15 septembre 2019

JHO ARCHER : Voodou time


Offert par Christophe S. à Mareuil sur Ay le 10 août 2019
Réf : 3472 -- Édité par CBS en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ibo lele -/- Anita

Christophe avait trouvé ce disque sur une broc quelques temps plus tôt et il l'avait amené à la maison pour me le faire écouter. Quand il a vu ma réaction fortement enthousiaste, il a gentiment décidé de me l'offrir.
Je crois que je n'avais jamais vu passer avant le nom de Jho Archer. Il est né à Haïti et est mort à 62 ans à Paris en 2005. Danseur et même professeur de danse à New York, artiste de music-hall, il était aussi chanteur, avec une discographie conséquente, américaine et surtout française.
Chez Haïti Liberté, on trouve une bonne description de son style spécifique : "un vrai innovateur des classiques locaux ainsi que des pièces traditionnelles qu’il a épurées de leur folklorisme, en les imbibant de modernité sous sa signature. Spécialement accompagné de musiciens chevronnés, il a prouvé qu’il était le pourvoyeur d’un genre inexploré; pratiquant le métissage entre le jazz et les rythmes du vodou imprégnés de multiples fusions. Apportant dans la foulée une approche planétaire aux paramètres haïtiens; leur évitant toute extinction. Il s’est imposé en ce sens comme un super innovateur des traditions négligées du terroir natal. Cependant, au delà de tout, Archer était un superbe show-man, un monstre indomptable de la scène, un danseur extraordinaire, un chorégraphe qualifié."
Cette présentation s'applique parfaitement à mon 45 tours, un disque de 1968 extrait de son deuxième album, The many talents of Jho Archer. Sur cet album, la face B porte le titre générique Voodoo-Jazz suite, et on en retrouve deux des six titres sur ce 45 tours, qu'on a titré dans le même esprit Voodou time, avec un choix bizarre mélangeant l'orthographe anglaise et française de Vaudou.
Les deux titres sont crédités à Jho Archer, mais il est clair que ce sont des titres traditionnels d'Haiti. Dans les notes de pochette de l'album, Ibo lele est présenté comme une "Danse traditionnelle des guerriers, en l'honneur du dieu Ibo, le dieu du fer". On trouve par exemple une version d'Ibo lélé sur l'album
Voices of Haiti enregistré en 1953 par Maya Daren (la femme sur la pochette de Crystal crescent de Primal Scream) et, dans la discographie de Rodolphe Legros, on trouve Ibo lele ainsi qu'une chanson intitulée Anita.
La version d'Ibo lele de Jho Archer est excellente. Le rythme est très enlevé, la production de très bonen qualité. Sa voix assez "propre" rappelle un peu celle d'Harry Belafonte. Il y a à un moment un solo de saxophone (je crois) et je suppose qu'il est dû à Hubert Rostaing. En effet, cet enregistrement est une production française et c'est l'orchestre qu'il dirige qui officie ici.
Avec une tentative aussi réussie de "moderniser" et d'"électrifier" la musique traditionnelle d'Haïti, je ne pouvais que penser à Mélissa Laveaux, dont l'album Radyo siwèl est l'un de mes préférés de l'année 2018. Eh bien, j'ai dû voir juste puisque, dans un entretien en espagnol chez World Groove, à la question de savoir quels groupes haïtiens l'ont influencée, elle répond Martha Jean-Claude, Boukman Experyans et Jho Archer (ce qui me fait dire que je devrais essayer d'écouter des disques de Boukman Experyans !). Mélissa Laveaux et Jho Archer ont au moins un titre en commun dans leur répertoire, Nan fond bwa de Frantz Casséus.
Sur la face B, on trouve Anita, et c'est presque aussi bon qu'Ibo lele. Dans les notes de pochette de l'album, il est indiqué que "Anita, la fille du port dansera toute la nuit car les marins sont de retour". Ce n'est pas la même chanson, mais là je ne pouvais que penser à la Anita  de l'Île Maurice de Ti Frère.
Après l'introduction au piano, qui joue un motif de quelques notes qui revient à plusieurs reprises, le rythme est à nouveau rapide, et les chœurs sont plus présents que sur la face A. Excellent.
Après avoir été marqué par ces deux excellentes chansons, j'ai essayé de voir si l'album The many talents of Jho Archer était entièrement de la même trempe. Ce n'est malheureusement pas le cas. Sur la face A, on trouve de la variété internationale de qualité (Ooh la la, avec des cordes), avec une version française de What a wonderful world et des reprises de Peanut vendor et de Le condamné de Bécaud.
Même la Voodoo-Jazz suite de la face B m'a un peu déçu. Il n'y a qu'un seul autre titre rapide, Sky boat song, mais il est en anglais pas aussi bon que les deux du 45 tours. Il y a de très bonnes choses parmi les titres lents de la face, notamment Mam'zelle Zizi et Monsieur Ministre, mais je me demande si, tout bonnement, on ne trouve pas sur ce 45 tours les deux meilleurs titres enregistrés par Jho Archer. 

