05 juillet 2026

MUSICAL YOUTH : Tell me why ?


Acquis chez Happy Cash à Dizy le 9 novembre 2024
Réf : 105 571 -- Édité par MCA en Europe en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Tell me why ? -/- Reason

Ce disque fait partie des quelques "bricoles" que j'ai achetées le même jour que le Raymond Sangaria.
Je ne l'ai pas acheté à l'époque de son succès, mais j'ai toujours apprécié le tube Pass the dutchie et, depuis quelques temps, je prends les disques de Musical Youth quand j'en vois passer pour pas cher. Généralement, ils sont au minimum sympathiques. 

C'est bien le cas ici de Tell me why ?, la face A du premier single sorti pour annoncer le deuxième album du groupe, Different style !.
Il s'agit d'une reprise d'un titre de l'album Dusty roads de John Holt, sorti en 1974. Une chanson que Musical Youth a rendue encore plus sautillante. La version allongée US remix est plus intéressante, notamment car le mixage est plus roots et elle inclut le toast qu'un des chanteurs réclame mais n'a pas le temps de placer dans la version de base.

A l'écoute de Reason, j'ai eu exactement la même bonne surprise que quand j'ai découvert l'improbable Disco Reggae Band, derrière lequel on avait dissimulé le groupe anglais Black Slate : on oublie la pop-reggae, on a tout simplement là un excellent titre très roots, mieux que sympathique. Et là aussi, je conseille plutôt la version "complète" de la chanson sur le maxi, qui dure près de sept minutes. Contrairement à l'habitude, ce qu'on trouve sur le 45 tours, ce n'est pas la partie chantée de la première moitié, mais la rallonge toastée de cet excellent "discomix".
La particularité ce cette face B, quand on examine les crédits, c'est qu'elle est produite par Toney Owens. C'est le seul titre de la discographie MCA de Musical Youth qu'il a produit (tous les autres ou quasiment sont produits par Peter Collins). Mais si on regarde la discographie dans le détail, on note que Toney Owens a aussi produit en 1981 le tout premier disque de Musical Youth, Political, sorti comme le You d'Au Pairs sur le label 021, notamment pour financer le Saltley Music Workshop. Et ceci nous ramène à l'actualité et à un disque de Musical Youh qui vient de sortir, Mash down Birmingham: The early recordings of Musical Youth.

Cet album est publié par Needle Mythology, un label fondé par Will Harris et le journaliste Pete Paphides. On trouve à son catalogue des projets très soignés de rééditions avec inédits de disques notamment de Stephen Duffy, Ian Broudie, Robert Forster. Et aussi l'anthologie indiepop Sensitive, sur laquelle on trouve même Someone stole my wheels.
Pete Paphides est originaire de Birmingham, comme Musical Youth. Si vous comprenez l'anglais, je vous conseille la lecture de son livre de mémoires Broken Greek : A story of chip shops and pop songs.
Le déclic pour ce projet, c'est la découverte en 2016 de Political sur la compilation The Midland roots explosion. Pete Paphides a voulu en savoir plus, mais il lui a fallu des années de ténacité pour réussir à rencontrer Toney Owens, qui conservait des dizaines de bandes enregistrées dans une cabane dans son jardin. Il en résulte deux disques, celui de Musical Youth, et celui d'un groupe familial oublié du Birmingham des années 1970, Natrus.

A l'occasion de la sortie de ce disque, l'histoire des débuts de Musical Youth est racontée dans Mojo (n° 391 daté de juin 2026) et dans The Quietus.
A l'origine de tout, il y a Frederick Waite, un jamaïcain qui, avant d'émigrer à Birmingham pour travailler dans une usine automobile, avait eu une carrière musicale remarquable, puisqu'il est membre fondateur de groupe rocksteady The Techniques.
Quand ses fils Freddie Junior (batterie et Patrick (basse) se sont mis à la musique, il a rencontré par l'intermédiaire de Toney Owens ceux très jeunes de George Grant, Kelvin (guitare) et Michael (claviers). C'est ainsi que, au sein du Saltley Musical Workshop est né "le groupe de reggae le plus jeune du monde", initialement nommé Culture Musical Workshop Youths, dirigé par son chanteur, papa Waite, avec les quatre enfants Waite et Grant.
Cette formation originale a enregistré le 45 tours Political et une  session pour John Peel. Sans surprise, Freddie Waite connaissait du monde dans la scène reggae, et parmi les enregistrements restés inédits jusqu'en 2026 il y a des collaborations avec Sugar Minott et Jackie Mittoo. Mais au moment de signer avec un gros label, et pour respecter l'image de jeunesse associée au groupe, Freddie Waite a dû se résoudre à laisser la place et le chanteur de quinze ans Dennis Seaton a été recruté. Leur succès a été immédiat dès le premier 45 tours Pass the dutchie.

