01 mars 2026

TRANSGLOBAL UNDERGROUND : Moonshout


Acquis à La Recyclerie à Châlons-en-Champagne le 12 novembre 2025
Réf : MULE04 -- Édité par Mule Satellite en Angleterre en 2007
Support : CD 12 cm
14 titres

Il y a encore beaucoup de 45 tours à la ressourcerie de Châlons, mais ils sont pour la plupart peu intéressants et souvent en piteux état. Ce jour de l'automne dernier, j'y ai quand même trouvé, sans pochette, l'EP Carol des Stones et Blue Monday de Fats Domino. Et j'ai aussi trouvé ce CD, un album de Transglobal Underground que je ne connaissais pas du tout.

J'ai dû vraiment entendre parler d'eux en lisant le programme des Transmusicales de 1994, une des années où je me suis rendu à Rennes. Transglobal Underground, avec sa chanteuse Natacha Atlas, y était présenté comme une des principales attraction de la rave Ethnics 2 Technics. Si jamais j'ai vu un bout de leur prestation, c'est juste quelques minutes en passant, mais je ne suis pas du tout sûr d'avoir tenu jusqu'à 2h30 du matin, l'heure programmée de leur passage.
Par la suite en tout cas j'ai acheté leur premier single Temple head et l'album International times.

J'ai toujours tendance à associer Transglobal Underground à d'autres formations que j'apprécie, qui font un grand mélange cosmopolite de genres musicaux, de 3 Mustaphas 3 à Dissidenten, en passant par L'Attirail, 17 Hippies ou  Cornershop

Moonshout, paru en 2007, est le septième album de Transglobal Underground. J'ai été vraiment surpris et ravi à la première écoute parce que, alors que les titres se succédaient, je trouvais que les chansons fonctionnaient très bien et que les expériences de fusions de styles étaient réussies.
Sur cet album qui comporte de nombreux invités, le groupe est principalement constitué de deux membres fondateurs, le guitariste Tim Whelan et le batteur Hamilton Lee, à qui se sont joints les chanteurs Tuup et Krupa, le percussionniste Rav Neiyyar et la bassiste et sitariste Sheema Mukherjee.

Mon titre préféré pour l'heure est It's a sitar. C'est l'un des plus enlevés de l'album et l'un des plus légers. On est dans une ambiance digne des rigolos de The Melody Four : "I love the girl who plays the guitar. It's not a guitar, it's called a sitar."
Le sitar n'est pas présent sur tout le disque, mais il a un rôle important, par exemple sur l'instrumental Elena, qui propose une sorte d'hybride klezmer/sitar, et sur Quit mumblin', où l'instrument indo-psychédélique par excellence est associé à un Diddley beat !
On entend aussi du sitar sur Awal, où une Natacha Atlas de retour est associée à un rappeur, et sur Mera jhumka.

On entend aussi pas mal de sons et de rythmes associés au reggae sur la majeure partie des autres chansons qui m'ont le plus accroché : Emotional yoyo, Dancehall operator, Total rebellion et Border control.

Le concertina sur Cape thunder m'a fait penser à l'Afrique du Sud. A raison je pense car les crédits mentionnent du chant zoulou.
Ces crédits confirment que la musique du groupe est bien transglobale : pour Mag ak ndaw il est question de chants wolof et Bollywood et pour
Moonshout de raps anglais et hongrois !

AU bout du compte, c'est vraiment un album, agréable, dansant et inventif, une excellente pioche, quoi !

Le dernier album paru de Transglobal Underground date de 2020, mais le groupe donne toujours régulièrement des concerts. Il y en a plusieurs prévus ce mois-ci en Angleterre.



21 février 2026

THE VENTURES : Action


Acquis chez Bell'Occas à Charleville-Mézières le 14 octobre 2025
Réf : LEP 2249 F -- Édité par Liberty en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Action -- Stop action -/- No matter what shape (your stomach's in) -- Little bit of action


C'est le quatrième des six 45 tours achetés le 14 octobre dernier à Charleville que je chronique, après The Cats Meow, Robert Ballinger et Serge Lebrasse. Et ce sera sûrement le dernier car les deux autres sont L'homme à l'habit de Domenico Modugno, que je recherchais, mais que de fait j'ai déjà chroniqué en m'intéressant à l'album du François Charpin Trio, et un autre Serge Lebrasse.

