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17 mai 2015

THE POOH STICKS : Multiple orgasm


Acquis probablement chez A la Clé de Sol à Reims vers 1993
Réf : fright047 CD -- Edité par Fierce au Pays de Galles en 1991
Support : CD 12 cm
19 titres

Je me souviens des chroniques de certains des premiers disques du label Fierce, qui étaient souvent single de la semaine dans les hebdomadaires anglais. Il y a eu notamment le "riot single" de Jesus and Mary Chain (pas de musique, juste du son, notamment du public qui casse tout à l'un de leurs concerts) et puis le I know someone who knows someone who knows Alan McGee quite well des Pooh Sticks, qui m'a particulièrement interpellé puisque je connaissais moi-même très bien quelqu'un qui connaissait très bien Alan McGee.
Les chroniques des disques, j'arrivais facilement à y accéder, mais les disques eux-mêmes, bernique ! C'étaient des éditions limitées, le Alan McGee faisant carrément partie d'un coffret de cinq 45 tours mono-faces. Je ne cherchais pas particulièrement après non plus, même si j'étais un peu curieux. Je crois que je n'ai jamais rien entendu des Pooh Sticks à cette époque.
Les premiers disques du groupe que j'ai fini par acheter, ce sont deux rééditions en CD d'albums parus initialement en 1989, Trade mark of quality et celui-ci, devenu Multiple orgasm car il compte neuf titres de plus que l'Orgasm original. Ils font partie je pense des dizaines de disques bradés chaque année à la Quasimodo par La Clé de Sol, qui sont venus remplir mes étagères.
Je note que le verso du livret de mon CD est autographié par les cinq membres du groupe, Hue, Trudi, Alison, Paul et Stephanie, ce qui constitue un véritable exploit puisque, en-dehors de musiciens recrutés ponctuellement pour la scène, il parait que les Pooh Sticks se réduisaient en fait à deux membres, le chanteur Hue Williams et le manager-auteur-compositeur-patron de label Steve Gregory ! Avec un groupe de blagueurs pareils, toute information est à prendre avec des pincettes, comme celles qui figurent dans les notes de pochette de l'album, signées Trudi. Il faudrait croire donc que les neuf titres de l'album original ont été enregistrés en direct dans la cave chez Trudi le 17 septembre 1988, tandis que les dix autres l'auraient été en studio les deux week-ends suivants en vue d'un nouveau coffret de cinq 45 tours, annulé quand il a été décidé de sortir Orgasm sur le label 53rd & 3rd, fondé par Stephen Pastel. Un catalogue dans lequel The Pooh Sticks étaient parfaitement à leur place aux côtés des Shop Assistants, de Beat Happening, des BMX Bandits, de Talulah Gosh.
La musique des Pooh Sticks est dérivative, bourrée de références et de clins d'oeil dans les paroles et aussi dans la musique, un peu comme les Television Personalities des débuts, sans parler des emprunts et des vols caractérisés. Mais ce qui est réjouissant, c'est qu'avec tous ces ingrédients connus ils arrivent à produire d'excellentes chansons qui valent souvent bien leurs modèles. C'est surtout le cas ici des neuf chansons d'Orgasm, à commencer par I know someone who knows someone who knows Alan McGee quite well, dans une version plus électrique que celle du 45 tours original. On est en 1988, alors c'est Alan McGee qui a droit au titre et au premier couplet ("There's talk of a deal with Creation, with an expensive Lenny McKaye production", en référence au fric dépensé pour faire produire Mayflower des Weather Prophets par le guitariste américain de Patti Smith. Il y a eu aussi un désastre avec la production de Sonic flower groove de Primal Scream par Mayo Thompson). Si la chanson avait été faite trois ans plus tôt, c'est Geoff Travis de Rough Trade qui aurait eu la vedette. Là, il n'a droit qu'au deuxième couplet ("Now that The Smiths have split, I've heard he thinks we're going to be 'it'"). C'est bouclé en moins de deux minutes et c'est excellent.
Les titres s'enchaînent ensuite, et ils sont du même niveau : Heroes and villains, une chanson qui n'est pas écrite par Brian Wilson, avec une deuxième voix féminine comme dans le meilleur de la noisy pop. Il s'agit peut-être bien d'Amelia Fletcher elle-même !; Foxy boy; Force fed by love; Sex head; On tape, leur premier single, avec encore plein de références pour les fous de disques ("I've got Falling and laughing, the original Postcard version. I've got The Pastels' Songs for children"); Indiepop ain't noise pollution; l'excellent 1-2-3 red light, la seule reprise de ce premier lot, un tube bubble gum de 1910 Fruitgum Company et enfin Heartbreak.
Mais l'équilibre entre la blague et la magie pop n'est pas facile à maintenir. On s'en rend compte avec les dix titres suivants, où d'un seul coup le groupe est pataud et ne convainc plus autant, que ce soit dans ses propres titres (on peut comparer avec la première version de Force fed by love) ou ses autres reprises de tubes du début des années 1970.
Ce qui est très étonnant dans l'histoire de The Pooh Sticks, c'est que ce groupe quasi-parodique, travaillant au deuxième ou au troisième degré, est devenu dans la seconde partie de sa carrière un groupe "normal", signé sur de gros labels et cherchant à percer sur le marché américain avec ses deux derniers albums Million seller et Optimistic fool. Ils sont même remontés régulièrement sur scène ces dernières années.

01 janvier 2008

BIFF BANG POW ! : There must be a better life



Acquis à la Living Room ou chez Rough Trade à Londres au printemps 1984
Réf : CRE 007 -- Edité par Creation en Angleterre en 1984
Support : 45 tours 17 cm
Titres : There must be a better life -/- The chocolate elephant man

Les tous premiers singles Creation je les ai achetés chez Rough Trade, mais je me demande si celui-ci je ne l'ai pas acheté directement auprès d'Alan McGee à la Living Room, avec le Do the ghost des X-Men qui a dû sortir en même temps. Quelques temps plus tôt, j'avais commandé à Alan, le "Creation cow-boy", un lot à 2 £ des trois singles de son précédent groupe, The Laughing Apple, suite à une pub parue dans son fanzine Communication Blur.
A leurs débuts, je considérais Biff, Bang, Pow ! avant tout comme un groupe revival sixties. Et il y avait de quoi : le nom du groupe, les plans piqués aux Byrds, le look Beatles époque Rubber Soul d'Alan, le slogan de Pink Floyd réapproprié pour 1984 au verso de cette pochette ("The next projected sound of 1984"). Impression confirmée par le premier concert du groupe que j'ai vu, non pas à la Living Room mais au Noise Above, en première partie des Pastels et avec les June Brides au même programme (excusez du peu !), avec Alan et sa guitare douze cordes qui menaient le bal.
There must be a better life est une excellente chanson, en net progrès par rapport au premier single, une vraie pépite garage des eighties qui méritait bien sa place dans le coffret Children of Nuggets. A part la batterie, le son ne souffre pas trop des conditions précaires d'enregistrement. Il y a toujours des références sixties psychédéliques (les chœurs très réussis, le solo de guitare à l'envers), mais il y a aussi une ligne de synthé style Casio qui n'a rien de rétro et surtout la chanson a une énergie propre, des paroles et un refrain réussis ("Love me... There must be a better life") qui en font un grand titre hors de toute référence passéiste, au niveau des titres les plus énergiques des premières vedettes du label, les Jasmine Minks.
Quelques mois plus tard, c'est There must be a better life qui ouvrait Pass the paintbrush, honey, le premier album de Biff, Bang, Pow !, un disque qui m'est dédié.
Parmi les huit titres de cet album, on trouve aussi The chocolate elephant man, la face B de ce 45 tours. C'est l'une des premières belles ballades composées par Alan, avec là un titre et un son très psychédéliques, et pour le coup un son de batterie très réussi, avec des roulements de toms sur le refrain.



Comme je ne comprenais rien aux paroles de There must be a better life, j'ai insisté un jour auprès d'Alan, alors que je séjournais chez lui, probablement en 1985, pour qu'il m'écrive les paroles. Il a cherché autour de lui un papier pour écrire et a pris, pas au hasard car il savait que j'étais fan, un dossier de presse de Julian Cope de début 1984 qui traînait par là.
Ce n'est pas le seul lien que l'on peut faire entre Julian Cope et Biff, Bang, Pow !, puisqu'on trouve au verso de la pochette du maxi Eve's volcano la reproduction de l'affiche du concert de Julian Cope au Westminster Central Hall de Londres le 23 janvier 1987, avec Biff, Bang, Pow ! en première partie. Sans parler qu'en 1988, Joss Cope, le propre frère de Julian, a rejoint le groupe aux claviers.


