13 avril 2024

BOBO YÉYÉ : BELLE ÉPOQUE IN UPPER VOLTA


Offert par Fabienne M. à Mareuil sur Ay en mars 2024
Réf : 055 -- Édité par Numero Group aux États-Unis en 2016
Support : 3 x CD 12 cm + 120 p. 13,5 cm
37 titres

Je ne sais plus comment ça s'est fait, mais je suis tombé il y a quelques semaines sur la chanson Bi kaméléou de Volta Jazz et c'est le titre qui m'a le plus enthousiasmé depuis le début de l'année :



C'est de la musique d'Afrique, qui incorpore une énergie électrique digne du rock and roll, particulièrement après deux minutes, quand le chanteur galvanise l'orchestre de ses cris pendant une longue partie instrumentale.

J'étais décidé à me procurer cette chanson en disque. Trois possibilités s'offraient à moi :
  • Le 45 tours original publié par Disques France Afrique, mais il y en a peu d'exemplaires en vente, et il sont chers (une cinquantaine d'euros) et parfois en piteux état.
  • La compilation Air Volta publiée en 2022 par Numéro Group, mais elle n'existe qu'en 33 tours et je ne suis pas partisan des rééditions en vinyl.
  • Le coffret Bobo Yéyé publié en 2016, également par Numero Group. Trois disques, dont un de 16 titres de Volta Jazz qui comprend les 9 d'Air Volta. Il a été publié en 33 tours, mais également en CD, avec plus de titres, et j'avais repéré des exemplaires en vente à une trentaine d'euros port compris.
Le choix a été vite fait et je me suis retrouvé avec une très bonne idée à proposer pour mon cadeau d'anniversaire !

Comme décidément j'ai la mémoire qui flanche, ce n'est qu'en préparant cette chronique et grâce à l'excellente béquille que constitue ce blog qu'il a été rappelé à mon souvenir que j'avais déjà écouté ce coffret, en 2017 quand je l'avais emprunté à la médiathèque. J'en avais sélectionné un titre de chacun des trois CD pour ma compilation Prouve-le moi et, ouf !, je reste logique avec moi-même, Bi kaméléou faisait bien partie du lot.

J'ai toujours un peu de regrets quand je pense à la musique de Bobo Dioulasso. En effet, ma ville natale Châlons sur Marne s'est jumelée avec Bobo en 1970, une ville de l'ouest de la Haute-Volta (devenue le Burkina Faso en 1984). Il y avait aussi un jumelage avec Ilkeston en Angleterre, mais j'ai fait allemand première langue alors c'est avec des collégiens d'une autre ville jumelée, Neuss Am Rhein, que j'ai fait un échange scolaire vers 1976-1977. Pendant toutes ces années, qui correspondent à celles pendant lesquelles les musiques du coffret ont été enregistrées, il y a eu des échanges, des fêtes et des manifestations culturelles avec Bobo Dioulasso et je parierais bien qu'au moins un des orchestres du coffret a fait le voyage de Châlons. Je regrette de ne pas y avoir participé. Mais le pire, c'est que j'ai peut-être vu un de ces concerts et que je l'ai aussi complètement oublié !

Numero Group est un label de Chicago, mais c'est bel et bien Florent Mazzoleni, de Bordeaux, qui a compilé les titres de Bobo yéyé.

Volta Jazz a été fondé en 1964 par Idrissa Koné, un véritable entrepreneur, qui a notamment créé Bobo Auto-Ecole, la première auto-école de Bobo Dioulasso. Il a également épaulé son neveu Sanlé Sory dans les années 1960 pour le lancement de son studio Volta Photo. Cela nous vaut en plus de la musique un superbe livre qui complète le coffret. Certaines de ces photos ont été exposées en 2020 à Toulouse.

Au plus fort de son succès, dans les années 1970, Volta Jazz a compté jusqu'à trois formations différentes, la A, je suppose que c'est elle qui enregistrait les disques, la B et une troisième nommée Les Anges Noirs.
Il n'y a rien à jeter dans les 16 titres du CD de Volta Jazz. Tout n'est pas aussi énergique que Bi kaméléou, mais il y a quand même Mama soukous et Mousso koroba tike, avec de la guitare bien crade tout au long et un groove quasiment psyché.
Dans un registre plus calme, il y a notamment la chanson en français Ma douce ledy et B. B. Peyrissac. Peyrissac, c'est le nom d'une commune de Corrèze, mais c'est aussi le nom d'entreprises coloniales installées à Bobo Dioulasso.

Au faîte de la gloire de Volta Jazz, le chanteur, principal compositeur et chef d'orchestre était Tidiane Coulibaly. Il a quitté le Volta Jazz en 1975 pour créer sa propre formation, l'Authentique Orchestre Dafra Star. Le deuxième CD du coffret lui est entièrement dédié.
Une chanson comme Yafamma est très proche du son électrique de Volta Jazz, mais sur d'autres titres, comme Dounian et Si koumgolo, le balafon et les percussions sont plus en avant. La chanson que j'avais sélectionnée pour ma compilation est le slow en français Si tu m'aime, avec des paroles qui à chaque fois me font rire : dans un premier temps, le chanteur implore "Si tu m'aimes, prouve-le moi". On pense qu'il espère vraiment des preuves d'amour, mais non, ce qu'il attend de sa dulcinée, c'est qu'elle lui "laisse sa liberté", qu'elle le "laisse aller s'amuser" car son "cœur frivole" nécessite qu'elle lui laisse sa "liberté d'artiste" !

On retrouve sur le dernier CD plusieurs autre formations de Bobo, notamment Les Imbattables Léopards et Echo Del Africa. Le titre d'ouverture de ces derniers, Gentlemen doromina, est très funky, avec lui aussi de la guitare saturée et quelques paroles en français.
L'ensemble est de très haute tenue et mes préférés sont He ya wannan par Ouedraogo Youssef, très sixties avec sa guitare et son orgue, et un slow encore, Milaoba par Les Imbattables Léopards.

Des heures de musique à savourer, en contemplant de superbes photos, on en redemande. J'ai peut-être raté un concert de Volta Jazz sur le parvis de l'hôtel de ville à Châlons, mais j'ai de quoi me rattraper !




Drissa Kone, le conducteur, un portrait du fondateur du Volta Jazz filmé par Alain Hema.


Présentation de l'Orchestre Volta Jazz diffusée par la chaîne BF1. On entend en fond l'orchestre reformé interpréter Bi kaméléou.


Le 45 tours original avec Bi kaméléou en face B.

01 avril 2024

FOREST FOR THE TREES : The sound of wet paint


Acquis je ne sais plus où ni comment dans les années 2000
Réf : DRMD-50120 -- Édité par DreamWorks aux États-Unis en 1999
Support : CD 12 cm
Titres : Wet paint (Radio version) -- Jet engine -- The sound of music -- Primordial soup -- Wet paint (Dance remix) + fichiers multimédia

La collaboration entre Karl Stephenson et Beck n'a peut-être pas duré longtemps mais elle a été fructueuse, ne serait-ce que parce qu'il en est sorti Loser ! Karl a co-produit Mellow gold, dont il co-signe quatre titres et il fait une brève apparition sur A western harvest field by moonlight.
Avec une telle carte de visite, toutes les portes lui étaient ouvertes, mais il avait aussi certaines fragilités et il s'est écoulé quatre ans entre l'écriture des titres de l'album de son projet Forest For The Trees (le nom fait référence à l'expression anglaise pour dire "L'arbre qui cache la forêt") et la sortie de l'album en 1997.
L'album est d'excellente tenue, tout à fait au niveau de l'Odelay de Beck ou du premier Eels, un groupe également signé par DreamWorks : après avoir enrôlé Beck sur le label qui porte son nom, David Geffen, l'un des associés de DreamWorks, ne voulait visiblement pas rater la suite...
Au moment de la sortie de l'album, l'excellent Dream en a été extrait en single en Europe, mais c'est seulement en 1999 que cet EP a été publié aux États-Unis, sûrement pour relancer un peu le buzz autour de Forest For The Trees, l'album ayant eu un succès mitigé.