J'aime vraiment les 45 tours quatre titres français des années 1960. Ce sont en règle générale de beaux objets discographiques. Là en particulier, on a quatre extraits d'un album qui n'a pas été publié en France, Where the action is, avec une pochette spécifique à cette édition.
On note que la photo d'illustration choisie est liée à l'espace, alors que rien par ailleurs ne rattache le disque à cette thématique.
En préparant cette chronique et en consultant leur discographie 45 tours française, je me suis rendu compte que les gens de chez Pathé Marconi, qui diffusait en France le label Liberty, ont sûrement de leur propre chef associé les Ventures à tout ce qui est aérien et spatial.
Ça a commencé avec Telstar, et là  c'était logique car il s'agissait d'un satellite, mais on trouve aussi une fusée ou un avion sur les pochettes des 45 tours Penetration, Walk don't run '64 et Wild thing, et encore sur les 33 tours The Ventures U.S.A., Knock me out et Journey to the stars (à juste titre, pour ce dernier...!). Ces illustrations sont aucune rapport avec celles des disques équivalents américains, quand il y en a.

The Ventures est un groupe américain fondé en 1958. Avec les Shadows de l'autre côté de l'Atlantique, ça doit être l'un des premiers grands groupes de rock instrumental, avant la grande vague surf.
Je découvre aujourd'hui que, chez moi, entre Châlons-sur-Marne, Reims et Épernay, un groupe imaginativement baptisé Ventures a eu un parcours remarquable, entre 1968 et 1977.

Mon 45 tours est sorti à l'occasion des premiers concerts en France de The Ventures, en 1966.
Where the action is est une sorte d'album "concept" sur le thème de l'action. C'est aussi le titre d'une émission télé musicale diffusée à l'époque aux États-Unis.
On trouve le mot "Action" dans quatre des douze titres de l'album, et 
trois d'entre eux se retrouvent sur le 45 tours. Un album entier d'instrumentaux, c'est parfois un peu indigeste, mais là, avec quatre pistes courtes et variées, c'est parfait.

Action est justement l'indicatif de l'émission Where the action is, écrit par Steve Venet et Tommy Boyce (ce dernier a composé avec Hart des tubes pour les Monkees).
La version originale chantée par Freddy Cannon a été un tube aux États-Unis à l'automne 1965. Elle a été reprise début 1966 par Paul Revere and the Raiders et elle avait eu droit à une adaptation en français par Ria Bartok dès 1965.
La version instrumentale des Ventures me plaît bien. Elle est très énergique, avec guitare, claquements de mains et cris d'encouragement,.

Stop action (avec solos de guitare et d'orgue) et Little bit of action  (Très Shadows pour le coup) sont des compositions originales des Ventures de bonne facture.

No matter what shape (your stomach's in) est une reprise d'un instrumental de 1965 de The T-Bones, groupe signé sur le même label Liberty que les Ventures.

Une formation nommée The Ventures tourne encore. Il y a bien longtemps qu'elle ne contient plus de membres originaux du groupe. Le plus "ancien" de la formation a rejoint le groupe en 1980, mais le fils du batteur original fait aussi partie du groupe...!

17 février 2026

SANTA FE RAGING GRANNIES : We gotta stop the raids


Consulté la première fois sur YouTube le 15 février 2026
Réf : [sans] -- Diffusé par NM Raging Granny sur YouTube le 15 février 2026
Support : 1 fichier FLV
Titre : We gotta stop the raids

C'est Philippe R. qui m'envoyé dimanche le lien vers Hit the road, ICE !. Grosso modo, sur l'air de la chanson de Ray Charles, une chorale de Mémés Déchaînées de Santa Fe au Nouveau-Mexique invite fermement la milice meurtrière anti-immigration à se casser :
"Now fascist mercenaries roam our streets hunting down people as if we’re meat
A body hits the ground and before it cools, they’re smearing the victim as a terrorist tool
Their approach is to kill you twice : with bullets and again with lies
".

C'est rafraîchissant et courageux. C'est l'un des nombreux exemples des remarquables actions citoyennes de solidarité et de résistance qui se développent aux États-Unis. Après les deux meurtres de Minneapolis, ces réseaux d'action dans la ville ont notamment été mis en lumière.

J'ai vu que, sur leur chaîne YouTube, les Grannies avaient publié cinq autres vidéos sur des thèmes similaires depuis un mois, et pas mal d'autres depuis huit ans.
Dimanche, elles venaient de mettre en ligne deux nouveaux titres, dont mon préféré, We gotta stop the raids, reprise de Who'll stop the rain de Creedence Clearwater Revival :
"We’re not alone, and we gotta stop the raids!
We refuse to be afraid
".

