Consulté sur YouTube en octobre 2026
Réf : R2 728690 / 603497808021 -- Édité par Rhino aux Etats-Unis en 2026
Support : 1 fichier flv
Titre : Piss up a rope (Demo)
J'ai assez souvent écouté 12 golden country greats, mais je n'ai hamais acheté ce disque. J'ai d'abord eu accès à l'exemplaire de Radio Primitive, puis quelques années plus tard un pote me l'a copié sur un CD-R avec le Rambler '65 de Ben Vaughn. Merci à ce pote, mais je n'arrive pas à reconnaître l'écriture et je ne sais plus qui c'est...
L'album a 30 ans cette année, et il a droit à une réédition augmentée, sur trois disques, avec plein d'inédits. Je ne vais pas l'acheter non plus, mais tout est en écoute sur YouTube, et ça vaut le coup d'y prêter l'oreille.
Sans surprise vu le titre, 12 golden country greats est le projet country de Ween. Leur démarche est différente de celle de Jonathan Richman pour Jonathan goes country (il était allé enregistrer dans le Missouri avec ses potes des Morells/Skeletons) et se rapproche de celle d'Elvis Costello pour Almost blue (il était allé à Nashville travailler avec le producteur de Georges Jones). Sauf qu'Elvis avait gardé ses Attractions avec lui, alors que sur leur album, produit par Ben Vaughn, les deux musiciens de Ween ne jouent quasiment pas une note : ils laissent la main à une douzaine de grands de la country, dirigés par Charlie McCoy, qui ont enregistré la dizaine de chansons en huit jours, en une ou deux prises. C'est un album que j'apprécie, particulièrement les chansons I'm holding you et Piss up a rope.
Le deuxième disque du coffret est pour moi le plus intéressant. Il s'intitule 12 golden demos et on y trouve les versions enregistrées par le groupe, celles qui ont dû servir à Charlie McCoy pour écrire les partitions des musiciens de session. Sans trop de surprise, on se rend compte que, si Gene et Dean Ween n'avaient pas choisi de se lancer dans un exercice de style country, l'album aurait pu être un disque "normal" de Ween.
Mon titre préféré est la version démo de Piss up a rope, entre Beck et COW, avec une deuxième voix et un solo de guitare minimal. Ce n'est qu'une démo, mais j'ai tendance à la préférer à la version léchée de l'album. Mais j'imagine bien qu'un des buts des deux petits rigolos de Ween était de rentrer dans le moule de Nashville sans édulcorer du tout le côté provoc de certaines de leurs paroles. Je vous laisse vous amuser à traduire ce bout du refrain de Piss up a rope :
"On your knees, you big booty bitch, start suckin' You ride my ass like a horse in a saddle Now you're up shit's creek with a turd for a paddle And I can't cope, piss up a rope"
Acquis sur le vide-grenier de l'aérodrome à Plivot le 13 septembre 2026 Réf : KO/NETS -- Édité par Les Troubadours Modernes en France en dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm Titres : Troupiau -- Voici la Saint Jean -/- Compère Guilleri -- La Marion
J'ai acheté ce disque à une dame qui avait quelques 45 tours sur son stand. C'était une façon de m'assurer que je ne repartirai pas bredouille de la broc. Je n'imaginais pas tomber quelques minutes plus tard tomber sur le lot qui contenait le Robert Charlebois avec Mouffe. Il y avait deux disques différents des Troubadours Modernes dans cette petite pile. A 50 centimes pièce, quitte à en prendre un, j'ai pris les deux, ne sachant pas trop comment les départager. L'autre s'appelle Andro : Danse du peuple breton d'aujourd'hui et il contient une version de La jument de Michau.
Les Troubadours Modernes sont présentés comme un "groupe folklorique, instrumental et vocal du Cercle Laïque de Dreux". Le groupe a été fondé en 1969, il a donc fêté son quarantenaire en 2009 et son cinquantenaire en 2019. Il a été installé au Cercle Laïque de Dreux de 1971 à 1992. Je ne suis pas certain qu'il existe encore, mais on trouve encore une adresse et un contact sur certains sites. Le groupe a été fondé par Gilbert Stenfort (1942-2020), une figure très impliquée dans la vie sociale et culturelle de Dreux.
Les Troubadours Modernes ont sorti au moins quatre 45 tours (trois sont référencés sur Discogs, plus Andro). Ils ont fait appel pour les auto-produire aux services de la société Le Kiosque d'Orphée. Ils ne faisaient pas que dans le pur traditionnel : sur le 45 tours Pour vivre à Dreux, il y a deux compositions originales plus Les connards du quartier, avec des paroles contemporaines sur un air populaire canadien.
