05 août 2026

RODRIGO AMARANTE : Mon nom


Consulté sur Bandcamp le 16 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Polyvinyl aux États-Unis en 2014
Support : 1 fichier flv
Titre : Mon nom

C'ets un article de The Conversation, « Ils sont parmi nous » : la nouvelle plateforme de la Maison‑Blanche et la déshumanisation des sans‑papiers, qui a attiré mon attention sur le site aliens.gov.
Avec une charte graphique rappelant la série X files, plus la musique du générique en fond sonore, ce site annonce des documents déclassifiés sur les aliens. Au fur et à mesure qu'on fait défiler le texte, on nous annonce que les aliens sont parmi nous depuis 60 ans et semblent vivre une existence humaine normale, sauf qu'ils n'ont rien à faire ici. Les autorités ont laissé faire, mais la vérité n'est plus ailleurs, elle est ici car seul le président Trump a eu le courage de s'opposer au danger que les aliens posent à la société américaine.
C'est alors qu'on découvre un décompte et une carte avec les "rencontres" avec les aliens. Il s'agit en fait des arrestations faites par les agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), car tout le site repose sur le double sens du mot "alien" en anglais : il n'est pas question ici d'extra-terrestres mais d'étrangers, présumés en situation irrégulière.
La page se termine avec un message prétendument rassurant ("Si vous assistez à l'enlèvement d'un alien, ne vous inquiétez pas, l'alien est entre de bonnes mains"), complété bien sûr par un appel à la délation.
On trouve en bas de page un ajout présenté comme déclassifié en 2026, avec un appel à déporter tous ces "illégaux" qui ne sont pas des petits hommes verts :



Comme Fatima-Zahra Aklalouch l'explique dans son article, il s'agit bien de déshumaniser les étrangers, tout en se moquant d'eux et en faisant comme un clin d’œil au public avec des références à la culture pop. 
En découvrant ce site non seulement j'ai eu la nausée, mais, comme ça m'est arrivé à de nombreuses reprises ces derniers temps, j'ai eu l'impression d'être transporté dans une réalité alternative, une horrible dystopie. Car ce qui est d'autant plus glaçant avec ce site, c'est que ce n'est pas un simple abruti qui l'a mis en ligne sur les réseaux sociaux, ou une quelconque organisation extrémiste qui fait sa com, mais c'est bien le site officiel de la Présidence des États-Unis qui diffuse cette information.

La lecture de cet article m'a aussi fait penser à la chanson Mon nom de Rodrigo Amarante.
Je l'ai redécouverte récemment en allumant ma radio dans la voiture, restée branchée sur une émission de France Culture. Je l'ai reconnue tout de suite sans retrouver tout de suite les références : j'ai dû découvrir cette chanson de 2014 début 2020 et elle m'a plu suffisamment pour que je l'intègre dans ma compilation du moment, Comme un papillon sous la glace.
Cette chanson vient s'ajouter à d'autres déjà chroniquées ici, sur les thématiques du racisme et de la condition de l'exilé : L'affront national, Voilà, voilà que ça recommence, C.facile et Je suis venu chercher du travail.

Rodrigo Amarante est né à Rio de Janeiro en 1946. Il s'est d'abord fait connaître comme membre du groupe Los Hermanos. Après leur séparation en 2007, il a notamment participé au big band Orquestra Imperial, collaboré avec Devandra Banhart et été membre du trio Little Joy.

Mon nom est extrait de son premier album sous son nom, Cavalo. Dans son texte d'accompagnement, il explique que l'album a été écrit alors qu'il vivait de façon inattendue en exil à Los Angeles. Il explique notamment : "J'ai utilisé plusieurs langues pour me forger une nouvelle voix, une voix rendue plus forte par le manque de vocabulaire, sans subterfuges, une voix qui devait savoir ce qu'elle voulait chanter".
C'est intéressant puisque, on le comprend avec le titre, Mon nom est une chanson écrite en français par un lusophone vivant dans un pays anglophone. Elle aurait eu sa place dans la rubrique Parlez-vous français ? de l'Arrière-Magasin.
Comme Catherine Laugier l'indique chez Nos Enchanteurs, ce n'est pas la première fois que Rodrigo s'essaie au français : il avait signé en 2001 Cher Antoine pour Los Hermanos.

