22 mars 2026

ROUGH TRADE RECORDS COMPILATION


Acquis probablement en Angleterre vers le milieu des années 1980
Réf : 6435 086 -- Édité par Rough Trade en Allemagne de l'Ouest en 1981
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

L'autre jour, quelqu'un a fait tourner le lien vers une vidéo pour Blue boy, le deuxième single d'Orange Juice. Les images datent de la sortie du disque en 1980, mais la vidéo a surtout été diffusée au moment de la sortie de la compilation The heather's on fire en 1993. J'adore cette chanson, je trouve que c'est l'une des meilleures du groupe. Je suis allé faire un tour sur Discogs et Ebay en me disant que je chroniquerais bien ce 45 tours, mais je savais d'avance que le disque serait inabordable.
Ce genre d'envie me prend régulièrement ces derniers temps. J'ai fait le même genre de démarche pour Work de Blue Orchids ou Fanfare in the garden d'Essential Logic. Pour I know where Syd Barrett lives de Television Personalities je n'ai même pas essayé car je sais que c'est encore plus hors d'atteinte.

En 1996, j'ai écrit pour mon fanzine Vivonzeureux! un article pour les vingt ans de la boutique Rough Trade. Un réseau de boutiques qui, logiquement, fête ses cinquante ans cette année. J'y avais inclus un
gros plan sur les compilations du label.

Ces compilations, à part la cassette C81 diffusée initialement par le NME, avaient pour but de faire connaître le label dans les territoires où les productions Rough Trade étaient difficiles à trouver.
J'en répertorie cinq pour les premières années du label :
Il y a beaucoup de recoupements entre ces compilations. Plusieurs titres sont présents sur trois des cinq. Le très court Final day de Young Marble Giants est même sur quatre d'entre elles !

Je n'ai pas Long distance, mais j'ai les 33 tours de Wanna buy a bridge ? et Rough Trade Records compilation. En reprenant ce dernier récemment parce que c'est le seul disque sur lequel j'ai Blue boy, j'ai examiné la liste des titres et je me suis dit que je n'avais vraiment pas besoin de me casser à essayer de trouver des singles que je n'ai pas eu les moyens ou l'occasion d'acheter à l'époque, étant donné que la plupart sont déjà présents sur cette compilation, certes sans pochette ni face B, mais franchement, quel superbe ensemble ça fait !

J'ai acheté ce disque non pas en 1981, comme mes autres compilations Rough Trade, mais un peu plus tard, entre 1985 et 1987. Je sais que c'était après 1984 car, quand je suis tombé dessus, dans une boutique d'occasion à Londres, pas en Allemagne, j'avais fait un rapprochement entre le choix de photo de la pochette et celui d'Alive in the Living Room, même si les deux clichés ne sont pas du tout de la même époque.

Je vais répartir les titres de la compilation en trois groupes.

Les cinq 45 tours que je possède :

Ce sont des disques importants. Sans surprise, je les ai tous chroniqués, à la seule exception du Robert Wyatt. En fait la raison en est toute simple : j'ai les trois 45 tours publiés par Robert Wyatt à l'époque chez Rough Trade et réunis ensuite sur l'album Nothing can stop us, et en 2008 j'ai préféré chroniquer At last I am free, dont j'apprécie énormément les deux faces.
Cela ne signifie pas pour autant que je n'aime pas Stalin wasn't stalling. Au contraire, j'apprécie beaucoup cette version d'une chanson de 1943 du Golden Gate Quartet (Robert fait les quatre voix à lui tout seul). C'était bien vu de la part de Wyatt de reprendre cette ode à Staline, créée au moment où l'U.R.S.S. et les U.S.A. combattaient ensemble contre le Troisième Reich allemand. Une bonne façon pour un communiste en pleine guerre froide de souligner que Staline n'a pas toujours été considéré comme le diable par les occidentaux.

Les cinq 45 tours que j'ai envisagés d'acheter :
  • Television Personalities : I know where Syd Barrett lives
    Celui-ci, je ne l'ai pas dans ma collection, mais je l'ai acheté ! C'était en 1981 lors de mon premier séjour à Londres. Philippe R. et François B. m'avaient confié une somme d'argent pour que je leur ramène des disques, notamment de Rough Trade. Philippe avait eu entre autres And don't the kids just love it et François I know where Syd Barrett lives. Malheureusement, François a rapidement égaré ce disque, à l'occasion d'un déménagement je crois, et n'a jamais remis la main dessus. Pour ma part, je ne l'ai jamais racheté, comme j'avais l'album. J'ai fini par avoir aussi la comptine Arthur the gardener de la face B sur une compilation.
    La chanson est un classique. J'ai fait un livre entier sur Television Personalities, je ne vais pas m'étendre plus.

