15 août 2026

HENRI TEXIER : Amir


Acquis chez Récup'R à Dizy le 18 juillet 2026
Réf : 913 082 -- Édité par Eurodisc en France en 1976
Support : 33 tours 30 cm
7 titres

Ce disque était égaré à la ressourcerie au milieu d'un lot sans unité ni intérêt particulier. A 20 centimes, je l'ai acheté, en pensant l'offrir s'il ne me plaisait pas, le jazz n'étant d'une manière générale pas trop ma tasse de thé.
Mais l'album m'a intéressé, alors j'ai décidé de le garder et j'en profite pour le chroniquer. Il faut dire que les occasions (à deux sens du terme) sont rares, alors on va pas gâcher : ce n'est que la sixième chronique cette année d'un disque chiné récemment.
Ce jour-là, j'ai aussi trouvé deux 45 tours, de Nancy Holloway et Alphonso et son Orchestre.

J'ai quand même eu l'occasion de voir Henri Texier en concert au Festival des Musiques de Traverses de Reims le 20 mai 1982, en quartet avec Philippe Deschepper, Louis Sclavis et Jacques Mahieux, le même jour que Rip Rig and Panic.
Autant je me souviens vaguement ce même week-end de la prestation un peu spectaculaire du Willem Breuker Kollektiev et du Mike Westbrook Brass Band, autant je n'ai aucun souvenir du concert du Quartet.

Amir est le premier disque d'Henri Texier paru sous son nom.
La pochette est surprenante, et donc réussie. Ce qui m'a le plus surpris, c'est la tenue d'Henri Texier. Je ne sais pas vraiment à quoi je me serais attendu pour un contrebassiste de jazz au milieu des années 1970, mais sûrement pas à le voir dans un champ, en casquette, chemise à carreaux, gilet et pantalon de velours, un peu comme un paysan endimanché.
Mon exemplaire chez Arabella correspond à l'édition originale. Il a été réédité dès 1979 sur le label du producteur et éditeur de l'album, Jean-Marie Salhani.

La particularité d'Amir, c'est que c'est littéralement un disque solo. En s'appuyant sur les possibilités de ré-enregistrements de pistes des magnétophones Revox, il joue de tous les instruments (contrebasse, violoncelle, oud, percussions, flûte, piano...), et même, il chante, sans paroles, certaines des mélodies. Il en est de même pour le deuxième album Varech, sorti en 1977.

L'autre particularité de l'album, c'est que ce n'est pas un disque de jazz "pur". On n'utilisait pas le terme à l'époque, mais les "musiques du monde" influencent fortement ce disque, suite notamment à un séjour en Tunisie en 1969, d'où il a ramené un tambour bendir. Amir,un ami égyptien, lui avait aussi offert un oud.
Henri Texier aurait aimé que son disque soit classé chez les disquaires dans un rayon "jazz folk", mais ce rayon n'a jamais existé, et il était réputé dans le monde du jazz, alors..
.
En tout cas, ce sont ces mélanges d'influences qui font que j'accroche à une bonne partie des compositions, à commencer par le morceau-titre, qui ouvre l'album, Amir, qui a même été diffusé à l'époque par le label en 45 tours promo pour les radios.
Dans des veines similaires, j'apprécie également Le piroguier, une composition de Jean Sauvielle (on n'est pas si loin d'Areski), Homme rouge et le très court Quand tout s'arrête.

J'ai plus de mal avec la partie Les petits enfants du triptyque Le sage, le singe et les petits enfants et Hommage, un solo de contrebasse il me semble, mais après quelques écoutes, j'ai fini aussi par accrocher aux parties de Les korrigans qui ne sont pas de la contrebasse en solo !

La démarche d'Henri Texier a dû surprendre le monde du jazz à l'époque, mais le disque a visiblement trouvé son public et il a reçu le en 1977 le Prix Django Reinhardt de l'Académie de Jazz.

