27 septembre 2026

ALVIN STARDUST : Tell me why


Offert par Le Vieux Thorax à Bagnolet le 21 septembre 2013
Réf : 2C 004-96229 -- Édité par Magnet en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Tell me why -/- Roadie roll on

Alvin Stardust, c'est un nom que je connaissais comme star du rock des années 1970, mais c'est tout. Et puis en 2013, j'ai récupéré deux de ses 45 tours. L'un, tardif chez Stiff, trouvé en Belgique, et celui-ci, que Le Vieux Thorax m'a offert quand on a passé une journée ensemble. J'avais déjà acheté un bon paquet de disques le matin chez Gilda/Parallèles et je suis reparti de chez lui avec quelques 45 tours qu'il avait mis de côté à mon intention, plus le 25 cm Le garage se rebiffe, sur lequel il joue avec Gloria & the Greenspiders.

C'est un article de Pete Paphides qui m'a fait ressortir ce disque, qui raconte l'histoire folle de Bernard Jewry (1972-2014), le gars qui incarnait Alvin Stardust, qui s'est retrouvé par deux fois à endosser la personnalité d'un autre.

La première, c'était dans des circonstances tragiques.
A 19 ans, en 1961, Bernard était fan de Shane Fenton and the Fentones, groupe inconnu de Mansfield, dans la région de Nottingham. Il les aidait même de temps en temps à porter leur équipement.
Un jour, il passe voir le chanteur Johnny Theakston (alias Shane Fenston), mais sa mère lui explique qu'il est malade et hospitalisé. Deux jours après, il était mort à 17 ans, de rhumatisme articulaire aigu.
L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais Johnny avait envoyé une candidature à la BBC pour passer dans une émission de télé à Birmingham. Quand l'invitation est arrivée après la mort de Johnny, sa mère leur a proposé de se reformer pour l'occasion en hommage à son fils, avec Bernard comme chanteur, qui reprendrait pour l'occasion l'identité de Shane Fenton.
C'est ce qui s'est passé, et ça ne s'est pas arrêté là. Le groupe a signé avec Parlophone (le label qui engagerait les Beatles l'année suivante). Ils ont sorti une dizaine de singles quand même, dont quatre ont été classés dans les hit-parades.

Les choses se sont un peu calmées ensuite, mais Bernard Shane avait quand même encore un manager, qui l'a contacté en 1973 avec une proposition surprenante. Peter Shelley (rien à voir avec le Shelley des Buzzcocks), auteur-compositeur-interprète et co-fondateur du label Magnet, venait de lancer My coo ca choo, le premier disque d'une nouvelle "pop star" qu'il avait baptisée Alvin Stardust. Le disque a commencé à marcher, mais après avoir interprété la chanson une fois à la télévision, Shelley a décidé qu'il ne voulait pas faire carrière comme "Alvin Stardust" et a cherché quelqu'un pour incarner sa création. Rôle que Bernard Jewry a accepté : Shane Fenton est donc devenu Alvin Stardust du jour au lendemain.
Dans l'entretien ci-dessous, Bernard donne une version légèrement différente de l'histoire : il aurait été recruté juste avant l'enregistrement de My coo ca choo. Ça parait moins crédible que la version donnée par Pete Paphides et d'autres, mais ce qui est sûr c'est que tous les autres disques de Stardust sont chantés par Jewry, la plupart dans les premières années étant écrits et produits par Shelley.
Et des disques, il y en a eu un bon paquet, le deuxième single Jealous mind se classant même numéro un des ventes en 1974. 

Mon disque, Tell me why, est le troisième sorti après ce tube dans la même année 1974, avec moins de succès (classé 16e dans les charts anglais).
Alvin Stardust est souvent présenté comme un chanteur de glam rock. En 1974, il avait bien sûr comme beaucoup des tenues "outrageuses", avec pattes d'eph et compagnie, mais pour moi son créneau c'est avant tout le revival des grandes années du rock and roll, l'équivalent de ce que sera Shakin' Stevens dans les années 1980. Tell me why en est un bon exemple : c'est du rock mou, une balade un peu doo wop, complètement dans le moule de nombre de succès d'Elvis Presley.

Pour la face B, Roadie roll on, la référence est encore plus simple à trouver. La chanson est co-signée par Shelley et Stardust, mais il manque un troisième auteur, Chuck Berry, tellement c'est une resucée en partie acoustique de Johnny B. Goode !

