18 octobre 2026

MUNGO JERRY : Sur le pont d'Avignon


Acquis à La Recyclerie à Châlons-en-Champagne le 15 septembre 2023
Réf : 2058 847 -- Édité par Polydor en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Sur le pont d'Avignon -/- Feels like I'm in love

L'autre jour avec Philippe R. on se demandait si j'avais déjà chroniqué un disque de cet excellent groupe qu'est Mungo Jerry. Je n'étais pas sûr de la réponse; tout ce que je savais c'est que, si j'avais effectivement fait une chronique, c'était probablement In the Summertime ou la reprise de Dutronc Alright, alright, alright que j'avais dû choisir.
Bon, en fait il n'y avait encore eu aucune chronique et, sûrement au grand désespoir de Philippe, c'est finalement sur cet obscur 45 tours que j'ai jeté mon dévolu. Je l'ai acheté un jour de bonne pêche à la ressourcerie de Châlons, où j'avais trouvé une vingtaine de disques tous formats (45t,33t, 78t, CD), par notamment Salem Tradition, Sweet Emma ou Les Jokarys.

L'album de 1977 de Mungo Jerry, crédité en Angleterre à Ray Dorset and Mungo Jerry, s'appelle Lovin' in the alleys, fightin' in the streets. La pochette avec Ray sur sa Moto Guzzi et une femme en robe rouge à côté est tout sauf une réussite.
La photo de pochette de mon 45 tours provient de la même session de prises de vues, et les deux faces viennent aussi des sessions d'enregistrement de l'album, mais on ne les trouve pas dessus. En 1977, ces deux chansons sont sorties uniquement sur ce 45 tours, qui ciblait spécifiquement les marchés francophones puisqu'il n'a été diffusé qu'en France, en Belgique et au Canada. Ces deux chansons n'ont pas été publiées en Angleterre avant 1979, lors de la sortie de la compilation Six a side.

C'est un coup classique avec les versions de chansons populaires : vous serez peut-être surpris d'apprendre que Sur le pont d'Avignon est signé par Ray Dorset !
Franchement, ce n'est pas une version intéressante. L'objectif est purement commercial, et on nous sert de la variété, voire du baluche, avec ses claquements de mains et ses "Lalala, lala, la, lala".
Pour ce qui est d'une version rock de cet air, je préfère le Comme ci, comme ça des Spotnicks, qui date de 1963.

Ce qui fait l'intérêt de ce 45 tours, c'est sa face B, Feels like I'm in love, cette fois-ci une véritable composition originale de Ray Dorset. L'arrangement est une sorte de disco léger (à cette époque, presque tout le monde donnait dans le disco, même les Stones et Kiss), avec des chœurs qui font "Ouh" et "Ah". C'est de la pop efficace et accrocheuse.
Ce qui est intéressant, c'est que cette chanson publiée sur une obscure face B d'un obscur 45 tours a eu une destinée commerciale exceptionnelle. Il faut dire que, dès le départ, Ray Dorset avait de grandes ambitions pour elle : il la destinait rien moins qu'à Elvis Presley. Il a même chanté la démo dans son style et, quand on le sait, ça s'entend aussi sur le disque. Sauf que, au moment où son producteur a cherché à entrer en contact avec l'entourage du King pour la lui proposer, Elvis a eu la mauvaise idée de calancher. C'est pour ça que la chanson s'est retrouvée mise de côté et même reléguée.
Quelques temps plus tard, la chanteuse Kelly Marie, surtout connue en France pour son tube Who's that lady with my man, l'a entendue chez un éditeur et, avec son producteur, ils ont pensé qu'elle avait du potentiel.
Kelly Marie a donc enregistré une reprise de Feels like I'm in love, dans un style disco plus marqué. Le succès n'a pas été instantané, loin de là. Le 45 tours est d'abord sorti en 1979, sans grand succès. Réédité en 1980, il a fallu plusieurs mois pour qu'il se diffuse dans le pays mais, en septembre 1980, Kelly Marie a été numéro 1 des ventes pendant deux semaines au Royaume-Uni. Une version remixée sortie en 1981 a également eu du succès aux États-Unis.
Et voilà comment un chanson uniquement sortie en France, en Belgique et au Canada est sûrement devenue une de celles de Ray Dorset qui ont été le plus diffusées, derrière In the Summertime.


Avec une introduction par Jacques Martin et Stéphane Collaro, Mungo Jerry interprète Sur le pont d'Avignon en direct à la télévision le 24 avril 1977.


