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17 juin 2023

KEVIN COYNE : Marlène


Acquis sur le vide-grenier de Dizy le 28 mai 2023
Réf : 610.137 -- Édité par Virgin en France en 1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Marlene -/- Jackie and Edna

Un pote avait déballé ce jour-là sur la broc des disques qu'il vend habituellement dans les bourses aux disques, dont il avait baissé le prix pour l'occasion.
A 2 €, je lui ai pris ce 45 tours paru il y a cinquante ans, car il était en bon état, pochette comprise, et surtout parce que Marlene est ma chanson préférée de Kevin Coyne.

1973, je me disais que ça devait être un des premiers disques Virgin... Et effectivement, Kevin Coyne a été le deuxième artiste signé par le label, après Mike Oldfield, et l'édition anglaise de Marlene est carrément le tout premier 45 tours publié par Virgin Records !

Ce 45 tours est extrait du double album Marjory razorblade. Il n'est pas crédité, comme à son habitude, mais il y a un peu de Barney Bubbles dans cette pochette : ce n'est pas lui qui s'est occupé de la photo de pochette de l'album, mais il a réalisé le logo avec le nom de l'artiste et le titre de l'album. C'est ce logo qui a été repris, en monochrome, par le label français pour la pochette de ce 45 tours. Ce n'est pas très lisible ni commercial. Le disque ne s'est sûrement pas beaucoup vendu, mais pour lui donner une chance il y a eu un retirage de la pochette, avec cette fois-ci "MARLENE" "écrit en gros et très visible, à défaut d'être esthétique.

Je crois que mon premier souvenir de Kevin Coyne, c'est une chronique dans Best ou Rock & Folk de l'album In living black and white. J'avais été marqué par la pochette, où l'on voyait Kevin saluer le public au recto, pour découvrir au verso qu'il cachait un rasoir dans son dos.
Le premier titre de lui que j'ai dû écouter, et apprécier, c'est Love in your heart sur le fameux et excellent Pillows and prayers de Cherry Red, qui avait réédité en 1983 la compilation Beautiful extremes et cetera. Et sinon, dans ces années-là, mes amis fans des musiques de traverses tenaient en haute estime Babble, sa collaboration de 1979 avec Dagmar Krause.

Avec l'accompagnement d'un groupe au complet, Marlene est dynamique et très pop pour Coyne, grâce notamment à l'orgue de Jean Roussel,  qui a notamment joué avec Cat Stevens et Donovan dans ces années-là, et aux coups de guitare électrique. L'ambiance est très différente sur l'enregistrement solo à la maison de 1972, publié sur l'album Nobody dies in dreamland.

Jackie and Edna (encore deux prénoms féminins après Marjory et Marlene...!) est un autre titre de l'album, mais ce n'est pas lui qui était en face B du 45 tours anglais. Là, l'accompagnement est minimal, juste une guitare acoustique, et on apprend en écoutant les paroles que Jacky, avec un "y", et Edna, sont les surnoms que se donnaient Kevin et une amie dont il aimerait bien avoir des nouvelles.

Avec le recul, j'entends l'influence que Kevin Coyne a pu avoir sur la génération qui l'a immédiatement suivi, celle du punk. Marlene c'est franchement très proche des meilleurs titres de Wreckless Eric, et  Jacquie and Edna, ça aurait pu être du Patrik Fitzgerald à ses débuts de poète punk.


Kevin Coyne, Marlene, en direct en 1974 dans l'émission comique hollandaise Discohoek de Sjef van Ockel.


Kevin Coyne et Brendan Crocker, Marlene, en concert à Leffinge en Belgique, en 2002. Une version intéressante pour ses paroles supplémentaires, qui donnent des précisions sur l'inspiration de la chanson : Marlene serait la fille d'un banquier dont il était amoureux en 1958 (Il avait 14 ans).


Kevin Coyne en studio, en concert à Stowe et en entretien. Extrait de l'émission Pop 2, diffusée en 1974.

27 janvier 2013

ELVIS COSTELLO : Sweet dreams


Acquis probablement chez New Rose à Paris en 1982
Réf : XX19 -- Edité par F-Beat en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Sweet dreams -/- Psycho

Le premier des deux concerts d'Elvis Costello auxquels j'ai assisté a eu lieu au Théâtre des Champs Elysées à Paris, le 10 janvier 1982, dans le cadre de la tournée qui a suivi son album country Almost blue. A Nashville, exactement une semaine plus tôt, Elvis et les Attractions, accompagnés à la pedal steel par John McFee, quasiment le 4e Atraction pour cet album, avaient joué 44 chansons ! A Londres trois jours plus tôt, ils avaient été rejoints par le Royal Philharmonic Orchestra pour la moitié des 29 titres joués (le single suivant, I'm your toy, a  été enregistré lors de ce concert).
A Paris, le billet annonçait des Guests et l'affiche précisait qu'il y aurait un quatuor à cordes, et on n'a rien vu de tout ça, sans aucune explication, John McFee étant lui aussi absent. Je dois bien préciser que, pour ma part, c'était aussi bien, car plus le concert faisait la part belle au versant rock/new wave de Costello, plus ça me plaisait.
J'aurais dû être au 2e balcon, mais heureusement les placeuses n'étaient pas trop vigilantes ce soir-là. J'ai pu traîner dans les couloirs, me glisser dans la fosse, à gauche de la scène, et apprécier pleinement le concert. Je n'ai pas été le seul à procéder ainsi puisque, à la fin du premier morceau, je me suis retourné et j'ai constaté que j'avais derrière moi une fine brochette de rockers français, Jean-Louis Aubert et Richard Kolinka de Téléphone et Dauga de Bijou, avait profité de l'obscurité pour rentrer discrètement dans la salle. Ce premier morceau, je l'ai "reconnu" dès le premier coup de caisse claire de Pete Thomas, très sec, qui l'a lancé. C'était la version intrépide de Why don't you love me like you used to do de Hank Williams, titre d'ouverture d'Almost blue. Mais Costello allait bien plus vite que tout le monde à cette époque (en se gavant de speed, c'est entendu) : après deux albums en 1981, dont un de reprises, certes, il avait déjà enregistré le suivant. Alors ce soir là, sur 28 titres joués, il n'y en a eu que 4 d'Almost blue contre 7 d'Imperial bedroom, qui ne sortirait que quelques mois plus tard.



Mon billet, ainsi que l'une des nombreuses publicités parues dans la presse pour annoncer le concert (celle-ci vient d'un numéro de Rock & Folk). Je note une bizarrerie : l'annonce de la distribution française de l'album par Arabella Eurodisc. Je ne m'en souvenais pas, mais la distribution française de F Beat est bien passée de Warner à Arabella Eurodisc en 1982 (Ils ont sorti Imperial bedroom en France), mais Almost blue est sorti en 1981 et mon exemplaire, acheté à la sortie, est bien un disque Warner (référence FB K 58 392). Je me demande si des bisbilles entre distributeurs n'expliquent pas les ratés, côté Guests, de l'organisation du concert du Théâtre des Champs Elysées.



Le 10 janvier 1982, il devait me rester quelques francs reçus en cadeau pour Noël, vu que j'ai acheté, ce qui m'est rarement arrivé, à la fois le t-shirt (très moche) de la tournée, avec les dates dans le dos, et le calendrier de l'année, qui utilise la même photo que la pochette de ce 45 tours.


En préparant cette chronique, je suis tombé hier sur ce documentaire du South Bank show, une sorte d'équivalent anglais d'Envoyé spécial. Une heure de reportage sur Elvis Costello, avant, pendant et juste après l'enregistrement d'Almost blue. Inutile de préciser que c'est précieux et fascinant, notamment pour expliquer les motivations d'Elvis pour enregistrer cet album country et lever le voile sur la relation avec le producteur Billy Sherrill (malheureusement, quand il est interviewé sur son bateau, je ne peux m'empêcher de lui trouver une ressemblance physique avec George W. Bush, ce qui gâte tout). La dernière réédition en date de l'album comporte deux CD, ce serait idéal si la suivante pouvait en plus incorporer un DVD avec ce documentaire.
Petite anecdote : à la fin du reportage, on a des images d'un concert organisé très discrètement à Aberdeen le 30 juillet 1981 pour se faire la main sur le répertoire country. Je n'ai passé qu'une seule soirée de ma vie à Aberdeen, où j'accompagnait Primal Scream et Meat Whiplash qui y donnaient un concert, et c'était précisément au même endroit, l'hôtel Metro.