Même sans Shelley, Alvin Stardust a continué à avoir du succès au débuts des années 1980. Par la suite ça s'est tassé et, tout en continuant à chanter et à tourner, il s'est tourné vers les comédies musicales et vers la télévision, comme acteur et présentateur.
Bernard Jewry est mort en 2014 à 72 ans, et avec lui Shane Fenton et Alvin Stardust. Tout le monde ne peut pas se vanter d'avoir eu trois vies bien remplies...


Alvin Stardust mime Tell me why dans l'émission Top of the Pops.


Bernard Jewry raconte à Cherry Red TV comment Shane Fenton est devenu Alvin Stardust. Ailleurs, il revient sur sa rencontre avec Buddy Holly et les Crickets. L'entretien complet est ici.

23 septembre 2026

VESTALE VESTALE & RAY BORNEO : T'as encore trop parlé


Acquis par correspondance via Bandcamp le 18 septembre 2026
Réf : [sans] -- Édité par Petrol Chips en France en 2026
Support : 5 fichiers mp3
5 titres

Voici une nouveauté toute fraîche.
C'est depuis qu'il a commencé à collaborer avec Gontard vers 2018 que j'ai commencé à repérer le nom de Ray Bornéo (plus ou moins un anagramme teinté BD/Aventure d'Arnaud Boyer). Depuis son fief de Haute-Loire où sont installés son studio et son label tous deux nommés Petrol Chips, il est discret mais prolifique, ne se contentant pas d'être producteur/éditeur : en tant qu'artiste/musicien, il a publié des disques de Tara King Th, Lomostatic, 8 (un duo avec Brisa Roché), Gilia Girasole,...

Pour le duo avec Vestale Vestale, j'avais acheté le premier album, Pour adultes et adolescents à sa sortie en 2018. Voici comment le projet était présenté : "Pour Vestale Vestale, Ray Bornéo compose des mélodies simples, aux sonorités 80’s; des chansons parfois fluos, parfois sombres, ou entre les deux; Une new-wave un peu sucrée mais jamais jusqu’à l’écœurement; un peu tordue aussi, parce que tout n’est pas si simple.". Il y a eu des parutions régulières depuis, dont l'album Petite apocalypse.

Clairement, le son de Vestale Vestale & Ray Bornéo est rétro, pointant vers la période 1980-1981, mes années lycée. C'est parfait pour moi, qui suis tombé dans cette new wave synthétique quand j'étais petit, d'autant que, tout en sachant que je ne suis pas impartial, je trouve que ces sons ont bien vieilli.

T'as encore trop parlé est un maxi numérique avec quatre nouvelles chansons. Musicalement, on se rapproche, pour des disques chroniqués ici, de Pit et Rik, Kas Product ou Braque. Comme le chant féminin est en français, on peut aussi penser à Mathématiques Modernes, ou Elli et Jacno bien sûr.

Les trois chansons originales sont des réussites, à commencer par Les filles de l'école, parfaitement d'actualité en ce mois de rentrée scolaire.
Si on s'en tient aux titres, T'as encore trop parlé et Une médaille pour me taire sont peut-être à mettre en miroir. La première est rapide et pourrait faire son effet en soirée novö diskö. Mais c'est la seconde, dansante aussi à sa façon, qui a eu droit à sa vidéo.

Le disque se conclut avec une reprise du classique Amoureux solitaires de Lio. Sur la version en ligne sur Bandcamp, c'est une reprise en espagnol qui est disponible mais, quand on achète l'album numérique, on récupère en bonus une version en français, que je préfère.
Pour la musique, les arrangements de Jacno sont crédités, c'est dire si Ray est est resté fidèle à la version originale, mais l'intérêt principal est de renvoyer à Lio pour ceux qui ne connaîtraient pas ce tube.

Je pense que ce duo est un projet 100% studio, il ne faut donc pas espérer voir passer l'annonce de concerts, mais je suivrai avec attention leurs prochaines parutions.