Avec une introduction par Michel Drucker et Claude François, Mungo Jerry interprète Sur le pont d'Avignon dans l'émission Les rendez-vous du dimanche le 17 avril 1977.



Kelly Marie se souvient de sa découverte de Feels like I'm in love pendant que Ray Dorset en interprète une version acoustique.



Mungo Jerry, Feels like I'm in love, une version rapide en concert à l'Université de Lancaster au début des années 1980, à l'époque du succès de Kelly Marie.



Mungo Jerry, Feels like I'm in love, une version plus lente en concert en janvier 2001 au Liverpool Club à Bunde en Allemagne.

14 octobre 2026

LUCAS SCHWARTZ : Definitive gaze


Acquis par correspondance via Bandcamp le 11 octobre 2026
Réf : LINGE043 -- Édité par Linge en France en 2014
Support : 1 fichier MP3
Titre : Definitive gaze

Dimanche dernier, JC de The Vinyl Villain a terminé sa série de chroniques de l'intégrale des singles de Magazine.
Cela explique pourquoi l'après-midi même, alors que je cherchais sur Bandcamp une idée de chronique, je me suis mis à rechercher des reprises de Magazine. J'ai fait un essai avec Shot by both sides, sans rien trouver de probant, puis avec A song from under the floorboards (j'ai bien aimé la version synthétique par Very Serious). Pour le troisème essai avec Definitive gaze, il n'y avait que deux chansons en résultat, dont une n'était pas une reprise. Mais j'ai su tout de suite à l'écoute de la version de Lucas Schwartz que j'étais tombé sur quelque chose de spécial, par un français en plus.

L'album dont ce titre est extrait, English feelings vol. 1, a été publié en numérique par Linge Records, qui se présente comme "le label des musiques à refaire, entre musiques pop, électro et expérimentations. (...) Les artistes Linge Records acceptent et recherchent l’imperfection qui surgit dans la création. Dans une société en quête de rationalité et de perfection, la démarche de ces artistes empreints de spontanéité apparaît essentielle.". 
Le moins qu'on puisse dire c'est que l'album de Lucas Schwartz remplit parfaitement ces critères.

On a affaire à un album de reprises de chansons de la période de la New Wave, enregistrées a cappella, à l'exception parfois d'une petite rythmique. Ça tombe bien car la version du titre imparable de Magazine qui ouvre l'album Real life est l'une des plus réussies du lot.

Il y a bien là une percussion tout du long (le son d'une balle de ping pong ?), et plusieurs pistes de voix, dont une qui reproduit la rythmique électronique et d'autres plus mélodiques pour les autres instruments. Il y a aussi plusieurs pistes pour le chant, toutes interprétées par Lucas Schwartz, avec parfois du souffle dans le micro (l'imperfection selon Linge). C'est à la fois complètement barré et réjouissant. Je n'en ai jamais eu l'idée, mais j'aurais bien pu me lancer dans ce genre d'expérience (sauf qu'il me manquait la patience et le talent), comme quand j'avais inventé à la radio la course de disques : deux chansons lancées ensemble et mixées en direct, pour voir qui gagnerait à l'arrivée. Et de toute façon, ça fait bientôt cinquante ans que je chante pour moi des "tou lou tou tou tou tou lou" pour reproduire l'intro quand je pense à Definitive gaze.

Je n'ai pas écouté tout l'album qui, sur 18 titres, contient plus d'un tiers de reprises des Stranglers. Il y a aussi Making plans for Nigel et une version de Flowers of romance de PIL qui s'avère être très fidèle à l'originale. Sur la chaîne YouTube de Lucas Schwartz, on trouve deux autres titres d'Howard Devoto, Rainy season et Redneck de Luxuria. Ailleurs, il y a aussi toute une série de reprises de chansons de Steve Diggle des Buzzcocks.
Je me demande bien comment quelqu'un, d'assez jeune visiblement, s'est retrouvé à se lancer à fond et de façon aussi pointue dans le répertoire New Wave.
Tous les titres enregistrés par Lucas Schwartz ont été publiés en 2014. Il n'y a pas eu de suite à ce projet, mais apparemment cette version de Definitive gaze aurait été enregistrée en 2009.

