03 août 2021

ÉMILE VACHER : Elle aime les nègres


Acquis sur le vide-grenier d'Orconte le 25 juillet 2021
Réf : 250.464 -- Édité par Odéon en France en 1933
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Elle aime les nègres -/- Mon beau mâle

On est en août et, j'ai vérifié, c'est le premier disque acheté sur un vide-grenier cette année que je chronique. Cette petite brocante de village familiale et sympathique n'était pas ma première de l'année, mais les fois précédentes, j'en suis reparti soit bredouille, soit sans rien de vraiment intéressant. Je ne risque pas de faire une sélection de Mes grandes trouvailles de chine cette année !
Là, l'antiquaire du coin, plutôt sympathique, qui avait quelques 33 tours sans intérêt, a essayé de me refiler pour pas cher son petit tas de 78 tours. Je me suis contenté d'en extraire deux disques, mais j'ai regretté qu'il ait réussi à vendre tout son lot de 45 tours à un précédent client.

Je connais Émile Vacher (1883-1969) de réputation, et notamment son importance dans le développement du musette, mais c'est bien sûr avant tout pour le titre de sa chanson principale que j'ai sélectionné ce disque.

L'hiver dernier, j'ai fait l'acquisition du CD Colonies de la collection Chansons Actualités de Promo Sound, paru en 2003. Le principe de cette collection est d'associer une collection thématique de chansons à des extraits d'actualités sonores de l'époque.
Pour vous donner une idée du contexte, voici l'un des bobinots d'actualité qu'on y entend :

Au vu de la sensibilité du sujet, les notes de pochette prennent leurs précautions et leur distance :
"Cette floraison de refrains exotiques a donné naissance à d'authentiques petits chefs-d’œuvre (...), mais aussi, il faut bien le reconnaître, à quelques rengaines dont le racisme et le mauvais goût, pour débonnaire qu'ils se voulussent, n'était pas absent."

On trouve sur cette compilation des titres comme La biguine de Dranem, Un petit négro de Michel Simon, Il s'appelait Bou-Dou-Ba-Da-Bouh de Félix Mayol ou Le grand voyage du pauvre nègre d’Édith Piaf. On n'y trouve pas Elle aime les nègres, mais cette chanson y aurait eu toute sa place, et bien sûr les pincettes à prendre avec ses paroles sont identiques :

"Elle aime les nègres, les gras, les maigres
D'vant les trapus aux ch'veux crépus j' n'existe plus
Elle devient folle, perd la boussole
Elle gaspille pour eux tout mon fric ce n'est pas chic
Dès qu'l'un s'avance, c'est d' la démence
Pour s'faire comprendre elle leur dit "Goodbye and cheerio"
Elle joue du torse, le prend de force
C'est idiot mais elle est dingo des négriots
"

Sur ce disque, "l'accordéoniste virtuose" Émile Vacher est accompagné par son orchestre musette et par son pianiste de prédilection Jean Peyronnin. Si on arrive à faire abstraction des paroles, on peut apprécier la partie instrumentale de ce titre et se rendre compte que, tant au niveau de l'interprétation que des arrangements et de la qualité technique, c'est carrément excellent, digne du meilleur du jazz Nouvelle-Orléans ou des biguines.

Sur la face B, Mon beau mâle est une valse (chantée par une femme...). Là encore, l'instrumentation, excellente, a bien mieux vieilli que les paroles.

Ce disque est "historique", mais pas d'une époque si ancienne que ça, puisqu'il est sorti l'année de naissance de mon propre père. Et malheureusement, les chansons racistes n'ont pas disparu avec les années 1930 ni avec les colonies. Dans le n° 333 de Mojo daté d'août 2021 Brown sugar des Rolling Stones (1969) est qualifiée de "racialised colonialist rape fantasy" (en 1995, Mick Jagger a indiqué qu'il "n'écrirait plus cette chanson maintenant").

Avant de vous quitter, je me dois de vous avertir solennellement : Elle aime les nègres est une chanson efficace qui reste bien en tête. Méfiez-vous, il y a un risque marqué après écoute de vous retrouver à la fredonner à voix haute dans des endroits publics !

A écouter :
Émile Vacher : Elle aime les nègres
Émile Vacher : Mon beau mâle


En 2019 est sortie la compilation double-CD 50 titres (dont 15 inédits) Émile Vacher, créateur de la valse musette et de la java.

