05 août 2022

TERRY MONTANA : Why can't we live together (Pourquoi ne pas vivre ensemble)


Acquis au Foyer Aubois à La Chapelle Saint Luc le 25 mars 2022
Réf : 45 V. 4226 -- Édité par Vogue en France en 1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Why can't we live together (Pourquoi ne pas vivre ensemble) -/- Just a little talk with you

Après l'André Brasseur et le Blues de Bresse, c'est le troisième disque lié à Vogue que je chronique de suite, mais c'est un pur hasard. En tout cas, c'est une confirmation de la variété des disques produits au fil des décennies par ce label.

Ce jour-là, avant de me rendre au concert de Gontard et d'acheter un 45 tours d'Eliott sur les lieux mêmes du concert, je m'étais arrêté au Foyer Aubois. Il y avait beaucoup de disques, mais j'étais arrivé peu de temps avant la fermeture. J'ai donc dû aller à toute vitesse pour passer tout en revue, mais ça valait le coup car je suis reparti avec une bonne quinzaine de 45 tours et une dizaine de CD.

Dans le lot, c'est ce 45 tours qui m'a d'emblée paru le plus intéressant. D'abord parce qu'il pouvait me donner l'occasion de rendre hommage à Timmy Thomas, mort à 77 ans pile deux semaines plus tôt. Et ensuite parce que, après le titre original Why can't we live together, on trouve entre parenthèses sur la pochette et sur la rondelle un titre français, Pourquoi ne pas vivre ensemble. J'étais donc en droit d'espérer avoir affaire à une adaptation français de ce tube des années 1970.
Et puis, en m'intéressant à ce disque, je réussis l'exploit de chroniquer une deuxième version de Why can't we live together, après celle l'an dernier du Synthetic Cha Cha Band, en gardant toujours dans ma besace l'incontournable version originale par son créateur, ainsi que, dans une réédition parue en 1979 chez... Vogue (!), une version en public de ce classique.

Why can't we live together délivre un message d'espoir, de paix et de fraternité. Ça fait toujours du bien à entendre. Musicalement, la version de Terry Montana est très proche de la version originale de Timmy Thomas, avec une instrumentation à base de percussions et d'orgue. La seule déception de ce disque est que la chanson est interprétée avec ses paroles originales anglaises. Pas celles françaises signées Jean Eigel (un pseudonyme de Julien Bruyninx, apparemment). Il est pourtant bien crédité sur le disque, une pratique courante pendant longtemps en France, qui permet à l'adaptateur de toucher une partie des droits (même dans le cas d'une version instrumentale !).
En plus de ce 45 tours, j'ai trouvé en ligne une partition avec le titre français et le crédit à Jean Eigel. Je suppose que quelqu'un a dû enregistrer une version en français du tube de Timmy Thomas, mais je n'en ai pas trouvé de trace pour l'instant.

La bonne surprise et le véritable intérêt de ce disque, c'est sa face B, Just a little talk with you. On reste complètement dans l'ambiance de Why can't we live together, avec un titre dominé par les percussions et l'orgue. Sauf que là il y a en plus une basse, qui joue le Peter Gunn theme ou quelque chose d'approchant (et j'aime beaucoup les dérivés du Peter Gunn theme, comme Planet Claire des B-52's ou Macadam de Christophe). La voix est là, mais elle est peu présente (pas de paroles) : elle ne fait qu'accompagner/encourager l'interprétation des musiciens. A certains moments, il y a une ambiance un peu jazz façon Mission impossible. J'ai ressenti la même chose il y a pas longtemps avec la face B Bongós de Moshé.

La grande question, c'est de savoir qui est Terry Montana. On a la photo de pochette, qui a priori le représente. On voit un jeune homme au clavier, en train de chanter, bien mis de sa personne dans le style de l'époque. Avec ses lunettes foncées, il évoque d'autres grandes figures du clavier, comme Ray Charles, Stevie Wonder, Gilbert Montagné ou Michel Polnareff.
Et c'est tout ce que je peux dire sur Terry Montana ! A priori, il n'a pas sorti d'autre disque et je n'ai trouvé aucun autre crédit discographique le concernant. Et ce n'est pas simple de chercher des informations à son sujet car les moteurs renvoient surtout des informations sur le village de Terry dans le Montana !!

