09 janvier 2016

KRIS KRISTOFFERSON : Me and Bobby McGee


Offert par Philippe Roger sûrement à Nantes vers le début des années 2010
Réf : MNT 64631 -- Édité par Monument en Angleterre en 1971
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

J'ai mis très longtemps à m'intéresser à Kris Kristofferson. Il faut dire que le premier souvenir que j'ai de lui est la pochette de la bande originale du remake de A star is born en 1976, où Barbra Streisand et lui sont enlacés torse nu. L'album s'est vendu à des millions d'exemplaires et on le voyait partout. Je n'ai jamais eu envie de l'écouter. Il y a eu ensuite les téléfilms américains sans intérêt dans lesquels il jouait avec sa barbe trop bien taillée. C'est grâce à Johnny Cash et Sunday mornin' coming down notamment que j'ai fini par devenir plus curieux. J'avais emprunté cet album à la Médiathèque et, quelques temps plus tard, Philippe m'en a offert cet exemplaire, acheté en double en Suède parce qu'il ne pouvait pas laisser passer ce disque à un si petit prix. Depuis longtemps, il me le recommandait comme excellent, et il avait bien raison !
A sa sortie originale en 1970, ce disque s'appelait tout simplement Kristofferson. Comme Johnny Cash l'explique dans le poème qu'il a écrit spécialement pour les notes de pochette, Kristofferson était réputé pendant cinq ans à Nashville pour essaimer des chansons que, souvent, les chanteurs, agents et producteurs ne prenaient pas la peine d'écouter. Il ne souhaitait pas les interpréter lui-même, mais il a fini par changer d'avis, au moment où de nombreux artistes commençaient à avoir du succès avec ses créations. Dans les crédits, notons aussi un remerciement pour Shel Silverstein, un autre grand personnage de Nashville et ami de Kristofferson.
En 1971 est sorti Pearl, un album posthume de Janis Joplin, sur lequel on trouve une version de Me and Bobby McGee qui, une fois sortie en 45 tours, est devenue un très grand tube. La légende veut que KK n'ait entendu l'enregistrement de Joplin, dont il était très proche, qu'au lendemain de la mort de celle-ci.
En tout cas, Monument a saisi l'occasion pour ressortir l'album de KK avec un nouveau titre et une pochette moins sombre.
Cet album est plein à ras de titres qui, depuis, sont devenus des classiques, tous écrits par Kristofferson. On est dans le domaine de la country, avec parfois des tonalités rock et une importance marquée pour les excellentes paroles. En-dehors des comparaisons les plus évidentes, je trouve qu'on n'est pas si loin parfois du Leonard Cohen de l'époque et aussi de Lee Hazlewood, pour le chant entre autres, par exemple sur The law is for protection of the people.
Des classiques ? Pour une fois, je n'emploie pas le mot à la légère. La face A est excellente de bout en bout. Elle s'ouvre avec Blame it on the Stones (Eh oui ma bonne dame, si le monde moderne va si mal, c'est la faute aux Rolling Stones). Vient ensuite To beat the devil, une histoire de proposition de pacte faustien où, pour une fois, il semble que le diable ne gagne pas. L'auteur-compositeur à qui il fait des propositions s'en tire en buvant sa bière pour rien et en lui piquant sa chanson. Le contraste est saisissant entre les couplets parlés et le refrain, cette chanson du diable qui est effectivement très accrocheuse. Johnny Cash a enregistré une très bonne version studio de cette chanson en 1970 sur son album Hello, I'm Johnny Cash. Il a récidivé quelques mois plus tard avec une version en public de Sunday mornin' coming down sur l'album The Johnny Cash show, qui a aussi été éditée en 45 tours. En fait, j'ai vérifié la liste de toutes les chansons enregistrées par Johnny Cash et il s'avère qu'il en a carrément enregistré sept sur les douze, même si certaines n'apparaissent que sur des enregistrements en concert !
En 1969, Roger Miller a été le premier à enregistrer Me and Bobby McGee, cette histoire de deux hippies routards pour qui "Freedom's just another word for nothing left to lose". Plein d'autres l'ont suivi dès 1970, dont Gordon Lightfoot et même Bill Haley, une version sur l'album Rock around the country qui parait-il a bien plu à Kristofferson. Les versions se sont multipliées après le succès de celle de Joplin. Je possède même celle des Compagnons de la Chanson où, comme chez Joplin, Bobby est un gars, alors que c'est une femme dans la version originale. En plus, l'action est transposée en France...Reste que la version de Kristofferson est sûrement ma préférée...
Help me make it through the night est une chanson qui a aussi été enregistrée des centaines de fois. Là encore, j'aime beaucoup les paroles : "Come and lay down by my side till the early mornin' light. All I'm takin' is your time. Help me make it through the night. I don't care who's right or wrong, I don't try to understand, Let the devil take tomorrow 'cause tonight I need a friend.". J'aime beaucoup la version de Kristofferson et, parmi toutes les autres versions, je trouve que la chanson convient particulièrement bien à  Elvis Presley.
Sur la face B de l'album, il y a une toute petite baisse de régime, avec un peu trop de cordes sur certains titres, mais ça reste excellent, avec Darby's castle par exemple et surtout les titres de début et de fin de face.
Casey's last ride est une autre chanson que j'ai découverte en version Johnny Cash, mais je préfère cette version par son auteur.
Pour Sunday mornin' coming down, par contre, je refuse d'avoir à choisir entre les deux versions. Rien à voir pour ces deux-là avec la toute première version sortie, celle du chanteur parfois comique Ray Stevens, qui explique dans le dernier numéro de The Oxford American qu'il a travaillé sur la production pendant un an avant de l'éditer en 1969.
A commencer par Sunday morning du Velvet Underground, il y a plein d'excellentes chansons sur les dimanches matin paisibles. Il y en aussi beaucoup sur le blues des dimanches et celle-ci se range plutôt dans cette catégorie, avec cette histoire de réveil difficile où, avant de retrouver le protagoniste sur le trottoir ("On the Sunday morning sidewalk, wishin' Lord that I was stoned, 'cause there is something in a Sunday, makes a body feel alone."), on a droit à un premier couplet excellent, avec des phrases choc comme "the beer I had for breakfast wasn't bad so I had one more, for dessert" ou "I fumbled through my closet for my clothes and found my cleanest dirty shirt".
Si vous n'avez pas cet album, assurez-vous de compléter votre collection et, pour tous, profitez du document ci-dessous, une session d'une demi-heure enregistrée en 1970, l'année même de la sortie de l'album.


Une session de trente minutes de Kris Kristofferson et son groupe, sans le guitariste Norman Blake, occupé avec le Johnny Cash Show, pour l'émission Boboquivari en 1970, avec notamment For the good times, Casey's last ride et à la fin une très belle version, malheureusement écourtée, de Sunday morning coming down.


Un document, la fin houleuse avec Me and Bobby McGee du concert de Kris Kristofferson au festival de l'Île de Wight en 1970.


Johnny Cash et Kris Kristofferson, Sunday morning coming down, dans le Johnny Cash Christmas Show, en 1978.

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