25 novembre 2022

FLEUR OFFWOOD : French indie folk & alternative pop


Acquis chez Gilda à Paris le 23 septembre 2022
Réf : PP050 -- Édité par Perfect Pitch en Allemagne en 2017
Support : CD 12 cm
16 titres

J'ai fait le voyage de Paris en septembre pour revoir Lawrence en concert (pour la première fois depuis 1989), cette fois-ci avec son Mozart Estate, dont le premier album au titre à rallonge est annoncé pour janvier prochain.
Ça m'a permis de vérifier que j'arrive toujours à trouver des CD intéressants à petit prix dans mes boutiques préférées, Parallèles, Gilda et Boulinier.
Dans le lot, il y avait cet album de Fleur Offwood. Je la connais surtout pour ses collaborations avec l'ami Seb Adam : ils se sont produits sur scène ensemble et un de mes titres préférés d'Une plage en hiver, le dernier album de Seb, est leur duo Mots croisés.

Ce disque est un bel objet. Pochette cartonnée ouvrante, couleurs pastel, illustrations sympathiques. Il y a un code-barres au dos et aucune mention du style "Disque promotionnel interdit à la vente", mais je parierais bien qu'aucun exemplaire de ce disque n'a jamais été en vente dans les bacs d'un disquaire (sauf en occasion comme dans ce cas précis, où un professionnel a dû revendre son stock à Gilda).
En effet, Perfect Pitch est un label de Warner Chappell Production Music, un éditeur musical dont l'objectif est de diffuser au maximum les œuvres des artistes qu'il a sous contrat, sur disque éventuellement, mais aussi et surtout en synchronisation musicale.

Ceci explique que le titre de l'album, French indie folk & alternative pop soit juste une tentative de description la plus attrape-tout possible du style musical de Fleur Offwood. On trouve sur la tranche du disque trois mots-clés complémentaires : "Female - Advertising - Easy-going".
En fait, les huit chansons de ce disque ont été publiées sur deux albums différents en 2017 : L'un, titré Bouquet, disponible uniquement au format numérique, et donc l'édition Perfect Pitch en CD et numérique. Et cet album est une compilation : deux des titres proviennent de son premier album, Des mots (que j'avais trouvé il y a quelques années, soit dit en passant, déjà chez Gilda) et on y trouve aussi les quatre titres du EP de 2019 crédité à Fleur Offwood and the Conifers.
Ce sont donc bien des "chansons indépendantes" qu'on entend sur ce disque. Parmi celles-ci, mes préférées sont Mon amour (décrite ainsi dans les notes de pochette : "French girly punk with retro garage pop flavour"), Chez Roberto Barr (qui est un artiste qui existe vraiment, mais il est actuellement installé au 45 rue Blaes à Bruxelles, plutôt qu'au 41 comme le dit la chanson) et La ballade d'elle et lui, avec son petit côté country and western.
Après les huit chansons, on a droit aux pistes instrumentales, inédites par ailleurs, ce qui est l'habitude pour les disques d'illustration musicale.

Fleur Offwood a produit en 2019 un autre album pour Perfect Pitch, Loulou, qui est entièrement instrumental. Son dernier album en date, Les chansons naïves, est sorti au printemps dernier.







19 novembre 2022

CLAUDE BERSOUX SES MUSICIENS SES ELEVES : Patro-blues


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 16 octobre 2021
Réf : MG 001 -- Édité par Patrodisc en France dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : CLAUDE BERSOUX : Patro-blues -- PATRICK RAAFLAUB : Swing-valse -/- CHRISTIAN GRYMONPREZ : Carrefour des échos -- PHILIPPE PICOT : Classique accordéon

Il n'y avait pas grand chose ce jour-là à Emmaüs, mais j'étais bien content de tomber sur ce disque.
Je l'ai pris d'abord pour sa très belle photo de pochette, avec les accordéonistes sur le manège et les gamins qui regardent tous le photographe, mais aussi pour les circonstances de sa parution, le 25e anniversaire du Patronage Laïque de Champigny-sur-Marne.
Pour l'occasion, on a fait les choses en grand : lancement d'un label pour auto-éditer le disque (a priori, c'est le seul disque publié sous l'étiquette Patrodisc), découpage au dos de toutes les pochettes pour qu'elles puissent servir de présentoir, et aussi une publicité au verso pour les accordéons Fratelli Crosio.

