12 avril 2026

LENNON / ONO (WITH THE PLASTIC ONO BAND) : Instant karma !


Acquis neuf en solde dans la Marne vers 1984
Réf : 2C 008-91149 / Dance For Ever Vol. 19 -- Édité par Apple / EMI en France en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Instant karma ! -/- Who has seen the wind ?

J'ai eu ma grande période Beatles vers 1977-1978, à 14-15 ans. C'est à ce moment que j'ai eu l'occasion d'écouter chez ma jeune tante Nadette Shaved fish, la compilation de 1975 de John Lennon où l'on trouve la plupart de ses 45 tours post-Beatles.
Je note au passage, même si ce n'est pas le sujet du jour, que Woman is the nigger of the world figure en bonne place sur cette compilation. Alors que, pour plein de bonnes/mauvaises raisons, elle a été complètement excisée cinquante ans plus tard du coffret de neuf CD Power to the people, alors qu'elle ouvrait en 1972 l'album Some time in New York City qui en constitue la base et qu'elle a été interprétée lors des deux prestations au concert One To One, censé figurer intégralement dans le coffret. La bonne vieille méthode hypocrite de l'utilisation d'astérisques pour cacher un mot qui dérange aurait été préférable.

Intant karma ! est l'une des chansons qui me plaisaient le plus sur Shaved fish. Alors quand je suis tombé quelques temps plus tard sur un exemplaire réédité et soldé de ce 45 tours, je n'ai pas hésité à investir quelque chose comme 5 francs dans ce disque.
Depuis, j'ai souvent vu passer le disque original, sans l'acheter, mais Philippe R. m'en a offert un exemplaire en 2014. Je chronique cependant cette réédition toute moche car ça reste historiquement "mon" disque.

C'est le volume 19 de la collection Dance for ever version années 1980. Il y a eu au moins trois présentations/numérotations différentes pour cette collection, entre 1972 et 1985. J'ai acheté récemment le Rivingtons, mais à la même époque que le Lennon j'avais déjà investi, souvent en solde, dans No milk today des Herman's Hermits, Fever de Peggy Lee et Blueberry Hill de Fats Domino.

Pour moi, ayant connu les choses rétrospectivement, c'était assez clair. Il y avait les derniers albums des Beatles, Abbey Road et Let it be, avec la particularité qu'ils ne sont pas sortis dans leur ordre d'enregistrement, puis les carrières solos des quatre garçons plus ou moins dans le vent. Sauf que, des années de lecture d'Uncut et Mojo m'ont appris que les choses étaient bien plus confuses que ça.
Déjà, Harrison a sorti des disques solo dès 1968. Ensuite, Lennon a sorti trois 45 tours et un album live entre juillet 1969 et février 1970. Dès septembre 1969, au moment de la sortie d'Abbey Road, il avait annoncé en privé aux autres membres qu'il allait quitter le groupe. Mais c'est Paul McCartney qu'on a rendu responsable de la séparation quand il a de fait rendu publique l'information dans un auto-entretien au moment de la sortie de son premier album.

A ce moment-là, Lennon était déjà bien embarqué dans ses aventures avec Yoko Ono et le Plastic Ono Band, commencées en juillet 1969 avec Give peace a chance.
Instant karma ! est son troisième single. Seulement une dizaine de jours s'est écoulé entre la composition du titre et sa sortie dans le commerce. Comme quoi, il était encore possible de faire vite (et en mono) avec Phil Spector à la production. 
Lennon voulait un son de rock and roll minimal et primitif, et c'est ce qu'il a obtenu. Avec notamment une batterie lourde (par Alan White, le batteur de Yes !) et du piano. Il y a plein de monde sur le disque, dont George Harrison à la guitare, Klaus Voorman à la basse et Billy Preston aux claviers. Plus une petite troupe rassemblée pour l'occasion pour faire les chœurs.

Le thème principal de la chanson serait qu'il est inutile d'attendre une éventuelle réincarnation pour vivre son karma, et qu'il est possible de le faire dés maintenant, dans le temps présent, car, comme le dit le refrain, "On brille tous, comme la lune et les étoiles et le soleil". Tout comme Give peace a chance, cette chanson a quelque chose d'un hymne. Elle a aussi été rapprochée, à raison il me semble, d'All you need is love.

Si le rond central anglais conseillait de "jouer fort" la face A, il proposait de "jouer doucement" la face B, Who has seen the wind ?. Et c'est effectivement une Yoko calme qui signe et chante cette chanson, qui oscille entre une comptine et un air moyenâgeux.
C'est fort dommage de ne pas avoir crédité la poétesse Christina Rossetti (1830-1894) : le titre de la chanson et le premier couplet viennent directement de son poème Who has seen the wind ?, tiré du recueil Sing-song: A nursery rhyme book.

