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21 octobre 2023

JAMES BROWN : Sweet little baby boy


Acquis chez Récup'R à Dizy le 22 juillet 2023
Réf : 27 794 -- Édité par Polydor International Production en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Sweet little baby boy (Part 1) -- Sweet little baby boy (Part 2) -/- The Christmas song -- Don't be a drop out

Depuis 2008, quand je chronique un "disque de Noël" (, , ou encore ), j'ai pris l'habitude de le faire le 25 juin, jour de l'année le plus éloigné de l'omniprésente fête. Mais là, j'ai trouvé ce disque en juillet et je n'ai pas envie d'attendre juin 2024 pour en parler, d'autant que rien dans la pochette, à part la chanson intitulée The Christmas song, n'indique que trois des titres sont des chansons liées à Noël.

Je trouve régulièrement des disques intéressants à la ressourcerie Récup'R, près de chez moi. La preuve, depuis l'ouverture en 2016 celui-ci est le 21e disque chroniqué qui en provient, et carrément le 7e cette année. Mais en règle générale, ce ne sont pas à proprement parler des collectors que les requins du disque s'arrachent que j'y trouve, même s'il y a des exceptions, comme l'an dernier un EP de Dani de 1966 qui se vend plusieurs dizaines d'euros, mais qui ne m'a pas suffisamment intéressé musicalement pour que je le chronique, même si je suis bien content de l'avoir eu à 10 centimes !
De toute façon les EP des années 1960 rock ou rhythm and blues ne font pas long feu dans les Emmaüs ou les ressourceries, c'est pourquoi j'ai été surpris et bien content de tomber, entre deux disques de variété sans intérêt, sur ce 45 tours de James Brown en bon état, avec languette, que je ne connaissais pas du tout qui plus est, alors qu'avec le temps j'ai maintenant une bonne quinzaine de singles du Parrain de la Soul.

Pour faire des EP quatre titres, les labels français étaient amenés à compiler des 45 tours deux titres américains ou à ajouter des pistes d'album. Là, c'est le grand luxe, puisqu'on a droit à pas moins de trois faces A de singles sortis aux États-Unis en 1966 :

Ces disques sont tous les trois crédités à l'origine à James Brown & the Famous Flames. Les références catalogue indiquent qu'ils ont été sortis coup sur coup. Dont be a drop-out a été repris en 1967 sur l'album James Brown sings raw soul. Les deux autres ont été inclus sur James Brown sings Christmas songs, un album sorti en novembre 1966, à temps pour les fêtes de fin d'année. Et Polydor n'a pas tardé pour éditer ce 45 tours en France, puisque mon exemplaire comporte au dos un mot manuscrit "de la part de Michel" souhaitant "une bonne année 67. Avec mes baisers.".

Je n'attendais rien de particulier des chansons de Noël de ce disque, mais dans le genre elles se sont révélées tout à fait "supportables".

Sweet little baby boy est une chanson originale co-écrite avec le chef d'orchestre des Famous Flames Nat Jones. Sans trop de surprise, c'est une ballade avec cordes et piano mais l'arrangement reste sobre et ce type de chanson convient parfaitement vocalement à James Brown. Sur le 45 tours américain, la chanson était coupée en deux parties sur les faces A et B. Elles sont enchaînées ici, comme sur l'album.

The Christmas song
est une reprise d'une chanson co-écrite en 1944 par Mel Tormé et créée par le Nat King Cole Trio. Son sous-titre est Des châtaignes qui grillent dans l'âtre, mais l'adaptation française s'intitule plus prosaïquement Joyeux Noël !.
Là encore, le rythme est lent, avec, des cordes en intro. Je pensais logiquement que le label français nous avait mis la version 1 de cette chanson, mais non, c'est la 2. Et c'est un très bon choix : sur cette version 2, le chant de James Brown est plus énergique, plus soul, mais surtout, contrairement à la 1, il y a ici des cuivres bien présents, qui se mélangent aux cordes.

La très bonne surprise de ce disque, c'est le dernier titre, Don't be a drop out, lui aussi co-signé avec Nat Jones. Oubliée l'ambiance de Noël, on est ici dans le pur rhythm and blues, avec un son tendu à la Stax et même un chant dans la pure ligne d'Otis Redding. La rythmique basse/batterie/guitares n'est pas encore tout à fait funk, mais on s'en rapproche. Ajoutez à ça une section de huit cuivres, dont Nat Jones lui-même et Pee Wee Ellis, et des chœurs qui font "What he said" sur le refrain et hop, c'est parti, vous êtes déjà sur la piste de danse.
Un titre classique, mais réjouissant, qui est apparemment aussi l'une des premières chansons engagées de James Brown, contre le décrochage scolaire.
James Brown prend les choses à cœur dans ses paroles ("Without an education you might as well be dead"). Et il a joint les actes aux paroles, puisqu'il a participé à une campagne Stay At School, ce qui l'a amené à rencontrer le vice-président Hubert Humphrey. Il aurait aussi fait don de ses droits d'auteur pour cette chanson à des associations. Don't Be A Drop-Out, c'était aussi le nom de son fan club dans les années 1960.

Un 45 tours rare et intéressant, donc, comme on n'en trouve malheureusement pas toutes les semaines...!


Une publicité pour Don't be a drop-out parue dans la presse.


James Brown, Don't be a drop out, dans l'émission Where the action is enregistrée le 14 octobre 1966.

01 septembre 2019

ARTISTE INCONNU : Titres inconnus (Tepnimit 333-336)


Acquis chez Récup'R à Dizy le 14 août 2019
Réf : Tepnimit 333-336 -- Édité par Tepnimit au Cambodge sûrement dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Inconnu (Déception ?) (Tepnimit 333) -- Inconnu (Bonne nuit ?) (Tepnimit 334) -/- Inconnu (Sans fil, Lever du soleil ?) (Tepnimit 335) -- Inconnu (Annonce ?) (Tepnimit 336)

