21 mai 2022

LOU REED / JOHN CALE : Nobody but you


Acquis par correspondance via Ebay en avril 2022
Réf : 7599 21555-2 -- Édité par Sire / WEA en Allemagne en 1990
Support : CD 12 cm
Titres : Nobody but you -- Style it takes -- A dream

Au tournant des années 1990, Lou Reed ne s'est pas contenté d'empocher les droits d'auteur pour l'utilisation d'un échantillon de Walk on the wild side par A Tribe Called Quest. Il a aussi sorti son album New York, un disque encensé par la critique (de façon un peu excessive à mon sens), ce qui n'a pas toujours été le cas pour les sorties précédentes dans les années 1980. Et surtout, après avoir repris contact avec John Cale début 1987 lors des obsèques d'Andy Warhol, il s'est lancé avec lui dans un projet pour lui rendre hommage, qui a abouti à l'album Songs for Drella et à de nombreuses prestations en duo en 1989 et 1990.

On a parlé récemment de Songs for Drella car on vient de rééditer le film tourné par Ed Lachman où Reed et Cale jouent toutes les chansons du projet lors des répétitions pour les concerts des 4 et 5 décembre 1989 à la Brooklyn Academy of Music. J'ai vu ce film à l'époque lors de sa diffusion à la télévision (sur Arte je pense) et j'ai l'impression que, comme pour moi, un bon nombre de personnes connaissent plus le projet par sa version filmée que par l'album studio qui est sorti début 1990.
Voilà ce que John Cale dit du projet dans les notes de pochette du disque : "Songs for Drella est une collaboration, la seconde que Lou et moi avons menée à bien depuis 1965. Je dois dire que, bien qu'il ait fait le plus gros du travail, il m'a permis de conserver une position digne tout au long du processus.
Cela constitue ainsi, conformément au but recherché, un hommage à quelqu'un dont on se souvient aujourd'hui avec beaucoup d'amour et d'admiration pour l'inspiration et la générosité dont il a fait preuve au fil des années.
".
La grande qualité de ce projet, c'est qu'il a été réalisé en duo de bout en bout. Même si Lou Reed a visiblement fait plus de boulot, et même si l'expression "il m'a permis de conserver une position digne" interroge un peu sur l'ambiance qui régnait. En tout cas, j'imagine très bien, vu comment les disques de Lou Reed sonnaient à l'époque, ce qu'aurait donné Songs for Drella avec des musiciens de session. J'entends déjà la basse fretless slap et le saxophone ! Mais non, sur le disque comme pour les concerts, c'est juste Lou Reed et John Cale qui font tout, et c'est très bien comme ça.

Ce cycle de quinze chansons, dont cinq sont chantées par John Cale, fait surtout parler fictivement  Andy Warhol et retrace les différentes étapes de son parcours. Pour le dernier titre, Hello it's me, c'est Lou qui s'adresse à Andy, qui exprime des regrets, et qui donne peut-être une piste ("You hit me where it hurt I didn't laugh. Your diaries are not a worthy epitaph") sur la motivation à l'origine du projet, faire que la publication posthume de son journal ne soit pas sa seule épitaphe.

Il y a une grande majorité des chansons que j'aime bien dans Songs for Drella, à commencer par Nobody but you, choisi comme face A de ce single dans le seul pays, l'Allemagne, où un titre a été extrait de l'album. La chanson tourne bien et reste bien en tête. J'aime bien dans les paroles l'utilisation de "Nobody" avec deux sens différents, comme pronom ("there's nobody but you", "il n'y a personne sauf toi") et comme nom ("a nobody like you", "un moins que rien comme toi").
Il y a une courte partie instrumentale dans la chanson et, elle change à chacune des performances, jouée parfois par Cale au piano ou au synthé, ou par Reed à la guitare. Ma préférée est celle à la guitare à la Fondation Cartier.

Les deux autres titres font partie de ceux chantés par Cale. J'aime bien Style it takes, qu'on aurait pu trouver sur l'un de ses albums, même si le son des synthés est un peu daté. J'aime moins A dream, l'un des derniers titres composés pour le projet.

Parait-il que, après la parution de l'album, Cale a juré de ne plus jamais collaborer avec Reed, et une tournée prévue a été annulée. Mais, le 15 juin 1990 à la Fondation Cartier, après qu'ils aient joué quelques titres de Songs for Drella, Sterling Morrison et Moe Tucker les ont rejoint sur scène pour jouer Heroin, ce qui a mené à la reformation du Velvet Underground en 1993. Après quoi, Cale aurait juré, encore une fois, de ne plus jamais travailler avec Lou Reed !


Lou Reed et John Cale, Nobody but you. La "vidéo officielle", soi-disant. Ce n'est pas la version studio de l'album, mais celle en public du film Songs for Drella.


Lou Reed et John Cale, Style it takes et Nobody but you, en direct dans l'émission Sunday night en 1989.


Lou Reed et John Cale, Nobody but you, en concert à la Fondation Cartier à Jouy-en-Josas le 15 juin 1990 à l'occasion de l'exposition Andy Warhol System : Pub-Pop-Rock.


Lou Reed et John Cale, Nobody but you, en direct à la télévision.


Lou Reed et John Cale, Nobody but you, en direct dans l'émission A + E Revue diffusée le 8 juin 1990.


Lou Reed, Nobody but you. Sans John Cale, mais avec une allumette dans la bouche.


Lou Reed et John Cale, Songs for Drella. Le film entier d'Ed Lachman. Toutes les chansons de l'album filmées pendant les répétitions des concerts des 4 et 5 décembre 1989 à la Brooklyn Academy of Music à New York.

14 mai 2022

A TRIBE CALLED QUEST : Can I kick it ?


Acquis par correspondance chez Momox en janvier 2022
Réf : ZD44182 -- Édité par Jive en Europe en 1990
Support : CD 12 cm
Titres : Can I kick it ? (7" radio edit) -- Can I kick it ? (Extended Boilerhouse mix) -- Can I kick it ? (Phase 5 mix) -- If the papes come (Remix)

Dans l'euphorie créée par Three feet high and rising de De La Soul, j'ai acheté à leur sortie les albums d'autres membres du collectif Native Tongues, Done by the forces of nature des Jungle Brothers et Peoples's instinctive travels and the paths of rhythm d'A Tribe Called Quest.

Sur mon exemplaire de ce dernier, un des premiers pressages donc, tous les titres sont signés par les membres du groupe, principalement Q-Tip et Ali Shaheed Muhammad, y compris Can I kick it ?, qui s'ouvre avec l'un des "samples" les plus évidents et reconnaissables entre tous, la ligne de basse de Walk on the wild side de Lou Reed.
Apparemment, le groupe pensait sincèrement que son label avait fait le nécessaire pour obtenir l'autorisation d'utiliser cet échantillon sonore. Ce n'était pas le cas. Lou Reed, ou plus sûrement son éditeur et leurs avocats, sont alors intervenus. Il auraient pu faire un procès, obtenir des dédommagements ou faire retirer cette version du commerce. A la place, un compromis a été proposé à A Tribe Called Quest : vous pouvez continuer à utiliser cet enregistrement, mais la totalité des droits d'auteur ira à Lou Reed.
Le mal était fait, le disque sorti et les enjeux financiers sûrement trop grands : cette proposition a donc été acceptée, et ceci explique pourquoi, sur ce single et sur les éditions suivantes de l'album, Lou Reed est crédité comme le seul auteur de Can I kick it ? ! Et le groupe n'a jamais touché un sou sur cette chanson.
Reed a ainsi préservé ses droits et ses petites affaires, mais c'est quand même un peu exagéré. Déjà, comme le précisait Rolling Stone, il y a d'autres titres échantillonnés sur ce morceau. Et puis, même si ces quelques notes de basse sont pour beaucoup dans ce qui fait l'intérêt de cette chanson, il y a quand même plein d'éléments apportés par ATCQ, à  commencer par les paroles.

