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13 septembre 2026

SHELLEY : Never again


Acquis neuf probablement chez New Rose à Paris en 1984
Réf : 12 IMMAC 1 -- Édité par Immaculate en Angleterre en 1984
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Never again (Extended version) -/- Give it to me -- I I I / One one one (Extended version)

Même si je n'avais pas toute leur discographie, j'étais fan de Buzzcocks, alors quand je suis tombé peu de temps après sa sortie sur un exemplaire d'occasion d'Homosapien, le premier album solo de Pete Shelley, je l'ai acheté et apprécié. Ce n'est que bien plus tard que j'ai trouvé pour pas cher le deuxième album XL.1, mais je l'ai rarement écouté. Entre-temps, j'avais investi à sa sortie dans ce maxi en import. Je suppose que j'avais entendu  et apprécié la face A au préalable.

Ce disque est la première sortie du label indépendant Immaculate, fondé par le producteur Martin Rushent (peut-être bien avec la participation de Shelley). Pour cette occasion, Shelley a raccourci son nom d'artiste en supprimant le Pete. Il l'a repris dès le disque suivant.

Après un début encourageant, la carrière solo de Pete Shelley a eu un succès assez moyen. Le contrat avec Island a dû s'arrêter après le deuxième album et ce single de fait auto-produit sur un label indépendant était sûrement un moyen pour lui de se relancer et de trouver un nouveau gros label. Ce sera bien le cas, puisque le troisième album sortira en 1986.
Autant les pochettes de Buzzcocks étaient pour la plupart très réussies, autant celle-ci est plutôt moche...!

En grand fan de Magazine, je pense que j'aurais reconnu la patte de Barry Adamson dès les premières notes de Never again même sans avoir vu son nom dans les crédits. Sa basse joue un rôle important dans cette chanson, construite sur une rythmique synthétique et ponctuée légèrement par une guitare acoustique.
La dynamique principale de la chanson vient du chant, avec des changements de ton et de rythme, des vers qui à divers moments semblent se répondre. Le refrain lui-même est en deux parties; ce qui s'en détache, c'est juste un "Never again", mais ça suffit pour bien rester en tête.
Le single n'a pas été un grand succès. Shelley a quand même fini par signer avec Mercury, et c'est seulement en 1986 que le troisième album Heaven and the sea est sorti. Il est produit par Stephen Hague (New Order, Pere Ubu,...) et on y retrouve une version de Never again. Comme il n'y a rien de précisé dans les crédits, c'est censé être une version entièrement nouvelle. Il y a clairement eu du remixage et sûrement du réenregistrement mais, après écoute comparative, je parierais bien que la prise vocale sur l'album est identique à celle du single.

Give it to me donne aussi dans le versant électronique de New Order, avec à un moment une basse funky à la Gang of Four époque Sara Lee. Les paroles sont minimales, le son se coupe brutalement à la fin, mais c'est une face B de bonne tenue.
C'est ce que Pete Shelley lui-même a dû penser, puisqu'il a réenregistré cette chanson en 1988 pour la face B de l'unique single de Zip; une version assez proche de l'originale. Zip était un trio composé de Shelley, Gerrard Cookson et Mark Sanderson, qui a notamment tourné en première partie d'Erasure, comme raconté chez The (new) Vinyl Villain.
Et après tout, ce serait dommage de gâcher : Shelley a encore ressorti sa chanson en 1996, pour l'album All set des Buzzcocks reformés. Pour l'occasion, la chanson a été réarrangée dans le style pop bruyante du groupe, et ça passe très bien.

Le dernier titre, One one one, est à base de boite à rythmes et de synthés. Il est instrumental, en-dehors d'un chœur religieux qui est plus que probablement échantillonné. C'est sans vraiment d'intérêt, mais bon, c'est juste une deuxième face B de maxi...

Pete Shelley n'a plus sorti d'album solo après Heaven and the sea. En duo avec Howard Devoto, il y a eu l'album Buzzkunst en 2002, mais il a surtout été bien occupé avec la reformation des Buzzcocks à partir de 1989. Il est mort en 2018 à 63 ans

Si l'âge d'or des Buzzcocks vous intéresse, je vous conseille la lecture de Buzzcocks (76-81) : Une brève éternité de Nicolas Sauvage (Le Boulon, 2026).


Pete Shelley mime Never again dans l'émission Music convoy en 1984.


Pete Shelley, Never again, en concert au Camden Palace à Londres en 1986. Tiré de l'émission Cue the music, également publié en DVD, Live from London. Pas de Barry Adameson, mais il y a un autre ex-Magazine dans le groupe, le batteur John Doyle.

09 septembre 2026

KRAFTWERK : A Paris le 6 juillet 1981 au Captain Vidéo


Consulté sur YouTube en 2026
Réf : [sans] -- Diffusé par Kajis Music sur YouTube le 29 mai 2024
Support : 1 fichier FLV
16 titres

Je garde un très bon souvenir du concert de Kraftwerk à la Cité de la Musique auquel j'ai assisté en septembre 2002. Plus qu'à un simple concert de musique, j'ai eu l'impression d'être plongé dans une œuvre multimédia immersive, sonore, visuelle et multi-sensorielle. Une grande réussite, réglée aux petits oignons, mais avec quand même dans un coin de la tête une question que je n'étais sûrement pas le seul à me poser : quelle est la part de musique qui est jouée "en direct" ?
Au fil des années qui ont suivi, les prestations du groupe ont été de plus en plus léchées, comme en témoigne le live Minimum-Maximum, pour aboutir à 3-D The catalogue, un coffret où Kraftwerk rejoue intégralement en concert huit de ses albums. C'est tellement propre, sans un son d'ambiance, que le groupe aurait tout aussi bien pu nous vendre ça comme de nouvelles versions studio.

L'enregistrement pirate de 1981 qui nous intéresse aujourd'hui est en parfait contraste avec les concerts du 21ème siècle de Kraftwerk. C'est vraiment ce qui m'a surpris à la première écoute : on a l'impression que c'est vraiment un groupe qui joue en live, même si, quand on voit ci-dessous les extraits d'un concert à Vienne quelques mois plus tard, on se rend compte qu'il y a beaucoup de séquences préparées, dont certaines peuvent être modifiées en direct. Il y aussi pas mal de chant, des hésitations, des pains; c'est vivant, excellent et même rock par moments !

Ce concert fait partie de la tournée qui a suivi la parution de Computer world en mai 1981. Le groupe n'avait pas tourné depuis trois ans car il travaillait à rendre son studio Kling Klang mobile. Il a eu lieu au Captain Vidéo, une salle désormais connu sous le nom de Studio Gabriel.

Hors rappels, les titres joués sont rassemblés en séquences par album (Autobahn, Radio-activity, Trans Europe Express, The man-machine et Computer world).  
Parmi mes titres préférés, il y a The hall of mirrors, Neon lights, Computer world et Mini calculateur.

Mais il y en a trois qui m'ont vraiment surpris et impressionné :
  • Autobahn tout d'abord. Je n'étais pas très chaud à l'idée de me taper une version de 17 minutes de cette composition, mais ça passe très bien et il n'y a pas le temps de s'ennuyer. Et notamment, un peu après la barre des 10 minutes, il y a une partie chantée en plus, qui n'est pas dans le disque : Ralf Hütter égrène en allemand les  étapes de nombreux trajets en autoroute, Barcelone, Lyon, Zürich, Münich et plein de villes au Royaume-Uni. J'ai l'impression que tout cela correspond plus ou moins à l'itinéraire d'une partie de leur tournée de 1981.