L'affiche du concert de Biff, Bang, Pow ! à la M.J.C. Claudel de Reims le 25 octobre 1986.
Sérigraphie inspirée de la pochette de There must be a better life réalisée par Jean-Paul, le directeur de la M.J.C., sur ma suggestion.

A l'origine, ce sont les Weather Prophets, alors très bien classés dans les charts indépendants anglais avec Naked as the day you were born, qui devaient être en tête d'affiche du concert à la place de Biff, Bang, Pow ! Quant à Phil Wilson, il n'a finalement pas pu faire le voyage à Reims.


Biff, Bang, Pow ! en concert à Reims, M.J.C. Claudel, le 3 novembre 1984, en première partie de The Jesus & Mary Chain et The Jasmine Minks. (Photo : Marc Roger ?)
De gauche à droite : Alan McGee, Dave Evans, Dick Green, Luke Hayes, London, Philippe Roger.London porte la parka qui, j'imagine, lui a valu son surnom !


Biff, Bang, Pow ! en concert à Reims, M.J.C. Claudel, le 25 octobre 1986. (Photo : Jean-Frédéric Albert ?)
De gauche à droite : Alan McGee, London.
Soit les mêmes, au même endroit, près de deux ans plus tard. Philippe Roger ne fait pas le technicien de scène comme en 1984 car là il jouait en première partie avec Brigitte Rurale.

Ce soir-là, j'ai rejoint Biff, Bang, Pow ! sur scène aux choeurs (faux) et au tambourin pour deux titres, If I die et There must be a better life.

15 janvier 2007

THE REVOLVING PAINT DREAM : Mother watch me burn


Offert par Luke Chromatone à Londres en février 1989
Réf : CRE LP 039 -- Edité par Creation en Angleterre en 1988
Support : 33 tours 30 cm
11 titres

Rev-Ola, le label de Joe Foster, vient d'éditer en CD l'intégrale de The Revolving Paint Dream sous le titre "Flowers In The Sky : The enigma of The Revolving Paint Dream". Enfin, une intégrale à laquelle il manque un titre, la version de "In the afternoon" parue sur la compilation Whaam! "All for art and art for all", mais bon, cette version d'une chanson écrite par Alan McGee est chantée par lui aurait peut-être dû être créditée à Biff, Bang, Pow ! dès le début... Vivonzeureux! est mentionné dans les notes de pochette, signées d'une certaine Nicole Garcia (!), et je figure même dans les crédits sous mon pseudonyme de JC Brouchard. C'est sympa (dommage par contre que Luke Chromatone, qui joue sur le disque, qui a fait les deux pochettes et qui m'a offert cet exemplaire, ait été oublié...).
Du coup, ça me donne l'occasion de parler de ce deuxième et dernier album du groupe, paru fin 1988 ou tout début 1989, qui s'est vendu à très peu d'exemplaires, et qui reste pour moi un des joyaux inaperçus de Creation Records, avec l'album de Bill Drummond notamment.
Ce qui fait que je préfère "Mother watch me burn" à son prédécesseur, "Off to heaven", ce sont les excellents titres psychéliques bruitistes qu'il contient, "Dune buggy attack battalion" et "Garbagebrain", qui ouvrent chacune des faces, et "Mandra mandra", qui est repris en fin d'album sous le titre "Mandro mandro". Par la suite, en me souvenant de ce son, je me suis toujours demandé pourquoi Creation avait claqué des fortunes en heures de studio pour l'enregistrement de "Loveless" de My Bloody Valentine (même si Kevin Shields explique, et je veux bien le croire, dans le n° 74 de Magnet Magazine que ce disque n'a pas eu le budget légendaire qui lui est généralement attribué), alors qu'il avaient à leur disposition depuis le début un sorcier du son, Andrew Innes, qui prouve avec ces trois titres qu'il avait les capacités artistiques, techniques et peut-être même lysergiques pour élaborer un mur du son digne de celui de My Bloody Valentine. Enfin, bon, Creation n'a quand même pas gâché le talent d'Andrew, puisqu'il a intégré Primal Scream dès 1987 et qu'il en est rapidement devenu le principal architecte sonique.
En-dehors de ces trois titres, "Mother watch me burn" est proche de la pop psychédélique de "Off to heaven", avec une série de bons titres dont le chant est réparti entre Andrew et l'excellente Christine Wanless. Mais là où "Off to heaven" a dû être enregistré en 4 pistes entièrement à la maison, on sent que sur celui-ci il y a des parties enregistrées en studio, puisqu'on entend un batteur, du violon, et même des cuivres. Mais qui peut donc bien jouer sur ce disque, réputé pour la sobriété de ses notes de pochette (il n'y a aucune information à part le nom du groupe, et les titres de l'album et des morceaux) ? On peut avancer quelques pistes. Pour les enregistrements de base de "Electra's crying loaded in the basement", en fait une version chantée par Christine de "It happens all the time" de Biff, Bang, Pow !, je peux affirmer, car j'y étais, que ça se passait à l'Alaska Studio les 27 et 28 septembre 1986, lors des deuxièmes sessions d'enregistrement de l'album "The girl who runs the beat hotel" de Biff, Bang, Pow ! Pour le reste, sans se lancer dans de vaines suppositions, il suffit d'avoir la bonne idée de se pencher sur les crédits de "Green sea blue", le single extrait de l'album, sorti quelques temps plus tôt. Car sur ce single figurent des crédits complets pour cette bonne chanson de l'album ! On apprend donc que Dave Morgan, des Weather Prophets, est à la batterie, que Robert Young, de Primal Scream, est à la basse, et que les cuivres sont tenus par S. Pollock et K. Clinton (saxophone) et M. Wall (trompette). L'enregistrement s'est fait à l'Acid Factory, le studio-maison de Revolving Paint Dream, et au Townhouse, un vrai grand studio. Pour le violon, je suis à peu près certain qu'il est tenu par Frank Sweeney, des June Brides. Sachant qu'en 1987, Innes, Young, Morgan et Sweeney on tous participé aux nombreuses sessions d'enregistrement de "Sonic flower groove", le premier album de Primal Scream, financées par la major Warner pour l'étiquette Elevation, créée par Alan McGee, je pense qu'on peut avancer sans trop se tromper que l'enregistrement de "Mother watch me burn" a dû bénéficier au moins en partie du budget de celui de Primal Scream !!
Mais revenons aux chansons. De celles chantées par Christine, le poppy "Green sea blue" rappelle un peu le Weekend d'Alison Statton, "Electra..." est poignante, et "(Burn this house) Down to the ground" n'est pas loin de "If I die", que Christine a chantée pour Biff, Bang, Pow !. Sur "Untitled (Love song)", la voix très pure de Christine fait encore beaucoup d'effet.
Pour celles où Andrew officie, ma préférée est peut-être "Mother wash my tears away", qui me fait penser aux TVP's de "Mummy you're not watching me", et pas seulement à cause du "Mother" dans le titre. J'aime aussi beaucoup "300 (coda)" avec le violon et son côté folk-western. Quant à "Fever mountain", elle fait aussi tout à fait logiquement penser aux chansons écrites et chantées par Andrew pour Biff, Bang, Pow !


Andrew Innes en studio à Londres en 1987, enregistrant pour Primal Scream, ou pour The Revolving Paint Dream ?



Andrew Innes (de dos), Alan McGee et Christine Wanless, puis JC Brouchard (au fond, à la porte des coulisses), Alan McGee et Christine Wanless lors de l'une de ses rares apparitions sur scène, avec Biff Bang Pow ! à la M.J.C. Claudel de Reims le 25 octobre 1986 (Photos probablement prises par Jean-Frédéric Albert).