Sans atteindre le numéro 1 des hit parades, Instant karma ! a eu du succès, se vendant notamment à plus d'un million d'exemplaires aux États-Unis. Et, comme quoi la situation était bien chaotique, le disque s'est vite retrouvé en concurrence avec le single Let it be, sorti un mois plus tard.



Les deux passages à Top of the Pops de Lennon / Ono avec le Plastic Ono Band pour la promotion d'Instant karma !, enregistrés le 11 février 1970.




John & Yoko / Plastic Ono Band with Elephant's Memory, Instant Karma !, au One To One Concert, au Madison Square Garden de New York le 30 août 1972.

04 avril 2026

PREFAB SPROUT : Jordan : The EP


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres probablement dans les années 1990
Réf : SK 49 -- Édité par Kitchenware en Angleterre en 1990
Support : 45 tours 17 cm
Titres : One of the broken -- Jordan : The comeback -/- Carnival 2000 -- The ice maiden

J'ai beau chercher, je pense qu'il n'y a qu'une seule fois dans ma vie où j'ai été rémunéré pour mes écrits sur la musique. C'était par Les Inrockuptibles, même si ma prose n'a jamais été publiée dans le magazine.
Tout cela s'est fait grâce à Jean-Daniel Beauvallet, le passeur. Quelques temps après la tournée catastrophe de Biff Bang Pow ! et Momus que nous avions organisée ensemble, j'ai dû lui rendre visite dans les bureaux de la rédaction et, à un moment, il m'a dit qu'ils avaient besoin de quelqu'un pour chroniquer des disques sur leur service minitel et m'a proposé de m'en charger.
J'ai accepté, et voilà c'était fait. On m'a envoyé des codes d'accès et j'ai commencé à travailler, en piochant dans les nouveautés reçues à Radio Primitive (je n'ai jamais reçu un disque pour ça, du journal ou des labels), et j'ai tapé mes chroniques sur le clavier pourri du minitel. Il y avait une contrainte forte, un nombre de caractères très limité.

J'étais complètement libre pour cette activité : on ne m'a jamais donné d'instructions ni de ligne directrice, je choisissais les disques en fonction de l'actualité et surtout de mes goûts (pas mal de James, Pixies, la galaxie Creation bien sûr). Quand j'ai demandé si ça convenait, on m'a répondu que oui, mais j'ai eu très peu de retours, et je ne savais pas si les pages correspondantes étaient lues.

Tout cela serait largement oublié si je n'avais pas eu la bonne idée de me faire une chemise-dossier Inrocks, que j'ai retrouvée récemment en faisant du rangement (ce bon vieux support papier a des avantages, je vous défie de trouver une trace archivée du 3615 des Inrocks...).
Il y a dedans un autocollant du service, un échange avec le graphiste Pascal Arvieu à propos d'une page de pub publiée dans le magazine, et une de mes factures de piges. C'était quand même bien payé : quatre feuillets à 250 F. par numéro trimestriel du magazine, soit 3 000 F. pour la facture qui me reste.

J'ai aussi imprimé au fur et à mesure le fichier texte sur lequel je rédigeais mes chroniques (Il y en a un échantillon en bas de cette page). Je ne sais pas s'il est complet, mais il compte environ 120 chroniques pour des albums sortis entre 1990 et 1992. Ce qui indique que cette aventure a duré entre deux et trois ans. Jusqu'à ce que je reçoive un courrier m'apprenant que le service minitel était réorganisé (en lien avec le passage en mensuel, je pense) et qu'on n'aurait plus besoin de moi.


Un autocollant promo pour le service minitel des Inrocks.
Les Inrockuptibles, Eliott... vous avez saisi, Ness pas ?


Le choix des disques chroniqués n'est donc pas étonnant et, ce qui est rassurant, c'est que, pour la plupart, les textes ne me font pas honte. Souvent ils correspondent à l'opinion que je me fais encore aujourd'hui des disques en question, parfois ils sont un peu trop "plats" ou "promotionnels". Il y aussi certaines remarques avec lesquelles je ne suis plus du tout d'accord.
Mais dans le lot, il y a une chronique en particulier qui m'a sauté aux yeux et m'a complètement abasourdi. Celle-ci :



On avait beau être en 1990, je sais bien que quand j'ai rédigé ça je n'étais pas sous ecstasy et que, à part du café et du chocolat, je n'avais pris aucune substance hallucinogène. Mais je me demande bien ce qui m'a pris et comment j'ai pu publier ça.
En cinq lignes, c'est du grand n'importe quoi :
La "persévérance aveugle", connaissant les soucis de santé actuels de Paddy McAloon, c'est malheureusement prémonitoire, mais ça n'a aucun sens. Et "séduire le miracle" ? No comprende ! "Un enfant suspendu" ? Nicht verstanden. Et je me demande bien ce que Merlin l'Enchanteur vient faire là-dedans !
Sans qu'on m'y pousse en quoi que ce soit, j'ai visiblement voulu faire une chronique positive, qui se trouve être ampoulée et insensée. Je n'en suis pas fier.

