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06 décembre 2024

RAYMOND SANGARIA ET SON ENSEMBLE : Chansons créoles


Acquis chez Happy Cash à Dizy le 9 novembre 2024
Réf : E P 22 -- Édité par Discomad à Madagascar vers la fin des années 1950
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Caf' pas vilain manière -- Sans chemise, sans pantalon -/- Ma mère c'est ta belle-mère -- Si vous avez des cornes

Ce jour-là, quand je suis passé faire mon petit tour d'inspection chez Happy Cash quelques indices m'ont fait penser que des disques avaient été ajoutés au rayon depuis ma dernière visite. J'ai échantillonné quelques piles, qui contenaient presque exclusivement de la drouille, jusqu'à ce que je tombe sur ce bel EP de Chansons créoles. Là, c'était plus la même histoire. Bien obligé, j'ai passé en revue tous les 45 tours un par un, et j'ai bien fait puisque j'ai trouvé les Chansons malgaches n° 3 de Fidimala, ainsi que trois autres bricoles. Deux disques de l'Océan Indien, j'aurais préféré une douzaine mais c'est toujours bien mieux qu'aucun !

J'avais déjà un 45 tours de Raymond Sangaria (1936-2020), qui est né à Madagascar et qui a longtemps vécu à La Réunion et dans l'Hexagone.
La pochette, qui illustre au moins trois des chansons, est signée Gauvillé et Slita. Je ne sais pas qui des deux dessine et qui fait la maquette, mais ils ont fait plusieurs autres pochettes Discomad, par exemple pour le Trio Jokary et Odeam Rakoto.

Quand j'ai examiné le verso de la pochette, un titre en particulier a attiré mon attention, Sans chemise, sans pantalon. Si j'ai connue cette chanson avec le tube de Rika Zaraï en 1975, je sais depuis un moment qu'elle est associée à Gérard La Viny, qui l'a créée sur disque en 1958. Elle est donc plutôt associée aux Antilles qu'à Madagascar, où ce disque a été fabriqué et édité.
Je suis donc allé voir sur Discogs le 45 tours d'origine de La Viny, où la chanson est présentée comme du Folklore antillais et créditée à La Viny et André "Sylvio" Siobud. Après, il m'a fallu un petit moment pour m'en rendre compte, j'ai douté, vérifié et j'ai fini par me rendre à l'évidence : ce n'est pas seulement Sans chemise, sans pantalon que Raymond Sangaria reprend de La Viny, mais bel et bien les quatre titres de son EP !!
Je collectionne depuis un moment les reprises "parasites" de grands succès, comme celles chroniquées ici par Big Tears and the Crocodiles, The Hills, The Michels, Prince of Wales Star ou Yankee Horse, mais je crois bien que c'est la première fois que je tombe sur un disque complètement dupliqué par un autre artiste, en-dehors peut-être des recopies pas chères qui étaient vendues sur les marchés.

Il n'y a aucune mention de La Viny sur le disque. Raymond et son compère Roland Raelison ne se sont pas attribués la paternité des chansons, ils se créditent juste pour les arrangements, mais les quatre titres sont indiqués comme étant du "Folklore", ce qui a souvent été un moyen bien pratique dans l'histoire de l'industrie du disque pour effacer les auteurs d'une œuvre.
Mais Raymond Sangaria ne s'est pas quand même pas contenté de reprendre telles quelles les paroles originales. Il les a visiblement transposées du créole antillais au créole réunionnais. Par exemple, Neg' ni mauvais' manier' de La Viny devient ici Caf' pas vilain manière, cafre désignant à La Réunion une personne supposée d'origine africaine.

Pour cette chanson d'ouverture comme pour tout le disque, l'orchestration est assez dépouillée, avec des percussions légères, de la guitare, une clarinette...
Si vous avez des cornes ("Portez-les fièrement"...) est une pochade sur l'infidélité.

Ma chanson préférée du lot, c'est Ma mère c'est ta belle mère. Je ne comprends que la partie des paroles qui est en français, dont "Tu te souviens l'année dernière, tu avais injurié ma mère. Cette année-ci, ma mère c'est ta belle-mère.". Ce n'est pas exactement le Scandale dans la famille, mais j'ai du mal à imaginer la situation qui a conduit à ce changement, à part peut-être si la mère du narrateur s'est remariée avec le père de celui à qui il s'adresse... (ou, comme on me le murmure, avec le sens le plus courant pour belle-mère, le narrateur peut tout simplement s'adresser à celle qui est devenue son épouse). Comme pour la version de Gérard La Viny, il y a une deuxième voix qui commente celle du chanteur.
Notons que les auteurs de cette chanson sont Gérard La Viny et Boris Vian, qui l'avait signé chez Fontana. Raymond Sangaria a repris plus tard sur un 45 tours également titré Chansons créoles la chanson Bon Dieu bon, également signée Vian-La Viny, mais cette fois-là les auteurs sont bien crédités. En 1982, c'est l'Olivier Franc Jazz Quintet qui a repris sur un album Caf' pas vilain manière.

Il n'y a pas d'album de Raymond Sangaria référencé sur Discogs, mais on trouve en ligne la mention d'un CD Best of qu'il avait édité et distribuait lui-même.


Le 45 tours de Gérard La Viny que Raymond Sangaria a dupliqué à la sauce réunionnaise.

06 novembre 2022

JUAN CATALAÑO : Les grognards


Acquis à la bourse BD Disques d'Épernay le 22 février 2022
Réf : 460.567 -- Édité par Fontana en France en 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les grognards -- Ses baisers me grisaient (Kisses sweeter than wine) -/- Symphonie d'un soir (Silhouettes) -- Demain la quille (The teen-age march)

Juste après le Mexicano, voici le Catalaño !

En quelques mois, j'ai acheté trois disques de Juan Catalaño. D'abord un 25 cm en état superbe, Les Gitans, qui contient deux des titres du 45 tours qui nous intéresse aujourd'hui, que j'ai acheté ensuite. Et enfin, je me suis offert un EP de Jan et Rod, parce qu'il contenait une version de La java des bombes atomiques, sans savoir que Jan et Juan ne font qu'un.
C'est chez Amour du Rock 'n' Roll qu'on trouve le plus d'informations sur le parcours de Juan Catalaño et Rodolfo Licari, ensemble depuis leur rencontre en tant que voisins de palier à Casablanca jusqu'à leur arrivée à Paris en 1956 avec leur duo de chant et guitare burlesque, et séparément avec la carrière ensuite de Juan sous son seul nom. Signés par Jacques Canetti chez Philips avant de passer chez Fontana, avec Boris Vian comme directeur artistique et Alain Goraguer à la direction d'orchestre, ils ont publié des reprises, de Boby Lapointe notamment, et des chansons originales.

Sur ce disque, le quatrième de Catalaño sous son nom, ce sont les reprises qui dominent, mais le seul original, Les grognards, signé Hubert Giraud et Pierre Delanoë, est le titre principal. C'est de la chanson française la plus classique possible. Rien d'humoristique là-dedans. Ce n'est pas vraiment ma tasse de thé.

Parmi les reprises, il y a d'abord Ses baisers me grisaient. La chanson originale est intitulée Kisses sweeter than wine. Elle a un parcours intéressant, qui associe le folklore irlandais, Leadbelly, Pete Seeger et les Weavers ainsi que Jimmie Rodgers ! C'est peut-être le succès qu'en a fait Jimmie Rodgers en 1957 qui a inspiré cette version. L'adaptation française est signée Boris Vian. Je pense qu'il s'agit là de la première version publiée de cette adaptation, qui a continué à se diffuser au-delà de la mort de Vian, puisque, parmi d'autres, Hugues Aufray en 1961 et Nana Mouskouri en 1965 ont interprété cette chanson avec son texte.

Pour Demain la quille, on reste après Les grognards dans la thématique militaire. J'ai trouvé la trace de la chanson originale The teen-age march en face B d'un 45 tours par Carlson's Raiders qui proposait en face A des chansons du film Le pont de la rivière Kwaï. Un film qui a fort inspiré Juan puisque, sur le disque précédent, il reprenait déjà Hello ! Le soleil brille..., la marche du Colonel Bogey.