20 septembre 2026

ROBERT CHARLEBOIS "AVEC MOUFFE" : Madame Bertrand


Acquis sur le vide-grenier de l'aérodrome à Plivot le 13 septembre 2026
Réf : 61 151 -- Édité par Barclay en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : [MOUFFE ET ROBERT CHARLEBOIS] : Madame Bertrand (Cœur en chômage) -/- [ROBERT CHARLEBOIS AVEC LE ROCK LIBRE DU QUÉBEC] : Tout écartillé

Cela fait quelques années maintenant qu'il y a deux brocantes dans l'année à Plivot, "l'historique" dans les rues du village en mai, et "la nouvelle" sur le terrain de l'aérodrome en septembre. Au fil des années, j'ai eu tendance à faire de bonnes affaires dans les deux.
A l'aérodrome il y a cinq ans, j'avais acheté un beau lot de 45 tours, dont un Nina Simone et un Love.
Cette année, je ne m'en suis pas mal tiré non plus. A plus de dix heures pourtant, un gars avait quelques dizaines de 45 tours empilés par terre sur une couverture. Il a essayé de me refiler le tout pour 15 €, mais je préfère ne pas m'encombrer, d'autant que j'étais venu à vélo, alors j'ai préféré viser des achats à l'unité à 50 centimes.
A priori, il y avait surtout de la variété, mais par deux fois, je suis carrément tombé sur un filon de 45 tours années 1960 des Stones. Neuf disques en bon état avec pochette, dont six que je n'avais pas. Pas mal, mais le disque que j'ai été le plus content de trouver, c'est celui qui nous intéresse aujourd'hui, que je recherchais depuis dix ans...

En effet, c'est il y a dix ans que Philippe R. m'a offert le 33 tours Un gars ben ordinaire de Robert Charlebois. C'est à cette occasion que j'ai appris que ce disque de 1971 est avant tout une compilation de titres parus en 45 tours en 1969 et 1970.
A l'écoute, parmi plein de bonnes choses, Madame Bertrand (Cœur en chômage) a particulièrement retenu mon attention. J'ai regardé, et j'ai vu qu'on trouvait cette chanson sur un 45 tours canadien et un 45 tours français. J'ai même regardé les prix par correspondance, mais avec le port c'est pas donné, alors je me suis contenté d'espérer finir par tomber dessus un de ces jours, ce qui a fini par arriver !

C'était le plus probable, c'est sur le 45 tours français que je suis tombé. Pour cette édition française, Barclay est allé piocher les chansons dans deux 45 tours canadiens différents, édités par le label Gamma, une maison importante au Québec, qui a notamment édité en 1972 le premier 45 tours de Lewis Furey.
Madame Bertrand était la face B du 45 tours Jusqu'au coeur (Réf AA-1036), sauf qu'à l'origine la chanson s'appelle Cœur en chômage, mais commercialement le changement se comprend, car si quelqu'un entendait la chanson à la radio, il risquait plus de chercher chez son disquaire un titre appelé Madame Bertrand.
La face A était la chanson-titre du film Jusqu'au cœur de Jean-Pierre Lefebvre, avec Mouffe et Robert Charlebois, un couple dans le film comme à la ville (on peut voir le film, bien de son époque, en intégralité ici).
C'était la première chanson écrite par Mouffe. Cœur en chômage doit donc être la deuxième. Contrairement à ce qu'on peut lire par-ci par-là, Cœur en chômage n'est pas dans le film. Par contre, la photo au verso de la pochette, avec Robert qui dessine un cœur sur Mouffe, est bien une scène du film. Elle est reprise au dos de la pochette française. Dommage qu'elle n'est pas été promue au recto car elle illustre bien mieux la chanson que celle qui a été choisie, qui est en fait la pochette du 45 tours Tout écartillé (Réf AA-1044), chanson qu'on retrouve ici en face B.
Le nom sur le contrat de disque, les albums et les affiches de concerts était Robert Charlebois, et c'est clairement celui-là que Barclay voulait mettre en avant, pas le duo constitué avec Mouffe.

