28 octobre 2026

LES WAMPAS : J'ai avalé une mouche


Consulté chez wampas.com le 24 octobre 2026
Réf : 010.0003.20 -- Édité par PIAS en France en 2000
Support : 1 fichier mp4
Titre : J'ai avalé une mouche

J'ai réécouté J'ai avalé une mouche la semaine dernière juste après avoir chroniqué Stalks de Twisted Teens et je me suis dit que les deux chansons ont plein de points communs : une durée courte, une base musicale de riff de guitare bien crade, avec en bonus dans les deux cas de la guitare slide, une mélodie accrocheuse et des paroles qui ont l'air toutes simples. En fait, elles appartiennent à une grande famille de chansons bruyantes que j'aime beaucoup dans laquelle je mettrais parmi les plus anciennes Teenage kicks des Undertones ou What do I get des Buzzcocks.

J'ai avalé une mouche est sortie en 2000 sur l'album Kiss, que je n'ai pas, qui n'est pas dans ma discothèque. Il n'y a pas eu de single commercialisé, mais l'idée devait être dans l'air puisque qu'une vidéo a été réalisée (par le guitariste du groupe Joseph Dahan, ancien de Mano Negra) et il existe un CD single hors commerce destiné aux professionnels (c'est là que j'ai récupéré l'illustration de pochette ci-dessus).

Tout coule tellement bien avec une chanson comme ça qu'on a l'impression que ça doit être facile à faire. Mais ce genre de simplicité ou d'évidence, c'est souvent trompeur. Ça se saurait si ce type d'excellente chanson était plus facile à faire que d'autres.
Les paroles sont un bon exemple. Ça part sûrement d'une anecdote vécue ("J’ai avalé une mouche en roulant sur mon vélo" - Didier Wampas doit faire pas mal de vélo. Les copains de Radio Primitive racontaient qu'il emmenait son biclou dans le camion de tournée et qu'il était venu au studio pour une interview en pédalant), avant de nous narrer une rencontre ("J’ai attrapé l’amour en te regardant le dos", bien vu !) et d'évoquer le chant en yaourt qu'on pratique tous ("Je chantais cette chanson dont je n’connais pas les mots, Oh oh oh oh, I love you so").

A signaler, deux versions live de J'ai avalé une mouche, en acoustique pour Canal B à L'Ubu de Rennes le 17 mars 2000 et à La Cigale à Paris le 13 ou 14 juin 2003. Cette dernière version est extraite de l'album Never trust a live. Elle est aussi sur Never trust a DVD, mais l'extrait vidéo n'est pas en ligne.

Les Wampas seront en concert à Vitry le François le 13 novembre prochain.
Didier Wampas participera à une rencontre littéraire au Manège de Reims le 29 novembre dans le cadre du Charabia Festival.

25 octobre 2026

THE RUTLES : I must be in love


Acquis je ne sais plus comment ni où probablement dans les années 1990
Réf : K17125 -- Édité par Warner Bros en Angleterre en 1978
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I must be in love -/- Cheese & onions -- With a girl like you

Les premières fois que j'ai vu mentionner le nom des Rutles, je l'ai volontairement ignoré car je croyais que ce groupe fictif avait un rapport avec le film Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, avec les Bee Gees et Peter Frampton en vedette, un film qui n'a pas bonne réputation et dont le double album de la bande originale a longtemps hanté les bacs à soldes.
Je ne savais toujours rien de ce groupe quand j'ai acheté au début des années 1990 la compilation de reprises du label Shimmy Disc Rutles Highway revisited, avec la participation notamment de Dogbowl et Daniel Johnston.
Ce n'est que plus tard que j'ai découvert l'histoire de ce groupe, qui au départ n'a été conçu en 1976 par Eric Idle des Monty Python et Neil Innes du Bonzo Dog Doo-Dah Band que pour apparaître dans un sketch d'une série d'émissions intitulée Rutland Weekend Television, parodie d'une chaîne de télé régionale. Une version d'I must be in love, le pastiche des Beatles créé pour l'occasion, a été incluse dans un album de chansons de l'émission publié par la BBC.