Et puis, si on va par là, on peut se demander jusqu'à quel point Lou Reed est "l'auteur" de la ligne de basse de Walk on the wild side. Il existe peut-être une version démo studio de la chanson, mais malheureusement je ne l'ai pas trouvée, mais je me demande bien quelle était cette ligne de basse avant qu'Herbie Flowers arrive en studio en 1972 pour une session de trois heures et enregistre la basse, comme il l'explique dans la vidéo ci-dessous, en deux passages, à la contrebasse et à l'électrique, ce qui lui a valu d'augmenter son cachet, de 12 à 17 £ apparemment, mais il n'a eu aucun point de pourcentage sur les droits d'auteur.
Lou Reed n'était pourtant pas insensible au rap. Il avait exprimé son intérêt pour ce genre musical dès 1984, et s'était même lancé en 1986 sur son album Mistrial dans The original wrapper.

Sur ce single, la version principale de Can I kick it ? a été remixée par le duo anglais Boilerhouse. Outre la version raccourcie à la radio, on a droit à une version allongée.
On peut faire aussi l'expérience de la chanson sans la basse de Walk on the wild side, avec le Phase 5 mix. Là, c'est assez jazzy et je préfère l'autre version !
Le dernier titre, If the papes come, est une face B inédite, avec un invité, Afrika Baby Bam des Jungle brothers.




A Tribe Called Quest, Can I kick it ?, en direct dans l'émission Showtime at the Apollo.


Herbie Flowers explique en 2010 dans The One Show comment il a enregistré la basse de Walk on the wild side.

07 mai 2022

ELIOTT : Think about it


Acquis chez The Message à Troyes le 25 mars 2022
Réf : 200379 -- Diffusé en France vers 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Think about it -/- Good to me

Après l'afro-funk du Rail Band, on va s'intéresser à disque franco-funk !...

J'ai fait le voyage à Troyes pour y voir jouer l'ami Gontard, qui fait tourner son dernier album Akene et qui inaugurait pour l'occasion une formule en trio, une configuration qui alternera selon les dates et les circonstances avec l'habituelle formation à cinq, avec basse et batterie.


Gontard en Pac-Man et en concert à The Message à Troyes le 25 mars 2022, avec Morzini et Ray Bornéo. Photo : Pol Dodu.

Un excellent concert, dans une ambiance très sympathique. The Message, au centre ville de Troyes, est un bar-disquaire, qui accueille des concerts plusieurs fois par semaine.
Comme il y avait des bacs de disques, j'ai passé ma soirée à admirer et examiner machinalement tout un paquet de belles pochettes. Mais il s'agissait quasi-exclusivement de rééditions vinyl récentes et je n'éprouve aucun intérêt pour le vinyl du 21e siècle. Je préfère autant un CD...
Mais il y avait une exception : sous un bac de 33 tours j'ai très vite repéré une caisse de 45 tours à 1 €. Pas grand chose à en tirer, puisqu'il y avait par exemple plusieurs EP de Claude François, mais ma curiosité a payé quand j'ai été intrigué par la pochette ouvrante d'un disque manifestement publicitaire.
On sait l'intérêt que je porte au disque hors-commerce. Il suffit pour s'en convaincre de lire les chroniques présentes ici, dont une partie a été rassemblé dans le livre (disponible en téléchargement gratuit) Vente interdite.
J'ai donc sorti cette pochette moche, avec ses photos de commerces parisiens, en me demandant bien quel disque pouvait être glissé dedans. Je pensais à des imitations par Jean Valton, ou à l'annonce d'une opération commerciale comme pour l'Opel Far East trip ou Monsieur Maurice.
Je sors donc le disque de sa pochette et je vois que la première chanson est co-signée par "Otis Reeding" (j'ai mentalement aussitôt corrigé le nom d'Otis) . Je retourne le disque et je constate que l'autre chanson est signée "J. Brown". Dans ce contexte, ça m'a suffi pour que j'aille aussitôt payer mon euro au comptoir, un petit peu intrigué et excité, en me demandant sur quoi j'avais bien pu tomber.

Une fois rentré à la maison, il ne m'a pas fallu longtemps pour retrouver la fiche de ce disque dans Discogs, avec sa pochette originale, simple mais beaucoup plus belle :


La pochette originale du 45 tours.

Faisons le point : la pochette ouvrante a été réalisée principalement pour faire la promotion de commerces parisiens ouverts 24 h/24. Le disque a été choisi comme support publicitaire pour cette opération, mais le 45 tours glissé dans la pochette n'a strictement rien à voir avec la campagne publicitaire. J'imagine qu'un stock d'invendus a été récupéré et je ne serais pas surpris qu'on trouve des disques différents d'une pochette à l'autre.
Je suppose que cette campagne date des fêtes de fin d'année 1981, et l'indice qui me le fait penser ce sont les pots de peinture de l'encart Uni Ricard : le pot vide "1981" est renversé et mis de côté, et le pot tout neuf et coloré "1982" est au premier plan...

En-dehors de ce disque visiblement auto-produit, peut-être son unique sortie, je n'ai trouvé aucune information sur Eliott. Les seules choses intéressantes qu'on apprend sur la pochette originale, c'est que l'enregistrement s'est fait au studio LBS par l'ingénieur du son Bruno Lambert.

En tout cas, le gars Eliott avait du goût pour le choix de ses reprises. Son Think about it est une version de l'excellent tube composé et produit par James Brown pour Lyn Collins en 1972 (J'ai le 45 tours original, je le chroniquerai peut-être ici un jour...).
Le groupe qui accompagne Eliott s'en sort pas mal, mais ce ne sont pas les J.B.'s comme sur l'original et il y manque ce qui fait pour moi la particularité de ce titre, le son un peu grave de l'orgue qui donne la rythmique funky pendant toute la chanson. Au chant, Eliott n'a pas la puissance d'un James Brown, mais au moins son accent anglais n'est pas répulsif.

Good to me est à l'origine un slow d'Otis Redding, paru en 1966 en face B de Fa-fa-fa-fa-fa (Sad song) et sur The soul album. Pour le coup, la version d'Eliott de Good to me est intéressante, avec un bon arrangement de cuivres, d'orgue et de guitare. C'est mon titre préféré des deux.

Ce disque est inconnu, mais suffisamment réputé pour que ses titres aient été repris sur deux compilations.