Mais ce n'est pas tout...
Je n'avais pas Jordan : The comeback à l'époque. J'ai acheté le 33 tours chez Emmaüs à Tours-sur-Marne quand je l'ai trouvé à 2 € en 2016.
Mais il se trouve que je ne suis pas un grand fan de Prefab Sprout. Même le premier single, Lions In My Own Garden (Exit Someone), que j'ai réécouté récemment, ne vaut surtout pour moi que pour l'acronyme de Limoges. En fait, à part When love breaks down et un peu aussi Cars and girls, il n'y a pas beaucoup de titres d'eux qui m'accrochent.

Deux semaines avant de retomber sur ces chroniques, je me suis lancé dans une opération inhabituelle pour moi : sélectionner des disques qui pourraient quitter pour de bon mes étagères. Et, après les avoir réécoutés, j'ai inclus sans regret dans la pile Jordan : The comeback, Protest songs et le maxi Hey Manhattan, que j'ai trouvés particulièrement insipides.
J'ai donc encensé en 1990 un album que je n'aime pas, et j'envisage de me séparer en 2026 de ce disque, pourtant généralement présenté comme excellent, par Jesters Tear ou François Gorin par exemple.

L'album est encore dans mes murs, mais comme il est sur le départ, nous nous intéressons aujourd'hui à un petit EP, que j'ai décidé de conserver car c'est un format que j'aime beaucoup et qui ne prend pas beaucoup de place. C'est le troisième single extrait de Jordan : The comeback. Aucun inédit en face B, les quatre titres sont sur l'album, un disque produit par Thomas Dolby, qui est bourré jusqu'à la gueule de 19 titres. Il est divisé en quatre grandes sections et on a ici un titre de  chacune des sections.

Ce 45 tours d'occase était vendu initialement par Record and Tape Exchange à 1 £. N'ayant pas trouvé preneur, il a été baissé deux fois et je l'ai trouvé à 30 pence, sûrement dans la cave du magasin. De la pochette, je dirais que c'est un bon exemple de mochette (je ne suis pas l'inventeur du terme, mais je m'en empare de bon cœur).

La conclusion à l'écoute de ces quatre extraits de l'album, c'est que je n'aime vraiment aucune des chansons. C'est globalement mou, et de manière générale le chant ne me plaît pas.

One of the broken
est une chanson lente. Elle a peut-être été choisie comme titre principal en écho à When love breaks down.
Je n'ai rien de particulier à dire sur la chanson Jordan : The comeback.
Carnival 2000, qui a vaguement des airs de bossa (attention : jeu de mots franco-portugais), est censée être remixée par rapport à l'album. J'ai comparé les deux versions et je n'ai pas vraiment entendu de différences.
The ice maiden est chantée à deux. Il y a un peu de rythmiques électro et de guitare électrique, mais je n'accroche pas pour autant

Après Les Inrockuptibles, j'ai continué sur ma lancée à rédiger des chroniques, pour Radio Primitive, publiées dans la revue professionnelle Le Bulletin des Rotations sous la bannière Les disques de Omar. Je dois en avoir quelques-unes au grenier, je les ressortirai peut-être un jour.



Voici une sélection de mes chroniques minitel du 3615 Eliott, de 1990, 1991 et 1992 :





28 mars 2026

RAM JAM : Black Betty


Acquis chez Récup'R à Dizy le 8 septembre 2018
Réf : EPC 5492 -- Édité par Epic en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Black Betty -/- I should have known

J'ai acheté ce 45 tours assez récemment, le même jour que l'album de Talent Latent mais pas dans le même magasin, mais je connais très bien cette chanson depuis sa sortie. C'était l'un de nos tubes familiaux en 1977, l'année de mes 14 ans. On chantait "Black Betty bama lam", mais aussi "She's crazy like a fool, what about Daddy Cool" de Boney M, "We will rock you" de Queen, Rockollection et les tubes de Souchon. C'est aussi l'année où je me suis mis à m'intéresser aux Beatles.
Autant je suis sûr qu'on avait le 45 tours de Queen à la maison, autant je n'arrive pas à me souvenir si on avait aussi le Ram Jam. En tout cas, un copain de la rue avait l'album, avec la même pochette dessinée assez marquante.

J'ai été un peu surpris à la réécoute de Black Betty. J'avais le refrain en tête, mais je ne me souvenais pas du tout que le son en général était aussi proche du hard rock. Guitare tranchante, basse lourde, batterie forte à deux grosses caisses et un gong pour couronner le tout... Des tubes aussi électriques, ce n'était pas si courant sur les radios françaises à l'époque.