  • Les mannequins ensuite, une chanson prise sur un tempo bien plus rapide que la version studio. Et en plus, ils accélèrent de plus en plus pour finir sur un rythme carrément effréné.

  • It's more fun to compute enfin, le dernier titre joué ce soir-là. Intro à la batterie/boite à rythmes, basse synthétique énorme, c'est carrément du rock électronique, d'autant que le chant est énergique lui aussi. A plusieurs reprises au cours du concert, on a l'impression d'entendre des prémices d'Electronic Body Music ou de House.
En y réfléchissant, je me dis que, avec cette longue tournée de 1981, Kraftwerk était à l'apogée de son parcours, après une série impressionnante d'albums. Par la suite, ils ont encore passé des années à améliorer la qualité technique de Kling Klang, pour finir par sortir le single Tour de France en 1983 et l'album Electric café en 1986, deux disques relativement décevants. Et j'ai été encore plus déçu par Expo2000 en 1999 et Tour de France soundtracks en 2003...


Kraftwerk dans l'émission Ohne Maulkorb de la chaîne autrichienne ORF du 29 janvier 1982, avec entretiens et extraits du concert du 21 novembre 1981 à la Sofiensaal de Vienne.

07 septembre 2026

LES PAUL : Tennessee waltz


Acquis chez YMCA à Douvres le 2 mars 2020
Réf : CL.13434 -- Édité par Capitol en Angleterre en 1951
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Tennessee waltz -/- Little rock getaway

Tout début mars 2020, j'ai acheté un très beau lot de vingt-quatre 78 tours juste après être arrivé à Douvres dans un ferry quasiment vide, les voyages scolaires venant d'être suspendus dans le cadre des premières mesures face à l'épidémie de COVID.
J'ai déjà chroniqué quatre de ces disques, par Stan Freberg, Bonnie Lou, Red Ingle et The Cheers, mais les artistes les mieux représentés dans ce lot, avec sept disques, sont Les Paul et Mary Ford. Ce nombre est significatif de leur productivité et de leur succès dans les années 1950, et aussi de mon intérêt pour leur musique. Il est temps de s'intéresser à eux.  

Les Paul (1915-2009) ne se résume pas à un légendaire modèle de guitare Gibson. Je me souviens avoir été marqué par un article dans Mojo ou Uncut, où on apprenait que, à plus de 80 ans, il continuait à jouer toutes les semaines avec un groupe de potes dans un club de Manhattan.
Dans un documentaire de 1979 (visible ci-dessous), il expliquait que la scène et le contact avec le public comptaient énormément pour lui. Pourtant, en plus d'être un guitariste virtuose, c'était aussi un homme de studio et de technique, un grand inventeur et innovateur, pionnier de l'enregistrement son sur son et multi-pistes, de plein d'effets sonores dont le flange et de l'enregistrement à la maison.
Dans cet article présentant son "New sound", dévoilé à partir de 1947, c'est fascinant d'apprendre que, avant les bandes magnétiques, il utilisait des graveurs de disques acétate pour faire du son sur son, empilant jusqu'à douze enregistrements différents, sachant qu'il fallait tout recommencer au moindre problème. Il ne simplifiait pas les choses en enregistrant certaines pistes de guitare à demi-vitesse (avec le playback dans les oreilles ralenti lui aussi), pour qu'elles soient accélérées à la lecture. Et comme ils enregistraient en ville à la maison, Mary Ford se mettait parfois sous une couverture pour chanter.
Tout cela ne les a pas empêchés de produire des disques au son impressionnant, qui se sont très bien vendus. 

La valse pour moi, ça a longtemps été juste une danse ou une musique, viennoise comme la baguette, d'un Strauss ou un autre, que les "vieux" dansaient dans les bals ou les mariages, en se demandant si untel ou untel menait bien la danse.
Outre la valse n° 2 d'Elliott Smith dont on parlait justement la semaine dernière (c'est un hasard), j'ai commencé à m'intéresser à cette forme musicale depuis que je me suis passionné en 1978 pour le premier album de Lewis Furey, qui contient une chanson appelée tout simplement The waltz. Et je suis tout fier parce que, grâce aux conseils de Philippe R., je suis capable depuis les années 1990 de reconnaître le rythme ternaire de la valse.

La face A est créditée à Les Paul seul, son épouse n'étant mentionnée en complément que pour son "duo vocal", mais c'est parce que Les avait signé en solo avec Capitol. Par la suite, il a fait modifier le contrat et les disques ont été attribués à Les Paul et Mary Ford.
Je ne sais plus trop comment j'ai connu la version de Tennessee waltz par Les Paul et Mary Ford, avec des guitares presque hawaïennes sans trop de virtuosité ni de rapidité, un solo serein et les voix multipliées de Mary. Je sais juste que j'ai toujours apprécié cette excellente version d'une chanson nostalgique, l'histoire d'un gars qui voit un de ses potes à qui il vient de présenter sa bonne amie la séduire pendant qu'ils dansent la valse du Tennessee. Apparemment, l'éditeur Fred Rose a modifié un seul vers quand les auteurs lui ont présenté la chanson, et c'est "I remember the night and the Tennessee Waltz", la phrase qui a tendance à m'accrocher le plus !
Les Paul et Mary Ford ont enregistré leur version probablement fin 1950, dans la foulée de celle de Patti Page, parue en novembre 1950, avec voix doublée, cuivre (une trompette ?) et piano. C'est elle qui a fait de cette chanson un énorme succès mondial.
J'aime beaucoup la version originale par ses auteurs Pee Wee King et Redd Stewart, parue tout début 1948, très country avec violon et guitare, mais avec une touche originale, la présence d'un accordéon.

Secondhand Songs répertorie 588 versions différentes de Tennessee waltz. L'adaptation française de référence est Tennesseee valse par Tino Rossi. Très décevante, bien sûr, ne serait-ce que pour les paroles. Hors de question que Tino se fasse humilier : il y a une belle, mais pas de bal et pas de rival...!
J'ai repéré dans la liste La valse de Tennessee par Lou Lupo en 1968, par un saxophoniste canadien. Cette reprise instrumentale est surprenante car elle est funky ! D'un autre côté, cette chanson est assez souple : il y a en a aussi bien des versions rock que rhythm and blues.

La face B du 78 tours, Little rock getaway est une reprise d'une composition de 1935 du pianiste Joe Sullivan. Les Paul y joue de la guitare avec Les Paul, et plutôt trois ou quatre fois qu'une !, tout comme son disciple Marcel Bianchi le fera quelques années plus tard.

Virtuose à la fois instrumentalement à la guitare et techniquement pour les enregistrements, Les Paul est une grande figure de la musique, qui ces temps-ci doit être à peu près inconnu par chez nous.


Le 25 octobre 1953 dans l'émission Omnibus, Les Paul explique à Alaister Cooke comment il enregistre ses disques.


The wizard of Waukesha, un documentaire de 1979 de Catherine Orentreich.


Les Paul's journey to his new sound, un hommage à son père par Gene Paul.

