15 septembre 2019

JHO ARCHER : Voodou time


Offert par Christophe S. à Mareuil sur Ay le 10 août 2019
Réf : 3472 -- Édité par CBS en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ibo lele -/- Anita

Christophe avait trouvé ce disque sur une broc quelques temps plus tôt et il l'avait amené à la maison pour me le faire écouter. Quand il a vu ma réaction fortement enthousiaste, il a gentiment décidé de me l'offrir.
Je crois que je n'avais jamais vu passer avant le nom de Jho Archer. Il est né à Haïti et est mort à 62 ans à Paris en 2005. Danseur et même professeur de danse à New York, artiste de music-hall, il était aussi chanteur, avec une discographie conséquente, américaine et surtout française.
Chez Haïti Liberté, on trouve une bonne description de son style spécifique : "un vrai innovateur des classiques locaux ainsi que des pièces traditionnelles qu’il a épurées de leur folklorisme, en les imbibant de modernité sous sa signature. Spécialement accompagné de musiciens chevronnés, il a prouvé qu’il était le pourvoyeur d’un genre inexploré; pratiquant le métissage entre le jazz et les rythmes du vodou imprégnés de multiples fusions. Apportant dans la foulée une approche planétaire aux paramètres haïtiens; leur évitant toute extinction. Il s’est imposé en ce sens comme un super innovateur des traditions négligées du terroir natal. Cependant, au delà de tout, Archer était un superbe show-man, un monstre indomptable de la scène, un danseur extraordinaire, un chorégraphe qualifié."
Cette présentation s'applique parfaitement à mon 45 tours, un disque de 1968 extrait de son deuxième album, The many talents of Jho Archer. Sur cet album, la face B porte le titre générique Voodoo-Jazz suite, et on en retrouve deux des six titres sur ce 45 tours, qu'on a titré dans le même esprit Voodou time, avec un choix bizarre mélangeant l'orthographe anglaise et française de Vaudou.
Les deux titres sont crédités à Jho Archer, mais il est clair que ce sont des titres traditionnels d'Haiti. Dans les notes de pochette de l'album, Ibo lele est présenté comme une "Danse traditionnelle des guerriers, en l'honneur du dieu Ibo, le dieu du fer". On trouve par exemple une version d'Ibo lélé sur l'album
Voices of Haiti enregistré en 1953 par Maya Daren (la femme sur la pochette de Crystal crescent de Primal Scream) et, dans la discographie de Rodolphe Legros, on trouve Ibo lele ainsi qu'une chanson intitulée Anita.
La version d'Ibo lele de Jho Archer est excellente. Le rythme est très enlevé, la production de très bonen qualité. Sa voix assez "propre" rappelle un peu celle d'Harry Belafonte. Il y a à un moment un solo de saxophone (je crois) et je suppose qu'il est dû à Hubert Rostaing. En effet, cet enregistrement est une production française et c'est l'orchestre qu'il dirige qui officie ici.
Avec une tentative aussi réussie de "moderniser" et d'"électrifier" la musique traditionnelle d'Haïti, je ne pouvais que penser à Mélissa Laveaux, dont l'album Radyo siwèl est l'un de mes préférés de l'année 2018. Eh bien, j'ai dû voir juste puisque, dans un entretien en espagnol chez World Groove, à la question de savoir quels groupes haïtiens l'ont influencée, elle répond Martha Jean-Claude, Boukman Experyans et Jho Archer (ce qui me fait dire que je devrais essayer d'écouter des disques de Boukman Experyans !). Mélissa Laveaux et Jho Archer ont au moins un titre en commun dans leur répertoire, Nan fond bwa de Frantz Casséus.
Sur la face B, on trouve Anita, et c'est presque aussi bon qu'Ibo lele. Dans les notes de pochette de l'album, il est indiqué que "Anita, la fille du port dansera toute la nuit car les marins sont de retour". Ce n'est pas la même chanson, mais là je ne pouvais que penser à la Anita  de l'Île Maurice de Ti Frère.
Après l'introduction au piano, qui joue un motif de quelques notes qui revient à plusieurs reprises, le rythme est à nouveau rapide, et les chœurs sont plus présents que sur la face A. Excellent.
Après avoir été marqué par ces deux excellentes chansons, j'ai essayé de voir si l'album The many talents of Jho Archer était entièrement de la même trempe. Ce n'est malheureusement pas le cas. Sur la face A, on trouve de la variété internationale de qualité (Ooh la la, avec des cordes), avec une version française de What a wonderful world et des reprises de Peanut vendor et de Le condamné de Bécaud.
Même la Voodoo-Jazz suite de la face B m'a un peu déçu. Il n'y a qu'un seul autre titre rapide, Sky boat song, mais il est en anglais pas aussi bon que les deux du 45 tours. Il y a de très bonnes choses parmi les titres lents de la face, notamment Mam'zelle Zizi et Monsieur Ministre, mais je me demande si, tout bonnement, on ne trouve pas sur ce 45 tours les deux meilleurs titres enregistrés par Jho Archer. 

L'album The many talents of Jho Archer est intégralement en écoute sur YouTube.

07 septembre 2019

POL : Live at Pol's


Acquis chez Depostorage à Couvin le 13 août 2019
Réf : AG.Special.007 -- Édité par Smoke en Belgique probablement dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ice cream -/- T.V.A. blues

Quand on fait une virée en Belgique, il faut s'attendre à trouver des disques belges. On peut même l'espérer !
C'est en tout cas la bonne aventure qui m'est arrivé à Couvin, où je suis ressorti d'un dépôt-vente avec la célèbre parodie de parodie Ca gaze pour moi de Plastichke et avec cet autre 45 tours.
Celui-là, avant même de voir le nom de l'artiste je me suis arrêté dessus à cause de la trogne du gars en gros plan sur la pochette. Et puis j'ai vu que j'avais affaire à un disque de Pol enregistré "Live et Pol's". Sur l'étiquette du rond central, il est précisé que c'est Pol du Pol's Jazz Club.
Fait exceptionnel, voici donc une chronique par Pol d'un disque de Pol enregistré chez Pol !
Pol, c'est Léopold Enders, une figure des nuits et du jazz bruxellois, qui est mort en 2000 à 83 ans. Dans les années 1960, il a été portier de plusieurs boites branchées de Bruxelles avant d'ouvrir ses propres clubs, successivement le Carton Club, le Victory Club, le Pol's, le Pol's Jazz Club (rue de  Stassart à Ixelles, celui où ce 45 tours a été enregistré) et le Bierodrome.
Dans l'article du journal Le Soir qui annonçait son décès, on trouve le témoignage de Marc Danval, archiviste belge du jazz, à propos de ce personnage : "Pol était une grande gueule, il traitait les musiciens durement. Mais sa drôlerie sauvait toujours la situation. Au fond, c'était un tendre. Il s'est emporté avec tous ses amis sans jamais se brouiller avec personne." Et aussi : "Il a été le premier à proposer des concerts de jazz moderne, alors qu'il n'aimait pas ça du tout !". D'où peut-être l'anecdote contée dans l'article d'un Pol excédé par la toucher énergique de Burton Greene, qui saute sur la scène, outil en main, pour lui proposer son marteau pour casser plus vite son piano.
Grande gueule et fan de jazz, Pol n'était pas un artiste ni un chanteur. On n'est donc pas surpris de l'entendre ici plutôt mettre l'ambiance, accompagné par Paul Closset and his Dixieland Gamblers. Paul, dont le prénom est souvent par ailleurs orthographié Pol (c'est une épidémie !), était trompettiste et chef d'orchestre. Il est mort en 1989 à 52 ans.
On a de la chance, les deux faces de ce 45 tours sont en écoute sur le site Hu(moeurs) Bruxelloises, avec les paroles en plus, ce qui n'est pas inutile car le Brusseleir (je pense) domine les quelques phrases en français.
Je l'avais un peu espéré et, effectivement, Ice cream, la chanson de la face A, est une version de Ice cream (I scream, you scream, we all scream for ice cream), une chanson populaire devenue un standard de jazz que, pour ma part, j'ai découverte dans une scène du film Down by law de Jim Jarmusch, avec Roberto Benigni, John Lurie et Tom Waits.
C'est très sympa dans un style Jazz Nouvelle Orléans, mais j'ai préféré la face B, T.V.A. blues, notamment le passage de cette "ode" à cette taxe où il dit "J'espère que mon contrôleur des contributions n'est pas ici" avant de chanter "Tout de moi, pourquoi tu prends tout de moi ? T.V.A.".
Les commerçants sont souvent un peu obsédés par la poids des charges. Ça devait être le cas de Pol puisque je n'ai trouvé la trace que d'un seul autre disque sous son nom, paru en 1978, et en face A on y trouve Scheil zat, qui est justement un autre blues contre la TVA : "Allez tous au bistrot, c'est le seul endroit qu'est rigolo. On y oublie la taxation, la TVA et l'inflation". Je n'ai malheureusement pas trouvé en ligne la face B de ce 45 tours, Les bordels de Bruxelles. Je tomberai peut-être dessus lors d'un prochain passage en Belgique...
Notons qu'une rue de Saint-Josse-ten-Noode, commune de la région de Bruxelles, porte le nom de Léopold Lenders : en 1985, il avait aidé à y créer le festival Saint-Jazz-ten-Noode.