Quand quitté The Message en fin de soirée, Gontard et sa bande étaient en train de faire honneur à une andouillette de Troyes cuisinée par un resto voisin. On était en plein dans l'esprit de la pochette de mon disque !
Et peut-être que j'aurai l'occasion d'y retourner prochainement, puisqu'Arlt y est annoncé en concert le 30 juin prochain, suite à la sortie d'un nouvel album, Turnetable !

A écouter : Eliott : Good to me.



01 mai 2022

ORCHESTRE RAIL BAND : Moko diolo


Acquis chez Emmaüs à Saint Nazaire le 26 février 2022
Réf : 01451973 -- Édité par RCAM au Mali en 1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Moko diolo -/- Tamadiara

C'était le premier jour de vente dans les nouveaux locaux d'Emmaüs Saint Nazaire. Avec Philippe R., prudemment, on avait décidé d'y aller pendant midi, en se disant que ce serait la cohue à l'ouverture. Et on a bien fait, car ça bouchonnait encore dans le secteur quand on est arrivé, au point qu'on se serait cru sur le parking d'un des hypermarchés voisins. Mais ça s'est vite calmé, et on a pu tranquillement fureté partout. Et au bout du compte il s'est avéré que les centaines de personnes passées avant nous n'avaient pas tout raflé, notamment au rayon 45 tours puisque j'y ai trouvé plusieurs disques très intéressants, dont Le bûcheron de Franklin Boukaka et celui-ci, sur lequel je me suis précipité dès que j'ai repéré le nom du groupe sur sa pochette dessinée. A 1 €, c'est pour l'instant l'une de mes meilleures trouvailles de l'année. Comme l'indique un tampon au dos, mon exemplaire a été vendu initialement par le magasin Technafric, à Bamako même.

En fait, je connaissais le Rail Band uniquement de réputation : autant j'ai depuis des années une compilation des Ambassadeurs, le groupe suivant de Salif Keita, autant je n'avais jusque là aucun disque, ni même aucun titre sur une compilation, de cet orchestre fondé et dirigé initialement par le saxophoniste Tidiani Koné, qui jouait plusieurs fois par semaine au Jardin du Buffet de la Gare de Bamako au Mali. Parmi les autres membres importants de ce groupe au long cours, il y a eu Mory Kanté et le guitariste Djelimady Tounkara.
Son lien avec le Buffet de la Gare n'a pas uniquement donné son nom au Rail Band : le nom complet du label R.C.A.M. qui a sorti ce disque et quelques autres du groupe est Rail Culture Authentique Malienne. Et ce n'est pas tout, puisque mon 45 tours appartient à la série Pop-Rail et un agent de la voie est dessiné sur la pochette. Juste après est sorti  un autre 45 tours, dans la série Rail-Typique, avec un agent de la traction sur la pochette :



A priori, ce sont les deux seuls 45 tours rendant hommage aux métiers du rail. Quand on regarde la discographie du groupe, on se rend compte qu'ils adoraient les séries, même si c'était pour les arrêter aussitôt commencées : un seul disque dans les séries Pop-Rail, Rail-Typique et Rail-Concert, mais plusieurs quand même dans les séries Folk-Rail et Rail-Danse.

Ce 45 tours date de la première et grande période du groupe, avec Tidiani Koné au saxophone, Djelimady Tounkara à la guitare principale, Mory Kanté au chant et à la guitare. Salif Keita, chanteur principal jusque là, a quitté le groupe en 1973. Je ne sais pas s'il est encore présent sur ce 45 tours (Je ne le pense pas car il n'est pas mentionné dans les notes de pochette).

Avec Philippe, on a été surpris quand on a écouté Moko diolo. Pour ma part, je m'attendais à un son très "africain", genre rumba congolaise, et initialement j'ai surtout trouvé que c'était beaucoup plus proche du funk à la James Brown, avec en plus, sans surprise car le chef d'orchestre joue de cet instrument, un saxophone très présent. Cette impression a été tempérée au fil des écoutes, mais je pense vraiment que ce titre est très inspiré par le funk. Je ne sais pas si Moko jolo sur l'album Rail Band de 1973 et sur le même label est la même chanson et éventuellement la même version que ce
Moko diolo.

Le funk est aussi présent sur Tamadiara, mais le rythme de base est plus original, le riff est accrocheur, et la guitare est plus présente et fait jeu égal avec le saxo. C'est de loin mon titre préféré des deux. Je dansais dans le salon de Philippe dès la première écoute !

Les notes de pochette nous donnent des informations sur le thème des deux chansons. Moko diolo, avec Mory Kanté au chant, flétrit la vanité de l'homme superficiel. Le titre désigne un homme-caparaçon. J'ai dû aller voir dans le dictionnaire pour apprendre que le caparaçon est une housse d'ornement cérémoniale pour chevaux !
Le titre complet de la face B est Tama diyara mali deun la, ce qui signifie Qu'elle est belle ma marche des maliens et serait, selon l'auteur anonyme des notes de pochette, "la ballade de l'homme heureux qui a atteint ses objectifs de l'heure et qui s'en revient" !

Ce disque est suffisamment réputé pour avoir fait l'objet en 2016 d'une réédition en quasi fac-similé par Goma Gringa, un label brésilien, s'il vous plaît. Pour ma part, je suis très content d'être tombé sur l'original !

23 avril 2022

JUNIORE : La fin du monde


Acquis par correspondance chez Entreprise en février 2022
Réf : ENTRE12V -- Édité par Entreprise en France en 2014
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La fin du monde -/- Marche

Depuis quelques mois, je contribue au webzine Casbah avec une chronique où, à partir d'une thématique donnée, je me lance dans l'exploration de Bandcamp jusqu'à ce que je découvre quelque chose qui me plaît et qui m'intéresse.
J'ai choisi Bandcamp car depuis quelques années c'est le site idéal pour découvrir des productions musicales récentes (ou moins récentes, d'ailleurs) et pour y acheter de la musique directement auprès des artistes ou des labels indépendants, en version numérique ou sur support.

Ce que je fais chez Casbah, où je chronique de la musique en ligne que je ne possède pas, est à l'opposé de ce que je fais ici, où je chronique des disques (la plupart du temps; il y a des exceptions) que je possède (systématiquement, sans exception).
Mais en fait les chroniques Bandcamp-Casbah font très souvent écho à ce qui se passe ici car je n'ai aucune intention de me refaire côté passions musicales et ce que je cherche sur Bandcamp est de fait presque toujours en lien avec ce que je chronique ici. Par exemple, dans les thématiques qui m'ont servi de point de départ, il y a "jonathan richman" (tiens, tiens, quelle surprise !), mais aussi "les combinaisons", puisque mes amis Les Combinaisons ont sorti un album pour lequel j'ai rédigé un texte de présentation, ou la fange, en référence à l'album de Pensées Nocturnes.

Voici la liste des chroniques déjà parues chez Casbah :
Au bout de quelques mois de ce petit jeu là, est arrivé ce qui devait bien finir par arriver : Ma chronique Casbah de février sur La fin du monde de Juniore faisait écho à ma chronique Vivonzeureux! de janvier de The fin du monde de Soundforce. Mais la chanson de Juniore m'est tellement restée en tête que, l'édition en 45 tours étant disponible, j'ai décidé de l'acheter, et de le chroniquer ici, en double écho si je compte bien à ma chronique initiale. Et si je n'y prête garde, tout ça va finir par du feedback !