Allez, on en vient enfin à ce 45 tours, Sweet dreams, le second à être extrait d'Almost blue. Si pour le premier, Good year for the roses, Barney Bubles avait réalisé une de ses pochettes les plus absconses (et les moins belles, Costello l'aurait détestée et fait remplacée par une pochette neutre de F Beat), pour celle-ci, il a fait dans le sobre et le classique, utilisant une photo d'Elvis déguisé en chanteur country, cravate ficelle comprise. Même les titres des chansons sont parfaitement lisibles !
Comme pour la plupart des chansons de l'album, j'ai découvert Sweet dreams avec cette version d'Elvis Costello. L'original a été écrit et chanté par Don Gibson en 1956, mais à l'époque il s'est fait parasiter par Faron Young, qui en a aussitôt enregistré une version qui a eu plus de succès que la sienne. Cette chanson est devenue un classique, notamment repris par Patsy Cline et Emmylou Harris.
Dans le documentaire, on voit Elvis et les Attractions répéter la chanson avant d'aller à Nashville, où on assiste à une partie de l'enregistrement. Puis on le voit réécouter la chanson terminée à Londres, visiblement satisfait après les ajouts de choeurs et de cordes. Il faut dire que c'est l'une des grandes réussites de l'album, l'une des chansons qui réalise le mieux la synthèse entre le monde d'Elvis et celui de Nashville.



La face B, Psycho, est un chef d'oeuvre qui glace le sang. Officiellement, cette reprise d'une chanson de Leon Payne, enregistrée pour la première fois par Eddy Noack, a été enregistrée en concert à Los Angeles le 16 février 1979, mais il a depuis été précisé qu'Elvis a réenregistré la voix en studio.
Musicalement, la version d'Elvis Costello n'est pas très différente de l'originale, mais avec l'interprétation d'Elvis, cette histoire d'un tueur conscient qu'il est devenu fou, au point de conseiller à sa mère de sortir, fait littéralement froid dans le dos.
Plusieurs autres versions sont disponibles en téléchargement chez Boogie Woogie Flu, mais pas celle de T. Tex Edwards, déjà chroniquée ici. En tout cas, Psycho et quelques autre des faces B, dont Your angel steps out of heaven et My shoes keep walking back to you, justifient complètement, pour qui n'a pas les singles, l'achat d'une réédition en CD de l'album.

16 juin 2012

HOWARD WERTH : Six of one and half a dozen of the other



Acquis sur le vide-grenier de Roches-sur-Marne le 10 juin 2012
Réf : SIXOF 1 -- Edité par Metabop en Angleterre en 1982
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Comme prévu, j'ai pris la route dimanche dernier pour aller voir à Chaumont l'exposition White noise : Quand le graphisme fait du bruit.
J'étais tout à fait disposé à faire ces plus de 150 km pour voir exposées plus d'une centaine de productions de Barney Bubbles, mais il n'y a pas de mal à amortir ses frais d'essence alors, aidé du calendrier des brocantes, je m'étais fait un programme serré de vide-greniers égrenés à rebours de la vallée de la Marne. Coup de chance, la météo était de la partie, mais ma première étape fut un fiasco : le vide-grenier de quartier annoncé à Châlons avait visiblement été annulé. A Vitry-le-François, la brocante prévue sous et autour de la Halle avait bien lieu. J'y ai fait quelques achats, mais mes meilleures emplettes du jour c'est passé Saint-Dizier, dans le rural vide-grenier qui fait le tour du lotissement de Roches-sur-Marne, que je les ai faites.
Là aussi, j'ai d'abord trouvé quelques disques isolés assez intéressants, mais le gros de mes achats je l'ai fait à un stand qui proposait plusieurs caisses de 33 tours à 1, 2 ou 4 €, plus des maxis 45 tours à 50 centimes, des 45 tours à 10 centimes et même des CD singles à 50 centimes les 10 !!!
Tous les prix n'étaient pas affichés, alors j'ai commencé par les 33 tours à 1 €. J'en ai sélectionné quatre, Kris Kristofferson, Raôul Duguay, Henry Kaiser Band et celui qui m'a vraiment mis en joie, cet album de 1982 de Howard Werth.
Je crois que, en furetant dans le bac, j'ai abordé cette pochette par la face verso, celle où le nom de l'artiste est bien lisible. Elle n'est pas des plus caractéristiques, mais mon attention a tout de suite été éveillée. Ça m'a peut-être fait penser à certaines pochettes de Nick Lowe. J'ai retourné la pochette, et j'ai vu l'illustration sur fond bleu, le Howard Werth épelé dans des petits ronds rouges étoilés, la façon d'écrire "6ix" et "1ne", et surtout l'indication que Metabop Records était une filiale de Demon, un label co-fondé par le manager d'Elvis Costello. Là, plus aucun doute : même s'il était réputé pour rarement signer ses productions, sauf sous des pseudonymes des plus improbables, je savais que je venais de mettre la main sur une pochette réalisée par Barney Bubbles, la vedette de l'exposition qui était le but ultime de mon voyage ! Il s'agit d'un disque plutôt rare, j'imagine, par un chanteur dont je n'avais absolument jamais entendu parler.
En pochette intérieure, le portrait en gros plan de Werth avec des mains à la place de grandes oreilles et l'inscription "CRAZY/U=LOVE" dans la bouche, est lui aussi caractéristique du travail de Barney Bubbles.
Muni de ce viatique, j'ai repris la route pour Chaumont. Le Festival de l'affiche et du graphisme de la ville a beau être "international" et j'avais beau avoir pris mes précautions en consultant un plan au préalable, il m'a fallu plusieurs tentatives pour aboutir au lieu de l'exposition White noise, l'ancien entrepôt militaire des Subsistances. Certes, on était en tout début d'après-midi un dimanche, le dernier jour du festival, mais il est clair qu'en-dehors des week-ends d'inauguration et des visites en groupes, le festival passe à peu près inaperçu en ville. Les Silos, maison du livre et de l'affiche, étaient déserts à faire peur. Je n'ai vu absolument aucun panneau indiquant le chemin vers les Subsistances, situés dans un quartier un peu à l'écart et, malgré les indications données, je m'y suis pris à deux fois pour enfin accéder au but de ma visite, dans un lieu à peu près aussi déserté que le premier.
Heureusement, je n'ai pas été déçu par l'exposition White noise elle-même. Je me suis surtout concentré sur la partie dédiée à Barney Bubbles et j'y ai notamment retrouvé, dans les vitrines, la pochette de Six of one and half a dozen of the other, ainsi que celle de 4D man, le 45 tours qui a été extrait de cet album. On trouve des photos de l'exposition sur le site de Paul Gorman, l'auteur du livre sur Barney Bubbles Reasons to be cheerful et l'un des commissaires de l'exposition.
Il y a du beau monde sur ce disque, presque un who's who de la bande des pub-rockeux proches des labels Stiff et F-Beat, avec des membres de The Attractions, The Rumour, Rockpile, Blanket of Secrecy, et aussi Lu Edmonds (futur 3 Mustaphas 3 et PIL) et Carlene Carter (mariée à Nick Lowe à l'époque), dont la plupart, ce n'est pas une surprise, ont eu droit à des pochettes de Bubbles qui figuraient dans l'expo de Chaumont.
Pour sa part, Howard Werth est connu pour avoir fait partie dans les années 1970 du groupe Audience. C'est un chanteur qui a du coffre et un auteur-compositeur bien mis en valeur sur la première face du disque. On est en 1982 et le son du disque comporte d'assez nombreuses touches new wave, mais c'est suffisamment léger et bien fait pour bien se marier au style pop et rock des chansons et pour avoir bien vieilli. Plus que le single tout à fait honnête 4D man, mon titre préféré est celui qui ouvre l'album, Hovering, excellent dans un style proche de celui du Jesus of cool de Nick Lowe. Astro logic est aussi très bien.
Le titre de l'album (Six de cette sorte et une demie-douzaine de l'autre) s'explique quand on constate en retournant le disque que la face B ne contient que des reprises. Là aussi, le son est un peu modernisé, mais les interprétations de titres des Isley Brothers, Howling Wolf, Marvin Gaye ou James Brown sont réjouissantes, particulièrement Respectable et Little bitty pretty one, un classique mineur créé par Bobby Day en 1957. Au total, voilà un disque plus qu'agréable, dont l'intérêt ne se limite pas à sa pochette.
En cherchant des informations pour préparer ce billet je suis tombé sur une autre pochette de disque, superbe, visiblement créée par Barney Bubbles pour Howard Werth (même si cette information n'a pas encore été "officialisée" par Paul Gorman). Il s'agit de celle de l'excellent 45 tours Obsolete, écrit en une demie-heure et sorti par le label américain Dangerhouse en 1978.
Ma journée aura définitivement été placée sous le signe de Barney Bubbles puisque, en sortant de l'exposition, je me suis rendu boulevard Gambetta à Chaumont où se trouvait le dernier vide-grenier à mon programme du jour. Et, outre un 45 tours Stax d'Albert King où il interprète deux titres d'Elvis Presley (alléchant, mais malheureusement un peu décevant à l'écoute), j'ai trouvé pour 1 € le pressage français en bon état de The Parkerilla, l'album live de 1978 de Graham Parker and the Rumour, dont la pochette est, vous l'avez deviné, due à Barney Bubbles. 