Je ne pense pas que je le savais à l'époque, mais Black Betty est une reprise d'une chanson "folk", chantée notamment en prison par des détenus noirs. Elle a été enregistrée plusieurs fois dans les années 1930, notamment par les Lomax. On peut l'écouter dans des versions de 1933 par James "Iron Head" Baker, 1939 par Rev. Mose "Clear Rock" Platt et encore de 1939 par Leadbelly. Parmi beaucoup d'autres, Odetta l'a enregistrée en 1964 sous le titre Looky yonder et Manfred Mann en 1968 l'a renommée Big Betty.

La grande question, qui donne lieu à de nombreuses discussions, est de savoir à quoi ou à qui "Black Betty" fait référence. Plusieurs hypothèses plus ou moins étayées circulent : ça pourrait être un récipient pour du whisky, un fouet, un fourgon cellulaire ou bien une  femme.
Pourtant, quand on regarde les paroles de Leadbelly, il n'y a guère de doute que Betty est une femme : "Black Betty had a baby (...) The little thing went crazy (...) Little thing went blind (...) I said he wasn’t none of mine". Si l'on en croit Clear Rock en 1939, cité par bshistorian, Black Betty était plus particulièrement une bûcheronne, qui balançait ses hanches en coupant les arbres sur la ferme pénitentiaire de Goree.
Ram Jam, dans les couplets ajoutés aux paroles de sa version, accentue les références sexuelles, ce qui a donné lieu à une polémique et un appel au boycott à l'époque, qui explique peut-être pourquoi la chanson a eu moins de succès aux États-Unis qu'ailleurs.

L'histoire de l'enregistrement de la version électrifiée de Black Betty par Ram Jam  est intéressante et elle vaut même mieux que celle de Somebody to love et White rabbit par Jefferson Airplane. Pour tout dire, c'est elle qui m'a décidé à me lancer dans cette chronique.

Le héros de l'histoire, c'est le guitariste et chanteur Bill Bartlett (né en 1943). En 1968, il est membre des Lemon Pipers, qui ont carrément un tube n° 1 aux États-Unis avec  la sucrerie psychédélique Green tambourine. Le groupe se sépare assez vite et, en 1970, deux de ses membres se lancnt dans un nouveau projet, Starstruck.
Début 1975, le groupe, qui n'arrive pas à se faire remarquer, finance l'enregistrement de quatre chansons et auto-produit un 45 tours à 1000 exemplaires, avec Black Betty en face A et I should have known en face B. Le groupe tourne toute l'année et essaie de se faire signer, sans succès. Il se sépare fin 1975.
En 1976, Bartlett est contacté par le célèbre duo de producteurs de  pop bubblegum Jeff Katz et Jerry Kasenetz (qui avaient produit les Lemon Pipers), qui lui proposent de rejoindre un groupe de hard rock qu'ils montent à New York. Ils lui offrent un contrat, à la condition qu'il récupère les droits sur les titres du 45 tours. Avec difficulté, il rachète les parts des autres membres du groupe, pour 3000 dollars, et rejoint Ram Jam.

Ce qui est le plus bluffant, c'est que la version publiée par Ram Jam n'est pas un  nouvel enregistrement, mais bel et bien la version de Starstruck (4'43) qui, grâce à un travail impressionnant de remontage et de post-production, a été transformée en un concentré de rock and roll de moins de 2'30, beaucoup plus fort et efficace. Notons que, à 3'59, la version de l'album est très proche de celle de Starstruck, et donc moins intéressante.

Une aventure à peu près similaire est arrivé au groupe Reporter, dont Patrick Coutin était membre. Ils ont enregistré une maquette d'album au Château d'Hérouville, n'ont pas réussi à se faire signer et se sont séparés. Coutin a par la suite été signé en solo, et son premier album, y compris le tube J'aime regarder les filles, est en fait constitué des enregistrements de Reporter.

La face B du 45 tours de Ram Jam est I should have known, dans une veine assez Creedence Clearwater Revival. La version de Starstruck n'est pas en ligne mais tous les témoignages indiquent qu'il s'agit du même enregistrement.

Black Betty a été réédité en Europe en 1984, et a de nouveau eu du succès en France. Il y a eu aussi un remix house en 1990...!

Ram Jam s'est séparé dès 1978, après deux albums. Bill Bartlett, en plus de la guitare, s'est mis au piano boogie-woogie depuis les années 1990.



22 mars 2026

ROUGH TRADE RECORDS COMPILATION


Acquis probablement en Angleterre vers le milieu des années 1980
Réf : 6435 086 -- Édité par Rough Trade en Allemagne de l'Ouest en 1981
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

L'autre jour, quelqu'un a fait tourner le lien vers une vidéo pour Blue boy, le deuxième single d'Orange Juice. Les images datent de la sortie du disque en 1980, mais la vidéo a surtout été diffusée au moment de la sortie de la compilation The heather's on fire en 1993. J'adore cette chanson, je trouve que c'est l'une des meilleures du groupe. Je suis allé faire un tour sur Discogs et Ebay en me disant que je chroniquerais bien ce 45 tours, mais je savais d'avance que le disque serait inabordable.
Ce genre d'envie me prend régulièrement ces derniers temps. J'ai fait le même genre de démarche pour Work de Blue Orchids ou Fanfare in the garden d'Essential Logic. Pour I know where Syd Barrett lives de Television Personalities je n'ai même pas essayé car je sais que c'est encore plus hors d'atteinte.

