
Acquis sur le vide-grenier de l'aérodrome à Plivot le 13 septembre 2026
Réf : 61 151 -- Édité par Barclay en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : [MOUFFE ET ROBERT CHARLEBOIS] : Madame Bertrand (Cœur en chômage) -/- [ROBERT CHARLEBOIS AVEC LE ROCK LIBRE DU QUÉBEC] : Tout écartillé
Cela fait quelques années maintenant qu'il y a deux brocantes dans l'année à Plivot, "l'historique" dans les rues du village en mai, et "la nouvelle" sur le terrain de l'aérodrome en septembre. Au fil des années, j'ai eu tendance à faire de bonnes affaires dans les deux.
A l'aérodrome il y a cinq ans, j'avais acheté un beau lot de 45 tours, dont un Nina Simone et un Love.
Cette année, je ne m'en suis pas mal tiré non plus. A plus de dix heures pourtant, un gars avait quelques dizaines de 45 tours empilés par terre sur une couverture. Il a essayé de me refiler le tout pour 15 €, mais je préfère ne pas m'encombrer, d'autant que j'étais venu à vélo, alors j'ai préféré viser des achats à l'unité à 50 centimes.
A priori, il y avait surtout de la variété, mais par deux fois, je suis carrément tombé sur un filon de 45 tours années 1960 des Stones. Neuf disques en bon état avec pochette, dont six que je n'avais pas. Pas mal, mais le disque que j'ai été le plus content de trouver, c'est celui qui nous intéresse aujourd'hui, que je recherchais depuis dix ans...
En effet, c'est il y a dix ans que Philippe R. m'a offert le 33 tours Un gars ben ordinaire de Robert Charlebois. C'est à cette occasion que j'ai appris que ce disque de 1971 est avant tout une compilation de titres parus en 45 tours en 1969 et 1970.
A l'écoute, parmi plein de bonnes choses, Madame Bertrand (Cœur en chômage) a particulièrement retenu mon attention. J'ai regardé, et j'ai vu qu'on trouvait cette chanson sur un 45 tours canadien et un 45 tours français. J'ai même regardé les prix par correspondance, mais avec le port c'est pas donné, alors je me suis contenté d'espérer finir par tomber dessus un de ces jours, ce qui a fini par arriver !
C'était le plus probable, c'est sur le 45 tours français que je suis tombé. Pour cette édition française, Barclay est allé piocher les chansons dans deux 45 tours canadiens différents, édités par le label Gamma, une maison importante au Québec, qui a notamment édité en 1972 le premier 45 tours de Lewis Furey.
Madame Bertrand était la face B du 45 tours Jusqu'au coeur (Réf AA-1036), sauf qu'à l'origine la chanson s'appelle Cœur en chômage, mais commercialement le changement se comprend, car si quelqu'un entendait la chanson à la radio, il risquait plus de chercher chez son disquaire un titre appelé Madame Bertrand.
La face A était la chanson-titre du film Jusqu'au cœur de Jean-Pierre Lefebvre, avec Mouffe et Robert Charlebois, un couple dans le film comme à la ville (on peut voir le film, bien de son époque, en intégralité ici).
C'était la première chanson écrite par Mouffe. Cœur en chômage doit donc être la deuxième. Contrairement à ce qu'on peut lire par-ci par-là, Cœur en chômage n'est pas dans le film. Par contre, la photo au verso de la pochette, avec Robert qui dessine un cœur sur Mouffe, est bien une scène du film. Elle est reprise au dos de la pochette française. Dommage qu'elle n'est pas été promue au recto car elle illustre bien mieux la chanson que celle qui a été choisie, qui est en fait la pochette du 45 tours Tout écartillé (Réf AA-1044), chanson qu'on retrouve ici en face B.
Le nom sur le contrat de disque, les albums et les affiches de concerts était Robert Charlebois, et c'est clairement celui-là que Barclay voulait mettre en avant, pas le duo constitué avec Mouffe.
La musique de Madame Bertrand fait penser à un jug band, avec je pense contrebassine, planche à laver, piano et guitare sèche. Le chant est un duo par Mouffe et Robert, avec le renfort de potes aux chœurs sur le refrain.