J'ai repéré le site des Sante Fe Ragin Grannies et on y trouve les paroles de toutes leurs chansons, classées par thème (anti-guerre, anti-nucléaire, droits de la femme, Gaza... Mais très vite, j'ai constaté qu'il y avait d'autres sites pour d'autres chorales de Raging Grannies.
En fait, la première chorale s'est formée en 1987 à Victoria au Canada, et depuis, le mouvement a largement essaimé, surtout au Canada et aux États-Unis. Pour le rejoindre, il suffit d'être un groupe de femmes "d'un certain âge", militant, non-violent, avec le sens de l'humour.

Ce n'est pas un hasard si je suis le seul de ma fratrie à ne jamais avoir fait partie d'une chorale. Mais l'union fait la force et noie en partie les fausses notes alors, vu ce qui nous attend peut-être prochainement, je devrais peut-être me mettre en quête d'un groupe de Pépés Exaspérés pour être prêt le moment venu.

14 février 2026

SLEAFORD MODS : The demise of planet X


Acquis à la FNAC de Reims le 29 janvier
Réf : RT0574CD -- Édité par Rough Trade en Europe en 2026
Support : CD 12 cm
13 titres

Ça fait quelques années maintenant que je connais Sleaford Mods, ce duo de Nottingham qui associe Andrew Fearn, le gars à l'air impavide qui fabrique la musique du groupe à partir de boucles, d'échantillons et d'autres trucs électroniques, et Jason Williamson, une grande gueule qui s’époumone par dessus la musique en s'en prenant à tout ce qui ne va pas dans le monde qui l'entoure (et il y a de quoi...).
Il y a des comparaisons de Williamson avec John Lydon ou Mark E. Smith, mais je trouve que c'est de The Streets que Sleaford Mods se rapprocherait le plus. Sauf que Mike Skinner a eu du succès au début des années 2000 dès son premier album, alors que les gars de Sleaford Mods ont galéré avec de multiples projets pendant des années avant de commencer à percer quand ils avaient la quarantaine bien entamée.

Je n'avais aucun disque d'eux jusque-là, mais j'ai suffisamment apprécié Elocution, de l'album Spare ribs (2021), pour l'inclure dans l'une de mes compilations. Sans avoir écouté beaucoup de titres, j'avais un peu l'impression, entre le débit vocal et les boucles sonores, d'un risque de monotonie de leur production sur la longueur.

Ce qui m'a donné envie d'acheter ce nouvel album, c'est d'avoir vu récemment sur Arte le documentaire de 2017 Bunch of Kunst (à voir ci-dessous jusqu'au 28 février). Christine Franz a filmé le groupe sur une période de deux ans, à un moment clé, celui où il s'est mis à avoir un gros succès.
Les images les plus anciennes datent d'un concert en 2013 dans un pub de Blackpool, une cité balnéaire en plein déclin. On imagine bien la scène. En février 2015, ils étaient en tournée à trois dans la petite voiture de leur manager, jouant dans un pub de Boston, dans le Lincolnshire. Mais plus tard dans l'année, tout a explosé, ils ont joué sur l'une des scènes du festival de Glastonbury, dans de grandes salles à Londres et, après mûre réflexion, ils ont signé avec le label indépendant par excellence, Rough Trade.
Outre le vibrionnant Jason Williamson, qui a quitté son boulot en octobre 2014 pour passer professionnel et qui cherche à concilier rock and roll et vie de famille, on découvre son compère Andrew Fearn et leur manager/patron de label Steve Underwood.
Andrew Fearn sur scène m'a fasciné. Même dans les grands concerts sur la fin, il arrive avec juste un ordinateur portable, sans rien en secours visiblement, le branche et, pendant le concert, il lance les pistes instrumentales qu'il a enregistrées. On pourrait imaginer le concert sans lui, vu qu'il ne fait pas de musique en direct, mais Sleaford Mods est bien un duo et sur scène Andrew se dandine en rythme, une main dans une poche, l'autre qui tient une bière, appréciant pleinement les chansons, en chantant parfois (sans micro) quelques-unes des paroles.
Le troisième héros du film est Steve Underwood. Grand fan de musique, il a organisé de nombreux concerts et lancé son label Harbinger Sound en 1992. Pour s'occuper du groupe, il quitte son boulot de chauffeur de bus à Nottingham en janvier 2015. Avant ça, il avait organisé le tournage de la vidéo pour Tied up in Notts dans le bus qu'il conduisait, pendant son service, un dimanche matin ! C'est presque émouvant après la signature chez Rough Trade quand, chez lui, avec une pochette de Métal Urbain au mur, il explique qu'il a tous les disques de la première époque du label, de 1977 à 1982.