Je vous laisse aller lire chez Casbah ce que La fin du monde m'a inspiré initialement. Ce qui m'a agréablement surpris, c'est que ce que j'avais classé à première écoute comme une chansonnette pop aux accents rétro s'est révélée bien plus intéressante que ça au fil du temps. J'ai même fini par faire des parallèles avec le Final day de Young Marble Giants, c'est dire !

Sur ce disque, Juniore était un duo composé d'Anna Jean et Samy Osta (qui, par ailleurs, produit des disques, notamment pour La Femme ou Feu! Chatterton). Les pochettes au graphisme très distinctif du groupe sont dues à Anna Jean.
Les paroles sont généralement écrites par Anna Jean, mais pour la face B du 45 tours, Marche, elle a collaboré avec Jérôme Echenoz, qui a sorti en 2012 sur le même label Entreprise Le chrome et le coton, un maxi sur lequel on retrouve Anna et Samy, et qui a d'autres activités musicales sous le nom de Tacteel.
Dans une veine proche de La fin du monde, Marche est une très bonne face B !

La sortie des quatre premiers singles de Juniore (celui-ci est le deuxième) s'est étalée de 2013 à 2016. Aucun n'a ensuite été repris sur Ouh là là, le premier album, paru en 2017.
Un deuxième album, Un deux trois, est sorti en 2020. Malheureusement, la tournée de Juniore initialement annoncée pour ce printemps 2022 a dû être reportée.

Le 45 tours La fin du monde est annoncé comme épuisé sur Bandcamp, mais il en reste encore des exemplaires chez Entreprise, là où je l'ai acheté, qui sont même actuellement soldés.







Juniore, La fin du monde, filmé en basse-fidélité sûrement au téléphone au Glazart à Paris le 7 août 2014.

16 avril 2022

LES LEOPARDS : Maïs


Acquis par correspondance via Discogs en avril 2022
Réf : GR 112 -- Édité par Hit Parade en France vers 1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Maïs -/- Mal palan

La pochette est importante pour un disque, et parfois une photographie bien choisie peut en dire beaucoup.
Celle-ci, prise par Paul Roy-Camille, nous place directement au cœur du sujet et elle est parfaitement mise en valeur puisque, à part le logo du label et la référence, elle est libre de toute mention du groupe ou des chansons, façon New Order/Factory.
Et que nous dit cette photo ? Eh bien, que le ciel de Martinique est d'un azur parfait et que le maïs qui y pousse, et qui occupe ici toute la diagonale de la pochette, est d'une qualité incomparable.
On distingue sur cette photo l'extrémité d'un membre. Prise dans les "cheveux de maïs", on suppose qu'il s'agit de la main d'un paysan qui exhibe fièrement son plus bel épi.
Le maïs en métropole c'est une engeance car il faut l'irriguer et ça épuise les nappes phréatiques. Mais là où il pousse naturellement, comme en Martinique, c'est une richesse, comme d'autre productions locales emblématiques telles que la banane et la canne à sucre. On est loin de la Gaule !

Pour ma part, le maïs me rappelle les cours de sciences naturelles au lycée, avec cette pauvre prof qui avait bien du mal à tenir ses classes et qui était un peu le souffre-douleur de ses élèves. Et encore, quand elle abordait les lois de Mendel avec des épis de maïs aux grains noirs et jaunes, ça pouvait aller, mais quand il s'agissait de disséquer une souris ou de stimuler électriquement une grenouille pour déclencher une réponse réflexe, c'était vraiment le chantier.

Maïs est extrait du cinquième album des Léopards, groupe originaire de Saint-Pierre en Martinique. C'est le premier sorti après le grand succès rencontré en 1972 avec D'leau coco, qui est resté depuis leur titre emblématique.
Je connais mieux les labels Célini/Aux Ondes et Debs, mais au bout du compte je finis aussi par avoir pas mal de disques de Hit Parade et 3A, les deux principaux labels successifs des Léopards, tous deux basés en Martinique.
En 1972, et sûrement encore en 1973, Les Léopards étaient composés de Guy Francisque, Max Ransay, Albert Nadeau, Casino, Baby Fidel, Marcel Charles, Alex Martine, Alain Joséphine. L'instrument qui donnait alors sa couleur au groupe, c'était l'orgue, très présent sur beaucoup de leurs titres. C'est bien le cas sur l'excellent Maïs, un tumbélé, genre importé aux Antilles par Ryco Jazz, un groupe proche des Léopards (ils ont eu un membre en commun, Casino, et ont partagé l'affiche sur deux disques, un album et un 45 tours). C'est vrai aussi pour la face B Mal palan, qui est dans le style compas direct d'Haiti.

Je n'ai pas trouvé en ligne de biographie détaillée des Léopards, qui ont quand même sorti une trentaine d'albums, mais si vous voulez en savoir plus vous pouvez écouter l'émission de radio spéciale d'A la recherche du groove perdu, dans laquelle on entend notamment des extraits d'une émission de Zouk TV, visible intégralement sur YouTube.

09 avril 2022

JACK WHITE & ELINOR BLAKE : We're going to be friends


Acquis par correspondance chez Momox en février 2022
Réf : TMB-017 / 978-0-9964016-9-2 -- Édité par Third Man Books aux États-Unis en 2017
Support : 32 pages 26 cm + 4 fichiers MP3
Titres : THE WHITE STRIPES : We're going to be friends -- APRIL MARCH : We're going to be friends -- APRIL MARCH : Amis pour la vie -- WOODSTATION ELEMENTARY SCHOOL SINGERS : We're going to be friends

J'ai acheté récemment le premier album des White Stripes pour compléter ma collection de leurs disques studio. La réécoute m'a confirmé dans l'opinion que c'est l'un des plus grands groupes de rock and roll des années 2000. Même si, n'étant pas moi-même un pur rocker, mes chansons préférées des Bandes Blanches sont toutes plus ou moins des ballades : You're pretty goog looking (for a girl), Sugar never tasted so good, Well it's true that we love one another et We're going to be friends.
Ayant envie de chroniquer l'une d'entre elles, j'ai épluché leur discographie et je me suis rendu compte qu'aucune n'a été sortie en face A de single, même si, pour la dernière nommée, il y a eu un CD promo et même une "vidéo officielle".
Mais à cette occasion j'ai découvert l'existence de ce livre de 2017, un "album jeunesse" dont le texte est constitué des paroles de We're going to be friends, illustrées par Elinor Blake et accompagné de quatre versions différentes de la chanson.
Il existe une édition très limitée du livre avec un 45 tours, mais du coup elle est très dure à trouver et à un prix inabordable. Mais j'ai pu me procurer le livre d'occasion à un prix très correct. Comme c'est presque à chaque fois le cas, même après juste quelques années, le code pour télécharger les MP3 est déjà périmé, mais j'avais repéré à l'avance que les chansons sont toutes sur YouTube...

