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15 novembre 2024

CROWBAR : Bad manors (Crowbar's golden hits, volume 1)


Acquis chez Happy Cash à Dizy le 5 octobre 2024
Réf : PAS 6007 -- Édité par Paramount aux États-Unis en 1971
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

Je passe régulièrement dans ce magasin Cash situé à quelques pas de ma ressourcerie locale. La plupart du temps pour rien, car les arrivages de lots de disques sont assez rares, même si, au fil des années, j'y ai trouvé une cinquantaine de CD neufs à 50 centimes, une des compilations reggae Tighten up et assez récemment un petit lot de 45 tours parmi lesquels il y avait le T.H.X. et le Fortunel.
Au bout du compte, depuis six mois que le rayon disques de la ressourcerie s'est presque entièrement tari, c'est au Cash que j'ai fait le plus d'affaires. Le mois dernier encore, j'y ai pris trois 45 tours, de Carl Douglas et George McCrae (pas leur tubes), ainsi qu'une réédition de Leader of the pack, avec une face B différente de mon original anglais. Alors que j'attendais à la caisse pour les payer, j'ai repéré une grosse pile de 33 tours posés sur le comptoir. Évidemment, j'ai beuqué les tranches des pochettes et j'ai noté qu'il y avait un bon paquet de daube, mais aussi des choses assez alléchantes comme un Chambers Brothers ou un Groundhogs.
J'ai donc demandé au vendeur quand les disques seraient mis en vente, en espérant qu'il me propose d'y jeter un œil de suite, mais il m'a répondu qu'ils seraient en rayon normalement dans l'après-midi.
J'ai fait preuve d'une assez remarquable force de caractère en n'y retournant pas le jour même, principalement parce que je craignais de faire le déplacement pour rien, mais le lendemain matin j'étais sur place dans l'heure qui a suivi l'ouverture.
Je croyais que le délai pour la mise en rayon se justifiait par l'évaluation et l'étiquetage individuel des disques, mais le vendeur aurait aussi bien pu me laisser les regarder immédiatement car il les a mis en rayon tels quels, mélangés dans les différents bacs.
Le prix des albums dans ce Cash varie entre 1 et 30 €, je ne savais donc pas trop à quoi m'attendre, mais au bout du compte la bonne nouvelle c'est que tous les disques étaient encore là et que, comme ils n'étaient pas étiquetés, ils étaient tous au prix de base, récemment abaissé à... 30 centimes !
Autant vous dire que j'ai pris mon temps pour examiner les disques un par un (il devait y en avoir peut-être 200) et rafler tous ceux qui présentaient le moindre intérêt, pour moi ou un pote. Je suis reparti avec plus de trente albums, dont trois Ventures, un Albert King, un Kris Kristofferson, un Steve Hillage, un Shadows, un Edgar Broughton Band...

Quasiment tous les disques que j'ai achetés sont tamponnés : ils viennent de la collection d'une même famille de la région. Ils datent pour la plupart des années 1970, répartis à peu près équitablement entre pressages français et américains, dont plusieurs ont un coin coupé, dans des genres qui couvrent le blues, le folk, la country, le rock et tout ce qui mélange un peu tout ça. Il y a des noms que je connaissais, et des choses à peu près inconnues pour moi, comme Earl Hooker, The Youngbloods, Heads Hands and Feet et Artful Dodger.
Rétrospectivement, je suis impressionné par le fait que les goûts de cette famille étaient aussi pointus. Pour une bonne partie, je pense que ces disques n'étaient pas disponibles chez les disquaires de la région, il fallait soit aller à Paris, soit les importer ou voyager pour les acheter. Et il y a une chose dont je suis sûr : tous ces disques que j'ai achetés ne constituent qu'une infime partie de la collection initiale, peut-être un "reste" vendu pour pas cher à Cash. Des gens qui avaient ces albums d'artistes inconnus ou quasi-inconnus chez nous avaient forcément plein d'autres disques. Je pense que les Stones, les Led Zeppelin, les Who, les Creedence etc. qu'ils avaient n'ont pas été perdus pour tout le monde.

Quand j'ai mis le disque sur la platine, je ne connaissais absolument rien de Crowbar.
L'album s'ouvre avec un instrumental bluesy, le premier de quatre Frenchman's filler (Bouche-trou du français, je dirais) qu'on trouve en début et en fin de chaque face. On enchaîne ensuite avec Too true Mama, un titre bien gras, assez rhythm and blues, avec des chœurs et des cuivres. J'étais assez convaincu à la fin de cette chanson pour me dire que j'allais chroniquer le disque et je me suis renseigné sur le groupe.

Il s'avère que Crowbar est un groupe fondé au Canada en 1970. Les gars avaient déjà un certain pédigrée car ils avaient pour la plupart précédemment accompagné Ronnie Hawkins sous le nom de And Many Others (leur seule trace discographique avec lui serait le single de 1968 Mary Jane). On n'est donc pas surpris d'entendre leur cocktail de rock, de boogie et de blues.
Le titre de l'album, Bad manors, est un jeu de mots sur "mauvaises manières" et sur le nom de la propriété où le groupe s'était installé en communauté, à Ancaster dans l'Ontario. Le sous-titre est trompeur : avec cette mention de "golden hits, volume 1", j'ai cru qu'il s'agissait d'une compilation, mais c'est bel et bien le deuxième album du groupe; le premier aussi en quelque sorte car Official music en 1970 créditait en premier le chanteur King Biscuit Boy, qui a quitté le groupe peu de temps après.
Et je ne dois pas être le seul par ici à ne jamais avoir entendu parler de Crowbar : un seul de leurs albums est sorti en France, un live de 1972.

La face A se poursuit sur un rythme d'enfer : une version survitaminée de Let the four winds blow de Fats Domino et trois autres reprises à la suite : House of blue lights, un boogie-woogie à double vitesse, Train keep rollin' et Baby let's play house, avec King Biscuit Boy en invité au yodel. La face se termine en beauté avec Oh what a feeling, le plus grand succès du groupe, presque un classique au Canada. Là, ça démarre carrément funky. Ça surprend, mais l'explication est simple : la chanson prend racine dans un medley de titres de James Brown que certains membres du groupe jouait sur scène dans une formation pre-Crowbar.

La face B continue dans la même veine, avec plus d'originaux, comme Murder in the first degree ou Mountain fire, avec son accompagnement de glou-glous. L'album se conclut joyeusement et religieusement avec Prince of peace, où Crowbar est notamment accompagné par la chorale de la bibliothèque publique de Terryberry. A la fin du disque, même dans son salon, on a l'impression de sentir la bière, le tabac et la sueur !

Au total, c'est un très bon disque dans son genre, que j'apprécie, même si je ne vais pas me mettre à écouter du boogie-blues à longueur de journées. C'est en tout cas une découverte bien représentative de ce beau lot de disques. Un lot comme j'aimerais en trouver plus souvent...!

Crowbar s'est séparé en 1975, mais s'est reformé dès 1977. Une version du groupe tournait encore en 2019.


Un reportage d'époque sur Crowbar à Bad Manors.