  • Blue Orchids : Work
    Celui-là aussi, je suis à peu près certain que je l'avais ramené de Londres pour François.
    Les Blue Orchids ont la distinction d'être le premier groupe formé par des ex-The Fall. Work reste ma chanson préférée de ce groupe. J'avais été déçu par leur premier album The greatest hit (Money mountain), mais il y a d'autres choses que j'aime beaucoup d'eux, notamment Bad reputation.
    Martin Bramah est très actif ces dernières années, avec des Blue Orchids reformés, mais aussi avec House of All, groupe constitué d'anciens membres de The Fall.

  • Orange Juice : Blue boy  
    C'est étonnant de retrouver ce titre ici, puisque ce deuxième 45 tours d'Orange Juice a été publié au Royaume-Uni chez Postcard, pas chez Rough trade. Mais dans les crédits de la compilation, il est indiqué que la chanson est co-éditée musicalement par Rough Trade Music, qui est dans son rôle en favorisant la diffusion de l’œuvre dans d'autres territoires. Cet excellent titre, assez rock et bien chanté, reste l'une des grandes réussites du groupe d'Edwyn Collins.

  • Essential Logic : Fanfare in the garden
    Comme pour Blue Orchids et Orange Juice, c'est de loin ma chanson préférée d'Essential Logic, alors que par exemple Beat rhythm news - Whaddle ya play ? me laisse plutôt froid. Ce n'est pas un hasard si la chanson a donné son titre à l'une des compilations du groupe.

  • Pere Ubu : Not happy
    Cet excellent single hors album de Pere Ubu, je le recherchais alors même que j'ai acheté à sa sortie en 1996 le coffret de cinq CD Datapanik in the year zero, qui contient des raretés et inédits et grosso modo l'intégrale des titres publiés par le groupe de 1975 à 1982, à cinq exceptions près, dont Not happy. Je me demande encore bien pourquoi.
Les quatre derniers, excellents eux aussi :
  • The Red Crayola : Born in flames
    Il y a un autre 45 tours de Red Crayola en coopération avec Art & Language que j'aimerais bien avoir, c'est Milkmaid, tiré de l'album Kangaroo ? et sorti en face B de An old man's dream.
    Mais ce disque précédent, sur lequel jouent, outre Mayo Thompson, Lora Logic (chant et saxophone), Epic Soundtracks des Swell Maps (batterie) et Gina Birch des Raincoats (basse), est d'excellente tenue. La chanson est présentée sur le 45 tours comme "The social democrats' song from a film by Lizzie Borden...". Ce film, intitulé lui aussi Born in flames, a fini par sortir en 1983.

  • The Fall : How I wrote elastic man
    Quand j'ai acheté cet album, j'avais déjà apprécié Marc Riley et ses Creepers sur scène et sur disque (Marc était encore membre de The Fall quand ce titre a été publié et il en est l'un des co-auteurs). Pourtant, il m'a encore fallu quelques années pour je devienne "fan" de The Fall et apprécie par exemple ce single, l'un des meilleurs titres de leur première période.

  • Cabaret Voltaire : Seconds too late
    Le maxi de Nag nag nag était en vente chez mon disquaire A la Clé de Sol à Châlons, en import et donc cher. Je regrette un peu de ne pas l'avoir acheté, mais j'avais déjà la face A sur Wanna buy a bridge ?. Depuis, j'ai fait l'acquisition de Silent command, autre single Rough Trade, qui est depuis un moment dans la file d'attente des disques à chroniquer ici. Dans la série, je placerais Seconds too late un petit cran en-dessous de ces deux-là, mais un tout petit cran. Ça reste un grand moment de musique növö, comme aurait dit Yves Adrien.