Howard Werth a réédité en CD Six of one and half a dozen of the other sur son label Luminous, avec quatre titres en plus, dont une reprise du Show me de Joe Tex et les deux faces d'Obsolete.


21 mai 2012

SQUEEZE : Is that love


Acquis probablement chez Age Concern à Douvres le 22 septembre 2009
Réf : AMS 8129 -- Edité par A&M en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Is that love -/- Trust

Dans le cadre du Festival du graphisme et de l'affiche, une exposition intitulée White noise, quand le graphisme fait du bruit sera présentée aux Subsistances à Chaumont du 26 mai au 10 juin. On y trouvera notamment une centaine de travaux de Barney Bubbles, réunis par Paul Gorman, l'auteur du livre Reasons to be cheerful : the life and work and Barney Bubbles, qui parle de son travail de préparation de cette exposition là et là.
J'ai souvent parlé ici de Barney Bubbles, ce graphiste spécialiste du jeu de pistes (en général, il ne signait pas ses productions ou les créditait à des pseudos fantaisistes), mort en 1983, qui a beaucoup travaillé dans le domaine de la musique (c'est par son travail pour Elvis Costello et les labels Stiff, Radar et F-Beat que je l'ai connu, mais avant ça il avait beaucoup collaboré avec Hawkwind).
Cette exposition va me donner une occasion d'aller faire un tour en Haute-Marne, et pour fêter ça, j'ai ressorti l'un des derniers disques avec pochette de Barney Bubbles que j'ai acheté, ce 45 tours de Squeeze.
Malheureusement, ce n'est pas l'une des productions les plus marquantes et les plus emblématiques de Barney Bubbles (voir les singles et les albums sur le site de Paul Gorman). Cette pochette est très proche de celle d'East side story, l'album dont Is it love est tiré, avec comme principale différence le fait que la photo du groupe n'est pas la même (mais elle est de la même session et au premier coup d'oeil on peut très bien ne pas les différencier).
Le style Barney Bubbles s'exprime surtout ici, comme sur l'album, dans la façon d'écrire le nom. Comme souvent, il exprime graphiquement le sens du mot "squeeze" ("serrer", "presser") en resserrant les lettres du mot à tel point que l'un des "E" est compressé et s'échappe du mot. Les petits coeurs et les traits en pointillés pour exprimer l'amour font penser à d'autres choses que Bubbles a faites, mais c'est un petit peu facile, comme le fait d'utiliser la pochette de l'album au dos pour en faire un "O" carré à "Love".
En tout cas, si le travail qu'il a fait pour ce disque n'est pas des plus remarquables, Is that love occupe quand même une place un peu particulière dans l'oeuvre de Barney Bubbles car c'est l'une des quelques chansons pour lesquelles il a réalisé une vidéo (la plus connue dans le lot est sûrement Ghost town des Specials).



Is it love est le premier des trois 45 tours extraits de l'album East side story. Je pense qu'on a choisi cette chanson pour son tempo enlevé. Je l'aime bien, tout comme Tempted (surtout) et Labelled with love, les deux singles suivants, qui ont plus marqué la carrière du groupe, et j'aime bien aussi sur l'album Someone else's bell, mais globalement je ne suis pas très fan d'East side story, bien que ce disque soit produit par Roger Bechirian et Elvis Costello (si je m'en tiens à 1981, je préfère, de Bechirian seul le Positive touch des Undertones et des deux ensemble le Trust de Costello). Cet album est sûrement trop pop pour moi, dans le sens McCartney du terme (le Paul avait d'ailleurs été pressenti pour produire un quart d'East Side Story, prévu initialement comme un double album. Ni lui ni Nick Lowe n'ont pu/voulu le faire, Dave Edmunds n'a produit qu'un seul titre et au bout du compte Roger et Elvis ont fait presque tout le boulot.).
Je préfère et de loin la face B Trust à la face A de ce 45 tours. C'est un truc léger et très percussif d'à peine 1'45. Bizarrement, à part sur un pressage japonais, Trust n'a pas été inclus parmi les bonus des rééditions en CD d'East side story (les faces B des deux autres singles non plus, d'ailleurs). L'explication est peut-être à chercher dans les notes de pochette de la compilation de raretés Excess moderation, sortie en en 1996, qui elle contient bien Trust. Glenn Tilbrook y explique que pour eux Trust n'est qu'une grosse blague, une parodie d'Adam and the Ants, alors au faîte de leur succès, tandis que Chris Difford révèle qu'il a même fait partie des Ants pendant une journée !

25 juillet 2011

ELVIS COSTELLO : I can't stand up for falling down


Acquis par échange avec Dorian Feller à Villedommange le 16 juillet 2011
Réf : FBR 5001 -- Edité par F-Beat en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I can't stand up for falling down -- Love for tender -/- High fidelity -- Beaten to the punch