La carrière des Rutles aurait pu s'arrêter là. Mais avant même la diffusion sur la BBC, Eric Idle avait été l'invité principal de l'émission de télé américaine NBC's Saturday night (connue depuis sous le nom Saturday night live). Il y a diffusé le sketch d'I must be in love. Cela parlait sûrement aux responsables de l'émission qui, quelques mois plus tôt avaient lancé un appel à la reformation des Beatles, contre la somme folle de 3000 $ (un appel, soit dit en passant, auquel John Lennon et Paul McCartney, ponctuellement réunis à New York, ont bien failli répondre la semaine suivante).
La prestation d'Eric Idle a tellement plu ce soir-là qu'il a de nouveau été invité en avril 1977, proposant une émission façon téléthon pour sauver l'Angleterre du marasme économique. Ce soir-là, Neil Innes a joué une autre chanson des Rutles, Cheese and onions.

Eric Idle avait tellement aimé le sketch des Rutles qu'il envisageait de faire un faux documentaire sur le groupe pour la BBC. Lorne Michaels de Saturday night a proposé de le produire et c'est ainsi qu'est né All you need is cash, un téléfilm diffusé en mars 1978 qui retrace la carrière des Rutles, calquée très fidèlement sur celle des quatre garçons de Liverpool.
Neil Innes, l'auteur des chansons, a fait très attention à ce que ses pastiches évoquant chaque fois un ou plusieurs titres des Beatles ne tombent pas dans le plagiat. Ça n'a pas suffi. Le propriétaire de Northern Songs, contre l'avis de George Harrison qui soutenait le projet, a menacé les Rutles de poursuites et réclamé 90% des droits d'auteur pour Lennon et McCartney. Un musicologue expert soutenait Innes, mais son éditeur n'a pas voulu se lancer dans de coûteux frais de justice et la moitié des droits des Rutles a été attribuée aux Beatles, ce qui a mis un bon coup au moral de Neil Innes.

La diffusion du film a été accompagnée par la publication d'un album de sa bande originale, The Rutles, avec pochette ouvrante et grand livret de seize pages. Mon 45 tours en est extrait.
Les trois chansons sont excellentes, particulièrement I must be in love, tiré de A hard day's rut, qui est bien le tube du disque. Intro à la guitare qui inspirera les Byrds, chœurs très présents, la chanson est accrocheuse. J'aime beaucoup le "Love" prononcé avec une imitation de l'accent du nord de l'Angleterre.
Ron Nasty tient la vedette sur Cheese and onions, une chanson débutée en piano-voix, avec un arrangement qui s'enrichit par la suite avec des cordes. C'est par ailleurs la dernière chanson de l'album Sgt. Rutter's Only Darts Club Band.
Dans le film, With a girl like you est "chantée" par Dirk McQuickly, interprété par Eric Idle. Mais sur l'enregistrement, celui qui chante c'est Ollie Halsall, que je connais surtout pour son travail avec Kevin Ayers. Dans le film, on voit les Rutles jouer cette chanson en concert en présence de la reine d'Angleterre.

Ce n'est sûrement pas un hasard si les films Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band et All you need is cash sont sortis tous les deux en 1978. Il y a eu aussi une grande campagne de réédition des Beatles cette année-là. Quelques années après leur séparation l'impact culturel et populaire des Beatles était très fort et les promoteurs aussi bien qu'une partie du public espéraient encore une suite à leurs aventures. 
All you need is cash est un film à petit budget en partie improvisé qui est loin d'être un chef d’œuvre, mais il est à l'origine d'un sous-genre, le mockumentaire, qui a notamment produit en 1984 l'excellent This is Spinal Tap.

Les Rutles se sont reformés en 1996 et, à la manière de l'Anthology des Fab Four, ils ont publié un nouvel album, Archaeology. Cette fois, Neil Innes avait réglé en amont toutes les questions de droits d'auteur des chansons. Il n'avait juste pas anticipé qu'il serait poursuivi en justice par le label d'Eric Idle, propriétaire du nom Rutles !
Neil Innes est mort en 2019 à 75 ans à Montcuq dans le Lot, où il habitait depuis plusieurs années.


The Rutles, I must be in love, lors de leur première apparition à l'écran en Angleterre, le 12 novembre 1976 dans la série Rutland Weekend Television.


The Rutles, Cheese & onions, le 23 avril 1977 dans l'émission américaine NBC's Saturday night.

Ci-dessous, les extraits d'All you need is cash où l'on entend les trois chansons du 45 tours. Le film complet est disponible ici.





21 octobre 2026

TWISTED TEENS : Stalks


Acquis par correspondance via Bandcamp le 18 octobre 2026
Réf : [sans] -- Édité par Sub Pop aux États-Unis en 2026
Support : 1 fichier MP3
Titre : Stalks

L'autre jour, quelqu'un a publié le lien vers cette chanson. Je ne connaissais pas du tout ce groupe, mais j'ai cliqué par curiosité et j'ai su dès les premières secondes que Stalks me plairait.
Twisted Teens est un duo basé à La Nouvelle Orléans, composé de Caspian Halliwell, qui joue de plein d'instruments et qui chante, et RJ Santos, qui joue de la guitare steel.

Ils étaient voisins quand ils se sont mis à collaborer en 2024, en commençant par sortir un album. 2025 a été relativement calme, avec juste un EP, mais en 2026 ils ont sorti les albums Blame the clown en février et Florida water blues en juillet. Et comme si ça ne suffisait pas, un troisième album de 2026 est annoncé le 6 novembre. The holy cross tigers sera leur premier à sortir sur le gros label Sub Pop.

L'album, qui n'était pas prévu pour si tôt, a été composé et enregistré très vite, les chansons étant inspirées par une rupture amoureuse.
Ce n'est pas pour autant que Stalks est une chanson triste ou qui a le blues. Au contraire, c'est de la pop bruyante, foutraque et bien barrée, joyeuse et enthousiasmante. Sans surprise, la vidéo qui l'accompagne est  bien fofolle aussi. Le titre de la chanson fait référence aux tiges d'une plante, l'achillée, mais j'ai bien l'impression que les paroles dans leur ensemble fourmillent de connotations sexuelles.


A l'écoute, Twisted Teens me fait penser à des gens comme Guided By Voices, eux aussi bruyants et prolifiques, les Tall Dwarves, les Rising Sons pour la slide ou les Feelings pour le côté allumé. When we first met, l'autre titre diffusé pour annoncer l'album, est très bien aussi.

J'ai à peine commencé à survoler les autres disques, mais je suis bien sûr qu'il y a plein d'autres bonnes choses à y découvrir.
Twisted Teens a fait une tournée en Europe en 2025, qui est passée par Épinal le 7 septembre. Je les guetterai à leur prochain passage.



18 octobre 2026

MUNGO JERRY : Sur le pont d'Avignon


Acquis à La Recyclerie à Châlons-en-Champagne le 15 septembre 2023
Réf : 2058 847 -- Édité par Polydor en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Sur le pont d'Avignon -/- Feels like I'm in love

L'autre jour avec Philippe R. on se demandait si j'avais déjà chroniqué un disque de cet excellent groupe qu'est Mungo Jerry. Je n'étais pas sûr de la réponse; tout ce que je savais c'est que, si j'avais effectivement fait une chronique, c'était probablement In the Summertime ou la reprise de Dutronc Alright, alright, alright que j'avais dû choisir.
Bon, en fait il n'y avait encore eu aucune chronique et, sûrement au grand désespoir de Philippe, c'est finalement sur cet obscur 45 tours que j'ai jeté mon dévolu. Je l'ai acheté un jour de bonne pêche à la ressourcerie de Châlons, où j'avais trouvé une vingtaine de disques tous formats (45t,33t, 78t, CD), par notamment Salem Tradition, Sweet Emma ou Les Jokarys.

L'album de 1977 de Mungo Jerry, crédité en Angleterre à Ray Dorset and Mungo Jerry, s'appelle Lovin' in the alleys, fightin' in the streets. La pochette avec Ray sur sa Moto Guzzi et une femme en robe rouge à côté est tout sauf une réussite.
La photo de pochette de mon 45 tours provient de la même session de prises de vues, et les deux faces viennent aussi des sessions d'enregistrement de l'album, mais on ne les trouve pas dessus. En 1977, ces deux chansons sont sorties uniquement sur ce 45 tours, qui ciblait spécifiquement les marchés francophones puisqu'il n'a été diffusé qu'en France, en Belgique et au Canada. Ces deux chansons n'ont pas été publiées en Angleterre avant 1979, lors de la sortie de la compilation Six a side.

C'est un coup classique avec les versions de chansons populaires : vous serez peut-être surpris d'apprendre que Sur le pont d'Avignon est signé par Ray Dorset !
Franchement, ce n'est pas une version intéressante. L'objectif est purement commercial, et on nous sert de la variété, voire du baluche, avec ses claquements de mains et ses "Lalala, lala, la, lala".
Pour ce qui est d'une version rock de cet air, je préfère le Comme ci, comme ça des Spotnicks, qui date de 1963.

Ce qui fait l'intérêt de ce 45 tours, c'est sa face B, Feels like I'm in love, cette fois-ci une véritable composition originale de Ray Dorset. L'arrangement est une sorte de disco léger (à cette époque, presque tout le monde donnait dans le disco, même les Stones et Kiss), avec des chœurs qui font "Ouh" et "Ah". C'est de la pop efficace et accrocheuse.
Ce qui est intéressant, c'est que cette chanson publiée sur une obscure face B d'un obscur 45 tours a eu une destinée commerciale exceptionnelle. Il faut dire que, dès le départ, Ray Dorset avait de grandes ambitions pour elle : il la destinait rien moins qu'à Elvis Presley. Il a même chanté la démo dans son style et, quand on le sait, ça s'entend aussi sur le disque. Sauf que, au moment où son producteur a cherché à entrer en contact avec l'entourage du King pour la lui proposer, Elvis a eu la mauvaise idée de calancher. C'est pour ça que la chanson s'est retrouvée mise de côté et même reléguée.
Quelques temps plus tard, la chanteuse Kelly Marie, surtout connue en France pour son tube Who's that lady with my man, l'a entendue chez un éditeur et, avec son producteur, ils ont pensé qu'elle avait du potentiel.
Kelly Marie a donc enregistré une reprise de Feels like I'm in love, dans un style disco plus marqué. Le succès n'a pas été instantané, loin de là. Le 45 tours est d'abord sorti en 1979, sans grand succès. Réédité en 1980, il a fallu plusieurs mois pour qu'il se diffuse dans le pays mais, en septembre 1980, Kelly Marie a été numéro 1 des ventes pendant deux semaines au Royaume-Uni. Une version remixée sortie en 1981 a également eu du succès aux États-Unis.
Et voilà comment un chanson uniquement sortie en France, en Belgique et au Canada est sûrement devenue une de celles de Ray Dorset qui ont été le plus diffusées, derrière In the Summertime.


Avec une introduction par Jacques Martin et Stéphane Collaro, Mungo Jerry interprète Sur le pont d'Avignon en direct à la télévision le 24 avril 1977.


Avec une introduction par Michel Drucker et Claude François, Mungo Jerry interprète Sur le pont d'Avignon dans l'émission Les rendez-vous du dimanche le 17 avril 1977.



Kelly Marie se souvient de sa découverte de Feels like I'm in love pendant que Ray Dorset en interprète une version acoustique.



Mungo Jerry, Feels like I'm in love, une version rapide en concert à l'Université de Lancaster au début des années 1980, à l'époque du succès de Kelly Marie.



Mungo Jerry, Feels like I'm in love, une version plus lente en concert en janvier 2001 au Liverpool Club à Bunde en Allemagne.

14 octobre 2026

LUCAS SCHWARTZ : Definitive gaze


Acquis par correspondance via Bandcamp le 11 octobre 2026
Réf : LINGE043 -- Édité par Linge en France en 2014
Support : 1 fichier MP3
Titre : Definitive gaze

Dimanche dernier, JC de The Vinyl Villain a terminé sa série de chroniques de l'intégrale des singles de Magazine.
Cela explique pourquoi l'après-midi même, alors que je cherchais sur Bandcamp une idée de chronique, je me suis mis à rechercher des reprises de Magazine. J'ai fait un essai avec Shot by both sides, sans rien trouver de probant, puis avec A song from under the floorboards (j'ai bien aimé la version synthétique par Very Serious). Pour le troisème essai avec Definitive gaze, il n'y avait que deux chansons en résultat, dont une n'était pas une reprise. Mais j'ai su tout de suite à l'écoute de la version de Lucas Schwartz que j'étais tombé sur quelque chose de spécial, par un français en plus.

L'album dont ce titre est extrait, English feelings vol. 1, a été publié en numérique par Linge Records, qui se présente comme "le label des musiques à refaire, entre musiques pop, électro et expérimentations. (...) Les artistes Linge Records acceptent et recherchent l’imperfection qui surgit dans la création. Dans une société en quête de rationalité et de perfection, la démarche de ces artistes empreints de spontanéité apparaît essentielle.". 
Le moins qu'on puisse dire c'est que l'album de Lucas Schwartz remplit parfaitement ces critères.