Le titre principal, Wet paint, est lui aussi extrait de l'album et il a comme point commun de mettre en avant un instrument assez inhabituel dans ce contexte, la cornemuse (ce n'est pas un échantillon, l'instrument est joué par Aaron Shaw). La Radio version, un peu raccourcie par rapport à la version album, est parfaite. C'est de la pure hip pop optimiste, entraînante et joyeuse. Si c'est l'effet que ça fait d'être une peinture, comme le refrain l'annonce, je veux bien me transformer. Le Dance remix rajoute du rythme et des claviers, mais surtout met la cornemuse largement en retrait. C'est un grand non !

Les fans de Beck seront sûrement intéressés principalement par Jet engine, puisque sa voix est présente sur ce titre (la vidéo a été supprimée de YouTube, mais on peut l'entendre à 57' sur celle-ci, trouvée sur un site japonais). Le titre est lent et visiblement bien enfumé, avec des paroles où il question d'avoir la tête coincée dans le moteur d'un avion supersonique, un peu comme à un concert de My Bloody Valentine, quoi. On n'est pas loin dans l'esprit des Feelings, même si leur Blowing my mind like a summer breeze était bien plus sauvage.

Avec Wet paint, mon titre préféré du disque est The sound of music. Nominalement, c'est une reprise de la chanson-titre de la comédie musicale de Rodgers et Hammerstein (La mélodie du bonheur en version française). Franchement, c'est gâcher ses droits d'auteur pour rien de déclarer ça comme une reprise. J'ai pris la peine d'écouter l'original et, à part les paroles, je n'entends aucun point commun avec ce titre légèrement funky.

Les deux précédentes faces B ne sont sorties que sur cet EP, mais Primordial soup était déjà en face B de Dream. Ca démarre avec un groove sympathique, mais c'est surtout un collage sonore.

Forest For The Trees a continué encore pendant quelques années. Ils se sont même produits en bas de l'affiche au festival Coachella en 2002. Mais ils se sont séparés cette année-là et, autant que je sache, ni Forest For The Trees ni Karl Stephenson n'ont sorti de disque depuis.

30 mars 2024

GEORGES JOUVIN ET SA TROMPETTE D'OR : "Spécial" Jouvin


Acquis d'occasion dans la Marne vers 2000
Réf : EGF 744 -- Edité par La Voix De Son Maître en France en 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : 4 garçons dans le vent -- Que c'est triste Venise -/- Générique du film télévisé "Les indiens" - Soleil couchant -- Générique du film "Échappement libre"

Dans mon souvenir, ça s'est passé en 1997 au King Irish Pub à Reims. Dans ce cas, selon mon agenda, c'était le 3 mai, à l'occasion d'un concert des Orvets. En tout cas, ce soir-là Le Colonel, des Combinaisons et de L'Opération Kangourou, passait des disques et à un moment une version instrumentale de A hard day's night m'a fait dresser l'oreille. Je suis allé lui demander ce que c'était et c'est là qu'il m'a sorti cette pochette de 45 tours de Jouvin. Funeste moment ! Jusque-là, j'avais laissé passer des milliers de disque de l'homme à la trompette d'or sur les brocantes et dans les Emmaüs. Après ça, je me suis mis à les examiner, jusqu'à ce que j'éprouve une sorte de fascination/répulsion pour certaines pochettes de la collection de 25 cm Musique pour garçonnière. Et là c'était foutu : je me suis mis à acheter des disques de Jouvin, ils ont envahi mes étagères (j'en ai des dizaines, plus que tout autre artiste dans ma collection, Costello compris) et tout ça a abouti en 2004 à la publication d'un excellent petit livre-hommage, Tu m'as trompette mon amour, disponible en téléchargement gratuit.

J'ai trouvé ce 45 tours en particulier assez vite (les 45 tours de Jouvin fin années 1950-début années 1960 sont tout sauf rares...!) et c'est un objet discographique intéressant en lui-même.
Déjà, cet EP est intitulé "Spécial" Jouvin. "Spécial", pourquoi, on se demande bien car ce n'est jamais précisé. En regardant la pochette, on peut comprendre, avec l'effet graphique de pellicule de film perforée et les petites images, qu'il s'agit d'un spécial musiques de film version trompette. Car effectivement, trois des quatre airs joués sont tirés de film, la seule exception étant la chanson d'Aznavour.
Mais ce qui me fascine et continue de m'interroger, c'est la photo choisie pour illustrer 4 garçons dans le vent, le premier film des Beatles :


Je n'ai pas complètement résolu l'énigme de cette photo, mais je suis certain que les coiffures ont été grossièrement retouchées et qu'elles ne représentent pas les Beatles ! J'aurais bien aimé retrouver la photo d'origine pour m'en assurer, mais j'ai toujours pensé qu'il s'agissait en fait de quatre des Rolling Stones (Jagger, Wyman, Watts et Richards de gauche à droite ?). Qui que ce soit, ça ne manque pas de sel, surtout quand on sait que Jouvin était signé sur La Voix de son Maître tandis que les disques des Beatles sortaient en France chez Odéon, les deux étant des labels de la même maison de disques, Les Industries Musicales et Électriques Pathé Marconi. S'il y a un endroit en France où on avait accès à des photos des Beatles en 1964, c'est bien chez Pathé ! Le comble, c'est que pour un 45 tours équivalent sur lequel John William interprète des chansons de film (dont deux en commun avec celui-ci), le label Polydor a réussi, lui, à reproduire au dos l'affiche du film des Beatles !

Au dos de la pochette, ce sont bien Georges Jouvin et Dominique qui sont en photo, tous joyeux. On a déjà présenté ici Jouvin reprenant les Stones avec Georges et Dominique sur la pochette, on va rétablir la balance avec ce disque.

Ce qui est étonnant encore avec cette pochette, c'est que la mention Beatles n’apparaît nulle part, il y a juste J. Lennon et P. Mac Cartney qui sont crédités sur la rondelle comme auteurs de la chanson. Ils étaient pourtant vendeurs, mais après tout, ils devaient être tellement présents partout à ce moment-là qu'il n'y avait même pas besoin de préciser qu'ils étaient la vedette du film 4 garçons dans le vent. D'ailleurs, il s'agit bien du titre français du film A hard day's night, mais, même sur les éditions françaises en album et en 45 tours des chansons du film, la chanson elle-même a toujours gardé son titre A hard day's night, qui n'est pourtant mentionné à aucun moment ici.
Une des choses bien avec cette version de Quatre garçons dans le vent, c'est que la trompette n'est pas le seul instrument principal. Elle est accompagnée tout du long par ce qui doit être un orgue Hammond, qui prend un solo à un moment. Il y a aussi une section de cuivres et un peu de chœurs féminins.

Que c'est triste Venise, est le titre le moins intéressant du lot pour loi, sûrement parce c'est aussi le seul qui est lent.

En face B, Soleil couchant est une composition d'Armand Migiani. Même sans connaître le titre du feuilleton Les indiens dont c'est le générique, on aurait pu deviner qu'il s'agit d'un western !

Je n'ai pas trouvé en ligne la version Jouvin du générique d'Échappement libre, réalisé par Jean Becker avec Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg en vedettes, mais elle est somme toute assez fidèle à la version originale par Martial Solal, qui est un jerk tout à fait sympatoche.