Parmi les rares bribes d'information disponibles sur la pochette, on trouve la mention "Produced by Ray Montana for Belgravia Records".
Ça laisse soupçonner l'existence d'un Ray Montana, qui serait apparenté à Terry, et l'anglais et le "Records" donnent un cachet international à l'ensemble. Sauf qu'on ne trouve rien dans Discogs sur un Ray Montana qui aurait officié à l'époque de la parution de ce disque, et rien non plus sur une éventuelle édition originale de ce disque sur un label nommé Belgravia. De toute façon, le crédit photo au français Eric d'Adhémar de Lantagnac nous confirme que ce disque, dont la principale raison d'être est d'essayer de capter une partie du succès du titre de Timmy Thomas, est une production bien de chez nous.

Et c'est confirmé par la seule information utile que j'ai fini par trouver : le crédit d'auteur de Just a little talk with you à Charles Talmage. Selon Discogs, ce serait l'un des pseudonymes utilisés par le compositeur, arrangeur et chef d'orchestre Jean-Claude Pelletier. C'est sous ce nom qu'il a notamment signé On the desert road, un titre qui a longtemps servi de générique à l'émission de télévision La séquence du spectateur.

Malheureusement, en dehors des quelques lignes en anglais de sa fiche Discogs, je n'ai trouvé aucune biographie détaillée en français de Jean-Claude Pelletier, qui est mort en 1982 à 54 ans. Il a travaillé pour la musique populaire, la télévision et le cinéma. Sa collaboration avec Vogue a débuté en 1957.

En l'absence d'informations précises, j'en suis réduit à des conjectures. Puisqu'il est mis en avant en tant qu'artiste crédité et en photo sur la pochette, il est clair que Terry Montana a existé, quel qu'ait été son vrai nom. Il est possible qu'il ait été un "jeune talent" que Vogue souhaitait lancer, ou alors il s'agissait simplement, vu le contexte et pour évoquer Timmy Thomas, de mettre en avant un organiste plutôt que de créditer simplement le disque à "Jean-Claude Pelletier et son Orchestre", un peu comme le "Featuring Burt McKay" qu'on trouve sur l'album Orgue Hammond blues de 1972.

En tout cas, toute information complémentaire sur ce disque sera la bienvenue !

28 juillet 2022

BLUES DE BRESSE


Acquis chez Récup'R à Dizy le 25 juin 2022
Réf : 6990003 -- Édité par Vogue en France en 1990 -- Ce compact disc vous est offert en exclusivité par Bresse Bleu -- Disque hors commerce interdit à la vente
Support : CD 12 cm
14 titres

Même après la parution de mon livre Vente interdite en 2018, je continue à m'intéresser aux disques hors commerce. Je ne prévois pas d'en faire une réédition augmentée, mais pourtant, quand je regarde les chroniques publiées depuis sa sortie je vois bien que je ne manque pas de matière. Et ce CD y aurait tout à fait sa place.

Il y avait un arrivage de 45 tours ce jour-là à la ressourcerie, et j'ai fait une razzia d'une quinzaine de disques. Par contre, c'est le seul nouveau CD intéressant que j'ai trouvé.
Une fois n'est pas coutume pour ce genre de disque, c'est quand j'ai vu la liste des titres, presque tous issus du catalogue Chess, que je me suis vraiment décidé à l'acheter.
1000 exemplaires de ce CD ont servi de lot pour les participants à un concours organisé dans le cadre d'une campagne publicitaire pour Bresse Bleu, mais mon exemplaire était destiné à un détaillant, pas à un client, puisqu'on trouve dans le boîtier du CD, en plus du livret de quatre pages, une plaquette pliée en huit de présentation de l'opération de promotion de la gamme de fromages.