03 septembre 2026

BRIGITTE FONTAINE - ARESKI BELKACEM : Baraka 1980


Consulté pour la première fois sur YouTube en juin 2025
Réf : KR003CD -- Édité par Kuroneko en France en 2025
Support : 9 fichiers flv
9 titres

Depuis sa publication en 2007, ma chronique de l'album Les églantines sont peut-être formidables d'Areski Belkacem et Brigitte Fontaine est l'une des plus lues et commentées du blog. Cela tient surtout au fait que les deux artistes ont toujours refusé de rééditer cet album, qui s'est peu vendu à sa sortie, parce qu'ils n'étaient pas satisfaits des arrangements et de la production de Mimi Lorenzini pour ce disque (petit aparté : je n'ai pas d'affinités particulières avec le style jazz-rock du groupe de Mimi, Édition Spéciale, qui joue sur l'album, mais leur logo, vu sur des affiches à Châlons-sur-Marne à la fin des années 1970, est l'un de mes premiers souvenirs d'affiches de concerts, avec celles d'une tournée de Thiéfaine).
Pour ma part, je trouvais que cet album ne méritait certes pas qu'on vide son portefeuille pour se le procurer, mais j'ai toujours apprécié ses titres au son assez dépouillé, principalement l'enchaînement Le ménage/L'éternel retour et La maison du café.

Les fans du duo ont eu une très bonne surprise l'an dernier quand a été annoncée la sortie de Baraka 1980, un disque présenté ainsi, "récemment exhumées, les maquettes originales [de Les églantines sont peut-être formidables] révèlent une version plus brute et sincère du projet. Ces prises dépouillées mettent en lumière l’alchimie vocale unique de Brigitte et Areski". Il a été salué au moment de sa sortie par l'ami Renaud Sachet dans Section 26.
Dans ses notes de pochette, le biographe de Brigitte Fontaine Benoît Mouchart précise que l'enregistrement s'est fait dans le home studio du compositeur et plasticien Guy Bezançon, sans être accompagnés d’aucun autre musicien. La voix d'Areski est à gauche de la stéréo, celle de Brigitte à droite, et les seuls instruments sont une guitare acoustique et un instrument "oriental" à cordes (peut-être un oud ?).

J'ai eu l'occasion de réécouter ce disque plusieurs fois depuis le décès d'Areski en juin dernier, et à chaque fois ma première impression de l'an dernier est confirmée : l'album est excellent de bout en bout, dans un tout autre style mais un peu à la manière d'un autre album en noir et blanc de 1980, le Colossal youth de Young Marble Giants : il est intime et dépouillé, Areski et Brigitte nous murmurent presque à l'oreille et on peut apprécier pleinement la qualité et l'originalité des textes.

On me l'avait signalé pour la première fois en commentaire de la chronique des Églantines, et Benoît Mouchart en parle en détails dans son livre Brigitte Fontaine : Intérieur/extérieur, certaines des chansons de cet album sont intrinsèquement liées au livre L'inconciliabule de Brigitte Fontaine, paru à cette époque (que je n'ai pas lu). Les textes de Le ménage, L'éternel retour, et peut-être d'autres chansons comme Tout le monde se rappelle peut-être de quoi il s'agit, sont tirés du livre.
En fait, il me semble qu'on a un groupe de cinq œuvres sous quatre titres différents autour de ce projet :
  • Le livre L'inconciliabule (Editions Tierce, 1981, réédité aux Belles Lettres, 2011).
  • Le projet d'album Baraka, édité chez Kuroneko en 2025 sous le titre Baraka 1980.
  • L'album Les églantines sont peut-être formidables (Saravah, 1980).
  • Le 45 tours L'inconciliabule (Saravah, 1981), avec deux chansons, Le train 2110 et L'éternel retour. 2ème. Le verso de la pochette a été repris pour Baraka 1980.
  • La pièce de théâtre jouée par Brigitte et Areski pendant une bonne partie des années 1980, sous deux titres différents, L'inconciliabule et Acte 2.
J'avais évoqué un dialogue de sourds à propos de L'éternel retour. On pourrait aussi penser à deux monologues éternellement parallèles. Dans l'émission Mosaïques en 1987, Brigitte Fontaine présentait les choses comme ça : "Il s'agit d'une lutte d'inconciliables, et d'une tentative de conciliation des inconciliables".

Dans ces versions qui ont la baraka, Le ménage, L'éternel retour et
La maison du café me plaisent toujours autant. Le titre qui offre le plus grand contraste avec la version des Églantines, c'est probablement Baby boum boum, qu'on peut maintenant pleinement apprécier. 
En fait, je n'ai plus de réserve pour aucune des neufs chansons de l'album. J'apprécie particulièrement désormais La vache, chantée par Areski ("Les temps s'annoncent difficiles, pour les saints et les imbéciles, il serait temps d'apprendre à voir, une vache dans un couloir") et La traversée, chantée par Brigitte, dont la mélodie rappellerait presque un générique de dessin animé.

Baraka 1980 est en vente chez Kuroneko en CD ou 33 tours. L'album est en écoute sur YouTube.

A voir : une passionnante sélection de documents de l'INA, dont plusieurs concernent L'inconciliabule.

Au moment où je préparais cette chronique, la réédition du classique Comme à la radio a été annoncée, en deux parties : Comme à la radio - Special edition (l'album original plus 11 bonus) et Comme à la radio : On air (12 titres, en grande partie enregistrés à l'ORTF).


 
Brigitte Fontaine et Areski Belkacem, L'éternel retour, en direct à la télévision en 1980. Une version très proche de celles de Baraka 1980. et Les églantines sont peut-être formidables.

29 août 2026

ELLIOTT SMITH : Waltz #2 (XO)


Acquis chez Age UK à Boscombe le 1er juin 2017
Réf : DRMCD 22347 -- Édité par Dreamworks en Angleterre en 1998
Support : CD 12 cm
Titres : Waltz #2 (XO) -- Our thing -- How to take a fall

Pete Paphides a récemment publié une chronique sur le passage en direct d'Elliott Smith dans une émission de télé matinale, en insistant sur le changement d'ambiance et l'émotion dès qu'il prend sa guitare pour interpréter Clementine. Il était aussi peu à sa place là qu'il ne le sera trois ans plus tard, jouant sa chanson du film Good will hunting sur la scène de la cérémonie des Oscars.
Les contrastes, ça le connaissait, lui le membre du groupe rock Heatmiser, qui s'est fait remarquer pour la qualité pop de ses chansons dès qu'il a commencé à diffuser sous son nom les enregistrements acoustiques de ses chansons.
Elliott Smith a sorti cinq albums entre 1994 et 2000. Un sixième était en préparation quand il s'est suicidé à 34 ans en 2003. Il est à peu près impossible d'écouter ses enregistrements sans penser à son destin.

Je n'ai pas écouté toute sa discographie, mais deux chansons d'Elliott Smith m'ont particulièrement marqué, et je les ai toutes deux découvertes grâce à une compilation fournie aux abonnés des Inrockuptibles. Speed trials de l'album Either/or était sur Un été 97, tandis que Waltz #2 (XO), quasiment la chanson-titre de l'album XO, était sur Une rentrée 98. Deux excellentes cuvées, au passage.
C'est presque vingt ans plus tard que j'ai trouvé ce single pour 1 £ dans une boutique caritative anglaise.

