14 juillet 2024

NEW ORDER : Bizarre love triangle


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Réf : 90 286 -- Édité par Factory / Virgin en France en 1986 -- Échantillon gratuit - Interdit à la vente
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Bizarre love triangle -/- Bizarre love triangle [Bizarre dub triangle]

En 1986, je suivais de très près les productions de New Order, mais je n'ai pas acheté tous leurs disques parus dans cette année bien pleine pour eux.
J'ai acheté le pressage français du maxi hors album Shellshock paru en mars, qui était bien rempli et pas cher; je n'ai pas eu besoin d'acheter l'album Brotherhood et le single hors album State of the nation parce que, si mes souvenirs sont bons, l'ami Jeff Barrett qui faisait la promo de Factory à cette époque me les a offerts; j'ai acheté le maxi de la Peel session de 1982 paru comme les deux précédents en septembre; mais pas contre j'ai fait l'impasse en novembre sur Bizarre love triangle, pour la seule raison que, même si le single était remixé, j'avais déjà le titre sur Brotherhood.
J'aurais pu avoir des regrets, mais l'année suivante j'ai acheté la compilation Substance et ainsi je suis entré en possession de la version maxi de Bizarre love triangle. Ce n'est que des décennies plus tard que, pour compléter ma collection, j'ai fini par acheter ce 45 tours, qui était pas cher, chez Emmaüs près de chez moi je pense.

Peter Saville est un grand de la pochette de disque. Pour autant, je ne dirais pas que toutes ses réalisations sont des chefs d’œuvre. Je trouve notamment que ses productions pour New Order en 1986 sont très décevantes. C'est une série de pochettes très abstraites et, si Shellshock et Brotherhood passent encore à peu près pour moi, je trouve que State of the nation et Bizarre love triangle, très proches l'une de l'autre, sont sans aucun intérêt. C'est pour cela que, dans ce cas précis, je ne ferai surtout pas le reproche au label français d'avoir trahi l'intention de Saville en ajoutant le nom du groupe et le titre au recto.
Assez bizarrement, je note que l'illustration de cette pochette française est différente de celle du 45 tours anglais (qui est beaucoup plus rouge-orange). Il semble plutôt que la pochette française est un recadrage sur la partie jaune de la pochette du maxi anglais. Il y en haut à gauche de cet exemplaire du commerce un tampon sec qui indique que c'est un échantillon promo interdit à la vente. Le communiqué de presse qui l'accompagnait devait ressembler à ça, un niveau lamentable qu'on retrouvait régulièrement dans ce qu'on recevait à l'époque à Radio Primitive.

Bizarre love triangle est l'un des nombreux excellents classiques de New Order.
D'abord, le titre est excellent. Apparemment, c'est un article de journal qui l'a inspiré aux membres du groupe. De même que le nom du groupe et le titre apparaissent rarement sur les pochettes du groupe, le titre est rarement repris dans leurs paroles. C'est le cas ici, mais pour autant les paroles de Bizarre love triangle sont une autre réussite. Ce qui est étonnant avec cette chanson, c'est que, quand je la chantonne, le refrain me revient en tête, comme souvent ("Every time I see you falling I get down on my knees and pray, I'm waiting for that final moment you'll say the words that I can't say"), mais aussi de nombreux vers des couplets, ce qui est moins courant : "It's no problem of mine but it's a problem I find living a life that I can't leave behind", "There's no sense in telling me the wisdom of a fool won't set you free", "I feel fine and I feel good, I'm feeling like I never should", "Why can't we be ourselves like we were yesterday", "I'm not sure what this could mean, I don't think you're what you seem", "I do admit to myself that if I hurt someone else then I'll never see just what we're meant to be",... C'est impressionnant. Les paroles n'ont rien d'exceptionnel et ne brillent pas par leur sens, mais elles sont particulièrement efficaces et donc réussies.
Et puis il y a la musique, qu'on pourrait qualifier de rock and roll électronique.
Je crois que la meilleure version de Bizarre love triangle est peut-être tout simplement la première, celle de l'album Brotherhood. Électronique notamment avec sa rythmique synthétique et son séquenceur au son grave, plus tous les petits synthés autour. Et rock and roll parce que Peter Hook est à la basse, et Peter Hook est toujours rock and roll, et il y aussi la guitare électrique brouillonne de Bernard Sumner vers la fin. Et même la boite à rythmes éclate bien la tête.
Cette version aurait pu sortir telle quelle en single, mais il a été décidé de faire appel à Shep Pettibone pour le remixer. On va considérer que la version de base est la version du maxi. Je trouve que l'exercice est réussi. Après la longue intro très rythmique, on retrouve l'essentiel de la chanson, sans que ses qualités soient perdues. La version de mon 45 tours, excellente et sans aucun déchet, est une version réduite de la version maxi. Idem pour la face B, qui est une version raccourcie de l'instrumental Bizarre dub triangle du maxi. Je préfère les versions chantées.
En 1988, un remix différent, par Stephen Hague, est sorti sur la bande originale du film Veuve mais pas trop (Married to the mob) de Jonathan Demme, qui avait réalisé la vidéo de The perfect kiss. C'est apparemment ce remix qui a servi de modèle à la version Bizarre love triangle '94 publiée sur la compilation (The best of) New Order.
Sauf erreur de ma part, il reste une seule autre version studio officielle, sortie en 1995 sur (The rest of] New Order. Celle-là, le Armand van Helden mix, vous pouvez tout à fait vous en dispenser. Moi-même, je n'ai pas tenu les neuf minutes de ce truc techno où, pour le coup, il ne reste plus de la chanson originale que le "Every time I see you falling".

Le single Bizarre love triangle n'a pas été particulièrement un grand succès pour New Order. Mais la chanson est rapidement devenue un classique, grâce notamment aux reprises. Les premiers à s'y coller, ce furent Devine & Statton en 1989 sur leur album Prince of Wales. Leur version est très dépouillée, juste la voix d'Alison Statton et une guitare acoustique. Clairement, leur arrangement a dû inspirer la version de Frente! en 1994 sur Marvin the album. Sortie en single et mieux distribuée, c'est sûrement la reprise de cette chanson qui a eu le plus de succès. Parmi de nombreuses autres versions, notons, toujours dans le même moule, que Bizarre love triangle a été passé à la moulinette Nouvelle Vague, dans une version à deux voix.




New Order dans l'émission Rockline des Enfants du rock en 1987, avec deux titres interprétés de Brotherhood interprétés en répétition, Paradise et Bizarre love triangle10').


New Order, Bizarre love triangle, en concert en 1987 avec un chanteur particulièrement excité.


06 juillet 2024

BLOOD, SWEAT AND TEARS : Spinning wheel


Acquis chez Damien R. à Avenay Val d'Or le 29 avril 2024
Réf : 4220 -- Édité par CBS en Allemagne en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Spinning wheel -/- More and more

L'ami Damien m'a fait signe pour me signaler qu'il allait bientôt se débarrasser du reliquat du lot de 45 tours dans lequel j'avais bien pioché l'an dernier et que je pouvais si je le souhaitais l'explorer à nouveau avant la date fatidique. C'est tellement la dèche cette année question trouvailles que je n'allais pas laisser passer ça, et mine de rien je suis reparti avec une trentaine de disques à prix encore plus d'ami que l'autre fois.

