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25 juillet 2016

LOUISE & FERERA-FRANCHINI : Southern blues / Hawaiian nightingale



Offert par Philippe R. à Nantes le 18 juillet 2016
Réf : 88 -- Édité par Francis Salabert en France dans les années 1920
Support : 78 tours 25 cm
Titres : LOUISE & FERERA : Southern blues -/- FERERA-FRANCHINI : Hawaiian nightingale

Ces derniers temps, il est peut-être plus facile de trouver sur les vide-greniers des disques intéressants des années 1920 ou 1930 que des années 1950 et 1960. Celui-ci, c'est Philippe qui l'a trouvé dans le coin de Nantes et qui me l'a gentiment offert, pour ses guitares hawaïennes et ses belles étiquettes, et parce qu'il n'est pas encore équipé pour écouter des 78 tours.
Francis Salabert est avant tout réputé comme l'un des plus importants éditeurs musicaux français, mais il a également publié des disques, avec plus de 800 références, probablement dans les années 1920-1930. Cette référence-ci, la 88, se situe plutôt dans les débuts.
J'avais été surpris de l'apprendre il y a quelques années, mais la musique hawaïenne a été l'une des plus populaires aux débuts de la musique enregistrée. Les premiers enregistrements remontent à la fin du 19e siècle et les disques se sont vendus à la pelle au moins jusqu'aux années 1930.
Frank Ferera (aussi nommé Palakiko Fereira), hawaïen de descendance portugaise, a été l'une des premières vedettes mondiales de la guitare hawaïenne. Il a fait carrière aux Etats-Unis dès le tout début du 20e siècle.
Il a beaucoup enregistré avec sa deuxième épouse, Helen Louise Greenus, la fille d'un homme d'affaires de Seattle, passionnée par la musique hawaïenne, qui avait appris à jouer de la guitare et du ukulélé. Ils avaient commencé à jouer ensemble à la fin de l'exposition Panama-Pacific à San Francisco en 1915, qui a déclenché une vogue immense pour la musique hawaïenne. Ils ont eu énormément de succès ensemble, mais la belle histoire s'est terminée en décembre 1919 quand Louise a disparu d'un paquebot qui emmenait le couple de San Francisco à Seattle.
Ce disque édité en France, reprend des probablement des enregistrements d'époque différentes.
Southern blues, un duo de guitare steel et de guitare ou ukulélé, crédité à Louise et Ferera, a dû être enregistré il y a pile cent ans, le 18 juillet 1916 à New York. La chanson a dû être éditée initialement chez Victor. J'ai aussi vu la trace d'un 78 tours de 1923 chez Pathé crédité à la Louise and Ferera Hawaiian Troupe. Ferera a de toute façon enregistré plusieurs versions de cette composition, puisqu'on trouve sur archive.org une version de 1924 par Ferera et John K. Paaluhi éditée chez Edison, qui est plus énergique.
Hawaiian nightingale est une composition populaire façon Tin Pan Alley de Vaughn de Leath sur des paroles d'Anne Hampton. Elle a été publiée en 1922. Là encore, je pense que Ferera l'a enregistrée au moins deux fois sur disque, dans des versions orchestrées. Avec le Palakiko's Hawaiian Orchestra chez Edison et avec le guitariste Anthony J. Franchini chez Pathé Actuelle, dans une version plus épurée ou j'entends du piano et du violon, c'est celle qui est sur mon disque.
Au bout du compte, je me félicite de la sélection des versions sur ce disque édité par chez nous sûrement à partir de 1923. Et on risque de parler encore de vieilleries prochainement par ici car j'ai acheté hier un petit lot d'une quinzaine de 78 tours...

Louise & Ferera : Southern blues.
Ferera-Franchini : Hawaiian nightingale.

