28 novembre 2021

LES SWIFTS : Athos avec Les Swifts


Acquis chez Emmaüs à Reims le 12 novembre 2021
Réf : 3 -- Édité par Athos de France en France en 1963 -- [Les chaussures Athos ont édité ce disque pour votre plaisir] - [Chaussures Athos, chaussures jeunes pour les jeunes]
Support : 33 tours 17 cm
Titres : Choo-choo -- Shaking all over -/- Sylvie -- Je m'ennuie

Les 45 tours sont repassés de 1 € à 50 centimes chez Emmaüs à Riems. Ce jour-là, il n'y en avait pas beaucoup, mais ils étaient en bon état. Ma meilleure pioche a été ce disque publicitaire à la pochette très réussie, qui aurait pu figurer dans mon livre Vente interdite.
Athos était une des marques de l'entreprise Fenestrier de Romans-sur-Isère. Ce disque est le troisième et dernier d'une collection qui comporte aussi Twist chez le Cardinal et Boum chez Milady !
La pochette est une feuille de papier épais, plus grande qu'une pochette "normale" de 45 tours, pliée et agrafée, avec imprimé au dos le nom et l'adresse du chausseur détaillant. Dans mon cas, c'est Dupré à Saint-Quentin, pas Galy à Carcassonne comme sur l'exemple ci-dessous.

L'intérêt de ce troisième volume Athos, c'est que, plutôt que de faire appel comme pour les deux premiers à Paul Mattéi et son Orchestre, qui apparaissent sur des dizaines de disques publicitaires, comme mon Dima, on a choisi ici de proposer quatre titres d'un groupe surf-yéyé, Les Swifts.
C'est un groupe d'Annecy, composé de cinq membres, qui a sorti deux EP. Ils se sont séparés après une mésaventure, quand Barclay a refusé de leur offrir le contrat promis après qu'ils aient remporté le concours La Vedette Inconnue début 1964.

Les trois premiers titres sont extraits de C'est gagné !.., le deuxième EP des Swifts. Le titre qui manque, c'est justement C'est gagné, leur adaptation de I saw her standing there des Beatles. Au bout du compte, on ne perd pas trop au change car leur version est un peu molle du genou et le chant pas super.
Le disque s'ouvre avec un instrumental, Choo-choo. Ici, il est crédité aux Swifts, mais sur le disque original il était bien précisé que c'est une adaptation, d'un morceau signé A. Schwab et intitulé My lovely girl, dont je n'ai pas réussi à retrouver l'original. Dans une première partie, leur version est très surf avec une guitare à la Shadows, mais ça évolue ensuite avec l'atout maître du groupe, la présence d'un orgue dans la formation.
Après un message publicitaire arrive une reprise du classique de Johnny Kidd and the Pirates. C'est une chanson inoxydable, mais originale. Cette version de Shaking all over tient bien la route. Je ne crois pas que tant de groupes français s'y sont essayé à l'époque.
Sur la face B, on trouve Sylvie. L'ambiance est un peu à la Tous les garçons et les filles et, s'agissant d'un slow à prénom de fille, c'est un peu Aline avant l'heure. Comme souvent à l'époque, même avec les groupes de rock (Beatles compris), les paroles sont très conservatrices, la Sylvie elle papillonne un peu trop et ne prend pas l'amour assez au sérieux, elle ferait mieux de penser à vite se caser : "Crois-moi, ce n'est plus de ton âge d'être aussi légère, si volage. Prends un garçon, oui Sylvie, et garde-le pour la vie".
Le dernier titre, Je m'ennuie, est extrait du premier disque des Swifts. C'est un rock sympathique. Là aussi, contrairement à ce qui est indiqué, il s'agit d'une adaptation. C'est un commentaire sur 45cat qui m'a appris que l'original est Yes you did par Valerie Mountain. Sûrement un titre obscur : les Swifts devaient avoir des goûts très pointus...

Les deux disques originaux des Swifts se vendent à plusieurs dizaines d'euros sur Discogs. Celui-ci, qui contient la moitié de la discographie du groupe, s'y trouve à 5 € ou moins. Il y a une bonne affaire à faire...





20 novembre 2021

REVOLUZION : Song of songs


Acquis à la Bourse BD Disques d'Hautvillers le 7 novembre 2021
Réf : [LUV 001] -- Édité par Les Anges Pressés en France en 1992 -- Record 4 free / Gratuit - Please copy it
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Song of songs (Kingston roots) -/- Omega rap (London mix) -- Big Bang mix (Dub version)

Cette année, je suis revenu de la bourse d'Hautvillers avec une douzaine de disques, pour 13 €. C'est une meilleure récolte que les fois précédentes.
Celui-ci, je l'ai trouvé dans un bac à 2 € sous une table. La pochette, avec le recto et verso identiques mais au noir et blanc inversés, sans aucune autre indication qu'une sorte de tag difficilement lisible, ne portait aucune autre information.
J'ai donc sorti le disque de sa pochette pour en savoir plus, et ça m'a intrigué quand j'ai vu sur le rond central l'indication que le disque était gratuit avec en plus l'incitation à le copier (alors qu'il ne s'agit visiblement d'un habituel disque promo). Il était clair aussi que ce disque avait un rapport avec le reggae, et ce n'est pas tous les jours que des français enregistrent à Kingston et à Londres.
Il y avait aussi un grand poster dans la pochette, avec les paroles d'un côté, et un message reproduit en une dizaine de langues de l'autre côté, qui montre qu'on a affaire à un disque militant :



Habituellement, c'est assez simple de déterminer le nom de l'artiste qui publie le disque qu'on a entre les mains. Là, ce n'était pas très clair. Chez Discogs, le disque est attribué à Les Anges Pressés, mais il s'agit en fait de l'association qui l'a édité. Aux Archives du Monde du Travail, il est attribué à Acte d'Alliance de la Génération Planète, mais c'est simplement le titre du manifeste. Sur les étiquettes du rond central, il n'y a que les titres des chansons.
Au bout du compte, j'ai opté pour le nom qu'on trouve sur la pochette, Revoluzion, qui se trouve être un beau mot-valise qui résume parfaitement le propos du disque.

