19 mai 2019

JOAN BAEZ & ENNIO MORRICONE : Sacco et Vanzetti (Bande originale du film)


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Réf : 49748 -- Édité par RCA Victor en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La ballata di Sacco e Vanzetti -/- Here's to you

J'imagine que, pour beaucoup, Joan Baez évoque avant tout les années soixante, le folk, Bob Dylan, la chanson contestataire, la lutte pour les libertés civiques, les festivals de Newport ou Woodstock,... Mais pour moi elle est éternellement associée à la chanson Here's to you, son plus grand succès en France il faut dire, tout simplement parce que c'est la première chanson que j'ai connue d'elle.
On avait le 45 tours à la maison, avec cette pochette sépia qui pourrait faire penser que c'est la bande originale d'un vieux film en noir et blanc, et je crois bien que la chanson plaisait à tout le monde dans la famille. Je me souviens que, avant même que je m'attaque aux paroles du premier album de Lewis Furey, j'avais appris par cœur et essayé de comprendre celles de cette chanson, très courtes et imprimées au verso de la pochette : "Here's to you, Nicola and Bart. Rest forever here in our hearts. The last and final moment is yours. That agony is your triumph !".
Tout ça ne se passait pas en 1971, l'année de la sortie du disque, plutôt quelques années plus tard, vers 1975-1976 je dirais, au moment où j'ai commencé à apprendre l'anglais. Je ne sais pas où est le 45 tours familial aujourd'hui, sûrement chez ma maman, mais je l'ai racheté il y a quelques années, et plutôt trois fois qu'une puisque j'ai aussi un autre exemplaire français avec une pochette différente (photo de Joan) et un exemplaire italien avec l'affiche du film en pochette (italien mais distribué en France car une étiquette avec la référence 49.748 marque la référence originale OC 17).
Car oui, les deux chansons de ce 45 tours sont extraites de la bande originale du film Sacco et Vanzetti de Giuliano Montaldo, dont la musique est composée par Ennio Morricone.


La longue bande annonce du film Sacco e Vanzetti. On entend Here's to you pendant la dernière minute.

Le film raconte l'histoire de l'affaire judiciaire qui a abouti en 1927 à l'exécution de Nicola Sacco et Bartolemeo Vanzetti. Je n'ai pas l'impression que ce film soit devenu un classique, mais il a participé à la compétition au Festival de Cannes en 1971 et Riccardo Cucciolla a reçu le prix d'interprétation masculine.
Joan Baez a passé l'été 1970 en France. Elle vivait une situation particulière puisqu'elle se retrouvait seule avec son bébé né en décembre 1969, son mari David Harris ayant été incarcéré pour son rôle actif de lutte contre la conscription pour le Vietnam. Au cours de cet été, elle a notamment joué à Arles et au Festival de Biot. Le 17 septembre 1970, un reportage sur son séjour est diffusé dans l'émission A l'affiche du monde :



Apparemment, c'est le réalisateur Giuliano Montaldo qui a souhaité la participation de Joan Baez à ce projet. On peut être certain que la thématique du film et le sort fait à ces deux militants anarchistes ne pouvaient que l'intéresser. Morricone est venu la rencontrer à Saint-Tropez et elle a fait un séjour très rapide à Rome le 15 août 1970 pour enregistrer ses voix pour les thèmes du film.
Ce n'est pas très clairement indiqué sur cette édition, mais je pense bien que, nominalement, c'est La ballata di Sacco e Vanzetti qui est la face A du 45 tours. J'ai très rarement écouté cette chanson et je ne l'adore pas.
Le succès du disque, c'est bien Here's to you, une composition un peu particulière, une sorte de ritournelle qui répète, et répète et répète la même phrase musicale et ses quatre vers de paroles. Des choeurs se joignent à la voix principale en cours de chanson et, à la fin, on n'entent quasiment plus Joan Baez.
Outre son grand succès et les différentes éditions du 45 tours, Here's to you a suscité une impressionnante frénésie discographique en France.
Comme il l'explique en public au Théâtre Dejazet, c'est à la demande de Joan Baez que Georges Moustaki a adapté Here's to you dès 1971 sous le titre La marche de Sacco et Vanzetti. Il ne s'imaginait sûrement pas le tsunami qu'il allait ainsi susciter puisque, successivement, Les Compagnons de la Chanson en 1971, Tino Rossi en 1972 et Mireille Mathieu en 1974 sur son album Mireille Mathieu chante Ennio Morricone ont enregistré La marche de Sacco et Vanzetti. Voici pour le plaisir une Mireille Mathieu dans le vent mimant la chanson en 1975 dans l'émission Midi Première de Danielle Gilbert.
Quant à Joan Baez, elle a toujours gardé Here's to you à son répertoire et c'est avec cette chanson qu'elle a conclu l'an dernier son concert à l'Olympia dans le cadre de sa tournée d'adieu.




Joan Baez, Ballade de Sacco et Vanzetti, en direct, dans l'émission Le grand échiquier, probablement.


Un reportage de l'émission Pour le cinéma du 6 juin 1971 autour de Sacco e Vanzetti, avec interventions de Riccardo Cucciolla et Joan Baez.


Un très grand moment de télévision dans l'émission L'invité du dimanche du 7 février 1971 : Giuliano Montaldo et Ennio Morricone écoutent ensemble le disque de La ballata di Sacco e Vanzetti !


A revoir jusqu'au 30 juin 2019, Joan Baez en concert à l'Olympia de Paris en juin 2018 dans le cadre de sa tournée d'adieu, avec à la batterie Gabriel Harris, son fils, le bébé de 1970 dans l'émission A l'affiche du monde.



12 mai 2019

THEE STASH : Should I suck or should I blow ?


Acquis à Paris le 13 avril 2019
Réf : GH-55 -- Édité par Get Hip Recordings aux États-Unis en 1993
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Should I suck or should I blow ? -/- We're selling jeans for the U.S.A.

Comme je le disais hier, l'utilisation d'une chanson de The Clash pour une pub Levi's a suscité des réactions parfois virulentes, et parmi elles figure ce 45 tours attribué à Thee Stash (Le Magot). J'ai récupéré à Paris, le même jour que le Radiah, cette réédition américaine de 1993 d'un 45 tours sorti à l'origine en Angleterre en 1991, sûrement juste après la diffusion de la pub et la ressortie de Should I stay or should I go.
On y pensait bien sûr avec l'utilisation de l'article à la lettre finale doublée dans le nom du groupe, mais les crédits sur le rond central confirment sans aucun doute qu'il s'agit là d'un projet du très prolifique Billy Childish, connu pour avoir été membre, entre autres, de Thee Milkshakes, Thee Mighty Caesars et Thee Headcoats !
Et que nous propose-t-il ici ? Un 45 tours qui se moque gentiment des Clash, avec deux reprises aux titres détournés, celle du tube et celle de I'm so bored with the USA, devenue We're selling jeans for the U.S.A.
L'ensemble est réalisé avec un souci marqué du détail. La pochette parodie celle du premier album; au verso, les lettres du logo Levi's sont inversées pour donner "S'vile" (C'est infâme) et l'étiquette du disque rappelle celle des disques CBS, le label de The Clash.
Côté musique, les versions, évidemment basse fidélité, sont assez fidèles aux originales. J'ai juste un petit regret, c'est que les paroles de Should I suck or should I blow ? soient en fait à 99 % les paroles originales. J'aurais préféré que les allusions à des pratiques sexuelles contenues dans le titre soient déclinées sur le disque, d'autant que, si j'en crois l'information disponible sur le site Songfacts, l'enregistrement original de Clash contenait un vers, "On your front or on your back", remplacé par "If you want me off your back" dans la version diffusée sur l'album.
Ce 45 tours me fait irrésistiblement penser à celui de Big Black sur lequel on trouve des reprises de Kraftwerk et de Cheap Trick, qui parodiait lui aussi les pochettes originales. Mais Big Black faisait clairement dans l'hommage, alors que Thee Stash vise plutôt la satire. Mais il faut croire que Billy Childish et ses potes sont avant tout de grands fans de The Clash puisque, alors qu'on aurait pu penser que ce disque serait le seul et unique de ce projet (il n' y a pas eu d'autre pub !), Thee Stash a remis le couvert en 1994 avec un deuxième 45 tours chez Damaged Goods, sur lequel on trouve à nouveau deux reprises de The Clash, dont What's my name.