Et comment s'intercale Reason dans tout ça, avec Toney Owens à la production mais Dennis Seaton au chant, pas Frederick Waite père ? Eh bien, soit cette chanson date de juste avant la signature avec MCA, juste après les enregistrements qu'on trouve sur Mash down Birmingham, soit le groupe est retourné bosser avec lui après son succès pour une session dont ce seul titre aurait émergé.

Après leur tube initial, jeunes ou pas, les membres de Musical Youth ont été pressés comme des citrons par l'industrie du disque. Le groupe s'est séparé en 1985. Les deux frères Waite sont morts depuis, Patrick en 1993 et Freddie "Junior" en 2022. Une reformation de Musical Youth existe encore, avec Dennis Seaton et Michael Grant. Quant à Kelvin Grant, il se produit en solo.



01 juillet 2026

AMADOU & MARIAM : Once in a lifetime


Consulté la première fois sur INA le 24 juin 2026
Réf : [sans] -- Diffusé par Le Mouv' le 5 avril 2012
Support : 1 fichier FLV
Titre : Once in a lifetime

J'étais persuadé à tort que j'avais chroniqué il y a bien longtemps mon CD single de Je pense à toi d'Amadou et Mariam, dans les premières années du blog. Et ça fait un moment que j'envisage de m'intéresser à un autre de leurs disques, peut-être mon maxi promo de Les beaux dimanches. Au bout du compte, ce n'est pas avec un disque mais avec une session radio filmée et diffusée à la télé qu'on va "étrenner" ici "le couple aveugle du Mali".
Sachant que Mariam Doumbia (1958-) et Amadou Bagayoko (1954-2025) ont commencé à jouer ensemble au début des années 1980, ce n'est que tardivement, quand l'album Sou ni tilé est sorti en France en 1998, que j'ai commencé à m'intéresser à eux. Je regrette fort de ne pas être allé les voir en concert quand ils ont joué dans la Marne autour de l'an 2000. Ils avaient le don de créer d'excellentes chansons très accessibles.

Comme avec Daouda, c'est en allumant ma box télé internet pré-réglée sur Melody d'Afrique que je suis tombé au milieu de cette chanson. J'ai notamment été impressionné par le jeu de guitare d'Amadou sur cette prise en direct, sachant qu'il assure aussi le chant. J'ai été surpris de voir à la fin que la chanson était titrée en anglais et que ce titre était le même que celui du classique de 1980 de Talking Heads.
Ça n'a pas suffi pourtant pour que j'ai le déclic. Pour moi, j'avais entendu une chanson originale d'Amadou et Mariam. Ce n'est que le lendemain, quand j'ai cherché à la réécouter et à voir sur quel disque on la trouve (aucun...) que j'ai bien dû me rendre à l'évidence : le Once in a lifetime d'Amadou et Mariam est une reprise de Talking Heads.

D'abord, il faut dire qu'Amadou et Mariam ne chantent pas la chanson en anglais (plutôt en bambara, je suppose). Je ne sais pas s'ils ont traduit les paroles, mais vu le contexte, je parierais bien que ce sont des paroles originales.
Les autres musiciens sont excellents eux aussi, mais c'est la guitare qui porte le morceau. Le riff de base, c'est carrément du rock and roll le plus basique possible. C'est pas Louie Louie, mais on en n'est pas loin.
Ce que je reconnais le mieux de la chanson originale, ce sont les refrains ("Letting the days go by..."). Pour le reste, je me dis que ce sont les couplets qu'ils chantent en duo. Mais, comme indiqué sur la page Dailymotion, il s'agit vraiment d'une réinterprétation complète, pas d'une simple reprise, et, sans manquer d'honnêteté, je n'aurais rien trouvé à redire si Amadou et Mariam s'étaient attribués cette chanson.