Je suppose qu'il y a un rapport, même si je ne le saisis pas : en anglais, le Song of songs c'est le Cantique des cantiques.
J'ai eu un peu peur quand il y a eu au début de la chanson une intervention vocale en anglais avec l'accent parigot, mais au bout du compte Song of songs (Kingston roots) s'avère être un très bon ragga, avec les membres du groupe (ils étaient une douzaine, apparemment) qui se succèdent au micro.
Dans ce contexte, le titre Omega rap (London mix) m'a instantanément fait penser à Basement Five et son Omega man, même s'il n'y a aucun rapport. Ce mixage londonien, effectivement moins roots et plus au goût du jour de 1992, est moins intéressant.
Le Big Bang mix est bien le dub de la version de Kingston. Il est très bien.

Je n'en suis pas sûr mais, vus le nom et les thématiques abordés, je pense que le groupe Planet Generation Global Move et le label du même nom, actifs à partir du milieu des années 1990, sont liés au collectif qui a publié ce Song of Songs. Je ne le trouve pas en ligne, mais ils ont notamment sorti en 1996 le single Le grand pardon, avec deux invités de marque, Dee Nasty et l'Abbé Pierre !

Malheureusement, je n'arrive pas à remettre la main sur le commentaire lu sur un site où une membre du collectif expliquait que ce disque est un projet du sound system Ghetto Activité lancé au début des années 1990 par Puppa Leslie. Et effectivement, je n'y avais pas prêté attention, mais le logo de Ghetto Activité figure en bonne place sur l'insert.
J'ai déjà chroniqué ici Les Zulums !, Catch 22 et Pablo Master. Je pensais aussi avoir chroniqué un disque de Puppa Leslie, car j'ai et j'apprécie ses collaborations avec Ausweis et Gom Jabbar DC, mais en fait non. Celui-ci, s'il est bien présent dessus, est donc le premier.



14 novembre 2021

THROWING MUSES : Not too soon


Acquis par correspondance via Rakuten en novembre 2021
Réf : BAD 1015 CD -- Édité par 4AD en Angleterre en 1990
Support : CD 12 cm
Titres : Not too soon -- Cry baby cry -- Him dancing (Remix) -- Dizzy (Remix)

J'avais entendu de-ci de-là des titres des Throwing Muses sans qu'aucun m'ait particulièrement accroché l'oreille, jusqu'à ce qu'on reçoive à Radio Primitive leur album The real Ramona. Là, j'ai craqué pour Not too soon et j'ai diffusé régulièrement cette chanson. C'est uniquement pour elle que j'avais classé l'album parmi mes préférés de l'année 1991, mais je n'avais jamais acheté le disque, ni ce single qui en avait été extrait. Une omission que j'ai souhaité réparer après avoir entendu la chanson à nouveau tout récemment.

Côté écriture des chansons, la répartition des rôles était assez claire chez les Throwing Muses : Kristin Hersh écrivait tout, sauf un ou deux titres par album, façon Harrison avec les Beatles, qui étaient signés par Tanya Donnelly. Mais, quand ce quatrième album est sorti, les choses avaient commencé à changer. Quelques mois avant d'enregistrer The real Ramona, Tanya Donnelly avait formé les Breeders avec Kim Deal et enregistré l'album Pod, dont les chansons étaient toutes écrites par Deal. Mais il était prévu que celles du suivant seraient signées Donnelly. Au bout du compte, Donnelly va quitter en 1991 à la fois les Breeders et Throwing Muses pour former Belly, qui sortira avec succès ses premiers disques en 1992.

Not too soon est l'un des deux titres de Donnelly sur The real Ramona, mais c'est la première fois qu'une de ses chansons a été choisie comme face A de single. L'ironie est que, quand le single est sorti, elle était sur le point de quitter le groupe ou venait de le faire !  Mais comme chant du cygne, quelle réussite !!
C'est une chanson très nerveuse et dynamique, très accrocheuse aussi. J'aime particulièrement les moments où Tanya Donnelly se met à vocaliser en suivant la ligne de guitare.
Musicalement, on est très proche des Breeders, voire même des Pixies, mais j'ai aussi pensé à la new wave tendue d'XTC période Drums and Wires. Et c'est une comparaison pas si saugrenue que ça, puisque j'ai appris au passage que Not too soon est une chanson qui date en fait du début des Throwing Muses. Elle figure sur l'une des premières démos du groupe, de 1984. Et ce qui est magique de nos jours, c'est qu'en quelques clics on peut l'écouter. C'est très intéressant. Le son est différent, et les paroles un peu aussi, mais tous les ingrédients sont là et ce qui m'étonne le plus c'est que le groupe ait attendu le quatrième album pour l'enregistrer.

Cry baby cry
est une chanson des Beatles (de l'album blanc), que je vais connaître mieux au bout du compte par ses reprises. Il y a celle, très bien, de Richard Barone. Celle-ci est sympathique (c'est une très bonne chanson...), mais plus quelconque.

Sur The real Ramona, Him dancing dure juste 1'10. Pour ce remix, la durée de la chanson est plus que doublée, et c'est très bien comme ça. Avec sa grosse basse, cette chanson aurait pu être la face A d'un single.

Une face A, Dizzy, un titre de l'album Hunkpapa, l'avait été en 1989. Là, un peu étonnamment, le groupe a choisi d'y revenir avec un remix assez discret.

Le tout fait un excellent single, qui vaut notamment pour sa face A, un classique d'il y a pile trente ans.




Throwing Muses, Not too soon, en concert à Düsseldorf au printemps 1991.


