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19 septembre 2021

TON PAT' : Memwar lamizik seselwa


Acquis par correspondance via Amazon en août 2021
Réf : TAKA 1017 -- Édité par Takamba en France en 2010
Support : CD + DVD 12 cm
17 + 3 titres

C'est Sing Sing d'Arlt qui a fait de la retape il y a quelques mois pour la chanson Je suis seul dans la vie de Ton Pat'. Visiblement, je n'ai pas été le seul à être touché au cœur.
Et touché, je l'ai été : cette chanson s'est aussitôt retrouvée est en conclusion de l'une de mes dernières compilations, Je demande ma démission.
Je suis seul dans la vie, c'est un gars seul à la guitare qui chante, et c'est déchirant. Je vois mal comment définir ça autrement que du blues à l'état pur, à se pendre :

"Je suis seul dans la vie, je suis triste dans la vie
Et je n'avais pas personne pour me consoler
Les oiseaux sur les branches qui voient tous mes martyrs
Ils vont pleurer pour moi au ciel tout près de Dieu
Au fond de mon cercueil mon martyr sera fini
Car je n'avais pas personne pour fermer ma paupière"

J'ai voulu en savoir plus et je me suis procuré l'album sur lequel cette chanson a été publiée, Memwar lamizik seselwa (Mémoire de la musique seychelloise). Je me demandais si j'y trouverais un autre titre de cet acabit, et, de façon presque étonnante, tellement Je suis seul dans la vie est exceptionnel, j'en ai trouvé un, Ma position (les deux titres sont enchaînés en fin d'album), et il y est justement question de se pendre :

"Si pour toujours je dois vivre avec elle
Je voulais dire je préférais mourir
Je peux vous dire que ma femme est à peine
Ah croyez moi que je suis mal marié
Ah mes amis que mon sort est en peine
J'aurais mieux fait de me pendre au plancher"

Les notes de pochette nous expliquent que ces deux chansons sont des romances : "Les romances que l'on retrouve aux Seychelles sont en français car elles représentent l'héritage laissé par l'ancienne population coloniale émigrée de France dans les îles de l'Océan Indien. (...) La transmission orale sur plusieurs générations nous permet également de comprendre que ces chants ont été créolisés depuis leurs origines."

Ces chansons sont les deux seules romances du disque, et heureusement le reste de l'album contient aussi des chansons légères, rythmées et pleines de joie de vivre.
Le contexte de production de l'album est un peu particulier, et je reproduis intégralement l'introduction du livret qui l'explique bien :
"Ce coffret, fruit d’un collectage de terrain qui s’est déroulé en janvier 2009, se veut être un travail de mémoire consacré aux traditions musicales des Seychelles, et plus précisément de l’île Mahé, à travers le savoir reconnu de Patrick Prospère, surnommé Ton Pat’. Multi-instrumentiste, auteur compositeur et interprète, cette mémoire vivante est aujourd’hui l’un des derniers musiciens et facteurs d’instruments de son île, porteur d’un savoir musical ancestral. Il nous fait part de sa culture à travers l’enregistrement de ses compositions et d’airs traditionnels, mais aussi d’entretiens qui font notamment l’objet d’un DVD, principalement consacré à la facture instrumentale traditionnelle et aux techniques de jeu d’instruments en voie de disparition."

"Collectage de terrain", ça peut rebuter, mais même si ces enregistrements ont été réalisés dans un but d'ethnomusicologie, ils auraient très bien pu figurer dans un contexte différent au catalogue de tout autre label.
Quelques titres sont en solo, mais la plupart sont enregistrés en groupe, avec des élèves des cours que Patrick Prospère donnait à l'école de musique de Victoria, la capitale des Seychelles, et avec Donadieu Thomas, percussionniste réunionnais et également enseignant.

Les arrangements sont légers, la production claire, et on prend plein de plaisir à l'écoute des ségas comme Mammazel sol séga, au rythme plutôt lent, dominé par le violon Sujatha Chettia, Fer le trou babilon et Fayda séga bonm, qui tous les deux me rappellent Ti Frère, celui par qui j'ai découvert le séga en 2009.
Il y a de plusieurs autres titres avec du violon, et j'ai particulièrement apprécié Zépol en Malen.
En-dehors des ségas, j'aime beaucoup les "tinge" (chants accompagnant des combats dansés), où le chœur des élèves des élèves accompagne Ton Pat' : Kapten du port, Moulayla et Don wa mon fizi.
Parmi mes autres titres préférés, il y a Kok tya pe sante, avec un air qui me semble connu par ailleurs, et Dalambwe, joué avec un arc en terre makalapo, du type de celui dont Ton Pat' explique la fabrication et la technique de jeu sur le DVD.

Patrick Prospère est mort en février 2016 à presque 70 ans. Avec ce document, il nous laisse une chanson exceptionnelle et un album excellent dans son ensemble.

L'album est en écoute sur la plupart des plate-formes en ligne. On le retrouve en widgets sur cette page, ainsi que quelques photos de Ton Pat".

Je m'en suis aperçu trop tard, mais Memwar lamizik seselwa est toujours en vente sur le site du Pôle Régional des Musiques Actuelles de La Réunion, créateur du label Takamba.