Si j'ai eu envie de chroniquer ce disque, c'est parce qu'on y trouve Symphonie d'un soir, une adaptation de la chanson américaine Silhouettes.
La version originale par The Rays est très bien. J'aime beaucoup moins le traitement rock qu'Herman's Hermits a appliqué à la chanson en 1965, avec beaucoup de succès. C'est certainement la version la plus connue. Claude François l'a aussitôt décalquée pour sa propre adaptation française.
Je ne connaissais aucune de ces versions les plus diffusées quand j'ai découvert et apprécié Silhouettes. C'était vers le début des années 1990, sur une compilation de Dennis Brown. Il en a publié au moins deux versions, produites par Derrick Harriott, l'une en 1972 et l'autre en 1978, peut-être bien avec la même prise vocale, mais avec une orchestration différente. Ça reste, avec l'originale, ma version préférée de cette chanson.

L'histoire racontée dans Silhouettes est simple. Un gars se promène le soir en ville et croit voir la fille dont il est amoureux à sa fenêtre, enlacée avec un autre. Il est malheureux. Sauf que, il finit par découvrir qu'il s'est trompé de fenêtre. Alors il monte l'escalier quatre à quatre, rejoint la fille et tout est bien qui finit bien !

Symphonie d'un soir est une chanson très particulière. On a d'un côté une chanson aux origines doo-wop. Il en reste le balancement d'origine et un arrangement intéressant qui associe des cuivres et des cordes. Mais il y a un contraste avec l'interprétation de Juan Catalaño. Il a une belle voix de basse, digne d'un chanteur d'opéra, et une élocution de l'époque, très chanson française traditionnelle. L'association de la musique et du chant provoque un effet saisissant, qui est double pour moi : d'un côté c'est involontairement comique, mais de l'autre ça reste une reprise que j'apprécie sincèrement.

Comme ça se faisait beaucoup à l'époque, Fontana a publié quelques temps plus tard une autre version de Symphonie d'un soir, jazz et instrumentale, par Michel de Villers et son Orchestre, avec des notes d'Anna Tof (alias Boris Vian) au verso de la pochette.

19 septembre 2020

FRANÇOIS CHARPIN TRIO : Champagne cocktail


Acquis par correspondance via Ebay en septembre 2020
Réf : KL-1111 -- Édité par Kapp aux États-Unis en 1958
Support : 33 tours 30 cm
16 titres

Comment j'en suis venu à m'intéresser à François Charpin ? Indirectement, à cause de Jonathan Richman, comme souvent... !
Comme j'ai déjà eu l'occasion de le raconter, il reprenait régulièrement sur scène dans les années 1990 Vecchio frack une très belle chanson italienne de Domenico Modugno, créée en 1955, qui raconte la balade nocturne d'un vieil homme qui a remis pour l'occasion son costume de mariage. La balade et la vie de l'homme se terminent quand il s'enfonce dans les eaux du fleuve. Avec cette chanson, Modugno a dû affronter la censure, parce que les paroles évoquaient trop précisément le contact physique (entre deux époux !) et le suicide. Elle est inspirée en partie par l'histoire du prince Raimondo Lanza di Trabia, mari de l'actrice Olga Villi, qui s'est suicidé à 39 ans en 1954 en se jetant par une fenêtre d'un hôtel de Rome.
Il y a quelques mois, j'ai fait des recherches sur cette chanson en espérant m'en procurer un exemplaire sur disque. J'ai découvert à cette occasion que Modugno avait séjourné à Paris vers 1956-1958 et qu'il y avait réenregistré certaines de ses chansons dans des adaptations en français. Vecchio frack revu par Pierre Delanoë est devenu L'homme à l'habit puis le plus souvent L'homme en habit.
La version de L'homme en l'habit par Domenico Modugno est superbe, avec un arrangement et une interprétation d'une grande finesse. Dans le style pérégrination en ville au petit matin, on pourrait tracer une ligne qui irait de Vecchio frack à Sunday morning coming down de Kris Kristofferson en passant par Il est cinq heures Paris s'éveille de Dutronc.
L'homme en habit est une chanson qui n'est pas passée inaperçue : elle a été enregistrée également par Colette Renard en 1957 et par Barbara sur l'un de ses premiers disques en 1958 (à ne pas confondre avec L'homme en habit rouge, un autre 45 tours, de 1974). J'aime moins ces reprises que la version originale, mais le jeu de piano de Barbara est intéressant sur sa version.
J'aurais bien voulu acheter un exemplaire de L'homme en habit par Domenico Modugno pour le chroniquer ici, mais le prix du 45 tours français ou de la compilation américaine sortie pour profiter du succès de Volare étaient un peu prohibitifs avec les frais de port.
Au mois d'août, en même temps que le disque des Afros, j'ai trouvé une autre compilation de Domenico Modugno, canadienne celle-ci, avec Veccho frack. J'allais m'en contenter quand j'ai découvert qu'il existait une autre version de L'homme en habit, par François Charpin et son Trio. Une reprise intéressante puisque c'est justement le Trio François Charpin qui accompagne Domenico Modugno sur sa propre version. Le pianiste François Charpin n'a pas l'accent ni le métier de chanteur d'un Modugno, mais avec le jeu superbe des musiciens et leurs chœurs, c'est une reprise qui se hisse au niveau de l'originale, et en tout cas la meilleure des reprises.
Cette version est parue sur l'album Parade des succès 1958 et, en le trouvant bizarrement chez un vendeur français, j'ai pu m'en procurer l'édition américaine chez Kapp, ce Champagne cocktail.
Outre le savoyard François Charpin, le trio était composé de deux suisses, le guitariste Pierre Cavalli et le contrebassiste Michel Gaudry, que je connaissais pour sa participation à l'album Confidentiel de Gainsbourg. Le quatrième de ces mousquetaires serait le batteur Tony Cossu.
Le groupe a publié plusieurs disques, 45 tours et albums, et a accompagné d'autres artistes, notamment Pierre Perret sur ses premiers enregistrements.
L'album Parade des succès 1958 / Champagne cocktail est présenté comme une de ces nombreuses compilations de reprises vite fait des succès du moment, mais la qualité des versions proposées le place à part dans cette catégorie. Et aussi, un quart des titres sont en fait des originaux, composés par François Charpin avec des paroles de Maurice Pon (à propos de Maurice Pon, je vous conseille de lire le passionnant entretien de 2019 paru dans Je Chante Magazine).
Parmi ces quatre chansons, Mimi n'aime pas est très bien et j'aime aussi bien Tu m'as donné tout ça et Presque rien (qui fait un peu penser à Trenet, comme Pas moi, qui est la plus faible du lot).
En écoutant ces chansons, on pense au compère de Maurice Pon Henri Salvador, et il y a d'ailleurs trois reprises de Salvador ici (mais aucune n'est co-signée par Pon) : C'était hier, Place Blanche et Quand je monte chez toi. Il y a aussi une reprise d'Aznavour, L'amour a fait de moi.
Côté Italie, il y a une autre reprise de Modugno, Lazzarelle, que je connaissais par Marino Marini et cette version est dans le même style et d'aussi bonne qualité. Il y a d'ailleurs une reprise de Marini, Sophia, et une version assez lente de Bambino.
Parmi les autres chansons, sur des rythmes latino-américains, j'aime aussi bien Miguel et une très bonne version de l'excellent Cha-cha-cha des thons.
Au final, on a un album de variété française de très grande qualité, avec des instrumentistes qui sont des pointures venues du jazz, et au moins une très grande chanson, L'homme en habit.

Une playlist avec tous les titres de l'album est disponible sur YouTube.


La très belle pochette de l'édition originale française de l'album, sous le titre Parade des succès 1958.

27 novembre 2016

MAGALI NOËL : Magali se déchaîne


Acquis sur le vide-grenier de la rue de la Chaude Ruelle à Épernay le 11 novembre 2016
Réf : 432.185 NE -- Édité par Philips en France en 1957
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Un coup de foudre (I love my baby) -- Mon oncle Célestin -/- Oh si y avait pas ton père -- Eh ! Mama

