18 juillet 2019

ADOLPHO GUZMAN Y SU ORQUESTRA TIPICA : En Arabia se baila Cha Cha Cha


Acquis d'occasion dans la Marne vers 2010
Réf : DLS 005 -- Édité par Lido en France en 1959
Support : 45 tours 17 cm
Titres : ADOLPHO GUZMAN Y SU ORQUESTRA TIPICA : En Arabia se baila Cha Cha Cha -- Cosquillita deliciosa -/- S. LOVE ET SON ORCHESTRE : Rock Calypso Mambo Cha -- Moon glide

Après les excellentes compilations de musiques antillaises Disque la rayé et Antilles méchant bateau, Born Bad a publié il y a quelques semaines Voulez-vous Cha-Cha ?, qui s'intéresse cette fois-ci aux musiques de genre. J'ai écouté et apprécié, et j'ai examiné la liste des titres pour voir si j'avais dans ma discothèque certains des titres compilés. Je n'en ai trouvé qu'un seul, Ne nous fâchons pas de Spartaco-Sax, associé à une campagne de France-Soir contre la violence entre automobilistes, un 45 tours que j'ai failli plusieurs fois chroniquer ici.
Du coup, je me suis plongé dans mon rayon Cha Cha Cha, un rayon pas très développé car, si j'apprécie un titre de Cha Cha Cha de temps en temps, je n'en raffole pas non plus et je n'achète pas systématiquement tous les disques de ce genre que je vois passer.
Mais, du coup, je suis retombé sur le disque qui nous intéresse aujourd'hui, et celui-là il était carrément immanquable.
L'illustration de pochette en met plein les yeux et, même si je ne parle pas l'espagnol, les rudiments dont je dispose me permettent d'avancer que le titre principal se traduit par En Arabie on danse le Cha Cha Cha ! Autrement dit, il était impossible de ne pas faire d'emblée un parallèle entre ce disque précurseur des années 1950 nous promettant un Cha Cha Cha arabe et le fameux succès de Jonathan Richman and the Modern Lovers s'attaquant au reggae égyptien !
A l'écoute, En Arabia se baila Cha Cha Cha se révèle être très agréable, mais pas tout à fait à la hauteur des espérances. Il y a certes des "citations" orientales dans la musique, notamment dans l'introduction, mais ce n'est pas l'hybride parfait dont on pouvait rêver, même si c'est d'excellente tenue.
Mes rudiments d'espagnol ne m'ont pas permis de traduire tout seul Cosquillita deliciosa. J'aurais parié pour Coquillettes délicieuses, mais c'est plus coquin puisque ça signifie en fait Délicieuses chatouilles ! Plus rien d'orientalisant dans cette chanson, logique, mais pas de ricanements bébêtes non plus, juste un autre Cha Cha Cha de qualité.
J'ai appris chez Gladys Palmera que ces deux titres d'Adolpho Guzman et son Orchestre Typique étaient sortis à l'origine en 1957 à Cuba sur un 45 tours du label Fama. Guzman, qui est mort à 56 ans en 1976, était suffisamment réputé pour que, depuis 1978, un concours national de la chanson porte son nom.
Comme souvent, pour remplir un EP 4 titres, le label français Lido a associé sur un même disque deux 45 tours deux titres différents. Mais, cette fois-ci, les deux disques choisis ont très peu de rapports entre eux, à part la référence au Cha Cha Cha dans l'un des titres de chanson. En effet, sur la face B, on trouve ici les deux faces d'un 45 tours américain de Sammy Lowe et son Orchestre (Lowe et non pas Love comme indiqué sur la pochette). Lowe (1918-1993) était un trompettiste, arrangeur et chef d'orchestre.
Le 45 tours original est sorti aux États-Unis en 1958 sur le label Newport. La très bonne nouvelle c'est que, alors que j'ai décidé d'acheter ce disque uniquement pour son titre principal, on se retrouve avec deux excellents morceaux sur la face B.
Je ne sais pas si Rock Calypso Mambo Cha essaie d'associer ces quatre styles musicaux alors en vogue au sein d'une même composition, mais en tout cas le résultat est une réussite. Les seules paroles sont les quatre mots du titre, mais on a droit à d'excellentes parties de guitare, avec un très beau son, et des solos de trompette et de saxophone. Moon glide est un instrumental avec un rythme assez rigolo et des cuivres et l'orgue qui se répondent, avec là encore quelques bonnes interventions à la guitare. Très bien.
Chez Amour du Rock 'n' Roll, j'ai appris que Ben (avec sa Tumba et son Orchestre) avait repris les deux titres de ce 45 tours sur son EP Silvando El Cha Cha Cha : Rock, Calypso, Mambo, Cha a gardé son titre original, tandis que Moon glide y a gagné un nouveau titre, Porque no, et des paroles (les deux mots du titre), par la grâce de Boris Vian, selon Amour du Rock 'n' roll.
A quelques années près (1963), Lido aurait pu associer En arabia se baila Cha Cha avec le Cleopatra rock de Sammy Lowe, et là l'association aurait été parfaite, et on aurait encore plus pensé à l'ami Jonathan, d'autant qu'il existe une version de Cleopatra rock par The Skatalites !



14 juillet 2019

ORCHESTRE BAYA BAYA : Mama ndangi


Acquis sur le vide-grenier de la F.C.P.E. à Ay le 30 juin 2019
Réf : 91 085 (Mabele 08) -- Édité par African en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Mama ndangi 1 -/- Mama ndangi 2