Je pense que ce disque date du début des années 1960 (les lettres pour les numéros de téléphone, comme le NOR 94-95 de Fratelli-Crosio, ont été abandonnées fin 1963). On sait par ailleurs que le Patronage Laïque, probablement fondé sous le Front Populaire, existait en 1939, puisque Louis Talamoni, qui fut maire de Champigny dans les années 1950, s'est impliqué dans sa gestion quand il est arrivé dans cette ville cette année-là.

C'est Claude Bersoux qui a mené ce projet. Il a eu à la fois une carrière d'instrumentiste, de chef d'orchestre, de compositeur et d'enseignant pendant 17 ans au conservatoire de Champigny.

Les quatre pistes de ce disque sont de très bonne tenue. Il ne s'agit pas d'accordéon solo : il y a un accompagnement d'orchestre.
Le titre le plus intéressant pour moi est Carrefour des échos, une composition d'André Astier et Tony Fallone. On y entend le son particulier de l'instrument joué par Christian Grymonprez. il s'agit d'un orgue électronique Orgacor CI. J'ai cherché des informations au sujet de cet instrument, mais j'ai fait chou blanc. Cependant, j'ai constaté que Fratelli-Crosio avait poursuivi dans l'électronique, puisqu'ils ont commercialisé par la suite un synthétiseur accordéon Orgacor !

Ce disque est très sympathique et n'a pas dû être beaucoup diffusé. Ça n'en fait pas pour autant un collector, contrairement à ce que semblent en penser deux vendeurs, sur Discogs et Ebay, qui en réclament respectivement 50 et 139 €. Ils ne sont pas prêts de trouver preneur à ce prix-là...

11 novembre 2022

TALKING HEADS : I zimbra


Acquis par correspondance via Ebay en janvier 2022
Réf : 2C008-63307 -- Édité par Sire en France en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I zimbra -/- Air

Ce qui m'a décidé à acheter ce 45 tours, c'est que je venais de lire le Fear of music de Jonathan Lethem dans la collection 33 1/3 et dans la foulée de regarder le documentaire de l'émission South Bank show spécial Talking Heads, tourné en août 1979 et diffusé en décembre de la même année. On y voit notamment le groupe répéter dans le loft new yorkais de Tina Weymouth et Chris Frantz, là même où toutes les bases musicales de l'album ont été enregistrées les 22 avril et 6 mai 1979 (A défaut de lire le livre, on peut trouver chez guitar.com une chronique assez détaillée de l'album).
Initialement, j'ai moins aimé et moins écouté More songs about buildings and food et Fear of music, les deuxième et troisième albums de Talking Heads, que 77 et Remain in light, le premier et le quatrième. Désormais, je trouve que Fear of music contient un nombre impressionnant d'excellentes chansons.

Bon, une fois reçu le 45 tours, il m'aura fallu une dizaine de mois pour le chroniquer...! J'aurais même pu me contenter de chroniquer l'album, que j'ai dans son édition originale française, avec couverture en carton embossé. C'est l'une des premières fois où j'avais dû me battre pour acheter un disque. En effet, quelques mois après sa sortie, je l'avais trouvé soldé chez France Loisirs, à 25 ou 30 francs (à une époque où les disques neufs valaient environ 45 francs). Au moment de payer, la vendeuse m'avait expliqué que les produits étaient réservés aux adhérents, dont je ne faisais pas partie. Pour une fois, j'ai fait preuve de répartie puisque je lui ai dit que, si le disque était soldé, c'est que les adhérents n'en avaient pas voulu. Et du coup elle a daigné accepter mon argent.