23 mars 2024

THE LEGEND! - THE PASTELS : Alive in the Living Room


Enregistré par JC Brouchard au Roebuck à Londres le 30 juin 1984
Réf : [sans]
Support : Cassette

Depuis quelques temps, Jerry Thackray, alias The Legend!, publie sur Facebook des vidéos où il chante et s'accompagne au piano pour des reprises de titres les plus variés, qui ont l'air en bonne partie improvisées. Il est parfois accompagné par un ami de passage et souvent par sa fille Lauren. Il en est à plus de 1200 interprétations. Par exemple, celle d'hier, c'était l'excellente Marlene de Kevin Coyne et aujourd'hui c'est Map Ref. 41°N 93°W de Wire.
En octobre dernier, Jerry a repris Main dans la main d'Elli et Jacno (un titre repris dès 1980 par André Verchuren, rappelons-le).
A la suite de ça, Renaud Sachet de Langue Pendue/Groupie/Arrière-Magasin est intervenu. Il s'intéresse aux interprétations en français par des non-francophones, notamment avec la série de chroniques Parlez-vous français ?, à laquelle j'ai eu l'occasion de participer.
Renaud a proposé à Jerry de reprendre une série de chansons françaises pour les éditer en cassette. Jerry a relevé le défi et Chante! est sorti il y a quelques jours. Je vous recommande chaudement ce mini-album. Outre Main dans la main, on y trouve des reprises de Stereolab, Gainsbourg et Bardot, Les Calamités. La seule chanson que je ne connaissais pas, c'est J'en ai marre d'Alizée, avec des paroles de Mylène Farmer, mais Jerry a triché en optant pour sa version anglaise, I'm fed up.
Pour l'heure, mes deux interprétations préférées sont Panik de Métal Urbain et Love me, please love me de Michel Polnareff :



The Legend! chante Panik et Love me please love me.

Je connais The Legend! depuis une quarantaine d'années maintenant puisque, lorsque j'ai mis les pieds pour la première fois le 9 décembre 1983  à un concert au Living Room, le club animé par la bande de Creation, c'est lui qui m'a aussitôt abordé pour me vendre un exemplaire du fanzine Communication blur.
C'est aussi lui était la plupart du temps aux entrées avec le Creation Cowboy (Alan McGee) et on le voyait souvent danser pendant les concerts (lors d'un concert mémorable des Membranes dans un autre club, il avait accompagné le groupe en tapant sur des tubes métalliques, jusqu'à se casser un doigt).
The Legend! a également le privilège d'avoir sorti la toute première référence Creation, le 45 tours 73 in 83. En 2003, pour les vingt ans de Creation, j'ai rendu hommage au label et à The Legend! en mettant à jour chronologiquement sa chanson pour la transformer en 83 in 2003. Et puis, preuve que décidément les chansons voyagent régulièrement d'un côté à l'autre de la Manche, je l'avais adaptée en français, ce qui a donné tout simplement 83 en 2003.
J'ai revu Jerry et toute la bande de Creation le 8 novembre 2018 à Londres pour une soirée-hommage à Dan Treacy, au cours de laquelle il était monté sur scène pour reprendre quelques titres de Television Personalities (Il a aussi publié deux reprises du groupe sur un 45 tours en 2005). Mais quand j'étais à Londres pendant l'année 1983/1984, je l'ai vu en concert trois fois au Living Room club :
  • Le 7 avril 1984, entre The Loft et The Nightingales, il s'est produit avec ses Swinging Soul Sisters : Ils étaient trois, habillés façon Blues Brothers, à chanter a cappella des classiques de rhythm and blues. Il me semble qu'à un moment Jerry se roulait par terre. En tout cas c'était hilarant. Il reste un témoignage de ce concert avec Sweet soul music sur l'album Alive in the Living Room.

  • Le 15 juin 1984, toujours avec les Swinging Soul Sisters, il a joué avant les Jasmine Minks, après qu'un groupe improvisé de Creation All Stars ait ouvert la soirée, suite à la défection de dernière minute d'un groupe.

  • Le 30 juin 1984, j'ai noté le premier groupe comme étant Alison's Band. Je n'ai jamais su le vrai nom du groupe (pas d'affiches ni de tracts la plupart du temps au Living Room), mais je crois me souvenir qu'Alison était une habituée des lieux. Ensuite, The Legend! s'est produit avec son Jimi Hendrix Experience, puis j'ai assisté à mon premier concert des Pastels.
Il se trouve que j'ai enregistré une partie du concert du 30 juin 1984 avec mon petit magnéto de poche. Près de 40 ans plus tard, c'était l'occasion ou jamais de ressortir ma cassette.
Ce concert a eu lieu au pub The Roebuck, là-même où j'avais vu trois semaines plus tôt le deuxième concert londonien de The Jesus and Mary Chain.

J'ai donc noté que ce soir-là Jerry était accompagné par son Jimi Hendrix Experience. Je ne pense pas avoir "inventé" ce nom de groupe pour l'occasion. Soit c'était vraiment le nom du groupe, sûrement rassemblé pour une seule et unique prestation, soit quelqu'un autour de moi a utilisé l'expression pour le décrire (Hendrix n'était pas assez présent dans mes références à l'époque pour que je sorte ça tout seul).
En tout cas, je n'ai pas de photo et aucun souvenir pour essayer de deviner qui accompagnait The Legend! ce soir-là. C'est visiblement une formation rock des plus basiques avec basse, guitare et batterie.
Je pense que j'ai la majorité du concert sur la bande, même s'il manque le début du dernier titre. En tout cas, j'ai cinq chansons, dont une seule que je reconnais, la troisième, une version du méga-tube de l'année, Relax de Frankie Goes To Hollywood. Il est fort possible que tout le répertoire soit constitué de reprises.
Je vous ai sélectionné pour écoute le titre d'ouverture du concert. Il y a quelque chose de The Fall dans cette chanson où j'ai l'impression d'entendre Jerry chanter "They keep barging in on me".

Les Pastels étaient descendus de Glasgow à Londres pour au moins une semaine. Je pense que le but principal était d'enregistrer leur second single Creation, Million tears, qui est sorti en septembre 1984. Lors d'une précédente visite à Londres, les Pastels avaient joué au Living Room le 8 octobre 1983, ce qui a donné lieu à la publication de la cassette Sleep in your arms tonight.
Leur semaine a été bien occupée car ils ont enregistré une session radio pour Kid Jensen et joué des concerts presque tous les soirs. Pour ma part, je les ai vus trois fois, au Living Room les 30 juin et 6 juillet et au Noise Above le 4 juillet, avec une affiche d'anthologie puisqu'il y avait aussi ce soir-là les June Brides et, pour la première fois pour moi, Biff, Bang, Pow !.
Le répertoire était à peu près le même tous les soirs. Le 30 juin, ils ont joué environ huit titres, plus Million tears répété en rappel, répartis entre ceux déjà sortis (I wonder why, Something going on), ceux à paraître (Million tears, Baby honey) et ceux qu'ils jouaient souvent mais qui je crois n'ont pas été enregistrés en studio (Tomorrow the sun will shine, She always cries on Sunday, Trains go down the track).
Et une reprise s'est glissée dans le lot, I don't care, une chanson de l'album Rocket to Russia des Ramones. Cerise sur la gâteau, et bouclage de la boucle, le 30 juin Stephen a dédié I don't care à Jerry...

On le voit sur la jaquette, j'ai aussi enregistré le concert des Pastels du 4 juillet. Pas d'enregistrement le 6 juillet, mais ce jour-là j'ai pris des photos un peu floues des Pastels. La version du 6 juillet d'I don't care a été publiée sur un 45 tours pirate.

En tout cas, quarante plus tard, c'est rafraîchissant de voir que Jerry continue d'approcher le répertoire musical avec une passion brute de décoffrage toujours intacte.

