29 août 2026

ELLIOTT SMITH : Waltz #2 (XO)


Acquis chez Age UK à Boscombe le 1er juin 2017
Réf : DRMCD 22347 -- Édité par Dreamworks en Angleterre en 1998
Support : CD 12 cm
Titres : Waltz #2 (XO) -- Our thing -- How to take a fall

Pete Paphides a récemment publié une chronique sur le passage en direct d'Elliott Smith dans une émission de télé matinale, en insistant sur le changement d'ambiance et l'émotion dès qu'il prend sa guitare pour interpréter Clementine. Il était aussi peu à sa place là qu'il ne le sera trois ans plus tard, jouant sa chanson du film Good will hunting sur la scène de la cérémonie des Oscars.
Les contrastes, ça le connaissait, lui le membre du groupe rock Heatmiser, qui s'est fait remarquer pour la qualité pop de ses chansons dès qu'il a commencé à diffuser sous son nom les enregistrements acoustiques de ses chansons.
Elliott Smith a sorti cinq albums entre 1994 et 2000. Un sixième était en préparation quand il s'est suicidé à 34 ans en 2003. Il est à peu près impossible d'écouter ses enregistrements sans penser à son destin.

Je n'ai pas écouté toute sa discographie, mais deux chansons d'Elliott Smith m'ont particulièrement marqué, et je les ai toutes deux découvertes grâce à une compilation fournie aux abonnés des Inrockuptibles. Speed trials de l'album Either/or était sur Un été 97, tandis que Waltz #2 (XO), quasiment la chanson-titre de l'album XO, était sur Une rentrée 98. Deux excellentes cuvées, au passage.
C'est presque vingt ans plus tard que j'ai trouvé ce single pour 1 £ dans une boutique caritative anglaise.

L'album est co-produit avec Smith par Rob Schnapf and Tom Rothrock, qui avaient notamment travaillé avec Beck. C'est son premier chez le gros label Dreamworks.

Le rythme de valse de Waltz #2 (XO) est bien marqué. L'orchestration est "complète" (batterie, piano, orgue, etc.), des instruments quasiment tous joués par Smith). Il y a même en plus des cordes. Le chant est doux, avec voix doublée et chœurs. Le pont évoque particulièrement les Beatles. C'est une très belle chanson.
Le point de départ des paroles semble être une session de karaoké, où sa mère et son beau-père chante chacun leur tour, Cathy's clown des Everly Brothers pour elle, à laquelle répond You're no good de Linda Ronstadt pour lui.
Pour l'anecdote, il existe bien une Waltz #1, qui est sur le même album. Pas une mauvaise chanson, mais elle ne m'accroche pas autant.

Les deux faces B sont des titres inédits par ailleurs.
Our thing est un excellent instrumental. A tel point que je me suis dit que c'était un peu du gâchis, car le titre est véritablement construit pour accueillir du chant. Eh bien, même si la chanson était jouée aussi en instrumental sur scène, il existe bien une version chantée, enregistrée en répétition en 1997 et diffusée après sa mort et pas officiellement. Mais son auteur avait déjà des problèmes avec les paroles de la chanson, puisqu'à un moment il s'exhorte ainsi : "Souviens -toi des paroles, cette partie a des paroles et ça donne ça :". 

How to take a fall
doit être un autre titre enregistré pendant les sessions de l'album. Avec batterie et guitare électrique, on se rapproche là du son qu'il devait avoir sur scène quand il était accompagné par ses amis de Quasi.
La question de la chute le préoccupait visiblement : il y a la pochette de son album Elliott Smith de 1995, et aussi Taking a fall, une démo inédite de l'album posthume From a basement on the hill.


Elliott Smith, Waltz #2 (XO), en direct en décembre 1998 dans l'émission Later... with Jools Holland.


Elliott Smith, Waltz #2 (XO), en direct à la télévision.


Elliott Smith, Waltz #2 (XO), en direct le 29 novembre 1998 dans l'émission 2 meter sessies. Une version brusquement interrompue par Elliott Smith, qui explique qu'il n'en peut plus de jouer cette chanson qu'il a déjà interprétée des centaines de fois.

26 août 2026

CHIENDENT : Chiendent


Acquis par correspondance via Bandcamp le 23 août 2026
Réf : [sans] -- Édité par Chiendent en France en 2025
Support : 6 fichiers MP3
6 titres

Il n'a fallu que 15 secondes d'extrait de la chanson Le temps du danger dans le film-bilan du 35e F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs de Châlons en Champagne pour que je sache que j'ai fait une connerie en faisant l'impasse sur ce concert.
La touche des deux gars, la musique, les paroles ("Quand vient le temps du danger, je suis le premier des derniers")..., l'ambiance aurait été différente mais j'aurais sûrement passé un aussi bon moment qu'avec Vicki Kristina Barcelona.


