26 décembre 2020

THE MASKED MARAUDERS : Cow pie


Acquis à la Bourse BD Disques d’Épernay le 8 mars 2020
Réf : RV.20233 -- Édité par Reprise en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Cow pie -/- I can't get no nookie

Ce disque fait partie de ceux que j'ai achetés à ma seule bourse aux disques de l'année, juste avant le confinement de printemps, le même jour que le Monguito Santamaria et au même stand et au même prix d'un euro les trois que le Small Faces.
Le mois dernier, avec sa chronique dominicale Face A, Face B pour Les Jours, Sophian Fanen m'a rappelé que j'avais mis ce disque de côté pour le chroniquer. Et il me semble tout à fait approprié de terminer cette année 2020 avec un groupe fantôme dénommé Les Maraudeurs Masqués !

Pour ma part je n'en avais jamais entendu parler, mais l'histoire de The Masked Marauders est bien connue. C'est celle d'un super-super-groupe inventé de toutes pièces par Greil Marcus (sous le pseudonyme de T.M. Christian), dont la chronique d'un disque fictif a été publiée dans Rolling Stone le 18 octobre 1969.
Et il a fait fort le bougre, puisqu'il dévoile carrément en mode affirmatif la composition supposée du groupe mystérieux : "the unmistakable vocals make it clear that this is indeed what it appears to be: John Lennon, Mick Jagger, Paul McCartney and Bob Dylan, backed by George Harrison and a drummer as yet unnamed — the “Masked Maurauders.”"
Et il désigne aussi les auteurs de certains des titres, dont les deux faces de mon 45 tours :
"After the listener has recovered from this string of masterpieces, side four opens with a special treat, two songs written especially for this session: Dylan’s “Cow Pie,” which is very reminiscent of Billy Ed Wheeler’s “The Interstate is Coming Through My Outhouse,” and Mick Jagger’s new instant classic, “I Can’t Get No Nookie.”"

Jusque-là, on est sur un plan similaire à mon label de disques virtuels, dont la plupart des parutions sont imaginaires. Sauf que là c'est allé plus loin : la version officielle de l'histoire dit que les réactions
à la publication de la chronique ont été telles que cela a donné l'idée à Greil Marcus et à son comparse de Rolling Stone Langdon Winnner de réaliser un véritable enregistrement des supposés Masked Marauders, avec un groupe de Berkeley, The Cleanliness and Godliness Skiffle, et un imitateur de Mick Jagger et Bob Dylan, Brian Vorhees. Ensuite, un contrat a été signé avec Reprise, qui a sorti l'album sur une filiale créée pour l'occasion, Deity. Le disque s'est pas mal vendu (100 000 exemplaires aux États-Unis) et a été édité dans plusieurs autres pays, dont la France.
Cette histoire est bien belle, mais elle est en partie fausse. Comme Langdon Winner l'explique lui-même (en se contredisant après avoir raconté l'histoire officielle), trois des neuf titres de l'album (Cow pie, I can't get no nookie et Duke of Earl) ont été enregistrés en septembre 1969, c'est à dire avant la publication de la chronique. Ce sont ces titres qu'il a passés dans son émission de radio sur KMPX au moment de la publication de la chronique. Certes, au départ ils n'avaient peut-être pas eu dans l'idée d'aller jusqu'à la publication d'un disque, puisque c'est effectivement quelques temps plus tard que l'album a été complété par une deuxième session, mais des enregistrements existaient bien avant la publication de la chronique.
De nombreuses personnes ont décelé la blague tout de suite, mais d'autres ont marché. Le
13 décembre 1969, Rolling Stone a mis fin à la plaisanterie en publiant une actualité intitulée Masked marauders expose themselves.
N'empêche, tout le monde n'a pas été mis au courant tout de suite et, la machine étant lancée, Reprise a continué à exploiter le filon pendant quelques temps.
Les notes de pochette du 45 tours français résument en quelques lignes la chronique de Marcus et poussent le bouchon jusqu'à évoquer la rumeur de la mort de Paul McCartney, qui s'est développée à ce moment-là et qui a contribué à aiguiser l'intérêt pour The Masked Marauders.

Et la musique dans tout ça ? Cow pie est un instrumental censé faire écho au Country pie de l'album Nashville skyline de Dylan. C'est sympathique, mais sans plus. Par contre,
I can't get no nookie est un pastiche des Stones de l'époque, complet avec un rot sonore en introduction, que je trouve réussi et que je continue d'apprécier même après quelques écoutes.

Reste une dernière et grande question : les maraudeurs masqués qui hantent nos cités ces temps-ci respectent-ils le couvre-feu ?


Un extrait de l'émission Rock center with Brian Williams du 5 avril 2013, avec la participation de Greil Marcus et Langdon Winner.

19 décembre 2020

ZEN ZILA : Chérie Madame


Acquis chez Gilda à Paris le 10 décembre 2020
Réf : NV 3317-5 -- Édité par Naïve / Evalouna en France en 2000 -- Échantillon promotionnel interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Chérie Madame (Groove mix) -- Chérie Madame (Zen Zila mix) -- Chérie Madame (Album version)

Je suis passé rapidement à Paris pour le boulot et j'ai eu le temps de faire un tour chez Gilda, qui avait pu rouvrir quelques jours plus tôt. Comme d'habitude, j'y ai trouvé une poignée de CD et de 45 tours soldés.
J'ai eu un coup au cœur quand je suis tombé sur ce CD promo de Zen Zila. Il y a encore deux ans, ce titre Chérie Madame ne m'aurait rien dit du tout, mais là j'ai cru qu'il s'agissait d'une reprise de l'excellente chanson de Mazouni, que j'ai chroniquée il y a presque pile un an. Ce n'est pas le cas puisqu'il s'agit d'une chanson originale de Zen Zila, mais il parait évident que le choix du titre est en référence à cette première chanson. La chanson de Mazouni est excellente et tordante, mais celle-ci est très bien aussi.

Avec Zen Zila, il s'est passé pour moi la même chose qu'avec tous les groupes avec un nom en "deer" ou en "dear" qui sont apparus au même moment : ne les connaissant pas bien, j'ai tendance à les confondre. Là, c'est avec Zenzile quen j'ai tendance à confondre, le groupe de dub originaire d'Angers, dont le premier album est sorti à un an d'écart environ avec Le mélange sans appel, le premier de Zen Zila, dont ce single est extrait.
Avec un groupe originaire de la métropole lyonnaise aux racines françaises et algériennes, on ne peut que faire un rapprochement avec Carte de séjour et Rachid Taha. Plus près de chez moi, et avec un CD que j'ai acheté cette année également, il y a des points communs avec Nouraï.

Ce disque promo, avec une belle pochette signée Batmanu (je mets en lien vers ce site car je pense que c'est la même personne, mais je n'en suis pas certain), vise à faciliter les passages en radio de Chérie Madame, chantée comme la plupart des chansons du groupe en français et en arabe. Outre la version de l'album, on trouve un Groove mix assez réussi puisque la chanson n'est pas trop maltraitée par l'ajout d'un gros son de basse et de rythmes plus appuyés. Il y a aussi un Zenzila mix en version française uniquement. Comme il n'y a pas eu d'édition du single commercialisée en parallèle, ces deux titres sont vraiment restés "hors commerce".
Cette histoire d'amour contrarié ("Mohamed et Juliette c'est pas fini...") est une réussite. Le groupe en a enregistré en 2014 une nouvelle version sur son sixième album Welcome / Marhaba, et on trouve en ligne une version en public.

Le groupe n'a pas sorti de disque depuis 2014 mais en 2016 il a réalisé et fait la musique d'un documentaire Chaâba, du bled au bidonville.

Les occasions de chiner des disques demeurent rares ces temps-ci, mais tant que je ferai de-ci de-là des trouvailles aussi sympathiques je ne serai pas frustré.