11 mai 2019

THE CLASH / BAD II ‎– Should I stay or should I go


Acquis d'occasion probablement vers la fin des années 2000
Réf : COL 656667 2 -- Édité par Columbia en Europe en 1991
Support : CD 12 cm
Titres : The Clash : Should I stay or should I go -- BAD II : Rush -- BAD II : Rush (Dance mix) -- The Clash : Protex blue

Tout au long de son parcours jusqu'à sa séparation en 1986, The Clash a suscité de nombreuses critiques et polémiques, notamment à cause des contradictions inhérentes entre son statut initial de groupe punk, militant, avec une forte conscience sociale et le fait qu'ils avaient choisi de signer un contrat d'enregistrement avec CBS, l'une des plus grosses multinationales du disque à l'époque, américaine de surcroît. Et voilà comment un groupe se retrouve en 1977 avec un premier album qui contient une chanson intitulée I'm so bored with the USA, album qui ne sortira aux États-Unis, dans une version retouchée, qu'en 1979. Et ça c'était avant que la fascination des membres du groupes pour la culture américaine ne soit de plus en plus évidente au fur et à mesure du déroulement de leur discographie.
Mais la plus grosse polémique à propos de ces "vendus" de Clash est intervenue en 1991, cinq ans après la fin du groupe, quand l'autorisation a été donnée à la marque (américaine) de jeans Levi's d'utiliser la chanson Should I stay or should I go dans une de ses pubs :



Les années 1980 et 1981 ont été des années Clash pour moi (parmi plein d'autres sons), avec les albums London calling et Sandinista ! et deux concerts à Paris en mai et septembre 1981. Mais en 1982 j'étais passé à autre chose, et en tout cas je ne me suis pas du tout intéressé à l'album Combat rock au moment de sa sortie, ni aux 45 tours qui l'ont accompagné. Et pourtant, aujourd'hui, en reprenant à froid la liste des titres, force est de constater qu'il y en a une poignée que j'aime beaucoup : Straight to hell, Rock the casbah, Know your rights, Ghetto defendant et Should I stay or should I go.
Cette chanson est chantée, et sûrement principalement écrite, par le guitariste Mick Jones. Je savais qu'il en avait chanté d'autres, et j'aurais pu citer Stay free, Train in vain et Lost in the supermarket, mais si j'en crois une playlist YouTube dédiée à ces titres, il y en a eu bien plus que ça.
La première sortie en 45 tours de Should I stay or should I go ne s'était que modérément vendue. En 1991, CBS a profité de l'impact de la pub pour la ressortir, avec logo de la marque accolé au nom de The Clash s'il vous plaît !, et là, bingo, le disque s'est retrouvé en tête des ventes en Angleterre, le plus grand succès commercial de toute l'histoire du groupe !
Il faut dire que c'est une bonne chanson, qui sonne comme un classique. Peut-être trop comme un ou plusieurs classiques d'ailleurs, puisque mon estime pour cette chanson a diminué de quelques crans quand j'ai appris en préparant cette chronique que ça structure est plus ou moins pompée sur celle de Little latin Lupe Lu de Mitch Ryder & The Detroit Wheels (1966, j'entends le rapport mais ça ne parait pas trop scandaleux) et sur Let me know de John's Children (enregistrée fin 1966, parue sur l'album Orgasm en 1970, et là il y aurait sûrement matière à procès).
C'est cette réédition CBS que j'ai achetée il y a quelques années au format CD. Les polémiques autour de ce disque ne se sont pas limitées aux liens avec Levi's. En effet, certains ont trouvé que cette réédition faisait une part trop belle à Mick Jones, alors toujours sous contrat avec CBS, chez qui il s'apprêtait à sortir l'album The globe de BAD II.
Or, sur les faces B de ce maxi, crédité de fait à The Clash / BAD II,, on trouve Protex blue, un titre du premier album de The Clash, aussi chanté par Mick Jones, comme par hasard, et surtout le nouveau titre de BAD II, Rush, dans sa version de l'album, celle que j'adore et que j'ai longtemps utilisée dans l'indicatif de mon émission de radio Vivonzeureux! (en attendant la mort...), et dans un mixage dance sans intérêt. Évidemment, le reproche fait à Mick Jones était d'utiliser cette sortie de The Clash pour faire la promotion de son propre groupe, et encaisser des brouzoufs aussi, je suppose.
The Clash s'est distingué par la suite, et a conservé un certain respect, en résistant aux nombreuses propositions lucratives de reformation. Mais, juste avant le décès soudain de Joe Strummer fin 2002, lui et Jones étaient à nouveau très proches, composaient ensemble, se sont produits sur scène ensemble, et on aurait peut-être finalement revu The Clash sur scène en 2003, par exemple quand ils ont été intronisés au Rock and Roll Hall of Fame.


The Clash, Should I stay or should I go, en concert en 1983 au US Festival à San Bernardino en Californie.


BAD II, Rush.

08 mai 2019

PROFESSIONAL UHURU DANCE BAND : The best of Uhuru


Offert par Philippe R. à Nantes le 27 janvier 2019
Réf : 6361 008 (PL) -- Édité par Philips West African Records au Nigeria en 1971
Support : 45 tours 17 cm
12 titres

L'autre jour, il m'a pris l'idée de classer mes disques enregistrés dans mon compte Discogs en fonction de leur prix moyen de vente. Parmi ceux qui se sont vendus le plus chers, il y en a une majorité que je me serais attendu à y trouver, mais il y en a quelques-uns dont la présence m'a surpris : le 45 tours promo de Depeche Mode acheté 50 centimes en 2017, avec un titre très courant et une pochette sans intérêt qui reproduit le logo du label; le premier album de Slowdive Souvlaki en 33 tours, alors que l'album en général n'est pas rare du tout et qu'il a été réédité en CD (y compris avec plein de bonus) et même en vinyl; le 45 tours du groupe belge The Cousins trouvé sur un vide-grenier en 2015, dont l'un des quatre titres est certes une pépite jamais rééditée, mais de là à payer 120 € pour l'acheter ?
La seule conclusion à en tirer c'est que le prix de vente de ces disques rares n'est pas strictement corrélé à la rareté de la musique qu'ils contiennent, ni à sa qualité.
Toujours dans le haut de cette liste, on trouve plusieurs disques que Philippe m'a offerts, comme la compilation 25 cm de Felt et le 45 tours de Yesterday's Children. En première place, on trouve cette compilation de The Professional Uhuru Dance Band avec une pochette au graphisme réussi, crédité à Ebele et Chinye, dont un exemplaire a été vendu 500 € l'an dernier et un autre exemplaire est actuellement mis en vente à 310 €.
Là, ce qui peut expliquer le prix de ce disque, c'est effectivement sa rareté. Il s'agit d'une compilation de 45 tours parus en Afrique de l'Ouest. Les 45 tours sont tous très rares et les deux CD de ce groupe édités par la suite, où l'on ne trouve que quelques titres de cet album, sont eux-mêmes très difficiles à trouver.
The Uhuru Dance Band a été formé en 1964 au Ghana. Le groupe s'appelait auparavant, depuis 1958, The Broadway Band. Ebo Taylor, musicien ghanéen réputé, en a été membre pendant un moment. Un de ses meneurs est Stan Plange, mort en 2015.
The Professional Uhuru Dance Band est un groupe de Highlife du Ghana, exactement comme The Ramblers Dance Band, dont j'ai trouvé un album il y a juste quelques mois.
Dans mon esprit, le Highlife était une musique où les guitares dominent, et ce fut bien le cas tardivement, mais initialement, dès les premières décennies du vingtième siècle, le Highlife était joué par de grands orchestres de danse, des big bangs de jazz où les cuivres dominaient, qui animaient les bals et les soirées dansantes des hôtels et de la bonne société.
C'est ce son très jazz et cuivré qui domine sur cet album, dont les titres ont dû être enregistrés tout au long des années 1960. Ça peut être très bien, comme avec Nkrobo, Foot esia et Ewu ngyadze le montrent, mais initialement ça m'a déçu.
Mais les choses ont évolué au fil des années. Dans le chapitre 12 de son livre Musicmakers of West Africa (1985), l'auteur John Collins s'entretient avec Stan Plange : "A l'époque, les musiciens des orchestres de danse regardaient de haut les musiciens des groupes à guitare car ils pensaient qu'ils étaient d'une catégorie inférieure de musiciens. J'ai essayé de rassembler les deux et j'ai utilisé des utilisé des musiciens de danse et des guitaristes pour l'enregistrement.".
Dans le livre, Stan Plange fait référence à Eno brebre, un 45 tours paru vers 1970 et crédité au Stan's Experimental Chorus, mais cette intégration de la guitare s'entend déjà ici sur mes titres préférés, Wobekumi (avec une partie solo de guitare qui remplace le solo de cuivre de la version 45 tours de 1966 disponible sur YouTube), Wobe tomino et surtout Eben asem na ommba da, où la guitare et les chœurs dominent, sans que les cuivres soient présents.
En tout cas, si vous avez des disques rares que vous souhaitez placer dans une bonne maison, faites comme Philippe, n'hésitez pas à me les offrir !