Depuis ce premier album, Henri Texier a multiplié les rencontres, les voyages et les productions musicales. En 2018, sur l'album Sand woman, il a repris en quintet à la fois Amir (dans une version allongée à 12 minutes, alors bien sûr les musiciens tricotent chacun leur tour et une fois l'intro passée c'est pas du tout pour moi), et Quand tout s'arrête, dans une version également allongée à 7 minutes, mais qui passe très bien.

Henri Texier est actuellement en tournée. Il sera de retour dans la région de Reims au Caveau d'Hermonville les 19 et 20 septembre 2026.



Henri Texier, voix libre du jazz français, une série de 5 émissions de 27 minutes de 2018, est à écouter sur France Musique.

12 août 2026

ROBERT : Le model


Consulté pour la première fois sur YouTube le 4 août 2026
Réf : [sans] -- Édité par Karina Square en France en 1997
Support : 1 fichier flv
Titre : Le model

The model de Kraftwerk est une chanson importante pour moi. Je crois que j'ai commencé à vraiment m'y intéresser avec la reprise par Snakefinger sur son premier album en 1979, avant de (re)découvrir la version originale de 1978 au moment de son succès grâce à une réédition en 45 tours en 1982.
J'ai déjà chroniqué ici la version originale, celle de Snakefinger, et celles de Big Black et Fall of Saigon. Il existe d'autres versions par le Balanescu QuartetRammstein ou Prince Fatty.

La semaine dernière, j'ai consulté la page Wikipedia de la chanson, pour vérifier à quel moment de l'année 1978 elle a été publiée pour la première fois. En la relisant, j'ai appris qu'il en existait une reprise publiée par la chanteuse Robert sur son premier album Sine en 1993. Je ne suis pas le seul je pense à ne connaître Robert que pour le succès qu'elle a eu en 1990 avec son premier 45 tours, Elle se promène.
Je me suis mis en quête de cette reprise par Robert, en me disant que ce serait peut-être une adaptation en français. Quand j'ai vu qu'elle reprenait le titre original allemand Das modell, j'ai tout de suite su que ce n'était pas le cas. La version est assez fidèle à l'original, mais avec un peu de piano, des "Dou dou dou dou" chantés et une voix féminine qui m'a rappelé Sonoko.

En l'écoutant, j'ai noté sur la droite de l'écran que YouTube me proposait d'écouter Le model par Robert...! Ah !, me suis-je dit, Robert a bien fait une version française de The model !
Sauf que cette chanson publiée en 1997 sur le deuxième album Princesse de rien n'est pas une reprise. Elle est créditée à Robert pour les paroles, Robert et Mathieu Saladin pour la musique.
Je ne comprends pas pourquoi le "model" en anglais a été choisi pour le titre, alors que les paroles sont bien en français et "modèle" avec le sens de "personne qui pose" aurait bien convenu. 

Ce qui est surtout surprenant à l'écoute, c'est qu'il n'y a pas que le titre qui rappelle la chanson de Kraftwerk. Côté musique, les lignes mélodiques de synthé, la basse électronique, tout rappelle la chanson reprise en allemand sur le premier album. Côté chant, on retrouve les "Dou dou dou dou", et les paroles françaises sont par moments une adaptation presque directe des paroles anglaises : "She's a model and she's looking good" devient "Elle est belle, elle est model", "I saw her on the cover of a magazine" se transforme en "Son corps se dessine sur tous les magazines" et "Personne ne l'approche, ne la touche" évoque "She plays hard to get".

Bref, la limite entre reprise, plagiat et hommage est très fine. Je penche plutôt pour un hommage, tout comme J'écoute la K7 de la vedette par La Variété faisait référence à Mini calculateur. Sauf que dans les deux cas les créateurs originaux ne sont pas du tout crédités dans la chanson-hommage.
Il ne peut pas être question de plagiat pour Robert, car quand on veut plagier une chanson on ne commence pas par en faire une reprise créditée en bonne et due forme sur un disque précédent !
C'est assez incompréhensible, mais des précisions sont fournies dans la présentation de l'album Sine sur l'ancien site officiel de Robert. "L'album est riche en reprises, la plus fameuse étant "Das Model" de Kraftwerk, désormais l'une des chansons fétiche de Robert, à tel point qu'elle en fera en français une adaptation baroque dans "Princesse de rien". Un single aurait dû voir le jour, accompagné d'une version anglaise.".
Le model était donc bien envisagé initialement comme une adaptation en français de Das Modell, et on aurait même pu avoir un single avec The model. Je suppose que la raison du changement de pied est à chercher dans des questions de droits et dans les gros problèmes que Robert a eus avec Sony après la sortie de Sine.