J'avais acheté récemment un EP d'Aurélia qui intéressait bien Dorian et lui venait juste de trouver ce quatre titres d'Elvis Costello en téta neuf sur lequel je louchais. Nous avons vite convenu d'un échange.
Ce 45 tours est le premier qui a été extrait du quatrième album de Costello, Get happy!!. Dans ses notes de pochette pour les rééditions CD de l'album, Elvis explique comment il en est venu à sortir un disque complètement imprégné de l'esprit soul/rhythm 'n' blues des années 60 : "La poignée de chansons qui avait été écrite et arrangée pendant notre tournée de folie avait le son cassant et superficiel adéquat que les programmateurs radio et les agents artistiques identifiaient désormais comme de la 'new wave' (...) Après une rapide tentative pour enregistrer ces travestis, nous sommes allés prendre quelques verres au saloon et nous avons entièrement repensé un disque qu'on venait de finir de répéter (...) La plupart de la musique sortie les trois années précédentes semblait n'avoir aucune racine évidente. La meilleure part se passait dans l'instant, la pire pouvait faire rendre des minutes interminables (...) J'avais recommencé à écouter des disques de R'n'B (...) A partir de toutes ces sources, on a entrepris de réarranger les chansons avec un moteur R'n'B."
Pour moi qui étais en train de grandir avec la new wave et qui venais de passer dix-huit mois avec This year's model puis Armed forces, ce changement de direction était plutôt une catastrophe. A seize ans, le passé ne me passionnait pas vraiment et tout le côté rétro qui accompagnait ce disque, notamment le travail de Barney Bubbles pour la pochette, avait plutôt tendance à me rebuter.
Ça ne m'a pas empêché d'acheter Get happy!! dès sa sortie et de me mettre très vite à l'apprécier énormément. J'ai même acheté les singles High fidelity et New Amsterdam qui en ont été extraits, car ils comprenaient des inédits, mais j'ai fait à l'époque l'impasse sur cette édition française de I can't stand up for falling down car les quatre titres étaient sur l'album. Si j'étais tombé pour pas très cher sur l'édition anglaise, initialement prévue pour sortir chez Two Tone avant de voir le jour sur F-Beat, qui n'a que deux titres mais qui propose le sublime Girls talk en face B hors album, je me serais sûrement laissé tenter (d'autant que je ne pouvais pas savoir que, six mois plus tard, j'allais racheter toutes ces faces B en me procurant la compilation américaine Taking liberties !).
Trente ans plus tard, je suis content d'ajouter ce disque rétro à ma collection. J'ai les titres qu'il contient en de multiples exemplaires (je préfère ne pas faire le compte !) mais je n'avais pas encore cette pochette. Et de le réécouter me permet de grandement réestimer la valeur de ces quatre chansons, et plus largement de Get happy!!, à commencer par I can't stand up for falling down. Le principal reproche qu'on pouvait faire à cette face A de single c'est que c'est une reprise. Quel paradoxe pour un compositeur aussi prolifique qu'Elvis Costello, qui en était à reléguer des bijoux comme Big tears en face B de single ! Sauf que Elvis et les Attractions ont complètement réarrangé la chanson de Sam & Dave : leur version originale de 1967 (que je ne connaissais pas à l'époque) est un slow du plus bel effet alors qu'ici la chanson est prise sur un rythme encore plus rapide que Hold on, I'm coming !, par exemple.
C'est d'ailleurs une des caractéristiques des quatre titres ici présents, exécutés en huit minutes à peine : ils sont tous plein d'énergie et très rapides. Après la sophistication de la phase Armed forces,  on revient ici avec Beaten to the punch par exemple à un tempo et une dose d'électricité qu'on ne trouvait que sur les titres les plus frénétiques de This year's model comme No action ou Pump it up. Avec l'excellent High fidelity, on a même droit à une deuxième face A de single, mais cette sélection a été faite quelques semaines avant la sortie de ce deuxième extrait de l'album en Angleterre.
J'ai longtemps cru que le "tender" de Love for tender avait à voir avec la tendresse. Pas du tout, mais le rapprochement est voulu. Il n'est question que d'argent ou presque dans cette chanson qui magnifie un premier brouillon publié précédemment sous le titre Clean money.
A l'époque de la sortie de ce disque, je passais beaucoup de temps à échanger avec Gilbert, le disquaire de La Clé de Sol à Châlons. Je l'avais aidé à faire de bonnes affaires avec les imports de Visage et de Seventeen seconds de The Cure.
Gilbert m'avait donc à la bonne et il m'a fait plusieurs cadeaux, dont un objet publicitaire d'Elvis reprenant sa photo de la pochette de Get happy!!, sérigraphiée sur une forme découpée  en plastique transparent avec une ventouse pour le fixer. Cet Elvis décorait bien sûr le mur de ma chambre du quartier Saint-Thiébaut, mais nous avons déménagé pendant l'été 80. J'ai bien précieusement emporté toutes mes affaires, disques (heureusement !), livres et habits, mais j'avais pris soin de laisser au mur mes posters, programmes de Lewis Furey à Bobino et autres affiches pour revenir les retirer précautionneusement avant qu'on rende les clés. Sauf qu'entre-temps mon grand-père était repassé finir de nettoyer et avait décidé de mettre au feu toutes ces vacheries sans demander l'avis de personne ! Je ne suis pas certain d'être encore remis de cette perte !!


Une publicité dans la presse pour Get happy!!. Mon Costello en plastique avait cette forme...


En plus du Costello en plastique, Gilbert m'avait donné un exemplaire de ce poster imprimé en Angleterre. Il ne devait pas être au mur de ma chambre au moment de mon déménagement car il a échappé à l'autodafé de mon grand-père et m'a suivi dans tous mes domiciles depuis. Les couleurs sont un peu passées mais aujourd'hui encore il est au mur de mon bureau, au-dessus du tourne-disques.

Les trois vidéos plutôt cheap ci-dessous ont été réalisées par Chuck Statler, réputé pour son travail avec Devo. Dans ses commentaires du DVD The right spectacle, Elvis explique qu'elles ont été tournées dans la villa de Curd Jürgens (à Saint-Paul de Vence) et à Antibes. C'est difficile à croire, mais le groupe a pris un cours de danse à Soho pour travailler la chorégraphie de I can't stand up for falling down ! Costello a laissé les Attractions s'en dépatouiller et a décidé de se contenter de petits sauts. Pour les jets de micro de High fidelity, il s'est inspiré de Roger Daltrey et on n'est pas surpris d'apprendre que ce tournage s'est déroulé le soir du Beaujolais nouveau...


Elvis se lance dans la publicité pour le marché américain en avril 1980.





11 septembre 2010

NICK LOWE : Bowi


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate dans les années 2000
Réf : LAST 1 -- Edité par Stiff en Angleterre en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Born a woman -- Shake that rat -/- Marie Provost -- Endless sleep

J'achète des disques de Nick Lowe régulièrement depuis une trentaine d'années maintenant. Donc, de toute façon, j'aurais été très content de tomber sur ce superbe EP Stiff de 1977 en bon état pour 1 £. Mais en plus, il se trouve que, depuis que j'avais appris pourquoi ce disque s'intitule Bowi, il faisait partie de ceux qui m'intéressent particulièrement.
En effet, je suis sensible aux blagues, même mauvaises ou légères, et le fait que ces coquins de Nick Lowe et de Stiff aient décidé de répliquer ainsi à David Bowie, qui avait sorti quelques semaines plus tôt son album Low, suffit à me faire sourire. Comme l'explique Paul Gorman dans son livre Reasons to be cheeful (qui bénéficiera très prochainement d'une nouvelle édition, à l'occasion de l'exposition Process : The working practices of Barney Bubbles, qui ouvre à Londres la semaine prochaine), Barney Bubbles n'a pas manqué d'utiliser la même typographie que pour l'album de Bowie. Gorman explique aussi que le premier album de The Rumour, sorti aussi en 1977, avait été nommé Max en réaction au Rumours de Fleetwood Mac !
Si mon disque date bien de 1977, il ne s'agit pas du tout premier tirage, qui apparemment s'écoutait en 33 tours.