Tout comme Jonathan Lethem, ce n'est qu'assez récemment que j'ai su que les paroles d'I zimbra sont adaptées d'un poème dadaïste d'Hugo Ball de 1916. J'avais toujours pensé qu'il s'agissait soit de paroles dans une langue d'Afrique, soit d'un langage inventé. Le langage est inventé, certes, mais par Ball, pour l'un des ses "poèmes sonores", Gadgi beri bimba. Ce n'est pas par inattention que nous avons loupé cette information. Certes, "H. Ball" est bien crédité sur l'étiquette du rond central après "D. Byrne" et "B. Eno", mais c'est tout et c'est le service minimum. Comme les paroles sont reproduites sur la pochette intérieure, ça n'aurait pas coûté grand chose d'indiquer en référence le titre du poème qui les a inspirées et le nom complet de son auteur.
Côté musique, l'idée initiale pour I zimbra était apparemment de faire un hybride de highlife et de disco. Au bout du compte, on n'entend pas vraiment le côté disco, mais l'aspect musique africaine est bien présent. Il est clair que c'est précisément cette chanson qui annonce assez bien l'évolution du groupe qui aboutira à l'album suivant, Remain in light. Certains éléments se retrouveront également plus tard chez Tom Tom Club, et surtout, on a l'impression d'entendre ici en germe tout le son de Vampire Weekend à ses débuts.
Il y a plein d'invités sur ce titre, dont aux congas un certain Gene Wilder, pas l'acteur mais un musicien de rue invité par le groupe à les rejoindre, et une Ari, qui serait Ari Up des Slits. Robert Fripp intervient aussi avec une partie de guitare traitée aux Frippertronics (Musicalement, Fripp c'est rarement ma tasse de thé, mais comme beaucoup j'ai découvert son humour depuis le début de la pandémie de COVID avec les reprises qu'il enregistre chaque dimanche avec son épouse la chanteuse Toyah. La dernière en date, Can your pussy do the dog ? des Cramps, vaut son pesant de cacahuètes).
La version originale d'I zimbra de trois minutes est parfaite. On trouve sur YouTube une version longue qui serait une version remixée d'époque inédite. Pas sûr que ça soit pas juste un bidouillage de fan, mais ça fonctionne très bien aussi avec une durée doublée ! Et sur le double live The name of this band is Talking Heads, la version live de novembre 1980 est pas mal accélérée.

En face B, on trouve un autre extrait de Fear of music, Air, l'une des nombreuses chansons de l'album avec un seul mot pour titre. Elle est marquée par des chœurs féminins très aériens, si j'ose dire, crédités à The Sweetbreathes, soit Tina Weymouth et deux de sœurs.
Pour la musique, David Byrne explique à son propos dans l'émission South Bank show qu'on peut voir ci-dessous: "J'ai écouté beaucoup de Kurt Weill récemment. Une de mes ambitions était d'écrire ce genre de mélodies que je trouve très obsédante. Je ne crois pas avoir complètement réussi, mais je crois m'en être un peu approché. Je voulais écrire une chanson triste qui ne décrit pas d'une relation amoureuse. Pour moi, elle décrit comment on se sent quand on se sent très triste."
Les paroles sont à la fois simples, marquantes et énigmatiques (donc bonnes !) : l'air peut blesser et la peau avoir besoin de s'en protéger.
A l'excellente version de l'album, je crois que je préfère encore la version "de répétition" qu'on entend dans The South Bank show, qui est un peu plus rapide, avec un solo de guitare bien plus tranchant. Il y a aussi une version live de 1979 sur The name of this band is Talking Heads (A ce sujet, j'ai été impressionné par le nombre de concerts donnés par Talking Heads de 1977 à 1979).


Talking Heads, documentaire de l'émission South Bank show, filmé en août 1979, diffusé le 23 décembre 1979. Air commence à 23'10.


Talking Heads, I zimbra, en concert au Westfalenhalle à Dortmund le 20 décembre 1980, diffusé dans l'émission RockPop.




L'affiche promotionnelle pour Fear of music utilisée pour la pochette du 45 tours français. Le carroyage vert ajouté dessus rappelle plutôt la pochette de More songs about buildings and food.

06 novembre 2022

JUAN CATALAÑO : Les grognards


Acquis à la bourse BD Disques d'Épernay le 22 février 2022
Réf : 460.567 -- Édité par Fontana en France en 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les grognards -- Ses baisers me grisaient (Kisses sweeter than wine) -/- Symphonie d'un soir (Silhouettes) -- Demain la quille (The teen-age march)

Juste après le Mexicano, voici le Catalaño !