Le sentiment exprimé par les paroles est simple : l'étranger est par définition un déraciné, un "autre" qui se trouve dans une situation terrifiante. C'est simplement un humain, contrairement à ce que le site aliens.gov, les informations d'actualité et tous ceux qui font de cette question un enjeu électoral laissent entendre.

La vidéo est une réussite, qui exprime l'étrangeté de l'étranger en mélangeant les lettres des mots de la traduction anglaise des paroles.
Avec sa guitare acoustique, sa boite rythmes et un peu de claviers, Mon nom est une très belle chanson. Elle se fait une place dans le répertoire de la chanson française : elle a notamment été reprise en 2017 par Superbravo et en 2020 par Feu Chatterton, dans des versions très fidèles.

Le deuxième album de Rodrigo Amarante date de 2021. Il a signé en 2023 la musique du film Ses trois filles.






Rodrigo Amarante, Mon nom, en direct pour la radio KEXP à Seattle le 19 juin 2014.

01 août 2026

VICKI KRISTINA BARCELONA : Pawn shop radio


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 19 juillet 2026
Réf : JARO 4354-2 -- Édité par Jaro Medien en Allemagne en 2020
Support : CD 12 cm
10 titres

Le 35e F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs de Châlons en Champagne s'est achevé en beauté dimanche 26 juillet avec, fort logiquement, le spectacle Le dernier concert de la Compagnie I.Si. Une édition un peu particulière, puisque c'était la dernière portée par son directeur-fondateur, l'ami Patrick Legouix.

Je n'ai pas vu beaucoup de concerts du festival cette année, mais les deux moments les plus marquants pour moi ont été les prestations de
Bassi Bakambi, de la rumba congolaise au féminin (pas de chronique car ce groupe a pour l'instant très peu de musique disponible en ligne, et pas du tout en disque), et de Vicki Kristina Barcelona.

Les précédents dimanches, il faisait tellement chaud que les concerts ont dû se replier à l'intérieur de l'église Saint Alpin, mais là le temps était idéal et le groupe a joué sur le parvis, le public étant installé dans la petite rue des Lombards, juste à côté de la maison où l'on trouvait à la fin des années 1970 le HiFi Club, le disquaire chez qui j'ai acheté mon premier disque d'Elvis Costello.

Vicki Kristina Barcelona est le projet de trois musiciennes new yorkaises, qui chantent toutes les trois : Rachelle Garniez, qui joue principalement de la basse et de l'accordéon; Amanda Homi, qui joue toutes sortes de percussions; et la guitariste Kirsten Thien, qui a succédé en 2025 à Terry Radigan.
Toutes ont un parcours musical varié, sous leur nom ou en groupe, mais ce qui les rassemblent spécifiquement au sein du VKB Band, ce sont les chansons de Tom Waits (et Kathleen Brennan pour un bon nombre d'entre elles), qui constituent quasiment l'intégralité de leur répertoire.
Le nom du groupe est inspiré du film Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen (2008), pour faire un parallèle entre le film, qui s'intéresse aux relations de trois femmes avec un homme, et le groupe, où les trois musiciennes se penchent sur l’œuvre de Tom Waits.

Il se trouve qu'il s'agissait du premier concert en France de VKB, pour la plus grande joie du trio, assez francophile, et du public, qui comme moi a passé un excellent moment. Les arrangements sont inventifs, les instruments nombreux et surprenants. En solo, en duo ou en trio, les prestations vocales sont variées et à aucun moment la voix si particulière de Tom Waits ne manque : on se contente d'apprécier la qualité et l'originalité de ses chansons.