A écouter :
Zen Zila : Chérie Madame (Groove mix)
Zen Zila : Chérie Madame (Zenzila mix)




12 décembre 2020

LATA MANGESHKAR : Mangala fille des Indes vol. 10


Acquis chez Récup'R à Dizy le 1er décembre 2020
Réf : 2C 016-80.370 M -- Édité par La Voix de Son Maître en France vers la fin des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Rang berangi -- Jiya le gayo -/- Mujhe mil gaya bahana -- Ban wari

Pour ma première visite à la ressourcerie après le confinement d'automne, j'espérais bien sûr faire tout un tas de découvertes, mais en fait le stock de disques avait été très peu renouvelé. J'ai juste à un moment aperçu quelques 45 tours qui avaient été glissés le long des autres dans une boite. J'ai sorti celui-ci pour voir à quoi correspondait cette pochette très colorée et j'ai tout de suite compris qu'il s'agissait de musiques de films indiens.

D'un manière générale, j'apprécie la musique indienne, mais c'est un pan de la production musicale que j'ai très peu exploré. Dans les faits, je ne connais rien aux films de Bollywood ni à leur musique. J'aurais pu citer le nom d'Asha Bhosle, mais c'est uniquement à cause du Brimful of Asha de Cornershop.
Il se trouve que les quatre titres de cet EP sont chantés par la grande sœur d'Asha Boshle, Lata Mangeshkar, qui est tout autant renommée. Née en 1929, elle a été désignée en 1974 par livre Guinness des records comme la chanteuse ayant fait le plus grand nombre d'enregistrements (cela est sujet à controverse et, depuis 1991, Guinness attribue ce titre à... Asha Boshle !).

Chez Pathé, je connais les centaines de 45 tours de musique d'Afrique édités en France avec des pochettes interchangeables et sûrement destinés à des marchés hors métropole, mais je ne connaissais pas du tout cette petite série débutée en 1958, avec des parutions échelonnées jusqu'au volume 5 vers 1968, puis visiblement un rythme beaucoup plus soutenu à partir du volume 6. Il y a eu au moins 14 volumes, et mon exemplaire du volume 10 est une réédition, puisque le dos du volume 14 indique que sa référence d'origine était EGF 1038. Pour le coup, je ne sais du tout à quel public ces disques étaient destinés. En tout cas, je ne pense pas que ces disques ont été diffusés à un grand nombre d'exemplaires car je n'ai jamais dû en voir.

Les trois premiers volumes contenaient des chansons de Mangala, fille des Indes, un film de 1952. Ce qui est bizarre, c'est que La Voix de son Maître a conservé le titre de ce film pour désigner la série complète, qui par la suite contient des chansons d'autres films.
Pour ce volume 10, on a sur la face A deux chansons du film Anpadh de 1962, Rang berangi et Jiya le gayo. Sur la face B, on trouve deux chansons de 1960, Mujhe mil gaya bahana du film Barsat ki rat et Ban wari du film Ek phool char kante.
Sur le premier titre, Lata Mangeshkar est accompagnée par un chœur. Sur tous les titres, les envolées de cordes et les percussions dominent, avec aussi, il me semble bien, un accordéon sur Mujhe mil gaya bahana, et des sitars sur Jiya le gayo et Ban wari (qui ont une tonalité pré-psychédélique pour des oreilles biberonnées au monde du rock).

Si vous êtes enfermés au chaud chez vous, vous pouvez passer le temps (plus de sept heures !) en regardant ci-dessous les trois films concernés, ne serait-ce que pour y trouver les passages où on y entend les chansons.
Quant à moi, je ne vise pas la quantité mais la qualité. Si je peux trouver à chaque visite à la ressourcerie rien qu'un disque intéressant, comme celui-ci ou Voice of the Congo la fois précédente, je signe tout de suite !








04 décembre 2020

JACQUELINE BOYER : La mer, la plage


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 21 décembre 2019
Réf :  Ri 18.740 -- Édité par Rigolo en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La mer, la plage (The more I see you) -- Ton tour viendra (Sloop John B.) -/- Il ne faut pas parler d'amour -- Bijou (Mitsou)

Cet été, quand j'ai acheté Sloop John B. des Beach Boys en même temps que le 45 tours du papa d'Elvis Costello, je ne l'ai pas chroniqué car, comme je l'ai dit en commentaire à l'ami Charlie Dontsurf, l'animateur du site beachboys.fr, je n'avais pas grand chose de spécial à en dire, si ce n'est que c'est une chanson que j'aime beaucoup, dont je trouve qu'il est difficile de faire une mauvaise version.
Mais, quelques mois plus tôt, j'avais acheté cet EP de Jacqueline Boyer qui contient une adaptation en français de Sloop John B.. En étudiant la question (lancé sur le sujet par un commentaire très détaillé de Trocol Harum sur Bide et Musique), je me suis rendu compte que cette chanson, qui a déjà une genèse assez compliquée côté version originale, a aussi une histoire intéressante pour ce qui est de ses versions en français.

Mais d'abord, intéressons-nous à la chanson originale.
Comme souvent pour les titres du folklore, son histoire n'est pas simple à retracer et il n'y a pas d'auteurs identifiés.
La chanson The John B. sails est originaire de Nassau aux Bahamas. Elle fait référence au bateau du capitaine gallois John Bethel qui, avec ses deux marins bourrés à bord, a coulé en 1900. Son épave a été découverte dans les années 1920, ce qui a dû relancer la popularité de la chanson.
Le poète et biographe Carl Sandburg l'a incluse dans un recueil en 1927 et, en 1950, les Weavers, également connus pour avoir donné une audience mondiale à Le lion est mort ce soir, ont enregistré la chanson sous le titre (The wreck of the) John B. en la créditant à Sandburg et à l'un des membres du groupe, Lee Hays.
Par la suite, il y en a eu des dizaines de versions publiées sur disque, mais nous en retiendrons deux :
En 1958, le Kingston Trio a publié Sloop John B. sur son premier album et c'est parce qu'il connaissait et appréciait cette version qu'Al Jardine a proposé à Brian Wilson d'en faire une version par les Beach Boys. Cette excellente version de Sloop John B. sera la face A du single sorti en 1966 pour annoncer l'album Pet sounds.
Les arrangements instrumentaux et vocaux sont d'une grande qualité. Il faut préciser que le 45 tours, l'album américain et l'album français de 1966 indiquent comme crédit "Arrangement Brian Wilson". Mais dès 1966, sur l'EP français ou mon 45 tours allemand par exemple, le terme "Arrangement" disparaît et le crédit donne à penser que Brian Wilson est l'auteur, ce qui explique que la plupart des reprises post-1966 créditent Brian Wilson.
Une des meilleures trouvailles de la version Beach Boys, c'est la modification des paroles de "This is the worst trip since I've been born" en "This is the worst trip I've ever been on", ce qui leur donne un sens lysergique évident, même pour moi qui n'ai jamais pris de LSD.

Sinon, avant d'aborder les reprises en français de cette chanson, on peut tenter un rapprochement pas trop osé entre les marins fêtards et bagarreurs du John B. et les joyeux marins de Les copains d'abord de Brassens.

Quand une chanson de variété internationale est reprise en français, quelqu'un se charge de la traduction et, s'il y d'autres interprétations par la suite, c'est souvent avec les mêmes paroles. La particularité pour Sloop John B., c'est qu'il y a presque autant de titres et de traductions que d'interprétations ! :
  • La première que j'ai repérée est celle de Dominique Walter, sur son premier EP en 1965. Avant les Beach Boys, donc, c'est pourquoi L'amour comme il va crédite Sandburg et Hays comme auteurs. Malheureusement, je n'ai pas trouvé en ligne cette version où il est accompagné par Michel Colombier et son Orchestre (mais je ne pense pas me tromper en pensant que c'est bien une version de Sloop John B.).

  • Ensuite viennent les nombreuses versions de 1966, suscitées par celle des Beach Boys et créditées à Brian Wilson. Je ne sais pas dans quel ordre elles sont sorties, mais la plus connue est sûrement Mister John B. de Sylvie Vartan, sortie en face A d'un EP, qui réussit l'exploit d'être créditée à Eddy Vartan, Georges Aber et Gilles Thibaut.

  • Fille ou garçon de Stone est original car l'arrangement est plus rock, avec cuivres et guitare saturée, avec des paroles qui n'ont rien à voir avec la chanson originale. La chanson est créditée à un certain Bryan Mu, que nous connaissons mieux sous le nom d'Eric Charden. Notons que, sur le même EP Problèmes, on trouve Les framboises, adaptation de You're so good to me, la face B du single Sloop John B. des Beach Boys !