A le ressourcerie le 6 août, outre les deux disques de Hong Kong, j'avais trouvé deux disques du Cambodge, l'un avec pochette de Mao-Sareth et l'autre sans pochette sur le label Tepnimit, mystérieux parce que, ne lisant pas et ne comprenant pas le khmer, la seule indication sur les étiquettes que je suis en mesure de comprendre est celle en français, pas très utile dans ce contexte puisqu'elle prévient que "L'utilisation de ce disque pour les auditions radiophoniques est interdite".
Les jours suivants, j'ai commencé à avoir des regrets : j'avais certes parcouru toutes les boites où il y semblait y avoir des nouveaux arrivages, mais de façon très rapide. J'avais certes trouvé un bon paquet de disques, mais j'avais le sentiment d'en avoir peut-être laissé passé quelques autres, tout aussi intéressants.
Alors, dès que possible, la semaine suivante, on y est retourné, et j'ai passé systématiquement en revue tous les 45 tours. Il n'y avait visiblement pas eu de disques ajoutés entre-temps, mais mon intuition était bonne : entre quelques 45 tours folkloriques allemands, j'ai fini par trouver un EP de Tahiti que j'ai cru ne pas avoir (en fait, je l'avais, mais avec une pochette différente...) et juste à côté trois autres 45 tours du Cambodge, deux de la très grande vedette Sinn Sisamouth (Fleur de vientiane, avec pochette, et Aurevoir Hong Kong, sans) et un autre du label Tipnimit, que je vous présente aujourd'hui.
Il y a un évidemment quelque chose de poignant lié à tous ces disques, qu'il est impossible d'évacuer à leur écoute : la plupart de ces artistes ont disparu et ont été tués entre 1975 et 1979 pendant le régime des Khmers Rouges, dont ils figuraient parmi les cibles privilégiés, en tant qu'acteurs d'une culture occidentalisée.
De nombreux enregistrements ont également été détruits ou ont disparu dans cette période ou depuis. Le monde du rock au sens large a commencé à les redécouvrir au fil des années, depuis notamment la parution en 1996 de Cambodian rocks, une compilation de titres de la fin des années 1960 et du début des années 1970 influencés par le son psychédélique et garage de l'époque. Mais mes disques sont plus anciens que ça et sont presque tous plutôt influencés par la variété internationale.
Tepnimit est un label qui doit exister au moins depuis les années 1950. J'imagine qu'il a édité des dizaines et plutôt même des centaines de disques, mais on n'en trouve actuellement que trois sur Discogs, dont deux crédités à l'orchestre maison Tepnimit Orchestra. Ailleurs en ligne on trouve juste quelques autres références éparses. Je n'ai vu aucune discographie du label digne de ce nom.
Pour en savoir un peu plus sur mes disques Tepnimit, j'ai lancé un appel sur Twitter à des gens qui s'intéressent à la musique cambodgienne. J'ai même interrogé un collectionneur sur Discogs, mais je n'ai eu aucune réponse.
J'ai donc essayé de me débrouiller tout seul comme un grand et, à partir des étiquettes scannées, j'ai fait de la reconnaissance de caractères, puis je suis allé chez Google Translate pour essayer d'en tirer quelque chose.
Dans le lettrage en haut du label il y a peut-être les mots "Lundi", "Res" et "Frère". J'ai bien l'impression qu'il n'y a pas de nom d'artiste, mais juste la mention "Artistes kmers" ou "Danse khmère" ($ចារំក្បាច់ខ្មែរ transcrit en cha rom kbach khmer).
Je préfère de toute façon indiquer jusqu'à plus ample informé que l'artiste et les titres de ce disque sont inconnus, mais j'ai peut-être quelque chose d'un peu plus tangible pour les quatre titres :
ça pourrait donner, par ordre d'apparition :
  • Matrice 333 : Déception (ុះគបញាំក់ transcrit en oh k b nhoam k)
  • Matrice 334 : Bonne nuit (រាត្រីត្រហំ transcrit en reatrei tr ham)
  • Matrice 335 : Sans fil, Lever du soleil (ស័្មវ៉ៃហ្ម័, ឃំន្ទើថ្ងែស្រំ transcrit en sa m vai hm, khom nteu thnge srom)
  • Matrice 336 : Annonce (ររំគែន transcrit en r rom ken)
A défaut d'informations fiables, le mieux dans ce cas est de laisser la musique parler pour elle-même et de l'écouter "à la sourde". C'est ce que j'ai fait, et j'ai pris une énorme claque à l'écoute du premier titre de ce disque.
Comme je l'ai dit, mes autres disques cambodgiens sonnent plutôt variétés, avec un aspect sentimental fort marqué, que la chanson soit en solo ou en duo. Là, la tonalité est plus acoustique et n'a rien à voir avec la variété. Le disque s'ouvre avec ce qui sonne comme... de l'accordéon ! Puis arrive une basse, mais c'est une basse sur deux notes, acoustique, qui sonne surtout comme ces basses à bassine (Wahstub bass) des jug bands américains.
Il y a à un moment une longue partie instrumentale, avec deux instruments solo qui se succèdent, l'un à cordes frottées façon violon (un tro, j'imagine), puis l'accordéon. Quant au chant, c'est celui d'une femme en solo (elle chante sur les quatre titres), et là il est déchiré. On a l'impression d'avoir à faire à une hurleuse de blues, et le titre Déception correspondrait bien à ce genre de sentiment. Au final, il y a bien des tonalités asiatiques, mais on pourrait tout autant se croire sur les rives du Mississippi que sur celles du Mekong.
C'était tellement surprenant que j'ai sollicité sans lui donner d'indications l'avis de Philippe R. pour vérifier que je ne délirais pas complètement. Et lui aussi a évoqué les cajuns de Louisiane et le Québec...
Le deuxième titre est plus lent, avec la même basse et aussi un son de cloche et des instruments à cordes, plutôt dans la famille du luth il me semble. C'est très bien également. Je ne sais pas s'il est vraiment intitulé Bonne nuit, mais en tout cas ce n'est pas une berceuse.
Le troisième titre m'a presque autant marqué que le premier, la surprise en moins. Il y a plus de percussions, avec une sorte de gong, et le début sonne presque comme de la musique russe au balalaïka ! La basse minimale est toujours présente. Le refrain en "La la la la, la la" avec des chœurs en fait presque une chanson pop.
Pour le quatrième titre, on retrouve l'instrument à cordes frottées avec des percussions minimales, peut-être juste des claquements de main. Le chant est une sorte de mélopée ou une incantation, à rapprocher du possible titre Annonce. C'est le titre qui sonne le plus comme de la musique traditionnelle, même si j'imagine que tous en sont.
J'espère que les informations sur ce disque pourront être complétées par les lecteurs de cette chronique. En tout cas, ce mystérieux 45 tours de folk-blues cambodgien est une très belle découverte.

A écouter :
Tepnimit 333
Tepnimit 334
Tepnimit 335
Tepnimit 336




07 mars 2023

DUPONT ET PONDU : Chauffe Marcel


Acquis chez Récup'R à Dizy le 28 janvier 2023
Réf : FX 1515 M -- Édité par Festival en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Chauffe Marcel -- Le professeur qu'on nous a donné -/- J'voudrais être un beatnik -- Alléluia

J'avais prévu de chroniquer ce disque avant son décès le 13 février à 91 ans, mais du coup cette chronique est l'occasion de rendre hommage à Alain Goraguer, crédité ici aux arrangements et à la direction d'orchestre. L'an dernier, on s'était bien amusé avec son Orgogoriental.

Un lot de 45 tours était arrivé ce jour-là à la ressourcerie et j'en ai acheté plus de 25. Quand j'ai vu celui-ci, j'ai cru qu'il s'agissait d'un autre disque de l'accordéoniste Dupont, dont je venais de mettre un 45 tours sur ma pile, mais non, le duo comique Dupont et Pondu n'a rien à voir avec lui.
Je ne les connaissais pas du tout, mais il n'y avait aucune chance que je laisse passer un 45 tours en parfait état à 10 centimes dont l'un des titres est J'voudrais être un beatnik !!!

C'était aussi étonnant de tomber sur ce Chauffe Marcel le lendemain même du jour où j'avais discuté avec Alig et Philippe R. du Vesoul de Jacques Brel, l'occasion d'en découvrir une excellente version en public à la télévision en décembre 1968.

L'expression "Chauffe Marcel", on la connaît surtout en musique comme le sous-titre du premier 45 tours des Charlots, Je dis n'importe quoi et je fais tout ce qu'on me dit (1966), et donc comme l'encouragement de Brel à Marcel Azzola dans Vesoul (1968).
Mais il s'avère que ceux qui ont popularisé cette expression dans des cabarets parisiens et lors d'une apparition télévisée, ce sont bel et bien Dupont et Pondu.
Pour replacer les choses dans leur contexte, et Luis Rego l'explique très bien dans le numéro de février 2023 de Rock & Folk, les Problèmes/Charlots n'ont jamais eu l'intention de bâtir une carrière à partir de ce titre. Tout est parti d'une émission radio d'Europe 1, pour laquelle ils ont parodié Je dis ce que je pense et je vis comme je veux d'Antoine, et c'est bien là effectivement que Gérard Rinaldi a pompé l'expression de Dupont et Pondu. Mais c'était normalement un truc sans lendemain. Sauf que la chanson a plu au producteur Christian Fechner, qui l'a incluse sur une compilation Vogue. Elle a eu du succès, et pof !, le groupe rock Les Problèmes s'est transformé en groupe parodique Les Charlots.
Alors, en 1967, Dupont et Pondu ont décidé de répliquer et ont sorti leur propre Chauffe Marcel.
Sur un ton pécore, qui fait penser dernièrement aux Frères Goyette, il est clair que les paroles s'adressent aux Charlots et à Fechner :
"On est des artistes rurals et quand on souffle dans notre biniou
On pourrait faire danser des chevals, même qu'à Paris ils sont jaloux
Y a un directeur artistique qui nous a dit qu' c'était très bien
Il a écouté notr' musique, il nous a fauché notre refrain
Oh ben faut rien laisser traîner, hein
Chauffe Marcel, chauffe mon gars, yé yé yé
A Paris, sont point gênés, y s' contentent plus d' croquer nos pommes
Maintenant v'là qu'y croquent nos idées, on n'en a pourtant pas des tonnes
J'ai entendu dans la radio cinq gars qui faisaient un trio
Ça m'avait l'air pas mal du tout, ils chantaient les mêmes trucs que nous
"
Sur l'autre face, J'voudrais être un beatnik poursuit dans la même veine. On est loin du freakbeat, mais on apprécie d'entendre une guitare saturée sur ces deux titres.