C'est minimal et sûrement sérigraphié en une seule couleur, mais je trouve la pochette de ce disque très réussie. Elle illustre plutôt bien le nom du groupe et le contenu musical proposé. Ce sont des troubadours qui chantent des chansons anciennes, mais ils sont modernes car ils vivent dans les années 1970 à Dreux, et les immeubles esquissent l'une des Z.U.P., où il est probable que certains membres de la troupe vivaient. Ils chantent du folklore paysan, et la campagne est représentée par le très peu qu'il en reste en ville : un massif d'herbe dûment borduré. Bien évidemment, un écriteau "Pelouse interdite" trône au milieu, derrière lequel le loup de la chanson Troupiau a trouvé refuge.
Sans avoir les titres en tête, je connaissais trois chansons sur quatre. Vous aussi sûrement.
L'interprétation est approximative, le son est assez pourri (les instruments à vent sont étouffés, notamment), mais j'aime beaucoup Troupiau, une chanson courte, enlevée et rythmée. Vous l'écoutez une fois et vous chantez toute la journée "Troupiau, troupiau, je n'en avions guère; troupiau, troupiau, je n'en avions biau". Les paroles célèbrent en quelque sorte la musique : l'apprenti berger se fait bouffer son plus bel agneau par le loup, mais il en récupère les os et fabrique un flûtiau pour faire danser le village à la fête.
Voici la Saint Jean est la chanson qui m'a le moins intéressé, je ne l'ai pas copiée du coup. C'est juste du chant choral et un peu mou. Ça ressemble à ça. La version de Malicorne est plus intéressante.
L'intérêt des deux titres de la face B, c'est qu'en plus de l'interprétation de la chanson elle-même, il y a des voix extradiégétiques qui viennent commenter ou compléter le récit. C'est assez réussi.
Pour Compère Guilleri, une comptine dont le héros était un bandit de grand chemin, ce sont deux personnages à l'accent du terroir qui commentent l'histoire, un peu à la façon des petits vieux dans le Muppets show. Je n'ai pas tout bien saisi, mais je ils disent à un moment, "Punaise, t'en veux à tous les gauchistes".
Pour La Marion, ils sont plusieurs à expliciter ou commenter les paroles chantées innocemment par la chorale d'enfants, du style "C'est plein de sous-entendus tout ça". On a droit aussi à des sifflements, à un bruitage pour le sciage de la bosse ("Mais c'est quoi qu'elle coupe ?") et on note qu'il est question ici aussi d'os et de musique. Mais j'ai vraiment sursauté quand à un moment j'ai entendu "C'était l'histoire de la fée Carabosse et sa braguette magique". J'ai vérifié deux fois que j'avais bien entendu ! On nous explique aussi que "Tout finit par des chansons comme disait Léon Blum". Eh bien, cette chronique aussi.
Consulté sur YouTube en septembre 2026 Réf : 14 209 -- Édité par Mercury en France en 1959
Support : 4 fichiers flv Titres : Flat tire -- Whacha gotta lose -/- Cool shake -- The white cliffs of Dover
Il faut s'y faire, il y a un grand nombre de disques qu'on peut découvrir (pochette et musique) sans vraiment espérer les tenir un jour en mains. Mais ce n'est pas pour autant qu'on va continuer à les ignorer complètement.
Ce 45 tours français quatre titres, je l'ai "découvert" quand quelqu'un a fait circuler en ligne la reproduction de sa pochette. Et quelle pochette ! Pas besoin de quadrichromie ni de gros moyens quand on a une photo aussi réussie, bien mise en page, qui illustre parfaitement le thème de la chanson, un pneu crevé. Bon, il n'y pas de hasard, non plus. Si on regarde en bas à gauche de la pochette, on voit le nom du photographe, Herman Leonard, un américain qui a longtemps vécu à Paris. C'est un grand de la photographie, qui est surtout réputé pour ses photos de musiciens de jazz, mais il a fait aussi dans la mode et la publicité et à l'époque il bossait pour Barclay (qui, notamment, sortait les disques Mercury en France).