Je fréquente la brocante de la F.C.P.E. sur le parking du collège à Ay depuis une bonne vingtaine d'années maintenant et, au fil du temps, j'y ai trouvé quelques disques très intéressants, parmi lesquels Indépendance cha cha d'African Jazz et le 78 tours de Blind Willie Dunn's Gin Bottle Four.
Cette année, j'ai bien cru que j'allais devoir me contenter (et c'est déjà pas si mal) de CD à 1 € d'albums de CocoRosie, Les Rita Mitsouko et IAM que je n'avais pas. Mais à un moment, au milieu d'une petite pile d'une dizaine de disques de variété posée sur une table, je suis tombé sur ce 45 tours, dont la pochette est en très bon état. Le disque lui-même aurait aussi pu être en très bon état, les sillons sont propres, mais en le sortant de sa pochette je me suis rendu compte qu'il était ébréché, chose assez rare pour un vinyl.
J'ai montré le disque à la vendeuse, qui s'est confondue en excuses en expliquant qu'elle n'avait pas contrôlé tous les disques. Elle voulait le mettre à la poubelle, mais c'est là que je suis intervenu en lui disant que, même dans cet état, le disque et sa pochette m'intéressaient pour ma collection, et que je lui en proposais 10 centimes. Elle a été interloquée, mais on a fait affaire et je suis reparti avec ma trouvaille, bien content, même si je ne peux écouter qu'environ 80% de mon disque (il manque un peu plus d'une minute sur les 5 minutes et quelques que dure chacune des faces).
Ce disque fait partie des centaines de disques édités en France par African, dont la plupart des exemplaires ont dû être distribués au Congo et dans d'autres pays d'Afrique.
On  en a déjà parlé à propos du disque de l'Orchestre Tembo, African avait un dédain particulier pour les photos de pochette de ses 45 tours : un même disque pouvait sortir avec plusieurs illustrations différentes, choisies dans des catalogues d'agences et n'ayant rien à voir avec la musique concernée, et la même illustration pouvait servir pour plusieurs disques différents. Par exemple, si vous allez chez Dial Africa télécharger Bumba, un autre 45 tours de l'Orchestre Baya Baya, vous remarquerez que c'est la même pochette à part le titre et les références !
Une fois rentré à la maison, je n'ai pas regretté mon achat, même si je préférerais bien sûr avoir les chansons en entier.
Il s'avère en effet que Mama ndangi est de l'excellente rumba congolaise (aussi bien la partie 1 que la 2, mais je préfère la 1). On a droit à un patchwork de percussions, de guitares et de voix, un entrelacs parfaitement réussi, un résultat superbe. Ça a l'air tout simple et naturel, mais ça doit demander un travail de fou d'arrangement et de coordination. Cerise sur la gâteau, on entend même sur les deux faces quelques interpellations en français ("Oh, Johnny !", "Mais pourquoi Jeannot ?", "C'est la faute à qui, Jeannot ?", "Ce n'est pas possible, ce n'est pas possible !") qui, on le verra, s'adressent au propriétaire du studio et à l'un des musiciens, mais la mention de "Jeannot" m'a évidemment fait penser au Jeannot, où est le sérieux ? de Lolo Lolitta et Tchico.
La concurrence était tellement rude au Congo dans ces années-là que de nombreuses formations, dont l'Orchestre Baya Baya apparemment, se sont installées en Tanzanie pour y faire carrière. Dans la page Congo in Tanzania de Muzikifan, on trouve la discographie complète de l'Orchestre Bay Baya, soit un album, Nakozonga, en 1977 et dix 45 tours entre 1975 et 1977. Le mien n'est même pas encore référencé sur Discogs et je ne l'ai trouvé nulle part en écoute en ligne... Même ébréché, mon disque reste donc intéressant.
African précisait généralement le nom du label original avec lequel un accord de licence avait été signé. En l'espèce ici, il s'agit de Mabele Productions, fondé à Kinshasa par Mbuta Nsuka.
Comme c'est expliqué en détails dans l'article de Matt Lavoie Orchestre Kiam, an oral history, Mabele avait débauché début 1975 plusieurs musiciens de l'Orchestre Kiam, propriété de Verckys de l'Orchestre Vévé, pour enregistrer sous pseudonyme un 45 tours hors contrat. Côté discrétion, ça ne risquait pas de fonctionner car le disque est sorti sous le nom d'Orchestre Baya Baya, d'après Baya baya, l'un des succès de l'Orchestre Kiam !
Verckys a aussitôt suspendu les musiciens coupables, et du coup une bonne partie de l'Orchestre Kiam a quitté le groupe pour vraiment lancer l'Orchestre Baya : les chanteurs Bakolo Keta, Boyo Mbola, et Jeannot Botuli Ilonge, les guitaristes Lélé Nsundi et Souza Vangu, le bassiste Ndolo Matthews et le batteur Suké Ngonge sont alors entrés dans le studio de Johnny Bokelo pour y enregistrer. On peut penser qu'ils sont allés en Tanzanie aussi pour échapper à l'ire du puissant Verckys.
Peu de temps plus tard, Lélé, puis Bakolo Keta et Suké Ngonge sont retournés à la niche de l'Orchestre Kiam, ce qui a signé la fin de Baya Baya. Jeannot Botuli Ilonge a arrêté la musique et le guitariste Souza Vangu (alias Jacques Bazizila, qui est mort en 2012), a créé son propre groupe, l'Orchestre Mabatalai.
S'il y a une leçon à retenir de tout ça, c'est que, même cassé un disque peut conserver de l'intérêt et il ne faut pas le jeter trop précipitamment !

A écouter :
Orchestre Baya Baya : Mama ndangi 1
Orchestre Baya Baya : Mama ndangi 2

Ajout du 15 juillet 2019 :
Celle-là, si j'avais voulu l'inventer, personne ne l'aurait crue, à commencer par moi...!
Donc, après avoir écouté mon disque ébréché pendant deux semaines et avoir préparé et publié sa chronique, j'entreprends ce matin de le ranger dans la boite où se trouvent mes 45 tours d'artistes d'Afrique.
Et puis, comme c'est les vacances et que j'ai un peu de temps, je me suis dit que j'allais classer ensemble mes quelques disques du label African. Oh, il n'y en a pas beaucoup, par rapport aux plus de 1000 référencés sur Discogs (et ils n'y sont pas tous).
J'ai donc trouvé quatre autres disques avec pochette, puis un disque sans pochette avec une étiquette jaune. Quand j'ai vu la mention "Mabele 08", le ciel m'est tombé sur la tête !
Eh oui, ce disque que j'ai écouté en partie seulement, que je me suis embêté à transférer en MP3 en visant juste après la cassure pour en avoir le plus long possible, je l'avais déjà acheté ! C'était le 6 avril 2015 à la brocante de Condé-sur-Marne et j'ai payé 20 centimes pour ce disque sans pochette. La face A passe bien, la B est un peu rayée. A l'époque, je l'ai écouté. Sans la pochette, sans la cassure, je n'avais pas grand chose à en dire, alors je l'ai rangé et aussitôt oublié !
Ça confirme ce que dit souvent l'ami Dorian Feller, qui avait complété ma pochette de Pere Ubu en me fournissant le disque qui allait avec : il faut systématiquement prendre une pochette vide ou un disque sans pochette, on peut toujours espérer rassembler les deux.
J'ai donc un exemplaire complet de Mama ndangi, disque et pochette, qui m'a en tout coûté 30 centimes en quatre ans... Et quand la vendeuse s'est étonnée que je m'intéresse à ce disque pour sa pochette, j'aurais pu lui répondre que j'avais le disque qui allait avec. Mais pour cela, il aurait fallu que je connaisse un peu mieux le contenu de ma propre discothèque !


06 juillet 2019

BARRACUDAS : His last Summer


Acquis à Paris le 13 avril 2019
Réf : Z8 -- Édité par Wipe Out en Angleterre en 1980 -- Demo record - Not for resale
Support : 45 tours 17 cm
Titres : His last Summer -/- Barracuda waver -- Surfers are back !

Après le printemps la semaine dernière, voilà l'été, et on va essayer de faire tout pour que, contrairement au héros de cette chanson, victime d'un "surfer suicide", ce ne soit pas notre toute dernière saison de canicule.
Ce disque fait partie du lot que j'ai acheté à Paris au printemps, dans lequel on trouvait aussi les 45 tours de Radiah et de Thee Stash.
Mon exemplaire est un promo mais, même si je l'avais eu à temps, je ne sais pas si je l'aurais inclus dans Vente interdite car la pochette et la musique gravée dans les sillons sont identiques à l'édition mise en vente. La seule petite différence tient à la mention "Demo record - Not for resale" imprimée sur l'étiquette d'un rond central dont la maquette évoque des labels sixties, comme les singles promos de Chess par exemple. Et du coup, je n'ai pas eu droit à la planche de décalcomanies incluse dans le 45 tours du commerce, dont l'un a un slogan bien vu, "Surf & destroy").
Je ne me suis pas intéressé du tout aux Barracudas au moment de la sortie de leur premier album Drop out with The Barracudas en 1980. Il y avait alors pour moi un côté rétro bien trop marqué qui ne m'attirait pas du tout, symbolisé par le titre d'une de leurs autres chansons, (I wish it could be) 1965 again. Je n'ai pas creusé les choses suffisamment à l'époque pour me rendre compte qu'il y avait de la distance et de l'humour dans leur nostalgie, qui se manifestait par exemple dans leur parti-pris de se présenter comme un groupe de surf music alors qu'ils étaient basés à Londres. 
His last Summer est leur troisième 45 tours, le deuxième extrait de Drop out..., juste après le succès, sur la même thématique, de Summer fun. La pochette est signée Assorted Images, mais elle est créditée à Rikki, pas à Malcolm Garrett. La chanson est dédiée à Jan Berry, de Jan and Dean, et, dès les bruitages en intro, les références (volontaires) se multiplient, à Spector, à Leader of the pack avec la voix parlée, au rock garage avec l'orgue, aux Beach Boys avec les chœurs,... C'est léger, même si les paroles ne le sont pas.
On a droit à deux titres hors album sur la face B (mais l'album américain, sorti en 1982, a intégré Surfers are back à la place de Campus tramp).
Barracuda waver, est un instrumental à guitare qui s'inscrit dans la longue lignée des instrumentaux surf, une valeur sûre. Un de ses cousins éloignés pourrait être The whole world's turning Brouchard ! de Biff, Bang, Pow !.
Surfers are back est sans doute mon titre préféré des trois. Malgré le titre, le son est plus punk que surf (Surf and  destroy !) et le chant et la musique évoquent irrésistiblement le Clash façon I'm so bored with the USA.
Au final, voici un excellent 45 tours de surf rock !
De nos jours, les Barracudas donnent encore régulièrement quelques concerts. Robin Wills partage sa passion pour la musique sur son blog Purepop et Jeremy Gluck produit des œuvres graphiques.