01 septembre 2019

ARTISTE INCONNU : Titres inconnus (Tepnimit 333-336)


Acquis chez Récup'R à Dizy le 14 août 2019
Réf : Tepnimit 333-336 -- Édité par Tepnimit au Cambodge sûrement dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Inconnu (Déception ?) (Tepnimit 333) -- Inconnu (Bonne nuit ?) (Tepnimit 334) -/- Inconnu (Sans fil, Lever du soleil ?) (Tepnimit 335) -- Inconnu (Annonce ?) (Tepnimit 336)

A le ressourcerie le 6 août, outre les deux disques de Hong Kong, j'avais trouvé deux disques du Cambodge, l'un avec pochette de Mao-Sareth et l'autre sans pochette sur le label Tepnimit, mystérieux parce que, ne lisant pas et ne comprenant pas le khmer, la seule indication sur les étiquettes que je suis en mesure de comprendre est celle en français, pas très utile dans ce contexte puisqu'elle prévient que "L'utilisation de ce disque pour les auditions radiophoniques est interdite".
Les jours suivants, j'ai commencé à avoir des regrets : j'avais certes parcouru toutes les boites où il y semblait y avoir des nouveaux arrivages, mais de façon très rapide. J'avais certes trouvé un bon paquet de disques, mais j'avais le sentiment d'en avoir peut-être laissé passé quelques autres, tout aussi intéressants.
Alors, dès que possible, la semaine suivante, on y est retourné, et j'ai passé systématiquement en revue tous les 45 tours. Il n'y avait visiblement pas eu de disques ajoutés entre-temps, mais mon intuition était bonne : entre quelques 45 tours folkloriques allemands, j'ai fini par trouver un EP de Tahiti que j'ai cru ne pas avoir (en fait, je l'avais, mais avec une pochette différente...) et juste à côté trois autres 45 tours du Cambodge, deux de la très grande vedette Sinn Sisamouth (Fleur de vientiane, avec pochette, et Aurevoir Hong Kong, sans) et un autre du label Tipnimit, que je vous présente aujourd'hui.
Il y a un évidemment quelque chose de poignant lié à tous ces disques, qu'il est impossible d'évacuer à leur écoute : la plupart de ces artistes ont disparu et ont été tués entre 1975 et 1979 pendant le régime des Khmers Rouges, dont ils figuraient parmi les cibles privilégiés, en tant qu'acteurs d'une culture occidentalisée.
De nombreux enregistrements ont également été détruits ou ont disparu dans cette période ou depuis. Le monde du rock au sens large a commencé à les redécouvrir au fil des années, depuis notamment la parution en 1996 de Cambodian rocks, une compilation de titres de la fin des années 1960 et du début des années 1970 influencés par le son psychédélique et garage de l'époque. Mais mes disques sont plus anciens que ça et sont presque tous plutôt influencés par la variété internationale.
Tepnimit est un label qui doit exister au moins depuis les années 1950. J'imagine qu'il a édité des dizaines et plutôt même des centaines de disques, mais on n'en trouve actuellement que trois sur Discogs, dont deux crédités à l'orchestre maison Tepnimit Orchestra. Ailleurs en ligne on trouve juste quelques autres références éparses. Je n'ai vu aucune discographie du label digne de ce nom.
Pour en savoir un peu plus sur mes disques Tepnimit, j'ai lancé un appel sur Twitter à des gens qui s'intéressent à la musique cambodgienne. J'ai même interrogé un collectionneur sur Discogs, mais je n'ai eu aucune réponse.
J'ai donc essayé de me débrouiller tout seul comme un grand et, à partir des étiquettes scannées, j'ai fait de la reconnaissance de caractères, puis je suis allé chez Google Translate pour essayer d'en tirer quelque chose.
Dans le lettrage en haut du label il y a peut-être les mots "Lundi", "Res" et "Frère". J'ai bien l'impression qu'il n'y a pas de nom d'artiste, mais juste la mention "Artistes kmers" ou "Danse khmère" ($ចារំក្បាច់ខ្មែរ transcrit en cha rom kbach khmer).
Je préfère de toute façon indiquer jusqu'à plus ample informé que l'artiste et les titres de ce disque sont inconnus, mais j'ai peut-être quelque chose d'un peu plus tangible pour les quatre titres :
ça pourrait donner, par ordre d'apparition :
  • Matrice 333 : Déception (ុះគបញាំក់ transcrit en oh k b nhoam k)
  • Matrice 334 : Bonne nuit (រាត្រីត្រហំ transcrit en reatrei tr ham)
  • Matrice 335 : Sans fil, Lever du soleil (ស័្មវ៉ៃហ្ម័, ឃំន្ទើថ្ងែស្រំ transcrit en sa m vai hm, khom nteu thnge srom)
  • Matrice 336 : Annonce (ររំគែន transcrit en r rom ken)
A défaut d'informations fiables, le mieux dans ce cas est de laisser la musique parler pour elle-même et de l'écouter "à la sourde". C'est ce que j'ai fait, et j'ai pris une énorme claque à l'écoute du premier titre de ce disque.
Comme je l'ai dit, mes autres disques cambodgiens sonnent plutôt variétés, avec un aspect sentimental fort marqué, que la chanson soit en solo ou en duo. Là, la tonalité est plus acoustique et n'a rien à voir avec la variété. Le disque s'ouvre avec ce qui sonne comme... de l'accordéon ! Puis arrive une basse, mais c'est une basse sur deux notes, acoustique, qui sonne surtout comme ces basses à bassine (Wahstub bass) des jug bands américains.
Il y a à un moment une longue partie instrumentale, avec deux instruments solo qui se succèdent, l'un à cordes frottées façon violon (un tro, j'imagine), puis l'accordéon. Quant au chant, c'est celui d'une femme en solo (elle chante sur les quatre titres), et là il est déchiré. On a l'impression d'avoir à faire à une hurleuse de blues, et le titre Déception correspondrait bien à ce genre de sentiment. Au final, il y a bien des tonalités asiatiques, mais on pourrait tout autant se croire sur les rives du Mississippi que sur celles du Mekong.
C'était tellement surprenant que j'ai sollicité sans lui donner d'indications l'avis de Philippe R. pour vérifier que je ne délirais pas complètement. Et lui aussi a évoqué les cajuns de Louisiane et le Québec...
Le deuxième titre est plus lent, avec la même basse et aussi un son de cloche et des instruments à cordes, plutôt dans la famille du luth il me semble. C'est très bien également. Je ne sais pas s'il est vraiment intitulé Bonne nuit, mais en tout cas ce n'est pas une berceuse.
Le troisième titre m'a presque autant marqué que le premier, la surprise en moins. Il y a plus de percussions, avec une sorte de gong, et le début sonne presque comme de la musique russe au balalaïka ! La basse minimale est toujours présente. Le refrain en "La la la la, la la" avec des chœurs en fait presque une chanson pop.
Pour le quatrième titre, on retrouve l'instrument à cordes frottées avec des percussions minimales, peut-être juste des claquements de main. Le chant est une sorte de mélopée ou une incantation, à rapprocher du possible titre Annonce. C'est le titre qui sonne le plus comme de la musique traditionnelle, même si j'imagine que tous en sont.
J'espère que les informations sur ce disque pourront être complétées par les lecteurs de cette chronique. En tout cas, ce mystérieux 45 tours de folk-blues cambodgien est une très belle découverte.