L'album est co-produit avec Smith par Rob Schnapf and Tom Rothrock, qui avaient notamment travaillé avec Beck. C'est son premier chez le gros label Dreamworks.

Le rythme de valse de Waltz #2 (XO) est bien marqué. L'orchestration est "complète" (batterie, piano, orgue, etc.), des instruments quasiment tous joués par Smith). Il y a même en plus des cordes. Le chant est doux, avec voix doublée et chœurs. Le pont évoque particulièrement les Beatles. C'est une très belle chanson.
Le point de départ des paroles semble être une session de karaoké, où sa mère et son beau-père chante chacun leur tour, Cathy's clown des Everly Brothers pour elle, à laquelle répond You're no good de Dee Dee Warwick, Betty Everett ou Linda Ronstadt pour lui.
Pour l'anecdote, il existe bien une Waltz #1, qui est sur le même album. Pas une mauvaise chanson, mais elle ne m'accroche pas autant.

Les deux faces B sont des titres inédits par ailleurs.
Our thing est un excellent instrumental. A tel point que je me suis dit que c'était un peu du gâchis, car le titre est véritablement construit pour accueillir du chant. Eh bien, même si la chanson était jouée aussi en instrumental sur scène, il existe bien une version chantée, enregistrée en répétition en 1997 et diffusée après sa mort et pas officiellement. Mais son auteur avait déjà des problèmes avec les paroles de la chanson, puisqu'à un moment il s'exhorte ainsi : "Souviens -toi des paroles, cette partie a des paroles et ça donne ça :". 

How to take a fall
doit être un autre titre enregistré pendant les sessions de l'album. Avec batterie et guitare électrique, on se rapproche là du son qu'il devait avoir sur scène quand il était accompagné par ses amis de Quasi.
La question de la chute le préoccupait visiblement : il y a la pochette de son album Elliott Smith de 1995, et aussi Taking a fall, une démo inédite de l'album posthume From a basement on the hill.


Elliott Smith, Waltz #2 (XO), en direct en décembre 1998 dans l'émission Later... with Jools Holland.


Elliott Smith, Waltz #2 (XO), en direct à la télévision.


Elliott Smith, Waltz #2 (XO), en direct le 29 novembre 1998 dans l'émission 2 meter sessies. Une version brusquement interrompue par Elliott Smith, qui explique qu'il n'en peut plus de jouer cette chanson qu'il a déjà interprétée des centaines de fois.

26 août 2026

CHIENDENT : Chiendent


Acquis par correspondance via Bandcamp le 23 août 2026
Réf : [sans] -- Édité par Chiendent en France en 2025
Support : 6 fichiers MP3
6 titres

Il n'a fallu que 15 secondes d'extrait de la chanson Le temps du danger dans le film-bilan du 35e F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs de Châlons en Champagne pour que je sache que j'ai fait une connerie en faisant l'impasse sur ce concert.
La touche des deux gars, la musique, les paroles ("Quand vient le temps du danger, je suis le premier des derniers")..., l'ambiance aurait été différente mais j'aurais sûrement passé un aussi bon moment qu'avec Vicki Kristina Barcelona.


Le film-bilan du 35e Festival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs. Chiendent est à 1'06.

Chiendent est un duo basé à Lille, composé d'Hugo Clarence, l'auteur des paroles et co-compositeur, qui est par ailleurs photographe, et du musicien Samuel Allain, un marnais d'origine.
Samuel est un habitué du festival MIA : je l'y ai vu en 2011 avec le groupe John Grape, et il avait déjà participé à deux résidences de création, en 2016 avec John Grape et 2017 avec Black Bones. Il est par ailleurs membre de Temps Calme.
Ce concert de Chiendent s'inscrivait dans le cadre de la semaine de concerts proposés autour de la création 2026 du festival, confiée à Grindi Manberg, un projet pour lequel Samuel Allain était aux claviers et aux chœurs.

Trop tard pour le concert, mais j'ai cherché à en savoir plus sur Chiendent. Je ne sais pas quand ils se sont formés, mais je pense que c'est un projet récent : leur seule publication, l'EP Chiendent, date d'il y a un an, et il se trouve qu'en fait le concert de Châlons était le tout premier du groupe.

Je n'avais entendu que 15 secondes de musique auparavant, et ma première réaction en commençant à écouter La mauvaise poésie, a été de me demander si le groupe se situait totalement dans le second degré, voire la grosse blague. Le ton à la fois parlé et distant du chant est particulier, et la basse et les synthés sonnent décalés, ou pour tout dire (volontairement) faux. C'est différent pour les cinq autres titres, et au bout du compte je pense que le but ici était d'illustrer musicalement ce dont il est question : "Mais tout ça n’est rien que de la mauvaise poésie, rien que des chansons d’amour et des bruits".

Le fait que La mauvaise poésie est une exception se confirme avec mon titre préféré du lot, Sans amont ni aval, que j'ai eu le temps d'inclure dans ma récente compilation, Nous commençons à gambiller. Rythme légèrement dansant, guitare twang et ambiance western, ça pourrait être le tube du groupe. Pourtant, contrairement à deux des autres titres, il n'a pas eu droit à sa vidéo.

L'autre titre "club" de l'EP, c'est Le temps du danger, en version complète d'un peu plus de 4'30.

Écrire des chansons
explicite quelque peu le propos du groupe ("J’ai parfois besoin d’écrire des chansons, je ne l’explique pas mais j’aime le son qu’elles font (...) J’ai parfois besoin d’écrire des chansons, comme Brel, Cohen ou Aragon").

Des chansons, on en a deux bons autres exemples, avec les assez classiques Un échafaud ("Ils ont bâti un échafaud pour les bonshommes de neige") et Entre-deux-Guiers.

Chiendent sera à nouveau en concert, ce dimanche 30 août à Lille. L'entrée est libre. Si vous êtes dans le coin, ne ratez pas l'occasion !




Chiendent, Chien sûr, en concert le 1er juillet 2026 au Festival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons en Champagne. Une chanson qui ne figure pas sur l'EP Chiendent.



22 août 2026

COLDCUT : Stop this crazy thing


Acquis chez The Children's Trust à Canterbury le 9 mars 2016
Réf : CCUT 4 -- Édité par Ahead Of Our Time/Big Life en Angleterre en 1988
Support : 45 tours 17 cm
Titres : COLDCUT featuring JUNIOR REID and THE AHEAD OF OUR TIME ORCHESTRA : Stop this crazy thing -/- Stop this crazy thing (Speng)

Coldcut est un duo rassemblant deux DJs bidouilleurs, Matt Black et Jonathan More, qui s'est illustré à partir du milieu des années 1980 en construisant des tubes hip hop/house, notamment à partir d'échantillons sonores de sources variées. A ce titre, on peut les considérer comme des pionniers de ce que j'ai appelé un peu plus tard la hip-pop optimiste.

J'ai acheté ce 45 tours pour 50 pence il y a dix ans dans une boutique caritative à Canterbury mais je connaissais cette chanson depuis longtemps, puisqu'il y a en a deux versions sur le CD de What's that noise ?, le premier album de Coldcut, que j'ai acheté en solde peu de temps après sa sortie, vers 1990.