L'album The many talents of Jho Archer est intégralement en écoute sur YouTube.

07 septembre 2019

POL : Live at Pol's


Acquis chez Depostorage à Couvin le 13 août 2019
Réf : AG.Special.007 -- Édité par Smoke en Belgique probablement dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ice cream -/- T.V.A. blues

Quand on fait une virée en Belgique, il faut s'attendre à trouver des disques belges. On peut même l'espérer !
C'est en tout cas la bonne aventure qui m'est arrivé à Couvin, où je suis ressorti d'un dépôt-vente avec la célèbre parodie de parodie Ca gaze pour moi de Plastichke et avec cet autre 45 tours.
Celui-là, avant même de voir le nom de l'artiste je me suis arrêté dessus à cause de la trogne du gars en gros plan sur la pochette. Et puis j'ai vu que j'avais affaire à un disque de Pol enregistré "Live et Pol's". Sur l'étiquette du rond central, il est précisé que c'est Pol du Pol's Jazz Club.
Fait exceptionnel, voici donc une chronique par Pol d'un disque de Pol enregistré chez Pol !
Pol, c'est Léopold Enders, une figure des nuits et du jazz bruxellois, qui est mort en 2000 à 83 ans. Dans les années 1960, il a été portier de plusieurs boites branchées de Bruxelles avant d'ouvrir ses propres clubs, successivement le Carton Club, le Victory Club, le Pol's, le Pol's Jazz Club (rue de  Stassart à Ixelles, celui où ce 45 tours a été enregistré) et le Bierodrome.
Dans l'article du journal Le Soir qui annonçait son décès, on trouve le témoignage de Marc Danval, archiviste belge du jazz, à propos de ce personnage : "Pol était une grande gueule, il traitait les musiciens durement. Mais sa drôlerie sauvait toujours la situation. Au fond, c'était un tendre. Il s'est emporté avec tous ses amis sans jamais se brouiller avec personne." Et aussi : "Il a été le premier à proposer des concerts de jazz moderne, alors qu'il n'aimait pas ça du tout !". D'où peut-être l'anecdote contée dans l'article d'un Pol excédé par la toucher énergique de Burton Greene, qui saute sur la scène, outil en main, pour lui proposer son marteau pour casser plus vite son piano.
Grande gueule et fan de jazz, Pol n'était pas un artiste ni un chanteur. On n'est donc pas surpris de l'entendre ici plutôt mettre l'ambiance, accompagné par Paul Closset and his Dixieland Gamblers. Paul, dont le prénom est souvent par ailleurs orthographié Pol (c'est une épidémie !), était trompettiste et chef d'orchestre. Il est mort en 1989 à 52 ans.
On a de la chance, les deux faces de ce 45 tours sont en écoute sur le site Hu(moeurs) Bruxelloises, avec les paroles en plus, ce qui n'est pas inutile car le Brusseleir (je pense) domine les quelques phrases en français.
Je l'avais un peu espéré et, effectivement, Ice cream, la chanson de la face A, est une version de Ice cream (I scream, you scream, we all scream for ice cream), une chanson populaire devenue un standard de jazz que, pour ma part, j'ai découverte dans une scène du film Down by law de Jim Jarmusch, avec Roberto Benigni, John Lurie et Tom Waits.
C'est très sympa dans un style Jazz Nouvelle Orléans, mais j'ai préféré la face B, T.V.A. blues, notamment le passage de cette "ode" à cette taxe où il dit "J'espère que mon contrôleur des contributions n'est pas ici" avant de chanter "Tout de moi, pourquoi tu prends tout de moi ? T.V.A.".
Les commerçants sont souvent un peu obsédés par la poids des charges. Ça devait être le cas de Pol puisque je n'ai trouvé la trace que d'un seul autre disque sous son nom, paru en 1978, et en face A on y trouve Scheil zat, qui est justement un autre blues contre la TVA : "Allez tous au bistrot, c'est le seul endroit qu'est rigolo. On y oublie la taxation, la TVA et l'inflation". Je n'ai malheureusement pas trouvé en ligne la face B de ce 45 tours, Les bordels de Bruxelles. Je tomberai peut-être dessus lors d'un prochain passage en Belgique...
Notons qu'une rue de Saint-Josse-ten-Noode, commune de la région de Bruxelles, porte le nom de Léopold Lenders : en 1985, il avait aidé à y créer le festival Saint-Jazz-ten-Noode.

