08 décembre 2018

PRINCE NICO MBARGA & ROCAFIL JAZZ : Sweet mother


Acquis chez Hervé L. à Épernay le 1er décembre 2018
Réf : 278.159 (ASALPS 6) -- Édité par Decca en France en 1977
Support : 33 tours 30 cm
Titres : Sweet mother -- Wayo inlaw -/- Aki special -- Christiana

L'ami Hervé a eu une très bonne idée, celle d'acheter un exemplaire de mon livre Vente interdite. La semaine dernière, je suis allé chez lui pour le lui livrer et, au cours de la conversation, comme mû par un réflexe irrépressible, je me suis mis à passer en revue une petite pile de 33 tours posée contre un mur. J'y'ai vu plusieurs disques qui m'intéressaient. J'ai acheté l'an dernier à Hervé une bonne pile de disques, mais ceux-ci n'étaient pas présents alors. J'ai demandé à Hervé s'il souhaitait garder ces disques, il m'a répondu non, et la vente du livre s'est transformée en troc. Je suis reparti de chez Hervé avec cinq 33 tours africains ayant bien vécu, dont celui-ci.
Cela fait un bon paquet d'années que j'ai découvert Prince Nico Mbarga. C'était en 1982 ou 1983, chez Dorian Feller à Reims. Il avait chez lui un double album intitulé Music and rhythm que j'ai dû lui emprunter. C'était une compilation au bénéfice de World of Music, Arts and Dance, qu'on connaît surtout par son acronyme WOMAD, qui connaissait des difficultés financières au bout de deux ans d'existence. Sur ce disque, on trouvait aussi bien Peter Gabriel, David Byrne, The Beat et XTC, du domaine pop-rock-new wave qui me passionnait à l'époque, que des artistes d'un peu partout dans le monde comme Nusrat Fateh Ali Khan, Ekome, Alhaji Bai Konte and Malamini Jobate, Alhaji Ibrahim Abdulai and his Dagbamba Cultural Group et donc Prince Nico Mbarga.
J'avais enregistré mes titres préférés sur une cassette, qui doit être dans une malle au grenier mais je n'ai pas le courage d'aller la chercher, et parmi eux il y avait Sweet mother de Prince Nico. Je commençais alors tout juste à m'intéresser un peu à la musique africaine. Je m'étais laissé convaincre d'acheter les albums de King Sunny Adé and his African Beats chez Island, en partie je crois me souvenir à cause des comparaisons avec Elmore James pour la guitare slide, mais en fait je n'ai jamais beaucoup écouté ces albums. Par contre, j'ai instantanément apprécié Sweet mother, et j'ai été très déçu quand je suis tombé il y a quelques années à Épernay sur la pochette de l'album, toute seule sans disque à l'intérieur. Je me la suis fait offrir en complément d'un autre disque acheté sur le stand, mais je suis bien content, après 35 ans, d'avoir enfin mis la main sur ce disque.
Je ne m'étais jamais intéressé dans le détail au parcours de Prince Nico Mbarga. Il est né en 1950 au Nigéria d'un père camerounais et d'une mère nigériane et, entre la guerre civile au Biafra, les tracasseries administratives (musiciens De Rocafil Jazz sans papiers renvoyés au Cameroun) et une polémique quand il a dit se sentir à 70 % camerounais, cette double appartenance n'a pas été sans causer des problèmes.
Sweet mother est le premier album de Prince Nico. Il est sorti en plein milieu des années 1970 et il suffit de voir les talons des bottes de Prince Nico pour en avoir la confirmation. Ce disque a connu un succès immense grâce à sa chanson-titre. Il s'est apparemment vendu par millions d'exemplaires, sans compter les multiples copies pirates. Je ne sais pas ce qui a fait le succès de Sweet mother, l'ode d'un fils à sa mère. Le chant en anglais pidgin et le mélange de styles ont pu aider cette chanson à se diffuser dans toute l'Afrique et au-delà. Apparemment, le rythme s'apparente au Highlife de l'Afrique de l'Ouest, tandis que le jeu de guitare en picking de Prince Nico est influencé par la rumba congolaise.
Les trois autres titres de l'album sont dans la même veine. Mon préféré, et le plus connu, est Aki special. Sur la trame posée par les percussions et la basse, les guitares s'entremêlent et se répondent pendant de longues minutes et finissent par créer un effet de transe. Wayo inlaw et Christiana, peut-être un cran en-dessous, complètent l'album.
Par la suite, Prince Nico Mbarga n'a jamais eu un succès comparable. Il a pourtant exploité inlassablement le filon familial avec Good father en 1977, Le père notre pays et Family movement sur l'album du même titre en 1978 et l'album et le titre Sweet family en 1987.
Prince Nico est mort dans un accident de la circulation à 47 ans en 1997, alors qu'il s'apprêtait à repartir en tournée aux États-Unis. Alors que le moindre groupe indépendant des années 1980 se voit rééditer à tour de bras, ça en dit long sur l'état de l'industrie discographique africaine de constater que cet album important n'a, selon les informations disponibles sur Discogs, jamais été réédité officiellement en CD. Aucun coffret ni aucune compilation rétrospective n'est disponible non plus.


Une émission spéciale Prince Nico Mbarga de Black Voices sur Decibel FM, en janvier 2017.

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