Les bidouilleurs ne sont pas spécifiquement chanteurs, alors il y avait des invités sur cet album, à commencer par Yazz et Lisa Stanfield, dont les carrières à grand succès ont été lancées par leur collaboration avec Coldcut, mais aussi Mark E. Smith de The Fall, Queen Latifah et Junior Reid de Black Uhuru pour le titre qui nous intéresse aujourd'hui.
Junior a eu du succès avec ce titre, mais il en aura beaucoup plus un peu plus tard avec une autre collaboration hors Uhuru, puisqu'il est invité sur la version d'I'm free par les Soup Dragons.

Le site WhoSampled recense 17 échantillons musicaux présents dans Stop this crazy thing. Aujourd'hui encore, je n'aurais été capable d'en identifier que deux par moi-même, le cri de Tarzan et les halètements du King Kong de The Jimmy Castor Bunch.
Le cas de l'échantillonnage de Super grit de Trouble Funk est intéressant. Coldcut a copié les huit premières secondes cuivrées de la chanson, les a triturées et en a fait l'accroche principal de sa chanson. C'est super, et on se rend compte qu'ils ont bien sélectionné leur extrait puisque les dix autres minutes de ce titre de 1981 sont du funk avec basse slap et tout qui est beaucoup moins intéressant et accrocheur à mon sens.

L'illustration de Michael Bartalos pour la pochette annonce bien le thème de la chanson : la terre passe un sale quart d'heure. Les paroles de Junior Reid sont malheureusement éternellement d'actualité : les gens crèvent de faim, les enfants pleurent, les animaux meurent, c'est un monde insensible, c'est à nous de nous rassembler pour arrêter cette folie.

La face B, Stop this crazy thing (Speng), est une version sans le chant principal, qui permet de se concentrer sur le travail de collage et mixage réalisé pour produire la chanson.



05 août 2026

RODRIGO AMARANTE : Mon nom


Consulté sur Bandcamp le 16 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Polyvinyl aux États-Unis en 2014
Support : 1 fichier flv
Titre : Mon nom

C'ets un article de The Conversation, « Ils sont parmi nous » : la nouvelle plateforme de la Maison‑Blanche et la déshumanisation des sans‑papiers, qui a attiré mon attention sur le site aliens.gov.
Avec une charte graphique rappelant la série X files, plus la musique du générique en fond sonore, ce site annonce des documents déclassifiés sur les aliens. Au fur et à mesure qu'on fait défiler le texte, on nous annonce que les aliens sont parmi nous depuis 60 ans et semblent vivre une existence humaine normale, sauf qu'ils n'ont rien à faire ici. Les autorités ont laissé faire, mais la vérité n'est plus ailleurs, elle est ici car seul le président Trump a eu le courage de s'opposer au danger que les aliens posent à la société américaine.
C'est alors qu'on découvre un décompte et une carte avec les "rencontres" avec les aliens. Il s'agit en fait des arrestations faites par les agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), car tout le site repose sur le double sens du mot "alien" en anglais : il n'est pas question ici d'extra-terrestres mais d'étrangers, présumés en situation irrégulière.
La page se termine avec un message prétendument rassurant ("Si vous assistez à l'enlèvement d'un alien, ne vous inquiétez pas, l'alien est entre de bonnes mains"), complété bien sûr par un appel à la délation.
On trouve en bas de page un ajout présenté comme déclassifié en 2026, avec un appel à déporter tous ces "illégaux" qui ne sont pas des petits hommes verts :



Comme Fatima-Zahra Aklalouch l'explique dans son article, il s'agit bien de déshumaniser les étrangers, tout en se moquant d'eux et en faisant comme un clin d’œil au public avec des références à la culture pop. 
En découvrant ce site non seulement j'ai eu la nausée, mais, comme ça m'est arrivé à de nombreuses reprises ces derniers temps, j'ai eu l'impression d'être transporté dans une réalité alternative, une horrible dystopie. Car ce qui est d'autant plus glaçant avec ce site, c'est que ce n'est pas un simple abruti qui l'a mis en ligne sur les réseaux sociaux, ou une quelconque organisation extrémiste qui fait sa com, mais c'est bien le site officiel de la Présidence des États-Unis qui diffuse cette information.

La lecture de cet article m'a aussi fait penser à la chanson Mon nom de Rodrigo Amarante.
Je l'ai redécouverte récemment en allumant ma radio dans la voiture, restée branchée sur une émission de France Culture. Je l'ai reconnue tout de suite sans retrouver tout de suite les références : j'ai dû découvrir cette chanson de 2014 début 2020 et elle m'a plu suffisamment pour que je l'intègre dans ma compilation du moment, Comme un papillon sous la glace.
Cette chanson vient s'ajouter à d'autres déjà chroniquées ici, sur les thématiques du racisme et de la condition de l'exilé : L'affront national, Voilà, voilà que ça recommence, C.facile et Je suis venu chercher du travail.

Rodrigo Amarante est né à Rio de Janeiro en 1946. Il s'est d'abord fait connaître comme membre du groupe Los Hermanos. Après leur séparation en 2007, il a notamment participé au big band Orquestra Imperial, collaboré avec Devandra Banhart et été membre du trio Little Joy.

Mon nom est extrait de son premier album sous son nom, Cavalo. Dans son texte d'accompagnement, il explique que l'album a été écrit alors qu'il vivait de façon inattendue en exil à Los Angeles. Il explique notamment : "J'ai utilisé plusieurs langues pour me forger une nouvelle voix, une voix rendue plus forte par le manque de vocabulaire, sans subterfuges, une voix qui devait savoir ce qu'elle voulait chanter".
C'est intéressant puisque, on le comprend avec le titre, Mon nom est une chanson écrite en français par un lusophone vivant dans un pays anglophone. Elle aurait eu sa place dans la rubrique Parlez-vous français ? de l'Arrière-Magasin.
Comme Catherine Laugier l'indique chez Nos Enchanteurs, ce n'est pas la première fois que Rodrigo s'essaie au français : il avait signé en 2001 Cher Antoine pour Los Hermanos.

Le sentiment exprimé par les paroles est simple : l'étranger est par définition un déraciné, un "autre" qui se trouve dans une situation terrifiante. C'est simplement un humain, contrairement à ce que le site aliens.gov, les informations d'actualité et tous ceux qui font de cette question un enjeu électoral laissent entendre.

La vidéo est une réussite, qui exprime l'étrangeté de l'étranger en mélangeant les lettres des mots de la traduction anglaise des paroles.
Avec sa guitare acoustique, sa boite rythmes et un peu de claviers, Mon nom est une très belle chanson. Elle se fait une place dans le répertoire de la chanson française : elle a notamment été reprise en 2017 par Superbravo et en 2020 par Feu Chatterton, dans des versions très fidèles.

Le deuxième album de Rodrigo Amarante date de 2021. Il a signé en 2023 la musique du film Ses trois filles.






Rodrigo Amarante, Mon nom, en direct pour la radio KEXP à Seattle le 19 juin 2014.

01 août 2026

VICKI KRISTINA BARCELONA : Pawn shop radio


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 19 juillet 2026
Réf : JARO 4354-2 -- Édité par Jaro Medien en Allemagne en 2020
Support : CD 12 cm
10 titres

Le 35e F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs de Châlons en Champagne s'est achevé en beauté dimanche 26 juillet avec, fort logiquement, le spectacle Le dernier concert de la Compagnie I.Si. Une édition un peu particulière, puisque c'était la dernière portée par son directeur-fondateur, l'ami Patrick Legouix.