01 septembre 2019

ARTISTE INCONNU : Titres inconnus (Tepnimit 333-336)


Acquis chez Récup'R à Dizy le 14 août 2019
Réf : Tepnimit 333-336 -- Édité par Tepnimit au Cambodge sûrement dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Inconnu (Déception ?) (Tepnimit 333) -- Inconnu (Bonne nuit ?) (Tepnimit 334) -/- Inconnu (Sans fil, Lever du soleil ?) (Tepnimit 335) -- Inconnu (Annonce ?) (Tepnimit 336)

A le ressourcerie le 6 août, outre les deux disques de Hong Kong, j'avais trouvé deux disques du Cambodge, l'un avec pochette de Mao-Sareth et l'autre sans pochette sur le label Tepnimit, mystérieux parce que, ne lisant pas et ne comprenant pas le khmer, la seule indication sur les étiquettes que je suis en mesure de comprendre est celle en français, pas très utile dans ce contexte puisqu'elle prévient que "L'utilisation de ce disque pour les auditions radiophoniques est interdite".
Les jours suivants, j'ai commencé à avoir des regrets : j'avais certes parcouru toutes les boites où il y semblait y avoir des nouveaux arrivages, mais de façon très rapide. J'avais certes trouvé un bon paquet de disques, mais j'avais le sentiment d'en avoir peut-être laissé passé quelques autres, tout aussi intéressants.
Alors, dès que possible, la semaine suivante, on y est retourné, et j'ai passé systématiquement en revue tous les 45 tours. Il n'y avait visiblement pas eu de disques ajoutés entre-temps, mais mon intuition était bonne : entre quelques 45 tours folkloriques allemands, j'ai fini par trouver un EP de Tahiti que j'ai cru ne pas avoir (en fait, je l'avais, mais avec une pochette différente...) et juste à côté trois autres 45 tours du Cambodge, deux de la très grande vedette Sinn Sisamouth (Fleur de vientiane, avec pochette, et Aurevoir Hong Kong, sans) et un autre du label Tipnimit, que je vous présente aujourd'hui.
Il y a un évidemment quelque chose de poignant lié à tous ces disques, qu'il est impossible d'évacuer à leur écoute : la plupart de ces artistes ont disparu et ont été tués entre 1975 et 1979 pendant le régime des Khmers Rouges, dont ils figuraient parmi les cibles privilégiés, en tant qu'acteurs d'une culture occidentalisée.
De nombreux enregistrements ont également été détruits ou ont disparu dans cette période ou depuis. Le monde du rock au sens large a commencé à les redécouvrir au fil des années, depuis notamment la parution en 1996 de Cambodian rocks, une compilation de titres de la fin des années 1960 et du début des années 1970 influencés par le son psychédélique et garage de l'époque. Mais mes disques sont plus anciens que ça et sont presque tous plutôt influencés par la variété internationale.
Tepnimit est un label qui doit exister au moins depuis les années 1950. J'imagine qu'il a édité des dizaines et plutôt même des centaines de disques, mais on n'en trouve actuellement que trois sur Discogs, dont deux crédités à l'orchestre maison Tepnimit Orchestra. Ailleurs en ligne on trouve juste quelques autres références éparses. Je n'ai vu aucune discographie du label digne de ce nom.
Pour en savoir un peu plus sur mes disques Tepnimit, j'ai lancé un appel sur Twitter à des gens qui s'intéressent à la musique cambodgienne. J'ai même interrogé un collectionneur sur Discogs, mais je n'ai eu aucune réponse.
J'ai donc essayé de me débrouiller tout seul comme un grand et, à partir des étiquettes scannées, j'ai fait de la reconnaissance de caractères, puis je suis allé chez Google Translate pour essayer d'en tirer quelque chose.