25 février 2008

THE MONOCHROME SET : Jacob's ladder


Offert par Rob Dickins à Londres à Londres le 15 février 1985
Réf : NEG 4-T -- Edité par Blanco Y Negro en Angleterre en 1985
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Jacob's ladder -- Andiamo -/- Le boom boom -- Yo ho ho (and three bottles of wine) -- Starry nowhere

Dans mon parcours, j'ai eu l'occasion de visiter un nombre restreint de locaux de maisons de disques. Ceux de Creation, quand ils se réduisaient au living-room d'Alan McGee puis aux bureaux de Clerkenwell Rd, ceux de Rough Trade, dans leurs locaux historiques de Blenheim Crescent puis dans ceux étendus de Collier St près de King's Cross avec le succès des Smiths, et ponctuellement ceux de Mélodie en France.
Je n'ai visité qu'une seule fois le bureau d'un ponte d'une major, le 15 février 1985, dans des conditions un peu particulières. J'accompagnais Alan McGee en sa qualité de manager de Jesus and Mary Chain. On allait ou on venait de retrouver le groupe à Londres mais nous sommes allés sans eux chez Warner, la maison mère de Blanco Y Negro, tout simplement parce que, quelques semaines plus tôt, le groupe avait un peu mis le chantier chez Warner alors qu'ils étaient venus conclure leur contrat avec Rob Dickins. Une fois doublement amplifié par Alan puis par la presse, leurs enfantillages étaient devenus : ils ont piqué dans le portefeuille de Rob Dickins, tout saccagé et sont interdits de séjour dans leur propre maison de disques !
Plus qu'exagéré, bien sûr, mais apparemment ils étaient quand même effectivement persona non grata chez Warner à ce moment-là. Avec Alan, nous nous sommes donc présentés à l'accueil et, après des formalités assez simples, nous sommes montés dans le bureau de Rob Dickins, une personnalité importante du show-business anglais, que Bill Drummond décrit comme ceci dans son livre 45 :
"Est devenu directeur artistique de Warner Brothers Music à l'âge 24 ans. Vingt ans plus tard, il était le patron de l'industrie musicale britannique. Un homme qui n'a jamais ressenti le besoin de douter. Né pour charmer. Né pour gagner. Il fait les deux."
Rob et Alan ont discuté de leurs affaires, je ne sais plus trop lesquelles, mais il était sûrement question de Never understand, le premier disque de Mary Chain pour le label qui allait/venait de sortir. Au moment de partir, voyant que je m'intéressais à une pub ou à un disque de Monochrome Set, Alan s'est souvenu que j'étais fan du groupe, l'a dit à Rob, et c'est comme ça que j'ai quitté Warner avec ce maxi et avec une grosse poignée de cartes postales promotionnelles. Pendant des années, j'ai utilisé ces cartes, pas très belles d'ailleurs, pour écrire à des potes fans de musique. Je suis sûr que j'ai conservé une ou plusieurs de ces cartes, mais impossible de mettre la main dessus depuis plusieurs semaines. Heureusement, on en trouve depuis peu une reproduction sur le site du Monochrome Set :

Blanco Y Negro a été fondé par Geoff Travis, de Rough Trade, Mike Alway, de Cherry Red et Rob Dickins, de Warner. L'idée était de permettre à des groupes indépendants à fort potentiel de passer à une autre échelle question succès commercial. Ça a parfaitement fonctionné avec Everything But The Girl, plutôt bien avec The Jesus and Mary Chain et pas du tout avec The Monochrome Set qui, il faut le préciser, détient peut-être le record du nombre de signatures sans grand succès chez des labels (Rough Trade, Dindisc, Pre, Cherry Red, Blanco Y Negro).
Il faut dire que, une fois de plus, le groupe n'a pas eu de chance : il y a visiblement eu un gros effort de promotion de fait pour ce disque, avec un clip, un poster gratuit avec le maxi et une grosse promotion médias et, selon Bid, Jacob's ladder est le titre qui a été le plus programmé sur les radios anglaises pendant trois semaines consécutives. Sauf que, à ce moment-là, suite à un "problème technique", le disque n'était pas disponible dans les bacs ! Ce décalage malheureux semble être confirmé par le fait que le matériel de promotion était encore bien visible chez Warner le 15 février, alors que Jacob's ladder a toutes les apparences d'un disque de Noël, avec par exemple la référence à la dinde sur la carte postale.

J'ai longtemps été très injuste avec la chanson Jacob's ladder, influencé négativement que j'étais par l'aspect volontairement ringard de la carte postale, les références médiévales de la pochette et du clip, les cloches en intro et le passage un peu gospel du break dans la chanson, et surtout par le poster qui ne m'a jamais semblé ironique avec Bid qui a l'air d'une star néo-romantique pour midinettes !
Mais j'avais tort. Si on fait abstraction de tout ça et qu'on se concentre sur l'enregistrement lui-même, on se rend compte qu'on a à faire à une très bonne chanson de Monochrome Set, tout à fait dans leur style, très entraînante, avec des choeurs féminins (non crédités) qui font des a-dou-dou très réussis et un petit solo de guitare bien sympa.
Parmi les quatre autre titres du disque, il y a Andiamo et Yohoho, deux instrumentaux à guitare façon Shadows-Ennio Morricone (ces deux titres ont été repris en 1992 sur la compilation What a whopper !, Andiamo étant dans une version légèrement différente il me semble), et deux chansons, un rock, Le boom boom, et un slow, Starry nowhere, qui allaient se retrouver avec Jacob's ladder sur l'album The lost weekend. Un disque qui a fait un four complet et qui a marqué la fin de la première phase du groupe avant le retour en 1990 avec Dante's casino.

05 novembre 2006

THE BODINES : God bless


Offert par Creation Records à Londres en 1985
Réf : CRE 016 -- Edité par Creation en Angleterre en 1985
Support : 45 tours 17 cm
Titres : God bless -/- Paradise

Mes archives sont imprécises, mais je pense que ça se passait en avril 19885. Les temps changeaient. Creation venait pour la première fois de toucher le sommet des charts indépendants avec "Upside down" de Jesus and Mary Chain. Alan McG. venait de troquer son petit blouson en daim façon "Rubber soul" des Beatles pour une tenue en cuir des pieds à la tête, et il commençait tout juste à signer de jeunes groupes venus de tout le Royaume-Uni, en-dehors du cercle de base des écossais et des groupes habitués du Living-Room.
C'est aussi sûrement la première fois que je venais à l'Alaska Studio, repaire de répétition et d'enregistrement pas cher, situé sous un pont ferroviaire (!) en plein coeur de Londres, où ont été enregistrés quasiment tous les premiers disques de Creation. Je me suis retrouvé là avec Alan à la fin d'une journée d'enregistrement et/ou de mixage de ce premier 45 tours des Bodines, sous la houlette de Joe Foster (Dave Evans, alors bassiste de Biff, Bang, Pow !, est aussi crédité à la production sur la pochette, mais je ne pense pas qu'il officiait ce jour-là).
On a écouté les deux titres du disque, ça a pas mal discuté, et entre les accents écossais et anglais de la région de Manchester, je ne crois pas que je suivais tous les détails de la conversation, et nous sommes repartis avec une cassette du mix du single.
Dans le taxi du retour, Alan a demandé au chauffeur si on pouvait écouter la cassette, ce qu'on a eu le temps de faire plusieurs fois dans les embouteillages londoniens de fin de journée, et à peine arrivés chez lui, Alan était au téléphone avec Joe pour discuter des détails du mixage et décider d'en faire un nouveau pour améliorer le résultat.
Sur les sillons de ce 45 tours à "double face A", il est gravé "This is the start of cleaning up the charts"(C'est le début de la razzia dans les charts". Mouais, pas tout à fait quand même pour les Bodines, même si on se restreint aux charts indépendants. "God bless"/"Paradise" a bien été accueilli par la presse et par le public (n° 8, classé 8 semaines) et "Therese", leur plus grand succès, a été classé 16 semaines, mais sans dépasser la 4ème place. Après ça, les Bodines ont signé en grande pompe sur la filiale d'un major créée spécialement pour eux, mais et les nouveaux enregistrements des singles Creation et l'album "Played" passeront inaperçus dans les vrais hit-parades.
Et musicalement, que reste-t-il de ce 45 tours vingt ans après ? Et bien pas grand chose, malheureusement. "God bless" a absolument tous les ingrédients de ce qui allait devenir la recette de la jangling pop de C86 l'année suivante ("Therese" figure sur la fameuse compilation du "C86" NME), notamment le son et le jeu de guitare, mais la chanson n'est pas géniale, la production à l'économie ne les sert pas, et surtout le chant est beaucoup trop forcé, surtout sur pendant les refrains et quand le chanteur essaie de partir dans "you hou hou" incontrôlés. On est proche du chant d'Edwyn Collins aux débuts d'Orange Juice, mais je trouve qu'Edwyn s'en sortait mieux quand même.
J'ai toujours préféré "Paradise", la face AA de ce disque. Les ingrédients sont exactement les mêmes mais la chanson a une meilleure dynamique. Le chant est toujours un peu limite dans les refrains, mais il passe beaucoup mieux dans les couplets, que j'aime bien.