The Del Vikings était un groupe de doo-wop qui avait pour double particularité d'être composé de jeunes recrues de l'armée, et d'être noir et blanc, ce qui n'était pas courant en pleine ségrégation. Ils ont eu des problèmes contractuels et des divisions, ce qui fait qu'au plus fort de leur succès, vers 1957, il y a eu deux groupes, The Del Vikings chez Mercury et The Dell Vikings chez Dot, qui parfois ont tous les deux sorti le même titre ! Parmi ces titres, il y a notamment Down in Bermuda, une des chansons, avec le Bermuda des Bell Sisters, qui ont dû inspirer Jonathan Richman pour son propre Down in Bermuda.
Cet EP compile des titres de quatre disques américains différents, deux faces A de 45 tours, une face B et un titre d'album.
Flat tire est une chanson originale. Clyde Otis a dû se charger des paroles. Son nom ne me disait rien du tout, mais c'est quelqu'un d'important dans la musique : il a écrit et produit des centaines de chansons, notamment pour Brook Benton et d'autres artistes signés chez Mercury. Le compositeur est lui aussi, à tous les sens du terme, un très grand du blues et du rhythm and blues, Monsieur Willie Dixon. La chanson raconte une mésaventure rigolote, un peu à la Coasters : le gars emmène sa chérie faire un tour en bagnole; il ne lui fait pas le coup de la panne, mais un pneu crève; pendant qu'il le change, un beau gosse passe par là, la chérie le hèle et se barre avec lui; il part à leur poursuite sur la jante, mais finit par se faire arrêter par la patrouille routière.
Whacha gotta lose (What'cha sur l'édition originale) est une face B bien réussie, dans un style plutôt rock and roll léger, avec chœurs et solo de guitare.
Cool shake est bien aussi. Là, je crois qu'il est question d'une nouvelle danse, avec comme souvent un double sens ("Quand on se retrouvera ensemble, on fera le cool shake, quand je crierai, chérie ne t'arrête pas, tu sais que je parle du cool shake")
Le dernier titre est une reprise, et c'est surprenant dans ce contexte de voir arriver The white cliffs of Dover, une chanson à succès pendant la deuxième guerre mondiale, popularisée en Angleterre par Vera Lynn. La version des Del Vikings est doo-woppée : rythmée et enlevée, avec une belle voix de basse.
Je crois que c'est la première fois que je chronique un disque d'époque sans l'avoir (c'est arrivé assez souvent avec des disques récents disponibles en physique et en numérique), mais je pense vraiment que je ne tomberai jamais sur ce 45 tours, et on a quand même accès à la photo de la pochette et aux quatre enregistrements, alors on ne va pas se priver.
Offert par Le Vieux Thorax à Bagnolet le 21 septembre 2013 Réf : 2C 004-96229 -- Édité par Magnet en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm Titres : Tell me why -/- Roadie roll on
Alvin Stardust, c'est un nom que je connaissais comme star du rock des années 1970, mais c'est tout. Et puis en 2013, j'ai récupéré deux de ses 45 tours. L'un, tardif chez Stiff, trouvé en Belgique, et celui-ci, que Le Vieux Thorax m'a offert quand on a passé une journée ensemble. J'avais déjà acheté un bon paquet de disques le matin chez Gilda/Parallèles et je suis reparti de chez lui avec quelques 45 tours qu'il avait mis de côté à mon intention, plus le 25 cm Le garage se rebiffe, sur lequel il joue avec Gloria & the Greenspiders.
C'est un article de Pete Paphides qui m'a fait ressortir ce disque, qui raconte l'histoire folle de Bernard Jewry (1972-2014), le gars qui incarnait Alvin Stardust, qui s'est retrouvé par deux fois à endosser la personnalité d'un autre.
La première, c'était dans des circonstances tragiques. A 19 ans, en 1961, Bernard était fan de Shane Fenton and the Fentones, groupe inconnu de Mansfield, dans la région de Nottingham. Il les aidait même de temps en temps à porter leur équipement. Un jour, il passe voir le chanteur Johnny Theakston (alias Shane Fenston), mais sa mère lui explique qu'il est malade et hospitalisé. Deux jours après, il était mort à 17 ans, de rhumatisme articulaire aigu. L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais Johnny avait envoyé une candidature à la BBC pour passer dans une émission de télé à Birmingham. Quand l'invitation est arrivée après la mort de Johnny, sa mère leur a proposé de se reformer pour l'occasion en hommage à son fils, avec Bernard comme chanteur, qui reprendrait pour l'occasion l'identité de Shane Fenton. C'est ce qui s'est passé, et ça ne s'est pas arrêté là. Le groupe a signé avec Parlophone (le label qui engagerait les Beatles l'année suivante). Ils ont sorti une dizaine de singles quand même, dont quatre ont été classés dans les hit-parades.