Dans le lettrage en haut du label il y a peut-être les mots "Lundi", "Res" et "Frère". J'ai bien l'impression qu'il n'y a pas de nom d'artiste, mais juste la mention "Artistes kmers" ou "Danse khmère" ($ចារំក្បាច់ខ្មែរ transcrit en cha rom kbach khmer).
Je préfère de toute façon indiquer jusqu'à plus ample informé que l'artiste et les titres de ce disque sont inconnus, mais j'ai peut-être quelque chose d'un peu plus tangible pour les quatre titres :
ça pourrait donner, par ordre d'apparition :
  • Matrice 333 : Déception (ុះគបញាំក់ transcrit en oh k b nhoam k)
  • Matrice 334 : Bonne nuit (រាត្រីត្រហំ transcrit en reatrei tr ham)
  • Matrice 335 : Sans fil, Lever du soleil (ស័្មវ៉ៃហ្ម័, ឃំន្ទើថ្ងែស្រំ transcrit en sa m vai hm, khom nteu thnge srom)
  • Matrice 336 : Annonce (ររំគែន transcrit en r rom ken)
A défaut d'informations fiables, le mieux dans ce cas est de laisser la musique parler pour elle-même et de l'écouter "à la sourde". C'est ce que j'ai fait, et j'ai pris une énorme claque à l'écoute du premier titre de ce disque.
Comme je l'ai dit, mes autres disques cambodgiens sonnent plutôt variétés, avec un aspect sentimental fort marqué, que la chanson soit en solo ou en duo. Là, la tonalité est plus acoustique et n'a rien à voir avec la variété. Le disque s'ouvre avec ce qui sonne comme... de l'accordéon ! Puis arrive une basse, mais c'est une basse sur deux notes, acoustique, qui sonne surtout comme ces basses à bassine (Wahstub bass) des jug bands américains.
Il y a à un moment une longue partie instrumentale, avec deux instruments solo qui se succèdent, l'un à cordes frottées façon violon (un tro, j'imagine), puis l'accordéon. Quant au chant, c'est celui d'une femme en solo (elle chante sur les quatre titres), et là il est déchiré. On a l'impression d'avoir à faire à une hurleuse de blues, et le titre Déception correspondrait bien à ce genre de sentiment. Au final, il y a bien des tonalités asiatiques, mais on pourrait tout autant se croire sur les rives du Mississippi que sur celles du Mekong.
C'était tellement surprenant que j'ai sollicité sans lui donner d'indications l'avis de Philippe R. pour vérifier que je ne délirais pas complètement. Et lui aussi a évoqué les cajuns de Louisiane et le Québec...
Le deuxième titre est plus lent, avec la même basse et aussi un son de cloche et des instruments à cordes, plutôt dans la famille du luth il me semble. C'est très bien également. Je ne sais pas s'il est vraiment intitulé Bonne nuit, mais en tout cas ce n'est pas une berceuse.
Le troisième titre m'a presque autant marqué que le premier, la surprise en moins. Il y a plus de percussions, avec une sorte de gong, et le début sonne presque comme de la musique russe au balalaïka ! La basse minimale est toujours présente. Le refrain en "La la la la, la la" avec des chœurs en fait presque une chanson pop.
Pour le quatrième titre, on retrouve l'instrument à cordes frottées avec des percussions minimales, peut-être juste des claquements de main. Le chant est une sorte de mélopée ou une incantation, à rapprocher du possible titre Annonce. C'est le titre qui sonne le plus comme de la musique traditionnelle, même si j'imagine que tous en sont.
J'espère que les informations sur ce disque pourront être complétées par les lecteurs de cette chronique. En tout cas, ce mystérieux 45 tours de folk-blues cambodgien est une très belle découverte.