Deux des Bodines (Paul Brotherton et John Rowland sauf erreur de ma part) avec Alan McGee dans le "salon de détente" super luxueux de l'Alaska Studio après une séance d'enregistrement pour "God bless"/"Paradise" (Photo : JC Brouchard)


Alan McGee écoutant le premier mix du single dans le taxi au retour du studio. Une nouvelle séance de mixage se profile à l'horizon... (Photo : JC Brouchard)

07 septembre 2008

THE JESUS AND MARY CHAIN : Upside down


Offert par Alan McGee à Londres en février 1985
Réf : CRE 012T -- Edité par Mayking en Angleterre en 1985 -- [non commercialisé]
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Upside down -/- Vegetable man -- Upside down (Demo)

Je crois que, pendant un certain temps, j'ai raconté que j'avais vu le tout premier concert de The Jesus and Mary Chain. En fait, c'est faux : j'ai vu leur deuxième concert, qui a eu lieu le lendemain du premier. Il faut dire que de fausses informations circulent sur la date de ce premier concert. J'ai lu quelque part qu'Alan McGee le situait un jeudi. Ailleurs, notamment dans le livre The Jesus and Mary Chain : A musical biography de John Robertson et sur le site April Skies consacré à Mary Chain, la date donnée est celle du 9 juin, celle où j'étais présent, c'est la source de mon erreur. En fait, le premier concert a eu lieu le vendredi 8 juin au Living Room, au pub The Roebuck sur Tottenham Court Rd à Londres, en première partie de The Loft et Microdisney (on trouve un compte-rendu très détaillé de ce concert dans le chapitre 4 du livre très fouillé de David Cavanagh, The Creation Records story : My magpie eyes are hungry for the prize). Le second a eu lieu au même endroit le samedi 9 juin, en première partie de Khartomb et 1000 Mexicans.
A cette période, les concerts Living Room avaient lieu dans ce pub tous les vendredis et les samedis. En général, j'y allais au moins un de ces deux soirs chaque semaine mais rarement les deux, en fonction de la programmation mais aussi parce que je ne pouvais pas vraiment me payer le métro toutes les semaines depuis Harrow-on-the-Hill et je n'étais pas toujours disponible : en cette fin d'année scolaire passée à Londres, je commençais à avoir quelques connaissances et quelques activités extérieures, notamment le club de bridge à Brentwood, mais ça en général c'était le jeudi je crois, et le club de basket. C'est d'ailleurs cette activité qui m'occupait ce vendredi 8 juin 1984 : d'après mes notes je jouais un match (plus que probablement comme remplaçant) avec les Kingston Cobras contre les Pentax. Il est assez improbable que, d'assistant de langue vivante à Harrow je me sois retrouvé à jouer avec un club de Kingston, à l'opposé géographique du Grand Londres, mais je crois que c'est uniquement parce que Ray, si je me souviens bien de son prénom, rencontré à Harrow, me l'avait proposé.
Seul un tout petit détail a pu me faire penser que ce concert du 9 juin 1984 au Roebuck pourrait avoir quelque chose de particulier : quand je suis arrivé, j'ai remarqué sur une vitre du pub une affichette photocopiée A4 qui avait été collée dessus. Il y avait un nom de groupe, The Jesus and Mary Chain, la première fois que je l'ai vu écrit, évidemment, une illustration plus ou moins en forme de croix, il me semble me souvenir, et l'annonce de leur concert du soir. Ça m'a surpris car, jamais, sans autre exception, je n'ai vu d'affiche annonçant les concerts du Living Room. De tracts non plus d'ailleurs. Je me suis dit que ces gars devaient en vouloir, mais ça m'a plutôt laissé une impression négative car j'ai aussi pensé qu'ils devaient s'y croire un peu trop. Sans compter que je le nom du groupe n'était pas trop à mon goût.
Tous les récits du premier concert précisent bien que la majorité du public présent, membres des groupes, leur entourage et les rares spectateurs payants, est resté au rez-de-chaussée à boire des coups pendant que Mary Chain a donné sa prestation au premier devant grosso modo une quinzaine de personnes. Je peux confirmer que c'est exactement comme ça que ça s'est passé le lendemain, même si entre-temps la prestation du groupe avait déjà bien excité Alan McGee !
Comme à mon habitude, j'ai assisté intégralement à la prestation des trois groupes, dont celle de Mary Chain donc, pour laquelle nous n'étions pas vingt dans la salle.
Pour moi, j'ai assisté à un concert d'un groupe punk, impression caractérisée non pas tant par le look du groupe que par les deux seules cordes de la basse de Douglas Hart et par la distorsion de leur son de guitare. Je tiens à préciser que c'était bruyant et électrique, mais dans mon souvenir le feed-back qui a caractérisé leur son sur scène et sur disque à partir de l'automne 1984 n'était pas ou quasiment pas présent ce soir-là.
A la fin du set, j'ai discuté avec Alan, qui ne tenait pas en place. "C'est les nouveaux Sex Pistols", disait-il, "je vais les signer et enregistrer un album avec eux". Il faut savoir qu'à ce moment Creation n'avait sorti que six ou sept 45 tours, et un album compilation live... enregistré sur mini-cassette !! Ce que j'ai dit à Alan, c'est que c'était très punk, mais que ça m'avait plu parce qu'il y avait de bonnes chansons (je ne crois pas avoir reconnu Somebody to love et je ne connaissais pas alors Vegetable man, deux reprises qu'ils ont dû jouer ce soir-là).
En septembre 1984, en prévision du passage à Reims le 3 novembre 1984 de la tournée européenne Creation Package, avec The Jasmine Minks, Biff, Bang, Pow ! et The Jesus and Mary Chain, j'ai rédigé un long communiqué de presse.
Voici ci-dessous le paragraphe qui concerne Mary Chain. Sachant qu'à l'époque il n'y avait eu quasiment aucun article publié sur le groupe, on excusera les erreurs flagrantes de la première phrase sur le nom du groupe et leur nationalité galloise. Par contre, relire cet article m'a rappelé l'anecdote du batteur assis sur une chaise de jardin en plastique rouge :


(cliquer pour agrandir)