En 1996, j'ai écrit pour mon fanzine Vivonzeureux! un article pour les vingt ans de la boutique Rough Trade. Un réseau de boutiques qui, logiquement, fête ses cinquante ans cette année. J'y avais inclus un
gros plan sur les compilations du label.

Ces compilations, à part la cassette C81 diffusée initialement par le NME, avaient pour but de faire connaître le label dans les territoires où les productions Rough Trade étaient difficiles à trouver.
J'en répertorie cinq pour les premières années du label :
Il y a beaucoup de recoupements entre ces compilations. Plusieurs titres sont présents sur trois des cinq. Le très court Final day de Young Marble Giants est même sur quatre d'entre elles !

Je n'ai pas Long distance, mais j'ai les 33 tours de Wanna buy a bridge ? et Rough Trade Records compilation. En reprenant ce dernier récemment parce que c'est le seul disque sur lequel j'ai Blue boy, j'ai examiné la liste des titres et je me suis dit que je n'avais vraiment pas besoin de me casser à essayer de trouver des singles que je n'ai pas eu les moyens ou l'occasion d'acheter à l'époque, étant donné que la plupart sont déjà présents sur cette compilation, certes sans pochette ni face B, mais franchement, quel superbe ensemble ça fait !

J'ai acheté ce disque non pas en 1981, comme mes autres compilations Rough Trade, mais un peu plus tard, entre 1985 et 1987. Je sais que c'était après 1984 car, quand je suis tombé dessus, dans une boutique d'occasion à Londres, pas en Allemagne, j'avais fait un rapprochement entre le choix de photo de la pochette et celui d'Alive in the Living Room, même si les deux clichés ne sont pas du tout de la même époque.

Je vais répartir les titres de la compilation en trois groupes.

Les cinq 45 tours que je possède :

Ce sont des disques importants. Sans surprise, je les ai tous chroniqués, à la seule exception du Robert Wyatt. En fait la raison en est toute simple : j'ai les trois 45 tours publiés par Robert Wyatt à l'époque chez Rough Trade et réunis ensuite sur l'album Nothing can stop us, et en 2008 j'ai préféré chroniquer At last I am free, dont j'apprécie énormément les deux faces.
Cela ne signifie pas pour autant que je n'aime pas Stalin wasn't stalling. Au contraire, j'apprécie beaucoup cette version d'une chanson de 1943 du Golden Gate Quartet (Robert fait les quatre voix à lui tout seul). C'était bien vu de la part de Wyatt de reprendre cette ode à Staline, créée au moment où l'U.R.S.S. et les U.S.A. combattaient ensemble contre le Troisième Reich allemand. Une bonne façon pour un communiste en pleine guerre froide de souligner que Staline n'a pas toujours été considéré comme le diable par les occidentaux.

Les cinq 45 tours que j'ai envisagés d'acheter :
  • Television Personalities : I know where Syd Barrett lives
    Celui-ci, je ne l'ai pas dans ma collection, mais je l'ai acheté ! C'était en 1981 lors de mon premier séjour à Londres. Philippe R. et François B. m'avaient confié une somme d'argent pour que je leur ramène des disques, notamment de Rough Trade. Philippe avait eu entre autres And don't the kids just love it et François I know where Syd Barrett lives. Malheureusement, François a rapidement égaré ce disque, à l'occasion d'un déménagement je crois, et n'a jamais remis la main dessus. Pour ma part, je ne l'ai jamais racheté, comme j'avais l'album. J'ai fini par avoir aussi la comptine Arthur the gardener de la face B sur une compilation.
    La chanson est un classique. J'ai fait un livre entier sur Television Personalities, je ne vais pas m'étendre plus.

  • Blue Orchids : Work
    Celui-là aussi, je suis à peu près certain que je l'avais ramené de Londres pour François.
    Les Blue Orchids ont la distinction d'être le premier groupe formé par des ex-The Fall. Work reste ma chanson préférée de ce groupe. J'avais été déçu par leur premier album The greatest hit (Money mountain), mais il y a d'autres choses que j'aime beaucoup d'eux, notamment Bad reputation.
    Martin Bramah est très actif ces dernières années, avec des Blue Orchids reformés, mais aussi avec House of All, groupe constitué d'anciens membres de The Fall.

  • Orange Juice : Blue boy  
    C'est étonnant de retrouver ce titre ici, puisque ce deuxième 45 tours d'Orange Juice a été publié au Royaume-Uni chez Postcard, pas chez Rough trade. Mais dans les crédits de la compilation, il est indiqué que la chanson est co-éditée musicalement par Rough Trade Music, qui est dans son rôle en favorisant la diffusion de l’œuvre dans d'autres territoires. Cet excellent titre, assez rock et bien chanté, reste l'une des grandes réussites du groupe d'Edwyn Collins.