Cette année, ça s'annonçait mal pour la dernière grande brocante d'automne par chez moi : il a plu toute la journée la veille, et toute la nuit jusque 7h du matin. Mais, coup de bol, le temps est resté sec et relativement doux toute la journée. Du coup, il y avait comme chaque année un nombre impressionnant de stands.
Nous y sommes allés en balade, tranquillement, pendant midi. J'ai acheté peu de disques, mais je suis bien content d'avoir trouvé cet EP de Magali Noël.
Certes, c'est son troisième disque, et j'aurais préféré trouver le deuxième, le 45 tours Rock and roll avec Fais-moi mal Johnny (présent sur ma compilation Testament du rock volume 5), mais faut quand même pas rêver.
Certes, le disque m'avait paru en parfait état lorsque je l'avais sorti de sa pochette sur place, alors qu'il a pris le chaud et est un peu gondolé sur le bord, mais il passe à 90%...
Et puis, de toute façon, c'est la première fois depuis des années que je vois un disque de Magali Noël. Pour 1€, je ne vais pas me plaindre.
Et l'illustration de la pochette est très bien. On apprend chez De Vian la zizique que cette photo de  Henri Guilbaud a été prise en 1954 au Théâtre Fontaine lors de répétitions de la pièce L'amour des quatre colonels de Peter Ustinov. Magali Noël était d'abord une actrice, il faut s'en souvenir, mais c'était aussi une excellente chanteuse, et musicalement il y a de très bonnes choses sur ce disque.
Le premier titre, Un coup de foudre, est le moins intéressant du lot. C'est, pour la plus grande partie (la fin est chantée en anglais), une adaptation en français de I love my baby (My baby loves me), une chanson des années 1920 de Harry Warren. Josephine Baker l'avait interprétée en 1927. On est dans le rétro ambiance années folles/charleston. Bien fait, mais pas trop mon truc.
Mon oncle Célestin, est la seule chanson originale du disque. Paroles de Boris Vian, dont Magali Noël est l'une des interprètes importantes, musique de Claude Bolling, dont l'orchestre de jazz Nouvelle Orléans, ici baptisé les Dixi-Faunes, fait ici merveille dans cette ambiance joyeuse de bruitages et de fête foraine. La prestation de Magali Noël, à la fois énergique et maîtrisée, est impressionnante.
En face B, on trouve deux titres signés Boris Vian pour les paroles et Henri Salvador pour la musique. Il s'agit de deux calypsos publiés pour la première fois peu de temps auparavant, sur un excellent EP crédité à Henri Salvador et ses Calypso Boys.
Les versions qu'on a ici, accompagnées par Alain Goraguer et son ensemble, de Oh si y avait pas ton père (avec des effets de voix qui rappellent par moment Fais-moi mal Johnny) et Eh ! Mama, valent bien les originales.

A l'époque, ces chansons n'ont pas été reprises en album et n'étaient disponibles que sur ce 45 tours. Depuis, de nombreuses compilations ont été publiées, dont une est intégralement en écoute sur YouTube.

18 avril 2015

THE BLAZERS : Witch doctor


Acquis sur le vide-grenier de Oiry le 12 avril 2015
Réf : 462.084 TE -- Edité par Fontana en France en 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Witch doctor ("Docteur Miracle") -- Don't let go -/- Book of love -- Tequila

Dimanche dernier à Oiry, le temps était quasiment estival et, même en arrivant après dix heures, j'ai trouvé quelques 45 tours intéressants dont, pour 1 €, un EP des Beatles en état correct, avec "Les Beatles" écrit au recto et Ticket to ride et Baby's in black sur la face A.
Avant ça, juste en arrivant, j'avais trouvé cet EP des Blazers, pour cinquante centimes. Je l'ai pris sans aucune hésitation (pour Witch doctor et pour les notes de pochette non signées mais que je savais être de Boris Vian) mais sans excitation non plus. Ce n'est que quelques instants après avoir quitté le stand que je me suis vraiment réjoui d'avoir trouvé un disque années cinquante qu'on ne voit pas tous les jours.
Commençons par ces notes de pochette, version à peine raccourcie d'un texte apposé à l'origine au dos d'un 25 cm des Blazers publié par Fontana en juin 1958, Fontana dont le directeur artistique était un certain Boris Vian :
"Le blues est une formule harmonique de 12 mesures qui sert depuis des années de base aux chants des noirs d'Amérique et aux improvisations des jazzmen. L'expression "Rhythm and blues" a été forgée à l'origine par les compagnies phonographiques américaines pour désigner des enregistrements destinés au départ à satisfaire une clientèle de couleur éprise de rythme et fidèle à l'esprit du blues.
LE RHYTHM AND BLUES EST DONC FONDE SUR LA TRADITION DE JAZZ LA PLUS PURE.
Et ces enregistrements ont bientôt satisfait tous ceux qui attendaient une musique dynamique, dansante, intéressante, irrésistible ; clientèle aussi bien noire que blanche, sensible avant tout à la vitalité des interprétations. "Rhythm and blues", cela ne se traduit pas, le terme est utilisé depuis plus de trente ans aux U.S.A. où chacun sait ce qu'il veut dire.
Ecoutez les Blazers ! et vous saurez aussi, immédiatement, que le RHYTHM AND BLUES, c'est la joie de vivre et d'être jeunes...
Et que cela n'a pas besoin d'être traduit !
Faites confiance à vos oreilles !"
Toutes les majuscules sont de Vian. En bon scientifique, Vian nous fait une démonstration. Rhythm and blues = blues = forme pure de jazz = noir = bien.
Ce n'est pas mentionné dans ce texte, mais sa définition du Rhythm and blues, Vian la donne surtout en opposition au rock 'n' roll, qu'il avait tendance à mépriser. Voir à ce sujet le texte publié page 280 de Derrière la zizique où, après avoir expliqué que le rock and roll se caractérise par une systématisation de l'orchestration, il précise : "Le blues chanté érotique noir, souvent très amusant et presque toujours parfaitement sain et gaillard, a été systématiquement déformé et exploité par de petits groupements blancs de mauvais musiciens (style Bill Haley) pour aboutir à une sorte de chant tribal ridicule, à l'usage d'un public idiot. On utilise le côté obsessionnel du riff pour mettre les auditeurs en "transe (sic)."
Autrement dit, rock 'n' roll = blues dévoyé = blanc = pas bien.
Plus le temps passe et plus je me dis que, avec son obsession d'une forme musicale pure, le jazz, Vian se serait vite retrouvé s'il avait vécu un peu plus longtemps de l'autre côté de la barrière, dans la position du réactionnaire, celle assignée à son ennemi juré Hugues Panassié quelques années plus tôt dans l'opposition entre partisans du be bop et tenants du jazz traditionnel façon Nouvelle-Orléans.
Fontana a publié plusieurs disques de The Blazers, mais le truc c'est que personne ne semble savoir qui était membre de ce groupe spécialisé dans les reprises de succès du moment. Seul le chanteur Frankie Tucker est crédité pour quelques titres. Le plus probable est que ce n'était pas vraiment un groupe, mais des musiciens de session américains rassemblés pour l'occasion. C'est en tout cas ce qu'explique Jacques Barsamian dans une de ses chroniques. Il est le seul à donner un peu de détails sur The Blazers, relatant une rencontre fortuite avec Screamin' Jay Hawkins chez Kurt Mohr de Rock & Folk dans les années soixante-dix ! Il y aurait l'organiste Harry "Doc" Bagsby, le saxophoniste Sam "The Man" Taylor, le batteur Curley Hamner, la chanteuse Margie Day et The Thrillers. Jay Hawkins lui-même ferait les interventions vocales dans Tequila.
Le disque s'ouvre avec Witch doctor, une chanson créée par Ross Bagdasarian sous le nom de David Seville. La chanson est très connue en français sous le titre Docteur Miracle. Il y en a plein de versions, mais je n'arrive pas à savoir qui l'a créée chez nous, peut-être Annie Cordy. Pour ma part, j'ai d'abord connu, bien plus tard, celle de Jacques Hélian. Outre cette version en anglais, Vian chez Fontana en a sorti au moins deux, celle de Gabriel Dalar, déjà chroniquée ici, et une instrumentale et assez folle de Gilbert Le Roy, ses rythmes et son orgue en délire.
Comme souvent, l'histoire du docteur qui a un remède miracle (Il dit "Hou hi hou ah ah ting tang woualla woualla bing bang !") et qui rencontre l'amour et finit par se marier n'est pas tout à fait fidèle aux paroles originales, où il est simplement question d'un gars qui se rend chez un sorcier pour gagner le coeur de sa dulcinée. Et il faut avoir énormément confiance en ce sorcier et ne pas avoir peur du ridicule pour suivre ses conseils, puisqu'au dernier couplet, il est dit : "My friend the witch doctor he taught me what to say. My friend the witch doctor he taught me what to do. I know that you'll be mine when I say this to you : Ooo eee, ooo ah ah ting tang walla walla bing bang.").
Je parierais bien que, l'année suivante, Leiber et Stoller avaient Witch doctor en tête quand ils ont écrit Love potion #9 pour The Clovers.
La version de Witch doctor des Blazers est de très bonne facture. L'effet accéléré sur la voix est bien présent sur le refrain. La reprise de Don't let go de Roy Hamilton, chantée par Frankie Tucker mais avec aussi des choeurs, est correcte, mais c'est le titre qui me plaît le moins du disque.
Par contre, Book of love est mon titre préféré avec Witch Doctor. C'est le seul grand succès du groupe doo-wop The Monotones. La version des Blazers est assez fidèle à l'originale et excellente.
On termine avec la Tequila des Champs. Impossible de se planter avec ce classique. Et c'est là donc qu'on entendrait un Screamin' Jay Hawkins plutôt sage.