A écouter
Professional Uhuru Dance Band : Eben Asem Na Ommba Da

05 mai 2019

THE KINKS : Dedicated follower of fashion


Acquis sur le vide-grenier de Oiry le 7 avril 2019
Réf : 7N.17064 -- Édité par Pye en Angleterre en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Dedicated follower of fashion -/- Sittin' on my sofa

Il y avait juste une poignée de 45 tours posée sur le stand. J'ai demandé le prix, et c'était 50 centimes. J'ai repéré assez vite une enveloppe blanche et bleue postée d'Argentan en 1975, à l'effigie des Emballages Speed, censée contenir des disques bleus, souples et publicitaires. On le sait depuis Vente interdite, je m'intéresse aux disques hors commerce, dont les disques publicitaires.
Là, l'enveloppe contenait bien cinq disques bleus, pas vraiment intéressants, mais on y avait ajouté un exemplaire sans pochette de ce 45 tours original anglais des Kinks, l'un de leurs grands succès de 1966. Bingo !
C'est l'occasion pour moi de prêter plus d'attention que je ne l'avais fait jusque-là en écoutant des compilations à Dedicated follower of fashion et de chroniquer pour la première fois ici (enfin...!) un disque de The Kinks.
Les exégètes s'accordent pour dire que, avec A well respected man, sortie quelques mois plus tôt, Dedicated follower of fashion est l'une des chansons qui marquent l'évolution de l'écriture de Ray Davies vers des titres moins rock 'n' roll, avec une influence du music-hall des paroles très réussies qui, dans ce cas précis, se moquent allègrement de la culture mod et plus largement des victimes de la mode du Londres de l'époque :
"He thinks he is a flower to be looked at
And when he pulls his frilly nylon panties right up tight
He feels a dedicated follower of fashion
Oh yes he is (oh yes he is), oh yes he is (oh yes he is)
There's one thing that he loves and that is flattery
One week he's in polka-dots, the next week he is in stripes
'Cause he's a dedicated follower of fashion"
Avec ses "Oh yes he is" répétés et chantés en chœur dans le refrain, la chanson est entraînante et fonctionne bien.
Dans le NME du 18 mars 1966, Ray Davies déclarait à propos de cette chanson : "La façon dont on l'a d'abord enregistrée était trop élaborée. Si on travaille trop dur sur un titre on perd quelque chose. J'ai fait revenir Shel Tamy d'Amérique, où il était occupé à attaquer les Who en justice, et on a recommencé, en simplifiant l'arrangement. J'ai trouvé le rythme à la guitare en roulant en voiture et les paroles ont semblé tomber naturellement sur les accords. Je crois que c'est important que les paroles s'ajustent presque toutes seules. On m'a dit que c'est comme ça que les Beatles travaillent.".
L'autre titre, Sittin' on my sofa est plus électrique. C'est un blues-rock assez typique mais pas mal du tout dans le genre.
Comme le raconte Mat Schofield dans son blog From between the cracks... sometimes you find gold, le surmenage et les pressions liées au succès ont fait craquer Ray Davies au printemps 1966. Il a été absent six semaines, dont une partie, passée à l'hôpital. Dans l'intervalle, le groupe a tourné avec un guitariste d'appoint en France et en Belgique. Ray Davies a repris la scène le 16 avril 1966 à La Locomotive à Paris. Il avait récupéré et il s'était remis à écrire de manière compulsive. La veine initiée avec A well-respected man et Dedicated follower of fashion allait continuer à produire dans les mois suivants des classiques et des succès de la trempe de Sunny afternoon et Waterloo sunset.




The Kinks à la télévision et en public en mars 1973, avec un Ray Davies en grande forme pour une version très courte et enlevée de Dedicated follower of fashion.

01 mai 2019

RADIAH : Play-boy-scout


Acquis à Paris le 13 avril 2019
Réf : CBS 3753 -- Édité par CBS en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Play-boy-scout -/- Croco du ciel

Quand un ami me propose d'aller faire des emplettes chez un de ses amis qui vend une partie de sa collection de disques, j'accours. D'autant plus quand cet ami applique à fond la transitivité à la relation d'amitié et fait des prix d'amis aux amis de ses amis.
Du très beau lot de disques que j'ai acquis à cette occasion, je n'imaginais pas que celui-ci serait le premier que j'allais chroniquer. Je l'ai sélectionné au départ simplement parce que c'est un disque solo de Radiah, la Radiah de l'album Nino and Radiah avec la chanson South et du 45 tours Le Sud, avec la même photo de pochette de Richard Bennett recadrée en plan plus serré.
Sur l'album, aux paroles entièrement en anglais, Radiah Frye co-signe cinq des huit titres et chante.
J'avais noté que les deux chansons de ce 45 tours étaient de Nino Ferrer mais je n'en attendais rien de particulier au-delà de la pochette qui ne passe pas inaperçue, assez représentative de son époque, le milieu des années 1970.
Eh bien, j'ai été agréablement surpris dès les premières notes de Play-boy-scout : l'ADN de cette chanson, c'est du rhythm and blues, le même que celui qui a inspiré Ferrer tout au long des années 1960. Les paroles sont légères mais assez réussies, même si je ne savais que les libellules avaient des tentacules en plus de leurs mandibules.
En enquêtant, j'ai découvert que cette chanson a priori inconnue a un pédigrée impressionnant. Elle a été enregistrée par Nino Ferrer en 1970, en italien et en public, sur son album Rats and roll's. Il ne l'a lui-même pas enregistrée en français ni en studio mais, dans son livre Je t'aime, moi non plus : Les amours de la chanson française et du rock, Yves Bigot indique que, sous le titre La libellule et le papillon, il avait initialement destiné cette chanson à Brigitte Bardot, rencontrée à l'été 1970, avec qui il a eu une liaison éclair.
Mais l'aventure de cette chanson finalement pourvue d'un titre en mot-valise pas mal trouvé ne s'arrête pas avec le 45 tours de l'américaine Radiah. Par ses liens je suppose avec son pays d'origine, Play-boy-scout a été repris aux Etats-Unis par Melba Moore, en français s'il vous plaît !, en pleine vague disco, sur son album This is it produit en 1976 par Van McCoy, qui venait d'avoir un énorme succès avec The hustle.
La deuxième bonne surprise de ce 45 tours, c'est que la face B, Croco du ciel, est intéressante aussi. J'aime notamment la répétition des vers des couplets par une voix masculine, ça me rappelle une chanson d'Otto où le même procédé était utilisé. J'imagine que c'est la voix de Nino Ferrer lui-même. Entre l'accent de Radiah et la production, je ne saisis pas toutes les paroles, mais je pense qu'elles commencent ainsi : "La nuit tombe sur l'eucalyptus au dessus de l'arrêt du bus. C'est ainsi que commence l'affaire du crocodile et de grand-père.".
Ces paroles sont signées par Charles Matton, connu pour être peintre, cinéaste et photographe. C'est aussi lui l'auteur de la photographie de pochette du 45 tours. Selon Christophe Conte et Joseph Ghosn dans leur livre Nino Ferrer : Du noir au sud, Radiah et Charles Matton avaient une liaison à cette époque. En 1976, dans le film écrit et mis en scène par Charles Matton connu comme Spermula mais qui devait initialement s'appeler L'Amour n'est qu'un fleuve en Russie (il a été réédité dans un coffret paru l'an dernier), Radiah joue le rôle de Ruth et on la voit danser sur Play-boy-scout dans une scène du film :