A écouter :
Tepnimit 333
Tepnimit 334
Tepnimit 335
Tepnimit 336




24 août 2019

MAURICE ALCINDOR : Pilules


Acquis probablement sur le vide-grenier de la FCPE à Ay le 26 juin 2011
Réf : RCG 5041 -- Édité par Aux Ondes/Disques Célini en France dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Pilules -/- Ouvè la pote la ba moin

L'autre jour, chez Philippe R., on s'est mis à écouter de la musique sur YouTube. Le réglage était sur lecture automatique. Je ne sais plus d'où on était parti, mais à un moment la machine a enchaîné Bourrico par Les Léopards, le monumental Tu as calé le moteur d'Henri Debs et l'excellent Ouvè la pote la ba moin de Maurice Alcindor ! A la fin de la séquence on en était presque tous les deux à danser sur le carrelage !
Je savais que je n'avais pas les deux premiers titres cités. J'avais l'impression de ne pas connaître Ouvè la pote la ba moin, mais je savais que j'avais plusieurs 45 tours de Maurice Alcindor (dont un offert par Philippe il y a un an, d'ailleurs). J'ai donc fait un tour sur sa discographie chez Discogs et j'ai vu que cette chanson est la face B d'un 45 tours dont j'ai instantanément reconnu la pochette, avec Pilules en face B. J'étais à un peu près certain de l'avoir, ce qui m'a été confirmé après connexion par l'état de ma collection Discogs.
Mais, une fois rentré à la maison, impossible de mettre la main sur ce disque pour éventuellement le chroniquer. Il n'était pas dans la boite des 45 tours antillais, ni dans la pile des disques en attente de chronique. J'ai bien cherché un peu ailleurs, sans succès, mais j'ai vite abandonné et je me suis même résolu de le supprimer de ma collection Discogs.
Ce n'est qu'une semaine plus tard que je suis finalement retombé dessus, complètement par hasard, bien sûr : il y a quelques semaines, j'avais ressorti ce disque avec quelques autres pour les réécouter et en choisir un à chroniquer après avoir bien écouté les compilations Born Bad Antilles méchant bateau et Disque la rayé (sur cette dernière on trouve Sékirité de Maurice Alcindor). Mais, comme un con, j'ai ensuite posé ces disques sur la pile des disques à écouter, où ils ont assez vite été recouverts, en cette saison de brocantes (même si les brocs ce n'est plus ce que c'était ma bonne dame !).
Enfin bref, j'ai bien ce disque et je le chronique. J'ai une chance sur deux de me tromper, mais je pense que c'est bien celui-là que j'ai acheté à Ay en 2011, le même jour que le Ti Ken et le double 45 tours des Maxel's.
Sportif, agent de l'éducation nationale, chansonnier, fantaisiste, animateur de télévision, Maurice Alcindor est sur le devant de la scène martiniquaise depuis plus de cinquante ans. Il a fêté en juin ses 89 ans.
A un moment (au tout début des années 1970 je pense), Maurice Alcindor a enchaîné trois références de 45 tours chez Célini/Aux Ondes, Sékirité, Pilules et Tuma tu m'as eue. Les notes de pochette de Tuma tu m'as eue, par le journaliste Jean Chomereau-Lamotte, le situent parfaitement : "Avec Maurice Alcindor on s'achemine de plus en plus vers une chanson réaliste qui s'adapte parfaitement au fait social antillais. S'il nous a été présenté sous un premier aspect de chansonnier humoristique, il nous apparaît maintenant nanti de la verve d'un perspicace observateur de la chose antillaise."
Et effectivement, on sent bien qu'il a un côté fantaisiste/rigolard à la Salvador mais, après avoir traité de la sécurité sociale sur le 45 tours précédent, il s'attaque ici au Planning Familial avec Pilules et, même si le ton est léger, l'analyse de la situation sociale est bien présente, même si, comme souvent avec le créole, je ne comprends pas toutes les paroles.
En face B, Ouvè la pote la ba moin est une autre biguine. C'est presque du théâtre de boulevard ou un sketch, avec le bruitage du gars qui frappe à la porte et qui demande à Doudou de lui ouvrir en lui promettant qu'il a changé "tout bonnement". Musicalement, comme pour la face A, l'interprétation est excellente. Il y a notamment pendant une bonne partie de la chanson une ponctuation rythmique au saxophone originale et efficace. Sur une compilation, cette chanson s'enchaînerait parfaitement avec Keep on knocking, surtout dans sa version cajun par Clifton Chenier, Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer.
Un excellent disque, donc, que je vais ranger bien à sa place et que je vais essayer de tenir à l’œil !