We're going to be friends est évidemment un bon choix pour un album jeunesse, puisque cette chanson raconte la journée de rentrée des classes de deux enfants qui se rencontrent et se lient d'amitié sur le chemin de l'école. La petite fille est nommée, Suzy Lee. Ce nom revient à plusieurs reprises dans les paroles des White Stripes, et elle a même eu droit à sa chanson, Suzy Lee tout simplement, sur le premier album.
Les commentaires sur YouTube sont rarement utiles, mais pour une fois j'y ai pêché une citation intéressante, qui fait bien écho à l'humeur de la chanson. Elle serait tirée de Winnie l'ourson : "On ne se rendait pas compte qu'on se fabriquait des souvenirs, on savait juste qu'on s'amusait bien". Mais surtout, cette chanson est sûrement celle de Jack White qui évoque le plus l'esprit de Jonathan Richman, et That Summer feeling en particulier. Dans cet esprit, c'était une bonne idée d'enregistrer une version de la chanson avec la chorale de l'école élémentaire Woodstation de Nashville, là où Jack White est installé depuis des années.

C'est son premier livre illustré, mais Elinor Blake a une longue expérience dans le film d'animation. Ici elle mêle des dessins et des photos (de Lou Doillon et Son House, entre autres), du noir et blanc et de la couleur rouge, comme il se doit avec les White Stripes. C'est très réussi.
Sans le savoir, je connaissais Elinor Blake, mais sous l'identité de la plus francophile des chanteuses américaines, April March.
Grâce à elle, ce projet prend une coloration française, puisque les deux autres titres associés à ce livre sont des versions de la chanson par April March, qu'elle a enregistrées à Paris avec Mehdi Zannad (Fugu) aux arrangements. Il y a la version en anglais, et surtout celle avec des paroles en français, Amis pour la vie (la musique est la même). Une fois de plus, c'est quelqu'un dont le français n'est pas la langue de naissance qui prouve d'une façon éclatante que les paroles en anglais c'est pas automatique, et qu'une reprise par des francophones est tout de suite plus intéressante et moins servile si on prend la peine d'adapter les paroles en français. Mais ça, une grande partie des "jeunes artistes français" a du mal à l'entendre...
Du coup, comme les paroles sont déjà traduites (par April et Mehdi), on pourrait facilement imaginer une édition française pour cet album jeunesse, non ?
Et sinon, en attendant, on peut écouter le dernier album en date d'April March, In cinerama, co-écrit et co-produit avec Mehdi Zannad, qui vient de ressortir après une première diffusion lors du Record Store Day 2021.


La bande-annonce du livre.


The White Stripes, We're going to be friends. La meilleure de toutes les versions pusiqu'elle est chantée en direct par Jack ET par Meg, en 2009, pour la dernière de l'émission Late night with Conan O'Brien. Ce fut aussi l'ultime performance en public des White Stripes.




The White Stripes, We're going to be friends, en direct dans un studio de la BBC à Maida Vale.


The White Stripes, We're going to be friends, en direct dans l'émission Saturday Night Live.

03 avril 2022

ORGOGORIENTAL : A Santiago


Offert par Fabienne M. à Mareuil sur Ay le 15 mars 2022
Réf : 10 001 -- Édité par Meys en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : A Santiago -/- Ne tirez pas sur l'organiste

(Cette chronique est la suite de celle-ci, que je vous conseille de lire d'abord)

Je connais l'excellente face B de ce disque Ne tirez pas sur l'organiste depuis 2013 environ, quand Variété Underground l'a proposée en téléchargement.
Je savais qu'Alain Goraguer était impliqué dans ce disque (Gogo est l'un de ses surnoms), mais je n'avais pas prêté attention au fait que cette face B est co-signée avec Jean Ferrat. Et ce n'est que récemment, après l'avoir réécoutée, que je me suis avisé que je n'avais jamais entendu la face A, A Santiago. Je ne l'ai pas trouvée en ligne, mais j'ai vite compris qu'il s'agissait d'une version d'une chanson enregistrée par Jean Ferrat en décembre 1967, d'où l'achat et la chronique précédente. Mais il me manquait la version Orgogoriental et j'ai profité de mon anniversaire pour me faire offrir ce très beau 45 tours, probablement peu diffusé à l'époque, donc rare et recherché.

Je connais Alain Goraguer depuis longtemps, surtout pour son travail avec Vian et Gainsbourg. Je ne savais pas par contre qu'il avait longtemps collaboré Bobby Lapointe. Et surtout, avec Jean Ferrat et Gérard Meys (éditeur et directeur artistique), il a formé un trio inséparable de 1960 à la fin de la carrière de Ferrat.

Mais d'où vient ce nom bizarre, Orgogoriental ? Eh bien, un indice figure dans les paroles mêmes d'A Santiago : "Le carnaval nous entraîne, quatre nuits sans perdre haleine, l'orgue oriental se déchaîne".
De la musique orientale à Cuba ? Ça m'a intrigué un moment, d'autant que la chanson n'a rien d'"oriental". Mais quel que soit le point du globe où l'on se trouve, on est toujours à l'est d'un autre point, et j'ai fini par comprendre que cet oriental faisait référence à l'est de Cuba, une région justement nommée l'Oriente !
Et si l'órgano oriental, comme les cubains le nomment, est devenu populaire dans cette région, les colons français y sont pour quelque chose. Ce sont notamment eux qui ont importé au XIXe siècle des orgues mécaniques, pneumatiques à carton (ces orgues qu'on appelle génériquement en France des limonaires, du nom de l'un des facteurs les plus célèbres, comme on appelait frigidaire un réfrigérateur).
Ces orgues sont devenus populaires à Cuba, certaines familles sont même venues se former en France pour savoir comment les fabriquer ou les réparer. On peut voir ici l'órgano oriental Hermanos Peñas et ci-dessous un reportage sur l'órgano oriental de Camagüey :



Dans l'Oriente, notamment à Manzanillo, l'orgue oriental a été intégré à la tradition du carnaval. Il est reconnu comme un élément important du patrimoine culturel de la nation cubaine et une candidature a été déposée à l'UNESCO en 2020 pour le faire inscrire sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

La pochette de ce disque est une réussite. Les photos sont disposées de telle façon qu'il y a presque deux rectos pour la pochette, puisque l'ouverture est à droite pour les deux. Mais on détermine un verso car les indications techniques (enregistrement en février 1968, ingénieur du son Claude Achallé) ne figurent que sur l'un des côtés.

Le beau dessin avec le chat surprend car il n'a a priori rien à voir avec la chanson A Santiago. Effectivement, mais il y a quand même un lien très fort avec Cuba car ce dessin est signé Wifredo Lam, un artiste cubain installé en Europe, qui était justement présent à Cuba fin juin 1967 pour y présenter une exposition d'art contemporain. Les dates du voyage à Cuba de Ferrat sont données comme mai-juin 1967. Ils y étaient donc à peu près au même moment et ont pu se rencontrer là-bas ou à Paris.
L'illustration du verso m'a intrigué pendant un bon moment. Je n'arrivais pas à saisir ce que représentait la photo. Jusqu'à ce que j'ai une illumination et que je me dise que ça ne pouvait être, tout bonnement, qu'un meuble d'órgano oriental, un peu comme celui qu'on voit ici.