06 novembre 2021

LOVE : Alone again or


Acquis sur le vide-grenier de Plivot le 5 septembre 2021
Réf : E-45056 -- Édité par Elektra aux États-Unis en 1984
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Alone again or -/- My little red book

Comme le Nina Simone, ce 45 tours fait partie du beau lot d'une dizaine de disques que j'ai achetés à 1 € pièce il y a quelques semaines.
Certes, c'est une simple réédition sans pochette de deux faces A de single, mais j'ai été bien content de tomber dessus. De votre côté, vous en voyez souvent des 45 tours de Love ? Moi, jamais. Je crois bien sans exagérer que c'est l'une des très rares fois où j'en ai vu un.
Et il ne faut pas se leurrer, il y a très peu de chance de voir un jour sur un vide-grenier les éditions françaises originales de My little red book et Alone again or !! Mais ça ne coûte rien de regarder les pochettes et de baver un peu :





Je connais bien la série de rééditions Spun gold d'Elektra. En effet, l'un des premiers 45 tours que j'ai achetés, au début des années 1980, est une réédition de Light my fire des Doors dans cette collection. Une belle erreur de débutant, puisque je me suis retrouvé avec une version de la chanson de moins de trois minutes, à comparer avec les presque sept minutes de la version de l'album. Évidemment, c'est la longue partie instrumentale presque hypnotique qui a été coupée.
Comme mentionné sur la rondelle, ce 45 tours est sorti initialement après la compilation de 1970 Love revisited, mais mon pressage est plus tardif. Le premier 33 tours de Love que j'ai écouté, dans les années 1980, c'est justement l'exemplaire de Love revisited de l'ami Dorian Feller. Et si je m'intéressais à ce groupe à ce moment-là, c'est parce que je venais de le découvrir avec la reprise de 7 and seven is que les Jasmine Minks faisaient en concert (comme on peut l'entendre sur Alive in the Living Room) et parce que les fanzines anglais de l'époque en parlaient beaucoup.

Il devait y avoir d'immenses batailles d'égos et de pouvoir au sein de Love. Arthur Lee en était la tête de proue, le principal auteur-compositeur et chanteur, et aussi le co-producteur de Forever changes, l'album devenu un classique dont Alone again or est extrait. Mais l'auteur et le chanteur d'Alone again or, ce n'est pas Arthur Lee, c'est l'un des autres guitaristes du groupe, Bryan McLean, qui co-signe aussi avec David Angel les arrangements des deux titres de l'album dont il est l'auteur. Et c'est Alone again or qui ouvre l'album et qui en a été le premier single extrait.
Mais Bryan McLean a quitté Love peu de temps après la sortie de l'album (l'une des raisons étant peut-être qu'il avait signé un contrat solo). A la suite de quoi, Arthur Lee a viré les autres musiciens du groupe pour en embaucher de nouveaux.
Ce n'est sûrement pas un hasard si, au verso de la réédition européenne de 1971 de Forever changes, la photo du groupe de 1967 a été remplacée par une photo du seul Arthur Lee ! Et au dos de ma réédition CD, on lit la mention "All songs written and sung by Arthur Lee", et il faut continuer la lecture, sans qu'apparaisse le mot "except" pour apprendre plus bas que "Tracks 1 & 5 - written & sung by Bryan McLean" !!
Forever changes est dans l'ensemble un excellent album, mais pour moi Alone again or en est la plus grande réussite. Il se passe vraiment plein de choses en à peine trois minutes. Il y a la guitare acoustique un peu hispanisante, les voix à la Byrds, un arrangement de cordes pour une fois réussi, rythmique et pas sirupeux, et puis, de façon surprenante, une trompette façon mariachi qui arrive à un moment.Excellent.
Bizarrement, je n'aime pas la reprise qu'en a fait en 2003 un de mes groupes fétiches, Calexico. Je trouve même que c'est l'un de leurs singles les moins intéressants.

En face B, on trouve My little red book. Ce fut en 1966 le premier titre du premier album de Love, et aussi leur premier 45 tours. C'est une reprise d'un titre de Hal David et Burt Bacharach, ce qui signifie qu'aucun des titres de mon disque n'est composé par Arthur Lee. Par contre, c'est tout comme si c'était un original car on est dans le cas plutôt rare où la reprise transcende complètement la version de départ.
Dans ce cas précis, il s'agit d'une chanson du film What's new pussycat ? de 1965 interprétée par Manfred Mann. Que ce soit la version du film ou celle sortie en 45 tours , elles paraissent toutes les deux complètement molles du genou et inécoutables une fois qu'on a entendu la version beaucoup plus rock et électrique de Love.

Demain, il a près de chez moi la bourse aux disques de BD-Bulles. Comme je suis toujours optimiste, j'espère bien y trouver d'autres grands classiques du rock de cette trempe à petit prix !


Love, My little red book, dans l'émission American bandstand, le 18 juin 1966.

31 octobre 2021

FRANÇOIS DE ROUBAIX : Bande originale du film "Les novices"


Offert par Jean-Guillaume B. à Reims le 20 octobre 2021
Réf : 71455 -- Édité par Barclay en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : BRIGITTE BARDOT ET ANNIE GIRARDOT : Chacun son homme -- LES FIRE EXIT : Just be cool -/- NANCY HOLLOWAY : My world is you -- FRANÇOIS DE ROUBAIX : Les novices

Mon collègue Jean-Guillaume a pris l'habitude de nous amener au bureau des paquets de disques qu'il récupère par-ci par-là pour que ceux qui sont intéressés se servent.
La dernière fois, il y avait une grosse poignée de 45 tours qui venaient de chez ses parents. Initialement, j'ai fait involontairement une sélection "spéciale bonnes sœurs", puisque j'ai pris Dominique de Sœur Sourire (une chanson avec laquelle j'ai grandi, mais je n'ai jamais pris la peine d'acheter le disque) et cette bande originale d'un film avec Brigitte Bardot et Annie Girardot. Ce n'est qu'au deuxième passage que, pris de remords, j'ai pris un des deux exemplaires disponibles d'une association dont je n'avais jamais entendu parler, André Verchuren et La Bande à Basile qui interprètent On va faire la java. Un disque sorti pour le Bicentenaire de la Révolution !

Cet EP de 1970 coche toutes les bonnes cases : Pochette en bon état avec Bardot et Girardot, qui chantent aussi une chanson; musique du très réputé François de Roubaix; un titre chanté par Nancy Holloway; une chanson créditée à un groupe, Les Fire Exit, qui promet car il se cache parfois des petites pépites dans la musique des films français de cette époque. Je n'ai donc pas été surpris de constater que ce disque est très recherché par les collectionneurs.