28 juin 2019

CARAVELLI : Le disque des fiancés du printemps


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 4 juin 2019
Réf : 4963 -- Édité par CBS Special Products pour Guilde des Orfèvres en France en 1970 -- Grand jeu fiancés du printemps
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Que je t'aime -/- Je t'aime... moi non plus

L'ami Dorian a trouvé ce disque récemment et, connaissant mon livre Vente interdite, il s'est dit que ce disque pourrait compléter ma collection de disques hors commerce. Et il avait raison le bougre, car c'est là un bel exemple de disque publicitaire.
Ce que Dorian ne savait pas, c'est que ce disque nous donne aussi l'occasion de rendre hommage au chef d'orchestre Caravelli, mort à 88 ans en avril dernier. Avec des gens comme Franck Pourcel, Paul Mauriat ou Raymond Lefèvre, il faisait partie des chefs d'orchestre populaires de la variété française.
Ce que ni Dorian ni moi ne savions pas, pour le coup, c'est que, s'il était né à Paris, c'est près de chez nous au conservatoire de Reims que Claude Vasori, alias Caravelli, a obtenu un Premier Prix de piano.
Comme le Billy Swan / Santana du Crédit Mutuel, ce disque a été édité par CBS Special Products, à l'intention de Guilde des Orfèvres. Malheureusement, je n'ai trouvé aucun autre document en ligne sur leur grand jeu des fiancés du printemps, mais j'imagine qu'il y a dû avoir des publicités dans la presse pour attirer les jeunes couples dans les bijouteries de la chaîne et leur vendre des bagues de fiançailles ou des alliances. Je me demande si le titre du jeu a pu être inspiré par Fiancé de printemps, une chanson de Gilles Dreu sortie en 1970 sur un 45 tours (Certains datent mon 45 tours de 1969, mais Que je t'aime, qu'on trouve sur la face A, est sortie en juin 1969, au début de l'été, le jeu ne peut donc pas avoir été organisé avant le printemps 1970).
Les deux faces de ce 45 tours, qui n'est que l'un des nombreux disques publicitaires où l'on trouve une reprise de Johnny, sont tirées d'un album de Caravelli de 1969 lui aussi titré Que je t'aime. Ça parait simple et évident, deux chansons d'amour pour des fiancés mais, dès qu'on creuse un peu, on en vient vite à se demander ce qui a bien pu passer par la tête des publicistes qui ont proposé ces chansons et des dirigeants d'entreprise qui ont validé ce choix.
Certes, en 1969, la libération sexuelles battait son plein, mais elle ne touchait pas tout le monde, et sûrement moins les couples clients de Guilde des Orfèvres que d'autres. Or, les paroles de Que je t'aime sont tout sauf romantiques au-delà du premier couplet. L'amour est un combat où l'un peut dire "Oui" quand l'autre dit "Non", et même une guerre dans le dernier couplet, qui donne une vision militaire de la petite mort. Beurk !
Quand à Je t'aime... moi non plus, ce ne sont pas uniquement les paroles qui ont valu à cette chanson, initialement étiquetée sur le 45 tours comme "interdite aux moins de 21 ans", d'être qualifiée d'obscène par le Vatican. C'est la chanson sensuelle et suggestive par excellence et là encore on note bizarrement que, pour un disque destiné à des fiancés qui prévoient de se "dire oui" devant un maire et éventuellement un religieux, les amoureux ont du mal à s'entendre puisque que, au "Je t'aime" de Jane (ou Brigitte) répond le "Moi non plus" de Serge. Et ils pouvaient peut-être se féliciter d'apprendre à temps que "L'amour physique est sans issue"...!
Rien de tout ça en fait dans les sillons de ce 45 tours, puisque les versions proposées sont des instrumentaux avec refrain chanté, mais les deux chansons étaient de très grands tubes et, en les écoutant, les paroles connues de tous ne pouvaient que venir à l'esprit des fiancés. 
Que je t'aime reproduit la construction de la chanson dans ce qui est je suppose le style propre à Caravelli. La tension monte dans le couplet jusqu'à ce qu'éclate le refrain dans un tonnerre de cuivres et de cordes. L'arrivée du chant très haut perché sur les refrains a un effet presque comique.
La version de Je t'aime... moi non plus est sage et chaste mais, comme prévu quand les chœurs font "La la la la la la" sur le refrain, j'entends bien sûr "Je vais et je viens entre tes reins" ! Pas d'orgue ici, contrairement à la version originale. Du coup, l'association de la basse et des cordes souligne un fait qui ne m'avait jamais paru évident jusque-là : c'est peut-être la chanson qui annonce le plus les orchestrations deux ans plus tard d'Histoire de Melody Nelson.
Je vous donne rendez-vous dès que possible pour une nouvelle exploration du monde décidément bien étrange des disques publicitaires.

23 juin 2019

THE TAMS : Hey girl don't bother me


Acquis chez Shelter à Eastbourne le 10 juin 2019
Réf : PRO 532 -- Édité par Probe en Angleterre en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Hey girl don't bother me -/- Take away

