26 août 2018

THE 101'ERS : Keys to your heart


Offert par Philippe R. à Nantes le 14 août 2018
Réf : 640122 -- Édité par Barclay en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Keys to your heart -/- 5 star Rock 'n' Roll petrol

Philippe m'a fait plusieurs beaux cadeaux discographiques lors de mon récent séjour à Nantes, à commencer par ce 45 tours, l'unique disque publié par The 101'ers.
Si on parle encore aujourd'hui de ce groupe, ce n'est pas tant pour cette très bonne chanson, Keys to your heart, que parce que Woody, le chanteur du groupe, s'est vite transformé ensuite en Joe Strummer, la dynamo de The Clash. Strummer n'est pourtant pas la seule personnalité à être passée par ce groupe qui avait commencé comme un collectif. Parmi ses membres, on compte aussi le batteur Richard Dudanski (qui a joué entre autres avec PIL et Basement 5), Clive Temperley (qu'on a retrouvé plus tard à la guitare dans The Passions), Alvaro, le Chilien au nez chantant, et Tymon Dogg, qui a accompagné The Clash par la suite et qu'on entend sur Sandinista!.
J'avais déjà les deux faces de disque sur une compilation du label Chiswick, mais je suis bien content d'avoir l'objet original, d'autant que l'exemplaire de Philippe est un peu particulier. La pochette, en parfait état, est celle du disque commercialisé. Au passage, j'allais écrire que, décidément, des Pistols à Ian Dury, Barclay était un spécialiste des pochettes moches à cette époque, mais c'était avant que je vois la pochette anglaise originale, qui n'est pas beaucoup mieux, même si le dessin des clés et des cœurs est sympa, à défaut d'être efficace.
Si la pochette est "normale", le disque ne l'est pas puisque c'est un "white label", avec des étiquettes centrales neutres. Sur l'une d'entre elles, on a inscrit les informations d'identification essentielles : le nom du groupe, celui du label, la référence catalogue et la date de pressage, le 10 octobre 1977 :



Sachant que Philippe a acheté ce 45 tours sur une brocante à Soissons à un gars qui lui a dit tenir les disques de son frère, la question, qu'on est souvent amené à se poser, est de savoir comment ce disque a bien pu voyager depuis l'usine de pressage ou les bureaux de Barclay pour se retrouver perdu à Soissons.
L'histoire des 101'ers est racontée en détails dans un grand article d'Uncut de 2014.
Le groupe de potes qui vivaient pour la plupart ensemble dans un squat a été fondé en 1974 s'est professionnalisé au fil des années. En 1976, les choses commençaient à bien avancer. Des titres avaient été enregistrés avec Vic Maile, le producteur de Dr. Feelgood, mais ça n'avait rien donné. C'est alors que Ted Caroll et Roger Amrstrong, du label indépendant Chiswick Records, leur ont proposé de sortir un 45 tours. Il a été enregistré le 4 et le 10 mars aux studios Pathway et la sortie était prévue vers le mois de mai. Mais, le 3 et le 23 avril, les Sex Pistols ont fait la première partie des 101'ers aux Nashville Rooms, ce qui a bouleversé Woody, qui a vu s'ouvrir une possibilité de réaliser ses ambitions. Fin mai, il est approché par Bernard Rhodes pour rejoindre un nouveau groupe avec Mick Jones, Paul Simonon et Keith Levene. The 101'ers donne un dernier concert le 5 juin et, le 6, Woody annonce à Roger Armstrong à un concert de The Jam que The 101'ers se séparent et qu'il rejoint ce nouveau groupe. Bye bye Woody et The 101'ers, hello Joe Strummer et The Clash !
Le 45 tours a quand même dû sortir comme prévu à ce moment, mais sans groupe derrière pour le soutenir et avec un label sûrement dégoûté, on imagine bien qu'il a dû passer complètement inaperçu.
Avec le succès de The Clash, et peut-être pour amortir son investissement, Chiswick a réédité Keys to your heart en 1977, avec cette fois en pochette une belle photo de Joe avec des lunettes noires. C'est à ce moment que Barclay a dû passer un contrat de licence avec Chiswick pour sortir le disque en France.
Keys to your heart est une chanson qui fonctionne très bien, avec un bon riff et un refrain très simple mais accrocheur. Surtout, dans les couplets et ce qui doit être le pont, tous les tics de Strummer sont déjà là. Hormis peut-être lors des débuts, cette chanson aurait pu se retrouver sur n'importe lequel des disques de Clash. Apparemment, il l'ont même jouée sur scène au moment de la réédition du 45 tours.
En face B, 5 star Rock 'n' Roll petrol, plutôt que du super (du 5 étoiles, comme disent les anglais), c'est malheureusement du pub rock bien ordinaire.
Un album compilation posthume des 101'ers, Elgin avenue breakdown, est sorti en 1981. Il a été revisité et étendu en 2005. On y trouve notamment une version du traditionnel Junco partner, également inclus sur Sandinista!.
Quelque part, ce 45 tours est d'une actualité brûlante puisque le 28 septembre prochain sortira Joe Strummer 001, une double compilation de titres rares ou inédits, en solo ou avec The 101'ers et The Mescaleros, sur laquelle on trouvera une version 2 de Keys to your heart, un peu plus rapide que l'originale de ce 45 tours.