11 mars 2012

LES FRERES NUBUCK : [L'histoire du monde]


Offert par Le Vieux Mad par correspondance en décembre 2008
Réf : [sans] -- Edité par Sorry But Home Recording en France en 2008
Support : CD 12 cm
7 titres + 10 vidéos + 37 titres

La publication de Mes disques virtuels s'est accompagnée de l'addition de trois nouveaux titres au catalogue de Vivonzeureux! Records : un disque inédit de Pascal Comelade, 4 rock 'n' roll hits, une compilation de raretés de Tom Waits, Trained Gods, et une rétrospective des Frères Nubuck, L'éducation musicale.
Cette compilation sort à un moment particulier du parcours des Frères Nubuck : elle permet de faire un bilan des dix premières années de leur production discographique au moment même où le groupe se métamorphose avec une nouvelle formation et un nom raccourci, Nubuck!. Un nouvel album est attendu en 2012.
L'éducation musicale est un disque virtuel, bien sûr, mais il fait partie de la collection Available, ce qui signifie que, grâce au Vieux Mad et à son écurie Sorry But Home Recording, vous pouvez le télécharger gratuitement. Une occasion unique de découvrir le meilleur groupe français de rock du XXIe siècle !
Mais ici on s'intéresse aux disques réels, c'est pourquoi j'ai ressorti de son enveloppe (il ne tient pas dans mes étagères) ce superbe objet que Le Vieux Mad a eu la gentillesse de m'offrir fin 2008.
Grâce à une subvention bienvenue, Les Frères Nubuck ont pu se lâcher pour fabriquer ce disque et réaliser leurs rêves les plus fous. Foin de CD-R gravé sous pochette plastique comme à l'habitude, ici on droit à un vrai CD pressé, emballé dans une pochette cartonnée ouvrante en forme de cercueil.
Cet "EP deluxe" était prioritairement destiné aux professionnels et aux médias. Ce n'est déjà pas facile de faire la promotion d'un album, Chaque vivant est un mort en puissance, dont les thèmes principaux sont la maladie, la mort et l'enfer, mais je ne suis pas sûr qu'envoyer aux journalistes, tourneurs et patrons de label un cercueil, même plein d'humour, a beaucoup aidé à faire progresser la cause des Nubuck !
Côté CD, on trouve sept extraits de Chaque vivant est un mort en puissance. Le premier titre, Mes maladies, donne le ton : c'est un jerk bancal et probablement la seule chanson pop-rock au monde qui croise les thèmes de la mauvaise santé et de la surpopulation des cimetières...!!!
Le disque compte au moins trois bombes pop : le morceau-titre, L'histoire du monde, qui s'interroge sur la nostalgie et l'expérience ("Je sais bien que tout reste à faire, je sais bien on ferait mieux de se taire"), Jésus t'aime, où drogue et religion se mêlent ("Marche tout droit, n'oublie pas, Jésus t'aime. A chaque seringue, change de bras, t'es une reine.") et Un tour en enfer ("J'ai au moins droit à une photo de l'enfer, que je puisse l'envoyer par la poste à ma mère, y a des chances que j'y pourrisse en enfer car j'ai pas pleuré pour la mort de Drucker").
Parmi les autres titres, on compte une valse malsaine au banjo,Du goudron et des plumes. Pour le final, avec Mon hublot, on prend de la hauteur et on quitte l'enfer et même la terre, au son du violoncelle et avec des choeurs. On ne termine pas sur une note gaie pour autant, puisque le dernier son du du disque est celui d'un électrocardiogramme qui s'aplatit, définitivement...
Une moitié d'un excellent album et une superbe pochette, c'est déjà beaucoup pour un simple EP, mais celui-ci comporte en plus une partie multimédia, et là c'est carrément la fête !
Côté vidéo, il y a un clip pour Jésus t'aime, mais aussi neuf titres inédits, sept enregistrés en direct en studio en août 2007 lors de la Goodmorning Twist session, et deux autres en public (dont L'éducation musicale, ci-dessous) à L'Auditorium de Valence en février 2008.
Côté juke-box MP3, il y a le reste de Chaque vivant est un mort en puissance, une bonne moitié de Chez les nudistes et une bonne partie de la compilation de reprises Home // Fame, sortie pour les dix ans du label Sorry But Home Recording, dont, ne cachons pas notre plaisir, celle de la chanson Le débonnaire des Frères Nubuck par votre serviteur...

Quelques exemplaires de ce magnifique disque, collector suprême, sont en vente chez Sorry But au prix cassé de 8 €, port compris. Une occasion immanquable !
La compilation virtuelle L'éducation musicale est en téléchargement gratuit chez Vivonzeureux!.



20 décembre 2011

ROBIN LEDUC : Robin Leduc



Acquis sur la braderie/brocante d'automne d'Ay le 30 octobre 2011
Réf : PROM2313 -- Edité par Tôt Ou tard en France en 2010 -- Promo only / Not for sale
Support : CD 12 cm + DVD 12 cm
5 + 1 titres

Je n'ai quasiment rien vu d'intéressant sur cette braderie-brocante qui accueillait comme à l'habitude majoritairement des vendeurs professionnels, sauf sur un stand de la place de la Mairie où le vendeur avait un carton plein de CD promos à 50 centimes, principalement des CD-R sous enveloppe plastique avec des pochettes bricolées, mais pas seulement. Quand il m'a vu intéressé, le gars est allé chercher deux autres cartons du même tonneau dans son camion, et au bout du compte j'en suis reparti avec un bon petit paquet de disques, dont des promos d'Idir, MGMT et Laura Marling, et aussi le troisième album de Ben Kweller.
J'y ai aussi trouvé bien sûr ce superbe objet promo pour Robin Leduc, dont je n'avais absolument jamais entendu parler, diffusé quelques semaines avant la sortie de son deuxième album Hors-pistes, le premier, crédité à Robin Leduc & the Pacemakers, datant de 2007. Comme il était aussi présent dans les cartons, et pour éviter d'avoir des regrets, j'ai aussi acheté l'album commercialisé Hors-pistes.
Alors que la crise du disque continue de battre son plein, que les labels sont plus ou moins en déconfiture, que les budgets de développement d'artistes plongent, il est assez fascinant de constater que certains sont encore prêts à investir autant dans un outil de promotion destiné à un public très limité de journalistes et de professionnels du spectacle.
Voyons voir ce qu'on a ici : une pochette ouvrante cartonnée au format un peu plus grand que la moyenne, des visuels couleurs pour la pochette différents de ceux de Hors-pistes, une sur-pochette en papier calque dessinée en noir, des sous-pochette cartonnées rouge pour le CD, avec cinq extraits du futur album, et le DVD qui propose un court documentaire sur l'enregistrement du disque avec un sixième titre en bande sonore.
Au moins, la musique mise en avant ici vaut le coup. Robin Leduc nous propose une pop-rock à la française et en français avec des chansons qui passent la rampe, dans un registre pas si éloigné ce celui d'Arnaud Fleurent-Didier.
Sur les titres rapides, le chant peut faire penser à M. Pour ma part, j'aurais mis en avant le 3e titre de ce CD, Ma dose de moral, plus que le tout premier Laissez-moi passer, avec sa touche jazzy. Mes idéaux et Offense me rappellent un peu les amis de Rémy Chante et du Bingo Bill Orchestra. Les deux autres titres, Mais qu'est-ce que ça peut faire, ambiance caribéenne incluse, et Je casse tout (sur le DVD) sont également très bien.
La meilleure preuve de la qualité globale de l'album Hors-pistes lui-même, c'est que deux de mes chansons préférées du disque, Pas d'inquiétude et Zuydcoote song (écrite par Red), ne font pas partie des six retenues pour ce disque promo.
Et  comme je n'avais pas encore assez bien écouté ce disque, j'ai réussi à rater le concert de Robin Leduc à La Cartonnerie en novembre dernier...