Rock Paradise a édité en 2011, Rockin' boppin' and strollin' with The Blazers, une compilation qui, en 19 titres sur CD, doit proposer l'intégrale de leurs enregistrements. Il existe aussi une édition vinyl en 10 titres, dont les 4 de mon 45 tours.

04 novembre 2013

BORIS VIAN : Chansons impossibles


Acquis par correspondance via Ebay en novembre 2013
Réf : 373564-1 -- Edité par Mercury en France en 2013
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les joyeux bouchers -- Le déserteur -/- La java des bombes atomiques -- Le petit commerce

Sur ce coup-là, je me suis un peu laissé emporter par mon enthousiasme. Certes, il était bien précisé dans l'annonce Ebay que l'objet vendu était neuf, pas d'occasion, mais avant d'enchérir je n'ai vu aucune trace en ligne d'une réédition récente de ce 45 tours historiquement important, puisqu'il s'agit du premier disque de chansons de Boris Vian. J'ai donc cru enchérir sur un disque absolument introuvable (l'édition originale de 1956 de ce disque a dû s'écouler au maximum à quelques centaines d'exemplaires), alors qu'il s'agissait tout bonnement d'une réédition en quasi fac-similé du disque, qui n'a pas dû beaucoup être diffusée elle non plus car elle n'est disponible chez aucun des grands sites marchands.
Pas trop de bobo au final, puisque je n'ai pas dû payer ce disque plus cher que si je l'avais acheté neuf dans le commerce, mais il faudra que je prenne garde à être plus attentif la prochaine fois.
Malgré cela, je ne suis pas mécontent d'être en possession de cet objet, même si bien sûr je connais ces quatre chansons impossibles depuis bien longtemps : comme plusieurs générations de fans de Vian, je les ai découvertes avec l'album 30 cm titré Chansons possibles, ou impossibles, édité une première fois en 1962, réédité en 1968 et maintenu au catalogue pendant des années par la suite. On trouve quatorze titres sur cet album compilation : deux instrumentaux d'André Popp, un poème lu par Philippe Clay, le Fais-moi mal Johnny de Magali Noël, et surtout les dix Chansons "possibles" et "impossibles" éditées en 33 tours 25 cm en 1956 mais aussi, pour huit d'entre elles, en deux EP de quatre Chansons impossibles et quatre Chansons possibles (pour tout savoir de la discographie de Boris Vian, consultez l'indispensable De Vian la zizique).
Il y a un petit bonus ici par rapport à l'album : trois des quatre chansons sont précédées de quelques mots d'introduction par Boris Vian. S'il se contente d'annoncer le titre de Le déserteur,  on a par ailleurs droit à "A la gloire de tous les enchanteurs du merlin, Les joyeux bouchers" et à "Par autorisation spéciale de la commission du même nom, La java des bombes atomiques".
Le choix de la photo de pochette est assez surprenant : elle est loin d'être techniquement parfaite et, avec le litron au premier plan, elle aurait été idéale pour illustrer la chanson Je bois, sauf que celle-ci n'est pas au programme.
Les dix chansons sorties en 1956 sont issues de sessions de 1955, les 22, 27 et 29 avril avec l'orchestre de Jimmy Walter, et le 24 juin avec celui de Claude Bolling. Les quatre titres de ce 45 tours sont tous (excellemment) orchestrés par Jimmy Walter, et ce qui frappe à l'écoute, c'est qu'on a réuni ici quatre titres qui ont en commun la haine des armes, des militaires et de la guerre.
La première des chansons de ce disque que j'ai connue, c'est Le déserteur, qui figurait je crois dans les carnets de chansons que nous avions en colonie. Je l'ai chantée, donc, et à un moment je la connaissais par coeur. Je suis sûr aussi qu'elle a contribué à me décider à ne surtout pas faire mon service militaire. Pourtant, depuis longtemps, je la fuyais un peu. C'est l'une des rares de Boris Vian à être purement et simplement une chanson de contestation, sans aucune trace de légèreté ou d'humour. J'ai quand même été agréablement surpris en la réécoutant pour cette chronique de voir qu'elle était plus orchestrée et moins solennelle que dans mon souvenir.
Le petit commerce, qui s'attaque à un secteur commercial toujours florissant de nos jours, celui de l'armement, est pour le coup beaucoup plus léger, en poussant à bout la logique du succès des ventes de ces produits. Le couplet sur la vigueur de l'industrie qui incite les ouvriers à consommer, à fonder des familles, et donc à produire de la chair à canon, traite, avec un point de vue différent, précisément du même sujet que les paroles de Shipuilding, écrites par Elvis Costello pour Robert Wyatt.
Si on met à part Le déserteur, pour son poids politique et historique, les deux chefs d'œuvre ici sont Les joyeux bouchers et La java des bombes atomiques. D'un côté un tango célébrant d'abord les artistes du raisiné des abattoirs avant de dévier sur les boucheries des tranchées et de tous les champs de bataille. De l'autre, une joyeuse java paradoxale, une fable célébrant cette fois-ci un savant fou qui développe une arme immonde, certes, mais qui en fait bon usage en l'utilisant non pas contre le peuple, comme c'est l'habitude, mais contre les dirigeants du monde entier. Je me disais que cette java est à la chanson politique ce que Le Canard Enchaîné est au journalisme, et ça juste avant d'apprendre que Le Canard en a publié les paroles en première page en juin 1955 ! Celle-là aussi je la connaissais par cœur à une époque, et j'ai bien dû casser les oreilles de la famille en la chantant à longueur de journée.
En réécoutant ces chansons aux rythmes désuets avec ces orchestrations inventives, surtout pas jazzy, avec piccolo, hautbois, basson et autres instruments à vent, percussions, piano et contrebasse, je me dis qu'on est proche finalement de l'ambiance musicale d'un disque qui m'a beaucoup marqué, le premier album de Lewis Furey.

04 août 2011

P-A-O-L-A avec ALAIN GORAGUER, SON ENSEMBLE et LES FONTANA : Hula hoop (La danse du cerceau)


Acquis sur le vide-grenier de Fère Champenoise le 31 juillet 2011
Réf : 372.617 / TP1 -- Edité par Philips en France vers 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Hula hoop (La danse du cerceau) -/- Hou la-la-hoop

C'est un peu loin de chez moi, mais la brocante de Fère Champenoise a lieu en plein dans le creux de l'été et n'a guère de concurrence localement. En plus, elle est assez grande et plutôt sympathique, c'est pourquoi j'y fais régulièrement le déplacement.
Cette année, je n'y ai pas trouvé grand chose. Juste quelques disques, dont celui-ci, heureusement. Pour compléter cet achat, j'ai acheté quelques minutes plus tard une autre version de la chanson Hula hoop (qu'on trouve aussi dans une graphie partiellement francisée en Houla-houp !), celle de Jerry Mengo.
Avant d'être une chanson à (grand) succès, lancée par Georgia Gibbs aux Etats-Unis, le hula hoop a d'abord été un jouet (un cerceau en plastique), un jeu et surtout une mode qui a déferlé sur le monde entier (en-dehors des documentaires sur les années cinquante, on peut regarder Le grand saut des frères Coen si on veut en savoir plus sur l'histoire du hula hoop en passant un moment agréable).
J'ai connu les patins à roulettes, le tac-o-tac, le skateboard, mais à quelques années près j'ai raté la folie du hula hoop (par contre, j'imagine assez bien Philippe R. piquant l'engin de sa grande soeur à la fin des années cinquante pour essayer de le faire tournoyer en jouant des hanches). Et parmi  tous ces gamins qui jouaient au cerceau, j'imagine que beaucoup le faisaient en passant une version de Hula hoop sur le tourne-disques. Et question disques, il y avait le choix, avec des dizaines de versions dont la plus connue est peut-être bien celle d'Annie Cordy.
Ces derniers temps, le hula hoop j'en ai le plus souvent entendu parler sur le site Amour du rock 'n' roll. C'est un site passionnant qui m'apprend plein de choses, mais par contre j'ai beaucoup de mal à naviguer dedans. Sans Google, pas sûr que j'aurais retrouvé les quatre pages qui y sont dédiées au hula hoop : la page de base sur la danse du cerceau, celle où ce disque est présenté, la page sur hula hoop & rock and roll,  celle sur le hula hoop made in Europe et enfin la page hula hoop danse & sport.
Au fil de la lecture, on a la confirmation que, comme pour le twist quelques années plus tard, tout le monde, absolument tout le monde, a dû enregistrer sn titre hula hoop en 1958-1959, y compris Marcel Bianchi et bien sûr Georges Jouvin ! Et depuis la grande époque, ça continue. Plastic Bertrand par exemple a enregistré son propre Hula hoop.
Les 3 Ménestrels, accompagnés également par Alain Goraguer et son orchestre, ont eux enregistré Hou, la houppe sur un 45 tours qui contenait également La bourrée des labours, c'est dire. Ce disque des Trois Ménestrels a été réalisé par Boris Vian pour Fontana et il est très probable que ce disque de P-A-O-L-A et Alain Goraguer chez Philips a été édité quand Boris Vian y était directeur artistique.  Même s'il n'est pas signé, même s'il n'est pas repris dans le recueil Derrière la zizique, même si ce disque n'est pas (pas encore ?) listé sur cette liste de pochettes du site De Vian la zizique, je ne me pense pas me tromper en avançant, comme le fait également le site Fleurs de vinyl, que Boris Vian est l'auteur des notes de pochette, où Goraguer est surnommé Gogo comme dans d'autres textes effectivement signés par Vian.
 