18 août 2018

PRIMAL SCREAM : Movin' on up


Acquis par correspondance via Discogs en juin 2018
Réf : INT 828.916 -- Édité par Creation en Allemagne en 1991
Support : CD 12 cm
Titres : Movin' on up -- Slip inside this house -- Don't fight it, feel it - High high...

Il y a quelques temps, j'ai regardé à nouveau mon DVD du documentaire de la collection Classic albums dédié à Screamadelica de Primal Scream, probablement le seul de la série où j'ai l'occasion de voir autant de connaissances, avec Bobby Gillespie, Andrew Innes, et Martin Duffy notamment, plus Alan McGee.
Screamadelica mérite bien d'être qualifié de "classique", et même de classique instantané presque, vu son succès à sa sortie et, par exemple, l'attribution du premier Mercury Music Prize en 1992. Mais je me suis souvent dit qu'il était rare qu'un album fait d'autant de bric et de broc fonctionne aussi bien.
En effet, sur les dix chansons du disque (une est présente deux fois), il y en a une, Loaded, qui est un remix d'un titre de l'album de 1989, sorti initialement en 1990. Il y a aussi Slip inside this house, une reprise des 13th Floor Elevators, sortie aussi en 1990, sur Where the pyramid meets the eye, un album-hommage à Roky Erickson. Il y a les autres singles égrenés en 1990-1991 avant la sortie de l'album, le gospel-rave de Come together, le chef d’œuvre psychédélique Higher than the sun et Dont' fight it, feel it. Et, sur un disque qui symbolise la fusion rock/house, on trouve quand même deux chansons produites par Jimmy Miller, archétype du classicisme rock.
Malgré tout, la sauce prend, et Screamadelica est un album emblématique, grâce aussi à sa pochette, une peinture de Paul Cannell, l'une des dix choisies en 2010 par Royal Mail pour les timbres de la série Classic album covers.
A un moment dans le DVD, j'ai repéré que quelqu'un avait un t-shirt avec le fameux soleil halluciné de Screamadelica, sur fond bleu ou noir plutôt que rouge. J'ai trouvé que ça rendait bien. Avant d'être tenté de faire une bêtise, en achetant par exemple un t-shirt à 30 $ ou un mug à 14 $, j'ai repensé à ce single allemand de Movin' on up, que j'avais vu sur Discogs, avec un réagencement des couleurs de la pochette de l'album qui rend très bien avec son fond jaune éclatant, et je me le suis offert pour même pas le prix de l'anse du mug.
C'est aussi l'occasion de rendre hommage à Paul Cannell, qui s'est suicidé en 2005 à 42 ans. Paul Cannell est rentré dans l'orbite de Creation via Jeff Barrett, de Heavenly Records (dont il a réalisé le logo à l'oiseau) et de Creation Records. Une de ses peintures a d'abord été choisie pour la pochette de Higher than the sun, et une autre quelques semaines plus tard pour Don't fight it, feel it. Le soleil est un détail de la pochette de Higher, repéré dès la sortie du single puisqu'il illustre aussi bien les rondelles des disques que le recto du maxi remixé, dans ses couleurs originales je présume.
Pour la pochette de l'album, Alan McGee a expliqué au Daily Record que, en juillet 1991, ils n'avaient toujours pas choisi la pochette de Screamadelica. Bobby avait proposé une photo du groupe assis avec un mannequin sexy, mais Alan l'a refusée en expliquant que personne n'achèterait le disque. Il a alors repéré le soleil, en jaune et bleu, sur une affiche pour Higher than the sun et a pensé que ça serait très bien pour l'album avec d'autres couleurs. Bobby l'a mis sur fond rouge et l'affaire était faite !
Pour ce qui concerne l'histoire éditoriale de Movin' on up en single, c'est aussi un peu compliqué.