En cherchant à en savoir plus sur lui, j'ai découvert que, toujours en 2014, Lucas Schwartz a publié des titres originaux sous le nom de Lucas Verbèke. Les deux que j'ai choisi d'écouter, Le CD de la politique et Un bruit formidable, sont intéressants. 
Par ailleurs, il a publié plein de choses sous son nom Lucas Taïeb, des BD (Reconstitutions, Les petits totems, Chez le bouquiniste, Lucas Taïeb est énervé), des textes, des blogs, des fanzines...
Malheureusement, j'ai aussi appris dans la foulée que Lucas Taïeb est mort en 2024 à 36 ans. Ça m'a touché. Je venais de découvrir sa musique, je m'apprêtais à chroniquer ce titre et j'aurais sûrement essayé de l'en avertir... Ce qui est positif, c'est bon nombre de ses créations sont toujours disponibles en ligne et, comme ça m'est arrivé, le public peut continuer à les découvrir.

10 octobre 2026

LES POP'S EXPERIENCE : Nous peut recommencer


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 27 septembre 2026
Réf : 5021 -- Édité par Issa en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Nous peut recommencer -/- Libertés individuelles

Le temps était très sec et très doux, j'ai donc pu me rendre à Bisseuil à vélo. J'avais donc la certitude de faire une balade agréable, à défaut d'avoir celle de trouver des disques intéressants.
Et ça commençait mal car il y avait assez peu de stands (et peu de chalands non plus), mais, arrivé sur la fin de mon parcours, sur le stand d'un brocanteur semi-professionnel, je me suis accroupi pour examiner le contenu d'une boite à chaussures dans laquelle il devait y avoir trente à quarante 45 tours. Principalement de la variété, mais à un moment je suis tombé sur un disque Issa, label réputé de La Réunion.
Malheureusement, la pochette était vide ! Je l'ai mise de côté en espérant tomber sur le disque plus tard, car il y en avait quelques-uns sans pochette. J'ai fait chou blanc, mais à la place j'ai trouvé un peu plus tard deux autres disques Issa, en parfait état disque et pochette, que j'ai pris sans barguigner à 1 € pièce.

L'autre disque est Bonne fête maman chérie de Williams, sur lequel on trouve deux ségas sympathiques mais, comme souvent avec les chansons accompagnés par The Soul Men, il y a un son de clavier qui me dérange.
Pas de séga du tout sur mon disque des Pop's Expérience, même si le groupe en avait à son répertoire. Ça m'a presque déçu initialement, mais les deux morceaux qu'on y trouve sont très intéressants, même sans les rythmes et sons typiques de La Réunion.

Les Pop's Expérience
sont quatre. Sur la photo de pochette, il est caché tout au fond, le casque sur les oreilles, mais Roland Ramakistin joue un rôle essentiel dans le groupe : il écrit les paroles et la musique, chante et joue des claviers. Les autres membres du groupe sont Jannick Chéreau à la batterie, Jean-Luc Verbar à la guitare et Roger Gravier à la basse. Ils ont été actifs de 1970 à 1980, avec une très bonne réputation pour animer les soirées. Ils ont sorti neuf 45 tours.
Roland Ramakistin a fait toute sa carrière professionnelle comme instituteur de l'école de Trois-Bassins où il avait été élève. Il a fondé Radio Velly Music en 1983. Il a été maire de la commune de 2008 à 2014.
L'article de Forest pour La Réunion lé là ! décrit très bien la musique des Pop's Expérience et le chant de Roland Ramakistin :
"Les 4 camarades emmenés par Roland Ramakistin ont éclos avec fulgurance dans la vague Pop/Rock des années 70 avant de s'éteindre tout aussi brusquement. (...) la voix déglinguée, l'élan primal si caractéristique du groupe, a marqué durablement cette jeunesse chantée avec engagement.
Sans mettre le séga au banc des airs obsolètes, sans en faire non plus une marque de fabrique, la musique des Pop's Experience va se traduire par une improbable fusion entre toutes les tendances du moment. Interprétés corps et âmes par Roland Ramakistin, dont les performances vocales demeurent à ce jour inégalées par leur expulsion, leur force manifeste à défaut de technique, les morceaux du groupe poussent à l'action, comme une marche que chacun doit faire avec l'autre.
".

Sur l'exemplaire de la Discothèque Centrale de l'ORTF, quelqu'un a noté que la face A de mon 45 tours est un slow en créole et que la face B est un rock. Pas faux. Il est aussi précisé au dos qu'il y a la participation de Gaby au saxo (probablement le Gaby des Soul Men). Je ne doute pas qu'il soit présent sur l'enregistrement mais, même en tendant attentivement l'oreille, je n'ai pas réussi à distinguer le son de son instrument.