The demise of Planet X est le treizième album de Sleaford Mods.
Après dix ans de succès, ils sont toujours chez Rough Trade. Il y a plus de moyens (trois studios dont Abbey Road), mais aussi une volonté affirmée de rester fidèles aux valeurs et au son du groupe.
En plus de faire varier ses pistes instrumentales, la solution trouvée par le groupe pour éviter de faire du surplace est de faire appel à des invités pour compléter la voix de Jason Williamson et créer des contrastes. Cela fonctionne particulièrement bien avec des voix féminines.
Et justement, parmi mes titres préférés du disque on en trouve plusieurs avec des invités : Elitest G.O.A.T., avec Aldous Harding et une basse apparemment inspirée par Low de Bowie; The good life avec Gwendoline Christie et Big Special; No touch avec Sue Tomkins.
Il y a aussi des chansons typiquement dans le moule Sleaford Mods qui me plaisent beaucoup, comme ma chanson-titre The demise of planet X et Megaton.
Elles ont beau être imprimées sur le livret, ce n'est pas suffisant pour que les paroles soient toujours compréhensibles pour moi. Ainsi, j'imagine que Don Draper, le nom du héros de Mad men, a un rapport avec cette série, mais je ne l'ai pas saisi. Pour l'excellente Gina was, Jason Williamson a expliqué qu'elle faisait référence à une agression traumatisante dont il a été victime enfant : un groupe de filles l'avait mis à terre et déshabillé et, en référence à son zizi, il avait hérité du surnom L'asticot.
Parmi les autres titres qui m'ont déjà bien accroché l'oreille, il y a Flood the zone et The unwrap, plus calme. Ce qui fait en tout deux tiers de l'album, ce qui n'est pas si mal en deux semaines.

Évidemment, et presque malheureusement je dirais, il est trop tard pour espérer voir Sleaford Mods dans de bonnes conditions. On risquerait l'émeute s'ils jouaient dans un pub ou un café. Ils jouent au Casino de Paris le 10 mars prochain et c'est déjà complet, sûrement depuis longtemps. La seule autre date française de la tournée 2026 est aux Eurockéennes. Cet excellent album et le documentaire suffiront à mon bonheur.

Le documentaire Bunch of Kunst de Christine Franz, visible sur arte.tv jusqu'au 28 février 2026.






07 février 2026

JOE TURNER : Shake little and roll


Acquis d'occasion dans la Marne probablement dans les années 2000
Réf : 6832 018 -- Édité par Philips en France vers 1970 -- Offert par Antar
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Shake little and roll -/- Two loves have

Le fait que ce 45 tours soit crédité à Joe Turner et non à Big Joe Turner ne peut pas être considéré comme une bévue. Après tout, c'est ce nom qui apparaît sur la pochette de l'album The real boss of the blues dont il est tiré. Mais c'est en tout cas source de confusion, puisque les Joe Turner aux États-Unis doivent être aussi courants que les Martin Dupont par chez nous et, rien que dans le domaine musical, il y a deux contemporains qui portent ce nom, le pianiste Joseph H. Turner (1907-1990) et le chanteur Joseph Vernon Turner (1911-1985), souvent dit Big Joe Turner, qui est celui qui nous intéresse aujourd'hui.
L'INA a commis l'exploit sur YouTube de créditer au second une prestation impressionnante au Kremlin-Bicêtre en 1969 du premier. Il m'a fallu l'aide de Philippe R. (j'aurais aussi pu lire les commentaires...) pour arriver à différencier les deux.

Pas d'erreur sur le nom de l'artiste, donc, mais j'ai rarement vu une pochette avec deux aussi grosses bourdes sur le titre des chansons. C'est simple, les deux sont faux : le classique Shake, rattle and roll est transformé en Shake little and roll, et il manque le dernier mot au titre de la face B Two loves have I ! C'est incroyable que tous ceux qui ont été en charge de la publication de ce disque aient pu laisser passer ça (les informations sur le rond central sont correctes).