Comme souvent quand je rentre d'Angleterre, j'ai une énorme pile de disques à écouter. J'ai donc écouter une fois Bowi, en notant que je connaissais un seul titre, Marie Provost, qui a été inclus sur le premier album de Nick Lowe en 1978. J'ai trouvé ça pas mal, sans plus, et j'ai rangé le disque en me disant quand même que je le ressortirais probablement à la première occasion, sûrement pour en parler ici.
Cette occasion s'est présentée il y a une dizaine de jours quand j'ai écouté en voiture la compilation The wilderness years, parue en 1991, qui regroupe des singles et des raretés parues pendant la période Stiff de Nick Lowe et juste avant. Plusieurs titres m'ont notablement accroché l'oreille, dont l'instrumental Shake that rat, le titre Born a woman (Ça fait bizarre d'entendre Nick Lowe chanter "If you're born a woman, you're born to be hurt") et Endless sleep, chanté tout doucement, presque chuchoté, un peu comme Basing Street, qu'on trouve aussi sur cette compilation. En entendant ça, je me suis dit qu'il faudrait que je vérifie une fois rentré à la maison si au moins de ces titres se trouve sur Bowi, pour finalement ressortir ce disque. Bingo ! C'est bien plus que ce que j'espérais, puisque tous les trois sont dessus !!
Marie Provost raconte l'histoire et le fin tragique de Marie Prevost, d'origine canadienne, qui fut une star hollywoodienne du cinéma muet. Retrouvée morte dans son appartement quelques jours après son décès, ses jambes avaient servi de repas à son teckel... Lowe raconte cette histoire peu ragoûtante comme si de rien n'était, dans son style de pop pure habituel, avec des choeurs très sixties sur le refrain.
Shake that rat est un instrumental à guitare dans un genre à peu près surf, mais comme Nick Lowe est plutôt un bassiste, la guitare solo est ici, sauf si je me méprends, de la basse. C'est excellent, mais Dr Feelgoed rapporte que Nick Lowe a indiqué dans les notes de pochette de The wilderness years qu'il avait pompé sur un morceau de Dr. John. Sauf qu'il indique un mauvais titre... Dr. Feelgoed a découvert que le morceau pompé était One night late, qu'on trouve sur Zu zu man, un obscur album pirate. Feelgoed explique aussi que c'est volontairement que Endless sleep est joué le plus lentement possible. Ce titre a quand même été repris par Leo Kottke.
Born a woman, écrit par Martha Sharpe, a été un gros tube pour Sandy Posey en 1966. Sur la même longueur d'onde que Stand by your man, mais deux ans plus tôt, sa vision timorée du rôle social de la femme a logiquement prêté le flanc à la critique et à la parodie. Interprétée par un homme, la chanson prend encore une autre dimension.
Les petits jeux de Nick Lowe et Barney Bubbles ne se sont pas arrêtés au choix du titre du disque. Au recto, le slogan "Pure pop for now people" a été opportunément ressorti au moment où il a fallu trouver un titre de remplacement pour l'édition US du premier album, Jesus of cool, un titre original qui risquait d'indisposer certains américains zélotes.
Je ne sais pas pourquoi la référence du disque est LAST 1 et pas un numéro dans la série normale des BUY de chez Stiff. Par contre, j'imagine que la face A est dite LIVE par opposition à la face B DEAD, dont les deux titres traitent l'un de la mort de Marie Provost, l'autre de sommeil sans fin.
Sur l'étiquette du disque, encore une énigme avec la face A indiquée en "Swan stereo" et la B en "Duck Stereo". Certes, il s'agit de deux volatiles, mais associés à Nick Lowe et au pub rock, ça me fait penser à Swan Song, le label de Dave Edmunds, et au groupe Ducks Deluxe. Oui, mais encore ? Mystère.

Les quatre titres de ce disque ont été plusieurs fois réédités, notamment en 2008 sur l'édition des trente ans de Jesus of cool, qui contient dix titres bonus par rapport au 33 tours original.

13 août 2010

ELVIS COSTELLO : Less than zero


Acquis au Grand Bazar de la Marne à Châlons-sur-Marne en 1978
Réf : 2C006-98925 -- Edité par Stiff en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Less than zero -/- Radio sweetheart

Allez, à la demande générale de Charlie Dontsurf, un 45 tours d'Elvis Costello. Comme je l'avais expliqué dans ma réponse à Charlie, ça fait bien longtemps que j'avais l'intention d'en chroniquer un ici, mais le problème c'est que j'avais du mal à choisir.
Au bout du compte, mon choix s'est porté sur Less than zero. Un peu parce que c'est le tout premier et que, après tout, c'est souvent plus simple de commencer par le commencement. Un peu aussi parce que 45 Vinyl Vidi Vici signale que ce pressage français est très difficile à trouver. Mais surtout parce que je me suis souvenu que la maison de disques avait fait un effort pour franciser en partie la pochette du disque.

Ce dont je ne me souvenais pas, par contre, c'est que ce disque avait été distribué en France par Pathé Marconi EMI et pas par C.P.F. Barclay, comme ce fut le cas pour Costello et Stiff en général dès My aim is true et Watching the detectives un peu plus tard en 1977. En fait, Stiff avait signé un contrat de distribution avec Island début 1977 et à la suite de ça quelques disques, dont au moins un des Damned, sont sortis en France chez Pathé Marconi sous licence Island.

Pour ma part, j'ai acheté ce disque quelques temps après avoir entendu à la radio (I don't want to go to) Chelsea et fait l'acquisition de This year's model. Je l'ai trouvé, ainsi que Watching the detectives et (I can't get me no) Satisfaction de Devo, au rayon disques du Grand Bazar de la Marne, à l'époque assez bien fourni, on le constate. A mon avis, ce qui devait se passer, c'est que les responsables du rayon commandaient un exemplaire au moins de presque tout ce qui sortait et, comme ce genre de disques ne devait pas se vendre à la pelle à Châlons, ils sont restés bien au chaud sur place jusqu'à ce que je tombe dessus.

La pochette originale de ce disque est de Barney Bubbles. Il n'a sûrement pas apprécié que le label français prenne la liberté d'ajouter le titre de la face A au recto de la pochette mais, vu l'humour et le délire qui ponctuent ses travaux, notamment ceux pour Stiff, il a peut-être trouvé drôle, même si les lettres utilisées sont un peu plus grasses que les siennes, que le verso soit adapté à la France.



Par rapport à l'édition anglaise, l'adresse de Stiff à Londres a été remplacée par la mention "Steréo raisonnable", traduction de ce qui figurait à l'origine sur l'étiquette du disque. Quant au slogan, "Reversing into tomorrow", il n'a malheureusement pas été traduit ("En marche arrière vers demain" ou "Retour vers demain", pour faire référence à un film pas encore tourné en 1977). Sur le rond central, les gens de chez Pathé ont poussé la conscience professionnelle jusqu'à remplacer "Reasonable stereo" par "Made to be played loud at low volume". Je ne sais pas où ils ont été chercher ça mais c'est sûrement sur un autre disque Stiff : je ne vois pas des français inventer ça et c'est trop Stiff pour ne pas être authentique.

Il y a encore un dernier changement au verso de la pochette. La mention "Elvis Costello is an Advancedale Artist" est traduite en "Elvis Costello est un artiste davançable". A l'époque, je me suis souvent demandé ce que cette phrase pouvait bien signifier (et je n'avais pas le pressage anglais à disposition pour comparer). J'avais fini par conclure que c'était un des traits de non-sens de Stiff et qu'il ne fallait pas chercher plus loin. Dans le contexte c'est effectivement parfait, sauf qu'en fait il ne fallait pas chercher à traduire "Advancedale" car c'est un mot qui n'existe pas en anglais et au départ c'était une mention sérieuse puisque Advancedale Management était la société de management fondée par Jake Riviera et Dave Robinson en plus de Stiff.

Ce disque a une dernière particularité, au niveau de la musique cette fois. Comme pour les premiers exemplaires du pressage anglais, le mixage de Less than zero est légèrement différent de la version de My aim is true. C'est vraiment léger. Pour ma part, j'entends surtout une différence pendant les dix premières secondes d'introduction instrumentale : l'orgue est assez fort sur le 45 tours, presque pas sur le 33 tours en pressage allemand et pas du tout sur le CD du coffret 2 1/2 years.
Si cette chanson n'est pas une de mes toutes préférées de Costello, ni même de My aim is true, je l'aime quand même beaucoup et c'est surtout un excellent choix pour présenter Elvis Costello au monde. Son style est déjà là tout entier, des paroles avec leur obscure référence au fasciste anglais Oswald Mosley au chant cassant de Costello et à la musique, qui n'a rien de reggae mais dont le côté saccadé avec l'orgue et la guitare à contre-temps annonce presque Watching the detectives.

La face B, Radio sweetheart, est le tout premier enregistrement professionnel de Costello. A l'origine, avant que Less than zero ne soit mis en boite, elle était prévue pour être la face A du premier 45 tours, mais elle a finalement été reléguée en face B, puis carrément éjectée de l'album, car elle détonait un peu trop avec sa guitare acoustique en plus de la pedal steel proéminente. Décision assez logique, mais commercialement c'était peut-être une erreur car on a ici une chanson beaucoup plus classiquement pop que Less than zero que les radios auraient peut-être plus largement diffusée. Si on ne fait pas trop attention aux paroles, ça pourrait presque passer pour une bluette.