13 mars 2016

ORCHESTRE DU GŒLAND GRIS : Doux baisers hawaïens



Acquis à la braderie-brocante d'Ay le 2 juin 2011
Réf : 259 -- Édité par Discolux en Belgique dans les années 1930
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Doux baisers hawaïens -/- Rêves

Les disques souples, je connais bien, mais ce jour-là, alors que je faisais mon tour de la braderie-brocante d'Ay, je suis tombé dans un carton sur une poignée d'exemplaires très bizarres : des disques souples de grand format (25 cm), blancs et épais comme des 78 tours rigides. A 50 centimes, j'étais bien décidé à en prendre un rien que pour l'objet, mais en plus j'en ai trouvé un au titre alléchant, Doux baisers hawaïens.
J'ai commencé à déchanter plus tard, lorsque j'ai eu la possibilité chez fois d'écouter des 78 tours et que j'ai compris pourquoi ce type de disque n'était pas plus répandu : ce grand disque, même après des années coincées entre d'autres dans une pile, n'est jamais plat ! On peut le repousser dans un sens ou l'autre, écouter une face concave ou convexe mais ce n'est jamais génial.
En plus, sur le coup je n'ai pas trouvé beaucoup d'informations sur ce disque, sauf que Discolux était une étiquette du distributeur belge Phonedibel.
En plus du titre d'une des chansons, j'aimais beaucoup le nom de l'Orchestre du Goéland Gris. Un peu comme l'Orchestre de Ça Gaze ou celui du Tourbillon, dont j'ai aussi un disque, j'étais persuadé que c'était l'orchestre d'un cabaret, mais là aussi j'ai fait chou blanc et je n'ai trouvé aucune référence à un tel lieu, ni en France ni en Belgique.
J'ai donc remisé mon disque sans le chroniquer, comme j'en avais d'abord eu l'intention, mais j'y pensais assez souvent, notamment car j'avais copié la photo des labels.
Je l'ai encore ressorti il y a quelques jours, et là d'un seul coup j'ai progressé à pas de géant. Je suis tombé sur un bête fichier Excel de liste de disques en vente, mais qui comportait cette mention:
"Orchestre du Goeland Gris (Grey Gull Orchestra) mx 3900, Feb 1930, prob. Mike Mosiello (t), Andy Sanella (stg), John Cali (g) Charles Magnante (acc.),…GREAT".
Des noms ? Des pistes ? Hop, je cherche des infos sur le steel guitariste Andy Sannella, puisqu'il y a de la guitare hawaïenne et là, bingo, j'apprends que, avec les musiciens cités ci-dessus, il formait le noyau du prolifique orchestre maison d'une maison de disques de Boston active de 1919 à 1931, Grey Gull Records !
Un "grey gull", en français, c'est un goéland gris !!
Il s'avère donc que mon disque, que je croyais francophone, est en fait l'édition belge d'enregistrements américains, avec une traduction complète en français du nom de l'orchestre et des titres des chansons...!
Muni de ces éléments, et sachant que les discographies anciennes de jazz sont très bien documentées, je me suis rendu sur
le site du projet Grey Gull Discography et j'ai trouvé des informations sur les deux faces de mon disque :
Sweet hawaiian kisses (matrice 2455) a été publié deux fois, sur le disque version Grey Gull 2344, crédité à Arthur Fields et sur le Grey Gull 4160 en 1927, crédité à Roy Butler, l'un des pseudos d'Arthur Fields.
Dreams (matrice 3873) a été publié en 1930 sur Goodson S175, l'un  des labels de Grey Gull et crédité aux Melodist Four.
Rêves, sur mon disque, porte bien le numéro de matrice 3873, et c'est assurément le même enregistrement que le Dreams de Goodson, une valse instrumentale avec principalement la trompette solo de Mike Mosiello, même si on entend, aussi, entre autres, la guitare hawaïenne.
Par contre, Doux baisers hawaïens (matrice 3896) n'est pas le même enregistrement que le Sweet hawaiian kisses de la matrice 2455. En effet, comme précisé sur l'étiquette du 78 tours Grey Gull, Sweet hawaiian kisses est chanté, alors que ma version de ce très beau titre de guitare hawaïenne est entièrement instrumentale !
Ce numéro de matrice ne figure pas encore dans la base de données de Grey Gull Discography mais je pense qu'il s'agit juste d'un manque et je suis à peu près sûr que cette version instrumentale a aussi été éditée aux Etats-Unis.
En tout cas, ce disque plein de surprises est non seulement un étrange objet mais aussi très intéressant musicalement. Évidemment, je regrette maintenant de ne pas avoir pris tout le lot, même si musicalement les autres disques étaient sûrement moins intéressants.
Ces titres Grey Gull ont visiblement été très rarement réédités, à l'exception du CD Grey Gull rarities de Jazz Oracle, sur lequel on retrouve les musiciens de ce disque sur plusieurs titres, mais aucune des deux faces de mon 78 tours souple.