A la fin du concert, j'ai choisi en souvenir ce Pawn shop radio, leur premier album, parce qu'il contient plusieurs chansons que j'aime particulièrement, notamment ma préférée du concert, I don't want to grow up, qui avait notamment été reprise de façon mémorable par les Ramones en 1995.
Depuis, deux albums et demi sont parus, Yesterday is here (2022), Crooked little heart (2024) et Second hand moon (2025), pour marquer l'arrivée de Kirsten Thien.

Le titre d'ouverture, Cold cold ground, joué à Châlons avec un peu de guitare saturée je crois, est un bon exemple du traitement appliqué aux chansons par VKB : leur version est presque sautillante et elles s'entraident pour le chant.
Jersey girl associe rythmes latinos et accordéon.
Parmi les chansons que je connaissais et appréciais déjà, il y a notamment Tango till they're sore et Innocent when you dream. Mais il y en a que j'ai (re)découvertes le jour du concert, comme God's away on the business, à l'origine sur Blood money, et I'll be gone, de Frank's wild years.
Mon titre préféré reste I don't want to grow up, cuisiné ici à la sauce cajun. Les paroles sont vraiment une réussite : le narrateur-enfant aurait pu se retrouver chez Jonathan Richman.

Voilà un très bon album, donc, avec d'excellentes chansons dans des versions intéressantes, mais l'écouter est une expérience un peu terne si on la compare avec le très bon moment vécu pendant l'heure et quart du concert, un moment plein de vie, avec la joie des musiciennes d'être là, les petites sautes de vent, les réactions attendues et inattendues du public, les enfants qui jouent, les explications données à l'oreille de ma mère sur la thématique des chansons, les gens qui ne font que passer... On retrouve un peu de tout ça dans la vidéo de la version émouvante de I'll be gone jouée à Châlons.

Et réjouissons-nous,  car même après le dernier concert par Le Dernier Concert, le festival n'est pas tout à fait terminé. Rendez-vous vendredi 11 septembre dans le quartier du Verbeau pour un concert de Lucia de Carvalho et une frite party.

Le CD de Pawn shop radio est en vente sur Bandcamp. L'album entier est en écoute sur YouTube.


Vicki Kristina Barcelona, I'll be gone, en concert le 19 juillet 2026 au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs, sur le parvis de l'église Saint-Alpin à Châlons en Champagne.








Vicki Kristina Barcelona le 19 juillet 2026 au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs.

29 juillet 2026

JUILLET FIRE : Wildfire


Consulté pour la première fois sur Bandcamp le 26 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Juillet Fire aux États-Unis en 2015
Support : 1 fichier mp3
Titre : Wildfire

Comme je manquais un peu d'inspiration pour trouver un sujet de chronique de musique en ligne, j'ai procédé comme je le faisais pour mes chroniques pour le webzine Casbah : j'ai fait une recherche sur Bandcamp.
Eh non, je ne suis pas obsédé par l'actualité brûlante au point d'avoir fait une recherche sur "feu" ou "forêt". Non, tout bêtement, j'ai commencé par une recherche sur le mois en cours, "juillet" (inconsciemment, je devais me souvenir que j'avais procédé de façon similaire en novembre 2021 pour ma toute première chronique Casbah).
Et dans la première page de résultats, j'ai aperçu ce titre en anglais Feu de forêt par Feu de Juillet...! Là, je ne pouvais qu'aller écouter et, comme ce que j'ai entendu m'a paru suffisamment intéressant, mon choix a été vite fait.
Ce que j'avais complètement oublié c'est que, toujours pour Casbah, j'avais bien fait il y a trois ans une recherche sur "forest fire", en référence à l'excellente chanson de Lloyd Cole. Il en avait résulté la chronique de A Forest Fires, The Bamboo Shoots.

S'agissant d'un artiste américain, je n'arrive pas à expliciter l'utilisation du terme "Juillet" dans le nom. On se serait attendu par exemple à "July" ou "Juliet", mais là ça reste intrigant.
Derrière ce nom, on trouve une musicienne de Grand Junction dans le Colorado, diplômée en 2015 du fameux Berklee College of Music.

Parmi les mots-clés choisis pour caractériser Juillet Fire, il y a "electronic" et "pop vocals", et ça convient très bien pour décrire Wildfire, une chanson d'amour, avec la basse synthétique en intro et les synthés et percussions électroniques qui viennent ensuite. La voix pop est bien là, doublée par moments, et la chanson décolle vraiment dans la deuxième moitié avec les répétitions du refrain "Let the wildfire burn". Ça me rappelle évidemment un peu mes années new wave, mais ça me plaît bien.

La chanson est extraite du Mile high in 2015 EP, sur lequel mes deux autres titres préférés sont Living in the age et Really rad, en collaboration avec A spineless mind.

Juillet Fire n'a rien publié d'autre sur Bandcamp depuis 2015, et il n'y a rien non plus sur Discogs ou ailleurs en ligne. J'imagine quand même que la musicienne/chanteuse en question reste active, avec d'autres projets.

Quant à nous, si l'inspiration manque on pourra toujours s'intéresser à la canicule la semaine prochaine...

25 juillet 2026

JEAN CHRISTOPHE avec ANDRE CHACKALL : Chante ses chansons 2


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 13 juillet 2026
Réf : JM 21-22 -- Édité par Agora en France en probablement dans les années 1950
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Toi c'est toi -- Pourquoi, pourquoi -/- Inconstance -- Étrange attente

Dorian avait mis de côté ce disque spécifiquement à mon intention, en raison du nom de l'artiste bien sûr, un JC comme moi. Je l'ai remercié, en faisant la remarque en passant que, dans ce cas précis, Jean était le prénom et Christophe le nom de famille.
Eh bien, figurez-vous que j'avais tort ! En consultant Discogs, j'ai tout de suite appris que ce nom d'artiste reprend les deux premiers prénoms de Jean Christophe de Mauraige (1928-2021), comme indiqué au verso de son premier 45 tours, qui avait en réserve dans sa besace un troisième prénom, Fernand.

Avec l'ami Philippe R., on a pris l'habitude depuis quelques temps de s'échanger des articles à propos de personnes, célébrités ou anonymes, artistes ou non, qui ont eu un parcours de vie qui nous parait remarquable. Celui de Jean Christophe de Mauraige, retracé par son fils Ghilhem au moment de son décès, rentre dans cette catégorie. Sous le pseudonyme de Kizoff et aux côtés de sa mère Elisabeth, il a participé à la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, de 1943 à 1945, c'est à dire à partir de 15 ans, notamment au sein de l'Armée Secrète de Dordogne.
A partir de 1950, il aura de nombreuses activités dans les domaines social et culturel, notamment au sein de la Fédération des Colonies de Vacances Familiales. Il est notamment l'auteur de pièces de théâtre, le co-auteur d'un livre sur l'initiation au mime, et donc il a publié deux 45 tours de ses chansons, le mien étant de le deuxième.

André Chackall accompagne Jean Christophe sur les deux disques. Je n'ai trouvé aucune information à son sujet. Aucune information non plus sur Maryse Tulasne, qui a dessiné la pochette de ce deuxième volume.

Les deux chansons de la face A sont en duo et ce sont mes deux préférées; je les ai numérisées.

Pour Toi c'est toi, l'instrumentation est minimale, avec guitare acoustique et percussion. Ils chantent les refrains ensemble. Pour les couplets, l'un chante et l'autre fait des vocalises. Cette mise en place permet de surmonter leurs limites question technique vocale. La simplicité de l'ensemble fait beaucoup pour rendre la chanson intéressante.

Pourquoi, pourquoi est une chanson courte, avec un côté folk prononcé qui tendrait à me faire dater le disque du début des années 1960 plutôt que de la fin des années 1950. Là encore, c'est minimal, léger ("Moi je suis fou de toi, toi tu te fous de moi") et sympathique.

Sur la face B, Inconstance est chantée par André Chackall seul, avec juste de la guitare acoustique. On est plus proche du Père Duval que de Georges Brassens, les deux, on le sait, n'étant pas incompatibles.

Étrange attente est chantée par Jean Christophe façon crooner, ce qui n'est pas vraiment dans ses cordes. Cette chanson est orchestrée par Pauline Campiche, pianiste et compositrice, auteur notamment de la musique du feuilleton Le temps des copains et du film Mon oncle du Texas.

A écouter :
Jean Christophe et André Chackall : Toi c'est toi
Jean Christophe et André Chackall : Pourquoi, pourquoi


18 juillet 2026

NENAD : (Marie's the name) His latest flame


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers 1984
Réf : ama 1 -- Édité par CAMAB en Angleterre en 1982
Support : 45 tours 17 cm
Titres : (Marie's the name) His latest flame -/- Sanja

J'ai acheté ce disque, comme des dizaines d'autres, pour 10 pence dans la cave du Record and Tape Exchange. La pochette assez réussie a dû m'attirer, avec ce jeune gars en chemisette et les couleurs derrière qui font penser à celles d'un drapeau. La face A est une reprise d'un tube d'Elvis Presley, mais je ne le savais sûrement pas à l'époque.
Je n'ai trouvé aucune information sur  cet artiste Nenad, qui est un prénom d'origine slave. Discogs nous apprend juste qu'il a sorti un autre 45 tours après celui-là, Green grass.

Il y a un an, l'ami Phil King a publié All the young droids, un double album compilation de raretés de pop synthétique de salon, des bricolos qui après le punk se sont emparés des nouveaux synthés au prix devenu accessible. Ce disque de Nenad n'a pas le côté futuriste/mutant droid et est sans doute trop gentillet, mais il est de la même époque et il est également électronique et pop, auto-produit et sûrement aussi auto-édité : le seul autre disque référencé sur le label CAMAB est le deuxième de Nenad, qui a utilisé les services d'Ellie Jay Productions, une boite genre Le Kiosque d'Orphée en France qui proposait de vous organiser toutes les étapes de la publication d'un disque. Nenad disposait d'un certain budget, y compris pour la promotion, puisqu'il y a sur mon exemplaire une étiquette avec le téléphone du publiciste Geoff Collings.
Ce n'est pas mon repiquage MP3 qui est raté : je ne sais pas si ça vient de l'enregistrement, du mixage ou de la gravure, mais le son du disque n'est en tout cas pas génial.

His latest flame est donc la reprise d'une chanson écrite par Doc Pomus et Mort Shuman. Si c'est Elvis qui en a fait un tube en 1961, c'est Del Shannon qui avait publié la première version quelques semaines plus tôt. La chanson de départ, avec son léger rythme à la Bo Diddley, est très bonne. Je trouve la version électronique de Nenad très réussie. Je l'ai régulièrement écoutée et appréciée ces quarante dernières années.
J'avais en tête comme point de comparaison une autre reprise sixties d'époque, Chantilly lace par R. Stevie Moore, mais l'original n'est pas d'Elvis comme je pensais (c'est Big Bopper) et le son est assez différent. Mais je n'étais pas tombé bien loin : sur l'album Under the covers de 1983, Chantilly lace est enchaîné avec... His latest flame, et là on n'est pas si loin de la version de Nenad (ces titres ont été publiés en France par New Rose en 1984).

La face B, Sanja, est une chanson originale de Nenad. Le titre est un prénom, mais il signifie aussi "Rêves" en croate. Dans sa première partie, c'est une ballade, un slow quoi, une ode à Sanja. Le dernier tiers est instrumental et un peu plus rythmé, mais l'ensemble est assez quelconque. N'empêche, j'aimerais bien en savoir plus sur ce Nenad...

A écouter :
Nenad : (Marie's the name) His latest flame
Nenad : Sanja


15 juillet 2026

JOAN BAEZ : Time rag


Consulté pour la première fois sur YouTube le 8 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Portrait en Europe en 1977
Support : 1 fichier flv
Titre : Time rag

C'est Wrongtom qui expliquait sur Bluesky l'autre jour qu'il estime depuis longtemps que Time rag de Joan Baez mérite d'être considéré comme l'un des premiers disques de hip hop. Sachant que cette chanson date de 1977, c'est très surprenant.
Évidemment, je suis aussitôt allé écouter Time rag, et oui, la filiation avec le rap saute aux oreilles : sur une rythmique légèrement funky, Joan enchaîne les couplets parlés.
La grande question est de savoir si Joan Baez était branchée au point de suivre de près les débuts balbutiants du hip hop à New York, deux ans avant Rapper's delight, ou si son parcours et ses propres influences l'ont amenée à se retrouver à ce moment-là sur un chemin proche de celui des rappers. C'est plutôt pour la seconde option que je penche, et Elizabeth Sandifer développe très en détails cet argument dans son article de 2023, Queen Shit : The case for Joan Baez, la meilleure indication étant la description que Joan donne elle-même de la chanson avant de l'interpréter dans l'émission de Johnny Carson : elle a été écrite comme un "talking disco blues", associant donc le parler du talking blues et la rythmique du disco. Même sans chercher à faire du hip hop, elle ne pouvait pas atterrir très loin de la cible. Mais elle savait certainement aussi ce qu'elle faisait puisqu'elle conclut par "OK fellows, this is a rap" (selon les paroles sur la pochette intérieur de l'album, d'après Elizabeth Sandifer), alors qu'on se serait attendu à "This is a wrap" ("C'est dans la boîte").

Les paroles de la chansons sont à la fois mordantes et pleines d'humour. Il y est question d'un entretien avec le magazine Time, qui avait fait sa couverture avec la chanteuse folk Joan fin 1962.
Là, c'est un épisode vécu qu'elle nous conte, alors qu'elle prépare son premier album pour un nouveau label, que sa carrière est en déclin et que son management lui conseille de tenter un gros coup avec Time.
Elle aurait pu se contenter d'intituler la chanson Time mag, mais Time rag est très bien vu, "Rag" désignant à la fois un type de chanson folk et... un torchon !
Ayant l'impression que le journaliste s'intéresse vraiment à ce qu'elle a à dire, Joan enchaîne sur les sujets d'actualité qui lui tiennent à coeur ("I babbled my way through the worldwide list, Ireland, Chile and the African states, Poetry, politics and how they relate, Motherhood, music and Moog synthesizers, Political prisoners and Commie sympathizers, Hetero, homo and bisexuality, Where they all stand in the nineteen-seventies"), mais elle se finit par se rendre compte qu'il n'y a qu'une seule chose qui l'intéresse vraiment : des potins sur sa relation avec Bob Dylan. Autant dire que ça se termine mal et qu'elle n'a jamais refait la couverture de Time !

Sur scène au Palladium de New York en 1977, la version de Time rag, est orchestrée de façon proche de celle de l'album, mais à la télévision, au moins par deux fois, c'est en solo et a cappella que Joan Baez l'a chantée, dans le Johnny Carson show en 1977 et à la télévision française sur Antenne 2 dans un Spécial Joan Baez diffusé le 24 janvier 1978. Les sous-titres de traduction des paroles ont du mal à suivre le débit de la chanteuse !


Joan Baez qui se retient de rire pour chanter Time rag, en direct en 1977 dans le Johnny Carson show aux États-Unis.7