On sait que  des musiques d'Afrique ont largement influencé la création de l'album des Talking Heads. En 2018, Angélique Kidjo a en quelque sorte bouclé la boucle en reprenant intégralement Remain in light. Beaucoup plus proche de l'originale, je trouve son Once in a lifetime moins impressionnant que celui d'Amadou et Mariam..

Un documentaire de Ryan Marley, Amadou et Mariam : Sons du Mali, est sorti en 2025.
Un an après la mort de son époux, Mariam a repris la route. Elle est actuellement en tournée en France pour continuer à chanter Amadou & Mariam.



Amadou & Mariam en Mouv' Session dans Rodéo sur le Mouv' le 5 avril 2012.

27 juin 2026

BOB NEWMAN : Ay round the corner


Acquis sur la brocante de l'avenue Victor Hugo à Ay le 21 juin 2026
Réf : V. 3189 -- Édité par Vogue en France vers 1954
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Ay round the corner (Au coin du grand bois) -/- Sand boogie (Le boogie des sables)

Il y a des arbres alignés le long de l'avenue qui mène à la gare d'Ay. C'était donc ombragé en début de matinée, la chaleur était supportable et la ballade très agréable sur cette brocante majoritairement familiale. Comme c'était aussi la Fête de la Musique, j'ai même pu voir une partie du concert bien sympathique d'un orchestre folk d'accordéons/épinette.

Les choses se sont déroulées quasiment de façon identique à l'an dernier, quand j'avais trouvé le disque exceptionnel de Guy Cornély : vers la fin de mon parcours, sur un stand de particuliers où il y avait juste un carton de disques venant de plusieurs générations de propriétaires, j'en ai trouvé deux qui m'intéressaient. Un 45 tours de Little Bob Story de 1978, dont l'intérêt principal que la face A est une chanson de Springsteen que lui-même n'avait pas publiée à l'époque. Dans la même catégorie, je préfère Because the night de Patti Smith !
L'autre est ce 78 tours, qui côtoyait un album dépareillé d'une dizaine de disques. Ce qui a d'abord attiré mon attention, c'est le mot "boogie" dans l'un des titres. J'ai compris en lisant les rondelles que c'était du country and western façon cow-boy et j'ai apprécié de voir la traduction des titres en français. J'étais déjà décidé à l'acheter quand j'ai vu la mention indiquant que le label original était le légendaire King Records de Cincinatti. Certes, ce disque ne date pas de l'âge d'or rhythm and blues du label, plutôt de ses productions country des premières années, mais ce n'est pas tous les jours qu'on voit passer une de ses productions.

Ce n'est qu'en repartant, alors que j'admirais le rond central, que j'ai vraiment fait attention au titre Ay around the corner, parfait pour cette occasion : après tout, je venais d'acheter ce disque à Ay, qui, en exagérant à peine, se trouve au coin de la rue en bas de chez moi !

Ce n'est pas toujours le cas pour les 78 tours, mais j'ai trouvé ce disque référencé sur Discogs. En y regardant bien, j'ai vu qu'il ne s'agit pas de la même édition que la mienne, qui doit lui être antérieure. Vogue a corrigé quelques erreurs. Le titre de la face A y est orthographié Around the corner (il y a plein de variantes), il y a une mention "DR" (Droits réservés) plutôt que "B.I.E.M." et les noms des formations "Trio" et "String band" qui sont inversés sur mon édition par rapport à la publication originale, sont remis dans le bon ordre.
Comme les labels français le faisaient souvent, Vogue a pioché les deux faces sur deux disques américains différents. Il y a sur mon exemplaire la mention "juillet 1954" pour indiquer sa date d'achat ou de réception. 