Orchestre du Goéland Gris  : Doux baisers hawaïens.
Orchestre du Goéland Gris  : Rêves.

05 juillet 2015

BLIND WILLIE DUNN'S GIN BOTTLE FOUR : Jet black blues


Acquis sur le vide-grenier de la FCPE à Ay le 28 juin 2015
Réf : BF 634 -- Edité par Columbia en France vers 1929 probablement dans les années 1950
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Jet black blues -/- Blue blood blues

La semaine dernière, en chroniquant le 78 tours de Léon Raiter, j'écrivais ça : "Pour ce qui concerne les seuls 78 tours, ça ne fait que deux ans que j'ai commencé à en acheter, et je reste très sélectif. De toute façon, on en voit peu et, une fois écartées l'opérette et la musique classique, il ne reste guère que notre blues à nous, le musette et la chanson." Ce que je voulais vraiment dire, c'est qu'il y a à peu près zéro chance de tomber dans nos campagnes sur un des 78 tours de country blues du genre de ceux qui intéressent les collectionneurs du livre d'Amanda Petrusich que je viens de lire, Do not sell at any price.
Eh bien, pan dans les dents. Une fois de plus, la preuve est donnée qu'il ne faut jamais dire jamais.
Le lendemain même de la publication de ce billet, de bon matin et par très beau temps (la canicule n'était pas encore là), j'ai commencé ma journée par un exploit sportif en parcourant trois kilomètres à vélo sur le plat le long du canal pour me rendre à Ay, sur la traditionnelle brocante de l'association des parents d'élèves du collège de la ville.
Quelques minutes après mon arrivée, au bout de l'une des travées, je suis tombé sur deux brocanteurs professionnels qui venaient de s'installer. J'ai reconnu deux gars repérés il y a quelques semaines sur un vide-grenier, surexcités et agressifs. Ils n'avaient pas fini de s'installer qu'ils en étaient à s'énerver contre les badauds qui avaient l'audace de négocier leurs prix. J'étais sur le point d'en rester là et d'aller voir ailleurs, mais ils ont été corrects avec moi, et surtout j'avais repéré sur leur stand des disques qui m'intéressaient.
Chacun des deux gars gérait son propre stock sur le stand, y compris pour les disques qui pourtant venaient tous de la même collection, celle d'un dénommé Ahr (à moins que ce ne soient des initiales...).
Au premier des gars, j'ai acheté deux 45 tours très intéressants, que j'aurai l'occasion de chroniquer ici. Chez le second, j'avais initialement sélectionné quatre disques. Quand il m'a annoncé 15 € pour le lot, j'ai demandé son prix pour les deux disques qui m'intéressaient le plus. A 10 €, c'était plus que mon prix habituel. J'ai reposé les disques et je suis reparti. Mais je suis vite revenu, dès je me suis dit que ce n'est pas demain la veille que je tomberais à nouveau sur un 78 tours avec deux blues américains.
J'ai donc finalement acheté pour 10 € un 45 tours quatre titres avec pochette d'Arthur Smith (Yes Sir, that's my baby, malheureusement très décevant) et ce 78 tours.
Pourquoi avoir sélectionné ce disque ? Parce qu'il y a le mot "blues" dans le titre des deux chansons ? En partie, oui, même si ce terme apparaît dans de nombreux titres de jazz (ce disque est d'ailleurs considéré avant tout comme un disque de jazz). Mais la vraie raison, c'est que j'ai reconnu dans les crédits le nom du guitariste Lonnie Johnson. Un musicien que je connaissais peu, à part de réputation. Il est même évoqué en passant dans Do not sell at any price, mais juste pour préciser qu'il n'intéresse pas les grands collectionneurs de country blues, qui le considèrent comme trop commercial.
