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22 décembre 2024

THE ASSEMBLY : Never never


Acquis neuf probablement à Châlons-sur-Marne en 1983 ou 1984
Réf : 101848 -- Édité par Mute en France en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Never never -/- Stop / start

Vince Clarke était un vrai feu follet dans les premiers temps de son parcours musical : deux ans avec Depeche Mode (qui ont produit le premier album et trois singles, dont New life et Just can't get enough), puis moins de deux ans avec Yazoo, sachant qu'il aurait voulu arrêter après le premier album, qui a produit deux grands succès avec Only you et Don't go, mais là il s'est laissé convaincre d'en faire un deuxième.
Depuis 1985, Clarke est beaucoup plus stable et se consacre principalement au groupe Erasure, avec le chanteur Andy Bell. Mais en 1983, juste après la séparation de Yazoo, il s'était lancé dans The Assembly, en collaboration avec Eric C. Radcliffe.
Le nom de Radcliffe, les fans du label Mute le connaissent bien, puisque la plupart des premiers disques du label ont été fabriqués dans son Blackwing Studio, et il a enregistré, produit voire joué sur des disques de Fad Gadget, Silicon Teens, mais aussi Missing Scientists, Patrik Fitzgerald et Robert Rental.

Le projet de The Assembly ressemblait fort à celui lancé peu de temps auparavant par les ex-Human League Martyn Ware et Ian Craig Marsh avec leur British Electric Foundation : écrire et produire la musique et faire appel à des chanteurs et musiciens différents pour chacun des disques.
Celui-ci est le premier, comme le confirme la pochette, avec le bas de la patte du "A" d'Assembly, qui se transforme en "1" gris, sur lequel est mentionné "Uno". Mais il n'y a jamais eu de "Dos" ni de "Due" : les questions de contrat/d'exclusivité/de rivalités ont rendu les choses difficiles et The Assembly s'est auto-dissoute fin 1984, sa chaîne de production n'ayant produit qu'un unique disque, cet excellent Never never.

J'étais à Londres quand ce single est sorti fin 1983. Ce fut est un assez grand succès (le disque est monté à la quatrième place du classement national des ventes) et, quand le jeudi et l'heure de Top of the Pops venaient, c'était l'une de mes chansons préférées parmi les tubes du moment, comme Karma chameleon de Culture Club, Come back and stay et Love of the common people de Paul Young, Uptown girl de Billy Joel ou Red red wine de UB40. Pourtant, j'ai attendu d'être de retour en France pour acheter ce disque, je ne sais pas trop pourquoi. En tout cas, ça me vaut d'avoir la mention "Original version" ajoutée sur la pochette, et pour le coup, Vogue semble avoir fait du zèle. En effet, ce genre de mention est généralement utilisé pour écarter la concurrence un peu parasite, ou à l'inverse de manière un peu déloyale pour piquer des parts de marché à l'éditeur d'un tube, mais là il n'y avait aucune raison de préciser que c'est la version originale, pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas eu de reprise ni d'adaptation française à l'époque; on note juste, bizarrement, deux versions différentes en suédois en 1984 !

Never never est une excellente chanson. Vince et Eric se chargent de la musique, à base de synthé, de boite à rythmes et de sampler (c'était les débuts du Fairlight), dans la veine électronique et mélodique initiée par Kraftwerk. Vince fait aussi des chœurs (en tout cas je crois que c'est lui) et ils ont fait appel à un musicien pour ajouter de la guitare, Clem Clempson, un gars qui avait de la bouteille, ancien de Colosseum et Humble Pie.
Les paroles sont grosso modo du blues (Je voudrais être avec toi mais je suis tout seul, l'amour c'est jamais pour moi, l'amour est une porte fermée et il n'y a pas de clé), mais en même temps les couplets semblent indiquer que le narrateur fait tout ce qu'il faut pour se retrouver dans cette situation : "I know just what to say, it's just a game I play" ou "I know my every line, it's just a waste of time".
Le coup de maître de The Assembly, c'est d'avoir fait appel pour chanter Never never à Feargal Sharkey, tout juste libéré de son poste de chanteur des Undertones. C'est vraiment un chanteur que j'apprécie énormément, avec une voix et un style de chant très particuliers.
Une version allongée est sortie en maxi et, pour une fois c'est une réussite : pas de percussions ou de son discothèque, juste une longue introduction de deux minutes qui permet de mieux apprécier tous les sons du disque.
C'est une pure coïncidence, mais j'ai dernièrement eu l'occasion d'écouter la version démo d'Enjoy the silence par son auteur Martin L. Gore (elle figure sur ma dernière compilation en date, Ma sélection n'est pas commerciale). Il y a une forme de cousinage entre ces chansons des deux ex-compères de Depeche Mode et je regrette de ne pas les avoir enchaînées.