Le fait que ce disque ait été édité dans la collection Offert par Antar pour être distribué dans des stations-service n'excuse rien. Après tout, il n'y a pas d'horreurs sur les pochettes, par exemple, de Memphis Slim ou de T.Bone Walker.
On voit bien avec cette pochette qu'on est à la jonction des années 1960 et 1970 : c'est un deux titres avec une pochette en papier tout fin, mais il y a encore une languette qui, à défaut de prix, comporte la mention "Offert par Antar".

The real boss of the blues est sorti en 1969 chez Flying Dutchman, le label lancé par Bob Thiele, qui avait produit en 1967 l'album Singing the blues.
L'album est sorti en France chez Philips, mais ce 45 tours, qui en reprend plus ou moins la pochette, n'a apparemment été distribué que chez Antar, pas dans le circuit de vente traditionnel.

Shake, rattle and roll
est une chanson écrite par Jesse Stone sous le pseudonyme de Charles Calhoun.
Big Joe Turner est le premier à l'avoir enregistrée, début 1954. Elle a eu un succès encore plus grand quand Bill Haley l'a reprise quelques mois plus tard pour faire suite à son tube Rock around the clock.
La version originale par Big Joe Turner est du rhythm and blues énergique, avec un rythme carré bien marqué, des chœurs sur le refrain et un solo de sax qui décoiffe. Mickey Baker est à la guitare.
Quinze ans plus tard, le moins qu'on puisse dire est que la version bien dans le jus de son époque de 1969 est décevante. Elle est emmenée par la basse, mais sans rythme bien défini par la batterie. Il y a de bonnes interventions des cuivres, mais j'aime moins les solos de sax et de guitare. Le ton de Joe est détaché, il ne semble pas vraiment croire à ce qu'il chante.

La face B est très surprenante. Son titre complet est Two loves have I, qui se traduit littéralement par Deux amours j'ai. Je ne m'en étais pas rendu compte quand j'ai écouté le disque après l'avoir acheté, mais il s'agit bien d'une version de J'ai deux amours, chanson créée par Josephine Baker en 1930 !! Il est à peu près impossible pour moi à l'écoute de faire un véritable lien entre les deux chansons.
Turner reprend la version américaine de la chanson, créée dès 1931 par Ted Black and his Orchestra. On note côté crédits sur le rond central que, après une traversée aller-retour de l'Atlantique, le nom du compositeur Vincent Scotto a été complètement oublié, sans parler bien sûr des paroliers français Géo Koger et Henri Varna. Et des deux paroliers américains Barry Trivers et Jack Murray il ne reste qu'un seul nom, Ted Murrell, dont on se demande bien à quoi il correspond. Sûrement un nouvel exploit de l'équipe qui a été chargée de composer les titres pour la maquette de la pochette !

01 février 2026

STRAWBERRY SWITCHBLADE : Since yesterday


Acquis peut-être bien au Virgin Megastore à Londres fin 1984 ou début 1985
Réf : KOW 38T / 249248-01 -- Édité par Korova en Europe en 1984
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Since yesterday -/- Sunday morning -- By the sea

La première fois que j'ai entendu Strawberry Switchblade, c'est quand Jill et Rose, les deux membres du groupe, ont fait des chœurs sur I wonder why, le deuxième single des Pastels. Leurs voix jouent un rôle important sur la face B, Supposed to understand.
Ce que je ne savais pas, c'est qu'elles été fortement impliquées dans la scène musicale de Glasgow depuis l'explosion punk de 1977; elles étaient notamment proches de toute la bande du label Postcard et Rose McDowall avait été membre d'un groupe appelé The Poems (il en est un peu question dans le documentaire sur Postcard et Fast Records Big gold dream). De façon purement anecdotique, on a appris plus tard que les mères de Jill Bryson et Alan McGee étaient amies, et donc que les deux se connaissent depuis l'enfance.

Le groupe 100% féminin s'est formée à quatre en 1981 (une démo de 1982 publiée postérieurement témoigne de cette première phase). Quand les deux autres membres ont quitté le groupe, Jill et Rose ont continué à deux, avec des bandes enregistrées pour les concerts et des amis musiciens pour les enregistrements.
Tout s'est passé très vite pour elles : mentionnées à la radio par Jim Kerr de Simple Minds, elles ont enregistré deux sessions pour la BBC, avant d'être signées en management par les Chameleons, David Balfe et Bill Drummond, qui ont produit leur premier single, Trees and flowers. C'est là qu'on a découvert leurs tenues très travaillées, à base de tissus à pois.