Le film lui-même, Les novices, est disponible en ligne (voir ci-dessous; je n'ai pas été suffisamment motivé pour le visionner intégralement avant de faire cette chronique...). Son principal argument de vente était, probablement, d'avoir Brigitte Bardot (sulfureuse, par définition) en religieuse qui s'émancipe et se lie d'amitié avec une prostituée, qui tente de l'initier à son métier (enfer et damnation !). Ça ne va pas au-delà et ce film mineur n'a pas laissé beaucoup de traces. Quand on voit la liste des derniers films que Bardot a tournés ensuite (Boulevard du rhum, Les Pétroleuses, Don Juan 73 ou si Don Juan était une femme et L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise), on comprend qu'elle en ait eu marre et ait décidé d'arrêter définitivement le cinéma.

Je pensais que le disque serait bien plus intéressant que le film, mais j'ai quand même été déçu à l'écoute. Surtout par Chacun son homme. On a eu la preuve au moins avec Bonnie and Clyde que Bardot peut chanter excellemment en duo, mais pour Annie Girardot, ce n'est pas si sûr. Là, sur un accompagnement à l'ancienne façon charleston, rien ne passe, tout est bancal. La chanson n'est sûrement pas très bonne et le chant, surtout au début, tombe complètement à plat.
En comparaison, My world is you par Nancy Holloway passe mieux. Rien de vraiment bien ni d'original, mais cette ballade, avec son arrangement d'époque, remplit son office.
Idem pour l'instrumental Les novices. De la musique d'accompagnement typique pour film. On a quand même du mal à repérer les étincelles du talent qui a fait la réputation de François de Roubaix...
Le seul titre vraiment intéressant du disque, c'est Just be cool, et surtout son introduction, avec des cuivres, une accroche funky puis un break de batterie. La chanson est créditée à un groupe, Les Fire Exit, qui n'a apparemment jamais rien sorti d'autre. C'est probablement une invention pour faire anglais/américain et les musiciens sont probablement ceux de l'orchestre du directeur musical Tony Rallo. Ce n'est pas non plus la pépite inconnue des pépites inconnues, mais au moins ce titre passe très bien et donne envie de bouger. Pas étonnant que l'américain Bocafloja l'ai sélectionné en 2012 comme piste d'accompagnement sonore pour son Fuego.

A voir :
Un reportage de Vingt-quatre heures sur la deux le  17 juillet 1970 sur le tournage du film.




23 octobre 2021

THE JIMMY CASTOR BUNCH : Troglodyte (Cave man)


Acquis par correspondance via Discogs en août 2021
Réf : AMH0-0120 -- Édité par RCA/Victor aux Etats-Unis dans les années 1970 ou 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Troglodyte (Cave man) -/- Luther the anthropoid (Ape man)

Quand j'ai commandé le 45 tours des Satellites à un vendeur au Canada, le port était bien sûr très cher mais j'avais la possibilité d'ajouter un autre 45 tours pour le même prix. J'ai donc fouillé dans les bacs virtuels du gars et j'ai fini par y dénicher ce 45 tours du Jimmy Castor Bunch, qui est une réédition de la fin des années 1970 ou du début des années 1980 de deux de leurs faces A de 1972.

Jimmy Castor, je n'en avais absolument jamais entendu parler jusqu'à il y a sept-huit ans, quand l'ami Dorian Feller m'a joué son 45 tours King Kong de 1975 qu'il venait d'acheter. Ce titre funky plein d'énergie m'a beaucoup plu, je l'ai mis dans une de mes compilations maison, et depuis j'ai espéré en trouver un exemplaire sur un vide-grenier ou dans un magasin d'occasion. Je n'ai toujours pas eu cette chance, mais ce Troglodyte fera très bien l'affaire !

Troglodyte est extrait du premier album du Jimmy Castor Bunch, It's just begun. C'est une réussite funk-pop, avec un rythme implacable, une accroche à la guitare fuzz et Jimmy Castor par-dessus qui nous raconte les méthodes de drague particulières d'un homme des cavernes.
Ce 45 tours a très bien marché aux États-Unis, où il s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires. C'est le premier très grand succès de Jimmy Castor, qui a dû pas mal patienter puisqu'il avait sorti son premier single, I promise to remember, en 1956, avec son groupe the Juniors. Cette chanson a été reprise par Frankie Lymon the Teenagers sur leur premier album et, en 1957, c'est Jimmy qui a remplacé Frankie  dans The Teenagers.

Après le succès de Troglodyte, Jimmy Castor a essayé de conserver une formule qui avait bien fonctionné. D'où par exemple l'excellent Luther the anthropoid sur l'album suivant Phase two. Là, l'homme des cavernes laisse la place à un homme singe, qui fréquente une discothèque préhistorique. Pas de surprise, donc, mais c'est une réussite quand même et je préfère d'ailleurs Luther à Troglodyte.
Et le groupe a poursuivi dans la même veine pendant plusieurs années, avec King Kong, donc, un autre grand singe, et aussi The Bertha Butt boogie, avec l'un des personnages présents dans Troglodyte.

Il aurait peut-être fallu se renouveler un peu plus pour que le succès dure plus longtemps, mais Jimmy Castor n'a pas fait non plus que dans la tuerie funky : sur un album de 1974, il y a une reprise instrumentale (avec chœurs quand même) de Walk on the wild side ! Il est mort en 2012 à 71 ans.


The Jimmy Castor bunch, Troglodyte, en direct à la télévision en 1973.

17 octobre 2021

こまどり姉妹 : 恋の風車 [Komadori Shimai : Koi no kazaguruma]


Acquis chez SOS Équidés à Floing le 2 octobre 2021
Réf : SAS-1298 -- Édité par Columbia au Japon en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : 恋の風車 [Koi no kazaguruma] -/- 一人ぽっちの二人 [Hitoripotchi no futari]

Chaque samedi de  mai à octobre, l'association SOS Équidés organise dans ses locaux de Floing une vente pour soutenir ses activités en faveur de chevaux âgés, malade ou maltraités.
C'est comme ça que je me suis retrouvé dans une écurie désaffectée, à écarter de la paille pour fouiller dans une caisse de 78 tours ! J'en ai ramené un bon petit paquet de disques, dont un lot de trois 45 tours japonais tous publiés en 1969-1970. On se demande bien par quels méandres ils ont bien pu atterrir là...