La face B, Stop start, est un instrumental, plus rythmé, typique des compositions de Vince Clarke. Pas mal, mais il lui manque sûrement un Dave Gahan, une Alison Moyet, un Feargal Sharkey ou un Andy Bell pour passer à la dimension supérieure.

Après The Assembly, Feargal Sharkey s'est lancé dans une carrière solo et il a eu beaucoup de succès en Angleterre. En 1986, accompagné par Kevin Armstrong (ex-Local Heroes SW9), il interprétait Never never sur scène. Il est ensuite passé de l'autre côté de la barrière et a eu un parcours remarquable dans l'industrie musicale. En 2011, il a exceptionnellement rejoint Erasure sur scène pour refaire Never never (voir ci-dessous). Ces derniers temps, il est de nouveau dans l'actualité pour son militantisme en faveur de la qualité des eaux de rivière et notamment contre les rejets d'eaux usées.
Quant à Erasure, le groupe est toujours actif. Son dernier album en date, Day-glo, est sorti en 2022.




The Assembly, Never never, dans l'émission The tube en 1983. La musique est celle du disque, mais le chant de Feargal Sharkey semble en direct.


The Assembly, Never never, dans l'émission Formel Eins en 1983.


Erasure, Never never, avec Feargal Sharkey en invité au chant pour ce rappel, en concert à The Roundhouse à Londres le 14 mai 2011 dans le cadre du festival Mute at Short Circuit.

12 juin 2018

LIAISONS DANGEREUSES : Los niños del parque


Acquis probablement chez A La Clé de Sol à Reims vers la fin des années 1980
Réf : RR-125537 -- Édité par Roadrunner aux Pays-Bas en 1982
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Los niños del parque -/- Être assis ou danser -- Mystère dans le brouillard