18 août 2019

TV21 : Forever 22


Offert par TV21 par correspondance en juillet 2019
Réf : AAARGH! 004 -- Édité par Powbeat en Écosse en 2009
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Début juillet, au travail, nous avons accueilli pendant une semaine des collègues venus de toute l'Europe pour des échanges au titre de la formation professionnelle dans le cadre du programme Erasmus +. Dans le lot, une seule personne venait du Royaume-Uni, un écossais plus précisément. Dans ses quelques lignes de présentation, il avait indiqué s'intéresser à la musique. J'avais essayé d'en savoir un peu plus, mais il était resté très vague et discret sur la question. Mais, lorsqu'il a fait une présentation de ses activités à l'ensemble du groupe, il a conclu en montrant une image de guitare et en expliquant que c'était un de ses loisirs et qu'il avait joué dans des groupes par le passé.
Un écossais ayant joué dans un groupe que je connais ? La probabilité était faible mais ça méritait de faire la vérification. Le soir, j'ai tapé son nom dans Discogs et, comme il n'utilisait pas de pseudonyme, j'ai découvert que je passais la semaine avec un ancien membre de TV21, groupe du début des années 1980 qui a publié à l'époque quelques 45 tours et un album, A thin red line, dont Dave Furgess a chanté les louanges sur le site de Julian Cope.
Le lendemain, j'ai fait la surprise de présenter à mon collègue écossais l'exemplaire du seul disque de son groupe que j'ai, le 25 cm de leur single Something's wrong, acheté pour quelques pence dans la cave de Record and Tape Exchange à Londres vers 1984, et de lui demander s'il voulait bien me l'autographier. Après quelques échanges, il a proposé de m'envoyer à son retour le deuxième album du groupe, Forever 22.
TV21 s'est formé en 1979 (le nom du groupe vient du titre d'une BD des années 1960). Jusqu'à leur séparation en 1982, ils ont eu un parcours classique mais remarquable, avec d'abord des autoproductions, puis des disques sortis chez Deram, Demon et Decca. Côté production, ils ont travaillé avec Ian Broudie des Original Mirrors pour leur album, mais aussi avec Troy Tate (The Teardrop Explodes), Mike Howlett et James Honeyman Scott et Martin Chambers des Pretenders. Ils ont fait des premières parties prestigieuses (dont The Jam et The Rolling Stones), enregistré plusieurs sessions pour la BBC,... Des débuts prometteurs mais, malgré leur qualité, les singles et l'album n'ont pas eu le succès escompté, la maison de disques est intervenue, des dissenssions sont apparues dans le groupe et, après un dernier single qui leur a déplu, All join hands, le groupe s'est séparé en 1982.
Les membres du groupe ont mené de nombreux projets par la suite, parfois ensemble. Certains d'entre eux ont joué avec The Rezillos ou The Waterboys. L'occasion de se reformer est venue en 2005, quand un concert a été organisé pour le 1er anniversaire de la mort de John Peel avec des groupes d'Edimbourg ayant enregistré des Peel sessions. Par la suite, TV21 a sorti un EP en 2007, Future revisited, puis cet album en 2009.
L'album contient de nouvelles compositions, et des titres plus anciens qui ont été retravaillés. Through different eyes date de la première époque du groupe mais était resté inédit. Pour On the run, il s'agit de la troisième version publiée, après une face A de single en 1981 puis une des faces B de Something's wrong. Troisième version également pour When Cole was king. La première a été publiée par Shame, l'un des projets du guitariste-chanteur Norman Rodger, sur l'album Symi en 1990, la deuxième sur Future revisited.
L'album dans son ensemble est d'une excellente tenue. Ce qui m'a marqué, c'est qu'il n'y a plus le vernis New Wave typique de la première époque du groupe, à part peut-être avec la sonorité un peu électro de Through different eyes. Ce qu'on a des années plus tard, c'est juste de l'excellente pop-rock à guitare, avec de bonnes chansons de bout en bout. A plusieurs reprises, j'ai pensé à un autre groupe écossais dans la même veine, les amis de Jasmine Minks.
J'ai quand même des titres préférés, même s'ils changent à chaque écoute. Pour l'heure, ce serait plutôt, Forever 22, Through different eyes, When Cole was king, avec ses parties de guitare fortement teintées de rockabilly, et How did you get it so wrong.
La deuxième phase du groupe a donc duré au moins de 2005 à 2010 (plus longtemps que la première, donc), mais il n'y plus eu de disque après Forever 22, et j'ai bien l'impression que le groupe n'est plus actif actuellement.
Si vous voulez en découvrir plus sur TV21, je peux vous conseiller l'édition CD de Forever 22, qui compte huit titres en plus, dont Snakes and ladders et Something's wrong, ou la compilation Snakes and ladders - Almost complete : 1980-1982 publiée par Cherry Red en 2010.
Pour ma part, si j'ai l'espoir d'y rencontrer des rockers et d'en ramener des disques, je vais peut-être faire ma rentrée au boulot d'humeur guillerette !