Ce titre accrocheur a beau être celui d'ouverture de l'album, il n'a pas été choisi au Royaume-Uni pour être l'un des quatre premiers singles de l'album ! Il faudra attendre début 1992 pour le voir arriver en titre principal d'un single en Angleterre, mais seulement comme premier titre du Dixie-narco EP, avec en pochette une photo de William Eggleston. Mais dans d'autres pays, on avait repéré le potentiel de la chanson et des singles étaient déjà sortis, aux États-Unis et au Canada, avec Dont fight it, feel it en face B et un bout de la pochette de ce single pour l'illustrer; en France, avec aussi Don't fight it... mais avec la même pochette que l'album; et en Allemagne, donc, avec cette pochette aux couleurs inédites.
On trouve sur ce disque les trois premières chansons de Screamadelica, dans le même ordre.
J'ai longtemps eu tendance à dénigrer Movin' on up pour son côté Rolling Stones trop prononcé. Après les excellents "Wou wou" à la Sympathy for the devil de Loaded, je trouvais que ça faisait un peu trop. D'autant que, pour l'occasion (et pour Damaged aussi sur l'album), le groupe s'est fait plaisir en travaillant avec Jimmy Miller, le producteur de Let it bleed, Sticky fingers et Exile in Main St.
Aujourd'hui, je suis beaucoup plus indulgent pour ce titre aux accents gospel-blues, comme Bobby le décrit dans le bout de documentaire ci-dessous tout en bas. C'est une bonne chanson très efficace, qui suinte la bonne humeur et donne envie de se bouger. Que demander de plus ? Pour l'anecdote, notons que le bout de phrase "You made a believer out of me" vient du You doo right de Can.
En face B de single, je veux bien, mais pour le coup je reste aujourd'hui encore très sceptique sur l'intérêt d'avoir collé Slip inside this house sur l'album. C'est une reprise, qui était déjà parue, d'une chanson qui est loin d'être l'une de mes préférées des 13th Floor Elevators, et le résultat est loin d'être aussi innovant que les propres compositions du groupe. Certes, ça permet de faire le lien entre le psychédélisme sixties et celui des raves, et ça permet un jeu de mot sur la House music avec "trip inside this house", mais je suis bien sûr que le groupe avait mieux que ça dans ses cartons pour boucler son album.
Pour Don't fight it, feel it, j'ai aussi été bien trop sévère pendant très longtemps. Ce single m'avait déçu après Come together et Higher than the sun (difficile de faire mieux, il faut dire), et je trouvais que c'était de la house un peu trop pure. Mais aujourd'hui, force est de constater que c'est un titre vraiment dansant et efficace, avec son "Rama lama lama fa fa fa" et le gimmick au sifflet trouvé par Andrew Weatherall. Je pense que la version la mieux dosée est celle un peu raccourcie du single, qui sert aussi pour la vidéo ci-dessous.
Sur ce CD allemand, la version "High high" n'est pas la version de l'album ni celle du single. Il s'agit en fait du remix par Graham Massey de 808 State sorti en Angleterre sur la deuxième version maxi du single. Je ne l'avais pas, ça tombe bien. Cette version perd le sifflet mais est intéressante par l'équilibre recherché entre guitares électriques et sons électroniques.
Screamadelica est un album tellement classique qu'il a été réédité de multiples fois, notamment pour ses vingt et ses vingt-cinq ans, dans des coffrets avec plein de bonus. Le groupe l'a aussi joué sur scène en intégralité lors d'une tournée en 2010, ce qui a donné lieu à un CD/DVD live. Je ne crois pas que le groupe ait joué l'album dans son intégralité lors de l'étape parisienne de la tournée originale de Screamadelica à laquelle j'ai assistée le 19 janvier 1992,  l'Elysée-Montmartre et au Rex.
Sinon, dans le même style, j'aime bien la pochette de Souls, une compilation promo japonaise de 1994 :