Le jeu, et donc aussi la campagne publicitaire, a eu lieu du 7 mai au 30 juillet 1990, mais le slogan "Bresse Bleu, le blues de Bresse" était déjà utilisé depuis 1988. Il en est question dans un article du Monde du 27 novembre 1988 sur la présence des noirs dans la publicité (Merci Philippe R. !) :
"Les Noirs font désormais leur apparition dans les publicités les plus inattendues. Ainsi le tout nouveau spot pour le Bresse bleu imaginé par Publicis Conseil. On y voit un musicien de jazz, Noir, penché sur une guitare à laquelle il arrache des sons nostalgiques. Slogan final, en forme de générique : " C'était Bresse bleu, le blues de Bresse ". Les fromagers avaient plutôt pour habitude, jusqu'ici, de vanter leur produit sur fond de villages et de tonnelles ensoleillées bien de chez nous.
En guise d'explication, la plupart des publicitaires, comme Béatrice Dallies-Labourdette (Publicis Conseil) ou Bruno Suter (Eldorado), invoquent un souci d'universalité. Un produit destiné à tout le monde, commentent-ils, doit être perçu comme apprécié par le monde entier, races et couleurs confondues. (...)
Certains avancent une explication culturelle. Les États-Unis et ce qui en vient continuent de fasciner. Pour un oui ou pour un non, les publicitaires situent leurs saynètes outre-Atlantique : les glaces Gervais, par exemple, présentées, on ne sait pourquoi, comme " à l'américaine ". Les Noirs font inévitablement partie de ce décor. Ils apportent à ces mises en scène une touche de couleur locale, une garantie d'authenticité.
"
Quoi qu'il en soit, plus de trente ans plus tard, tout un pan de la publicité continue de s'appuyer sur des terroirs idéalisés et des pseudo-méthodes traditionnelles bien de chez nous...
Voici le spot de pub dont il est question dans l'article :



Il y a beaucoup à dire sur cette campagne publicitaire. Elle repose entièrement sur le jeu de mots bleu/blues, mais il n'y a strictement aucun autre rapport entre le produit en question et tout ce que véhicule la musique blues. Je me demande vraiment si cette campagne a vraiment pu inciter qui que ce soit à acheter du fromage...
Quand à l'opération promotionnelle, la première question qu'on se pose est celle du public visé. Alors là, mystère. En 1990, qui écoutait du blues ? Qui aurait pu être suffisamment fan de cette musique pour être touché par cette campagne au point d'acheter du fromage et de participer à un concours ? Peut-être des hommes de 40 à 60 ans ? Certainement pas des ménagères de moins de 50 ans, et encore moins des jeunes. Pourtant, la plaquette semble indiquer que cette dernière tranche d'âge pouvait être visée, puisqu'elle présente le blues comme un "thème jeune". Permettez-moi d'en douter, tout comme pour l'utilisation du téléphone pour le jeu qui est présentée comme un "mécanisme original"...! Même en 1990, c'était tout sauf exceptionnel !
En tout cas, la possibilité de gagner sans obligation d'achat l'un des quatre voyages en Louisiane, pour le simple coût d'un appel à Paris, a quand même pu en attirer certains qui voulaient tenter leur chance.

Vogue a sorti des disques Chess en France depuis au moins les années 1960. Ils avaient donc un important catalogue à leur disposition pour concocter une sélection de titres pour ce CD, et en conséquence on a droit ici à un Panthéon des grands noms du genre. Et, signe que le blues m'intéresse, la moitié des 14 artistes a déjà été chroniquée ici : Memphis Slim, Albert King, Chuck Berry, John Lee Hooker, Big Bill Broonzy, Bo Diddley et Lightnin' Hopkins. Pile la moyenne, pas si mal pour un enfant de la new wave !

Mine de rien, il y a une majorité des titres que je ne connaissais pas bien sur ce disque. Les plus belles surprises pour moi ont été, la reprise par Lightnin' Hopkins de What did I say de Ray Charles, Moving d'Howlin' Wolf, avec une rythmique particulière, Blues with a feeling de Little Walter et la version de Worried life blues par Chuck Berry.

Le jeu de mots bleu/blues, Bleu de Bresse n'est ni le premier ni le dernier à l'avoir fait. Certains ont même fait deux fois plus fort (de fromage), puisqu'il existe à Niévroz dans l'Ain une association nommée Rock fort et blues de Bresse !
Quant à moi, je n'ai qu'une déclaration à faire : Tous les fromages que j'aime, ils viennent de là ils viennent du blues.


Lightnin' Hopkins, What'd I say, version en direct et commentée dans une émission de télévision.