Le professeur qu'on nous a donné, avec des enfants qui chantent le refrain, raconte l'histoire d'un repris de justice qui se retrouve enseignant. On est dans une ambiance à la Pierre Perret.

Quant à Alléluia, il s'agit tout simplement d'une reprise d'un titre alors récent de Jean Ferrat, sorti en 45 tours et interprété à la télévision. C'est l'histoire assez classique d'un enterrement suivi au bistrot plutôt qu'à l'église. Avec le même arrangeur et le même orchestre, cette version est assez fidèle à l'originale, avec la présence remarquée de l'orgue. Après A Santiago, cela fait deux fois que je surprends Ferrat à faire dans la chanson plutôt légère, et c'est très bien ainsi !

J'ai très rarement voire jamais vu des disques de ce duo et je suis bien content de cette première bonne trouvaille de l'année.

11 mai 2024

PATRICK TOPALOFF : J'ai bien mangé, j'ai bien bu


Acquis chez Récup'R à Dizy le 19 avril 2024
Réf : CF 18 -- Édité par Flèche en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : J'ai bien mangé, j'ai bien bu -/- Maman viens me chercher

Cette fois, je crois qu'on a vraiment passé un cap cette année et je doute de trouver suffisamment de disques en 2024 pour produire une sélection de Mes grandes trouvailles de chine (chine s'entendant par "disque acheté d'occasion sans savoir d'avance qu'on pourrait le trouver, et c'est encore mieux quand on n'en connaissait même pas l'existence avant de commencer à fouiller".
Dans les Emmaüs près de chez moi, ça fait déjà un bon moment qu'il n'y a plus beaucoup de disques, et ceux qui restent sont vendus beaucoup plus cher qu'avant. Pour les vide-grenier, j'y pars maintenant en sachant qu'il y a de bonnes chances de revenir bredouille, et cette année la météo n'aide pas, alors je n'en ai quasiment fait aucun. Le dernier endroit où je trouvais régulièrement des disques ces dernières années, c'était la ressourcerie, mais le rayon disques se tarit pour tous les formats de semaine en semaine, et ne se renouvelle pas avec le temps.
La bonne preuve de tout ça, c'est qu'on est en mai et que c'est le premier disque chiné dans l'année que je chronique. Un 45 tours trouvé justement à la ressourcerie, avec un Michel Polnareff et un Martin Circus. On fait avec ce qu'on a, c'est toujours mieux que rien. Au moins ce disque à 10 centimes est en bon état et, tout le monde s'en fout mais c'est sûrement le premier pressage, en BIEM, les suivants étant tamponnés SACEM.

Au tournant des années 1970, Patrick Topaloff était un animateur radio d'Europe 1 comique et célèbre quand il a commencé à bricoler dans le cinéma. C'est Claude François qui l'a orienté vers la chanson en le signant sur son label Flèche. Son premier 45 tours, Qu'i m'énerv', était une reprise d'une chanson de Lee Hazlewood Mike Hazlewood.

Apparemment, Carlos avait été initialement pressenti pour chanter la face A de ce deuxième 45 tours. Cette chanson lui aurait parfaitement convenu. Tout le monde souligne que Claude François ne s'est pas foulé pour composer la musique, qui serait basée sur une comptine populaire, mais personne ne cite le titre ou les paroles de cette comptine.
J'avais huit ans quand J'ai bien mangé, j'ai bien bu est paru, et je crois que je mangeais déjà à la cantine. Autant dire que, avec mon frère et ma sœur, on entonnait "J'ai bien mangé, j'ai bien bu, j'ai la peau du ventre bien tendue, merci petit Jésus" à la moindre occasion. Et souvent on se faisait reprendre par ma Maman qui n'aimait pas cette chanson. On sortait à peine de la guerre du Biafra et de sa famine et les images des enfants au ventre ballonné par la faim étaient partout.
Au moins, elle aurait pu se réjouir qu'on ne prête aucune attention aux paroles des couplets, en particulier le vers "Ma petite sœur Thérèse qui rit quand elle me cueille des fraises", que nous étions trop jeunes pour corriger de nous mêmes...!

J'ai été surpris en regardant le dos la pochette de voir que la face B, Maman viens me chercher, est signée R. Newman. Avec ce titre, j'ai tout de suite pensé qu'il devait s'agir d'une adaptation en français du Mama told me not to come de Randy Newman. C'est bien le cas, et c'est même une version calquée sur la version que je ne connaissais pas par Three Dog Night, qui a été un succès en 1970. L'adaptation est assez fidèle, sauf que le narrateur est joué ici façon efféminée, assez typique de l'humour de l'époque, mais ce n'était pas dans la version originale. En tout cas, on constate que, à cette époque, Claude François ne s'intéressait pas qu'au répertoire de Motown.

Voilà pour ma première chronique de disque chiné en 2024. Attention, si la disette se confirme, je ne m'interdis pas de plonger plus avant dans la discographie de Topaloff. Certes, je crois que je n'ai pas (encore) Ali be good, mais j'adore Où est ma ch'mise grise avec Sim et j'ai même Le couple idéal en duo avec André Verchuren...!


Patrick Topaloff, J'ai bien mangé, j'ai bien bu, en direct le 13 avril 1971 dans l'émission Les étoiles de la chanson.


Patrick Topaloff, J'ai bien mangé, j'ai bien bu, avec la participation de Thierry Le Luron il me semble.

Patrick Topaloff, J'ai bien mangé, j'ai bien bu, avec Zanini cette fois.

09 janvier 2021

ANNE SYLVESTRE avec BOBBY LAPOINTE : Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant


Acquis chez Récup'R à Dizy le 23 décembre 2020
Réf : 128.517 R -- Édité par Meys en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant -/- Chanson grise en do -- Berceuse pour un ouragan

Au lendemain de la mort à 86 ans d'Anne Sylvestre, l'INA a mis en ligne un extrait de l'émission Top à la Une du 25 décembre 1970 dans lequel elle interprète sa chanson Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant, en duo avec Boby Lapointe.
Je connais bien Anne Sylvestre de réputation, j'ai chroniqué ici une de ses chansons et j'ai deux ou trois disques d'elle, mais je ne connaissais pas ce titre d'anthologie :