03 septembre 2011

THE JESUS AND MARY CHAIN : Psychocandy


Offert par Matthew Jones par correspondance en août 2011
Réf : EDSG 8006 -- Edité par Edsel en Angleterre en 2011 -- For promotional use only
Support : 2 x CD + DVD 12 cm
20 + 24 + 9 titres

Le label a raté de quelques mois le 25e anniversaire (cet album aura vingt-six ans en novembre prochain), mais cette méga-édition de deux CD et d'un DVD convient très bien à un album de la stature et de l'importance de Psychocandy (les autres albums de Jesus and Mary Chain , sauf peut-être Munki, vont avoir droit au même traitement, même s'ils ne sont pas tous aussi marquants).
Voilà une reconnaissance supplémentaire pour cet album considéré comme un classique des années 1980, et cela devrait satisfaire Jim Reid, qui déclarait au moment de sa sortie : "On a passé des mois à faire des remixes pour obtenir le bon résultat. Il faut que ça tienne la comparaison pendant des années. J'espère que ce sera un de ces disques comme le premier album du Velvet Underground, qui continue à  se vendre, tout le monde l'a et il est toujours dans les rayons. J'essaie de me projeter à quelque chose comme dans une vingtaine d'années.". Bingo, Jim ! Et, comme pour le Velvet, on sait que Psychocandy a influencé énormément de monde. My Bloody Valentine, évidemment, mais aussi pour n'en citer que deux les Pixies, qui ont repris Head on, et Nirvana.
En plongeant dans ma malle à souvenirs, j'ai pu fournir quelques documents au coordinateur de ce projet. Seuls deux d'entre eux se retrouvent dans le livret (l'affiche de la tournée européenne Creation Package d'octobre-novembre 1984, avec aussi The Jasmine Minks et Biff, Bang, Pow ! à l'affiche, ainsi que mon passe pour le concert de JAMC à l'université de Leeds le 27 novembre 1985, mais ça m'a valu un remerciement dans le livret et cet exemplaire de la chose.
L'impressionnant à l'écoute des quatorze titres de l'album original c'est de constater que c'est un disque sans temps mort, excellent de bout en bout. J'aurais tendance à diviser les titres en trois groupes, les lents, les bruyants bruyants et les bruyants plus pop, mais on ne va pas chipoter ou disséquer, puisqu'on aime tout : les trois singles, Just like honey, Never understand et You trip me up (avec à chaque fois un petit pincement à l'écoute de ce dernier en me souvenant que, la première fois que j'ai entendu cet enregistrement, le 15 février 1985, il filtrait à l'extérieur du bureau de Geoff Travis chez Rough Trade, où les Mary Chain et leur manager Alan McGee étaient en réunion ); My little underground, qui aurait aussi pu sortir en 45 tours, et aussi The hardest walk, Taste of Cindy et Taste the floor;  The living end et Inside me pour s'éclater; Cut dead et Sowing seeds pour se calmer un peu; Something's wrong avec sa boite à rythmes (présente sur une minorité de titres) et son chant plus travaillé, qui rétrospectivement semble annoncer Darklands.
Si les deux faces du tout premier 45 tours Upside down, reprises ici, sont imparables, il y a à boire et à manger dans les faces B des singles Blanco Y Negro. Just out of reach, que le groupe réenregistrera en 1988, est au-dessus du lot, tout comme la reprise d'Ambition de Subway Sect, deuxième dans la liste des reprises au goût impeccable de Mary Chain, après Vegetable man de Pink Floyd/Syd Barrett et avant Can, Bo Diddley et The Temptations, parmi d'autres.
On trouve sur le deuxième CD les trois sessions enregistrées par le groupe pour John Peel en 1984-1985. La plus intéressante, c'est la fameuse session "acoustique" du 29 octobre 1985, diffusée pile au moment de la sortie de l'album, que le groupe a certainement voulue aussi dépouillée pour montrer que ses chansons se tenaient sans feedback ni distortion. Cette session fournit les seules versions de Some candy talking et la chanson Psychocandy incluses dans cette édition. Les acheteurs de la version CD de l'album diffusée à partir de 1986 seront peut-être surpris de ne pas trouver ici la version single de Some candy talking, mais l'album original de 1985 (en 33 tours ou cassette) ne comptait effectivement que quatorze titres et Some candy talking, sorti en 1986, n'était qu'un ajout postérieur pour le CD. Le choix du label de le mettre plutôt sur la réédition de Darklands est logique.
L'un des intérêts de cette édition est de proposer des démos et autres titres rares ou inédits. C'est ainsi que la version démo d'Upside down que j'avais sur un maxi connait ici sa première sortie officielle, tout comme le titre multi-censuré mais musicalement sans trop d'intérêt Jesus fuck. Le morceau le plus intéressant du lot, ce serait plutôt Up too high, une démo des tous débuts du groupe (1983-1984), déjà éditée aux Etats-Unis en 2008 sur le coffret The power of negative thinking. Elle sonne très new wave, avec de forts échos de New Order, c'est à dire très différemment de tout ce qu'on connaissait de Mary Chain à cette époque. Il y a aussi deux bonnes version démos de The living end et de My little underground datées de juin 1985. Si j'en crois la cassette de cette session que j'avais repiquée chez Alan en 1985, il reste de la matière pour une prochaine édition définitive de Psychocandy (pour les cinquante ans ?), puisque trois autres démos avaient été enregistrées à cette occasion : Just like honey, You trip me up et surtout une très bonne version de Cool about you, que Sandie Shaw enregistrera (j'avais oublié ça) et que le groupe incluera sur Darklands avec un titre abrégé en About you.
Les illustrations proposées ici font la part belle à l'émeute du concert à la North London Poly le 15 mars 1985. Les quelques fois où j'ai vu les Mary Chain en concert, j'ai échappé à ces scènes de bagarres, même si les concerts étaient courts, bruyants et imbibés.
Le meilleur des cinq reste le tout premier, le 9 juin 1984 à la Living Room, où le son du groupe était saturé, distordu, mais sans feedback, ce qui fait que je n'avais pas eu besoin de l'avis d'Alan McGee, qui sautait partout en disant que c'était les nouveaux Sex Pistols, qu'il allait les signer et faire un album avec eux, pour apprécier la qualité des chansons du groupe.
Les autres fois, ces chansons étaient noyées dans le bruit. Il faut dire que, à la MJC Claudel de Reims le 3 novembre 1984, j'ai beau avoir organisé le concert, je n'ai fait qu'entendre les Mary Chain sans les voir car, le temps risquant de manquer, j'étais à l'étage en train d'interviewer Alan pour mon émission de radio.
Les concerts des 26 et 27 novembre 1985 à l'Hacienda de Manchester et à Leeds m'ont surtout marqué parce que j'accompagnais le groupe et parce que Felt et les Shop Assistants étaient de la partie.
Le concert du 6 mars 1985 aux Bains Douches, haut lieu de la branchitude parisienne à l'époque, était justement typiquement parisien. Les gens ont payé 90 ou 100 Francs pour l'habituel concert très court. Je pensais que pour ce prix ils pourraient profiter de la soirée entière en discothèque, mais non, tout le monde a été mis dehors après le concert, avant que la boite ne ré-ouvre. Mon meilleur souvenir reste le moment, dans les loges ou sur scène après le concert, quand le groupe a entonné comme une ritournelle "JC Brouchard, Brouchard JC" sur l'air du carillon de Big Ben !