Les choses se sont un peu calmées ensuite, mais Bernard Shane avait quand même encore un manager, qui l'a contacté en 1973 avec une proposition surprenante. Peter Shelley (rien à voir avec le Shelley des Buzzcocks), auteur-compositeur-interprète et co-fondateur du label Magnet, venait de lancer My coo ca choo, le premier disque d'une nouvelle "pop star" qu'il avait baptisée Alvin Stardust. Le disque a commencé à marcher, mais après avoir interprété la chanson une fois à la télévision, Shelley a décidé qu'il ne voulait pas faire carrière comme "Alvin Stardust" et a cherché quelqu'un pour incarner sa création. Rôle que Bernard Jewry a accepté : Shane Fenton est donc devenu Alvin Stardust du jour au lendemain. Dans l'entretien ci-dessous, Bernard donne une version légèrement différente de l'histoire : il aurait été recruté juste avant l'enregistrement de My coo ca choo. Ça parait moins crédible que la version donnée par Pete Paphides et d'autres, mais ce qui est sûr c'est que tous les autres disques de Stardust sont chantés par Jewry, la plupart dans les premières années étant écrits et produits par Shelley. Et des disques, il y en a eu un bon paquet, le deuxième single Jealous mind se classant même numéro un des ventes en 1974.
Mon disque, Tell me why, est le troisième sorti après ce tube dans la même année 1974, avec moins de succès (classé 16e dans les charts anglais). Alvin Stardust est souvent présenté comme un chanteur de glam rock. En 1974, il avait bien sûr comme beaucoup des tenues "outrageuses", avec pattes d'eph et compagnie, mais pour moi son créneau c'est avant tout le revival des grandes années du rock and roll, l'équivalent de ce que sera Shakin' Stevens dans les années 1980. Tell me why en est un bon exemple : c'est du rock mou, une balade un peu doo wop, complètement dans le moule de nombre de succès d'Elvis Presley.
Pour la face B, Roadie roll on, la référence est encore plus simple à trouver. La chanson est co-signée par Shelley et Stardust, mais il manque un troisième auteur, Chuck Berry, tellement c'est une resucée en partie acoustique de Johnny B. Goode !
Même sans Shelley, Alvin Stardust a continué à avoir du succès au débuts des années 1980. Par la suite ça s'est tassé et, tout en continuant à chanter et à tourner, il s'est tourné vers les comédies musicales et vers la télévision, comme acteur et présentateur. Bernard Jewry est mort en 2014 à 72 ans, et avec lui Shane Fenton et Alvin Stardust. Tout le monde ne peut pas se vanter d'avoir eu trois vies bien remplies...
Alvin Stardust mime Tell me why dans l'émission Top of the Pops.
Acquis par correspondance via Bandcamp le 18 septembre 2026 Réf : [sans] -- Édité par Petrol Chips en France en 2026
Support : 5 fichiers mp3 5 titres
Voici une nouveauté toute fraîche. C'est depuis qu'il a commencé à collaborer avec Gontard vers 2018 que j'ai commencé à repérer le nom de Ray Bornéo (plus ou moins un anagramme teinté BD/Aventure d'Arnaud Boyer). Depuis son fief de Haute-Loire où sont installés son studio et son label tous deux nommés Petrol Chips, il est discret mais prolifique, ne se contentant pas d'être producteur/éditeur : en tant qu'artiste/musicien, il a publié des disques de Tara King Th, Lomostatic, 8 (un duo avec Brisa Roché), Gilia Girasole,...
Pour le duo avec Vestale Vestale, j'avais acheté le premier album, Pour adultes et adolescents à sa sortie en 2018. Voici comment le projet était présenté : "Pour Vestale Vestale, Ray Bornéo compose des mélodies simples, aux sonorités 80’s; des chansons parfois fluos, parfois sombres, ou entre les deux; Une new-wave un peu sucrée mais jamais jusqu’à l’écœurement; un peu tordue aussi, parce que tout n’est pas si simple.". Il y a eu des parutions régulières depuis, dont l'album Petite apocalypse.
Clairement, le son de Vestale Vestale & Ray Bornéo est rétro, pointant vers la période 1980-1981, mes années lycée. C'est parfait pour moi, qui suis tombé dans cette new wave synthétique quand j'étais petit, d'autant que, tout en sachant que je ne suis pas impartial, je trouve que ces sons ont bien vieilli.