Il n'y a qu'un seul enregistrement de l'époque sur lequel j'ai eu l'impression de retrouver l'ambiance sonore de ce premier concert de Jesus and Mary Chain, avec beaucoup de distortion et peu de feed-back. Et... cet enregistrement n'a jamais été commercialisé !
Il s'agit de la démo d'Upside down, leur premier single, qu'ils ont dû enregistré chez eux sur cassette avec un Portastudio au printemps 1984.
Pour capitaliser sur le succès du 45 tours Upside down, sorti le 5 novembre 1984 mais qui est resté très haut dans les charts indépendants jusqu'au printemps 1985, Creation a eu dans l'idée début 1985 d'éditer ce single en maxi-45 tours, avec les deux titres du 45 tours et la version démo d'Upside down en face B bonus, comme on ne disait pas à l'époque. Comme pour beaucoup d'indépendants anglais, les disques Creation étaient pressés en France par MPO (dont les tarifs étaient apparemment imbattables), mais le label devait passer par l'intermédiaire d'un prestataire anglais, Mayking. Mayking a pressé le 13 février 1985 une douzaine d'exemplaires "test pressing" du maxi. A l'origine, l'étape du test pressing, comme le bon à tirer chez l'imprimeur, était purement technique. Un ou deux exemplaires d'un tel disque devraient donc suffire, mais au fil du temps les labels ont pris l'habitude de les utiliser aussi comme exemplaires promo, pour en faire parvenir très en avance à des journalistes sélectionnés (ici, une photo du test pressing du maxi précédent de Creation).
En février 85, j'avais trouvé un CDD de quelques mois en plus de mon inscription en fac. Comme Londres me manquait, j'ai posé trois jours de congé à la mi-février pour y passer un long week-end. Le voyage a été épique. Pas d'Eurostar à l'époque, mais un train de nuit qui passait par Calais ou Dunkerque, puis le ferry jusque Douvres. Sauf que la mer était sacrément secouée cette nuit-là et, comme presque tous les passagers, j'ai passé une bonne partie du trajet, qui a duré au moins le double de ce qui était prévu, à dégueuler sur le pont. Mais le pire ça a été au moment d'arriver au port de Douvres, dans le petit matin blême. Il y avait tellement de vagues que le ferry ne pouvait pas entrer dans le port sans risques. C'est alors que le capitaine nous a annoncé qu'il allait essayer l'autre port de Douvres, sinon il faudrait repartir d'où nous venions ! J'ai encore passé une heure horrible, malade et inquiet car si on repartait en France mon week-end était foutu. Finalement, on a pu accoster aux Eastern Docks de Douvres et j'ai poursuivi mon voyage jusque Londres, où j'étais attendu chez Alan chez lui à Beaconsfield Road, où il m'a hébergé une ou deux nuits au cours de mon séjour.
La première journée a d'ailleurs été d'anthologie, puisque j'ai suivi Alan dans ses activités de patron de label et de manager des Mary Chain, des bureaux de Rough Trade à ceux de Warner (où j'ai récupéré le maxi de Monochrome Set), en passant par la gare de Liverpool Street et le Wendy's Burger de Shaftesbury Avenue. Elle s'est terminée le soir par un concert de soutien aux mineurs en grève avec les Poison Girls et les Mekons (que j'ai ratés tous les deux), Microdisney, The Men They Could'nt Hang et les Waterboys, dont je n'ai vu que deux chansons.
Au cours de ce séjour, Alan m'a donné cet exemplaire du test-pressing d'Upside down, pour que je puisse l'avoir à mon retour en France et le passer dans mon émission radio.
Ce n'est qu'une fois rentré en France que j'ai appris qu'au bout du compte la sortie du maxi avait été annulée. Apparemment, Jim et William Reid n'avaient pas été mis au courant de ce projet et avaient mis leur véto. Ou bien ils ne souhaitaient pas sortir cette version démo d'Upside down. Ou bien encore Blanco Y Negro ne souhaitait pas que ce maxi fasse de l'ombre à la sortie du deuxième single de Mary Chain, Never understand. Ou plus sûrement un cocktail de ces raisons et d'autres.
Il n'existe donc qu'une douzaine d'exemplaires de ce disque, probablement en possession de proches de Creation, de Mary Chain ou de quelques journalistes.
Pourtant, il en circule d'autres, au point que le blog Worthless Trash l'a même chroniqué un l'an dernier et l'a proposé un temps en téléchargement (le MP3 n'est plus disponible mais on peut toujours y lire la lettre de Jim qui accompagnait l'envoi de la démo à l'origine). Mais ces autres exemplaires sont des "white labels", pas des test pressings et l'histoire, qui me parait véridique, racontée en commentaire du billet par un ancien vendeur de chez Rough Trade, est que, courant 1985, Alan aurait à plusieurs reprises livré des exemplaires de ce maxi à Rough Trade, et ils se vendaient très bien !
On le voit, j'ai un très grand nombre de souvenirs attachés à ce disque, mais le fait que ses sillons contiennent le son qui se rapproche le plus de leurs deux premiers concerts n'est pas le moindre de ses intérêts. Du coup, il est bien dommage que le coffret rétrospective The power of negative thinking qui va sortir à la fin de ce mois ne contienne pas cette version démo d'Upside down, même s'il y contiendra un extrait de ces premières démos, l'inédit Up too high.

15 août 2011

THE WEATHER PROPHETS : She comes from the rain


Acquis probablement à Londres en 1987
Réf : ACID 1TX -- Edité par Elevation en Angleterre en 1987
Support : 45 tours 30 cm
Titres : She comes from the rain -- Wide open arms /- You upset the grace of living when you lie -- Who by fire

En dix-sept ans d'existence, Creation Records a eu plusieurs labels satellites, comme August, Infonet, Eruption ou Ball Product. Aucun d'entre eux n'a été vraiment marquant, même si Infonet a sorti toute une série de disques intéressants dans un style électro-danse.
Connaissant le penchant rétro de Creation, il n'est pas surprenant de constater que le label qui a le mieux marché c'est celui dédié aux rééditions, Rev-Ola, qui, en passant sous la houlette de Cherry Red, a même survécu à sa maison mère. Notons cependant que le fondateur de Rev-Ola, Joe Foster, ne s'en occupe plus et s'est désormais lancé dans l'aventure Poppydisc.
Le premier de ces labels annexes, et le plus ambitieux, ce fut Elevation (en référence à un titre de Television), une étiquette financée par Warner Angleterre avec Alan McGee à la direction artistique. Si dans la presse Alan a eu l'occasion de dire que l'idée c'était de monter une collaboration similaire à celle entre Elektra et Warner aux Etats-Unis dans les années soixante, le véritable modèle d'Elevation est à chercher beaucoup plus près : il s'agit de Blanco Y Negro, le label de Warner monté en partenariat avec des membres de Rough Trade et Cherry Red en 1983. Dans les deux cas, l'objectif était le même : faire passer à une autre échelle en terme de ventes et de notoriété des artistes ayant fait leurs preuves sur des labels indépendants. Pour Blanco Y Negro, il y a eu des succès (Everything But The Girl) et des échecs (The Monochrome Set). Entre les deux, il y a eu The Jesus and Mary Chain, qui venait justement de chez Creation, avec initialement Alan McGee comme manager.
Pour Elevation, l'aventure a été de très courte durée (à peine un an), principalement parce que, contrairement à ce qui était espéré, les vedettes des charts indépendants qu'étaient Primal Scream et les Weather Prophets, rejoints par l'ex-Orange Juice Edwyn Collins, n'ont pas vendu beaucoup plus en Angleterre ou à l'international une fois chez Warner. Du coup, les groupes dont passés de la tête des charts indépendants à la soixantième place des charts nationaux, pas vraiment le meilleur moyen de faire plus parler de soi. Les raisons de cet échec ? Elles sont évidemment multiples, mais elles tiennent sûrement en partie au fait qu'Alan et ses groupes n'ont pas voulu jouer tout à fait le jeu du gros label et aussi bien sûr au fait que les deux albums sortis, Mayflower et Sonic flower groove, n'étaient pas les disques exceptionnels escomptés.
Ce She comes from the rain des Weather Prophets est le tout premier disque sorti par Elevation. Ici, ce n'est pas le maxi original auquel on a à faire, mais à la version en édition limitée à prix réduit. La différence, en-dehors de la pochette ? Une des deux faces B, Happy, est remplacée par deux reprises. Je ne connais pas Happy, mais en tout cas en quantité on n'y perd pas au change.
She comes from the rain est un titre tout à fait dans la lignée du premier single à succès des Weather Prophets, Almost prayed. De façon assez amusante, la production de Lenny Kaye lui donne des tons psychédéliques qui rapproche le son des Weather Prophets de celui du Biff, Bang, Pow ! de The girl who runs the beat hotel, par exemple. En tout cas, avec (un peu) plus de moyens, le résultat final n'est pas très différent des productions sans budget de Creation enregistrées à l'Alaska Studio.
Wide open arms est une chanson qui aura été condamnée aux faces B des singles des Weather Prophets : elle était déjà en face B du maxi Almost prayed et on la retrouve ici. C'est dommage car c'est une bonne chanson. Dans cette nouvelle version elle est rapide et très électrique, annonçant le son plus rock du deuxième album des Weather Prophets. L'arrangement de la première version, à base de bongos et de guitare acoustique, était peut-être plus original et intéressant.
Après avoir repris Richard Hell (avec The Loft), Robert Johnson et Chuck Berry, Peter Astor élargit ici sa palette de références en proposant en face B des versions de You upset the grace of living when you lie de Tim hardin et Who by fire de Leonard Cohen. Connaissant les propres compositions de Peter, ce choix de reprises n'est pas très surprenant. Les deux titres sont très bons et il faut noter que peu de gens reprenaient Hardin ou Cohen dans ces années-là. Je me demande d'ailleurs si cette version de Who by fire ne fait pas partie des enregistrements qui ont pu donner à l'équipe des Inrockuptibles l'idée de se lancer quelques années plus tard dans l'aventure de la compilation-hommage I'm your fan. Sur cet album, Peter Astor (en solo) reprend un autre titre de l'album New skin for the old ceremony, Take this longing.
Peter Astor reste actif musicalement : on attend ce mois-ci la sortie de son nouvel album, Songbox.

Mayflower peut actuellement être téléchargé chez Obscurely Fragile Productions.


Peter Astor le 20 novembre 1985, dans la loge du Croydon Underground, le soir d'un concert où les Weather Prophets étaient à l'affiche avec Primal Scream et Meat Whiplash. Photo : JC Brouchard.