A écouter :
The Legend! and his Jimi Hendrix Experience : Titre 1
The Pastels : I don't care



The Legend ! danse dans le public lors d'un concert au Living Room. Je ne reconnais pas le chanteur à l'arrière-plan, mais j'ai le vague souvenir que c'était peut-être le soir où Vee V V et Spit Like Paint ont joué, le 20 juillet 1984. Rien de sûr.
Photo : JC Brouchard.

15 mars 2024

AMÉDÉE PIERRE : Scandale dans la famille


Offert par Philippe R. à Saint-Nazaire le 5 mars 2023
Réf : 424.658 BE -- Édité par Philips en France vers 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Scandale dans la famille -- Sédé-sédé -/- Bli pjera -- R.D.A. martyr

Voici le troisième des quatre disques issus de sa collection que Philippe R. m'a offerts il y a un an, après le Yin Dikan et l'Afro-Succès. On reste en Afrique avec Amédée Pierre et un bel EP en bon état, avec sa photo de pochette lumineuse, musicale et familiale, sans qu'il y ait l'ombre d'un scandale, a priori. Et justement, j'ai choisi ce disque en partie parce que son titre principal est Scandale dans la famille, une excellente chanson sur laquelle je m'étais penché à l'été 2022.

Je ne connaissais pas du tout Amédée Pierre (1937 ou 1931-2011), un musicien de Côte d'Ivoire qui a pourtant une discographie conséquente, avec une cinquantaine de 45 tours et quelques albums, son parcours ayant débuté en 1959 avec la création de l'Orchestre Ivoiro Star. Il était surnommé le Dopé National, "dopé" signifiant "rossignol" dans sa langue maternelle, le bété.

La version de Scandale dans la famille est de très bonne tenue. Elle est chantée en français à la façon de celle de Sacha Distel, ce qui permet de la dater à peu près de l'année 1965. Le plus intéressant, c'est l'intervention de l'instrument à vent (une clarinette ?) qui ponctue le chant à partir du premier refrain.

Les trois autres titres sont des originaux signés Amédée Pierre. Et plus on avance dans le disque, meilleur c'est.

Sédé-sédé est typiquement de la musique afro-cubaine. le titre est annoncé au dos de la pochette comme étant dans le style sabrosso. Je n'en ai pas trouvé trace nulle part, mais "Sabroso" signifie délicieux en espagnol et, des années plus tard, une chanson de Compay Segundo portera ce titre. La guitare électrique solo est ce qu'il y a de plus remarquable dans cette chanson.

Sur la face B, Bli pjera est très bien, avec un jeu de basse particulier, qui me rappelle le babatone mono-corde de Madalitso Band.

Mon titre préféré du disque, c'est R.D.A. martyr, qui est présenté lui comme étant du cara-cara, un autre style musical complètement inconnu pour moi. Pour un français de ma génération, l'acronyme R.D.A. évoque instantanément la République Démocratique Allemande. Dans le contexte, je pense que la chanson fait plutôt référence au Rassemblement Démocratique Africain, au sein duquel des personnalités ivoiriennes ont joué un rôle éminent.
Percussions, guitare, cuivres, c'est excellent. A l'écoute, j'ai repensé à un autre excellent disque qu'on m'a offert, celui de Mamadou Doumbia. En revérifiant, il se trouve que Mamadou Doumbia est lui aussi de Côte d'Ivoire et ses disques sont produits, comme celui-ci, par Safie Deen.

Avec Amédée Pierre, comme avec Mamadou Doumbia, il y a tout un monde d'excellentes chansons à découvrir. Amédée Pierre était une figure importante de la musique ivoirienne, et pourtant, aucune réédition ou compilation officielle de sa production n'est disponible par chez nous.

René Babi a publié en 2010 un livre qui revient sur le parcours d'Amédée Pierre, Amédée Pierre, le Dopé National, grand maître de la parole.


Amédée Pierre interprète une chanson en direct dans l'émission Le grand plateau. Prestation rediffusée dans le cadre d'un hommage par la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne.

09 mars 2024

THE CURE : Just like heaven


Acquis d'occasion dans la Marne vers la fin des années 2000
Réf : 887-104-7 -- Édité par Fiction en France en 1987
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Just like heaven -/- Snow in Summer

J'ai repensé à ce disque après avoir vu un échange sur Twitter où un anglophone s'étonnait qu'une émission française ait utilisé Just like heaven comme générique. Ce que cette personne ne savait pas, mais ce que savent tous les fans français de rock qui étaient en âge de regarder la télé en 1986, c'est que cette composition de The Cure a d'abord été le générique de Les enfants du rock à partir de septembre 1986, avant que l'enregistrement instrumental soit complété et la chanson terminée pour être incluse en 1987 sur l'album Kiss me, kiss me, kiss me. Elle sera aussi le troisième titre à être extrait de l'album en single.
Cette "exclusivité" s'explique sûrement par le fait que la bande des Enfants du rock soutenait The Cure depuis ses débuts et que le groupe avait un vrai succès populaire en France depuis The head on the door. Et en plus, The Cure enregistrait à ce moment-là son album dans le sud de la France.


Pour ma part, j'ai arrêté d'acheter les disques de The Cure au moment de leur sortie après The walk en 1983, avec juste une exception en 1984 pour la cassette de l'album Concert et surtout sa face B de raretés Curiosity. Mais ça ne m'a pas empêché d'apprécier quand ils sont sortis les excellents singles qu'étaient The caterpillar, In between days et Close to me, et depuis je me suis rattrapé en achetant quasiment tous les albums qui me manquaient.

Assez logiquement, la maison de disques a ajouté sur la pochette de cette édition un autocollant pour préciser qu'il s'agit de la musique du générique des Enfants du rock. Sur mon exemplaire, le fond de l'illustration est bleu. Il existe avec la même référence catalogue une pochette sur fond noir, avec une face B différente, Breathe.

La version du single de Just like heaven est remixée par Bob Clearmountain, un ingénieur du son américain très réputé. A part 10 secondes de plus, j'ai du mal à repérer des différences avec la version de l'album, et c'est tant mieux. La chanson déroule une très belle mélodie, ce qui je dirais la situe dans la lignée de Boys don't cry et In between days. La plupart des éléments musicaux étaient déjà présents dans la démo de début 1986. La mélodie principale a visiblement été composée au piano.
La version "acoustique" de Just like heaven enregistrée en 2001 pour le disque bonus de Greatest hits est d'excellente tenue. Elle a même l'avantage par rapport à l'originale d'être débarrassée des nappes de synthé qui l'encombraient.
Pour les paroles, les deux premiers couplets et le refrains sont lumineux, légers et même sensuels. Mais c'est Robert Smith, et au dernier couplet il s'avère qu'il rêvait, peut-être même depuis des jours, et il se réveille seul, perdu comme comme il l'était dans le cauchemar où il errait dans une forêt quelques années plus tôt.
Outre le générique télé, Just like heaven a acquis son statut de classique dès 1989, quand Dinosaur Jr a sorti en single sa version, plus bruyante, presque grunge avant l'heure, mais aussi très fidèle à l'original.

La face B, Snow in Summer, est une vraie chanson, probablement issue des sessions de l'album. C'est une face B tout à fait honorable, parfaitement dans le style du groupe à cette époque.

Cela fait des années maintenant que Robert Smith annonce qu'un nouvel album de The Cure est prêt à sortir. On ne l'a toujours pas vu venir, et je ne peux pas dire que je trépigne d'impatience. En tout cas, ça n'a pas empêché le groupe de faire une grande tournée en 2022-2023.


The Cure, Just like heaven, filmé en France en 1987 pour Rockline dans Les Enfants du rock. L'émission complète est ici.



