14 mars 2026

TED HAWKINS : Strange conversation


Acquis par correspondance via Momox en février 2026
Réf : GED21915 -- Édité par Geffen en Europe en 1994
Support : CD 12 cm
Titres : Strange conversation -- Green-eyed girl -- Cold and bitter tears

Quelqu'un a partagé le lien d'une émission de 1987 du célèbre animateur radio Dr. Demento. Une demi-heure très agréable en compagnie de son invité du jour, Jonathan Richman.
A un moment, le Docteur propose à Jonathan de passer un disque de son choix, et il sélectionne un titre de Ted Hawkins, I gave up all I had, tiré de son premier album Watch your step, sorti en 1982 mais dont l'enregistrement avait débuté dix ans plus tôt. L'album est sorti chez Rounder, le label de Jonathan à cette époque.
Jonathan explique que Ted Hawkins est son chanteur préféré de ces dernières années, que c'est un musicien de rue qui jouait sur la plage à Venice Beach avant de signer un contrat et de tourner notamment en Europe, et que Ted et lui ont donné quatre concerts ensemble à Huntington Beach.

Après avoir écouté cette très belle chanson et découvert la biographie de Ted Hawkins, dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, je me suis mis en quête d'un de ses disques pour vous le présenter, et j'ai trouvé ce CD single pour un prix tout à fait correct.

La vie de Ted Hawkins est digne d'un roman, et un roman pas particulièrement gai.
Il est né en 1936 à Biloxi dans le Mississippi. Il n'a pas connu son père, sa mère était alcoolique et se prostituait. Placé très jeune en maison de redressement, il y fait la rencontre de Professor Longhair, qui l'encourage à pratiquer la musique. Condamné pour cambriolage, il passe 31 mois au pénitencier de Parchman, où il se retrouve à travailler enchaîné. Il fera encore de la prison dans les années 1980.
Après diverses aventures dans plusieurs des États Unis, il s'installe pour plusieurs années en Californie, où il joue à Venice Beach. Dans la deuxième moitié des années 1980, il séjourne plusieurs années en Angleterre, encouragé à venir par l'animateur de radio Andy Kershaw, mais il est déporté en 1990.
"Découvert" une énième fois dans la rue, il signe un contrat avec le gros label Geffen, qui publie en 1994 l'album The next hundred years, dont mon single est extrait.

Ted Hawkins s'accompagnait généralement seul à la guitare acoustique, et au pied pour le rythme. Il jouait assis sur une caisse en plastique et avait l'habitude surprenante de porter un gant à la main gauche et de grands ongles pour gratter les cordes à la droite. Il n'appréciait pas qu'on le classe comme bluesman. Il était notamment inspiré par le gospel et fan de Sam Cooke, dont il reprenait plusieurs titres, et l'étiquette qui lui convient le mieux serait celle de chanteur folk.

Pour cet album chez Geffen, il a été accompagné par des musiciens de session, ce qui n'est pas ce qui convient le mieux à sa musique, qui est parfaite avec lui en solo, mais la production reste discrète et ne gâche pas Strange conversation, une chanson de rupture amoureuse. Certes, il y a de la guitare électrique et de la batterie ajoutées, mais on se rend compte que l'essence de la chanson est préservée, quand on compare avec la version live enregistrée le 5 novembre 1994 à McCabe's Guitar Shop et publiée sur l'album The final tour.

Green-eyed girl est un autre extrait de l'album The next hundred years. C'est une autre très belle chanson dans la même veine.

Geffen ne devait pas avoir de chansons en réserve après la publication de l'album, étant donné que, pour la deuxième face B, ils sont allés rechercher Cold and bitter tears, une chanson publiée en 1985 par un autre label, sur le deuxième album Happy hour.
Encore une chanson de rupture pas des plus gaies : "Je me demande pourquoi tu m'as quitté après tout ce que j'ai essayé de faire, Tu sais que tu me manques chérie et tu manques aux enfants aussi, Ce soir on a fait la vaisselle juste pour garder un souvenir clair de toi, J'ai refroidi l'eau chaude avec mes larmes froides et amères. (...) J'ai peur de faire la vaisselle et je sais bien pourquoi, Quand je mets ton tablier, ça me donne envie de pleurer.".