La musique de Madame Bertrand fait penser à un jug band, avec je pense contrebassine, planche à laver, piano et guitare sèche. Le chant est un duo par Mouffe et Robert, avec le renfort de potes aux chœurs sur le refrain.
Les paroles de chanson basées sur les petites annonces, ce n'est pas rare. Dans des styles différents, on a déjà chroniqué ici le Person to person des (Hypothetical) Prophets et surtout le Top ten sexes de Lewis Furey, un autre montréalais, qui a par ailleurs adapté en anglais l'Ordinaire de Mouffe et Charlebois. Celles de Madame Bertrand, qui donnent la voix à des gens pas tout jeunes qui cherchent l'âme sœur, sont une réussite, les situations étant bien posées et l'humour survenant sans qu'il soit besoin d'ajouter le moindre commentaire.
Notons que Madame Bertrand n'est pas un personnage de fiction. Cela devait être évident pour tout le monde à l'époque à Québec, mais Madame Bertrand c'est bien Janette Bertrand, auteur et journaliste de radio et de presse écrite, qui tenait à ce moment-là deux rubriques dans Le Petit Journal, le courrier du cœur Le refuge sentimental et L'agence matrimoniale, celle qui a inspiré la chanson. Je pense qu'elle avait une popularité équivalente à celle de Ménie Grégoire en France.
La chanson est enjouée et joyeuse et franchement réussie.
Rien à voir avec cette chanson, mais on trouve dans le patrimoine de la chanson française, aussi bien un Cœur en chômage interprété par Maurice Chevalier et une Madame Bertrand interprétée notamment par Gaby Verlor et Jean-Pierre Cernay.

En 1968-1969, Robert Charlebois, Louise Forestier, Mouffe et Yvon Deschamps, avec le Quatuor de Jazz Libre du Québec pour la musique, ont tourné au Québec avec un spectacle en partie improvisé, L'osstidcho, qui a fait grand bruit.
Avec le succès en France d'une des chansons du spectacle, Lindbergh, Robert Charlebois, avec Louise Forestier, a été invité à se produire à L'Olympia en mars 1969. Ce n'était plus L'osstidcho, mais l'esprit était encore là, et Charlebois était programmé en première partie d'Antoine et... Georgette Plana. Résultat : ça a fait des étincelles, Charlebois a été accusé de jouer trop fort et d'avoir envoyé un tambour dans le public et son engagement a été écourté.

C'est à cette période que Tout écartillé a dû être enregistré. Ce titre figure aussi sur l'album Québec love de 1969. Sur le 45 tours original, il est précisé que Robert est accompagné par le Rock Libre de Québec. On peut avancer sans se tromper que dans ce cas précis Rock Libre et Jazz Libre ne font qu'un.
La chanson est un blues à la Screaming Jay Hawkins. Toujours sur le 45 tours original, il y avait un avertissement : "Refrain peut-être parsemé de meuglements de p'tit veau après sa mère ??".
Les paroles sont de Marcel Sabourin. Elles sont comme un cri d'amour à... Marie Laforêt ! : "Jamais jamais oh non oh non jamais, neveur neveur neveur neveur, je n'oublierai Marie Laforêt, les yeux dans le cou, je r'garde en arrière, queuqu' p'tits moments à deux, en pensant qu'on était bien tous les deux". Là aussi, c'est un très bon moment.

Il me reste à écouter I wanna be your man, 2,000 light years from home et Street fighting man, mais en attendant je suis vraiment content d'avoir enfin trouvé ce disque.
Et pour conclure, une autre bonne nouvelle cette semaine, elles sont toujours bonnes à prendre : Janette Bertrand, qui a 101 ans, vient d'annoncer son retour à la télévision pour une nouvelle émission dédiée à l'amour, Janette - Les jeunes et la vieille. Quant à Robert Charlebois, il annonce des spectacles pour fin 2026-2027, avec deux dates au grand Rex à Paris les 16 et 17 mars.


Mouffe et Robert Charlebois miment Cœur en chômage dans l'émission Coup de soleil le 13 juin 1969.


Reportage par Martine de Barsy à l'occasion du passage à L'Olympia de Robert Charlebois et Louise Forestier en mars 1969. Diffusé dans l'émission Aujourd'hui le 8 avril 1969. On y aperçoit Mouffe très brièvement.


Tout écartillé, court-métrage d'André Leduc de 1972.

16 septembre 2026

THÉ PASTELS : S/T


Acquis par correspondance via Bandcamp le 13 septembre 2026
Réf : [sans] -- Édité par Thé Pastels aux États-Unis en 2015
Support : 6 fichiers MP3
6 titres