26 juillet 2021

RITCHIE VALENS : La bamba


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 21 juillet 2021
Réf : 109423 -- Édité par Les Éditions Productions Georges Mary / Ariola en France en 1987
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La bamba -/- Donna

L'autre jour, quelqu'un a mis cette pochette de disque sur Facebook. En la voyant, j'ai tiqué. Pour qui connait l'affiche et la pochette de la bande originale du film La bamba, qui raconte la courte vie de Ritchie Valens, il est clair que cette réédition de la version originale s'en inspire très fortement :



D'habitude, le parasitisme commercial dans le disque, qui m'a souvent intéressé ici (voir A whiter shade of pale, Seaside shuffle, Venus ou Al Capone par exemple), se fait dans le sens inverse : il y a un très grand tube et immédiatement ou presque, les groupes et les maisons de disques se précipitent pour essayer de capter une part du succès, avec des reprises à l'identique, des pochettes trompeuses, des "versions originales françaises", etc.
Là, on est dans le cas très particulier où le tube du moment est une excellente reprise, par Los Lobos, et un label qui détient les droits sur la version originale la ressort en essayant de bénéficier du succès du film.
Une première réédition de 1987 en France, avec la même référence catalogue et Donna en face A, était moins bien efficace question pochette puisque, même si le lettrage de "L'original" rappelle celui de "La bamba" sur l'affiche, on ne fait pas le lien avec cette affiche quand on voit la pochette :



Quand j'ai découvert cette pochette en ligne, vers la mi-juillet, j'ai été suffisamment intéressé pour aller rechercher la fiche du disque sur Discogs et je me suis noté de prendre ce disque, que je ne connaissais pas du tout, si jamais je tombais un jour dessus. Et ce même si en ce moment, avec très peu de brocantes organisées, les occasions de faire des trouvailles sont rares. Et pourtant, v'là-t'y-pas que, à ma visite suivante chez l'Emmaüs du coin, où un nouveau lot de disques venait enfin d'arriver, je tombe précisément sur ce disque !!
Et là, j'ai été efficace puisque, évidemment, quand j'ai sorti le disque de sa pochette, il était cassé. Et vraiment cassé, pas juste une petite rayure. Dépité, je l'ai remis dans sa pochette, et j'ai continué à fouiner, mais ça m'embêtait car après tout ce qui m'intéressait avant tout dans ce 45 tours c'était sa pochette.
Je l'ai repris, j'ai ressorti le disque, essayé de voir si on pouvait éventuellement recoller les deux bouts, et c'est alors que j'ai remarqué que le disque que je tenais dans mes mains n'était pas le bon : il s'agissait de la version Los Lobos de La Bamba !
Or, cette version Los Lobos, que j'ai depuis longtemps en album et en single, je venais d'en voir un exemplaire une minute plus tôt.
Je suis revenu en arrière et, bingo !, dans la pochette de Los Lobos j'ai trouvé mon disque de Ritchie Valens en parfait état. Il faut se battre parfois pour acheter un disque, mais il arrive qu'on soit récompensé...

Je suis d'une génération où l'on a plutôt dansé sur El Bimbo de Bimbo Jet que La bamba ! Je ne connaissais ni la version originale ni celle années soixante de Los Machucambos et c'est vraiment avec la reprise de Los Lobos que j'ai découvert cette chanson.
Apparemment, l'idée de faire un arrangement rock de cette chanson traditionnelle mexicaine n'est pas venue de Ritchie Valens. Mais du coup il est considéré comme le premier rocker latino, même si sa langue natale était l'anglais, ce qui signifie qu'il a dû apprendre phonétiquement les paroles toutes simples de cette danse.
La bamba est parue à l'automne 1958, en face B de son deuxième 45 tours, Donna, quelques semaines après le premier, Come on, let's go (repris notamment par les Ramones). La bamba n'a donc été un succès pour Ritchie Valens qu'après sa mort. C'est un excellent titre rock and roll avec une production de l'époque qui le fait sonner très brut aujourd'hui.
Donna est une ballade, presque un archétype de slow, mais en juste 2'20.
Il est vertigineux de se rendre compte que, quand Ritchie Valens est mort en plein succès le 3 février 1959, dans un accident d'avion qui a tué également le pilote, The Big Bopper et Buddy Holly, il n'avait qu'un peu plus de 17 ans et demi.

En 1987, pour exploiter le succès du film et sa bande originale, un autre disque crédité à Ritchie Valens a été publié (et a dû pas mal se vendre car je le vois plus souvent passer que cette version originale). Il s'agit de La bamba '87. Comme le titre l'indique, il s'agit d'un nouveau mixage supervisé par le producteur original Bob Keane, à fuir absolument puisqu'il semble que, de l'enregistrement original, seule la voix a été conservée.


Quelques images de Ritchie Valens jouant La Bamba mises en boucle sur le son du disque.

20 juillet 2021

THE CHEERS : Black denim trousers and motorcycle boots


Acquis chez YMCA à Douvres le 2 mars 2020
Réf : CL.14377 -- Édité par Capitol en Angleterre en 1955
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Black denim trousers and motorcycle boots -/- Some night in Alaska

Ce disque fait partie du très beau lot de 78 tours que j'ai trouvé à Douvres lors de mon dernier séjour en date en Angleterre, début mars de l'an dernier, juste avant les fermetures de frontières. C'était l'un des rares titres que je connaissais de réputation et, si je ne l'ai pas chroniqué tout de suite, c'est parce que j'ai été déçu sur le coup quand j'ai sorti le disque de sa pochette et découvert qu'il était ébréché. Je ne peux donc pas écouter les premières secondes des deux faces.