Avec le soutien de Geffen, Ted Hawkins a pu assurer largement la promotion de son album en 1994, avec une tournée qui l'a mené aux États-Unis, en Europe et en Australie. Dans le documentaire Amazing grace (ci-dessous), il dit, sûrement à propos du titre de l'album Les cent prochaines années, "I know that I will not live that long but I do hope that my music lasts that long". Il ne pensait sûrement quand même pas mourir aussi vite après cet entretien: il est décédé quelques semaines plus tard d'une attaque, à 58 ans, le 1er janvier 1995.

Un album hommage de reprises intitulé Cold and bitter tears est sorti en 2015. C'est Kasey Chambers qui y chante la chanson-titre. Jon Dee Graham quant à lui reprend Strange conversation. Mary Gauthier et Ramsay Midwood sont également de la partie.


Amazing grace, un documentaire de 1995 de Janice Engel (en trois parties sur YouTube, il n'y a pas de son avant 1'45). On y entend notamment Strange conversation (à 20'40) et Green-eyed girl (à 2' de la partie 2).

07 mars 2026

PAN-RA : Music from Atlantis


Acquis chez Emmaüs à Courtisols le 17 décembre 2025
Réf : 110278 -- Édité par Pan-Ra en Allemagne en 1978
Support : 33 tours 30 cm
Titres : Attila -- Avignon -/- Rattenfänger -- Shiva -- Loreley

Après ceux de Stas Namin Group et de Jacques Lecomte, voici un autre disque trouvé lors de ma fructueuse visite à Emmaüs Courtisols en décembre dernier.

Quand je suis tombé sur cet album au nom d'artiste et à la pochette inconnus, j'ai commencé par retourner la pochette, et ce que j'y ai vu m'a suffisamment motivé pour investir 50 centimes dans cet album en très bon état, même si je m'attendais (à raison) à quelque chose dans les sphères folk/prog/baba, qui ne sont pas habituellement ma tasse de thé.

Pendant longtemps, on aurait dit simplement que cette publication est une auto-édition. Je crois qu'aujourd'hui le terme couramment employé pour la qualifier est "private press", ce qui a accessoirement pour conséquence d'en augmenter la cote.

Je ne connaissais pas du tout ce groupe. L'article le plus complet que j'ai trouvé sur eux a été publié en 2022 par Flo Spector dans Musique Journal.

Les notes de pochette nous donne un éclairage sur le contexte de l'album :
"PAN = dieu de berger grec, jouant la flûte; RA = dieu du soleil de l'ancienne Égypte; la musique étant aussi mystique que le nom.
Les trois seuls descendants survivants d'ATLANTIS, légendaire continent submergé, combinent dans leur musique les influences de nombreuses sphères et époques de civilisation. Ainsi, Moyen Âge, temps modernes, Asie, l'Europe et l'Orient, folklore, classicisme et jazz s’unissent à former une nouvelle musique : Musique d’Atlantis.
Les pièces ne sont pas fixées, mais elle se forment toujours un peu de nouveau. Des nouvelles improvisations se développent d'une mélodie de base, dépendant de l'ambiance momentanée des musiciens. Cette musique est vivante, elle crée des vibrations qui se transfèrent sur les auditeurs; on n'entend non seulement la musique, mais on la voit.
"

Merci pour l'explication sur la conception de cette musique en partie improvisée !

Vue l'époque, on n'est pas surpris de lire dans Musique Journal que les membres du groupe se seraient rencontrés pour la première fois dans une communauté des Hautes-Alpes, non loin de Sisteron.
Sur ce deuxième album, Pan-Ra est un trio franco-allemand-hongrois composé de Chaba Koncz (instruments à vent), Fredi Alberti (violoncelle) et Michel Poiteau (guitare), auxquels s'ajoute comme invitée la chanteuse Catherine Hourcq, qui fait des vocalises sans paroles sur deux titres.

C'est leur deuxième album. Le premier était sorti deux ans plus tôt, en 1976. Ça peut porter à confusion, mais on comprend mieux quand on sait que les musiciens sont censés être des survivants du continent submergé : ce premier album s'appelait Musique de l'Atlantide, soit le même titre en français que celui en anglais du second.

Le disque a été enregistré en deux sessions, en août 1977 dans l'abbaye de Sénanque en France, et en studio à Rüsselheim en Allemagne en janvier 1978.
J'ai eu l'impression à la première écoute que la flûte domine la face A, un peu trop à mon goût. J'ai préféré la face B, avec son instrumentation plus variée.