Je suis abonné à la lettre d'information de Monorail Music, excellent disquaire de Glasgow. Même si je ne leur commande quasiment jamais des disques, ça me permet de suivre les nouveautés, d'être au courant de leurs offres spéciales et de leurs animations. Je suis également attentif aux recommandations des disquaires. Dans la lettre du 8 septembre dernier, Stephen Pastel, qui est l'un des co-propriétaires de Monorail, indiquait qu'il était obsédé par l'album de Susanne Lewis qui vient d'être réédité. Comme je lui fais confiance, je suis allé écouter l'album, mais il m'a suffi de quelques secondes d'extraits de deux chansons pour comprendre que ça n'était pas ma tasse de thé.
Comme j'aime bien découvrir de la musique sur Bandcamp, j'ai profité d'être sur le site pour y rechercher des artistes nommés Pastels.
On y trouve en bonne place nos Pastels de Glasgow, mais il y en a plein d'autres, un peu partout dans le monde.
J'ai ouvert quelques pages, écouté rapidement un peu de musique, et je me suis vite arrêté sur un groupe qui m'a fait dresser l'oreille, Thé Pastels, de Pittsburgh en Pennsylvanie, qui ont une seule publication sur Bandcamp, un mini-album sans titre de 2015.

A part la ville d'origine, je ne possède aucune information sur ce groupe, d'autant que leur page Facebook n'est plus en ligne.
La seule chose que je peux avancer sans grand risque de me tromper, vues leurs voix et leurs paroles, c'est que ses membres devaient être jeunes, des lycéens ou des étudiants.
Je ne pense pas que l'accent grave sur le "e" donne un sens particulier au "Thé" du nom du groupe. En tout cas, je ne l'ai pas saisi. Je suppose que c'est une façon de se distinguer des groupes en "The".

Ils sont adeptes de pop bruyante approximative, un style que j'apprécie, représenté par exemple dans le blog par Superstar Disco Club, The Feelings, MOSKDL ou même Little Wings. Je mets aussi les Pastels dans le lot, surtout dans leurs premières phases.

Or donc, la question qui se pose, sachant que les jeunes Thé Pastels, probablement nés dans les années 1990, font une musique dans une veine assez proche de celle des vénérables The Pastels, fondés au début des années 1980, c'est : Est-ce que les membres de Thé Pastels connaissent et apprécient la musique de The Pastels ?
Si la réponse est non, c'est une coïncidence vraiment étonnante. Si la réponse est oui, c'est encore moins compréhensible. Quel intérêt y aurait-il à reprendre quasiment à l'identique le nom d'un groupe dont on est fan ? Un truc genre Les Enfants des Pastels aurait été nul, mais assez clair.

Le premier titre, Other boys, est bien foutraque. C'est un de mes deux préférés. Il y a deux voix qui chantent plus ou moins ensemble, ce qui une des marques de fabrique du groupe. La basse et la batterie sont minimales, il y a des coups de guitare saturée. Ils arrivent même à produire une accélération du tempo pour le refrain.

Pour Same mistakes par contre, ils ont des difficultés à garder le tempo, comme s'ils visaient plus haut que leur niveau technique, mais malgré tout ça a un certain charme.

Dans le titre de She deafinitely doesn't care, je pense qu'il faut voir un mot-valise avec "Deaf" et "Definitely" plutôt qu'une faute d'orthographe. Quant à I'm no tattletale, but I'll tell on you, ça signifie Je ne suis pas un cafteur mais je te dénoncerai.
Ces deux titres ont du mal à décoller et ne font pas partie de mes préférés.

I think all my bones are broken
est loin d'être une chanson parfaite, mais ça ne m'empêche pas de bien l'aimer, surtout pour la façon dont ils chantent "Maybe we're the only ones" et "I woke up already drunk". Pour le coup, je pense vraiment à Little Wings, et j'aime bien quand à un moment ils citent les accords de Sweet Jane.

Mating season
dure moins de quatre minutes, mais c'est quand même la chanson la plus longue du lot. Dommage, elle n'est pas géniale.

Sur leur page Bandcamp, Thé Pastels recommandent It may take years, if not months, l'unique publication d'un autre groupe de Pittsburgh, sortie une semaine avant la leur. J'imagine qu'il s'agit de potes à eux, voire qu'ils ont des membres en commun. En tout cas, ce groupe s'appelle Waitresses. C'était peut-être un jeu à l'époque à Pittsburgh de "reprendre" le nom de groupes des années 1980 !

Thé Pastels n'a rien publié d'autre depuis 2015. Ces six chansons seront probablement la seule trace sonore qu'ils auront laissée. Pas si mal, sachant que des milliers de groupes éphémères ou non n'en laissent aucune.