Black denim trousers and motorcycle boots
est une chanson importante à plusieurs titres : c'est l'un des premiers très grands succès écrits par Jerry Leiber et Mike Stoller; c'est aussi la première d'une longue lignée de chansons sur les motards; et, adapté en L'homme à la moto, c'est aussi l'un des grands succès d'Edith Piaf.

On parle très rarement du groupe The Cheers à propos de cette chanson, sûrement parce qu'ils ne font "que" la chanter. Il était composé de Bert Convy, Sue Allen et Gil Garfield. Ils avaient déjà eu du succès avec (Bazoom) I Need Your Lovin' en 1954, le premier tube écrit par Leiber et Stoller, mais les autres singles sortis entre-temps s'étaient bien moins vendus.

Black denim trousers and motorcycle boots
est considérée comme l'un des premiers tubes de rock and roll par un groupe blanc. Rock and roll, les paroles le sont indubitablement, avec cette histoire tragique d'un motard, non pas en blouson mais en jean noirs et bottes, qui termine volatilisé sous les roues d'une locomotive. Deux ans après la film L'équipée sauvage avec Marlon Brando, quelques semaines avant l'accident de voiture de James Dean, cette chanson a littéralement contribué à créer un genre, qui a peut-être bien atteint son apogée avec Leader of the pack des Shangri-Las.
Mais côté musique, même si le rythme est endiablé, on est assez loin du rock and roll. D'ailleurs, l'une des inspirations évidentes de Leiber et Stoller, c'est un tube country & western de 1950 de Frankie Laine, The cry of the wild goose.
Et il y a une remarque que je me suis faite pour la première fois en préparant cette chronique. En fait, tout est outrancier dans cette chanson, les paroles et aussi la production musicale et les arrangements, avec les chœurs et effets sonores. Du coup, en repensant au fait que mon lot de 78 tours comportait surtout des pastiches et des parodies, comme les disques de Stan Freberg et Red Ingle, j'en viens à me dire qu'au départ cette chanson n'était peut-être pas à prendre entièrement au premier degré.

Pour ce qui est de L'homme à la moto, ce qu'il faut noter c'est que, pour une fois, l'adaptation des paroles en français par Jean Dréjac, et même l'arrangement musical, sont très fidèles à la version originale. Apparemment, c'est Piaf elle-même qui avait repéré la chanson lors d'une tournée aux États-Unis et qui a décidé de la reprendre.

La face B, Some night in Alaska, écrite par Mel Leven, est une chanson pop légère, où il s'agit de réussir à convaincre une fille de passer une soirée en Alaska, où les nuits durent six mois, histoire d'avoir le temps de faire sa conquête.


Édith Piaf, L'homme à la moto, à la télévision le 5 août 1956, après un court entretien avec Henri Spade. Au passage, par un raccourci dévastateur dans son annonce, elle fait de Jean Dréjac le seul auteur de la chanson.


Dans la série Ces chansons qui font l'été de France Info, la chronique de 2020 de Bertrand Dicale, "L’Homme à la moto" d’Édith Piaf ou la mort à deux roues.


Une belle couverture de partition pour Black denim trousers and motorcycle boots.

10 juillet 2021

THE KINKS : Mister Pleasant


Acquis aux Puces du Canal à Villeurbanne le 9 avril 2006
Réf : PNV 24 191 -- Édité par Pye en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Mister Pleasant -- This is where I belong -/- Two sisters -- Village green

Le producteur Shel Talmy, connu notamment pour son travail avec les Kinks et les Who, aura 84 ans le mois prochain. Visiblement, il tient la forme et il raconte régulièrement sur Facebook ses souvenirs d'enregistrements (en espérant qu'on lui proposera à un moment de les rassembler dans un livre). Son article cette semaine sur Mr. Pleasant a particulièrement retenu mon attention.



Il y explique que, pour cet enregistrement, les quatre membres des Kinks ont été rejoints par John Beecham au trombone, Nicky Hopkins au piano et l'épouse de Ray Rasa aux chœurs.
Aujourd'hui encore, il n'arrive pas à s'expliquer pourquoi cette chanson enregistrée début 1967 n'est pas sortie en face A de single en Angleterre. Ce fut pourtant bien le cas en avril 1967 un peu partout en Europe (avec This is where I belong en face B) puis en mai aux États-Unis (couplée cette fois avec Harry rag). Mais en Angleterre, Pye a renoncé à sortir ce disque et s'est concentré sur Waterloo sunset, devenue un classique, enregistrée en avril et sortie en mai.
Mister Pleasant n'a été publiée en Angleterre qu'en octobre 1967, en face B d'Autumn almanac.
Une fois connue la décision du label, et impressionné par la performance de Nicky Hopkins, Talmy lui a fait enregistré une version instrumentale de Mister Pleasant, sortie sur un 45 tours crédité à Nicky Hopkins & the Whistling Piano.