Celui-ci, j'allais le passer sans m'y intéresser du tout. La pochette est mochtingue, toute en couleurs lavasses (en 1968 !), et Blood, Sweat and Tears c'est un nom que je connais mais un groupe auquel je ne me suis jamais intéressé. Mais Damien m'a arrêté et m'a suggéré de regarder à l'intérieur. Et effectivement, le disque lui-même est superbe, très psychédélique pour le coup, un très bel objet :



Suite à cette découverte, j'ai pris le disque sans aucune hésitation. Il y a juste une chose qui ne laisse pas de m'étonner depuis : j'ai vérifié dix fois, tourné et retourné la pochette dans tous les sens, il n'y a absolument rien qui indique que le disque qu'il contient est en vinyl coloré. Même pas la trace d'un autocollant. C'est très surprenant d'investir dans la fabrication d'un vinyl aussi particulier et de ne pas l'utiliser comme un argument de vente dans les rayons des disquaires.

J'ai écouté le disque sans rien connaître du groupe ni de ces deux chansons.
Spinning wheel, dans un premier temps, m'a paru plutôt pas mal. Il y a une côté rhythm and blues assez prononcé. Ça se gâte complètement à la marque des deux minutes, avec une partie instrumentale jazz de 40 secondes, dans le style de jazz que j'ai du mal à supporter. La dernière minute est aussi un peu jazz, par à-coups avec flûte et cuivres, mais ça c'est plutôt sympa. Le titre se termine avec quelqu'un qui dit "That wasn't too good" et les autres qui rigolent à côté.
Au fur et à mesure que je préparais ma chronique, j'ai senti qu'il y avait anguille sous roche. Notamment quand j'ai remarqué que, sur la première vidéo ci-dessous, la chanson durait 2'35 mais avait l'air d'être complète. Sur mon disque, la durée est de 4'06.
J'ai fini par comprendre qu'il y a eu deux versions de la chanson. Celle publiée sur le deuxième album Blood, Sweat and Tears en 1968, qui dure 4'06 et qui est celle sur mon disque. Et la version de Spinning wheel publiée en single en 1969, qui dure 2'39. L'enregistrement original de l'album a été retravaillé, réduit de plus d'un tiers en durée, et notamment la partie instrumentale jazz a été virée pour être remplacée par un solo de guitare électrique de 10 secondes !!
Et quand je parlais de l'investissement du label pour ce 45 tours, je ne croyais pas si bien dire. J'ai remarqué que, sur la photo du disque que j'ai repiquée de chez Discogs pour ma chronique, la durée indiquée pour Spinning wheel est de 2'39. Sur le mien, la durée sur la rondelle est bien imprimée à 4'06. Les deux pochettes et les références catalogue sont identiques. Cela signifie qu'il y a eu deux pressages de ce disque multicolore. L'un, le mien, peut-être par erreur, avec les versions album, et l'autre avec les versions single.

J'ai utilisé le pluriel pour la phrase précédente car ce qui est valable pour la face A l'est aussi pour la face B. Sur mon disque, on trouve la version album de More and more, pas la version single. Mais cette fois la différence est moindre : juste une quinzaine de secondes coupées dans la partie instrumentale au milieu.
Notons que cette chanson est une reprise, assez réussie d'une chanson de 1967 de Little Milton.

Une formation de Blood, Sweat and Tears tourne encore de nos jours. Cela doit faire très longtemps qu'elle ne comprend plus aucun membre fondateur. De toute façon, il y a peu de chance que j'aie l'occasion de m'intéresser à nouveau à eux, mais je suis bien content d'avoir ce très beau disque.


Blood, Sweat and Tears, Spinning wheel, dans sa version single.


Blood, Sweat and Tears, en concert au festival de Woodstock le 18 août 1969, où ils étaient l'une des têtes d'affiche. Le premier titre est More and more. Le dernier filmé est Spinning wheel, à 12'45. A ce moment là, le caméraman filmait en cachette car le manager du groupe avait refusé les conditions financières pour participer au film et interdit le tournage.

29 juin 2024

BRENTON WOOD : Brenton Wood


Acquis au Repaire du Racoon à Épernay le 25 mai 2024
Réf : LPO 32541 -- Édité par Disc'AZ en France en 1968
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

J'allais faire un tour au centre-ville d’Épernay et je me disais que l'époque où je pouvais espérer y faire quelques achats de disques est bien révolue, surtout depuis la fermeture fin 2019 de Royer Disques où j'ai eu l'occasion de faire quelques bonnes affaires.
Révolue ? Pas tout à fait, puisque j'ai repensé à cette boutique de jeux où j'avais trouvé l'an dernier Smoke on the water. La boutique a changé de nom depuis, mais ils avaient toujours un peu de disques (une étagère de CD, deux caisses de 33 tours et une de 45 tours), mais ça sentait la fin du rayon puisque les prix étaient bradés et en plus il y avait un disque gratuit pour un acheté.
Moi ça m'allait très bien, puisque j'avais à peine commencé à regarder les 45 tours que je mettais la main sur l'EP Reach out I'll be there des Four Tops. Pas en super état, mais à 25 centimes je n'allais pas me plaindre, surtout que je n'ai jamais eu ce disque. Et surtout que je mettais la main quelques secondes plus tard sur un disque que je recherche depuis que j'ai découvert Les Maxel's, La grosse poupée par
Jacques Bracmort !!
Au final, je suis reparti avec ces deux 45 tours, un CD de Happy Mondays et quelques maxis et albums, soit, et de loin, ma meilleure séance de chine depuis le début de l'année !

Dans le lot, il y avait ce disque de Brenton Wood, une édition française de 1968. La pochette a bien morflé, le disque aussi un peu mais il est très épais pour l'époque (genre les pressages 180 grammes actuels, mais là on doit bien être à 200) et passe encore très bien.

Son heure de gloire n'a pas duré très très longtemps, mais Wood a eu trois tubes de suite en 1967 et, cette même année, le label en a encaissé les dividendes en sortant coup sur coup ses deux premiers albums, Oogum boogum et Baby you got it.
Deux albums comme ça, ça faisait beaucoup pour un jeune artiste à peine lancé, alors, dans la plusieurs pays européens, les maisons de disques se sont contentées de sortir fin 1967/début 1968 un seul disque compilant des titres des deux albums américains.
C'est ce qu'a fait Disc'AZ en France avec ce disque, qui contient 4 titres du premier album et 8 du second. Seul petit regret, la sélection nous prive de la version Brenton Wood de Psychotic reaction, une reprise qui n'existe que parce que Count Five était signé sur le même label, Double Shot, et il fallait rentabiliser le répertoire !

L'album est globalement excellent de bout en bout. Je pourrais le qualifier de rhythm and blues ligne claire, avec la voix légère et assez haute de Brenton Wood, dans la lignée d'un Curtis Mayfield, une
alternance de tempos moyens et lents avec une production assez dépouillée, où l'orgue est souvent présent. Sur certains, c'est le groupe Kent and The Candidates du batteur Kent Sprague qui accompagne le chanteur. Notons que le seul titre de cette sélection qui n'est pas écrit ou co-écrit par Alfred Smith, alias Brenton Wood, est le Trouble de Kent and the Candidates.

J'ai déjà eu l'occasion de chroniquer il y a presque 15 ans Gimme little sign, chanson que je trouve toujours excellente. C'est, de peu, ma préférée de cet album, où on retrouve aussi l'excellente face B I think you've got your fools mixed up.
Dans les tubes, j'aime aussi énormément Baby you got it et The oogum boogum song et des chansons comme Give it up, Catch you on the rebound, Goodnight baby ou Trouble sont d'une trempe équivalente.

Enfin une première vraie belle trouvaille de chine en cette année 2024, donc, mais je ne risque pas de renouveler l'expérience au même endroit : le Repaire du Racoon ferme définitivement ses portes aujourd'hui.

Quant à Brenton Wood, qui est né en 1941, il s'était lancé cette année dans une tournée d'adieu, Catch You On The Rebound, mais malheureusement sa santé était trop fragile et elle a été interrompue lorsqu'il a dû être hospitalisé.