Pour ce qui est de l'explication de la sortie de ce disque, je pense que Goraguer, Ferrat et Meys ont sûrement eu envie de continuer à s'amuser avec A Santiago, peut-être pour pour en prolonger le succès. Cette reprise est sortie sur les disques Meys, mais l'éditeur du disque de Ferrat Barclay n'y a probablement pas trouvé à redire, sachant que c'est sa Compagnie Phonographie Française qui le distribuait.

La version d'A Santiago par Orgogoriental est principalement instrumentale. Il y a une voix, visiblement pas celle de Ferrat, qui dit quelques mots en introduction, chante le titre "A Santiago de Cuba" et les "C'est très dur", mais c'est tout. Ça reste très bien, mais au bout du compte, même si la musique elle-même est pleine d'humour, ce n'est pas aussi rigolo que la version originale.

Justement, j'expliquais que j'avais été surpris de voir Ferrat faire preuve d'humour et d'auto-dérision avec A Santiago. Eh bien, il récidive avec Ne tirez pas sur l'organiste, puisqu'il est crédité en premier avant Alain Goraguer pour ce titre, ce qui indique généralement qu'il en a signé les paroles. Des paroles ultra-minimales, qui se résument au titre et à "Ils ont tiré sur l'organiste". Le tout est accompagné de bruitages sur un rythme afro-cubain typique, avec l'orgue pneumatique qui finit par se dégonfler après avoir été touché par une balle perdue !
C'est une réussite de bout en bout et, autant que je sache, une chanson originale, pas la reprise d'un titre pré-existant.

Pour ma part, il me reste quelques mois pour réfléchir à quel autre excellent disque je pourrais bien me faire offrir pour mon prochain anniversaire !

A écouter :
Orgogoriental : A Santiago
Orgogoriental : Ne tirez pas sur l'organiste


01 avril 2022

JEAN FERRAT : A Santiago


Acquis par correspondance via Rakuten en mars 2022
Réf : 71 238 -- Édité par Barclay en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : A Santiago -- Ce qu'on est bien mon amour -/- Cuba si -- Indien

Je connais Jean Ferrat comme tous les gens de ma génération, puisqu'il a accompagné toute ma jeunesse en fond sonore. Il fait partie des grands de la chanson française "traditionnelle" et j'apprécie certains de ses classiques. Bref, il est à la montagne ce que Trenet est à la mer ! Mais c'est tout. J'ai un tout petit nombre de ses disques (moins d'une poignée) et pour la plupart je les ai récupérés plutôt qu'achetés.
Cependant, j'ai voulu me procurer ce disque en particulier car j'ai été tout surpris récemment de découvrir que, au moins une fois dans son parcours, Jean Ferrat avait fait preuve de beaucoup d'humour et d'auto-dérision ! Ce parcours, je ne le connais pas bien, juste son image publique et sa réputation, mais il y a une chose dont je suis sûr, c'est qu'on l'associe rarement à la gaudriole.
Et ce moment particulier de légèreté, c'est A Santiago, presque une pochade, une chanson volontairement con-con, qui accumule les clichés dans une ambiance de carnaval/fête foraine avec orgue à flonflons. Mais aussi une rengaine efficace que j'ai eu en tête plusieurs jours après l'avoir écoutée.

Comment en est-on arrivé là ? Eh bien tout est parti d'un voyage à Cuba et au Mexique que Jean Ferrat a fait en mai-juin 1967. Il comptait initialement y aller en touriste, mais a finalement accepté de s'y produire une dizaine de fois et a enregistré deux émissions de télévision, dont une retransmission de son spectacle. On trouve des récits de ce voyage ici et , et surtout on peut voir sur le site de l'INA un entretien de cinq minutes à ce sujet avec Denise Glaser dans Discorama.

De son voyage, Jean Ferrat a ramené plusieurs nouvelles chansons, qu'il a enregistrées en décembre 1967 pour son album Jean Ferrat.
Outre A Santiago, Indien, Cuba si, Mourir au soleil et Les guerilleros sont visiblement toutes inspirés par cette aventure. Cette dernière a été la première extraite en EP, avant A Santiago.

Apparemment, A Santiago a été pas mal diffusée sur les radios et a connu un certain succès. Sa légèreté dérangeait sûrement moins que les prises de position politiques de Ferrat à d'autres occasions.
Les paroles sont assez classiques dans un style comique, avec une insistance sur les qualificatifs désobligeants sur sa façon de danser, plus des commentaires entendus ("C'était dur", "C'était très dur"). Sa prestation télé dans l'émission Tilt en janvier 1968 est parfaitement dans le ton : il chante en souriant, esquisse quelques pas de danse et porte son tambourin en guise de sombrero.

Le reste du disque est beaucoup plus dans le style habituel de ce qu'on connaît de Ferrat, "dans la tradition des auteurs-compositeurs français qui font des chansons d'expression", comme il le dit-lui-même à Denise Glaser pour le définir. Dois-je préciser que c'est beaucoup moins dans mes goûts ? Même si, Ce qu'on est bien mon amour, Cuba si (avec des paroles d'Henri Gougaud) et Indien sont toutes les trois des chansons de qualité.

En plus des chansons, Jean Ferrat a rapporté un autre souvenir de Cuba : sa moustache ! Il est encore glabre sur les photos prises sur place qui ornent l'album et sur la pochette du 45 tours juke-box ci-dessous. Mais sur l'EP et à la télévision il a déjà sa moustache, et je crois bien qu'elle ne l'a plus quitté par la suite.

Et sinon, Jean Ferrat ne manquait pas de caractère, comme le prouve l'épisode du rachat de Barclay par Polygram à la fin des années 1970. Mécontent du sort de son catalogue des années 1960, il a entrepris avec ses compères et complices l'arrangeur et chef d'orchestre Alain Goraguer et l'éditeur et directeur artistique Gérard Meys de réenregistrer toutes ses chansons pour Temey, le label indépendant fondé en 1968 avec Gérard Meys (Temey = Te pour Tenenbaum, le nom de naissance de Ferrat, + mey pour Meys...). Ils ont essayé de rester fidèle au plus près des versions originales, et c'est vrai qu'il faut écouter attentivement pour repérer les différences quand on écoute la version Temey d'A Santiago.

A lire ici, une chronique complémentaire à celle-ci.



Jean Ferrat, A Santiago et Cuba si, dans l'émission Tilt en janvier 1968.





La pochette du 45 tours juke-box A Santiago. Une des dernières photos de Jean Ferrat sans moustache ?

26 mars 2022

AMÉLIE MORIN : J'étais venue pour dire bonjour


Acquis chez Récup'R à Dizy le 23 décembre 2021
Réf : 6010 395 -- Édité par Philips en France en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : J'étais venue pour dire bonjour -/- Toute seule le soir

Dans la disette de l'hiver et de la période des fêtes, je me suis offert une poignée de disques à pas cher à la ressourcerie, en piochant large. Par exemple, ce 45 tours d'Amélie Morin, ça fait quarante ans que je le vois passer d'occasion sans l'acheter. Mais là, il était en bon état et à 10 centimes alors je me suis lancé sans trop de risques, et je ne regrette pas cet investissement.