La face A de ce 45 tours est une version chantée par P-A-O-L-A de la chanson de Georgia Gibbs, avec les paroles les plus courantes, qui mélangent allègrement dans la même phrase un sorcier d'Haiti, des vahinés (de Tahiti par définition), le tout sur fond de guitare hawaïenne. Pas étonnant après que certains, comme moi pendant longtemps, confondent tous ces lieux. Il y est aussi question d' "un nouveau jeu pour les jeunes et les vieux" et même de "maigrir en gardant le sourire". On le voit, on est dans un registre léger, fantaisiste, mais les arrangements et l'interprétation sont de qualité, et les Fontana (avec notamment Christiane Legrand, la soeur de Michel) font des "Hou hou" très réussis.
Pour ce qui concerne P-A-O-L-A, je vous conseille si vous ne l'avez pas fait ces derniers temps de retourner voir mon billet sur Si t'as été à Tahiti : je l'ai complété récemment par des informations sur le parcours de P-A-O-L-A fournies par son mari, Lucien Juanico.
La face B, Hou la-la-hoop, est une composition instrumentale originale d'Alain Goraguer, dans le même esprit de légèreté, avec aussi notamment de la guitare hawaïenne.
La photo de pochette, très réussie, est créditée à Ionesco, sans prénom (Pourrait-il s'agir d'une jeune Irina Ionesco ?). Il est amusant de constater que, sur mon exemplaire comme sur celui reproduit ci-dessus, le cercle d'usure sur la pochette dû au rond central du disque vient rajouter comme un hula hoop de plus à la photo !


J'ai non seulement piqué au blog Nouvelle danse l'image du recto de la pochette du disque, mais aussi ce lecteur MP3 où on peut écouter la face A du 45 tours.

09 janvier 2010

MON ONCLE


Offert par Philippe R. à Mareuil-sur-Ay le 24 décembre 2009
Réf : 460.565 ME -- Edité par Fontana en France en 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Mon oncle -- Adieu Mario -/- Le vieux quartier -- Arrangement sur les trois thèmes du film

Pour Noël, Philippe R. m'a offert plusieurs disques à chérir, chinés récemment du côté de Nantes. Avec la musique de Mon oncle, il était certain de faire mouche car il sait depuis longtemps combien je l'apprécie particulièrement, et en plus ce disque est une pièce, qui fait partie des nombreux disques édités par Boris Vian lorsqu'il était directeur artistique de label chez Fontana, Philips ou Barclay. Il vient s'ajouter à ceux dont j'ai déjà parlé ici, comme le Gabriel Dalar, le Monsieur Dupont, celui de P.A.O.L.A. et sûrement celui des Pinsons).
Outre que c'est sûrement l'un de ses plus réussis, Mon oncle occupe une place centrale dans la filmographie de Jacques Tati. A mi-chemin du village de Jour de fête et de la ville futuriste de Playtime, Mon oncle montre justement la banlieue-village en train de se faire détruire pour laisser place aux maisons modernes "tout confort".
De la musique de Mon oncle, j'aime tout particulièrement les deux compositions de Franck Barcellini qu'on trouve sur la face A de disque. Je ne connais pas la biographie de Barcellini, mais si j'en crois sa filmographie (une chanson pour Georges Guétary dans Liebe ist ja nur ein Märchen et les musiques des films Auguste, Les bidasses au pensionnat et surtout Couche-moi dans le sable et fais jaillir ton pétrole !), je pense pouvoir avancer sans trop de risque de me tromper que ces deux titres sont ce qu'il a fait de mieux !
Je n'ai pas souvent vu le film Mon oncle, et la dernière fois c'était il y a déjà quelques années, je ne me souviens donc pas pour quelles scènes en particulier sont utilisées chacun des trois morceaux, mais ce qui est évident c'est qu'ils correspondent parfaitement à l'esprit du film. Quand j'écoute le disque, je vois les chiens qui courent, les scènes de banlieue - et peut-être un peu moins la villa moderne et tous ses automatismes. Et non seulement les compositions sont excellentes et appropriées, mais surtout les arrangements sont parfaits, frais et légers, avec chacun des instruments qui se détachent bien l'un de l'autre, pas une soupe informe.
J'espère que, dans le livret de 72 pages qui accompagne le coffret Sonorama sorti en 2008, qui regroupe toutes les musiques des films de Tati, on trouve des précisions sur le nom de l'orchestre et des musiciens qui interprètent cette musique car sur ce 45 tours il n'y a strictement rien, et au générique du film non plus je pense (Je voterais pour l'orchestre d'Emil Stern et son piano magique si je devais essayer de deviner).
Dès les premières notes de piano, le morceau Mon oncle dégage un sentiment de nostalgie. Ensuite, divers instruments passent au premier plan, des flûtes (je pense), une guitare acoustique (espagnole ?), un accordéon, des percussions, un instrument à cordes qui est sûrement une balalaïka. Le tout est soutenu par une batterie très discrète, une contrebasse, et un vibraphone est présent en soutien. C'est parfait mais, si j'ai du mal à dissocier les deux morceaux, je crois que je préfère encore Adieu Mario où, avec à peu près les mêmes ingrédients musicaux, la nostalgie fait place à la gaité d'un gamin sautillant ou d'un oncle malicieux. C'est à Adieu Mario qu'il m'arrive souvent de penser quand j'écoute certains titres de Pascal Comelade, sur Un tal jazz par exemple, ou dans les musiques pour André le magnifique ou Zumzum-ka.
Le vieux quartier est une composition d'Alain Romans, qui avait déjà signé la musique des Vacances de Monsieur Hulot. Il y a un côté musette un peu plus facile et moins original, mais les musiciens sont visiblement les mêmes et c'est très bien quand même.
L'Arrangement sur les trois thèmes du film n'est pas simplement un medley fabriqué à la va-vite en collant des bandes bout à bout. Non, c'est bien un arrangement musical spécifique des trois morceaux, et surtout, si je ne suis pas sourd, il s'agit une interprétation spécifique et différente de ce qu'on a entendu auparavant sur le disque.
Boris Vian signe au dos un texte assez long (repris dans le recueil Derrière la zizique) où il dit tout le bien qu'il pense de Tati et de Mon oncle. Il précise : "En vous présentant la musique originale, naïve et gaie, de ce ravissant chef d'oeuvre, nous savons ce que nous faisons : nous vous offrons l'illustration sonore d'un film qui durera autant que les bandes immortelles de Chaplin... (...) Nous sommes heureux et fiers que le n°1 de la collection Fontana-Cinémonde porte l'effigie de ce grand bonhomme."
Car effectivement, ce disque est le premier d'une série de quelques-uns édités par Fontana proposant en EP des bandes originales de films. Vian était bien placé pour suivre de près le projet Mon oncle : selon ce site et le recueil Derrière la zizique, il avait écrit des paroles pour la chanson-titre du film qui n'ont pas été retenues. Cela ne l'a pas empêché, avec sa casquette de directeur de label, d'éditer ce disque, et au bout du compte, ce n'est peut-être pas plus mal que les paroles aient été refusées, tant ces instrumentaux se suffisent à eux-mêmes.