02 juin 2011

THE PATRON SAINTS OF TEENAGE (NME)


Acquis au Record & Tape Exchange de Camden dans les années 2000
Réf : CRENME 001 -- Edité par Creation en Angleterre en 1994
Support : CD 12 cm
10 titres

Upside down : the movie, le documentaire sur Creation Records réalisé par Danny O'Connor, était projeté pour la première fois en France hier à Paris dans le cadre du festival Filmer la musique. Il raconte très bien l'histoire du label, même si j'aurais évidemment préféré qu'il insiste encore plus sur les débuts (les Jasmine Minks sont sous-représentés et Felt est absent, mais un autre documentaire, Lawrence of Belgravia, est en préparation depuis des années). Principal défaut du film, comme pour la plupart des documentaires dits "musicaux", il n'y a pas assez de musique ! C'est frustrant d'entendre quelques notes d'un excellent titre et de ne jamais avoir une chanson entière, ni même à moitié.
J'ai apporté une contribution infinitésimale à cette réalisation en fournissant quelques photos d'Alan McGee, de Joe Foster et des Television Personalities, qu'on aperçoit fugitivement. Je fais moi-même (je pense), une apparition encore plus fugace à l'écran, presque un fantôme, sur un film Super 8 muet tourné début 1984 à la Living Room : 9'22" après le début du film, je suis à gauche de l'écran, en manteau et écharpe, comme il se doit à un mètre du chanteur d'un groupe que je suis bien incapable de nommer !
Le film est d'ores et déjà disponible en DVD en Angleterre (sans sous-titres : attention à l'accent écossais). HMV distribue exclusivement une édition double DVD avec des interviews plus longues en bonus.
"Les saints patrons des ados"... Cette compilation date des années mégalo de Creation, celles où Alan se faisait appeler "The President", celles où ils ont sorti d'autres compilations avec des titres comme Creation for the nation ou Priceless Creation. Ce n'était sûrement pas encore le cas avec Doing God's work en 1987, mais Alan explique dans le film que, dans les années 90, sous le coup du succès et des drogues, il s'est vraiment cru tout-puissant. Pour ma part, à distance, j'ai toujours pris ça à la rigolade...
Il est précisé sur la pochette que "The Patron Saints Of Teenage originally appeared as an exclusive reader offer in the NME". Dit comme ça, je comprends qu'il s'agit d'une deuxième édition et que l'édition originale de cette compilation a été soit distribuée avec le NME, soit envoyée aux lecteurs renvoyant un coupon, des sous ou des points. Ce qui m'étonne, c'est que je trouve nulle part en ligne de versions différentes de ce CD du NME (Il existe une autre compilation intitulée The patron saints of teenage, éditée aux Etats-Unis par Tristar après la signature du deal de Creation avec Sony, mais à part le titre ces deux compilations n'ont pas grand chose en commun). Par ailleurs, s'il ne comporte pas de mention du style "For promotion only. Not for sale", ce disque n'a pas non plus de code-barres, ce qui indiquerait qu'il n'a pas été commercialisé. (Petit) mystère, donc.
Ce qui est sûr, vue l'illustration de couverture toute moche, c'est que ce disque a été diffusé à l'occasion (grosso modo, le label ayant démarré en fait fin 1983) des dix ans de Creation. Et franchement, pour un résumé en seulement dix titres de dix ans de parutions du label, c'est une réussite.
Déjà, par chance, la compilation étant sortie peu de temps avant leur signature sur le label, on évite Oasis. Ensuite, les grandes étapes de l'évolution de la Creation sont bien marquées. Upside down de The Jesus and Mary Chain, le premier gros succès indépendant, qui a vraiment lancé le label au bout d'un an. Up the hill and down the slope de The Loft, un autre succès indépendant, le premier édité en maxi, par l'un des premiers groupes à passer à la télé. Shine on de The House of Love, l'un des grands succès de Creation, avec l'album correspondant qui a monté très haut dans les charts nationaux (Shine on, comme Upside down, a été "vendue" aux majors qui ont signé les deux groupes. On a donc pris la peine de signer des licences avec Fontana et Warner pour inclure ces deux titres. Bel effort.).
On a aussi You made me realise, le premier single de My Bloody Valentine chez Creation, juste après qu'Alan McGee et Dick Green se soient rendus compte, comme c'est dit dans le film, que le sous-groupe noisy qu'ils connaissaient et moquaient avait muté en un excellent groupe innovateur. Ils se sont du coup retrouvés tout cons d'avoir exigé que Biff, Bang, Pow ! passe en tête d'affiche et non en première partie de My Bloody Valentine lors d'un concert en Angleterre ! A l'inverse, Space blues de Felt est leur tout dernier disque chez Creation, un disque halluciné, un excellent single hors album. 
Loaded de Primal Scream est un excellent choix pour ce groupe pilier du label, le point de rencontre entre leurs débuts pop-rock et leur collision avec les raves, l'escstasy et la house music.
Leave them all behind de Ride est le premier single Creation à être entré dans le Top 10 des charts nationaux anglais (bien que ce titre dure plus de huit minutes !). Quant à What you do to me, c'est l'un de mes titres préférés de Bandwagonesque, l'album à succès de Teenage Fan Club.
Comme pour les Pixies, Husker Dü a été une grande influence pour Creation, ce qui explique leur satisfaction d'avoir réussi à signer avant tout le monde Sugar, le groupe de Bob Mould. L'épatant premier album Copper blue a été un grand succès et on trouve ici l'un de ses singles, If I cant' change your mind, qui se trouve être aussi mon préféré de Sugar.
En fait, à la lecture des titres, je pensais que le seul faux-pas de ce CD était le choix de Barney (... and me) comme titre des Boo Radleys (J'aurais préféré Lazarus ou d'autres titres de Everything's alright forever ou Giant steps), mais j'ai été agréablement surpris à la réécoute. J'ai fort apprécié la chanson qui, comme celles de My Bloody Valentine, Ride, Teenage Fan Club et Sugar, a de forts relents de Byrds ou autre concoction sixties survitaminée.
Pour ma part, j'ai édité en 2003, pour le vingtième anniversaire de la fondation du label, qui a fermé ses portes entre-temps fin 1999, une compilation virtuelle de 24 titres, I believe in rock'n'roll. Sans trop de surprise, les dix groupes sélectionnés de ce CD se retrouvent sur ma compilation, mais comme je préfère souvent les chemins de traverse, seules quatre chansons sont en commun.

18 août 2018

PRIMAL SCREAM : Movin' on up


Acquis par correspondance via Discogs en juin 2018
Réf : INT 828.916 -- Édité par Creation en Allemagne en 1991
Support : CD 12 cm
Titres : Movin' on up -- Slip inside this house -- Don't fight it, feel it - High high...