  • Essential Logic : Fanfare in the garden
    Comme pour Blue Orchids et Orange Juice, c'est de loin ma chanson préférée d'Essential Logic, alors que par exemple Beat rhythm news - Whaddle ya play ? me laisse plutôt froid. Ce n'est pas un hasard si la chanson a donné son titre à l'une des compilations du groupe.

  • Pere Ubu : Not happy
    Cet excellent single hors album de Pere Ubu, je le recherchais alors même que j'ai acheté à sa sortie en 1996 le coffret de cinq CD Datapanik in the year zero, qui contient des raretés et inédits et grosso modo l'intégrale des titres publiés par le groupe de 1975 à 1982, à cinq exceptions près, dont Not happy. Je me demande encore bien pourquoi.
Les quatre derniers, excellents eux aussi :
  • The Red Crayola : Born in flames
    Il y a un autre 45 tours de Red Crayola en coopération avec Art & Language que j'aimerais bien avoir, c'est Milkmaid, tiré de l'album Kangaroo ? et sorti en face B de An old man's dream.
    Mais ce disque précédent, sur lequel jouent, outre Mayo Thompson, Lora Logic (chant et saxophone), Epic Soundtracks des Swell Maps (batterie) et Gina Birch des Raincoats (basse), est d'excellente tenue. La chanson est présentée sur le 45 tours comme "The social democrats' song from a film by Lizzie Borden...". Ce film, intitulé lui aussi Born in flames, a fini par sortir en 1983.

  • The Fall : How I wrote elastic man
    Quand j'ai acheté cet album, j'avais déjà apprécié Marc Riley et ses Creepers sur scène et sur disque (Marc était encore membre de The Fall quand ce titre a été publié et il en est l'un des co-auteurs). Pourtant, il m'a encore fallu quelques années pour je devienne "fan" de The Fall et apprécie par exemple ce single, l'un des meilleurs titres de leur première période.

  • Cabaret Voltaire : Seconds too late
    Le maxi de Nag nag nag était en vente chez mon disquaire A la Clé de Sol à Châlons, en import et donc cher. Je regrette un peu de ne pas l'avoir acheté, mais j'avais déjà la face A sur Wanna buy a bridge ?. Depuis, j'ai fait l'acquisition de Silent command, autre single Rough Trade, qui est depuis un moment dans la file d'attente des disques à chroniquer ici. Dans la série, je placerais Seconds too late un petit cran en-dessous de ces deux-là, mais un tout petit cran. Ça reste un grand moment de musique növö, comme aurait dit Yves Adrien.

  • Augustus Pablo & Rockers All Stars : Pablo meets Mr. Bassie
    C'est la deuxième référence du catalogue Rough Trade, juste après Métal Urbain. Du punk au reggae le plus pur, Rough Trade a immédiatement fait preuve de son ouverture d'oreilles en éditant en Angleterre ce single jamaïcain. 
    Sur l'album, le titre est crédité à Augustus Pablo, mais sur le 45 tours c'est bien Horace Andy qui est indiqué comme auteur : Il s'agit d'une version de son Problems de 1977, à ne pas confondre avec le Problems de 1975 ("Don't let problems get you down").
    Ce sont aussi les Rockers All Stars qui accompagnaient Horace Andy sur la version originale. Pablo meets Mr. Bassie en est un remix à la sauce Augustus Pablo, sauf erreur de ma part.
Il manque les Raincoats, Métal Urbain, The Monochrome Set, Spizz Energy, Subway Sect, les Feelies, Delta Five, Scritti Politti, les Slits, mais tout ne pouvait pas tenir sur un seul album et cette sélection de quatorze titres du catalogue Rough Trade est un sans-faute. Je suis incorrigible et je ne dirais quand même pas non si je dégotais les neuf 45 tours qui me manquent, mais au moins avec cette compilation je gagne un peu de place.


Orange Juice, Blueboy.


Cabaret Voltaire, Seconds too late.

14 mars 2026

TED HAWKINS : Strange conversation


Acquis par correspondance via Momox en février 2026
Réf : GED21915 -- Édité par Geffen en Europe en 1994
Support : CD 12 cm
Titres : Strange conversation -- Green-eyed girl -- Cold and bitter tears

Quelqu'un a partagé le lien d'une émission de 1987 du célèbre animateur radio Dr. Demento. Une demi-heure très agréable en compagnie de son invité du jour, Jonathan Richman.
A un moment, le Docteur propose à Jonathan de passer un disque de son choix, et il sélectionne un titre de Ted Hawkins, I gave up all I had, tiré de son premier album Watch your step, sorti en 1982 mais dont l'enregistrement avait débuté dix ans plus tôt. L'album est sorti chez Rounder, le label de Jonathan à cette époque.
Jonathan explique que Ted Hawkins est son chanteur préféré de ces dernières années, que c'est un musicien de rue qui jouait sur la plage à Venice Beach avant de signer un contrat et de tourner notamment en Europe, et que Ted et lui ont donné quatre concerts ensemble à Huntington Beach.