  • Toujours dans un esprit rock, mais en slow, Ronnie Bird y est allé de sa version en face B du EP N'écoute pas ton cœur sous le titre Seul dans la nuit, avec là encore la mélodie conservée mais des paroles qui n'ont rien à voir avec le thème original. La chanson est signée Gilles Grenier et arrangée par Gérard Hugé.

  • Dernière version française de 1966 que j'ai trouvée, celle de mon disque, c'est donc celle de Jacqueline Boyer qui parait en face B d'un EP paru chez Rigolo, le label d'Henri Salvador. Créditée à Brian Wilson avec des paroles de Maurice Pon, qui là encore s'écartent du thème original, Ton jour viendra est une chanson intéressante car, côté arrangements, c'est celle qui tente le plus de s'approcher du travail vocal des Beach Boys, avec un Henri Salvador qui est bien présent sur l'enregistrement.

  • Pour les deux dernières versions que j'ai sélectionnées, on part au Canada. Au début des années 1970 sur un album de Julie et les Frères Duguay. Là, il s'agit d'une reprise de la version de Sylvie Vartan, mais l'arrangement country de Mr. John B. est réussi et agréable.

  • Pour terminer, on retrouve une ambiance folk-rock, version 1972, avec le duo Les Karrik qui interprète La fin du rêve n'est pas pour demain sur son deuxième album. L'adaptation est signée J. Pantis et P. Letourneau.
Sept versions sous six titres différents, record à battre ! Avec ces différents titres, je pourrais presque écrire une histoire à la façon de Tu m'as trompette mon amour !

Mais revenons à mon disque. Il est difficile de faire plus enfant de la balle que Jacqueline Boyer. Elle est la fille de Jacques Pills et Lucienne Boyer et la seconde épouse de son père, sa belle-mère donc, fut Edith Piaf !
Elle a commencé à chanter en 1959, année où son père termine avant-dernier du concours de l'Eurovision. De son côté, elle remporte le concours en 1960 avec Tom Pillibi. Elle tourne ensuite dans le monde entier et connaît notamment un grand succès en Allemagne.
Alors qu'elle était auparavant chez Columbia, ce disque est le premier à sortir chez Rigolo.
Le titre principal La mer, la plage, est une adaptation de The more I see you, une chanson dont Chris Montez venait de faire un tube. Sans surprise vu le titre, c'est ici une chanson d'été très légère, avec encore Henri Salvador qui mène les chœurs. C'est typiquement une chanson que, pour ma part, j'ai découverte avec une reprise bien plus tardive, celle de Valli en 1986.
La face B est moins intéressante. Il ne faut pas parler d'amour ("Il faut le faire", dit la suite) est une chanson lente. Notons, pour détruire une fois pour toute l'argument de vente spécieux sorti il y a quelques années au moment de la sortie posthume d'un titre de Salvador ("Le seul titre dont les paroles sont signées Salvador"), qu'il signe la musique et les paroles de cette chanson, et de pas mal d'autres, comme on s'en rend compte si on prend la peine de se plonger dans sa discographie.
Bijou est la version française de Mitsou, un grand tube de Jacqueline Boyer en Allemagne en 1963, qui n'était pas sorti en France auparavant, je crois.
Jacqueline Boyer n'a pas sorti d'autre disque chez Rigolo. Elle a été gravement blessée dans un accident de voiture en 1966 et n'a pas sorti de nouveau disque avant 1969.

On retrouve les quatre titres de cet EP sur la compilation double-CD de 2004 Si quelqu'un vient vous dire.


28 novembre 2020

KISS : I was made for lovin' you


Acquis à Ay le 9 mai 2014
Réf : C. 10518 -- Édité par Casablanca en France en 1979
Support : 33 tours 30 cm
Titres : I was made for lovin' you -/- Charisma

Quand j'ai commencé à m'intéresser à la musique, vers 14 ans en 1977, je n'avais pas de grand frère à la maison pour me guider, puisque j'étais le grand frère. Alors je me suis tourné vers les copains du quartier et j'ai commencé à fouiner dans leurs étagères de disques, à en discuter avec eux, à leur en emprunter.
De même qu'il y avait un Éric dans presque une maison sur deux (y compris la nôtre), il y avait des groupes présents en nombre dans les collections de presque tous les copains. Genesis, notamment, mais aussi Pink Floyd, Ange, Deep Purple, AC/DC (sans compter bien sûr les Beatles et les Rolling Stones)...
Il faut croire que j'ai assez vite affirmé mes propres goûts musicaux, puisque, je n'ai acheté à l'époque aucun disque de ces groupes (juste le premier album de Peter Gabriel, que j'aime bien mais que j'ai échangé deux ans plus tard contre des manuels scolaires), et très vite je me suis distingué en plongeant à fond dans la New Wave.
Ça ne m'empêchait pas, sans écouter les disques, de suivre de près les discussions autour de Kiss, l'un des autres groupes très populaires chez mes copains. Il y avait celui qui avait acheté le Kiss Alive ! en import américain avant qu'il sorte en France, ceux qui préféraient Kiss alive II, cet autre qui affirmait doctement que le meilleur album studio était Destroyer et celui qui avait réussi l'exploit de piquer un des albums à Carrefour sous le nez du vigile et des caméras qui ressemblaient à C-3PO (et qui étaient sûrement factices). Plus les discussions sur le maquillage des membres du groupe et les personnages associés...
Les plus accrochés d'entre eux ont sûrement même acheté la collection des quatre albums solo des membres du groupe parus en 1978 avec des pochettes similaires. Par contre, je ne pense pas que ces fans de rock de la première heure, qui ont peut-être acheté l'album Dynasty à sa sortie, soient parmi les centaines de milliers d'acheteurs qui ont contribué à faire de I was made for lovin' you un tube énorme en France et dans le monde entier. Car, c'était écrit en toutes lettres sur la pochette de l'édition française du 45 tours à partir du second tirage, I was made for lovin' you, c'est du "Disco-Rock".
L'impact du disco sur tous les styles musicaux dans ces années-là est impressionnant. Je ne peux que faire le parallèle avec Miss you des Stones, grand tube de 1978, et soit dit en passant le seul single du groupe que j'ai acheté à peu près au moment de sa sortie. D'ailleurs, si j'avais eu à l'époque les moyens de m'offrir le maxi anglais de Miss you sur lequel j'ai plusieurs fois bavé, avec sa pochette aux bords arrondis et son vinyl rose, c'est sûrement ce disque que je serais en train de chroniquer aujourd'hui.
Et notons pour l'anecdote que, sur Dynasty, I was made for lovin' you est enchaîné avec une reprise de 2000 man des Stones.
Non, le disque que je chronique aujourd'hui, c'est une édition en maxi de I was made for lovin' you, récupérée ce fameux jour de 2014 où j'ai acheté des dizaines de disques chez un particulier, dont le Sir Lancelot, l'Émy de Pradines, et des 45 tours de Franco et des Variations.
Il y a eu une vogue du vinyl coloré en France vers 1978, avec notamment la série "Disque en couleur" de Pathé Marconi EMI. Ce maxi de Kiss a été sorti par Vogue en quatre couleurs, rouge et jaune étant les plus courantes, vert et bleu les plus rares.
Le disco, chez Casablanca Records, le label de Kiss, on savait faire, puisque c'est eux qui éditaient les disques de Donna Summer, Village People ou Lipps, Inc. J'imagine que les producteurs se passaient des tuyaux, même si celui de Kiss, Vini Poncia, n'a jamais travaillé avec ces autres artistes.
La version originale est déjà une réussite pop, avec ses "Ouh ouh ouh ouh ouh ouh" et son refrain qui restent en tête. Dans le genre, la version maxi de I was made for lovin' you est parfaite, qui réussit à quasiment doubler les quatre minutes initiales sans aucune longueur et sans qu'on s'ennuie un instant pendant qu'on danse.
J'apprécie particulièrement les parties qui associent la basse (le principal auteur et chanteur de la chanson est le bassiste Paul Stanley) et le séquenceur à la Giorgio Moroder, le producteur de Donna Summer qui a notamment fortement inspiré New Order. Un rapprochement a priori incongru, mais écoutez la section à partir de 5'30 : même les "Ouh ouh ouh" peuvent rappeler Temptation...!
Sur le petit 45 tours, c'est Hard times qui était en face B, une composition du guitariste Ace Frehley. Sur ce maxi, c'est un autre extrait de Dynasty, Charisma, un titre rock de Gene Simmons, mais qui, sans surprise, n'est pas trop ma tasse de thé.