Je n'ai pas vu beaucoup de concerts du festival cette année, mais les deux moments les plus marquants pour moi ont été les prestations de
Bassi Bakambi, de la rumba congolaise au féminin (pas de chronique car ce groupe a pour l'instant très peu de musique disponible en ligne, et pas du tout en disque), et de Vicki Kristina Barcelona.

Les précédents dimanches, il faisait tellement chaud que les concerts ont dû se replier à l'intérieur de l'église Saint Alpin, mais là le temps était idéal et le groupe a joué sur le parvis, le public étant installé dans la petite rue des Lombards, juste à côté de la maison où l'on trouvait à la fin des années 1970 le HiFi Club, le disquaire chez qui j'ai acheté mon premier disque d'Elvis Costello.

Vicki Kristina Barcelona est le projet de trois musiciennes new yorkaises, qui chantent toutes les trois : Rachelle Garniez, qui joue principalement de la basse et de l'accordéon; Amanda Homi, qui joue toutes sortes de percussions; et la guitariste Kirsten Thien, qui a succédé en 2025 à Terry Radigan.
Toutes ont un parcours musical varié, sous leur nom ou en groupe, mais ce qui les rassemblent spécifiquement au sein du VKB Band, ce sont les chansons de Tom Waits (et Kathleen Brennan pour un bon nombre d'entre elles), qui constituent quasiment l'intégralité de leur répertoire.
Le nom du groupe est inspiré du film Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen (2008), pour faire un parallèle entre le film, qui s'intéresse aux relations de trois femmes avec un homme, et le groupe, où les trois musiciennes se penchent sur l’œuvre de Tom Waits.

Il se trouve qu'il s'agissait du premier concert en France de VKB, pour la plus grande joie du trio, assez francophile, et du public, qui comme moi a passé un excellent moment. Les arrangements sont inventifs, les instruments nombreux et surprenants. En solo, en duo ou en trio, les prestations vocales sont variées et à aucun moment la voix si particulière de Tom Waits ne manque : on se contente d'apprécier la qualité et l'originalité de ses chansons.

A la fin du concert, j'ai choisi en souvenir ce Pawn shop radio, leur premier album, parce qu'il contient plusieurs chansons que j'aime particulièrement, notamment ma préférée du concert, I don't want to grow up, qui avait notamment été reprise de façon mémorable par les Ramones en 1995.
Depuis, deux albums et demi sont parus, Yesterday is here (2022), Crooked little heart (2024) et Second hand moon (2025), pour marquer l'arrivée de Kirsten Thien.

Le titre d'ouverture, Cold cold ground, joué à Châlons avec un peu de guitare saturée je crois, est un bon exemple du traitement appliqué aux chansons par VKB : leur version est presque sautillante et elles s'entraident pour le chant.
Jersey girl associe rythmes latinos et accordéon.
Parmi les chansons que je connaissais et appréciais déjà, il y a notamment Tango till they're sore et Innocent when you dream. Mais il y en a que j'ai (re)découvertes le jour du concert, comme God's away on the business, à l'origine sur Blood money, et I'll be gone, de Frank's wild years.
Mon titre préféré reste I don't want to grow up, cuisiné ici à la sauce cajun. Les paroles sont vraiment une réussite : le narrateur-enfant aurait pu se retrouver chez Jonathan Richman.

Voilà un très bon album, donc, avec d'excellentes chansons dans des versions intéressantes, mais l'écouter est une expérience un peu terne si on la compare avec le très bon moment vécu pendant l'heure et quart du concert, un moment plein de vie, avec la joie des musiciennes d'être là, les petites sautes de vent, les réactions attendues et inattendues du public, les enfants qui jouent, les explications données à l'oreille de ma mère sur la thématique des chansons, les gens qui ne font que passer... On retrouve un peu de tout ça dans la vidéo de la version émouvante de I'll be gone jouée à Châlons.

Et réjouissons-nous,  car même après le dernier concert par Le Dernier Concert, le festival n'est pas tout à fait terminé. Rendez-vous vendredi 11 septembre dans le quartier du Verbeau pour un concert de Lucia de Carvalho et une frite party.

Le CD de Pawn shop radio est en vente sur Bandcamp. L'album entier est en écoute sur YouTube.


Vicki Kristina Barcelona, I'll be gone, en concert le 19 juillet 2026 au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs, sur le parvis de l'église Saint-Alpin à Châlons en Champagne.








Vicki Kristina Barcelona le 19 juillet 2026 au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs.

15 juillet 2026

JOAN BAEZ : Time rag


Consulté pour la première fois sur YouTube le 8 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Portrait en Europe en 1977
Support : 1 fichier flv
Titre : Time rag

C'est Wrongtom qui expliquait sur Bluesky l'autre jour qu'il estime depuis longtemps que Time rag de Joan Baez mérite d'être considéré comme l'un des premiers disques de hip hop. Sachant que cette chanson date de 1977, c'est très surprenant.
Évidemment, je suis aussitôt allé écouter Time rag, et oui, la filiation avec le rap saute aux oreilles : sur une rythmique légèrement funky, Joan enchaîne les couplets parlés.
La grande question est de savoir si Joan Baez était branchée au point de suivre de près les débuts balbutiants du hip hop à New York, deux ans avant Rapper's delight, ou si son parcours et ses propres influences l'ont amenée à se retrouver à ce moment-là sur un chemin proche de celui des rappers. C'est plutôt pour la seconde option que je penche, et Elizabeth Sandifer développe très en détails cet argument dans son article de 2023, Queen Shit : The case for Joan Baez, la meilleure indication étant la description que Joan donne elle-même de la chanson avant de l'interpréter dans l'émission de Johnny Carson : elle a été écrite comme un "talking disco blues", associant donc le parler du talking blues et la rythmique du disco. Même sans chercher à faire du hip hop, elle ne pouvait pas atterrir très loin de la cible. Mais elle savait certainement aussi ce qu'elle faisait puisqu'elle conclut par "OK fellows, this is a rap" (selon les paroles sur la pochette intérieur de l'album, d'après Elizabeth Sandifer), alors qu'on se serait attendu à "This is a wrap" ("C'est dans la boîte").

Les paroles de la chansons sont à la fois mordantes et pleines d'humour. Il y est question d'un entretien avec le magazine Time, qui avait fait sa couverture avec la chanteuse folk Joan fin 1962.
Là, c'est un épisode vécu qu'elle nous conte, alors qu'elle prépare son premier album pour un nouveau label, que sa carrière est en déclin et que son management lui conseille de tenter un gros coup avec Time.
Elle aurait pu se contenter d'intituler la chanson Time mag, mais Time rag est très bien vu, "Rag" désignant à la fois un type de chanson folk et... un torchon !
Ayant l'impression que le journaliste s'intéresse vraiment à ce qu'elle a à dire, Joan enchaîne sur les sujets d'actualité qui lui tiennent à coeur ("I babbled my way through the worldwide list, Ireland, Chile and the African states, Poetry, politics and how they relate, Motherhood, music and Moog synthesizers, Political prisoners and Commie sympathizers, Hetero, homo and bisexuality, Where they all stand in the nineteen-seventies"), mais elle se finit par se rendre compte qu'il n'y a qu'une seule chose qui l'intéresse vraiment : des potins sur sa relation avec Bob Dylan. Autant dire que ça se termine mal et qu'elle n'a jamais refait la couverture de Time !

