10 octobre 2026

LES POP'S EXPERIENCE : Nous peut recommencer


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 27 septembre 2026
Réf : 5021 -- Édité par Issa en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Nous peut recommencer -/- Libertés individuelles

Le temps était très sec et très doux, j'ai donc pu me rendre à Bisseuil à vélo. J'avais donc la certitude de faire une balade agréable, à défaut d'avoir celle de trouver des disques intéressants.
Et ça commençait mal car il y avait assez peu de stands (et peu de chalands non plus), mais, arrivé sur la fin de mon parcours, sur le stand d'un brocanteur semi-professionnel, je me suis accroupi pour examiner le contenu d'une boite à chaussures dans laquelle il devait y avoir trente à quarante 45 tours. Principalement de la variété, mais à un moment je suis tombé sur un disque Issa, label réputé de La Réunion.
Malheureusement, la pochette était vide ! Je l'ai mise de côté en espérant tomber sur le disque plus tard, car il y en avait quelques-uns sans pochette. J'ai fait chou blanc, mais à la place j'ai trouvé un peu plus tard deux autres disques Issa, en parfait état disque et pochette, que j'ai pris sans barguigner à 1 € pièce.

L'autre disque est Bonne fête maman chérie de Williams, sur lequel on trouve deux ségas sympathiques mais, comme souvent avec les chansons accompagnés par The Soul Men, il y a un son de clavier qui me dérange.
Pas de séga du tout sur mon disque des Pop's Expérience, même si le groupe en avait à son répertoire. Ça m'a presque déçu initialement, mais les deux morceaux qu'on y trouve sont très intéressants, même sans les rythmes et sons typiques de La Réunion.

Les Pop's Expérience
sont quatre. Sur la photo de pochette, il est caché tout au fond, le casque sur les oreilles, mais Roland Ramakistin joue un rôle essentiel dans le groupe : il écrit les paroles et la musique, chante et joue des claviers. Les autres membres du groupe sont Jannick Chéreau à la batterie, Jean-Luc Verbar à la guitare et Roger Gravier à la basse. Ils ont été actifs de 1970 à 1980, avec une très bonne réputation pour animer les soirées. Ils ont sorti neuf 45 tours.
Roland Ramakistin a fait toute sa carrière professionnelle comme instituteur de l'école de Trois-Bassins où il avait été élève. Il a fondé Radio Velly Music en 1983. Il a été maire de la commune de 2008 à 2014.
L'article de Forest pour La Réunion lé là ! décrit très bien la musique des Pop's Expérience et le chant de Roland Ramakistin :
"Les 4 camarades emmenés par Roland Ramakistin ont éclos avec fulgurance dans la vague Pop/Rock des années 70 avant de s'éteindre tout aussi brusquement. (...) la voix déglinguée, l'élan primal si caractéristique du groupe, a marqué durablement cette jeunesse chantée avec engagement.
Sans mettre le séga au banc des airs obsolètes, sans en faire non plus une marque de fabrique, la musique des Pop's Experience va se traduire par une improbable fusion entre toutes les tendances du moment. Interprétés corps et âmes par Roland Ramakistin, dont les performances vocales demeurent à ce jour inégalées par leur expulsion, leur force manifeste à défaut de technique, les morceaux du groupe poussent à l'action, comme une marche que chacun doit faire avec l'autre.
".

Sur l'exemplaire de la Discothèque Centrale de l'ORTF, quelqu'un a noté que la face A de mon 45 tours est un slow en créole et que la face B est un rock. Pas faux. Il est aussi précisé au dos qu'il y a la participation de Gaby au saxo (probablement le Gaby des Soul Men). Je ne doute pas qu'il soit présent sur l'enregistrement mais, même en tendant attentivement l'oreille, je n'ai pas réussi à distinguer le son de son instrument.

Nous peut recommencer
semble évoquer la possibilité d'un nouvel Éden. Les percussions, la basse et le clavier sont bien dosés, la chanson est très bien, mais ce qui est remarquable c'est la guitare solo qui se déploie en continu tout au long de la chanson à partir du moment où elle apparaît après l'introduction.