Nous peut recommencer
semble évoquer la possibilité d'un nouvel Éden. Les percussions, la basse et le clavier sont bien dosés, la chanson est très bien, mais ce qui est remarquable c'est la guitare solo qui se déploie en continu tout au long de la chanson à partir du moment où elle apparaît après l'introduction.

Libertés individuelles est sorti en 1977. Musicalement, ce n'est pas du punk, mais dans l'esprit, c'est bien un chant de révolte : "Chanter - Pas question; Danser - Tu ne sais pas; Aimer - Pas question, Sortir - Surtout pas; Je ne suis aux ordres de personne. Le jour au boulot; La nuit au repos; Ça ne me suffit pas; Et je n'aime pas ça; Je ne suis le valet de personne.". Je ne mets pas toutes les paroles car je ne saisis pas tous les mots, mais il y a aussi : "Ça ne peut pas durer encore longtemps; Chaque fois même histoire; Chaque fois mêmes problèmes; Et c'est toujours moi qui paie les pots cassés.", "Aimer qui je veux; Faire ce que je veux; Sortir quand je veux; Rentrer quand je veux; Je l'ai payée cher ma liberté.". Un hymne pour la jeunesse qui se trouve être pleinement d'actualité.

Mes trouvailles en brocante ou en ressourcerie sont de plus en plus rares, mais heureusement je tombe encore de temps en temps sur une perle comme celle-ci !

Attention : les versions de Nous peut recommencer et Libertés individuelles qu'on trouve sur YouTube ont été retravaillées par Roland Ramakistin, avec notamment plus de clavier. Les deux titres originaux sont en écoute ici.

07 octobre 2026

WEEN : Piss up a rope (Demo)


Consulté sur YouTube en octobre 2026
Réf : R2 728690 / 603497808021 -- Édité par Rhino aux Etats-Unis en 2026
Support : 1 fichier flv
Titre : Piss up a rope (Demo)

J'ai assez souvent écouté 12 golden country greats, mais je n'ai hamais acheté ce disque. J'ai d'abord eu accès à l'exemplaire de Radio Primitive, puis quelques années plus tard un pote me l'a copié sur un CD-R avec le Rambler '65 de Ben Vaughn. Merci à ce pote, mais je n'arrive pas à reconnaître l'écriture et je ne sais plus qui c'est...

L'album a 30 ans cette année, et il a droit à une réédition augmentée, sur trois disques, avec plein d'inédits. Je ne vais pas l'acheter non plus, mais tout est en écoute sur YouTube, et ça vaut le coup d'y prêter l'oreille.

Sans surprise vu le titre, 12 golden country greats est le projet country de Ween. Leur démarche est différente de celle de Jonathan Richman pour Jonathan goes country (il était allé enregistrer dans le Missouri avec ses potes des Morells/Skeletons) et se rapproche de celle d'Elvis Costello pour Almost blue (il était allé à Nashville travailler avec le producteur de Georges Jones). Sauf qu'Elvis avait gardé ses Attractions avec lui, alors que sur leur album, produit par Ben Vaughn, les deux musiciens de Ween ne jouent quasiment pas une note : ils laissent la main à une douzaine de grands de la country, dirigés par Charlie McCoy, qui ont enregistré la dizaine de chansons en huit jours, en une ou deux prises. C'est un album que j'apprécie, particulièrement les chansons I'm holding you et Piss up a rope.

Le deuxième disque du coffret est pour moi le plus intéressant. Il s'intitule 12 golden demos et on y trouve les versions enregistrées par le groupe, celles qui ont dû servir à Charlie McCoy pour écrire les partitions des musiciens de session.
Sans trop de surprise, on se rend compte que, si Gene et Dean Ween n'avaient pas choisi de se lancer dans un exercice de style country, l'album aurait pu être un disque "normal" de Ween.

Mon titre préféré est la version démo de Piss up a rope, entre Beck et COW, avec une deuxième voix et un solo de guitare minimal. Ce n'est qu'une démo, mais j'ai tendance à la préférer à la version léchée de l'album. Mais j'imagine bien qu'un des buts des deux petits rigolos de Ween était de rentrer dans le moule de Nashville sans édulcorer du tout le côté provoc de certaines de leurs paroles. Je vous laisse vous amuser à traduire ce bout du refrain de Piss up a rope :

"On your knees, you big booty bitch, start suckin'
You ride my ass like a horse in a saddle
Now you're up shit's creek with a turd for a paddle
And I can't cope, piss up a rope"