Sur scène au Palladium de New York en 1977, la version de Time rag, est orchestrée de façon proche de celle de l'album, mais à la télévision, au moins par deux fois, c'est en solo et a cappella que Joan Baez l'a chantée, dans le Johnny Carson show en 1977 et à la télévision française sur Antenne 2 dans un Spécial Joan Baez diffusé le 24 janvier 1978. Les sous-titres de traduction des paroles ont du mal à suivre le débit de la chanteuse !


Joan Baez qui se retient de rire pour chanter Time rag, en direct en 1977 dans le Johnny Carson show aux États-Unis.7

11 juillet 2026

STEVE MILLER BAND : The joker


Acquis chez Récup'R à Dizy le 13 juin 2025
Réf : 2039757 -- Édité par EMI en France en 1990
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The joker (Single version) -/- Don't let nobody turn you around

Dans les années 1980 et 1990, le fabricant de jean's Levi's s'est fait une spécialité d'utiliser de bonnes musiques de l'univers du rock pour ses pubs pourrites. Ce fut le cas en 1991 avec Should I stay or should I go de The Clash, et l'année précédente avec The joker du Steve Miller Band. Il y a même eu des compilations rassemblant ces sélections, comme Levi's music en 1994, ce qui signifie aussi qu'il y avait des gens pour les acheter.
The joker a été réédité en single en 1990 pour l'occasion. Dans la majorité des pays, France incluse, la photo de pochette montrait le motard de la pub. Mais ce n'était sûrement pas assez clair pour EMI France, qui a ressorti le disque avec une autre pochette, avec au recto, en gros en haut, la mention "La chanson de la pub Levi's" avec le logo de la marque, et au verso un de ses slogans et un remerciement pour avoir autorisé l'utilisation de ces éléments !! Et pour autant, ce 45 tours n'était pas un cadeau publicitaire offert aux clients, mais un disque vendu au prix fort dans le commerce. Et cette réédition a bien fonctionné : le disque s'est classé n°1 des ventes en Angleterre, et a pas mal été diffusé aussi en France.
C'est comme ça que j'ai découvert The joker, cette chanson de 1973 qui avait déjà été un tube au moment de sa sortie (n°1 aux États-Unis, cette fois). Il faut dire que jusque-là j'avais soigneusement évité le Steve Miller Band. J'avais vu quelques-uns de leurs disques chez des copains ou dans la presse. J'avais repéré le logo avec le cheval ailé, mais j'avais décidé que c'était du truc de baba, des années 1970 avant le punk. En fait, c'était plutôt à l'origine du blues-rock, et The joker c'est encore autre chose. On ne gagne jamais rien à refuser d'être curieux.

The joker est une excellente chanson. Dans la présentation de la réédition des 50 ans de l'album, Steve Miller détaille rapidement la session et indique que le tout a été enregistré en une demi-heure. C'est valable pour l'enregistrement lui-même, mais il y a eu du boulot en amont; par exemple il lui manquait un refrain et, comme il l'explique par ailleurs, il l'a pioché dans une autre chanson qu'il avait sur le feu, Travelin'.
J'aime bien le fait que ce portrait du Joker fait référence à des personnages qui apparaissent dans d'autres chansons de Steve Miller, le Space Cowboy, le Gangster of Love et Maurice. Il a écrit les paroles au dernier moment et les a complétées en intégrant quelques vers de Lovey dovey des Clovers. Ça lui a coûté, assez logiquement, quelques pourcentages de droits d'auteur.
Je crois que ce qui m'accroche le plus dans cette chanson, c'est la rythmique, particulièrement la basse. L'enrobage de guitares acoustique et slide est très bien également.
D'une manière générale, je trouve le style de chant, ainsi que l'orchestration et les arrangements, assez intemporels. Lors d'une première écoute, j'aurais eu bien du mal à dater précisément cet enregistrement. Significativement, j'ai  rétrospectivement été amené à réévaluer la chanson de 1979 de Joe Jackson, Is she really going out with him ?, comme je l'écrivais en 2008 : "mon appréciation de la chanson de Joe Jackson est un petit peu gâchée par la connaissance du tube de Steve Miller, sorti à l'origine en 1973. Je ne crois pas qu'il y ait un quelconque repompage direct de notes entre les deux titres, ni un plagiat éhonté, mais il y a un petit quelque chose indéfinissable dans la rythmique et le chant qui à chaque fois me fait immanquablement associer les deux titres, au profit du plus ancien bien sûr."

Je ne sais pas pourquoi, mais la face B de cette réédition n'est pas la même que celle du 45 tours original de 1973. Le label est allé déterrer Don't let nobody turn you around, un titre de l'album Saving grace de 1969, produit par Glyn Johns, sorti en single aux États-Unis mais je ne pense pas qu'il a été un tube. Pour le coup, c'est vraiment du blues-rock bien de son époque, d'excellente facture, bouclé en 2'30.

J'ai appris au passage que Steve Miller était tombé dans la marmite de la musique quand il était tout petit : ses parents étaient des passionnés de musique, amis avec notamment Les Paul, le parrain de Steve, et T-Bone Walker, qui lui a donné des conseils pour jouer de la guitare dans le dos ou avec les dents !
A 82 ans, Steve Miller semble en bonne forme. Il a fait une grande tournée en 2024 et des concerts sont annoncés à New York en octobre prochain.




Steve Miller Band, The joker, en direct dans l'émission américaine The midnight special, le 25 janvier 1974.

08 juillet 2026

THE SMITHS : Barbarism begins at home


Consulté pour la première fois sur YouTube en 2023
Réf : [sans] -- Diffusé par Antenne 2 en France le 19 mai 1984
Support : 1 fichier flv
Titre : Barbarism begins at home

Ça doit être au moment de la mort d'Andy Rourke en 2023 que pas mal de vidéos ont circulé et que j'ai vu pour la première fois le passage des Smiths dans l'émission The Tube en mars 1984Barbarism begins at home se termine avec juste le duo basse/batterie pendant que Morrissey et Johnny Marr dansent. Un très bon moment. Je ne sais pas si c'est la première fois que ça se passait ainsi, mais la scène s'est reproduite à Hambourg le 4 mai et, c'est la version que j'ai sélectionnée, à Paris le 9 mai.

On comprend que des fans aient choisi Barbarims begins at home pour rendre hommage au bassiste des Smiths : la colonne vertébrale de la chanson est une ligne de basse très élaborée, assez funky pour rappeler Freak Party, le groupe dans lequel Marr et Rourke ont joué brièvement avant les Smiths. Si c'est Andy Rourke qui a trouvé cette ligne de basse, il n'a pas volé les quelques pourcentages de droits d'auteur qu'il a récupérés quand il s'est plaint après la séparation du groupe.
Elles sont musicalement différentes, mais cette chanson qui prend le temps de se dérouler sur six minutes se rapproche sur ce point de How soon is now ?, qui allait suivre quelques temps plus tard. 