Tout ça fait bien mon affaire car Mister Pleasant est l'un des deux seuls EP des Kinks que je possède. J'ai acheté mon exemplaire à Villeurbanne il y a quinze ans, le même jour que le Louie Louie des Beach Boys, alors que je publiais ce blog depuis quelques mois.
J'avais noté à l'époque que c'était un professionnel plutôt sympathique qui m'avait vendu ce disque issu de sa propre collection. Je constate aujourd'hui en l'examinant de près qu'il avait dû bien l'écouter, son disque : la pochette est en plutôt bon état mais le disque lui-même est très marqué, avec des rayures et même des impacts. Il passe difficilement sur une platine récente (mais je suis sûr qu'avec un électrophone je n'aurais pas de problème !).

On sait que la France était l'un des rares pays à cette époque à publique systématiquement les 45 tours sous la forme d'EP quatre titres. Le plus souvent, le label français rassemblait deux 45 tours face A face B et ça faisait l'affaire. Ou alors, on allait chercher deux pistes d'album pour compléter un 45 tours deux titres. Dommage que sa pochette soit aussi moche mais, fait probablement unique pour un groupe de cette stature, quand cet EP Mister Pleasant est sorti en France, ses quatre titres étaient complètement inédits en Angleterre !!
On a vu ce qu'il en était de Mister Pleasant. Quant à This is where I belong, elle n'est jamais sortie à l'époque en Angleterre, mais on peut supposer que la compilation américaine The Kink Kronikles de  1972 y a largement été importée.
Quant aux deux autres chansons, elles n'étaient carrément disponibles qu'en France à ce moment. Two sisters a ensuite été incluse en septembre 1967 sur l'album Something else by The Kinks et quant à Village green, c'est carrément dix-huit mois plus tard (une éternité en temps années soixante) qu'elle apparaîtra sur The Kinks are the Village Green Preservation Society.

Écoutons ces chansons maintenant.
En fait, je serais assez d'accord avec le label anglais, puisque Mister Pleasant est la chanson du lot que j'aime le moins. Il y a un côté rétro qui, en parallèle ou associé au psychédélisme, a marqué le rock de 1967. C'est plaisant, effectivement, pas mauvais du tout, mais Ray Davies a fait beaucoup mieux par ailleurs.
This is where I belong est la chanson la plus rock du lot et aussi la plus "ancienne", puisqu'elle date des sessions de l'album Face to face un an plus tôt. C'est très bien, et il y a à nouveau un lien très ténu avec mon actualité du moment sur les chansons de Jonathan Richman, puisque Jonathan a participé en 2002 à l'album-hommage This is where I belong, sur lequel il reprend Stop your sobbing.
Two sisters est une très belle chanson. Ray Davies avait six sœurs aînées. Il avait sûrement beaucoup d'expériences et de souvenirs à partager à leur sujet mais, comme il l'expliquait lui-même lors  d'un concert en 2010, le véritable sujet de cette chanson sur les différences de caractère et les jalousies fraternelles, c'est Ray et son seul frère Dave, le guitariste du groupe.
Village green est une autre très bonne chanson. On peut considérer qu'elle est la chanson à l'origine de l'album désormais très réputé The Kinks are the Village Green Preservation Society puisqu'elle est la première à avoir été composée, et l'album devait initialement porter son titre.

Ces chansons sont partie des derniers enregistrements des Kinks produits par Shel Talmy. Ray Davies a pris le contrôle complet ensuite et s'est installé seul à la barre. Mais, comme Shel Talmy a eu l'occasion de le faire remarquer, le groupe a eu moins de succès après son départ.


The Kinks, Mr. Pleasant. Le groupe s'amuse bien sur le plateau de l'émission de télévision allemande Beat Club, le 20 mai 1967.

04 juillet 2021

LAURIE ANDERSON : O Superman


Acquis chez Carrefour à Châlons-sur-Marne en 1981
Réf : 17870 -- Édité par Warner Bros en France en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : O Superman (For Massenet) -/- Walk the dog

O Superman est sorti il y a quarante ans. Ça nous a notamment valu un article dans The Guardian sur son enregistrement et son succès. Il y a aussi l'album Big science de 1982, sur lequel on retrouve O Superman, qui vient d'être réédité en vinyl rouge et qui est chroniqué dans Uncut.
Et puis, sans aucun lien avec ce qui précède, l'ami John Pearce (alias Alig de Family Fodder) a inclus en mai sur l'un de ses albums numériques un très beau titre où il rend hommage à Laurie Anderson, en se souvenant du choc de la découverte d'O Superman et du concert auquel il a assisté à Londres à l'époque :


John Pearce (Alig Fodder), Laurie Anderson, extrait de l'album Talk show, 2021.