A écouter :
Tepnimit 333
Tepnimit 334
Tepnimit 335
Tepnimit 336




24 août 2019

MAURICE ALCINDOR : Pilules


Acquis probablement sur le vide-grenier de la FCPE à Ay le 26 juin 2011
Réf : RCG 5041 -- Édité par Aux Ondes/Disques Célini en France dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Pilules -/- Ouvè la pote la ba moin

L'autre jour, chez Philippe R., on s'est mis à écouter de la musique sur YouTube. Le réglage était sur lecture automatique. Je ne sais plus d'où on était parti, mais à un moment la machine a enchaîné Bourrico par Les Léopards, le monumental Tu as calé le moteur d'Henri Debs et l'excellent Ouvè la pote la ba moin de Maurice Alcindor ! A la fin de la séquence on en était presque tous les deux à danser sur le carrelage !
Je savais que je n'avais pas les deux premiers titres cités. J'avais l'impression de ne pas connaître Ouvè la pote la ba moin, mais je savais que j'avais plusieurs 45 tours de Maurice Alcindor (dont un offert par Philippe il y a un an, d'ailleurs). J'ai donc fait un tour sur sa discographie chez Discogs et j'ai vu que cette chanson est la face B d'un 45 tours dont j'ai instantanément reconnu la pochette, avec Pilules en face B. J'étais à un peu près certain de l'avoir, ce qui m'a été confirmé après connexion par l'état de ma collection Discogs.
Mais, une fois rentré à la maison, impossible de mettre la main sur ce disque pour éventuellement le chroniquer. Il n'était pas dans la boite des 45 tours antillais, ni dans la pile des disques en attente de chronique. J'ai bien cherché un peu ailleurs, sans succès, mais j'ai vite abandonné et je me suis même résolu de le supprimer de ma collection Discogs.
Ce n'est qu'une semaine plus tard que je suis finalement retombé dessus, complètement par hasard, bien sûr : il y a quelques semaines, j'avais ressorti ce disque avec quelques autres pour les réécouter et en choisir un à chroniquer après avoir bien écouté les compilations Born Bad Antilles méchant bateau et Disque la rayé (sur cette dernière on trouve Sékirité de Maurice Alcindor). Mais, comme un con, j'ai ensuite posé ces disques sur la pile des disques à écouter, où ils ont assez vite été recouverts, en cette saison de brocantes (même si les brocs ce n'est plus ce que c'était ma bonne dame !).
Enfin bref, j'ai bien ce disque et je le chronique. J'ai une chance sur deux de me tromper, mais je pense que c'est bien celui-là que j'ai acheté à Ay en 2011, le même jour que le Ti Ken et le double 45 tours des Maxel's.
Sportif, agent de l'éducation nationale, chansonnier, fantaisiste, animateur de télévision, Maurice Alcindor est sur le devant de la scène martiniquaise depuis plus de cinquante ans. Il a fêté en juin ses 89 ans.
A un moment (au tout début des années 1970 je pense), Maurice Alcindor a enchaîné trois références de 45 tours chez Célini/Aux Ondes, Sékirité, Pilules et Tuma tu m'as eue. Les notes de pochette de Tuma tu m'as eue, par le journaliste Jean Chomereau-Lamotte, le situent parfaitement : "Avec Maurice Alcindor on s'achemine de plus en plus vers une chanson réaliste qui s'adapte parfaitement au fait social antillais. S'il nous a été présenté sous un premier aspect de chansonnier humoristique, il nous apparaît maintenant nanti de la verve d'un perspicace observateur de la chose antillaise."
Et effectivement, on sent bien qu'il a un côté fantaisiste/rigolard à la Salvador mais, après avoir traité de la sécurité sociale sur le 45 tours précédent, il s'attaque ici au Planning Familial avec Pilules et, même si le ton est léger, l'analyse de la situation sociale est bien présente, même si, comme souvent avec le créole, je ne comprends pas toutes les paroles.
En face B, Ouvè la pote la ba moin est une autre biguine. C'est presque du théâtre de boulevard ou un sketch, avec le bruitage du gars qui frappe à la porte et qui demande à Doudou de lui ouvrir en lui promettant qu'il a changé "tout bonnement". Musicalement, comme pour la face A, l'interprétation est excellente. Il y a notamment pendant une bonne partie de la chanson une ponctuation rythmique au saxophone originale et efficace. Sur une compilation, cette chanson s'enchaînerait parfaitement avec Keep on knocking, surtout dans sa version cajun par Clifton Chenier, Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer.
Un excellent disque, donc, que je vais ranger bien à sa place et que je vais essayer de tenir à l’œil !

18 août 2019

TV21 : Forever 22


Offert par TV21 par correspondance en juillet 2019
Réf : AAARGH! 004 -- Édité par Powbeat en Écosse en 2009
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Début juillet, au travail, nous avons accueilli pendant une semaine des collègues venus de toute l'Europe pour des échanges au titre de la formation professionnelle dans le cadre du programme Erasmus +. Dans le lot, une seule personne venait du Royaume-Uni, un écossais plus précisément. Dans ses quelques lignes de présentation, il avait indiqué s'intéresser à la musique. J'avais essayé d'en savoir un peu plus, mais il était resté très vague et discret sur la question. Mais, lorsqu'il a fait une présentation de ses activités à l'ensemble du groupe, il a conclu en montrant une image de guitare et en expliquant que c'était un de ses loisirs et qu'il avait joué dans des groupes par le passé.
Un écossais ayant joué dans un groupe que je connais ? La probabilité était faible mais ça méritait de faire la vérification. Le soir, j'ai tapé son nom dans Discogs et, comme il n'utilisait pas de pseudonyme, j'ai découvert que je passais la semaine avec un ancien membre de TV21, groupe du début des années 1980 qui a publié à l'époque quelques 45 tours et un album, A thin red line, dont Dave Furgess a chanté les louanges sur le site de Julian Cope.
Le lendemain, j'ai fait la surprise de présenter à mon collègue écossais l'exemplaire du seul disque de son groupe que j'ai, le 25 cm de leur single Something's wrong, acheté pour quelques pence dans la cave de Record and Tape Exchange à Londres vers 1984, et de lui demander s'il voulait bien me l'autographier. Après quelques échanges, il a proposé de m'envoyer à son retour le deuxième album du groupe, Forever 22.
TV21 s'est formé en 1979 (le nom du groupe vient du titre d'une BD des années 1960). Jusqu'à leur séparation en 1982, ils ont eu un parcours classique mais remarquable, avec d'abord des autoproductions, puis des disques sortis chez Deram, Demon et Decca. Côté production, ils ont travaillé avec Ian Broudie des Original Mirrors pour leur album, mais aussi avec Troy Tate (The Teardrop Explodes), Mike Howlett et James Honeyman Scott et Martin Chambers des Pretenders. Ils ont fait des premières parties prestigieuses (dont The Jam et The Rolling Stones), enregistré plusieurs sessions pour la BBC,... Des débuts prometteurs mais, malgré leur qualité, les singles et l'album n'ont pas eu le succès escompté, la maison de disques est intervenue, des dissenssions sont apparues dans le groupe et, après un dernier single qui leur a déplu, All join hands, le groupe s'est séparé en 1982.
Les membres du groupe ont mené de nombreux projets par la suite, parfois ensemble. Certains d'entre eux ont joué avec The Rezillos ou The Waterboys. L'occasion de se reformer est venue en 2005, quand un concert a été organisé pour le 1er anniversaire de la mort de John Peel avec des groupes d'Edimbourg ayant enregistré des Peel sessions. Par la suite, TV21 a sorti un EP en 2007, Future revisited, puis cet album en 2009.
L'album contient de nouvelles compositions, et des titres plus anciens qui ont été retravaillés. Through different eyes date de la première époque du groupe mais était resté inédit. Pour On the run, il s'agit de la troisième version publiée, après une face A de single en 1981 puis une des faces B de Something's wrong. Troisième version également pour When Cole was king. La première a été publiée par Shame, l'un des projets du guitariste-chanteur Norman Rodger, sur l'album Symi en 1990, la deuxième sur Future revisited.
L'album dans son ensemble est d'une excellente tenue. Ce qui m'a marqué, c'est qu'il n'y a plus le vernis New Wave typique de la première époque du groupe, à part peut-être avec la sonorité un peu électro de Through different eyes. Ce qu'on a des années plus tard, c'est juste de l'excellente pop-rock à guitare, avec de bonnes chansons de bout en bout. A plusieurs reprises, j'ai pensé à un autre groupe écossais dans la même veine, les amis de Jasmine Minks.
J'ai quand même des titres préférés, même s'ils changent à chaque écoute. Pour l'heure, ce serait plutôt, Forever 22, Through different eyes, When Cole was king, avec ses parties de guitare fortement teintées de rockabilly, et How did you get it so wrong.
La deuxième phase du groupe a donc duré au moins de 2005 à 2010 (plus longtemps que la première, donc), mais il n'y plus eu de disque après Forever 22, et j'ai bien l'impression que le groupe n'est plus actif actuellement.
Si vous voulez en découvrir plus sur TV21, je peux vous conseiller l'édition CD de Forever 22, qui compte huit titres en plus, dont Snakes and ladders et Something's wrong, ou la compilation Snakes and ladders - Almost complete : 1980-1982 publiée par Cherry Red en 2010.
Pour ma part, si j'ai l'espoir d'y rencontrer des rockers et d'en ramener des disques, je vais peut-être faire ma rentrée au boulot d'humeur guillerette !