10 août 2018

DAVE BARTHOLOMEW : Golden rule in New Orleans


Acquis par correspondance via Amazon en juillet 2018
Réf : 263536 -- Édité par Hoodoo en Europe en 2016
Support : CD 12 cm
30 titres

Lors de mon dernier séjour en Angleterre, je me suis dégoté pour 1 £ le livre de 2006 de Rick Coleman, Blue Monday : Fats Domino and the lost dawn of rock 'n' roll. Un livre passionnant, fruit d'une bonne vingtaine d'années de travail, inédit en français. Il retrace bien sûr en détails le parcours incroyable de Fats Domino, qui a sorti son premier disque en 1949 et qui est mort à 89 ans le 24 octobre 2017. Les débuts, le succès, les tournées, la composition du groupe, les drames, tout est détaillé, avec une insistance sur les difficultés pour un groupe noir de jouer partout et pour tous en pleine ségrégation et, comme l'indique le sous-titre, sur l'importance sous-estimée dans l'histoire du rock 'n' roll de la musique de La Nouvelle Orléans.
Il y a en fait quatre personnages centraux dans le livre, Fats Domino (le vrai King, selon Elvis Presley), Dave Bartholomew (auteur-compositeur, trompettiste, chanteur, chef d'orchestre, producteur et arrangeur), Cosimo Matassa (propriétaire du studio J&M) et Lew Chudd qui, depuis Los Angeles, a joué un rôle essentiel pour diffuser la musique de la Nouvelle Orléans avec son label Imperial, en signant Fats Domino et même en salariant pendant des années Dave Bartholomew comme dénicheur de talents et producteur-maison.
Parmi les choses que j'ai apprises, il y a le fait que Be my guest, un single de 1959 de Fats Domino, avec un accent marqué sur les contre-temps, a eu un énorme succès en Jamaïque et a contribué directement à la naissance du ska. Et, dans un registre moins gai, je ne savais pas que le musicien de country et homme politique Jimmie Davis, surtout connu pour You are my sunshine, avait été élu en 1960 pour son deuxième mandat de gouverneur de la Louisiane sur un programme défendant fermement la ségrégation (même si c'était censé être un forme respectueuse de ségrégation, prétendant traiter les noirs à égalité des blancs, selon la formule "séparés mais égaux") et il a tout fait pour s'opposer aux décisions de justice ordonnant l'intégration des élèves noirs dans les écoles publiques.
En lisant le livre, j'ai évidemment beaucoup pensé à Dave Bartholomew, dont il est immanquablement question tout au long.
Je savais que Domino était mort récemment, mais je pensais bien que Bartholomew, dont j'ai chroniqué en 2007 un album de jazz Nouvelle Orléans, était vivant. Je pensais qu'il était né plus tôt que Fats, mais non : Dave Bartholomew est né le 24 décembre 1918 (certaines sources annoncent 1920, mais les plus sérieuses, dont Rick Coleman dans son livre, s'accordent sur 1918) et est donc dans sa centième année.
Pour fêter ça et rendre hommage à un contemporain à la vie impressionnante, j'ai décidé de me procurer cette compilation d'enregistrements de Dave Bartholomew sous son nom, d'autant que cela fait plusieurs mois que j'écoute régulièrement quelques-uns de ces titres en MP3.
Heureusement, il est membre du Rock and roll Hall of Fame et du Songwriters Hall of Fame.
La carrière professionnelle de Bartholomew a commencé comme trompettiste, dès la fin des années 1930. Pendant la guerre de 1939-1945, il a été affecté à un orchestre militaire et a appris à lire la musique et à arranger, ce qui lui a été très utile par la suite. Il a créé son proche orchestre dès la fin 1945 et a commencé à enregistrer sous son nom en 1947.
C'est Bartholomew qui a fait découvrir Fats Domino à Lew Chudd lors d'un concert. Quelques temps plus tôt, Dave avait engueulé un de ses musiciens qui, sans respecter ses ordres, avait laissé Fats jouer du piano pendant l'entracte de son orchestre.
La collaboration entre Domino et Bartholomew a été longue et très fructueuse, Elle a débuté fin 1949 par l'enregistrement de The fat man. Il y a eu des engueulades et des réconciliations, et apparemment on ne peut pas dire qu'ils étaient vraiment amis, mais ils se complétaient parfaitement et ont co-signé ensemble des dizaines de titres, dont un grand nombre de classiques, l'un ou l'autre apportant l'idée de base de la chanson suivant les cas.
A ceux qui s'interrogeraient sur le rapport entre Dave Bartholomew et le rock 'n' roll, je conseillerais juste d'écouter la partie de guitare de Basin Street breakdown, de 1949 (!), qui ne figure malheureusement pas sur mon CD, mais le morceau-titre The golden rule (1951) met aussi bien en avant la guitare électrique.
Sur cette excellente compilation de Hoodoo Records, on trouve trente titres enregistrés pour les labels King et Imperial entre 1947 et 1960.
Country boy (1949), qui fut un succès régionalement, donne bien le ton de la plupart des titres du disque : il y a un côté léger voire comique très souvent présent dans les paroles ("I'm a little country boy running wild in this big old town. All the girls love me, 'cos they know what I'm putting down"). Dans le genre, mes préférées sont Who drank my beer while I was in the rear ? (Qui a bu ma bière quand j'étais à l'arrière ?, 1952) et My ding-a-ling (1952), vingt ans avant que Chuck Berry en fasse un tube. Il y a aussi The ice-man (1952), une chanson pleine de double-sens sur un vendeur de blocs de glace, ou le rhythm and blues rigolo de Yeah yeah.
Dave Bartholomew n'a pas vraiment eu de grand succès avec les parutions sous son nom pendant toutes les années 1950, alors qu'il vendait des millions de disques avec Fats Domino et de nombreux autres artistes qu'il a produits. Il aurait découvert après coup que Lew Chudd accpetait de sortir ses disques sur Imperial mais n'en faisait pas la promotion et les laissait croupir dans ses entrepôts pour se concentrer sur Domino. Cela parait assez plausible.
Il y a bien sûr des liens avec Domino : Jump children avec Fats au piano et deux titres co-signés, dont l'excellent Four winds (1955), que Domino enregistrera en 1961 sous le titre Let the four winds blow. Les deux compères étaient coutumiers du fait, enregistrant parfois à plusieurs années d'écart pour Domino un titre initialement confié à un artiste Imperial, et vice-versa.
Pour une ambiance de carnaval de la Nouvelle Orléans, il y a Shrimp & gumbo (1955), l'un des très nombreux titres du CD co-écrits avec le guitariste Pearl King.
Il y a plusieurs instrumentaux pour le disque. J'ai repéré particulièrement Good news (1957) et Twins (1951) et The shufflin' fox (1957), qui mettent bien en valeur la trompette.
On trouve sur cette compilation pas moins de six titres enregistrés le 12 mars 1967 au studio J&M. Une session très productive, d'autant qu'on compte parmi ceux-ci deux de mes préférés du lots. The monkey speaks his mind, inspiré à Bartholomew par un tract religieux qui lui avait été distribué. Les paroles sont très réussies, avec des singes qui effectivement donnent leur opinion : "Trois singes étaient assis dans un cocotier, discutant des choses telles qu'on prétend qu'elle sont. L'un dit aux autres, écoutez vous deux, il y a une certaine rumeur qui ne peut être vraie, que l'homme descendrait de notre noble race. Quoi, l'idée même est une profonde disgrâce. Aucun singe n'a jamais quitté sa femme, affamé son bébé et ruiné sa vie)". Et aussi Cinderella, peut-être ma préférée de toutes, au rythme retenu, Cendrillon revue par Bartholomew ("Je me demande où peut bien être ma Cendrillon. La dernière fois que je l'ai vue, elle avait perdu sa chaussure.")
Il y a plein d'autres bons titres, ne serait-ce que l'enchaînement des trois derniers, In the evening, typique du son de Domino, Shout, sister shout et (I'm) An old cowhand from a blues band.
Dave Bartholomew a souvent dû ressentir le fait que toute l'attention se portait sur Fats Domino. Ça se comprend et c'est malheureusement le lot des hommes de l'ombre qui n'ont pas choisi de l'être. Mais il a aussi connu le succès comme auteur, arrangeur et producteur et ce disque prouve qu'il aurait mérité d'en avoir beaucoup plus comme interprète et tête d'affiche.