  • Augustus Pablo & Rockers All Stars : Pablo meets Mr. Bassie
    C'est la deuxième référence du catalogue Rough Trade, juste après Métal Urbain. Du punk au reggae le plus pur, Rough Trade a immédiatement fait preuve de son ouverture d'oreilles en éditant en Angleterre ce single jamaïcain. 
    Sur l'album, le titre est crédité à Augustus Pablo, mais sur le 45 tours c'est bien Horace Andy qui est indiqué comme auteur : Il s'agit d'une version de son Problems de 1977, à ne pas confondre avec le Problems de 1975 ("Don't let problems get you down").
    Ce sont aussi les Rockers All Stars qui accompagnaient Horace Andy sur la version originale. Pablo meets Mr. Bassie en est un remix à la sauce Augustus Pablo, sauf erreur de ma part.
Il manque les Raincoats, Métal Urbain, The Monochrome Set, Spizz Energy, Subway Sect, les Feelies, Delta Five, Scritti Politti, les Slits, mais tout ne pouvait pas tenir sur un seul album et cette sélection de quatorze titres du catalogue Rough Trade est un sans-faute. Je suis incorrigible et je ne dirais quand même pas non si je dégotais les neuf 45 tours qui me manquent, mais au moins avec cette compilation je gagne un peu de place.


Orange Juice, Blueboy.


Cabaret Voltaire, Seconds too late.

14 mars 2026

TED HAWKINS : Strange conversation


Acquis par correspondance via Momox en février 2026
Réf : GED21915 -- Édité par Geffen en Europe en 1994
Support : CD 12 cm
Titres : Strange conversation -- Green-eyed girl -- Cold and bitter tears

Quelqu'un a partagé le lien d'une émission de 1987 du célèbre animateur radio Dr. Demento. Une demi-heure très agréable en compagnie de son invité du jour, Jonathan Richman.
A un moment, le Docteur propose à Jonathan de passer un disque de son choix, et il sélectionne un titre de Ted Hawkins, I gave up all I had, tiré de son premier album Watch your step, sorti en 1982 mais dont l'enregistrement avait débuté dix ans plus tôt. L'album est sorti chez Rounder, le label de Jonathan à cette époque.
Jonathan explique que Ted Hawkins est son chanteur préféré de ces dernières années, que c'est un musicien de rue qui jouait sur la plage à Venice Beach avant de signer un contrat et de tourner notamment en Europe, et que Ted et lui ont donné quatre concerts ensemble à Huntington Beach.

Après avoir écouté cette très belle chanson et découvert la biographie de Ted Hawkins, dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, je me suis mis en quête d'un de ses disques pour vous le présenter, et j'ai trouvé ce CD single pour un prix tout à fait correct.

La vie de Ted Hawkins est digne d'un roman, et un roman pas particulièrement gai.
Il est né en 1936 à Biloxi dans le Mississippi. Il n'a pas connu son père, sa mère était alcoolique et se prostituait. Placé très jeune en maison de redressement, il y fait la rencontre de Professor Longhair, qui l'encourage à pratiquer la musique. Condamné pour cambriolage, il passe 31 mois au pénitencier de Parchman, où il se retrouve à travailler enchaîné. Il fera encore de la prison dans les années 1980.
Après diverses aventures dans plusieurs des États Unis, il s'installe pour plusieurs années en Californie, où il joue à Venice Beach. Dans la deuxième moitié des années 1980, il séjourne plusieurs années en Angleterre, encouragé à venir par l'animateur de radio Andy Kershaw, mais il est déporté en 1990.
"Découvert" une énième fois dans la rue, il signe un contrat avec le gros label Geffen, qui publie en 1994 l'album The next hundred years, dont mon single est extrait.

Ted Hawkins s'accompagnait généralement seul à la guitare acoustique, et au pied pour le rythme. Il jouait assis sur une caisse en plastique et avait l'habitude surprenante de porter un gant à la main gauche et de grands ongles pour gratter les cordes à la droite. Il n'appréciait pas qu'on le classe comme bluesman. Il était notamment inspiré par le gospel et fan de Sam Cooke, dont il reprenait plusieurs titres, et l'étiquette qui lui convient le mieux serait celle de chanteur folk.

Pour cet album chez Geffen, il a été accompagné par des musiciens de session, ce qui n'est pas ce qui convient le mieux à sa musique, qui est parfaite avec lui en solo, mais la production reste discrète et ne gâche pas Strange conversation, une chanson de rupture amoureuse. Certes, il y a de la guitare électrique et de la batterie ajoutées, mais on se rend compte que l'essence de la chanson est préservée, quand on compare avec la version live enregistrée le 5 novembre 1994 à McCabe's Guitar Shop et publiée sur l'album The final tour.