A cette occasion, j'ai découvert qu'à l'époque au moins les 45 tours étaient présentés d'une façon particulière au Japon : pas de véritable pochette, mais une simple feuille imprimée recto-verso accompagnant le disque dans une pochette générique du label, le tout glissé dans un sachet en plastique léger. Ça m'a rappelé les premiers disques Creation, et la pochette intérieure post-psychédélique de ce disque claque très fort.

Sur les trois 45 tours, il y en a un dont le disque et la pochette ne correspondent pas. L'autre avait une pochette très prometteuse, mais malheureusement la musique s'est révélée être plutôt de la soupe. J'ai donc porté mon choix sur ce disque de Komadori Shimai (Les Sœurs Rouge-Gorge, apparemment) un duo de deux sœurs jumelles nées en 1938, Yoko et Eiko Namiki, qui a débuté en 1959.

Musicalement, c'est très bien produit et interprété, dans un style dit "Group sound" au Japon, qui est un pur produit de son époque, la fin des années 1960.
Les deux chansons sont signées des mêmes auteurs, Hiroaki Kurumi pour les paroles et Toshihiro Kurumi pour la musique.
J'apprécie particulièrement Koi no kazaguruma (Moulin à vent de l'amour) avec sa basse façon Melody Nelson, des cuivres, de la guitare et de l'orgue. Ça pourrait être du Nancy Sinatra chanté par les Sœurs Etienne et ça m'évoque les fameuses scènes de danse d'Amicalement vôtre.
La face B, Hitoripotchi no futari (Deux personnes au même endroit)
démarre comme la suite de la face A, mais là le saxophone est en avant et il y a des cordes.

Les deux sœurs ont eu une vie mouvementée. En 1966, en plein concert, un amoureux a poignardé grièvement Yoko (comble de l'ironie gémellaire, c'est d'Eiko qu'il était amoureux, mais il les a confondues). Par la suite, les soucis se sont accumulés (mort de leurs parents, maladie, accidents, problèmes financiers). Le duo a pris temporairement sa retraite en 1973.
Aux dernières nouvelles, les sœurs de Komadori Shimai sont toujours actives et ont célébré leurs 60 ans de carrière en 2019.



09 octobre 2021

LES SATELLITES : Jumeaux Calypso


Acquis par correspondance via Discogs en août 2021
Réf : DIS-658X -- Édité par Dis Q Ton au Canada en 1959
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Jumeaux Calypso -/- A mort

Ça m'arrive rarement, mais cet été il m'a pris dans l'idée de fouiller dans les fichiers musicaux numériques sur mon ordinateur (près de 15000 à ce jour) pour voir quels titres de Calypso il s'y trouvait.
C'est comme ça que je suis retombé sur Jumeaux Calypso par Les Satellites, qui n'est pas à proprement parler du calypso, puis par ricochet sur l'autre face du 45 tours, A mort.
J'ai trouvé ces deux chansons très bonnes et intéressantes et il y avait sur Discogs un vendeur qui pratiquait un prix correct pour le port. J'ai donc rapidement fait affaire et je me suis procuré ce disque.

J'ai eu bien du mal à essayer de retrouver comment je me suis procuré ces MP3 à l'origine, qui ne sont actuellement pas trouvables facilement en ligne.
Je les ai depuis au moins août 2014 et je pense que je les ai téléchargés à un moment où je fouillais pas mal dans les vieux titres de rock québécois. On les trouvait alors chez C'était Hier, et j'étais peut-être arrivé là après avoir téléchargé la compilation Vente de garage vol. 3, sur laquelle on trouve l'excellent Frisette, fais pas ça par Les Rythmos, digne du meilleur Salvador.

Les deux faces sont différentes, et toutes deux très bien.
Accompagnés au piano, sur une rythmique qui rappelle quand même les îles, Les Satellites chantent en chœur l'histoire deux petits jumeaux noirs, qui étaient surnommés les Jumeaux Calypso. Comme souvent, les paroles sont au minimum condescendantes, voire limite xénophobes ("Tous ceux qui les voyaient disaient que c'était bien beau de pouvoir être heureux sans avoir [une maison ?]"), mais la chanson dans son ensemble fonctionne bien.
C'est en entendant récemment une chanson des Everly Brothers que je me suis rendu compte qu'ils étaient sûrement le modèle vocal des Satellites et de nombreux autres duos en cette fin des années 1950.
La chanson a été écrite par André Lejeune, qui à ses débuts, grâce notamment à Qu'est-ce que le rock and roll ?, était considéré comme le roi du rock 'n' roll français au Québec.

La face B, A mort, est signée Pierre Nolès. C'est une chanson originale, mais cette grande figure de la chanson québécoise, par ailleurs chef d'orchestre, était surtout réputée pour ses adaptations en français de tubes anglo-américains.
Cette fois, c'est un cuivre qui mène la danse et les paroles, qui se penchent sur une expression du "parler jeune", anticipent de quelques années le pur style Yéyé : "Connaissez-vous l'expression populaire qu'on ne peut trouver dans le dictionnaire (...) et qui se dit comme ça, ne l'oubliez pas :'A mort'", et puis "Hier je lui ai dit d'aller se pendre parce qu'elle m'disait tout le temps ces mots ennuyants : 'S'éclate à mort'". Mais ça finit bien car "Pis nous autres, on s'aime à mort".

A priori, ce 45 tours est le seul disque publié par Les Satellites sous leur nom. On les retrouve, avec Lionel et Pierre et Les Rythmos, sur la compilation Pour teenagers seulement. L'intérêt de la pochette est de nous présenter la seule photo que j'ai trouvée des Satellites, deux très jeunes garçons, qui sont soit jumeaux, soit frères avec un faible écart d'âge.
Il y a quand même trace de deux autres chansons des Satellites, publiées en 1960 sur des compilations de la collection Succès du mois, Les amants et Il faut savoir.