Dave Bartholomew, accompagné d'une équipe de télévision, retrouve Fats Domino chez lui.



23 janvier 2017

FATS DOMINO : When my dream boat comes home


Acquis chez British Red Cross à Fulham le 20 janvier 2017
Réf : HL-U.8309 -- Édité par London en Angleterre en 1956
Support : 78 tours 25 cm
Titres : When my dream boat comes home -/- So long

Depuis que j'achète des 78 tours, je suis tombé sur des disques intéressants, de chanson française (Maurice Chevalier, Les Sœurs Étienne), d'accordéon (Tony Murena, Léon Raiter), de "musique du monde" (Mahjouba, Louise & Ferera), de jazz (Dizzy Gillespie), ou de blues (Blind Willie Dunn), mais secrètement j'espère toujours tomber sur un disque de rock, un incunable en quelque sorte.
Certes, ce n'est ni un disque de Chuck Berry ou Bo Diddley, ni mếme un Elvis Presley, un Little Richard, un Bill Haley, un Beatles ou un Rolling Stones, mais franchement j'ai eu le sentiment que ma quête était accomplie quand, à la fin d'une pile d'une douzaine de 78 tours qui contenait la dose habituelle de mièvreries, de classique et d'opéra, j'ai reconnu le label de London Records et vu le nom de Fats Domino. 2 £, ça les valait rien que pour le coup au cœur que ça m'a donné.
Fats Domino, 88 ans aujourd'hui, une carrière entamée sur disque en 1949, bien avant la vague rock 'n' roll, un son où le piano et les cuivres prédominent plutôt que la guitare électrique, mais il est l'une des grandes figures du genre, reconnu et repris par tout le monde.
Ce pressage anglais d'un single américain d'Imperial est sorti en 1956, juste avant Blueberry Hill. Comme cet immense tube, When my dream boat comes home est une reprise d'une chanson de variétés américaines, pur produit de Tin Pan Alley, avec des paroles de Cliff Friend et une musique de Dave Franklin. Sûrement l'une des chansons que Fats écoutait à la radio quand il débutait au piano dans le garage de ses parents. Sauf erreur de ma part, la version originale de cette chanson a été interprétée par Bing Crosby en 1935. Il suffit de comparer cette version avec celle de Fats Domino, sur disque ou en direct à la télé ci-dessous, pour saisir l'effet combiné de Fats et de son producteur Dave Bartholomew. Chez Fats, la chanson est accélérée, survitaminée par une section de cuivres impressionnante, pour un rock qui a conservé ses racines rhythm and blues.
En face B, So long est un original, typique du style qui a fait le succès de Fats Domino, sur un rythme moins échevelé. C'est très bien aussi.
Une fois rentré, je me suis aperçu que le disque avait un jeton au début d'une des faces, et surtout qu'il était en partie fendu. Mais c'est solide ces vieux machins, et j'ai repositionné les deux parties du disque bien en face l'une de l'autre et c'est passé sur l'électrophone sans même un craquement. Vivement que les vide-greniers reprennent, que je trouve d'autres pièces de musée !



16 octobre 2016

LITTLE RICHARD : A whole lotta shakin' goin' on


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 25 septembre 2016
Réf : 469.801 ME -- Édité par Fontana en France en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : A whole lotta shakin' goin' on -- Goodnight Irene -/- Blueberry Hill -- Lawdy Miss Claudie