C'est un excellent duo et un très bon anti-conte de fées plein d'humour !
Cette version est très proche de celle du disque, mais elle est écourtée (il manque plus d'une minute au début) et on se rend compte en écoutant avec attention qu'Anne et Boby rechantent sur la bande musicale enregistrée, comme ça se pratiquait à la télévision à l'époque : on entend le micro qui frotte contre les barreaux, il y a plus de "Voilà j'arrive mon aimée" répétés à la fin et le fou rire qu'Anne Sylvestre ne peut retenir est plus prononcé.
Après cette découverte, j'ai envisagé de chroniquer cette chanson ici, mais j'ai déjà fait le coup de la vidéo sans disque pour Petit bonhomme et je ne voulais pas recommencer. Je me suis renseigné et j'ai vu que cette chanson n'était sortie que sur un album de 1969 et plus tard sur ce 45 tours.
J'ai donc abandonné l'idée mais, trois semaines plus tard, alors que j'examinais sans trop d'espoir le rayon disques de la ressourcerie, car visiblement il n'y avait quasiment rien de nouveau (en-dehors d'un EP du Modern Jazz Quartet que je venais de trouver), v'là-t’y pas que je tombe sur cet album 45 tours ! On aurait dit qu'il avait été mis là pour moi...
J'ai su tout de suite que j'allais chroniquer ce disque, mais j'ai très vite été intrigué. Sachant qu'Anne Sylvestre a soigneusement évité, suite au succès de ses Fabulettes, d'être considérée principalement comme une auteur de chansons pour la jeunesse, c'est assez bizarre de se retrouver avec dans les mains un objet qui reprend tous les codes du disque pour enfants : pochette ouvrante, illustrations, reproduction des paroles, rappel au dos du disque d'autres publications pour la jeunesse, dont les Fabulettes, alors que, quand on écoute attentivement les paroles de cette fable acide, on se rend bien compte que le public visé n'est pas particulièrement enfantin : "Voilà j'arrive mon aimée, de ton lit je m'en charge il va se réveiller" ou le couplet "Tranquillise-toi mon aimée, s'il n'est pas trop mariolle amène ton curé, longtemps déjà je t'ai cherchée et pour la gaudriole plus besoin du clergé". Sans compter qu'à la fin de la chanson le prince charmant renonce à son aimée qui l'a attendu des années : "Mais pourquoi donc t'ai-je cherchée ? La vie est trop amère avec une vieille peau" .
Très intrigant. On a l'impression d'un disque qui a été maquillé en 45 tours pour la jeunesse. Et il se trouve que c'est effectivement bien le cas !
Deux fois n'est pas coutume, mais c'est dans un commentaire sur Bide et Musique, de Gozette et Gogo, que j'ai trouvé une explication à mes interrogations. Je n'ai pas trouvé plus direct comme source d'information, mais ça me parait tellement plausible que je la prends pour argent comptant.
Il se trouve que, après avoir été signée chez Philips, Anne Sylvestre a été sous contrat avec les Disques Meys de 1968 à 1971. Par la suite, elle a fondé en 1973 son propre label, A Sylvestre.
En 1969, comme mentionné dans la biographie de Boby Lapointe, Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant a connu un certain succès, mais aucun 45 tours n'a été édité.
En 1976, regrettant peut-être d'avoir perdu une poule aux œufs d'or avec les Fabulettes, les Disques Meys ont sciemment décidé de repêcher cet ancien enregistrement et de l'habiller pour le vendre sur le marché du disque jeunesse. Sans en avertir Anne Sylvestre, qui a porté l'affaire en justice et obtenu le retrait du disque du commerce. Sauf que, le temps que le procès se tienne, le tirage avait déjà été épuisé...
Me voilà donc avec une rareté, dont les faces B, pas mauvaises du tout, sont présentées comme précédemment inédites. Mais il y a encore une petite entourloupe, puisque Chanson grise en do (qui par certains aspects me fait penser à Françoise Hardy) et Berceuse pour un ouragan figurent toutes les deux un album de 1970.
Ça fait un moment que je cherchais une occasion de chroniquer un disque de Boby Lapointe. Je n'imaginais pas que c'est Anne Sylvestre qui m'en donnerait l'occasion !

02 mars 2024

CASTELHEMIS : Roger (Cha cha cha)


Acquis chez Récup'R à Dizy le 18 septembre 2021
Réf : COB 47010 -- Édité par Cobra en France en 1978
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Roger (Cha cha cha) -/- La favella de Levallois (Tchik y tchik)

J'ai un peu hésité à prendre ce 45 tours à la ressourcerie, parce que la pochette et le disque ne sont pas en très bon état, et surtout parce que j'ai longtemps associé Castelhemis à ces chanteurs français contestataires ou non des années 1970 qui appartenaient à la génération baba d'avant moi. Pourtant, au tournant des années 1970-1980, j'ai vu Béranger, Mama Béa et Thiéfaine en concert. Mais, quand j'ai commencé à me forger mes goûts avec la new wave, j'ai eu tendance à rejeter toute cette génération, même s'il y a eu une exception pour Higelin et Lavilliers, en mettant dans ce sac des artistes que j'apprécie maintenant, comme Colette Magny et Brigitte Fontaine.

En fait, jusqu'à ce que je récupère et apprécie son premier album Armes inégales 1977, je n'avais jamais écouté Castelhemis. Et loin d'être un contestataire barbant, je le rapprocherais plutôt de Louis Chédid ou de Vassiliu, avec qui il partage un goût pour la musique brésilienne.

Un peu comme Blondie avec Debbie Harry, Castelhemis est plutôt le nom d'une formation que celui d'un artiste. L'auteur-compositeur-chanteur c'est Philippe Laboudigue. Très tôt surnommé Castel quand il était membre d'une troupe d'animation médiévale, il a d'abord fait partie du duo Castel & Vendôme (deux 45 tours en 1969 et 1970), avant de fonder un autre duo avec le chanteur d'Arthemis, tout naturellement baptisé Castelhemis, un nom que Laboudigue conservera par la suite, et sous lequel il donnera des concerts pendant plusieurs années, notamment dans le réseau des MJC, avant d'envisager de sortir un disque.

Je ne regrette pas mon achat de ce 45 tours, qui est sorti entre les deux premiers albums, et dont la face A n'a jamais été publiée ailleurs.
Cette face A, Roger, est un portrait de vacancier, en cha cha cha bien sûr, mais aussi avec un intermède disco de fièvre du mardi soir (on est en 1978...). Les paroles pourraient être un résumé anticipé du film Camping, et nous montrent Roger le roi des galets (ça ne peut pas être un hasard) pendant sa parenthèse de vacances, avant qu'il ne retrouve sa solitude.

La face B La favella de Levallois (Tchik y tchik) était, avec un titre inversé (Tchik y tchik (La favella de Levallois)), la chanson d'ouverture de l'album Armes inégales. En tant que tel, elle avait été repérée et a contribué au succès de cet album qui, même des années plus tard, se vendait encore à 1200 exemplaires par mois (information tirée de l'entretien avec Jacques Vassal paru dans Paroles & Musiques en 1986). En toute logique, le label aurait dû sortir Tchik y tchik en face A de 45 tours au moment du succès de l'album, avant d'enchaîner avec Roger. C'est un peu du gâchis, mais là on a du coup deux excellentes chansons sur ce disque.
Cette fois, la chanson est une chronique de banlieue, même si la commune de Levallois elle-même n'est pas réputée je crois pour ses grands ensembles. Le rythme est enlevé, l'ambiance a l'air assez joyeuse, malgré les Ayayaï et les Ouyouyouy, mais le dernier couplet nous montre que tout n'est pas vraiment gai : "Car j’ai oublié de vous dire que l’enfant au lieu de sourire, danser le faisait pleurer, pauvre enfant dans la cité".

Castelhemis a sorti six albums jusqu'en 1988, avant de se lancer dans de nouvelles aventures, notamment dans la restauration. Philippe Laboudigue est mort en 2013 à 64 ans. L'association Castelhemis & Co lui rend régulièrement hommage. Elle a notamment porté le projet de la compilation 78-88 parue en 2002 et a organisé une soirée-hommage en ligne pour commémorer les dix ans de sa mort.

Cette chronique est évidemment tout spécialement dédiée à Philippe R.

13 février 2021

SYNTHETIC CHA CHA BAND : Why can't we live together


Acquis chez Récup'R à Dizy le 8 janvier 2021
Réf : MT 4038 -- Édité par Motors en France en 1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Why can't we live together -/- Synthetic cha cha

Je l'ai déjà raconté à propos de The letter : Philippe R. a une petite marotte, celle de distribuer autour de lui quand il en trouve pour pas cher des exemplaires du tube des Box Tops ou de Why can't we live together de Timmy Thomas, parce qu'il les trouve excellents et qu'il prêche ainsi la bonne parole du rock and roll.
Pour Why can't we live together, dont il m'a offert le 45 tours sans pochette il y a quinze-vingt ans, il m'a souvent suggéré de le chroniquer ici. J'aurais pu le faire, surtout qu'entre temps je me suis procuré le disque original avec sa pochette, ainsi que sa réédition de 1979 chez Vogue, avec une version live musclée en face B. C'est un disque que j'aime bien, mais je n'ai pas grand chose à en dire. Sa grande qualité, c'est le minimalisme de son arrangement (l'enregistrement publié est à l'origine une démo), avec la boite à rythmes et l'orgue qui dominent. En le réécoutant aujourd'hui, je me dis que c 'est presque du proto-Young Marble Giants, avec un chanteur soul à la place d'Alison Statton.
Pas de chronique de Timmy Thomas, donc, mais celle-ci est évidemment tout spécialement dédiée à Philippe puisqu'il est question d'une version instrumentale de Why can't we live together.