31 décembre 2009

REMY CHANTE : Disque lazer


Offert par Rémy Chante par correspondance le 27 décembre 2009
Réf : [sans] -- Edité par Les Déserteurs en Europe en 2009
Support : 1 application flash
13 titres

Rémy Chante a envoyé son cadeau de Noël deux jours après la date officielle. Il est tellement réjouissant qu'on ne comptera pas sur nous pour lui reprocher ce léger décalage par rapport à la date traditionnelle.
Ce cadeau, c'est Disque lazer, un album virtuel du plus jeune des Frères Nubuck. Un rapide coup d'oeil à la liste des titres nous apprend immédiatement qu'il s'agit d'une collection de reprises et que le fil rouge qui relie les titres sélectionnés, c'est la topographie : chacune des chansons sélectionnées comporte dans son titre un nom de ville, de Paris à Issy-les-Moulineaux en passant par Tunis et Quimper.
L'autre bonne nouvelle, c'est que ce sont bien des chansons qui nous sont proposées. Contrairement aux précédentes livraisons solo de Rémy Chante (Le Rital et la gamine, Music from Rémy Chante et Géographie des plaines belges) qui étaient instrumentales, Disque lazer est chanté, et excellemment chanté, par Rémy Chante, qui met à profit l'expérience acquise aves les Frères Nubuck, épaulé magistralement à plusieurs reprises par dÕRIS dÕris pour une deuxième voix, des choeurs et même le chant principal sur l'excellent Un clair de lune à Maubeuge. C'est d'ailleurs la seule intervention extérieure sur cet enregistrement en solo intégral de Rémy Chante.
En fait, il s'avère que ce disque n'est pas virtuel pour tout le monde, et pas nouveau non plus. En effet, il a été diffusé sous forme de CD en mars dernier aux souscripteurs du projet Les déserteurs, de Benjamin Demeyere et Rémy Chante, qui ont reçu chaque trimestre pendant un an une collection d'objets en édition limitée des plus hétéroclites, de la boite d'allumettes à la carte géographique en passant par le pantin articulé et les badges.
La livraison n° 2 de mars 2009 contenait donc notamment un calendrier du déserteur sur 13 mois (le 13e mois étant un supplément gratuit), l'illustration de chaque page mensuelle se rapportant aux titres des chansons du Disque lazer également inclus dans l'envoi.
Aujourd'hui, l'abonnement étant échu, les non-abonnés peuvent écouter ces chansons. Heureusement, car il aurait été dommage que la diffusion de ces excellentes reprises soit limitée à quelques dizaines de personnes car Rémy réussit là un exploit : proposer pour chacun des titres choisis un arrangement inventif et lumineux et le chanter excellemment. Et il en faut du talent pour ne pas se planter, qu'on tape dans la variété (Dalida et Love in Portofino, Petula Clark et (Allons donc) A London) ou qu'on s'attaque à une scie comme Syracuse ou un tube comme Week-end à Rome. Par exemple, New-York USA est loin d'être mon titre préféré de Gainsbourg, mais Rémy Chante s'en tire mieux que bien en gardant l'arrangement vocal avec une deuxième vois féminine mais en proposant un arrangement musical beaucoup plus rapide et très pop. Idem avec Barcelone, une excellente chanson de Boris Vian, mais que je ne connaissais jusqu'à présent que dans une version restée inédite à l'époque sur laquelle Vian chante comme une casserole. Là, c'est parfait.
Parmi les autres réussites, il y a Acapulco, reprise des copains de label les Chicken Belmondos et Moulineaux, un titre de Fred Poulet, et c'est une preuve du talent des Frères Nubuck si, parmi toutes ces bonnes chansons, ma préférée est peut-être Quimper, un titre des Nubuck paru sur l'album Chez les nudistes ("Tu ressembles aux rideaux dans le séjour et tu sors comme ça tous les jours"). J'aime beaucoup la version originale, mais je crois que maintenant je lui préfère cette nouvelle version, qui témoigne des progrès réalisés par les Nubuck ces cinq dernières années.
Je n'écoute pas souvent l'émission Le fou du roi sur France Inter, mais il m'arrive de zapper dessus pour écouter les groupes invités. Par le plus grand des hasards, j'ai donc eu l'occasion par deux fois (en direct il y a quelques semaines et lors de la rediffusion hier) d'y entendre François and the Atlas Mountains massacrer, en anglais et complètement faux, Suzanne de Leonard Cohen. Pour 2010, je n'ai qu'un message à faire passer aux programmateurs de l'émission : Invitez Rémy Chante, mais pendant une semaine entière, vous ne serez pas déçus !
Et puis, si jamais Katerine, Dick Rivers, Etienne Daho, Petula Clark, Fred Poulet ou Holden ont un projet d'album, ils devraient peut-être penser à Rémy Chante pour produire et même interpréter leurs enregistrements !



Ceux qui n'étaient pas abonnés au projet Les déserteurs peuvent en savoir plus en se procurant le livre Le déserteur / Les déserteurs de Rémy Chante et Benjamin Demeyere qui retrace cette aventure (22 € port compris).
Sur la page MySpace de dÕRIS dÕris on peut écouter deux excellents titres produits par Rémy Chante, une version de la chanson de Belle et Sébastien et une reprise de l'un de mes titres préférés du Bingo Bill Orchestra, On a tous des défauts (Je me demande bien pourquoi ce dernier titre ne figure pas sur Home/Fame...).

25 juillet 2009

COLETTE RENARD : La taxi girl


Acquis sur un vide-grenier de la Marne début 2009
Réf : EPL. 7.775 -- Edité par Vogue en France en 19680
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La taxi girl -- Ma rengaine -/- Je m'appelle Daysie -- Des histoires

Depuis quelques temps, Philippe R. s'est mis en quête d'acheter ceux des disques anciens de Colette Renard qui l'intéressent. Du coup, moi que Colette Renard n'intéresse a priori pas, je me suis mis à faire un peu plus attention aux disques d'elle que je vois passer sur les vide-greniers, qui font partie neuf fois sur dix il faut bien le dire, soit de sa série des Chansons gaillardes de la vieille France, soit de l'autre série sur Les chefs d'oeuvre de la chanson française.
L'idée au départ était de trouver des disques pour Philippe, et c'est arrivé au moins une fois, mais celui-ci j'ai eu envie de le garder dès que je l'ai vu, pour le chroniquer ici dans le but premier de leurrer des internautes et d'attirer ici à la fois des fans égarés de Taxi-Girl, le groupe new-wave de Daniel Darc, Mirwais Stass, Stefan, Laurent Sinclair et Pierre Wolfsohn dont le premier album fut produit par Jean-Jacques Burnel des Stranglers, et des téléspectateurs accros chaque soir de la semaine à l'insupportable série Plus belle la vie. En effet, il est important que les fans de ce populaire feuilleton sachent que l'actrice qui joue la grand-mère Rachel n'a pas attendu France 3 pour faire carrière et que c'est bien la même actrice chanteuse qui, à partir de 1956 avec le succès de la comédie musicale Irma la Douce, a rencontré un large succès populaire pendant les années 50 et 60. Son autobiographie publiée en 1998, Raconte-moi ta chanson, est sûrement passionnante.
Rien que qu'au générique de ce 45 tours 4 titres, on trouve déjà tout un gotha de la chanson française : Raymond Legrand, chef d'orchestre, père de Michel et époux de Colette Renard de 1960 (à peu près au moment de la sortie de ce disque) à 1969; Jean-Claude Darnal, auteur-compositeur de La taxi girl; Marguerite Monnot, qui signe avec Boris Vian Ma rengaine, compositrice d'Irma la Douce mais aussi de nombreuses chansons, pour Edith Piaf notamment, dont quand même Milord et L'hymne à l'amour; le jeune Georges Moustaki qui propose ici Je m'appelle Daysie; et enfin, pour rester dans les collaborateurs d'Edith Piaf, Charles Dumont et Michel Vaucaire, auteurs de Des histoires, mais aussi par ailleurs de Non, je ne regrette rien.
Sur un rythme de tango, La taxi girl explique qu'elle est une femme qui se fait payer pour danser, mais le dernier couplet souligne assez clairement et drôlement qu'il ne faut pas confondre ce métier avec le plus vieux du monde :
  • Si tu veux aut'chose Il faut pas qu'tu l'oses Tu te trompes d'adresse
    Ça suffit comme ça Prends-moi par le bras Et pas par les fesses
    Ici c'est un bal Je m'trimballe pour dix balles
    J'suis pas ta p'tite gueule Ni ton épagneul Je suis taxi-girl

Par contre Daysie, comme Irma la Douce d'ailleurs, est bien une prostituée, mais son prénom change à chaque bateau qui arrive pour ne pas dépayser les marins qui font escale.
Les paroles de Boris Vian pour Ma rengaine sont étonnamment nostalgiques et déplorent (déjà) la mort de la chanson française ("Y a que des musiques américaines dans les bistrots et les cinés, qui c'est qui t'a assassinée, ma rengaine ? Y des maracas par douzaines embusquées dans les TSF, mais toi on t'entend plus bézef, ma rengaine.").
Des histoires est une chanson d'amour des plus classiques, peut-être bien aussi sur un rythme de tango, à moins que ce soit un boléro.
Au bout du compte, à mi-chemin de la chanson réaliste et de la chanson qe qualité française, voici un petit disque bien plein et bien varié. Et encore, ce n'est que le seizième d'une très longue série...
Sinon, Philippe, c'est promis, les prochains disques de Colette Renard que je trouve sont pour toi. Les DVD de Plus belle la vie aussi, bien sûr !