Il faisait beau et on s'est pointé sur la broc à onze heures bien tapées. Pourtant, sur le stand d'un brocanteur professionnel, qui avait peut-être déballé tard, j'ai très vite trouvé une pile d'une petite vingtaine de 45 tours, de laquelle j'ai extrait deux disques, celui-ci et un EP des Charlots que je ne connaissais pas. Vue la date (1968), je me doutais que ce Je m'énerve serait sans intérêt (J'avais raison...), mais je l'ai pris pour compléter ma collection.
S'agissant d'un pro, je craignais qu'il demande plusieurs euros pour chacun de ses disques, mais j'ai été agréablement surpris qu'il n'en demande qu'un et bien content de récupérer ce beau disque de Little Richard en très bon état, d'autant que la mention "A Vee-Jay recording", plutôt que "Specialty" par exemple, me donnait à penser qu'il s'agissait d'enregistrements originaux des années 1960 plutôt que d'une simple réédition de titres des années 1950.
Si je compte bien, quatre grands pionniers du rock sont encore en vie, même s'ils ne sont pas en très grande forme physique. Il faut croire que le piano conserve mieux que la guitare car, dans le lot, je compte un guitariste, Chuck Berry, et trois pianistes, Fats Domino, Little Richard et Jerry Lee Lewis. Eh bien, les trois pianistes sont en quelque sorte réunis sur ce 45 tours, puisque, outre Goodnight Irene de Leadbelly, Little Richard y reprend le tube de Jerry Lee Lewis de 1957 Whole lotta shakin' goin' on (créé par Big Maybelle en 1952), ainsi que Blueberry Hill de Fats Domino et Lawdy Miss Clawdy, de Lloyd Price certes, mais accompagné par Fats Domino et Dave Bartholomew.
Au début des années 1960, Little Richard s'était passionné pour la religion et avait arrête le rock 'n' roll / rhythm and blues. Dès 1962, cependant, il a repris les concerts dans ce style, poussé entre autres par le regain d'intérêt suscité par ses célèbres fans anglais, dont les Beatles. Fin 1963, il a notamment tourné avec succès en Angleterre, avec également à l'affiche les Everly Brothers et les Rolling Stones.
Les titres de ce 45 tours sont extraits de l'album Little Richard is back and there's a whole lotta shakin' goin' on, sorti en 1964 par son nouveau label, Vee-Jay. Sauf erreur de ma part, seul cet EP est sorti en France, l'album en entier n'aurait pas été édité par chez nous. Un autre album, Little Richard's Greatest hits (des nouvelles versions de ses grands succès) est sorti en 1965, mais ensuite Vee-Jay a fait faillite et les nombreux autres titres mis en boîte lors des sessions des deux albums sont sortis au fil du temps sur différents labels.
J'avais déjà repéré cette version de A whole lotta shakin' goin' on sur ma compilation Vee-Jay. Elle est excellente. En ouverture, Richard annonce qu'il vient de rentrer d'une tournée en Angleterre et que la folie rock 'n' roll y règne. Là, c'est dans les sillons du disque qu'elle règne, avec du piano, bien sûr, de l'orgue aussi, et de la guitare, presque certainement tenue par Jimi Hendrix.
Ça pulse bien également pour Goodnight Irene, avec des chœurs. On ne s'y attendrait pas avec une chanson aussi délicate, mais elle résiste bien à ce traitement qui donne l'impression qu'elle est interprétée soit dans une église évangélique avec une puissant chorale, soit dans un boui-boui du Sud des États-Unis à la fin d'une soirée très arrosée.
Ça continue à chauffer sur la face B, avec une version survitaminée de Blueberry Hill, avec cuivres et chœurs et une belle partie de piano.
Quand j'ai vu que le dernier titre faisait référence à "Claudie" plutôt que "Clawdy", j'ai cru qu'une fois de plus, comme souvent dans les années 1960, le label français avait fait des siennes en se trompant sur l'orthographe du prénom, mais non, déjà sur l'édition américaine de l'album, l'orthographe du prénom a été corrigée et il est inscrit comme à la française. Little Richard s'en donne à cœur joie au piano sur cette version de Lawdy Miss Claudie, mais c'est quand même le titre le moins fort des quatre à mon goût. D'autant qu'on a l'impression vers le milieu, quand le solo de piano est interrompu par la guitare, que deux prises différentes ont été sauvagement collées ensemble sans prendre de gants.
En rentrant de la brocante, j'étais simplement content d'être revenu avec ce 45 tours un peu tardif de Little Richard. En fait, c'est tout simplement l'un des meilleurs disques de rock / r & b que j'ai achetés ces dernières années. Je m'en réjouis !


Little Richard, A whole lotta shakin' goin' on, en direct dans l'émission américaine Shindig !, en 1964.


Little Richard accompagné par Sounds Incorporated, A whole lotta shakin' goin' on, en direct dans l'émission It's Little Richard sur la chaîne Granada, enregistrée à Manchester en novembre 1963 et diffusée le 8 janvier 1964.
Voir l'émission complète mais avec un son pourri. 


09 octobre 2016

DION : Les plus grands succès de Dion


Acquis chez Récup'R à Dizy le 24 septembre 2016
Réf : LD 619-30 -- Édité par Vogue en France vers 1964
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Une ressourcerie a ouvert cette année dans ma communauté de communes. Jusqu'à présent, je n'y avais pas fait de bonnes affaires, surtout parce que je n'y avais rien trouvé à mon goût, mais aussi parce qu'initialement, contrairement aux livres et aux CD, les vinyls étaient vendus trop chers. Désormais, les prix ont été divisés par deux pour s'aligner sur ceux d'Emmaüs, et c'est très bien comme ça.
Alors, quand j'ai décidé d'y passer un samedi matin de septembre, c'était plus par acquit de conscience qu'autre chose. Initialement, j'ai quand même trouvé deux 45 tours assez intéressants. Ensuite, j'ai hésité à regarder les 33 tours, car il y avait visiblement surtout de la variété et il me semblait bien qu'ils étaient déjà là lors de mon précédent passage. Mais je les ai regardés quand même vite fait et, à un moment, après avoir soulevé un carton de 45 tours posés sur des albums, j'ai révélé une affichette indiquant "Arrivage de la semaine" et je suis tombé sur un gisement d'une trentaine de 33 tours des années 1960, aux pochettes en parfait état, parmi lesquels, passablement excité, j'ai fait mon choix.
J'ai laissé quelques "surprise parties" que j'avais déjà ou qui ne m'intéressaient pas, des Petula Clark et de la variété-musette, mais je suis reparti avec onze albums, par Geno Washington and the Ram Jam Band, Nancy Sinatra, Sandie Shaw, Ray Charles, Josh White, Michel Paje, Miriam Makeba, Jack Hammer, Les Fantômes, ainsi qu'une compilation intitulée Shame and scandal in the family. Excusez du peu !
Ce qu'il y a d'assez bizarre dans ce lot c'est que, même si musicalement on y trouve des genres assez variés représentatifs de l'époque, les disques ont tous un point commun : qu'ils soient édités sur label Roulette, Pye, Mode, ou Reprise, ils ont tous fabriqués et distribués par Vogue. Soit ils appartenaient à un collectionneur monomaniaque qui n'achetait que des productions de cette maison, soit, plus probablement, ils viennent de chez quelqu'un qui avait un lien avec Vogue.
Pour vous présenter ce lot, j'ai choisi Les plus grands succès de Dion, une compilation "hully gully & twist", "spécial teenagers", pour sa pochette qui claque et aussi parce que je ne tombe pas tous les jours sur un album d'époque de Dion.
En groupe avec The Belmonts à la fin des années 1950 et en solo dans la première moitié des années 1960, après la folie rock 'n' roll et avant la Beatlemania, Dion a eu de nombreux succès aux États-Unis et dans le monde entier et pourtant, avant d'acheter ce disque, je n'aurais probablement pu en citer qu'un seul, The wanderer, que j'ai depuis longtemps sur une édition de la bande originale du film de 1979 The wanderers.
La musique de Dion, c'est de la pop, qui incorpore une forte proportion de doo wop, du rock et du rhythm and blues.
Les titres qu'on retrouve ici sont pris parmi ceux qu'il a enregistrés chez Laurie Records, en solo mais avec l'appui du groupe vocal The Del-Satins, de 1960 à 1962.
Le début de l'album est un peu décevant, y compris The majestic, qui était pourtant la face A du 45 tours où l'on trouvait l'excellent The wanderer. Mais, à partir de Love came to me, ça devient nettement plus intéressant.
Mon titre préféré de l'album est une reprise d'une chanson de Fats Domino de 1955, I can't go on. C'est un signe, mais c'est sûrement le seul titre du disque qui date de l'époque Dion and the Belmonts : Rosalie (I can't go on) est sorti sur un 45 tours en 1958, et Laurie l'a mis sur un album de Dion en 1963, après son départ du label pour Columbia. C'est ce qu'il y a de plus fou ici, avec des chœurs à la Papa oom mow mow. C'est bien plus sauvage que la version originale !
La face B est d'une excellente tenue, de Come go with me à
Runaround Sue, en passant par l'excellent Lovers who wander, Little Diane, avec peut-être bien un kazoo, Sandy et une reprise de Kansas City avec un solo de guitare d'autant plus remarquable qu'il y en a peu sur le reste du disque.
A certains moments en écoutant cet album, on se dit que les chansons de Dion font partie de celles qui, à la radio, ont dû bercer un Jonathan Richman d'une dizaine d'années.
Comme indiqué au dos de la pochette, plusieurs des succès de Dion ont été adaptés en français, comme Le vagabond (The wanderer) par Richard Anthony.
Les copains (Alain et Claude), qui étaient aussi chez Vogue, ont enregistré  La chanson de mon coeur (Runaway girl) et Indifèle (Runaround Sue), et j'ai trouvé deux autres adaptations de cette chanson,
Pas sincère par Les Vautours et Volage, pas très bien chantée ni jouée par Les Chaussettes Noires. "Infidèle", "Pas sincère", "Volage", la pauvre Sue en prend pour son grade, mais c'est pour une fois dans l'esprit des paroles originales, qui la présente comme sortant avec tous les gars de la ville.
Les tubes sont devenus plus rares pour Dion après 1965, mais aujourd'hui il continue d'enregistrer et de tourner, et a eu l'occasion au fil des ans de collaborer avec Phil Spector, Bruce Springsteen et Lou Reed, qui l'a invité sur New York.
Pour ma part, je me félicite de l'existence des ressourceries et autres boutiques caritatives, car ce n'est pas sur les vide-greniers que j'ai trouvé cette année des 33 tours et 45 tours de cet acabit.



