04 novembre 2018

ORCHESTRE NEGRO-SUCCES : Bea nakokufa


Acquis sur le vide-grenier de Magenta le 14 octobre 2018
Réf : 2C 006-15144 M -- Édité par Pathé en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Bea nakokufa -/- Diaka malou

Après le Dany Doriz, c'est l'autre disque intéressant que j'ai trouvé à Magenta cette année.
Là, c'est un brocanteur professionnel qui le vendait et, entre la dame qui négociait les trois cadres dont un avec le verre cassé et les amateurs de capsule de Champagne, le gars ne savait plus où donner de la tête. Il m'avait annoncé 1,50 € pour ses 45 tours qui se battaient en duel dans une boîte à chaussures. Pour la plupart, ils ne les valaient pas du tout. Pour celui-ci, j'aurais bien sûr accepté de payer ce prix mais, par principe avec un pro comme ça, je l'ai marchandé à 1 €.
Ce disque est l'un des centaines et des centaines de 45 tours d'artistes africains sortis par Pathé Marconi EMI. Comme pour mon 45 tours d'Orchestre Tembo chez African, les pochettes Pathé étaient génériques et interchangeables.
Cette fois-ci, pas de bijou, de plante tropicale, de sculpture ou de coquillage, juste un musicien en tenue traditionnelle jouant du tam-tam. La même photo a été utilisée deux références plus tard pour un autre 45 tours du même orchestre, et je ne serais pas surpris de trouver des 45 tours d'autres groupes avec cette photo.



Plus j'y pense, et plus je trouve que ces pochettes reflètent parfaitement un mépris colonialiste qui n'avait pas diminué après les indépendances. Quand on connaît la qualité des instrumentistes sur ces disques, la richesse des arrangements, la précision des enchaînements avec des rythmiques élaborés, quand on sait que ces orchestres devaient avoir une présentation scénique élaborée, avec costumes et chorégraphies, on ne peut que trouver ces pochettes carrément insultantes pour les artistes. Pour rester dans les mêmes années, c'est un peu comme si, pour éditer un disque de Magma aux États-Unis, un label avait choisi une photo d'une alsacienne en costume traditionnel...
Mais la musique gravée dans les sillons de ces 45 tours est souvent excellente, et ça sauve tout. La liste des "succès africains et sud-américains" au verso de la pochette est impressionnante !
Il n'y a que chez Musikifan que j'ai trouvé un historique et une discographie détaillés de l'Orchestre Négro-Succès. Comme souvent avec ces grands ensembles au long cours, c'est assez compliqué.
Les deux principaux personnages sont les guitaristes Bholen, un ancien de l'OK Jazz de Franco, et Bavon Marie Marie, qui était lui carrément un jeune frère de Franco. L'orchestre a même compté parmi ses membres en 1961-1962 Vicky, qui avait été viré de l'OK Jazz, mais qui y est retourné ensuite. L'histoire du groupe a été marquée par la mort accidentelle de Bavon en 1970. Mené par Bholen, qui est mort en 2007, l'orchestre a encore eu quelques succès avant de se séparer en 1973.
Mon 45 tours fait donc partie de ces enregistrements sans Bavon. Pathé sortait tellement de disques que je ne suis pas sûr qu'ils étaient toujours diffusés en grand nombre. Mon 45 tours n'est pas référencé sur Discogs. Il est bien listé chez Afrodisc et un exemplaire est en vente chez Groove Collector, mais c'est à peu près tout.
Je n'ai trouvé nulle part en ligne ces deux excellentes rumbas congolaises qui, sauf erreur de ma part, n'ont été rééditées qu'une seule fois, en 1977 sur un double-album compilation de l'Orchestre Négro-Succès édité en France par Pathé. Alors je vais vous les faire écouter.
Chacune des faces est la plus longue possible, soit cinq minutes (mais on sent bien que l'enregistrement a pu atteindre les vingt minutes), avec un très bon son et une production excellente, même si visiblement c'est du mono. Guitares et cuivres, chant et chœurs, rythmes et percussions, c'est parfait. J'aime beaucoup Bea nakokufa et j'aime tout autant Diaka malou, difficile d'exprimer une préférence, même si j'ai l'impression que c'est la face B qui me reste le plus longtemps en tête après l'écoute.
Je trouve de moins en moins de disques intéressants sur les vide-greniers, mais tant qu'il y aura de temps en temps une exception comme celle-ci, je serais encore incité à mettre le nez dehors le dimanche matin...

 Orchestre Négro-Succès: Bea nakokufa. Orchestre Négro-Succès : Diaka malou.

3 commentaires:

debout a dit…

Bonjour,
on trouve "mwana ya ndeke" et "naleli coco" du Negro Succes sur le double sampler "AfroLatin via Kinshasa" de 2011 paru chez Discograph ; on trouve un Negro Band interprétant "mokili ekoni ngana" sur le double sampler "Congo : pont sur le Congo" paru chez le même Discograph en 2009 ainsi que les Negros Jazz de Cotonou interprétant "vi vo" et "gninou" sur le double sampler "AfroLatin via Cotonou" paru en 2011 toujours sur Discograph... comme quoi ce terme Negro a connu quelques succès... de discothèque(s)... au moins chez Discograph !!!

Pol Dodu a dit…

Bonjour,
Chez Musikifan, il est question de tous ces groupes "Negro" :
"Negro Succès was not related to either Negro Band or Mando Negro Kwala Kwa. Ronnie Graham, in THE WORLD OF AFRICAN MUSIC VOLUME 2, mentions groups called Conga Negro, Negro Fiesta, and OD Negro. To confuse things further there were groups called Vox Negros and Vox Africa, and in West Africa a group with the grandiose title Super Negro Bantous!".
En dissidence ou excroissance du Négro-Succès, il y a eu aussi Super Negro en 1965 et Les Noirs en 1969...

debout a dit…

Bigre !

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