Primal Scream, Movin' on up, en direct en 1991 dans l'émission The Word sur Channel 4.


Primal Scream, Don't fight it, feel it. Il s'agit de la vidéo de la version single, soit la version de l'album produite par Andy Weatherall, légèrement raccourcie pour l'occasion.


Primal Scream, Movin' on up, en direct le 21 mars 1992 dans l'émission Les Nuls sur Canal Plus.

10 août 2018

DAVE BARTHOLOMEW : Golden rule in New Orleans


Acquis par correspondance via Amazon en juillet 2018
Réf : 263536 -- Édité par Hoodoo en Europe en 2016
Support : CD 12 cm
30 titres

Lors de mon dernier séjour en Angleterre, je me suis dégoté pour 1 £ le livre de 2006 de Rick Coleman, Blue Monday : Fats Domino and the lost dawn of rock 'n' roll. Un livre passionnant, fruit d'une bonne vingtaine d'années de travail, inédit en français. Il retrace bien sûr en détails le parcours incroyable de Fats Domino, qui a sorti son premier disque en 1949 et qui est mort à 89 ans le 24 octobre 2017. Les débuts, le succès, les tournées, la composition du groupe, les drames, tout est détaillé, avec une insistance sur les difficultés pour un groupe noir de jouer partout et pour tous en pleine ségrégation et, comme l'indique le sous-titre, sur l'importance sous-estimée dans l'histoire du rock 'n' roll de la musique de La Nouvelle Orléans.
Il y a en fait quatre personnages centraux dans le livre, Fats Domino (le vrai King, selon Elvis Presley), Dave Bartholomew (auteur-compositeur, trompettiste, chanteur, chef d'orchestre, producteur et arrangeur), Cosimo Matassa (propriétaire du studio J&M) et Lew Chudd qui, depuis Los Angeles, a joué un rôle essentiel pour diffuser la musique de la Nouvelle Orléans avec son label Imperial, en signant Fats Domino et même en salariant pendant des années Dave Bartholomew comme dénicheur de talents et producteur-maison.
Parmi les choses que j'ai apprises, il y a le fait que Be my guest, un single de 1959 de Fats Domino, avec un accent marqué sur les contre-temps, a eu un énorme succès en Jamaïque et a contribué directement à la naissance du ska. Et, dans un registre moins gai, je ne savais pas que le musicien de country et homme politique Jimmie Davis, surtout connu pour You are my sunshine, avait été élu en 1960 pour son deuxième mandat de gouverneur de la Louisiane sur un programme défendant fermement la ségrégation (même si c'était censé être un forme respectueuse de ségrégation, prétendant traiter les noirs à égalité des blancs, selon la formule "séparés mais égaux") et il a tout fait pour s'opposer aux décisions de justice ordonnant l'intégration des élèves noirs dans les écoles publiques.
En lisant le livre, j'ai évidemment beaucoup pensé à Dave Bartholomew, dont il est immanquablement question tout au long.
Je savais que Domino était mort récemment, mais je pensais bien que Bartholomew, dont j'ai chroniqué en 2007 un album de jazz Nouvelle Orléans, était vivant. Je pensais qu'il était né plus tôt que Fats, mais non : Dave Bartholomew est né le 24 décembre 1918 (certaines sources annoncent 1920, mais les plus sérieuses, dont Rick Coleman dans son livre, s'accordent sur 1918) et est donc dans sa centième année.
Pour fêter ça et rendre hommage à un contemporain à la vie impressionnante, j'ai décidé de me procurer cette compilation d'enregistrements de Dave Bartholomew sous son nom, d'autant que cela fait plusieurs mois que j'écoute régulièrement quelques-uns de ces titres en MP3.
Heureusement, il est membre du Rock and roll Hall of Fame et du Songwriters Hall of Fame.
La carrière professionnelle de Bartholomew a commencé comme trompettiste, dès la fin des années 1930. Pendant la guerre de 1939-1945, il a été affecté à un orchestre militaire et a appris à lire la musique et à arranger, ce qui lui a été très utile par la suite. Il a créé son proche orchestre dès la fin 1945 et a commencé à enregistrer sous son nom en 1947.
C'est Bartholomew qui a fait découvrir Fats Domino à Lew Chudd lors d'un concert. Quelques temps plus tôt, Dave avait engueulé un de ses musiciens qui, sans respecter ses ordres, avait laissé Fats jouer du piano pendant l'entracte de son orchestre.