Amie de Robert, Amélie Nothomb a écrit des paroles originales pour plusieurs de ses chansons et elle s'est inspirée de son passé de danseuse pour son roman Robert des noms propres.
La biographie de Robert par Mathieu Saladin s'intitule elle Robert des non dits.
Le dernier album en date de Robert, Le chant des égarés, est sorti en 2021.

08 août 2026

THE TIMES : Beat torture



Acquis probablement chez A La Clé de Sol à Reims en 1988
Réf : CRELP 038 -- Édité par Creation en Angleterre en 1988
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

The Beautiful Music
, le label basé au Canada de Wally Salem, a d'abord attiré notre attention avec une série de compilations en hommage aux Television Personalities. Il y a eu également deux volumes de reprises de chansons d'Adrian Borland de The Sound. Mais au fil des années, TBM a aussi développé un catalogue de titres originaux, reflet de la production d'une sorte d'internationale pop underground,pour reprendre une expression de K records, avec notamment Dupont Circles, Dot Dash, The Yellow Melodies, Roy Moller ou Armstrong.
Mais TBM continue à rassembler des musiciens passionnés du monde entier pour rendre hommage à de grandes figures. Le dernier en date, avec un lien avec les TVPs, est I Helped Edward Ball Escape, un hommage à The Times et Ed Ball, dont le titre fait référence au classique de The Times, I helped Patrick McGoohan escape.

C'est l'aboutissement d'un projet au long cours qui a attiré de nombreux fans d'un artiste prolifique et sympathique. Pas étonnant donc qu'au bout du compte que cet hommage prenne la forme d'un double CD de 44 titres !
Et le mieux dans tout ça, c'est que le nombre de titres qui m'ont plu à l'écoute est largement supérieur à la moyenne de ce genre de compilation. Par exemple, les dix premiers titres du CD 2, dans une veine pop électrique, m'ont tous accroché l'oreille sans exception. Dans le lot, il y a mes deux préférés tout court, Britannia sleeps tonight par The Woermwood Scrubs et Pinstripes par The Great Auk Fanciers' Society. Parmi les autres titres, j'ai notamment apprécié ceux de Rotifer, Summerhouse, The Yellow Melodies, April Events, Terryball, Tender Engines et The Answers.

I helped Ed Ball escape est en vente ici.
La réaction détaillée d'Ed Ball à l'écoute de ces reprises est à lire ici.
Une chronique en français par Benjamin Berton a été publiée par Sun Burns Out.

Pour fêter ça, j'ai ressorti Beat torture, le premier disque d'Ed Ball sorti chez Creation. Le premier d'une très longue série sous de multiples identités jusqu'à la dissolution du label tout début 2000.
En 1988, mes fonctions de conseiller spirituel de Biff Bang Pow ! venaient de s'interrompre brutalement. Je ne recevais donc plus de disques du label en cadeau et j'ai choisi d'acheter celui-ci quand je suis tombé dessus en magasin à Reims. Comme c'est arrivé quelques fois dans l'histoire du rock, par exemple avec le troisième Starshooter ou l'Agents of change EP de Blue Orchids, le disque à la pochette très dépouillée était vendu dans un sac plastique. C'est un pressage anglais, mais une étiquette de code prix collée dessus indique qu'il est passé par les mains d'un distributeur français plutôt que d'un importateur.
Dans un entretien pour le site Creation Records en 2005, Ed explique qu'Alan McGee lui a proposé début 1988 de sortir un album et de travailler pour le label. Problème, la formation précédente de The Times s'était séparée en 1987, alors Alan a proposé les services de BBP!. Dans les faits, l'album a été enregistré avec Alan et Dick Green de BBP!, Jowe Head (Swell Maps, TVPs, The Palookas, etc.) et le batteur Paul Mulreany, qui est resté un temps membre de The Times et a aussi joué avec The Blue Aeroplanes, Jazz Butcher et Primal Scream.
La tonalité noire de la pochette fait bien la transition avec l'album Love is forever de BBP!, sorti quelques mois plus tôt et sur lequel on entend Ed aux chœurs. Les deux ont en commun un son clair et énergique.