T'as encore trop parlé est un maxi numérique avec quatre nouvelles chansons. Musicalement, on se rapproche, pour des disques chroniqués ici, de Pit et Rik, Kas Product ou Braque. Comme le chant féminin est en français, on peut aussi penser à Mathématiques Modernes, ou Elli et Jacno bien sûr.
Les trois chansons originales sont des réussites, à commencer par Les filles de l'école, parfaitement d'actualité en ce mois de rentrée scolaire. Si on s'en tient aux titres, T'as encore trop parlé et Une médaille pour me taire sont peut-être à mettre en miroir. La première est rapide et pourrait faire son effet en soirée novö diskö. Mais c'est la seconde, dansante aussi à sa façon, qui a eu droit à sa vidéo.
Le disque se conclut avec une reprise du classique Amoureux solitaires de Lio. Sur la version en ligne sur Bandcamp, c'est une reprise en espagnol qui est disponible mais, quand on achète l'album numérique, on récupère en bonus une version en français, que je préfère. Pour la musique, les arrangements de Jacno sont crédités, c'est dire si Ray est est resté fidèle à la version originale, mais l'intérêt principal est de renvoyer à Lio pour ceux qui ne connaîtraient pas ce tube.
Je pense que ce duo est un projet 100% studio, il ne faut donc pas espérer voir passer l'annonce de concerts, mais je suivrai avec attention leurs prochaines parutions.
Acquis sur le vide-grenier de l'aérodrome à Plivot le 13 septembre 2026 Réf : 61 151 -- Édité par Barclay en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm Titres : [MOUFFE ET ROBERT CHARLEBOIS] : Madame Bertrand (Cœur en chômage) -/- [ROBERT CHARLEBOIS AVEC LE ROCK LIBRE DU QUÉBEC] : Tout écartillé
Cela fait quelques années maintenant qu'il y a deux brocantes dans l'année à Plivot, "l'historique" dans les rues du village en mai, et "la nouvelle" sur le terrain de l'aérodrome en septembre. Au fil des années, j'ai eu tendance à faire de bonnes affaires dans les deux. A l'aérodrome il y a cinq ans, j'avais acheté un beau lot de 45 tours, dont un Nina Simone et un Love. Cette année, je ne m'en suis pas mal tiré non plus. A plus de dix heures pourtant, un gars avait quelques dizaines de 45 tours empilés par terre sur une couverture. Il a essayé de me refiler le tout pour 15 €, mais je préfère ne pas m'encombrer, d'autant que j'étais venu à vélo, alors j'ai préféré viser des achats à l'unité à 50 centimes. A priori, il y avait surtout de la variété, mais par deux fois, je suis carrément tombé sur un filon de 45 tours années 1960 des Stones. Neuf disques en bon état avec pochette, dont six que je n'avais pas. Pas mal, mais le disque que j'ai été le plus content de trouver, c'est celui qui nous intéresse aujourd'hui, que je recherchais depuis dix ans...
En effet, c'est il y a dix ans que Philippe R. m'a offert le 33 tours Un gars ben ordinaire de Robert Charlebois. C'est à cette occasion que j'ai appris que ce disque de 1971 est avant tout une compilation de titres parus en 45 tours en 1969 et 1970. A l'écoute, parmi plein de bonnes choses, Madame Bertrand (Cœur en chômage) a particulièrement retenu mon attention. J'ai regardé, et j'ai vu qu'on trouvait cette chanson sur un 45 tours canadien et un 45 tours français. J'ai même regardé les prix par correspondance, mais avec le port c'est pas donné, alors je me suis contenté d'espérer finir par tomber dessus un de ces jours, ce qui a fini par arriver !
C'était le plus probable, c'est sur le 45 tours français que je suis tombé. Pour cette édition française, Barclay est allé piocher les chansons dans deux 45 tours canadiens différents, édités par le label Gamma, une maison importante au Québec, qui a notamment édité en 1972 le premier 45 tours de Lewis Furey. Madame Bertrand était la face B du 45 tours Jusqu'au coeur (Réf AA-1036), sauf qu'à l'origine la chanson s'appelle Cœur en chômage, mais commercialement le changement se comprend, car si quelqu'un entendait la chanson à la radio, il risquait plus de chercher chez son disquaire un titre appelé Madame Bertrand. La face A était la chanson-titre du film Jusqu'au cœur de Jean-Pierre Lefebvre, avec Mouffe et Robert Charlebois, un couple dans le film comme à la ville (on peut voir le film, bien de son époque, en intégralité ici). C'était la première chanson écrite par Mouffe. Cœur en chômage doit donc être la deuxième. Contrairement à ce qu'on peut lire par-ci par-là, Cœur en chômage n'est pas dans le film. Par contre, la photo au verso de la pochette, avec Robert qui dessine un cœur sur Mouffe, est bien une scène du film. Elle est reprise au dos de la pochette française. Dommage qu'elle n'est pas été promue au recto car elle illustre bien mieux la chanson que celle qui a été choisie, qui est en fait la pochette du 45 tours Tout écartillé (Réf AA-1044), chanson qu'on retrouve ici en face B. Le nom sur le contrat de disque, les albums et les affiches de concerts était Robert Charlebois, et c'est clairement celui-là que Barclay voulait mettre en avant, pas le duo constitué avec Mouffe.