Après ce disque, Radiah et Nino Ferrer ont collaboré à nouveau l'année suivante sur un autre 45 tours, Il peut bergère, une chanson que Nino a enregistrée lui-même en 1977 sur son album Véritables variétés verdâtres. Au dos de la pochette du 45 tours, on voit une campagne de promotion visant à faire acheter des albums aux acquéreurs de 45 tours, mais CBS n'a pas publié d'album solo de Radiah à cette époque.
Par la suite, Radiah a publié quelques autres disques. Chez Discogs, on trouve mention d'une reprise de Salade de fruits par Radiah et Malvina en 1977 et du single Power hungry écrit et co-produit par Gino Soccio en 1980. Mais il y a eu aussi un album intitulé Too much en 1995, et sûrement d'autres disques, sans parler des nombreuses sessions qu'elle a faites comme choriste. Elle a également été l'une des membres du groupe New Paradise.
Ces dernières années, Radiah s'est produite souvent sous son nom, ou avec son groupe nommé The Funky Dogs ou Radiah Dogs.


Nino Ferrer, avec Radiah Frye, interprète South et Le Sud.

27 avril 2019

THE READY-MADES : Autogestion sentimentale


Acquis au Dam' Fest à Avenay Val d'Or le 30 mars 2019
Réf : SFR-CD-046 -- Édité par Soundflat en Allemagne en 2018
Support : CD 12 cm
12 titres

Les concerts en appartement, je connais comme spectateur depuis Michael Holt en 2013, mais le concert d'anniversaire privé dans une salle des fêtes avec scène et sonorisation, je n'avais encore jamais eu l'occasion de le pratiquer jusqu'à ce samedi du mois dernier. L'occasion d'une soirées des plus sympathiques, avec trois bonnes prestations des groupes à l'affiche, Alma Encriada, The Ready-Mades et Dirty Raven.
D'après la description des groupes et connaissant mes goûts, je savais d'emblée que je risquais d'être plus sensible au "Soul and beat" mâtiné de yé-yé des Ready-Mades qu'au rock stoner/fusion des deux autres formations, mais The Ready-Mades m'ont quand même agréablement surpris. Je m'attendais à un son sixties à base de rhythm and blues et ce fut bien le cas, mais avec un bonus car au lieu d'une deuxième guitare ou de l'habituel orgue, le groupe compte un saxophoniste ténor qui donne du corps et de la pêche à l'ensemble. Et surtout, les chansons originales avec des paroles en français (un bon tiers) m'ont toutes fait lever l'oreille. Elles sont réussies et placent la musique du groupe au-delà du simple exercice rétro : ces chansons tiennent parfaitement la comparaison avec l'excellente reprise qu'ils font de Société anonyme d'Eddy Mitchell, un titre des années 1960 pour le coup, un excellent choix qui fait écho à leurs propres thématiques. Je n'ai pas hésité à me procurer ce disque, leur premier album, à l'issue du concert.
The Ready-Mades est un groupe installé en région parisienne mais l'un des membres est originaire de la Marne, et ça explique sûrement en partie comment le groupe s'est retrouvé à sortir en 2016 sur le label rémois Burru un 45 tours avec une première version de Ouagadougou blues, avant d'enregistrer son album en novembre 2017 à Reims au studio Retromixer avec Tops Backtimer.
L'écoute du CD a confirmé mon impression du concert. Globalement, l'album me plaît beaucoup, à commencer par l'instrumental Château Lascar; Les chansons en anglais passent bien, et certaines même très bien, comme (You'd better) Watch me ou Where am I right now ?, mais pour moi l'album vaut surtout pour ses chansons en français : Intervention horizontale ("Je m'abandonne à chaque fois et tous ces hommes se moquent toujours de moi. Est-ce ma musique, trop laconique, ma jambe unique ou mes choix politiques ?"), La main invisible (le destin tragique d'un charcutier-trader), Sophia Antipolis (dédié le soir du concert aux gilets jaunes, ce qui, combiné aux paroles, fait entendre différemment le deuxième mot du nom de cette technopole), Bungalow et Méta-cigare.
En plus des paroles, les membres du groupe ont des pseudos sympas, comme Anatole Transe ou Aristide Bruyant, mais la formation va bientôt évoluer car il a été annoncé que la chanteuse Barbara Stressante quittera le groupe cet été. Restera cet album comme témoin de cette phase du groupe et comme souvenir de cette très bonne soirée, en attendant d'avoir l'occasion de retrouver The Ready-Mades sur scène.

Intervention horizontale est à écouter également en ouverture de ma dernière compilation de désordre musical, Jeunesse aveugle.






The Ready-Mades, Intervention horizontale, en concert à La Maroquinerie à Paris le 25 février 2018.


The Ready-Mades, Bungalow, en concert à La Mécanique Ondulatoire à Paris le 29 mai 2017.




The Ready-Mades, Where am I right now ?, en concert à L'Ouvre-Boîte à Beauvais le 10 février 2017.

22 avril 2019

BRIGITTE FONTAINE : Le goudron


Acquis sur le vide-grenier des Lilas le 13 avril 2019
Réf : SH 40 008 -- Édité par Saravah en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Le goudron -/- Les beaux animaux

Ça doit être la toute première fois que je visite une brocante en banlieue parisienne. Je devrais peut-être m'arranger pour renouveler l'expérience car elle a été fructueuse !
On est arrivé largement après 11 heures. Il faisait beau, mais très frais et l'ambiance générale était étonnamment calme. Ayant déjà récupéré plein de disques la veille et le matin même, je me contentais de flâner sans vraiment rêver à la bonne affaire.
Et puis, à l'angle d'une allée transversale, je suis tombé sur un gars assis par terre en train de disposer des 45 tours dans une petite caisse ajourée. J'ai repéré que le 45 tours du fond, que je voyais de dos, semblait être un disque de Stella (effectivement, c'était son premier). Alors je me suis accroupis et c'est là que je me suis rendu compte que le gars était en train de sortir des 45 tours en état pas fameux d'un sac plastique pour les installer dans sa caisse et les mettre en vente.
Je lui ai demandé le prix des disques et j'ai eu une réponse que je n'aime pas (Regardez, je vous ferai un prix ensuite, on arrivera bien à s'entendre), mais j'ai commencé à regarder les disques de la caisse et, très vite, j'ai eu un coup au cœur quand je suis tombé sur ce 45 tours de Brigitte Fontaine. Il faut dire que, à peine quelques jours plus tôt, alors que je me félicitais d'avoir réussi à me procurer l'an dernier pour un prix correct la BO de Les Encerclés avec Cet enfant que je t'avais fait, j'avais passé en revue la discographie de Brigitte Fontaine sur Discogs en me lamentant des prix atteints par ses premiers 45 tours, dont celui-ci. Je n'envisageais surtout pas de payer plusieurs dizaines d'euros pour en acheter un et je n'espérais pas vraiment en trouver un dans la rue cinquante ans après sa parution.
Et pourtant, après les disques de la caisse j'ai commencé à regarder ceux qui étaient encore dans le sac et presque aussitôt je suis tombé sur un deuxième 45 tours de Brigitte Fontaine, celui qui associe Lettre à Monsieur le chef de gare de La Tour de Carol et Le noir c'est mieux choisi ! Là, je me suis dit, c'est bon, je plane, si ça se trouve je vais trouver une poignée d'autres disques Saravah de cette époque dans la trentaine de la pile qui me reste à regarder... Mais non, ça s'est arrêté là pour les Fontaine et, sans négocier un instant, j'ai quitté le stand en ayant payé 5 € pour six disques, avec un Wild Tchoupitoulas et trois disques que j'avais déjà pour offrir, le Stella, le premier Talking Heads et un Myriam Makeba.
Dana le livre de Benoît Mouchart Brigitte Fontaine : Intérieur / Extérieur,c'est dans le chapitre Niok que l'on trouve des informations de contexte sur ce 45 tours paru en 1969 : Entre les spectacles Maman, j'ai peur (avec Fontaine, Higelin et Rufus) et Niok (Fontaine, Higelin et Areski), Brigitte Fontaine et Rufus ont écrit une pièce de théâtre, Les enfants sont tous fous, un "drame individualiste pour clowns et section rythmique". Cette pièce n'a été jouée que deux fois, sur les ondes de France Culture le 13 décembre 1969 puis, ainsi que la toute dernière de Maman, j'ai peur, au premier festival Noroit à Arras.