03 octobre 2010

KILL THE YOUNG : Kill the young


Acquis chez Noz à Dizy le 17 septembre 2010
Réf : 6131332 -- Edité par Discograph en France en 2006
Support : CD 12 cm + DVD 12 cm
15 + 3 titres

La première fois que j'ai vu cette pochette (dans la version originale avec le rose et le vert inversés par rapport à celle-ci), c'était il y a quelques mois sur le t-shirt d'un collègue au boulot. Je l'ai trouvée suffisamment marquante, avec ce pauvre 33 tours martyrisé par la cigarette d'une vieille peau, pour aller chercher des infos sur le groupe.
Du coup, quand je suis tombé chez Noz sur la discographie album complète de Kill The Young parmi un lot de CD de chez Discograph bradés à 1,95 €, visiblement passé par les rayons d'une FNAC, j'y ai prêté une attention particulière. Il y avait là l'édition originale du premier album, le deuxième album et un lot associant les deux sous une pochette cartonnée, mais mon choix s'est arrêté sur cette réédition du premier album, parue à temps pour Noël un an après l'édition originale, qui comporte quatre titres audio et un DVD en bonus.
Je ne sais pas comment les trois frères Gorman, originaires de la région de Manchester, ont rencontré les responsables du label français Discograph, mais ce premier album d'un groupe anglais est bien une production française de niveau international. L'enregistrement s'est fait en France et en Angleterre avec dans le siège du producteur Dimitri Tikovoï, un français installé à Londres (c'est peut-être lui le lien...) et des grands noms au mixage avec l'anglais Flood et à la masterisation avec l'américain Howie Weinberg. En tout cas, cette conjonction explique sûrement pourquoi le groupe a eu du succès particulièrement en France, plus que chez eux en Angleterre il me semble.
L'intro du premier titre, Follow, follow, avec sa guitare cisaillante façon Gang of Four, s'avère au bout du compte être l'un de mes moments préférés du disque. J'ai malheureusement assez vite déchanté avec la suite de la chanson, notamment à cause du chant assez quelconque et trop poppy.
Je relève deux gros lot d'influences à l'écoute de l'album. Les eighties, donc, avec la partie de guitare façon New Order/Cure du premier single Origin of illness ou le chant à la Smiths de Fragile, mais le socle de la musique du groupe c'est bel et le bien le grunge des années 90 (logique, vu leur âge), comme le montre particulièrement No heroes. Quand les éléments sont bien en place, notamment le chant, on obtient un pop-rock-grunge light de bonne facture, avec Addiction et All the world notamment, mais le reproche que j'ai à faire à cet album c'est qu'il est trop polissé, trop propre. Chaque élément semble contrôlé et même quand les guitares deviennent bruyantes, on a l'impression que le niveau sonore ne s'élève pas d'un iota tant la production et le mixage égalisent le tout.
Au bout du compte, alors qu'il s'agit du premier album d'un groupe nommé Tuez Les Jeunes, on a l'impression que ce sont les membres du groupe eux-mêmes qui sont trop sages et vieux avant l'heure. On est plus proche ici de Kyo que de Nirvana...
Le DVD propose les deux clips du groupe et un (long) documentaire sur le groupe en tournée, au cours duquel on les voit composer Panic attack, l'un des bons titres proposés en bonus du CD. Girls just want to have fun de Cindy Lauper en reprise acoustique est un choix décalé qui ne pouvait que faire mouche.




La pochette de l'édition originale de l'album.