Pour le premier jour de notre dernière escapade en Angleterre, on a été gâté : il a plu dès le matin et à chaque fois qu'on est ressorti, on a dit "Tiens, il pleut plus fort". A tel point qu'il est tombé l'équivalent d'un mois de pluie en vingt-quatre heures ! Heureusement, il a fait beau le lendemain. Et puis, au moins ça nous a laissé du temps pour faire les boutiques...
Contrairement à la tendance de ces dernières années, j'ai acheté assez peu de CD, mais je me suis remis à trouver quelques 45 tours et 33 tours intéressants, dont deux achetés à l'abri chez Shelter, celui-ci et un de Wayne Fontana and the Mindbenders (Um, um, um, um, um, um) qui, à mon avis, viennent du même propriétaire.
J'ai choisi ce disque, vendu 50 pence, car j'avais déjà vu le nom de The Tams mentionné quelque part. Mais, dans les faits, je ne connaissais pas du tout ce groupe et je n'avais chez moi aucun disque d'eux, ni même aucun titre. Il s'avère que The Tams est un groupe vocal soul/rhythm and blues fondé en 1960 dans le Sud des États-Unis, à Atlanta en Géorgie. Le nom du groupe vient du
Tam o' shanter, un béret écossais dont ils ont fait leur signe distinctif. Ils ont eu plusieurs succès aux États-Unis, notamment What kind of fool (do you think I am) en 1964 et Be young, be foolish, be happy en 1968.
L'histoire de ce disque est intéressante. A l'origine, ce 45 tours a été publié en 1964. Il a eu un certain succès aux États-Unis, suffisamment pour donner son titre à leur deuxième album. Suffisamment aussi pour que le disque sorte en Angleterre chez His Master's Voice, en Suède et même en France, caché au fond d'un EP.
Cela aurait pu en rester là sans la popularité grandissante de la scène Northern Soul à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Il y avait une demande grandissante pour les pépites rares que les DJs s'ingéniaient à passer dans les soirées et on a commencé à voir des rééditions de disques des années 1960, dont certaines sont entrées dans les classements des meilleures ventes. Le disque qui en a le plus bénéficié, c'est ce 45 tours des Tams, qui s'est  carrément retrouvé n°1 des ventes en Angleterre à l'automne 1971, ce qui leur a valu huit passages dans l'émission Top of The Tops !
Cette réédition chez Probe, une filiale du label américain original ABC/Dunhill, n'a qu'une pochette générique, mais celle-ci se distingue par son slogan "Probe is turning-on the people !", qui est aussi le titre d'une compilation promo diffusée au Japon. Ce slogan s'explique par le fait que, à l'origine, Probe était la filiale de rock psychédélique ou progressif d'ABC (ils ont sorti des disques de Soft Machine ou Van der Graaf Generator), mais en 1971 c'était fini et le label ne servait plus que pour des licences à l'international d'ABC/Dunhill.
Hey girl don't bother me a un angle un peu original pour une chanson d'amour, le rejet d'une fille "dangereuse", même si on sent bien que le gars risque de ne pas s'y tenir longtemps. Musicalement, c'est un tempo moyen, avec un arrangement de qualité mais certainement pas exceptionnel. Ce qui fait l'intérêt de la chanson, et ce qui a sûrement fait son succès, c'est la qualité des performances vocales : le chanteur principal a une belle voix, très chaude mais aussi un peu râpeuse, et ses collègues sont partout présents, à chanter en chœur sur le refrain et et à le soutenir sur les couplets, dans un esprit proche du Doo-Wop.
Tout aussi remarquable est la face B, Take away, qui n'a pas été reprise sur l'album. Là, c'est un peu plus rythmé et le piano mène la danse. Franchement, celle-ci aussi aurait pu être un tube.
Aujourd'hui, la majorité des membres du groupe sont morts, dont les deux frères Charles et Joseph Pope, mais, comme souvent avec les formations des années 1960, ça n'empêche pas qu'il existe des versions concurrentes du groupe qui se produisent régulièrement sur scène.
En tout cas, ce disque est une bonne pioche, qui confirme qu'on arrive encore à faire des découvertes, que ce soit sur les vide-greniers ou, comme là, dans une boutique associative non spécialisée.




Le 45 tours est ressorti aux États-Unis dans la foulée du succès inattendu en Angleterre.


L'EP français de 1964 avec Hey girl don't bother me en quatrième titre.


La couverture d'une partition publiée après le succès de la réédition.

16 juin 2019

CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL : Fortunate son


Acquis d'occasion dans la Marne, probablement au début des années 2000
Réf : 17012 -- Édité par America en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Fortunate son -/- Down on the corner

Je ne le fais pas souvent, et même j'évite généralement de participer aux commémorations rock 'n' rolliennes plus ou moins justifiées qui pullulent, mais je pense que ça vaut le coup de s'arrêter un moment sur les exploits réalisés par Creedence Clearwater Revival tout au long de l'année 1969, il y a cinquante ans.
Voilà un groupe qui, en l'espace de douze mois, a sorti trois albums studio (Bayou country, Green river et Willy and the Poorboys, soit en tout 26 chansons, dont 23 originales écrites par John Fogerty), a enchaîné les succès (Proud Mary, Bad moon rising, Lodi, Green river, Down on the corner et Fortunate son, excusez du peu !), a tourné constamment et a notamment été l'une des têtes d'affiche du festival de Woodstock (même si leur refus d'apparaître dans le film ou sur le disque, au prétexte apparemment erroné d'une performance pas optimale, fait qu'on a un peu tendance à minimiser leur participation).
Comment expliquer cette frénésie ? Sûrement parce que le groupe voulait profiter d'un succès qui avait été si long à venir : pendant dix ans, ils ont galéré sous divers noms de groupes et sorti une dizaine de 45 tours qui n'ont eu aucun succès. Ce n'est que quand ils ont changé de nom pour Creedence Clearwater Revival au tout début de 1968 que le vent a tourné, grâce notamment à leur reprise de Suzie Q.
Et puis, il y a aussi la façon dont le groupe considérait son "travail" artistique. Dans le Melody Maker du 20 septembre 1969, à la question de savoir si le groupe avait des problèmes pour recréer le son de ses enregistrements sur scène, John Fogerty répondait que c'était l'inverse : "Dans notre cas, nous faisons sonner nos disques comme nous sonnons sur scène" !
Dans le dernier Mojo en date (n° 308, daté de juillet 2019), on apprend que, à partir de la fin de l'été 1969,le groupe avait transféré son local de répétition d'une cabane de jardin à un entrepôt dans une zone industrielle, où ils se retrouvaient tous les jours pendant quatre-cinq heures quand ils n'étaient pas en tournée ou en studio. Et en studio, à ce régime-là, on comprend que les albums pouvaient être enregistrés rapidement : les bases étaient enregistrées en une ou deux prises, avec John Fogerty en complément à la guitare rythmique, et après il ne restait plus à repasser que pour enregistrer les voix et la guitare solo.
Le produit final, c'était du pur rock 'n' roll, et aujourd'hui c'est peut-être le plus électrique et le plus enragé de tous leurs tubes que j'ai sélectionné, Fortunate son.
Dans son livre de 1989 The heart of rock and soul : The 1001 greatest singles ever made, Dave Marsh, qui le place en 242e position (il y a 7 titres de CCR sur les 1001, dont 5 de 1969), explique que, si on pouvait réduire le rock 'n' roll à une seule chose, et si cette chose était la fureur pure, alors Fortunate son en serait la plus pure distillation.
John Fogerty a écrit cette chanson le jour où il a reçu les papiers le libérant définitivement de ses obligations militaires. Avant ça, comme expliqué dans le NME du 20 septembre 1969, John et le batteur Doug Clifford avaient fait leur service, puis avaient été maintenus comme réservistes, ce qui impliquaient que, après chaque concert, ils devaient revenir à leur base.
Inspiré par les annonces dans la presse du mariage du petit-fils du président Eisenhower et de la fille de Richard Nixon, Fogerty déverse sa bile non pas directement sur l'armée ou la guerre, mais sur tous ces gens de bonne famille, bien-nés, planqués, pistonnés ou friqués, qui ne risquent pas d'être obligés de faire la guerre mais prendront plutôt la décision d'y envoyer les autres (notons qu'un des planqués du Vietnam est actuellement Président des États-Unis d'Amérique...).
Musicalement, c'est à l'avenant et, s'il y a une chanson qui est proche de celle-ci et qui l'a peut-être en partie inspirée, c'est bien Sympathy for the devil des Rolling Stones, sortie quelques mois plus tôt (je ressens ça surtout avec le chant des couplets).
Je n'avais pas du tout la référence, mais un ami m'a judicieusement glissé à l'oreille hier que, pour lui, Fortunate son est éternellement lié à l'inévitable Johnny Hallyday, qui en a fait une reprise en 1971. Pour une fois, l'adaptation en Fils de personne par Philippe Labro ne trahit pas le sentiment de la chanson originale.
La face B bouche-trou ou faiblarde, Creedence ne savait pas faire. Au contraire, ils avaient pour habitude de mettre deux titres très forts sur leurs 45 tours, qui souvent leur procuraient deux succès en radio (mais une seule vente de disque...). C'est le cas notamment ici avec Down on the corner, où l'on retrouve le côté plus "roots" du groupe, avec l'histoire d'un jug band fictif, Willy and the Poorboys. Simple mais efficace et très agréable.
Tom Fogerty est mort en 1990. Aujourd'hui, John Fogerty poursuit sa carrière en solo, tandis que la section rythmique de Stu Cook et Doug Clifford joue depuis 1995 sous le nom de Creedence Clearwater Revisited.