Kiss, I was made for lovin' you, en version rock en concert à Sydney le 22 novembre 1980.

21 novembre 2020

SMALL FACES : Hey girl


Acquis à la Bourse BD Disques d’Épernay le 8 mars 2020
Réf : F.12393 -- Édité par Decca en Irlande en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Hey girl -/- Almost grown

Rétrospectivement, c'est vraiment un coup de chance que la Bourse de BD-Bulles ait pu se tenir en mars, juste avant le confinement de printemps. Et en plus, j'y ai trouvé une poignée de disques intéressants pour pas cher.
Avant de mettre la main sur le Monguito Santamaria, j'avais acheté à un copain six 45 tours à 1 € les trois, dont celui-ci des Small Faces. C'est le même copain à qui j'ai acheté le Rip Chords en août, lors de l'une des rares brocantes que j'ai pu faire cette année.
Les Small Faces, c'est bizarre. Je connais certains de leurs tubes depuis longtemps (All or nothing, Watcha gonna do about it,...) et j'ai lu leur histoire et celle des Faces en long en large et en travers dans des articles de Mojo et Uncut, mais jusqu'à 2014, quand j'ai trouvé le 45 tours d'Itchycoo Park, je n'avais aucun disque d'eux.
Là, j'ai pris ce 45 tours car un disque des années soixante à ce prix-là ça ne se refuse pas, surtout quand il est par un grand groupe, et pressé en Irlande en plus (du coup, son propriétaire a viré la partie centrale du disque pour en faire un rond central à la française).
Mais sinon, très honnêtement, je n'avais jamais entendu parler de cette chanson, Hey girl.
C'est leur quatrième single, sorti en mai 1966, quatre mois après leur tube Sha-la-la-lee  et une semaine avant leur premier album. Et comme c'était la pratique à l'époque en Angleterre, aucune des faces de ce 45 tours ne figure sur l'album.
A l'écoute, ce fut une bonne découverte. Certes, il n'y a rien d'original là-dedans, on est encore sur le format yéyé des Beatles, survitaminé par l'expérience Kinks et Who, mais ça passe très bien.
C'est Ronnie Bird qui, peu de temps après la sortie de la version originale, a publié une adaptation en français très fidèle de Hey girl.
Contrairement à ce que j'ai immédiatement pensé en voyant le titre, Almost grown n'est pas une reprise de Chuck Berry. Un précédent propriétaire a écrit sur l'étiquette "Jerk valable" et "Très bon". On peut donc penser que c'est quelqu'un qui passait des disques en boite de nuit, ou un accroc aux boums échevelées. En tout cas, il avait raison. C'est un excellent titre à 99% instrumental, très énergique, dans le moule de ce que faisaient Jr.Walker and the All Stars ou Booker T & the MGs. Le genre de musique qui servait de fond sonore aux inévitables scènes de danse des épisodes d'Amicalement vôtre.
Hey girl a obtenu un succès tout à fait honnête en Angleterre, mais c'est en septembre avec le 45 tours suivant que les Small Faces vont toucher le gros lot, puisque All or nothing se classera n°1 des ventes.
L'année suivante, le groupe quittera Decca pour Immediate. Ma collection de disques des Small Faces s'est vraiment enrichie cette année, puisque j'ai acheté cet été deux CD de cette deuxième période, à 50 centimes pièce. Le Best of n'est pas mal, mais je crois que je préfère les tubes chez Decca. Quant à leur album devenu un classique, Ogden's nut gone flake, il faut que je prenne le temps de l'écouter, mais je crains d'être déçu.




Small Faces, Hey girl et All or nothing, en direct dans une émission de télévision en 1966.


En France, l'EP sorti en septembre 1966 associait les faces A et B du tout dernier single des Small Faces, All or nothing, et du précédent, Hey girl. J'aimerais bien le trouver à 34 centimes, voire même à 1 € !


14 novembre 2020

DAVID LAFORE : Incompréhensible


Acquis chez David Lafore par correspondance en août 2020
Réf : [sans] -- Édité par David Lafore en France en 2019
Support : CD 12 cm
14 titres

Un mercredi de janvier dernier, comme j'étais à Paris pour affaires l'ami Philippe D. a proposé qu'on se retrouve au Théâtre Thénardier à Montreuil. C'est là qu'il allait du 15 janvier au 12 février pour assister aux concerts hebdomadaires de David Lafore.
Je ne connaissais pas du tout David Lafore, même pas de nom. Pourtant, il a un parcours remarquable, débuté vers le milieu des années 1990. Les informations discographiques le concernant sont parcellaires et contradictoires mais, de ce que je vois chez Discogs, il a sorti un premier album en 1997, puis en 1999 et 2001 un album et un 4 titres de son groupe David Lafore Cinq Têtes. Ces deux parutions ont été plus ou moins compilées ou réenregistrées pour l'album David Lafore Cinq Têtes chez Crépuscule France en 2004, qui fut suivi de II en 2007. Les albums suivants sont sous son seul nom : J'ai l'amour en 2015, Les cheveux en 2017 et donc Incompréhensible en décembre 2019.
J'ai passé un excellent moment lors de ce concert. Nous étions une trentaine assis en demi-cercle autour de David, seul, sans sonorisation, avec sa guitare, une chaise et une carafe d'eau. De la chorégraphie de Petit culotte à la déclamation du Bateau ivre de Rimbaud en rappel, ce fut réjouissant et souvent très drôle. Je n'imaginais pas un instant que ce serait mon seul concert de l'année, avant le maintien inespéré d'une partie du Festival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons dans l'accalmie de l'été.
Et pourtant, après le concert, j'ai décidé de ne pas acheter le tout nouvel album de David Lafore, Incompréhensible. Mon idée était de rester sur la très bonne impression du concert acoustique et dépouillé, je pensais que les versions arrangées et produites des chansons sur l'album risquaient de moins me plaire.
Et puis, pendant le confinement de printemps, je suis tombé sur la vidéo de la chanson-titre de l'album, Incompréhensible, et j'ai tout de suite été complètement accroché. C'était particulièrement défoulant pendant mon heure réglementaire de balade de chanter "Une petite balade" à pleine voix dans les vignes !
Je me suis mis à regretter de ne pas avoir acheté l'album, alors j'ai fini par le commander et j'ai fini par le recevoir, accompagné de deux cadeaux, un CD promo de J'ai l'amour, et un deuxième exemplaire, promo aussi, d'Incompréhensible, qui depuis fait le bonheur de Philippe R., qui l'a écouté en boucle pendant deux mois dans sa voiture, et pas seulement parce que le CD était physiquement coincé dans l'auto-radio !
L'album est réalisé avec Christophe Van Huffel, guitariste de Tanger, qui a beaucoup travaillé avec Christophe au 21e siècle. En-dehors des invités, les crédits ne détaillent pas qui joue quoi, je suppose donc que c'est David Lafore lui-même qui joue ce qui produit tous les autres sons, dont beaucoup sont synthétiques.
J'étais donc déjà conquis par Incompréhensible,qui, avec ses touches électro-pop légères, me rappelle l'Objet du décor de Seb Adam. Au fil des écoutes j'ai fini par grandement apprécier le disque dans son ensemble, même si, ça arrive de temps en temps, les deux premières chansons, que j'aime bien, ne figurent pas parmi mes préférées.
Il y a par contre un enchaînement très fort selon moi dans le milieu du disque avec Le ciel, qui a de l'ADN techno/danse, Gros (il faut attendre un bon moment avant de découvrir à quelle espèce de narrateur on a affaire), C'est pas vrai (chanson post-rupture, réussie, enfin la chanson plutôt que la rupture), Petit village, que j'aime beaucoup, avec un chœur d'enfants sur la fin (depuis Another brick in the wall, ça marche à chaque fois les chœurs d'enfants), et La nuit dehors, une très belle chanson.
Parmi les autres titres, il y a plein de choses plutôt rigolotes, comme Qui es-tu ?, un dialogue de sourds très contemporain, à la pointe de la technologie, Le monde est petit, un titre dansant bilingue franco/anglais qui se termine par une minute de punk, J'arrive pas à m'arrêter, un tour de force linguistique avec des petits côté Gontard!, et Rémi Duquenne, qui fait très Katerine, avec une gamine qui crie à pleins poumons.