Le film-bilan du 35e Festival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs. Chiendent est à 1'06.

Chiendent est un duo basé à Lille, composé d'Hugo Clarence, l'auteur des paroles et co-compositeur, qui est par ailleurs photographe, et du musicien Samuel Allain, un marnais d'origine.
Samuel est un habitué du festival MIA : je l'y ai vu en 2011 avec le groupe John Grape, et il avait déjà participé à deux résidences de création, en 2016 avec John Grape et 2017 avec Black Bones. Il est par ailleurs membre de Temps Calme.
Ce concert de Chiendent s'inscrivait dans le cadre de la semaine de concerts proposés autour de la création 2026 du festival, confiée à Grindi Manberg, un projet pour lequel Samuel Allain était aux claviers et aux chœurs.

Trop tard pour le concert, mais j'ai cherché à en savoir plus sur Chiendent. Je ne sais pas quand ils se sont formés, mais je pense que c'est un projet récent : leur seule publication, l'EP Chiendent, date d'il y a un an, et il se trouve qu'en fait le concert de Châlons était le tout premier du groupe.

Je n'avais entendu que 15 secondes de musique auparavant, et ma première réaction en commençant à écouter La mauvaise poésie, a été de me demander si le groupe se situait totalement dans le second degré, voire la grosse blague. Le ton à la fois parlé et distant du chant est particulier, et la basse et les synthés sonnent décalés, ou pour tout dire (volontairement) faux. C'est différent pour les cinq autres titres, et au bout du compte je pense que le but ici était d'illustrer musicalement ce dont il est question : "Mais tout ça n’est rien que de la mauvaise poésie, rien que des chansons d’amour et des bruits".

Le fait que La mauvaise poésie est une exception se confirme avec mon titre préféré du lot, Sans amont ni aval, que j'ai eu le temps d'inclure dans ma récente compilation, Nous commençons à gambiller. Rythme légèrement dansant, guitare twang et ambiance western, ça pourrait être le tube du groupe. Pourtant, contrairement à deux des autres titres, il n'a pas eu droit à sa vidéo.

L'autre titre "club" de l'EP, c'est Le temps du danger, en version complète d'un peu plus de 4'30.

Écrire des chansons
explicite quelque peu le propos du groupe ("J’ai parfois besoin d’écrire des chansons, je ne l’explique pas mais j’aime le son qu’elles font (...) J’ai parfois besoin d’écrire des chansons, comme Brel, Cohen ou Aragon").

Des chansons, on en a deux bons autres exemples, avec les assez classiques Un échafaud ("Ils ont bâti un échafaud pour les bonshommes de neige") et Entre-deux-Guiers.

Chiendent sera à nouveau en concert, ce dimanche 30 août à Lille. L'entrée est libre. Si vous êtes dans le coin, ne ratez pas l'occasion !




Chiendent, Chien sûr, en concert le 1er juillet 2026 au Festival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons en Champagne. Une chanson qui ne figure pas sur l'EP Chiendent.



22 août 2026

COLDCUT : Stop this crazy thing


Acquis chez The Children's Trust à Canterbury le 9 mars 2016
Réf : CCUT 4 -- Édité par Ahead Of Our Time/Big Life en Angleterre en 1988
Support : 45 tours 17 cm
Titres : COLDCUT featuring JUNIOR REID and THE AHEAD OF OUR TIME ORCHESTRA : Stop this crazy thing -/- Stop this crazy thing (Speng)

Coldcut est un duo rassemblant deux DJs bidouilleurs, Matt Black et Jonathan More, qui s'est illustré à partir du milieu des années 1980 en construisant des tubes hip hop/house, notamment à partir d'échantillons sonores de sources variées. A ce titre, on peut les considérer comme des pionniers de ce que j'ai appelé un peu plus tard la hip-pop optimiste.

J'ai acheté ce 45 tours pour 50 pence il y a dix ans dans une boutique caritative à Canterbury mais je connaissais cette chanson depuis longtemps, puisqu'il y a en a deux versions sur le CD de What's that noise ?, le premier album de Coldcut, que j'ai acheté en solde peu de temps après sa sortie, vers 1990.