03 octobre 2026

LES TROUBADOURS MODERNES : Folklore paysan


Acquis sur le vide-grenier de l'aérodrome à Plivot le 13 septembre 2026
Réf : KO/NETS -- Édité par Les Troubadours Modernes en France en dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Troupiau -- Voici la Saint Jean -/- Compère Guilleri -- La Marion

J'ai acheté ce disque à une dame qui avait quelques 45 tours sur son stand. C'était une façon de m'assurer que je ne repartirai pas bredouille de la broc. Je n'imaginais pas tomber quelques minutes plus tard tomber sur le lot qui contenait le Robert Charlebois avec Mouffe.
Il y avait deux disques différents des Troubadours Modernes dans cette petite pile. A 50 centimes pièce, quitte à en prendre un, j'ai pris les deux, ne sachant pas trop comment les départager. L'autre s'appelle Andro : Danse du peuple breton d'aujourd'hui et il contient une version de La jument de Michau.

Les Troubadours Modernes sont présentés comme un "groupe folklorique, instrumental et vocal du Cercle Laïque de Dreux". Le groupe a été fondé en 1969, il a donc fêté son quarantenaire en 2009 et son cinquantenaire en 2019. Il a été installé au Cercle Laïque de Dreux de 1971 à 1992. Je ne suis pas certain qu'il existe encore, mais on trouve encore une adresse et un contact sur certains sites.
Le groupe a été fondé par Gilbert Stenfort (1942-2020), une figure très impliquée dans la vie sociale et culturelle de Dreux.

Les Troubadours Modernes ont sorti au moins quatre 45 tours (trois sont référencés sur Discogs, plus Andro). Ils ont fait appel pour les auto-produire aux services de la société Le Kiosque d'Orphée. Ils ne faisaient pas que dans le pur traditionnel : sur le 45 tours Pour vivre à Dreux, il y a deux compositions originales plus Les connards du quartier, avec des paroles contemporaines sur un air populaire canadien.

C'est minimal et sûrement sérigraphié en une seule couleur, mais je trouve la pochette de ce disque très réussie. Elle illustre plutôt bien le nom du groupe et le contenu musical proposé.
Ce sont des troubadours qui chantent des chansons anciennes, mais ils sont modernes car ils vivent dans les années 1970 à Dreux, et les immeubles esquissent l'une des Z.U.P., où il est probable que certains membres de la troupe vivaient.
Ils chantent du folklore paysan, et la campagne est représentée par le très peu qu'il en reste en ville : un massif d'herbe dûment borduré. Bien évidemment, un écriteau "Pelouse interdite" trône au milieu, derrière lequel le loup de la chanson Troupiau a trouvé refuge.

Sans avoir les titres en tête, je connaissais trois chansons sur quatre. Vous aussi sûrement.

L'interprétation est approximative, le son est assez pourri (les instruments à vent sont étouffés, notamment), mais j'aime beaucoup Troupiau, une chanson courte, enlevée et rythmée. Vous l'écoutez une fois et vous chantez toute la journée "Troupiau, troupiau, je n'en avions guère; troupiau, troupiau, je n'en avions biau". Les paroles célèbrent en quelque sorte la musique : l'apprenti berger se fait bouffer son plus bel agneau par le loup, mais il en récupère les os et fabrique un flûtiau pour faire danser le village à la fête.

Voici la Saint Jean est la chanson qui m'a le moins intéressé, je ne l'ai pas copiée du coup. C'est juste du chant choral et un peu mou. Ça ressemble à ça. La version de Malicorne est plus intéressante.

L'intérêt des deux titres de la face B, c'est qu'en plus de l'interprétation de la chanson elle-même, il y a des voix extradiégétiques qui viennent commenter ou compléter le récit. C'est assez réussi.

Pour Compère Guilleri, une comptine dont le héros était un bandit de grand chemin, ce sont deux personnages à l'accent du terroir qui commentent l'histoire, un peu à la façon des petits vieux dans le Muppets show. Je n'ai pas tout bien saisi, mais je ils disent à un moment, "Punaise, t'en veux à tous les gauchistes".

Pour La Marion, ils sont plusieurs à expliciter ou commenter les paroles chantées innocemment par la chorale d'enfants, du style "C'est plein de sous-entendus tout ça". On a droit aussi à des sifflements, à un bruitage pour le sciage de la bosse ("Mais c'est quoi qu'elle coupe ?") et on note qu'il est question ici aussi d'os et de musique.
Mais j'ai vraiment sursauté quand à un moment j'ai entendu "C'était l'histoire de la fée Carabosse et sa braguette magique". J'ai vérifié deux fois que j'avais bien entendu ! 
On nous explique aussi que "Tout finit par des chansons comme disait Léon Blum". Eh bien, cette chronique aussi.