Creedence Clearwater Revival, Fortunate son, dans l'émission Ed Sullivan Show en 1969.


Creedence Clearwater Revival, Fortunate son, en concert au Royal Albert Hall à Londres en 1970.


Creedence Clearwater Revival, présentés par Mama Cass et David Sternberg, jouent Down on the corner dans l'émission Music Scene, le 1er décembre 1969.


John Fogerty est interrogé par Dan rather en 2016 à propos de l'histoire de Fortunate son et des circonstances qui l'ont conduit à jouer cette chanson à la Maison Blanche lors de la Journée des Anciens Combattants, sous le mandat d'un précédent Président des États-Unis.

08 juin 2019

DENISE VARÈNE : Les deux pieds dans l'eau


Acquis probablement chez Emmaüs à Tours-sur-Marne vers la fin des années 2000
Réf : EU. 2 -- Édité par Vogue en France probablement dans les années 1970 -- Tirage spécial hors commerce pour les Editions Universelles - Hommage de l'éditeur
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les deux pieds dans l'eau -/- Sans rien te dire

Voici un type assez rare de disque hors commerce, qui n'est pas représenté dans mon livre Vente interdite. En effet, si c'est bien la maison de disques Vogue, qui a sorti initialement ce 45 tours dans les années 1950, qui s'est chargée une vingtaine d'années plus tard de la fabrication de cette réédition, cela a été fait à la demande de l'éditeur musical des deux chansons, Les Éditions Universelles. Dans quel but ? Mystère. La mention "Hommage de l'éditeur" signifie simplement que l'objet est distribué gratuitement, mais je suppose qu'il y a eu une occasion particulière, soit liée à l'interprète Denise Varène, soit liée à une actualité autour de ces titres (l'utilisation dans une musique de film, ou une reprise, par exemple).
En tout cas, ça nous donne l'occasion de nous intéresser à Denise Varène, qui est ici accompagnée par son époux Marcel Bianchi et son orchestre.
On trouve au dos de la pochette de son premier 45 tours des informations sur ses débuts. Repérée lors d'un crochet radiophonique, elle a chanté pour plusieurs orchestres qui l'ont déjà fait voyager. Repérée par Jacques Hélian, elle a été recrutée comme membre des Hélianes, ses chanteuses d'orchestre, de 1953 à 1955. A partir de là, Denise Varène et Marcel Bianchi, qui était lui aussi rentré dans l'orchestre de Jacques Hélian, ne se sont plus quittés jusqu'à la mort de Marcel en 1997.
Un témoignage passionnant de Denise Varène, recueilli en 2011 par les Archives départementales des Alpes-Maritimes en collaboration avec l’Association Juanaise du Cadre de Vie, nous permet d'en savoir plus sur leur parcours professionnel, notamment leurs engagements dans des grands hôtels de Paris ou de la Côte d'Azur ou pour des croisières autour du monde.
On y apprend des détails sur la création de Viens à Juan-les-Pins, un grand succès de Bob Azzam, qui était le titre principal du 45 tours sur lequel on trouve Fais moi le couscous chéri (je note que ni Denise Varène ni Bernard Michel ne sont crédités pour les paroles sur le 45 tours, mais Michel l'est chez Frémeaux). Il y est aussi question de Dizzy Gillespie et Ella Fitzgerald, mais l'extrait d'un quart d'heure mis en ligne ne contient pas les souvenirs sur Claude François qui, à ses débuts, a passé l'été 1959 comme batteur de l'orchestre de Marcel Bianchi :



Les deux pieds dans l'eau est un boléro-cha cha cha sur des paroles de Roger Desbois et une musique de Jean Lano.
Il y a une autre version connue et quasi-contemporaine de cette chanson par Mathé Altery, avec des cordes et des trémolos dans la voix. Je ne suis pas sûr, mais je pense que la version de Denise Varène est la première. C'est en tout cas ma préférée. Je préfère le style de chant et les arrangements sont à la fois sobres et de qualité, depuis la superbe introduction avec la guitare hawaïenne de Marcel jusqu'aux touches de marimba et aux ponctuations de cuivres tout en retenue.
La face B, Sans rien te dire, paroles encore de Roger Desbois et musique cette fois-ci de Jack Arel, est un slow très classique. C'est réussi, mais moins dans mes goûts.
J'ai deux autres 45 tours de Denise Varène, mais il y en a un qui doit être mal rangé et je n'arrive pas à remettre la main dessus. J'y retourne, même si je dois y passer la soirée, et je vous laisse écouter ça :






Une pochette d'anthologie pour l'EP original des années 1950 qui contient les deux titres de mon 45 tours, avec Marcel Bianchi et Denise Varène en photo, les pieds au sec, peut-être bien à Juan les Pins. J'aimerais bien avoir ce disque !



06 juin 2019

BANDE ORIGINALE DU FILM LIBERTÉ 1


Acquis sur le vide-grenier de Saint Gibrien le 30 mai 2019
Réf : 432.778 BE -- Édité par Philips en France en 1962
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Corinne Marchand : Bon vent ma jolie -- Gana M'Bow - Orchestre sous la direction de Gérard Lurcy : Timoulamoudé -/- Gana M'Bow - Orchestre sous la direction de Gérard Lurcy : Thème Jazz - Surprise-partie chez Seki -- Les Guitares du Diable : Twist Liberté 1

Les disques se font rares sur les brocantes, alors, quand on m'annonce un prix de 25 centimes pièce pour un petit lot de 45 tours années 1960, je l'examine attentivement. J'y ai pioché des disques du Keef Hartley Band et de Jean Arnulf, et aussi cette bande originale de film.
La pochette a pris l'eau, du coup elle est en partie arrachée et un peu moisie, mais il ne faut pas être trop regardant ces temps-ci si on ne veut pas revenir bredouille de la pêche aux disques.
Je ne connaissais ni ce film ni l'actrice chanteuse de l'un des titres, Corinne Marchand (qui a notamment joué dans Cléo de 5 à 7), mais en retournant la pochette j'ai vu que la "musique européenne" est composée par Colette Mansart (Mansard en fait) (connais pas) et la "musique africaine" par Gana M'Bow (connais pas non plus, mais ça m'intéresse !).
Liberté 1 est un film écrit et réalisé par Yves Ciampi, qui a été présenté en compétition à Cannes en 1962. Outre Corinne Marchand, les acteurs principaux de cette production franco-sénégalaise sont Maurice Ronet, Nanette Senghor et Iba Guèye. Quelques mots sur ces deux dernières personnes : Iba Guèye, fils de l'homme politique Amadou Lamine-Guèye, était avocat, mais aussi réputé pour être le premier pilote d'avion sénégalais. L'aéroclub de Dakar porte actuellement son nom. Le site d'Eddy sur l'aviation au Sénégal nous apprend que, malheureusement, il est mort à 31 ans en octobre 1962, quelques mois après la sortie du film. Grâce à une dépêche Keystone du 7 avril 1962 présente sur ce site, on apprend que le choix d'une interprète féminine africaine pour le film a été difficile, "le Sénégal étant en majorité de religion musulmane et les maris et fiancés ne voulant pas laisser leur femme faire du cinéma". L'accord du chef de l’État pour faire tourner sa nièce est présenté comme le sacrifice des principes à la "raison d’État"...
Je n'ai pas réussi à trouver en ligne des extraits du film. J'imagine que son titre assez énigmatique a à voir avec le nom du "quartier neuf" de Dakar Liberté 1, qui devait être en construction à cette époque, mais, quand je lis le résumé du film, je n'arrive pas à faire un lien direct entre les deux.
On trouve donc quatre titres assez différents sur ce disque. 
Bon vent ma jolie, avec des paroles de Jean Dréjac, est le seul titre chanté par Corinne Marchand. Une chanson assez classique dans le genre, mais pas mauvaise du tout, avec un arrangement de qualité.
Dans un tout autre style, le groupe Les Guitares du Diable, avec Léo Petit à la guitare, interprète Twist Liberté 1. Là aussi, dans un genre de rock instrumental très codifié, ce n'est pas mal du tout. Il y a au moins autant de saxophone que de guitare et c'est une pointure, Pierre Gossez, qui souffle dans l'instrument.
Les deux autres titres sont signés Gana M'Bow. Je n'ai pas trouvé beaucoup d'informations sur lui sur lui si ce n'est qu'il a été enregistré en 1965 par le Chicago History Museum pour parler de la musique folklorique sénégalaise et des chansons à percussions de l'Afrique de l'Ouest. Il est mentionné chez Discogs comme percussionniste de jazz et il a dû faire carrière à Paris : il apparaît sur des enregistrements de Barney Wilen, Lucky Thompson et Art Blakey and the Jazz Messengers (au Club St Germain).
Sans surprise, le Thème Jazz - Surprise-partie chez Seki n'est pas trop ma tasse de thé. Par contre, le Thème africain, Timoulamoudé, est pour moi la pépite qui se niche dans ce disque :