Libertés individuelles est sorti en 1977. Musicalement, ce n'est pas du punk, mais dans l'esprit, c'est bien un chant de révolte : "Chanter - Pas question; Danser - Tu ne sais pas; Aimer - Pas question, Sortir - Surtout pas; Je ne suis aux ordres de personne. Le jour au boulot; La nuit au repos; Ça ne me suffit pas; Et je n'aime pas ça; Je ne suis le valet de personne.". Je ne mets pas toutes les paroles car je ne saisis pas tous les mots, mais il y a aussi : "Ça ne peut pas durer encore longtemps; Chaque fois même histoire; Chaque fois mêmes problèmes; Et c'est toujours moi qui paie les pots cassés.", "Aimer qui je veux; Faire ce que je veux; Sortir quand je veux; Rentrer quand je veux; Je l'ai payée cher ma liberté.". Un hymne pour la jeunesse qui se trouve être pleinement d'actualité.

Mes trouvailles en brocante ou en ressourcerie sont de plus en plus rares, mais heureusement je tombe encore de temps en temps sur une perle comme celle-ci !

Attention : les versions de Nous peut recommencer et Libertés individuelles qu'on trouve sur YouTube ont été retravaillées par Roland Ramakistin, avec notamment plus de clavier. Les deux titres originaux sont en écoute ici.

07 octobre 2026

WEEN : Piss up a rope (Demo)


Consulté sur YouTube en octobre 2026
Réf : R2 728690 / 603497808021 -- Édité par Rhino aux Etats-Unis en 2026
Support : 1 fichier flv
Titre : Piss up a rope (Demo)

J'ai assez souvent écouté 12 golden country greats, mais je n'ai hamais acheté ce disque. J'ai d'abord eu accès à l'exemplaire de Radio Primitive, puis quelques années plus tard un pote me l'a copié sur un CD-R avec le Rambler '65 de Ben Vaughn. Merci à ce pote, mais je n'arrive pas à reconnaître l'écriture et je ne sais plus qui c'est...

L'album a 30 ans cette année, et il a droit à une réédition augmentée, sur trois disques, avec plein d'inédits. Je ne vais pas l'acheter non plus, mais tout est en écoute sur YouTube, et ça vaut le coup d'y prêter l'oreille.

Sans surprise vu le titre, 12 golden country greats est le projet country de Ween. Leur démarche est différente de celle de Jonathan Richman pour Jonathan goes country (il était allé enregistrer dans le Missouri avec ses potes des Morells/Skeletons) et se rapproche de celle d'Elvis Costello pour Almost blue (il était allé à Nashville travailler avec le producteur de Georges Jones). Sauf qu'Elvis avait gardé ses Attractions avec lui, alors que sur leur album, produit par Ben Vaughn, les deux musiciens de Ween ne jouent quasiment pas une note : ils laissent la main à une douzaine de grands de la country, dirigés par Charlie McCoy, qui ont enregistré la dizaine de chansons en huit jours, en une ou deux prises. C'est un album que j'apprécie, particulièrement les chansons I'm holding you et Piss up a rope.

Le deuxième disque du coffret est pour moi le plus intéressant. Il s'intitule 12 golden demos et on y trouve les versions enregistrées par le groupe, celles qui ont dû servir à Charlie McCoy pour écrire les partitions des musiciens de session.
Sans trop de surprise, on se rend compte que, si Gene et Dean Ween n'avaient pas choisi de se lancer dans un exercice de style country, l'album aurait pu être un disque "normal" de Ween.

Mon titre préféré est la version démo de Piss up a rope, entre Beck et COW, avec une deuxième voix et un solo de guitare minimal. Ce n'est qu'une démo, mais j'ai tendance à la préférer à la version léchée de l'album. Mais j'imagine bien qu'un des buts des deux petits rigolos de Ween était de rentrer dans le moule de Nashville sans édulcorer du tout le côté provoc de certaines de leurs paroles. Je vous laisse vous amuser à traduire ce bout du refrain de Piss up a rope :

"On your knees, you big booty bitch, start suckin'
You ride my ass like a horse in a saddle
Now you're up shit's creek with a turd for a paddle
And I can't cope, piss up a rope"

03 octobre 2026

LES TROUBADOURS MODERNES : Folklore paysan


Acquis sur le vide-grenier de l'aérodrome à Plivot le 13 septembre 2026
Réf : KO/NETS -- Édité par Les Troubadours Modernes en France en dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Troupiau -- Voici la Saint Jean -/- Compère Guilleri -- La Marion