03 juillet 2010

20 OF ANOTHER KIND VOLUME TWO


Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne probablement début 1980
Réf : POLX 1 -- Edité par Polydor en Angleterre en 1979
Support : 33 tours 30 cm
20 titres

C'est l'une des toutes première compilations que j'ai achetées, avec Wanna buy a bridge ? de Rough Trade, Rock against racism's greatest hits ou First year plan de Fast Product.
Là, il s'agissait d'un des plus gros labels, Polydor, qui faisait pour la deuxième fois  le point de ce que lui et ses labels associés ou distribués (Beggars Banquet, Fiction, Small Wonder, RSO) avaient signé à tour de bras au moment de la frénésie créative new wave qui a suivi la vague punk.
Un album en import, même s'il était sensé être en "Special price" à l'origine, comme l'indique un gros autocollant tout moche sur mon exemplaire, ce n'était pas vraiment dans mes moyens de lycéen. Sauf que celui-ci, comme beaucoup d'autres, j'ai attendu qu'il soit soldé pour l'acheter.
Pendant plusieurs mois, avant que ne sorte la version américaine du premier album, le principal intérêt de ce disque a été de me procurer un enregistrement de Boys don't cry de The Cure, que je n'avais pas en 45 tours. Avec Killing an Arab, qu'on trouvait sur le volume 1 (dans un mixage pas définitif, parait-il), cette chanson reste l'une des plus grandes réussites pop en single de The Cure. Par la suite, ils ne feront qu'approcher cette perfection pop (leurs albums et singles ont d'autres qualités que j'apprécie énormément), en 1985 par exemple avec In-between days.
La priorité est donnée aux célébrités du label qui ont droit à deux titres chacun, comme The Jam, qui ouvre l'album avec Strange town, une des excellentes face A hors album de leur période la plus productive, une chanson à la construction un peu complexe avec des ponts et des trucs comme ça. L'autre titre est une non moins excellente face B, la ballade Butterfly collector.
Même principe pour Sham 69 qui ouvre la face B de l'album avec Hersham boys, mais là je préfère de loin la face B de single No entry, qui revient sur l'interdiction des Etats-Unis de leur accorder un visa. Avec les paroles, ils s'assurent ainsi, assurément, de ne jamais aller visiter les States !
Gary Numan a lui aussi droit à ses deux titres. C'est le seul de tout l'album à avoir un son synthétique. L'enchaînement avec The Jam et The Cure n'a musicalement aucun sens, mais j'ai toujours bien aimé Down in the park de Tubeway Army et un peu moins Tracks.
Le principal intérêt de cet album, ce sont les titres des groupes nouvellement signés, dont beaucoup n'ont fait que quelques 45 tours et n'ont pas été réédités. Trois de ces jeunes pousses ont aussi droit à deux titres, ce qui montre l'espoir que Polydor plaçait en eux, mais aucun n'a en fait décollé.
C'est notamment grâce à 20 of another kind volume two que j'ai découvert Patrik Fitzgerald. On a ici les faces A de ses deux singles de1979 chez Polydor. j'ai toujours préféré de très loin Improve myself à All sewn up. Si Patrik a quitté Polydor après un seul album,Grubby stories, et n'a jamais rencontré le grand succès, il suit son chemin dans les marges depuis plus de trente ans. Pistez-le et vous ne serez pas déçu.
Les deux autres groupes doublés sont restés inconnus, ayant sorti chacun deux-trois 45 tours et un album. Twist et The Invaders évoluent tous les deux dans un registre pop/power pop qui est au bout du compte la couleur dominante de la compilation. De Twist, j'aime bien This is your life et surtout Ads. Des Invaders, que j'attendais plus cybernétique avec un nom et des pochettes pareils, je préfère Best thing I ever did à Girls in action. On reparle de Twist ci-dessous.
Aujourd'hui, on en est pour la période psychédélique sixties à  sortir des compilations de groupes signés par des majors mais qui sont restés obscurs. Quand on en sera là pour la période post-punk, on trouvera ici de la matière intéressante, outre Twist et The Invaders.
Si les Lurkers, pourtant assez connus, sont plutôt bof, si The Carpettes (Lost love) et Xdreamysts (Bad news) sont aussi assez moyens, on trouve ici toute une série d'excellents singles dans une veine mod-pop dont Polydor avait dû se faire une spécialité dans la lignée de The Jam. Il y a les irlandais de Protex (I can't cope), les Headboys écossais (The shape of things to come, le meilleur titre de leur courte carrière, valable surtout pour son excellent refrain), The Chords avec Now it's gone et les Purple Hearts avec Millions like us.
Avec le recul, en réécoutant aujourd'hui Protex et surtout les Chords et Purple Hearts, je me rends compte de la proximité avec le son Creation qui allait émerger quatre ans plus tard. Je savais bien sûr que les groupes sixties et les Jam aussi étaient des influences majeures du label, mais il parait évident que les membres de Biff, Bang, Pow ! ou des Jasmine Minks ont aussi écouté très attentivement Millions like us ou Now it's gone.
Il y a eu en 1989 un Best of 20 of another kind avec seulement vingt titres étalés sur un double album ou un CD, mais à part les Chords aucun des bons inconnus n'a été sélectionné. C'est donc à peu près sans intérêt.

En préparant ce billet, j'ai cherché des informations sur les groupes les moins connus, notamment sur Twist dont les deux titres sont co-produits par Roger Bechirian, longtemps le bras droit de Nick Lowe, qui a notamment travaillé avec Elvis Costello, Squeeze et les Undertones. Sans surprise, mon titre préféré de Twist, Ads, a un fort goût de Costello. Tu m'étonnes, John ! Il ne m'a pas fallu cinq minutes pour apprendre que le King à binocles est même carrément présent sur cet enregistrement !! Et effectivement, une fois qu'on le sait, on arrive à reconnaître sa voix parmi les choeurs, au moment où il prononce le mot "television" dans le court refrain "Ads ! Ads ! Television ads !".
Bechirian, Costello... c'est ensuite que j'ai regardé de plus près les pochettes des deux 45 tours (Il y aurait aussi un album, This is your life, chroniqué par Trouser Press mais dont je ne trouve trace nulle part ailleurs). J'ai vu le logo avec les lettres en tornade. J'ai vu les triangles et je me suis dit "Barney Bubbles" ! Oui, il se pourrait bien que ces pochettes aient été réalisées par ce graphiste réputé pour ne quasiment jamais signer son travail, sauf par un pseudo loufoque.
Mon intuition s'est trouvée fortement confortée quand j'ai appris ensuite que Peter Marsh, le membre principal de Twist, avait participé au début des années 1980 au projet Blanket Of Secrecy, dont les pochettes de l'album et du 45 tours Say you will ont été conçues, ça c'est avéré, par Barney Bubbles.
J'ai interrogé Paul Gorman, l'auteur du livre sur Barney Bubbles, et même Peter Marsh lui-même, qui vit désormais en France. J'attends confirmation, mais j'espère ainsi contribuer à ajouter deux éléments à la galerie des pochettes de 45 tours réalisées par Barney Bubbles proposée par Paul Gorman sur son site.