Après avoir écouté cette très belle chanson et découvert la biographie de Ted Hawkins, dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, je me suis mis en quête d'un de ses disques pour vous le présenter, et j'ai trouvé ce CD single pour un prix tout à fait correct.

La vie de Ted Hawkins est digne d'un roman, et un roman pas particulièrement gai.
Il est né en 1936 à Biloxi dans le Mississippi. Il n'a pas connu son père, sa mère était alcoolique et se prostituait. Placé très jeune en maison de redressement, il y fait la rencontre de Professor Longhair, qui l'encourage à pratiquer la musique. Condamné pour cambriolage, il passe 31 mois au pénitencier de Parchman, où il se retrouve à travailler enchaîné. Il fera encore de la prison dans les années 1980.
Après diverses aventures dans plusieurs des États Unis, il s'installe pour plusieurs années en Californie, où il joue à Venice Beach. Dans la deuxième moitié des années 1980, il séjourne plusieurs années en Angleterre, encouragé à venir par l'animateur de radio Andy Kershaw, mais il est déporté en 1990.
"Découvert" une énième fois dans la rue, il signe un contrat avec le gros label Geffen, qui publie en 1994 l'album The next hundred years, dont mon single est extrait.

Ted Hawkins s'accompagnait généralement seul à la guitare acoustique, et au pied pour le rythme. Il jouait assis sur une caisse en plastique et avait l'habitude surprenante de porter un gant à la main gauche et de grands ongles pour gratter les cordes à la droite. Il n'appréciait pas qu'on le classe comme bluesman. Il était notamment inspiré par le gospel et fan de Sam Cooke, dont il reprenait plusieurs titres, et l'étiquette qui lui convient le mieux serait celle de chanteur folk.

Pour cet album chez Geffen, il a été accompagné par des musiciens de session, ce qui n'est pas ce qui convient le mieux à sa musique, qui est parfaite avec lui en solo, mais la production reste discrète et ne gâche pas Strange conversation, une chanson de rupture amoureuse. Certes, il y a de la guitare électrique et de la batterie ajoutées, mais on se rend compte que l'essence de la chanson est préservée, quand on compare avec la version live enregistrée le 5 novembre 1994 à McCabe's Guitar Shop et publiée sur l'album The final tour.

Green-eyed girl est un autre extrait de l'album The next hundred years. C'est une autre très belle chanson dans la même veine.

Geffen ne devait pas avoir de chansons en réserve après la publication de l'album, étant donné que, pour la deuxième face B, ils sont allés rechercher Cold and bitter tears, une chanson publiée en 1985 par un autre label, sur le deuxième album Happy hour.
Encore une chanson de rupture pas des plus gaies : "Je me demande pourquoi tu m'as quitté après tout ce que j'ai essayé de faire, Tu sais que tu me manques chérie et tu manques aux enfants aussi, Ce soir on a fait la vaisselle juste pour garder un souvenir clair de toi, J'ai refroidi l'eau chaude avec mes larmes froides et amères. (...) J'ai peur de faire la vaisselle et je sais bien pourquoi, Quand je mets ton tablier, ça me donne envie de pleurer.".

Avec le soutien de Geffen, Ted Hawkins a pu assurer largement la promotion de son album en 1994, avec une tournée qui l'a mené aux États-Unis, en Europe et en Australie. Dans le documentaire Amazing grace (ci-dessous), il dit, sûrement à propos du titre de l'album Les cent prochaines années, "I know that I will not live that long but I do hope that my music lasts that long". Il ne pensait sûrement quand même pas mourir aussi vite après cet entretien: il est décédé quelques semaines plus tard d'une attaque, à 58 ans, le 1er janvier 1995.

Un album hommage de reprises intitulé Cold and bitter tears est sorti en 2015. C'est Kasey Chambers qui y chante la chanson-titre. Jon Dee Graham quant à lui reprend Strange conversation. Mary Gauthier et Ramsay Midwood sont également de la partie.


Amazing grace, un documentaire de 1995 de Janice Engel (en trois parties sur YouTube, il n'y a pas de son avant 1'45). On y entend notamment Strange conversation (à 20'40) et Green-eyed girl (à 2' de la partie 2).

07 mars 2026

PAN-RA : Music from Atlantis


Acquis chez Emmaüs à Courtisols le 17 décembre 2025
Réf : 110278 -- Édité par Pan-Ra en Allemagne en 1978
Support : 33 tours 30 cm
Titres : Attila -- Avignon -/- Rattenfänger -- Shiva -- Loreley

Après ceux de Stas Namin Group et de Jacques Lecomte, voici un autre disque trouvé lors de ma fructueuse visite à Emmaüs Courtisols en décembre dernier.