Impossible d'espérer revoir David Lafore en concert ces temps-ci, alors, en attendant, on peut guetter sa chaîne YouTube, sur laquelle il publie depuis quelques jours des vidéos en "live chaussettes".

Le site officiel de David Lafore
n'est pas en ligne actuellement (une ancienne version est visible ici). Si vous voulez vous procurer Incompréhensible en CD plutôt qu'en version numérique, le mieux pour le contacter est peut-être de passer par sa page Bandcamp ou sa page Facebook.






David Lafore, Avant le soleil, en "live chaussettes", novembre 2020.










Puisqu'on a peu l'occasion de voir David Lafore en concert en ce moment, le voici à la ferme de La Mazraa à La Laigne, le 23 novembre 2018.

08 novembre 2020

MC SOLAAR : Victime de la mode


Acquis par correspondance via Discogs en novembre 2020
Réf : 877 673-2 -- Édité par Polydor en France en 1991
Support : CD 12 cm
Titres : Victime de la mode -- Western modern -- Raggadget -- Love supreme

Il y a quelques années, j'ai eu envie de chroniquer ce disque. Je suis allé le rechercher dans mes étagères et j'ai été tout surpris de ne pas l'y trouver. Il y avait bien le premier album d'MC Solaar, Qui sème le vent récolte le tempo, sur lequel on trouve Victime de la mode, mais pas de single, ni en CD (que je pensais avoir), ni en 45 tours.
Pendant longtemps, j'ai pensé que j'avais dû bêtement revendre le single car j'avais l'album. Aujourd'hui, après avoir décidé de me l'offrir, ne serait-ce que pour me consoler du fait que je ne risque pas de chiner des disques d'occasion dans les prochaines semaines, et alors que je n'ai pas de souvenirs des différentes faces B du CD single, je me dis que je n'ai jamais dû avoir ce disque. J'ai sûrement confondu avec les exemplaires de Radio Primitive, que j'ai régulièrement passés à l'antenne à l'automne 1991, après avoir déjà bien accroché au premier single et premier tube Bouge de là.
Le 6 décembre 1991, on avait dû arriver trop tard de Reims et je n'ai vu que la fin du concert d'MC Solaar aux Transmusicales de Rennes. J'ai juste eu l'impression que Solaar n'était pas trop à l'aise sur la scène, qu'il arpentait la main dans la poche. Il faut dire aussi que ce type de concert rap est très particulier, avec la musique sur bandes enregistrées, et juste les voix, les scratches de Jimmy Jay et la danse en direct (on peut voir un extrait de ce concert ici).
En tout cas, près de trente ans plus tard, j'apprécie toujours autant Victime de la mode, qui reste ma chanson préférée d'MC Solaar.
La différence aujourd'hui, c'est qu'il m'a suffi d'un clic pour apprendre que la base musicale de la chanson provient de quelques secondes d'introduction mises en boucle de Hey hey baby, un titre de Ben Sidran de 1974.
Ce qui m'a toujours surpris dans cette chanson, c'est le choix du prénom de l'héroïne, Dominique. C'est sûrement pour des questions de sonorité, mais ça fait tellement années cinquante-soixante... En tout cas, les paroles sont l'une des grandes réussites de cette chanson. Le refrain est tout simple mais reste bien en tête, et on peut passer des heures à chanter en rythme des phrases comme "Maso, à l'assaut de ses formes rondelettes, elle était occupée à couper du PQ car on lui piquait les fesses" !
Il me semble que le single Victime de la mode a eu beaucoup moins de succès sur le moment que Bouge de là, mais c'est bien cette chanson qui est en passe de devenir un classique, au sens propre d'ailleurs puisque, apparemment, l'étude de ses paroles de sa vidéo a figuré pendant plusieurs années au programme de français dans les collèges.
Il y a aussi des reprises, comme celle de Tryo en 2014 sur l'album Né quelque part. Et puis, après les reprises de Caroline, autre grand morceau du premier album d'MC Solaar, par le père Marka en 1998 et 2004, il y a les diverses interprétations de Victime de la mode par sa fille Angèle en 2017, par son fils Roméo Elvis avec M en 2019, par le fils et la fille ensemble en 2018 et enfin par les deux ensemble avec MC Solaar en invité vedette sur la Grand Place de Bruxelles en 2019.
Les trois faces B sont intéressantes.
Western modern est une chanson complète, sûrement un titre écarté de l'album. MC Solaar continuera d'exploiter ces thématiques avec ses singles suivants Gangster moderne (1997) et Nouveau western (1998).
Love supreme est un titre court et sympathique, principalement instrumental, dû à Pigalle Boom Bass. Eh oui, j'ai pris la peine de vérifier, la ligne de basse vient bien du titre de John Coltrane.
Comme son titre l'indique, Raggadget est bien un ragga, sur l'insécurité. Je suis un grand fan de ragga de manière générale, mais celui-ci est particulièrement réussi.
Les artistes qui attaquent en justice leur maison de disques sont nombreux, mais ceux qui gagnent sont évidemment plus rares. C'est pourtant ce qui s'est passé après que Polydor n'ait pas respecté la volonté de l'artiste (ni le contrat) en sortant en deux fois à un an d'écart plutôt qu'en un double album les titres qu'on trouve sur Paradisiaque et MC Solaar. En conséquence de quoi, Polydor ne peut plus exploiter commercialement les quatre premiers albums et, faute d'accord entre les deux parties, ils ne sont pas réédités ni disponibles sur les sites de téléchargement.
Vu ce contexte, je préfère ne pas mettre en ligne moi-même Raggadget, que je n'ai pas trouvé sur YouTube. Je vous suggère à la place de réécouter l'excellent Ragga jam, un titre de Qui sème le vent récolte le tempo, avec Raggasonic et Kery James en invités.
J'ai cessé de suivre l'actualité d'MC Solaar après Le bien, le mal, sa collaboration avec Guru de Gang Starr pour l'album Jazzmatzz volume 1. Ce qui s'est passé, c'est un peu la même chose qu'avec les interventions de Raymond Devos à la télé. A chaque fois, je me dis au début que c'est vraiment bien et qu'il est fort, et au bout d'un moment je trouve que c'est vraiment trop systématique. Avec MC Solaar aussi, j'ai fini par faire une indigestion de jeux de mots et d'allitérations.




MC Solaar, Victime de la mode, dans l'émission The beat, en février 1993.


MC Solaar, Western modern, le 14 février 1994.

05 novembre 2020

VOICE OF THE CONGO


Acquis chez Récup'R à Dizy le 24 octobre 2020
Réf : RLP 4002 -- Édité par Riverside aux États-Unis en 1953
Support : 33 tours 30 cm
26 titres