J'ai aussi reconnu dans les crédits les noms de King Oliver et Hoagy Carmichael, mais pas celui de l'autre guitariste, Eddie Lang, justement considéré avec Lonnie Johnson comme l'un des premiers guitaristes virtuoses du jazz.
A l'époque, Eddie Lang et Lonnie Johnson étaient tous les deux sous contrat chez Okeh, devenu une filiale de Columbia, et ont participé à de nombreuses sessions. Rarement ensembles car, comme c'était la pratique à l'époque, Eddie Lang, d'origine italienne, enregistrait des disques à destination du public blanc, tandis que les enregistrements du noir Lonnie Johnson étaient plutôt publiés dans les séries des Race Records, à destination des afro-américains.
Mais, sur un an, de novembre 1928 à octobre 1929, Lang et Johnson ont enregistré ensemble : deux titres avec le chanteur Texas Alexander, et d'autres en duo ou en groupe. Pour tous ces enregistrements "mixtes", Eddie Lang a pris le pseudonyme Blind Willie Dunn, soit pour éviter tout problème lié à la ségrégation, soit parce que cette musique risquait mieux de se vendre auprès du  public noir.
Sur les rondelles des disques Okeh originaux, on ne trouvait que ce pseudonyme et le nom du groupe, Blind Willie Dunn's Gin Bottle Four. Aucun crédit individuel pour les musiciens. Pour les avoir, il faudra attendre les rééditions, ou par exemple cette édition française, que je n'ai pas réussi à dater. Et même là, ça reste un sujet de discussion. En fait, le batteur ne serait pas Hoagy Carmichael, et donc on ne connaît pas le chanteur, puisque c'était censé être lui. Quant au trompettiste, ce serait Tommy Dorsey plutôt que King Oliver. Les autres musiciens restent inconnus, le pianiste étant peut-être J. C. Johnson, l'auteur de la face B.
Avec tout ça, je me rends compte que je n'ai pas encore parlé de la musique qu'on trouve sur ce disque !
Dès les premières notes de Jet black blues, j'ai su que j'avais fait une bonne pioche. Les deux guitares en intro, les petites notes de piano et les tintements de cloche, le solo de trompette, le chant scat. Superbe !
Je préfère cette face A, mais on retrouve à peu près les mêmes ingrédients sur Blue blood blues, avec des percussions minimales mais surprenantes et aussi des bruits de bouche.
Eddie Lang est mort très jeune, à 32 ans, de complications d'une opération des amygdales. La légende veut que son pote Bing Crosby lui ait conseillé cette opération pour qu'il puisse participer à ses films parlants.
Lonnie Johnson est mort à 71 ans en 1970, avec une carrière qui a alterné des phases de grand succès et de longues éclipses.
Dans le livret du CD Frémeaux The first of the "guitar heroes" 1925-1947, Gérad herzhaft écrit ceci à propos de Lonnie Johnson : "C’est surtout, à partir de novembre 1928, son association avec le guitariste italo-américain Eddie Lang (Salvatore Massaro), un autre grand pionnier de la guitare soliste, qui va marquer ses contemporains et ses émules. Les deux virtuoses enregistrent une série de duos incroyablement inspirés, harmonies audacieuses, idées novatrices sur des arpèges et des lignes de basse, qui comptent encore parmi les grands chefs d’oeuvre de la musique américaine." Comme quoi, j'ai vraiment fait une bonne pioche !
Plus que pour les 45 tours, l'effet que me font les 78 tours, c'est vraiment d'avoir l'impression d'avoir en mains des pièces historiques. Même si ce disque a plutôt été édité dans les années 1930 qu'en 1929, il est quand même d'époque. Une époque où, en-dehors du studio, les musiciens noirs et blancs risquaient leur vie en se côtoyant, une époque où la prohibition était en train de s'installer, ce qui n'interdisait pas de baptiser le groupe Le Quartet de la Bouteille de Gin...