Quand je suis tombé sur cet album au nom d'artiste et à la pochette inconnus, j'ai commencé par retourner la pochette, et ce que j'y ai vu m'a suffisamment motivé pour investir 50 centimes dans cet album en très bon état, même si je m'attendais (à raison) à quelque chose dans les sphères folk/prog/baba, qui ne sont pas habituellement ma tasse de thé.

Pendant longtemps, on aurait dit simplement que cette publication est une auto-édition. Je crois qu'aujourd'hui le terme couramment employé pour la qualifier est "private press", ce qui a accessoirement pour conséquence d'en augmenter la cote.

Je ne connaissais pas du tout ce groupe. L'article le plus complet que j'ai trouvé sur eux a été publié en 2022 par Flo Spector dans Musique Journal.

Les notes de pochette nous donne un éclairage sur le contexte de l'album :
"PAN = dieu de berger grec, jouant la flûte; RA = dieu du soleil de l'ancienne Égypte; la musique étant aussi mystique que le nom.
Les trois seuls descendants survivants d'ATLANTIS, légendaire continent submergé, combinent dans leur musique les influences de nombreuses sphères et époques de civilisation. Ainsi, Moyen Âge, temps modernes, Asie, l'Europe et l'Orient, folklore, classicisme et jazz s’unissent à former une nouvelle musique : Musique d’Atlantis.
Les pièces ne sont pas fixées, mais elle se forment toujours un peu de nouveau. Des nouvelles improvisations se développent d'une mélodie de base, dépendant de l'ambiance momentanée des musiciens. Cette musique est vivante, elle crée des vibrations qui se transfèrent sur les auditeurs; on n'entend non seulement la musique, mais on la voit.
"

Merci pour l'explication sur la conception de cette musique en partie improvisée !

Vue l'époque, on n'est pas surpris de lire dans Musique Journal que les membres du groupe se seraient rencontrés pour la première fois dans une communauté des Hautes-Alpes, non loin de Sisteron.
Sur ce deuxième album, Pan-Ra est un trio franco-allemand-hongrois composé de Chaba Koncz (instruments à vent), Fredi Alberti (violoncelle) et Michel Poiteau (guitare), auxquels s'ajoute comme invitée la chanteuse Catherine Hourcq, qui fait des vocalises sans paroles sur deux titres.

C'est leur deuxième album. Le premier était sorti deux ans plus tôt, en 1976. Ça peut porter à confusion, mais on comprend mieux quand on sait que les musiciens sont censés être des survivants du continent submergé : ce premier album s'appelait Musique de l'Atlantide, soit le même titre en français que celui en anglais du second.

Le disque a été enregistré en deux sessions, en août 1977 dans l'abbaye de Sénanque en France, et en studio à Rüsselheim en Allemagne en janvier 1978.
J'ai eu l'impression à la première écoute que la flûte domine la face A, un peu trop à mon goût. J'ai préféré la face B, avec son instrumentation plus variée.

Le morceau d'ouverture, Attila, est très folk. En plus de la flûte, il y a du violoncelle et de la guitare, et aussi une percussion, qui doit être un tambourin.
Avignon ensuite, une composition plus lente, est aussi la plus longue de l'album, à plus d'un quart d'heure. Elle mêle voix et instruments. Je ne la trouve pas désagréable, mais c'est le titre du disque qui m'intéresse le moins. Mes deux préférés sont les deux premiers de la face B.

Il y a encore de la flûte et des ambiances folk sur Rattenfänger, mais aussi du ukulélé, de la guimbarde et du tambourin. C'est le titre le plus court,le plus rythmé et le plus enlevé de l'album.
Pour Shiva, la cornemuse est associée à un darbouka . C'est très bien.

Sur Loreley, Chab Koncz joue du Krummhorn (qui doit être un tournebout plutôt qu'un cromorme, comme mentionné sur la pochette). C'est l'autre titre chanté de l'album.

Pan-Ra jouait encore en 1981, puisque le violoncelliste a publié à l'époque une cassette d'un concert à Stuttgart. Il l'a rééditée en 2020. On y trouve une version de Rattenfänger. Par contre, il n'y a pas eu de troisième album studio.

Sous le nom de Chobo, Csaba Koncz a sorti une cassette référencée sur Discogs où l'on trouve encore une autre version de Rattenfänger. Il y a a aussi une capture d'écran d'un site qui présente le travail de photographe de Casba Koncz et indique qu'il est mort en 2022.

Au dos de la pochette, il y a deux adresses de contact pour le groupe, l'une à Mayence, l'autre à Paris au nom d'Anne Ceyla. Je me suis amusé à faire une recherche sur cette adresse parisienne et, de façon remarquable, 48 ans plus tard, une architecte nommée Marie-Anne Cayla  a toujours son cabinet cette adresse !