On a affaire à un album de reprises de chansons de la période de la New Wave, enregistrées a cappella, à l'exception parfois d'une petite rythmique. Ça tombe bien car la version du titre imparable de Magazine qui ouvre l'album Real life est l'une des plus réussies du lot.

Il y a bien là une percussion tout du long (le son d'une balle de ping pong ?), et plusieurs pistes de voix, dont une qui reproduit la rythmique électronique et d'autres plus mélodiques pour les autres instruments. Il y a aussi plusieurs pistes pour le chant, toutes interprétées par Lucas Schwartz, avec parfois du souffle dans le micro (l'imperfection selon Linge). C'est à la fois complètement barré et réjouissant. Je n'en ai jamais eu l'idée, mais j'aurais bien pu me lancer dans ce genre d'expérience (sauf qu'il me manquait la patience et le talent), comme quand j'avais inventé à la radio la course de disques : deux chansons lancées ensemble et mixées en direct, pour voir qui gagnerait à l'arrivée. Et de toute façon, ça fait bientôt cinquante ans que je chante pour moi des "tou lou tou tou tou tou lou" pour reproduire l'intro quand je pense à Definitive gaze.

Je n'ai pas écouté tout l'album qui, sur 18 titres, contient plus d'un tiers de reprises des Stranglers. Il y a aussi Making plans for Nigel et une version de Flowers of romance de PIL qui s'avère être très fidèle à l'originale. Sur la chaîne YouTube de Lucas Schwartz, on trouve deux autres titres d'Howard Devoto, Rainy season et Redneck de Luxuria. Ailleurs, il y a aussi toute une série de reprises de chansons de Steve Diggle des Buzzcocks.
Je me demande bien comment quelqu'un, d'assez jeune visiblement, s'est retrouvé à se lancer à fond et de façon aussi pointue dans le répertoire New Wave.
Tous les titres enregistrés par Lucas Schwartz ont été publiés en 2014. Il n'y a pas eu de suite à ce projet, mais apparemment cette version de Definitive gaze aurait été enregistrée en 2009.

En cherchant à en savoir plus sur lui, j'ai découvert que, toujours en 2014, Lucas Schwartz a publié des titres originaux sous le nom de Lucas Verbèke. Les deux que j'ai choisi d'écouter, Le CD de la politique et Un bruit formidable, sont intéressants. 
Par ailleurs, il a publié plein de choses sous son nom Lucas Taïeb, des BD (Reconstitutions, Les petits totems, Chez le bouquiniste, Lucas Taïeb est énervé), des textes, des blogs, des fanzines...
Malheureusement, j'ai aussi appris dans la foulée que Lucas Taïeb est mort en 2024 à 36 ans. Ça m'a touché. Je venais de découvrir sa musique, je m'apprêtais à chroniquer ce titre et j'aurais sûrement essayé de l'en avertir... Ce qui est positif, c'est bon nombre de ses créations sont toujours disponibles en ligne et, comme ça m'est arrivé, le public peut continuer à les découvrir.

10 octobre 2026

LES POP'S EXPERIENCE : Nous peut recommencer


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 27 septembre 2026
Réf : 5021 -- Édité par Issa en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Nous peut recommencer -/- Libertés individuelles

Le temps était très sec et très doux, j'ai donc pu me rendre à Bisseuil à vélo. J'avais donc la certitude de faire une balade agréable, à défaut d'avoir celle de trouver des disques intéressants.
Et ça commençait mal car il y avait assez peu de stands (et peu de chalands non plus), mais, arrivé sur la fin de mon parcours, sur le stand d'un brocanteur semi-professionnel, je me suis accroupi pour examiner le contenu d'une boite à chaussures dans laquelle il devait y avoir trente à quarante 45 tours. Principalement de la variété, mais à un moment je suis tombé sur un disque Issa, label réputé de La Réunion.
Malheureusement, la pochette était vide ! Je l'ai mise de côté en espérant tomber sur le disque plus tard, car il y en avait quelques-uns sans pochette. J'ai fait chou blanc, mais à la place j'ai trouvé un peu plus tard deux autres disques Issa, en parfait état disque et pochette, que j'ai pris sans barguigner à 1 € pièce.

L'autre disque est Bonne fête maman chérie de Williams, sur lequel on trouve deux ségas sympathiques mais, comme souvent avec les chansons accompagnés par The Soul Men, il y a un son de clavier qui me dérange.
Pas de séga du tout sur mon disque des Pop's Expérience, même si le groupe en avait à son répertoire. Ça m'a presque déçu initialement, mais les deux morceaux qu'on y trouve sont très intéressants, même sans les rythmes et sons typiques de La Réunion.

Les Pop's Expérience
sont quatre. Sur la photo de pochette, il est caché tout au fond, le casque sur les oreilles, mais Roland Ramakistin joue un rôle essentiel dans le groupe : il écrit les paroles et la musique, chante et joue des claviers. Les autres membres du groupe sont Jannick Chéreau à la batterie, Jean-Luc Verbar à la guitare et Roger Gravier à la basse. Ils ont été actifs de 1970 à 1980, avec une très bonne réputation pour animer les soirées. Ils ont sorti neuf 45 tours.
Roland Ramakistin a fait toute sa carrière professionnelle comme instituteur de l'école de Trois-Bassins où il avait été élève. Il a fondé Radio Velly Music en 1983. Il a été maire de la commune de 2008 à 2014.
L'article de Forest pour La Réunion lé là ! décrit très bien la musique des Pop's Expérience et le chant de Roland Ramakistin :
"Les 4 camarades emmenés par Roland Ramakistin ont éclos avec fulgurance dans la vague Pop/Rock des années 70 avant de s'éteindre tout aussi brusquement. (...) la voix déglinguée, l'élan primal si caractéristique du groupe, a marqué durablement cette jeunesse chantée avec engagement.
Sans mettre le séga au banc des airs obsolètes, sans en faire non plus une marque de fabrique, la musique des Pop's Experience va se traduire par une improbable fusion entre toutes les tendances du moment. Interprétés corps et âmes par Roland Ramakistin, dont les performances vocales demeurent à ce jour inégalées par leur expulsion, leur force manifeste à défaut de technique, les morceaux du groupe poussent à l'action, comme une marche que chacun doit faire avec l'autre.
".

Sur l'exemplaire de la Discothèque Centrale de l'ORTF, quelqu'un a noté que la face A de mon 45 tours est un slow en créole et que la face B est un rock. Pas faux. Il est aussi précisé au dos qu'il y a la participation de Gaby au saxo (probablement le Gaby des Soul Men). Je ne doute pas qu'il soit présent sur l'enregistrement mais, même en tendant attentivement l'oreille, je n'ai pas réussi à distinguer le son de son instrument.

Nous peut recommencer
semble évoquer la possibilité d'un nouvel Éden. Les percussions, la basse et le clavier sont bien dosés, la chanson est très bien, mais ce qui est remarquable c'est la guitare solo qui se déploie en continu tout au long de la chanson à partir du moment où elle apparaît après l'introduction.

Libertés individuelles est sorti en 1977. Musicalement, ce n'est pas du punk, mais dans l'esprit, c'est bien un chant de révolte : "Chanter - Pas question; Danser - Tu ne sais pas; Aimer - Pas question, Sortir - Surtout pas; Je ne suis aux ordres de personne. Le jour au boulot; La nuit au repos; Ça ne me suffit pas; Et je n'aime pas ça; Je ne suis le valet de personne.". Je ne mets pas toutes les paroles car je ne saisis pas tous les mots, mais il y a aussi : "Ça ne peut pas durer encore longtemps; Chaque fois même histoire; Chaque fois mêmes problèmes; Et c'est toujours moi qui paie les pots cassés.", "Aimer qui je veux; Faire ce que je veux; Sortir quand je veux; Rentrer quand je veux; Je l'ai payée cher ma liberté.". Un hymne pour la jeunesse qui se trouve être pleinement d'actualité.

Mes trouvailles en brocante ou en ressourcerie sont de plus en plus rares, mais heureusement je tombe encore de temps en temps sur une perle comme celle-ci !

Attention : les versions de Nous peut recommencer et Libertés individuelles qu'on trouve sur YouTube ont été retravaillées par Roland Ramakistin, avec notamment plus de clavier. Les deux titres originaux sont en écoute ici.