23 juillet 2022

ANDRÉ BRASSEUR AND HIS MULTI-SOUND ORGAN : Early bird


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil sur Ay le 1er mai 2022
Réf : EP 994 -- Édité par Disc'AZ en France en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Early bird -- Hold up -/- Special 230 -- Far-West [Hold up]

Ça commençait bien pour ma brocante annuelle à domicile, puisque je suis vite tombé sur le stand d'un pote qui avait un bon paquet de 45 tours intéressants à 1 € pièce. J'ai pris mon temps pour les regarder et faire mon choix, d'autant que, vue l'expérience des dernières années, j'étais assez pessimiste sur mes chances de faire d'autres bonnes affaires ailleurs sur ce vide-grenier.
A part sur le stand du même copain dans une bourse aux disques quelques semaines plus tôt, je crois que je n'avais jamais vu de disques d'André Brasseur. Ou en tout cas je n'y avais jamais prêté attention. Là, il y en avait un bon paquet, en parfait état, certains en plusieurs exemplaires. Je me suis dit que, si j'en prenais un, il fallait que je les prenne tous, pour ne pas avoir de regrets si la musique me plaisait, alors je suis reparti du stand avec quatre EP d'André Brasseur sur une dizaine de disques achetés en tout.

André Brasseur est né en 1939. Il sort son premier disque avec le Trio Brasseur en 1961. Ensuite, il part au service militaire, puis tente de faire carrière à Paris. Cela ne fonctionne pas, mais on peut supposer que c'est à cette occasion qu'est née la collaboration avec Jean-Claude Darnal, qui signe les paroles de quatre chansons sorties sur deux 45 tours en 1963, chez Vogue, le label aussi de Darnal.
Après ça, André, estimant qu'il n'est pas le meilleur chanteur au monde, décide de passer musicien professionnel pour de bon, mais en se concentrant sur la musique instrumentale.
Avec son orchestre, il enchaîne les engagements à Bruxelles, notamment au Pol's Jazz Club. Roland Kluger le repère et le signe sur Palette, le label fondé par son père Jacques (Roland créera plus tard RKM, qui sortira les disques de Plastic Bertrand). En France, c'est Disc'AZ qui sort les disques sous licence de Palette, la distribution étant assurée par Vogue.

Les quatre disques sont bons. J'ai choisi de chroniquer celui-ci parce qu'il est peut-être un peu meilleur que les autres, et aussi parce que c'est le premier sorti en France avec le crédit au "Multi-Sound Organ", c'est à dire le Hammond B-3.
Le point commun de tous les titres, c'est donc qu'ils sont instrumentaux, mais aussi énergiques et dansants, avec un accompagnement de groupe rock autour de l'orgue (batterie, basse guitare). Il est à noter qu'André Brasseur n'enregistre à cette époque que ses propres compositions : pas de reprises, ce qui était pourtant courant et facile...

Early bird fait référence au satellite Intelsat I, lancé le 6 avril 1965. Évidemment, dans ce contexte on peut que penser à Telstar, un immense tube instrumental de 1962. Certes, mais alors Early bird serait un Telstar survitaminé...!
Le titre d'André Brasseur n'a pas eu un succès de la même ampleur que celui des Tornados (Je n'en avais jamais entendu parler), mais quand même, il s'en serait vendu six millions d'exemplaires à travers le monde. Mais ce n'est pas le morceau le plus connu d'André Brasseur au Royaume Uni : grâce à plusieurs éditions dans ce pays chez CBS, cet honneur revient aux deux faces du 45 tours The kid / Holiday.

Hold up démarre avec l'orgue en instrument principal, bien sûr, mais ça devient vraiment intéressant à partir du milieu du morceau quand l'orgue se lance dans un duel avec des cuivres puissants.

Spécial 230 a été composé pour être l'indicatif de l'émission de radio 230 minutes de Jean-Claude Mennessier. Ce n'était pas une émission automobile (il y était plutôt question de défis entre villages), pourtant ce titre est marqué par le son d'un moteur rugissant qui n'économise pas son carburant !
Fort logiquement, les instrumentaux sont souvent choisis comme indicatifs, et celui-ci est le premier d'une longue liste pour André Brasseur. Ses titres ont été utilisés ainsi en Belgique bien sûr, mais aussi en France, sur Europe 1 (Émission De 9h à Bibi de Maurice Biraud, qui apparaît sur la pochette d'un de mes EP, et plus tard en 1972 l'émission Micro Scope) et aussi en Angleterre.

A force de sortir des disques à toute vitesse, les labels faisaient souvent des conneries dans les années 1960. Il y en a une belle ici, puisque, au lieu d'avoir comme prévu Far-West comme dernier des quatre titres de mon EP, j'ai droit à une répétition de Hold up...! C'est bien dommage car ce titre est à la hauteur des précédents.