Il y a quelques temps, j'ai regardé à nouveau mon DVD du documentaire de la collection Classic albums dédié à Screamadelica de Primal Scream, probablement le seul de la série où j'ai l'occasion de voir autant de connaissances, avec Bobby Gillespie, Andrew Innes, et Martin Duffy notamment, plus Alan McGee.
Screamadelica mérite bien d'être qualifié de "classique", et même de classique instantané presque, vu son succès à sa sortie et, par exemple, l'attribution du premier Mercury Music Prize en 1992. Mais je me suis souvent dit qu'il était rare qu'un album fait d'autant de bric et de broc fonctionne aussi bien.
En effet, sur les dix chansons du disque (une est présente deux fois), il y en a une, Loaded, qui est un remix d'un titre de l'album de 1989, sorti initialement en 1990. Il y a aussi Slip inside this house, une reprise des 13th Floor Elevators, sortie aussi en 1990, sur Where the pyramid meets the eye, un album-hommage à Roky Erickson. Il y a les autres singles égrenés en 1990-1991 avant la sortie de l'album, le gospel-rave de Come together, le chef d’œuvre psychédélique Higher than the sun et Dont' fight it, feel it. Et, sur un disque qui symbolise la fusion rock/house, on trouve quand même deux chansons produites par Jimmy Miller, archétype du classicisme rock.
Malgré tout, la sauce prend, et Screamadelica est un album emblématique, grâce aussi à sa pochette, une peinture de Paul Cannell, l'une des dix choisies en 2010 par Royal Mail pour les timbres de la série Classic album covers.
A un moment dans le DVD, j'ai repéré que quelqu'un avait un t-shirt avec le fameux soleil halluciné de Screamadelica, sur fond bleu ou noir plutôt que rouge. J'ai trouvé que ça rendait bien. Avant d'être tenté de faire une bêtise, en achetant par exemple un t-shirt à 30 $ ou un mug à 14 $, j'ai repensé à ce single allemand de Movin' on up, que j'avais vu sur Discogs, avec un réagencement des couleurs de la pochette de l'album qui rend très bien avec son fond jaune éclatant, et je me le suis offert pour même pas le prix de l'anse du mug.
C'est aussi l'occasion de rendre hommage à Paul Cannell, qui s'est suicidé en 2005 à 42 ans. Paul Cannell est rentré dans l'orbite de Creation via Jeff Barrett, de Heavenly Records (dont il a réalisé le logo à l'oiseau) et de Creation Records. Une de ses peintures a d'abord été choisie pour la pochette de Higher than the sun, et une autre quelques semaines plus tard pour Don't fight it, feel it. Le soleil est un détail de la pochette de Higher, repéré dès la sortie du single puisqu'il illustre aussi bien les rondelles des disques que le recto du maxi remixé, dans ses couleurs originales je présume.
Pour la pochette de l'album, Alan McGee a expliqué au Daily Record que, en juillet 1991, ils n'avaient toujours pas choisi la pochette de Screamadelica. Bobby avait proposé une photo du groupe assis avec un mannequin sexy, mais Alan l'a refusée en expliquant que personne n'achèterait le disque. Il a alors repéré le soleil, en jaune et bleu, sur une affiche pour Higher than the sun et a pensé que ça serait très bien pour l'album avec d'autres couleurs. Bobby l'a mis sur fond rouge et l'affaire était faite !
Pour ce qui concerne l'histoire éditoriale de Movin' on up en single, c'est aussi un peu compliqué.
Ce titre accrocheur a beau être celui d'ouverture de l'album, il n'a pas été choisi au Royaume-Uni pour être l'un des quatre premiers singles de l'album ! Il faudra attendre début 1992 pour le voir arriver en titre principal d'un single en Angleterre, mais seulement comme premier titre du Dixie-narco EP, avec en pochette une photo de William Eggleston. Mais dans d'autres pays, on avait repéré le potentiel de la chanson et des singles étaient déjà sortis, aux États-Unis et au Canada, avec Dont fight it, feel it en face B et un bout de la pochette de ce single pour l'illustrer; en France, avec aussi Don't fight it... mais avec la même pochette que l'album; et en Allemagne, donc, avec cette pochette aux couleurs inédites.
On trouve sur ce disque les trois premières chansons de Screamadelica, dans le même ordre.
J'ai longtemps eu tendance à dénigrer Movin' on up pour son côté Rolling Stones trop prononcé. Après les excellents "Wou wou" à la Sympathy for the devil de Loaded, je trouvais que ça faisait un peu trop. D'autant que, pour l'occasion (et pour Damaged aussi sur l'album), le groupe s'est fait plaisir en travaillant avec Jimmy Miller, le producteur de Let it bleed, Sticky fingers et Exile in Main St.
Aujourd'hui, je suis beaucoup plus indulgent pour ce titre aux accents gospel-blues, comme Bobby le décrit dans le bout de documentaire ci-dessous tout en bas. C'est une bonne chanson très efficace, qui suinte la bonne humeur et donne envie de se bouger. Que demander de plus ? Pour l'anecdote, notons que le bout de phrase "You made a believer out of me" vient du You doo right de Can.
En face B de single, je veux bien, mais pour le coup je reste aujourd'hui encore très sceptique sur l'intérêt d'avoir collé Slip inside this house sur l'album. C'est une reprise, qui était déjà parue, d'une chanson qui est loin d'être l'une de mes préférées des 13th Floor Elevators, et le résultat est loin d'être aussi innovant que les propres compositions du groupe. Certes, ça permet de faire le lien entre le psychédélisme sixties et celui des raves, et ça permet un jeu de mot sur la House music avec "trip inside this house", mais je suis bien sûr que le groupe avait mieux que ça dans ses cartons pour boucler son album.
Pour Don't fight it, feel it, j'ai aussi été bien trop sévère pendant très longtemps. Ce single m'avait déçu après Come together et Higher than the sun (difficile de faire mieux, il faut dire), et je trouvais que c'était de la house un peu trop pure. Mais aujourd'hui, force est de constater que c'est un titre vraiment dansant et efficace, avec son "Rama lama lama fa fa fa" et le gimmick au sifflet trouvé par Andrew Weatherall. Je pense que la version la mieux dosée est celle un peu raccourcie du single, qui sert aussi pour la vidéo ci-dessous.
Sur ce CD allemand, la version "High high" n'est pas la version de l'album ni celle du single. Il s'agit en fait du remix par Graham Massey de 808 State sorti en Angleterre sur la deuxième version maxi du single. Je ne l'avais pas, ça tombe bien. Cette version perd le sifflet mais est intéressante par l'équilibre recherché entre guitares électriques et sons électroniques.
Screamadelica est un album tellement classique qu'il a été réédité de multiples fois, notamment pour ses vingt et ses vingt-cinq ans, dans des coffrets avec plein de bonus. Le groupe l'a aussi joué sur scène en intégralité lors d'une tournée en 2010, ce qui a donné lieu à un CD/DVD live. Je ne crois pas que le groupe ait joué l'album dans son intégralité lors de l'étape parisienne de la tournée originale de Screamadelica à laquelle j'ai assistée le 19 janvier 1992,  l'Elysée-Montmartre et au Rex.
Sinon, dans le même style, j'aime bien la pochette de Souls, une compilation promo japonaise de 1994 :






Primal Scream, Movin' on up, en direct en 1991 dans l'émission The Word sur Channel 4.


Primal Scream, Don't fight it, feel it. Il s'agit de la vidéo de la version single, soit la version de l'album produite par Andy Weatherall, légèrement raccourcie pour l'occasion.


Primal Scream, Movin' on up, en direct le 21 mars 1992 dans l'émission Les Nuls sur Canal Plus.

15 avril 2020

TRASHMONK : Polygamy


Acquis d'occasion probablement Londres probablement dans les années 2000
Réf : ccd 301 promo radio -- Édité par Creation en Angleterre en 1999 -- Promotional copy only - Not for sale
Support : CD 12 cm
Titres : Polygamy (7" version) -- Polygamy (Album version) -- P2 -- 29/11

Il est bien certain que, dans les dernières années du label, Alan McGee ne suivait pas de près toutes les parutions de Creation. Il y avait un ou plusieurs directeurs artistiques pour ça et lui-même était bien occupé par ailleurs. Et puis, il y avait ce contrat avec Sony, qui avait racheté 50% des actions, qui faisait que Creation sortait en Angleterre certaines parutions de la major.
Mais à l'inverse, il y a eu à cette période des disques qui n'auraient pas vu le jour sans son enthousiasme et ses coups de folie. C'est le cas pour le fameux album de reprises My beauty de Kevin Rowland et c'est le cas également pour l'unique album de Trashmonk, Mona Lisa overdrive (dont le titre est repris de celui d'un roman de 1988 de William Gibson, devenu Mona Lisa s'éclate en français). La meilleure preuve en est que, l'album ayant fait partie de ceux qui ont sombré très vite dans les derniers temps du label, dont la fermeture a été annoncée fin 1999, Alan a pris la peine d'en racheter les droits à Sony pour le rééditer en 2001 sur son nouveau label Poptones.
Je m'étais déjà procuré l'édition originale de l'album il y a quelques années. Je l'avais écoutée rapidement et rangée dans l'étagère. Il y a deux ans, j'ai acheté pour 10 pence à Londres le CD promo de la réédition, qui attendait depuis sur une pile que je l'écoute avant de le ranger. Ça tombe bien, il se trouve que j'ai un peu plus de temps en ce moment à la maison pour écouter des disques...
Mon promo est intéressant parce qu'il porte le titre très légèrement altéré Mona Lisa overdriven, ce qui convient bien pour une réédition qui compte deux titres et un petit bout de morceau caché en plus. Mais la version commercialisée par Poptones a finalement conservé le titre initial.
C'est peut-être une question d'ambiance et d'humeur, mais j'ai vraiment mieux apprécié l'album lors de cette seconde écoute. Il y a trois ou quatre titres qui m'ont vraiment accroché, particulièrement le deuxième, Polygamy. J'ai même vérifié sur Discogs si ce titre était sorti en single, tout en me disant qu'il me semblait que j'avais un CD single de Trashmonk sans pochette dans ma collection.
A défaut de pouvoir chiner dehors ce printemps, on en est réduit à faire des trouvailles chez soi et j'ai été bien content de constater que j'avais bien un single de Trashmonk et que c'était Polygamy son titre principal !
Trashmonk, c'est un projet de Nick Laird Clowes. Je savais qu'il avait fait partie de The Dream Academy, groupe de pop sophistiquée qui a eu du succès dans le milieu des années 1980, mais je n'imaginais pas que sa carrière discographique avait débuté dès 1977 avec Afalpha, ni qu'il avait joué en 1981 avec The Act, groupe qui comptait dans ses rangs Mark Gilmour, frère de David.
Nick a d'ailleurs collaboré à plusieurs reprises avec David Gilmour et Pink Floyd (il co-signe les paroles de deux chansons de The division bell), et même avec Brian Wilson pour Walkin' the line sur son album solo de 1988.
La période qui a suivi la séparation de The Dream Academy a été assez instable pour Nick Laird Clowes, avec pas mal de consommation de drogues. Il a voyagé, notamment en Inde, et au Népal pour étudier le bouddhisme tibétain. Il a aussi commencé à enregistrer, en appartement, à New York et chez lui à Londres. Ce sont ces enregistrements maison mixés en studio qui font la matière de Mona Lisa overdrive, un album bien barré qui devait s'appeler initialement Trashmonk phenomena. Mais en voyant la scène chez lui, Alan McGee lui a rétorqué : "Trashmonk, c'est toi !".