A écouter :
LES TROUBADOURS MODERNES : Troupiau
LES TROUBADOURS MODERNES : Compère Guilleri
LES TROUBADOURS MODERNES : La Marion


30 septembre 2026

THE DEL VIKINGS : Flat tire


Consulté sur YouTube en septembre 2026
Réf : 14 209 -- Édité par Mercury en France en 1959
Support : 4 fichiers flv
Titres : Flat tire -- Whacha gotta lose -/- Cool shake -- The white cliffs of Dover

Il faut s'y faire, il y a un grand nombre de disques qu'on peut découvrir (pochette et musique) sans vraiment espérer les tenir un jour en mains. Mais ce n'est pas pour autant qu'on va continuer à les ignorer complètement.

Ce 45 tours français quatre titres, je l'ai "découvert" quand quelqu'un a fait circuler en ligne la reproduction de sa pochette. Et quelle pochette ! Pas besoin de quadrichromie ni de gros moyens quand on a une photo aussi réussie, bien mise en page, qui illustre parfaitement le thème de la chanson, un pneu crevé.
Bon, il n'y pas de hasard, non plus. Si on regarde en bas à gauche de la pochette, on voit le nom du photographe, Herman Leonard, un américain qui a longtemps vécu à Paris. C'est un grand de la photographie, qui est surtout réputé pour ses photos de musiciens de jazz, mais il a fait aussi dans la mode et la publicité et à l'époque il bossait pour Barclay (qui, notamment, sortait les disques Mercury en France).

The Del Vikings était un groupe de doo-wop qui avait pour double particularité d'être composé de jeunes recrues de l'armée, et d'être noir et blanc, ce qui n'était pas courant en pleine ségrégation.
Ils ont eu des problèmes contractuels et des divisions, ce qui fait qu'au plus fort de leur succès, vers 1957, il y a eu deux groupes, The Del Vikings chez Mercury et The Dell Vikings chez Dot, qui parfois ont tous les deux sorti le même titre !
Parmi ces titres, il y a notamment Down in Bermuda, une des chansons, avec le Bermuda des Bell Sisters, qui ont dû inspirer Jonathan Richman pour son propre Down in Bermuda. 

Cet EP compile des titres de quatre disques américains différents, deux faces A de 45 tours, une face B et un titre d'album.

Flat tire est une chanson originale. Clyde Otis a dû se charger des paroles. Son nom ne me disait rien du tout, mais c'est quelqu'un d'important dans la musique : il a écrit et produit des centaines de chansons, notamment pour Brook Benton et d'autres artistes signés chez Mercury. Le compositeur est lui aussi, à tous les sens du terme, un très grand du blues et du rhythm and blues, Monsieur Willie Dixon.
La chanson raconte une mésaventure rigolote, un peu à la Coasters : le gars emmène sa chérie faire un tour en bagnole; il ne lui fait pas le coup de la panne, mais un pneu crève; pendant qu'il le change, un beau gosse passe par là, la chérie le hèle et se barre avec lui; il part à leur poursuite sur la jante, mais finit par se faire arrêter par la patrouille routière.

Whacha gotta lose (What'cha sur l'édition originale) est une face B bien réussie, dans un style plutôt rock and roll léger, avec chœurs et solo de guitare.

Cool shake est bien aussi. Là, je crois qu'il est question d'une nouvelle danse, avec comme souvent un double sens ("Quand on se retrouvera ensemble, on fera le cool shake, quand je crierai, chérie ne t'arrête pas, tu sais que je parle du cool shake")

Le dernier titre est une reprise, et c'est surprenant dans ce contexte de voir arriver The white cliffs of Dover, une chanson à succès pendant la deuxième guerre mondiale, popularisée en Angleterre par Vera Lynn. La version des Del Vikings est doo-woppée : rythmée et enlevée, avec une belle voix de basse.

Je crois que c'est la première fois que je chronique un disque d'époque sans l'avoir (c'est arrivé assez souvent avec des disques récents disponibles en physique et en numérique), mais je pense vraiment que je ne tomberai jamais sur ce 45 tours, et on a quand même accès à la photo de la pochette et aux quatre enregistrements, alors on ne va pas se priver.