Et au bout du compte, pour y revenir, j'ai fait une très bonne broc à Mareuil cette année, puisque j'ai acheté des disques à plusieurs autres stands, pour finir par la découverte improbable de plusieurs 45 tours africains rangés dans des pochettes qui n'avaient rien à voir !

André Brasseur est à l'affiche du festival Rockerill à Marchienne-au-Pont le 3 septembre prochain.


André Brasseur, Early bird, en session live en 2016 à l'occasion du festival Beautés Soniques.

17 juillet 2022

GAMOVER : Le prince reggae


Offert par Le Vieux Thorax à Reims le 4 juin 2022
Réf : [sans] -- Édité par Le Vieux Thorax en France en 2022
Support : CD 12 cm
23 titres

Fedakar Yildirim est né en Turquie en 1969. Arrivé très jeune à Reims avec ses parents, il y est mort soudainement en décembre dernier.
Dès les années 1980, il a été impliqué dans de nombreux projets musicaux, dont les groupes Tchernobyl Rats, Aldo Magic Band, Dynamo et Les Morveux.
A partir de 1996, sous le nom de Gamover, il a concocté de nombreux titres en utilisant des échantillons sonores, notamment à base de reggae/ska. Fedakar s'est intéressé au reggae parce qu'il était fan des Clash. J'ai bien pensé à lui quand leur collaboration inédite sur Rock The casbah avec Ranking Roger de The Beat a été diffusée ce printemps. 
Il a publié cinq albums, en suivant l'évolution technologique des formats, de la cassette au MP3 en passant par le CD-R. Fedakar m'a confié trois de ses titres pour les compilations Vivonzeureux!, deux pour Excusez-moi, je me suis occupé un peu de tout et un pour Surprise partie hoptimiste.

Parmi ses copains dès l'école primaire, il y avait Le Vieux Thorax et son frère Clément. A l'initiative du Vieux Thorax, ses amis se sont réunis pour une grande fête d'hommage le 4 juin chez Les Vieux de la Vieille à Reims. A cette occasion, une anthologie CD des enregistrements de Fedakar a été distribuée aux participants. Cette édition CD était très limitée et à diffusion privée, mais la version numérique est disponible pour tous sur la page Bandcamp du Vieux Thorax.



Le titre d'ouverture, Gilong gilong, est bien représentatif des bidouillages sonores de Gamover, construits sur ordinateur à partir de diverses sources, instrumentales et vocales. Et dans ce cas précis, il me semble bien que c'est justement la voix de Joe Strummer qu'on entend prononcer "Ah gilong gilong".

L'évolution musicale de Fedak depuis ses premiers groupes jusqu'à ses productions avec Gamover est parfaitement illustrée par la juxtaposition de deux des titres du CD : Rossignolet des bois en 1989 avec Aldo Magic Band, version d'une chanson traditionnelle du folklore, interprétée notamment par Pierre de Grenoble. Là, c'est énergique, avec le son de flûte caractéristique du groupe et déjà une bonne grosse ligne de basse par Fedakar. Tandis que pour Rossignolet dub wah (titre très bien vu !), il a fabriqué un morceau ska/dub en y ajoutant l'enregistrement peut-être collecté de la chanson par un homme.
Il avait aussi retravaillé un titre d'un autre de ses anciens groupes, Dynamo, pour en faire Right man dub.

Les influences de la culture musicale turque de Fedakar s'entendent dans un bon nombre de ses productions, particulièrement ici sur Diloy, l'excellent Work in progress, et aussi Wailing voices, un titre sur lequel Dorian Feller est invité à la guitare et qui utilise la ligne de basse du Smoking my ganja de Capital Letters.

Les interventions vocales sur les disques de Gamover ne sont pas toutes des échantillons collectés de-ci  de-là. Au contraire, certaines de ses plus grandes réussites sont chantées par des amis invités. On retrouve dans cette sélection l'excellent Je reste club, en collaboration avec M. Untel, et trois des chansons écrites avec L'Incohérent des Combinaisons aux paroles et au chant, O vergeture (Hey hey hey), L'alerte au gros rouge, où l'on entend des bouts de l'Omega man de Basement 5, et Le prince reggae, que nous avons choisi pour donner son titre à l'album. Sur ce dernier titre on entend notamment à la quinzième seconde quelques notes de guitare. A chaque écoute du CD, je les "reconnaissais" sans pouvoir les placer. Il m'a fallu six bonnes semaines, même après avoir affiné les choses en me disant que c'était de la new wave, pour précisément identifier le Wide boys du premier album d'Ultravox!...!