L'hiver dernier, une révolution interne a agité Magic, la revue pop moderne. Une grande partie des contributeurs historiques du magazine a quitté le navire et, une fois dehors, ils se sont retrouvés et se sont demandé ce qu'ils allaient faire ensuite. Dénommés Section 26, ils ont commencé par revenir aux sources en sortant un gros fanzine à imprimer soi-même, avec notamment un article sur Felt de Christophe Basterra , un autre sur Television Personalities par Étienne Greib et le Je bande encore de l'ami Philippe Dumez. Depuis, le fanzine est devenu un site qui est régulièrement mis à jour.
Dans le fanzine, il y avait aussi un entretien d'Alex Mimiraki avec The Hacker à propos du livre Mute : A visual document de Terry Burrows.
The Hacker y revient sur ses rapports de fan avec Mute Records. J'ai été un peu surpris de la place prééminente qu'il accorde au Lady shave de Fad Gadget car, parmi les premiers singles du groupe, c'est celui que j'ai le moins écouté. Et en plus, j'ai tendance à préférer la face B, Make room. Voilà ce qu'il en dit : "À chaque fois que j’ai essayé de copier Lady Shave de Fad Gadget pour en faire une reprise, j’ai trouvé autre chose, qui a fait un hit ! Je ne dois pas être très doué, parce que cela m’emmène ailleurs. La première fois, cela a donné 1982 de Miss Kittin & The Hacker, et la deuxième fois Flesh & Bone, avec Perspects, qui a très bien marché. Ce morceau demeure une source perpétuelle d’inspiration pour moi…". Du coup, j'ai ressorti le disque et je dois bien dire que je l'ai mieux apprécié qu'à l'époque.
Mais cet article m'a fait ressortir un autre disque, Los niños del parque de Liaisons Dangereuses, qui est le disque Mute préféré de The Hacker. Il a effectivement été sorti par Mute sous licence en Angleterre, en petit 45 tours deux titres, mais la sortie originale s'est faite en Allemagne fin 1981.
Contrairement à beaucoup d'autres disques New Wave qui sont dans ma discothèque, je n'ai pas acheté celui-ci au moment de sa sortie. Je l'ai pris sans le connaître quelques années au plus tard, un jour où je suis tombé sur un exemplaire soldé.
Mon édition étant hollandaise et certains titres en français, j'ai longtemps pensé avoir affaire à un groupe belge, d'autant que ma chanson préféréé du lot, Mystère dans le brouillard, est tout à fait dans la veine Polyphonic Size. Mais non, Liaisons Dangereuses était un groupe d'Allemagne, un trio composé de Chrislo Hass, un ex-membre de Deutsch Amerikanische Freundschaft, de Beate Bartel et du chanteur Krishna Goinaud, qui doit avoir des attaches françaises, ce qui explique les nombreuses et bienvenues paroles en français du groupe, une caractéristique qui les rapproche d'autres groupes d'Allemagne francophiles, Sprung Aus Den Wolken et The Truffauts.
La discographie de Liaisons Dangereuses se limite à un unique album, sorti en 1981, qui s'ouvre avec les trois titres de ce maxi, leur unique single.
La face A, Los niños del parque, est devenue une référence. Elle a été souvent samplée et plusieurs fois reprise. Si les liens avec des contemporains comme D.A.F., bien sûr, Fad Gadget et Front 242 sont clairs, on entend bien ici également les aspects proto-technos qui ont fait la réputation du groupe et la joie des DJs.
J'étais complètement passé à côté jusqu'ici d'Être assis ou danser et j'ai eu tort car c'est une réussite, que je préfère à la face A. C'est aussi une chanson rapide, mais avec un séquenceur moins rigide, un peu façon Devo de la même époque, et même du saxopĥone à la Tuxedo Moon.
Les paroles sont très bien :
"C'est l'histoire d'un garçon qui ne pouvait pas arrêter de danser
Il regardait autour de lui, tout le monde était assis, c'est vraiment chiant
Ses parents l'avaient prévenu, il ne faut pas traîner toutes les nuits dans les discosC'est l'histoire d'un garçon, et bien sûr il finit par crever, c'est normal aujourd'hui"
D'avoir réécouté plusieurs fois ce maxi me donne envie de découvrir l'album Liaisons dangereuses, avec des titres comme Apéritif de la mort, Peut-être... pas, Kess kill fé show, Dupont ou Avant-après mars. La dernière réédition en CD, qui date de 2013, est encore facilement disponible.




Liaisons Dangereuses, Los niños del parque, en concert à l'Hacienda à Manchester, le 7 juillet 1982. Ce concert a été édité en vidéo en 1987.

29 septembre 2017

DEPECHE MODE : Pleasure little treasure (Live)


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 10 septembre 2017
Réf : SA 1246 -- Édité par Mute en France en 1989 -- Échantillon promotionnel - Vente interdite
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Pleasure little treasure (Live) -/- Pleasure little treasure (Live)