Green-eyed girl est un autre extrait de l'album The next hundred years. C'est une autre très belle chanson dans la même veine.

Geffen ne devait pas avoir de chansons en réserve après la publication de l'album, étant donné que, pour la deuxième face B, ils sont allés rechercher Cold and bitter tears, une chanson publiée en 1985 par un autre label, sur le deuxième album Happy hour.
Encore une chanson de rupture pas des plus gaies : "Je me demande pourquoi tu m'as quitté après tout ce que j'ai essayé de faire, Tu sais que tu me manques chérie et tu manques aux enfants aussi, Ce soir on a fait la vaisselle juste pour garder un souvenir clair de toi, J'ai refroidi l'eau chaude avec mes larmes froides et amères. (...) J'ai peur de faire la vaisselle et je sais bien pourquoi, Quand je mets ton tablier, ça me donne envie de pleurer.".

Avec le soutien de Geffen, Ted Hawkins a pu assurer largement la promotion de son album en 1994, avec une tournée qui l'a mené aux États-Unis, en Europe et en Australie. Dans le documentaire Amazing grace (ci-dessous), il dit, sûrement à propos du titre de l'album Les cent prochaines années, "I know that I will not live that long but I do hope that my music lasts that long". Il ne pensait sûrement quand même pas mourir aussi vite après cet entretien: il est décédé quelques semaines plus tard d'une attaque, à 58 ans, le 1er janvier 1995.

Un album hommage de reprises intitulé Cold and bitter tears est sorti en 2015. C'est Kasey Chambers qui y chante la chanson-titre. Jon Dee Graham quant à lui reprend Strange conversation. Mary Gauthier et Ramsay Midwood sont également de la partie.


Amazing grace, un documentaire de 1995 de Janice Engel (en trois parties sur YouTube, il n'y a pas de son avant 1'45). On y entend notamment Strange conversation (à 20'40) et Green-eyed girl (à 2' de la partie 2).

07 mars 2026

PAN-RA : Music from Atlantis


Acquis chez Emmaüs à Courtisols le 17 décembre 2025
Réf : 110278 -- Édité par Pan-Ra en Allemagne en 1978
Support : 33 tours 30 cm
Titres : Attila -- Avignon -/- Rattenfänger -- Shiva -- Loreley

Après ceux de Stas Namin Group et de Jacques Lecomte, voici un autre disque trouvé lors de ma fructueuse visite à Emmaüs Courtisols en décembre dernier.

Quand je suis tombé sur cet album au nom d'artiste et à la pochette inconnus, j'ai commencé par retourner la pochette, et ce que j'y ai vu m'a suffisamment motivé pour investir 50 centimes dans cet album en très bon état, même si je m'attendais (à raison) à quelque chose dans les sphères folk/prog/baba, qui ne sont pas habituellement ma tasse de thé.

Pendant longtemps, on aurait dit simplement que cette publication est une auto-édition. Je crois qu'aujourd'hui le terme couramment employé pour la qualifier est "private press", ce qui a accessoirement pour conséquence d'en augmenter la cote.

Je ne connaissais pas du tout ce groupe. L'article le plus complet que j'ai trouvé sur eux a été publié en 2022 par Flo Spector dans Musique Journal.

Les notes de pochette nous donne un éclairage sur le contexte de l'album :
"PAN = dieu de berger grec, jouant la flûte; RA = dieu du soleil de l'ancienne Égypte; la musique étant aussi mystique que le nom.
Les trois seuls descendants survivants d'ATLANTIS, légendaire continent submergé, combinent dans leur musique les influences de nombreuses sphères et époques de civilisation. Ainsi, Moyen Âge, temps modernes, Asie, l'Europe et l'Orient, folklore, classicisme et jazz s’unissent à former une nouvelle musique : Musique d’Atlantis.
Les pièces ne sont pas fixées, mais elle se forment toujours un peu de nouveau. Des nouvelles improvisations se développent d'une mélodie de base, dépendant de l'ambiance momentanée des musiciens. Cette musique est vivante, elle crée des vibrations qui se transfèrent sur les auditeurs; on n'entend non seulement la musique, mais on la voit.
"

Merci pour l'explication sur la conception de cette musique en partie improvisée !