La collaboration entre Domino et Bartholomew a été longue et très fructueuse, Elle a débuté fin 1949 par l'enregistrement de The fat man. Il y a eu des engueulades et des réconciliations, et apparemment on ne peut pas dire qu'ils étaient vraiment amis, mais ils se complétaient parfaitement et ont co-signé ensemble des dizaines de titres, dont un grand nombre de classiques, l'un ou l'autre apportant l'idée de base de la chanson suivant les cas.
A ceux qui s'interrogeraient sur le rapport entre Dave Bartholomew et le rock 'n' roll, je conseillerais juste d'écouter la partie de guitare de Basin Street breakdown, de 1949 (!), qui ne figure malheureusement pas sur mon CD, mais le morceau-titre The golden rule (1951) met aussi bien en avant la guitare électrique.
Sur cette excellente compilation de Hoodoo Records, on trouve trente titres enregistrés pour les labels King et Imperial entre 1947 et 1960.
Country boy (1949), qui fut un succès régionalement, donne bien le ton de la plupart des titres du disque : il y a un côté léger voire comique très souvent présent dans les paroles ("I'm a little country boy running wild in this big old town. All the girls love me, 'cos they know what I'm putting down"). Dans le genre, mes préférées sont Who drank my beer while I was in the rear ? (Qui a bu ma bière quand j'étais à l'arrière ?, 1952) et My ding-a-ling (1952), vingt ans avant que Chuck Berry en fasse un tube. Il y a aussi The ice-man (1952), une chanson pleine de double-sens sur un vendeur de blocs de glace, ou le rhythm and blues rigolo de Yeah yeah.
Dave Bartholomew n'a pas vraiment eu de grand succès avec les parutions sous son nom pendant toutes les années 1950, alors qu'il vendait des millions de disques avec Fats Domino et de nombreux autres artistes qu'il a produits. Il aurait découvert après coup que Lew Chudd accpetait de sortir ses disques sur Imperial mais n'en faisait pas la promotion et les laissait croupir dans ses entrepôts pour se concentrer sur Domino. Cela parait assez plausible.
Il y a bien sûr des liens avec Domino : Jump children avec Fats au piano et deux titres co-signés, dont l'excellent Four winds (1955), que Domino enregistrera en 1961 sous le titre Let the four winds blow. Les deux compères étaient coutumiers du fait, enregistrant parfois à plusieurs années d'écart pour Domino un titre initialement confié à un artiste Imperial, et vice-versa.
Pour une ambiance de carnaval de la Nouvelle Orléans, il y a Shrimp & gumbo (1955), l'un des très nombreux titres du CD co-écrits avec le guitariste Pearl King.
Il y a plusieurs instrumentaux pour le disque. J'ai repéré particulièrement Good news (1957) et Twins (1951) et The shufflin' fox (1957), qui mettent bien en valeur la trompette.
On trouve sur cette compilation pas moins de six titres enregistrés le 12 mars 1967 au studio J&M. Une session très productive, d'autant qu'on compte parmi ceux-ci deux de mes préférés du lots. The monkey speaks his mind, inspiré à Bartholomew par un tract religieux qui lui avait été distribué. Les paroles sont très réussies, avec des singes qui effectivement donnent leur opinion : "Trois singes étaient assis dans un cocotier, discutant des choses telles qu'on prétend qu'elle sont. L'un dit aux autres, écoutez vous deux, il y a une certaine rumeur qui ne peut être vraie, que l'homme descendrait de notre noble race. Quoi, l'idée même est une profonde disgrâce. Aucun singe n'a jamais quitté sa femme, affamé son bébé et ruiné sa vie)". Et aussi Cinderella, peut-être ma préférée de toutes, au rythme retenu, Cendrillon revue par Bartholomew ("Je me demande où peut bien être ma Cendrillon. La dernière fois que je l'ai vue, elle avait perdu sa chaussure.")
Il y a plein d'autres bons titres, ne serait-ce que l'enchaînement des trois derniers, In the evening, typique du son de Domino, Shout, sister shout et (I'm) An old cowhand from a blues band.
Dave Bartholomew a souvent dû ressentir le fait que toute l'attention se portait sur Fats Domino. Ça se comprend et c'est malheureusement le lot des hommes de l'ombre qui n'ont pas choisi de l'être. Mais il a aussi connu le succès comme auteur, arrangeur et producteur et ce disque prouve qu'il aurait mérité d'en avoir beaucoup plus comme interprète et tête d'affiche.