19 avril 2009

P.A.O.L.A : Si t'as été à Tahiti


Acquis sur le vide-grenier de Mardeuil le 30 avril 2006
Réf : 432.327 BE -- Edité par Philips en France en 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Torero -- Sous son chapeau cloche -/- Si t'as été à Tahiti -- Vache de java

Le même jour et au même stand, j'avais trouvé un bon disque de vraie musique tahitienne, celui de l'Ensemble Tauhiti, que j'avais décidé de chroniquer ici. Du coup, comme je ne voulais pas multiplier les billets sur Tahiti, je m'étais contenté pour ce 45 tours bizarre à la pochette me rappelant Annie Cordy d'une ou deux écoutes avant de le ranger. Mais j'avais trouvé ça sympa et rigolo et, après mes découvertes récentes de 45 tours Fontana et Philips des années 50 (dont ceux de Gabriel Dalar et de Monsieur Dupont et ses solistes campagnards), j'ai regardé ce disque avec beaucoup plus d'attention quand je suis retombé dessus cette semaine en en rangeant un autre. Label Philips, orchestre d'Alain Goraguer, grosses blagues, et même une chanson signée André Popp et Boris Vian : pas de doute, le Bison Ravi a dû avoir quelque chose à voir dans l'édition de ce 45 tours.

Je n'ai trouvé absolument aucune information biographique sur P.A.O.L.A. Si j'en crois la discographie disponible chez Encyclopédisque et les informations figurant au dos de mon disque, elle a sorti au moins un 45 tours chez Typic en 1957 avant de signer chez Philips, où son premier disque consistait en des interprétations de trois chansons de l'opérette Maria-Flora. Celui-ci est le deuxième, et il y en a eu au moins trois autres par la suite, de 1959 à 1962.



Ci-dessus, la première pochette de ce 45 tours, très moche, qui mettait en valeur Sous son chapeau cloche, le titre de Popp et Vian. C'est pourtant, et de loin, le titre des quatre que j'aime le moins. Il n'est pas mauvais, mais c'est du jazz comme l'aimait Vian et ce n'est pas très drôle.

Mais c'est l'autre titre original du disque, Si t'as été à Tahiti, qui avait le plus fort potentiel commercial. Je pense d'ailleurs que c'est le seul de P.A.O.L.A qui est un peu connu. Il a donc bénéficié d'une édition en 45 tours deux titres (sûrement pour les juke-boxes), d'une nouvelle pochette pour le EP le mettant bien en valeur, avec une pochette colorée à l'exotisme de pacotille de bon aloi, et sa partition a même été commercialisée. Au Québec, Les Jérolas ont repris la chanson sur leur premier album en 1959.

Parmi des milliers d'autres exercices d'exotisme chansonnier utilisant les ingrédients de Tahiti ou d'Hawaï, cette chanson de Robert Pierret et Jean Guillaume fait partie de celles qui obtiennent une bonne note, tout comme, quelques années plus tard, La polygamie de Marcel Amont, dont j'ai déjà parlé ici. Je ne doute pas que, lorsqu'il a composé son propre A Tahiti en 1992, où il est question de moyens de transport pour se rendre notamment à Tahiti et Hawai, parmi lesquels une auto et un vélo, Jean-Luc Fonck de Sttella avait en tête ce précédent des années cinquante.

Même si je faisais une erreur en associant la photo de P.A.O.L.A à Annie Cordy, car Annie Cordy avait ce type de look plutôt dans les années 60 et 70 que dans les années 50 il me semble, j'avais quand même mis dans le mille, car il s'avère que Torero, l'excellente reprise d'une chanson italienne écrite par Renato Carosone, a aussi été chantée par Annie Cordy, également en 1958 mais j'imagine qu'Annie Cordy en est la créatrice en France, pas P.A.O.L.A. C'est une chanson que j'aime beaucoup et que je connais depuis longtemps, mais... dans une version en allemand publiée par les Lost Gringos en 1984 sur le maxi Troca troca !

Vache de java fait bien sûr penser aux grandes javas du duo Goraguer/Boris Vian, dont La java des bombes atomiques. Dans le lot, celle-ci fait partie des grandes réussites, mais ils n'en sont pas les auteurs. En écoutant les paroles, et en pensant à l'espagnolade de Torero et à l'exotisme de Si t'as été à Tahiti, je me disais que ces chansons étaient vraiment typiques d'un esprit années cinquante, et je pensais notamment à Henri Génès, et à sa Vaca maladiva. Et bien bingo, puisque Vache de java est justement une reprise d'une chanson sortie par Génès en 1957 !

On peut écouter sur Youtube une version en public de Si t'as été à Tahiti, proche mais pas tout à fait aussi bonne que la version en studio.



Ajout du 22 mars 2011 :


Voici quelques informations sur la biographie de PAOLA communiquées par son mari, le trompettiste et chef d'orchestre Lucien Juanico, qui a composé plusieurs chansons pour elle et qui l'accompagnait déjà avec son orchestre sur son premier 45 tours en 1957.
Avant ça, ayant monté un tour de chant "international", elle était partie en Italie pour un contrat de quinze jours et y est resté huit ans ! Ce sont les italiens qui transforment son prénom Paule et lui attribuent le pseudonyme Paola Paola.
Revenue à Paris et signée chez Philips, elle obtient un grand succès avec avec Si t'as été à Tahiti (600 000 exemplaires vendus). Elle passe à l'Olympia en vedette américaine de Paul Anka, puis deux fois à Bobino en tête d'affiche, où est enregistré en public le 33 tours 25 cm Rue de la gaité - A Bobino.
Outre cet album, Paola a publié au moins neuf 45 tours et un album "gospel", Révélation, sur lequel elle reprend des negro spirituals, des psaumes et des chansons de Michel Legrand.
Outre Boris Vian, elle a eu notamment l'occasion d'interpréter au cours de sa carrière des compositions de Gilbert Bécaud, Mireille, Francis Lemarque, Bernard Dimey, Ricet Barrier, Jean Constantin, Henri Salvador.
Paola est décédée en 2010.

07 avril 2009

MONSIEUR DUPONT ET SES SOLISTES CAMPAGNARDS : La polka des démobilisés


Acquis sur le vide-grenier de Oiry le 5 avril 2009
Réf : 460.062 TE DELUXE -- Edité par Fontana en France vers 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La java des moutards -- La polka des démobilisés (Polka rekruta) -/- Valse du printemps -- La danse de la banane