30 août 2009

THE IMPERIAL POMPADOURS : Ersatz


Acquis chez Cash Converters à Cormontreuil en mai 1997
Réf : POMP 001 -- Edité par Pompadour en Angleterre en 1982
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

Ce n'est pas si souvent que ça arrive. Au printemps 1997, le Cash Converters de Cormontreuil a mis en vente un gros lot de plusieurs centaines de 33 tours. Vu la quantité, et étant donné que les disques, parfois en plusieurs exemplaires, n'avaient visiblement jamais été écoutés, bien qu'une bonne partie d'entre eux avait plus de quinze ans d'âge, je pense que ce lot venait du stock d'un professionnel, plutôt un grossiste qu'un disquaire d'ailleurs.
A 6 ou 8 F. le disque (et encore moins si on en prenait beaucoup), j'en ai acheté un bon paquet en quelques visites avant que le filon ne se tarisse, choisissant à l'aveuglette par exemple des disques en import de groupes dont je n'avais jamais entendu parler, comme un maxi australien de Whirlywirld sorti chez Missing Link en 1980.
De ce lot, j'ai ramené à la maison au moins deux pépites. L'album Spitballs chez Beserkley d'abord, qui contient quand même un titre (Chapel of love, co-écrit par Ellie Greenwich, qui vient de mourir cette semaine) chanté par Jonathan Richman, dont je n'avais même pas soupçonné l'existence jusque là.
L'autre pépite, c'est cet unique album des Imperial Pompadours, un groupe dont je n'en avais jamais entendu parler non plus. Je n'ai pourtant absolument pas hésité à acheter ce disque, même si je regrette aujourd'hui de ne pas avoir aussi pris l'autre exemplaire qui se trouvait là pour le refiler à un copain. Alors, quels critères pour le choisir ? Une illustration de pochette saisissante, d'abord (d'après une photo d'Elvis, mais je ne l'aurai pas trouvé tout seul), et surtout un graphisme au dos qui m'a rappelé celui du label F-Beat, et une liste des titres improbables, comprenant The crusher, que je connaissais par la version des Cramps, mais aussi See you soon baboon, I want to come back from the world of LSD, Fu Manchu, Moo goo gai pan,...
Internet balbutiait encore à l'époque, avec un modem à 33,3 ko/s, mais j'ai assez vite appris après l'achat de ce disque, grâce à un site consacré au groupe Inner City Unit, que Imperial Pompadours était un projet inité par Barney Bubbles, l'omniprésent graphiste anonyme dont j'avais entendu parler pour la première fois après son suicide en 1983, qui a réalisé des dizaines de pochettes de disques (singles et albums), pour Hawkwind ou pour Stiff, Radar et F-Beat Records entre autres (j'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion d'évoquer Barney Bubbles ici).
Bubbles a fait des pochettes de disque toute sa vie, mais un seul disque en tant en tant que musicien, celui-ci. Et quel disque !
Ersatz vaut surtout pour sa face A, une collection de reprises de titres rocka-psycho-psyché-billy tous plus barrés les uns que les autres. Barrés à l'origine, et encore plus déjantés dans la version qu'en donnent les Imperial Pompadours. Il faut dire que la légende veut qu'Andrew Lauder (fondateur avec Jake Riviera de Radar et F-Beat) ait donné à Barney Bubbles une cassette avec les versions originales de ces titres. Bubbles a recopié les paroles, rassemblé en studio quelques potes autour de Nik Turner (d'Hawkwind), avec notamment les musiciens de son groupe Inner City Unit. Les musiciens ont eu le droit d'écouter une fois chaque morceau avant de se lancer dans l'enregistrement. Ensuite, les titres ont été pas mal tripatouillés, voire maltraités, comme Fu Manchu, dont la bande originale aurait été coupée en morceaux et mélangée avant d'être recollée (anecdote pêchée dans Reasons to be cheerful, l'excellent livre consacré à Barney Bubbles par Paul Gorman, livre prolongé par un blog passionnant).
En plus d'être complètement délirants, certains des treize titres de cette face A me plaisent beaucoup, comme I took a trip on a Gemini spaceshift, la chanson de country spatiale crée par Legendary Stardust Cowboy ou, pour rester dans les trips, I want to come back from the world of LSD des Fe-Fi Four Plus 2, dont le titre indique bien que la chanson date de 1967, avec une batterie déchaînée, des cris inquiétants et un saxophone (très présent sur le disque, joué par Nik Turner) entêtant.
Cette reprise de The crusher des Novas est sortie un an après celle des Cramps. La version de Brand new Cadillac de Vince Taylor a été enregistrée un peu plus de deux ans après celle de Clash. Comme on connait bien les chansons, on est un peu moins surpris, mais Cadillac, en 1'23, arrache plus que les Clash et The Crusher surprend car l'enegistrement semble avoir été extrêmement ralenti, du coup on dirait que c'est King Kong qui est au chant. A moins que ce soit Tarzan, qu'on retrouve en ouverture de See you soon, baboon (une chanson créée en 1956 par Dale hawkins), les cordes vocales écrasées, avec un solo de saxo rauque ponctué de rots. Jungle et saxophone sonjt aussi présents sur There was a fungus among us, une chanson de Hugh Barrett and The Victors qui date de 1961.
Pour la face B, pour laquelle Barney Bubbles a plus délégué à Nik Turner et Robert Calvert, le poète qui a écrit certaines des paroles d'Hawkwind, on a droit à un seul titre de 24 minutes, Insolence across the nation, un grand oeuvre sur le thème de la Teutonie éternelle, apparemment, de Louis II de Bavière à Hitler en passant par Wagner. Avec un fond sonore plus ou moins atmosphérique et diverses voix lisant les paroles, inutile de vous préciser que, même pour préparer ce billet, je n'ai pas réussi à écouter intégralement ce titre une deuxième fois, la première remontant au jour de l'achat du disque.

Aux dernières nouvelles, on pouvait télécharger Ersatz chez Mutant Sounds.

29 décembre 2008

DEVO : Be stiff



Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne probablement début 1979
Réf : 941 002 -- Edité par Stiff en France en 1979
Support : 45 tours 30 cm
6 titres

Parfois on se sent tout con de ne pas avoir été capable d'additionner soit même deux et deux pour trouver la réponse, mais encore faut-il disposer de toutes les données du problème pour être en mesure de le faire. Par exemple, je sais que Devo, dès l'origine, s'est conçu comme un produit complet multimédia, pas juste comme un groupe de musique : ils ont réalisé des films, travaillé leurs costumes et leur jeu de scène, peaufiné tout leur concept de dé-évolution. Ils sont notamment responsables la plupart du temps de la conception graphique de leurs pochettes. Par ailleurs, je sais depuis quelques années que le graphiste Barney Bubbles a réalisé des dizaines de pochettes de disques, pour Hawkwind et pour les labels Stiff Records, Radar et F-Beat notamment, et qu'en règle générale Barney Bubbles ne créditait pas son travail sur ses pochettes de disques (J'ai parlé de Barney Bubbles notamment à propos du 45 tours Emotional traffic de The Rumour). Je savais aussi que ce mini-album six titres, qui compile les trois 45 tours de Devo édités par Stiff en Angleterre, était sorti alors que Devo avait déjà quitté Stiff pour Virgin et Warner. Pourtant, je ne me suis jamais posé de question et j'ai toujours assumé que cette pochette énigmatique, avec cette photo en noir et blanc d'un gars au crâne plutôt dégarni qui porte un loup et joue aux cubes avec la lettre E et des oeufs, était due à Devo.
Et bien non. Il a fallu que le Père Noël m'apporte la semaine dernière Reasons to be cheerful, le livre consacré à la vie et à l'oeuvre de Barney Bubbles, pour que j'eurékate en découvrant au détour d'une page une reproduction de la pochette de ce disque : Eh oui, la pochette est non pas de Devo, mais de Bubbles. On apprend même au passage que les photos ont été prises par un jeune Brian Griffin, qui s'est notamment illustré par la suite en signant les pochettes mémorables des disques d'Echo and the Bunnymen. En cherchant un peu, j'ai même trouvé sur le blog que David Wills consacre à Barney Bubbles des pages extraites de Copyright 1978, un livre publié par Brian Griffin à l'époque en tirage très limité, une troisième photo tirée de cette session :