Depuis la réouverture de la ressourcerie après le confinement du printemps, il n'y a pas eu de gros lots de vinyls proposés à la vente, juste quelques poignées de disques mises en rayon de temps à autre. J'y ai quand même fait quelques achats cet été, mais ma meilleure trouvaille je l'ai faite lors de ma dernière visite avant le confinement d'automne. C'est là que j'y ai trouvé cet album, coincé au milieu de quatre ou cinq disques de musique classique de la même époque. Comme d'habitude, on se demande comment cette édition américaine d'enregistrements réalisés au Congo a bien pu atterrir au fin fond de la Marne...
La pochette, signée Hal Zamboni, est une réussite, et le disque est publié par Riverside, label indépendant de New York plutôt spécialisé dans le jazz mais qui, dès ses débuts, avait lancé une collection de "World folk music", dont ce disque fait partie.
Les enregistrements ont été réalisés en 1951 et 1952 au Congo belge et au Ruanda-Urundi, territoire sous mandat belge à cette époque, par Alan P. Merriam et son épouse Barbara W. Merriam.
Au dos de la pochette, Alan Merriam est présenté ainsi : "Merriam est un jeune anthropologue dont l'intérêt pour la musique africaine indigène découle en partie de ses études poussées du jazz américain et de ses racines africaines.". Ses recherches se situaient dans le champ émergent de l'ethnomusicologie en anthropologie plutôt que dans la musicologie ou le folklore. Son livre de 1964 The anthropology of music fait référence dans le domaine.
Les enregistrements sont d'une qualité technique exceptionnelle. Ils ont été réalisés sur un appareil d'un type alors en plein développement, le magnétophone à bande, avec comme particularité que la bande magnétique utilisée était sur support papier.
On entend sur les deux faces des enregistrements de musique et de chansons des peuples de la région. Il y a du chant en chœur ou en solo, par des enfants ou des adultes, des percussions, des instruments à corde et aussi de la flûte. Pour enregistrer des berceuses, deux mères vivant à mille kilomètres de distance ont toutes les deux décidé de le faire avec un enfant dans les bras. On entend l'un d'eux pleurer pendant l'enregistrement.
Sur le site des bibliothèques de l'Université de l'Indiana à Bloomington, qui conserve le fonds d'archives Merriam, on peut écouter une sélection de sept minutes de ces enregistrements.
Il y a plein de choses que j'ai appréciées dans ces enregistrements de musique traditionnelle mais, sans trop de surprise, ce sont les chansons modernes du Congo qu'on trouve à la toute fin du disque qui m'ont le plus attiré l'oreille. Elles sont présentées ainsi : "Un changement radical est en cours dans la musique du Congo. La guitare et les structures de chansons européennes conventionnelles gagnent rapidement en popularité. Parmi les facteurs qui y contribuent, on compte les nombreux phonographes mécaniques et la radio, ainsi que les missionnaires - qui rejettent les formes indigènes de chansons religieuses et enseignent les formes européennes."
J'aime vraiment beaucoup les deux dernières chansons. Pour la première, c'est un quatuor qui chante en Bangala en s'accompagnant à la guitare et avec une bouteille de bière frappée avec le manche d'un canif. Cette chanson m'a rappelé Timoulamoudé, sur la bande du film Liberté 1.
Ensuite, c'est Joseph Massele qui chante, aussi en Bangala, en s'accompagnant à la guitare. Une partie des paroles est reproduite dans les notes de pochette : "Je m'appelle Jose DeLux et je viens du Bas Congo (...) Vous admettrez sans conteste que dans toutes les sociétés humaines par ici, quoi qu'on fasse on ne peut contenter tout le monde."
Les deux sont vraiment des pépites et je suis bien content de les avoir trouvées !
Un autre album a été publié chez Riverside, Ekonda - Tribal music of the Belgian Congo, probablement issu du même voyage.
Alan Merriam est mort accidentellement en 1980. Sa discographie et bibliographie a été publiée en 1982 dans la revue Ethnomusicology, qu'il avait dirigée pendant plusieurs années.

A écouter :
Voice of the Congo : Band 26b - Bangala Quartet
Voice of the Congo : Band 26c - Joseph Massele


01 novembre 2020

TENNENTS PLAY BACK : SCOTLAND'S LATEST


Offert par Jim Shepherd par correspondance en septembre 2020
Réf : PSPMC064 -- Édité par Polygram Special Products au Royaume-Uni en 1987 -- Not for resale
Support : Cassette
8 titres

Ça a commencé par un tweet de Jim Shepherd des Jasmine Minks, qui expliquait qu'à l'époque où il buvait de la bière par tonneaux il avait été tout content d'être soutenu par Tennent's lager (la brasserie la plus populaire d’Écosse, et de loin, avec 60% du marché) qui les avait fait figurer sur cette cassette.
Le principe, vieux comme le marché du disque, était simple : il fallait acheter des cannettes de bière, collectionner les coupons et les envoyer pour recevoir "gratuitement" la cassette. Le même principe que pour Coca-Cola à la fin des années 1970, quand j'avais obtenu le 45 tours de Téléphone et Starshooter.
J'ai répondu à Jim que je n'avais jamais entendu parler de cette cassette, qui aurait eu parfaitement sa place dans mon livre Vente interdite sur les disques hors commerce, et que si quelqu'un en avait une en rab, ça m'intéressait. Et Jim a alors proposé de m'offrir son exemplaire, sachant qu'il serait dans de bonnes oreilles. Merci bien, Jim !

Ce type d'opération promotionnelle n'est donc pas très original (il était même très courant dans les années 1960), mais ce qui est très étonnant avec cette cassette c'est que la sélection des groupes est très pointue. Certes, on y trouve deux groupes très populaires, Deacon Blue et Wet Wet Wet, mais, même si le single Cold heart des Jasmine Minks avait été bien classé dans les charts indépendants en 1986, il fallait quand même bien creuser en 1987 pour réussir à contacter Creation pour négocier les droits d'un tel titre (c'est peut-être bien la première fois que le label a ainsi placé un titre sous licence).
Et la chanson est bien choisie car, avec Cut me deep notamment (c'est un drame que cette chanson n'ait jamais été éditée en single), Cold heart est l'une des grandes chansons des Jasmine Minks. C'est produit avec trois bouts de ficelle et ça s'entend, mais j'apprécie particulièrement la façon dont les deux voix d'Adam Sanderson et Jim se combinent, en enchaînant chacun un vers dans les couplets avant de chanter ensemble le refrain. Plus la partie de solo de guitare, soutenue par l'orgue de Dave Musker... Qui se décidera un jour à reprendre cette chanson et à rafler la mise ? Et Tennents aurait pu aller plus loin à l'époque en adaptant la chanson pour un slogan publicitaire, du style "Cold beer, warm heart my dear" !
Il y a d'autres groupes qui me tiennent à coeur sur cette cassette, à commencer par les Pastels, présents avec Ride, le titre d'ouverture de leur premier album, Up for a bit with The Pastels. Cela fait bien longtemps que je n'ai pas réécouté ce disque, et j'ai été tout surpris d'entendre des synthés sur ce titre.
Il y a aussi Through my window, un extrait du premier album Drop des Shamen, à l'époque où ils étaient déjà psychédéliques, sans avoir découvert les raves et l'ecstasy.
Apb est un groupe qui était très proche des Jasmine Minks (Jim a édité en 2011 sur son label Oatcake leur mini-album Jaguar, sur lequel il chante sur deux titres). Missing you already est une réussite dans leur style, du rock avec une rythmique funk, avec des échos du Gang of Four moins abrasif des troisième et quatrième albums.
Lowlife s'étant formé en 1982, le groupe tire son nom de la chanson de Public Image Limited plutôt que de l'album de 1985 de New Order. Pourtant, c'est bien à ces derniers et même à Joy Division que je pense en écoutant Given to dreaming, un titre de leur album Diminuendo.
Les titres choisis pour les groupes les plus connus ne sont pas les tubes, mais des choses un peu plus obscures, et contrairement à ce que je craignais, ce ne sont pas les plus mauvais du lot. Riches de Deacon Blue ne figurait à l'origine que sur l'édition CD de leur album Raintown. Quant à Heaven help us all, la reprise de Stevie Wonder par Wet Wet Wet, c'est même une petite rareté, puisqu'il ne s'agit pas de la version de 1988 produite par Willie Mitchell qu'on trouve sur l'album The Memphis sessions, mais d'une face B produite par le groupe de leur maxi 45 tours Four track wet pack.
La seule horreur de la compilation, c'est Romeo, par Heavy Pettin'. A l'origine, c'est un groupe de heavy metal, formé à Glasgow en 1981, mais ils ont enregistré cette daube pour participer à la finale d'une sélection pour l'Eurovision. Au moins on peut se consoler en sachant qu'ils se sont tellement ridiculisés que ça leur a coûté leur carrière !

Je ne bois pas de bière donc, même si j'avais vécu en Écosse, j'aurais eu du mal à me procurer cette cassette, qui vient compléter ma collection de disques offerts par Panach' ou d'autres producteurs de boissons, alcoolisées ou non. En tout cas, elle est plus intéressante que le 45 tours de Joe Dassin "offert par Kanterbräu" que j'ai acheté récemment !