Nick Laird Clowes présente Mona Lisa overdrive dans un documentaire bien barré réalisé au moment de la sortie de l'album.

Le CD single de Polygamy a beau s'ouvrir avec une version raccourcie pour la radio, le 45 tours et la vidéo, je ne pense pas qu'il y avait beaucoup de chances que ce titre assez allumé soit un grand succès commercial. En tout cas, cette version raccourcie n'a pas d'intérêt et c'est la version album de plus de sept minutes qui compte vraiment. Rythmée par une basse aquatique et des percussions trafiquées, dont des boucles de tabla, c'est une chanson qui est à mon sens dans la droite ligne de l'un des chefs d’œuvre publiés par Creation, Higher than the sun de Primal Scream. Venant après, c'est évidemment moins révolutionnaire, mais tout aussi psychédélique et halluciné, et il y aussi des chœurs qui fonctionnent très bien et qui nous racontent que "Someone told a lie".
Le troisième titre, P2, s'avère être un remix de Polygamy. Il est dépouillé, intéressant notamment parce qu'il sépare un peu les différentes couches de la chanson originale, qui est très touffue d'un point de vue sonore.
Je pense que le dernier titre, l'instrumental 29/11, est aussi en lien avec Polygamy, même si je n'arrive pas à le vérifier de façon concrète à l'écoute. Il met en valeur le violon de Ben Coleman (ex-No-Man).
Depuis 1999, Nick Laird Clowes n'a plus sorti d'album de chansons, que ce soit sous le nom de Trashmonk ou un autre. Il s'est plutôt tourné vers la composition de musiques de film. L'an dernier, il a notamment signé celle du documentaire Marianne & Leonard : Words of Love. Et on y entend, la boucle est bouclée, une version d'It won't be long, l'une des chansons de Mona Lisa overdrive.

A lire :
Un entretien avec Nick Laird-Clowes publié par l'ami Louis dans Soul Kitchen pour les vingts ans de Mona Lisa overdrive.

A écouter :
Trashmonk : Polygamy
Trashmonk : P2





Les deux pochettes sous lesquelles Polygamy a été commercialisé.

20 mai 2007

JASMINE MINKS : Popartglory


Offert par Jim Jasmine par correspondance en 2001
Réf : mc5025cd -- Edité par Poptones en Angleterre en 2001
Acquis par correspondance chez Glitterhouse en Allemagne en 2006
Réf : mc5025cdp -- Edité par Poptones en Angleterre en 2001
Support : CD 12 cm
14 titres

Les Jasmine Minks auront eu la poisse pendant toute leur carrière.
C'est le premier groupe sur lequel Creation Records a misé sérieusement, au point qu'ils sont le premier groupe du label à avoir sorti un album studio (le mini-album "1-2-3-4-5-6-7 All good preachers go to heaven" à l'automne 1984), avant de partir pour une tournée européenne, flanqués de Biff, Bang, Pow !, le groupe d'Alan McGee, et d'un groupe écossais débutant qui n'avait encore sorti aucun disque.
Manque de bol, au retour de la tournée, le groupe inconnu sort son premier single, "Upside down", et c'est le premier grand succès de Creation et de Jesus And Mary Chain. Creation a du mal à assumer ce succès et qui a donc d'autres chats à fouetter que de s'occuper de son ex-groupe vedette.
En 1988, le label se relance avec une série de nouveaux groupes (House of Love, My Bloody Valentine) et des valeurs sûres (Felt, Weather Prophets, Primal Scream, Momus) et transforme un essai publicitaire en vendant à des dizaines de milliers d'exemplaires "Doing it for the kids", une compilation-catalogue à prix réduit. Le titre qui ouvre l'album est "Cut me deep", une nouvelle chanson des Jasmine Minks, un titre poignant, une des plus grandes réussites du groupe. Mais le disque ne sort pas en single, comme c'était prévu, et l'excellent album sur lequel il figurera, "Another age", n'arrive que des mois plus tard : les Minks ne bénéficieront pas de l'effet "Doing it for the kids"...
Un autre album sortira en 1989, "Scratch the surface". Il est encore une fois excellent, à part peut-être des problèmes de mixage ou de post-production, mais il sort une fois de plus sans aucune promotion et sans single et passe complètement inaperçu.
Après ça, les Jasmine Minks disparaissent petit à petit et vivent leur vie ailleurs que dans le rock.
Un excellent dossier sur un site consacré à Creation Records nous apprend comment, petit à petit, les membres des Jasmine Minks éparpillés aux quatre coins de la Grande-Bretagne se sont retrouvés, grâce aux synthés, aux ordinateurs et à l'internet. De ces retrouvailles nait d'abord un album bricolé auto-produit, "Veritas". Puis c'est à nouveau la bonne surprise et l'espoir : Alan McGee, qui vient de saborder Creation pour se libérer de Sony et de réinvestir dans Poptones, se manifeste et propose de sortir un nouvel album du groupe. Nouveaux débuts, et retour aux Jasmine Minks, mais malheureusement l'histoire va se répéter : Poptones ne sera en pas en mesure (ou n'aura pas la volonté) de mettre les moyens de soutien et de promotion pour permettre à "Popartglory", peut-être le meilleur disque des Jasmine Minks", de rencontrer son public.
Le groupe avait pourtant mis toutes les chances de son côté, et a bénéficié d'un coup de pub national en Ecosse en faisant appel à Tommy Sheridan, un jeune homme politique de gauche local, une sorte d'Olivier Besancenot écossais mâtiné de José Bové (Il a été emprisonné plusieurs fois suite à des actions militantes). L'enregistrement de ce titre, "Daddy dog", et des extraits vidéo ont fait la une des quotidiens et des journaux télé en Ecosse au printemps 2001. Malheureusement, le single annoncé n'est sorti que quelques semaines plus tard, en juillet (!), et de plus en édition limitée à 1000 exemplaires et uniquement en 45 tours !! Pas besoin de préciser que le soufflé médiatique était retombé quand l'album est arrivé quelques mois plus tard...

Ce n'est pas toujours le cas, mais le titre qui ouvre ce disque et qui lui donne son titre donne bien la tonalité du disque : rythmes séquencés, guitares toujours présentes, chant convaincu et d'une grande maîtrise. On a affaire à un groupe en pleine mâturité, en pleine possession de ses moyens, qui livre un disque d'une énergie folle.


La grande différence avec les Jasmine Minks d'avant, qui prouve que les nineties avec leur révolution informatique et la vague dancefloor sont passées par là, c'est la présence marqué sur ce disque de samples, de rythmes préenregistrés, en plus des instruments habituels du groupe.
Je ne vais pas citer tous mes titres préférés du disque : à chaque fois que j'en réécoute un pour le lister parmi ceux que j'aime moins je lui trouve des qualités !
Mais il y en a quand même dans le lot que je préfère encore plus que les autres ! : "3b48" pour commencer, le tube techno-rock du groupe, avec ses paroles un peu surprenantes quand on connait les Minks (If I had the chance to change anything I wouldn't, not that I'm afraid of change I just let things happen anyway).
"Midnight and I" ensuite, avec ses deux voix très réussies (celles de Jim et Tom, le batteur), et son atmosphère qui me fait penser à une version d' "Atmosphere" de Joy Division interprétée par New Order (Le chant de Jim a un peu quelque chose de Ian Curtis tout au long du disque).
"Soul children" et ses choeurs, "On a Saturday" et son orgue à la Doors, les deux avec leur énergie et leur rythme, comme presque tout le disque.
"Redsky" pour clore le disque d'une façon un peu plus sereine.

"Popartglory" se trouve encore un peu partout (ici par exemple), pour presque rien puisque le disque ne s'est pas vendu et que Poptones a liquidé ses stocks. Inutile de préciser que je vous conseille de vous en procurer un exemplaire. Moi-même j'en ai acheté un du commerce pour pas cher car mon exemplaire promo n'avait ni pochette ni crédits.