Les paroles de chanson basées sur les petites annonces, ce n'est pas rare. Dans des styles différents, on a déjà chroniqué ici le Person to person des (Hypothetical) Prophets et surtout le Top ten sexes de Lewis Furey, un autre montréalais, qui a par ailleurs adapté en anglais l'Ordinaire de Mouffe et Charlebois. Celles de Madame Bertrand, qui donnent la voix à des gens pas tout jeunes qui cherchent l'âme sœur, sont une réussite, les situations étant bien posées et l'humour survenant sans qu'il soit besoin d'ajouter le moindre commentaire.
Notons que Madame Bertrand n'est pas un personnage de fiction. Cela devait être évident pour tout le monde à l'époque à Québec, mais Madame Bertrand c'est bien Janette Bertrand, auteur et journaliste de radio et de presse écrite, qui tenait à ce moment-là deux rubriques dans Le Petit Journal, le courrier du cœur Le refuge sentimental et L'agence matrimoniale, celle qui a inspiré la chanson. Je pense qu'elle avait une popularité équivalente à celle de Ménie Grégoire en France.
La chanson est enjouée et joyeuse et franchement réussie.
Rien à voir avec cette chanson, mais on trouve dans le patrimoine de la chanson française, aussi bien un Cœur en chômage interprété par Maurice Chevalier et une Madame Bertrand interprétée notamment par Gaby Verlor et Jean-Pierre Cernay.
En 1968-1969, Robert Charlebois, Louise Forestier, Mouffe et Yvon Deschamps, avec le Quatuor de Jazz Libre du Québec pour la musique, ont tourné au Québec avec un spectacle en partie improvisé, L'osstidcho, qui a fait grand bruit.
Avec le succès en France d'une des chansons du spectacle, Lindbergh, Robert Charlebois, avec Louise Forestier, a été invité à se produire à L'Olympia en mars 1969. Ce n'était plus L'osstidcho, mais l'esprit était encore là, et Charlebois était programmé en première partie d'Antoine et... Georgette Plana. Résultat : ça a fait des étincelles, Charlebois a été accusé de jouer trop fort et d'avoir envoyé un tambour dans le public et son engagement a été écourté.
C'est à cette période que Tout écartillé a dû être enregistré. Ce titre figure aussi sur l'album Québec love de 1969. Sur le 45 tours original, il est précisé que Robert est accompagné par le Rock Libre de Québec. On peut avancer sans se tromper que dans ce cas précis Rock Libre et Jazz Libre ne font qu'un.
La chanson est un blues à la Screaming Jay Hawkins. Toujours sur le 45 tours original, il y avait un avertissement : "Refrain peut-être parsemé de meuglements de p'tit veau après sa mère ??".
Les paroles sont de Marcel Sabourin. Elles sont comme un cri d'amour à... Marie Laforêt ! : "Jamais jamais oh non oh non jamais, neveur neveur neveur neveur, je n'oublierai Marie Laforêt, les yeux dans le cou, je r'garde en arrière, queuqu' p'tits moments à deux, en pensant qu'on était bien tous les deux". Là aussi, c'est un très bon moment.
Il me reste à écouter I wanna be your man, 2,000 light years from home et Street fighting man, mais en attendant je suis vraiment content d'avoir enfin trouvé ce disque.
Et pour conclure, une autre bonne nouvelle cette semaine, elles sont toujours bonnes à prendre : Janette Bertrand, qui a 101 ans, vient d'annoncer son retour à la télévision pour une nouvelle émission dédiée à l'amour, Janette - Les jeunes et la vieille. Quant à Robert Charlebois, il annonce des spectacles pour fin 2026-2027, avec deux dates au grand Rex à Paris les 16 et 17 mars.
Mouffe et Robert Charlebois miment Cœur en chômage dans l'émission Coup de soleil le 13 juin 1969.
Reportage par Martine de Barsy à l'occasion du passage à L'Olympia de Robert Charlebois et Louise Forestier en mars 1969. Diffusé dans l'émission Aujourd'hui le 8 avril 1969. On y aperçoit Mouffe très brièvement.
Tout écartillé, court-métrage d'André Leduc de 1972.