Le morceau d'ouverture, Attila, est très folk. En plus de la flûte, il y a du violoncelle et de la guitare, et aussi une percussion, qui doit être un tambourin.
Avignon ensuite, une composition plus lente, est aussi la plus longue de l'album, à plus d'un quart d'heure. Elle mêle voix et instruments. Je ne la trouve pas désagréable, mais c'est le titre du disque qui m'intéresse le moins. Mes deux préférés sont les deux premiers de la face B.

Il y a encore de la flûte et des ambiances folk sur Rattenfänger, mais aussi du ukulélé, de la guimbarde et du tambourin. C'est le titre le plus court,le plus rythmé et le plus enlevé de l'album.
Pour Shiva, la cornemuse est associée à un darbouka . C'est très bien.

Sur Loreley, Chab Koncz joue du Krummhorn (qui doit être un tournebout plutôt qu'un cromorme, comme mentionné sur la pochette). C'est l'autre titre chanté de l'album.

Pan-Ra jouait encore en 1981, puisque le violoncelliste a publié à l'époque une cassette d'un concert à Stuttgart. Il l'a rééditée en 2020. On y trouve une version de Rattenfänger. Par contre, il n'y a pas eu de troisième album studio.

Sous le nom de Chobo, Csaba Koncz a sorti une cassette référencée sur Discogs où l'on trouve encore une autre version de Rattenfänger. Il y a a aussi une capture d'écran d'un site qui présente le travail de photographe de Casba Koncz et indique qu'il est mort en 2022.

Au dos de la pochette, il y a deux adresses de contact pour le groupe, l'une à Mayence, l'autre à Paris au nom d'Anne Ceyla. Je me suis amusé à faire une recherche sur cette adresse parisienne et, de façon remarquable, 48 ans plus tard, une architecte nommée Marie-Anne Cayla  a toujours son cabinet cette adresse !

01 mars 2026

TRANSGLOBAL UNDERGROUND : Moonshout


Acquis à La Recyclerie à Châlons-en-Champagne le 12 novembre 2025
Réf : MULE04 -- Édité par Mule Satellite en Angleterre en 2007
Support : CD 12 cm
14 titres

Il y a encore beaucoup de 45 tours à la ressourcerie de Châlons, mais ils sont pour la plupart peu intéressants et souvent en piteux état. Ce jour de l'automne dernier, j'y ai quand même trouvé, sans pochette, l'EP Carol des Stones et Blue Monday de Fats Domino. Et j'ai aussi trouvé ce CD, un album de Transglobal Underground que je ne connaissais pas du tout.

J'ai dû vraiment entendre parler d'eux en lisant le programme des Transmusicales de 1994, une des années où je me suis rendu à Rennes. Transglobal Underground, avec sa chanteuse Natacha Atlas, y était présenté comme une des principales attraction de la rave Ethnics 2 Technics. Si jamais j'ai vu un bout de leur prestation, c'est juste quelques minutes en passant, mais je ne suis pas du tout sûr d'avoir tenu jusqu'à 2h30 du matin, l'heure programmée de leur passage.
Par la suite en tout cas j'ai acheté leur premier single Temple head et l'album International times.

J'ai toujours tendance à associer Transglobal Underground à d'autres formations que j'apprécie, qui font un grand mélange cosmopolite de genres musicaux, de 3 Mustaphas 3 à Dissidenten, en passant par L'Attirail, 17 Hippies ou  Cornershop

Moonshout, paru en 2007, est le septième album de Transglobal Underground. J'ai été vraiment surpris et ravi à la première écoute parce que, alors que les titres se succédaient, je trouvais que les chansons fonctionnaient très bien et que les expériences de fusions de styles étaient réussies.
Sur cet album qui comporte de nombreux invités, le groupe est principalement constitué de deux membres fondateurs, le guitariste Tim Whelan et le batteur Hamilton Lee, à qui se sont joints les chanteurs Tuup et Krupa, le percussionniste Rav Neiyyar et la bassiste et sitariste Sheema Mukherjee.

Mon titre préféré pour l'heure est It's a sitar. C'est l'un des plus enlevés de l'album et l'un des plus légers. On est dans une ambiance digne des rigolos de The Melody Four : "I love the girl who plays the guitar. It's not a guitar, it's called a sitar."
Le sitar n'est pas présent sur tout le disque, mais il a un rôle important, par exemple sur l'instrumental Elena, qui propose une sorte d'hybride klezmer/sitar, et sur Quit mumblin', où l'instrument indo-psychédélique par excellence est associé à un Diddley beat !
On entend aussi du sitar sur Awal, où une Natacha Atlas de retour est associée à un rappeur, et sur Mera jhumka.