Voici deux extraits de la pièce :





Quatre chansons ponctuaient la pièce, dont trois sont sorties coup sur coup en 1969 sur ces deux 45 tours que j'ai trouvés aux Lilas : Le noir c'est mieux choisi, Le goudron et Les beaux animaux. La quatrième,  Les petits chevaux, s'est retrouvée peu de temps plus tard, dans une version différente, sur l'album Comme à la radio.
Le goudron est une chanson qui doit être assez bien connue des fans de Brigitte Fontaine car elle a été ajoutée en bonus sur à peu près toutes les rééditions en CD de Comme à la radio. Pendant longtemps, ce style musical ne m'aurait pas intéressé du tout. Maintenant, j'apprécie énormément ces chansons.
Il n'y a pas de raison de penser que l'équipe sur ce 45 tours, où il n'y a aucun crédit, est différente de celle détaillée au dos de la pochette de l'autre : Daniel Vallencien à la prise de son, Areki aux percussions, Jacques Higelin à la musique, Jean-Charles Capon au violoncelle, Brigitte Fontaine comme interprète et Pierre Barouh comme élément provocateur.
La musique démarre un peu planante, calme, avec des sons orientaux (dont un lute ? un oud ?  ou une cithare ?). La basse et les percussions montent en volume au fur et à mesure et le rythme s'accélère sur la fin.
Les paroles sont une grande réussite. Outre les expressions marquantes, qu'on peut prendre pour des aphorismes, sûrement non dénués d'ironie ("Le chemin est si beau du berceau au tombeau", "Allons-nous promener, quel bonheur d'être né", "Le temps est un bateau, la terre est un gâteau"), il y a aussi le récit d'une journée de fête/foire :
Allons-nous promener, quel bonheur d'être né
Le chemin est si beau du berceau au tombeau
J'ai perdu mes lunettes, ça va être la fête
Les soldats sont partis couverts de confettis
Le temps est un bateau, la terre est un gâteau
Le monde est un jardin, tenons-nous par la main
Le chemin est si beau du berceau au tombeau
Nous nous promènerons dans l'odeur du goudron
Dans les papiers qui traînent, blancs comme des migraines,
Blancs comme des mal blancs, près des chantiers dormants
Gavons-nous de beignets, de frites et de poulet
Le chemin est si beau du berceau au tombeau
Nous irons voir flamber la ville tuméfiée
La vie est une foire, j'ai mis ma robe en moire
Mon frère est un raté car il est décédé
Allons nous dévorer dans les hôtels meublés
Nous aurons des mégots au fond du lavabo
A l'aube les blessés cesseront de tousser
Nous aurons un bébé, nous l'entendrons pleurer
Comme de l'eau qui bout, les enfants sont tous fous
Allons-nous promener, quel bonheur d'être né
Le chemin est si beau du berceau au tombeau
J'ai perdu mes lunettes, ça va être la fête
Les soldats sont partis couverts de confettis
Le temps est un bateau, la terre est un gâteau
Il y a eu au moins deux reprises de cette chanson, en 2012 en version "dansante" par le groupe américain YACHT, qui s'est par ailleurs également attaqué à Family Fodder, et par Maïa Barouh en 2016 sur la compilation Les 50 ans de Saravah.
En face B, Les beaux animaux est une chanson beaucoup plus rare. Que je sache, elle n'a été jamais été rééditée en France. On la trouve juste sur deux des éditions CD japonaises de Comme à la radio. C'est un gâchis, car c'est là aussi une excellente chanson. Les paroles sont très bien, et on apprend tout de suite que les beaux animaux, ce sont les hommes :
Les hommes aux mains rugueuses, aux tempes doucereuses, aux chemises douteuses
Les hommes avec des gants, posés sur le volant, d'un geste possédant
Les marins, les boxeurs, aux superbes odeurs, de laine et de sueur
Ah, les beaux animaux vivant en liberté dans nos forêts de chaux, de fer et de fumée
Mais là, c'est la musique qui me marque le plus (pour les deux titres, elle est due à Jacques Higelin), avec les percussions, le violoncelle très rythmique, un instrument aigu qui me semble être à vney mais que je ne saurais identifier et les bruitages vocaux bien masculins d'Areski.
Avec le temps qui passe, les trouvailles de ce genre se font rares sur les brocantes. Je risque d'être déçu si j'espère que ça va se renouveler dans les prochaines semaines, mais en tout cas je suis d'ores et déjà je suis bien content de ma virée parisienne. D'autant que, il a six ans, je me félicitais ici-même qu'on m'ait offert le 45 tours Ça va faire un hit de Brigitte Fontaine et Areski, tout en précisant que leurs 45 tours ne courent pas les rues et qu'il était moins essentiel que Le goudron... que je j'ai fini par trouver dans la rue !
Quant à Brigitte Fontaine, elle est actuellement en tournée. Le lendemain même du jour où j'ai trouvé ces disques elle devait se produire en concert dans sa ville de natale de Morlaix dans le cadre du festival Panoramas, concert qui devait être filmé pour par Gustave Kervren et Benoît Delépine mais que Brigitte Fontaine a dû annuler pour raison de santé. On lui souhaite un bon rétablissement.

14 avril 2019

BERNARD LAVILLIERS : Traffic


Acquis sur le vide-grenier d'Issancourt et Rumel le 15 septembre 2018
Réf : 62679 -- Édité par Barclay en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Traffic -/- Sertaô

Il y a deux semaines, sur mon premier vide-grenier de village de l'année, j'ai acheté, pour 50 centimes et pour offrir à ma sœur, un double-CD de Bernard Lavilliers, Escale au Grand Rex. Je n'ai pas eu la curiosité de l'écouter, mais simplement d'avoir aperçu au dos du disque la mention du titre Traffic a fait que, pendant une semaine entière, je me suis retrouvé à chanter tout seul des paroles que je connais encore quasiment par cœur après presque 40 ans : "Lentement je vois cet univers-là glisser vers le froid, le compte à rebours dans l'air nucléaire, les derniers rebelles brûlent sous les lasers du manque d'amour. Que veux-tu que je sois dans cette société-là ? Un ange ou un cobra, un tueur ou un rat ? Où veux-tu que je vive dans la radioactive ? Comment veux-tu que je meure d'un bel accord mineur ? Je t'aime encore.".
Il faut dire que c'est avec l'album O Gringo, sur lequel on trouve Traffic, qu'a commencé et terminé ma période Lavilliers, et c'est en souvenir de cette période que j'ai fini par m'offrir ce 45 tours l'an dernier lors d'une virée dans les Ardennes, dans un village où j'avais également trouvé l'un des deux mini-33 tours compilés sur mon album des Ensembles Kante Facelli et Keita Fodeba.
Avec Higelin et Thiéfaine, Lavilliers faisait partie de ces artistes découverts en grandissant qui étaient non pas tout nouveaux, comme ceux de la New Wave, mais avec déjà un passé et des recommandations par des copains plus âgés, qui avaient certains de ses disques des années 1970.
Je n'ai jamais acheté O Gringo, mais c'est un disque que je connais bien et qui est arrivé au parfait moment pour moi. J'ai dû l'emprunter à un copain, cet album double avec un 33 tours et un maxi-tours, et je suis à peu près sûr que je me l'étais copié sur une cassette. Ce sont surtout les deux titres du maxi qui me plaisaient et qu'on passait dans nos soirées : Traffic et Stand the ghetto, le reggae enregistré à Kingston. Sur le 33 tours, j'ai été marqué par Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, dont j'avais aussi appris les paroles par cœur. C'est avec cette version que j'ai découvert ce poème d'Aragon mis en musique par Léo Ferré et c'est toujours resté ma préférée.
C'est précisément au moment de la sortie d'O Gringo, le 28 février 1980, que j'ai eu l'occasion, pour ce qui était encore l'un de mes tous premiers concerts, d'aller à Reims avec des copains le voir dans l'encore toute neuve Maison des Sports, pas encore nommée Salle René Tys.