02 mars 2024

CASTELHEMIS : Roger (Cha cha cha)


Acquis chez Récup'R à Dizy le 18 septembre 2021
Réf : COB 47010 -- Édité par Cobra en France en 1978
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Roger (Cha cha cha) -/- La favella de Levallois (Tchik y tchik)

J'ai un peu hésité à prendre ce 45 tours à la ressourcerie, parce que la pochette et le disque ne sont pas en très bon état, et surtout parce que j'ai longtemps associé Castelhemis à ces chanteurs français contestataires ou non des années 1970 qui appartenaient à la génération baba d'avant moi. Pourtant, au tournant des années 1970-1980, j'ai vu Béranger, Mama Béa et Thiéfaine en concert. Mais, quand j'ai commencé à me forger mes goûts avec la new wave, j'ai eu tendance à rejeter toute cette génération, même s'il y a eu une exception pour Higelin et Lavilliers, en mettant dans ce sac des artistes que j'apprécie maintenant, comme Colette Magny et Brigitte Fontaine.

En fait, jusqu'à ce que je récupère et apprécie son premier album Armes inégales 1977, je n'avais jamais écouté Castelhemis. Et loin d'être un contestataire barbant, je le rapprocherais plutôt de Louis Chédid ou de Vassiliu, avec qui il partage un goût pour la musique brésilienne.

Un peu comme Blondie avec Debbie Harry, Castelhemis est plutôt le nom d'une formation que celui d'un artiste. L'auteur-compositeur-chanteur c'est Philippe Laboudigue. Très tôt surnommé Castel quand il était membre d'une troupe d'animation médiévale, il a d'abord fait partie du duo Castel & Vendôme (deux 45 tours en 1969 et 1970), avant de fonder un autre duo avec le chanteur d'Arthemis, tout naturellement baptisé Castelhemis, un nom que Laboudigue conservera par la suite, et sous lequel il donnera des concerts pendant plusieurs années, notamment dans le réseau des MJC, avant d'envisager de sortir un disque.

Je ne regrette pas mon achat de ce 45 tours, qui est sorti entre les deux premiers albums, et dont la face A n'a jamais été publiée ailleurs.
Cette face A, Roger, est un portrait de vacancier, en cha cha cha bien sûr, mais aussi avec un intermède disco de fièvre du mardi soir (on est en 1978...). Les paroles pourraient être un résumé anticipé du film Camping, et nous montrent Roger le roi des galets (ça ne peut pas être un hasard) pendant sa parenthèse de vacances, avant qu'il ne retrouve sa solitude.

La face B La favella de Levallois (Tchik y tchik) était, avec un titre inversé (Tchik y tchik (La favella de Levallois)), la chanson d'ouverture de l'album Armes inégales. En tant que tel, elle avait été repérée et a contribué au succès de cet album qui, même des années plus tard, se vendait encore à 1200 exemplaires par mois (information tirée de l'entretien avec Jacques Vassal paru dans Paroles & Musiques en 1986). En toute logique, le label aurait dû sortir Tchik y tchik en face A de 45 tours au moment du succès de l'album, avant d'enchaîner avec Roger. C'est un peu du gâchis, mais là on a du coup deux excellentes chansons sur ce disque.
Cette fois, la chanson est une chronique de banlieue, même si la commune de Levallois elle-même n'est pas réputée je crois pour ses grands ensembles. Le rythme est enlevé, l'ambiance a l'air assez joyeuse, malgré les Ayayaï et les Ouyouyouy, mais le dernier couplet nous montre que tout n'est pas vraiment gai : "Car j’ai oublié de vous dire que l’enfant au lieu de sourire, danser le faisait pleurer, pauvre enfant dans la cité".

Castelhemis a sorti six albums jusqu'en 1988, avant de se lancer dans de nouvelles aventures, notamment dans la restauration. Philippe Laboudigue est mort en 2013 à 64 ans. L'association Castelhemis & Co lui rend régulièrement hommage. Elle a notamment porté le projet de la compilation 78-88 parue en 2002 et a organisé une soirée-hommage en ligne pour commémorer les dix ans de sa mort.

Cette chronique est évidemment tout spécialement dédiée à Philippe R.

25 février 2024

BOSTON : More than a feeling


Acquis par correspondance via Ebay en janvier 2024
Réf : EPC 4658 -- Édité par Epic en Allemagne en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : More than a feeling -/- Smokin'

Dans mon quartier, le hard rock régnait en maître à la fin des années 1970. Et ceux qui n'écoutaient pas du hard penchaient plutôt pour le progressif, alors autant dire que, avec ma new wave, j'étais plutôt minoritaire. Je baignais donc dans le hard, sans jamais vraiment tomber dedans. J'ai refilé ou revendu mon exemplaire de Physical graffiti, écouté un peu de Deep Purple et de Rainbow, et jamais vraiment accroché à AC/DC ni à Kiss.
Pour Boston, c'est un peu différent. Je ne suis pas allé jusqu'à acheter leurs disques, mais un pote, sûrement, Eric Ma., nous avait prêté l'album et j'avais été suffisamment intéressé pour m'en faire une copie sur cassette.
Et j'avais aussi ingéré toute la mythologie du groupe, que j'aurais pu vous ressortir pour cette chronique sans faire de recherche documentaire : Boston, c'est l'histoire de Tom Scholz, ingénieur et inventeur, qui peaufine pendant des années l'enregistrement de ce qui deviendra le premier album de Boston dans son propre studio, en jouant la plupart des instruments. Lorsque l'album sort, c'est le succès immédiat et inattendu aux États-Unis, où le disque s'est vendu depuis 1976 à 17 millions d'exemplaires.
La pochette de l'album, qui est aussi celle de ce 45 tours, est devenue iconique. Il faut croire que je ne l'avais jamais vraiment étudiée de près, car je ne me souvenais pas que les soucoupes volantes sont des guitares électriques, qui s'éloignent d'une planète terre en train d'exploser en emportant une ville sous cloche, celle au premier plan étant bien entendu Boston.
J'ai tendance à parler de hard rock au sens large à propos de Boston, mais à l'époque on les classait plutôt dans ce qui s'appelait le rock FM (à une époque où, en France, il n'y avait quasiment que trois stations, France Musique, France Culture et FIP, qui émettaient en modulation de fréquence). D'ailleurs, sans surprise, on retrouve More than a feeling en bonne place en 1978 sur la bande originale du film FM, aux côtés de Foreigner, Eagles ou Steely Dan.

Depuis toutes ces années, je me souviens de la première chanson de l'album, More than a feeling, et je chantonne souvent son refrain. J'ai commandé ce single sans la réécouter au préalable.
Je n'avais jamais fait attention aux paroles de la chanson, mais il s'avère que ce "plus qu'un sentiment", c'est le pouvoir d'évocation nostalgique de l'écoute d'une vieille chanson. Tout le monde connaît bien ça !
Au bout du compte et sans trop de surprise, il n'y a pas grand chose que j'apprécie vraiment dans More than a feeling. L'intro à la guitare acoustique est très bien, mais tous les marqueurs du hard rock me hérissent, du chant haut perché à la guitare solo virtuose, en passant par la batterie marquée. Mais j'aime toujours ce que j'avais retenu de la chanson, le passage avec un riff de guitare bien basique suivi du court refrain. On ne l'entend que deux fois sur le 45 tours, mais c'est répété une fois de plus dans la version de l'album, plus longue d'une minute vingt, ce qui aide la chanson à bien rester en tête.
Notons que, lors du festival de Reading en 1992, Nirvana s'est amusé au moment de jouer le tube Smells like teen spirit. Ils ont fait un faux départ en forme de reprise de More than a feeling, une façon d'admettre la proximité entre les deux riffs.

En face B, Smokin' est rock boogie que Status Quo ne renierait pas. J'apprécie la partie instrumentale avec l'orgue en instrument principal (jouée par Tom Scholz, évidemment),qui est bienvenue car ça change des tricotages aigus à la guitare électrique.