Les bidouilleurs ne sont pas spécifiquement chanteurs, alors il y avait des invités sur cet album, à commencer par Yazz et Lisa Stanfield, dont les carrières à grand succès ont été lancées par leur collaboration avec Coldcut, mais aussi Mark E. Smith de The Fall, Queen Latifah et Junior Reid de Black Uhuru pour le titre qui nous intéresse aujourd'hui.
Junior a eu du succès avec ce titre, mais il en aura beaucoup plus un peu plus tard avec une autre collaboration hors Uhuru, puisqu'il est invité sur la version d'I'm free par les Soup Dragons.

Le site WhoSampled recense 17 échantillons musicaux présents dans Stop this crazy thing. Aujourd'hui encore, je n'aurais été capable d'en identifier que deux par moi-même, le cri de Tarzan et les halètements du King Kong de The Jimmy Castor Bunch.
Le cas de l'échantillonnage de Super grit de Trouble Funk est intéressant. Coldcut a copié les huit premières secondes cuivrées de la chanson, les a triturées et en a fait l'accroche principal de sa chanson. C'est super, et on se rend compte qu'ils ont bien sélectionné leur extrait puisque les dix autres minutes de ce titre de 1981 sont du funk avec basse slap et tout qui est beaucoup moins intéressant et accrocheur à mon sens.

L'illustration de Michael Bartalos pour la pochette annonce bien le thème de la chanson : la terre passe un sale quart d'heure. Les paroles de Junior Reid sont malheureusement éternellement d'actualité : les gens crèvent de faim, les enfants pleurent, les animaux meurent, c'est un monde insensible, c'est à nous de nous rassembler pour arrêter cette folie.

La face B, Stop this crazy thing (Speng), est une version sans le chant principal, qui permet de se concentrer sur le travail de collage et mixage réalisé pour produire la chanson.



19 août 2026

THE SOUL OF CONGO - TREASURES OF THE NGOMA LABEL (1948-1963)


Consulté pour la première fois sur Bandcamp en décembre 2023
Réf : [sans] -- Édité par Planet Ilunga en Belgique en 2023
Support : 69 fichiers MP3
69 titres

Ça fait un moment que je me fais la remarque : les coffrets de disques c'est très bien, mais j'ai quand même tendance à les écouter une fois ou deux au moment de l'achat, à lire attentivement le livret, et ensuite à les ranger pour rarement les ressortir.
Bon, pour être honnête, il y a plein de disques à l'unité pour lesquels le processus est identique. Mais j'ai plus de chances de ressortir un disque seul qu'un gros coffret, qui par ailleurs prend de la place.

Et puis, il y a les coffrets d'archives qui sont intégralement en écoute sur Bandcamp. C'est le cas des deux derniers auxquels on s'est intéressé ici, Written in their soul : The Stax songwriter demo et Bobo yéyé : Belle époque in Upper Volta.

C'est le cas également du coffret The soul of Congo, publié en 2023 par le label Planet Ilunga, à l'occasion de son dixième anniversaire. Je l'ai écouté en partie au moment de sa sortie, et je l'ai survolé à nouveau au printemps dernier, quand je suis tombé sur une info qui y faisait référence.
En toute logique, je devrais soutenir le travail de recherche et d'édition du label en achetant le coffret, en CD (avec livret) ou en numérique, mais ce n'est pas toujours facile de se décider à débourser quand on a déjà accès au contenu musical. Je le fais plus facilement pour des sorties par des artistes en activité.

The soul of Congo est une anthologie d'enregistrements publiés par le label Ngoma. Le seul disque que j'ai de ce label très productif (4500 enregistrements de 1948 à 1971), c'est un très beau 45 tours de Rochereau, acheté et chroniqué quelques mois avant la sortie du coffret. Et avant ça, je ne le connaissais ni le label, ni ses piliers de la période 1948-1963 comme Léon Bukasa, Manuel d'Oliveira, Wendo ou Paul Mwanga.

Il y a 69 titres sur la version CD du coffret. C'est varié et globalement d'excellente qualité. Après avoir survolé l'ensemble, j'ai fait une sélection de 10 titres parmi mes préférés :
Voilà un bon exemple de la richesse de la production musicale d'Afrique dans ces années-là, aussi bien en qualité qu'en quantité. Richesse insoupçonnée pour le public français, alors que, dans les années 1960 au moins, les disques Ngoma étaient fabriqués en France.

Le coffret est toujours disponible à la vente, en CD ou en 33 tours (14 des titres de l'édition vinyl ne sont pas sur les CD).