22 juin 2024

PAPOOSE : Le grand cirque




Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Offert par Claire B. à Châlons-en-Champagne le 1er mai 2024
Réf : 6011 046 -- Édité par Mercury en France en 1972
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Le grand cirque (Hey ho) -/- Petit pois

Ma sœur Claire conserve la bonne habitude de m'offrir des 45 tours qu'elle achète pas cher "au feeling" en ressourcerie ou en brocante. Parfois, elle tombe très bien, comme avec le Jack Scott, parfois elle tombe à côté avec des disques qui m'intéressent peu. Parfois, elle tombe tout simplement bien, la meilleure preuve étant que j'ai déjà le disque chez moi.
C'est ce qui s'est passé avec ce 45 tours de Papoose. Je savais que je l'avais déjà, alors je l'ai rangé au grenier dans une boite de disques à donner aux copains ou à échanger. Mon erreur, ce fut de ne pas respecter ma procédure habituelle : normalement dans ce cas de figure, je sors le premier disque de mes étagères, je compare les deux exemplaires et je conserve celui en meilleur état. Ce n'est d'ailleurs pas toujours facile de décider, entre l'état de la pochette et celui du disque, la présence ou non d'une languette ou d'écritures...
Là, dans les semaines qui ont suivi, je suis retombé sur mon premier exemplaire et je me suis dit, sans faire le lien avec le récent doublon, que sa pochette était vraiment dans un sale état. Puis, en rangeant un autre double au grenier, je me suis dit que ce disque de Papoose était vraiment en bon état pour un disque que j'avais écarté. Au bout de deux ou trois aller-retour comme ça, j'ai fini par additionner deux et deux et j'ai pris un pour le comparer à l'autre et sélectionner le "meilleur" des deux.
C'est là que j'ai enfin découvert que, certes, les deux pochettes sont sur fond jaune et utilisent des typographies identiques, mais les photos qui les illustrent sont différentes !
La première pochette que j'avais, celle avec le groupe aux cheveux colorés et aux visages maquillés, c'est quelque chose ! Certes, on est en 1972 en pleine vague glam, mais j'ai dû vérifier par deux fois car je croyais que le maquillage des yeux du gars en bas à droite avait été fait au stylo par un précédent propriétaire.
L'autre photo est bien plus (ou trop) sage, presque digne de Creedence Clearwater Revival. Selon France Heavy Rock, celle-ce serait chronologiquement la première pochette. La décision d'imprimer une nouvelle pochette aurait été prise suite à un changement de formation du groupe, Philippe Cauvin ayant succédé à Jérôme B. Sedeyn.

Marche arrière toute, donc, je garde les deux exemplaires du disque et j'en profite pour le chroniquer.

La discographie de Papoose compte un album et cinq 45 tours sortis entre 1971 et 1973, ce qui n'est pas mal du tout. Il n'y a pas des centaines de groupes français de l'époque qui ont été aussi productifs.
Le groupe est classé en "glam", et la pochette au maquillage et aux cheveux colorés est parfaitement dans ce ton, mais Le grand cirque, qui est apparemment leur plus grand succès, ne s'inscrit pas dans ce style musical.
Avec la ribambelle de noms à consonance italienne qui signent la chanson, on n'est pas surpris de découvrir qu'il s'agit d'une reprise, de Jungles's mandolino (La mandoline de la jungle), l'unique 45 tours de Jungle's Men (la face B étant une version de cette chanson par la fanfare folklorique Complesso Caratteristico "La Racchia"). On trouve assez souvent ce disque italien, qui a été sorti par chez nous par Vogue. La bonne preuve : je l'ai dans ma collection.
Musicalement, la reprise de Papoose est relativement fidèle à la version originale, mais avec un côté "tribal" moins prononcé. Il faut dire que, côté paroles, je pense que Boris Bergman s'est complètement affranchi du texte italien pour nous raconter son histoire de post-apocalypse nucléaire.

En face B, Petit pois est un instrumental signé Bernard Dupré, le guitariste-chanteur du groupe. Contrairement à Le grand cirque, ce titre n'a pas été inclus dans l'album de Papoose, Les amants outangs "Moi Tarzan et toi Jane".

A la suite de la séparation du groupe en 1975, ses anciens membres ont eu des parcours musicaux très variés, des musiques de traverses au hard rock en passant par la variété ! La première fois que j'ai vu mentionné le nom de Philippe Cauvin, c'était en 1982 sur la compilation Douze pour un des amis rémois d'A l'Automne Alité. A ce moment-là, il avait déjà fait partie d'Uppsala, dont le nom était un hommage à Samla Mammas Manna. Quant au batteur Jean-Emile Hanela, il a été membre fondateur d'un petit groupe qui a pas mal marché, Trust.


Pour l'édition du 45 tours en Turquie, le label 1 Numara a pris le titre de la chanson au pied de la lettre !

15 juin 2024

THE UNDERTONES : The love parade


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers 1984
Réf : 12 ARDS 11 -- Édité par Ardeck en Angleterre en 1982
Support : 45 tours 30 cm
Titres : The love parade -/- Like that -- You're welcome -- Crisis of mine -- Family entertainment

En 1982, ce n'était pas encore si courant d'éditer un single à la fois en 45 tours et en maxi. C'est ce qui est arrivé pour ce disque des Undertones, que j'ai trouvé en bon état, bien qu'il ait une pochette en carton fin, d'occasion et pour pas cher (60 pence) dans le magasin que je fréquentais plusieurs fois par semaine pendant l'année scolaire que j'ai passée à Londres. Je crois que c'était peu de temps après mon acquisition de l'album qui m'a vraiment fait découvrir le groupe et qui m'a emballé, Positive touch.

Ce disque est sorti à l'automne 1982. Il a dû être enregistré au début des sessions de l'album The sin of pride, le dernier avant la séparation du groupe original, qui est arrivé au printemps 1983.

Après Positive touch en 1981, le groupe n'a plus travaillé avec le producteur Roger Bechirian. Début 1982, ils ont sorti un excellent 45 tours hors album, Beautiful friend, produit par David Balfe et Hugh Jones, qui avaient notamment travaillé sur le premier album d'Echo and the Bunnymen. Là, ils ont fait appel à Mike Hedges, réputé à l'époque pour ses productions de The Cure ou Siouxsie and the Banshees. Le problème du groupe était tout simple : depuis My perfect cousin et Wednesday week en 1980, leurs disques se vendaient de moins en moins.

The sin of pride est considéré comme l'album "soul" du groupe. En tout cas, l'influence de Motown est revendiquée puisque, sur les douze titres, il y a deux reprises du catalogue du label de Detroit, Save me, sorti à l'origine par The Miracles en 1966, et Got to have you back (Isley Brothers, 1967), qui ouvre l'album et qui est même sorti en single (ce qui en dit sûrement assez long sur la confiance que le label avait dans le groupe à ce moment-là de son parcours). L'influence de ce son était dans l'air à l'époque, après Get happy !! d'Elvis Costello, Searching for the young soul rebels de Dexys Midnight Runners, et surtout Paul Weller, qui venait de boucler The Jam avec l'ultime album The gift et s'apprêtait à fonder The Style Council.