Comme le rappelle utilement Uncut, Laurie Anderson ne sortait pas de nulle part. Simplement,c'est dans les milieux artistiques d'avant-garde qu'elle était déjà très active depuis plusieurs années, montant des performances dans des lieux publics. En 1979, le New York Times l'a qualifiée de “best and most popular performance artist of her age”. Le San Francisco Art Institute l'avait faite docteur honoris causa et le Guggenheim lui avait attribué une bourse universitaire. Elle a visiblement toujours utilisé la musique et la technologie dans les performances, mais c'est presque par hasard qu'elle a basculé dans le monde du "rock" et de l'industrie du disque. C'est B George, l'un des auteurs de Volume : International discography of the New Wave, qui a rendu possible cette bascule. Il a d'abord convaincu Laurie Anderson de publier un 45 tours sur son label One Ten et, comme il le raconte au Guardian, quand John Peel l'a invité à programmer une séquence dans son émission pour parler de l'encyclopédie, il y a inclus O Superman. Ça a plu à Peel et à ses auditeurs, qui ont cherché à se procurer le disque et le reste est de l'histoire, comme disent les anglais, puisque, après avoir signé chez Warner, qui a réédité le single, O Superman est devenu en Europe l'un des tubes les plus bizarres et surprenants de l'histoire de la pop.
J'imagine qu'en France aussi, c'est d'abord des gens comme Bernard Lenoir qui ont passé les huit minutes d'O Superman en intégralité. Mais ensuite ça a débordé sur les radios commerciales et O Superman, comme à la même époque Being boiled ou un peu avant Money, a vraiment été un succès par chez nous. La preuve : c'est à Carrefour que je me suis procuré mon exemplaire à l'époque, qui venait rejoindre dans ma discothèque des tubes improbables mais peut-être plus pop comme Radioactivity.

O Superman est dédié à Jules Massenet. Le lien se fait particulièrement avec un air du troisième acte de son opéra Le Cid de 1885, Ô souverain, ô juge, ô père. A l'écoute, je n'entends aucune parenté musicale entre les deux titres, mais il y a une parenté évidente pour les paroles puisque O Superman débute par "O Superman, O Judge, O Mom and Dad".

Je n'y avais jamais prêté attention, mais il y a un rapport entre la face B, Walk the dog, et mon actualité autour de Jonathan Richman puisqu'il y a un batteur sur ce titre et ce batteur c'est D. Sharpe, membre des Modern Lovers en 1977-1978, qui avait rejoint le Carla Bley Band au début des années 1980.

O Superman et Walk the dog, tout comme la plupart des titres de Big science, font partie d'un grand projet de Laurie Anderson, United States, un spectacle de huit heures dont la première en intégrale n'a été donnée qu'en 1983, mais Laurie Anderson en a joué des extraits à de nombreuses reprises les années précédentes. Je ne me suis pas intéressé à l'époque au coffret live cinq disques d'extraits de United States, vendu pourtant à un prix relativement abordable, parce que j'étais persuadé que ce serait trop expérimental pour moi. Je le regrette sincèrement aujourd'hui parce que les extraits que j'en ai vus montrent que je me trompais, surtout ceux de sa prestation à Liège au Cirque Divers en 1981, qui m'a carrément mis par terre : en effet, comme le montre l'extrait de trois titres ci-dessous, ce soir-là Laurie Anderson, qui ne parle visiblement pas particulièrement bien notre langue, a pris la peine de traduire l'intégralité de son spectacle en français ! C'est excellent et je me précipiterais dessus s'il en existait un enregistrement audio de qualité.

Dans les faits, je n'ai acheté quasiment aucun disque de Laurie Anderson après O Superman, notamment parce que j'ai été déçu par des écoutes rapides de ses albums des années 1980. Par contre, l'ami Philippe D. m'a offert il y a quelques temps la bande sonore de Heart of a dog, un projet filmé de Laurie Anderson de 2015, et je l'ai particulièrement appréciée.

En avril 2021, Laurie Anderson a été l'invitée d'Arnaud Laporte dans l'émission Affaires culturelles sur France Culture. En mai (voir ci-dessous), elle a interprété O Superman lors d'un Tiny Desk (home) concert.


Laurie Anderson en concert au Cirque Divers à Liège en 1981 :
O Superman,
Language is a virus from outer space et Let X=X. Paroles adaptées en français par Danièle Nyst.


La vidéo réalisée à l'époque pour O Superman.


Laurie Anderson, Walk the dog, en direct et en solo dans l'émission Late night with David Letterman, le 8 mai 1984. Imaginez une performance similaire chez Drucker...


