le responsable, sortie en 1969. J'ai tout de suite adoré la reprise, mais j'ai été surpris quand j'ai fini par écouter la version originale de découvrir qu'elle est presque aussi électrique et sauvage. Jamais Dutronc ne s'est autant approché du son des Rolling Stones.
Sachant qu'une des faces B de 45 tours est une reprise de Les crayons de couleur d'Hugues Aufray, on constate que ces sessions restent très marquées par le son des années soixante. Ce qui ne surprend pas trop quand on sait que les Dogs sont dans les parages !

Je sursaute à chaque fois que j'entends les premières notes d'A demain. Ça me l'a fait cette fois-ci, comme ça me l'a fait à la première écoute et à chaque fois que j'ai ressorti le disque entre-temps. La raison en est simple : cette intro est identique note pour note à She never understood de Biff Bang Pow ! et le reste de la chanson en est très proche aussi. Cette chanson, je la connais très bien, puisque j'étais présent lors des sessions d'enregistrement de l'album The girl who runs the beat hotel. J'ai pensé initialement que Dominique Laboubée, grand connaisseur de musique, avait pu s'inspirer de BBP!, mais ça ne colle pas au niveau des dates : les deux titres ont été enregistrés en 1986, en début d'année pour celui des français, en septembre pour celui des anglais. Le disque de Gilles Tandy est sorti courant 1986 et celui de BBP! début 1987 et je ne pense pas possible qu'un enregistrement ait influencé l'autre. Mais la proximité d'A demain avec BBP!, y compris avec la présence d'un harmonica, est impressionnante. Et le plus probable, c'était mon autre option, est que tous les deux ont puisé à la même source sixties, une source éventuelle que je n'ai pas réussi à identifier.
Indépendamment de cette proximité musicale, A demain est peut-être bien ma chanson préférée de l'album. J'aime beaucoup les paroles qui sont dues à Eric. Eric qui ? Bien malin qui peut le dire puisque, c'est Débris qui est crédité sur l'insert avec les paroles, et Tandy sur le rond central...! (maj suite à un commentaire : c'est bien Eric Tandy l'auteur des paroles).

Ces paroles sont à la fois datées (Minitel, 2001 dans le futur) et complètement d'actualité :

Les émissions d'informatique me rendent neurasthénique
Le langage publicitaire me donne mal à la tête
Tout se glace comme un clip, ça ne parle plus qu'en bips
Et tout autour de moi les robots dictent leur loi

Quand je dis à demain... Je ne pense pas 2001
Quand je dis à demain, je veux rester humain

Je n'aime pas les machines, il faut qu'on m'assassine
Je ne suis pas un mutant, j'aime tellement mon présent
Si c'est toi que j'appelle, ce n'est pas ton Minitel
Je veux garder mon âme, pas gagner un programme...


Arrive ensuite  la chanson-titre, La colère monte, qui est de loin la plus courte de l'album. C'est aussi la seule dans un style country et western et, à ce titre, elle annonce un peu Cowboy Joe, enregistrée l'année suivante pour la compilation Mon grand frère est un rocker par Gilles Tandy, son Frère et ses Amis.

Ostende sommeille, le deuxième 45 tours, est l'autre chanson un peu plus lente de l'album. On est dans une veine un peu plus chanson française (ou belge).
L'album se conclut en rock and roll et en beauté avec Le dealer est un ami.

Voilà donc un album compact de huit titres, excellent de bout en bout. Et maintenant qu'il a eu droit à sa réédition, on pourrait le considérer comme un classique du rock français. Il a sûrement influencé du monde, à commencer par Bingo de Bingo Bill Orchestra, qui a rencontré Gille Tandy en 2022 pour un entretien fleuve publié par Casbah Webzine.
Il a fallu attendre 1991 pour que Gilles Tandy sorte un deuxième album, accompagné par Les Rustics. Il faudrait que je le ressorte aussi, mais à l'époque il m'avait un peu déçu.

La réédition est limitée à 250 exemplaires par support. Il en reste apparemment moins de 50 de chaque.






Reportage télévisé de Gérard Bar-David, février 1987.