13 septembre 2026

SHELLEY : Never again


Acquis neuf probablement chez New Rose à Paris en 1984
Réf : 12 IMMAC 1 -- Édité par Immaculate en Angleterre en 1984
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Never again (Extended version) -/- Give it to me -- I I I / One one one (Extended version)

Même si je n'avais pas toute leur discographie, j'étais fan de Buzzcocks, alors quand je suis tombé peu de temps après sa sortie sur un exemplaire d'occasion d'Homosapien, le premier album solo de Pete Shelley, je l'ai acheté et apprécié. Ce n'est que bien plus tard que j'ai trouvé pour pas cher le deuxième album XL.1, mais je l'ai rarement écouté. Entre-temps, j'avais investi à sa sortie dans ce maxi en import. Je suppose que j'avais entendu  et apprécié la face A au préalable.

Ce disque est la première sortie du label indépendant Immaculate, fondé par le producteur Martin Rushent (peut-être bien avec la participation de Shelley). Pour cette occasion, Shelley a raccourci son nom d'artiste en supprimant le Pete. Il l'a repris dès le disque suivant.

Après un début encourageant, la carrière solo de Pete Shelley a eu un succès assez moyen. Le contrat avec Island a dû s'arrêter après le deuxième album et ce single de fait auto-produit sur un label indépendant était sûrement un moyen pour lui de se relancer et de trouver un nouveau gros label. Ce sera bien le cas, puisque le troisième album sortira en 1986.
Autant les pochettes de Buzzcocks étaient pour la plupart très réussies, autant celle-ci est plutôt moche...!

En grand fan de Magazine, je pense que j'aurais reconnu la patte de Barry Adamson dès les premières notes de Never again même sans avoir vu son nom dans les crédits. Sa basse joue un rôle important dans cette chanson, construite sur une rythmique synthétique et ponctuée légèrement par une guitare acoustique.
La dynamique principale de la chanson vient du chant, avec des changements de ton et de rythme, des vers qui à divers moments semblent se répondre. Le refrain lui-même est en deux parties; ce qui s'en détache, c'est juste un "Never again", mais ça suffit pour bien rester en tête.
Le single n'a pas été un grand succès. Shelley a quand même fini par signer avec Mercury, et c'est seulement en 1986 que le troisième album Heaven and the sea est sorti. Il est produit par Stephen Hague (New Order, Pere Ubu,...) et on y retrouve une version de Never again. Comme il n'y a rien de précisé dans les crédits, c'est censé être une version entièrement nouvelle. Il y a clairement eu du remixage et sûrement du réenregistrement mais, après écoute comparative, je parierais bien que la prise vocale sur l'album est identique à celle du single.

Give it to me donne aussi dans le versant électronique de New Order, avec à un moment une basse funky à la Gang of Four époque Sara Lee. Les paroles sont minimales, le son se coupe brutalement à la fin, mais c'est une face B de bonne tenue.
C'est ce que Pete Shelley lui-même a dû penser, puisqu'il a réenregistré cette chanson en 1988 pour la face B de l'unique single de Zip; une version assez proche de l'originale. Zip était un trio composé de Shelley, Gerrard Cookson et Mark Sanderson, qui a notamment tourné en première partie d'Erasure, comme raconté chez The (new) Vinyl Villain.
Et après tout, ce serait dommage de gâcher : Shelley a encore ressorti sa chanson en 1996, pour l'album All set des Buzzcocks reformés. Pour l'occasion, la chanson a été réarrangée dans le style pop bruyante du groupe, et ça passe très bien.

Le dernier titre, One one one, est à base de boite à rythmes et de synthés. Il est instrumental, en-dehors d'un chœur religieux qui est plus que probablement échantillonné. C'est sans vraiment d'intérêt, mais bon, c'est juste une deuxième face B de maxi...

Pete Shelley n'a plus sorti d'album solo après Heaven and the sea. En duo avec Howard Devoto, il y a eu l'album Buzzkunst en 2002, mais il a surtout été bien occupé avec la reformation des Buzzcocks à partir de 1989. Il est mort en 2018 à 63 ans

Si l'âge d'or des Buzzcocks vous intéresse, je vous conseille la lecture de Buzzcocks (76-81) : Une brève éternité de Nicolas Sauvage (Le Boulon, 2026).


Pete Shelley mime Never again dans l'émission Music convoy en 1984.