TV21 en concert presque à la maison, dans une ambiance très sympathique, chez Avalanche Records à Édimbourg le 17 avril 2010.

11 août 2019

THE PIXIES : Teenage love


Acquis chez Récup'R à Dizy le 6 août 2018
Réf : D.181 X 45 -- Édité par Diamond à Hong Kong dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Teenage love -/- Yie Lai Shan

The Pixies ne sont pas toujours ceux que l'on croit et je n'allais pas me priver de l'opportunité de dérouter certains de leurs fans...
Cela faisait un moment que je revenais systématiquement bredouille de la ressourcerie. Au premier abord, j'ai cru qu'une fois de plus il n'y avait pas de nouveaux disques, puis, en regardant derrière les premiers 45 tours d'une des boites, j'ai vu un EP de Charles Trenet. Du coup, je me suis mis à fouiller un peu plus et je me suis rendu compte que des poignées de nouveaux disques avaient été ajoutées derrière ceux en façade dans quelques-unes des caisses de 45 tours. Au bout du compte, j'ai trouvé une bonne quinzaine de disques, surtout de la chanson française (plusieurs Trenet, mais aussi Léo Ferré et Pierre Dudan), et aussi deux disques du Cambodge et deux 45 tours publiés par Diamond à Hong Kong, dont celui-ci. Je pense que presque tous les disques que j'ai choisis avaient le même ancien propriétaire, même s'ils ne sont pas tous marqués "Michel" sur la pochette.
Mon autre disque est par Kong Ling, l'une des vedettes d'un style en vogue à Hong Kong des années 1950 au milieu des années 1970, l'English Pop, soit des chansons en anglais, originales ou reprises du répertoire américain, adaptées. Diamond était l'un des labels importants sur ce marché. Sur le 45 tours de Kong Ling, on trouve une reprise de No other love, une chanson sur l'air de Tristesse de Chopin, et une autre de More than I can say, un titre de 1960 des Crickets.
Il semble que The Pixies de Hong Kong sont beaucoup moins connus que Kong Ling. Pour tout dire, je n'ai trouvé en ligne aucune référence à ce 45 tours, et même carrément aucune mention du groupe. Sur Discogs, en plus des Pixies que l'on connaît, il y a quatre "The Pixies" et un "The Pixies Three", mais aucun n'est de Hong Kong...
Sur leur disque, pas de reprise de titres américains. A la place on trouve sur la face A, Teenage love, un "original" dans le plus pur style de la pop US, dont l'auteur est Vic Cristobal, l'une des grandes figures de l'English Pop de Hong Kong. Il était originaire des Philippines et s'est installé au Canada pour sa retraite.
Il n'est pas tout à fait impossible que, comme le titre, les paroles de Teenage love soient en anglais. Mais, si c'est le cas, elles sont incompréhensibles, tant elles sont transformées en un yaourt asiatique chanté à au moins deux voix.
La face B est une reprise, mais d'une chanson sino-japonaise, pas d'un titre anglo-saxon.
Yie lai shan est une chanson très renommée en Asie et nous avons la chance de disposer d'une présentation en français de cette œuvre sur le site Jmusic-Hits.com. L'histoire de cette chanson reflète bien les relations entremêlées et tumultueuses de la Chine et du Japon au 20e siècle. Elle a été créée en 1944 par Yamaguchi Yoshiko, également connue sous le nom de Li Xianglan. C'est une sorte de rumba avec une très belle mélodie. La version en 78 tours par sa créatrice est très bien. Il en existe de nombreuses reprises, dont beaucoup sont disponibles en ligne. Celle de mon 45 tours par The Pixies est une réussite, ma préférée de toutes celles que j'ai entendues. Il y a un clavier que l'on entend aussi sur la face A, une sorte d'orgue que j'ai du mal à identifier.
Une très bonne pioche en tout cas. Et on reparlera peut-être de mes disques cambodgiens si j'arrive à déchiffrer les informations qui sont sur leurs étiquettes.

A écouter : The Pixies : Yie Lai Shan



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