A Athis, avant d'acheter le disque d'Audrey, j'étais tombé à un autre stand sur ce 45 tours de Depeche Mode. Je me suis arrêté dessus parce que la pochette ne me disait rien. Aucune indication particulière au dos, mais j'ai décidé de le prendre quand j'ai sorti le disque et que j'ai vu qu'il s'agissait d'une édition promotionnelle (en plus de la mention sur la rondelle, la pochette a été marquée au tampon sec "Vente interdite - Échantillon gratuit"). Enfin, je l'ai surtout acheté parce que le vendeur m'avait annoncé un prix de 50 centimes. Je crois que je ne me serais pas embêté à mettre plus cher ou à négocier le prix.
La chanson de ce disque (la même sur les deux faces) est extraite de l'album 101, enregistré en concert le 18 juin 1988 à Pasadena, en Californie.
Pleasure little treasure est une chanson que je ne connaissais pas bien. Et pour cause, elle est sortie en face B du 45 tours Never let me down again, disque que je ne connais pas. Elle n'était pas sur le 33 tours Music for the the masses, sorti il y a pile 30 ans, mais une version remixée figurait en bonus sur les éditions originales de l'album en CD et en cassette. Ce même Glitter mix a été inclus sur la bande originale du film Bright lights, big city et là, je sais que j'avais déjà écouté (et oublié) cette version car j'ai l'album.
Je n'en attendais rien de spécial, mais à l'écoute, j'ai été très agréablement surpris par cette version live de Pleasure little treasure. Il y a un gros son de séquenceur bien grave, de la guitare, et le chant, surtout dans les couplets, associé à la musique m'évoque assez fortement le Devo synthétique et déjà aseptisé de 1981-1982, époque New traditionalists / Oh, no ! It's Devo. Il s'avère que cette version en public est très proche de la version originale en 45 tours.
Le seul single commercialisé extrait de 101 est Everything counts. Il n'y a qu'en France qu'il y eu une édition promo de Pleasure little treasure (dont 200 exemplaires ont été envoyés en Espagne pour être diffusés sur les radios de la chaîne 40 Principales). Mais le seul titre gravé sur le disque est très largement disponible, et la pochette est très quelconque. Elle n'a même qu'un rapport indirect avec Depeche Mode puisqu'on n'y voit que le logo du label Mute dans sa version assez industrielle de l'époque, sur lequel sont posées deux branches de chêne qui lui donnent un fort accent totalitaire. C'est pourquoi j'ai du mal à m'expliquer pourquoi des obsédés du groupe ont déboursé plusieurs dizaines d'euros chez Discogs (de 80 à 297)pour se procurer ce 45 tours, et tout autant pour l'édition maxi qui a aussi été diffusée.
En tout cas, heureusement que j'ai écouté le disque lui-même avant de visionner l'extrait correspondant du film 101. Outre que le son sur cette vidéo YouTube est très poussif, voir Dave Gahan se pavaner et se déhancher tout au long de la chanson est à vous en dégoûter pour de bon !



05 juillet 2014

THE NORMAL : T.V.O.D.


Acquis peut-être bien chez New Rose vers 1980
Réf : MUTE 001 -- Edité par Mute en Angleterre en 1978
Support : 45 tours 17 cm
Titres : T.V.O.D. -/- Warm leatherette

C'est par Fad Gadget que je suis venu à The Normal. J'avais dû lire quelque part une référence à ce 45 tours déjà légendaire, le premier de Mute Records, enregistré sous pseudonyme par Daniel Miller. L'histoire de l'enregistrement de ce disque et du lancement inopiné de l'une des plus belles histoires des labels indépendants anglais est largement documentée. Elle est très bien racontée chez French Violation, je vous encourage à aller l'y lire.
Pour ma part, j'ai eu la chance de tomber sur un exemplaire neuf de ce disque au tout début des années 1980. Normalement, un 45 tours indépendant n'était disponible que quelques mois dans les bacs, mais celui-ci a eu un tel succès qu'il a dû être régulièrement repressé pendant un certain temps.
Dans le documentaire Do it yourself : The story of Rough Trade (voir l'extrait ci-dessous), Daniel Miller explique que, fan de Kraftwerk et du krautrock en général mais pas particulièrement musicien, il a voulu se lancer dans l'aventure d'un disque punk avec des synthétiseurs.
Il a parfaitement réussi son coup, avec un disque du niveau des meilleurs Cabaret Voltaire (Nag nag nag) et Throbbing Gristle (United), avec surtout deux chansons aussi excellentes l'une que l'autre, qui abordent deux thèmes emblématiques de la société moderne, la télévision et la voiture.
T.V.O.D. est sorti à une époque où il y avait à tout casser trois chaînes de télé mais, comme son titre l'indique (Overdose de télé), cette chanson est à la télé ce qu'Heroin du Velvet Underground est à..., ben à l'héroïne tout simplement : "pas besoin d'écran télé, je me plante juste l'antenne dans la peau et laisse le signal passer dans mes veines." La boite à rythmes donne la cadence, la mélodie au synthé presque guillerette est contrastée par la voix de non-chanteur de Miller. Les ingrédients sont les mêmes pour Warm leatherette, la mélodie en moins car l'atmosphère est bien plus sombre, avec ces paroles inspirées du roman Crash ! de J. G. Ballard : "Une larme d'essence est dans ton oeil, le frein à main pénètre ta cuisse, vite, faisons l'amour, avant que tu meures, sur du simili cuir bien chaud".
Daniel Miller n'avait probablement pas l'intention de faire une carrière avec The Normal : il a tourné avec Robert Rental fin 1979, ce qui a donné lieu à la publication chez Rough Trade d'une face d'album live en 1980, mais il n'a jamais rien sorti d'autre sous ce nom.
S'il a largement bénéficié, comme d'innombrables autres labels indépendants anglais, de la structure de Rough Trade pour la fabrication et la commercialisation de son premier disque, il semble bien que Daniel Miller n'avait pas non plus vraiment l'intention de créer un label. Mais, suite au succès de The Normal, il a reçu plein de démos et a choisi d'éditer les disques de Fad Gadget. Puis, sous le pseudonyme Silicon Teens, il a sorti avec succès ses reprises électro-pop de tubes des années 1960. En 1981, il a découvert de tout jeunes fans de Fad Gadget et les a signés. Le groupe s'appelait Depeche Mode et c'était le début d'une longue histoire qui dure encore...


Daniel Miller parle de The Normal et des débuts de Mute Records dans le documentaire Do it yourself : The story of Rough Trade.

22 novembre 2008

FAD GADGET : I discover love


Acquis au Virgin Megastore de Londres en septembre 1983
Réf : 12 MUTE 028 -- Edité par Mute en Angleterre en 1983
Support : 45 tours 30 cm
Titres : I discover love (Extended version) -/- Lemming stomp

Comme Make room/Ladyshave en 1981, I discover love est un single de Fad Gadget complètement inédit sorti entre deux albums. Celui-ci est arrivé entre le sommet que constitue à mon sens Under the flag et ce qui s'avèrera être l'ultime album de Frank Tovey sous le nom de Fad Gadget, Gag.
A peine quatre ans après les débuts 100% solo et synthétique de Fad Gadget, Frank Tovey se trouve là avec un groupe au complet et avec des instruments quasiment tous acoustiques : contrebasse, piano plutôt que synthétiseur, trois cuivres en invités; la seule note très électrique est apportée par l'autre invité, Rowland S. Howard de Birthday Party, avec sa guitare électrique.
J'avais adoré les versions maxi de Life on the line et For whom the bells toll, les deux précédents singles très électroniques de Fad Gadget. Du coup, j'ai été un peu déçu à la sortie de I discover love, mais l'évolution n'est pas trop surprenante quand on lit dans une interview à Sounds en 1983 que Frank Tovey estimait avoir fait un peu trop de compromis à la mode avec ces maxis, sans avoir plus de succès pour autant. En fait, I discover love n'est pas l'un des chefs d'oeuvre de Fad Gadget mais, comme One man's meat par exemple, dont il est assez proche, c'est une bonne chanson, qui fonctionne bien notamment grâce à l'apport des choeurs féminins et des cuivres, mis encore plus en valeur sur cette version allongée.
La face B du maxi, Lemming stomp, est un remix instrumental de la face B du petit 45 tours, Lemmings on lovers' rock, et, comme le "stomp" du titre l'indique, l'accent est mis sur le côté rythmique et percussif.
Ce disque est sorti au moment où je venais d'arriver à Londres pour y passer une année scolaire et c'est l'un des premiers que j'ai dû acheter sur place vu que, comme pour Magazine, Costello, XTC ou Devo, à l'époque j'achetais tout ce que sortait Fad Gadget.
Je me souviens qu'un jour, alors que j'attendais un bus qui mettait longtemps à venir, j'ai scruté pendant de longues minutes une affiche qui faisait la promo du single, à détailler ces dentelles et fanfreluches arrangées en forme de coeur accrochées à du grillage.
Par contre, là où j'ai un gros problème de mémoire, c'est quand je contemple longuement la page de mon agenda du 19 octobre 1983 et que j'y lis "Concert : Fad Gadget + Red On Red". Il paraitrait logique que Fad Gadget ait donné au moins un concert à Londres pour soutenir la parution de son single, et normalement cette mention dans mon agenda signifie que j'ai assisté à un concert ce jour-là, avec Red On Red en première partie de Fad Gadget, ce qui a dû être un moment important, puisque je n'avais encore jamais vu Fad Gadget sur scène et qu'il s'agissait seulement du deuxième concert depuis mon arrivée à Londres, le premier étant un concert de Rich Bitch au Clarendon en septembre.
Le problème c'est que je ne conserve aucun souvenir de ce concert !!
Je me souviens très bien du concert d'Elvis Costello à l'Hammersmith Palais la semaine suivante (d'ailleurs, j'en ai conservé le billet et j'avais noté la liste de titres joués). Je me souviens très bien également de ce qui constituerait le deuxième concert de Fad Gadget auquel j'ai assisté, le 4 mars 1984 au Lyceum Ballroom, au moment de la sortie de Gag (j'en ai aussi le billet et une chronique publiée dans la presse) : le Ballroom est une sorte de théâtre à l'italienne, j'étais à l'un des balcons et l'une des trois premières parties était un groupe débutant nommé Dead Can Dance dont la chanteuse, à un moment, jouait du stylophone agenouillée sur la scène.
Mais pour le concert du 19 octobre 1983, j'ai beau me triturer les méninges, rien ou quasiment rien ne me revient à l'esprit. Sauf peut-être le lieu du concert, l'Electric Ballroom, qui m'a peut-être été suggéré par un historique des concerts de Fad Gadget sur lequel je n'arrive pas à remettre la main aujourd'hui. La salle se situe à Camden, et cela aurait été l'une des premières fois où je me rendais dans ce quartier de Londres. Et effectivement, il me revient un vague souvenir de punks relativement agressifs (événement très rare dans mes expériences londoniennes) entre l'Electric Ballroom et la station de métro toute proche de Camden Town. Mais du concert lui-même, rien, pas une image mentale, pas un son en tête. Pourtant, selon toute vraisemblance, ce concert a bien eu lieu... et j'étais bien dans le public !

14 avril 2007

SILICON TEENS : Memphis Tennessee


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 8 avril 2007
Réf : 6079 800 -- Edité par Mercury en France en 1979 -- Echantillon gratuit -- Vente interdite
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Memphis Tennessee -/- Chip 'n' roll

J'ai dû sélectionner avec bien du mal quatre autres 45 tours dans le carton pour faire un lot de cinq à un euro et me procurer celui-ci. Il faut dire que, à part sur cette page de l'excellent site Vinyl Vidi Vici, je n'avais jamais vu ce disque nulle part. Il a dû être très peu distribué, contrairement à l'autre single des Silicon Teens sorti en France, "Red river rock", qui fut presque un tube chez nous après avoir été sélectionné pour être l'indicatif d'une émission d'Europe 1.
Une fois rentré à la maison, je me suis aperçu que le disque était cassé sur une moitié de son diamètre (mais il passe en sautant à peine). Déjà que la pochette est moche comme tout... Mais c'est pas grave, de toute façon j'ai déjà ces deux chansons depuis la sortie de "Music for parties", l'unique album des Silicon Teens en 1980, et je suis quand même très content d'avoir mis la main sur ce disque car, depuis quelques semaines, les Silicon Teens sont redevenus d'actualité pour moi, notamment à cause de ce clip pour "Memphis, Tennessee" apparu sur YouTube il y a quelques semaines.
Il a beau avoir été mis un ligne par un "gars français" (Frenchbloke), je peux vous assurer qu'à l'époque il n'a pas dû être beaucoup diffusé sur nos trois chaînes de télé ! Et même si je l'avais vu en 1980, les photos de Frank Tovey de Fad Gadget étaient tellement rares à ce moment-là que je ne l'aurais probablement pas reconnu dans le rôle du chanteur des Silicon Teens. Je dis bien le rôle, car il est de notoriété publique que les Silicon Teens, présentés comme un quatuor de jeunes gens férus d'électro-pop, se réduisent en fait à Daniel Miller, alias The Normal, le fondateur de Mute Records. Pour faire croire qu'il n'était pas tout seul, Miller a même poussé le vice jusqu'à créditer certains des rares originaux des Silicon Teens, comme "Chip 'n' roll" ici, au producteur du disque, Larry Least, qui semble bien n'être qu'un autre des pseudonymes de Miller lui-même !
Pour qui aime la techno-pop, ce disque est un régal. Outre qu'elle est excellente, la reprise de "Memphis, Tennessee" a pour immense avantage de rendre les paroles de Chuck Berry très intelligibles, ce qui met en valeur leur grande qualité et l'intelligence de la construction de la chanson (à l'origine en 1959 une simple face B de single, mais qui a eu plus de succès en Angleterre que sa face A, "Back in the USA").
Quant à "Chip 'n' roll", des quatre titres originaux écrits par les Silicon Teens (tous les autres sont des reprises de tubes pop-rock des fifties et sixties"), c'est le seul qui s'amuse à parodier tous les clichés du rock, ce qui fait qu'au bout du compte cet instrumental est très proche de la reprise "Red river rock".

26 février 2007

FAD GADGET : Ricky's hand



Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en 1980
Réf : MUTE 006 -- Edité par Mute en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ricky's hand -/- Handshake

C'est le tout premier disque de Fad Gadget que j'ai acheté. Je l'avais probablement entendu à Feedback, et j'avais été suffisamment accroché pour investir dans ce single en import.
Il faut dire que, de tous les premiers singles de Fad Gadget, c'est le plus accrocheur, le plus mécaniquement dansant, en bref celui qui aurait pu avoir le plus grand succès commercial. Ce ne fut pas le cas, par contre on peut penser que cette chanson a pas mal influencé les Depeche Mode débutants, qui alors n'osaient même pas rêver enregistrer un jour pour le même label que leur idole !
En 1979-1980, je ne sais pas pourquoi, mais des groupes comme Human League ou Fad Gadget se glorifiaient d'enregistrer des disques "synthétiques" et le mentionnaient sur le pochette. Tout ça pour quelques années plus tard se targuer à nouveau sur leurs pochettes de n'utiliser que des sons analogiques !
Ici, tout est indiqué comme synthétique, sauf les voix, des bandes et surtout la perceuse électrique Black & Decker V8 Double Vitesse, dont Fad Gadget semble très fier, et qui joue effectivement un rôle important dans la chanson.
Ce n'est qu'hier, en préparant ce billet, que j'ai cherché les paroles de la chanson, et que j'ai finalement compris de quoi il était exactement question. Je vous laisse vérifier par vous-même, mais il s'agit bien des aventures de la main de Ricky lors d'une soirée au pub, qui se terminent mal lors du retour en voiture à la maison.
Le titre de la face B, "Handshake" ("Poignée de main") est un jeu de mots expliqué en dessins au dos de la pochette : un Handshake peut être aussi un Milkshake aromatisé à la main, et après tout, le son d'une perceuse peut aussi bien évoquer celui d'un mixer ! (Il s'agit d'une version instrumentale, plus lente, de "Ricky's hand", qui peut faire penser à certaines expérimentations du premier album des Flying Lizards).
Si vous voulez en savoir plus sur Fad Gadget, le double best-of sorti au moment de son come-back, juste avant sa mort, est encore facilement disponible et suffit largement. Mais si vous voulez en plus écouter des démos inédites, voir un documentaire et surtout une des légendaires performances de Fad Gadget sur scène, le coffret 2 CD-2 DVD "Fad Gadget by Franck Tovey" sorti l'an dernier est fait pour vous !


Fad Gadget, Ricky's hand, dans une émission de télévision en Belgique, vers la fin de l'année 1980


Fad Gadget, Ricky's hand, en concert à l'Hacienda à Manchester le 28 février 1984


Fad Gadget, Ricky's hand. Une vidéo réalisée postérieurement à la sortie du single.


12 mai 2006

FAD GADGET : Incontinent


Offert par Jean H. à Châlons-sur-Marne à Noël 1981
Réf : 540018 -- Edité par Mute en France en 1981
Support : 33 tours 30 cm
9 titres

Cette année-là, mon cousin Jeannot avait vraiment joué les Père-Noël. Venu pour les fêtes avec ses parents de sa banlieue parisienne, il avait pris soin d'amener avec lui deux cartons de la production de son nouvel employeur. Son nouvel employeur étant l'entreprise Vogue de Villetaneuse, les cartons contenaient chacun une vingtaine de disques !
La répartition des disques au sein de la famille n'a pour une fois pas posé trop de problèmes. Il faut dire que la production Vogue de ces années-là n'était pas folichonne : il y avait plusieurs Jacques Lantier, des doubles albums de Donna Summer, un Abba, du disco-soul sophistiqué avec Crown Height Affair,... Et surtout, comme Vogue venait de signer avec Mute pour distribuer ce label en France, il y avait ce deuxième album de Fad Gadget, qui venait de sortir et que je n'avais pas encore eu les moyens de me payer. Je me le suis attribué d'autorité, sans que cela suscite la moindre réaction car j'étais le seul intéressé par ce disque ! Il faut dire que j'avais déjà à l'époque le premier album et le single "Ricky's hand".
La photo de pochette, signée Anton Corbijn, est superbe. Elle surprend pour un groupe réputé synthétique, mais après tout, avec son déguisement de marionnette Punch et son maquillage de cirque, Franck Tovey a un petit air de Siouxsie Sioux !
Ce qui marque d'ailleurs dès les premières notes du disque, c'est justement que le son est moins synthétique qu'auparavant. Les synthés et les séquenceurs sont toujours là, mais plus les boites à rythmes. La batterie et la basse acoustique, beaucoup plus présentes que sur le premier album, modifient la tonalité générale. On trouve ici des éléments qu'on retrouvera sur les albums suivants (les choeurs féminins sur "Under the flag", le break de batterie de "Swallow it" qui annonce "Collapsing new people").
L'album est ramassé et très cohérent, avec juste un coup de mou au milieu, avec deux instrumentaux pas géniaux qui s'enchaînent en fin de face A et en début de face B.
Les deux premiers titres du disque sont très bien ("Blind eyes" et "Swallow it"), mais c'est dommage que deux titres encore plus accrocheurs soient relégués en fin de face B : le tube du disque "King of the flies", avec sa phrase d'attaque "Right from the start I got it wrong, I did the things I shouldn't have done" et son passage un peu disco sur le refrain comme pour le "At home he's a tourist" de Gang of Four, et "Plain clothes" avec carrément une attaque de guitares électriques.
Après la pochette, "Saturday night special" nous ramène dans une ambiance de fête foraine avec son rythme de valse et un clavier qui imite un clavecin. Si ça vous fait penser à quelque chose, sachez que ce titre est sorti en single, dans une version légèrement réenregistrée/remixée, le 5 janvier 1982, soit une semaine avant le "Golden brown" des Stranglers. Malheureusement pour Fad Gadget, il n'y avait pas de place pour deux valses synthétiques dans la programmation des radios... Les paroles semblent s'attaquer à l'Amérique de Reagan, mais c'est bizarre, j'ai la drôle d'impression que ces paroles sont parfaitement d'actualité en 2006, sans en changer un mot...
Vous savez peut-être que Frank Tovey, le leader de Fad Gadget, est mort en 2002. Mais grâce à Mute, son label de toujours, toute sa discographie est disponible. Un DVD live accompagné d'une nouvelle compilation est annoncé pour bientôt. Juste un regret : que les quatre titres des deux singles extraits de l'album (les nouvelles versions de "Saturday night special", "King of the flies" et "Plain clothes" ainsi que la version live de "Swallow it") n'aient pas été ajoutées en bonus sur la réédition en CD d' "Incontinent", même si personnellement j'ai tendance à préférer les versions originales.