Vue l'époque, on n'est pas surpris de lire dans Musique Journal que les membres du groupe se seraient rencontrés pour la première fois dans une communauté des Hautes-Alpes, non loin de Sisteron.
Sur ce deuxième album, Pan-Ra est un trio franco-allemand-hongrois composé de Chaba Koncz (instruments à vent), Fredi Alberti (violoncelle) et Michel Poiteau (guitare), auxquels s'ajoute comme invitée la chanteuse Catherine Hourcq, qui fait des vocalises sans paroles sur deux titres.

C'est leur deuxième album. Le premier était sorti deux ans plus tôt, en 1976. Ça peut porter à confusion, mais on comprend mieux quand on sait que les musiciens sont censés être des survivants du continent submergé : ce premier album s'appelait Musique de l'Atlantide, soit le même titre en français que celui en anglais du second.

Le disque a été enregistré en deux sessions, en août 1977 dans l'abbaye de Sénanque en France, et en studio à Rüsselheim en Allemagne en janvier 1978.
J'ai eu l'impression à la première écoute que la flûte domine la face A, un peu trop à mon goût. J'ai préféré la face B, avec son instrumentation plus variée.

Le morceau d'ouverture, Attila, est très folk. En plus de la flûte, il y a du violoncelle et de la guitare, et aussi une percussion, qui doit être un tambourin.
Avignon ensuite, une composition plus lente, est aussi la plus longue de l'album, à plus d'un quart d'heure. Elle mêle voix et instruments. Je ne la trouve pas désagréable, mais c'est le titre du disque qui m'intéresse le moins. Mes deux préférés sont les deux premiers de la face B.

Il y a encore de la flûte et des ambiances folk sur Rattenfänger, mais aussi du ukulélé, de la guimbarde et du tambourin. C'est le titre le plus court,le plus rythmé et le plus enlevé de l'album.
Pour Shiva, la cornemuse est associée à un darbouka . C'est très bien.

Sur Loreley, Chab Koncz joue du Krummhorn (qui doit être un tournebout plutôt qu'un cromorme, comme mentionné sur la pochette). C'est l'autre titre chanté de l'album.

Pan-Ra jouait encore en 1981, puisque le violoncelliste a publié à l'époque une cassette d'un concert à Stuttgart. Il l'a rééditée en 2020. On y trouve une version de Rattenfänger. Par contre, il n'y a pas eu de troisième album studio.

Sous le nom de Chobo, Csaba Koncz a sorti une cassette référencée sur Discogs où l'on trouve encore une autre version de Rattenfänger. Il y a a aussi une capture d'écran d'un site qui présente le travail de photographe de Casba Koncz et indique qu'il est mort en 2022.

Au dos de la pochette, il y a deux adresses de contact pour le groupe, l'une à Mayence, l'autre à Paris au nom d'Anne Ceyla. Je me suis amusé à faire une recherche sur cette adresse parisienne et, de façon remarquable, 48 ans plus tard, une architecte nommée Marie-Anne Cayla  a toujours son cabinet cette adresse !

01 mars 2026

TRANSGLOBAL UNDERGROUND : Moonshout


Acquis à La Recyclerie à Châlons-en-Champagne le 12 novembre 2025
Réf : MULE04 -- Édité par Mule Satellite en Angleterre en 2007
Support : CD 12 cm
14 titres

Il y a encore beaucoup de 45 tours à la ressourcerie de Châlons, mais ils sont pour la plupart peu intéressants et souvent en piteux état. Ce jour de l'automne dernier, j'y ai quand même trouvé, sans pochette, l'EP Carol des Stones et Blue Monday de Fats Domino. Et j'ai aussi trouvé ce CD, un album de Transglobal Underground que je ne connaissais pas du tout.

J'ai dû vraiment entendre parler d'eux en lisant le programme des Transmusicales de 1994, une des années où je me suis rendu à Rennes. Transglobal Underground, avec sa chanteuse Natacha Atlas, y était présenté comme une des principales attraction de la rave Ethnics 2 Technics. Si jamais j'ai vu un bout de leur prestation, c'est juste quelques minutes en passant, mais je ne suis pas du tout sûr d'avoir tenu jusqu'à 2h30 du matin, l'heure programmée de leur passage.
Par la suite en tout cas j'ai acheté leur premier single Temple head et l'album International times.