La musique de Madame Bertrand fait penser à un jug band, avec je pense contrebassine, planche à laver, piano et guitare sèche. Le chant est un duo par Mouffe et Robert, avec le renfort de potes aux chœurs sur le refrain. Les paroles de chanson basées sur les petites annonces, ce n'est pas rare. Dans des styles différents, on a déjà chroniqué ici le Person to person des (Hypothetical) Prophets et surtout le Top ten sexes de Lewis Furey, un autre montréalais, qui a par ailleurs adapté en anglais l'Ordinaire de Mouffe et Charlebois. Celles de Madame Bertrand, qui donnent la voix à des gens pas tout jeunes qui cherchent l'âme sœur, sont une réussite, les situations étant bien posées et l'humour survenant sans qu'il soit besoin d'ajouter le moindre commentaire. Notons que Madame Bertrand n'est pas un personnage de fiction. Cela devait être évident pour tout le monde à l'époque à Québec, mais Madame Bertrand c'est bien Janette Bertrand, auteur et journaliste de radio et de presse écrite, qui tenait à ce moment-là deux rubriques dans Le Petit Journal, le courrier du cœur Le refuge sentimental et L'agence matrimoniale, celle qui a inspiré la chanson. Je pense qu'elle avait une popularité équivalente à celle de Ménie Grégoire en France. La chanson est enjouée et joyeuse et franchement réussie. Rien à voir avec cette chanson, mais on trouve dans le patrimoine de la chanson française, aussi bien un Cœur en chômage interprété par Maurice Chevalier et une Madame Bertrand interprétée notamment par Gaby Verlor et Jean-Pierre Cernay.
En 1968-1969, Robert Charlebois, Louise Forestier, Mouffe et Yvon Deschamps, avec le Quatuor de Jazz Libre du Québec pour la musique, ont tourné au Québec avec un spectacle en partie improvisé, L'osstidcho, qui a fait grand bruit. Avec le succès en France d'une des chansons du spectacle, Lindbergh, Robert Charlebois, avec Louise Forestier, a été invité à se produire à L'Olympia en mars 1969. Ce n'était plus L'osstidcho, mais l'esprit était encore là, et Charlebois était programmé en première partie d'Antoine et... Georgette Plana. Résultat : ça a fait des étincelles, Charlebois a été accusé de jouer trop fort et d'avoir envoyé un tambour dans le public et son engagement a été écourté.
C'est à cette période que Tout écartillé a dû être enregistré. Ce titre figure aussi sur l'album Québec love de 1969. Sur le 45 tours original, il est précisé que Robert est accompagné par le Rock Libre de Québec. On peut avancer sans se tromper que dans ce cas précis Rock Libre et Jazz Libre ne font qu'un. La chanson est un blues à la Screaming Jay Hawkins. Toujours sur le 45 tours original, il y avait un avertissement : "Refrain peut-être parsemé de meuglements de p'tit veau après sa mère ??". Les paroles sont de Marcel Sabourin. Elles sont comme un cri d'amour à... Marie Laforêt ! : "Jamais jamais oh non oh non jamais, neveur neveur neveur neveur, je n'oublierai Marie Laforêt, les yeux dans le cou, je r'garde en arrière, queuqu' p'tits moments à deux, en pensant qu'on était bien tous les deux". Là aussi, c'est un très bon moment.
Mouffe et Robert Charlebois miment Cœur en chômage dans l'émission Coup de soleil le 13 juin 1969.
Reportage par Martine de Barsy à l'occasion du passage à L'Olympia de Robert Charlebois et Louise Forestier en mars 1969. Diffusé dans l'émission Aujourd'hui le 8 avril 1969. On y aperçoit Mouffe très brièvement.
Tout écartillé, court-métrage d'André Leduc de 1972.