Un film publicitaire pour la publication du coffret.

15 août 2026

HENRI TEXIER : Amir


Acquis chez Récup'R à Dizy le 18 juillet 2026
Réf : 913 082 -- Édité par Eurodisc en France en 1976
Support : 33 tours 30 cm
7 titres

Ce disque était égaré à la ressourcerie au milieu d'un lot sans unité ni intérêt particulier. A 20 centimes, je l'ai acheté, en pensant l'offrir s'il ne me plaisait pas, le jazz n'étant d'une manière générale pas trop ma tasse de thé.
Mais l'album m'a intéressé, alors j'ai décidé de le garder et j'en profite pour le chroniquer. Il faut dire que les occasions (à deux sens du terme) sont rares, alors on va pas gâcher : ce n'est que la sixième chronique cette année d'un disque chiné récemment.
Ce jour-là, j'ai aussi trouvé deux 45 tours, de Nancy Holloway et Alphonso et son Orchestre.

J'ai quand même eu l'occasion de voir Henri Texier en concert au Festival des Musiques de Traverses de Reims le 20 mai 1982, en quartet avec Philippe Deschepper, Louis Sclavis et Jacques Mahieux, le même jour que Rip Rig and Panic.
Autant je me souviens vaguement ce même week-end de la prestation un peu spectaculaire du Willem Breuker Kollektiev et du Mike Westbrook Brass Band, autant je n'ai aucun souvenir du concert du Quartet.

Amir est le premier disque d'Henri Texier paru sous son nom.
La pochette est surprenante, et donc réussie. Ce qui m'a le plus surpris, c'est la tenue d'Henri Texier. Je ne sais pas vraiment à quoi je me serais attendu pour un contrebassiste de jazz au milieu des années 1970, mais sûrement pas à le voir dans un champ, en casquette, chemise à carreaux, gilet et pantalon de velours, un peu comme un paysan endimanché.
Mon exemplaire chez Arabella correspond à l'édition originale. Il a été réédité dès 1979 sur le label du producteur et éditeur de l'album, Jean-Marie Salhani.

La particularité d'Amir, c'est que c'est littéralement un disque solo. En s'appuyant sur les possibilités de ré-enregistrements de pistes des magnétophones Revox, il joue de tous les instruments (contrebasse, violoncelle, oud, percussions, flûte, piano...), et même, il chante, sans paroles, certaines des mélodies. Il en est de même pour le deuxième album Varech, sorti en 1977.

L'autre particularité de l'album, c'est que ce n'est pas un disque de jazz "pur". On n'utilisait pas le terme à l'époque, mais les "musiques du monde" influencent fortement ce disque, suite notamment à un séjour en Tunisie en 1969, d'où il a ramené un tambour bendir. Amir,un ami égyptien, lui avait aussi offert un oud.
Henri Texier aurait aimé que son disque soit classé chez les disquaires dans un rayon "jazz folk", mais ce rayon n'a jamais existé, et il était réputé dans le monde du jazz, alors..
.
En tout cas, ce sont ces mélanges d'influences qui font que j'accroche à une bonne partie des compositions, à commencer par le morceau-titre, qui ouvre l'album, Amir, qui a même été diffusé à l'époque par le label en 45 tours promo pour les radios.
Dans des veines similaires, j'apprécie également Le piroguier, une composition de Jean Sauvielle (on n'est pas si loin d'Areski), Homme rouge et le très court Quand tout s'arrête.

J'ai plus de mal avec la partie Les petits enfants du triptyque Le sage, le singe et les petits enfants et Hommage, un solo de contrebasse il me semble, mais après quelques écoutes, j'ai fini aussi par accrocher aux parties de Les korrigans qui ne sont pas de la contrebasse en solo !

La démarche d'Henri Texier a dû surprendre le monde du jazz à l'époque, mais le disque a visiblement trouvé son public et il a reçu le en 1977 le Prix Django Reinhardt de l'Académie de Jazz.

Depuis ce premier album, Henri Texier a multiplié les rencontres, les voyages et les productions musicales. En 2018, sur l'album Sand woman, il a repris en quintet à la fois Amir (dans une version allongée à 12 minutes, alors bien sûr les musiciens tricotent chacun leur tour et une fois l'intro passée c'est pas du tout pour moi), et Quand tout s'arrête, dans une version également allongée à 7 minutes, mais qui passe très bien.

Henri Texier est actuellement en tournée. Il sera de retour dans la région de Reims au Caveau d'Hermonville les 19 et 20 septembre 2026.