Ma période préférée de The Times est celle que je qualifierais de période sous ecstasy, de E for Edward en 1989 à Pure en 1991, mais Beat torture arrive juste derrière. C'est vraiment un disque que je trouve très bon, que j'apprécie plus par exemple que les premiers albums de The Times, pourtant réputés et recherchés.

Cela tient en partie à l'excellence et à la fougue du morceau d'ouverture, Godevil, celui qui a été le plus diffusé puisqu'il figurait sur la compilation pas chère de Creation, Doing it for the kids.
L'intro est très rock and roll, avec un saxophone bien gras (je me demande bien qui le joue). Je me suis persuadé à l'époque que la deuxième voix, celle qui chante "What have you ever done ?" et "Godevil's waiting in the shadows", était celle d'Alan. J'ai eu des hésitations aujourd'hui, mais je pense quand même que c'est bien le cas.

On enchaîne ensuite sur un ton moins furieux et plus dans le style habituel d'Ed Ball avec une autre très bonne chanson, Heaven sent me an angel, la seule de l'album reprise sur I helped Ed Ball escape, en version électro-pop par Si Farrier
Elle donne le ton de la suite de l'album, qui est d'excellente tenue, à part une baisse de régime sur les deux derniers titres.
Il y a plusieurs autres titres rapides et électriques (I'll be your volunteer, Department store et It had to happen), mais aussi la ballade avec harmonica Love like haze or rain, Chelsea green avec un arrangement surprenant et How to start your own country au rythme un peu martial.

J'ai découvert en préparant cette chronique qu'il y avait quatre titres en plus sur l'édition CD de l'album. Il s'agit en fait de démos de quatre des chansons, en solo, avec boite à rythmes. Elles auraient été suffisamment bonnes pour sortir telles quelles, en EP par exemple.

Après la fin de Creation, Ed Ball n'a plus sorti aucun nouveau disque de ses projets. On l'a retrouvé en 2006 à l'époque de My dark places pour épauler son pote Dan Treacy en enregistrant et tournant avec Television Personalities. Il pensait en 2005 sortir un nouvel album solo. J'ai l'impression qu'il ne faut pas trop compter dessus.

Contrairement à un grand nombre de disques de The Times publiés avant ou après, Beat torture n'a jamais été réédité depuis 1988, mais l'album est intégralement en écoute sur YouTube, les quatre titres de l'édition CD compris.

05 août 2026

RODRIGO AMARANTE : Mon nom


Consulté sur Bandcamp le 16 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Polyvinyl aux États-Unis en 2014
Support : 1 fichier flv
Titre : Mon nom

C'ets un article de The Conversation, « Ils sont parmi nous » : la nouvelle plateforme de la Maison‑Blanche et la déshumanisation des sans‑papiers, qui a attiré mon attention sur le site aliens.gov.
Avec une charte graphique rappelant la série X files, plus la musique du générique en fond sonore, ce site annonce des documents déclassifiés sur les aliens. Au fur et à mesure qu'on fait défiler le texte, on nous annonce que les aliens sont parmi nous depuis 60 ans et semblent vivre une existence humaine normale, sauf qu'ils n'ont rien à faire ici. Les autorités ont laissé faire, mais la vérité n'est plus ailleurs, elle est ici car seul le président Trump a eu le courage de s'opposer au danger que les aliens posent à la société américaine.
C'est alors qu'on découvre un décompte et une carte avec les "rencontres" avec les aliens. Il s'agit en fait des arrestations faites par les agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), car tout le site repose sur le double sens du mot "alien" en anglais : il n'est pas question ici d'extra-terrestres mais d'étrangers, présumés en situation irrégulière.
La page se termine avec un message prétendument rassurant ("Si vous assistez à l'enlèvement d'un alien, ne vous inquiétez pas, l'alien est entre de bonnes mains"), complété bien sûr par un appel à la délation.
On trouve en bas de page un ajout présenté comme déclassifié en 2026, avec un appel à déporter tous ces "illégaux" qui ne sont pas des petits hommes verts :