Le nom du groupe est très bien trouvé. C'est James Kirk d'Orange Juice qui en avait eu l'idée initialement, pour un projet de fanzine.
Il aurait aussi très bien convenu à The Jesus and Mary Chain, comme nom de groupe ou pour un titre d'album ou de chanson.
Les deux groupes sont de Glasgow ou sa région, mais je ne leur connais pas de point commun, si ce n'est qu'ils ont tous les deux signé chez une filiale de Warner, Blanco Y Negro pour JAMC, Korova pour Strawberry Switchblade, le label également d'Echo and the Bunnymen et The Sound.

Le chemin qui a mené à l'enregistrement du premier et unique album de Strawberry Switchblade n'a pas été simple. Une tentative a été faite en groupe avec le producteur Robin Millar, connu pour son style de pop jazzy (Working Week, Everything But The Girl...). Deux titres ont finalement été produits par Phil Thornalley, qui a travaillé avec The Cure, et le gros de l'album l'a été par David Motion, un jeune producteur spécialisé dans la production de sons électroniques.

Since yesterday est le single qui a été choisi pour annoncer l'album. Warner a mis les moyens pour sa promotion. Un disque souple promo a été suffisamment diffusé pour que j'en trouve un exemplaire à Folkestone il y a quelques années et, comme les ventes ne décollaient pas, le label a même investi dans une publicité télé au moment des fêtes de fin d'année. Ce n'était pas du tout courant à l'époque pour un jeune groupe et ça a porté ses fruits, puisque le groupe est passé deux fois à Top of the Pops et le disque est monté à la cinquième place du classement des ventes.

La production est très datée années 1980, mais Since yesterday est une excellente chanson techno-pop qui a tendance à bien s'incruster dans la tête. La chanson a bien évolué depuis qu'elle avait été enregistrée sous le titre Dance pour une session pour la BBC en 1982.
La courte introduction instrumentale est repiquée de la symphonie n° 5 de Jean Sibelius (Je peux vous assurer que je n'aurais pas pu trouver cette référence de moi-même, c'est tout juste si je connaissais le nom Sibelius...). La chanson a la particularité d'avoir un refrain en "La la la", sans paroles.
En lisant les paroles, j'avais l'impression d'un couple qui faisait le constat qu'ils étaient arrivés à la fin de leur histoire ("And as we sit here alone looking for a reason to go on it’s so clear that all we have now are our thoughts of yesterday"), mais Rose McDowall, l'auteur des paroles, a expliqué que le sujet de la chanson était la guerre nucléaire, ce qui la rapproche, même s'il n'y a pas de rapport musicalement entre les deux, du classique des Young Marble Giants Final day. Avec une production synthétique aussi travaillée, et avec des influences sixties, je pense aussi à un autre grand single de la même époque, le Vélomoteur des Calamités
Sur ce maxi anglais, c'est la version de l'album qu'on entend, qui fait trois minutes. Une version allongée a été publiée uniquement au Japon et pour une fois c'est réussite, avec une longue introduction instrumentale, et tout au long des sons de cuivres et de clarinette , que ce soit de vrais instruments ou pas. Cela m'a rappelé les excellents maxis de The The, comme Perfect et Uncertain smile.

Sur la face B, on trouve deux titres inédits par ailleurs, produits par David Balfe.
A quelques mois de la sortie de l'album d'inédits VU, la cote du Velvet Underground était fortement en hausse fin 1984. Sunday morning est un choix idéal pour Strawberry Switchblade dans sa version calme et acoustique. Le groupe la reprenait déjà sur scène en 1982.

By the sea est dans la même veine tranquille du groupe, inaugurée avec le premier single Trees and flowers. On est tout près de certaines chansons à venir de Revolving Paint Dream chantées par Christine Wanless.

Les pressions du show business étaient très fortes avant et après le succès de Since yesterday et le groupe n'y a pas résisté longtemps, d'autant que les membres du duo ne s'entendaient plus bien et que Jill souffrait d'agoraphobie. Il y a eu juste un single après l'album, une reprise de Jolene.

Jill Bryson est restée très discrète par la suite, mais elle a refait de la musique dans les années 2010 avec un groupe, The Shapists, dont l'un des membres était sa fille Jessie Frost.
A l'inverse, Rose McDowall a multiplié les projets et les collaborations au fil des années. Elle a participé en 1988 à l'enregistrement d'une reprise de Since yesterday par Current 93

La chanson a donné en 2024 son titre au documentaire Since yesterday sur l'histoire de groupes féminins écossais. Strawberry Switchblade y est bien sûr en bonne place.