L'album officiel se conclut de manière mélancoliquement tout à fait appropriée avec Bonsoir. Sur le CD, il y a en plus un morceau, fantôme à double titre, d'abord parce qu'il n'est pas indiqué sur la pochette, et surtout parce que c'est un inédit pour lequel Le Vieux Thorax n'a retrouvé aucune indication de date ou de titre. Pour le coup, c'est un morceau frénétique et enjoué, visiblement basé sur un vieux ska.

Les auto-productions de Gamover ont été diffusées de manière très confidentielle du vivant de Fedakar. Ma réaction en écoutant la compilation a été de me re-dire à nouveau combien tout ça est d'excellente qualité. Si Le prince reggae peut faire découvrir sa musique à un nouveau public, son but sera largement atteint.






10 juillet 2022

RAY VENTURA & SES COLLÉGIENS : La grève de l'orchestre


Acquis par correspondance via Discogs en mai 2022
Réf : PA 1078 -- Édité par Pathé en France en 1936
Support : 78 tours 25 cm
Titres : La grève de l'orchestre -/- Toc, toc partout

A l'automne dernier, j'ai trouvé à la ressourcerie un coffret 5 CD publié par Sélection du Reader's Digest intitulé Au bon vieux temps du 78 tours. 120 chansons françaises des années 1920 à 1950 pour 50 centimes ? Je n'ai pas hésité un instant.
Au fur et à mesure que j'écoutais toutes ces chansons, des qui sont devenues des classiques et d'autres complètement inconnues, je me suis rendu compte qu'il y en avait quelques-unes pour lesquelles ma réaction allait au-delà de "C'est vieux mais ça me plaît bien" pour atteindre le "Ça me plaît vraiment bien et ça ma plairait quelle que soit l'époque où ça a été enregistrée". Il est certain que ma réaction n'aurait pas été la même si on m'avait forcé à écouter ce coffret dans les années 1980, mais j'apprécie vraiment des chansons comme Tango, tango de Georgius (1935), Ma mie de Jamblan (1935) et La grève de l'orchestre (1936).

Je n'ai pas réussi à trouver d'exemplaire en vente à prix correct des deux premiers cités, mais je me suis offert ce disque de Ray Ventura et ses Collégiens, l'un des nombreux 78 tours qu'ils ont publié en 1935-1936 après l'immense succès de leur premier enregistrement pour Pathé, Tout va très bien.
La spécialité de l'orchestre, c'était les chansons à sketch, et on en a un bon spécimen avec ce "Fox-trot humoristique".
Pour le thème, c'est simple et complètement d'actualité : 1936, c'est le Front Populaire, et le Front Populaire c'est les grèves. Alors il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas aussi La grève de l'orchestre !
Certes, c'est bon enfant et le patron/chef d'orchestre Ray Ventura a le beau rôle, mais c'est aussi drôle et réussi. L'effet comique vient du fait que le patron accepte d'emblée, sans même les entendre, les revendications des grévistes, mais que ceux-ci lui répondent, soit "C'est pas assez", ou bien "C'est beaucoup trop" quand il renchérit.
Parmi les réparties, il y a, "Voulez-vous un an de repos et le droit de parler argot ?", ou bien "Être menés à la baguette, Chef, cela ne nous convient pas".
Cette chanson, peut-être trop liée à l'actualité du moment, n'a pas marqué autant que, par exemple aussi en 1936, un succès comme Ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine. Mais elle représente bien le Front populaire, et EPM l'a incluse dans son coffret sur ce thème, tandis que Frémeaux l'a carrément placée en ouverture du sien.

La face B, Toc, toc partout, est à nouveau un "Fox gai".
Les paroles sont basées sur un jeu populaire, Toc, toc, qui vient là ?, dont le principe est simple : à la question, on répond par un jeu de mots, qui est souvent basé sur un prénom, mais on peut corser le jeu en imposant un thème, comme l'orchestre le fait ici avec les hommes célèbres ou les capitales.
Ce jeu reste populaire aujourd'hui, j'ai même trouvé un Top 50 des meilleures blagues Toc Toc spéciales chansons françaises !