On entend aussi pas mal de sons et de rythmes associés au reggae sur la majeure partie des autres chansons qui m'ont le plus accroché : Emotional yoyo, Dancehall operator, Total rebellion et Border control.

Le concertina sur Cape thunder m'a fait penser à l'Afrique du Sud. A raison je pense car les crédits mentionnent du chant zoulou.
Ces crédits confirment que la musique du groupe est bien transglobale : pour Mag ak ndaw il est question de chants wolof et Bollywood et pour
Moonshout de raps anglais et hongrois !

AU bout du compte, c'est vraiment un album, agréable, dansant et inventif, une excellente pioche, quoi !

Le dernier album paru de Transglobal Underground date de 2020, mais le groupe donne toujours régulièrement des concerts. Il y en a plusieurs prévus ce mois-ci en Angleterre.



21 février 2026

THE VENTURES : Action


Acquis chez Bell'Occas à Charleville-Mézières le 14 octobre 2025
Réf : LEP 2249 F -- Édité par Liberty en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Action -- Stop action -/- No matter what shape (your stomach's in) -- Little bit of action


C'est le quatrième des six 45 tours achetés le 14 octobre dernier à Charleville que je chronique, après The Cats Meow, Robert Ballinger et Serge Lebrasse. Et ce sera sûrement le dernier car les deux autres sont L'homme à l'habit de Domenico Modugno, que je recherchais, mais que de fait j'ai déjà chroniqué en m'intéressant à l'album du François Charpin Trio, et un autre Serge Lebrasse.

J'aime vraiment les 45 tours quatre titres français des années 1960. Ce sont en règle générale de beaux objets discographiques. Là en particulier, on a quatre extraits d'un album qui n'a pas été publié en France, Where the action is, avec une pochette spécifique à cette édition.
On note que la photo d'illustration choisie est liée à l'espace, alors que rien par ailleurs ne rattache le disque à cette thématique.
En préparant cette chronique et en consultant leur discographie 45 tours française, je me suis rendu compte que les gens de chez Pathé Marconi, qui diffusait en France le label Liberty, ont sûrement de leur propre chef associé les Ventures à tout ce qui est aérien et spatial.
Ça a commencé avec Telstar, et là  c'était logique car il s'agissait d'un satellite, mais on trouve aussi une fusée ou un avion sur les pochettes des 45 tours Penetration, Walk don't run '64 et Wild thing, et encore sur les 33 tours The Ventures U.S.A., Knock me out et Journey to the stars (à juste titre, pour ce dernier...!). Ces illustrations sont aucune rapport avec celles des disques équivalents américains, quand il y en a.

The Ventures est un groupe américain fondé en 1958. Avec les Shadows de l'autre côté de l'Atlantique, ça doit être l'un des premiers grands groupes de rock instrumental, avant la grande vague surf.
Je découvre aujourd'hui que, chez moi, entre Châlons-sur-Marne, Reims et Épernay, un groupe imaginativement baptisé Ventures a eu un parcours remarquable, entre 1968 et 1977.

Mon 45 tours est sorti à l'occasion des premiers concerts en France de The Ventures, en 1966.
Where the action is est une sorte d'album "concept" sur le thème de l'action. C'est aussi le titre d'une émission télé musicale diffusée à l'époque aux États-Unis.
On trouve le mot "Action" dans quatre des douze titres de l'album, et 
trois d'entre eux se retrouvent sur le 45 tours. Un album entier d'instrumentaux, c'est parfois un peu indigeste, mais là, avec quatre pistes courtes et variées, c'est parfait.

Action est justement l'indicatif de l'émission Where the action is, écrit par Steve Venet et Tommy Boyce (ce dernier a composé avec Hart des tubes pour les Monkees).
La version originale chantée par Freddy Cannon a été un tube aux États-Unis à l'automne 1965. Elle a été reprise début 1966 par Paul Revere and the Raiders et elle avait eu droit à une adaptation en français par Ria Bartok dès 1965.
La version instrumentale des Ventures me plaît bien. Elle est très énergique, avec guitare, claquements de mains et cris d'encouragement,.

Stop action (avec solos de guitare et d'orgue) et Little bit of action  (Très Shadows pour le coup) sont des compositions originales des Ventures de bonne facture.

No matter what shape (your stomach's in) est une reprise d'un instrumental de 1965 de The T-Bones, groupe signé sur le même label Liberty que les Ventures.