Dave Bartholomew, accompagné d'une équipe de télévision, retrouve Fats Domino chez lui.



02 août 2018

MADALITSO BAND : Fungo la nyemba


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 25 juillet 2018
Réf : [sans] -- Édité par Sterling au Malawi vers 2014
Support : CD 12 cm
10 titres

Le 27e F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs s'est terminé ce week-end par trois jours de concert dans le jard anglais de Châlons. Depuis plusieurs années, c'est la manifestation musicale que je préfère et que je fréquente le plus assidûment.
Pour sa forme d'abord, avec 60 concerts en plein air étalés dans le mois à Châlons et dans les environs, à raison de deux à trois par jour. On peut ainsi voir les groupes de son choix sur un rythme tranquille, bien différent de celui des festivals marathons concentrés sur quelque jours. Et la gratuité des concerts permet d'avoir un public mélangé, très familial, allant au-delà des fans et des spécialistes.
Mais bien sûr, c'est avant tout la programmation qui m'attire, couvrant tous les genres, de la techno au folk, avec des groupes d'ici et d'ailleurs (bien sûr) jouant des musiques d'ici et d'ailleurs, des musiques d'aujourd'hui avec souvent, mais pas obligatoirement, une base traditionnelle. Les mots-clés qui décrivent le festival sur le programme sont parfaitement choisis : "Découverte - Rencontre - Métissage".
Cette année, parmi d'autres, j'ai passé de très bons moments avec Radio Tutti & Barilla Sisters, Maud Octallin, Mokoomba et Les Chiens De Ruelles mais, comme en 2015 avec Canailles ou en 2016 avec Sages Comme Des Sauvages, la prestation qui m'a carrément enthousiasmé c'est celle de Madalitso Band dans le Square Lavoisier mercredi 25 juillet. Il faut dire que j'avais été mis en très bonne condition par les deux titres disponibles en écoute sur le site du festival.
Madalitso Band, c'est un duo originaire du Malawi, en Afrique australe, composé de Yosefe Kalekeni, qui joue de la guitare à quatre cordes et donne le rythme du talon sur un tambour, et de Yobu Malingwa, qui joue du babatone, une sorte de contrebasse à une corde, jouée souvent en slide avec un flacon en guise de bottleneck. Les deux chantent, en Chichewa, une des langues officielles du Malawi avec l'anglais, avec Yobu qui fait office de chanteur principal et Yosefe qui fait surtout des interventions vocales courtes et rythmiques.
Ce qui m'a frappé à l'écoute des chansons, souvent longues, c'est que cette musique ne sonnait pas complètement inconnue à mes oreilles. En fait, j'ai eu à plusieurs moments l'impression d'entendre comme une épure acoustique et en duo des fameux tubes dansants de Soweto.