La chanson  a été jouée pour la première fois sur scène en décembre 1983. La ligne de basse n'était pas encore complètement en place. C'était une période de folie pour le groupe, avec les singles à succès qui s'enchaînaient et le premier album qui venait de sortir. Pourtant, les Smiths ont joué régulièrement en 1984 cette chanson pas encore publiée, parfois même deux fois le même soir, dans le corps du concert et en rappel. Il faudra attendre février 1985 pour qu'elle sorte sur disque, sur le deuxième album, enchaînée avec une autre chanson au titre choc, Meat is murder. La sortie de ce titre en face A de single a été programmée pour l'Angleterre mais, comme pour Reel around the fountain, elle a été annulée et il n'y a qu'en Allemagne qu'un single est sorti à l'époque.

Le concert des Smiths à l'Eldorado le 9 mai 1984 est à la fois le premier et l'avant-dernier du groupe en France (je vous laisse calculer combien il y en a eu en tout). Il a été couvert par Antoine de Caunes pour son émission Houba houba et un pirate a été publié. Morrissey avait des fleurs dans la poche arrière du jean et il y en avait partout dans la salle, ne serait-ce que parce que l'affiche et le billet suggéraient au public d'en apporter.
Pour ma part, j'étais en Angleterre ce printemps-là. Les fleurs, les articles dans la presse et les passages télé m'avaient irrité, et j'ai bêtement évité tout ce qui avait trait aux Smiths, alors même que j'étais fourré deux fois par semaine dans la boutique Rough Trade !
La version jouée à Paris ce soir-là est excellente, et c'est bien de voir le bassiste qui sourit sur la fin en voyant ses compères gesticuler. On préfère voir Morrissey et Marr s'amuser comme ça et faire un pied de nez à la barbarie, plutôt qu'être à couteaux tirés comme ils le sont depuis des années (avec plein de bonnes raisons de ne pas être d'accord...!).



The Smiths, Barbarism begins at home, en concert à L'Eldorado à Paris le 9 mai 1984, diffusé dans l'émission Houba houba le 19 mai sur Antenne 2.
Ci-dessous, la séquence complète avec deux autres chansons.

05 juillet 2026

MUSICAL YOUTH : Tell me why ?


Acquis chez Happy Cash à Dizy le 9 novembre 2024
Réf : 105 571 -- Édité par MCA en Europe en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Tell me why ? -/- Reason

Ce disque fait partie des quelques "bricoles" que j'ai achetées le même jour que le Raymond Sangaria.
Je ne l'ai pas acheté à l'époque de son succès, mais j'ai toujours apprécié le tube Pass the dutchie et, depuis quelques temps, je prends les disques de Musical Youth quand j'en vois passer pour pas cher. Généralement, ils sont au minimum sympathiques. 

C'est bien le cas ici de Tell me why ?, la face A du premier single sorti pour annoncer le deuxième album du groupe, Different style !.
Il s'agit d'une reprise d'un titre de l'album Dusty roads de John Holt, sorti en 1974. Une chanson que Musical Youth a rendue encore plus sautillante. La version allongée US remix est plus intéressante, notamment car le mixage est plus roots et elle inclut le toast qu'un des chanteurs réclame mais n'a pas le temps de placer dans la version de base.

A l'écoute de Reason, j'ai eu exactement la même bonne surprise que quand j'ai découvert l'improbable Disco Reggae Band, derrière lequel on avait dissimulé le groupe anglais Black Slate : on oublie la pop-reggae, on a tout simplement là un excellent titre très roots, mieux que sympathique. Et là aussi, je conseille plutôt la version "complète" de la chanson sur le maxi, qui dure près de sept minutes. Contrairement à l'habitude, ce qu'on trouve sur le 45 tours, ce n'est pas la partie chantée de la première moitié, mais la rallonge toastée de cet excellent "discomix".
La particularité ce cette face B, quand on examine les crédits, c'est qu'elle est produite par Toney Owens. C'est le seul titre de la discographie MCA de Musical Youth qu'il a produit (tous les autres ou quasiment sont produits par Peter Collins). Mais si on regarde la discographie dans le détail, on note que Toney Owens a aussi produit en 1981 le tout premier disque de Musical Youth, Political, sorti comme le You d'Au Pairs sur le label 021, notamment pour financer le Saltley Music Workshop. Et ceci nous ramène à l'actualité et à un disque de Musical Youh qui vient de sortir, Mash down Birmingham: The early recordings of Musical Youth.

Cet album est publié par Needle Mythology, un label fondé par Will Harris et le journaliste Pete Paphides. On trouve à son catalogue des projets très soignés de rééditions avec inédits de disques notamment de Stephen Duffy, Ian Broudie, Robert Forster. Et aussi l'anthologie indiepop Sensitive, sur laquelle on trouve même Someone stole my wheels.
Pete Paphides est originaire de Birmingham, comme Musical Youth. Si vous comprenez l'anglais, je vous conseille la lecture de son livre de mémoires Broken Greek : A story of chip shops and pop songs.
Le déclic pour ce projet, c'est la découverte en 2016 de Political sur la compilation The Midland roots explosion. Pete Paphides a voulu en savoir plus, mais il lui a fallu des années de ténacité pour réussir à rencontrer Toney Owens, qui conservait des dizaines de bandes enregistrées dans une cabane dans son jardin. Il en résulte deux disques, celui de Musical Youth, et celui d'un groupe familial oublié du Birmingham des années 1970, Natrus.

A l'occasion de la sortie de ce disque, l'histoire des débuts de Musical Youth est racontée dans Mojo (n° 391 daté de juin 2026) et dans The Quietus.
A l'origine de tout, il y a Frederick Waite, un jamaïcain qui, avant d'émigrer à Birmingham pour travailler dans une usine automobile, avait eu une carrière musicale remarquable, puisqu'il est membre fondateur de groupe rocksteady The Techniques.
Quand ses fils Freddie Junior (batterie et Patrick (basse) se sont mis à la musique, il a rencontré par l'intermédiaire de Toney Owens ceux très jeunes de George Grant, Kelvin (guitare) et Michael (claviers). C'est ainsi que, au sein du Saltley Musical Workshop est né "le groupe de reggae le plus jeune du monde", initialement nommé Culture Musical Workshop Youths, dirigé par son chanteur, papa Waite, avec les quatre enfants Waite et Grant.
Cette formation originale a enregistré le 45 tours Political et une  session pour John Peel. Sans surprise, Freddie Waite connaissait du monde dans la scène reggae, et parmi les enregistrements restés inédits jusqu'en 2026 il y a des collaborations avec Sugar Minott et Jackie Mittoo. Mais au moment de signer avec un gros label, et pour respecter l'image de jeunesse associée au groupe, Freddie Waite a dû se résoudre à laisser la place et le chanteur de quinze ans Dennis Seaton a été recruté. Leur succès a été immédiat dès le premier 45 tours Pass the dutchie.

Et comment s'intercale Reason dans tout ça, avec Toney Owens à la production mais Dennis Seaton au chant, pas Frederick Waite père ? Eh bien, soit cette chanson date de juste avant la signature avec MCA, juste après les enregistrements qu'on trouve sur Mash down Birmingham, soit le groupe est retourné bosser avec lui après son succès pour une session dont ce seul titre aurait émergé.

Après leur tube initial, jeunes ou pas, les membres de Musical Youth ont été pressés comme des citrons par l'industrie du disque. Le groupe s'est séparé en 1985. Les deux frères Waite sont morts depuis, Patrick en 1993 et Freddie "Junior" en 2022. Une reformation de Musical Youth existe encore, avec Dennis Seaton et Michael Grant. Quant à Kelvin Grant, il se produit en solo.