Je reviens quand même assez souvent bredouille de mes visites régulières à la ressourcerie. Mais j'ai été gâté pour mon premier passage de l'année car j'en suis revenu avec une douzaine de 45 tours et huit CD, ce qui est rare en ces temps de disette sans brocantes ni bourse aux disques. Rien de génial mais quelques bonnes choses dans tout ça. En tout cas, pour les raisons exposées ci-avant, j'ai tout de suite su quand je l'ai vu que ce 45 tours aurait les honneurs du blog.

Le nom du groupe est déjà tout un poème. Associer le Synthétique et le Cha Cha Cha, ça évoque Señor Coconut avec presque trente ans d'avance !
Ce 45 tours est publié par Les Disques Motors de Francis Dreyfus, un label réputé pour avoir longtemps été celui de Jean-Michel Jarre. Comme je connais par ailleurs Synthetic man, la face B d'un 45 tours de Samuel Hobo, composée par Jarre et publiée la même année que ce disque, j'ai d'emblée pensé que j'avais affaire à l'un des coups discographiques dans lesquels Jarre a été impliqué, comme Zig Zag dance, une autre collaboration avec Hobo, également publiée par Motors et toujours en 1972.
Eh bien, je me trompais. Toutes les sources, dont Mémor'Hits, s'accordent pour dire que, derrière le pseudonyme de l'auteur de la face B, Lewis Hamster, on trouve Franz Auffray, le neveu d'Hugues, notamment réputé pour avoir produit en 1970 avec le guitariste Sam Choueka un album intitulé Original popcorn.

Tout le début de la version originale étant instrumental, cette reprise de Why can't we live together s'en approche d'assez près, même si le le synthé monophonique primitif risque de faire grincer les dents de Philippe. Mais c'est quand on arrive à la partie originellement chantée que ça va vraiment se gâter, car le synthé coin-couine allègrement ! C'est un calvaire presque comique pour les oreilles !
En face B, sans point de comparaison avec une chanson originale, le rythme de Cha Cha Cha et les synthés grave et aigu de Synthetic cha cha se marient mieux et l'ensemble est peut-être pas tout à fait funky mais en tout cas dansant. C'est ma face préférée du disque.

En tout cas, j'espère que Philippe ne pas regretter d'avoir vu un de ses souhaits se réaliser de cette façon !

28 juillet 2022

BLUES DE BRESSE


Acquis chez Récup'R à Dizy le 25 juin 2022
Réf : 6990003 -- Édité par Vogue en France en 1990 -- Ce compact disc vous est offert en exclusivité par Bresse Bleu -- Disque hors commerce interdit à la vente
Support : CD 12 cm
14 titres

Même après la parution de mon livre Vente interdite en 2018, je continue à m'intéresser aux disques hors commerce. Je ne prévois pas d'en faire une réédition augmentée, mais pourtant, quand je regarde les chroniques publiées depuis sa sortie je vois bien que je ne manque pas de matière. Et ce CD y aurait tout à fait sa place.

Il y avait un arrivage de 45 tours ce jour-là à la ressourcerie, et j'ai fait une razzia d'une quinzaine de disques. Par contre, c'est le seul nouveau CD intéressant que j'ai trouvé.
Une fois n'est pas coutume pour ce genre de disque, c'est quand j'ai vu la liste des titres, presque tous issus du catalogue Chess, que je me suis vraiment décidé à l'acheter.
1000 exemplaires de ce CD ont servi de lot pour les participants à un concours organisé dans le cadre d'une campagne publicitaire pour Bresse Bleu, mais mon exemplaire était destiné à un détaillant, pas à un client, puisqu'on trouve dans le boîtier du CD, en plus du livret de quatre pages, une plaquette pliée en huit de présentation de l'opération de promotion de la gamme de fromages.

Le jeu, et donc aussi la campagne publicitaire, a eu lieu du 7 mai au 30 juillet 1990, mais le slogan "Bresse Bleu, le blues de Bresse" était déjà utilisé depuis 1988. Il en est question dans un article du Monde du 27 novembre 1988 sur la présence des noirs dans la publicité (Merci Philippe R. !) :
"Les Noirs font désormais leur apparition dans les publicités les plus inattendues. Ainsi le tout nouveau spot pour le Bresse bleu imaginé par Publicis Conseil. On y voit un musicien de jazz, Noir, penché sur une guitare à laquelle il arrache des sons nostalgiques. Slogan final, en forme de générique : " C'était Bresse bleu, le blues de Bresse ". Les fromagers avaient plutôt pour habitude, jusqu'ici, de vanter leur produit sur fond de villages et de tonnelles ensoleillées bien de chez nous.
En guise d'explication, la plupart des publicitaires, comme Béatrice Dallies-Labourdette (Publicis Conseil) ou Bruno Suter (Eldorado), invoquent un souci d'universalité. Un produit destiné à tout le monde, commentent-ils, doit être perçu comme apprécié par le monde entier, races et couleurs confondues. (...)
Certains avancent une explication culturelle. Les États-Unis et ce qui en vient continuent de fasciner. Pour un oui ou pour un non, les publicitaires situent leurs saynètes outre-Atlantique : les glaces Gervais, par exemple, présentées, on ne sait pourquoi, comme " à l'américaine ". Les Noirs font inévitablement partie de ce décor. Ils apportent à ces mises en scène une touche de couleur locale, une garantie d'authenticité.
"
Quoi qu'il en soit, plus de trente ans plus tard, tout un pan de la publicité continue de s'appuyer sur des terroirs idéalisés et des pseudo-méthodes traditionnelles bien de chez nous...
Voici le spot de pub dont il est question dans l'article :



Il y a beaucoup à dire sur cette campagne publicitaire. Elle repose entièrement sur le jeu de mots bleu/blues, mais il n'y a strictement aucun autre rapport entre le produit en question et tout ce que véhicule la musique blues. Je me demande vraiment si cette campagne a vraiment pu inciter qui que ce soit à acheter du fromage...
Quand à l'opération promotionnelle, la première question qu'on se pose est celle du public visé. Alors là, mystère. En 1990, qui écoutait du blues ? Qui aurait pu être suffisamment fan de cette musique pour être touché par cette campagne au point d'acheter du fromage et de participer à un concours ? Peut-être des hommes de 40 à 60 ans ? Certainement pas des ménagères de moins de 50 ans, et encore moins des jeunes. Pourtant, la plaquette semble indiquer que cette dernière tranche d'âge pouvait être visée, puisqu'elle présente le blues comme un "thème jeune". Permettez-moi d'en douter, tout comme pour l'utilisation du téléphone pour le jeu qui est présentée comme un "mécanisme original"...! Même en 1990, c'était tout sauf exceptionnel !
En tout cas, la possibilité de gagner sans obligation d'achat l'un des quatre voyages en Louisiane, pour le simple coût d'un appel à Paris, a quand même pu en attirer certains qui voulaient tenter leur chance.

Vogue a sorti des disques Chess en France depuis au moins les années 1960. Ils avaient donc un important catalogue à leur disposition pour concocter une sélection de titres pour ce CD, et en conséquence on a droit ici à un Panthéon des grands noms du genre. Et, signe que le blues m'intéresse, la moitié des 14 artistes a déjà été chroniquée ici : Memphis Slim, Albert King, Chuck Berry, John Lee Hooker, Big Bill Broonzy, Bo Diddley et Lightnin' Hopkins. Pile la moyenne, pas si mal pour un enfant de la new wave !

Mine de rien, il y a une majorité des titres que je ne connaissais pas bien sur ce disque. Les plus belles surprises pour moi ont été, la reprise par Lightnin' Hopkins de What did I say de Ray Charles, Moving d'Howlin' Wolf, avec une rythmique particulière, Blues with a feeling de Little Walter et la version de Worried life blues par Chuck Berry.