Une formation nommée The Ventures tourne encore. Il y a bien longtemps qu'elle ne contient plus de membres originaux du groupe. Le plus "ancien" de la formation a rejoint le groupe en 1980, mais le fils du batteur original fait aussi partie du groupe...!

17 février 2026

SANTA FE RAGING GRANNIES : We gotta stop the raids


Consulté la première fois sur YouTube le 15 février 2026
Réf : [sans] -- Diffusé par NM Raging Granny sur YouTube le 15 février 2026
Support : 1 fichier FLV
Titre : We gotta stop the raids

C'est Philippe R. qui m'envoyé dimanche le lien vers Hit the road, ICE !. Grosso modo, sur l'air de la chanson de Ray Charles, une chorale de Mémés Déchaînées de Santa Fe au Nouveau-Mexique invite fermement la milice meurtrière anti-immigration à se casser :
"Now fascist mercenaries roam our streets hunting down people as if we’re meat
A body hits the ground and before it cools, they’re smearing the victim as a terrorist tool
Their approach is to kill you twice : with bullets and again with lies
".

C'est rafraîchissant et courageux. C'est l'un des nombreux exemples des remarquables actions citoyennes de solidarité et de résistance qui se développent aux États-Unis. Après les deux meurtres de Minneapolis, ces réseaux d'action dans la ville ont notamment été mis en lumière.

J'ai vu que, sur leur chaîne YouTube, les Grannies avaient publié cinq autres vidéos sur des thèmes similaires depuis un mois, et pas mal d'autres depuis huit ans.
Dimanche, elles venaient de mettre en ligne deux nouveaux titres, dont mon préféré, We gotta stop the raids, reprise de Who'll stop the rain de Creedence Clearwater Revival :
"We’re not alone, and we gotta stop the raids!
We refuse to be afraid
".

J'ai repéré le site des Sante Fe Ragin Grannies et on y trouve les paroles de toutes leurs chansons, classées par thème (anti-guerre, anti-nucléaire, droits de la femme, Gaza... Mais très vite, j'ai constaté qu'il y avait d'autres sites pour d'autres chorales de Raging Grannies.
En fait, la première chorale s'est formée en 1987 à Victoria au Canada, et depuis, le mouvement a largement essaimé, surtout au Canada et aux États-Unis. Pour le rejoindre, il suffit d'être un groupe de femmes "d'un certain âge", militant, non-violent, avec le sens de l'humour.

Ce n'est pas un hasard si je suis le seul de ma fratrie à ne jamais avoir fait partie d'une chorale. Mais l'union fait la force et noie en partie les fausses notes alors, vu ce qui nous attend peut-être prochainement, je devrais peut-être me mettre en quête d'un groupe de Pépés Exaspérés pour être prêt le moment venu.

14 février 2026

SLEAFORD MODS : The demise of planet X


Acquis à la FNAC de Reims le 29 janvier
Réf : RT0574CD -- Édité par Rough Trade en Europe en 2026
Support : CD 12 cm
13 titres

Ça fait quelques années maintenant que je connais Sleaford Mods, ce duo de Nottingham qui associe Andrew Fearn, le gars à l'air impavide qui fabrique la musique du groupe à partir de boucles, d'échantillons et d'autres trucs électroniques, et Jason Williamson, une grande gueule qui s’époumone par dessus la musique en s'en prenant à tout ce qui ne va pas dans le monde qui l'entoure (et il y a de quoi...).
Il y a des comparaisons de Williamson avec John Lydon ou Mark E. Smith, mais je trouve que c'est de The Streets que Sleaford Mods se rapprocherait le plus. Sauf que Mike Skinner a eu du succès au début des années 2000 dès son premier album, alors que les gars de Sleaford Mods ont galéré avec de multiples projets pendant des années avant de commencer à percer quand ils avaient la quarantaine bien entamée.

Je n'avais aucun disque d'eux jusque-là, mais j'ai suffisamment apprécié Elocution, de l'album Spare ribs (2021), pour l'inclure dans l'une de mes compilations. Sans avoir écouté beaucoup de titres, j'avais un peu l'impression, entre le débit vocal et les boucles sonores, d'un risque de monotonie de leur production sur la longueur.