En quelques mois, j'ai acheté trois disques de Juan Catalaño. D'abord un 25 cm en état superbe, Les Gitans, qui contient deux des titres du 45 tours qui nous intéresse aujourd'hui, que j'ai acheté ensuite. Et enfin, je me suis offert un EP de Jan et Rod, parce qu'il contenait une version de La java des bombes atomiques, sans savoir que Jan et Juan ne font qu'un.
C'est chez Amour du Rock 'n' Roll qu'on trouve le plus d'informations sur le parcours de Juan Catalaño et Rodolfo Licari, ensemble depuis leur rencontre en tant que voisins de palier à Casablanca jusqu'à leur arrivée à Paris en 1956 avec leur duo de chant et guitare burlesque, et séparément avec la carrière ensuite de Juan sous son seul nom. Signés par Jacques Canetti chez Philips avant de passer chez Fontana, avec Boris Vian comme directeur artistique et Alain Goraguer à la direction d'orchestre, ils ont publié des reprises, de Boby Lapointe notamment, et des chansons originales.

Sur ce disque, le quatrième de Catalaño sous son nom, ce sont les reprises qui dominent, mais le seul original, Les grognards, signé Hubert Giraud et Pierre Delanoë, est le titre principal. C'est de la chanson française la plus classique possible. Rien d'humoristique là-dedans. Ce n'est pas vraiment ma tasse de thé.

Parmi les reprises, il y a d'abord Ses baisers me grisaient. La chanson originale est intitulée Kisses sweeter than wine. Elle a un parcours intéressant, qui associe le folklore irlandais, Leadbelly, Pete Seeger et les Weavers ainsi que Jimmie Rodgers ! C'est peut-être le succès qu'en a fait Jimmie Rodgers en 1957 qui a inspiré cette version. L'adaptation française est signée Boris Vian. Je pense qu'il s'agit là de la première version publiée de cette adaptation, qui a continué à se diffuser au-delà de la mort de Vian, puisque, parmi d'autres, Hugues Aufray en 1961 et Nana Mouskouri en 1965 ont interprété cette chanson avec son texte.

Pour Demain la quille, on reste après Les grognards dans la thématique militaire. J'ai trouvé la trace de la chanson originale The teen-age march en face B d'un 45 tours par Carlson's Raiders qui proposait en face A des chansons du film Le pont de la rivière Kwaï. Un film qui a fort inspiré Juan puisque, sur le disque précédent, il reprenait déjà Hello ! Le soleil brille..., la marche du Colonel Bogey.

Si j'ai eu envie de chroniquer ce disque, c'est parce qu'on y trouve Symphonie d'un soir, une adaptation de la chanson américaine Silhouettes.
La version originale par The Rays est très bien. J'aime beaucoup moins le traitement rock qu'Herman's Hermits a appliqué à la chanson en 1965, avec beaucoup de succès. C'est certainement la version la plus connue. Claude François l'a aussitôt décalquée pour sa propre adaptation française.
Je ne connaissais aucune de ces versions les plus diffusées quand j'ai découvert et apprécié Silhouettes. C'était vers le début des années 1990, sur une compilation de Dennis Brown. Il en a publié au moins deux versions, produites par Derrick Harriott, l'une en 1972 et l'autre en 1978, peut-être bien avec la même prise vocale, mais avec une orchestration différente. Ça reste, avec l'originale, ma version préférée de cette chanson.

L'histoire racontée dans Silhouettes est simple. Un gars se promène le soir en ville et croit voir la fille dont il est amoureux à sa fenêtre, enlacée avec un autre. Il est malheureux. Sauf que, il finit par découvrir qu'il s'est trompé de fenêtre. Alors il monte l'escalier quatre à quatre, rejoint la fille et tout est bien qui finit bien !

Symphonie d'un soir est une chanson très particulière. On a d'un côté une chanson aux origines doo-wop. Il en reste le balancement d'origine et un arrangement intéressant qui associe des cuivres et des cordes. Mais il y a un contraste avec l'interprétation de Juan Catalaño. Il a une belle voix de basse, digne d'un chanteur d'opéra, et une élocution de l'époque, très chanson française traditionnelle. L'association de la musique et du chant provoque un effet saisissant, qui est double pour moi : d'un côté c'est involontairement comique, mais de l'autre ça reste une reprise que j'apprécie sincèrement.

Comme ça se faisait beaucoup à l'époque, Fontana a publié quelques temps plus tard une autre version de Symphonie d'un soir, jazz et instrumentale, par Michel de Villers et son Orchestre, avec des notes d'Anna Tof (alias Boris Vian) au verso de la pochette.