Le jeu de mots bleu/blues, Bleu de Bresse n'est ni le premier ni le dernier à l'avoir fait. Certains ont même fait deux fois plus fort (de fromage), puisqu'il existe à Niévroz dans l'Ain une association nommée Rock fort et blues de Bresse !
Quant à moi, je n'ai qu'une déclaration à faire : Tous les fromages que j'aime, ils viennent de là ils viennent du blues.


Lightnin' Hopkins, What'd I say, version en direct et commentée dans une émission de télévision.





09 octobre 2022

ROBERT DARON : Tangos tangos


Acquis chez Récup'R à Dizy le 22 juillet 2022
Réf : 11.142 -- Édité par Colisée en France vers 1936
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Tangos tangos -/- Au lycée Papillon

Le 10 juillet, j'indiquais ici même que j'avais choisi de chroniquer un disque de Ray Ventura faute d'avoir pu me procurer Tango, tango de Georgius ou Ma mie de Jamblan.
Seulement douze jours plus tard, alors que j'examinais un petit lot de 78 tours à la ressourcerie, j'ai cru que j'avais touché le gros lot quand j'ai découvert ce 78 tours avec la chanson Tangos tangos, écrite par Georgius et Robert Juel. J'ai vite déchanté quand j'ai vu qu'il ne s'agissait pas de la version originale par Georgius, mais c'était quand même une coïncidence étonnante, et à la rigueur ce disque avec deux reprises de succès de Georgius est une trouvaille plus intéressante, très peu référencée en ligne.

Il s'avère que Robert Daron est l'un des nombreux pseudonymes de Marcel Beaudet (1898-1987). C'est sous le nom de Marcel's que ce baryton est le plus connu. Et ces pseudonymes s'expliquent par le fait que, grosso modo entre 1930 et 1940, il aurait enregistré plus de 700 titres pour une palanquée de labels et leurs sous-marques, pour la plupart des refrains chantés dans des orchestres musette. Colisée, était l'un de ces labels de disques bon marché, employant uniquement des artistes sous pseudonyme.

A l'écoute, la version de Tangos tangos de Robert Daron m'a déçu. Pas pour l'interprétation musicale :  elle est parfaite et les arrangements sont de qualité, ce qui est d'autant plus impressionnant qu'on sait qu'à l'époque les enregistrements se faisaient en une seule prise, orchestre et chant en même temps. Elle est cependant prise sur un tempo ralenti.
Rien à reprocher non plus au chant de Robert Daron/Marcel's, sauf que ce n'est effectivement qu'un refrain chanté (le premier, interprété deux fois), alors que la chanson originale par Georgius vaut surtout par ses paroles et compte trois couplets et trois refrains en plus d'une introduction et d'une conclusion, et le tout vaut son pesant de cacahuètes :
Tango, écoutez ce tango,
Le chanteur nostalgique pince de la guitare
Beau chanteur de tango, la foule s'imagine que tu es sentimental
Que tu arrives de Buenos Aires ou de Rio de Janeiro
Erreur, erreur ! Ecoutez-le plutôt vous faire ses confidences.

Dans l'grand orchestre
D'un dancing argentin
Moi, Jean Sylvestre
Qui suis né à Pantin,
Sur ma guitare
J'accompagne des tangos
Qu'en langue bizarre
Je chante dans un sanglot
Tangos !
On m'prend pour un hidalgo
J' le laisse croire aux gogos,
A chacun son boulot

Yora cambouracho
Cucaracha cafare
Ah ! zut, c' que j'en ai marre
De toujours faire l'idiot !
Yora yora matzon
Cucaracha rouquière
Je vois une vieille rombière
Qui m' fait des yeux fripons
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Prenons une voix langoureuse
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Elle va m' refiler cent francs
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Je paierai ma blanchisseuse
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Et l' proprio qui gueule tant

Va te faire fiche !
Elle part sans les lâcher
Si j'étais riche
J' plaquerais ce sale métier
Mais v'là une brune
Qui vient depuis un mois
J' parie deux thunes
Qu'elle a l'béguin pour moi
Tangos !
J' vais la griser de tangos
Beaucoup mieux qu'à Santiago
Gare à son vertigo !

Yora ! yora groudié
Cucaracha pouguette
J' crois qu'elle m'a à la chouette
Je vais me l'envoyer
Yora ! yora groudié
Cucaracha métripe
Mais quel est ce grand type
Qui l'invite à danser ?
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
La vérité, j' la présume
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Ce gars-là, c'est son coquin
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Moi je chante et je l'allume
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
C'est un autre qui l'éteint !

Quelle existence !
Vingt fois dans une soirée
Je r'joue cette danse
Je n'arrête pas de bisser
Mais... quel œil tendre
Me lance le Directeur ?
Il vient d'apprendre
Que j' suis l'amant d' sa sœur
Tangos !
J' crois qu' j'ai fait du beau boulot
J' s'rai d' la famille bientôt
A moi l'or de c' ballot !

Yora ! yora ! boudzan
Cucaracha bidoche
Le voilà qui s'approche
Il grince entre ses dents !
Yora ! yora ! kankan
Cucaracha moukère
Il réduit mon salaire
De soixante cinq pour cent !
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Ma liaison l'a mis en rage
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Et sa sœur qu'est un vieux pot
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
J'aime mieux aller au chômage
Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
J'en ai marre, j' plaque Mes tangos

Allez, allez, adieu les copains, ben moi aussi j'ai compris
J'vais aller porter ma guitare au Mont de Piété. Adios !
L'autre titre, Au lycée Papillon, est je crois l'un des grands succès de Georgius. Là, l'arrangement est un peu différent de celui de la version de Georgius. C'est aussi un peu plus lent, peut-être parce que et l'orchestre et le chanteur maîtrisent moins les chansons qu'ils enchaînent à tour de bras. Du coup, la reprise par Robert Daron est un peu pataude.

On a avec ce disque la preuve que l'industrie du disque n'a pas attendu les années 1950 et 1960 pour multiplier les reprises parasites pour grappiller une partie des bénéfices des grands succès de la chanson. Quant à moi, je devrais peut-être émettre un souhait, et avec un peu de chance je trouverai le disque en question dans quelques jours !

A écouter :
Robert Daron : Tangos tangos






11 janvier 2025

PETER FRAMPTON : Show me the way


Acquis chez Récup'R à Dizy le 23 novembre 2024
Réf : 625 059 -- Édité par A&M en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Show me the way -/- It's plain shame

C'est l'une des dernières fois où j'ai ramené quelques disques de la ressourcerie. Ces temps-ci, c'est la disette.

Outre la gueule d'ange de Peter Frampton, avec une photo moins convaincante ici en monochrome que sur la pochette en quadrichromie de Frampton comes alive !, le label français a casé deux arguments de vente de choc sur ce petit carré cartonné : le classique "N° 1 in U.S.A", ce qui pour une fois est vrai pour l'album (mais pas pour Show me the way), et surtout "Il parle avec sa guitare" !

Et c'est vrai que la talkbox, cette pédale d'effet qui permet de moduler le son de la guitare grâce à un tuyau embouché par le musicien, a visiblement contribué au succès de cet album. Vers 1978-1979 dans mon quartier, plusieurs copains avaient le double live (je n'ai jamais vu d'autres disques de Frampton chez eux) et ça faisait causer dans les chaumières.

Frampton comes alive ! est considéré comme l'un des meilleurs albums live du rock. C'est en tout cas l'un de ceux qui s'est le mieux vendu. Cet anglais a eu un beau parcours, avec The Herd dans les années 1960, puis surtout Humble Pie avec Steve Marriott des Small Faces, de 1969 à 1971. Il quitte le groupe pour se lancer en solo, avec un succès modéré initialement. Son quatrième album, Frampton, où l'on trouve la version studio de Show me the way, sort en 1975. Il se classe à la 32e place des ventes. C'est pendant la tournée qui a suivi que Comes alive ! a été  enregistré et j'ai du mal à comprendre comment la bascule s'est faite pour que ce double live se vende comme des petits pains et devienne multi-disque de platine.