Dion, The wanderer et Runaround Sue, à la télévision américaine (avec sûrement le son du disque remis sur les images). Pour le coup, je crois que j'apprécie mieux la musique sans ces images un peu ringardes.



Le 45 tours américain et l'EP français de 1961 dont la photo de pochette a été reprise pour cette compilation.

13 juillet 2012

THE KINGS OF TWIST : Bal de France n° 6


Acquis chez Emmaüs à Briancourt le 7 juillet 2012
Réf : BAL. 6 -- Edité par Bal de France en France en 1962
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Peppermint twist -- Hello Joséphine -/- Le twist de Schubert -- Oh ! Jenny

En cette veille de Fête Nationale, les bals, de pompiers ou non, sont nombreux à être organisés ce soir. Ça tombe bien, j'ai justement trouvé la semaine dernière chez Emmaüs Ardennes, en route pour l'excellent Ptit Faystival, ce 45 tours sous étiquette Bal de France !
Il y a cinquante ans, l'heure n'était pas aux suppressions d'emplois chez Air France, et les trois hôtesses et le commandant de bord en photo sur cette pochette plutôt très réussie transforment sans problème la piste d'atterrissage en piste de danse !
Ces disques Bal de France étaient probablement distribués dans les épiceries ou autres commerces à un prix "économique" (5 F. 50). Ce numéro 6 spécial Twist est attribué à The Kings of Twist. Qui sont les Kings of Twist ? Juste un nom dans le ton, comme souvent avec ce genre de production. Aucun nom de musicien, bien sûr, mais il y a quelques pistes.
Le deuxième titre, Hello Joséphine, une reprise de Fats Domino, est le plus faible du lot. Le son de la guitare est bon, mais le rythme est mou du genou et le chanteur faiblard, comme beaucoup d'autres yé-yés.  C'est pourtant la présence  de cette chanson qui fait que ce disque est apparemment assez recherché, puisqu'il s'agit en fait d'une face B du tout premier 45 tours de Long Chris et les Daltons, paru quelques mois plus tôt chez Pacific.
Les trois autres titres, tous instrumentaux, sont d'une bien meilleure tenue. Il s'agit d'une reprise du Peppermint twist de Joey Dee and the Starliters, d'une version du Twist de Schubert, créé par Danny Boy et ses Pénitents , à moins que ce ne soit par Michel Sidney (je ne connais pas cet air de Schubert mais j'avancerais bien sans grand risque de me tromper qu'il s'agit de La truite !) et enfin d'Oh ! Jenny, signé J. Bouchety et G. Aber, qui semble un original.
Ces morceaux sont très enlevés, avec un son et une production d'excellente qualité. La guitare électrique est très présente, comme dans tout twist, mais les cuivres aussi, particulièrement un sax ténor proéminent sur Peppermint twist et Oh ! Jenny et un autre, moins grave sur Schubert. A se demander si Billy Nash n'est pas dans le coup...
Ces trois titres étaient eux aussi déjà parus chez Pacific, sur un 45 tours crédités à The Twisting Guitars. On peut donc poser l'équation The Kings of Twist = 1/4 (Long Chris et les Daltons) + 3/4 (The Twisting Guitars). Mais ne me demandez pas qui sont The Twisting Guitars, ce n'est pas le sujet de l'exercice du jour et ça reste une inconnue. En tout cas, ce n'est pas parce que l'EP des Twisting Guitars a eu droit à une édition espagnole chez Belter que ce groupe est ibérique, comme semble le penser Instromania, qui les a inclus sur une compilation de groupes espagnols instrumentaux. Je suis à peu près certain qu'ils sont français, les auteurs ou adaptateurs de leurs chansons étant tous francophones, y compris pour le quatrième titre, remplacé ici par celui de Long Chris, qui est une reprise d'Adamo. Et sur la pochette française il y a une belle photo de guitare en noir et blanc signée Jean-Pierre Leloir.
Pour ma part, je fuis les bals, mais si vous allez danser ce soir, attention aux pétards, mais laissez-vous twister !


25 août 2009

COCKTAIL PARTY HERTA



Acquis sur le vide-grenier de la rue de l'Hôpital à Epernay le 23 août 2009
Réf : MLGD 22 -- Edité par Pathé Marconi EMI en France en 1984 -- Disque offert par Herta
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Petit vide-grenier d'été par un temps agréable, plutôt sympa, même si j'ai vu devant moi au premier stand un gars sortir d'un carton le 45 tours La chanson de Slogan de Gainsbourg et Birkin, en parfait état, un disque qu'on ne croise pas tous les jours.
Moi, c'est dans une caisse d'une vingtaine d'albums années 80 en bon état mais sans aucun intérêt que je suis tombé sur ce disque.
Dès que j'ai aperçu le dessin de la pochette, je me suis dit, "Tiens, une pochette de Serge Clerc que je ne connaissais pas". Je me trompais, mais de peu car dans la seconde j'ai aperçu la signature d'Yves Chaland, autre grand nom de la ligne claire française des années 80.
Je n'avais effectivement jamais vu ce disque. Et pour cause, c'est un objet publicitaire qui a été diffusé en 1984 aux détaillants du traiteur industriel Herta.
Il y a donc en pochette une superbe illustration très colorée d'une cocktail party très raffinée et très fifties, mais quand on l'ouvre, on passe aux choses sérieuses avec une toute autre ambiance graphique pour la promotion de trois nouveaux produits dont Herta souhaitait faire des hits : la pâte à tarte en deux variétés et en nouveau conditionnement de 500 g, les croque-monsieur "frais" dans un emballage rigide avec une présentation particulièrement attrayante et les nouvelles saucisses-cocktail Knackinettes, version réduite des célèbres knackis dont le succès assure d'emblée des consommatrices déjà conquises.