TV21 en concert presque à la maison, dans une ambiance très sympathique, chez Avalanche Records à Édimbourg le 17 avril 2010.

11 août 2019

THE PIXIES : Teenage love


Acquis chez Récup'R à Dizy le 6 août 2018
Réf : D.181 X 45 -- Édité par Diamond à Hong Kong dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Teenage love -/- Yie Lai Shan

The Pixies ne sont pas toujours ceux que l'on croit et je n'allais pas me priver de l'opportunité de dérouter certains de leurs fans...
Cela faisait un moment que je revenais systématiquement bredouille de la ressourcerie. Au premier abord, j'ai cru qu'une fois de plus il n'y avait pas de nouveaux disques, puis, en regardant derrière les premiers 45 tours d'une des boites, j'ai vu un EP de Charles Trenet. Du coup, je me suis mis à fouiller un peu plus et je me suis rendu compte que des poignées de nouveaux disques avaient été ajoutées derrière ceux en façade dans quelques-unes des caisses de 45 tours. Au bout du compte, j'ai trouvé une bonne quinzaine de disques, surtout de la chanson française (plusieurs Trenet, mais aussi Léo Ferré et Pierre Dudan), et aussi deux disques du Cambodge et deux 45 tours publiés par Diamond à Hong Kong, dont celui-ci. Je pense que presque tous les disques que j'ai choisis avaient le même ancien propriétaire, même s'ils ne sont pas tous marqués "Michel" sur la pochette.
Mon autre disque est par Kong Ling, l'une des vedettes d'un style en vogue à Hong Kong des années 1950 au milieu des années 1970, l'English Pop, soit des chansons en anglais, originales ou reprises du répertoire américain, adaptées. Diamond était l'un des labels importants sur ce marché. Sur le 45 tours de Kong Ling, on trouve une reprise de No other love, une chanson sur l'air de Tristesse de Chopin, et une autre de More than I can say, un titre de 1960 des Crickets.
Il semble que The Pixies de Hong Kong sont beaucoup moins connus que Kong Ling. Pour tout dire, je n'ai trouvé en ligne aucune référence à ce 45 tours, et même carrément aucune mention du groupe. Sur Discogs, en plus des Pixies que l'on connaît, il y a quatre "The Pixies" et un "The Pixies Three", mais aucun n'est de Hong Kong...
Sur leur disque, pas de reprise de titres américains. A la place on trouve sur la face A, Teenage love, un "original" dans le plus pur style de la pop US, dont l'auteur est Vic Cristobal, l'une des grandes figures de l'English Pop de Hong Kong. Il était originaire des Philippines et s'est installé au Canada pour sa retraite.
Il n'est pas tout à fait impossible que, comme le titre, les paroles de Teenage love soient en anglais. Mais, si c'est le cas, elles sont incompréhensibles, tant elles sont transformées en un yaourt asiatique chanté à au moins deux voix.
La face B est une reprise, mais d'une chanson sino-japonaise, pas d'un titre anglo-saxon.
Yie lai shan est une chanson très renommée en Asie et nous avons la chance de disposer d'une présentation en français de cette œuvre sur le site Jmusic-Hits.com. L'histoire de cette chanson reflète bien les relations entremêlées et tumultueuses de la Chine et du Japon au 20e siècle. Elle a été créée en 1944 par Yamaguchi Yoshiko, également connue sous le nom de Li Xianglan. C'est une sorte de rumba avec une très belle mélodie. La version en 78 tours par sa créatrice est très bien. Il en existe de nombreuses reprises, dont beaucoup sont disponibles en ligne. Celle de mon 45 tours par The Pixies est une réussite, ma préférée de toutes celles que j'ai entendues. Il y a un clavier que l'on entend aussi sur la face A, une sorte d'orgue que j'ai du mal à identifier.
Une très bonne pioche en tout cas. Et on reparlera peut-être de mes disques cambodgiens si j'arrive à déchiffrer les informations qui sont sur leurs étiquettes.

A écouter : The Pixies : Yie Lai Shan



07 août 2019

PHILÉMON CIMON : Pays


Acquis par correspondance via Bandcamp en juillet 2019
Réf : RGCD001 -- Édité par Les Disques du Règne au Canada en 2019
Support : CD 12 cm
11 titres

Le projet de La Souterraine s'est développé de façon très intéressante depuis 2013. A l'origine, il y a les compilations dédiées à un seul artiste (les Mostla Tapes) et les compilations La Souterraine. Mais il y a aussi les productions propres du label associé Almost Musique, comme le récent album de Mohamed Lamouri, et toutes les productions indépendantes que La Souterraine sélectionne et met en valeur en les relayant sur son site Bandcamp (ou, au sens propre pour cette non-maison de disques, en les labellisant). Le point commun de toutes ces productions est qu'elles parlent français, un parti-pris que je soutiens, à l'heure où de nombreux artistes diminuent l'intérêt de leurs créations en choisissant de s'exprimer dans un anglais moutonnier.
J'essaie de suivre les parutions de La Souterraine. Ça peut aller vite parfois, car tout ne me plaît pas, loin de là, notamment les exercices les plus popeux, mais le rythme est soutenu et j'ai souvent du mal à le suivre.
Pour Pays de Philémon Cimon, ça c'est fait très vite aussi, mais pour une bonne raison. Le premier titre m'a accroché l'oreille, le deuxième encore plus. Alors, j'ai survolé le reste et, quelques minutes plus tard, le CD était commandé.
Philémon Cimon est québécois. Pays est son quatrième album, après Sessions cubaines (2011), L'été (2014) et Les femmes comme des montagnes (2015), enregistré à Cuba. Il est venu jouer en France au moins au moment de ce troisième album, ce qui lui a notamment valu les honneurs de Télérama et des Inrockuptibles.
Pays marque un tournant pour Philémon Cimon, stylistiquement et thématiquement. Le pays, c'est la région de Charlevoix, au nord-est de la ville de Québec, sur la rive nord du Saint-Laurent, d'où est originaire sa famille et où il a passé de nombreux étés. C'est là que le disque a principalement été enregistré, dans divers lieux et dans une relative basse-fidélité, sons d'ambiance inclus. Les thèmes abordés sont liés à son histoire familiale, notamment celle de sa grand-mère Lucile, à ses recherches sur la culture locale, au visionnage des films de Pierre Perrault,... On trouve de bonnes présentations de l'album dans des articles/entretiens dans Le Devoir, La Presse ou Hexagone.
Le premier titre, Charlevoix ventre infini, pose le cadre de l'album : rythme lent, guitare acoustique, chant apaisé avec chœurs, ambiance "folk" au sens large. Le suivant, Les pommiers envahis, précise l'un des enjeux du projet : "J'ai marché dans le champ de long en large pour me trouver. Changer de nom changer de naissance de lieu de maison de saison. Je cherche un pays à nommer. Je veux me nommer". C'est Ça va ça va qui m'a fourni un point de référence évident pour ce disque : un autre album bucolique, le Light green leaves de Little Wings.
Si la plupart des titres sont plutôt lents, et me plaisent très bien comme ça, les titres un peu plus enlevés sont parmi mes préférés : Jésus rouge Jésus noir, qui dans l'esprit m'a rappelé le Home d'Edward Sharpe and the Magnetic Zeros, La chanson de St-Joseph-de-la-Rive, version d'une chanson créée en 1968 par Louis Bergeron et ses amis de la boîte à chanson L'amarrée, et Latte Chumey, qu'on pourrait facilement enchaîner avec Big blonde d'Aidan Moffat.
L'album se conclut, plein d'émotion, avec Les éboulements, interprétée par Lucile Cimon, visiblement déjà très âgée (elle est décédée à 96 ans) : "Les éboulements... boum bou boum Sont amusants... boum bou boum Et c'est gaiement... boum bou boum Que l'on s'y rend... boum bou boum".
Pays est sans conteste mon plus gros coup de cœur pour une production québécoise depuis la découverte des Frères Goyette avec Rencontre du troisième âge il y a presque neuf ans déjà et c'est pour l'instant ma préférée des productions de l'année que j'ai écoutées.
On peut rêver de concerts en France pour faire la promotion de cet album et, dans l'attente, on peut se distraire avec Les Petits Chanteurs de St-Joseph-de-la-Rive, l'un des projets parallèles de Philémon Cimon. Leur  chanson de promotion des productions locales Les Produits du terroir est un régal.