Un excellent concert, donc, même si la barrière de la langue, en-dehors des sourires et de quelques mots d'anglais, restreint la communication avec le public à la seule musique. Il s'est terminé en beauté par le rappel. Au début, j'ai cru que le groupe rejouait un titre déjà entendu, mais au bout de quelques minutes, quand j'ai fini par déchiffrer les quatre mots du refrain, j'ai compris qu'il s'agissait de Here comes the sun des Beatles, la chanson-thème du festival 2018, travaillée spécialement par le groupe pour cette occasion et habilement mise à sa sauce.


Madalitso Band au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 25 juillet 2018.

Je me suis précipité pour acheter l'album du groupe après le concert. C'est un CD-R qui a dû être diffusé pour la première fois il y a déjà quelques années, si j'en crois la date de mise en ligne des quelques extraits disponibles sur YouTube.
L'excellent premier titre Anaphera chiboda est représentatif de l'album. Un rythme soutenu marqué par la basse, les figures répétitives de la guitare et le chant ponctué de chœurs.
Le morceau-titre arrive ensuite. On apprend chez La Curieuse que
Fungo la nyemba se traduit par L’odeur des haricots et que c'est "un morceau sur un homme qui lutte contre l’exploitation d’un patron". Certains des titres semblent confirmer que les paroles de Madalitso Band abordent des sujets en prise avec l'actualité et la société : Anafera chiboda signifie Tué par un mortier et
Dziko kutekeseka Un monde à soutenir.
Je ne le savais pas, mais la musique jouée par le duo s'inscrit dans un genre bien particulier, les groupes à banjo du Malawi, apparus à la fin des années 1970, souvent composés de jeunes itinérants qu'on voit au coin des rues et des routes avec leurs instruments faits maison, dont des banjos, guitares et babatones.
La suite du disque est à l'avenant avec Mwadala et Naphiri et la qualité se maintient tout au long des dix titres.
Je n'ai pas fini de danser en écoutant ce disque et de me souvenir du très bon moment qu'a été ce concert à Châlons !
La bonne nouvelle, c'est que Madalitso Band a enregistré un nouvel album en 2017. Selon les informations données sur plusieurs sites, il devrait sortir d'ici la fin de l'année sur le label genevois Bongo Joe, fondé par un ancien Mama Rosin. Le titre Nambewe en écoute sur le site du F'estival, qui ne figure pas sur Fungo la nyemba, est peut-être bien un extrait de ce disque à venir.


Madalitso Band, Malawi, en haut de la cathédrale de Lausanne le 13 juillet 2018.


Madalitso Band, Fungo la nyemba, au festival Sauti Za Busara à Zanzibar en janvier 2018.


Madalitso Band, Nambewe, en concert au festival Sur Le Champ à Valence le 21 juillet 2018, quelques jours avant le concert de Châlons.







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