Henri Texier, voix libre du jazz français, une série de 5 émissions de 27 minutes de 2018, est à écouter sur France Musique.

12 août 2026

ROBERT : Le model


Consulté pour la première fois sur YouTube le 4 août 2026
Réf : [sans] -- Édité par Karina Square en France en 1997
Support : 1 fichier flv
Titre : Le model

The model de Kraftwerk est une chanson importante pour moi. Je crois que j'ai commencé à vraiment m'y intéresser avec la reprise par Snakefinger sur son premier album en 1979, avant de (re)découvrir la version originale de 1978 au moment de son succès grâce à une réédition en 45 tours en 1982.
J'ai déjà chroniqué ici la version originale, celle de Snakefinger, et celles de Big Black et Fall of Saigon. Il existe d'autres versions par le Balanescu QuartetRammstein ou Prince Fatty.

La semaine dernière, j'ai consulté la page Wikipedia de la chanson, pour vérifier à quel moment de l'année 1978 elle a été publiée pour la première fois. En la relisant, j'ai appris qu'il en existait une reprise publiée par la chanteuse Robert sur son premier album Sine en 1993. Je ne suis pas le seul je pense à ne connaître Robert que pour le succès qu'elle a eu en 1990 avec son premier 45 tours, Elle se promène.
Je me suis mis en quête de cette reprise par Robert, en me disant que ce serait peut-être une adaptation en français. Quand j'ai vu qu'elle reprenait le titre original allemand Das modell, j'ai tout de suite su que ce n'était pas le cas. La version est assez fidèle à l'original, mais avec un peu de piano, des "Dou dou dou dou" chantés et une voix féminine qui m'a rappelé Sonoko.

En l'écoutant, j'ai noté sur la droite de l'écran que YouTube me proposait d'écouter Le model par Robert...! Ah !, me suis-je dit, Robert a bien fait une version française de The model !
Sauf que cette chanson publiée en 1997 sur le deuxième album Princesse de rien n'est pas une reprise. Elle est créditée à Robert pour les paroles, Robert et Mathieu Saladin pour la musique.
Je ne comprends pas pourquoi le "model" en anglais a été choisi pour le titre, alors que les paroles sont bien en français et "modèle" avec le sens de "personne qui pose" aurait bien convenu. 

Ce qui est surtout surprenant à l'écoute, c'est qu'il n'y a pas que le titre qui rappelle la chanson de Kraftwerk. Côté musique, les lignes mélodiques de synthé, la basse électronique, tout rappelle la chanson reprise en allemand sur le premier album. Côté chant, on retrouve les "Dou dou dou dou", et les paroles françaises sont par moments une adaptation presque directe des paroles anglaises : "She's a model and she's looking good" devient "Elle est belle, elle est model", "I saw her on the cover of a magazine" se transforme en "Son corps se dessine sur tous les magazines" et "Personne ne l'approche, ne la touche" évoque "She plays hard to get".

Bref, la limite entre reprise, plagiat et hommage est très fine. Je penche plutôt pour un hommage, tout comme J'écoute la K7 de la vedette par La Variété faisait référence à Mini calculateur. Sauf que dans les deux cas les créateurs originaux ne sont pas du tout crédités dans la chanson-hommage.
Il ne peut pas être question de plagiat pour Robert, car quand on veut plagier une chanson on ne commence pas par en faire une reprise créditée en bonne et due forme sur un disque précédent !
C'est assez incompréhensible, mais des précisions sont fournies dans la présentation de l'album Sine sur l'ancien site officiel de Robert. "L'album est riche en reprises, la plus fameuse étant "Das Model" de Kraftwerk, désormais l'une des chansons fétiche de Robert, à tel point qu'elle en fera en français une adaptation baroque dans "Princesse de rien". Un single aurait dû voir le jour, accompagné d'une version anglaise.".
Le model était donc bien envisagé initialement comme une adaptation en français de Das Modell, et on aurait même pu avoir un single avec The model. Je suppose que la raison du changement de pied est à chercher dans des questions de droits et dans les gros problèmes que Robert a eus avec Sony après la sortie de Sine.

Amie de Robert, Amélie Nothomb a écrit des paroles originales pour plusieurs de ses chansons et elle s'est inspirée de son passé de danseuse pour son roman Robert des noms propres.
La biographie de Robert par Mathieu Saladin s'intitule elle Robert des non dits.
Le dernier album en date de Robert, Le chant des égarés, est sorti en 2021.