
Consulté pour la première fois sur YouTube le 8 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Portrait en Europe en 1977
Support : 1 fichier flv
Titre : Time rag
C'est Wrongtom qui expliquait sur Bluesky l'autre jour qu'il estime depuis longtemps que Time rag de Joan Baez mérite d'être considéré comme l'un des premiers disques de hip hop. Sachant que cette chanson date de 1977, c'est très surprenant.
Évidemment, je suis aussitôt allé écouter Time rag, et oui, la filiation avec le rap saute aux oreilles : sur une rythmique légèrement funky, Joan enchaîne les couplets parlés.
La grande question est de savoir si Joan Baez était branchée au point de suivre de près les débuts balbutiants du hip hop à New York, deux ans avant Rapper's delight, ou si son parcours et ses propres influences l'ont amenée à se retrouver à ce moment-là sur un chemin proche de celui des rappers. C'est plutôt pour la seconde option que je penche, et Elizabeth Sandifer développe très en détails cet argument dans son article de 2023, Queen Shit : The case for Joan Baez, la meilleure indication étant la description que Joan donne elle-même de la chanson avant de l'interpréter dans l'émission de Johnny Carson : elle a été écrite comme un "talking disco blues", associant donc le parler du talking blues et la rythmique du disco. Même sans chercher à faire du hip hop, elle ne pouvait pas atterrir très loin de la cible. Mais elle savait certainement aussi ce qu'elle faisait puisqu'elle conclut par "OK fellows, this is a rap" (selon les paroles sur la pochette intérieur de l'album, d'après Elizabeth Sandifer), alors qu'on se serait attendu à "This is a wrap" ("C'est dans la boîte").
Les paroles de la chansons sont à la fois mordantes et pleines d'humour. Il y est question d'un entretien avec le magazine Time, qui avait fait sa couverture avec la chanteuse folk Joan fin 1962.
Là, c'est un épisode vécu qu'elle nous conte, alors qu'elle prépare son premier album pour un nouveau label, que sa carrière est en déclin et que son management lui conseille de tenter un gros coup avec Time.
Elle aurait pu se contenter d'intituler la chanson Time mag, mais Time rag est très bien vu, "Rag" désignant à la fois un type de chanson folk et... un torchon !
Ayant l'impression que le journaliste s'intéresse vraiment à ce qu'elle a à dire, Joan enchaîne sur les sujets d'actualité qui lui tiennent à coeur ("I babbled my way through the worldwide list, Ireland, Chile and the African states, Poetry, politics and how they relate, Motherhood, music and Moog synthesizers, Political prisoners and Commie sympathizers, Hetero, homo and bisexuality, Where they all stand in the nineteen-seventies"), mais elle se finit par se rendre compte qu'il n'y a qu'une seule chose qui l'intéresse vraiment : des potins sur sa relation avec Bob Dylan. Autant dire que ça se termine mal et qu'elle n'a jamais refait la couverture de Time !
Sur scène au Palladium de New York en 1977, la version de Time rag, est orchestrée de façon proche de celle de l'album, mais à la télévision, au moins par deux fois, c'est en solo et a cappella que Joan Baez l'a chantée, dans le Johnny Carson show en 1977 et à la télévision française sur Antenne 2 dans un Spécial Joan Baez diffusé le 24 janvier 1978. Les sous-titres de traduction des paroles ont du mal à suivre le débit de la chanteuse !
Joan Baez qui se retient de rire pour chanter Time rag, en direct en 1977 dans le Johnny Carson show aux États-Unis.7