Chronologiquement, j'ai dû acheter le 45 tours Satisfaction de Devo, puis le premier album Q : Are we not men ? A : We are Devo ! avant d'acheter ce mini-album, probablement au cours du premier semestre 1979, avant en tout cas que ne sortent à la mi-79 le 45 tours The day my baby gave me a surprise et l'album Duty now for the future. Ce qui signifie que, quand j'ai sorti ce disque en beau vinyl jaune claquant de sa pochette, je connaissais déjà quatre des titres, ceux qui figurent dans l'album, mais pas dans cette version pour Jocko homo et Mongoloid, et que j'ai découvert les deux autres titres, Be stiff et Social fools.
Passons rapidement sur les classiques que représentent les deux premiers 45 tours, repris dans d'autres versions donc sur Are we not men ?. Autant dire que, si les versions de l'album sont excellentes, elles sont tout autant inutiles puisqu'elles n'apportent pas grand chose aux versions originales qui figurent ici. La version album de Satisfaction est quasiment identique à celle du single. Celles de Jocko homo, Mongoloid et Sloppy sont accélérées. Après avoir fait une rapide écoute comparative aujourd'hui, je dirais que seule Sloppy gagne vraiment au change, tellement la version album est puissante, et je préfère peut-être un petit peu la version album de Mongoloid, mais bon, ces quatre titres semblent surtout confirmer ce qu'a exprimé Brian Eno, qui a avancé les fonds à Devo pour enregistrer cet album alors qu'ils n'avaient pas encore signé chez un label et qui l'a produit : le groupe est arrivé en studio en sachant très bien ce qu'il voulait et, contrairement à la pratique habituelle de Brian Eno en production, il ne lui a pas laissé de marge pour amener des sons, des inventions et des expérimentations au cours de l'enregistrement. Une rencontre de deux talents ratée en quelque sorte.
Au printemps 1978, c'était un peu la mêlée pour signer Devo, qui s'est un peu emmêlé entre ses différents représentants et a signé chez Virgin alors que des engagements avaient été pris chez Warner. Au bout du compte, Virgin a signé Devo pour l'Europe et Warner a eu le groupe pour les Etats-Unis et le reste du monde (cela explique notamment les pochettes différentes de chaque côté de l'Atlantique pour les deux premiers albums). Mais Devo avait aussi signé chez Stiff pour sortir trois singles. Les deux premiers avaient été des rééditions des singles auto-produits par Devo en 1977 sur son label Booji Boy, mais il en fallait un troisième. Devo a donc extrait des titres enregistrés pour son premier album Be stiff et Social fools, qui sont sortis en 45 tours chez Stiff en juillet 1978. Dès le mois d'août, Virgin sortait en avant-première de l'album Come back Jonee en single, avec encore Social fools en face B.
Mon mini-album ne donne aucune précision sur les crédits de production, mais les étiquettes du 45 tours Stiff précisent bien que Be stiff est produit par Eno et Social fools par Devo. Par contre, sur la face B du single Virgin, Social fools est indiqué comme étant produit par Eno. Après une écoute comparative attentive, même si je n'y ai pas passé des heures, la différence de cinq secondes de durée et de crédit de production entre les deux versions s'expliquent probablement par quelques bidouillages très mineurs et peut-être un peu de remixage, mais il me semble qu'à la base ces deux versions de Social fools résultent du même enregistrement.
En tout cas, à l'écoute de ces deux excellents titres rapides, électriques et énergiques, on se dit que Devo était tout simplement un grand groupe de rock, surtout à cette période-là, l'incorporation d'un grand batteur comme Alan Myers et le passage du studio maison 4 pistes à un vrai studio les ayant sûrement beaucoup aidés à se lâcher, comme le prouvent les versions plus anciennes de ces deux titres publiées sur les compilations Hardcore Devo.
Reste qu'il est dommage que les oreilles de la majorité des fans qui n'ont acheté que le premier album de Devo aient été privées de l'écoute de Be stiff et de Social fools, qui n'ont été rééditées que de faon aléatoire sur diverses compilations. Il me semble d'ailleurs qu'une réédition de qualité de Are we not men ? We are Devo ! ne peut se concevoir que :
a) en donnant la primauté à la pochette américaine, bien plus réussi que l'assez moche pochette européenne
b) en incluant en bonus les trois titres issus des sessions de l'album officiellement publiés, Be stiff, Social fools et l'excellemment titré mais un peu moins bon Penetration in the centrefold (la face B de The day my baby gave me a surprise).
Malheureusement, aucune des éditions en CD existantes de l'album ne répond à ces deux critères... De toute façon, le mieux serait carrément de mettre en bonus les six chansons de ce disque, qui témoignent dans leur ensemble que Devo a entamé sa carrière discographique par une série de coups de maître !
Précisons aussi que, contrairement à ce que beaucoup ont pensé à l'époque (il faut dire que tout a été fait pour...), la chanson Be stiff n'a aucun rapport avec le label Stiff : la chanson existait avant même que le label soit créé et donc bien avant que Devo ne signe chez eux. Mais en 79, Stiff a quand même organisé la tournée Be Stiff, avec cinq artistes du label, dont notamment Jona Lewie, Wreckless Eric et Lene Lovich, qui tous ont repris la chanson de Devo.
Enfin, je l'avais oublié mais je l'ai redécouvert en consultant l'excellente discographie du site Devo Obsesso, lorsque Vogue a repris en France la distribution de Stiff Records (fin 79 ou en 80 je dirais), ils ont réédité ce mini-album, mais avec une pochette différente, celle du 45 tours français Satisfaction.

Ici, on peut télécharger les deux faces du 45 tours Be stiff

04 juillet 2008

THE RUMOUR : Emotional traffic


Acquis probablement chez Emmaüs à Tours-sur-Marne au début des années 2000
Réf : BUY 45 -- Edité par Stiff en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Emotional traffic -/- Hard enough to show

On annonce pour la fin de l'année la sortie d'un livre consacré au graphiste Barney Bubbles (Reasons to be cheerful: The life & work of Barney Bubbles par Paul Gorman). C'est un billet-rétrospective du blogueur John Coulthart qui est peut-être en partie à l'origine de cette publication, comme il l'explique lui-même.
Avant de se supprimer en 1983, Barney Bubles était un type tellement effacé qu'il ne créditait pas ses travaux graphiques. Ce qui fait que je ne suis même pas sûr que je connaissais son nom avant de lire l'annonce de sa mort dans le NME en 1983. Pourtant, je connaissais et j'appréciais son travail surtout pour les pochettes des disques d'Elvis Costello, et plus généralement pour les labels Stiff, Radar et F-Beat. On lui doit notamment l'idée folle de la pochette du 45 tours Accidents will happen collée à l'envers, comme par accident, les énigmatiques pochettes intérieures de This year's model et Armed forces et le graphisme rétro de Get happy !!. Si le titre du livre, Reasons to be cheerful, vient d'une chanson de Ian Dury, l'illustration de la couverture vient de la pochette du 45 tours de Nick Lowe Cracking up.
Ce que j'ai appris alors, en tout cas, c'est que, avant Stiff, Barney Bubbles avait déjà une longue histoire de collaboration graphique avec Hawkwind.
Ce 45 tours de The Rumour, le groupe de vétérans du pub-rock qui a longtemps accompagné Graham Parker, est l'exemple typique du disque dont la fabrication et l'impression de la pochette ont dû couter plus cher que ce que les ventes pouvaient jamais espérer rapporter.
Partant de la métaphore filée dans les paroles de la chanson Emotional traffic ("Garde-toi à l'écart de la circulation émotionnelle"), Bubbles a exprimé ça par un feu de circulation stylisé, avec ses ronds vert orange et rouge, un signe égal et un coeur rouge. Il aurait pu s'arrêter là, mais ça aurait été trop simple, et les vinyls colorés étaient assez à la mode à l'époque. Le rond rouge du feu a donc été évidé chez l'imprimeur pour laisser apparaître le vinyl du disque rangé en dessous qui lui, bien sûr, a été pressé en trois couleurs, vert, orange et rouge ! (le mien est en vinyl orange, même si le scan lui a plutôt donné une apparence rouge)
La face A n'est pas mauvaise du tout, juste pas très originale pour l'époque. On pense énormément à Nick Lowe et à Elvis Costello, dont le Armed forces en début d'année avait failli s'appeler Emotional fascism. On trouvait ce titre à l'origine sur le deuxième album de The Rumour, l'europhile Frogs sprouts clogs and krauts.
Quand j'ai vu le nom du producteur de la face B, Robert John Lange, connu surtout pour son travail avec AC/DC, et aussi chez moi pour avoir produit un single de XTC, je me suis dit que Stiff avait décidément mis le paquet pour le budget de ce disque. Mais en fait, cette chanson vaguement reggae pop figurait à l'origine en 1977 sur Max, le premier album de The Rumour, et c'est donc Vertigo, leur label de l'époque, qui en avait supporté les coûts d'enregistrement.
Les deux faces de ce single sont actuellement disponibles sur la compilation Not so much a rumour, more a way of life.