C'est le printemps. Il fait beau (en tout cas, il faisait beau dimanche) et les vide-greniers éclosent dans les villages. Deux m'auront suffi et, même si à chaque fois je n'ai acheté des disques qu'à un seul stand, je suis rentré content.
Il faut dire qu'à Oiry, le stand où j'ai acheté des disques proposait deux boites à chaussures de 45 tours, surtout années 60-70, à 10 centimes pièce ! J'en ai pris vingt, dont celui-ci, que j'aurais acheté même à 50 centimes ou à 1 €, tellement ça me fait plaisir rien que de taper le nom du groupe et le titre des chansons.
En plus, comme mon attention a été attirée depuis que j'ai trouvé le disque de Gabriel Dalar, j'ai tout de suite pensé que, s'agissant d'un disque paru chez Fontana probablement dans les années 50, avec autant d'humour et les mentions de java et de polka, Boris Vian pouvait avoir été impliqué à un moment ou un autre dans sa publication.
C'est probablement effectivement le cas, même s'il n'est fait mention de lui nulle part sur mon disque : le site De Vian la zizique nous informe que Boris Vian a signé sous le pseudonyme de Fanaton les notes de pochette d'un précédent disque de Dupont.
En tout cas, l'imagination était au pouvoir pour ce qui concerne le nom des groupes de Dupont puisque, si les deux premiers 45 tours Fontana créditaient sobrement "Dupont à l'accordéon et son ensemble" (mais le second proposait quand même une reprise du Poinçonneur des Lilas !), Les filles de mon village, le disque avec le texte de Vian, est attribué à "L'accordéoniste Dupont et ses commis agricoles" !!
Par rapport aux disques précédents, celui-ci bénéficie d'une pochette avec photo en quadrichromie très réussie. La jeune femme qui pose est Sophie Perrault, probablement celle-là même qui tient un rôle dans le premier film d'Eric Rohmer, Le signe du Lion.
Dans un premier temps, je n'ai vu dans l'accoutrement de Dupont qu'un clin d'oeil à la Vieille France mais, en y réfléchissant, et surtout par contraste avec ses autres photos, je me suis dit que chapeau melon + costume noir + grosse moustache + Dupont = peut-être bien un clin d'oeil au personnage de la série Tintin !!
Sinon, avec une pochette pareille, un nom de groupe pareil et des titres de chansons pareils, c'est bien entendu le genre de disque qui ne peut que décevoir un peu lorsque l'on se décide à le mettre sur la platine, et ce d'autant plus que, derrière des titres bien trouvés comme La java des moutards, La polka des démobilisés et La danse de la banane, on ne trouve que des instrumentaux avec quelques choeurs. Il y a juste un gamin qui pleure et une phrase parlée — et bien vue — au début de La java des moutards, "Pleure pas mon petit père, tu l'auras ta java". Dommage, avec des chansons on aurait eu un disque épatant façon Endimanchés.
Musicalement, le côté musette de l'accordéon est agréablement tempéré par les solistes campagnards, qu'ils jouent des instruments à vent ou à cordes, et ça fonctionne particulièrement très bien sur La java des moutards et La danse de la banane.
Entre musique de cirque et bal des Pompiers, on a un disque au final agréable avec, pour La valse du Printemps, quelques paroles anodines chantées en choeur et des sons rigolos pour évoquer les zoziaux.

30 novembre 2008

GABRIEL DALAR : Docteur Miracle


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 14 novembre 2008
Réf : 460.602 ME -- Edité par Fontana en France en 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Docteur Miracle -- Hé, Youla ! -/- Viens -- Croque-Crâne-Creux

Ça fait bien longtemps que je ne fais plus trop de bonnes affaires à l'Emmaüs de Tours-sur-Marne, du coup j'y vais moins souvent. Depuis l'album de Donovan, à part un EP de Marcel Bianchi plus tôt cette année je suis presque toujours revenu bredouille. Mais en cette saison les vide-greniers se font rares, alors j'ai retenté ma chance l'autre jour et, dès les premiers disques feuilletés, j'ai senti un changement d'ambiance : je venais de tomber sur le This is pop ? de XTC en pressage anglais alors que je n'avais que le pressage français, plus un EP live d'Eddie and the Hot Rods de 76 avec quatre reprises de classiques (enfin un peu moins que ça car le disque a dû être fondu par un mégot et le début de chaque face n'est pas écoutable...). En tout, j'ai ramené neuf 45 tours, dont un Gilles Marchal, un Morrissey et un Bobby Patterson et en plus au moment de payer j'ai vu quelques cartons de CD singles promo à 50 centimes et j'ai fait quelques affaires de plus !
Pour ce qui est de cet EP, j'aurais tout de suite dû réagir à la lecture du nom de Gabriel Dalar vu que j'avais emprunté à la Médiathèque il y a quelques temps le CD Twistin' the rock vol. 1 sur lequel on trouve les huit titres des deux EPs qui constituent son l'intégrale de son oeuvre publiée, ainsi que huit titres de Teddy Raye.
Non, en fait ce qui m'a fait m'arrêter sur ce disque et y prêter attention, ce n'est ni le nom de Dalar, ni la pochette assez moche, mais bel et bien la mention de Docteur Miracle, un titre enjoué que je connais surtout interprété par Jacques Hélian, et Annie Cordy aussi.
Ces temps-ci, je suis bien content quand mes disques sont répertoriés sur le site Amour du rock'n'roll. Ça signifie que j'ai dégotté un disque de rock français des fifties. Ce disque de Gabriel Dalar y figure bien, et, sans le savoir, j'ai bien fait de suivre la recommandation qui y figure : "Parfois le verso d’un EP gagne à être montré".
Et en effet, outre qu'on y apprend par un tampon que mon disque a appartenu précédemment à Louis Parent d'Epernay, le verso nous indique que Gabriel Dalar propose des chansons "choc", qu'il est accompagné par Alain Goraguer et son orchestre et que l'adaptation de l'un des titres est signée Boris Vian.
En me creusant un peu, j'aurais pu deviner tout seul que les notes de pochette signées Anatof de Raspail étaient en fait de Boris Vian, alors directeur artistique de Fontana. Au passage, je connaissais les activités de directeur artistique de Vian, mais jamais je n'aurais imaginé que, en plus de ses compositions, il avait adapté un nombre impressionnant de chansons anglo-saxonnes en français dans les seules années 1958-1959, dont 39° de fièvre, version française de Fever, interprétée en premier par Gabriel Dalar sur son deuxième EP.
La sélection des reprises de ce disque est symptomatique de ce qui se passait visiblement à l'époque : quand les labels voyaient passer une chanson susceptible de marcher ils se précipitaient pour la faire enregistrer par un de leurs poulains. Il y a un paquet de versions de Docteur Miracle, mais c'est le cas aussi pour Viens (reprise de When des Kalin Twins), enregistrée par Claude Piron, le futur Danny Boy, en septembre 1958, puis par Richard Anthony en novembre (sa version ne sera éditée que plus tard) et aussi donc par Gabriel Dalar. Le EP de Claude Piron de 1958 a carrément trois titres en commun avec celui de Dalar (Docteur Miracle, Hé Youla ! et Viens) et, quand on découvre que le quatrième titre est une adaptation de Where have you been Billy Boy ? par Boris Vian, on comprend que le directeur artistique de Fontana n'a pas eu besoin d'aller chercher trop loin pour sélectionner les titres à enregistrer par son poulain Dalar. Et la chaîne continue car le EP Hula hoop sorti en décembre 1958 par Moustache et ses Moustachus chez Barclay, le label qui allait embaucher Vian quelques mois plus tard, a lui aussi trois titres en commun avec celui de Gabriel Dalar.
Musicalement, avec Alain Goraguer aux manettes on sait que la base de l'instrumentation est bien plus jazz que rock : les cuivres sont ici bien plus présents et mis en avant que la guitare. Mais je trouve que les arrangements et les interprétations sont ici très fins et excellents, meilleurs que sur d'autres enregistrements que je connais d'Alain Goraguer.
Ça s'entend par exemple sur Docteur Miracle dans les bruitages qui accompagnent le remède magique du médecin. Pour Hé, Youla !, on entend un peu plus la guitare, mais c'est une chanson que je n'aime pas trop.
Il y a une chose impressionnante avec Viens, c'est que tous les ingrédients du yéyé sont déjà présents, des paroles un peu niaises aux claquements de mains, alors que le mouvement n'éclatera qu'au début des années 60. Richard Anthony et Danyel Gérard, qui sort lui aussi sa version de Viens sur son premier disque fin 1958, en seront deux des vedettes. Gabriel Dalar aura alors déjà abandonné sa carrière de chanteur, mais ce n'est pas un hasard si le magazine Music-Hall de mai 1959 consacre un article à ces chanteurs regroupés sous le terme des "trois agités".
Tout cela est bien beau, mais le clou du disque c'est le dernier titre, Croque-crâne-creux. C'est le plus rockabilly des quatre, mais c'est surtout le plus drôle.
Il s'agit d'une reprise de Purple people eater de Sheb Wooley. Je n'en avais strictement jamais entendu parler, et pourtant ce titre a été un tube énorme qui est resté six semaines n°1 aux Etats-Unis en 1958, vendant alors trois millions d'exemplaires (et cent millions en tout depuis !).
L'histoire est celle d'un monstre extra-terrestre mangeur d'hommes pourpres, qui s'avère pas si méchant que ça. Le genre d'histoire à la Here come the Martian Martians de Jonathan Richman. Vian a transformé le monstre en croqueur de crânes creux et toute l'équipe s'en donne à coeur joie, des bruitages de science fiction à la voix extra-terrestre trafiquée. Vian n'a pas pu s'empêcher de placer une référence à son pote Claude Luter, mais à sa décharge il semble que la version originale comportait effectivement un solo de clarinette.
En tout cas, des disques de chansons "choc" de cinquante ans en parfait état à 30 centimes comme celui-là, je veux bien en trouver toutes les semaines !