24 janvier 2010

DEVO 2.0 : Dev2.0


Acquis par correspondance via Amazon aux Etats-Unis en janvier 2008
Réf : 61442-7 -- Edité par Disney Sound aux Etats-Unis en 2006
Support : CD 12 cm + DVD 12 cm
12 titres + 9 titres

Ça aurait pu être un coup de génie, un chef d'oeuvre de l'entrisme situationniste (si tant est que ça existe...) : Devo, les tenants de la dé-évolution qui réussissent à vendre à Disney, entreprise reine par excellence du conservatisme, le concept d'une version rajeunie de Devo, recrutée après un casting serrée, chargée de réinterpréter les classiques du groupe pour toucher la génération ado des années 2000.
Ça aurait pu être génial, oui, à la seule condition que, l'idée une fois réalisée, Devo 2.0 ait réussi à faire entrer ne serait-ce qu'un soupçon de subversion chez Disney. Mais non, c'est juste un groupe d'ados préfabriqué interprétant des chansons de Devo aux paroles soigneusement rabotées pour que rien ne dépasse, même pas le "Pour vous, pas pour moi" à la fin de Beautiful world. L'un des deux titres précédemment inédits était à l'origine une chanson de Jihad Jerry, le projet du bassiste Gerald Casale, mais les paroles anti-Bush sont bien sûr passées à la trappe.
Finalement, ce n'est pas très surprenant. Ca fait bien longtemps il me semble que l'esprit de subversion qui animait Devo à ses débuts a disparu. Leur côté décalé et parodique n'est plus que le fond de commerce d'un groupe typiquement américain, comme le montrent les DVD live enregistrés depuis leur reformation (Devo tourne régulièrement depuis 1995. Un nouvel album, leur premier depuis 1990, est même annoncé pour cette année : je n'attends pas après).
Au bout du compte, ce qu'on a avec ce disque de Devo 2.0, c'est un réenregistrement de titres de Devo du début des années 80 (à part  les deux inédits, il y a une seule chanson, Uncontrollable urge, du premier album), joué ou pas par les jeunes eux-mêmes (en fait, il est précisé dans cet article du San Francisco Chronicle que, pour des "raisons budgétaires", c'est bien Devo qui joue sur ce disque), c'est pas le problème, mais chanté en tout cas par eux.
L'intérêt principal que j'y trouve, c'est dans la sélection des titres, qui, outre trois extraits du classique reconnu Freedom of choice, nous en propose trois aussi chacun des deux albums suivants, New traditionnalists et Oh, no ! It's Devo, qui sont loin d'être parfaits mais qui comptent toute une série de perles pop synthétiques, qu'on retrouve presque toutes ici à l'exception notable de Going under et surtout de Time out for fun, qui aurait pourtant convenu parfaitement dans ce contexte.
Le DVD nous propose neuf clips enregistrés avec le groupe, auxquels on pourra préférer les versions avec animations seules, qui permettent d'écouter les versions instrumentales des titres du CD, proches des versions originales, mais bénéficiant de vingt ans d'améliorations techniques. On a droit aussi à un reportage sur l'enregistrement et à une séance d'interviews incongrues qui voient Mark Mothersbaugh et Gerald Casale répondre aux questions de deux des membres de Devo 2.0, loin d'être nés quand Smooth noodle maps est paru en 1990.

PS :  En 1990, Devo avait plus ou moins déjà tenté le même coup, en produisant le disque des Visiting Kids, qui comprenait plusieurs de leurs enfants. C'était un disque indépendant, sorti en France chez New Rose, mais là non plus le résultat ne m'avait pas vraiment convaincu.

Re-PS : Même si le disque est loin d'être essentiel, je peste quand même contre Disney qui proposait un titre bonus (Girl U want, sur le CD on a droit à Boy U want) accessible en ligne en utilisant la piste multimédia du CD. Je n'ai pas pensé à essayer d'y accéder il y a deux ans quand j'ai acheté ce disque, et aujourd'hui le site n'existe plus !

20 décembre 2008

WIRE : Wire on the box : 1979


Acquis par correspondance chez Posteverything en Angleterre en novembre 2004
Réf : PF7TV -- Edité par Pink Flag en Angleterre en 2004
Support : DVD 12 cm & CD 12 cm
20 titres + 1 interview