Une carte postale des Jasmine Minks qui accompagnait l'envoi de la cassette. Elle date d'un peu plus tard, probablement 1989, au moment de l'album Scratch the surface.

29 octobre 2020

DANIEL LALOUX : Ode aux rémois


Offert par Fabienne M. à Mareuil sur Ay en octobre 2020
Réf : 70 490 -- Édité par Barclay en France en 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ode aux rémois -- La petite girl -/- Le bon employé -- Les jeunes filles du Luxembourg -- La mouche

Ce blog fête ses quinze ans aujourd'hui, et on approche de la 1600e chronique.
Je vais essayer de ne pas répéter ce que j'ai dit au moment des 5e et 10e anniversaires, mais on a bien la confirmation maintenant que j'ai de la matière pour faire durer ce projet de chroniquer des disques de ma collection. Un projet qui a quand même évolué au fil du temps.
Par rapport aux débuts, je publie beaucoup moins souvent (on en est à une chronique hebdomadaire ces derniers temps), mais les textes sont beaucoup plus fournis et, la technologie et la documentation à disposition évoluant, il y a presque systématiquement du son ou de la vidéo en complément.
Et puis bien sûr, après tout ce temps j'ai à peu près épuisé mon stock de disques rares ou curieux et je chronique désormais surtout des disques récemment acquis, même s'il m'arrive de faire de belles redécouvertes en fouinant dans mes étagères. De plus en plus, d'ailleurs, alors que je ne le faisais pas au début, il m'arrive d'acheter des disques spécifiquement parce que j'ai envie de les chroniquer ici.
C'est un peu le cas avec le disque d'aujourd'hui, que je me suis fait offrir pour cette occasion un peu spéciale. Une Ode aux rémois composée et interprétée par un rémois, c'est parfait pour un blog marnais ! (C'était ça ou La marche de L'Union de Jean Patart,avec l'Orchestre de la Musique des Gardiens de la Paix. Je vous promets que vous y gagnez au change...)

J'ai récemment regardé le téléfilm Colette de Gérard Poitou-Weber (1985, musique originale de Joseph Racaille). On y voit notamment un personnage que je ne connaissais pas, le mime Georges Wague. Ça me trottait dans la tête en regardant le film : l'acteur interprétant Wague me faisait penser à quelqu'un... C'est quelques minutes avant que le générique de fin me donne la réponse que je l'ai trouvée tout seul : c'est à Daniel Laloux que je pensais, quelqu'un dont je ne savais même pas qu'il était acteur, dont je ne connaissais qu'une seule photo, la pochette de ce 45 tours, partagée il y a quelques temps par des passionnés de musique rémois, notamment sur le site Reims Punk 'n' Roll. C'est dire que cette pochette et cet acteur m'ont marqué !

Daniel Laloux est né à Reims en 1937. Son père François, peintre et écrivain, a exercé d'éminentes responsabilités au sein du Collège de Pataphysique. Daniel, lui, a obtenu un premier prix de tambour au Conservatoire de Reims. Ce tambour, fabriqué de ses propres mains, ne l'a jamais quitté depuis.
J'ai trouvé peu d'informations substantielles en ligne sur Daniel Laloux, mais heureusement les amis Le Colonel et le Dérailleur Fou de l'émission l'Opération Kangourou l'ont reçu comme invité dans deux émissions mémorables le 17 janvier et le 24 janvier 2013, et je vous conseille vivement de prendre le temps d'écouter ces deux heures d'émission avant de poursuivre votre lecture, sachant que je vais en quelque sorte me contenter de résumer ici certains des propos qu'il y a tenus.

Daniel Laloux est donc musicien (joueur de tambour) et acteur (qui a débuté au théâtre avec Roger Planchon dans Les trois mousquetaires).
Comment s'est-il retrouvé à publier cette Ode aux rémois, son premier 45 tours, en 1964 ? Eh bien, il jouait (de la batterie) dans la pièce Les pupitres de Raymond Devos (musique de Georges Delerue, pianiste Michel Colombier) puis enchaînait les spectacles de cabaret (jusqu'à trois par soir). C'est là qu'il a été repéré par le directeur artistique de Barclay, Jean Fernandez.
Pour essayer de vendre cet artiste débutant qui ne faisait pas des chansons "carrées" en couplet-refrain, l'idée est venue de compenser en sortant le disque au format carré plutôt que rond. Il existe tout plein de disques découpés suivant des formes variées (comme par exemple le CD des Walkabouts en forme de violoncelle), mais finalement cette forme toute simple du carré, qui change complètement la perception de l'objet et s'adapte parfaitement à la pochette, a rarement été utilisée.
Le disque a connu une mésaventure : au prétexte qu'on y entend dans les paroles "Aujourd'hui j'ai perdu le respect des anciens et "L'espoir" de Malraux, mais par contre j'ai trouvé une rémoise dans mon short. Shortilège !", le disque a eu droit à une pastille rouge à la radiodiffusion française, qui en interdisait la diffusion pour "indigence de texte" ! Du coup, il s'est peu vendu (environ 800 exemplaires) et un passage à la télévision dans une émission de Jean-Christophe Averty a été annulé (mais Jacques Brel a été emballé et l'a diffusé dans sa propre émission sur la radio privée Europe 1).
Le 45 tours, sur lequel Daniel Laloux est accompagné par Michel Colombier et son Grand Orchestre, comporte cinq titres assez brefs, aux paroles marquantes.
Les rémois qui se "turluchent la bonbonne de leur grande cathédrale" ne tiennent que l'un des rôles d'Ode aux rémois, au côté des chinois qui se "lissent la moustiche". Le rythme sur lequel Laloux assène ces paroles est assez martial. Dans la partie jazz finale, c'est Michel Portal qui joue le solo.
La petite girl, dans une ambiance jazz également, en a marre de montrer son lard à des veaux et voudrait faire des ménages chez des poète un peu fou-fous. Heureusement un beau jeune homme lui murmure à l'oreille "Viens que j't'agace dans mon armoire à garces" et le conte de fées finit bien.
Dans une veine similaire, Le bon employé et Les filles du Luxembourg sont également des réussites. Je pense parfois à l'écoute à Boris Vian ou à Brigitte Fontaine (Fontaine et Laloux ont dû se croiser dans le Paris rive gauche des années soixante. Ils signent chacun une des chansons du premier album de 1968 de Christine Sèvres, arrangé par Jean-Claude Vannier et Alain Goraguer).
Quant à La mouche, dans un style baroque à la Purcell, c'est une de mes chansons préférées du disque. On pourrait l'enchaîner avec le One charming nyte de Zarjaz, l'une des curiosités des débuts de Creation.
 
C'est dommage, il n'est pas question dans les entretiens de l'Opération Kangourou du deuxième et ultime 45 tours de Daniel Laloux. Il est sorti en 1967 chez Bagatelle, arrangé par Alain Goraguer. Le titre principal est l'excellent Guidi gada goudou.
Dans les années suivantes, côté musique, Daniel Laloux a participé à des projets marquants.Il a notamment fait partie de l'orchestre du saxophoniste de jazz américain Marion Brown. Il joue de la basse et des percussions sur l'album en public Marion Brown im Sommerhausen, enregistré en mai 1969, et c'est lui qui vocalise sur Il ne chant pas.
Alors qu'il jouait au cabaret La Vieille Grille à Paris, un certain Daevid Allen était aussi à l'affiche. Daniel lui a proposé de collaborer pour sa chanson Le gang des gongs, qu'il avait fait traduire en anglais. Par la suite, il a rejoint le groupe débutant Gong, dont le nom serait inspiré du titre de sa chanson. Il quittera le groupe début 1970, mais on l'entend sur les deux faces de l'excellent 45 tours Garçon ou fille, Est-ce que je suis et Hip hypnotise you.
Sur scène, il a notamment fait une prestation mémorable au festival d'Amougies en octobre 1969. A quelques encablures du champ de bataille napoléonien, il a réveillé à quatre heures du matin le public, composé à la fois de hippies et d'habitants du cru, en s'accompagnant au tambour pour déclamer Expiation de Victor Hugo et son fameux "Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine !". Cette prestation a dû être enregistrée et même filmée, mais je ne l'ai pas trouvée en ligne.
Et donc, son tambour accompagne toujours Daniel Laloux : en 2015-2016, il présentait avec Catherine Bayle le spectacle Tambour cœur du monde, une suite de séquences surprenantes, parlées, hurlées, chantées, dansées sur des rythmes d’enfer !
 
