18 avril 2015

THE BLAZERS : Witch doctor


Acquis sur le vide-grenier de Oiry le 12 avril 2015
Réf : 462.084 TE -- Edité par Fontana en France en 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Witch doctor ("Docteur Miracle") -- Don't let go -/- Book of love -- Tequila

Dimanche dernier à Oiry, le temps était quasiment estival et, même en arrivant après dix heures, j'ai trouvé quelques 45 tours intéressants dont, pour 1 €, un EP des Beatles en état correct, avec "Les Beatles" écrit au recto et Ticket to ride et Baby's in black sur la face A.
Avant ça, juste en arrivant, j'avais trouvé cet EP des Blazers, pour cinquante centimes. Je l'ai pris sans aucune hésitation (pour Witch doctor et pour les notes de pochette non signées mais que je savais être de Boris Vian) mais sans excitation non plus. Ce n'est que quelques instants après avoir quitté le stand que je me suis vraiment réjoui d'avoir trouvé un disque années cinquante qu'on ne voit pas tous les jours.
Commençons par ces notes de pochette, version à peine raccourcie d'un texte apposé à l'origine au dos d'un 25 cm des Blazers publié par Fontana en juin 1958, Fontana dont le directeur artistique était un certain Boris Vian :
"Le blues est une formule harmonique de 12 mesures qui sert depuis des années de base aux chants des noirs d'Amérique et aux improvisations des jazzmen. L'expression "Rhythm and blues" a été forgée à l'origine par les compagnies phonographiques américaines pour désigner des enregistrements destinés au départ à satisfaire une clientèle de couleur éprise de rythme et fidèle à l'esprit du blues.
LE RHYTHM AND BLUES EST DONC FONDE SUR LA TRADITION DE JAZZ LA PLUS PURE.
Et ces enregistrements ont bientôt satisfait tous ceux qui attendaient une musique dynamique, dansante, intéressante, irrésistible ; clientèle aussi bien noire que blanche, sensible avant tout à la vitalité des interprétations. "Rhythm and blues", cela ne se traduit pas, le terme est utilisé depuis plus de trente ans aux U.S.A. où chacun sait ce qu'il veut dire.
Ecoutez les Blazers ! et vous saurez aussi, immédiatement, que le RHYTHM AND BLUES, c'est la joie de vivre et d'être jeunes...
Et que cela n'a pas besoin d'être traduit !
Faites confiance à vos oreilles !"
Toutes les majuscules sont de Vian. En bon scientifique, Vian nous fait une démonstration. Rhythm and blues = blues = forme pure de jazz = noir = bien.
Ce n'est pas mentionné dans ce texte, mais sa définition du Rhythm and blues, Vian la donne surtout en opposition au rock 'n' roll, qu'il avait tendance à mépriser. Voir à ce sujet le texte publié page 280 de Derrière la zizique où, après avoir expliqué que le rock and roll se caractérise par une systématisation de l'orchestration, il précise : "Le blues chanté érotique noir, souvent très amusant et presque toujours parfaitement sain et gaillard, a été systématiquement déformé et exploité par de petits groupements blancs de mauvais musiciens (style Bill Haley) pour aboutir à une sorte de chant tribal ridicule, à l'usage d'un public idiot. On utilise le côté obsessionnel du riff pour mettre les auditeurs en "transe (sic)."
Autrement dit, rock 'n' roll = blues dévoyé = blanc = pas bien.
Plus le temps passe et plus je me dis que, avec son obsession d'une forme musicale pure, le jazz, Vian se serait vite retrouvé s'il avait vécu un peu plus longtemps de l'autre côté de la barrière, dans la position du réactionnaire, celle assignée à son ennemi juré Hugues Panassié quelques années plus tôt dans l'opposition entre partisans du be bop et tenants du jazz traditionnel façon Nouvelle-Orléans.
Fontana a publié plusieurs disques de The Blazers, mais le truc c'est que personne ne semble savoir qui était membre de ce groupe spécialisé dans les reprises de succès du moment. Seul le chanteur Frankie Tucker est crédité pour quelques titres. Le plus probable est que ce n'était pas vraiment un groupe, mais des musiciens de session américains rassemblés pour l'occasion. C'est en tout cas ce qu'explique Jacques Barsamian dans une de ses chroniques. Il est le seul à donner un peu de détails sur The Blazers, relatant une rencontre fortuite avec Screamin' Jay Hawkins chez Kurt Mohr de Rock & Folk dans les années soixante-dix ! Il y aurait l'organiste Harry "Doc" Bagsby, le saxophoniste Sam "The Man" Taylor, le batteur Curley Hamner, la chanteuse Margie Day et The Thrillers. Jay Hawkins lui-même ferait les interventions vocales dans Tequila.
Le disque s'ouvre avec Witch doctor, une chanson créée par Ross Bagdasarian sous le nom de David Seville. La chanson est très connue en français sous le titre Docteur Miracle. Il y en a plein de versions, mais je n'arrive pas à savoir qui l'a créée chez nous, peut-être Annie Cordy. Pour ma part, j'ai d'abord connu, bien plus tard, celle de Jacques Hélian. Outre cette version en anglais, Vian chez Fontana en a sorti au moins deux, celle de Gabriel Dalar, déjà chroniquée ici, et une instrumentale et assez folle de Gilbert Le Roy, ses rythmes et son orgue en délire.
Comme souvent, l'histoire du docteur qui a un remède miracle (Il dit "Hou hi hou ah ah ting tang woualla woualla bing bang !") et qui rencontre l'amour et finit par se marier n'est pas tout à fait fidèle aux paroles originales, où il est simplement question d'un gars qui se rend chez un sorcier pour gagner le coeur de sa dulcinée. Et il faut avoir énormément confiance en ce sorcier et ne pas avoir peur du ridicule pour suivre ses conseils, puisqu'au dernier couplet, il est dit : "My friend the witch doctor he taught me what to say. My friend the witch doctor he taught me what to do. I know that you'll be mine when I say this to you : Ooo eee, ooo ah ah ting tang walla walla bing bang.").
Je parierais bien que, l'année suivante, Leiber et Stoller avaient Witch doctor en tête quand ils ont écrit Love potion #9 pour The Clovers.
La version de Witch doctor des Blazers est de très bonne facture. L'effet accéléré sur la voix est bien présent sur le refrain. La reprise de Don't let go de Roy Hamilton, chantée par Frankie Tucker mais avec aussi des choeurs, est correcte, mais c'est le titre qui me plaît le moins du disque.
Par contre, Book of love est mon titre préféré avec Witch Doctor. C'est le seul grand succès du groupe doo-wop The Monotones. La version des Blazers est assez fidèle à l'originale et excellente.
On termine avec la Tequila des Champs. Impossible de se planter avec ce classique. Et c'est là donc qu'on entendrait un Screamin' Jay Hawkins plutôt sage.

Rock Paradise a édité en 2011, Rockin' boppin' and strollin' with The Blazers, une compilation qui, en 19 titres sur CD, doit proposer l'intégrale de leurs enregistrements. Il existe aussi une édition vinyl en 10 titres, dont les 4 de mon 45 tours.

1 commentaire:

Major Dundee a dit…

Ah nom d'un chien, depuis le temps que je cherche à savoir quel est vraiment ce groupe que j'écoute depuis que je suis ado (c'est loin puisque j'ai maintenant 72 ans), en voilà des renseignements.
J'en suis malade d'apprendre qu'il existe 19 titres alors que je ne connais que le 45 tours (Witch Doctor, bien sûr).
Quant à Vian je partage votre avis depuis très longtemps.
En tout cas merci pour ces renseignements.

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