Je n'ai pas suivi Boston au-delà de la cassette de ce premier album. Mon frère Eric, lui, qui s'est mis à la guitare électrique à cette époque, vers 1978-1979, tient le groupe en haute estime. Avec l'un de ses groupes post-Epsylon, il a même repris un autre des titres du premier album, Foreplay/Long Time.




Boston, More than a feeling et ci-dessous Smokin', en concert le 17 juin 1979 au Giants Stadium dans le New Jersey. Le concert complet est ici.



18 février 2024

CAPTAIN SENSIBLE : Wot!


Acquis chez Carrefour à Châlons-sur-Marne en 1982
Réf : AMS 12.9228 -- Édité par A&M en Europe en 1982
Support : 33 tours 30 cm
Titres : Wot! -/- Strawberry dross

En 1982, grâce à un concert de Dolly Mixture, j'étais aux premières loges pour participer au succès inattendu de Captain Sensible, dont Happy talk, la reprise d'une chanson de la comédie musicale South Pacific, a été classée numéro un des ventes en Angleterre.
Il y a eu une édition européenne de Happy talk, mais je pense qu'on l'a à peine vue dans les magasins et en tout cas ce disque est passé complètement inaperçu par chez nous.
Pour le single suivant Wot!, extrait lui aussi de son premier album solo Women and captains first, c'est un peu l'inverse qui s'est passé : il n'a pas dépassé la 26e place dans les hit parades anglais mais s'est très bien vendu dans plusieurs pays européens, dont la France où il a été certifié disque d'or (500 000 exemplaires vendus).
Captain Sensible a bien apprécié les a-côtés de ce succès inattendu : encore récemment, dans Uncut et aussi dans Le Parisien, il expliquait avoir bien profité des limousines avec chauffeur, des bons restaurants et des hôtels de luxe mis à sa disposition quand il se déplaçait pour une prestation télé.
Le succès de Wot! a été prolongé car sa vidéo rigolote a été diffusée très régulièrement pendant toutes les années 1980 par les robinets à clips des chaînes de télévision.
Pour ma part, fort de l'expérience Happy talk, j'ai été l'un des premiers acheteurs de Wot!. Je me suis offert le maxi chez Carrouf à Châlons pour 33,20 F.

Wot! fait partie des ces chansons directement inspirées par le rap, et spécifiquement il me semble par le tube immense de 1979, Rapper's delight de Sugarhill Gang.
On dit que, par la suite, Blondie a été l'un des premiers groupes pop à avoir un succès international incluant une partie rappée (Rapture en  1980), mais c'est une chanson que je n'apprécie pas particulièrement.
Avec Chacun fait (c'qui lui plaît) en 1981, on a eu la preuve que la France était mûre pour le rap et, en 1982, on a notamment eu droit en mai à The message de Grandmaster Flash et The Furious Five puis en août à Wot!, donc.
Pour ma part, je n'avais pas encore conceptualisé la hip-pop optimiste en 1982, mais Wot! en est un parfait spécimen.

C'est intéressant d'apprendre aujourd'hui que la chanson est littéralement construite sur une situation vécue. Lors d'une tournée aux États-Unis avec les Damned, Captain Sensible avait été réveillé par un marteau-piqueur dans la rue. Il s'était plaint à la direction, mais celle-ci ne pouvait évidemment rien y faire et le son qu'on entend au début de la chanson, c'est l'enregistrement de ce que le Captain entendait dans sa chambre, qui lui avait servi de preuve pour se plaindre ! Les paroles du premier couplet, la pochette et la vidéo illustrent cette anecdote. On notera dans tout ça l'ironie d'un punk qui se plaint de tapage sonore !
J'ai toujours été étonné de voir que c'était Tony Mansfield de New Musik, groupe pop synthétique, qui avait produit Women and captains first. En fait, il avait d'abord produit en 1981 le Friday 13th EP des Damned. Captain Sensible lui avait fait écouté quelques-unes de ses démos, des chansons jugées trop jolies par les Damned et Mansfield a joué l'intermédiaire pour lui permettre d'être signé en solo par A&M.
La version maxi de Wot! est très réussie et je la préfère à celle du single. La chanson est allongée allongée au début et à la fin, mais c'est très bien fait et les meilleurs éléments sont mieux mis en valeur : la rythmique industrielle, la basse, la guitare funky et surtout les chœurs de Dolly Mixture qui font écho au Captain ("He said Captain, he said wot!").

La face B, Strawberry dross, est très intéressante également. C'est un qu'un titre générique (Scories de fraise), dont on ne peut que penser qu'il fait référence à l'album Strawberries des Damned qui allait sortir. En fait, on a ici une dizaine de chansons très courtes enregistrées par Captain Sensible dans sa chambre avec un magnéto Portastudio. Ce sont sûrement celles qu'il avait fait écouter à Tony Mansfield, mais ce qui m'étonne c'est que, autant que je sache, elles n'ont pas été enregistrées par la suite.
Le ton est donné par l'excellente première composition ("People shout, he's all smashed up, he's on the magic roundabout"), la première d'une série de pépites pop et psychédéliques, dans la veine du Pink Floyd de Syd Barrett ou de leurs héritiers Television Personalities. Mais il y aussi dans lot un instrumental au piano à la Louie Louie, du Diddley beat à la boite à rythmes et pour finir un rockabilly ("Rock on ! I like a bitch rich") avec chœurs de Dolly Mixture et solo de guitare.

Ces temps-ci, Captain Sensible est actif avec son projet The Sensible Gray Cells, qui a sorti un single à Noël dernier, et aussi régulièrement avec les Damned, avec qui il tournera en Angleterre fin 2024.





10 février 2024

JONATHAN PERKINS AND THE FLAME : A little hate (makes love much better)


Acquis par correspondance via Ebay en janvier 2024
Réf : ZD44178 -- Édité par Anxious en Europe en 1991
Support : 45 tours 17 cm
Titres : A little hate (makes love much better) (7" version) -- The hangman -- When Christina sleeps -- A little hate (makes love much better) (The big noise remade)

Les interviews de musicien ce n'est pas trop mon truc. On se retrouve la plupart du temps à tourner autour des mêmes sujets (comment s'est passé l'enregistrement, les sources d'inspiration, la tournée actuelle, les projets...) dans une situation artificielle qui débouche rarement sur quelque chose d'intéressant.
Cela fait bien longtemps que j'ai cessé de me plier à cet exercice. Quand j'ai l'occasion de rencontrer un artiste, je le salue, je papote un peu avec lui et, si j'ai une question qui me trotte la tête, je la pose si l'occasion se présente.

Comme je l'ai raconté il y a plus de quinze ans quand j'ai chroniqué le premier album d'Eurythmics, j'ai été amené à la fin des années 1980 et au début des années 1990 à conduire pas mal d'interviews pour Radio Primitive, dans le cadre de nos échanges de bons procédés avec les maisons de disques et en bonne partie parce que j'étais l'un des rares de la bande à parler anglais. La plupart du temps c'était quand même intéressant, même quand ce n'était pas des gens que je suivais de près. J'ai comme ça passé à la question Brenda Kahn, Blur, Keziah Jones, The Opposition par téléphone (ce qui m'a valu un 45 tours promo autographié en cadeau de remerciement).
Mon plus gros plantage, c'est lors de la venue de Moe Tucker à L'Usine à Reims en 1992. L'entretien s'est très bien passé, mais une fois revenus au studio on s'est rendu compte que l'enregistrement était inexploitable car les piles du magnéto étaient à plat !
Pour Jonathan Perkins, objectivement tout s'est bien passé, mais j'ai rarement été aussi mal à l'aise. Ça me dérange déjà si je suis au téléphone et que quelqu'un d'autre est là dans la pièce qui peut m'entendre. Mais là, on s'est retrouvé à interviewer Jonathan Perkins dans une loge avec Dave Stewart affalé par terre à moins de deux mètres. Dave Stewart qui était à la fois une très grosse vedette, le patron sur la tournée de Jonathan Perkins (qui était présent à Reims en tant que membre des Spiritual Cowboys), l'un des producteurs de l'album de Perkins qui venait de sortir et aussi le patron de sa maison de disques ! Ça fait beaucoup et je me suis senti mal pour Perkins quand, au détour d'une des questions (impossible de me souvenir laquelle), Dave Stewart a dressé l'oreille, s'est relevé et rapproché et a fini par se mêler à la conversation. Ça s'est fait naturellement, en tant que passionné de musique qui se prend au jeu, et il est clair qu'il ne voulait pas voler la vedette à qui que ce soit, mais je me sentais gêné pour le gars Perkins car c'est bien avec lui que l'entretien était programmé. D'un autre côté, je me suis félicité que cet entretien a priori banal ait été suffisamment intéressant pour que Dave Stewart se pique d'y participer.

Jonathan Perkins a un parcours impressionnant. On le voit surtout mentionné dans les histoires du rock comme étant le premier clavier d'XTC. Il a rejoint le groupe en 1974 et les a quittés de son propre chef fin 1976, avant qu'ils aient sorti leur premier disque. Il leur a préféré un groupe nommé Stadium Dogs, qui avait de bonnes perspectives de signer avec un gros label. Je ne suis pas sûr qu'il ait fait le bon choix. On le voit avec XTC sur cette photo (à un moment où le groupe s'est très brièvement nommé The Snakes) et c'est lui qui est aux claviers pour cette version de Science friction filmée en avril 1976.
Jonathan Perkins a également été membre à part entière des Original Mirrors le temps que le groupe a duré, de 1979 à 1982. Je ne le savais pas au moment de l'interview car j'ai deux disques d'eux et le nom des membres du groupe n’apparaît ni sur le premier album, ni au verso du pressage français du premier 45 tours Could this be heaven ?, contrairement à l'édition originale anglaise.

Jonathan Perkins rejoint la bande d'Anxious en 1989. Outre les Spiritual Cowboys, il va participer à plein de projets associés au label, comme Shakespear's Sister, JC-001, Terry Hall & Dave Stewart, Siobhan Fahey.
En 1989, il sort son premier album sous le nom de The Flame, qu'il co-produit avec Manu Guiot. Je pense que cet album est passé complètement inaperçu.
En 1990, un nouvel album sort, Snake talk. Cette fois-ci, il est crédité à Jonathan Perkins and the Flame. On y retrouve huit des titres de l'album The flame de 1989, et je suppose que ce sont exactement les mêmes enregistrements. Parmi les quatre nouveaux titres, les deux qui seront extraits en single, I can't say no et A little hate (makes love much better) sont produits par Dave Stewart.

J'aime bien A little hate (makes love much better). S'il y a un point de référence qui me vient à l'esprit, c'est l'Iggy Pop en solo avec Bowie de 1977. En plus sage. Le remix de 7 minutes par BBG est sans intérêt.
Jonathan Perkins a réédité une version "complète" de 21 titres des sessions de Snake talk et je me suis initialement étonné qu'on n'y trouve pas les deux faces B hors album de ce single. C'est parce que Perkins les associe à un autre projet, Anxious High, dont il a publié Alumni. Grosso modo, il s'agit de la bande d'Anxious, dont Chris Sheehan de The Starlings, qui se réunissait, souvent la nuit, pour enregistrer des chansons, des démos, des ébauches. Parmi celles-ci, The hangman, avec Martin Chambers des Pretenders à la batterie, est dans la veine d'A little hate, avec un chant sur les couplets qui est sur le même rythme. Pour When Christina sleeps, on ressent le côté démo, tout ne semble pas en place. On n'est pas très loin des Stranglers époque La féline.

Juste après The Flame, Jonathan Perkins a notamment monté le groupe Miss World (un album en 1992) et il a participé à de nombreux autres projets depuis. De mon côté, comme je le disais, je ne pratique plus l'art de l'interview. Ça m'évitera de me retrouver involontairement à interroger une grande vedette !



04 février 2024

ADRIANO CELENTANO : Prisencólinensináinciúsol


Acquis chez Récup'R à Dizy le 16 décembre 2023
Réf : 600.102 -- Édité par Galloway en France en 1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Prisencólinensináinciúsol -/- Disc jockey

J'ai eu du mal à remettre la souris dessus, mais c'est cet article publié par Far Out Magazine qui m'a donné envie de m'intéresser à ce 45 tours d'Adriano Celentano. Il y était question, avec une bonne dose d'exagération, de "la chanson la plus drôle du monde". Ce qui avait retenu mon attention surtout, c'est que Prisencólinensináinciúsol, une chanson sur le thème de l'incommunicabilité, serait du proto-rap, avec des paroles écrites dans une sorte de yaourt destiné à sonner comme de l'américain pour des oreilles italiennes.

Je venais juste de trier mes quelques disques de Celentano et j'étais sûr d'avoir celui-ci dans mes étagères. Mais non. Mais parfois les choses se goupillent bien : deux semaines plus tard, je suis tombé à la ressourcerie sur un exemplaire en parfait état. Super !
Je ne me souviens pas avoir entendu cette chanson à l'époque. J'ai connu Adriano Celentano quelques années plus tard, sûrement grâce à ses prestations à la télé française qu'on trouve sur YouTube de deux de ses tubes, le rock rétro de Svalutation et la reprise de Ben E. King Don't play that song, que je connaissais aussi adaptée par Johnny en Pas cette chanson.

Donc, Prisencólinensináinciúsol est une chanson aux paroles incompréhensibles sur l'incommunicabilité. Bizarrement, elle aurait quand même un sens puisque, sur la pochette française, comme sur l'originale italienne, on trouve un message d'explication : "Cette chanson est chantée dans une langue neuve que personne ne comprendra. Elle a une seule signification : Amour Universel".
En Italie, il y avait un deuxième message, un peu d'anticipation : "1° in tutto il Mondo / dati forniti dal Centro Elettronico del futuro 1978" ("N° 1 partout dans le monde / données fournies par le centre électronique du futur 1978"). Le recto de la pochette lisible mais très moche est une création française, le recto original italien est relégué au chez nous au verso. En Angleterre, le titre imprononçable a été traduit en The language of love.
Musicalement, ça vaut le coup qu'on en parle encore aujourd'hui. La rythmique est en boucle, apparemment, avec des percussions et une guitare crade. Ce n'est pas du Diddley beat, mais c'est quand même digne de Bo Diddley. Il y a un riff de cuivres très rhythm and blues et de l'harmonica pour finir. On ne peut pas dire que Celentano rappe vraiment, mais c'est un chant parlé/crié, avec des chœurs et aussi l'intervention de son épouse Claudia Mori.

La face B, Disc jockey, est une chanson différente, mais ça pourrait tout aussi bien être la deuxième partie de Prisencólinensináinciúsol, puisqu'on y retrouve la même boucle percussive et le même riff de cuivres. Il y a en plus un solo guitare presque psyché. Les paroles sont en italien cette fois. Il y est question d'interpeller le disc jockey et il y a une rupture sur la piste de danse.

En 1992, Celentano a publié sur son album Quel punto Il seme del rap (La graine du rap) 1992, une chanson sous-titrée Prisencólinensináinciúsol qui est pour le coup une version rap de sa chanson.

Contrairement aux prévisions du Centre Électronique du Futur, qui appartient désormais largement au passé, Prisencólinensináinciúsol n'a pas été n°1 partout, mais la chanson a eu du succès en Italie, en France et ailleurs, notamment aux États-Unis. Une campagne de pub pour les boissons Fruité l'a même largement pompée en 1978.
Aujourd'hui, cette chanson reste très populaire. Elle apparaît dans des films et des séries et illustre nombre de vidéos sur les réseaux sociaux.