J'avais décidé que je me méritais bien de m'offrir un cadeau et mon choix s'était porté sur ce Wire on the box, un document d'archive édité par Wire sur son propre label. Il faut dire que j'aime bien cette idée d'associer un DVD musical avec le CD de sa bande sonore et puis, je n'ai jamais vu Wire en concert et, même si ma première rencontre avec un souvenir live du groupe, le désastreux Document & eyewitness enregistré en 1980 lors du dernier concert de leur première période, m'a laissé un goût amer, j'espérais bien que ce concert enregistré le 14 février 1979, pile entre les sorties de Chairs missing et de 154, mes deux albums préférés de Wire, serait beaucoup plus intéressant.
Et je n'ai pas été déçu. Déjà, il y les images, enregistrées pour l'émission Rockpalast en Allemagne, une émission qu'on connait en France parce qu'Antoine de Caunes en a rediffusé quelques éditions au début des années 80 dans Chorus (je ne pense pas que ce concert de Wire en ait fait partie).
Après une courte introduction par le présentateur, Wire attaque Another the letter, un titre qui, comme dans la version studio, est terminé au bout d'une minute, ce qui laisse un instant le public interloqué avant qu'il se mette à applaudir, mais ce qui est suffisant pour que je me sois rendu compte d'une chose : je n'avais jamais auparavant vu Wire en action ! Certes, j'ai vu des photos de Wire, dans des magazines ou des livres mais pas en gros plan au recto des pochettes de disque, ce n'est pas le genre de la maison, mais là, voir le groupe filmé sur la durée c'est tout autre chose, et c'est suffisant pour en savoir tout de suite beaucoup plus sur l'apparence et la personnalité des membres du groupe, qui sont très contrastées.
Les deux musiciens le plus en avant sont les deux vocalistes. Le chanteur principal et guitariste Colin Newman, en chemise blanche et cravate stricte, une tenue qui pourrait définir le stéréotype du jeune homme chic de la new wave, sauf que, comme j'imagine pour Ian Curtis ou Philippe Pascal, cette tenue ne suffit pas à contenir l'énergie et les émotions du chanteur, loin d'être un frêle intellectuel, dont les veines saillent du cou solide lorsqu'il chante.
Graham Lewis, le bassiste et chanteur, je n'avais aucune idée de son apparence physique. Avec sa combinaison design et son côté brun ténébreux, il aurait pu être la "rock star" du groupe. Je n'imaginais pas non plus son importance dans le groupe en tant que chanteur : à deux voix avec Colin Newman c'est souvent très efficace, comme sur Practice makes perfect et Being sucked in again par exemple, et surtout, il a fallu ce DVD pour que je découvre que Blessed state, un de mes titres préférés de 154, était chanté par Lewis et non pas par Newman !
Le guitariste Bruce Gilbert semble être la discrétion même. Habillé en noir, abrité près de son ampli, caché derrière les deux autres, cela ne l'empêche pas de sortir des sons aussi impeccables qu'improbables de sa guitare ni d'être le seul auteur — paroles et musiques — de certaines des chansons interprétées.
Le batteur Robert Gotobed pourrait être une caricature de batteur : grand, sportif, son look tranche avec celui, assez strict de ses compères : au bout de dix minutes il quitte son tee-shirt gris informe pour jouer torse nu. En-dessous, il est en pantalon de survêtement recouvert d'un short ! Sauf qu'on s'attendrait à ce qu'il soit extraverti, ce qui ne semble pas du tout le cas : au cours de l'interview qui suit le concert, le présentateur, dont c'est au moins la seconde interview du groupe, se moque gentiment de lui en lui posant directement une question, vu que c'est apparemment le seul moyen de lui arracher quelques mots.
Wire enchaîne 19 titres en moins d'une heure, en se contentant la plupart du temps d'annoncer au public le titre du morceau qui va suivre. Au moment où ils remontent sur scène pour jouer un rappel, un spectateur commet la faute de goût de réclamer I am the fly, ce à quoi répond assez froidement "We don't play requests", et le groupe enchaîne alors sur Pink flag, le morceau-titre de leur premier album et le seul extrait qu'ils ont joué ce soir-là de ce "vieil" album sorti quinze mois plus tôt ! Le reste des titres se répartit à part à peu près égales entre extraits de Chairs missing, sorti six mois plus tôt (on apprend dans l'interview que c'est la première fois ce soir-là qu'ils interprètent sur scène l'excellent Heartbeat) et titres alors inédits, pour la plupart déjà enregistrées comme démos le 14 décembre 1978 (éditées sur Behind the curtain) et sortis dans les mois suivants sur le single A question of degree et sur 154.
Au bout du compte, le CD de Wire on the box est un album live d'excellente facture et le DVD, la seule apparition télévisée vraiment conséquente du Wire de l'époque qui subsiste, un document d'archive inestimable, notamment pour les fans français du groupe qui n'ont quasiment pas eu l'occasion de les voir en action : si on en croit la gigographie disponible sur leur site, le seul concert français du Wire première époque a eu lieu un mois après celui-ci, le 11 mars 1979 à Paris, dans le cadre d'une tournée en première partie de Roxy Music !

Ce disque est en vente chez Pink Flag.

10 novembre 2007

IGNATUS : Les p'tits chiens


Acquis chez Parallèles/Gilda à Paris le 24 octobre 2007
Réf : 10 828 - EDV 17 -- Edité par Ignatub/Atmosphériques en France en 2005 -- For promotion use only - Not for sale
Support : dvd 12 cm
Titre : Les p'tits chiens

Je suis allé voir Ignatus en concert le 24 avril 2004 à la Salle Paul Fort de Nantes sans l'avoir vraiment cherché. C'est pour les Nits que j'étais présent ce soir-là et je n'attendais rien de particulier de la prestation d'Ignatus : je n'avais suivi le parcours des Objets que de loin en loin et je ne connaissais rien de ses albums solo, dont le troisième, Cœur de bœuf dans un corps de nouille, est sorti cette même année 2004.
Si le concert des Nits a été sympa ce soir-là, bien qu'un peu convenu, celui d'Ignatus a été une très bonne surprise. Tout seul, il a tenu la scène et emballé le public avec un spectacle très drôle, grâce notamment à quelques accessoires comme les lampes synchronisées autour de son synthé, qu'il appelle des poupées de Noël, et la veste musicale à capteurs qu'il a fait endosser à un membre du public.
Il a dû jouer Les p'tits chiens ce soir-là, puisque cette chanson figure sur Cœur de bœuf dans un corps de nouille. Il y a du beau monde sur cet enregistrement : les paroles sont de Jacques Duvall (Lio), les arrangements de Joseph Racaille et Matthieu Ballet (Miossec) est à la production, pour une chanson à l'humour canin très noir.
J'étais bien content de tomber sur ce petit DVD promo chez Gilda. Il a été diffusé pour faire la promo du clip réalisé par Olivier Martin pour ce titre, un clip qui a été très remarqué. Comme il s'agit d'animation animalière, on pense à Wallace et Gromit, mais l'atmosphère de boucherie glauque est proche de celle de Delicatessen.
Dans le clip, j'aime particulièrement le moment où les deux gendarmes et le curé esquissent une chorégraphie typique de clip, juste avant que le boucher n'attaque la partie violon au couteau.
Vous pouvez choisir votre moment préféré du clip en le regardant sur le site d'Ignatus, et en plus vous bénéficierez des explications techniques sur le tournage.