Comme Fatima-Zahra Aklalouch l'explique dans son article, il s'agit bien de déshumaniser les étrangers, tout en se moquant d'eux et en faisant comme un clin d’œil au public avec des références à la culture pop. 
En découvrant ce site non seulement j'ai eu la nausée, mais, comme ça m'est arrivé à de nombreuses reprises ces derniers temps, j'ai eu l'impression d'être transporté dans une réalité alternative, une horrible dystopie. Car ce qui est d'autant plus glaçant avec ce site, c'est que ce n'est pas un simple abruti qui l'a mis en ligne sur les réseaux sociaux, ou une quelconque organisation extrémiste qui fait sa com, mais c'est bien le site officiel de la Présidence des États-Unis qui diffuse cette information.

La lecture de cet article m'a aussi fait penser à la chanson Mon nom de Rodrigo Amarante.
Je l'ai redécouverte récemment en allumant ma radio dans la voiture, restée branchée sur une émission de France Culture. Je l'ai reconnue tout de suite sans retrouver tout de suite les références : j'ai dû découvrir cette chanson de 2014 début 2020 et elle m'a plu suffisamment pour que je l'intègre dans ma compilation du moment, Comme un papillon sous la glace.
Cette chanson vient s'ajouter à d'autres déjà chroniquées ici, sur les thématiques du racisme et de la condition de l'exilé : L'affront national, Voilà, voilà que ça recommence, C.facile et Je suis venu chercher du travail.

Rodrigo Amarante est né à Rio de Janeiro en 1946. Il s'est d'abord fait connaître comme membre du groupe Los Hermanos. Après leur séparation en 2007, il a notamment participé au big band Orquestra Imperial, collaboré avec Devandra Banhart et été membre du trio Little Joy.

Mon nom est extrait de son premier album sous son nom, Cavalo. Dans son texte d'accompagnement, il explique que l'album a été écrit alors qu'il vivait de façon inattendue en exil à Los Angeles. Il explique notamment : "J'ai utilisé plusieurs langues pour me forger une nouvelle voix, une voix rendue plus forte par le manque de vocabulaire, sans subterfuges, une voix qui devait savoir ce qu'elle voulait chanter".
C'est intéressant puisque, on le comprend avec le titre, Mon nom est une chanson écrite en français par un lusophone vivant dans un pays anglophone. Elle aurait eu sa place dans la rubrique Parlez-vous français ? de l'Arrière-Magasin.
Comme Catherine Laugier l'indique chez Nos Enchanteurs, ce n'est pas la première fois que Rodrigo s'essaie au français : il avait signé en 2001 Cher Antoine pour Los Hermanos.

Le sentiment exprimé par les paroles est simple : l'étranger est par définition un déraciné, un "autre" qui se trouve dans une situation terrifiante. C'est simplement un humain, contrairement à ce que le site aliens.gov, les informations d'actualité et tous ceux qui font de cette question un enjeu électoral laissent entendre.

La vidéo est une réussite, qui exprime l'étrangeté de l'étranger en mélangeant les lettres des mots de la traduction anglaise des paroles.
Avec sa guitare acoustique, sa boite rythmes et un peu de claviers, Mon nom est une très belle chanson. Elle se fait une place dans le répertoire de la chanson française : elle a notamment été reprise en 2017 par Superbravo et en 2020 par Feu Chatterton, dans des versions très fidèles.

