05 février 2017

SENIOR MODEL : Demonstration


Acquis par correspondance chez Bandcamp le 2 janvier 2017
Réf : [Sans] -- Édité par Senior Model via Bandcamp en 2016
Support : 6 x MP3
Titres : Sade, Sade, Sade -- Sweet lesbian -- Skala Bar 2013 -- Cosy -- Anywhereanyway -- Data hoarders

Sex works, le disque de Family Fodder chroniqué la semaine dernière, est une parution typique de la vogue passéiste qui saisit tout un pan de l'industrie du disque : une nouvelle parution en vinyl, en édition très limitée bien sûr, compilant des titres anciens et récents, dont un inédit, pour faire la promotion d'une réédition CD d'un album oublié des années 1990.
Pour diffuser une partie de ses productions récentes, Alig Fodder a choisi depuis l'an dernier un mode de diffusion totalement différent et tout à fait contemporain : il met lui-même en ligne sur Bandcamp ses enregistrements sous le nom de Senior Model et chacun est libre de fixer son prix pour les télécharger.
Je ne suis pas naïf au croire que ce système est parfait et va rapporter suffisamment à ce musicien professionnel pour vivre de sa pratique, mais je ne suis pas sûr que ce soit très différent pour les sorties de disques indépendantes. Au moins, cela lui permet de diffuser sa musique à moindre coût et de ne dépendre de personne d'autre pour le faire.
Les premières sorties instrumentales de Senior Model m'ont moyennement intéressé. Fret noise propose des solos de guitare acoustique modaux. C'est agréable pour l'ambiance, propice à la méditation, mais ce n'est pas ce que j'écoute de façon régulière. Idem pour Music for stroking cats. Là, l'instrument est le marimba, en solo ou en duo. Très bien, avec même une version de The onliest thing de Family Fodder, mais je n'ai pas spécifiquement besoin de musique pour caresser mon chat.
Mon oreille a plus été attirée par Generic adverts qui, comme le titre l'indique, propose des messages publicitaires insipides pour des produits fades et sans marque tels que les politiciens, l'essence, le fromage, la dette, l'amour.
Quand j'ai acheté au tout début de cette année Demonstration, la quatrième parution de Senior Model, je m'attendais à quelque chose dans la même veine que les précédentes sorties, mais j'ai été très agréablement surpris : il ne m'a pas fallu plus que quelques secondes pour me rendre compte que, cette fois-ci, l'album contenait des chansons et que, probablement, comme le titre l'indique une fois encore, il s'agit de démos pour un album qui aurait tout à fait la trempe des disques récents de Family Fodder, Classical music et Variety.
Vérification faite auprès d'Alig lui-même, il s'agit bien de titres prévus pour un album qui pourrait s'intituler, ou pas, In praise of women ou Songs about (real and imaginary) girls, et qui pourrait sortir, ou pas, sous le nom de Family Fodder.
Comme j'insistais sur la qualité de ces démos, pour moi dignes d'être éditées sans qu'il soit nécessaire de les produire beaucoup plus, Alig a expliqué que, quand il écrit une chanson, il la termine très rapidement, et la première démo est au moins à 80% de la qualité de production qu'il espère atteindre. Mais ensuite, il faut parfois un an et des dizaines d'heures de travail pour l'améliorer de 10%, et ainsi de suite. En tout cas, ces enregistrements parfaitement aboutis ont été réalisés entièrement seul.
J'avais remarqué également que la liste des titres de Demonstration variait au fil des jours : cinq, puis quatre, puis six. En fait il n'y a pas que ça qui varie, puisque Demonstration est véritablement un "work in progress" et, au fil de son travail, Alig est amené à remixer ou compléter certaines chansons, et à remplacer une ancienne version par une nouvelle.
Je chronique aujourd'hui un album de six chansons, mais il y en aura peut-être bientôt huit, ou moins... Je vais essayer de ne pas trop me répéter, car toutes les chansons me plaisent ici.
Sade, Sade, Sade, où il est question d' "ear-rings" et d' "ear-worms" et de se retirer dans les Cotswolds, est, sans surprise, un hommage à la chanteuse Sade plutôt qu'au Marquis de. Un exercice dans lequel Alig excelle au moins depuis 1980 avec Debbie Harry.
Le commentaire d'Alig pour Sweet lesbian , dont le refrain est "He found happiness with a lesbian", est "Une histoire vraie ?". A lui de nous dire, mais je note que, dans cette perle pop-rock, il est fait mention de John ("She was a mermaid, he was a scorpion, she was a lesbian, his name was John"), le prénom de naissance d'Alig.
J'ai eu un coup au cœur à l'écoute des premières secondes de Skala Bar 2013. Ce son qui vibre m'a immédiatement transporté en 1982-1983, quand j'ai passé quelques heures avec mon pote Bruno R. dans la régie de l'I.U.T. de Reims à réaliser une vidéo pour Playing golf, le premier 45 tours de Family Fodder. Le clin d’oreille est tellement évident que je n'avais pas besoin de la confirmation d'Alig pour savoir que ce n'était pas fortuit. La différence est qu'en 1979 il avait utilisé un orgue Farfisa Compact Duo, alors que là c'est un échantillon de cordes passé dans une sorte de pédale d'effet trémolo pour guitare. Avant d'en arriver là, Alig a bossé sur différentes versions de cette chanson pendant une année entière, la plupart dans un style à la Jacques Brel. La chanson est présentée comme "Des cartes postales de la mer de Lybie", autrement dit, de chez Alig, qui vit actuellement en Crète.
A plusieurs moments en écoutant Demonstration, et notamment Cosy, je me suis demandé si Alig utilisait un oud, un instrument qu'il maîtrise parfaitement. Mais non, c'est de la guitare acoustique, mais avec des accordages et des techniques propres à l'oud, notamment une façon hindoustanie d'utiliser l'ongle de l'index comme slide. Tout à la fin, on entend un chien, peut-être bien celui qui est avec Alig sur la photo de Bandcamp.
Everywhereanyway et Data hoarders sont les deux chansons qu'Alig a ajoutées dernièrement à l'album. Sur Data hoarders, on retrouve le même son synthétique sur sur Skala Bar 2013, plus une voix passée au modulateur en anneau. Un habillage idéal pour un hymne techno-pop qui interroge notre société de l'information. Un tube, potentiellement.
Y a pas à dire, les chansons d'Alig ont toujours tendance à terriblement me plaire. Allez les écouter, c'est gratuit, et faites tourner !

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