27 octobre 2007

FELT : A declaration


Acquis par correspondance en Angleterre en 2003
Réf : CRDVD25 -- Edité par Cherry Red en Angleterre en 2003
Support : dvd 12 cm
10 titres

Ce DVD a une grande qualité : c'est un document d'archive à peu près unique, parait-il le seul concert de Felt entièrement filmé dont un enregistrement ait survécu.
Malheureusement, il a aussi les défauts de certains documents anciens, le son est saturé et l'image pas très bonne. Cela n'est probablement pas dû à une mauvaise conservation du film original, mais plutôt au fait qu'au départ toute l'affaire a dû se monter sans aucun budget, probablement en vue de fabriquer le clip de Stained glass window in the sky fourni ici en bonus.
Donc, si la pochette du DVD est assez réussie, dans la lignée de celle de Poem of the river, le son n'est vraiment pas génial (je doute qu'il y ait eu un gros travail de remastérisation) et le tout n'est filmé qu'avec une seule caméra, qui du coup bouge beaucoup et zoome souvent d'avant en arrière. En plus, pendant une grande partie du concert, un mec en casquette, avec une caméra Super 8 n'arrête pas de venir sur la scène ou de la traverser, et c'est assez pénible (en voyant le bonus, on comprend qu'il tourne des images complémentaires pour le clip).
Du coup, on ne rentre vraiment dans le concert que quand le gars se calme et que Felt se lance dans la longue partie instrumentale de Riding on the equator.
Ce court concert est annoncé comme complet, avec seulement neuf titres, mais on se doute bien que, si Lawrence rejoint le groupe à la fin du dernier morceau, et unique rappel, c'est bien pour en jouer au moins un autre. En tout cas, ce rappel, une version instrumentale d'Ame câline de Polnareff, popularisée dans les pays anglo-saxons en 1968 dans une version easy listening due à Raymond Lefèvre et son Orchestre sous le titre Soul coaxing, et l'excellent When the dawn starts creeping in, prévu à l'origine pour figurer sur Poem of the river, sont deux titres que Felt n'a sorti sur aucun disque et qui ajoutent de la valeur à ce film.
Ce concert a été enregistré à l'University of London Union en février 1987. C'était probablement un concert en tête d'affiche, dans une salle relativement grande pour Felt. One st loin de leurs concerts dans des pubs ou des petits clubs, mais l'effet sonore et visuel n'a rien à voir avec la claque que je devais prendre quelques jours plus tard lors du concert de Felt à l'Ancienne Belgique de Bruxelles. Quand même, ce DVD immortalise une période intéressante de Felt en live, quand ils utilisaient les diapos à huile psychédéliques de Roger Cowell et les photos de Sandy Fleming, et surtout il permet de se souvenir de ou de découvrir Felt sur scène. Autrement dit, une musique très belle et très élaborée, fabriquée sans frime, et un groupe qui communique peu avec le public : Gary Ainge ne regarde que sa batterie, Marco Thomas laisse sa guitare prendre le peu de lumière qui lui est accordé, Martin Duffy a gardé son manteau de cuir, comme s'il était pressé de partir après le concert. Seuls Phil King et Lawrence bougent un peu. Phil King, avec sa basse, ses cheveux longs et son pantalon de cuir, a une aura de star. Lawrence, en chemisette, se cache derrière sa frange et mâche son chewing-gum en ne donnant pas vraiment l'impression d'avoir envie d'être là...

Je savais que j'avais vu Felt en concert à Londres dans un bâtiment universitaire. Avant de savoir que le DVD datait de février j'étais tout de suite allé vérifier si c'était à l'ULU que je les avais vus. Non, en fait, c'est à peine deux mois plus tard et dans des conditions très similaires, que j'avais vu Felt au King's College, le 24 avril 1987.
La veille, avec Philippe R., nous avions choisi d'aller voir Julian Cope plutôt que Felt, qui se produisait sous le nom des Scarlet Servants dans un pub pour un concert d'échauffement, avec Momus en première partie.
Dans l'après-midi, dans une scène qui aurait pu nous faire croire que Londres est une toute petite ville, nous étions montés avec Philippe au deuxième étage du Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate, l'étage des collectors. Il n'y avait qu'un seul client dans la boutique à notre arrivée, Lawrence (!), dans une superbe chemise colorée, plongé dans le rayon des disques années 60 de Françoise Hardy...! Le lendemain, nous devions tomber sur Dan Treacy, attablé dans un pub de Dalston pour voir le groupe qui faisait la première partie des Jasmine Minks !
Le soir du 24, toute la bande des copains de Creation était présente, dans les coulisses ou dans le public, pour ce grand concert avec trois groupes dans une grande salle londonienne.
Le premier groupe était complètement inconnu. Ils n'ont guère joué plus d'une quinzaine de minutes mais ils m'ont complètement scotché, grâce notamment à leurs trois guitares qui s'entremêlaient. Quelques jours plus tard, Philippe et moi quittions Londres avec chacun un exemplaire du premier maxi de ce groupe, sur le point de sortir chez Creation. Le dique s'appelait Shine on et le groupe The House of Love...
Les Wishing Stones leur ont succédé sur scène. Le groupe de Bill Prince poursuivait dans la lignée de The Loft, avec cependant des compositions moins fortes que celles de Peter Astor. Je crois que c'est cette fois-là aussi que suis reparti de Londres avec leur maxi New ways, offert par Jeff Barrett.
J'ai un meilleur souvenir du concert de Felt ce 24 avril que ce que je vois dans A declaration, même si mon souvenir le plus fort reste le concert de Bruxelles. Globalement, ça a dû être très proche de ce que l'on voit sur le DVD, mais avec un bien meilleur son, une meilleure image, et un choix de titres un peu différent. Il y a même eu un moment magique pendant Primitive painters, leur chef d'oeuvre hypnotique qui a clôt leur concert ce soir-là. Je m'étais un peu déplacé sur le côté de la scène, près d'une grande verrière et à un moment j'ai tourné la tête pour découvrir une lune énorme qui éclairait la City : la ville à l'extérieur semblait comme en communion avec Felt et son light-show à l'intérieur. Ou, pour citer Primitive painters, à ce moment précis la vie pouvait sembler aussi étrange qu'un complot...

A lire, Felt, beautiful losers, un historique du groupe récent, très complet et en français.