30 octobre 2022

THE MEXICANO : Gorilla in Manilla


Offert par Dorian Feller à Villedomange le 15 juillet 2022
Réf : EPC 5344 -- Édité par Epic en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Gorilla in Manilla -/- Cut throat

Dorian avait trouvé ce disque peu de temps auparavant. Ses sillons ne le faisaient pas trop vibrer positivement, alors que moi si, du coup il m'en a gentiment fait cadeau.
Un "mexicano" qui fait du reggae ? Je n'en avais jamais entendu parler. Je connaissais par contre la collection Reggae Power d'Epic (quelques disques parus, dont une compilation), surtout pour les disques de Bag-O-Wire qu'on voyait régulièrement dans les bacs. Je ne pense pas qu'il y ait un lien avec la précédente collection Reggae Power de Soul Posters, qui comprend mon 45 tours de Jah Woosh.

Il s'avère que derrière le pseudonyme de The Mexicano se cachait Rudy Grant, frère d'Eddy, qui a enregistré une série de singles sous ce nom de 1977 à 1980, parmi lesquels c'est Move up starsky qui a eu le plus de succès. C'est sous son nom de naissance qu'il a poursuivi sa carrière dans les années 1980, en enregistrant notamment des reprises, dont Lately de Stevie Wonder.

Le 45 tours est produit par Sidney Crooks des Pioneers, groupe qui avait été lui-même produit par Eddy Grant en 1976 pour l'album Feel the rhythm. On reste en famille...
Le style qu'on entend ici, c'est du chant talkover de DJ jamaïcain sur du gros reggae bien fumeux.
Je n'ai pas fait le lien tout seul, mais la base musicale de Gorilla in Manilla, c'est le "riddim" de Marcus Garvey de Burning Spear.
Pour comparer, on peut écouter la version chantée de Burning Spear, sa version instrumentale, ou d'autres versions DJ par Big Youth en 1975 ou Dillinger en 1979. Ce riddim est tellement connu, qu'on trouve un peu partout des des listes qui en compilent des versions, comme celle-ci.

Et ce gorille à Manille dont parle le Mexicano, kesako ? Eh bien, Rudy fait référence à un combat de boxe hyper-médiatisé qui a eu lieu le 1er octobre 1975 et qu'on a appelé Thrilla in Manilla. Il s'agissait du troisième combat entre Mohamed Ali et Joe Frazier. C'est Mohamed Ali qui, dans la période précédent le match, a comparé à plusieurs reprises Frazier à un gorille. Il avait annoncé que le match serait "a killa and a thrilla and a chilla, when I get that gorilla in Manila".

La face B, Cut throat, est musicalement dans une veine très proche et je crois que c'est ma préférée des deux pistes. Il est fort possible que la base musicale soit aussi un riddim connu, mais je ne l'ai pas identifié.
Côté paroles, il est aussi question de rivalité dans ce Coupe-gorge et de titiller et défier ses "adversaires" : sur un ton à ne pas prendre trop au sérieux, le Mexicano annonce qu'il part à la recherche de deux autres DJs, I-Roy et Prince Jazzbo, et qu'il leur crachera à la gueule s'il les trouve. Il explique ensuite qu'il est le plus beau et le meilleur chanteur...!

Il y a un peu d'actualité autour de ce disque puisque Gorilla in Manilla a été réédité en 2021, avec un titre de Bag-O-Wire en face B.


Mohamed Ali, bon acteur, fait la présentation des émissions spéciales prévues avant le match Gorilla in Manilla.

22 octobre 2022

MÉLANIE GRANDGIRARD : Mon premier Sardou


Consulté chez PlayBac Editions en ligne en octobre 2022
Réf : 9782809671018 -- Édité par PlayBac en France en 2020
Support : 12 pages 16 cm + 5 fichiers MP3
Titres : En chantant -- Être une femme -- La Maladie d’amour -- Je viens du Sud -- Les Lacs du Connemara