Je connais et j'apprécie ce tube J'étais venue pour dire bonjour depuis sa sortie. Je me souvenais notamment avoir vu Amélie Morin l'interpréter à la télé, sur une balançoire. Ça tombe bien, c'est la seule vidéo de l'époque que j'ai trouvé d'elle. C'était dans l'émission Numéro Un - Francis Cabrel le 7 novembre 1981 :


Je l'appréciais, donc, mais pas au point d'acheter le disque. J'avais d'autres priorités en 1981, excellente année new wave au cours de laquelle j'ai acheté autant de disques que possible !
Non, ce que j'avais surtout retenu d'Amélie Morin, c'était qu'elle venait du Québec et que, sur sa pochette, elle avait des airs de Carole Laure, une Carole Laure dont, pour le coup, je suivais dans le détails la moindre des aventures avec son compère Lewis Furey !

Ce qui a probablement fait beaucoup pour le succès de J'étais venue pour dire bonjour, c'est la voix de petite fille d'Amélie Morin, une voix qui anticipe de quelques années celle de Sabine Paturel pour un tube encore plus gros, Les bêtises.
Et le contraste est intéressant, car cette petite voix contraste avec les paroles pour raconter des horreurs ("J'avais mal vu dans vos cervelles. Vous ne valez pas mieux qu'les autres. Qu'est ce qu'ils ont tous j'suis même pas belle ? On va encore dire que c'est d'ma faute s'il y a du sang sur mes dentelles. Vraiment, fallait pas vous entr'tuer pour moi.").
Ce qui m'a agréablement surpris quand j'ai écouté attentivement mon 45 tours, c'est la qualité de la production et l'originalité des arrangements. L'accompagnement est minimal, le son de la basse surprend, il y a comme des grattements de guitare et on dirait que les chœurs sont échantillonnés (déjà du Fairlight ?).

La face B, Toute seule le soir, est bien aussi. Il y est question de l'insécurité des femmes dans l'espace public ("J'aimerais sortir toute seule le soir, faut toujours qu'on me guette dans le noir"). C'est toujours d'actualité mais je me demande si ce n'était pas pire à l'époque. L'arrangement est intéressant là encore, avec des cordes cette fois. Au bout du compte, on n'est pas si loin que ça des ambiances à la Lewis Furey.

Les paroles des deux chansons écrites du point de vue d'une femme sont de Jean-Yves Luley, qui signe la musique de la face A, celle de la face B étant due à Jean-Paul Malek. Ils ont réalisé le disque ensemble.
On ne trouve quasiment rien en ligne sur le parcours de Jean-Yves Luley. Il a pourtant une discographie conséquente, avec six albums sous son nom entre 1970 et 1982. On me glisse à l'oreille qu'il y a des choses intéressantes dans ses productions sous son nom.

Pour ce qui est d'Amélie Morin, elle a sorti un deuxième album en 1982, Drôle de dream, qui n'a pas connu le même succès. Et un troisième aussi, en 2008. Parallèlement, elle a poursuivi sa carrière d'actrice, principalement de doublage pour des dessins animés, à commencer par Candy. Elle raconte son parcours dans une interview de 1996.

En tout cas, ce 45 tours m'a rendu curieux et je ne manquerai pas d'acheter les albums d'Amélie Morin si je tombe dessus à bon prix.

19 mars 2022

THE COASTERS : Besame mucho


Offert par Philippe R. à Saint Nazaire le 25 février 2022
Réf : 212.023 -- Édité par Atlantic en France en 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Besame mucho I -- Besame mucho II -/- Run Red run -- What about us

Philippe a trouvé récemment ce superbe 45 tours dans son Emmaüs local et il a eu la grande bonté de le mettre de côté pour me l'offrir, sachant qu'il risquait fort de m'intéresser pour le blog. Il avait évidemment raison !

Déjà, la pochette est une anomalie. Quand on voyait ce disque dans un bac en magasin, il fallait se tordre le cou pour déchiffrer le nom du groupe, The Coasters, puisque c'est le titre Besame mucho qui est mis en avant en haut et à l'horizontal. Et puis, la photo, de cette pseudo-Dalida aux cheveux teints en blond avec une grosse peluche, n'a rien à voir avec le groupe.
N'étant pas totalement naïf, on se doute bien de la raison de ce choix, pas si rare à l'époque. Comme pour mon EP de Dionne Warwick, il s'agit d'éviter de trop mettre en avant des artistes à la peau sombre. Mais ce procédé n'était pas systématique. Pour le même groupe sur le même label, l'ambiance était tout autre quelques mois plus tôt, avec une photo du groupe sur la pochette du EP précédent :



Comme c'était aussi souvent le cas pour les 45 tours quatre titres français, celui-ci regroupe les faces A et B de deux singles américains des Coasters. On n'a ici aucun de leurs grands succès ou classiques (Yakety yak, Charlie Brown, Poison ivy, Along came Jones, Little Egypt, Love potion n° 9,...), mais l'ensemble est quand même de très haute tenue.

Besame mucho
fait partie de ces scies qui me plaisent bien, quelle que soit la version. J'en connais surtout des interprétations instrumentales (dont plusieurs par Pascal Comelade, et j'ai déjà chroniqué ici celles d'Harold Smart et de Tommy Garrett), souvent du domaine de l'easy listening, mais j'aime aussi les versions chantées.
Il y a deux versions sur le 45 tours des Coasters, l'une chantée et l'autre principalement instrumentale, numérotées 1 et 2. Le label français a réussi l'exploit des les interchanger, mais au final, sachant que les deux versions s'enchaînent sur la même face de cet EP français, ça fait un effet intéressant, la première jouant le rôle d'une longue introduction pour la seconde.
Donc, la face A commence avec Besame mucho 1 (en fait, la 2 américaine), avec un groove énorme, deux types de chœurs, ceux qui font "Besame" en rythme dès le début et pendant toute la chanson et d'autres ensuite qui chantent un couplet ("This joy is something new, My arms they're holding you, I never knew this thrill before, Who ever thought I'd be Holding you close to me, Whispering, "It's you I adore" ?"), et surtout l'instrument principal, le saxophone, tenu par un des musiciens attitrés des Coasters, King Curtis.
L'autre version de Besame mucho est plus classique. La base instrumentale et les chœurs sont les mêmes, mais le saxophone n'intervient plus que très discrètement (surtout dans les dernières secondes) et il laisse la place à la voix de basse très très grave du chanteur principal, Will "Dub" Jones.

En face B, on trouve deux titres signés Leiber et Stoller, les deux faces du 45 tours sorti juste avant Besame mucho.
Les paroles de Run Red run sont amusantes, comme souvent avec Leiber et Stoller (Red est poursuivi par son singe apprivoisé et armé parce qu'il a triché au poker quand ils ont joué ensemble !). C'est très bien, mais la meilleure chanson du lot c'est la dernière, What about us (Et nous alors), avec un ton toujours léger, mais pour aborder un thème beaucoup plus sérieux, le fossé entre les jeunes pauvres qui s'expriment et les riches de leur âge ("Il a une voiture en daim avec une capote en cuir noir, nous si on sort pour un rencard on y va dans un carton sur nos patins à roulettes")

Ces deux titres originaux ont été inclus en 1962 sur l'album-compilation de singles Coast along with the Coasters, mais pas Besame mucho.

En tout cas, les ambiances sont variées, mais ce disque est excellent de bout en bout. Si ça vous dit de m'offrir d'autres EP des Coasters, n'hésitez pas, je suis preneur !!

12 mars 2022

VIC CHESNUTT : Replenished - Until the led - Woodrow Wilson


Acquis par correspondance via Discogs en janvier 2022
Réf : PLRCDP011-- Edité par Pinnacle Entertainement en Angleterre en 1998 -- For promotional use only - Not for resale
Support : CD 12 cm
Titres : Replenished -- Until the led -- Woodrow Wilson

Les trois titres de ce CD promo sont extraits de l'album The salesman and Bernadette, un album que j'ai déjà chroniqué ici en 2014. Cela faisait donc au moins deux bonnes raisons de ne pas acheter ce disque.
Mais bon, je ne vais pas me priver de faire des exceptions à des règles qui sont d'autant plus souples que je me les impose à moi-même sans aucune contrainte !
Tout est parti d'une réflexion que je me suis faite. Vic Chesnutt a été très prolifique et je possède un grand nombre de ses albums (il en a sorti 14 sous son nom en solo ou en collaboration de 1990 à 2009, plus 2 albums du groupe Brute), mais je n'avais aucun single de lui.
Du coup, je suis allé vérifier sur Discogs et j'ai pu constater que, effectivement, Vic semblait préférer les albums aux singles. En fait, on ne trouve qu'un 45 tours de lui seul (à diffusion limitée, visiblement, et donc très recherché) et deux autres partagés, l'un avec Tom Leach, l'autre avec trois autres artistes d'Athens.
Pour le reste, on ne trouve que quatre singles promo. Celui-ci a l'avantage d'avoir une pochette inédite largement illustrée. Comme le vendeur autrichien qui m'a fourni le Tindersticks proposait aussi ce CD pour un prix de vente et des frais de port tout à fait corrects, j'en ai profité pour me l'offrir.

On a donc ici une sélection de trois des quatorze titres de The salesman and Bernadette, sur lequel Vic Chesnutt est accompagné par Lambchop. L'album est de toute façon excellent, mais la sélection tape bien parmi mes titres préférés.
Replenished démarre sur un coup de batterie presque surprenant, mais le tempo est moyen, avec chœurs en "Sha la la" accompagnent Vic. Il prend son temps avec deux couplets avant d'arriver au refrain et à l'accroche principale de la chanson, "It's never finished 'till the other's replenished". Les cuivres de Lambchop s'en donnent à cœur joie.
Until the led est un titre plus rapide, qui aurait fait une parfaite face A de single. C'est d'ailleurs cette chanson qui a été choisie comme titre unique d'un single promo du label américain (avec une pochette différente, également inédite) et c'est aussi elle qui a été jouée en direct à la télévision dans l'émission de Conan O'Brien (voir ci-dessous). Les paroles ont l'air à la fois cruelles et drôles.
Woodrow Wilson est une belle chanson plutôt lente, que j'aime bien. On peut penser que le label l'a sélectionnée en partie parce qu'on peut lui accoler un nom très connu, celui d'Emmylou Harris, qui interprète ici la voix remémorée de Bernadette

Cela fait plus de douze ans maintenant que Vic Chesnutt est mort.
Il y a peu d'activité du côté de sa discographie, que ce soit en matière de rééditions ou de sorties de titres inédits ou live.
Par contre, depuis 2016, le Vic Chesnutt Award a été lancé. C'est un prix doté d'une bourse financière en soutien aux auteurs-compositeurs d'Athens, la ville d'origine de Vic Chesnutt. Des ateliers sont aussi organisés. Vic le rebelle et le mouton noir aurait sûrement apprécié l'ironie : ce prix a été lancé par le Rotary Club local !


Vic Chesnutt et Lambchop, Until the led, en direct dans l'émission Late night with Conan O'Brien, le 8 janvier 1999.


Vic Chesnutt et Lambchop, Replenished, en concert en 1998 au 40 Watt Club à Athens.


Vic Chesnutt en concert le 9 janvier 1999 au Bowery Ballroom à New York, lors de la tournée avec Lambchop qui a accompagné la sortie de The salesman and Bernadette. Il interprète dix titres de l'album, dont les trois de ce CD.




04 mars 2022

PRINCE BUSTER'S ALL STARS : Al Capone


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 12 octobre 2021
Réf : 71.125 -- Édité par Decca en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Al Capone -/- One step beyond

L'an dernier, Dorian Feller s'est procuré un exemplaire de ce 45 tours. Et je dois bien avouer que, quand il me l'a montré, j'ai quelque peu bavé dessus. Cela a suscité quelque étonnement pour lui, mais les deux faces de 45 tours sont des classiques pour moi, dont les années de lycéen ont été marquées par la vague ska 2 Tone (je vous rappelle que j'ai même gagné un album dans un concours Feedback de Bernard Lenoir avec une photo "ska"). Or, j'ai depuis longtemps une compilation de Prince Buster, et aussi un 45 tours, mais pas celui-là, même si j'ai déjà chroniqué ici une reprise-parasite de sa face A. La pochette précise donc bien ici qu'il s'agit de "La seule version originale de Al Capone" !
Ce disque n'est pourtant peut-être pas extrêmement rare. La preuve : Dorian en a trouvé un deuxième exemplaire quelques semaines plus tard, qu'il a très gentiment mis de côté à mon intention !

La première chose que que je note, quand je regarde la discographie des Prince Buster's All stars, c'est le nombre délirant de singles qu'ils ont sortis dans les années 1960.
Il y a un mystère aussi que je ne m'explique pas, c'est qu'Al Capone est sorti à l'origine en 1964, mais c'est en 1967 que ce titre a connu son plus grand succès en Angleterre. Je ne sais pas quel événement en particulier a relancé cette chanson à ce moment-là, mais c'est ce succès anglais qui a entraîné la sortie de cette édition française sous licence par Decca.

Quand je dis qu'on a deux classiques sur ce disque, je n'exagère pas. On a quand même ici les versions originales de deux des plus grands succès des Specials et de Madness, avec Prince Buster qui les accompagne vocalement plus comme un DJ/chauffeur de salle que comme un chanteur. En tout cas, ça me fait tout drôle de les écouter car je ne connais vraiment que les versions reprises en 1979 de ces chansons.

Il n'y a aucun doute à l'écoute, Al Capone c'est Gangsters des Specials, et c'est scandaleux que ce groupe, qui a fait beaucoup pour la musique indépendante, n'ait jamais crédité Cecil Bustamente Campbell, alias Prince Buster, pour Gangsters, même pas sur les rééditions. J'espère quand même que, par un biais ou un autre, il a touché un pourcentage des droits d'auteur de cette chanson.

Madness au moins a crédité Prince Buster pour sa reprise de One step beyond sur son deuxième 45 tours. Il faut dire que le premier 45 tours, sorti un mois plus tôt, comportait en face A un hommage à Buster, The Prince, et en face B une reprise de Madness, un autre de ses succès, qui a donné son nom au groupe !
On notera que, musicalement, les jamaïcains qui jouent sur la version originale, dont des membres des Skatalites, touchent plus leur bille que les enthousiastes londoniens.

Prince Buster est mort en 2016 à 78 ans.


Prince Buster avec les Skatalites, Al Capone, au festival Reggae Sunsplash en 1983.