Sur un rythme de biguine, apparemment, c'est tout simple : des percussions, du balafon je pense, et le chant (non crédité, de Gama M'Bow lui-même ?), "Timoulamoudé, yalla Timoulamoudé, yalla Timoulamoudé, yalla hé, en liberté,...". C'est tout court et ça a la simplicité d'une comptine : parfait !
Il existe un autre 45 tours, qui reprend des extraits dansants de la bande originale du film. Deux des titres sont identiques (Bon vent ma jolie et Twist Liberté 1), le Thème Jazz disparaît pour faire la place à une autre composition de Gana M'Bow, Aminata Cha Cha, et surtout on à droit à une version instrumentale et un peu plus longue de Timoulamoudé ! :



Comme quoi, il faut toujours tenter sa chance : un disque qui n'a  l'air de rien peut toujours receler de belles surprises !

02 juin 2019

MANUIA ET MAEVA : Otuitui • Tahiti


Acquis sur le vide-grenier de Recy le 26 mai 2019
Réf : LP 32 523 -- Édité par Disc'AZ en France en 1965
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Cela fait maintenant une bonne quinzaine d'années que j'achète des disques de musique de Tahiti. J'avais notamment chroniqué deux albums enregistrés par Gaston Guilbert, Oiseaux de paradis et Tahiti : Île de paradis, pendant le premier mois d'existence de ce blog. Autant dire que, si je suis toujours content de trouver des disques que je n'ai pas, j'ai l'impression d'avoir un peu fait le tour de la question et je ne m'attends pas à de grosses découvertes ou à quelque chose d'exceptionnel comme le très beau coffret Folklore taïtien offert par Philippe R. l'an dernier.
Sur le vide-grenier très calme et familial de Recy, un monsieur sympathique avait une boite de 45 tours années 1980 en bon état à 50 centimes et un carton de quelques 33 tours qui sentent la cave à 1 €. Je lui ai pris un Rita Mitsouko et un Lavilliers qui manquaient à ma collection, et cet album que je n'avais jamais vu, sur le label Disc' AZ, pas spécialement réputé pour ce style musical, avec une illustration de pochette typique et au bout du compte très proche de celle du coffret de 78 tours.
Au dos de la pochette, Manuia et Maeva nous sont présentées comme deux jolies vahinées chantant dans leur 2CV, par ailleurs employées comme hôtesses de l'air par la compagnie U.T.A. Il n'y a aucune mention pour les musiciens de l'orchestre qui les accompagnent ou pour le producteur de cet album paru initialement aux États-Unis chez Reo Tahiti, une filiale de Criterion Records.
Les musiques traditionnelles, comme la pop ou le rock ou tous les autres genres d'ailleurs, ne sont pas imperméables à l'air du temps. Cela donne souvent des horreurs (le son de synthé des années 1980 sur des disques antillais ou de séga, par exemple), mais ça peut créer aussi des hybrides intéressants.
Rien ne l'indique sur l'emballage, et je m'attendais donc à des chansons tahitiennes traditionnelles chantées en duo, mais j'ai compris dès les premières secondes que cet album allait être très particulier. En effet, on a bien affaire à des chansons tahitiennes typiques, créditées à une exception près à Eddie Lund ou Yves Roche, chantées traditionnellement, mais arrangées au goût du jour. Et le goût du jour, c'était quoi aux États-Unis et à Tahiti en 1965 ? Eh bien, c'est simple à deviner, c'était la Beatlemania et la British invasion qu'elle a provoqué. Dès le premier titre, Otuitui ta'u mafatu, avec ses "Otuitui" qui se répondent et son passage d'orgue, j'étais déjà conquis. La seule fois où j'ai remarqué comme ça un mélange de musique tahitienne et d'accompagnement électrique, c'était sur l'album de l'Orchestre Petiot, mais il est sorti des années plus tard.
Bon, pour qu'on se comprenne mieux et que vous entendiez bien ce que je veux vous dire, je vous suggère de vous rendre chez Kadao Ton Kao : ce blog a publié une chronique de cet album en 2013 et, à ce jour, on peut toujours y télécharger l'album en entier.
Pour se rendre compte de la différence, on peut écouter la version acoustique de Tangi tika sur l'album Folklore taïtien, enregistrée vers 1950, avec celle au son presque lourd qu'on trouve ici. Pareil avec une version pas du tout rock de I roto cent vingt six par Hiriata trouvée en ligne et celle avec un excellent son de guitare de Manuia et Maeva.
Des chansons très connues subissent le même traitement comme Tahiti nui, ici dans une version endiablée mais moins électrique, avec une  guitare à la Jonathan Richman, ou Te manu pukarua, avec une petite partie solo de guitare électrique (ça doit être la première chanson tahitienne que j'ai connue, mais moi c'était par Agadou et les paroles étaient "Agadou dou dou, pousse l'ananas et mouds le café" et toute la famille, emmenée par l'Oncle Mimi, dansait dessus).
Et ce n'est pas tout : Taurua no tiurai est vraiment rock, avec solo de guitare et piano, tandis que Tamure ue ue rii, chanson écrite par Manuia et Maeva, avec ses riffs d'orgue et de guitare électrique et ses breaks de batterie, m'a notamment fait pensé à un groupe féminin qui s'inspirait du son de cette époque, Les
Calamités.
Pour les chansons lentes, comme Na te moana ou Eita vau e fiu, le chant tahitien est plus en valeur, avec aussi du piano (et quelques paroles en anglais) pour Tania et un beau chant solo pour Manureva en clôture de l'album. Mais pour Hoe ana, le son se marie bien avec les chants tahitiens plus lent dans la première moitié, mais la chanson prend ensuite un rythme très rock.
Je n'ai trouvé qu'une seule autre référence de disque pour Manuia et Maeva, un 45 tours sur un autre label américain avec Vini vini en titre principal. On ne sait pas ce qu'elles sont devenues, mais il est probable qu'elles ne sont pas contentées de leur métier d'hôtesse de l'air et ont continué quelques temps à chanter dans les Tamaaraa et les surprise-parties mentionnées sur la pochette. J'aimerais aussi bien savoir qui sont les musiciens qu'on entend sur cet album.
Je trouve de moins en moins de disques sur les brocantes, mais tant que ferai de belles pioches comme celles-ci, je resterai tenté de perdre un peu de temps à me balader dans les rues des villages les dimanches matins des beaux jours.