On retrouve l'intégralité des enregistrements de Blind Willie Dunn dans le coffret Mosaic The Classic Columbia And Okeh Joe Venuti And Eddie Lang Sessions.

Jet black blues et Blue blood blues sont disponibles en écoute et en téléchargement sur archive.org :





Je ne sais pas ce qui s'est passé avec le scanner, mais les étiquettes en sont ressorties toutes noires alors qu'en réalité elles sont marron...

03 mars 2012

THE OXFORD AMERICAN : Thirteenth annual Southern music issue


Acquis par correspondance chez Oxford American aux Etats-Unis en janvier 2012
Réf : N° 75 -- Edité par Oxford American aux Etats-Unis en 2011
Support : 196 pages 28 cm + CD 12 cm
38 + 27 titres

J'avais repéré le magazine Oxford American une première fois en 2007 grâce à un billet de Living In Stereo. Présentement, je n'arrive pas à remettre la main sur le billet d'un autre blog qui, fin 2011, m'a annoncé la sortie du tout dernier numéro de cette revue, mais toujours est-il que, après avoir vu la superbe couverture avec Chester Burnett qui hurle sur un fond rouge et après avoir découvert que la chose était livrée avec un CD rempli jusqu'à la gueule, j'ai su tout de suite qu'il fallait que je me la procure.
Oxford American est une revue éditée par une structure à but non lucratif, hébergée sur le campus de l'université de Central Arkansas. On voit pas trop ce genre d'association par chez nous... C'est une revue littéraire qui accueille des écrivains, des universitaires et des journalistes pour des numéros thématiques sur tous les aspects de la culture du Sud des Etats-Unis. Et, comme le titre l'indique, OA dédie chaque année l'un de ses numéros entièrement à la musique, avec un CD (deux parfois) pour l'accompagner. Celui de 2011 est entièrement consacré au Mississippi et je l'ai engouffré et m'en suis délecté autant que si on m'avait servi un plat de côtes de porc grillées au barbecue à la mode de là-bas.
Côté textes, il y plein de choses intéressantes, avec des vedettes comme Peter Guralnick (l'article sur Howlin' Wolf, la plus grande découverte de Sam Phillips ?, déjà publié au moins en partie je crois dans Feel like going home) et Nick Hornby (un Top 5 d'une page), des connaissances comme LD Beghtol (sur l'appel de la côtelette, justement) mais aussi des textes intéressants, par exemple sur les rapports des écrivains Eudora Welty et Barry Hannah avec la musique.
Les deux-tiers du magazine portent sur les 27 artistes qu'on trouve sur le CD, et là encore c'est une joie : au lieu d'avoir droit à seulement quelques lignes de notes de pochette, on a à chaque fois à au moins deux pages d'un vrai article, et c'est tant mieux car si, dans le lot, il y a quelques célébrités (Howlin' Wolf , donc, Bo Diddley avec un excellent titre de 1955 resté inédit à l'époque, Guitar Slim, Charles Wright & the Watts 103rd Street Rhythm Brass Band), la plupart de ces gens, qui ont tous un rapport avec le Mississippi, m'étaient complètement inconnus.
La plus belle histoire d'entre toutes, c'est sûrement celle des International Sweethearts of Rhythm, qui font la couverture du CD. A l'origine, en 1937, le groupe est constitué uniquement de jeunes filles élèves d'une école très stricte, qui tournent en bus dans tous les Etats-Unis. Le succès vient, mais les élèves se sentent exploitées et à un moment, elles fuguent littéralement (avec le bus !) et poursuivent leur carrière indépendamment de l'école, ce qui ne fut pas toujours facile. Un groupe entièrement composé de jeunes femmes, ce n'était déjà pas courant dans les années quarante, mais quand elles osent associer une blanche à des noires, ça chauffe, notamment lors des concerts dans le Sud...
Le CD couvre de nombreux genres musicaux et 80% du vingtième siècle, des années 1920 à 1990. Ça ne l'empêche pas d'être excellent et passionnant de bout en bout.
Une fois de plus, je me surprend à réellement apprécier des enregistrements de 1928, le folk endiablé (quasiment une gigue) de Carter Brothers and Sons et l'ode à son chien (Old dog Blue) de Jim Jackson.
Au gré des pistes, on se ballade du folk-blues (Mattie Delaney en 1930, Henry Green) à la country (Ernie Chaffin) en passant par le rockabilly (Travis Wammack) et le rhythm & blues (Harold Dofman, Jimmy Donley et Leon Bass avec l'excellent Love-a-rama). Il y a plusieurs bons titres funky, de The Golden Nugget (Gospel train, du gospel à la sauce Diddley), Ruby Andrews et surtout Syl Johnson, qui, comme d'autres, a été sauvé de la misère par les samples des rappers.
Je ne vous parle pas du jazz et de la musique contemporaine, également représentés, mais on a droit à un groupe entre les Shaggs et les Calamités, The Riviaires, à du bon post-punk entre Delta 5 et Au-Pairs avec The Germans, et même  à un excellent titre de The Hilltops dans la lignée de R.E.M..
L'album se termine en beauté avec une reprise du Biloxi de Jesse Winchester par Ted Hawkins. Ça date de 1994, sur l'album The next hundred years (Hawkins, lui, est mort dans les mois suivant sa la sortie du disque) et ça m'évoque un autre Sudiste, Vic Chesnutt, surtout lorsqu'il était accompagné par le groupe de Sudistes Lambchop.
Cerise sur la gâteau, Oxford American est un magazine où même les publicités sont intéressantes. Elles vous font voyager et surtout, du Robert Johnson Life & legacy tour au Country music highway en passant par l'Arkansas Delta music trail, elles révèlent à quel point une industrie touristique s'est développée autour du passé musical du Sud.