Avec The love parade, on est dans cette veine et on s'éloigne des perles pop de deux minutes qui étaient la spécialité du groupe. La plupart des éléments étaient déjà en place dans une démo enregistrée un peu plus tôt en 1982. La version enregistrée le 8 novembre 1982 pour une Peel session sonne plus "live", mais est très proche également.
La construction de la chanson est relativement complexe, avec un break marqué vers le milieu. L'orgue de Damian O'Neill y est en bonne place. C'est à mon sens l'instrument phare de l'album.
Il y a un gros travail sur les voix. Outre le chant principal impeccable de Feargal Sharkey, il y a trois sortes de chœurs par le groupe et The Chanter Sisters des "Ouh ouh ouh ouh love" sur le refrain, des phrases en "What's the point" sur les couplets et des "Love love love" pendant le break. Sur le pont, c'est même le bassiste Michael Bradley qui chante.
Cette version maxi est un peu plus longue que la version du 45 tours et de l'album, mais la différence est très légère : 15 secondes d'intro à l'orgue en plus et 45 secondes à la fin avec les chœurs.

La face B, Like that, est excellente. Elle est plus proche dans l'esprit de Positive touch. Elle n'est pas été retenue pour The sin of pride alors qu'il y a sur l'album des chansons que je trouve plus faibles.

Le bonus pour ce maxi, ce sont trois chansons qui sont présentées comme "live". Il y en a deux de Positive touch, You're welcome et Crisis of mine, et une du premier album, Family entertainment. Il n'y a aucune précision sur la date et le lieu d'enregistrement, mais c'était peut-être au Japon : les chansons sont reliées par des montages sonores qui y font penser.

Ce maxi a eu droit pour le Record Store Day 2022 à une réédition pour ses 40 ans, avec la même pochette mais en vinyl vert. Mais le contenu n'est pas identique : il y a les deux faces du petit 45 tours (pas la version maxi de Love parade, donc) et deux démos, de Love parade et d'un autre titre de l'album, Soul seven, qui prennent la place des trois titres live.

Au cours de la tournée qui a suivi la sortie de The sin of pride, Feargal Sharkey a annoncé sa décision de quitter The Undertones, qui s'est séparé mi-1983. Le groupe s'est reformé en 1999 avec un nouveau chanteur. Certes, Sharkey n'écrivait aucune chanson, mais The Undertones sans lui, c'est comme Ultravox! sans John Foxx ou The Stranglers sans Hugh Cornwell, ça n'a aucun sens.




The Undertones, The love parade, en direct dans l'émission Oxford Road Show le 28 janvier 1983.

08 juin 2024

COCO BRIAVAL QUARTET : Coco Briaval Quartet


Acquis par correspondance via Ebay en mai 2024
Réf : 658 089 -- Édité par Polydor en France en 1967
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

C'est Philippe R. qui m'a aiguillé vers un reportage de fin 2023 de l'INA qui a retrouvé la trace des frères Briaval qui avaient fait l'objet d'un reportage de l'ORTF en 1967.
A l'époque, les trois frères (Henri/Coco, guitariste soliste, René, guitariste rythmique, et Gilbert, batteur), accompagnés par le contrebassiste Diego, impressionnaient par leur fougue et leur talent.
Pour le reportage de 2023 il y a l'émotion en plus, ne serait-ce que parce que les frères sont toujours là, qu'ils jouent toujours de la musique et qu'ils ont eu pendant toutes ces années un parcours remarquable.


Le reportage original de Central Variétés pour l'ORTF diffusé le 30 juillet 1967 (C'est l'information donnée sur la page YouTube par l'INA, mais l'INA elle-même se contredit par ailleurs sur la date du reportage initial...).


Le reportage des retrouvailles de l'INA en 2023.

Pour marquer le coup, j'ai décidé de me procurer un de leurs disques. Je n'ai pas trouvé d'exemplaire en vente pas trop cher de leur premier album, Les Briaval (Philips, 1966), ni des 45 tours qu'ils ont ensuite sorti chez Ducretet-Thomson (Entrée libre et Amusez-vous), alors je me suis rabattu sur cet album sorti probablement fin 1967 chez Polydor, et ça tombe bien parce que c'était pile au moment du reportage de l'ORTF.

La pochette est réussie. Si quelqu'un reconnaît le bâtiment très particulier sur le perron duquel ils sont assis, ça m'intéresse.

L'album compte douze pistes instrumentales. La moitié sont des reprises de succès du moment, ce qui ne surprend pas à l'époque. L'autre moitié, et ça c'est plus remarquable pour un groupe si jeune, sont des compositions originales de Coco Briaval.
Le tout est dans le style jazz manouche, avec une rythmique jazzy, donc, une guitare solo qui, dans un premier temps, joue la mélodie principale (dans ces passages, on n'est pas si loin de Santo & Johnny), avant, à un moment ou un autre même si les titres sont courts, un passage de "tricotage" à la guitare où Coco fait preuve de sa virtuosité.

Parmi les reprises, mes préférés sont celles que je connaissais et appréciais déjà, Des ronds dans l'eau (que je connais dans la version Françoise Hardy), What now my love / Et maintenant de Gilbert Bécaud et Love is blue / L'amour est bleu. Comme quoi Jeff Beck n'est pas le seul guitariste à s'être amouraché de cette bluette !
Les compositions originales sont largement au niveau des reprises et, dans le lot, ma préférée est Easy going four.

Dans le reportage des retrouvailles, les frères mentionnent le tour international qu'a pris leur parcours musical. Cela avait déjà commencé en 1967, puisque cet album a été édité en Angleterre sous le titre Lazy night in Paris, avec une pochette toute moche pour le coup !

La belle histoire n'est pas terminée et les frères Briaval, avec certains de leurs enfants, se répartissent actuellement dans deux formations, le Groupe Coco Briaval et René et Alexandre Briaval Père et Fils.

A écouter :
Coco Briaval Quartet : Easy going four
Coco Briaval Quartet : Des ronds dans l'eau


02 juin 2024

ENO : Another green world


Offert par Dorian Feller à Hautvillers le 3 novembre 2013
Réf : 6396 048 -- Édité par Island en France en 1975
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

Je me suis toujours tenu à l'écart de ses travaux de "musique ambiante", mais malgré tout, Brian Eno tient une place importante dans ma cartographie musicale. Pour ses collaborations et productions, d'abord : il a travaillé avec Bowie, notamment pour Heroes, il a co-produit le premier album d'Ultravox!, produit Q: Are we not men ? A ! We are Devo ! ainsi que les albums deux, trois et quatre de Talking Heads, dont Remain in light, et aussi plus tard James. Pas mal...! Et surtout, il a sorti entre 1973 et 1977 quatre albums sous son nom seul qui sont excellents. Mon préféré, c'est toujours Taking tiger mountain (by strategy) et jusqu'à récemment je mettais plusieurs crans en-dessous Another green world, trop "expérimental" pour moi.
Au fil des années, j'avais commencé à évoluer au sujet de cet album, trouvant I'll come running excellente, puis Golden hours pas mal du tout. Et il y a quelques semaines, chez Philippe R., on a écouté l'album ensemble parce qu'il trouvait que j'avais tort à son sujet. Et ce fut une révélation : effectivement, le disque me plaisait désormais dans son ensemble, y compris ses nombreuses pistes courtes instrumentales.
En rentrant chez moi, j'étais décidé à finalement me procurer cet album, le seul qui me manquait dans la série de quatre, pendant des années. Mais j'ai eu la bonne surprise de le trouver dans mes étagères ! J'avais oublié que, à la bourse BD Disques d'Hautvillers de 2013, voyant que je m'intéressais à l'exemplaire qu'il avait en vente, Dorian Feller me l'avait gentiment offert. C'est l'édition originale française, en très bon état, sauf la tranche de la pochette qui était abîmée et qui a été réparée.

Au recto de cette pochette, on trouve un détail d'After Raphael (?), une sérigraphie de 1973 de Tom Phillips. Phillips avait été le professeur d'Eno au début des années 1960. Ils ont souvent collaboré. Eno a enregistré Irma, un opéra écrit par Phillips, qui de son côté a tenté de tirer le portrait d'Eno, mais il n'est jamais resté suffisamment en place pour que les toiles soient terminées.

Les cinq titres chantés sont habilement répartis tout au long de album, et il y a un bon équilibre avec les pistes instrumentales, la plupart du temps assez courtes.

On ouvre avec Sky saw, avec une longue introduction instrumentale. J'ai encore un peu de mal avec la basse fretless de Percy Jones, mais c'est très rythmé et ça annonce bien le son de l'album, avec des sons bien bizarres. Comme l'indique apparemment Richard Poynor dans son livre More dark than shark, les quatre vers qui constituent les paroles ("Tous les nuages se changent en mots, tous les mots flottent à la suite. Personne ne connaît leur sens, tout le monde se contente de les ignorer") sont comme un manifeste, puisque par la suite Eno privilégiera le son des paroles à leur sens, ce qui ne l'empêchera pas bien sûr d'en produire d'excellentes !
Dans une conférence en 1979, Brian Eno a expliqué avoir recyclé des éléments de Sky saw dans au moins deux autres compositions. Malheureusement, il cite le mauvais titre pour l'extrait de Music for films où la musique a été considérablement ralentie et bidouillée, mais c'est en fait Patrolling wire borders. Il ne précise pas non plus le titre d'Ultravox! qui reprend des éléments de cette chanson, mais ce serait bien My sex. Et là, j'ai eu un choc en réécoutant cette chanson juste après Another green world. C'est précisément avec ce titre que j'ai découvert Ultravox! en 1979-80, sous le soleil dans un camp militaire marnais, alors que je dégageais à la truelle un silo gaulois creusé dans la craie. A l'époque, je ne connaissais pas du tout Eno. Aujourd'hui, je trouve que ce n'est pas seulement la batterie de Phil Collins sur Sky saw, qui aurait été échantillonnée pour cet enregistrement, qui rappelle Eno, mais bel et bien tout l'accompagnement, du piano à la Taking tiger mountain au violon.

Ce n'est pas souvent que j'ai eu l'occasion de mentionner des précurseurs aux Young Marble Giants, tellement leur musique est à la fois originale et intemporelle. Et pourtant, c'est bien la réflexion que je me suis faite en écoutant les introductions de St. Elmo's fire
et de Golden hours. Pas seulement à cause de l'utilisation de la boite à rythmes, mais aussi pour l'orgue et la rythmique et comment tout ça s'arrange. Les deux chansons bénéficient d'excellents solos de guitare de Robert Fripp, avec en plus John Cale au viola sur Golden hours.

Everything merges with the night, plus calme, est très bien, comme les trois chansons précédentes, avec plus d'émotion peut-être.
Je garde quand même une affection plus particulière pour I'll come running, sa musique et ses paroles folles ("J'accourrai pour lacer tes chaussures"). Le 26 février 1974, dix-huit mois plus tôt, Eno et son groupe les Winkies avaient enregistré pour une Peel session une version plus rock de cette chanson sous le titre Totalled. Les paroles sont différentes également.
Notons pour l'anecdote que, pour la face B du 45 tours hors album The lion sleeps tonight (Wimoweh), la version album d'I'll come running a été accélérée !

Le premier titre de cet album que j'ai connu, c'est Sombre reptiles, mais c'était dans sa version de 1976 enregistrée avec Phil Manzanera pour 801 live. Avec encore la boite à rythmes, entre autres, ce titre comme d'autres instrumentaux de l'album, me fait penser aux enregistrements postérieurs de Wall of Voodoo, quand ils essayaient d'évoquer des musiques de films de série B ou Z.

Over fire island est un autre titre de l'album qui a connu une autre vie, mais cette fois à l'insu de Brian Eno. En effet, Phil Collins et Percy Jones ont réutilisé pour l'occasion la rythmique d'Unorthodox behaviour, un titre de Brand X qu'ils avaient déjà enregistré mais qui n'était pas encore sorti. Ils ont juste oublié d'en avertir Eno... Je n'aime aucune des deux versions et je n'ai pas écouté jusqu'au bout le titre de Brand X !

Brian Eno a eu l'occasion de se revendiquer comme "non-musicien", mais par exemple The big ship est très bien, pourtant ce titre est joué par Eno seul, au synthé plus boite à rythmes.

J'aime bien aussi le morceau-titre Another green world. Eno y est crédité aux "Desert guitars". Ailleurs dans l'album, ses guitares sont Serpent ou Castagnettes...! Quelle imagination... Ce titre aurait bien convenu il me semble à Pascal Comelade, mais j'ai vérifié et il me semble que d'Eno il n'a repris que Taking tiger mountain.
Par contre, pour Becalmed, ce sont les Pascals qui s'y sont collés pour la reprise, en 2005 avec une excellente version allongée.

Voilà, j'ai réhabilité cet album qui intègre désormais mon panthéon personnel. Il ne me reste plus maintenant qu'à aller réécouter Before and after science, un disque dont j'ai aussi toujours trouvé la réputation surfaite...

Si vous voulez en savoir plus sur Another green world, je vous conseille le livre de Geeta Dayal de 2009, dans l'excellente collection 33 1/3.

Le dernier projet en date qui implique Brian Eno, c'est le documentaire Eno de Gary Hustwit. Un film évidemment expérimental (il serait génératif, différent à chaque fois qu'on le regarde) dont la bande originale, qui contient Sky saw, vient de sortir.

25 mai 2024

ERIC BURDON AND THE ANIMALS : See see rider


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 14 septembre 2014
Réf : 071 081 -- Édité par Barclay en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : See see rider -- Mama told me not to come -/- Help me girl -- That ain't where it's at

J'ai vraiment fait de bonnes emplettes sur la broc d'Athis en 2014 : une vingtaine de 45 tours, un CD et même sept 78 tours. Fait exceptionnel je crois, c'est le quatrième disque des achats de ce jour-là que je chronique, après les McCoys, les Sheiks et les Four Tops. Excusez du peu !

Si je suis allé rechercher ce disque, c'est à nouveau pour Mama told me not to come. Je n'avais pas du tout prévu de me lancer dans cette aventure quand j'ai acheté J'ai bien mangé, j'ai bien bu de Patrick Topaloff, mais de toute façon je ne savais pas au moment de l'acheter qu'il y avait en face B une adaptation de la chanson de Randy Newman. Ensuite, on s'est intéressé à la première version que j'ai connue de cette chanson, celle par The Wolfgang Press en 1991. Et aujourd'hui, avec Eric Burdon, on termine le tour des versions que j'ai chez moi, et surtout on se penche sur ce qui est chronologiquement la toute première parution de cette chanson, tous territoires confondus !

Comment se fait-il qu'un titre inédit, écrit par un américain, enregistré par un anglais aux États-Unis, soit sorti d'abord sur un
45 tours en France ? Eh bien tout simplement parce que l'industrie du disque dans les années 1960 c'était parfois un beau chantier, et en plus l'année 1966 a particulièrement été chaotique pour les Animals et Eric Burdon.

On peut d'abord s'étonner que la première version n'ait pas été publiée par son auteur-compositeur, Randy Newman. Mais en fait, pendant presque toutes les années 1960 Randy Newman a surtout fourgué ses chansons à d'autres, américains ou anglais. Ce n'est qu'en 1968 qu'il a sorti son premier album comme interprète et il a attendu 1970 et 12 songs pour publier sa propre version de Mama told me not to come.