A écouter :
Les Satellites : Jumeaux Calypso
Les Satellites : A mort





01 octobre 2021

ANYTA ET SON ENSEMBLE : Caravane d'Espagne


Acquis sur le vide-grenier de Chavot le 15 août 2021 2021
Réf : D. F. 501 -- Édité par Disco Flash en France probablement au début des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Caravane d'Espagne -- Tango neiro -/- La gitane -- Tango d'aloah

Il faisait chaud ce 15 août mais, sur la petite brocante de Chavot, les exposants - surtout des professionnels - étaient moroses et pas très contents de leur sort.
Je pensais quej'allais repartir bredouille quand, juste à la fin, j'ai aperçu quelques 45 tours posés sur une table. Parmi eux, il y avait deux EP d'Anyta que j'ai pris tout de suite, à 50 centimes pièce.
Anyta, je la connais depuis deux ans et la fête d'anniversaire du Vieux Thorax. J'avais été convié à y passer quelques disques, et Le Vieux en passait aussi bien sûr. L'un des titres de sa sélection, 100.000 guitares par Anyta, m'avait attiré l'oreille et on en avait reparlé ensuite. J'avais même cherché quelques informations sur son parcours.

J'avais bien entendu oublié tout ça aussi vite, mais ça m'est revenu quand j'ai vu le prénom d'Anyta et les pochettes avec sa photo et son accordéon.
Sur un rythme genre mambo ou boléro, 100.000 guitares a la particularité d'associer l'accordéon d'Anyta avec des guitares, notamment une guitare hawaïenne ! Comme le son est un peu caverneux en intro, il y a presque un côté garage.
Il n'y a rien d'aussi surprenant sur mes deux 45 tours (Lorraine-Champagne et celui-ci), mais les guitares sont quand même tout le temps bien présentes, ce qui est rarement le cas dans les orchestres de musette. C'est pourtant bien la marque de fabrique des disques d'Anyta, dont au moins un est crédité à Anyta et son Ensemble de Guitaristes (il s'agit de l'EP Double twist, sur lequel il y a aussi de la guitare hawaïenne).
Il y a quand même une perle sur mes 45 tours avec Le tango d'aloah, un mélange des genres, avec le rythme de tango, l'accordéon d'Anyta et des guitares à la Marcel Bianchi.

J'avais été marqué par l'histoire de l'orchestre quand je m'étais renseigné.
Il a été fondé au début des années 1960 par un compositeur de musique, Louis Canziani, à Claye-Souilly (dans le coin d'origine de mon père). C'était un orchestre familial, avec son épouse et ses enfants, dont Anyta, qui animait les bals et les fêtes de la région (Seine-et-Marne et Oise).
Malheureusement, en février 1968, alors que la famille retournait après un spectacle vers sa maison d'Esternay (pas loin de chez moi, dans la Marne), elle a eu un accident de voiture qui a coûté la vie à la mère d'Anyta et à une de ses sœurs. Un drame qui a brisé l'élan du groupe.
En 2010, quelques membres de la famille (mais pas Anyta) se sont retrouvés pour un concert à la salle des fêtes de Monthion.

Un groupe familial, avec un succès local, donc, mais il semble que c'est allé un peu au-delà. Le nombre de disques parus le prouve, tout comme le fait qu'on voit Anyta en couverture du numéro de septembre 1962 d'Artistes et Variétés, revue de l'accordéoniste.

J'ai essayé de constituer une discographie d'Anyta. J'ai trouvé cinq 45 tours. Trois titres figurent sur deux disques, mais je ne sais pas si les versions sont différentes :
  • Circuit musette - Star musette - Adios Anyta - Twist musette (Disco Flash)
  • Caravane d'Espagne - Tango neiro - La gitane - Tango d'aloah (Disco Flash)
  • Lorraine-Champagne - Confidence - Pourquoi me dire - Ollé Manita (Disco Flash)
  • 100.000 guitares - Circuit musette - Adios Anyta (Au revoir Anyta) - Star-musette (Mistral)
  • Double twist - Simple twist - C'est une fille comme toi - Si tu me téléphones (RCA)
Mais en plus, on voit en ligne qu'il existe de nombreuses partitions, avec des titres qui ne figurent pas sur ces disques :
Jo le pianistique; Liouba - Samba; Si vous étiez venue; Manyta - Samba; Pacific - hula; El fiorentino.

A écouter : Anyta et son Ensemble : Tango d'aloah



25 septembre 2021

NINA SIMONE : Révolution !


Acquis sur le vide-grenier de Plivot le 5 septembre 2021
Réf : 49.586 -- Édité par RCA en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Revolution - Part 1 -/- Revolution - Part 2

La très grande braderie locale de Saint Imoges a été annulée cette année pour la deuxième fois consécutive. Du coup, une manifestation à taille plus humaine a été rapidement organisée à la place sur le terrain d'aviation situé tout près de chez moi.
J'y suis allé en fin de matinée et j'y ai fait quelques bons achats, de CD auprès d'une dame qui visiblement ne s'intéresse pas à la musique mais qui a récupéré un lot intéressant qui recoupe bien mes goûts, et auprès d'un collectionneur sympathique qui revendait plein de disques en double ou en état pas parfait (pas de pochette, un peu abîmés,...). J'ai dû passer plus de vingt minutes à éplucher tous ses 45 tours (j'en ai sélectionné une dizaine) et du coup j'ai bêtement oublié de jeter au moins un coup d’œil à ses 33 tours...

En tout cas, j'ai été très content de tomber sur ce 45 tours de Nina Simone. La pochette a été pliée, mais ça va, et le disque est en parfait état. Et figurez-vous que j'ai beau avoir chez moi près d'une vingtaine de disques de Nina Simone (45 tours, 33 tours, CD, dont des live et plusieurs compilations), je n'ai pas l'album To love somebody sur lequel Revolution a été publié, et en fait, par un étrange concours de circonstances, je n'avais cette chanson sur aucun de mes disques et du coup, tout simplement, il me semble bien que je ne l'avais jamais écoutée !