Quand quelqu'un a partagé en ligne la couverture de ce livre sonore destiné à un public âgé de 0 à 3 ans, j'ai cru à un faux, à la manière de ces couvertures parodiques de la BD Martine, qu'un générateur (actuellement en panne) permettait de fabriquer en quelques clics.
Mais non, ce livre existe bien, il est paru en 2020 et est vendu dans le commerce au prix de 11,90 €. Il fait partie d'une collection de Playbac Editions qui compte un bon paquet de titres. Les livres font une douzaine de pages, avec une sélection de cinq chansons illustrées avec la reproduction de quelques vers, plus des extraits musicaux instrumentaux très courts.
La question que je me suis posée ensuite, c'est "Mais qui peut bien acheter un tel livre ?". Dans les années 2020, la plupart des jeunes parents doivent être nés dans les années 1990. Je pourrais comprendre qu'ils aient envie d'éduquer musicalement leur enfant avec Mon premier Céline Dion, avec une pointe de nostalgie pour leur propre enfance, mais Sardou ? Qui voudrait infliger ça à la jeunesse ? Ma conclusion est qu'il ne peut s'agir que de grands-parents ou arrière-grands-parents qui, consciemment ou non, ne souhaitent pas du bien à la progéniture de leur progéniture.

Pour ce qui est de Sardou, vue mon année de naissance, j'en ai été imbibé pendant toute ma jeunesse. Avec Sheila, Cloclo, Johnny et les autres, il trustait les radios et la télé. De 1970 (7 ans) à 1977 (14 ans), j'ai vécu au rythme de ses tubes : Les bals populaires, J'habite en France, Le rire du sergent, La maladie d'amour, Le France, Un accident, La java de Broadway. A cette époque, j'appréciais ces chansons sans aucune arrière-pensée, j'en connaissais même certaines par cœur (Un accident) et évidemment je ne comprenais pas tout (qu'est-ce elle venait faire là-dedans "La folle du régiment" ?).
Courant 1977, je me suis émancipé musicalement, en commençant par les Beatles, et autant que possible j'ai éjecté Sardou de ma vie. A tel point que, si j'ai bien chez moi un disque de son père Fernand, je fais un point d'honneur de n'avoir, parmi quelques milliers de disques, aucun qui soit de Michel.
D'ailleurs, au moment où j'ai envisagé de chroniquer ce livre, ça m'emmerdait bien de payer 12 € pour une bonne blague. Jusqu'à ce que je m'aperçoive que les éléments essentiels sont disponibles sur le site de l'éditeur. C'est toujours ça de pris.

Les livres de la collection sont tous illustrés par Mélanie Grandgirard, qui se trouve être pour moi une régionale de l'étape puisqu'elle est originaire des Ardennes.
Je pense que c'est une équipe éditoriale qui choisit les artistes, sélectionne les chansons et les extraits des paroles pour les différents livres. L'idée est bien sûr est que ça soit innocent, mièvre, avec si possible une allusion à l'enfance.
Ainsi, pour Sardou, on a dans l'extrait d'En chantant la mention bien rétro de "repasser ses leçons", mais surtout pas cet autre couplet :
"La première fille de ma vie, dans la rue je l'ai suivie en chantant.
Quand elle s'est déshabillée, j'ai joué le vieil habitué en chantant.
J'étais si content de moi que j'ai fait l'amour dix fois en chantant." !
Idem je suppose pour Être une femme, où je parierais bien que les vers  "Une maîtresse Messaline et contremaîtresse à l'usine, Faire le matin les abattoirs et dans la soirée le trottoir." ne figurent pas dans le livre pour les bambins.

Toute la collection est bâtie ainsi et, évidemment, on trouve Les copains d'abord et Les amoureux des bancs publics dans Mon premier Brassens, mais surtout pas Le gorille ni Le pornographe. Et pour Mon premier Gainsbourg, pas de Je t'aime moi non plus ni de Rock around the bunker ou Requiem pour un c... !
Je vous laisse découvrir si ça vous chante les extraits de Mon premier Téléphone, Mon premier Indochine et Mon premier Bob Marley, mais s'il vous plaît n'allez pas y chercher là d'idées de cadeaux rigolos à me faire. Pour les livres jeunesse musicaux, puisqu'il se trouve que c'est le deuxième que je chronique cette année, je m'en tiens à We're going to be friends !

Michel Sardou a mis fin en 2018 à sa carrière musicale, sur scène et sur disque. Mais réjouissez-vous, Je vais t'aimer, une comédie musicale avec ses plus grand succès, vient de se monter et tourne en France jusqu'en 2024. Et comme je me retrouve parfois dans l'actualité sans le vouloir, la première est ce soir-même à Aix-en Provence !

A écouter :
En chantant
Être une femme
La Maladie d’amour
Je viens du Sud
Les Lacs du Connemara