Laurie Anderson, Tiny Desk (home) concert, 20 mai 2021 : Let X=X, Violin cello improv et O Superman. Laurie Anderson est accompagnée par Rubin Kodheli au violoncelle et Roma Baran, la productrice d'O Superman et Big science, au synthétiseur.


26 juin 2021

THE MODERN LOVERS : The morning of our lives


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 14 décembre 2020
Réf : BZZ7 -- Édité par Beserkley en Angleterre en 1978
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The morning of our lives -/- Roadrunner (Thrice)

Je viens de publier un nouveau livre, Notre temps c'est maintenant : Une farandole de chansons de Jonathan Richman, qui propose à travers une trentaine de chroniques un panorama d'un demi-siècle de chansons du fondateur des Modern Lovers, de la première parue, The new teller en 1975, à l'une des plus récentes, Cold pizza en 2020.

Pour marquer le coup, j'ai ressorti ce 45 tours, que l'ami Dorian Feller m'a fort opportunément et très gentiment offert il y a quelques mois (il a acheté cet exemplaire en parfait état dans une bourse aux disques, je crois).
J'avais déjà un autre exemplaire depuis longtemps, mais il était assez pourri et surtout sans pochette. Non que cette pochette soit particulièrement remarquable, avec ses photos en noir et blanc prises lors des concerts qui ont donné lieu à l'album Modern Lovers 'live', dont la face A est extraite. La pochette de l'autre single extrait de l'album, New England, qui m'a aussi été offert par Dorian, n'était pas mieux.
Sur la pochette, le crédit est à The Modern Lovers, comme sur l'album live, mais c'est Jonathan Richman & the Modern Lovers qui est indiqué sur le rond central du disque, comme pour les deux premiers albums studio officiels parus précédemment. Sur ce rond central, toujours, il y a la mention "© 1977", mais on était à la fin d'une année discographiquement très chargée pour Jonathan Richman (single Roadrunner, album Rock 'n' roll with..., single Egyptian reggae, album live) et selon certaines sources ce 45 tours serait plutôt sorti début janvier 1978.
J'aime bien le slogan publicitaire qu'on trouve au dos de la pochette, "The most fun you can have with your clothes on". En plus sage, il fait penser aux fameux slogans de Stiff Records à la même époque.

La face B de ce 45 tours, Roadrunner (Thrice), ne figure pas sur l'album, tout comme les faces B live de New England et Buzz buzz buzz que j'ai déjà eu l'occasion de chroniquer ici. Mais même Roadrunner (Thrice), je l'ai déjà chroniquée puisqu'elle est aussi en face B de My little Kookenhaken, un 45 tours paru uniquement au Benelux.
Quant à The morning of our lives, c'est une chanson qui compte beaucoup pour moi. Ce n'est pas un hasard si le titre du livre reprend une partie du refrain de cette chanson !
Plutôt que de me répéter, je reproduis ci-dessous les deux chapitres du livre dédiés à The morning of our lives et Roadrunner.
Quant au livre lui-même, comme les précédents il est disponible gratuitement en téléchargement. Seule la version imprimée est en vente (11€ port compris pour la France). Pour les non-francophones, il existe une version en anglais, Our time is now.



The morning of our lives

Parutions :
Modern Lovers live (1977)
Morning of our lives single (1978)


Cette chanson n'a été publiée que dans une version en public, mais celle-ci est parfaite.
Je n'ai pas recours pas aux livres sur le bien-être ni aux séminaires de motivation personnelle ou aux manuels pour savoir comment conduire sa vie. Il y a peu de chance que je le fasse un jour puisque, à elle seule cette chanson peut remplir toutes ces fonctions. Elle a d'ailleurs été l'un des piliers essentiels de la hip-pop optimiste, le pseudo-concept philosophico-musical élaboré autour de mon émission de radio Vivons heureux ! (en attendant la mort…).

On est en fin de concert, sûrement même au moment du dernier rappel (Jonathan lance un "Goodnight" à la fin, et le titre a été placé à la toute fin de l'album).
La chanson démarre lentement, le rythme est donné par la guitare, des petits coups de baguette, des notes de basse isolées. L'instrumentation est minimale mais parfaitement dosée et, dès le début, on entend au loin que le public accompagne le groupe en claquant des mains en rythme.