21 octobre 2007

PASCAL COMELADE : Mètode de rocanrol


Offert par Because Music par correspondance en octobre 2007
Réf : Because0172 -- Edité par Because Music en France en 2007 -- Promo use only -- Not for sale
Support : CD + DVD
14 + 1 titres audio + interview filmée

Ce n'est pas complètement un hasard si je parle de ce disque juste après celui de Georges Jouvin. Certes, je n'avais absolument pas prévu de recevoir le Jouvin cette semaine, mais j'avais fait dès 2004 un lien entre les deux en intitulant la conclusion de Tu m'as trompette mon amour Pascal Comelade et le trompettiste. J'y évoquais notamment un concert de Pascal Comelade à Nantes où il était accompagné par le trompettiste Roy Paci. Dans l'excellente interview filmée qui figure dans l'édition illustrée promo jointe à cet album (interview visible également en ligne sur Dailymotion), Comelade, après avoir écarté tout un lot d'hypothèses quant à son éventuelle filiation musicale, finit par conclure : "Je suis quelque chose comme le fils maudit et imprésentable des grands orchestres des années 60 comme Caravelli, Paul Mauriat, Georges Jouvin, qui produisaient énormément d'albums, qui sortaient les grands succès de l'année avec cent mille violons, avec la trompette d'or etc.". En fait, musicalement, Pascal Comelade me semble plus proche d'Emil Stern et son Piano Magique !
J'attends de pied ferme le premier qui chroniquera ce disque (qui sort le 5 novembre) en claironnant le retour de Pascal Comelade cinq ans après son précédent album studio Psicotic music'hall. Certes, depuis la fin de son contrat avec Delabel, c'est le premier de ses disques à être largement distribué sur le territoire français, à l'exception quand même notable de la bande originale du film Espace détente, la version cinéma de Caméra café, et, vu su son succès, ce film a dû contribuer à populariser sa musique dans de nombreux foyers, prenant ainsi le relais des nombreux documentaires et autres émissions télé qui utilisent ses disques comme habillage sonore (pendant des années, l'agenda des manifestations de France 3 Champagne-Ardenne nous faisait écouter chaque jour en fond sa reprise d'Egyptian reggae de Jonathan Richman), mais pour moi qui me suis lancé dans l'aventure impossible de compiler au fil du temps une discographie de Pascal Comelade depuis 2000, j'en arrive à la conclusion que Mètode de rocanrol est le seizième disque qu'il édite depuis Psicotic music'hall !
Dans le lot, il y a des albums, courts (Musica pop) ou longs (Espontex sinfonia), des compilations, des bandes de films, un livre-cd-catalogue d'exposition, des CDs fournis avec des magazines, un coffret des disques en collaboration (Enric Cassassès, Luis Llach, Alex Barbier), des éditions hyper limitées liées à des manifestations,...
Avec tout ça, il n'est pas étonnant que cet album, quelques mois après la publication de Monofonicorama, une compilation des années 1995-2002, permette lui aussi aux français de tenter de rattraper le temps perdu. Ainsi, la superbe photo de pochette de 1968, The static electric effect of Minnie Mouse on Mickey Mouse balloons, offerte par son auteur Les Krims, est déjà apparue dans le livret de La filosofia del plat combinat en 2004 et au dos de la pochette de Stranger in paradigm, un 25 cm en édition limitée édité par le Festival Musique Action de Vandoeuvre en 2006. Le titre de ce 25 cm est également attribué au morceau, précédemment inédit, qui ouvre cet album.
On trouve également dans Mètode de rocanrol une nouvelle version de Il luna-park galactico, un titre qui figurait sur l'édition espagnole de Psicotic music'hall ainsi qu'une sélection de trois des moments forts d'Espontex sinfonia, l'album sorti en 2006 en Espagne. Si mon oreille ne me trompe pas (cette édition promo ne comprend pas de livret), les versions de ces trois titres très différents l'un de l'autre sont les mêmes : l'excellent Barman de Satan, avec Pep Pascual aux instruments inventifs et à vent, Com un rossinyol amb mal de queixal (Comme un rossignol qui aurait mal aux dents, une instruction de jeu d'Erik Satie pour un titre composé pour Psitt !! Psitt !!, un spectacle chorégraphique de Cesc Gelabert) et The halucinogenic espontex sinfonia, une sorte de boléro interprétée par la Cobla Mil-Lenària, une cobla étant un orchestre d'harmonie catalan (on ne peut souhaiter à Comelade que d'avoir avec ce titre ne serait-ce qu'1% du succès de Ravel avec son boléro !).
Les dix titres entièrement nouveaux sont représentatifs de l'éventail des ambiances musicales travaillées par Pascal Comelade au fil des années : musiques populaires, rock'n'roll, flonflons de fête populaire déjantés, musiques de film (la matrice étant peut-être la musique de Franck Barcellini pour Mon oncle de Jacques Tati).
Parmi ceux-ci, après les premières écoutes, mes préférés sont Jopo de pojo not dead (probablement en référence au héros de BD de Joost Swarte), The indian of the group (probablement en référence au membre des Mothers of Invention Jimmy Carl Black), sauf que j'ai l'impression que la mélodie de cette chanson m'en rappelle une autre et ça m'énerve de ne pas réussir à l'identifier, Elvis loved dogs, le titre au son le plus proche de Psicotic music'hall, qui cite le riff de You really got me à la fin et le très beau Noia de porcellana.
En plus de sortir des disques à tout va, Pascal Comelade participe à des projets divers et variés, de chaque côté des Pyrénées : musiques de spectacles, concerts sur des places de village, vernissages d'exposition, concerts hommages à un autre musicien, collaborations aussi variées que ponctuelles... Même en suivant de près l'actualité, même avec des alertes sur les sites de presse français et espagnols, Pascal Comelade reste la plupart du temps quasiment insaisissable. Par exemple, en septembre 2006, il accompagnait au piano une chorale d'enfant qui interprétait Els segadors, l'hymne catalan, pour une cérémonie officielle nationale. Apparemment, il aurait décidé de jouer tous les hymnes nationaux de tous les pays chaque jour de fête nationale en direct et en public accompagné chaque fois par une chorale en costume ! Personnellement, je ferai tout pour être présent dans la capitale du pays le jour où il interprétera en direct l'hymne national de la Syldavie, un pays méconnu auquel il a consacré en 1993 un album entier, Danses et chants de Syldavie.