On trouve assez souvent un de ses 45 tours précédents de 1968, Ain't go no, I got life, l'un de ses plus grands succès, mais celui-ci semble beaucoup plus rare. Il a pourtant été édité deux fois par RCA France dans le seul mois de mars 1969 ! (le mois d'impression est indiqué au dos de la pochette).
La première édition, référence 49.586, correspond au single américain, avec une partie de la chanson sur chacune des faces. Cette pochette française est un grand témoignage de l'époque, avec ce "Révolution!" en français (il y a l'accent), bien en rouge, dessiné pour donner l'impression qu'il a été peint au pinceau sur un mur. Et des murs recouverts de slogans révolutionnaires à la peinture rouge, ça devait être encore une vision courante dans les mois qui ont suivi Mai 1968 en France...
La deuxième édition, référence 49.589, correspond au single anglais, avec les deux parties de Revolution enchaînées sur la face A et un titre d'un album précédent, Love o' love, en face B. La pochette (ci-dessous) est à peine plus sage avec l'abandon du lettrage au pinceau et le nom de l'artiste qui est mieux mis en avant, mais le rouge est toujours de mise.

Il y a six mois, j'ai chroniqué de Revolution de Tomorrow, un 45 tours de 1967, en indiquant que certains pensent que le Revolution des Beatles a pu être écrit par Lennon en réaction à cette chanson.
Ce qui est certain, c'est que l'excellent Revolution de Nina Simone, est une réaction épidermique quasiment instantanée au titre des Beatles, particulièrement à la version 45 tours (la première publiée, en face B de Hey Jude), dans laquelle Lennon chante "Oui, tu sais bien qu'on veut tous changer le monde, mais si tu parles de destruction alors il ne faut pas compter sur moi". Lennon hésitait beaucoup sur la question. Dans la version Revolution 1 sur l'album blanc The Beatles (enregistrée avant mais parue après), il chante l'inverse, "You can count me in".

Le "You can count me out" du 45 tours, Nina Simone ne pouvait pas l'entendre, elle qui s'est battue pour les droits civiques tout au long des années 1960 et qui venait de publier l'album 'Nuff said ! en réaction à l'assassinat de son ami Martin Luther King
Revolution par Nina Simone, c'est typiquement une "answer song" et, fort logiquement, la Part 1 comporte plein de références à la chanson des Beatles, dans la musique mais surtout dans les paroles ("my friend", "constitution", "evolution", "dont' you know it's gonna be alright", qu'aucun site de paroles en lignes ne mentionne, mais qui est bien le refrain). A la différence de Lennon, pour Simone il n'y a pas de révolution sans destruction :
"Je chante à propos d'une révolution parce qu'on parle d'un changement, c'est plus que de l'évolution"
"Votre constitution, mon pote, elle va devoir s'y plier, Je suis là pour vous parler de la destruction de tout le mal qui doit disparaître
"

Cette Part 1 est excellente, à la fois électrique et gospel. La Part 2, plus courte, vient directement à la suite, avec un début encore très gospel où Nina et les chœurs se répondent, avant un final bruyant, qui se veut peut-être un écho au Revolution 9 expérimental des Beatles.
Quant à la réaction de Lennon à la chanson de Nina Simone ? Plutôt positive. Dans un entretien pour Rolling Stone en 1971, il expliquait qu'il aimait bien ce décalque de Revolution et qu'il appréciait que Nina Simone ait réagi presque immédiatement pour exprimer son opinion.

Je n'aurai sûrement pas fait beaucoup de belles trouvailles en brocante à la fin de cette année, mais au moins celle-ci en est une belle !



Nina Simone, Revolution, parties 1 et 2; version filmée en couleurs ci-dessus avec des images fixes rajoutées dans les trous; version probablement telle qu'elle a été diffusée à la télévision à l'époque ci-dessous.
L'une des présentations indique qu'il s'agit peut-être de répétition pour un "Olympia concert". Je ne sais pas s'il s'agit de la ville Olympia ou bien d'un théâtre de l'Olympia, à Paris ou ailleurs.





Une publicité pour Revolution parue dans la presse aux Etats-Unis.

19 septembre 2021

TON PAT' : Memwar lamizik seselwa


Acquis par correspondance via Amazon en août 2021
Réf : TAKA 1017 -- Édité par Takamba en France en 2010
Support : CD + DVD 12 cm
17 + 3 titres

C'est Sing Sing d'Arlt qui a fait de la retape il y a quelques mois pour la chanson Je suis seul dans la vie de Ton Pat'. Visiblement, je n'ai pas été le seul à être touché au cœur.
Et touché, je l'ai été : cette chanson s'est aussitôt retrouvée est en conclusion de l'une de mes dernières compilations, Je demande ma démission.
Je suis seul dans la vie, c'est un gars seul à la guitare qui chante, et c'est déchirant. Je vois mal comment définir ça autrement que du blues à l'état pur, à se pendre :

"Je suis seul dans la vie, je suis triste dans la vie
Et je n'avais pas personne pour me consoler
Les oiseaux sur les branches qui voient tous mes martyrs
Ils vont pleurer pour moi au ciel tout près de Dieu
Au fond de mon cercueil mon martyr sera fini
Car je n'avais pas personne pour fermer ma paupière"

J'ai voulu en savoir plus et je me suis procuré l'album sur lequel cette chanson a été publiée, Memwar lamizik seselwa (Mémoire de la musique seychelloise). Je me demandais si j'y trouverais un autre titre de cet acabit, et, de façon presque étonnante, tellement Je suis seul dans la vie est exceptionnel, j'en ai trouvé un, Ma position (les deux titres sont enchaînés en fin d'album), et il y est justement question de se pendre :

"Si pour toujours je dois vivre avec elle
Je voulais dire je préférais mourir
Je peux vous dire que ma femme est à peine
Ah croyez moi que je suis mal marié
Ah mes amis que mon sort est en peine
J'aurais mieux fait de me pendre au plancher"

Les notes de pochette nous expliquent que ces deux chansons sont des romances : "Les romances que l'on retrouve aux Seychelles sont en français car elles représentent l'héritage laissé par l'ancienne population coloniale émigrée de France dans les îles de l'Océan Indien. (...) La transmission orale sur plusieurs générations nous permet également de comprendre que ces chants ont été créolisés depuis leurs origines."