Pour Eric Burdon, la situation en 1966 c'est que le groupe The Animals se sépare officiellement en septembre. Lui continue sous le nom d'Eric Burdon and the Animals, mais le groupe qui l'accompagnera, également connu sous le nom de The New Animals, ne sera formé qu'en fin d'année. Ce qui n'empêche pas les disques de sortir, avant et après la séparation des Animals, avec des différences selon qu'ils sortent aux États-Unis chez MGM ou en Angleterre chez Decca. Sans parler des licences dans d'autres territoires comme ici avec Barclay.

Essayons de retracer l'origine des quatre titres de cet EP :
  • See see rider paraît en juin 1966 en Angleterre sur l'album des Animals Animalisms.

  • See see rider paraît en single en septembre 1966 aux États-Unis, avec She'll return it en face B. Crédité à Eric Burdon and the Animals, mais les deux titres ont été enregistrés par The Animals.

  • Decca prévoit de sortir Help me girl en single en septembre 1966 avec Mama told me not to come en face B, mais cette sortie est annulée.

  • Help me girl paraît en single en Angleterre en octobre 1966, avec See see rider en face B.

  • Help me girl paraît en single aux États-Unis en décembre 1966, avec That ain't where it's at en face B.

  • L'album Eric is here crédité à Eric Burdon and the Animals paraît aux Etats-Unis en mars 1967. Il contient Mama told me not to come, Help me girl et That ain't where it's at.

Logiquement, la première parution de Mama told me not to come aurait dû être en septembre 66 chez Decca, mais la sortie du single a été annulée, ou en mars 1967 sur l'album MGM. Mais à l'automne 1966, quand cet EP a dû paraître, Barclay avait besoin de piocher quatre titres récents dans la production d'Eric Burdon. Officiellement publiés, il y avait See see rider, She'll return it, Help me girl et That ain't where it's at. Mais Barclay avait déjà sorti She'll return it sur l'EP Outcast et l'album The Animals. C'est comme ça qu'ils ont dû sélectionner Mama told me not to come dans les bandes à leur disposition, sans savoir que ce titre était inédit.

L'écheveau étant enfin plus ou moins démêlé. On va pouvoir écouter le disque.

See see rider est une version du standard du blues parfois intitulé C.C. rider. L'arrangement est crédité au clavier des Animals Dave Rowberry et ça s'entend, car l'orgue tient une bonne place dans cette bonne version rhythm and blues, avec une batterie sèche, un riff de guitare entêtant, Burdon qui fait son truc et une partie instrumentale guitare/orgue.

Les trois autres titres sont enregistrés par Burdon avec le batteur des Animals Barry Jenkins (le seul membre du groupe à être resté avec lui) et l'orchestre d'Horace Ott. Ils sont produits par Tom Wilson, qui à cette époque a notamment travaillé avec Bob Dylan, The Mothers of Invention, Simon and Garfunkel et The Velvet Underground.

La version de Mama told me not to come, avec ses arpèges en introduction et à la fin, sonne bien 1966. Je l'aime bien, notamment l'arrangement de cuivres. Plutôt que celle de Newman, c'est sûrement à partir de cette version que Three Dog Night a travaillé, en exagérant les traits jusqu'à la parodie.

Help me girl est plus pop, c'est sûrement pour ça que les labels l'ont sortie en face A de single. Burdon y est moins à son aise. That ain't where it's at confirme que la face B est inférieure à la face A.

A 83 ans, Eric Burdon a un concert à son programme pour la suite de l'année 2024, ce qui n'est déjà pas si mal.
Je ne sais pas avec quelle autre série je vais enchaîner. Peut-être avec d'autres chansons de Randy Newman ? (après tout, sur Eric is here, Mama told me not to come est enchaînée avec I think it's going to rain today, une chanson interprétée notamment par Nina Simone ou UB40). A moins que je retourne piocher dans mes trouvailles d'Athis...


Eric Burdon and the Animals, See see rider, en direct en 1967 dans l'émission de la télévision allemande Beat-Club.


Eric Burdon and the Animals, See see rider. Un montage vidéo sur la version du disque.

18 mai 2024

THE WOLFGANG PRESS : Mama told me not to come


Acquis probablement à la Petite Boutique Primitive à Reims vers 1991
Réf : bad 1007 cd -- Édité par 4AD en Angleterre en 1991
Support : CD 12 cm
Titres : Mama told me not to come -- Mama told me not to come (Bad boy mix) -- Summer time

Or donc, comme on l'a vu la semaine dernière, la face B du 45 tours de Patrick Topaloff est une adaptation en français de Mama told me not to come, une chanson dont l'auteur est Randy Newman. On n'avait pas le 45 tours à la maison à l'époque en 1971 et la première fois que j'ai entendue cette face B, c'est récemment quand j'ai fini par l'acheter.
Et la première fois que j'ai écouté une version de Mama told me not to come, je crois bien que c'est au tout début des années 1990, avec cette autre reprise par The Wolfgang Press, extraite de leur album Queer, le seul du groupe auquel j'ai eu l'occasion de m'intéresser. J'en avais passé des extraits dans mon émission Vivonzeureux! et ça doit être pour ça que j'ai acheté (pas cher) les deux singles extraits de l'album quand on les a mis en vente à la Petite Boutique Primitive.
A ce moment de son parcours, The Wolfgang Press, l'un des piliers du label 4AD, était déjà bien loin de ses débuts très sombres. Et même, Queer aurait été marqué par l'impact de l'excellent 3 feet high and rising de De La Soul. A tel point que, lorsqu'il a été question de sortir Queer aux États-Unis, il a fallu supprimer des échantillons piqués ça et là sur des disques et ré-enregistrer certaines parties pour respecter la législation américaine de l'époque et éviter de très coûteux procès.

A l'écoute de Mama told me not to come, je dois bien dire que ce n'est pas à De La Soul que j'ai pensé d'emblée. On est plutôt en plein dans l'ambiance baggy/indie dance qui faisait fureur et qui dominait toute la production anglaise. Une impression confirmée par le Bad boy mix réalisé par Hugo Nicolson, un compagnon de route d'Andrew Weatherall, qui a lui aussi travaillé par exemple avec Primal Scream sur Screamadelica. C'est la recette habituelle, avec du rythme, de la basse et une longue version largement instrumentale.

Quelques temps après avoir acheté ce disque, j'ai emprunté et écouté l'album 12 songs que Randy Newman a sorti en 1970. C'est celui sur lequel on trouve sa version de Mama told me not to come. A l'époque, l'album m'avait paru mou du genou et ennuyeux. Aujourd'hui, je trouve cette Mama plus enlevée et plus agréable que dans mon souvenir, avec la guitare slide de Ry Cooder qui répond au piano de Newman.
Pour les paroles, c'est un peu Sur le pont de Nantes en moins tragique. Un jeune gars un peu coincé se retrouve dans une grosse chouille, avec de l'alcool, de la fumée d'herbe qui fait rire, du bruit, de la musique forte dans une pièce où on ne respire pas, et même la maîtresse de maison qui est dans les vapes au sol; sur le refrain, il se dit que "Maman m'avait bien dit de ne pas y aller".

L'autre face B du CD de Wolfgang Press, Summer time, est un nouveau mix du titre de l'album Question of time. Trois autres mixages avaient déjà été publiés sur le précédent single Time. J'aime bien le côté un peu Kraftwerk des parties instrumentales de cette version.



11 mai 2024

PATRICK TOPALOFF : J'ai bien mangé, j'ai bien bu


Acquis chez Récup'R à Dizy le 19 avril 2024
Réf : CF 18 -- Édité par Flèche en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : J'ai bien mangé, j'ai bien bu -/- Maman viens me chercher

Cette fois, je crois qu'on a vraiment passé un cap cette année et je doute de trouver suffisamment de disques en 2024 pour produire une sélection de Mes grandes trouvailles de chine (chine s'entendant par "disque acheté d'occasion sans savoir d'avance qu'on pourrait le trouver, et c'est encore mieux quand on n'en connaissait même pas l'existence avant de commencer à fouiller".
Dans les Emmaüs près de chez moi, ça fait déjà un bon moment qu'il n'y a plus beaucoup de disques, et ceux qui restent sont vendus beaucoup plus cher qu'avant. Pour les vide-grenier, j'y pars maintenant en sachant qu'il y a de bonnes chances de revenir bredouille, et cette année la météo n'aide pas, alors je n'en ai quasiment fait aucun. Le dernier endroit où je trouvais régulièrement des disques ces dernières années, c'était la ressourcerie, mais le rayon disques se tarit pour tous les formats de semaine en semaine, et ne se renouvelle pas avec le temps.
La bonne preuve de tout ça, c'est qu'on est en mai et que c'est le premier disque chiné dans l'année que je chronique. Un 45 tours trouvé justement à la ressourcerie, avec un Michel Polnareff et un Martin Circus. On fait avec ce qu'on a, c'est toujours mieux que rien. Au moins ce disque à 10 centimes est en bon état et, tout le monde s'en fout mais c'est sûrement le premier pressage, en BIEM, les suivants étant tamponnés SACEM.

Au tournant des années 1970, Patrick Topaloff était un animateur radio d'Europe 1 comique et célèbre quand il a commencé à bricoler dans le cinéma. C'est Claude François qui l'a orienté vers la chanson en le signant sur son label Flèche. Son premier 45 tours, Qu'i m'énerv', était une reprise d'une chanson de Lee Hazlewood Mike Hazlewood.

Apparemment, Carlos avait été initialement pressenti pour chanter la face A de ce deuxième 45 tours. Cette chanson lui aurait parfaitement convenu. Tout le monde souligne que Claude François ne s'est pas foulé pour composer la musique, qui serait basée sur une comptine populaire, mais personne ne cite le titre ou les paroles de cette comptine.
J'avais huit ans quand J'ai bien mangé, j'ai bien bu est paru, et je crois que je mangeais déjà à la cantine. Autant dire que, avec mon frère et ma sœur, on entonnait "J'ai bien mangé, j'ai bien bu, j'ai la peau du ventre bien tendue, merci petit Jésus" à la moindre occasion. Et souvent on se faisait reprendre par ma Maman qui n'aimait pas cette chanson. On sortait à peine de la guerre du Biafra et de sa famine et les images des enfants au ventre ballonné par la faim étaient partout.
Au moins, elle aurait pu se réjouir qu'on ne prête aucune attention aux paroles des couplets, en particulier le vers "Ma petite sœur Thérèse qui rit quand elle me cueille des fraises", que nous étions trop jeunes pour corriger de nous mêmes...!

J'ai été surpris en regardant le dos la pochette de voir que la face B, Maman viens me chercher, est signée R. Newman. Avec ce titre, j'ai tout de suite pensé qu'il devait s'agir d'une adaptation en français du Mama told me not to come de Randy Newman. C'est bien le cas, et c'est même une version calquée sur la version que je ne connaissais pas par Three Dog Night, qui a été un succès en 1970. L'adaptation est assez fidèle, sauf que le narrateur est joué ici façon efféminée, assez typique de l'humour de l'époque, mais ce n'était pas dans la version originale. En tout cas, on constate que, à cette époque, Claude François ne s'intéressait pas qu'au répertoire de Motown.

Voilà pour ma première chronique de disque chiné en 2024. Attention, si la disette se confirme, je ne m'interdis pas de plonger plus avant dans la discographie de Topaloff. Certes, je crois que je n'ai pas (encore) Ali be good, mais j'adore Où est ma ch'mise grise avec Sim et j'ai même Le couple idéal en duo avec André Verchuren...!


Patrick Topaloff, J'ai bien mangé, j'ai bien bu, en direct le 13 avril 1971 dans l'émission Les étoiles de la chanson.


Patrick Topaloff, J'ai bien mangé, j'ai bien bu, avec la participation de Thierry Le Luron il me semble.

Patrick Topaloff, J'ai bien mangé, j'ai bien bu, avec Zanini cette fois.

04 mai 2024

JONA LEWIE : Hallelujah Europa


Acquis je ne sais plus trop où ni comment ni quand mais pas au prix fort - Peut-être bien quand même chez Gilda à Paris
Réf : 423453 -- Édité par New Rose en France en 1993
Support : CD 12 cm
Titres : Hallelujah Europa (LP mix) -- Hallelujah Europa (African mix) -- You will always find me in the kitchen at parties (Chill down mix) -- Hallelujah Europa (Political mix)

J'avais déjà sorti ce disque pour le chroniquer quand est arrivée l'annonce d'un nouvel album de Jona Lewie. Ostensiblement, il s'agit de marquer un demi-siècle de carrière discographique du sieur John Lewis, né en 1947. Son premier disque avec Brett Marvin and the Thunderbolts date de 1970, son tube Seaside shuffle avec Terry Dactyl and the Dinosaurs est sorti pour la première fois en 1971, il faut croire donc que c'est la sortie du premier disque sous le nom de Jona Lewie, Piggy back Sue, qui a été prise comme repère temporel.
Pour ce qui est de l'élasticité du temps, Jona Lewie est un as et cette annonce a été une surprise. En effet, mis à l'abri du besoin grâce aux droits d'auteur de ses tubes du début des années 1980, principalement Stop the cavalry, Jona profite de sa liberté et passe pas mal de temps à jouer de son piano et à bidouiller en studio. Et le temps passe vite : le nouveau Are you free Tuesday ? n'est que son troisième album depuis 1982, et le précédent était sorti il y a plus de trente ans, en 1993 !
Jona Lewie est par ailleurs minutieux et obstiné quand il s'agit de sa musique, comme son ancien patron de label chez Stiff Dave Robinson, le confiait au Guardian en 2015 : Jona est un vieux schnock passionné, attachant et talentueux. Il a des enregistrements plein d'idées et il n'en abandonne jamais aucune. Il m'a récemment fait écouté des idées pour un nouvel album. Je lui ai dit : "Jona, ce sont les mêmes chansons que celles que j'ai refusées il y a 35 ans."
Dans un petit mot glissé au dos de la compilation Gatecrasher en 1980, Jona expliquait qu'il n'est jamais parfaitement content de ce qu'il fait et il s'excusait d'avoir pris plusieurs années pour enregistrer suffisamment pour que cet album sorte.

L'histoire de la chanson qui nous intéresse aujourd'hui, Hallelujah Europa, illustre parfaitement cet aspect de la personnalité de Jona Lewie. Mon disque, un CD single extrait de l'album Optimistic (les deux disques n'ont été publiés qu'en France, en 1993) va nous permettre de retracer les aventures de cette chanson depuis 49 ans. Pas mal, on y est presque, à ce demi-siècle...!

Nous sommes en 1975 et Jona Lewie est signé sur le label Sonet, chez qui il a déjà sorti deux 45 tours. Toujours selon les notes de pochette de Gatecrasher, on apprend que l'hymne composé par Jona Lewie a été refusé par le comité de sélection des chansons pour le concours de l'Eurovision. Quelle erreur ! Jona Lewie y chante pourtant les louanges de cette grande aventure commune, en multipliant, sciemment je pense, les clichés : les tours Eiffel et les tours de Pise, l'herbe verte d'Irlande et la blanche neige de Suisse, les belles filles de Copenhague. Il glisse au passage que "si on l'aime elle ne nous laissera pas tomber" et qu'il croit qu'il commence vraiment à craquer pour elle. Il y avait de quoi rivaliser avec Ding-a-dong et Save your kisses for me, les vainqueurs du concours en 1975 et 1976.
Pour l'occasion, Jona Lewie a enregistré une première version d'Hallelujah Europa, en deux parties. Elle sort de façon confidentielle en 1976 sur un maxi uniquement promotionnel. Après les succès chez Stiff, Sonet l'inclut en 1980 sur la compilation Gatecrasher et la commercialise en single (sorti en Angleterre et en Allemagne).
Pour distinguer cette version, on repérera les percussions vers le début, qui sonnent assez bizarrement indiennes. Il y a aussi des touches d'accordéon, et un pont avec l'exclamation "We don't need a visa", qui rime avec le vers précédent "towers of Pisa". La deuxième partie est en grande partie instrumentale, mais il y a quelques mentions d'autres lieux de l'Europe qui sont ajoutées vers la fin.

Entre les deux publications de la première version, Jona Lewie avait signé chez Stiff fin 1977 et publié son premier album On the other hand there's a fist en 1978. C'est là qu'on trouve la deuxième version d'Hallelujah Europa. Celle-ci se démarque par sa boite à rythmes basique d'orgue automatique, présente tout du long.
Stiff avait prévu de la sortir en single en Angleterre, avec un autre extrait de l'album, Police trap, en face B. Ça ne s'est pas fait, mais ce single a bien été publié en Allemagne, en Espagne, au Portugal et en Australie. La chanson est aussi en face B de God bless whoever made you aux États-Unis. C'est cette version aussi qu'on a retrouvé en 2016 pour en face B de la réédition pour le Record Store Day de You'll always find me in the kitchen at parties.

Comme il l'explique lui-même (dans un article de 2015 où il annonce travailler sur l'album qui vient de sortir...!), Jona Lewie a passé les années 1980 et 1990 à digérer le succès de Stop the cavalry. Il a quand même pendant cette période sorti en 1993 un troisième album, Optimistic, mais ce fut une publication très confidentielle, sortie uniquement en France chez New Rose. Un beau coup pour l'excellent label français, mais pas le meilleur moyen de revenir sur le devant de la scène (ce qui est peut-être justement ce que Jona Lewie voulait éviter...!).
C'est là qu'on peut entendre la troisième version d'Hallelujah Europa. En plus de l'accordéon, on y entend de la cornemuse, de la mandoline et peut-être bien du bouzouki, et même du yodel. Et surtout, il y a sur le refrain ce que cet hymne réclamait depuis le début : une chorale d'enfants élèves de l'école primaire Julian's de Londres.
New Rose a publié ce CD single extrait de l'album et une vidéo a même été tournée (mais je ne peux pas l'intégrer ici, alors il faut suivre ce lien pour la voir).
Deux remixes d'Hallelujah Europa figurent parmi les faces B. On sent que la vague house/dance music était passée par là avec l'African mix par Leigh Gorman (ex-Adam and the Ants et Bow Wow Wow) et Jona Lewie . Il est percussif et principalement instrumental, avec quand même des bouts de voix glissés ça et là, et la cornemuse aussi bien sûr. Le Political mix par Bonus Track (?) garde la trame de la version de l'album et la chorale mais supprime une bonne partie du chant de Jona Lewie.
Le quatrième titre est un remix dance de l'excellent tube You'll always find me in the kitchen at parties par Harri Kakouli, l'ancien bassiste de Squeeze.

J'ai été passablement excité quand j'ai vu qu'on trouvait dans la liste des titres d'Are you free Tuesday ? une chanson intitulée Europa. Quelle coordination ! : Jona sort une quatrième version au moment pile où je m'apprête à chroniquer la troisième, me suis-je dit. Je dois bien avouer que j'ai été un peu déçu : 31 ans après, Jona Lewie a recyclé dans ce "nouvel" album la plupart des meilleures chansons d'Optimistic : Catchy lady, I will take the furniture, but leave you with the French au pair, Feel optimistic guru, et Hallelujah Europa, donc !!
Il y a eu un peu de bidouillage en plus, mais c'est bien le même enregistrement que la troisième version, avec la chorale. Et pareil avec le titre suivant, Travel, qui s'avère être l'African mix. Dave Robinson avait mille fois raison !
J'aime bien la chanson et elle n'a jamais eu le succès qu'elle mérite, mais il y a vraiment une occasion ratée avec cette version 2024. En effet, les précédentes versions sont toujours arrivées à des moments clés de l'histoire mouvementée du Royaume Uni avec l'Europe. Celles des années 1970 sont venues peu de temps après l'adhésion, qui avait fait l'objet de longs débats. En 1993 pour la troisième version, on était juste après l'ère Thatcher et au moment de la difficile ratification du traité de Maastricht. En 2024, le Brexit est une réalité et il faut à nouveau un visa ou presque pour voyager entre le Royaume Uni et l'Union Européenne. C'était l'occasion ou jamais pour Jona Lewie de d'actualiser son hymne pour chanter fort son soutien à une Europe unie.

28 avril 2024

PAÜL ABRAHAM : La paix et l'amour



Acquis chez Emmaüs à Saint Nazaire le 3 mars 2023
Acquis chez Récup'R à Dizy le 8 mars 2023
Réf : B.C. 601 -- Édité par Blue Cat en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La paix et l'amour -/- I don't understand (Je ne comprends pas)

Chez Emmaüs à Saint Nazaire l'an dernier, le jour où j'ai acheté le disque d'Hugo Blanco j'avais aussi pris le 45 tours de Paül Abraham avec la pochette sur fond orange. Je ne connaissais pas du tout ce chanteur et le titre La paix et l'amour ne m'attirait pas particulièrement, mais les paroles de la face B sur les difficultés de communication des français en Angleterre m'ont paru suffisamment prometteuses pour que je tente le coup.
De retour à la maison, je vais à la ressourcerie quelques jours plus tard et, coïncidence, je tombe sur un autre 45 tours de Paül Abraham ! Un autre, enfin, pas tout à fait, plutôt une autre édition du premier, avec les mêmes titres et la même référence catalogue, mais avec une pochette et un rond central différents. L'artiste semble être coutumier du fait : son single Emmanuella  est sorti en deux version sous quatre pochettes différentes !
Mes deux exemplaires sont autographiés par Paül Abraham, comme le sont la plupart de ceux que l'on peut trouver en ligne. Cela signifie une chose : ces disques étaient vendus directement par l'artiste, lors des concerts par exemple, plutôt que chez les disquaires. Il s'agit peut-être d'une auto-production (en tout cas, le label Blue Cat n'a sorti que des disques d'Abraham), mais en tout cas il y a des moyens : l'enregistrement s'est fait au studio Ferber, avec un orchestre comprenant une section de cordes.

Paül Abraham a une discographie assez conséquente. Né Gérard Vernick, il a sorti un premier EP en 1960 sous le nom de Gérard Patrick. Il a ensuite plutôt composé pour d'autres dans les années 1960, avant de sortir toute une série de disques à partir de 1970, dont quatre albums jusqu'en 2002.

Avec son apparence et la thématique hippie/baba cool de la face A, j'ai immédiatement pensé en voyant la pochette à Gérard Palaprat et son Svasti. C'est bien dans cet esprit-là qu'on est avec La paix et l'amour. La fin me plaît un petit peu mieux, mais sinon ce n'est vraiment pas ma tasse de thé.

Comme espéré, I don't understand (Je ne comprends pas) est plus intéressante. Il y a une ambiance rétro sur un rythme enlevé et l'ensemble est sympathique. Parmi plein d'autres choses, on peut penser à l'époque par exemple à Mungo Jerry.

Je crois bien que j'ai revu passer depuis au moins un autre 45 tours de Paül Abraham, mais cette fois-là j'ai laissé passer mon tour.