J'ai toujours tendance à associer Transglobal Underground à d'autres formations que j'apprécie, qui font un grand mélange cosmopolite de genres musicaux, de 3 Mustaphas 3 à Dissidenten, en passant par L'Attirail, 17 Hippies ou  Cornershop

Moonshout, paru en 2007, est le septième album de Transglobal Underground. J'ai été vraiment surpris et ravi à la première écoute parce que, alors que les titres se succédaient, je trouvais que les chansons fonctionnaient très bien et que les expériences de fusions de styles étaient réussies.
Sur cet album qui comporte de nombreux invités, le groupe est principalement constitué de deux membres fondateurs, le guitariste Tim Whelan et le batteur Hamilton Lee, à qui se sont joints les chanteurs Tuup et Krupa, le percussionniste Rav Neiyyar et la bassiste et sitariste Sheema Mukherjee.

Mon titre préféré pour l'heure est It's a sitar. C'est l'un des plus enlevés de l'album et l'un des plus légers. On est dans une ambiance digne des rigolos de The Melody Four : "I love the girl who plays the guitar. It's not a guitar, it's called a sitar."
Le sitar n'est pas présent sur tout le disque, mais il a un rôle important, par exemple sur l'instrumental Elena, qui propose une sorte d'hybride klezmer/sitar, et sur Quit mumblin', où l'instrument indo-psychédélique par excellence est associé à un Diddley beat !
On entend aussi du sitar sur Awal, où une Natacha Atlas de retour est associée à un rappeur, et sur Mera jhumka.

On entend aussi pas mal de sons et de rythmes associés au reggae sur la majeure partie des autres chansons qui m'ont le plus accroché : Emotional yoyo, Dancehall operator, Total rebellion et Border control.

Le concertina sur Cape thunder m'a fait penser à l'Afrique du Sud. A raison je pense car les crédits mentionnent du chant zoulou.
Ces crédits confirment que la musique du groupe est bien transglobale : pour Mag ak ndaw il est question de chants wolof et Bollywood et pour
Moonshout de raps anglais et hongrois !

AU bout du compte, c'est vraiment un album, agréable, dansant et inventif, une excellente pioche, quoi !

Le dernier album paru de Transglobal Underground date de 2020, mais le groupe donne toujours régulièrement des concerts. Il y en a plusieurs prévus ce mois-ci en Angleterre.



21 février 2026

THE VENTURES : Action


Acquis chez Bell'Occas à Charleville-Mézières le 14 octobre 2025
Réf : LEP 2249 F -- Édité par Liberty en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Action -- Stop action -/- No matter what shape (your stomach's in) -- Little bit of action


C'est le quatrième des six 45 tours achetés le 14 octobre dernier à Charleville que je chronique, après The Cats Meow, Robert Ballinger et Serge Lebrasse. Et ce sera sûrement le dernier car les deux autres sont L'homme à l'habit de Domenico Modugno, que je recherchais, mais que de fait j'ai déjà chroniqué en m'intéressant à l'album du François Charpin Trio, et un autre Serge Lebrasse.

J'aime vraiment les 45 tours quatre titres français des années 1960. Ce sont en règle générale de beaux objets discographiques. Là en particulier, on a quatre extraits d'un album qui n'a pas été publié en France, Where the action is, avec une pochette spécifique à cette édition.
On note que la photo d'illustration choisie est liée à l'espace, alors que rien par ailleurs ne rattache le disque à cette thématique.
En préparant cette chronique et en consultant leur discographie 45 tours française, je me suis rendu compte que les gens de chez Pathé Marconi, qui diffusait en France le label Liberty, ont sûrement de leur propre chef associé les Ventures à tout ce qui est aérien et spatial.
Ça a commencé avec Telstar, et là  c'était logique car il s'agissait d'un satellite, mais on trouve aussi une fusée ou un avion sur les pochettes des 45 tours Penetration, Walk don't run '64 et Wild thing, et encore sur les 33 tours The Ventures U.S.A., Knock me out et Journey to the stars (à juste titre, pour ce dernier...!). Ces illustrations sont aucune rapport avec celles des disques équivalents américains, quand il y en a.