Le deuxième album de Rodrigo Amarante date de 2021. Il a signé en 2023 la musique du film Ses trois filles.






Rodrigo Amarante, Mon nom, en direct pour la radio KEXP à Seattle le 19 juin 2014.

01 août 2026

VICKI KRISTINA BARCELONA : Pawn shop radio


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 19 juillet 2026
Réf : JARO 4354-2 -- Édité par Jaro Medien en Allemagne en 2020
Support : CD 12 cm
10 titres

Le 35e F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs de Châlons en Champagne s'est achevé en beauté dimanche 26 juillet avec, fort logiquement, le spectacle Le dernier concert de la Compagnie I.Si. Une édition un peu particulière, puisque c'était la dernière portée par son directeur-fondateur, l'ami Patrick Legouix.

Je n'ai pas vu beaucoup de concerts du festival cette année, mais les deux moments les plus marquants pour moi ont été les prestations de
Bassi Bakambi, de la rumba congolaise au féminin (pas de chronique car ce groupe a pour l'instant très peu de musique disponible en ligne, et pas du tout en disque), et de Vicki Kristina Barcelona.

Les précédents dimanches, il faisait tellement chaud que les concerts ont dû se replier à l'intérieur de l'église Saint Alpin, mais là le temps était idéal et le groupe a joué sur le parvis, le public étant installé dans la petite rue des Lombards, juste à côté de la maison où l'on trouvait à la fin des années 1970 le HiFi Club, le disquaire chez qui j'ai acheté mon premier disque d'Elvis Costello.

Vicki Kristina Barcelona est le projet de trois musiciennes new yorkaises, qui chantent toutes les trois : Rachelle Garniez, qui joue principalement de la basse et de l'accordéon; Amanda Homi, qui joue toutes sortes de percussions; et la guitariste Kirsten Thien, qui a succédé en 2025 à Terry Radigan.
Toutes ont un parcours musical varié, sous leur nom ou en groupe, mais ce qui les rassemblent spécifiquement au sein du VKB Band, ce sont les chansons de Tom Waits (et Kathleen Brennan pour un bon nombre d'entre elles), qui constituent quasiment l'intégralité de leur répertoire.
Le nom du groupe est inspiré du film Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen (2008), pour faire un parallèle entre le film, qui s'intéresse aux relations de trois femmes avec un homme, et le groupe, où les trois musiciennes se penchent sur l’œuvre de Tom Waits.

Il se trouve qu'il s'agissait du premier concert en France de VKB, pour la plus grande joie du trio, assez francophile, et du public, qui comme moi a passé un excellent moment. Les arrangements sont inventifs, les instruments nombreux et surprenants. En solo, en duo ou en trio, les prestations vocales sont variées et à aucun moment la voix si particulière de Tom Waits ne manque : on se contente d'apprécier la qualité et l'originalité de ses chansons.

A la fin du concert, j'ai choisi en souvenir ce Pawn shop radio, leur premier album, parce qu'il contient plusieurs chansons que j'aime particulièrement, notamment ma préférée du concert, I don't want to grow up, qui avait notamment été reprise de façon mémorable par les Ramones en 1995.
Depuis, deux albums et demi sont parus, Yesterday is here (2022), Crooked little heart (2024) et Second hand moon (2025), pour marquer l'arrivée de Kirsten Thien.

Le titre d'ouverture, Cold cold ground, joué à Châlons avec un peu de guitare saturée je crois, est un bon exemple du traitement appliqué aux chansons par VKB : leur version est presque sautillante et elles s'entraident pour le chant.
Jersey girl associe rythmes latinos et accordéon.
Parmi les chansons que je connaissais et appréciais déjà, il y a notamment Tango till they're sore et Innocent when you dream. Mais il y en a que j'ai (re)découvertes le jour du concert, comme God's away on the business, à l'origine sur Blood money, et I'll be gone, de Frank's wild years.
Mon titre préféré reste I don't want to grow up, cuisiné ici à la sauce cajun. Les paroles sont vraiment une réussite : le narrateur-enfant aurait pu se retrouver chez Jonathan Richman.

