13 décembre 2014

MEMPHIS SLIM : Blues for Nathalie


Acquis à la Bibliothèque Georges Pompidou à Châlons-en-Champagne le 6 décembre 2014
Réf : ESP 155 507 -- Edité par Espérance en France en 1975
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

La bibliothèque de Châlons démarrait la semaine dernière une braderie de documents retirés de ses collections. Des livres et des CD à 1 €, et même des 33 tours à 2 €, parce qu'ils sont en multiples exemplaires dans les magasins et parce qu'il faut faire de la place.
L'ambiance était bon enfant, mais c'était vraiment la cohue peu de temps après l'ouverture samedi dernier, avec une grappe de bras tendus vers les quelques caisses de disques rock. Le temps que ça se calme un peu, j'ai fait le tour et j'ai pu accéder plus facilement à l'unique caisse étiquetée jazz, moins convoitée, d'où j'ai retiré deux disques, un album de 1972 d'Eddy Louiss, Orgue, et ce Blues for Nathalie de Memphis Slim.
A part la liste des titres et l'année de sortie, il n'y a aucune information au verso de ce disque, sorti uniquement en France sur le label Espérance, surtout connu pour son catalogue d'enregistrements africains. Je m'attendais donc à un disque en solo au piano, ou en duo avec son batteur habituel Michel Denis, mais je tenais à prendre ce disque car je suis particulièrement attaché à Memphis Slim, peut-être le seul des grands bluesmen américains que j'ai vu plusieurs fois en concert (un fait rendu possible car Memphis Slim a vécu en France de 1962 à sa mort en 1988. En plus, il avait des attaches particulières avec Reims, où il se produisait régulièrement, notamment au restaurant de la galerie Clair-Marais en centre-ville où je l'ai vu au moins une fois).
Je n'étais pas sûr que la musique sur ce disque allait particulièrement me plaire, mais de toute façon, avec une aussi belle photo de pochette, je ne l'aurais pas laissé passer. Je me demandais qui était la Nathalie mentionnée dans le titre de l'album. Comme aucun titre de chanson ne contient ce prénom, j'ai bien pensé qu'il s'agissait de la petite fille sur la pochette. C'est bien le cas, puisqu'il semble bien que sur cette photo Memphis Slim est avec sa fille Nathalie. Sur l'album Boogie woogie en 1971, il y avait déjà Nathalie's boogie et Jessica's boogie, dédiés à sa fille et à son épouse. On retrouve Nathalie en photo sur la pochette de l'album Memphis Slim with guests.
C'est rien de dire que j'ai été agréablement surpris dès l'écoute du premier titre du disque. Chunkin ne ressemble à rien de ce que je connaissais de Memphis Slim. C'est une chanson de rhythm and blues tranquille et dansante, avec de la guitare (Mickey Baker ?) et de l'orgue, plutôt que le piano habituel de Memphis Slim. Une des millions de chansons sur une danse particulière, le Chunkin', mais c'est plus qu'agréable. Au son, je me disais bien que ça devait dater d'avant 1975, et effectivement, Chunkin avait été édité précédemment en 45 tours en France sur le label Calumet, avec un tampon BIEM plutôt que SACEM, ce qui signifie qu'il date de 1970 au plus.
La bonne nouvelle, c'est qu'on a aussi ici la face B de ce 45 tours, Lonely night, une ballade, enregistrée aussi en groupe, avec des cuivres cette fois, et même un solo de guitare électrique.
Sans aucun crédit, c'est dur à dire, mais il y a peut-être sur le disque un autre titre datant de la même session que Lonely night, l'excellent You got a lot of soul, très rhythm and blues lui aussi, le seul autre titre avec des cuivres, et là c'est l'un d'eux qui prend le solo.
Le reste de l'album est plus traditionnellement blues mais tout aussi enthousiasmant. Il semble y avoir deux formations différentes. En face A, Memphis Slim au piano est accompagné juste par une guitare électrique, il me semble. Avec Gone for twelve hours (où il y a une deuxième guitare, quand même, on dirait bien), il réussit l'exploit de composer un blues presque gai. Certes, sa chérie est partie depuis douze heures, ce qui fait onze de trop, mais il l'attend avec une bonne nouvelle, puisqu'une fois qu'elle sera rentrée il ne la laissera plus le quitter. Plusieurs titres du disque donnent cette impression paradoxale d'un blues heureux. Sur cette face, j'aime aussi particulièrement l'instrumental The big dream.
Sur le dernier titre de la face A, Pretending I'm happy, et en face B, Memphis Slim est seul au piano. Il y a deux autres instrumentaux, Easy going et Sweet as she can be, que j'aime bien, et parmi les titres chantés mon préféré est The natural fact.
On n'a pas souvent l'occasion d'acheter des disques en bibliothèque, mais des trouvailles comme celle-ci, j'en veux bien d'autres !

Dix titres de cet album ont été réédités en CD, par exemple sur Lonely nights en 1999. On peut aussi les écouter sur Deezer, entre autres. Chunkin, Lonely night, The big dream et Gone for twelve hours font partie du lot, mais pas You got a lot of soul, malheureusement.
Je n'ai trouvé aucun de ces titres en vidéo en ligne, mais je vous conseille, à peu près de cette époque, le concert de Memphis Slim au Festival de Montreux en 1973. C'est excellent. L'enregistrement de ce concert a été édité en disque sous le titre Very much alive and in Montreux.

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