Pour ma part, pour fêter cet anniversaire, je suis bien content d'avoir grâce au disque carré de Daniel Laloux réussi une prouesse réputée impossible : résoudre la quadrature du cercle !
On peut écouter les trois autres titres dans les émissions de l'Opération Kangourou.

A voir :

Un bruit qui court, le film de 1983 de et avec Daniel Laloux et Jean-Pierre Sentier, dont il est question dans l'émission, est actuellement visible sur YouTube.



Le texte au recto de la pochette. Recto qui ne couvre pas toute la surface pour laisser apparaître le disque carré.

16 octobre 2020

EELS : Cancer for the cure


Acquis chez Age Concern à Douvres le 10 mars 2016
Réf : DRMCD-22373 -- Édité par Dreamworks en Angleterre en 1998 Support : CD 12 cm
Titres : Cancer for the cure -- Everything's gonna be cool this Chrismas -- Exodus part III

Comme quoi tout est question de contexte... Quand ce disque est sorti en 1998 et quand je l'ai acheté en 2016, la seule chose que l'illustration de pochette m'évoquait, c'est ces japonais qui portent souvent des masques dans l'espace public, notamment les transports. Évidemment, quand j'ai redécouvert cette pochette en sortant le disque de mon étagère il y a quelques jours, ça m'a évoqué des choses bien plus proches et en plein dans l'actualité !
Mais ce n'est pas pour sa pochette que j'ai ressorti ce disque. C'est tout simplement parce que j'ai acheté récemment l'album Electro-shock blues en CD à 50 centimes et que, en l'écoutant, j'ai particulièrement apprécié Cancer for the cure. Une bonne raison pour aller repêcher ce single d'Eels.

L'introduction de Cancer for the cure est joyeusement bruitiste. Comme il est question de maladie et de guérison, elle me fait immanquablement penser à A chance to cut is a chance to cure, un album de Matmos que je ne connais pas, mais dont je sais que la matière sonore de base est issue d'enregistrements réalisés lors d'opérations ou d'examens médicaux !
En tout cas, la chanson fonctionne très bien, et sa vidéo est même rigolote. Comme Novocaine for the soul, elle me fait penser à Beck (le producteur Mickey P. a par ailleurs remixé plusieurs titres de Beck).
Les paroles sont plus humoristiques que noires, même si la mort, le suicide et l'héroïne sont évoqués. Il y a aussi des références à Frank Sinatra et Courtney Love. La seule façon dont j'arrive à comprendre le titre, c'est qu'il y a une inversion de termes et qu'on s'attendrait plutôt à entendre l'expression "the cure for cancer"...

Les deux faces B sont intéressantes.
Everything's gonna be cool this Chrismas est paru à l'origine sur la compilation cassette Christmastime in the LBC. On n'y trouvait que des inédits, dont le Little drum machine boy de Beck, lui aussi publié ailleurs par la suite. C'est une chanson pop et punky très bien fichue.

Le troisième titre Exodus part III est crédité au batteur Butch Norton, pourtant on n'y entend pas du tout de percussions. C'est un enregistrement en public, peut-être au moment d'un rappel, et c'est en fait un solo de sifflement, produit à l'aide ou non d'un instrument. Anecdotique mais sympathique et parfaitement à sa place sur une face B.

Il n'y a pas que la pochette de ce disque qui est d'actualité pour Eels, puisque le groupe annonce pour le 30 octobre la sortie d'un nouvel album, Earth to Dora.




Eels, Cancer for the cure, en direct dans l'émission Later with Jools Holland fin 1998.

10 octobre 2020

THE DUPONT CIRCLES : In search of the family Gredunza


Offert par Wally Salem par correspondance en septembre 2020
Réf : BEAUTY 039 -- Édité par The beautiful Music au Canada en 2020
Support : CD 12 cm
16 titres

Je connais Wally Salem et son label The Beautiful Music depuis au moins 2007, grâce à sa série de compilations en hommage aux Television Personalities. Un projet de longue haleine, auquel j'ai même contribué en bonus du volume 3, qui comptera à terme dix volumes. Le cinquième est actuellement en préparation. Mais au-delà de cette série, The Beautiful Music est devenu au fil des années un label reconnu dans le cercle de l'International Pop Underground, un véritable label indépendant passionné qui, depuis sa base au Canada, donne leur chance à des artistes et groupes gallois, écossais, américains, espagnols ou canadiens.
Parmi les nouvelles parutions de cet automne que Wally m'a gentiment offertes (il est réputé par ailleurs pour gonfler les colis des commandes qu'il envoie avec des bonus et des surprises...!), il y a notamment de très bons albums par Exploding Flowers et Lisa Mychols & Super 8.
Et puis, il y a ce premier album de The Dupont Circles, un groupe dont le nom vient d'un rond-point et quartier de Washington, la ville d'origine du groupe. Le titre, In search of the family Gredunza fait sûrement référence à un dessin animé de 1971 adapté du livre The cat in the hat de Dr. Seuss. Il y est fait plusieurs fois mention de cette famille Gredunza et l'acteur Allan Sherman, qui joue le rôle du chat, y chante une chanson à ce sujet.
La pochette est très réussie, avec ce qui ressemble à un collage surréaliste de gravures. Elle m'a instantanément fait penser à celle de 25 o' clock des Dukes of stratosphear, qui était elle-même un pastiche d'art psychédélique sixties.
C'est donc le premier album de ce groupe... trente ans après sa formation ! Sur cette longue période, le groupe a connu trois principales incarnations, avec comme noyau central le guitariste et organiste Michael Bennet et le batteur-chanteur Bob Primosch.
Le groupe avait précédemment sorti deux 45 tours, Sarah the weather girl en 1995 et The 53 bicycles EP, dont on retrouve ici cinq des six titres, auxquels s'ajoutent des titres inédits couvrant toutes les périodes du groupe. Il semble que The Dupont Circles aime prendre son temps : ce projet de compilation aurait mis cinq ans pour aboutir.
Côté musique, on découvre, sans surprise chez The Beautiful Music, une noisy pop teintée de psychédélisme, avec plusieurs titres qui ont un son garage assez marqué. Dans un style et avec des influences similaires, avec aussi un parcours au long cours, j'ai pensé à l'écoute aux allemands francophiles The Truffauts, que je verrais bien d'ailleurs au catalogue de The Beautiful Music.
Les influences du groupe se reflètent dans les trois reprises au programme : Tales of Flossie Fillet, à l'origine une face B de 1968 de Turquoise; Joke's on Zandra, excellente version d'une chanson de The Times que je ne connaissais pas, parue en 1985 sur Go! with The Times; et bien sûr la très bonne reprise de How I learned to love the bomb, précédemment parue sur le volume 4 des hommages aux Television Personalities. A cette occasion, je viens de me rendre compte avec horreur que j'ai chroniqué deux fois à cinq ans d'écart le maxi original des TVPs, en 2012 puis en 2017 au moment de la sortie de mon livre Journal d'un fan de chambre. C'est d'autant plus bête que,la deuxième fois, j'aurais pu choisir à la place le petit 45 tours, qui a une pochette et des faces B différentes.
Pour ce qui est des chansons originales, je me suis rendu compte que j'ai tendance à préférer les chansons inédites à celles des singles, même si j'aime bien Everywhere girl, 53 bicyles, l'instrumental Sputnik et Sarah the weather girl. Et donc, mon original préféré est The man in the snuff shop, et j'apprécie aussi particulièrement The trip, Locked away, qui me rappelle les amis Jasmine Minks, Wonder et les plutôt garage Get down off my back et Tick tock.
Je n'ai jamais rencontré Wally et je ne verrai probablement jamais The Dupont Circles en concert, mais notre passion commune pour la musique nous rapproche et c'est comme si c'étaient de vieux amis, membres d'un réseau qui fait le tour du monde.