Je suis content d'avoir trouvé ce disque par correspondance, mais j'espère prochainement glaner à nouveau des 78 tours sur un vide-grenier, comme ça m'est régulièrement arrivé ces dernières années.


Extrait du film Aventure à Paris de Marc Allegret. Ray Ventura et ses Collégiens interprètent Laissez-vous faire. Le film est sorti en novembre 1936, à peu près en même temps que La grève de l'orchestre.




02 juillet 2022

KATHRYN WILLIAMS : No one takes you home


Acquis chez Parallèles/Gilda à Paris le 26 décembre 2015
Réf : 5050466-0802-2-6 / EW252CD -- Édité par Caw / EastWest en Europe en 2002
Support : CD 12 cm
Titres : No one takes you home (Radio edit) -- No one takes you home -- Without beat of drum

Je suis retombé sur ce CD il y a quelques temps et j'ai eu envie de le réécouter, principalement à cause de sa pochette que je trouve très réussie. Et cette fois-ci, contrairement au moment de l'achat où j'avais une pile d'une trentaine de CD déstockés par Gilda à écouter, j'ai pris le temps d'examiner les crédits et j'ai appris que cette photo de pochette, envoyée par un certain Carl Ballantyne, est celle d'un échange linguistique avec la France en 1972, publiée par un journal local anglais, le Salford City Reporter.
On peut donc raisonnablement penser que, parmi les lycéens qui posent pour le photographe, il y en a une bonne partie qui sont nos compatriotes. Certains se reconnaîtront-ils, cinquante ans plus tard ?

Et j'ai aussi noté avec plaisir que Kathryn Williams était "managée exclusivement" à l'époque par Stephen King et l'ami Alan McGee pour Creation Management. L'occasion de se rappeler que, après la fin de Creation Records et au-delà des labels qu'il a lancés ensuite, c'est cette activité qui a principalement occupé Alan depuis les années 2000.
J'ai aussi remarqué le nom du contrebassiste Jonny Bridgwood. J'ai peut-être eu l'occasion de le voir en concert, puisqu'il était membre du groupe de psychobilly The Sting-Rays dans les années 1980.

Ce single est pris du troisième album de Kathryn Williams, Old low light. Il y a déjà seize ans, j'ai chroniqué ici un CD promo qui date de l'époque de la sortie de l'album, et j'indiquais que Mirrorball était ma chanson préférée du disque. Cette chanson est certes très bien, et c'est elle qui m'est restée en tête un bon moment après que j'ai réécouté hier l'album en entier, mais aujourd'hui, si je devais choisir, je dirais quand même que c'est No one takes you home qui est ma préférée de cet album. Pourquoi ? A cause de son rythme et de sa construction. En effet, le reproche que l'on peut faire de manière générale aux chansons de Kathryn Williams, c'est qu'elles ont tendance à être un peu molles du genou. Ici, on n'est pas sur un tempo très rapide, mais il y a du rythme et surtout de la tension qui monte pendant les couplets, qui se terminent par l'énoncé du titre. Cette tension se relâche au moment du refrain, annoncé par la batterie et le violoncelle, qui lui est sans paroles mais avec des chœurs en "Pa pa pa pa". Pour bien profiter de la chanson jusqu'au bout, il faut écouter la deuxième piste du single, c'est dire la version album de No one takes you home, qui dure cinq minutes trente. Le "Radio edit", également utilisé pour la vidéo, scalpe deux minutes de la chanson, principalement sur la fin, et c'est dommage de s'en priver.

Le dernier titre, Without beat of drum, était précédemment inédit, et c'est probablement une chanson écartée des sessions de l'album. Malgré le titre, il y a quand même des percussions. On est dans le style typique des chansons de Kathryn Williams et celle-ci n'aurait pas déparé sur l'un de ses albums. On retrouve cette chanson sur le coffret Anthology de 2018, qui contient 20 CD, avec les dix premiers albums de Kathryn Williams accompagnés chacun d'un CD bonus. Apparemment, il n'en reste plus que quelques exemplaires en vente sur le site du label.

Night drives, le nouvel album de Kathryn Williams, va sortir dans quelques jours. On peut le précommander ici ou .