Ces chansons sont les deux seules romances du disque, et heureusement le reste de l'album contient aussi des chansons légères, rythmées et pleines de joie de vivre.
Le contexte de production de l'album est un peu particulier, et je reproduis intégralement l'introduction du livret qui l'explique bien :
"Ce coffret, fruit d’un collectage de terrain qui s’est déroulé en janvier 2009, se veut être un travail de mémoire consacré aux traditions musicales des Seychelles, et plus précisément de l’île Mahé, à travers le savoir reconnu de Patrick Prospère, surnommé Ton Pat’. Multi-instrumentiste, auteur compositeur et interprète, cette mémoire vivante est aujourd’hui l’un des derniers musiciens et facteurs d’instruments de son île, porteur d’un savoir musical ancestral. Il nous fait part de sa culture à travers l’enregistrement de ses compositions et d’airs traditionnels, mais aussi d’entretiens qui font notamment l’objet d’un DVD, principalement consacré à la facture instrumentale traditionnelle et aux techniques de jeu d’instruments en voie de disparition."

"Collectage de terrain", ça peut rebuter, mais même si ces enregistrements ont été réalisés dans un but d'ethnomusicologie, ils auraient très bien pu figurer dans un contexte différent au catalogue de tout autre label.
Quelques titres sont en solo, mais la plupart sont enregistrés en groupe, avec des élèves des cours que Patrick Prospère donnait à l'école de musique de Victoria, la capitale des Seychelles, et avec Donadieu Thomas, percussionniste réunionnais et également enseignant.

Les arrangements sont légers, la production claire, et on prend plein de plaisir à l'écoute des ségas comme Mammazel sol séga, au rythme plutôt lent, dominé par le violon Sujatha Chettia, Fer le trou babilon et Fayda séga bonm, qui tous les deux me rappellent Ti Frère, celui par qui j'ai découvert le séga en 2009.
Il y a de plusieurs autres titres avec du violon, et j'ai particulièrement apprécié Zépol en Malen.
En-dehors des ségas, j'aime beaucoup les "tinge" (chants accompagnant des combats dansés), où le chœur des élèves des élèves accompagne Ton Pat' : Kapten du port, Moulayla et Don wa mon fizi.
Parmi mes autres titres préférés, il y a Kok tya pe sante, avec un air qui me semble connu par ailleurs, et Dalambwe, joué avec un arc en terre makalapo, du type de celui dont Ton Pat' explique la fabrication et la technique de jeu sur le DVD.

Patrick Prospère est mort en février 2016 à presque 70 ans. Avec ce document, il nous laisse une chanson exceptionnelle et un album excellent dans son ensemble.

L'album est en écoute sur la plupart des plate-formes en ligne. On le retrouve en widgets sur cette page, ainsi que quelques photos de Ton Pat".

Je m'en suis aperçu trop tard, mais Memwar lamizik seselwa est toujours en vente sur le site du Pôle Régional des Musiques Actuelles de La Réunion, créateur du label Takamba.

11 septembre 2021

THE SUGARCUBES : Deus


Acquis chez Bell'Occas à Auvillers-les-Forges le 29 juillet 2021
Réf : 7tp10 -- Édité par One Little Indian en Angleterre en 1988
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Deus -/- JOHNNY TRIUMPH & THE SUGARCUBES : Luftgítar (7" version)

On va clore avec ce disque une petite séquence enchaînée où on aura eu les Stranglers qui ne croient pas au paradis, les Flaming Lips avec les Chemical Brothers qui ne pensent pas que l'enfer et le paradis s'opposent vraiment, et maintenant voici les Sugarcubes qui nous annoncent tout de go que "Deus n'existe pas" !
Le message du titre et du refrain est très clair. C'est un peu moins tranché dans le reste des paroles puisque Björk se plait à imaginer à quoi Dieu ressemblerait s'il existait ("Il est plus blanc que blanc, il est plus propre que propre (...) Il veut me toucher"). Quant à l'autre chanteur Einar, il nous explique tout bonnement qu'il l'a rencontré ! ("Il m'a mis dans une baignoire et il m'a complètement nettoyé (...) Il n'était pas blanc et duveteux, il avait juste des favoris et une banane").

J'ai trouvé ce disque lors d'une rare escapade dans les Ardennes cet été. Comme souvent, je me demande bien comment cet import anglais en parfait état a bien pu atterrir en pleine campagne.
En tout cas, j'étais bien content de ma trouvaille, car Deus a toujours été mon single préféré du groupe, plus que Birthday.
Initialement, je me disais que j'aurais préféré tomber sur un disque qui contient le remix de Deus (paru en Angleterre sur un 25 cm, et aussi sur les éditions CD américaines et japonaises de l'album Life's too good), une version allongée où la musique des Sugarcubes est remplacée par des cordes et des synthés, qui était ma version préférée à l'époque. Mais je l'ai réécoutée ces jours-ci et elle me fait moins d'effet. A tout prendre, je vote aujourd'hui pour l'excellente version originale.

La face B, Luftgítar, est créditée à Johnny Triumph and the Sugarcubes. Johnny Triumph, c'est Sjón, un poète et romancier qui, en plus d'être accompagné par les Sugarcubes, a écrit des paroles pour plusieurs chansons pour Björk. Cette chanson rock était déjà sortie en 1987 sur un 45 tours crédité à Johnny Triumph & Sykurmolarnir, Sykurmolarnir étant le nom islandais des Sugarcubes. Il s'agit visiblement du même enregistrement.




Sugarcubes, Deus, en direct en 1988 dans l'émission Rockopop de TVE à Barcelone.


Sugarcubes, Deus, en concert à Auburn, en Alabama, en octobre 1988.

04 septembre 2021

THE CHEMICAL BROTHERS featuring THE FLAMING LIPS : The golden path


Acquis chez Mostly Books à Saint Peter Port le 29 mai 2013
Réf : CHEMSD18 / 7243 5 52914 2 4 -- Édité par Freestyle Dust / Virgin en Angleterre en 2003
Support : CD 12 cm
Titres : The golden path -- