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08 août 2026

THE TIMES : Beat torture



Acquis probablement chez A La Clé de Sol à Reims en 1988
Réf : CRELP 038 -- Édité par Creation en Angleterre en 1988
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

The Beautiful Music
, le label basé au Canada de Wally Salem, a d'abord attiré notre attention avec une série de compilations en hommage aux Television Personalities. Il y a eu également deux volumes de reprises de chansons d'Adrian Borland de The Sound. Mais au fil des années, TBM a aussi développé un catalogue de titres originaux, reflet de la production d'une sorte d'internationale pop underground,pour reprendre une expression de K records, avec notamment Dupont Circles, Dot Dash, The Yellow Melodies, Roy Moller ou Armstrong.
Mais TBM continue à rassembler des musiciens passionnés du monde entier pour rendre hommage à de grandes figures. Le dernier en date, avec un lien avec les TVPs, est I Helped Edward Ball Escape, un hommage à The Times et Ed Ball, dont le titre fait référence au classique de The Times, I helped Patrick McGoohan escape.

C'est l'aboutissement d'un projet au long cours qui a attiré de nombreux fans d'un artiste prolifique et sympathique. Pas étonnant donc qu'au bout du compte que cet hommage prenne la forme d'un double CD de 44 titres !
Et le mieux dans tout ça, c'est que le nombre de titres qui m'ont plu à l'écoute est largement supérieur à la moyenne de ce genre de compilation. Par exemple, les dix premiers titres du CD 2, dans une veine pop électrique, m'ont tous accroché l'oreille sans exception. Dans le lot, il y a mes deux préférés tout court, Britannia sleeps tonight par The Woermwood Scrubs et Pinstripes par The Great Auk Fanciers' Society. Parmi les autres titres, j'ai notamment apprécié ceux de Rotifer, Summerhouse, The Yellow Melodies, April Events, Terryball, Tender Engines et The Answers.

I helped Ed Ball escape est en vente ici.
La réaction détaillée d'Ed Ball à l'écoute de ces reprises est à lire ici.
Une chronique en français par Benjamin Berton a été publiée par Sun Burns Out.

Pour fêter ça, j'ai ressorti Beat torture, le premier disque d'Ed Ball sorti chez Creation. Le premier d'une très longue série sous de multiples identités jusqu'à la dissolution du label tout début 2000.
En 1988, mes fonctions de conseiller spirituel de Biff Bang Pow ! venaient de s'interrompre brutalement. Je ne recevais donc plus de disques du label en cadeau et j'ai choisi d'acheter celui-ci quand je suis tombé dessus en magasin à Reims. Comme c'est arrivé quelques fois dans l'histoire du rock, par exemple avec le troisième Starshooter ou l'Agents of change EP de Blue Orchids, le disque à la pochette très dépouillée était vendu dans un sac plastique. C'est un pressage anglais, mais une étiquette de code prix collée dessus indique qu'il est passé par les mains d'un distributeur français plutôt que d'un importateur.
Dans un entretien pour le site Creation Records en 2005, Ed explique qu'Alan McGee lui a proposé début 1988 de sortir un album et de travailler pour le label. Problème, la formation précédente de The Times s'était séparée en 1987, alors Alan a proposé les services de BBP!. Dans les faits, l'album a été enregistré avec Alan et Dick Green de BBP!, Jowe Head (Swell Maps, TVPs, The Palookas, etc.) et le batteur Paul Mulreany, qui est resté un temps membre de The Times et a aussi joué avec The Blue Aeroplanes, Jazz Butcher et Primal Scream.
La tonalité noire de la pochette fait bien la transition avec l'album Love is forever de BBP!, sorti quelques mois plus tôt et sur lequel on entend Ed aux chœurs. Les deux ont en commun un son clair et énergique.

Ma période préférée de The Times est celle que je qualifierais de période sous ecstasy, de E for Edward en 1989 à Pure en 1991, mais Beat torture arrive juste derrière. C'est vraiment un disque que je trouve très bon, que j'apprécie plus par exemple que les premiers albums de The Times, pourtant réputés et recherchés.

Cela tient en partie à l'excellence et à la fougue du morceau d'ouverture, Godevil, celui qui a été le plus diffusé puisqu'il figurait sur la compilation pas chère de Creation, Doing it for the kids.
L'intro est très rock and roll, avec un saxophone bien gras (je me demande bien qui le joue). Je me suis persuadé à l'époque que la deuxième voix, celle qui chante "What have you ever done ?" et "Godevil's waiting in the shadows", était celle d'Alan. J'ai eu des hésitations aujourd'hui, mais je pense quand même que c'est bien le cas.

On enchaîne ensuite sur un ton moins furieux et plus dans le style habituel d'Ed Ball avec une autre très bonne chanson, Heaven sent me an angel, la seule de l'album reprise sur I helped Ed Ball escape, en version électro-pop par Si Farrier
Elle donne le ton de la suite de l'album, qui est d'excellente tenue, à part une baisse de régime sur les deux derniers titres.
Il y a plusieurs autres titres rapides et électriques (I'll be your volunteer, Department store et It had to happen), mais aussi la ballade avec harmonica Love like haze or rain, Chelsea green avec un arrangement surprenant et How to start your own country au rythme un peu martial.

J'ai découvert en préparant cette chronique qu'il y avait quatre titres en plus sur l'édition CD de l'album. Il s'agit en fait de démos de quatre des chansons, en solo, avec boite à rythmes. Elles auraient été suffisamment bonnes pour sortir telles quelles, en EP par exemple.

Après la fin de Creation, Ed Ball n'a plus sorti aucun nouveau disque de ses projets. On l'a retrouvé en 2006 à l'époque de My dark places pour épauler son pote Dan Treacy en enregistrant et tournant avec Television Personalities. Il pensait en 2005 sortir un nouvel album solo. J'ai l'impression qu'il ne faut pas trop compter dessus.

Contrairement à un grand nombre de disques de The Times publiés avant ou après, Beat torture n'a jamais été réédité depuis 1988, mais l'album est intégralement en écoute sur YouTube, les quatre titres de l'édition CD compris.

02 décembre 2022

VALIUM ORGASMS : A CREATION COMPILATION


Acquis par correspondance via Discogs en novembre 2022
Réf : RTD/CRE 1-39 -- Édité par Rough Trade / Creation en Allemagne en 1986
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

On va dire qu'on fait dans la pochette à thématique comestible cette année : après l'épi de maïs des Léopards, voici la moule de Creation.

J'ai repensé à ce disque quand l'ami Bertand a entrepris de passer en revue ses compilations Creation. Je lui ai parlé de celle-ci, qu'il ne connaissait pas, et comme cela faisait longtemps qu'elle manquait à ma collection, j'ai décidé de me l'offrir.
En fait, c'est depuis 1986 que j'ai envie d'avoir ce disque. Depuis le jour où Luke de Chromatone Design m'a montré chez lui ses dernières productions graphiques, deux compilations jumelles, I love the smell of napalm, pour le marché américain, et Valium orgasms, pour le marché allemand. Il m'avait offert un exemplaire de la première, mais il n'avait pas de double de la seconde.
Luke m'avait aussi expliqué comment il avait pris ces photos de pochette: pour I love the smell of napalm, il était allé un soir récupérer des fleurs sur un massif devant une église près de chez lui sur l'Île aux Chiens à Londres, qu'il avait ensuite étalées et photographiées sur sa table de salon. Pour Valium orgasms, il avait tout simplement pris un gros plan d'un mollusque tiré d'un bocal de moules au vinaigre !

Alan m'a expliqué un jour l'intérêt qu'il y avait pour lui de sortir ces compilations (Il y en a eu en moyenne une par an pendant dix ans. Quelqu'un a pris la peine d'en faire une liste sur Discogs). Cela permettait de prolonger la "durée de vie" des 45 tours du label, souvent tirés à juste 1000 exemplaires, mal distribués et pourtant vite épuisés quand même. Les albums pouvaient se trouver plus facilement partout dans le pays, et même à l'étranger. Et, comme c'est le cas ici, quand un contrat de licence était signé à l'étranger, il pouvait être inauguré par une compilation.

Le prototype de Valium orgasms, c'est Different for Domeheads, la compilation anglaise de 1985. A double titre : six des huit titres sont repris ici, et surtout, on trouvait gravé en fin de face sur les sillons du disque, "Valium orgasms" pour la face A et "Syphilis mouth" pour la B (la pochette figurait un tube de pommade prescrit contre cette maladie vénérienne). I love the smell of napalm, parue au même moment aux États-Unis est la compilation sœur de celle-ci : elles ont neuf titres en commun sur douze.

Avec plus de trente-cinq ans de recul, on peut réécouter ces chansons avec une oreille neuve et voir comment elles ont passé l'épreuve du temps (même si pour la plupart je les ai régulièrement écoutées entre-temps...!). Six artistes ont droit à deux titres chacun.

Les amis de Biff Bang Pow ! s'en sortent particulièrement bien avec deux titres du premier album Pass the paintbrush, honey..., Love and hate et le classique et également single There must be a better life.
Pour ceux que ça intéresse, Cherry Red a sorti cette année la compilation ultime de BBP!, un coffret de 6 CD (!) avec l'intégrale et bien plus.

Les autres amis The Jasmine Minks ont eux aussi deux titres imparables et classiques, Think! et Where the traffic goes, les faces A énergiques de leurs deux premiers singles, qui figuraient également sur leur premier album One, two, three, four, five, six, seven, all good preachers go to heaven
Jim Shepherd le chanteur a sorti cette année un album solo, The circle, dont j'ai rédigé les notes de pochette. Le groupe prépare un nouvel album pour 2023.

Dans le lot, c'est Primal Scream qui a eu le parcours le plus impressionnant depuis. A peu près inimaginable quand on écoute les deux faces de leur premier 45 tours qui sont reprises ici, All fall down et It happens. C'est très poppy, la face B est meilleure que la A, ils ont fait bien mieux depuis mais c'est quand même très bien.

Les deux faces du premier single de Slaughter Joe (alias Joe Foster), I'll follow you down et Napalm girl passent moins bien la rampe aujourd'hui. On les entend pour ce qu'elles étaient vraiment, un exercice de style pour recréer l'ambiance d'Upside down, le premier single de The Jesus and Mary Chain, que Joe avait co-produit. Je n'avais jamais fait attention au fait que la basse de Napalm girl sonne pas mal comme celle de Jah Wobble époque Metal box.

Les deux titres que j'aime le moins du lot, c'est God bless et Paradise, soit le premier single des Bodines. C'est déjà ce que je pensais quand j'avais chroniqué ce disque en 2006.

In the afternoon est une chanson écrite par Alan McGee, qui existe dans plusieurs enregistrements, alternativement par Revolving Paint Dream ou Biff Bang Pow !. Là, on a droit à la première version publiée, celle de la face B de Flowers in the sky de Revolving Paint Dream (CRE 002). Elle est chantée par Christine Wanless, qui est morte il y a quelques semaines.

L'autre titre isolé, c'est Worm in my brain, le tout premier enregistrement de The Weather Prophets. Une excellente chanson publiée pour la première fois sur It's different for domeheads.
Pete Astor vient de sortir un nouvel album, Time on Earth.

Cela fait des années que je n'ai pas eu de contact avec Luke Hayes, qui aux dernières nouvelles vivait aux États-Unis, mais je suis bien content d'avoir complété ma collection de ses pochettes.
Comme pour celle-ci, j'ai tous les titres bien sûr, et même souvent en plusieurs exemplaires, mais un de ces jours je m'offrirai peut-être deux autres compilations Creation qui me manquent, Creation : Flowers in the sky et Purple, parues toutes les deux en CD en 1988, et toutes les deux avec des fleurs sur la pochette.

13 janvier 2018

BIFF BANG POW ! : Love's going out of fashion


Offert par Alan McGee sûrement par correspondance en 1986
Réf : CRE 024 T -- Édité par Creation en Angleterre en 1986
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Love's going out of fashion -- Inside the mushroom -/- It happens all the time -- In the afternoon

Mes aventures discographiques avec mes amis de Biff, Bang, Pow ! sont encore plus variées que je le pensais.
Il y a le premier album Pass the paintbrush, honey qui m'est dédié. Il y a le deuxième album The girl who runs the beat hotel, sur lequel on entend ma voix. Il y a le 45 tours Someone stole my wheels, qui m'est crédité (sans que j'ai participé à son enregistrement) et le 45 tours suivant, un instrumental dont le titre, The whole world's turning Brouchard, mentionne mon nom.
C'est déjà beaucoup, et plus que je n'aurais jamais rêvé. Mais l'autre jour, en fouinant sur Discogs, j'ai redécouvert que, avec le maxi 45 tours Love's going out of fashion (et seulement le maxi, pas le 45 tours), j'avais aussi eu l'insigne honneur d'être mentionné dans le message gravé à même le vinyl, entre la fin du sillon et la rondelle. Sur la face A, on peut ainsi lire "JC Brouchard A Hauw Hauw Hauw". La bonne blague !
C'est aussi le premier disque sur lequel le Non Stop Movement de BBP! est domicilié chez moi à Reims. Ça m'a valu au fil des années des échanges et des amitiés avec des fans du monde entier.
Ce message s'explique en partie par le fait que j'étais présent en studio pendant l'enregistrement de ce disque, en tout cas pendant deux jours, les 10 et 11 novembre 1985. Et je ne pense pas qu'il y en ait eu d'autres pour cette session. Le message sur la face B, "Just Give Me 3.500 And That Will Pay For Everything", pourrait très bien faire référence au budget total de ce disque, ou même de plusieurs de Creation à cette époque !
Le studio Alaska, qui a fermé tout récemment, était utilisé par Creation notamment parce que c'était l'un des moins chers de Londres.
Après avoir sorti toute une série de disques uniquement en 45 tours, Creation s'est mis à sortir des maxis parce que, avec un titre en plus et une pochette couleurs, ces disques se vendaient avec une bien meilleure marge. Parmi les premiers sortis par le label (Million tears, Up the hill and down the slope, Cold heart, Crystal crescent), celui-ci fait partie des classiques, et c'est aussi celui de Biff, Bang, Pow ! qui a eu le plus de succès (9 semaines dans les classements des ventes des Indépendants à partir d'avril 1986, avec un sommet à la 6ème place), parce qu'il est excellent, et sûrement aussi parce qu'à cette époque la réputation d'Alan comme patron de label n'interférait pas encore trop avec celle de son groupe.
La photo de pochette, à la Factory, plein cadre sans aucune mention d'artiste ni de titre au recto, tranche avec le style habituel des pochettes du label.
La photo d'Yvonne, alors l'épouse d'Alan, a dû être prise par Luke Hayes, de Chromatone Design et de Revolving Paint Dream. Sur la pochette du 45 tours, c'est une autre photo, en monochrome, et on voit que c'est un livre d'art qu'Yvonne compulse. La tulipe fanée fait peut-être référence à l'amour qui passe de mode du titre principal.



La session de novembre 1985 était prévue pour un album, 16 velvet Fridays, qui n'a jamais vu le jour. Tous les titres ont fini par être publiés, il me semble, à une seule exception, et ce n'est sûrement pas un hasard, I need optimism, une chanson pour laquelle Yvonne, une de ses copines et moi-même avions enregistré des chœurs, largement entrecoupés de fou-rires. 
Sur ce disque, je pense que les musiciens présents sont Alan, Dick Green, Dave Evans, Ken Popple, ainsi que Joe Foster à l'harmonica et à la guitare. Je n'ai pas le souvenir qu'Andrew Innes et Christine Wanless aient participé à cette session, même si j'ai l'impression que j'entends la voix d'Andrew dans les chœurs.
Dans ma chronique de The girl who runs the beat hotel, j'avais essayé de faire le point des titres enregistrés lors de cette session. Love's going out of fashion était sans conteste l'un des meilleurs du lot. Il s'est retrouvé en face A de ce single, puis plus tard sur l'album.
Je m'attendais à ce que la production cheap ait mal vieilli, mais ce n'est pas le cas. Au contraire, je me rends mieux compte aujourd'hui que l'instrumentation sur cette chanson est plus travaillée que sur les autres chansons du groupe, avec les guitare (dont une 12 cordes, je pense) qui se mêlent et qui se répondent avec l'harmonica de Joe. Surtout, il y a une dynamique très forte et très particulière dans le rythme de cette chanson, entre le chant d'Alan et la musique. Les paroles sont très bien, et assez originales pour une chanson d'amour, de "It's just emotion, is it love or simply just affection ?" à "Is it over or are we just testing each other now ?". Malgré tout ce qui a suivi, ça reste l'une des meilleures chansons publiées par le label.
Inside the mushroom, sans surprise vu le titre, est un titre psychédélique, qui pour le groupe s'inscrit dans une lignée qui comprend A day out with Jeremy Chester et Five minutes in the life of Greenwood Goulding.
Les deux titres de la face B ont des historiques un peu compliqués. Pour It happens all the time, il s'agit de la premère version, de novembre 1985 donc, chantée par Alan. C'est une très belle chanson sur un tempo moyen. Je n'en ai trouvé en ligne qu'une version trafiquée et ralentie. La version de septembre 1986 est chantée par Christine et est parue en 1988 en face B du maxi She paints. Elle a aussi été retravaillée pour le très velvetien Elektra's crying loaded in the basement sur le Mother watch me burn de Revolving Paint Dream.
Il existe aussi trois versions publiées de In the afternoon. Celle-ci, chantée par Alan, est très psychédélique aussi, avec une batterie qui m'évoque un peu Joy Division. Avant ça, il y avait eu la version chantée par Christine,, en face B du Flowers in the sky de Revolving Paint Dream dès 1983. Et aussi, courant 1984, une version chantée par Alan mais créditée à Revolving Paint Dream, en ouverture de la compilation Whaam! All for art and art for all !.
Je n'ai pas tous les jours l'occasion de réécouter les disques de Biff, Bang, Pow ! mais, après plus de trente ans je continue de les apprécier, et je comprends pourquoi j'ai été attiré par tous ces groupes découverts lors des concerts à au Living Room club.

08 juillet 2016

DOING IT FOR THE FROGS : TWELVE TIMES


Acquis avec un abonnement à Les Inrockuptibles par correspondance en 1989
Réf : sa 2106 -- Édité par Virgin en France en 1989 -- Echantillon promotionnel vente interdite
Support : CD 12 cm
12 titres

Une photo de grenouille en gros plan sur fond vert ? La pochette du In the fishtank de Willard Grant Conspiracy + Telefunk m'en a rappelé une autre et m'a incité à ressortir cette compilation concoctée en 1989 par Les Inrockuptibles pour ses nouveaux abonnés.
La discothèque de Bruno m'a rappelé que c'est en mai 1989, dans le n° 17 des Inrockuptibles bimestriels daté juin-juillet, avec Chris Isaak en couverture, que cette compilation a été diffusée. Du coup, pour la première fois en presque vingt ans, je suis allé déterré la revue au grenier, dans un des cartons rescapés de la tempête du 26 décembre 1999.
En fait, contrairement à ce qui est indiqué chez Bruno, le CD n'était pas encarté dans la revue envoyée aux abonnés, mais annoncé par une publicité page 114 avec la précision qu'il était spécialement conçu pour les nouveaux abonnés.
J'étais sûrement abonné avant ça, peut-être que j'étais en phase de renouvellement, mais en tout cas je ne pouvais pas manquer ce CD Creation hors commerce annoncé comme contenant des inédits et j'ai effectivement profité de l'offre puisque le bulletin d'abonnement de mon exemplaire de la revue est découpé. 100 francs pour 6 magazines et 1 CD, ce n'était pas une mauvaise affaire...
Le titre de l'album est bien vu. Il fait référence, en le déclinant pour les français, à l'opération Doing it for the kids lancée avec succès par Creation en août 1988 avec un grand concert au Town and Country Club le 7 août, une compilation-catalogue de 14 titres vendue au prix d'un 45 tours et des 45 tours en édition limitée et pochette générique au prix réduit de 99 pence. Il faut dire qu'artistiquement il y avait de la matière, avec le premier album de House of Love, le second des Weather Prophets, Isn't anything de My Bloody Valentine, Tender pervert de Momus et plein d'autres excellents disques.
La page de pub pour l'abonnement annonçait donc des inédits sur cette compilation. On aurait pu préciser "inédits en France" ou indiquer tout simplement "raretés", car les douze titres présents sur la compilation ont été publiés au Royaume-Uni.
Les morceaux les plus rares sont l'Instrumental de My Bloody Valentine et The poison boyfriend de Momus (il s'agit d'une démo de 1982 qui a donné son titre à l'album de 1987, sans figurer dessus). On les trouvait à l'origine sur des 45 tours en édition limitée inclus dans les premiers exemplaires des 33 tours Isn't anything et Tender pervert.
Il s'agissait d'une autre campagne de promotion de Creation en 1988-89. Il y a eu des 45 tours inédits et limités comme ça également pour The House of Love, The Weather Prophets et Primal Scream, mais malheureusement ils n'ont pas été choisis pour les titres de ces groupes présents ici. Mais les titres sélectionnés à la place sont cependant très bons, et peu courants, sauf Ivy ivy ivy de Primal Scream, leur première publication après être retourné au bercail Creation suite à l'aventure Elevation, sorti en face A de single et sur album, qui fait la transition entre le son byrdso-sixties de la première période du groupe et celui plus électrique du deuxième album. Pour House of Love, on a droit aux deux excellentes faces du 45 tours Destroy the heart, la première sortie du groupe après son premier album à succès, et leur dernière parution chez Creation avant le départ chez Fontana. Quant à The Weather Prophets, cette rareté relative (plusieurs fois rééditée depuis sur des compilations) est une de mes chansons préférées du groupe, avec sa boite à rythmes et son clavier. Il s'agit de Joe Shmo and the eskimo, parue initialement en face B de Hollow heart.
Une autre des chansons un peu rares au moment où ce disque a été diffusé, c'est The Girl from Well Lane de Biff, Bang, Pow!, une belle ballade avec juste Alan McGee et une guitare acoustique. Présentée comme une démo, elle fait partie des chansons précédemment inédites publiées sur la compilation The acid house album en 1989. Elle a été reprise telle quelle en 1990 sur le mini-album Songs for the sad eyed girl, créditée cette fois comme "enregistrée live en mai 1989", ce qui n'est pas incompatible avec la qualification de "démo".
Les américains de l'étape, ce sont The Sneetches. Joe Foster avait sorti en 1988 leur premier album en Europe sur son label Kaleidoscope Sound. Pour le deuxième, Sometimes that's all we have, c'est Creation qui s'y est collé, et on en a deux extraits ici, tout aussi rétro l'un que l'autre, In a perfect place et mon préféré, Empty sea.
J'aime un peu moins les trois derniers titres. Razorcuts m'a toujours paru comme un groupe de deuxième division de la noisy pop. Sauf une chanson, que je trouve excellente mais dont je ne me souviens pas du titre. En tout cas, ce n'est pas The world keeps turning, même si la chanson s'écoute bien. Pour Shrift de Pacific, le seul titre un peu "dance" du lot, qui a été inclus sur plein de compilations Creation, j'ai beau avoir toujours bien aimé les séquenceurs, les synthés et New Order, il y a là des sons qui me hérissent les oreilles encore aujourd'hui. C'est peut-être aussi en partie dû au chant. Par contre, même si à l'époque j'ai toujours eu du mal à accrocher aux chansons de Heidi Berry, je trouve aujourd'hui que son North shore train, extrait de l'album Below the waves, clôt en beauté cette compilation qui, même sans vrais inédits, s'avère être largement au-dessus de la moyenne des objets promotionnels.




24 décembre 2013

JULIAN COPE : Eve's volcano (Covered in sin)


Acquis neuf d'une manière ou d'une autre en 1987 ou 1988
Réf : 12IS 318 -- Edité par Island en Angleterre en 1987
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Eve's volcano (Covered in sin) -- Almost beautiful child (I & II) -/- Pulsar N.X. (Live) -- Shot down (Live)

C'est le troisième single qui a été extrait de Saint Julian. A ce moment-là, l'album avait connu un grand succès mais les deux singles World shut your mouth et Trampolene ne s'étaient pas vendus autant que Julian Cope et son nouveau label Island l'avaient espéré. Dans son livre Repossessed, Cope explique qu'il se doutait que ce single se planterait (ce fut le cas) et qu'il avait surtout profité de l'occasion pour, avec son manager Cally, recréer pour le tournage de la vidéo un cinéma drive-in à l'échelle avec des modèles réduits de voitures.
Il faut dire qu'Eve's volcano, avec ses allusions sexuelles pas toutes métaphoriques, n'est pas une chanson très intéressante. Avec les "Bababa lalalalala" et les "Doo doo doo doo doo", on dirait surtout un exercice de style pour recréer un tube façon Teardrop Explodes. Sauf que Cope avait fait beaucoup mieux dans le passé. Là, il y certes une grosse production, mais c'est plutôt un défaut, et surtout, la chanson manque d'allant, un comble pour une chanson pop.
Les deux parties d'Almost beautiful child sont co-signées et produites par Double DeHarrison, qui n'est autre qu'un pseudonyme utilisé par Cope quand il jouait des claviers car il ne trouvait pas cool de s'afficher comme jouant de ces instruments. On est dans un style de musique d'illustration sonore, presque entièrement instrumental. Mon passage préféré se situe à la fin de la première partie, avec de l'orgue qui me rappelle fugitivement l'ambiance du premier album solo, World shut your mouth.
Les deux titres de la face B ont été enregistrés lors d'un concert organisé le 23 janvier 1987 au Westminster Methodist Central Hall de Londres pour le tournage d'une émission spéciale de la BBC 2.
Pulsar est l'un des bons titres rock de Saint Julian. Je ne sais pas pourquoi cette version en public, qui restitue assez bien l'ambiance des concerts de Cope à cette époque, s'est vue ajoutée "n. x." à la fin du titre. Shot down, également présent sur Saint Julian, a été composé par Julian Cope en s'inspirant à la fois d'Alice Cooper et de The Sonics. Cette description conviendrait pourtant mieux à Pulsar. Là, on en a droit à une version avec la batterie mixée très en présent et les guitares bizarrement très en retrait.
On le comprend à la lecture, ceci est loin d'être l'un des meilleurs disques de Julian Cope. Et moi non plus, je ne me faisais aucune illusion à son sujet quand je l'ai acheté. En fait, la seule raison qui m'a décidé à me procurer ce disque à l'époque, c'est la reproduction au dos de l'affiche du concert, où il est précisé en petit : "Supported by 'Biff, Bang, Pow". Or, j'étais alors le conseiller très spirituel d'Alan McGee, presque un membre honoraire de Biff, Bang, Pow !, qui venait de sortir l'album The girl who runs the beat hotel, le single Someone stole my wheels et bientôt même The whole world is turning Brouchard !.
Le 23 janvier 1987, je n'étais malheureusement pas à Londres. J'étais tranquillement à la maison à Reims. Deux jours plus tard, Alan m'appelait de Cannes, où il était pour le MIDEM, probablement la première fois qu'il participait  à une de ces grandes foires commerciales. Le 10 février, on se retrouvait à Paris où Alan était à la fois pour discuter de l'ouverture d'une filiale française de Creation et pour tenter de signer The Jazz Butcher à l'issue de son concert au Rex. Et le 20 février, Biff, Bang, Pow ! entamait à Bruxelles une tournée européenne en première partie de Felt. Pour ceux que ça intéresse, Alan vient de sortir son autobiographie, Creation stories.
Je ne sais pas si c'est à l'occasion du concert de janvier 1987 ou avant qu'ils ont eu l'occasion de faire connaissance, mais pour sa tournée française de février 1988, Biff, Bang, Pow ! comptait un nouveau membre aux claviers, Joss Cope, le petit frère de Julian, qui joue sur plusieurs albums du groupe à partir de Love is forever.

Les quatre titres de ce maxi ont été inclus en 1997 sur la compilation The followers of Saint Julian.



08 juillet 2012

ALL FOR ART AND ART FOR ALL !


Acquis auprès de Dan Treacy à la Living Room à Londres en 1984
Réf : BIG 8 -- Edité par Whaam! en Angleterre en 1984
Support : 33 tours 30 cm
16 titres

Etonnamment, je n'ai rien noté dans mon agenda à ce sujet. En tout cas, ça a dû se passer en juin ou juillet 1984, dans un pub, pour un concert estampillé Living Room ou Noise above. J'avais dû avoir l'occasion de dire à Dan que j'étais intéressé par la compilation qu'il venait de sortir sur son label Whaam! et, la fois d'après, il en avait quelques exemplaires avec lui et j'avais pu lui en acheter un, directement du producteur au consommateur, pour quelques livres (entre 4 et 6, je dirais).
All for art and art for all est à la fois la première compilation éditée par Whaam!, le label de Dan et Ed Ball et sa toute dernière parution. Apparemment, Simon Napier-Bell, un des managers du groupe Wham!, alors au faîte de son succès, avait proposé un chèque au label pour qu'il abandonne cette marque commerciale. L'importance du chèque a plus été amplifiée au fil du temps par la rumeur, mais toujours est-il qu'à compter de 1985 le label de Dan s'est appelé Dreamworld.
Il suffit d'un coup d'oeil à la pochette pour savoir que c'est celle d'un disque lié aux Television Personalities (elle est due à Dan, soi-disant sous LSD). On y reconnait le style pop-art avec inclusion d'icones (j'ai identifié Andy Warhol et Siouxsie). Outre que les deux disques sont sortis en même temps et associent la Living Room et les TVP's, il y a point commun de plus entre ce disque et Alive in the living room, le tout premier album édité par Creation : les notes de pochette parodient toutes deux celles rédigées par Paolo Hewitt sous le pseudonyme du Cappuccino Kid pour les disques de Style Council. Celles-ci, probablement dues à Dan, sont attribuées à The Cappuchino Kid. Plus méchamment, celle de l'album Creation sont signées The Crapachinno Kid, derrière lequel se cachait sûrement The Legend!.
Les 16 titres de ce disque se répartissent entre titres parus au catalogue Whaam! et inédits, par des artistes du catalogue et d'autres, dont beaucoup de jeunes groupes inconnus.
A tout seigneur tout honneur, les TVP's sont largement présents sur ce disque, avec trois excellents titres, l'inédit The dream inspires, une version trafiquée de Happy all the time, dont l'original est sur leur album The painted word, qui venait alors de paraître, et le tout aussi excellent My favourite films, attribué aux Gifted Children, le nom de groupe qu'ils avaient utilisé pour la toute première parution sur Whaam!.
Il y a aussi deux titres de Jowe Head, à l'époque bassiste des TVP's, February et Lolita, avec un petit côté Paul Roland, qu'il réenregistrera quelques temps plus tard sur son album The Jowe Head personal organiser (repris en CD sous le titre Unhinged).
Parmi les gens qui ont sorti au moins un disque chez Whaam!, on trouve ici le très soutenu par les TVP's mais méconnu Jed Dmochowski, qui chante I'm sad, un titre de Stallions of my heart, son album de 1982, assez genre Nikki Sudden. Jed est sur Facebook et MySpace. J'en déduis qu'il joue toujours.
L'album Blow up des Direct Hits est sorti presque en même temps que cette compilation. On en trouve ici un extrait, What killed Aleister Crowley ?, et un inédit, Girl in the picture.
Les Page Boys avaient sorti un an plus tôt un excellent 45 tours chez Whaam!. Honey est leur troisième et dernier titre paru, mais les deux membres se retrouveront en 1985 au sein de One Thousand Violins, un des groupes piliers du catalogue Dreamworld.
Les Pastels ont sorti leur tout premier single chez Whaam! en 1982. Le suivant, I wonder why, est sorti chez Rough Trade, même si Dan et Jowe ont participé à l'enregistrement. On retrouve ici une version de cette chanson, qui est je crois inédite par ailleurs. Elle est en tout cas différente de la version Rough Trade, et différente aussi, mais plus proche, de celle qu'on trouve sur le tout premier disque édité par Creation, un 45 tours souple glissé dans le n°1 du fanzine Communication Blur.
On va quitter là la liste des groupes ayant enregistré pour Whaam! par ailleurs, mais on reste sur ce 45 tours souple, dont l'autre titre était Wouldn't you ? par The Laughing Apple. On retrouve cette chanson ici, mais ce n'est pas non plus la version du souple, c'est celle de la face B de Participate !, le deuxième single de ce groupe pré-Biff, Bang, Pow ! et Revolving Paint Dream, paru en 1981. Biff, Bang, Pow ! a enregistré une nouvelle version de Wouldn't you ? en 1985 sur son premier album, Pass the paintbrush, honey.
J'ai oublié de le préciser, mais évidemment, I wonder why et Wouldn't you ? sont deux très grandes réussites et figurent aussi parmi les excellentes chansons de ce disque.
Deux des membres permanents de Laughing Apple étaient Andrew Innes et Alan McGee. C'est sans doute eux qui ont enregistré la version d'In the afternoon, créditée à Revolving Paint Dream, qui ouvre l'album. Revolving Paint Dream avait déjà sorti quelques mois plus tôt une version de cette chanson écrite par Alan, en face B de son premier single, avec Christine Wanless au chant. En 1985, BBP! en a sorti sa propre version, chantée par Alan, en face B du single Love's going out of fashion. La version proposée ici, chantée par Alan, est encore différente. Avec sa boite à rythmes et sa production particulière, je parierais bien qu'il s'agit chronologiquement du premier enregistrement de cette chanson, peut-être une démo.
Les trois derniers groupes ont un style très sixties. Fondé en 1980, The Mixers était un groupe de Glasgow. Ils étaient déjà séparés quand cet album est sorti, mais Love hurts, et surtout le petit chef d'oeuvre bricolo Never find time (réédités plus tard sur un 45 tours par Vinyl Japan) suffisent à leur assurer la postérité et une présence garantie dans les compilations Nuggets à venir.
Le Dancing with the dead des Mad Hatters est très psychédélique et me fait beaucoup penser à Biff, Bang, Pow !. Ils se sont très vite renommés Medicine Sunshine et existaient encore en 2010. Encore plus psychédéliques et pour finir, il y a Only the sky children know de Tangerine Experience, dans un style proche du premier Pink Floyd. Je ne sais pas si c'était un vrai groupe ou un pseudo pour des gens proches des TVP's, mais en tout cas je n'ai trouvé aucune information sur eux.
Au bout du compte, on a là un album qui se tient très bien, preuve que Dan avait, en plus du sien comme artiste, le talent de repérer d'excellents groupes. Cette chronique est d'ailleurs l'occasion d'avoir une pensée pour lui. Il a eu de très gros problèmes de santé l'an dernier et, aux dernières nouvelles, restait hospitalisé dans un centre de rééducation. 

Une partie des titres de All for art and art for all a été rééditée en CD en 1995 par Vinyl Japan sur Whaam! Bam! Thank You Dan! - A Whaam! Records Compilation 1981 - 1984.

03 juillet 2011

THE PATRON SAINTS OF TEENAGE (TRISTAR)


Acquis par correspondance via Amazon aux Etats-Unis en juin 2011
Réf : WK 57562 -- Edité par Creation / Tristar aux Etats-Unis en 1994
Support : CD 12 cm
15 titres

Il s'agit de deux compilations du label Creation sorties en 1994 qui portent exactement le même titre, mais la version anglaise, distribuée initialement avec un numéro du NME, et cette version américaine sont très différentes l'une de l'autre. Un autre point commun quand même, une pochette vraiment pas enthousiasmante même si celle-ci a droit à la couleur.
En fait, les objectifs poursuivis et les publics visés par les deux disques sont très différents. Les dix titres du NME avaient été choisis parmi les grands succès du label depuis 1984 pour marquer son évolution (comme quoi on peut être à la fois créationniste et évolutionniste en matière de musique !) à l'occasion de son dixième anniversaire. Ici, il s'agissait pour le label Tristar, une étiquette de Sony, qui venait de prendre près de la moitié des parts du capital de Creation, de présenter au public américain une rétrospective des premières années du label, sachant que les disques à faible tirage n'avaient pas été distribués aux Etats-Unis, sauf parfois sous la forme d'imports excessivement chers.
En ce sens, cette version de The patron saints of teenage est plus proche de I love the smell of napalm, la toute première compilation américaine de Creation, sortie par Rough Trade US en 1986, avec quelques groupes en plus pour couvrir les années suivantes. Et du coup, contrairement aux nombreuses compilations anglaises de Creation qui offraient au mieux un slogan, on a droit ici à un livret détaillé avec des notes de Timothy J. Broun qui retracent très fidèlement l'histoire du label et le parcours de chacun des artistes présent. Primal Scream est absent, probablement parce que le groupe avait individuellement signé un contrat américain avec Sire bien avant le deal avec Sony.
Ayant eu deux groupes sur la période, Peter Astor a droit à deux titres ici, le toujours excellent Almost prayed des Weather Prophets et Winter, la face B du premier single de The Loft.
Les premiers singles Creation, à la pochette pliée en deux glissée dans un sac plastique, sont bien représentés avec, Revolving Paint Dream, Biff, Bang, Pow !, X-Men, Slaughter Joe, The Bodines et Meat Whiplash.
La période immédiatement suivante est représentée notamment par les Pastels avec Baby honey, le tout premier maxi du label mais j'aurais préféré Something's going on, le premier titre de Felt paru chez Creation, Ballad of the band, et le toujours sublime Cut me deep des Jasmine Minks.
Pour Momus et The Jazz Butcher, les titres proposés sont bons (le titre-phare du premier maxi Murderers, the hope of women et une reprise du Everybody's talkin' de Fred Neil) mais personnellement j'aurais fait d'autres choix dans les enregistrements disponibles. Par contre, le très dylanien Jangle town de Nikki Sudden est sûrement le single de lui chez Creation que je préfère.
Au bout du compte, le morceau que je connaissais le moins du lot est aussi le plus "récent", High on fire des Telescopes, sorti en 1992, mais ce titre très psychédélique est très proche dans l'esprit de la chanson publiée la première des quinze, Flowers in the sky de The Revolving Paint Dream, la deuxième référence en 45 tours de Creation, sortie tout début 1984.


The Jasmine Minks, Cut me deep.
Une vidéo réalisée à partir de photos d'archives, dont plusieurs ont été prises lors de leur venue en France en mars 1987. A 3'10, il y en a même une qui est prise dans mon ancien appartement rémois.
Les Jasmine Minks donneront un concert exceptionnel avec tous leurs membres originaux au Borderline à Londres le 23 juillet.

08 août 2010

THE JESUS AND MARY CHAIN : Upside down


Offert par Alan McGee en novembre 1984
Réf : CRE 012 -- Edité par Creation en Angleterre en 1984
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Upside down -/- Vegetable man

Upside down, le premier 45 tours de Jesus and Mary Chain, est sorti le 5 novembre 1984. Enregistré en une nuit en septembre, il allait être classé 96 semaines dans la liste des meilleures ventes des labels indépendants, dont un grand nombre à la première place. Au printemps 1985, 35 000 exemplaires avaient déjà été écoulés.
Venant un an après les premières sorties du label, ce succès inattendu a permis à Creation Records de vraiment décoller : louer un bureau une pièce dans Londres, faire signer JAMC chez Blanco Y Negro/Warner, continuer à pousser de jeunes groupes, en attirer d'autres comme Felt, créer un label en partenariat avec Warner (mais l'aventure Elevation fera long feu). Bref, sans le succès d'Upside down, il n'est pas du tout sûr que Creation aurait pu, jusqu'en 1999, sortir des centaines de disques et rencontrer le succès avec House of Love, Primal Scream, My Bloody Valentine, Teenage Fan Club et même Oasis.
Deux jours avant la sortie du disque, The Jesus and Mary Chain donnait son premier concert français à la MJC Claudel de Reims.
Pour ce qui me concerne, quelques semaines après avoir assisté à Londres à l'un des deux premiers concerts de Jesus and Mary Chain, j'avais quitté Londres pour de bon et j'étais retourné sur Reims. Avec Alan, nous nous étions dits que, si l'occasion se présentait, j'organiserais un concert Creation sur Reims.
En fait cette occasion s'est présentée assez vite puisqu'une tournée européenne (principalement allemande) a été organisée par Thomas Zimmerman à partir de la fin octobre 1984 et on a pu caler une date à Reims à la fin de la tournée. Je ne sais pas comment j'ai communiquer avec Alan pour organiser ça, sûrement par courrier  et peut-être par téléphone, sauf que je n'avais pas le téléphone chez moi à cette époque et que de toute façon je n'ai emménagé dans un logement fixe, au 52 rue du bastion, qu'une semaine ou deux avant le concert.
Jusque là, je n'avais jamais organisé de concert et j'aurais été bien incapable de me lancer tout seul dans l'aventure. Mais ça tombait bien, mon collègue Philippe Roger, avec qui nous avions produits pendant l'année 1982-1983 Camisole, ma première émission de radio, n'était pas resté inactif pendant mon absence. D'abord, il avait produit une nouvelle émission, Ne sois pas si bête, avec Antoine Proust, puis tous les deux s'étaient lancés dans l'aventure de l'organisation de concerts en créant l'association Un Autre Emoi, qui a organisé ses premiers concerts (Les Snipers et les Coronados) au printemps 1984.
C'est donc vers eux que je me suis tourné pour l'organisation de l'étape française de la première excursion des groupes Creation sur le continent, une tournée qui associait les "vedettes" du label, les Jasmine Minks, les premiers à avoir sorti un (mini-)album sur Creation, en septembre 1984, avec le groupe d'Alan, Biff, Bang, Pow !, déjà auteur de deux 45 tours, et les petits jeunes sur qui Alan misait beaucoup, The Jesus and Mary Chain.


L'affiche de la tournée Creation Package d'octobre-novembre 1984 (cliquer pour agrandir).
Ce collage pop-art façon Television Personalities met bien en valeur les Jasmine Minks comme tête d'affiche.
Une pochette de Revolving Paint Dream s'est glissée sur l'affiche, saurez-vous la repérer ?

Tout ce qui concerne l'organisation matérielle du concert lui-même a été assuré par Un Autre Emoi (sono, billetterie, bar, etc.). De mon côté, je me suis chargé des contacts avec Creation, j'ai fait quelques tournées de collage d'affiches et rédigé ce communiqué de presse :


Le communiqué de presse du concert du 3 novembre 1984, daté d'octobre. C'est tapé à la machine à écrire et les numéros de téléphone avaient encore 6 chiffres, mais pas pour longtemps. C'était il y a plus d'un quart de siècle, une autre époque, quoi. (cliquer pour agrandir).
Ce communiqué est une version raccourcie de celui rédigé en septembre 1984 dont j'ai donné un extrait ici


Le seul article suscité par le communiqué de presse (en tout cas, le seul que j'ai conservé), paru dans Champagne Dimanche le 27 octobre 1984 (Champagne Dimanche était alors, si mes souvenirs sont exacts, le nom de l'édition dominicale du quotidien L'Union).

J'ai commis une grosse erreur de débutant ce jour-là. En effet, pensant que les anglais auraient du mal à trouver la MJC Claudel, assez éloignée du centre-ville, je leur ai donné rendez-vous devant la Cathédrale.
J'ai donc poireauté sur le parvis de la cathédrale à partir du milieu de l'après-midi, jusqu'à la fin de l'après-midi puis jusqu'au début de soirée, à attendre un minibus anglais qui n'est jamais arrivé.
Régulièrement, j'allais à une cabine téléphonique appeler la M.J.C. pour savoir s'ils avaient des nouvelles, puis je retournais monter la garde, à scruter chaque véhicule qui approchait et à flipper comme un malade.
Finalement, assez tard (vers 20h peut-être), quelqu'un est venu me récupérer à la cathédrale car les anglais venaient d'arriver directement à Claudel. Leur grand retard s'expliquait principalement par le fait qu'ils avaient été retenus plusieurs heures à la douane suisse pour une fouille minutieuse, traitement assez souvent réservé aux rockers en goguette. Et pour confirmer si besoin était mon erreur sur leur lieu de rendez-vous, ils avaient aussi perdu un peu de temps à chercher la cathédrale à Reims, qui compte quelques autres églises assez grandes pour passer pour une cathédrale aux yeux d'anglais, avant de se faire indiquer le chemin de la M.J.C.
Moi je flippais tout seul et je n'ai donc été d'aucune utilité pour la préparation du concert, mais j'imagine que les gens d'Un Autre Emoi ne devaient pas en mener large non plus à Claudel, avec le public qui arrivait et aucun groupe en vue pour assurer le spectacle !
Finalement, ce public en a quand même eu pour son argent, avec deux concerts (sans balance) d'une bonne heure chacun de Biff, Bang, Pow ! et des Jasmine Minks, et entre les deux la prestation d'une grosse demie-heure de Jesus and Mary Chain.
Ce premier concert français de JAMC aura au minimum contribué à assurer le chiffre d'affaires du bar ce soir-là, puisqu'une bonne partie du public présent (la salle avait une capacité de 120-130 personnes en serrant bien, je dirais; je ne sais plus si c'était plein ce soir-là) a reflué vers le bar au bout de quelques minutes.
Il faut dire que la principale différence avec le concert que j'avais vu le 9 juin, c'est qu'à la saturation des guitares étaient venus s'ajouter entre-temps le larsen, le feed-back,le mur du son, bref, ce qui a fait la réputation des prestations scéniques de Jesus and Mary Chain en 1984-1985.
Dorian Feller, qui était chargé ce soir-là de la sono, a bien essayé dans un premier temps de jouer sur les potards de la table de mixage pour limiter le feed-back, mais il avait Joe Foster à côté de lui qui remettait tout à fond derrière lui alors il a vite abandonné.
De ce que j'en sais, les meilleurs moments du set ont été l'enchaînement de la reprise d'Ambition de Subway Sect avec You trip me up. Jim Reid devait manquer de paroles ou d'inspiration car pendant toute la deuxième moitié du concert, il semble n'éructer que des "Fuck", "Fuckin'" et "Fuckin' fuck", pour des morceaux qui peuvent être, ou ne pas être, ceux publiés plus tard sous les titres Suck et Jesus suck.
Je dis ça, mais en fait, si j'ai contribué à la rendre possible, je n'ai pas assisté à cette première prestation de Jesus and Mary Chain en France. En effet, comme il était question que toute la bande reparte le soir même pour aller prendre le ferry en Hollande (finalement, Alan, Joe et Big Mick, le fan n° 1 des Jasmine Minks sont restés une journée chez moi, les autres sont effectivement repartis aussitôt avec un des deux minibus), je me suis isolé à l'étage du dessus pendant le passage de Mary Chain pour faire une longue interview d'Alan, que j'ai diffusée quelques jours plus tard dans ma nouvelle émission, Buffet froid.
Avec le recul, je n'ai pas de regrets d'avoir raté ce concert, vu que j'ai quand même eu l'occasion de voir Mary Chain quatre fois sur scène en 1984-1985. J'en ai d'autant moins que c'est à la suite de la discussion avec Alan ce soir-là qu'il a eu l'idée de me dédier le premier album de Biff, Bang, Pow !, Pass the paintbrush honey. Par la suite, j'ai pris en charge Non Stop Movement, le fan club de BBP!, avant d'être intronisé conseiller spirituel d'Alan sous l'identité de JC Brouchard.


J'ai retrouvé cette photo de Jesus and Mary Chain (Bobby Gillespie, Douglas Hart et William Reid de dos), isolée dans une pochette avec des photos d'autres groupes et d'autres concerts. Je pense qu'il s'agit d'une diapo que j'ai fait tirer et je pense que cette photo est la seule que j'aie de JAMC à Reims le 3 novembre 1984.
Photo : JC Brouchard.


Ajout du 26 juillet 2024 :
L'ami Dave Evans, à l'époque bassiste de Biff Bang Pow !, a mis en ligne toute une série de photos qu'il a prises pendant la tournée Creation Package, dont deux prises à Reims où je figure :


JC Brouchard, M.J.C. Claudel de Reims, le 3 novembre 1984. Photo : Dave Evans.


JC Brouchard et Bobby Gillespie, M.J.C. Claudel de Reims, le 3 novembre 1984. Photo : Dave Evans.
Je pense que nous sommes appuyés contre le piano qui servait aux cours de danse de la M.J.C., utilisé le 21 juin 1986 par Martin Duffy après le concert de Felt.



Le verso de pochette de l'édition originale du 45 tours, qu'on reconnait à sa couleur (noir et rouge) et au fait que l'adresse personnelle des Reid à East Kilbride est donnée. Très vite, cette information a été arrachée des impressions suivantes. On se demande bien pourquoi...!

23 janvier 2010

BIFF BANG POW ! : The girl who runs the beat hotel


Offert par Werner Truckenbrodt par correspondance en janvier 2010
Réf : VWR 08 -- Edité par Vollwert en Allemagne en 2010 -- N° X/99
Support : CD 12 cm
10 titres

C'est un hasard total, mais le premier disque édité dans cette nouvelle décennie que je reçois me concerne au plus haut point puisqu'il s'agit de la réédition du disque de ma collection dans lequel je suis personnellement le plus impliqué (Contrairement à toute logique, cet honneur n'échoit pas au single Someone stole my wheels, crédité à JC Brouchard with Biff Bang Pow!, pour lequel j'ai prêté mon nom et mes traits mais à l'enregistrement duquel je n'ai pas participé).

Depuis quelques temps, Werner Truckenbrodt a entrepris d'éditer ou de rééditer sur son label Vollwert de nombreux disques, dont beaucoup sont sortis à l'origine dans les années 1980 chez Creation Records. Il y a la collection Edition 59, qui propose des mini-CD singles 7,5 cm en édition limitée, comme le nom l'indique, à 59 exemplaires. Et il y a le label Vollwert lui-même pour les albums, des CD-R en édition limitée à 99 exemplaires.
Quand j'ai appris, grâce à Phil king, l'existence de ce label et quand j'ai découvert qu'ils avaient réédité quasiment l'intrégralité du catalogue de Biff Bang Pow!, je suis entré en contact avec Werner et j'ai passé commande, en le remerciant de m'avoir fait un prix d'ami et de m'avoir offert plusieurs disques.

The girl who runs the beat hotel est le deuxième album de Biff Bang Pow!. Il est sorti début février 1987, soit deux ans après le premier album, Pass the paintbrush, honey. C'est un disque excellent, et ce malgré sa gestation difficile : à l'origine, il aurait dû sortir un an plus tôt, début 1986, mais le groupe n'était pas suffisamment satisfait de ses sessions d'enregistrement de novembre 1985, pour un disque dont le titre potentiel oscillait alors entre Submarines et 16 velvet Fridays. Il se sont alors contenté de sortir un maxi 4 titres (l'excellent Love's going out of fashion). Le groupe a donc remis ça en septembre 1986, toujours au studio Alaska, un bouis-bouis situé sous un pont ferroviaire (!), mais qui avait deux avantages immenses pour le Creation des débuts : les prix étaient extraordinairement bas, et en plus les ingénieurs du son étaient efficaces, ce qui permettait d'aller vite et d'enregistrer pour encore moins cher. En gros, il fallait à Biff Bang pow! trois jours pour enregistrer dix titres. Le premier jour, enregistrement dans les conditions du live (basse, guitare, batterie, guide-chant). Le deuxième jour, enregistrement du chant principal, des choeurs et des overdubs (harmonica, claviers, feedback et bidouillages en tout genre). Le troisième jour était consacré au mixage.

Le format CD, même si le gros plan a été bien sélectionné, ne rend évidemment pas parfaitement hommage à la réussite qu'est la pochette originale de l'album, qui ne comportait au verso que ces fleurs roses, sans aucune mention de groupe ou de titre, à la façon des pochettes de Peter Saville pour Factory. Je ne sais plus si c'est pour celle-ci ou pour l'autre de ses pochettes d'album fleuries (la compilation I love the smell of napalm), mais Luke Hayes de Chromatone design, qui savait lui aussi réaliser de belles choses sans budget, m'a raconté qu'il était ressorti un soir pour aller cueillir ces fleurs sur un parterre qu'il avait repéré dans le quartier. Il les a étalées par terre ou sur une table dans son salon et les a mouillées avant de les mitrailler. Résultat superbe et, le 10 février 1987, j'ai eu un sacré coup au coeur en découvrant cette pochette en vitrine chez New Rose, quelques heures justement avant de retrouver Alan McGee pour le concert de Jazz Butcher.

Le disque s'ouvre avec l'enregistrement le plus ancien, Someone stole my wheels, qui date probablement de 1984. Il a été probablement réalisé par Andrew Innes et Luke Hayes, de Revolving Paint Dream, soit en vue d'un deuxième single du groupe, soit pour le sortir sous le nom des Formica Tops, groupe pour lequel ils ont été un moment en pourparlers avec Rough Trade. Au bout du compte, cette chanson est sortie, telle quelle, en octobre 1986 sur le single avec JC Brouchard, avant d'ouvrir cet album. Je suis concerné de trop près pour en parler objectivement, mais cette histoire d'un gars qui découvre, alors qu'il pleut comme vache qui pisse, qu'on lui a piqué les roues de son scooter et qui compare sa situation à celle de la reine ("Elle doit être humaine après tout"), est suffisamment bonne pour figurer sut toutes les compilations de Biff Bang Pow!. Il faut dire qu'avec les motifs de guitare, l'orgue et les chœurs en "la la la", elle a de quoi accrocher.

Ensuite, on retrouve un autre single, Love's going out of fashion. Si certains morceaux de BBP! on un côté rétro sixties très marqué, ce n'est pas le cas ici. C'est une belle chanson d'Alan, avec de l'harmonica de Joe Foster très présent et même une sorte d'espagnolade à la guitare pendant les couplets. Les deux se retrouvent pendant le pont. Le groupe a sacrément progressé avec ce troisième single .
La séquence Alan continue dans la même veine avec deux autres chansons au tempo moyen à rapide, le très beau She never understood (Ici avec de l'orgue, il s'agit donc probablement d'un enregistrement de 1986, mais cette chanson avait déjà été enregistrée lors des sessions de 1985) et He don't need that girl, suivies de deux chansons lentes, She shivers inside et The beat hotel.

Ensuite, le disque prend une autre direction, en mettant en avant l'excellente chanteuse qu'est Christine Wanless, qui a surtout enregistré par ailleurs avec The Revolving Paint Dream. Il y a d'abord le presque jazzy The happiest girl in the world, puis If I die, une chanson bizarrement construite il me semble (pas de couplets, par exemple), qui vaut surtout pour le chant de Christine et pour l'accélération du rythme au moment deuxième refrain, après que Christine a monté d'une tranche de ton. Les paroles ne sont pas courantes non plus : "If I die on the way to work tomorrow morning, would you notice there's any difference to your life ? If I'm run down by a bus on the way to see you, would you care, would you blink an eye ?".

C'est aussi sur If I die que je fais ma première apparition enregistrée sur disque. J'ai assisté à la majorité des deux séances d'enregistrement principales de l'album, en ma qualité de conseiller spirituel du groupe. Groupe qui m'aimait bien, mais pas au point d'être assez inconscient pour me faire chanter sur leur disque. J'ai bien fait des chœurs sur un titre, I need optimism, mais on était trois ou quatre à chanter ensemble et, comme par hasard, ce titre est l'un des rares à être resté complètement inédit !
Non, sagement, les amis de BBP! m'ont demandé de parler. Sur If I die, où je répète, avec suffisamment d'écho sur ma voix, les paroles que Christine venait de chanter, et sur le morceau de bravoure psychédélique qu'est Five minutes in the life of Greenwood Goulding. Là, grâce à la technique des bandes magnétiques retournées, je réussis même l'exploit de parler à l'envers (ce qui n'empêche pas, je l'ai découvert avec surprise, de reconnaître le ton de sa voix). J'imagine qu'on a fait une seule prise, deux grand maximum si je me suis planté ou si j'ai eu un fou rire. Je me souviens seulement que j'avais le casque sur la tête et que tout le monde me faisait des signes de la main pour que je parle et que je continue à parler, mais c'est pas facile d'improviser comme ça pendant plus de quatre minutes ! Je ne me souvenais que d'une chose, c'est que j'avais à dire quelque chose sur Cilla Black, chanteuse populaire et présentatrice télé, ce qui en fait grosso modo un croisement entre Sheila et Danièle Gilbert, mais maintenant que j'ai cet album en CD, et grâce aux technologies numériques, on peut réécouter ma prestation à l'endroit :

Biff Bang Pow ! : Cilla's back from India (Five minutes in the life of Greenwood Goulding - in reverse)

"Cilla's back from India", c'était pour le côté psychédélique et parce que Cilla Black a rencontré le Yogi Maharishi avec les Beatles à Bangor en 1967 (mais Bangor, c'est au Pays de Galles, pas en Inde !). "Les premiers seront les derniers", c'est bien sûr uniquement parce que je savais que mes paroles passeraient à l'envers. A un moment, j'ébauche même un générique de l'album, histoire d'occuper le terrain... Après ça, l'album se conclut avec l'excellent instrumental sixties The whole world is turning Brouchard !, ainsi nommé uniquement je pense en raison de mon enthousiasme pour ce titre exprimé lors de l'enregistrement.

Au bout du compte, voilà un album qui, en dix titres et moins de trente minutes, est d'excellente tenue de bout en bout, alors que, avec trois sessions d'enregistrement et trois chanteurs, le risque était grand qu'il soit inégal. A l'inverse, l'album suivant, Oblivion, serait marqué par une grande unité. Il est bien évident que, si la réputation d'Alan ne s'était pas faite avant tout comme le patron de Creation, le découvreur de The Jesus and Mary Chain et d'Oasis, les disques de Biff Bang Pow ! seraient réédités aujourd'hui à plus de 99 exemplaires !



Comme après plus de vingt ans, moi-même je m'y perds, alors que j'ai suivi l'affaire de près, j'ai essayé de faire le point des différents titres enregistrés lors des sessions qui ont abouti à cet album. Entre parenthèses, j'ai indiqué sur quel disque ces enregistrements ont finalement paru.


Session de 1984 pour Revolving Paint Dream ou The Formica Tops
:

  • Someone stole my wheels (Someone stole my wheels single, The girl who runs the beat hotel)
  • Sunnydays ((Someone stole my wheels single) 
Session de novembre 1985 :
  • Love's going out of fahion (Love's going out of fahion single, The girl who runs the beat hotel)
  • In the afternoon (Love's going out of fahion single, The debasement tapes)
  • Inside the mushroom (Love's going out of fahion single, The debasement tapes)
  • It happens all the time (Alan au chant) (Love's going out of fahion single, The debasement tapes)
  • It makes you scared (Someone stole my wheels single, The debasement tapes)
  • He don't need that girl (The girl who runs the beat hotel)
  • The death of England (The whole world is turning Brouchard ! single, The debasement tapes)
  • She never understood (Alternate) (The acid house album)
  • Back to the start (Pensioners on ecstasy compilation, The debasement tapes)
  • I need optimism (Inédit)       
Session de septembre 1986 :
  • She never understood (The girl who runs the beat hotel)
  • She shivers inside (The girl who runs the beat hotel)
  • The beat hotel (Alan au chant) (The girl who runs the beat hotel)
  • The happiest girl in the world (The girl who runs the beat hotel)
  • If I die (The girl who runs the beat hotel) 
  • Five minutes in the life of Greenwood Goulding (The girl who runs the beat hotel)
  • The whole world is turning Brouchard ! (The girl who runs the beat hotel, The whole world is turning Brouchard ! single)
  • The beat hotel (Alternate) (Christine au chant) (The acid house album)
  • It happens all the time (Christine au chant) (She haunts single et Mother watch me burn de The Revolving Paint Dream, sous le titre Electra's crying loaded in the basement, après enregistrements complémentaires) 
Ajout du 20 février 2010 :

Voici un super collector : le n° spécial du fanzine Laissez-vous emporter par la cité ! de Jean-Philippe Dumas, sorti à l'occasion de la tournée française de Biff, Bang, Pow ! en février 1988, qui contient notamment une interview d'Alan McGee réalisée peu de temps avant la sortie de The girl who runs the beat hotel.

Ajout du 5 août 2018
:

Trouvé chez Discogs, voici un communiqué de presse de Creation qui accompagnait l'édition originale de l'album, "Starting 1987 as they mean to go on under the psychic influence of their guru and mentor J.C. Brouchard, this is an L.P. of classic songs and manic moments to melt your heart and warp your mind.".