Manuia et Maeva, Tahiti nui.

30 mai 2019

THE WHO : Won't get fooled again


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Réf : 2121 057 -- Édité par Polydor en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Won't get fooled again -/- Don't know myself

J'aime bien certaines chansons de The Who mais je ne suis pas particulièrement un grand fan de ce groupe. Quand il s'est agi de parler ici de l'excellent roman de l'ami Christophe Sainzelle La double vie de Pete Townshend (attention, un deuxième livre est annoncé pour bientôt...), j'ai fait un pas de côté en chroniquant un 45 tours solo plutôt qu'un disque du groupe.
Que l'entité The Who soit encore active en 2019 avec l'annonce d'une tournée et d'un nouvel album alors que la moitié des membres du groupe de la grande époque est morte depuis belle lurette, ça me laisse plutôt indifférent, même si je m'étonne que les papys n'aient pas pris une retraite bien méritée.
Et pourtant, à force de la voir tourner d'un site à l'autre, j'ai fini par regarder la vidéo de leur participation le 15 mai dernier à Classroom instruments, une séquence de l'émission The tonight show de Jimmy Fallon où le présentateur, l'orchestre maison The Roots et les artistes invités jouent une chanson sur des instruments plutôt destinés aux enfants. Pour The Who, ça donne cette version de Won't get fooled again qu'un gars dans un commentaire sur YouTube a habilement attribuée à The Whoots :



Et là, c'est tout ce que j'aime. On ne se prend pas au sérieux, on rigole même un bon coup, et au passage on dépoussière un grand classique. Je n'irai jamais payé des centaines d'euros pour voir un des dinosaures du rock en concert, mais si The Who jouaient dans cet état d'esprit au café du coin je ne les manquerais pour rien au monde.
Je crois bien que je n'ai jamais écouté l'album Who's next en entier.  Je n'avais même jamais trop fait attention à la pochette jusqu'à ce que je lise des articles racontant comment la photo a été prise, pour donner l'impression que les membres du groupe venaient de pisser sur un énorme bloc de béton. Je ne connais que les deux classiques de l'album, Baba O'Riley et Won't get fooled again, mais surtout par des génériques télé, des pubs ou des passages radio.
J'ai quand même ressorti mon exemplaire de ce 45 tours acheté il y a quelques années. Il a bien souffert : la pochette en papier léger est éventrée ou décollée sur deux côtés et le disque lui-même est bien râpé.
On sait que Who's next est un album de neuf chansons qui est l'équivalent pour les Who de Smiley smile pour les Beach Boys, c'est à dire ce qui a pu être sauvé des meubles après l'abandon d'un projet (trop ?) ambitieux, Smile pour Brian Wilson, l'opéra-rock Lifehouse pour Pete Townshend.
Les deux faces du 45 tours ont été enregistrées au printemps 1971. Le disque est sorti en juin, deux mois avant l'album.
Pour l'occasion, on a taillé à la hache dans Won't get fooled again pour réduire de près de cinq minutes la version de l'album à une durée plus standard de trois minutes trente. Les principaux éléments qui font la réputation de la chanson ont été conservés : le motif de synthétiseur, le cri de Roger Daltrey, le refrain qui se termine en "We don't get fooled again". Je n'avais jamais prêté attention au thème des paroles, une histoire vieille comme le monde : après la révolution, des vestes se tournent, ça passe de gauche à droite ou  vice-versa, mais le nouveau pouvoir n'est pas si différent de l'ancien.
L'autre titre, Don't know myself, assez typique du style des Who, mais avec du piano et même un peu de guitare slide, est une face B avec un certain pédigrée : elle a également été écrite pour Lifehouse, enregistrée une première fois en 1970 pour un EP qui lui non plus n'a pas vu le jour, pui ré-enregistrée pendant les sessions de Who's next mais elle a été écartée de l'album. Les paroles sont en réaction aux articles qui analysaient en détail le caractère de Townshend : "Ne prétends pas que tu me connais, je ne me connais pas moi-même".
Bon, je vous laisse, il parait que c'est l'orchestre Les Rolling Stones qui accompagne dans quelques minutes le concert annuel de la chorale de la Maison de Retraite Municipale...




The Who, I don't even know myself, en concert au Festival de l'île de Wight le 29 août 1970. Roger Daltrey annonce que cette nouvelle chanson est extraite du nouvel album qu'ils ont à moitié terminé. Sauf que l'album en question, Lifehouse, sera abandonné et la chanson ne sera pas incluse sur Who's next.

25 mai 2019

BOBBY BOYD CONGRESS : The sun is shining


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Réf : SG 373 / AZ 10 772 -- Édité par Disc'AZ en France en 1972
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The sun is shining -/- There it is

L'autre jour, j'ai vu chez Discogs qu'ils donnaient la liste des 30 disques les plus chers vendus en mars sur leur site. J'y ai repéré un exemplaire d'un album de Bobby Boyd Congress vendu 1460 $. Ça m'a interpellé car j'ai depuis quelques années ce 45 tours du groupe que je chronique aujourd'hui.
J'ai donc cherché à en savoir plus. Il s'avère que Bobby Boyd Congress, l'unique album du groupe, édité uniquement en France en 1971 et à très peu d'exemplaires (on parle de 300), est très recherché. Ceci pourrait expliquer ces prix délirants, si l'album n'avait pas été réédité en 2011, en 33 tours en tirage limité, certes, mais aussi en CD, qu'on trouve chez Discogs pour une dizaine d'euros. Va comprendre, d'autant que c'est pareil pour le 45 tours dont les deux titres sont extraits de l'album, avec une pochette identique, qui s'échange en moyenne à près de 200 €.
Cerise sur le gâteau, le groupe donne dans un funk-rock parfois à la limite du progressif et globalement l'album, quasi intégralement en écoute sur YouTube, n'est pas ma tasse de thé, à quelques exceptions près comme Straight ahead ou Are you gonna stay the while ?.
Et avec mon 45 tours, l'ultime production du groupe, sortie l'année suivante en 1972, est-ce que je vais faire fortune ? Ce n'est pas du tout dans ce but que j'accumule des disques, mais la réponse est non, en tout cas pour le moment : The sun is shining n'est sûrement pas aussi rare, d'autant qu'il a été édité dans trois pays (France, Italie, Canada), et pour l'instant on le trouve pour quelques euros seulement.
Et pourtant, et pourtant, quand j'écoute mon disque je ne vois pas pourquoi on s'y intéresserait moins qu'à l'album.
La face A, The sun is shining, démarre plutôt lentement, dans un style soul. Dans un commentaire de la vidéo sur YouTube, Bobby Boyd a indiqué qu'il avait Levi Stubbs et The Four Tops en tête quand il l'a écrite et ça s'entend. Dans sa deuxième moitié, la chanson décolle vraiment, avec les chœurs qui chantent "I think I'm gonna have a happy day", des cuivres et une voix parlée qui vient s'ajouter, pleine d'écho au point qu'elle semble sortir d'un mégaphone.
Très bien, finalement, mais la face B, There it is, est pour moi encore mieux. Là, y a pas à tortiller, c'est une pépite funk de moins de trois minutes, qui accroche dès l'introduction, avec un rythme implacable, une production claire et nette, et des bons délires sonores aussi. Le chant est excellent et l'ensemble est très accrocheur. C'est de loin mon titre préféré du groupe et un de mes titres funky préférés tout court, avec le King Kong de The Jimmy Castor Bunch par exemple. C'est tout à fait je crois ce qu'on appelle dans la scène soul-funk un "rare groove", un titre obscur que les DJs se réservent pour faire danser dans les soirées. Assez rare d'ailleurs pour que je ne le trouve nulle part en ligne : j'ai dû copier mon exemplaire pour vous faire écouter cette chanson.
Mais au fait, comment se fait-il que de la musique soul-funk de cette qualité soit sortie spécifiquement en France ? Ce n'est pas vraiment notre spécialité... La réponse est toute simple et elle nous est notamment donnée par Vincent Turban chez Funkysoulroots : The Bobby Boyd Congress était un groupe New Yorkais venu s'installer en France car la concurrence était rude chez eux.
Après l'album et le 45 tours The sun is shining, Bobby Boyd, chanteur et saxophoniste, a choisi de retourner aux États-Unis. Il y a notamment sorti en 1976 l'album Bobby Boyd, lui aussi recherché et réédité.
Quant aux autres membres du groupe, cinq d'entre eux  (Arthur Young, Frank Abel, Lafayette Hudson, Larry Jones et Ronnie Buttacavoli) sont restés à Paris et ont continué à jouer ensemble. Sous la houlette du producteur Pierre Jaubert (dont je n'avais jamais entendu parler mais qui a un parcours impressionnant), ils ont enregistré à la fois en session pour d'autres mais aussi comme artiste principal, sous plusieurs noms différents, dont surtout Lafayette Afro-Rock Band et Ice. Ils ont sorti plusieurs albums dans les années 1970, qui se sont peu vendus mais dont la réputation a grandi au fil des années, notamment parce que le milieu du hip hop a beaucoup samplé certains de leurs titres comme Hiache et Darkest light. C'est l'intérêt pour les productions de Lafayette Afro-Rock Dance et Ice qui explique que l'album de leur premier groupe soit lui aussi très recherché.
Il me semblait bien avoir récemment vu mentionner le Lafayette Afro-Rock Band. Eh bien, c'était pas plus tard qu'au début du mois, quand j'ai préparé ma chronique du 45 tours de Radiah. Eh oui, le fameux groupe américain qui accompagne Nino Ferrer sur l'album Nino and Radiah (à la seule exception de South), c'est justement Ice !
En tout cas, j'aurais beau retourné toutes mes étagères, je ne pense pas y trouver beaucoup de pépites de funk américain made in France de la trempe de There it is.