Pour cette chanson, Jonathan s'adresse à une amie et cherche à l'encourager et à lui donner confiance : "J'ai foi en toi. Parfois toi-même tu ne crois pas en toi, mais j'ai foi en toi. Et notre temps c'est maintenant, maintenant on peut faire tout ce qu'on veut vraiment faire, notre temps c'est maintenant, là au matin de notre vie".
A ce moment, il appelle en renfort à ses amis du groupe, Leroy, Asa et D. Sharpe pour qu'ils lui disent en chœur de ne pas avoir peur, que tout va bien et qu'ils l'aiment aussi.
Il se passe quelque chose d'extraordinaire au cours de la dernière minute de cette chanson assez longue. A la fin du dernier refrain, il y a comme une micro-pause, et on sent comme une explosion du public, qui réagit ("Yeah !" et applaudissements) et reprend plus fortement les claquements de mains pour un coda au cours duquel le chanteur s'adresse visiblement désormais à tout le public et pas juste à une amie : "Nous sommes jeunes maintenant… Maintenant il est temps pour nous d'avoir foi en ce que nous pouvons faire. Aucune raison d'avoir peur.".
C'est puissant et émouvant, le genre de moment de joie et d'émotion collectives qui n'est pas rare dans un concert de Jonathan Richman mais qui est habituellement difficile à faire revivre sur un enregistrement.
Le plus étonnant dans tout ça c'est que cette très belle chanson, qui n'a rien d'une pépite pop, a été choisie comme face A du premier 45 tours extrait de l'album en Angleterre, avant même le plus évident New England. Dans la foulée du succès d'Egyptian reggae, le titre a même été classé, très brièvement, dans les 30 meilleures ventes du pays.

J'ai choisi dans ce livre de me concentrer sur les versions des chansons parues officiellement, mais pour cette chanson particulièrement importante qu'est Morning of our lives j'ai décidé de faire une exception. Certes, l'excellente version en public se suffit à elle-même mais, sans les publier, Jonathan Richman en a enregistré d'autres versions dans la période entre les albums Back in your life (1979) et Jonathan sings ! (1983), et ces versions, qui circulent parmi les fans, sont intéressantes.
A l'écoute, on y apprend un détail (l'amie à laquelle il s'adresse se nomme Carol) et surtout que Maurice Chevalier a été l'une des inspirations de cette chanson. Sur la scène du Left Bank en 1981, il explique qu'il a lu un livre de Maurice Chevalier (je n'ai pas retrouvé la source en feuilletant le livre, mais il est possible que ce soit son recueil de mémoires Ma route et mes chansons) dans lequel il expliquait que, quand il voyait de jeunes amoureux s'embrasser dans les rues de Paris, il aimait les regarder car ils prenaient du bon temps et il avait envie d'aller leur dire quelque chose comme, "Mes amis, profitez-en tant que vous pouvez". C'est ce qui a inspiré un couplet supplémentaire de la chanson.
Dans une session studio inédite vers 1981, ça donne "If Maurice Chevalier were here today, he'd take us all by the hand and say : Enjoy it while you can. For me, it is the twilight, but for you it's the morning, ladies and gentlemen. Our time is maintenant, le time to do les choses, comment dit-on, tu vraiment veux, oui, le temps est maintenant, le matin de notre vie. (...) Nous avons la jeunesse maintenant.". Formulé un peu différemment, mais toujours en français dans le texte, ça donnait dans une session à la maison de Jonathan Richman avec Andy Paley vers 1979, "Le temps est maintenant, le temps de faire les choses que vous vraiment aimez. Notre temps est maintenant, dans le matin de notre vie.". Comme ça, vous savez d'où vient le titre de ce livre...
S'il y a une autre chanson du même calibre que j'associe à celle-ci, c'est Affection. Pour vérifier que le concept de jeunesse est relatif, on peut aussi se reporter à Just about seventeen : quel que soit son âge, à chaque écoute de The Morning of our lives on se sent jeune, prêt à prendre un nouveau départ et suffisamment plein de vie pour, par exemple, entonner une autre chanson de Jonathan Richman, l'hyper énergétique et entraînante I'm just beginning to live (1985), dont les principales paroles à part "Je commence juste à vivre" sont "Wang a dang a dang a do a dang dang".
Mais il ne faut pas se leurrer. Avec la mort en janvier 2021 de Leroy Radcliffe, qui suit celle d'Asa Brebner en 2019 et de D. Sharpe en 1987, il n'y aurait plus personne pour répondre à Jonathan s'il chantait Morning of our lives aujourd’hui. On a une pensée pour eux, en méditant sur le fait que le matin de nos vies est toujours trop court.

Roadrunner
Parutions :
Beserkley Chartbusters Volume 1 (1975) (Version Once)
The Modern Lovers (1976) (Version Twice)
Roadrunner single (1977) (Versions Once et Twice)
Morning of our lives single (1978) (Version Thrice)
The original Modern Lovers (1981) (Versions # 1 et # 2)
Live at the Longranch Saloon (1992)