J'apprécie toujours autant d'écouter Traffic aujourd'hui. L'accroche avec quelques notes de synthé a un son qui n'a pas mal vieilli, il y a un gros son de basse, le saxo est bien dosé, le chant est excellent et l'ensemble est très énergique. J'ai du mal par contre à regarder certains passages télé que j'ai visionnés pour la première fois pour préparer cette chronique, surtout celui de 1980 avec le groupe et Lavilliers qui court dans tous les sens, et celui de 1984 à Champs Elysées avec les danseurs. Par contre, j'ai trouvé très réussie la version apaisée de Traffic de 2014, parue sur l'album Lavilliers acoustique, un disque produit et arrangé par Romain Humeau d'Eiffel.
En face B du 45 tours, on trouve Sertaô, un autre titre de l'album et une autre bonne chanson, avec une longue première partie parlée. Je n'avais jamais entendu parler du Sertão avant d'écouter cette chanson, et je me souviens que, dans les entretiens dans la presse, Lavilliers expliquait que c'était l'une des régions les plus pauvres du Brésil. A un moment dans la chanson on reconnaît des rythmes et des mélodies proches de ceux qui ont inspiré Fabulous Trobadors.
A peine passée la sortie d'O Gringo, il y avait suffisamment de sorties qui me passionnaient et drainaient mon porte-monnaie pour que je continue de suivre Lavilliers. Mais je me souviens quelques années plus tard d'être entré dans la cuisine chez ma grand-mère. Comme d'habitude, le  transistor était réglé sur RTL et j'ai entendu une très belle chanson. C'était Idées noires, le duo de Lavilliers et Nicoletta. Il faudra que je pense à prendre le 45 tours, la prochaine fois que je le verrai à 50 centimes.


Bernard Lavilliers, Traffic, un playback minimal en avril 1980.


Bernard Lavilliers, Traffic, un playback plus agité avec le groupe, en 1980.


Bernard Lavilliers, Traffic, en direct dans l'émission Champs Elysées le 3 novembre 1984.


Bernard Lavilliers, Traffic, une version apaisée en public la salle Pleyel à Paris le 7 octobre 2016.

07 avril 2019

SANFORD CLARK : Shades


Acquis par correspondance via Amazon en mars 2019
Réf : BCD 15731 -- Édité par Bear Family en Allemagne en 1993
Support : CD 12 cm
27 titres

J'avais téléchargé il y a quelques années une compilation de Sanford Clark. Il y a quelques semaines, j'ai récupéré chez Uncle Gil son album de 1968 They call me country, publié uniquement en Angleterre. Je l'ai écouté et apprécié, j'en ai mis des extraits dans mes compilations Désordre musical de Vivonzeureux! et j'ai fini par me dire que ce serait bien de me procurer ce disque. Je n'ai pas trouvé de réédition CD en tant que telle de l'album mais j'ai fini par repérer cette compilation publiée par l'excellent label allemand Bear Family, qui comprend l'intégralité de l'album de 1968, plus une quinzaine de titres enregistrés entre 1960 et 1982. Bear Family a publié une autre compilation de Sanford Clark, The fool, qui couvre la première partie de sa carrière.
Cette carrière, s'il y a un seul nom à lui associer c'est celui de Lee Hazlewood. En mars 1956, un Sanford Clark très nerveux a enregistré à Phoenix dans le studio de Floyd Ramsey, sous la houlette de l'auteur de la chanson Lee Hazlewood, avec à la guitare son ami d'enfance Al Casey, une chanson intitulée The fool qui a eu un énorme succès. Cette chanson a lancé la carrière d'Hazlewood (dans un entretien très intéressant de 1999 avec Christian Fevret pour Les Inrockuptibles, il expliquait : "J'ai investi 190 dollars dans un disque : j'avais écrit et produit la chanson (The Fool, 1956). La seule chose que je n'ai pas faite, c'est la chanter : j'ai laissé ça à un type nommé Sanford Clark. On l'a pressé et on l'a envoyé à deux ou trois cents radios. Plusieurs grandes stations ont commencé à la passer. Et elle a grimpé jusqu'à la septième place des charts. On a vendu le master à une autre maison de disques, parce qu'on ne pouvait pas fournir ! En une semaine, on nous en a commandé deux cent mille ! C'était un disque bizarre, du vieux rockabilly avec un texte genre anglais ancien.").
Hazlewood a continué à soutenir Clark, qui a régulièrement enregistré d'excellents disques par la suite, dont aucun n'a renouvelé le succès du premier. Après 1964, Hazlewood était très pris par son immense succès en tant que compositeur, chanteur et producteur et il s'est éloigné pendant quelques temps de Clark après l'échec de leur version de Houston, dont Lee fera un tube l'année suivante avec Dean Martin.
Sanford Clark, lui, n'est pas retourné à Houston mais à Phoenix, dans le studio et sur le label Ramco de Floyd Ramsey, où il a publié cinq singles entre 1966 et 1968. Aucun n'a eu vraiment eu d'écho, tant et si bien qu'il n'y a pas eu d'album édité aux États-Unis alors qu'il y avait assez de titres pour en remplir un.
Et quels titres ! Pas un des treize morceaux de cette époque qu'on trouve sur Shades n'est moins que très bon. Et les meilleurs sont excellents, à commencer par une version de The fool remise au goût du jour par Waylon Jennings en tant que producteur et guitariste de la session, avec ajout de guitare saturée. Il y a aussi deux titres de Lee Hazlewood : Shades (une chanson typique de son style, enregistrée par toute la bande : Lee Hazlewood, Nancy Sinatra et Dean Martin !) et surtout le tour de force qu'est (They call me) Country. Celle-ci, produite par Donnie Owens, qui travaillait régulièrement avec Hazlewood, je crois que Clark a été le premier à l'enregistrer. Toute la chanson repose sur les deux sens possibles donnés à "country" : la campagne et la musique country. L'humour à froid d'Hazlewood fonctionne à fond et musicalement c'est parfait :
"I only get my hair cut once a year and they call me country
If I done a day's work it ain't around here and they call me country
I just sit around with my old guitar, I know some day I'm gonna be a star and they call me country
And all I can play is Dang dang dang dang dang".
Il y a aussi une reprise de It's nothing to me, où un petit jeune n'écoute pas les conseils d'un gars dans un bar et fricote avec la nana d'un caïd. Évidemment, le jeunot ne finit pas la chanson vivant... Je n'ai pas été très surpris d'apprendre que Pat Patterson, qui a signé la chanson, est en fait Leon Payne, l'auteur de la chanson Psycho reprise par Elvis Costello. Là aussi, il y a une guitare saturée en arrière pendant toute la chanson et c'est très réussi.
Outre les titres de 1967-1968, le CD s'ouvre avec trois perles produites par Lee Hazlewood le 17 mars 1960. Il y a Better go home (Throw that blade away) (encore une histoire de gros dur), sorti en 45 tours sous le titre Go on home, et sa face B Pledging my love, une ballade. Il y a surtout un titre resté inédit que Sanford Clark avait complètement oublié et qui doit être la toute première version de The girl on death row, une chanson que j'ai découverte grâce à sa reprise par T. Tex Edwards. Le même enregistrement, plus ou moins, avec des cordes en plus et la voix de Lee Hazlewood, a été publié quelques mois plus tard sur un disque de Duane Eddy. La version sans cordes de Clark est plus glaçante et n'est disponible que sur ce CD.
Après l'échec des titres de 1968, Sanford Clark est retourné à Los Angeles pour enregistrer pour Lee Hazlewood Industries trois 45 tours et son unique album américain, Return of the fool, mais visiblement les conditions d'enregistrement n'ont pas été satisfaisantes pour Clark.
Il a ensuite interrompu son activité musicale professionnelle et a fait carrière dans le bâtiment, mais il est régulièrement revenu à la musique. On trouve sur le CD deux démos de 1973, plutôt folky, et neuf titres d'une session précédemment inédite de 1982, produite par Hazlewood et arrangée par Al Casey, dont le principal défaut, qu'on note dès les premières notes de synthé de Oh Julie, une reprise de Shakin' Stevens, est d'avoir le son de l'époque. Il y a aussi une reprise sans grand intérêt de I'm movin' on de Hank Snow. Pas grand chose à sauver dans le lot, si ce n'est Kung Fu U, une chanson rigolote écrite par Joe Nixon, un D.J. de L.A., dans la veine du One piece at a time de Johnny Cash. Elle avait été enregistrée en 1977 par Lee Hazlewood sur son album Movin' on en 1977. Là encore, je crois que je préfère la version de Sanford Clark.
Sanford Clark a aujourd'hui 83 ans. Au fil des années, il a fait des concerts et même enregistré de nouveaux disques, mais j'imagine que, ces temps-ci, il est pour de bon en retraite.