The Ventures est un groupe américain fondé en 1958. Avec les Shadows de l'autre côté de l'Atlantique, ça doit être l'un des premiers grands groupes de rock instrumental, avant la grande vague surf.
Je découvre aujourd'hui que, chez moi, entre Châlons-sur-Marne, Reims et Épernay, un groupe imaginativement baptisé Ventures a eu un parcours remarquable, entre 1968 et 1977.

Mon 45 tours est sorti à l'occasion des premiers concerts en France de The Ventures, en 1966.
Where the action is est une sorte d'album "concept" sur le thème de l'action. C'est aussi le titre d'une émission télé musicale diffusée à l'époque aux États-Unis.
On trouve le mot "Action" dans quatre des douze titres de l'album, et 
trois d'entre eux se retrouvent sur le 45 tours. Un album entier d'instrumentaux, c'est parfois un peu indigeste, mais là, avec quatre pistes courtes et variées, c'est parfait.

Action est justement l'indicatif de l'émission Where the action is, écrit par Steve Venet et Tommy Boyce (ce dernier a composé avec Hart des tubes pour les Monkees).
La version originale chantée par Freddy Cannon a été un tube aux États-Unis à l'automne 1965. Elle a été reprise début 1966 par Paul Revere and the Raiders et elle avait eu droit à une adaptation en français par Ria Bartok dès 1965.
La version instrumentale des Ventures me plaît bien. Elle est très énergique, avec guitare, claquements de mains et cris d'encouragement,.

Stop action (avec solos de guitare et d'orgue) et Little bit of action  (Très Shadows pour le coup) sont des compositions originales des Ventures de bonne facture.

No matter what shape (your stomach's in) est une reprise d'un instrumental de 1965 de The T-Bones, groupe signé sur le même label Liberty que les Ventures.

Une formation nommée The Ventures tourne encore. Il y a bien longtemps qu'elle ne contient plus de membres originaux du groupe. Le plus "ancien" de la formation a rejoint le groupe en 1980, mais le fils du batteur original fait aussi partie du groupe...!

17 février 2026

SANTA FE RAGING GRANNIES : We gotta stop the raids


Consulté la première fois sur YouTube le 15 février 2026
Réf : [sans] -- Diffusé par NM Raging Granny sur YouTube le 15 février 2026
Support : 1 fichier FLV
Titre : We gotta stop the raids

C'est Philippe R. qui m'envoyé dimanche le lien vers Hit the road, ICE !. Grosso modo, sur l'air de la chanson de Ray Charles, une chorale de Mémés Déchaînées de Santa Fe au Nouveau-Mexique invite fermement la milice meurtrière anti-immigration à se casser :
"Now fascist mercenaries roam our streets hunting down people as if we’re meat
A body hits the ground and before it cools, they’re smearing the victim as a terrorist tool
Their approach is to kill you twice : with bullets and again with lies
".

C'est rafraîchissant et courageux. C'est l'un des nombreux exemples des remarquables actions citoyennes de solidarité et de résistance qui se développent aux États-Unis. Après les deux meurtres de Minneapolis, ces réseaux d'action dans la ville ont notamment été mis en lumière.

J'ai vu que, sur leur chaîne YouTube, les Grannies avaient publié cinq autres vidéos sur des thèmes similaires depuis un mois, et pas mal d'autres depuis huit ans.
Dimanche, elles venaient de mettre en ligne deux nouveaux titres, dont mon préféré, We gotta stop the raids, reprise de Who'll stop the rain de Creedence Clearwater Revival :
"We’re not alone, and we gotta stop the raids!
We refuse to be afraid
".

J'ai repéré le site des Sante Fe Ragin Grannies et on y trouve les paroles de toutes leurs chansons, classées par thème (anti-guerre, anti-nucléaire, droits de la femme, Gaza... Mais très vite, j'ai constaté qu'il y avait d'autres sites pour d'autres chorales de Raging Grannies.
En fait, la première chorale s'est formée en 1987 à Victoria au Canada, et depuis, le mouvement a largement essaimé, surtout au Canada et aux États-Unis. Pour le rejoindre, il suffit d'être un groupe de femmes "d'un certain âge", militant, non-violent, avec le sens de l'humour.

Ce n'est pas un hasard si je suis le seul de ma fratrie à ne jamais avoir fait partie d'une chorale. Mais l'union fait la force et noie en partie les fausses notes alors, vu ce qui nous attend peut-être prochainement, je devrais peut-être me mettre en quête d'un groupe de Pépés Exaspérés pour être prêt le moment venu.