Même en bon état à 1 €, même avec une pochette rare d'un artiste recherché comme Yves Chaland, je ne suis pas du tout certain que j'aurais fait l'acquisition de cet objet s'il n'y avait eu à l'intérieur de la pochette un disque qui n'est pas complètement sans intérêt.
Il s'agit d'une compilation pour animer une soirée dansante, bien sûr, sélectionnée parmi l'immense catalogue Pathé Marconi EMI, probablement par quelqu'un de goût de l'agence de publicité Harmony qui a mené cette campagne. Il y a dans le tas de bons titres que je n'avais pas déjà en disque.

La face A, réservée à ces anglophones, est un sans-faute, avec I'm walking de Fats Domino, une reprise de Long tall Sally par Eddie Cochran, les trois premières minutes du John Lee Hooker de Johnny Rivers, celles où il chante surtout le refrain de Satisfaction des Stones, le Just a gigolo/I ain't got nobody de Louis Prima et pour finir, Rocky road blues par Gene Vincent, une reprise de Bill Monroe enregistrée en 1958 qui surprend surtout parce qu'elle fait la part belle au piano plutôt qu'à la guitare, peut-être en référence à la version de ce titre qu'Amos Milburn a enregistrée. La version donnée sur scène fin 1963, où Gene Vincent est accompagné par les Sunlights, est beaucoup plus électrique !

Sur la face B, principalement consacrée à des francophones, ça a tendance à se gâter. Ça commence pourtant tout à fait honnêtement avec Let's twist again par Richard Anthony, un titre qu'on a effectivement toujours envie de danser, avec Richard qui chante en anglais, mais plutôt bien. Dick Rivers chante lui en français, mais pas génialement. C'est dommage car, du point de vue instrumental, Les Chats Sauvages s'en sortent plutôt bien sur Est-ce que tu le sais, reprise du What I'd say de Ray Charles. Ensuite, c'est la catastrophe. Claude François chante horriblement et en anglais Don't play that song again, reprise de son propre La solitude c'est après. Ce qui est sûr, c'est qu'on obéira à l'injonction du titre, et ce qui est évident c'est que le compilateur ne s'est pas remis de cette erreur. Du coup, il perd les pédales et nous sort un grand classique, mais anglophone, un medley des Andrews Sisters, avant de conclure avec un titre imparable "pour les jeunes", le Betsy party de Starshooter. C'est amusant : ça fait deux fois que je chronique cette chanson et c'est à chaque fois sur un disque publicitaire...

Le mois dernier, un exemplaire de cet album a été vendu 82 € aux enchères. C'est peut-être le prix à payer de nos jours pour la reproduction d'un dessin assez rare d'Yves Chaland, mais ça fait un peu cher pour une compilation inégale et c'est carrément énorme pour des saucisses et des croque-monsieur depuis longtemps éventés !


18 juillet 2009

FATS DOMINO : Your cheating heart


Acquis sur le vide-grenier de Vertus le 14 juillet 2009
Réf : AI 136 -- Edité par Imperial en Hollande vers 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Your cheating heart -/- I can't give you anything but love

En ces temps où il n'est pas rare de rentrer bredouille d'un vide-grenier, à s'interroger sur ces cartons de 45 tours de variétés en piteux état annoncés à 1,50 € pièce, ou sur ces 45 tours des plus courants de Michael Jackson achetés sans discuter 3 € (on se demande bien pourquoi...), n'hésitons pas à nous replier sur une valeur sûre, et même une légende vivante, avec ce 45 tours de Fats Domino, d'époque je pense, qui n'a jamais eu de pochette illustrée je pense aussi, "Made in Holland" et probablement effectivement destiné au marché local, contrairement aux productions d'autres labels comme Columbia, si j'en crois les inscriptions légales en néerlandais sur l'étiquette du disque.
Ce disque compile en fait deux faces de singles américains de Fats Domino, ses 68e et 69e singles (!), les derniers à être parus chez Imperial avant son transfert chez ABC. Eh oui, au moment de ce transfert Fats Domino enregistrait déjà depuis 15 ans et cette chronique est donc l'occasion de marquer ses 60 ans de carrière discographique, ce qui fait sûrement de lui, à 81 ans, l'un des plus grands anciens du rock'n'roll et du rhythm'n'blues.
Ces deux titres, parmi les derniers produits avec Dave Bartholomew il me semble, sont deux reprises. Your cheating heart est une reprise de Hank Williams bien sûr. Fats se l'approprie en l'arrangeant à sa main, avec piano et cuivres, dans un rythme et un style qui n'est pas sans rappeler celui de Blueberry Hill. I can't give you anything but love est un standard du jazz. C'est moins dans mes goûts, bien sûr, mais la version est bonne. Je suis quand même surpris que ce titre ait été sélectionné comme face A de single.
Je ne sais plus si c'était dans Uncut ou dans Mojo, mais il y avait eu un grand reportage sur Fats Domino, sur ses terres de La Nouvelle Orleans, dans le quartier qu'il n'avait jamais quitté, là où il avait sa maison, sa Cadillac rose et d'autres propriétés. C'était juste quelques mois avant que l'ouragan Katrina ne détruise sa maison et son quartier que Fats et sa famille ne réchappent de justesse aux inondations. L'article dressait de Fats Domino un portrait éminemment sympathique et modeste. C'est comme ça que l'on préfère nos rock stars !

25 décembre 2008

CLIFTON CHENIER : Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer


Acquis sur le vide-grenier de Chouilly le 17 juin 2007
Réf : 62.246 -- Edité par Barclay/Blue Star en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer (Keep-a-knockin' but you can't come in) -/- Choo choo ch'boogie

Mine de rien, ce 17 juin 2007, j'ai fait quelques bonnes trouvailles, puisqu'avant d'acheter à Damery la compilation Voulez-vous venir en surprise-partie avec moi ? et un 45 tours de Bo Diddley, j'étais tombé à Chouilly sur un album de Hank Snow, malheureusement plus parlé que chanté, et sur ce 45 tours de Clifton Chenier. Et ce n'est pas tous les jours qu'on voit des 45 tours de Clifton Chenier, en bon état qui plus est, avec une pochette sympa et un titre en français cadien.
Clifton Chenier, qui est mort fin 1987, a popularisé dans les années 70 et 80 une version du zydeco mâtinée de rhythm and blues et de rock and roll.
Sa carrière discographique s'est faite surtout chez Arhoolie mais en 1976 il a sorti en France un album intitulé Frenchin' the boogie, produit par le journaliste de Rock & Folk et producteur chez Barclay Philippe Rault. Les deux titres de ce 45 tours sont extraits de cet album.
Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer est une version en créole du traditionnel Keep on knocking, repris par tout le monde, de Jacob Miller à Little Richard, mais le titre est ici crédité à Bartholomew et King, c'est à dire que la chanson concernée est celle connue sous le titre I hear you knocking, popularisée par Smiley Lewis, Fats Domino ou Dave Edmunds.
Cette version de Clifton Chenier est excellente et des plus festives. Son accordéon est bien en avant, ce qui n'est pas le cas tout le temps sur l'album Frenchin' the boogie, à la palette plus large que le seul zydeco puisque Chenier y reprend Ray Charles, Fats Domino, Willie Dixon, Sleepy John Estes et même Chuck Berry et Shake, rattle and roll (l'album peut s'écouter intégralement sur Deezer). La plupart de ces reprises, comme Tu peux cogner, sont en créole, ce qui est très bien et pourrait donner des idées aux groupes francophones qui veulent faire des reprises en français de titres anglais, mais je mentirais en disant que je comprends toutes les paroles !
Choo choo ch'boogie, pour le coup est chanté en anglais. C'est aussi un titre typiquement zydeco sur lequel l'accordéon de Chenier dialogue avec l'orgue d'une nouvelle recrue dans son groupe, Stanley Dural, plus connu depuis sous le nom de Buckwheat Zydeco.