Ce qui m'a donné envie d'acheter ce nouvel album, c'est d'avoir vu récemment sur Arte le documentaire de 2017 Bunch of Kunst (à voir ci-dessous jusqu'au 28 février). Christine Franz a filmé le groupe sur une période de deux ans, à un moment clé, celui où il s'est mis à avoir un gros succès.
Les images les plus anciennes datent d'un concert en 2013 dans un pub de Blackpool, une cité balnéaire en plein déclin. On imagine bien la scène. En février 2015, ils étaient en tournée à trois dans la petite voiture de leur manager, jouant dans un pub de Boston, dans le Lincolnshire. Mais plus tard dans l'année, tout a explosé, ils ont joué sur l'une des scènes du festival de Glastonbury, dans de grandes salles à Londres et, après mûre réflexion, ils ont signé avec le label indépendant par excellence, Rough Trade.
Outre le vibrionnant Jason Williamson, qui a quitté son boulot en octobre 2014 pour passer professionnel et qui cherche à concilier rock and roll et vie de famille, on découvre son compère Andrew Fearn et leur manager/patron de label Steve Underwood.
Andrew Fearn sur scène m'a fasciné. Même dans les grands concerts sur la fin, il arrive avec juste un ordinateur portable, sans rien en secours visiblement, le branche et, pendant le concert, il lance les pistes instrumentales qu'il a enregistrées. On pourrait imaginer le concert sans lui, vu qu'il ne fait pas de musique en direct, mais Sleaford Mods est bien un duo et sur scène Andrew se dandine en rythme, une main dans une poche, l'autre qui tient une bière, appréciant pleinement les chansons, en chantant parfois (sans micro) quelques-unes des paroles.
Le troisième héros du film est Steve Underwood. Grand fan de musique, il a organisé de nombreux concerts et lancé son label Harbinger Sound en 1992. Pour s'occuper du groupe, il quitte son boulot de chauffeur de bus à Nottingham en janvier 2015. Avant ça, il avait organisé le tournage de la vidéo pour Tied up in Notts dans le bus qu'il conduisait, pendant son service, un dimanche matin ! C'est presque émouvant après la signature chez Rough Trade quand, chez lui, avec une pochette de Métal Urbain au mur, il explique qu'il a tous les disques de la première époque du label, de 1977 à 1982.

The demise of Planet X est le treizième album de Sleaford Mods.
Après dix ans de succès, ils sont toujours chez Rough Trade. Il y a plus de moyens (trois studios dont Abbey Road), mais aussi une volonté affirmée de rester fidèles aux valeurs et au son du groupe.
En plus de faire varier ses pistes instrumentales, la solution trouvée par le groupe pour éviter de faire du surplace est de faire appel à des invités pour compléter la voix de Jason Williamson et créer des contrastes. Cela fonctionne particulièrement bien avec des voix féminines.
Et justement, parmi mes titres préférés du disque on en trouve plusieurs avec des invités : Elitest G.O.A.T., avec Aldous Harding et une basse apparemment inspirée par Low de Bowie; The good life avec Gwendoline Christie et Big Special; No touch avec Sue Tomkins.
Il y a aussi des chansons typiquement dans le moule Sleaford Mods qui me plaisent beaucoup, comme ma chanson-titre The demise of planet X et Megaton.
Elles ont beau être imprimées sur le livret, ce n'est pas suffisant pour que les paroles soient toujours compréhensibles pour moi. Ainsi, j'imagine que Don Draper, le nom du héros de Mad men, a un rapport avec cette série, mais je ne l'ai pas saisi. Pour l'excellente Gina was, Jason Williamson a expliqué qu'elle faisait référence à une agression traumatisante dont il a été victime enfant : un groupe de filles l'avait mis à terre et déshabillé et, en référence à son zizi, il avait hérité du surnom L'asticot.
Parmi les autres titres qui m'ont déjà bien accroché l'oreille, il y a Flood the zone et The unwrap, plus calme. Ce qui fait en tout deux tiers de l'album, ce qui n'est pas si mal en deux semaines.

Évidemment, et presque malheureusement je dirais, il est trop tard pour espérer voir Sleaford Mods dans de bonnes conditions. On risquerait l'émeute s'ils jouaient dans un pub ou un café. Ils jouent au Casino de Paris le 10 mars prochain et c'est déjà complet, sûrement depuis longtemps. La seule autre date française de la tournée 2026 est aux Eurockéennes. Cet excellent album et le documentaire suffiront à mon bonheur.

Le documentaire Bunch of Kunst de Christine Franz, visible sur arte.tv jusqu'au 28 février 2026.