Pete Shelley, Never again, en concert au Camden Palace à Londres en 1986. Tiré de l'émission Cue the music, également publié en DVD, Live from London. Pas de Barry Adameson, mais il y a un autre ex-Magazine dans le groupe, le batteur John Doyle.

09 septembre 2026

KRAFTWERK : A Paris le 6 juillet 1981 au Captain Vidéo


Consulté sur YouTube en 2026
Réf : [sans] -- Diffusé par Kajis Music sur YouTube le 29 mai 2024
Support : 1 fichier FLV
16 titres

Je garde un très bon souvenir du concert de Kraftwerk à la Cité de la Musique auquel j'ai assisté en septembre 2002. Plus qu'à un simple concert de musique, j'ai eu l'impression d'être plongé dans une œuvre multimédia immersive, sonore, visuelle et multi-sensorielle. Une grande réussite, réglée aux petits oignons, mais avec quand même dans un coin de la tête une question que je n'étais sûrement pas le seul à me poser : quelle est la part de musique qui est jouée "en direct" ?
Au fil des années qui ont suivi, les prestations du groupe ont été de plus en plus léchées, comme en témoigne le live Minimum-Maximum, pour aboutir à 3-D The catalogue, un coffret où Kraftwerk rejoue intégralement en concert huit de ses albums. C'est tellement propre, sans un son d'ambiance, que le groupe aurait tout aussi bien pu nous vendre ça comme de nouvelles versions studio.

L'enregistrement pirate de 1981 qui nous intéresse aujourd'hui est en parfait contraste avec les concerts du 21ème siècle de Kraftwerk. C'est vraiment ce qui m'a surpris à la première écoute : on a l'impression que c'est vraiment un groupe qui joue en live, même si, quand on voit ci-dessous les extraits d'un concert à Vienne quelques mois plus tard, on se rend compte qu'il y a beaucoup de séquences préparées, dont certaines peuvent être modifiées en direct. Il y aussi pas mal de chant, des hésitations, des pains; c'est vivant, excellent et même rock par moments !

Ce concert fait partie de la tournée qui a suivi la parution de Computer world en mai 1981. Le groupe n'avait pas tourné depuis trois ans car il travaillait à rendre son studio Kling Klang mobile. Il a eu lieu au Captain Vidéo, une salle désormais connu sous le nom de Studio Gabriel.

Hors rappels, les titres joués sont rassemblés en séquences par album (Autobahn, Radio-activity, Trans Europe Express, The man-machine et Computer world).  
Parmi mes titres préférés, il y a The hall of mirrors, Neon lights, Computer world et Mini calculateur.

Mais il y en a trois qui m'ont vraiment surpris et impressionné :
  • Autobahn tout d'abord. Je n'étais pas très chaud à l'idée de me taper une version de 17 minutes de cette composition, mais ça passe très bien et il n'y a pas le temps de s'ennuyer. Et notamment, un peu après la barre des 10 minutes, il y a une partie chantée en plus, qui n'est pas dans le disque : Ralf Hütter égrène en allemand les  étapes de nombreux trajets en autoroute, Barcelone, Lyon, Zürich, Münich et plein de villes au Royaume-Uni. J'ai l'impression que tout cela correspond plus ou moins à l'itinéraire d'une partie de leur tournée de 1981.

  • Les mannequins ensuite, une chanson prise sur un tempo bien plus rapide que la version studio. Et en plus, ils accélèrent de plus en plus pour finir sur un rythme carrément effréné.

  • It's more fun to compute enfin, le dernier titre joué ce soir-là. Intro à la batterie/boite à rythmes, basse synthétique énorme, c'est carrément du rock électronique, d'autant que le chant est énergique lui aussi. A plusieurs reprises au cours du concert, on a l'impression d'entendre des prémices d'Electronic Body Music ou de House.
En y réfléchissant, je me dis que, avec cette longue tournée de 1981, Kraftwerk était à l'apogée de son parcours, après une série impressionnante d'albums. Par la suite, ils ont encore passé des années à améliorer la qualité technique de Kling Klang, pour finir par sortir le single Tour de France en 1983 et l'album Electric café en 1986, deux disques relativement décevants. Et j'ai été encore plus déçu par Expo2000 en 1999 et Tour de France soundtracks en 2003...


Kraftwerk dans l'émission Ohne Maulkorb de la chaîne autrichienne ORF du 29 janvier 1982, avec entretiens et extraits du concert du 21 novembre 1981 à la Sofiensaal de Vienne.