Certains articles sont en accès libre en ligne ici et . La revue est en vente ici et les autres numéros spéciaux sur la musique . Des titres complémentaires à ceux du CD sont disponibles ici et .



20 août 2011

THE MEMPHIS JUG BAND : He's in the jailhouse now


Acquis par correspondance via Amazon en mars 2011
Réf : ACRCD 190 -- Edité par Acrobat en Angleterre en 2003
Support : CD 12 cm
25 titres

Pendant très longtemps, les enregistrements les plus anciens que j'écoutais et qui m'intéressaient remontaient à la deuxième moitié des années 1930. C'était surtout du blues (Big Bill Broonzy, Robert Johnson) auquel j'étais arrivé en remontant la trace d'Elmore James et de son Dust my broom.
C'était déjà pas mal rustique et je n'imaginais pas qu'il y ait des choses plus anciennes susceptibles de m'intéresser. Je ne cherchais pas après d'ailleurs.
Au fil du temps, les choses ont évolué, grâce notamment aux rééditions en CD de chansons comme Le tango stupéfiant de Marie Dubas, et plus Internet se développe, plus on remonte le temps dans la découverte d'enregistrements intéressants. J'ai déjà évoqué ici Geeshie Wiley, il y a aussi Washington Phillips, mais je suis vraiment tombé de ma chaise quand j'ai écouté On the road again du Memphis Jug Band l'an dernier, sur un CD Mojo je crois.
Je me souviens étant tout gamin avoir vu à la télé des images de jug bands et être tout surpris d'apprendre qu'on pouvait faire de la musique avec un cruchon de whiskey, mais c'étaient des images historiques et là non plus je n'avais jamais eu envie de creuser plus loin. Ici, en l'absence de percussions et d'autre basse, le cruchon est essentiel ici. Il fournit le rythme aux autres instruments, harmonica, kazoo, banjo, guitare, violon, mandoline...
Arrivé au XXIe siècle, ce qui m'a surpris et séduit à l'écoute d'On the road again, c'est combien j'ai été capable d'apprécier pleinement cette chanson pour ce qu'elle est, un titre qui s'inscrit pleinement dans ma culture et mes goûts, du titre (qui n'a rien à voir avec la chanson de Canned Heat, le MJB s'est apparemment plutôt inspiré d'un titre de Tommy Johnson de 1928, Big road blues) au style et au son, et cela indépendamment de tout sentiment de nostalgie ou de recherche archéologique. Du coup, j'ai voulu en écouter plus et j'ai porté mon choix sur ce CD pas cher avec une pochette assez sympathique qui, avec 25 titres, propose grosso modo un quart du total des enregistrements du Memphis Jug Band de 1927 à 1934.
Evidemment, tout ne m'a pas fait un effet aussi fort que On the road again, mais dès les premières de Newport news blues en ouverture, une très belle partie de guitare, j'ai été conquis. Je ne vais pas détailler tous les autres titres (s'agissant d'enregistrements dans le domaine public, on en trouve assez facilement en ligne ou sur des CD à prix correct), mais ceux qui m'ont le plus marqué sont Sun Brimmers blues (pour l'harmonica, la cruche, le kazoo, la voix très claire bien en avant et le court "solo" de guitare à une corde), le très beau Stealin stealin', en écoute ci-dessous (il n'y est pas question de vol, mais plutôt de filer, de se faufiler), Move that thing et Jug Band Quartette (même si là le son est un peu pourri, c'est justement et déjà, en 1934, un hommage nostalgique à leur style de "vieille musique" : "It sounds so sweet, oh, you know it's hard to beat, this jugband music certainly was sweet to me").
La seule chanson que je connaissais très bien avant d'écouter le disque, c'est He's in the jailhouse now, et ça renforce encore ma proximité avec la musique du Memphis Jug Band car les versions que je connaissais sont plutôt celles de Johnny Cash ou de la BO de O'Brother et en découvrant celle-ci, datée pourtant du 21 novembre 1930, j'ai l'impression qu'elle aurait pu être enregistrée lors d'une fête ou un bal à Memphis la semaine dernière.