Des photos prises à l'occasion du concert de Clifton Chenier pour le Mardi Gras au Jay's Lounge, près de Lafayette, en 1975.

24 octobre 2008

ROCKY SHARPE AND THE REPLAYS : Come on let's go


Acquis sur le vide-grenier de Germaine le 31 août 2008
Réf : A 120 CW 1611 -- Edité par Chiswick en France en 1981
Support : 33 tours 17 cm
14 titres

C'était tout au bout du vide-grenier, là où les stands font mine de s'enfoncer dans la forêt de Germaine. Les deux gars avaient l'air de durs à qui on ne la fait pas. Ils avaient une glacière qui contenait une petite vingtaine de 33 tours, en bon état mais il n'y avait que de la variété ou d'autres merdes, et au milieu de tout ça, cet album de Rocky Sharpe and the Replays. J'ai demandé le prix à tout hasard, et je ne m'attendais pas à ce qu'ils me répondent 30 centimes ! Je leur ai dit qu'à ce prix là ça ne valait pas le coup de s'en priver et je suis reparti avec le disque sous le bras.

Le plus étonnant de l'histoire, c'est que le matin même j'avais entrepris de reclasser une poignée de mes 45 tours et j'étais tombé sur le Rama lama ding dong de Rocky Sharpe and the Replays (un disque de 1978 en pochette générique Chiswick, que j'ai acheté il y a presque 25 ans sur la seule foi de son label justement) et je m'étais redit que cette reprise d'un titre de doo wop était vraiment sympa.

Même si la maquette et la photo de pochette de ce disque (qui est une compilation de titres de leurs trois premiers albums) le datent immanquablement des années 80, les Replays (Rediffusions) étaient un groupe 100% rétro, qui ne faisait quasiment que des reprises.
Le titre le plus contemporain de l'album est une reprise de Heart de Rockpile, mais il s'agit là d'un groupe qui était lui-même très rétro ! Avant les Replays, et dès 1972, Rocky Sharpe était accompagné des Razors. Une partie de ce groupe a d'ailleurs ensuite fondé les Darts, un autre groupe rétro, qui lui a connu un succès énorme. Quant à lui, Rocky Sharpe a quand même eu quelques tubes en Angleterre et dans le reste de l'Europe, Rama lama ding dong étant le premier, et c'est ce titre dans la même version qu'on retrouve en ouverture de cet album.
Globalement, c'est vraiment un disque léger et agréable. Aucune prétention, beaucoup de bonne humeur, le genre d'album dont on peut passer les deux faces dans une soirée en étant sûr que personne ne s'arrêtera de danser à aucun moment.

La sélection des titres est essentielle dans ce genre d'exercice et, outre Rama lama ding dong, mes préférés sont ici A teenager in love de Doc Pomus et Mort Shuman, une reprise amusante du Whole lotta loving de Fats Domino, Come on let's go de Ritchie Valens, que je connais surtout repris par les Ramones et Andy Paley, et surtout Martian hop des Ran-Dells. En écoutant ce dernier titre, on ne peut que penser que Jonathan Richman a dû en écouter la version originale dans ses jeunes années. La version qu'en donne Rocky Sharpe n'a pas le supplément d'âme que Jonathan Richman apporte à ses reprises, mais les influences sont clairement similaires, et on n'est pas surpris d'apprendre que, sur un autre disque, Rocky Sharpe a lui aussi repris Buzz buzz buzz.

La seule chanson difficilement écoutable ici, c'est la reprise de Shout! Shout! (knock yourself out) d'Ernie Maresca. Non pas qu'elle soit mauvaise, mais simplement on peut penser que c'est cette version, sortie sur cet album de 1981 et éditée en 45 tours en Angleterre en 1982, où elle a bien marché, qui a donné l'idée aux Forbans de la reprendre en français. Et en l'écoutant, les français ne peuvent s'empêcher de fredonner "Chante, chante, danse et mets tes baskets" !

Ce qui m'a le plus surpris en lisant la biographie du groupe, c'est d'apprendre que Mike Vernon, non content d'en être le producteur, en était aussi un membre à part entière. Or, je connais Vernon de réputation comme fondateur du label du blues boom anglais Blue Horizon (Fleetwood Mac, Chicken Shack). Il a aussi un gros CV comme producteur, mais je n'imaginais pas qu'il avait aussi eu une carrière d'artiste. En tout cas, il a bien dû s'amuser au sein des Replays, comme on peut le constater sur de nombreuses vidéos disponibles sur YouTube, notamment avec ces interprétations de Martian hop et Rama lama ding dong.

On trouve assez facilement plusieurs rééditions en CD d'albums de Rocky Sharpe and the Replays, avec ou sans bonus, et d'autres compilations, comme le best-of 27 titres Looking for an echo.

16 septembre 2007

DAVE BARTHOLOMEW'S NEW ORLEANS JAZZ BAND


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 9 septembre 2007
Réf : LP-1201 -- Edité par Broadmoor aux Etats-Unis en 1981
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