31 juillet 2019

SLY STONE : Dance to the music


Acquis probablement chez Emmaüs à Tours-sur-Marne au début des années 2010
Réf : S EPC 13 8017 -- Édité par Epic en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Dance to the music -/- Sing a simple song

Parfois, il faut apprendre à se contenter de ce que l'on a. Idéalement, le disque que j'aurais aimé chroniquer ici, c'est celui-ci :



Il s'agit d'un 45 tours américain sans pochette (comme c'est souvent le cas là-bas), sorti en 1968 et crédité à The French Fries (Les Frites). Danse a la musique est en fait une version d'un tube tout récent à l'époque, le premier grand succès de Sly and the Family Stone, Dance to the music. J'ai découvert ce titre il y a quelques années sur la compilation Listen to the voices : Sly Stone in the studio 1965-1970, empruntée à la Médiathèque. En effet, c'est bien Sly and the Family Stone qui se cachent à peine derrière le pseudonyme The French Fries. Cette nouvelle version, dont on trouve une très bonne chronique par The Seth Man sur le site de Julian Cope, est complètement hallucinée, bourrée de guitare fuzz, avec moins de cuivres et de chants. En fait, si les paroles sont réduites à leur plus simple expression, le titre traduit en français, c'est peut-être, comme le mentionne The Seth Man, parce que la chanteuse Rose Stone éclate de rire quand elle essaie de chanter en français "All we need is a drummer for people who only need a beat" et se plante au bout de quelques mots incompréhensibles car elle chante "drummer" au lieu de "batteur".
Sur la face A, la voix de Sly Stone est déjà accélérée façon hélium ou Alvin and the Chipmunks, mais sur la face B c'est la seule voix qu'on entend. Le procédé est très vite pénible et la chanson, Small fries, est aussi beaucoup moins intéressante.



A défaut, du 45 tours de The Small Fries, j'aurais bien aimé chroniquer la version originale de Dance to the music, si possible avec la pochette française de ce 45 tours de 1968.
Je connais mal Sly and the Family Stone, je trouve juste que Prince lui devait énormément. Je crois que je n'ai jamais écouté un de leurs albums studio en entier depuis que j'ai entendu parler de ce groupe pour la première fois, en 1980, quand Magazine a repris Thank you (Fallettinme be mice elf again).
Au fil des années, j'ai fini par glaner quelques-uns des 45 tours français de Sly and the Family Stone. J'en ai trois, dont Thank you, mais Dance to the music n'en fait pas partie.
Dance to the music, le morceau-titre du deuxième album du groupe, est vraiment un titre efficace. C'est la réaction agacée de Sly Stone à la suggestion de sa maison de disques d'écrire des chansons plus simples pour en faire des tubes. Là, c'est basique de chez basique, avec une chanson sur la danse et la musique, des "Bom bom bom bom bom" comme chœurs et les musiciens qui interviennent tour à tour. Excellent pour faire la fête. C'est l'excellente version ci-dessous, en direct et en public à la télévision en 1969, qui m'a donné envie de chercher dans mes étagères pour voir si je pouvais chroniquer cette chanson.



Dans mes étagères, je savais bien que je ne trouverais pas le 45 tours de 1968, mais je savais aussi que j'avais ce maxi-45 tours publié en 1979. Quand je l'ai acheté, je croyais que ce serait la version originale, mais non, on était en 1979 et cette version est un remix disco qui allonge la chanson à plus de 6'30 !

Ce remix est réalisé par John Luongo. Je ne le connaissais pas du tout, mais il a produit ou remixé des dizaines de succès à cette époque, notamment pour des labels affiliés à CBS.
La version originale reste bien sûr la seule qui vaille, mais sinon c'était une bonne idée de prendre ce titre pour tenter d'en faire un tube disco : tous les ingrédients utiles sont là et l'idée de danser sur la musique est l'essence même du disco.
Je croyais que ce remix était un single isolé, mais il est en fait extrait de Ten years too soon, une compilation de titres de Sly and the Family Stone tous retravaillés par John Luongo. Je pense que ce n'est pas un hasard si ce disque est sorti en 1979, pile au moment où Sly Stone tentait avec l' album Back on the right track sur un label rival (Warner) l'un de ses nombreux come-back, tous ratés.
Sur la face B, on trouve un autre titre de l'album, Sing a simple song. Là aussi, la chanson a été allongée, mais on reste plus proche de l'esprit de la version originale de 1968.
Aujourd'hui, je suis bien obligé de me contenter de mon maxi disco, puisque c'est la seule version que j'ai. Je n'espère même pas tomber ici dans la Marne sur un exemplaire du 45 tours de The French Fries, mais je pense bien qu'un jour prochain je tomberai sur un exemplaire de Dance to the music en bon état à 50 centimes ou 1 €, même si celui-ci s'est visiblement moins vendu en France que certains des suivants.


Sly and the Family Stone, Dance to the music, en direct dans l'émission Soul train, en 1974.

25 juillet 2019

FAB FIVE FREDDY : Une sale histoire


Acquis peut-être bien chez Emmaüs à Tours-sur-Marne dans les années 2000
Réf : AZ/1 933 -- Édité par Disc'AZ International en France en 1982
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Une sale histoire (Female version) -/- Une sale histoire (Male version)

En début de semaine, j'ai vu passer un article du Guardian qui mentionne Fab Five Freddy dans son titre. Ça m'a interpellé car je connais Freddy comme un personnage des débuts du hip hop, dans la première moitié des années 1980, et je n'imaginais que cet américain puisse avoir une actualité en 2019 qui lui vaille un article complet dans un grand journal anglais. En l'espèce il s'agit d'un entretien à propos du documentaire A fresh guide to Florence, qui sera diffusé ce samedi sur BBC 2. Apparemment, Freddy se balade à cheval dans Florence (en Italie, pas en Alabama) pour retrouver et commenter les représentations des Noirs dans l'art de la Renaissance. Étonnant, mais pas tant que ça quand on connaît la variété de son parcours, et pas juste les tous débuts, comme moi. En plus d'être un artiste graffiteur et un rappeur, Fab Five Freddy a joué un rôle essentiel dans la création du film Wild style en 1983, il a réalisé des vidéos et présenté l'émission Yo ! MTV raps à partir de 1988. Récemment, il a travaillé sur l'exposition Contact high : A visual history of hip hop, présentée à Los Angeles, et réalisé son premier documentaire, Grass is greener, dans lequel il n'est pas question de gazon !
Quand j'ai lu l'article de Wikipedia sur Fab Five Freddy, j'ai trouvé intéressante l'anecdote sur son single Change the beat, qui, à cause de la phrase "Ahhhhh, this stuff is really fresh" qu'on y entend, serait le disque de hip hop le plus samplé par les DJ pour scratcher. Les disques hip hop réputés pour échantillonner d'autres disques, je connais, mais des disques de hip hop réputés comme source d'échantillons, ça m'a interpellé !
Du coup, j'ai été fouillé dans mes boites de 45 tours. Je savais que j'avais au moins un disque de Fab Five Freddy. Effectivement, il y en avait un, un seul, et ce n'était pas Change the beat mais celui-ci, avec son titre français, Une sale histoire.
Je mets la face A du disque et, après une très brève intro de boite à rythmes, une voix féminine entonne trois fois de suite "Change de bite" ! Non merci, mais ça surprend ! Ensuite, la chanson continue avec l'histoire de Fab Five Freddy en détective privé à la Marlowe (Toutes les femmes qu'il suit elles lui courent après...). Il y a une basse énorme (celle de Bill Laswell de Material). Un peu plus loin, on a la phrase complète "Le DJ change de beat" et la face se termine avec le fameux "Ahhhhh, this stuff is really fresh". A ce moment, j'avais compris que Une sale histoire est tout simplement l'édition française de Change the beat. Sur la face B, on a cette fois-ci Fab Five Freddy qui rappe en anglais dans une version raccourcie et remixée par Jean-Marie Salaün et Gérard Chiron du maxi américain Change the beat. Mine de rien, c'est confirmé par David Dufresne dans son livre Yo! Révolution Rap de 1991, Une sale histoire est tout bonnement le premier disque de Rap francophone, enregistré à New York et rappé par une américaine. Il est à noter que Beside, la rappeuse en question, n'est créditée absolument nulle part sur l'édition française, sauf sous son vrai nom Ann Boyle pour son travail sur la production de la pochette.


La face A du maxi original Change the beat, avec Fab Five Freddy qui rappe en français (plus ou moins) et en anglais.

L'histoire de la création de Change the beat (on va s'en tenir au titre original, ce sera plus simple) est intéressante. Elle est bien documentée par Bernard Zekri, l'homme qui est à l'origine du projet (il est aussi l'auteur des paroles, la musique étant de Material), dans son livre Le plein emploi de soi-même (Éditions Kero, 2013, co-écrit avec Michel-Antoine Burnier) ou par exemple dans l'article “Change The Beat” raconté par Bernard Zekri chez Red Bull Music Academy.
Ce qui s'est passé c'est que Bernard Zekri, qui naviguait pas mal entre New York et Paris à l'époque, avait obtenu de Disc'AZ de produire une série de cinq 45 tours de rap (les dos des pochettes des cinq disques se mettent bout à bout pour représenter une œuvre de Futura 2000; J'ai quatre de ces disques, il ne me manque que celui que j'ai dû voir passer le plus souvent, sans jamais l'acheter, celui de Futura 2000).
L'un de ces disques devait être le premier enregistrement en studio de Fab Five Freddy, plutôt réputé comme graffiteur à ce moment, avec le petit plus que Bernard Zekri avait eu dans l'idée de le faire rapper en français, langue qu'il ne parlait pas du tout. Ann Boyle, la compagne de Bernard Zekri, s'était chargée de lui faire apprendre phonétiquement le texte, mais Freddy n'avait pas vraiment travaillé et, arrivé en studio, c'était la catastrophe car son rap était carrément incompréhensible et il n'y avait que les moments où il improvisait en anglais qui étaient vraiment intéressants. Pour sauver l'affaire, Bill Laswell a même proposé à Zekri d'enregistrer lui-même, mais c'est finalement Ann Boyle qui, en une prise, a enregistré la version française.
Le maxi est sorti aux États-Unis en 1982 chez Celluloid, avec en face A la version Fab Five Freddy, où ses tentatives en français puis son rap en anglais s'enchaînent, et en face B la version Ann Boyle, devenue en édition française La belle histoire (Female version). Ann Boyle n'avait absolument pas prévu de se lancer dans le disque. Il a fallu lui trouver un pseudonyme. Initialement, c'était apparemment Fab Five Betty (je n'ai trouvé aucune reproduction de pochette avec ce nom). Puis, comme elle était sur la face B, ce fut Beside (ou B-Side ou Beeside suivant les cas), mais en tout cas elle est bien créditée sur l'édition américaine. Ann Boyle a fait quelques apparitions vocales sur d'autres productions Celluloid de l'époque. Sous son nom, elle a notamment publié le single Odéon en 1984, enregistré avec Bernard Fowler de Chic, et l'abum Cairo nights en 1985, sur lequel Change the beat est inclus.
En France, Le succès escompté par Bernard Zekri pour Une sale histoire n'a jamais été au rendez-vous. Il a suffi d'un passage radio sur Europe 1 pour que des auditeurs, ayant compris comme moi les premiers mots, se plaignent de cette chanson obscène et c'était fini !
Peu de temps après l'enregistrement de Change the beat, les gens de Material ont produit l'album Future shock de Herbie Hancock sur lequel on trouve le tube Rock it. C'est là que le DJ Grand Mixer D. ST a eu l'idée de scratcher la fameuse petite phrase "Ahhhhh, this stuff is really fresh", enregistrée à l'origine au vocoder par Roger Trilling, le manager de Material : pour trouver une fin à Change the beat, il s'est amusé à imiter un ponte d'une maison de disques qui sortait toujours cette exclamation quand un titre lui plaisait. C'était le premier d'une longue liste d'échantillonnages de Change the beat.
Voici donc la belle histoire du premier disque de rap francophone, tube raté en France, mais légende du hip hop. Pour ma part, son écoute m'évoque toujours Chernobyl baby de Baby Amphetamine, enregistré cinq ans plus tard mais musicalement dans le même esprit, dont j'avais enregistré une version française restée inédite, Bébé Tchernobyl.


Fab Five Freddy, Change the beat, en public à Tokyo à 1983 dans le cadre du Wild Style Japan Tour, avec DJ Charlie Chase.


La pochette du maxi américain Change the beat.

18 juillet 2019

ADOLPHO GUZMAN Y SU ORQUESTRA TIPICA : En Arabia se baila Cha Cha Cha


Acquis d'occasion dans la Marne vers 2010
Réf : DLS 005 -- Édité par Lido en France en 1959
Support : 45 tours 17 cm
Titres : ADOLPHO GUZMAN Y SU ORQUESTRA TIPICA : En Arabia se baila Cha Cha Cha -- Cosquillita deliciosa -/- S. LOVE ET SON ORCHESTRE : Rock Calypso Mambo Cha -- Moon glide

Après les excellentes compilations de musiques antillaises Disque la rayé et Antilles méchant bateau, Born Bad a publié il y a quelques semaines Voulez-vous Cha-Cha ?, qui s'intéresse cette fois-ci aux musiques de genre. J'ai écouté et apprécié, et j'ai examiné la liste des titres pour voir si j'avais dans ma discothèque certains des titres compilés. Je n'en ai trouvé qu'un seul, Ne nous fâchons pas de Spartaco-Sax, associé à une campagne de France-Soir contre la violence entre automobilistes, un 45 tours que j'ai failli plusieurs fois chroniquer ici.
Du coup, je me suis plongé dans mon rayon Cha Cha Cha, un rayon pas très développé car, si j'apprécie un titre de Cha Cha Cha de temps en temps, je n'en raffole pas non plus et je n'achète pas systématiquement tous les disques de ce genre que je vois passer.
Mais, du coup, je suis retombé sur le disque qui nous intéresse aujourd'hui, et celui-là il était carrément immanquable.
L'illustration de pochette en met plein les yeux et, même si je ne parle pas l'espagnol, les rudiments dont je dispose me permettent d'avancer que le titre principal se traduit par En Arabie on danse le Cha Cha Cha ! Autrement dit, il était impossible de ne pas faire d'emblée un parallèle entre ce disque précurseur des années 1950 nous promettant un Cha Cha Cha arabe et le fameux succès de Jonathan Richman and the Modern Lovers s'attaquant au reggae égyptien !
A l'écoute, En Arabia se baila Cha Cha Cha se révèle être très agréable, mais pas tout à fait à la hauteur des espérances. Il y a certes des "citations" orientales dans la musique, notamment dans l'introduction, mais ce n'est pas l'hybride parfait dont on pouvait rêver, même si c'est d'excellente tenue.
Mes rudiments d'espagnol ne m'ont pas permis de traduire tout seul Cosquillita deliciosa. J'aurais parié pour Coquillettes délicieuses, mais c'est plus coquin puisque ça signifie en fait Délicieuses chatouilles ! Plus rien d'orientalisant dans cette chanson, logique, mais pas de ricanements bébêtes non plus, juste un autre Cha Cha Cha de qualité.
J'ai appris chez Gladys Palmera que ces deux titres d'Adolpho Guzman et son Orchestre Typique étaient sortis à l'origine en 1957 à Cuba sur un 45 tours du label Fama. Guzman, qui est mort à 56 ans en 1976, était suffisamment réputé pour que, depuis 1978, un concours national de la chanson porte son nom.
Comme souvent, pour remplir un EP 4 titres, le label français Lido a associé sur un même disque deux 45 tours deux titres différents. Mais, cette fois-ci, les deux disques choisis ont très peu de rapports entre eux, à part la référence au Cha Cha Cha dans l'un des titres de chanson. En effet, sur la face B, on trouve ici les deux faces d'un 45 tours américain de Sammy Lowe et son Orchestre (Lowe et non pas Love comme indiqué sur la pochette). Lowe (1918-1993) était un trompettiste, arrangeur et chef d'orchestre.
Le 45 tours original est sorti aux États-Unis en 1958 sur le label Newport. La très bonne nouvelle c'est que, alors que j'ai décidé d'acheter ce disque uniquement pour son titre principal, on se retrouve avec deux excellents morceaux sur la face B.
Je ne sais pas si Rock Calypso Mambo Cha essaie d'associer ces quatre styles musicaux alors en vogue au sein d'une même composition, mais en tout cas le résultat est une réussite. Les seules paroles sont les quatre mots du titre, mais on a droit à d'excellentes parties de guitare, avec un très beau son, et des solos de trompette et de saxophone. Moon glide est un instrumental avec un rythme assez rigolo et des cuivres et l'orgue qui se répondent, avec là encore quelques bonnes interventions à la guitare. Très bien.
Chez Amour du Rock 'n' Roll, j'ai appris que Ben (avec sa Tumba et son Orchestre) avait repris les deux titres de ce 45 tours sur son EP Silvando El Cha Cha Cha : Rock, Calypso, Mambo, Cha a gardé son titre original, tandis que Moon glide y a gagné un nouveau titre, Porque no, et des paroles (les deux mots du titre), par la grâce de Boris Vian, selon Amour du Rock 'n' roll.
A quelques années près (1963), Lido aurait pu associer En arabia se baila Cha Cha avec le Cleopatra rock de Sammy Lowe, et là l'association aurait été parfaite, et on aurait encore plus pensé à l'ami Jonathan, d'autant qu'il existe une version de Cleopatra rock par The Skatalites !



14 juillet 2019

ORCHESTRE BAYA BAYA : Mama ndangi


Acquis sur le vide-grenier de la F.C.P.E. à Ay le 30 juin 2019
Réf : 91 085 (Mabele 08) -- Édité par African en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Mama ndangi 1 -/- Mama ndangi 2

Je fréquente la brocante de la F.C.P.E. sur le parking du collège à Ay depuis une bonne vingtaine d'années maintenant et, au fil du temps, j'y ai trouvé quelques disques très intéressants, parmi lesquels Indépendance cha cha d'African Jazz et le 78 tours de Blind Willie Dunn's Gin Bottle Four.
Cette année, j'ai bien cru que j'allais devoir me contenter (et c'est déjà pas si mal) de CD à 1 € d'albums de CocoRosie, Les Rita Mitsouko et IAM que je n'avais pas. Mais à un moment, au milieu d'une petite pile d'une dizaine de disques de variété posée sur une table, je suis tombé sur ce 45 tours, dont la pochette est en très bon état. Le disque lui-même aurait aussi pu être en très bon état, les sillons sont propres, mais en le sortant de sa pochette je me suis rendu compte qu'il était ébréché, chose assez rare pour un vinyl.
J'ai montré le disque à la vendeuse, qui s'est confondue en excuses en expliquant qu'elle n'avait pas contrôlé tous les disques. Elle voulait le mettre à la poubelle, mais c'est là que je suis intervenu en lui disant que, même dans cet état, le disque et sa pochette m'intéressaient pour ma collection, et que je lui en proposais 10 centimes. Elle a été interloquée, mais on a fait affaire et je suis reparti avec ma trouvaille, bien content, même si je ne peux écouter qu'environ 80% de mon disque (il manque un peu plus d'une minute sur les 5 minutes et quelques que dure chacune des faces).
Ce disque fait partie des centaines de disques édités en France par African, dont la plupart des exemplaires ont dû être distribués au Congo et dans d'autres pays d'Afrique.
On  en a déjà parlé à propos du disque de l'Orchestre Tembo, African avait un dédain particulier pour les photos de pochette de ses 45 tours : un même disque pouvait sortir avec plusieurs illustrations différentes, choisies dans des catalogues d'agences et n'ayant rien à voir avec la musique concernée, et la même illustration pouvait servir pour plusieurs disques différents. Par exemple, si vous allez chez Dial Africa télécharger Bumba, un autre 45 tours de l'Orchestre Baya Baya, vous remarquerez que c'est la même pochette à part le titre et les références !
Une fois rentré à la maison, je n'ai pas regretté mon achat, même si je préférerais bien sûr avoir les chansons en entier.
Il s'avère en effet que Mama ndangi est de l'excellente rumba congolaise (aussi bien la partie 1 que la 2, mais je préfère la 1). On a droit à un patchwork de percussions, de guitares et de voix, un entrelacs parfaitement réussi, un résultat superbe. Ça a l'air tout simple et naturel, mais ça doit demander un travail de fou d'arrangement et de coordination. Cerise sur la gâteau, on entend même sur les deux faces quelques interpellations en français ("Oh, Johnny !", "Mais pourquoi Jeannot ?", "C'est la faute à qui, Jeannot ?", "Ce n'est pas possible, ce n'est pas possible !") qui, on le verra, s'adressent au propriétaire du studio et à l'un des musiciens, mais la mention de "Jeannot" m'a évidemment fait penser au Jeannot, où est le sérieux ? de Lolo Lolitta et Tchico.
La concurrence était tellement rude au Congo dans ces années-là que de nombreuses formations, dont l'Orchestre Baya Baya apparemment, se sont installées en Tanzanie pour y faire carrière. Dans la page Congo in Tanzania de Muzikifan, on trouve la discographie complète de l'Orchestre Bay Baya, soit un album, Nakozonga, en 1977 et dix 45 tours entre 1975 et 1977. Le mien n'est même pas encore référencé sur Discogs et je ne l'ai trouvé nulle part en écoute en ligne... Même ébréché, mon disque reste donc intéressant.
African précisait généralement le nom du label original avec lequel un accord de licence avait été signé. En l'espèce ici, il s'agit de Mabele Productions, fondé à Kinshasa par Mbuta Nsuka.
Comme c'est expliqué en détails dans l'article de Matt Lavoie Orchestre Kiam, an oral history, Mabele avait débauché début 1975 plusieurs musiciens de l'Orchestre Kiam, propriété de Verckys de l'Orchestre Vévé, pour enregistrer sous pseudonyme un 45 tours hors contrat. Côté discrétion, ça ne risquait pas de fonctionner car le disque est sorti sous le nom d'Orchestre Baya Baya, d'après Baya baya, l'un des succès de l'Orchestre Kiam !
Verckys a aussitôt suspendu les musiciens coupables, et du coup une bonne partie de l'Orchestre Kiam a quitté le groupe pour vraiment lancer l'Orchestre Baya : les chanteurs Bakolo Keta, Boyo Mbola, et Jeannot Botuli Ilonge, les guitaristes Lélé Nsundi et Souza Vangu, le bassiste Ndolo Matthews et le batteur Suké Ngonge sont alors entrés dans le studio de Johnny Bokelo pour y enregistrer. On peut penser qu'ils sont allés en Tanzanie aussi pour échapper à l'ire du puissant Verckys.
Peu de temps plus tard, Lélé, puis Bakolo Keta et Suké Ngonge sont retournés à la niche de l'Orchestre Kiam, ce qui a signé la fin de Baya Baya. Jeannot Botuli Ilonge a arrêté la musique et le guitariste Souza Vangu (alias Jacques Bazizila, qui est mort en 2012), a créé son propre groupe, l'Orchestre Mabatalai.
S'il y a une leçon à retenir de tout ça, c'est que, même cassé un disque peut conserver de l'intérêt et il ne faut pas le jeter trop précipitamment !

A écouter :
Orchestre Baya Baya : Mama ndangi 1
Orchestre Baya Baya : Mama ndangi 2

Ajout du 15 juillet 2019 :
Celle-là, si j'avais voulu l'inventer, personne ne l'aurait crue, à commencer par moi...!
Donc, après avoir écouté mon disque ébréché pendant deux semaines et avoir préparé et publié sa chronique, j'entreprends ce matin de le ranger dans la boite où se trouvent mes 45 tours d'artistes d'Afrique.
Et puis, comme c'est les vacances et que j'ai un peu de temps, je me suis dit que j'allais classer ensemble mes quelques disques du label African. Oh, il n'y en a pas beaucoup, par rapport aux plus de 1000 référencés sur Discogs (et ils n'y sont pas tous).
J'ai donc trouvé quatre autres disques avec pochette, puis un disque sans pochette avec une étiquette jaune. Quand j'ai vu la mention "Mabele 08", le ciel m'est tombé sur la tête !
Eh oui, ce disque que j'ai écouté en partie seulement, que je me suis embêté à transférer en MP3 en visant juste après la cassure pour en avoir le plus long possible, je l'avais déjà acheté ! C'était le 6 avril 2015 à la brocante de Condé-sur-Marne et j'ai payé 20 centimes pour ce disque sans pochette. La face A passe bien, la B est un peu rayée. A l'époque, je l'ai écouté. Sans la pochette, sans la cassure, je n'avais pas grand chose à en dire, alors je l'ai rangé et aussitôt oublié !
Ça confirme ce que dit souvent l'ami Dorian Feller, qui avait complété ma pochette de Pere Ubu en me fournissant le disque qui allait avec : il faut systématiquement prendre une pochette vide ou un disque sans pochette, on peut toujours espérer rassembler les deux.
J'ai donc un exemplaire complet de Mama ndangi, disque et pochette, qui m'a en tout coûté 30 centimes en quatre ans... Et quand la vendeuse s'est étonnée que je m'intéresse à ce disque pour sa pochette, j'aurais pu lui répondre que j'avais le disque qui allait avec. Mais pour cela, il aurait fallu que je connaisse un peu mieux le contenu de ma propre discothèque !


06 juillet 2019

BARRACUDAS : His last Summer


Acquis à Paris le 13 avril 2019
Réf : Z8 -- Édité par Wipe Out en Angleterre en 1980 -- Demo record - Not for resale
Support : 45 tours 17 cm
Titres : His last Summer -/- Barracuda waver -- Surfers are back !

Après le printemps la semaine dernière, voilà l'été, et on va essayer de faire tout pour que, contrairement au héros de cette chanson, victime d'un "surfer suicide", ce ne soit pas notre toute dernière saison de canicule.
Ce disque fait partie du lot que j'ai acheté à Paris au printemps, dans lequel on trouvait aussi les 45 tours de Radiah et de Thee Stash.
Mon exemplaire est un promo mais, même si je l'avais eu à temps, je ne sais pas si je l'aurais inclus dans Vente interdite car la pochette et la musique gravée dans les sillons sont identiques à l'édition mise en vente. La seule petite différence tient à la mention "Demo record - Not for resale" imprimée sur l'étiquette d'un rond central dont la maquette évoque des labels sixties, comme les singles promos de Chess par exemple. Et du coup, je n'ai pas eu droit à la planche de décalcomanies incluse dans le 45 tours du commerce, dont l'un a un slogan bien vu, "Surf & destroy").
Je ne me suis pas intéressé du tout aux Barracudas au moment de la sortie de leur premier album Drop out with The Barracudas en 1980. Il y avait alors pour moi un côté rétro bien trop marqué qui ne m'attirait pas du tout, symbolisé par le titre d'une de leurs autres chansons, (I wish it could be) 1965 again. Je n'ai pas creusé les choses suffisamment à l'époque pour me rendre compte qu'il y avait de la distance et de l'humour dans leur nostalgie, qui se manifestait par exemple dans leur parti-pris de se présenter comme un groupe de surf music alors qu'ils étaient basés à Londres. 
His last Summer est leur troisième 45 tours, le deuxième extrait de Drop out..., juste après le succès, sur la même thématique, de Summer fun. La pochette est signée Assorted Images, mais elle est créditée à Rikki, pas à Malcolm Garrett. La chanson est dédiée à Jan Berry, de Jan and Dean, et, dès les bruitages en intro, les références (volontaires) se multiplient, à Spector, à Leader of the pack avec la voix parlée, au rock garage avec l'orgue, aux Beach Boys avec les chœurs,... C'est léger, même si les paroles ne le sont pas.
On a droit à deux titres hors album sur la face B (mais l'album américain, sorti en 1982, a intégré Surfers are back à la place de Campus tramp).
Barracuda waver, est un instrumental à guitare qui s'inscrit dans la longue lignée des instrumentaux surf, une valeur sûre. Un de ses cousins éloignés pourrait être The whole world's turning Brouchard ! de Biff, Bang, Pow !.
Surfers are back est sans doute mon titre préféré des trois. Malgré le titre, le son est plus punk que surf (Surf and  destroy !) et le chant et la musique évoquent irrésistiblement le Clash façon I'm so bored with the USA.
Au final, voici un excellent 45 tours de surf rock !
De nos jours, les Barracudas donnent encore régulièrement quelques concerts. Robin Wills partage sa passion pour la musique sur son blog Purepop et Jeremy Gluck produit des œuvres graphiques.


28 juin 2019

CARAVELLI : Le disque des fiancés du printemps


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 4 juin 2019
Réf : 4963 -- Édité par CBS Special Products pour Guilde des Orfèvres en France en 1970 -- Grand jeu fiancés du printemps
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Que je t'aime -/- Je t'aime... moi non plus

L'ami Dorian a trouvé ce disque récemment et, connaissant mon livre Vente interdite, il s'est dit que ce disque pourrait compléter ma collection de disques hors commerce. Et il avait raison le bougre, car c'est là un bel exemple de disque publicitaire.
Ce que Dorian ne savait pas, c'est que ce disque nous donne aussi l'occasion de rendre hommage au chef d'orchestre Caravelli, mort à 88 ans en avril dernier. Avec des gens comme Franck Pourcel, Paul Mauriat ou Raymond Lefèvre, il faisait partie des chefs d'orchestre populaires de la variété française.
Ce que ni Dorian ni moi ne savions pas, pour le coup, c'est que, s'il était né à Paris, c'est près de chez nous au conservatoire de Reims que Claude Vasori, alias Caravelli, a obtenu un Premier Prix de piano.
Comme le Billy Swan / Santana du Crédit Mutuel, ce disque a été édité par CBS Special Products, à l'intention de Guilde des Orfèvres. Malheureusement, je n'ai trouvé aucun autre document en ligne sur leur grand jeu des fiancés du printemps, mais j'imagine qu'il y a dû avoir des publicités dans la presse pour attirer les jeunes couples dans les bijouteries de la chaîne et leur vendre des bagues de fiançailles ou des alliances. Je me demande si le titre du jeu a pu être inspiré par Fiancé de printemps, une chanson de Gilles Dreu sortie en 1970 sur un 45 tours (Certains datent mon 45 tours de 1969, mais Que je t'aime, qu'on trouve sur la face A, est sortie en juin 1969, au début de l'été, le jeu ne peut donc pas avoir été organisé avant le printemps 1970).
Les deux faces de ce 45 tours, qui n'est que l'un des nombreux disques publicitaires où l'on trouve une reprise de Johnny, sont tirées d'un album de Caravelli de 1969 lui aussi titré Que je t'aime. Ça parait simple et évident, deux chansons d'amour pour des fiancés mais, dès qu'on creuse un peu, on en vient vite à se demander ce qui a bien pu passer par la tête des publicistes qui ont proposé ces chansons et des dirigeants d'entreprise qui ont validé ce choix.
Certes, en 1969, la libération sexuelles battait son plein, mais elle ne touchait pas tout le monde, et sûrement moins les couples clients de Guilde des Orfèvres que d'autres. Or, les paroles de Que je t'aime sont tout sauf romantiques au-delà du premier couplet. L'amour est un combat où l'un peut dire "Oui" quand l'autre dit "Non", et même une guerre dans le dernier couplet, qui donne une vision militaire de la petite mort. Beurk !
Quand à Je t'aime... moi non plus, ce ne sont pas uniquement les paroles qui ont valu à cette chanson, initialement étiquetée sur le 45 tours comme "interdite aux moins de 21 ans", d'être qualifiée d'obscène par le Vatican. C'est la chanson sensuelle et suggestive par excellence et là encore on note bizarrement que, pour un disque destiné à des fiancés qui prévoient de se "dire oui" devant un maire et éventuellement un religieux, les amoureux ont du mal à s'entendre puisque que, au "Je t'aime" de Jane (ou Brigitte) répond le "Moi non plus" de Serge. Et ils pouvaient peut-être se féliciter d'apprendre à temps que "L'amour physique est sans issue"...!
Rien de tout ça en fait dans les sillons de ce 45 tours, puisque les versions proposées sont des instrumentaux avec refrain chanté, mais les deux chansons étaient de très grands tubes et, en les écoutant, les paroles connues de tous ne pouvaient que venir à l'esprit des fiancés. 
Que je t'aime reproduit la construction de la chanson dans ce qui est je suppose le style propre à Caravelli. La tension monte dans le couplet jusqu'à ce qu'éclate le refrain dans un tonnerre de cuivres et de cordes. L'arrivée du chant très haut perché sur les refrains a un effet presque comique.
La version de Je t'aime... moi non plus est sage et chaste mais, comme prévu quand les chœurs font "La la la la la la" sur le refrain, j'entends bien sûr "Je vais et je viens entre tes reins" ! Pas d'orgue ici, contrairement à la version originale. Du coup, l'association de la basse et des cordes souligne un fait qui ne m'avait jamais paru évident jusque-là : c'est peut-être la chanson qui annonce le plus les orchestrations deux ans plus tard d'Histoire de Melody Nelson.
Je vous donne rendez-vous dès que possible pour une nouvelle exploration du monde décidément bien étrange des disques publicitaires.

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