Voilà un très bon album, donc, avec d'excellentes chansons dans des versions intéressantes, mais l'écouter est une expérience un peu terne si on la compare avec le très bon moment vécu pendant l'heure et quart du concert, un moment plein de vie, avec la joie des musiciennes d'être là, les petites sautes de vent, les réactions attendues et inattendues du public, les enfants qui jouent, les explications données à l'oreille de ma mère sur la thématique des chansons, les gens qui ne font que passer... On retrouve un peu de tout ça dans la vidéo de la version émouvante de I'll be gone jouée à Châlons.

Et réjouissons-nous,  car même après le dernier concert par Le Dernier Concert, le festival n'est pas tout à fait terminé. Rendez-vous vendredi 11 septembre dans le quartier du Verbeau pour un concert de Lucia de Carvalho et une frite party.

Le CD de Pawn shop radio est en vente sur Bandcamp. L'album entier est en écoute sur YouTube.


Vicki Kristina Barcelona, I'll be gone, en concert le 19 juillet 2026 au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs, sur le parvis de l'église Saint-Alpin à Châlons en Champagne.








Vicki Kristina Barcelona le 19 juillet 2026 au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs.

29 juillet 2026

JUILLET FIRE : Wildfire


Consulté pour la première fois sur Bandcamp le 26 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Juillet Fire aux États-Unis en 2015
Support : 1 fichier mp3
Titre : Wildfire

Comme je manquais un peu d'inspiration pour trouver un sujet de chronique de musique en ligne, j'ai procédé comme je le faisais pour mes chroniques pour le webzine Casbah : j'ai fait une recherche sur Bandcamp.
Eh non, je ne suis pas obsédé par l'actualité brûlante au point d'avoir fait une recherche sur "feu" ou "forêt". Non, tout bêtement, j'ai commencé par une recherche sur le mois en cours, "juillet" (inconsciemment, je devais me souvenir que j'avais procédé de façon similaire en novembre 2021 pour ma toute première chronique Casbah).
Et dans la première page de résultats, j'ai aperçu ce titre en anglais Feu de forêt par Feu de Juillet...! Là, je ne pouvais qu'aller écouter et, comme ce que j'ai entendu m'a paru suffisamment intéressant, mon choix a été vite fait.
Ce que j'avais complètement oublié c'est que, toujours pour Casbah, j'avais bien fait il y a trois ans une recherche sur "forest fire", en référence à l'excellente chanson de Lloyd Cole. Il en avait résulté la chronique de A Forest Fires, The Bamboo Shoots.

S'agissant d'un artiste américain, je n'arrive pas à expliciter l'utilisation du terme "Juillet" dans le nom. On se serait attendu par exemple à "July" ou "Juliet", mais là ça reste intrigant.
Derrière ce nom, on trouve une musicienne de Grand Junction dans le Colorado, diplômée en 2015 du fameux Berklee College of Music.

Parmi les mots-clés choisis pour caractériser Juillet Fire, il y a "electronic" et "pop vocals", et ça convient très bien pour décrire Wildfire, une chanson d'amour, avec la basse synthétique en intro et les synthés et percussions électroniques qui viennent ensuite. La voix pop est bien là, doublée par moments, et la chanson décolle vraiment dans la deuxième moitié avec les répétitions du refrain "Let the wildfire burn". Ça me rappelle évidemment un peu mes années new wave, mais ça me plaît bien.

La chanson est extraite du Mile high in 2015 EP, sur lequel mes deux autres titres préférés sont Living in the age et Really rad, en collaboration avec A spineless mind.

Juillet Fire n'a rien publié d'autre sur Bandcamp depuis 2015, et il n'y a rien non plus sur Discogs ou ailleurs en ligne. J'imagine quand même que la musicienne/chanteuse en question reste active, avec d'autres projets.

Quant à nous, si l'inspiration manque on pourra toujours s'intéresser à la canicule la semaine prochaine...