Adriano Celentano, Prisencólinensináinciúsol, dans l'émission Formula due diffusée le 12 janvier 1974. Je ne comprends pas l'italien, mais dans le sketch d'introduction je saisi qu'il est question d' "incommunicabilité" et d' "amour universel".
Une autre vidéo, en noir et blanc et avec Rafella Carrà, est visible ici.



Adriano Celentano, Prisencólinensináinciúsol, dans l'émission TopPop diffusée le 29 septembre 1973.


Une pub Fruité de 1978 avec Michel Platini en vedette, dont la musique s'inspire fortement de Prisencólinensináinciúsol. On trouve deux autres spots en ligne et .

28 janvier 2024

SUNGLASSES AFTER DARK : Sunglasses after dark


Acquis par correspondance via Ebay en décembre 2023
Réf : CDMGOTH32 -- Édité par Anagram en Angleterre en 2008
Support : CD 12 cm
19 titres

C'est un tweet de Miki Berenyi (Lush) qui m'a fait repenser à Sunglasses After Dark. On lui avait envoyé une vieille photo d'elle dans le public à un concert et elle cherchait à en savoir plus. Il s'avère que cette photo a été publiée en 1985 sur la pochette intérieure de l'album Untamed culture de Sunglasses After Dark.
Au-delà de la référence aux Cramps, le nom du groupe me disait quelque chose. J'ai vérifié et oui, pour une fois mon souvenir était bon : j'ai bien vu ce groupe en concert en 1983, et sur mon lieu de travail s'il vous plaît !

En effet, si j'ai pu passer l'année scolaire 1983/1984 à Londres, c'est parce que j'avais obtenu un poste d'assistant de langue vivante. J'ai été nommé à Harrow on the Hill, une ville au nord-ouest de Londres, connue pour abriter la Harrow School, une des grandes écoles privées anglaises avec Eton. Pour ma part, je n'étais pas dans le privé, mais au pied de la colline, au Harrow College of Higher Education. J'étais chargé de donner des cours de français à des étudiantes en secrétariat bilingue et en secrétariat médical, et aussi à des adultes qui avaient repris des études de français en cours du soir.
Le College était situé dans un grand immeuble de sept ou huit étages, tout près de la station de métro Northwick Park. On n'y étudiait pas que les langues, c'était un peu comme un I.U.T. en plus varié. Il y avait sûrement dans le lot des préparations à des études techniques, mais je me souviens surtout que, dans les étages du haut, il y avait des départements où l'on enseignait les beaux-arts, la photographie et peut-être le cinéma, mais aussi la mode et la coiffure. Tout ça mélangé, ça donnait des looks remarquables dans les couloirs, avec de hautes crêtes parfois colorées et des tenues quant à elles plutôt décoiffantes !
Précédemment, l'école d'art s'appelait la Harrow School of Art. Parmi ses anciens étudiants, on compte Charlie Watts et Malcolm McLaren. Au fil des années, de nombreux concerts ont été organisé sur place, dont The Who en 1964 et 1965, Dr. Feelgood en 1975 et Wire deux mois d'affilée en 1978.
Toute l'année, j'ai participé à certaines activités de l'établissement en plus de mes cours. J'ai joué avec l'équipe de basket du College, j'ai appris le bridge avec un club informel de quelques élèves... Et bien sûr, quand j'ai vu un concert annoncé sur place, j'y ai assisté.
Ce qui m'étonne rétrospectivement, c'est que ça n'est arrivé qu'une seule fois, le jeudi 10 novembre 1983. Peut-être que, plus tard dans l'année, j'ai préféré aller aux concerts de la Living Room que j'avais découverte entre-temps.


Le Harrow College of Higher Education (à gauche) et le Northwick Park Hospital à l'automne 1983. Photo : JC Brouchard.

Deux groupes ont joué ce soir-là. Rubella Ballet, une formation avec une discographie assez conséquente proche de la mouvance Poison Girls/Crass, devait être la tête d'affiche. Et les régionaux de l'étape c'était Sunglasses After Dark, originaires de Harrow. J'imagine qu'au moins une partie des quatre membres du groupe étudiait au College.

Je n'ai aucun souvenir précis du concert, même pas du lieu exact. Dans mon esprit, c'était dans le hall du rez de chaussée, mais il y avait peut-être un auditorium sur place, ou bien les groupes ont joué dans le réfectoire. Le style des musiques des deux groupes, à cheval entre le gothique, le (post-)punk et le psychobilly, n'est pas particulièrement ma tasse de thé, mais les styles sont poreux et les chapelles musicales ouvertes. Ainsi, au fil de l'année j'ai vu et apprécié The Sting-Rays, The X-Men et The Membranes à la Living Room (les deux derniers ont sorti des disques chez Creation), et ailleurs en ville The Bomb Party, The Vibes et, même si je n'en retrouve pas de trace, peut-être bien aussi Skeletal Family. D'ailleurs, ma première réaction en voyant la pochette de cet album a été "On dirait The Jesus and Mary Chain".

Cette compilation rassemble l'intégrale de la courte discographie de Sunglasses after dark, c'est à dire un titre sorti en 1983 sur la compilation Blood on the cats, quatre autres titres en studio publiés en 1984 sur le single Morbid silence (produits par Andi de Sex Gang Children) et les quatorze titres de l'album live The untamed culture, enregistré en concert devant un public de 150 invités le 29 septembre 1984.
Une chronique de Record Collector le souligne, ce CD est paru dans une collection de réédition de rock gothique, mais la musique de Sunglasses After Dark est bien plus difficile à classer que ça. Ne serait-ce que, plutôt qu'un bassiste, ce quatuor comptait un violoniste en son sein.
On sait maintenant qu'au départ Sunglasses after dark est un rockabilly de 1958 de Dwight Pullen, mais la chanson a été magistralement vampirisée et sublimée par The Cramps en 1980 sur leur premier album (en y ajoutant notamment le riff d'Ace of spades de Link Wray), et c'est bien sûr cette version que le groupe avait en tête en choisissant son nom.
J'ai apprécié l'album dans son ensemble, avec bien entendu quelques titres préférés : Sunglasses Ron, qui rappelle effectivement bien les Cramps, At the hop  avec sa deuxième voix, Grave of shades, le titre assez lent Rubber mask, Untamed culture ou Let's go.
J'aime bien aussi Monster ruck, une chanson qui s'appelait Hell-hag shuffle dans sa version studio, mais je préfère la version live, et d'ailleurs on se dit que c'est du gâchis à l'écoute de toutes ces chansons originales de voir que le groupe n'a pas tenu plus longtemps. Quand l'album est sorti début 1985, ils étaient déjà séparés. Mais entre temps, à l'automne 1984 donc, Sunglasses After Dark a tourné en Europe, en France et en Hollande. Certains d'entre vous les ont peut-être vus sur scène ?

Les notes de pochette de la compilation sont signées par le violoniste Simon Cohen, à qui on doit également les illustrations et la maquette de la pochette. Il nous explique aussi avec plein d'humour ce que les membres du groupe sont devenus : lui-même  s'est échappé d'Angleterre et la dernière fois qu'on l'a vu il jouait du bluegrass dans un restaurant japonais en Nouvelle Zélande; le chanteur Bailie Harkness est entraîneur de tennis; le guitariste David "Mitch" Mitchell fabrique des membres artificiels dans un service de santé du Hertfordshire tandis que le batteur est agent de bord/hôte de l'air pour British Airways.
Quant à moi, 40 ans plus tard, j'aurais bien aimé retrouver l'affiche (s'il y en a eu une), des photos, voire même des souvenirs personnels de ce concert au Harrow College of Higher Education.

Cet album est intégralement en écoute sur YouTube.