J'ai acheté ce disque à une dame qui avait quelques 45 tours sur son stand. C'était une façon de m'assurer que je ne repartirai pas bredouille de la broc. Je n'imaginais pas tomber quelques minutes plus tard tomber sur le lot qui contenait le Robert Charlebois avec Mouffe.
Il y avait deux disques différents des Troubadours Modernes dans cette petite pile. A 50 centimes pièce, quitte à en prendre un, j'ai pris les deux, ne sachant pas trop comment les départager. L'autre s'appelle Andro : Danse du peuple breton d'aujourd'hui et il contient une version de La jument de Michau.

Les Troubadours Modernes sont présentés comme un "groupe folklorique, instrumental et vocal du Cercle Laïque de Dreux". Le groupe a été fondé en 1969, il a donc fêté son quarantenaire en 2009 et son cinquantenaire en 2019. Il a été installé au Cercle Laïque de Dreux de 1971 à 1992. Je ne suis pas certain qu'il existe encore, mais on trouve encore une adresse et un contact sur certains sites.
Le groupe a été fondé par Gilbert Stenfort (1942-2020), une figure très impliquée dans la vie sociale et culturelle de Dreux.

Les Troubadours Modernes ont sorti au moins quatre 45 tours (trois sont référencés sur Discogs, plus Andro). Ils ont fait appel pour les auto-produire aux services de la société Le Kiosque d'Orphée. Ils ne faisaient pas que dans le pur traditionnel : sur le 45 tours Pour vivre à Dreux, il y a deux compositions originales plus Les connards du quartier, avec des paroles contemporaines sur un air populaire canadien.

C'est minimal et sûrement sérigraphié en une seule couleur, mais je trouve la pochette de ce disque très réussie. Elle illustre plutôt bien le nom du groupe et le contenu musical proposé.
Ce sont des troubadours qui chantent des chansons anciennes, mais ils sont modernes car ils vivent dans les années 1970 à Dreux, et les immeubles esquissent l'une des Z.U.P., où il est probable que certains membres de la troupe vivaient.
Ils chantent du folklore paysan, et la campagne est représentée par le très peu qu'il en reste en ville : un massif d'herbe dûment borduré. Bien évidemment, un écriteau "Pelouse interdite" trône au milieu, derrière lequel le loup de la chanson Troupiau a trouvé refuge.

Sans avoir les titres en tête, je connaissais trois chansons sur quatre. Vous aussi sûrement.

L'interprétation est approximative, le son est assez pourri (les instruments à vent sont étouffés, notamment), mais j'aime beaucoup Troupiau, une chanson courte, enlevée et rythmée. Vous l'écoutez une fois et vous chantez toute la journée "Troupiau, troupiau, je n'en avions guère; troupiau, troupiau, je n'en avions biau". Les paroles célèbrent en quelque sorte la musique : l'apprenti berger se fait bouffer son plus bel agneau par le loup, mais il en récupère les os et fabrique un flûtiau pour faire danser le village à la fête.

Voici la Saint Jean est la chanson qui m'a le moins intéressé, je ne l'ai pas copiée du coup. C'est juste du chant choral et un peu mou. Ça ressemble à ça. La version de Malicorne est plus intéressante.

L'intérêt des deux titres de la face B, c'est qu'en plus de l'interprétation de la chanson elle-même, il y a des voix extradiégétiques qui viennent commenter ou compléter le récit. C'est assez réussi.

Pour Compère Guilleri, une comptine dont le héros était un bandit de grand chemin, ce sont deux personnages à l'accent du terroir qui commentent l'histoire, un peu à la façon des petits vieux dans le Muppets show. Je n'ai pas tout bien saisi, mais je ils disent à un moment, "Punaise, t'en veux à tous les gauchistes".

Pour La Marion, ils sont plusieurs à expliciter ou commenter les paroles chantées innocemment par la chorale d'enfants, du style "C'est plein de sous-entendus tout ça". On a droit aussi à des sifflements, à un bruitage pour le sciage de la bosse ("Mais c'est quoi qu'elle coupe ?") et on note qu'il est question ici aussi d'os et de musique.
Mais j'ai vraiment sursauté quand à un moment j'ai entendu "C'était l'histoire de la fée Carabosse et sa braguette magique". J'ai vérifié deux fois que j'avais bien entendu ! 
On nous explique aussi que "Tout finit par des chansons comme disait Léon Blum". Eh bien, cette chronique aussi.

A écouter :
LES TROUBADOURS MODERNES : Troupiau
LES TROUBADOURS MODERNES : Compère Guilleri
LES TROUBADOURS MODERNES : La Marion


30 septembre 2026

THE DEL VIKINGS : Flat tire


Consulté sur YouTube en septembre 2026
Réf : 14 209 -- Édité par Mercury en France en 1959
Support : 4 fichiers flv
Titres : Flat tire -- Whacha gotta lose -/- Cool shake -- The white cliffs of Dover

Il faut s'y faire, il y a un grand nombre de disques qu'on peut découvrir (pochette et musique) sans vraiment espérer les tenir un jour en mains. Mais ce n'est pas pour autant qu'on va continuer à les ignorer complètement.

Ce 45 tours français quatre titres, je l'ai "découvert" quand quelqu'un a fait circuler en ligne la reproduction de sa pochette. Et quelle pochette ! Pas besoin de quadrichromie ni de gros moyens quand on a une photo aussi réussie, bien mise en page, qui illustre parfaitement le thème de la chanson, un pneu crevé.
Bon, il n'y pas de hasard, non plus. Si on regarde en bas à gauche de la pochette, on voit le nom du photographe, Herman Leonard, un américain qui a longtemps vécu à Paris. C'est un grand de la photographie, qui est surtout réputé pour ses photos de musiciens de jazz, mais il a fait aussi dans la mode et la publicité et à l'époque il bossait pour Barclay (qui, notamment, sortait les disques Mercury en France).

The Del Vikings était un groupe de doo-wop qui avait pour double particularité d'être composé de jeunes recrues de l'armée, et d'être noir et blanc, ce qui n'était pas courant en pleine ségrégation.
Ils ont eu des problèmes contractuels et des divisions, ce qui fait qu'au plus fort de leur succès, vers 1957, il y a eu deux groupes, The Del Vikings chez Mercury et The Dell Vikings chez Dot, qui parfois ont tous les deux sorti le même titre !
Parmi ces titres, il y a notamment Down in Bermuda, une des chansons, avec le Bermuda des Bell Sisters, qui ont dû inspirer Jonathan Richman pour son propre Down in Bermuda. 

Cet EP compile des titres de quatre disques américains différents, deux faces A de 45 tours, une face B et un titre d'album.

Flat tire est une chanson originale. Clyde Otis a dû se charger des paroles. Son nom ne me disait rien du tout, mais c'est quelqu'un d'important dans la musique : il a écrit et produit des centaines de chansons, notamment pour Brook Benton et d'autres artistes signés chez Mercury. Le compositeur est lui aussi, à tous les sens du terme, un très grand du blues et du rhythm and blues, Monsieur Willie Dixon.
La chanson raconte une mésaventure rigolote, un peu à la Coasters : le gars emmène sa chérie faire un tour en bagnole; il ne lui fait pas le coup de la panne, mais un pneu crève; pendant qu'il le change, un beau gosse passe par là, la chérie le hèle et se barre avec lui; il part à leur poursuite sur la jante, mais finit par se faire arrêter par la patrouille routière.

Whacha gotta lose (What'cha sur l'édition originale) est une face B bien réussie, dans un style plutôt rock and roll léger, avec chœurs et solo de guitare.

Cool shake est bien aussi. Là, je crois qu'il est question d'une nouvelle danse, avec comme souvent un double sens ("Quand on se retrouvera ensemble, on fera le cool shake, quand je crierai, chérie ne t'arrête pas, tu sais que je parle du cool shake")

Le dernier titre est une reprise, et c'est surprenant dans ce contexte de voir arriver The white cliffs of Dover, une chanson à succès pendant la deuxième guerre mondiale, popularisée en Angleterre par Vera Lynn. La version des Del Vikings est doo-woppée : rythmée et enlevée, avec une belle voix de basse.

Je crois que c'est la première fois que je chronique un disque d'époque sans l'avoir (c'est arrivé assez souvent avec des disques récents disponibles en physique et en numérique), mais je pense vraiment que je ne tomberai jamais sur ce 45 tours, et on a quand même accès à la photo de la pochette et aux quatre enregistrements, alors on ne va pas se priver.

27 septembre 2026

ALVIN STARDUST : Tell me why


Offert par Le Vieux Thorax à Bagnolet le 21 septembre 2013
Réf : 2C 004-96229 -- Édité par Magnet en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Tell me why -/- Roadie roll on

Alvin Stardust, c'est un nom que je connaissais comme star du rock des années 1970, mais c'est tout. Et puis en 2013, j'ai récupéré deux de ses 45 tours. L'un, tardif chez Stiff, trouvé en Belgique, et celui-ci, que Le Vieux Thorax m'a offert quand on a passé une journée ensemble. J'avais déjà acheté un bon paquet de disques le matin chez Gilda/Parallèles et je suis reparti de chez lui avec quelques 45 tours qu'il avait mis de côté à mon intention, plus le 25 cm Le garage se rebiffe, sur lequel il joue avec Gloria & the Greenspiders.

C'est un article de Pete Paphides qui m'a fait ressortir ce disque, qui raconte l'histoire folle de Bernard Jewry (1972-2014), le gars qui incarnait Alvin Stardust, qui s'est retrouvé par deux fois à endosser la personnalité d'un autre.

La première, c'était dans des circonstances tragiques.
A 19 ans, en 1961, Bernard était fan de Shane Fenton and the Fentones, groupe inconnu de Mansfield, dans la région de Nottingham. Il les aidait même de temps en temps à porter leur équipement.
Un jour, il passe voir le chanteur Johnny Theakston (alias Shane Fenston), mais sa mère lui explique qu'il est malade et hospitalisé. Deux jours après, il était mort à 17 ans, de rhumatisme articulaire aigu.
L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais Johnny avait envoyé une candidature à la BBC pour passer dans une émission de télé à Birmingham. Quand l'invitation est arrivée après la mort de Johnny, sa mère leur a proposé de se reformer pour l'occasion en hommage à son fils, avec Bernard comme chanteur, qui reprendrait pour l'occasion l'identité de Shane Fenton.
C'est ce qui s'est passé, et ça ne s'est pas arrêté là. Le groupe a signé avec Parlophone (le label qui engagerait les Beatles l'année suivante). Ils ont sorti une dizaine de singles quand même, dont quatre ont été classés dans les hit-parades.

Les choses se sont un peu calmées ensuite, mais Bernard Shane avait quand même encore un manager, qui l'a contacté en 1973 avec une proposition surprenante. Peter Shelley (rien à voir avec le Shelley des Buzzcocks), auteur-compositeur-interprète et co-fondateur du label Magnet, venait de lancer My coo ca choo, le premier disque d'une nouvelle "pop star" qu'il avait baptisée Alvin Stardust. Le disque a commencé à marcher, mais après avoir interprété la chanson une fois à la télévision, Shelley a décidé qu'il ne voulait pas faire carrière comme "Alvin Stardust" et a cherché quelqu'un pour incarner sa création. Rôle que Bernard Jewry a accepté : Shane Fenton est donc devenu Alvin Stardust du jour au lendemain.
Dans l'entretien ci-dessous, Bernard donne une version légèrement différente de l'histoire : il aurait été recruté juste avant l'enregistrement de My coo ca choo. Ça parait moins crédible que la version donnée par Pete Paphides et d'autres, mais ce qui est sûr c'est que tous les autres disques de Stardust sont chantés par Jewry, la plupart dans les premières années étant écrits et produits par Shelley.
Et des disques, il y en a eu un bon paquet, le deuxième single Jealous mind se classant même numéro un des ventes en 1974. 

Mon disque, Tell me why, est le troisième sorti après ce tube dans la même année 1974, avec moins de succès (classé 16e dans les charts anglais).
Alvin Stardust est souvent présenté comme un chanteur de glam rock. En 1974, il avait bien sûr comme beaucoup des tenues "outrageuses", avec pattes d'eph et compagnie, mais pour moi son créneau c'est avant tout le revival des grandes années du rock and roll, l'équivalent de ce que sera Shakin' Stevens dans les années 1980. Tell me why en est un bon exemple : c'est du rock mou, une balade un peu doo wop, complètement dans le moule de nombre de succès d'Elvis Presley.

Pour la face B, Roadie roll on, la référence est encore plus simple à trouver. La chanson est co-signée par Shelley et Stardust, mais il manque un troisième auteur, Chuck Berry, tellement c'est une resucée en partie acoustique de Johnny B. Goode !

Même sans Shelley, Alvin Stardust a continué à avoir du succès au débuts des années 1980. Par la suite ça s'est tassé et, tout en continuant à chanter et à tourner, il s'est tourné vers les comédies musicales et vers la télévision, comme acteur et présentateur.
Bernard Jewry est mort en 2014 à 72 ans, et avec lui Shane Fenton et Alvin Stardust. Tout le monde ne peut pas se vanter d'avoir eu trois vies bien remplies...


Alvin Stardust mime Tell me why dans l'émission Top of the Pops.


Bernard Jewry raconte à Cherry Red TV comment Shane Fenton est devenu Alvin Stardust. Ailleurs, il revient sur sa rencontre avec Buddy Holly et les Crickets. L'entretien complet est ici.

23 septembre 2026

VESTALE VESTALE & RAY BORNEO : T'as encore trop parlé


Acquis par correspondance via Bandcamp le 18 septembre 2026
Réf : [sans] -- Édité par Petrol Chips en France en 2026
Support : 5 fichiers mp3
5 titres

Voici une nouveauté toute fraîche.
C'est depuis qu'il a commencé à collaborer avec Gontard vers 2018 que j'ai commencé à repérer le nom de Ray Bornéo (plus ou moins un anagramme teinté BD/Aventure d'Arnaud Boyer). Depuis son fief de Haute-Loire où sont installés son studio et son label tous deux nommés Petrol Chips, il est discret mais prolifique, ne se contentant pas d'être producteur/éditeur : en tant qu'artiste/musicien, il a publié des disques de Tara King Th, Lomostatic, 8 (un duo avec Brisa Roché), Gilia Girasole,...

Pour le duo avec Vestale Vestale, j'avais acheté le premier album, Pour adultes et adolescents à sa sortie en 2018. Voici comment le projet était présenté : "Pour Vestale Vestale, Ray Bornéo compose des mélodies simples, aux sonorités 80’s; des chansons parfois fluos, parfois sombres, ou entre les deux; Une new-wave un peu sucrée mais jamais jusqu’à l’écœurement; un peu tordue aussi, parce que tout n’est pas si simple.". Il y a eu des parutions régulières depuis, dont l'album Petite apocalypse.

Clairement, le son de Vestale Vestale & Ray Bornéo est rétro, pointant vers la période 1980-1981, mes années lycée. C'est parfait pour moi, qui suis tombé dans cette new wave synthétique quand j'étais petit, d'autant que, tout en sachant que je ne suis pas impartial, je trouve que ces sons ont bien vieilli.

T'as encore trop parlé est un maxi numérique avec quatre nouvelles chansons. Musicalement, on se rapproche, pour des disques chroniqués ici, de Pit et Rik, Kas Product ou Braque. Comme le chant féminin est en français, on peut aussi penser à Mathématiques Modernes, ou Elli et Jacno bien sûr.

Les trois chansons originales sont des réussites, à commencer par Les filles de l'école, parfaitement d'actualité en ce mois de rentrée scolaire.
Si on s'en tient aux titres, T'as encore trop parlé et Une médaille pour me taire sont peut-être à mettre en miroir. La première est rapide et pourrait faire son effet en soirée novö diskö. Mais c'est la seconde, dansante aussi à sa façon, qui a eu droit à sa vidéo.

Le disque se conclut avec une reprise du classique Amoureux solitaires de Lio. Sur la version en ligne sur Bandcamp, c'est une reprise en espagnol qui est disponible mais, quand on achète l'album numérique, on récupère en bonus une version en français, que je préfère.
Pour la musique, les arrangements de Jacno sont crédités, c'est dire si Ray est est resté fidèle à la version originale, mais l'intérêt principal est de renvoyer à Lio pour ceux qui ne connaîtraient pas ce tube.

Je pense que ce duo est un projet 100% studio, il ne faut donc pas espérer voir passer l'annonce de concerts, mais je suivrai avec attention leurs prochaines parutions.