Shades et The fool sont toujours en vente sur le site de Bear Family, avec la possibilité d'écouter des extraits de tous les titres.


31 mars 2019

LONDON POSSE : Like the other half do


Acquis au Record and Tape Exchange de Pembridge Road à Londres au début des années 1990
Réf : MNGS 735 / 876 650-7 -- Édité par Mango / Island en Angleterre en 1990
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Like the other half do -/- Like the other half do (Instrumental)

L'autre jour, j'ai regardé, 100 streets, un film avec  notamment Idris Elba de la série Luther. A un moment, une chanson qu'on entend dans une scène m'a vraiment attiré l'oreille, alors j'ai cherché des informations sur la bande originale du film et assez vite j'ai pu déterminer que la chanson en question était Live up par un certain Rodney P :



La chanson m'a vraiment plu. Je l'ai récupérée et je l'ai incluse dans ma dernière compilation en date, M'avez-vous toujours dit vrai ? (une excellente sélection, je vous invite à y jeter une oreille curieuse).
J'ai cherché à en savoir un peu plus sur ce Rodney P et j'ai appris qu'il était l'un des membres les plus importants de London Posse, un groupe influent des débuts de la scène rap anglaise, formé en 1987, qui a notamment tourné avec Big Audio Dynamite.
J'avais à peine lu ça que j'étais le nez dans mes caisses de 45 tours pour en ressortir ce disque, acheté  pour 30 pence dans la cave d'un des Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate dans les mois ou années qui ont suivi la sortie du disque.
J'ai réécouté cette chanson, Like the other half do et elle aussi elle m'a beaucoup plu. C'est gai, c'est sautillant et ça délivre un message tout simple, mais tout à fait compréhensible et vieux comme le monde : "Tout ce que je veux vraiment, c'est vivre comme l'autre moitié vit ". Je n'ai pas saisi toutes les paroles, mais je suppose que l'autre moitié c'est les riches, ou les blancs, en tout cas tous ceux qui sont du bon côté de la barrière.



J'ai l'impression que j'apprécie mieux cette chanson maintenant qu'à l'époque de sa sortie. En l'écoutant, la première pensée qui m'est venue c'est que, en près d'un quart de siècle entre ce titre et Live up, Rodney P est resté très fidèle à la formule musicale élaborée à ses débuts.
On classe London Posse dans le hip hop, mais c'est tout autant un groupe de reggae à mon sens. Sauf qu'au lieu de jouer ce reggae, ils l'échantillonnent depuis leur collection de disques. Je n'ai pas moi-même les connaissances pour retrouver les sources, mais en furetant en ligne j'ai repéré le signalement de deux de ces échantillons : les premières notes viennent de Jah Jah dreader than dread de Linval Thompson tandis que le riddim, un grand classique apparemment, c'est Heptones gonna fight.
Il y avait quand même quelque chose dans l'air vers les années 1989-1991 et ce n'est sûrement pas un hasard si j'en suis venu à cette époque à élaborer le concept de hip-pop optimiste pour mon émission Vivonzeureux! (en attendant la mort...). De Stereo MC's à Subsonic 2, de De La Soul à Urban Dance Squad ou de Definition of Sound à Me Phi Me, ils étaient vraiment nombreux à concocter ces cocktails rythmés et joyeux. Une folle créativité facilitée par le fait que ces artistes pouvaient encore se livrer à des collages sonores à partir de disques existants sans risquer de se voir demander par les avocats des artistes originaux des millions pour l'utilisation de quelques secondes d'un enregistrement.
Ce 45 tours était en fait la deuxième sortie pour Live like the opther half do, un an après la première sortie, en maxi avec un autre titre en face B. J'imagine que cette nouvelle édition accompagnait la publication de l'unique album de London Posse, Gangster chronicles. Je n'ai jamais eu cet album, mais je reconnais sa pochette, sûrement parce qu'on l'avait reçu à Radio Primitive. J'ai donc dû avoir l'occasion de l'écouter à l'époque, et j'en ai sûrement passé un ou deux extraits à l'antenne.
Tru-thoughts a réédité Gangster chronicles en 2013. Pour l'heure, ils n'en vendent plus que la version numérique, avec de nombreux bonus, mais l'édition en double CD se trouve encore facilement à un prix correct.

23 mars 2019

CORNU : Des roses remixed by Kid Loco


Acquis chez Parallèles à Paris le 6 juin 2013
Réf : REF 9610 -- Édité par Island en France en 2001 -- Disque promotionnel interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Des roses (Kid Loco remix) -- Des roses (Kid Loco remix edit) -- Des roses (Album version)

J'avais fait une bonne pioche ce jour-là chez Parallèles et Gilda, puisque j'en étais reparti avec 28 disques, dont celui-ci, le Maïa Vidal et le Vandaveer. Pas mal.
Je regrette de ne pas avoir ressorti ce disque de mes étagères au moment où je préparais mon livre Vente interdite (disponible gratuitement en téléchargement). Il y aurait eu parfaitement sa place puisque c'est un bel objet, hors commerce, avec un remix qui n'a jamais été disponible à la vente. J'aurais donc même pu inclure le premier titre de ce CD dans ma compilation Raffut de vente. C'est vraiment dommage, d'autant que je ne prévois pas pour l'instant de réédition augmentée et mise à jour de ce livre...
J'ai vu et apprécié la prestation du groupe Forguette Mi Note le 20 avril 1994 à Bourges dans le cadre des Découvertes du Réseau Printemps mais, par la suite, je n'ai suivi que d'assez loin le parcours de ce groupe, puis après sa séparation ceux de Claire Diterzi d'une part et de Julie Bonnie d'autre part, avec Cornu puis en solo. J'aimais beaucoup le logo en ours de Cornu et leurs pochettes colorées, j'ai écouté et même diffusé sur Radio Primitive certains de leurs titres, mais ce n'est qu'assez récemment, par exemple, que je me suis procuré leur premier album.
Ce maxi CD est un bel objet, très travaillé. la pochette s'ouvre en quatre volets qui forment une croix, avec d'un côté le recto de pochette, les paroles et d'autres infos, et de l'autre la photo d'un arbre :