A écouter : Bobby Boyd Congress : There it is.

19 mai 2019

JOAN BAEZ & ENNIO MORRICONE : Sacco et Vanzetti (Bande originale du film)


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Réf : 49748 -- Édité par RCA Victor en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La ballata di Sacco e Vanzetti -/- Here's to you

J'imagine que, pour beaucoup, Joan Baez évoque avant tout les années soixante, le folk, Bob Dylan, la chanson contestataire, la lutte pour les libertés civiques, les festivals de Newport ou Woodstock,... Mais pour moi elle est éternellement associée à la chanson Here's to you, son plus grand succès en France il faut dire, tout simplement parce que c'est la première chanson que j'ai connue d'elle.
On avait le 45 tours à la maison, avec cette pochette sépia qui pourrait faire penser que c'est la bande originale d'un vieux film en noir et blanc, et je crois bien que la chanson plaisait à tout le monde dans la famille. Je me souviens que, avant même que je m'attaque aux paroles du premier album de Lewis Furey, j'avais appris par cœur et essayé de comprendre celles de cette chanson, très courtes et imprimées au verso de la pochette : "Here's to you, Nicola and Bart. Rest forever here in our hearts. The last and final moment is yours. That agony is your triumph !".
Tout ça ne se passait pas en 1971, l'année de la sortie du disque, plutôt quelques années plus tard, vers 1975-1976 je dirais, au moment où j'ai commencé à apprendre l'anglais. Je ne sais pas où est le 45 tours familial aujourd'hui, sûrement chez ma maman, mais je l'ai racheté il y a quelques années, et plutôt trois fois qu'une puisque j'ai aussi un autre exemplaire français avec une pochette différente (photo de Joan) et un exemplaire italien avec l'affiche du film en pochette (italien mais distribué en France car une étiquette avec la référence 49.748 marque la référence originale OC 17).
Car oui, les deux chansons de ce 45 tours sont extraites de la bande originale du film Sacco et Vanzetti de Giuliano Montaldo, dont la musique est composée par Ennio Morricone.


La longue bande annonce du film Sacco e Vanzetti. On entend Here's to you pendant la dernière minute.

Le film raconte l'histoire de l'affaire judiciaire qui a abouti en 1927 à l'exécution de Nicola Sacco et Bartolemeo Vanzetti. Je n'ai pas l'impression que ce film soit devenu un classique, mais il a participé à la compétition au Festival de Cannes en 1971 et Riccardo Cucciolla a reçu le prix d'interprétation masculine.
Joan Baez a passé l'été 1970 en France. Elle vivait une situation particulière puisqu'elle se retrouvait seule avec son bébé né en décembre 1969, son mari David Harris ayant été incarcéré pour son rôle actif de lutte contre la conscription pour le Vietnam. Au cours de cet été, elle a notamment joué à Arles et au Festival de Biot. Le 17 septembre 1970, un reportage sur son séjour est diffusé dans l'émission A l'affiche du monde :



Apparemment, c'est le réalisateur Giuliano Montaldo qui a souhaité la participation de Joan Baez à ce projet. On peut être certain que la thématique du film et le sort fait à ces deux militants anarchistes ne pouvaient que l'intéresser. Morricone est venu la rencontrer à Saint-Tropez et elle a fait un séjour très rapide à Rome le 15 août 1970 pour enregistrer ses voix pour les thèmes du film.
Ce n'est pas très clairement indiqué sur cette édition, mais je pense bien que, nominalement, c'est La ballata di Sacco e Vanzetti qui est la face A du 45 tours. J'ai très rarement écouté cette chanson et je ne l'adore pas.
Le succès du disque, c'est bien Here's to you, une composition un peu particulière, une sorte de ritournelle qui répète, et répète et répète la même phrase musicale et ses quatre vers de paroles. Des choeurs se joignent à la voix principale en cours de chanson et, à la fin, on n'entent quasiment plus Joan Baez.
Outre son grand succès et les différentes éditions du 45 tours, Here's to you a suscité une impressionnante frénésie discographique en France.
Comme il l'explique en public au Théâtre Dejazet, c'est à la demande de Joan Baez que Georges Moustaki a adapté Here's to you dès 1971 sous le titre La marche de Sacco et Vanzetti. Il ne s'imaginait sûrement pas le tsunami qu'il allait ainsi susciter puisque, successivement, Les Compagnons de la Chanson en 1971, Tino Rossi en 1972 et Mireille Mathieu en 1974 sur son album Mireille Mathieu chante Ennio Morricone ont enregistré La marche de Sacco et Vanzetti. Voici pour le plaisir une Mireille Mathieu dans le vent mimant la chanson en 1975 dans l'émission Midi Première de Danielle Gilbert.
Quant à Joan Baez, elle a toujours gardé Here's to you à son répertoire et c'est avec cette chanson qu'elle a conclu l'an dernier son concert à l'Olympia dans le cadre de sa tournée d'adieu.




Joan Baez, Ballade de Sacco et Vanzetti, en direct, dans l'émission Le grand échiquier, probablement.


Un reportage de l'émission Pour le cinéma du 6 juin 1971 autour de Sacco e Vanzetti, avec interventions de Riccardo Cucciolla et Joan Baez.


Un très grand moment de télévision dans l'émission L'invité du dimanche du 7 février 1971 : Giuliano Montaldo et Ennio Morricone écoutent ensemble le disque de La ballata di Sacco e Vanzetti !


A revoir jusqu'au 30 juin 2019, Joan Baez en concert à l'Olympia de Paris en juin 2018 dans le cadre de sa tournée d'adieu, avec à la batterie Gabriel Harris, son fils, le bébé de 1970 dans l'émission A l'affiche du monde.



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