Bob Newman (1915-1979) a rejoint en 1935 les Georgia Crackers, le groupe de ses frères Hank et Slim, également connu, sans surprise, sous le nom de Newman Brothers. Actif de la fin des années 1920 à la fin des années 1950, le groupe, parfois décrit comme un hybride de  Jimmie Rodgers et des Sons of the Pioneers, a eu du succès dans le Sud et le Mid-West des États-Unis, en concert, à la radio, sur disque et même au cinéma dans les années 1940.
Bob, qui composait la plupart des titres du groupe, a été le dernier des trois frères à se lancer en solo, en parallèle du groupe. Il a enregistré vingt-cinq titres pour King de 1950 à 1952, dont les deux de mon 78 tours.
Son titre qui a eu le plus de postérité, c'est Phfft! you were gone, chanson comique reprise tout au long des années 1960 par différents invités de l'émission Hee haw.

A-round the corner (Beneath the berry tree) est l'adaptation d'une chanson populaire par Josef Marais, publiée en 1952 par le duo Marais and Miranda qu'il constituait avec son épouse. Un peu à la manière de Madeleine de Brel, elle conte l'histoire d'un gars qui attend sa chérie Emily, avec qui il a rendez-vous sous un arbre. Mais Emily est en retard...
La version de Marais and Miranda (je ne suis pas sûr que ce lien pointe vers la première version enregistrée) est joyeuse et sautillante, mais elle se conclut par un meurtre à la faucille : "Tonight all the folks will cut the corn, tonight I am sad and so forlorn. For my Emily was fickle, so I used my sharpened sickle, and the blood beneath the berry tree does trickle."
Ce couplet final sanglant n'apparaît pas dans la plupart des versions qui ont suivi, il reste juste le côté léger.
La version qui a eu le plus de succès est celle de Jo Stafford, qui a été n°1 des ventes en Angleterre (Emily est transformée pour l'occasion en Henry Lee). A la même époque, les Weavers ont également enregistré cette chanson avec succès.
La version de Bob Newman d'A-round the corner est très bonne. Je crois que c'est ma préférée des quatre citées. Elle est prise sur un tempo rapide, avec de la contrebasse, un piano, une guitare slide qui imite le sifflet d'un train et un solo de violon.

Sand boogie est une composition originale de Bob Newman. La guitare électrique, y compris avec slide, y est mise en avant.
On retrouve ce titre sur la compilation Roots of rock and roll 1952 vol. 8 de Frémeaux et Associés. Dans le livret, Gérard Herzhaft indique que Bob Newman "a enregistré certains des chefs d’œuvre d’un country boogie virant allègrement vers le rockabilly". Sand boogie en est un très bon exemple.

Jamais deux sans trois ? Si j'y retourne l'an prochain, je signe tout de suite pour retrouver un disque de cette qualité sur ce vide-grenier !

24 juin 2026

SUN RA : Enlightenment


Consulté pour la première fois sur YouTube le 12 mars 2026
Réf : SR 10 001 -- Édité par Shandar en France en 1971
Support : 1 fichier MP3
Titre : Enlightenment

C'est l'ami Philippe R. qui m'a envoyé il y a quelques mois le lien  vers l'émission de la télé française L'état du monde diffusée le 31 mai 1969. Le thème était Spécial États-Unis et on y voit Sun Ra et son Intergalactic Arkestra jouer chez lui, dans son appartement de Philadelphie. Ils interprètent notamment la courte chanson Enlightenment, et c'est un moment magique.
Pour faire bonne mesure, Philippe m'a aussi envoyé le lien vers ce qu'il pensait être la version studio de la chanson (et moi aussi d'ailleurs). L'arrangement est très proche de la version télé et c'est tout aussi bon. En fait, la demi-seconde d'applaudissements au tout début indique qu'il s'agit d'une version en concert. On y reviendra.

Depuis que j'ai découvert il y a 25-30 ans l'album Batman and Robin auquel l'Arkestra a participé, je sais qu'il y a des choses qui peuvent m'intéresser chez Sun Ra, que ce n'est pas juste du jazz cosmique pas fait pour mes oreilles.

J'ai essayé de retracer l'histoire d'Enlightenment.
A priori, sa première publication sur disque c'était en 1959 sur l'album Jazz in silhouette. La musique est composée par Sun Ra et le trompettiste membre de l'Arkestra Hobart Dotson. On reconnaît bien Enlightenment, surtout au début, mais cette version est entièrement instrumentale, dure cinq minutes, et surtout c'est pour le coup bien jazz.
La version studio chantée que j'ai fini par repérer (il y en a peut-être d'autres), est sortie en 45 tours vers 1973. Elle reste très proche des deux versions que Philippe m'avait envoyées. Les deux membres de l'Arkestra crédités pour le chant, qui doivent être les deux mêmes que dans la version télé, sont June Tyson et le saxophoniste John Gilmore.

Et la version live de Philippe, que je préfère à la version studio ? Eh bien, après une enquête soignée, j'ai pu déterminer qu'elle a été enregistrée en 1970, à Saint-Paul de Vence, à l'occasion des Nuits de la Fondation Maeght. Sun Ra y a donné ses deux premiers concerts hors des États-Unis. Deux volumes en 33 tours ont été édités en France par Shandar à l'époque. Strut a réédité en 2025 l'intégralité des deux concerts des 3 et 5 août 1970.

La musique est toute simple. La basse lui donne un bon balancement. La mélodie du chant et les appels/réponses entre les deux chanteurs la rendent accrocheuse et irrésistible.
En l'écoutant, je pense d'abord à mon 45 tours Japan de Pharoah Sanders, et aussi, je ne sais pas trop pourquoi parce que musicalement c'est différent, à Bird's lament de Moondog. Et encore à certains des titres bricolés et chantés en duo d'Areski et Brigitte Fontaine (hasard saisissant, l'image de fond de la page Bandcamp de Byg pour la réédition de L'incendie est un CD de Sun Ra !).

Je suppose que les paroles sont de Sun Ra. Elles sont excellentes, très hip-pop optimistes et complètement spatiales. Elles sont aussi une ode à la musique.
J'ai cherché comment traduire au mieux "enlightenment". Pas si simple, et au bout du compte il me semble que le mieux dans le contexte est de rester au plus près de l'étymologie et de parler d'illumination spirituelle. Sun Ra nous invite à rejoindre son monde spatial ("Le son de la joie c'est l'illumination; L'espace, le feu, la vérité c'est l'illumination; L'espace, le feu, parfois c'est la musique; Des mathématiques étranges, des équations rythmiques").
L'immense majorité des 47 titres des Nuits de Maeght fait référence à l'espace. J'imagine que Sun Ra ne pouvait que s'intéresser aux explorations spatiales de l'époque. L'un des titres est d'ailleurs Why go to the moon ?. La réponse : essayez plutôt Neptune, ou Pluton, ou Sun Ra !

Pour ma part, je vais peut-être répondre favorablement à l'appel de Sun Ra. Dans l'espace, on se rapproche du soleil et des autres étoiles, mais il n'y fait pas aussi chaud que chez moi aujourd'hui.



20 juin 2026

TRICKY : For real


Acquis par correspondance via Discogs en janvier 2022
Réf : CID 753 / 562 304-2 -- Édité par Island / Durbon Poison en Europe en 1999
Support : CD 12 cm
Titres : For real -- Bombing bastards -- Pop muzik

Cela fait bien longtemps maintenant que j'ai chroniqué Karmacoma de Massive Attack, et ça fait un moment que je pense à m'intéresser à l'un des disques de Tricky sortis sous son nom.
J'en ai un bon paquet, et l'autre jour j'ai entrepris de réécouter à la suite une bonne partie mes cinq CD singles sortis entre 1993 et 1995 qui sont tirés de son premier album : Aftermath, Overcome, Black Steel, The Hell E.P. et Pumpkin (Il y en a eu un sixième, Ponderosa !).
J'en ai conclu que les faces A sont pour la plupart excellentes, mais qu'au bout du compte, les remixes et autres faces B n'apportaient pas grand chose et que le titre à conserver c'était systématiquement la version album ou celle raccourcie pour les passages en radio. Belles pochettes et tout ça, mais aucun disque suffisamment motivant pour moi dans son ensemble. A tout prendre, autant s'intéresser à l'album Maxinquaye, dont les six premiers titres sont les singles, sauf que je n'avais pas envie de chroniquer un album.
Et puis, en rangeant ces disques, je suis retombé sur celui-ci, dont je ne me souvenais plus trop. Eh bien lui il fait l'affaire ! Ce n'est sûrement pas son meilleur disque, mais la face A est d'excellente tenue, et les deux faces B sont intéressantes.

J'ai inclus ce disque dans une commande Discogs, motivée principalement par le Tindersticks et le Vic Chesnutt, que j'avais complétée pour amortir le port et faire de bonnes affaires. C'était tout début 2022, mais les choses ont déjà bien changé depuis : les sept CD singles de ce vendeur autrichien m'avaient coûté 11 € plus 7,50 € de port. Aujourd'hui, le même vendeur a  toujours de nombreux CD pas chers, mais le port serait à 25 € pour le même colis...

La face A est tirée du quatrième album de Tricky, Juxtapose, produit en collaboration notamment avec DJ Muggs de Cypress Hill (que je connaissais, mais qui n'intervient pas sur ce titre) et Grease,  producteur notamment du rapper DMX, que je ne connaissais pas.
Apparemment, au moment de l'enregistrement, Tricky était sous pression de son label pour obtenir de meilleurs résultats commerciaux. Il a quitté Island après ce disque.

For real fait partie de ces titres hip hop dont on sent qu'ils sont joués principalement par des musiciens avec leurs instruments, plutôt que construits à partir d'échantillons. Le rythme est intéressant, avec une petite virgule sonore accrocheuse. Tricky est dans son style habituel, en un peu moins sombre peut-être.
Les paroles semblent directement en lien avec son statut d'artiste en difficulté avec son label. Il contraste la vie rêvée du cinéma avec la vraie vie, dont la vedette qui a un contrat discographique serait protégée.
C'est une chanson qui me plaît vraiment bien, qui ne dépare au côté des plus grandes réussites de ses débuts.
Il existe une autre édition de ce single, avec trois remixes de For real (Hip hop, Rollo et Genaside II), tous sans intérêt pour moi et beaucoup moins bien que la version originale. Je suis donc tombé par chance sur la bonne édition, avec deux "faces B" intéressantes.

Bombing bastards ne figure pas sur l'album, mais ce n'est pas vraiment un inédit non plus. C'est l'une des nombreuses collaborations de Tricky, cette fois avec le groupe allemand Terranova. Ce n'est pas clairement indiqué sur le single, mais on trouve cette chanson sur Close the door, le premier album  de Terranova.
Pour le coup, ce titre contient de nombreux échantillons, et c'est très bien aussi. La boucle de batterie est jouée par André Ceccarelli sur un 45 tours collector de 1968 par The Piranha' Sounds; Il y a trois secondes de son d'une œuvre de Stockhausen; et surtout, la basse synthétique qui m'a bien accroché vient de la musique du film Assaut par John Carpenter.
Le texte de Tricky reprend un bout d'une autre collaboration, avec Afrika Islam, Here come the aliens. Il l'a interprété sur scène dès 1997, avec une musique différente (voir ci-dessous).

Pop muzik nous propose le tube de M à la sauce Tricky, dans une version co-produite par DJ Mugs. C'est justement moins poppy que la chanson originale, mais c'est une version intéressante et c'est du très bon Tricky, avec notamment des sons de guitare saturée. Peut-être bien que ce titre a été choisi parce que la thématique méta-musicale des paroles fait en partie écho à celle de For real.

Un nouvel album de Tricky, Different when it's silent, son premier sous son nom seul depuis 2020, sort le 17 juillet prochain. Son manager est actuellement un certain Alan McGee ! Et apparemment, il vit en France depuis quelques années.




Tricky, For real, en concert au Bowery Ballroom à New York le 16 septembre 1999.


Tricky, Bombing bastards, en concert au Shepherd's Bush Empire de Londres le 16 avril 1997. Image et son pourris, mais cette excellente version, qui date d'avant la collaboration avec Terranova, est très différente et plus "sauvage".

17 juin 2026

EDWARD SHARPE AND THE MAGNETIC ZEROS : Home (Demo)


Consulté la première fois sur YouTube le 14 avril 2026
Réf : CSD7 1401 -- Édité par Community Music / Fairfax Recordings aux États-Unis en 2009
Support : 1 fichier FLV
Titre : Home (Demo)

Plusieurs fois ces derniers temps, j'ai repensé à Home d'Edward Sharpe and the Magnetic Zeros, une des grandes chansons joyeuses des années 2000, et je me suis dit que ça serait bien de me la procurer en single pour la chroniquer ici.
Oui mais voilà, on est au 21ème siècle, et si Home est bien le titre le plus populaire du groupe, si une vidéo a été tournée pour en faire la promotion, il n'y a pas eu de single commercialisé pour cette chanson tirée d'Up from below, leu premier album. Tout ce qu'on trouve sur Discogs, c'est plusieurs versions promo en CD-R. Si j'étais tombé dessus à l'époque, dans la cave de Record and Tape Exchange à Londres ou chez Gilda à Paris, j'aurais été content d'en acheter un pour pas cher, mais je ne vais pas payer plusieurs euros port compris pour un disque gravé qui ne passe sûrement plus et une pochette papier imprimée maison.
Mais quand même, à force de recherches, j'ai découvert que, en face B de Simplest love, le premier 45 tours du groupe, on trouve une version démo de Home. Là, port compris, on est à plus de 50 € pour les exemplaires actuellement en vente sur Discogs, donc pas question non plus d'acheter ce disque, mais la chanson est sur YouTube, alors j'ai pu l'écouter, la mettre sur ma compilation La colère des imbéciles, et je peux maintenant vous en parler aujourd'hui.

Edward Sharpe and the Magnetic Zeros  était un collectif folk-rock néo-hippie comme il y en a eu quelques-uns à la même époque.
Home, dans sa version album, est une chanson au rythme entraînant, lancée par des sifflements. Pour le chant, c'est un duo féminin/masculin. Sur les couplets, ils chantent l'un après l'autre en se répondant (dans le genre, ça me rappelle notamment Melon Galia). Sur le refrain, ils sont rejoints par leurs potes du groupe et on a immanquablement envie de chanter tous ensemble.
C'est une chanson d'amour aux paroles drôles, avec une grande complicité entre les chanteurs. On a l'impression que c'est du vécu, notamment parce qu'ils utilisent leurs véritables prénom (Alexander et Jade) dans la partie parlée, qui est l'un des grands moments de la chanson.

La version démo de Home est très bien. Tous les éléments intéressants sont déjà présents, y compris les anecdotes parlées. Le refrain est peut-être un peu mou du genou par rapport à la version disque, mais sinon on se demande si c'était bien utile de la réenregistrer pour l'album. J'ai souvent cette impression à l'écoute de démos, comme celles de Stax et j'apprécie la spontanéité de "premières versions" de classiques comme Moon River ou Hit the road Jack.

Question fraîcheur, regardez la version de Home pour Road trippin' with Ice Cream Man (ci-dessous), enregistrée en acoustique, en direct et en plein air sur le site d'un festival, proche dans l'esprit de la prestation de l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp qu'on écoutait la semaine dernière.

Home n'a pas eu un énorme succès commercial au moment de sa sortie, mais la chanson a été reprise de nombreuses fois depuis, et elle est souvent utilisée comme musique de film ou de pub, sans parler de diffusion virale sur les réseaux. Apparemment, une publicité Peugeot de 2013 a fait beaucoup pour son succès en France


Edward Sharpe and the Magnetic Zeros, Home, en direct en 2013 pour Road trippin' with Ice Cream Man.


La vidéo de la version de Home de l'album Up from below.


Edward Sharpe and the Magnetic Zeros pour un concert Tiny Desk de NPR Music. Trois chansons, dont Home au milieu..