04 novembre 2013

BORIS VIAN : Chansons impossibles


Acquis par correspondance via Ebay en novembre 2013
Réf : 373564-1 -- Edité par Mercury en France en 2013
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les joyeux bouchers -- Le déserteur -/- La java des bombes atomiques -- Le petit commerce

Sur ce coup-là, je me suis un peu laissé emporter par mon enthousiasme. Certes, il était bien précisé dans l'annonce Ebay que l'objet vendu était neuf, pas d'occasion, mais avant d'enchérir je n'ai vu aucune trace en ligne d'une réédition récente de ce 45 tours historiquement important, puisqu'il s'agit du premier disque de chansons de Boris Vian. J'ai donc cru enchérir sur un disque absolument introuvable (l'édition originale de 1956 de ce disque a dû s'écouler au maximum à quelques centaines d'exemplaires), alors qu'il s'agissait tout bonnement d'une réédition en quasi fac-similé du disque, qui n'a pas dû beaucoup être diffusée elle non plus car elle n'est disponible chez aucun des grands sites marchands.
Pas trop de bobo au final, puisque je n'ai pas dû payer ce disque plus cher que si je l'avais acheté neuf dans le commerce, mais il faudra que je prenne garde à être plus attentif la prochaine fois.
Malgré cela, je ne suis pas mécontent d'être en possession de cet objet, même si bien sûr je connais ces quatre chansons impossibles depuis bien longtemps : comme plusieurs générations de fans de Vian, je les ai découvertes avec l'album 30 cm titré Chansons possibles, ou impossibles, édité une première fois en 1962, réédité en 1968 et maintenu au catalogue pendant des années par la suite. On trouve quatorze titres sur cet album compilation : deux instrumentaux d'André Popp, un poème lu par Philippe Clay, le Fais-moi mal Johnny de Magali Noël, et surtout les dix Chansons "possibles" et "impossibles" éditées en 33 tours 25 cm en 1956 mais aussi, pour huit d'entre elles, en deux EP de quatre Chansons impossibles et quatre Chansons possibles (pour tout savoir de la discographie de Boris Vian, consultez l'indispensable De Vian la zizique).
Il y a un petit bonus ici par rapport à l'album : trois des quatre chansons sont précédées de quelques mots d'introduction par Boris Vian. S'il se contente d'annoncer le titre de Le déserteur,  on a par ailleurs droit à "A la gloire de tous les enchanteurs du merlin, Les joyeux bouchers" et à "Par autorisation spéciale de la commission du même nom, La java des bombes atomiques".
Le choix de la photo de pochette est assez surprenant : elle est loin d'être techniquement parfaite et, avec le litron au premier plan, elle aurait été idéale pour illustrer la chanson Je bois, sauf que celle-ci n'est pas au programme.
Les dix chansons sorties en 1956 sont issues de sessions de 1955, les 22, 27 et 29 avril avec l'orchestre de Jimmy Walter, et le 24 juin avec celui de Claude Bolling. Les quatre titres de ce 45 tours sont tous (excellemment) orchestrés par Jimmy Walter, et ce qui frappe à l'écoute, c'est qu'on a réuni ici quatre titres qui ont en commun la haine des armes, des militaires et de la guerre.
La première des chansons de ce disque que j'ai connue, c'est Le déserteur, qui figurait je crois dans les carnets de chansons que nous avions en colonie. Je l'ai chantée, donc, et à un moment je la connaissais par coeur. Je suis sûr aussi qu'elle a contribué à me décider à ne surtout pas faire mon service militaire. Pourtant, depuis longtemps, je la fuyais un peu. C'est l'une des rares de Boris Vian à être purement et simplement une chanson de contestation, sans aucune trace de légèreté ou d'humour. J'ai quand même été agréablement surpris en la réécoutant pour cette chronique de voir qu'elle était plus orchestrée et moins solennelle que dans mon souvenir.
Le petit commerce, qui s'attaque à un secteur commercial toujours florissant de nos jours, celui de l'armement, est pour le coup beaucoup plus léger, en poussant à bout la logique du succès des ventes de ces produits. Le couplet sur la vigueur de l'industrie qui incite les ouvriers à consommer, à fonder des familles, et donc à produire de la chair à canon, traite, avec un point de vue différent, précisément du même sujet que les paroles de Shipuilding, écrites par Elvis Costello pour Robert Wyatt.
Si on met à part Le déserteur, pour son poids politique et historique, les deux chefs d'œuvre ici sont Les joyeux bouchers et La java des bombes atomiques. D'un côté un tango célébrant d'abord les artistes du raisiné des abattoirs avant de dévier sur les boucheries des tranchées et de tous les champs de bataille. De l'autre, une joyeuse java paradoxale, une fable célébrant cette fois-ci un savant fou qui développe une arme immonde, certes, mais qui en fait bon usage en l'utilisant non pas contre le peuple, comme c'est l'habitude, mais contre les dirigeants du monde entier. Je me disais que cette java est à la chanson politique ce que Le Canard Enchaîné est au journalisme, et ça juste avant d'apprendre que Le Canard en a publié les paroles en première page en juin 1955 ! Celle-là aussi je la connaissais par cœur à une époque, et j'ai bien dû casser les oreilles de la famille en la chantant à longueur de journée.
En réécoutant ces chansons aux rythmes désuets avec ces orchestrations inventives, surtout pas jazzy, avec piccolo, hautbois, basson et autres instruments à vent, percussions, piano et contrebasse, je me dis qu'on est proche finalement de l'ambiance musicale d'un disque qui m'a beaucoup marqué, le premier album de Lewis Furey.

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