J'ai pris ce 45 tours pour la mention de l'effet parlant avec la guitare et parce que je gardais un bon souvenir de la version live de Show me the way. J'avais toujours en tête le refrain, "Oh, won't you show me the way. I want you, show me the way, yeah", suivi du zigouigoui à la guitare trafiquée.
J'ai été déçu à la première réécoute de la chanson. Je trouvais le rythme un peu pataud, dans mon souvenir c'était peut-être plus rapide. Mais ça reste une chanson terriblement accrocheuse : chaque fois que je l'écoute, je me retrouve à la chantonner dans ma tête, au réveil, dans la douche ou en voiture !

En face B, on trouve It's a plain shame, une chanson parue initialement en 1972 sur son premier album, Wind of change. On est dans du rock assez basique, pas vraiment ma tasse de thé.

L'album a dû se vendre correctement en France et je crois me souvenir que Show me the way passait en radio, mais je ne pense pas que ça a vraiment été un tube.
La carrière de Frampton a eu des hauts et des bas. Dans les années 1980, il a collaboré, entre autres, avec Johnny Hallyday et David Bowie ! Il a fait une tournée d'adieu en 2019 en raison de problèmes de santé.


Peter Frampton, Show me the way, en direct dans l'émission The midnight special le 19 décembre 1975.


Peter Frampton, Show me the way, en direct dans l'émission The old grey whistle test en 1976.


Peter Frampton, It's a plain shame, en concert au Capitol Theatre à Passaic le 14 février 1976.


Une publicité pour Frampton comes alive ! parue dans la presse américaine.

12 décembre 2020

LATA MANGESHKAR : Mangala fille des Indes vol. 10


Acquis chez Récup'R à Dizy le 1er décembre 2020
Réf : 2C 016-80.370 M -- Édité par La Voix de Son Maître en France vers la fin des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Rang berangi -- Jiya le gayo -/- Mujhe mil gaya bahana -- Ban wari

Pour ma première visite à la ressourcerie après le confinement d'automne, j'espérais bien sûr faire tout un tas de découvertes, mais en fait le stock de disques avait été très peu renouvelé. J'ai juste à un moment aperçu quelques 45 tours qui avaient été glissés le long des autres dans une boite. J'ai sorti celui-ci pour voir à quoi correspondait cette pochette très colorée et j'ai tout de suite compris qu'il s'agissait de musiques de films indiens.

D'un manière générale, j'apprécie la musique indienne, mais c'est un pan de la production musicale que j'ai très peu exploré. Dans les faits, je ne connais rien aux films de Bollywood ni à leur musique. J'aurais pu citer le nom d'Asha Bhosle, mais c'est uniquement à cause du Brimful of Asha de Cornershop.
Il se trouve que les quatre titres de cet EP sont chantés par la grande sœur d'Asha Bhosle, Lata Mangeshkar, qui est tout autant renommée. Née en 1929, elle a été désignée en 1974 par le livre Guinness des records comme la chanteuse ayant fait le plus grand nombre d'enregistrements (cela est sujet à controverse et, depuis 1991, Guinness attribue ce titre à... Asha Bhosle !).

Chez Pathé, je connais les centaines de 45 tours de musique d'Afrique édités en France avec des pochettes interchangeables et sûrement destinés à des marchés hors métropole, mais je ne connaissais pas du tout cette petite série débutée en 1958, avec des parutions échelonnées jusqu'au volume 5 vers 1968, puis visiblement un rythme beaucoup plus soutenu à partir du volume 6. Il y a eu au moins 14 volumes, et mon exemplaire du volume 10 est une réédition, puisque le dos du volume 14 indique que sa référence d'origine était EGF 1038. Pour le coup, je ne sais du tout à quel public ces disques étaient destinés. En tout cas, je ne pense pas que ces disques ont été diffusés à un grand nombre d'exemplaires car je n'ai jamais dû en voir.

Les trois premiers volumes contenaient des chansons de Mangala, fille des Indes, un film de 1952. Ce qui est bizarre, c'est que La Voix de son Maître a conservé le titre de ce film pour désigner la série complète, qui par la suite contient des chansons d'autres films.
Pour ce volume 10, on a sur la face A deux chansons du film Anpadh de 1962, Rang berangi et Jiya le gayo. Sur la face B, on trouve deux chansons de 1960, Mujhe mil gaya bahana du film Barsat ki rat et Ban wari du film Ek phool char kante.
Sur le premier titre, Lata Mangeshkar est accompagnée par un chœur. Sur tous les titres, les envolées de cordes et les percussions dominent, avec aussi, il me semble bien, un accordéon sur Mujhe mil gaya bahana, et des sitars sur Jiya le gayo et Ban wari (qui ont une tonalité pré-psychédélique pour des oreilles biberonnées au monde du rock).

Si vous êtes enfermés au chaud chez vous, vous pouvez passer le temps (plus de sept heures !) en regardant ci-dessous les trois films concernés, ne serait-ce que pour y trouver les passages où on y entend les chansons.
Quant à moi, je ne vise pas la quantité mais la qualité. Si je peux trouver à chaque visite à la ressourcerie rien qu'un disque intéressant, comme celui-ci ou Voice of the Congo la fois précédente, je signe tout de suite !








14 juillet 2023

SAINT-AMAND : Caroline


Acquis chez Récup'R à Dizy le 28 janvier 2023
Réf : C 45-1006 -- Édité par Compact en France vers 1972-1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Caroline -/- Caroline - Version instrumentale

Le tube de l'été, la saison est idéale pour aborder la question. C'était l'inverse quand je suis tombé sur ce disque à la ressourcerie au cœur de l'hiver.
D'emblée, avec ce texte sur la pochette, j'ai pensé avoir affaire à l'un de ces disques promo dont je suis très friand. Mais non, tout indique que cet exemplaire du disque a bien été commercialisé tel quel.
Alors là, tout de suite on se dit qu'il y a un problème. Si le but du label Compact était que cette Caroline se vende comme de petits pains et soit le tube de l'été, ce n'est pas comme cela qu'il fallait procéder. Ces choses-là, difficilement prévisibles et organisables (sinon, The manual ou non, tout le monde ferait des tubes...), on les fait en mettant toutes les chances de son côté, en y croyant à fond, mais on ne les annonce pas et, surtout, on ne ruine pas ses chances de réussite en ne prenant pas son objectif au sérieux et en faisant, horreur !, du second degré à son propos.
Or là, avec cette pochette qui esquisserait presque celle de Go 2 d'XTC, Saint-Amand commet toutes ces erreurs, en attirant l'attention que ce disque concourt pour devenir le tube de l'été et en mentionnant une course "désespérée" (perdue d'avance, donc) dont on se moque d'emblée "Ha! Ha!..."). L'humour et le commerce ne font pas bon ménage et avec tout ça, nonobstant le fait que ce petit label n'avait sûrement pas les moyens de distribuer et promotionner largement ce disque, on n'est pas surpris que (presque) personne n'en ait jamais entendu parler.
Non, il aurait mieux fallu pour cette pochette opter pour un paysage ensoleillé exotique, avec une beauté largement dénudée. Les exemples sont légion, mais on se souvient particulièrement de celle de Roy Etzel.

Et pourtant, et pourtant, il y avait de l'idée. D'abord, Caroline est un slow, et les slows ça fait de bons tubes de l'été. Il y a des chœurs en anglais, qui chantent "I love you sweet Caroline" et ça fait un refrain qu'on peut retenir. Oui, mais il y a la voix principale, très bien, très grave (un peu dans le genre, mais encore plus grave que celle de Tom Novembre), qui nous fait son Sprechgesang. Il y a un gros contraste entre le chœur et la voix grave et, avec les paroles par-dessus, deux solutions : on marche à fond parce qu'après tout les paroles ("Y'a des instants qui ressemblent à des rêves. Tu n'as pas les yeux bleus, C'est pourtant le ciel que j'y vois") ne sont pas plus tartes que celles d'Aline (un autre prénom de fille et un vrai tube inoxydable, lui) ou bien, comme moi, on prend les choses à la légère et on rigole un bon coup en écoutant la chanson.
La version "instrumentale" en face B, qui conserve les chœurs, confirme la qualité tout à fait honorable de Caroline.
Mais, même parodique, ça aurait pu marcher. Après tout, en 1972, juste avant ou juste après la sortie de ce disque, Guy Bedos et Sophie Daumier ont cassé la baraque avec La drague. Et en 1975 avec L'été indien, Joe Dassin a réussi le coup du slow avec voix parlé en introduction.