C'est clair que, jusqu'à il y a peu, je n'aurais pas acheté ce disque. A la rigueur, je me serais fait la remarque que ce type était peut-être celui qui a produit et co-écrit des chansons avec Fats Domino (c'est bien le cas), puis je serais passé au disque suivant. Pourtant, j'ai toujours bien aimé le Dixieland, c'est l'une des raisons pour lesquelles j'aime beaucoup le After the ball de John Fahey ou le The real thing de Taj Mahal.
Et puis, au fil du temps, après certaines formes de blues, je m'intéresse de plus en plus à la country et à d'autres musiques populaires américaines. En plus, en ce dimanche doux, un professionnel de la vente de disques, aimable pour une fois, encore en train de s'installer à neuf heures du matin, avait eu la bonne idée de commencer par mettre une grosse caisse de 33 tours à 1 € sous ses tables.
J'ai allégé sa caisse de trois disques, le premier album de Fumble, un disque de rock rétro sorti en 1972, l'unique album d'Action Now, sorti en 1984 chez Lolita en France et réédité récemment en CD, et cet album de Dave Bartholomew.
Le carton de pochette de cet album est tellement épais, comme souvent pour les disques américains, que j'ai pensé un instant que ce disque était du début des années 70 ou de la fin des années 60, mais le 33 tours lui-même, en état neuf, est tout léger et tout souple, comme beaucoup de galettes des années 80.
Avec des versions de Blueberry hill, Ain't that a shame, I'm walkin' et Let the four winds blow, quatre hits de Fats Domino, plus When the saints go marchin' in, il n'était plus question pour moi en 2007 de laisser passer ce disque à ce prix là, et j'ai bien fait car il me plaît beaucoup !
Je m'attendais à un disque instrumental, mais ce n'est pas le cas. Dave Bartholomew, qui est avant tout trompettiste, arrangeur et chef d'orchestre, chante une petite moitié des titres, modestement, sans prétendre avoir le coffre ou la technique qu'il n'a probablement pas, et ça ne fait que rendre le disque plus sympathique.
La meilleure chanson est celle qui ouvre le disque, Preservation Hall song, en hommage à une célèbre salle de concerts de la Nouvelle Orléans, le Preservation Hall, qui a également généré un orchestre qui parcourt le monde depuis des années. Selon les notes de pochette, c'est d'ailleurs le fondateur du Preservation Hall, M. Jaffe, qui a inspiré ce disque à Bartholomew en lui suggérant de réarranger certains de ses vieux tubes à la sauce jazz traditionnel. L'atmosphère de la chanson est très chaleureuse et détendue, un peu comme sur un disque de Jonathan Richman & the modern Lovers des années 70 ("Allez on va tous au Preservation Hall, il faut arriver tôt si on veut avoir une table au Preservation Hall, l'orchestre Dixieland garde toujours le rythme au Preservation Hall...Prenez un joueur de trombone, un clarinettiste et un batteur, mettez-les tous ensemble et vous avez un bon groupe !"), et je suppose qu'elle doit être jouée en ouverture tous les soirs à La Nouvelle Orléans pendant que les convives s'attablent au Preservation Hall.
Mon autre titre préféré, avec la version chantée de Ain't that a shame, c'est la version instrumentale de Blueberry Hill qui entame la face B. La finesse des arrangements et du jeu est impressionnante, mais elle ne doit pas surprendre si on considère la pointure de la section rythmique (Frank Fields à la basse et Frank Parker à la batterie, qui accompagnaient déjà tous les deux Fats Domino dans les années 50) et des autres musiciens crédités, Waldren Joseph au trombone, Willie Humphrey à la clarinette et Justin Adams à la guitare. La plupart de ces musiciens sont aujourd'hui décédés, mais je me réjouis que nous comptions encore aujourd'hui parmi nos contemporains des figures déjà historiques comme Dave Bartholomew et Fats Domino, mais aussi Bo Diddley, Chuck Berry et Little Richard.
Je ne pensais pas que ce disque était particulèrement rare, car j'y ai trouvé assez vite des références sur le net mais, c'est toujours un signe, je n'ai pas trouvé de reproduction de la pochette et l'album ne figure pas dans la discographie de Bartholomew sur All Music.
En fait, il s'avère que Broadmoor était le label indépendant de Dave Bartholomew, qui tire son nom du quartier de La Nouvelle Orléans dont il est originaire et qui a existé, peut-être de façon intermittente, depuis au moins 1968. Il est donc possible que ce disque ait connu une distribution assez limitée.
Assez tristement, la seule photo de ce disque que j'ai trouvée (ci-dessous), sert à illustrer de façon assez théâtrale les dégâts du cyclone Katrina dans le quartier de Broadmoor en 2005.
Photo by Infrogmation
Photo : Infrogmation

22 juillet 2007

JAH WOBBLE : V.I.E.P.


Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne probablement début 1981
Réf : VS 361-12 -- Edité par Virgin en Angleterre en 1980
Support : 33 tours 30 cm
7 titres

C'est bien sûr par P.I.L. que je suis venu à Jah Wobble. J'avais acheté son album Betrayal peu de temps après sa sortie, mais ensuite j'ai attendu les soles pour acheter, toujours en import, ce maxi (35 F. quand même) et encore plus tard je crois le maxi de la chanson Betrayal.
Si j'en crois le Punk diary de George Gimarc, qui généralement résume bien les infos publiées par la presse hebdomadaire anglaise de l'époque, les sessions qui ont donné ce disque de trente minutes étaient prévues au départ simplement pour une version single de la reprise du Blueberry Hill de Fats Domino qu'on trouvait sur l'album. Finalement, elles ont été très productives et ont donné ce truc hybride : plus qu'un maxi, pas vraiment un album, un mini-album donc.
C'est avec cette reprise, pas avec la version originale, que j'ai appris par coeur et chanté les paroles de Blueberry Hill ! Le ton et la technique vocale de Jah Wobble sont à un niveau qui me convient plutôt bien... Pour la structure de la chanson, c'est simple, Wobble a recyclé la ligne de basse qu'il avait utilisée pour The suit de PIL sur la Metal box. Autrement dit, comme la basse fait pour beaucoup Metal box, on a l'impression d'écouter The suit avec d'autres paroles (Not another sur Betrayal est carrément et tout simplement la version instrumentale du Another de PIL). On a droit aussi à une Computer version de Blueberry hill : comprenez une version instrumentale avec des bidouillages aux synthés ; les ordinateurs, il n'y a pas beaucoup de musiciens qui en avaient quand ce disque est sorti, avant même le premier PC d'IBM.
Etonnament, la boîte à rythmes est au premier plan et la basse reléguée très loin dans le mix pour I need you by my side, également accompagnée de sa version instrumentale. Avec ses paroles et son ton, Wobble s'y moque gentiment des chansons d'amour fou : "Oh baby, don't ever leave me, don't go away... I'm a real man... You make me as happy as a sad boy, I need you by my side everyday".
Sea-side special annonce un peu certaines productions de Wobble à venir : c'est une trop longue version instrumentale assez jazzy avec des touches de world music d'un titre de Betrayal, Today is the first day of the rest of my life, et c'est le titre que j'aime le moins du disque.
Je n'aime pas trop non plus Something profound, le seul des titres chantés à avoir droit à ses paroles imprimées au dos de la pochette.
J'ai par contre toujours beaucoup aimé Blood repression, un reggae à la Linton Kwesi Johnson ("The sky is red, blood is running through the gutters, this is a revolution time all over London"). Le chant sur ce morceau est loin d'être irréprochable, c'est peut-être pour ça qu'il s'agit de la seule des chansons de ce disque écartée des bonus de la réédition en CD de Betrayal en 1990. Elle est donc introuvable en CD, mais avec un peu de chance elle sera peut-être toujours disponible ici quand vous lirez ces lignes.
Ce n'est qu'en 1992 que j'ai enfin vu Jah Wobble en concert, pas dans des conditions idéales puisque c'était en festival, au Printemps de Bourges. Il avait fait pas mal de chemin depuis ses débuts en solo, avec de nombreux accompagnateurs et des arrangements plus léchés, mais c'était bien quand même.