Ça a dû coûter assez cher à concevoir et à fabriquer et, quand je vois des objets promotionnels de ce style, ma première réaction est toujours de me souvenir que, au bout du compte, les sommes d'argent ainsi investies sont imputées au groupe, pas à son label.
L'objet principal de ce disque est de présenter le remix par Kid Loco de Des roses, un titre tiré de A 3, le deuxième album de Cornu, paru en 2000.
Ce n'était pas la première collaboration entre Kid Loco et Cornu : l'ex-Kid Bravo de Mega Reefer Scratch avait déjà eu l'occasion de remixer au moins quatre titres du premier album de Cornu, dont trois ont été réunis sur un maxi-45 tours, naturellement intitulé Cornu remixed by Kid Loco.
Le remix de Des roses par Kid Loco, qui ouvre le disque et par lequel j'ai découvert cette chanson, est réussi. On y retrouve ses ingrédients habituels, une bonne ligne de basse, des échantillons de dialogue en anglais et des percussions discrètes. Le texte est très bien également. Les roses y ont des épines, mais, elles servent à protéger des poseurs à la langue acérée :
"Nous pourrions être doux, pas devenir comme toi, être gentils et simples, être naïfs et droits. Les roses nous défendraient des gens comme toi. Des roses tout autour de nous, jolies avec des épines. Des roses qui nous protègent, qui piquent les langues malignes."
Quand on écoute la version de l'album de Des roses, on saisit encore mieux bien la portée du travail de remixeur de Kid Loco. Il y a de la basse et de la batterie, mais ce sont les musiciens du groupe qui jouent, pas des échantillons, et la ligne de basse est donc différente. On retrouve aussi le violon de Julie Bonnie, qu'on n'entendait pas dans le remix.
C'est toujours comme ça avec les remixes de bonnes chansons : même si je les apprécie, comme c'est le cas ici, au bout du compte la chanson originale se suffit à elle-même. Je n'aurais pas été en mesure de faire ce type de comparaison à l'époque de la sortie du disque mais, dans sa version originale, Des roses me fait penser, en moins barré, aux chansons d'Areski et Brigitte Fontaine à la fin des années 1970.
En plus de ce CD, Island a aussi sorti à des fins promotionnelles un maxi-33 tours de Des roses qui, outre le remix qu'on trouve sur ce CD, contient des versions instrumentale et a cappella de la chanson.
Malgré tout ce travail de promotion en 2001, l'année suivant celle de la sortie de A 3, ce disque n'a jamais été commercialisé. J'imagine que c'est sûrement parce que c'est à ce moment que Cornu a dû se séparer. Le groupe n'a jamais rien sorti de plus et, cette même année 2001, Julie Bonnie a sorti son premier album solo, toujours chez Island. Un album, Julie B. Bonnie, dont deux des titres sont réalisés par Kid Loco. Et les deux ont continué à collaborer, puisque Kid Loco a produit en 2011 l'album suivant, On est tous un jour de l'air. Et apparemment il a également participé en 2013 à l'enregistrement du troisième album, Bonne femme.
C'est le dernier album en date, mais Julie Bonnie n'est pas pour autant inactive, loin de là. Elle a publié plusieurs livres, dont Chambre 2, qui va être adapté au théâtre et au cinéma, et Barbara, roman.
Rien qu'en cette année 2019, elle a publié en février un livre-disque, Lalala est là, illustré par  Robin Feix (de Louise Attaque) et accompagné d'un CD de ses chansons interprétées avec Stan Grimbert. 10 chansons pour 35 minutes, un album, quoi !
Ce mois-ci, elle a publié L'internat de l'Île aux Cigales chez Albin Michel Jeunesse et on annonce pour le mois de mai la parution de C'est toi, Maman, sur la photo ? est annoncée chez Globe. Impressionnant.

A écouter :
Cornu : Des roses (Kid Loco remix)

17 mars 2019

BWA BANDÉ : Radikal


Acquis chez Cash Express à Cormontreuil le 12 février 2019
Réf : 506822 -- Édité par Déclic Communication en France en 1998
Support : CD 12 cm
13 titres

De temps en temps, je passe dans les dépôts-vente au nom souvent en Cash pour faire le tour des CD à 1 ou 2 €. C'est l'occasion de faire quelques emplettes et même quelques bonnes découvertes, mais je me doute bien que ça ne durera plus très longtemps. Il est clair que les rayons de CD dans ces commerces sont sur la pente descendante, de plus en plus petits, avec des prix qui baissent et le fonds de base qui est souvent bradé et ne sera sûrement jamais renouvelé. Et à côté de ça, on voit réapparaître des bacs de 33 tours absolument sans intérêt à plus de 5 €...
Ce jour-là, je suis reparti de Cash Express avec une poignée de disques, dont un de Jean-Claude sans ses Wachi-Wala et un de Callas Nikoff.
Celui-ci, je l'ai choisi à cause du nom du groupe et des titres en créole et parce qu'il était clair au vu des logos apposés au verso qu'il s'agissait de musique de la Guadeloupe.
Vu la date de parution du disque, il y a une vingtaine d'années, je craignais qu'il ait un son mal modernisé, avec synthés et boite à rythmes. Heureusement, ce n'est pas la cas, même si les quelques interventions de synthé sur l'album ont du mal à bien s'intégrer au reste de la musique, qui est à base de percussions, avec chants, guitares, cuivres, flûte et sifflets. C'est ce qu'on entend dès le titre d'ouverture, qui reprend le nom du groupe, Bwa bandé.
Sur son site, Bwa Bandé explique que le groupe s'appuie sur deux aspects de la musique traditionnelle guadeloupéenne. Le Gwoka d'une part, musique de réunion de familles, fêtes et cérémonies où se déroulent souvent des concours de virtuosité entre les "frappeurs de peaux" et aussi entre danseurs et danseuses. Et d'autre part le Mas à St-Jan, musique de rue et de défoulement total jouée par des groupes défilant à pied pendant la période du carnaval. Elle a été mise au point par "Monsieur Saint-Jean" d'où son appellation.
C'est donc une musique de rythme, de danse, avec des chants en appel et réponse, mais ce qui m'a agréablement surpris et conquis à l'écoute de Radikal, c'est que, même si la base de la musique est traditionnelle, les différents auteurs-compositeurs du groupe (Rodrigue Théophile, William Geneviève, Henri Louis et Lucien Barboux) ont composé d'excellentes chansons originales. Outre Bwa bandé, j'aime particulièrement Move vi et Tou piti, où il est question des répondé (chanteurs qui font les chœurs) et des tanbouyé (joueurs de tambour). Il y a beaucoup de groupes qui s'inspirent de musique traditionnelle à tambour et chants en appel et réponse. Tou piti m'a particulièrement fait penser aux Fabulous Trobadors.
Mon titre préféré du disque, c'est Fre d'Afrik, où il me semble qu'il est question des rapports entre africains et caribéens. Une grande chanson.
Radikal est le deuxième album de Bwa Bandé. Auparavant, il y avait eu en 1996 Mi-St Jan/Mi-ka. Ont suivi trois autres disques, Hirochi ka (2000), Mas' é ka (2006) et Apoka (2010). Il y a aussi au moins un album solo d'un membre du groupe, Bitin la bandé ! (2007) par Théo-K, alias Rodrigue Théophile.
En suivant les liens sur les titres des albums ci-dessus, on pouvait les écouter chez Antilles-Mizik. Ça doit encore être possible, mais à condition d'avoir un navigateur qui accepte de faire fonctionner les applications en Flash.
Je n'ai trouvé aucun extrait du disque en ligne par ailleurs, c'est pourquoi je vous propose deux MP3 ci-dessous.
Bwa Bandé n'a pas sorti de disque depuis 2010, mais le collectif, qui est basé en Île de France, est toujours actif (il s'est encore produit le 9 février dernier pour les 20 ans du mouvement culturel Mas Ka Klé) et on peut suivre ses activités sur sa page Facebook ou sur celle de Théo-Ka.

A écouter :
Bwa Bandé : Fre d'Afrik
Bwa Bandé : Tou piti

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