Mais qui est Saint-Amand ? Eh bien, la chanson est signée Jean-Claude Mercier et elle a été enregistrée à Togo-Saga, le studio qu'il a fondé. On peut donc raisonnablement penser qu'il est dans le coup.
Et puis, une fois qu'on sait que Jean-Claude Mercier était précédemment membre du Quartet de Lyon et qu'on écoute leur succès de 1969 Pierre et Sarah (l'adaptation en français de Mrs. Mother USA d'Andre Williams), on saisit tout de suite qu'il y a un lien très fort avec Caroline : le slow, les chœurs, la voix de basse (celle de Jean de Saint-Etienne, apparemment, pas de Jean-Claude Mercier), les ingrédients sont tous les mêmes.
Le truc c'est que, même après une dizaine d'écoutes, je n'arrive pas à complètement me décider : est-ce que Caroline est juste une tentative un peu cynique de répliquer le succès de Pierre et Sarah, ou bien est-ce que c'est une façon de s'en moquer gentiment. Je penche quand même pour la deuxième option, et pour le coup la pochette appuie aussi dans ce sens.

13 janvier 2024

HUGUES AUFRAY : Debout les gars


Acquis chez Récup'R à Dizy le 21 octobre 2023
Réf : 70 692 -- Édité par Barclay en France en 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Debout les gars -- Nous avons beaucoup dansé -/- Pends-moi (Dang me) -- Ja-da

Le Père Jean Lebar (1908-1993) a joué un rôle important dans ma vie. Déjà, c'est lui qui m'a baptisé, à trois mois. Ensuite, en tant que curé depuis 1948 de la paroisse Sainte-Thérèse de l'Enfant Jésus de Châlons-sur-Marne, il tenait une place essentielle dans le quartier du Verbeau où j'habitais. Il a supervisé le remplacement d'une chapelle des années 1930 par une nouvelle église, ouverte en 1961 et complétée dans les années 1970, financé en partie sur ses deniers personnels. On allait régulièrement à la messe, mais surtout on a participé à de nombreuses activités dans les salles sous l'église, comme les clubs Fripounet et Formule 1. Et puis il y avait juste à côté de l'église l'école privée Sainte-Thérèse du Verbeau, où j'ai été scolarisé en maternelle et en primaire de 2 ans 1/2 à 10 ans 1/2.
L'été, l'abbé Lebar organisait un camp de vacances de deux semaines aux Granges de Largillat, dans le Doubs. J'y suis allé trois années de suite, de 1977 à 1979.
J'y ai plein de très bons souvenirs, mais c'était rustique et je pense que, même à l'époque, c'était très limite par rapport à la réglementation de la Jeunesse et des Sports : le camp se tenait sous tentes, avec comme seul bâtiment en dur une ferme inhabitée le reste de l'année. Mais l'activité d'élevage continuait sur le site, il y avait donc une fosse à purin bien remplie entre la cuisine dans le bâtiment et le réfectoire sous tente. Les toilettes étaient "sèches", comme à l'armée (les plus âgés étaient chargés de les refaire en début de camp et de les nettoyer). Il n'y avait pas d'électricité dans le camp, ni d'eau courante. On se lavait à l'abreuvoir et, pour l'eau potable, le propriétaire nous amenait une "tonne", une citerne qui habituellement servait à abreuver les vaches.
L'abbé Lebar était réputé pour circuler à moto, sur une vieille Motobécane. Il l'avait à Largillat au moins la première année, ce qui implique qu'il avait fait le trajet depuis Châlons à moto. Pour nous, c'était train, notamment une Micheline avec plusieurs changements, et autocar pour les derniers kilomètres. J'ai eu l'occasion de faire un grand trajet à moto quand je me suis enfoncé dans le genou un barbelé tout rouillé lors d'une excursion (suite à un faux mouvement après avoir pissé le long d'une clôture...!) : l'abbé m'a emmené dans les lacets jurassiens jusqu'à l'hôpital de Pontarlier pour un rappel anti-tétanique.


Non, ce n'est pas une pochette inédite de The Cure ! C'est une vue du paysage au Camp de Largillat que j'ai prise depuis l'arrière des tentes, peut-être bien au moment du pipi du matin, mais ce jour-là j'ai évité les barbelés !

Quel rapport avec Hugues Aufray tout ça ? Eh bien, il y avait des veillées, et dans les veillées on chantait, et pour chanter on avait des carnets de chant.
Extérieurement, ces carnets de chant ressemblaient à ceux qu'on trouvait à l'église : format A6 en paysage, pages reliées par une grosse agrafe métallique amovible et couverture découpée dans une sorte de lino souple. Il devait d'ailleurs y avoir une section chansons religieuses dans ces carnets, mais il y avait surtout des chants de veillée, très variés, de Chevaliers de la table ronde à Stewball, en passant par La bataille de Reichshoffen, Se canto que canto, Il faut que je m'en aille, Santiano, Je cherche fortune ou Sur le pont de Nantes. Notons que ces chansons, on les chantait également à la colonie "laïque" de la M.J.C. du Verbeau, quelques années plus tôt et à quelques kilomètres de là, à Mi Bois, entre Bonnevaux et Mignovillard.

Le truc c'est que, toutes ces chansons, je les ai découvertes comme ça, mises sur le même plan dans un carnet. Pour moi, elles étaient toutes vieilles comme le monde, traditionnelles. Ce n'est que des années plus tard que j'ai fini par me rendre compte qu'une part non négligeable de ces chansons, comme L'eau vive, était de création récente et datait parfois de moins d'une vingtaine d'années. C'est peut-être une question de contrat d'édition, mais le répertoire de deux chanteurs était particulièrement bien représenté dans ces carnets. Il s'agit de Graeme Allwright avec Sacrée bouteille, Petit garçon, Il faut que je m'en aille, Petites boites,... et Hugues Aufray avec Santiano, Debout les gars, Allez, allez mon troupeau, Stewball, Céline.

Et c'est bien comme ça que je me suis familiarisé avec le répertoire d'Hugues Aufray, plus que par la radio, la télé ou même ses disques. J'ai bien acheté sur leur réputation il y a longtemps l'album et les EP Aufray chante Dylan, mais ils ne m'ont jamais particulièrement accroché.

Pour illustrer cette chronique, j'aurais pu choisir Santiano, qui est sûrement la chanson d'Aufray qu'on chantait le plus avec mon frère et ma sœur, ou bien Allez, allez mon troupeau, que j'ai toujours particulièrement appréciée. Finalement, j'ai pris Debout les gars, que j'ai trouvé il y a peu de temps à la ressourcerie.
C'est une chanson qui fonctionnait parfaitement dans au moins deux situations au camp : le matin pour réveiller une tente ("Debout les gars ! Réveillez-vous ! Y va falloir en mettre un coup. Debout les gars ! Réveillez-vous ! On va au bout du monde") et pour se donner du rythme lors des randonnées.
La musique sonne un peu grecque à mes oreilles, la percussion qui donne le rythme (marteau ou pelle) est en référence à l'ambiance "work-song" des paroles de Pierre Delanoë, qui dans l'ensemble (la construction de la route, nos enfants qui seraient fiers de nous en 1983...) nous passaient par-dessus la tête.

Pour les autres titres, Nous avons beaucoup dansé est une chanson folky lente. Pends-moi est une adaptation un peu empesée de Dang me de Roger Miller. Ja-da est aussi une adaptation, d'une chanson entraînante composée en 1918 par Bob Carleton, reprise par plein de monde au fil des années. C'est ma préférée de ce disque.

A 94 ans, Hugues Aufray a choisi de ne pas prendre de retraite, même si sa tournée actuelle, qui se termine dans quelques semaines, s'intitule Pour la dernière fois. C'est un hasard, mais il se produira justement demain à L'Olympia.


Une partition pour Debout les gars qui crédite Jimmy Walter comme co-compositeur de la musique, alors que son nom n’apparaît pas sur le disque.