Si le titre de Jonathan Richman qui s'est le mieux vendu est Egyptian reggae, celui qui est communément considéré comme un classique du rock est Roadrunner. Construite sur seulement deux accords, cette chanson est instantanément reconnaissable, que ce soit par le "One, two, three, four five six" compté d'entrée, le riff de trois notes, "Blang !, Blang !, Blang !", ou les "Roadrunner ! Roadrunner !" en défouloir dans le refrain.
Avec six versions différentes publiées, elle doit tenir le record parmi tous les titres enregistrés par Jonathan Richman, mais elle a été peu jouée sur scène depuis la fin des années 1970.
Depuis plusieurs années, certains militent pour faire de Roadrunner la chanson officielle de l’État du Massachusetts, mais certains élus lui préfèrent Dream on d'Aerosmith (Jonathan pense que sa chanson n'est pas assez bonne pour mériter tel honneur...). En tout état de cause, si Roadrunner est un hymne, c'est à la balade en voiture autour de Boston, seul la nuit, en écoutant la radio. Dans Roadrunner (Thrice), la version en public de 1977, le sentiment qui se trouve au cœur de la chanson est parfaitement résumé : "I wouldn't say I feel lonely. I would say that I feel alive, all alone. 'Cos I like this feeling of roaming around in the dark, and even though I'm alone out there, I don't mind, 'cos I'm in love with the world.".

Quand j'ai découvert cette chanson, avec l'achat de Beserkley chartbusters volume 1, j'ai souvent essayé d'en imaginer une version personnalisée, adaptée à mon mode de locomotion et à ma ville d'origine, Châlons-sur-Marne. Au lieu de croiser en voiture dans la banlieue, j'avais la Mobylette précédemment utilisée par mon père pour aller travailler en équipe à l'usine et qui m'avait été offerte pour mes quatorze ans, et j'imaginais des trajets dans le froid cinglant de l'hiver, du quartier Saint-Thiébaut au local de répétition du Ouane Brothers Band à Fagnières, ou de la maison des amis à Coupéville jusqu'à chez mes grands-parents rue des Martyrs de la Résistance.

Sister Ray du Velvet Underground est souvent citée comme un modèle pour Roadrunner. En me cantonnant à ce groupe, je penserais plutôt aux longues envolées avec orgue du Live 1969, ou encore un amalgame de deux titres enchaînés sur Loaded, Sweet Jane pour le riff et Rock & Roll pour l'amour de la radio et du rock.
Une influence non musicale est mentionnée par Jonathan lui-même dans un article d'ARTnews, celle d'Edward Hopper, notamment Essence (1940). Il explique que Roadrunner en particulier, une chanson sur les nuits solitaires sur des routes solitaires et sur la façon dont les lumières sont comme des amis dans la nuit, lui doit beaucoup.
Parmi toutes les versions disponibles, celle que je recommande en priorité c'est celle avec un son crade et un orgue saturé produite début 1972 par John Cale et publiée en 1976 sur The Modern Lovers. Elle est connue comme la version Twice depuis qu'elle a été mise en face B d'un 45 tours en 1977. Les autres versions de cette époque, en public ou produites par Kim Fowley, sont plus anecdotiques, y compris la Version 2 sur Original Modern Lovers, avec Mars Bonfire à la guitare à la place de Jonathan, qui date de l'automne 1973 et qui, en moins de trois minutes, est la plus ramassée. La version Once, avec le groupe Earth Quake, publiée en 1975 sur Beserkley Chartbusters Volume 1, est plus sage et sans orgue, les guitares y sont donc en valeur. La version Thrice, enregistrée à Londres en 1977 en même temps que Modern Lovers Live, est la plus longue et c'est très bien ainsi, surtout que c'est la seule enregistrée avec la formation de cette époque.

Elle est très différente musicalement, mais à la même époque The Modern Lovers avaient à leur répertoire une chanson très proche de Roadrunner par ses paroles, Ride down on the highway, sauf que là Jonathan n'était pas seul, mais accompagné d'une petite amie. Je n'en ai pas fait un inventaire exhaustif, mais Jonathan a composé de nombreuses chansons sur son Massachusetts natal, à commencer par New England : Fenway Park, The Fenway, Twilight in Boston, Winter afternoon by B. U. in Boston, As we walk to Fenway Park in Boston Town,...
Roadrunner a souvent été reprise, notamment, pour rester dans la galaxie Beserkley, par le Greg Kihn Band en 1979 et par Joan Jett en 1986. En 1984, The Jazz Butcher en a publié une version accélérée en face A de single. La version la plus réputée est sans contexte celle des Sex Pistols, enregistrée en répétition en 1976 et publiée en 1979 sur la bande originale du film La grande escroquerie du Rock 'n' Roll. Elle est enchaînée avec Johnny B. Goode de Chuck Berry et Johnny Rotten s'énerve car il ne connaît pas les paroles.
Pour ma part, le 5 février 1988, en Bretagne près de Morlaix, je me suis hissé à la hauteur de Johnny Rotten en rejoignant Biff Bang Pow ! sur scène dans une discothèque déserte pour massacrer allègrement Roadrunner. L'une des rares fois où j'ai "chanté" en public.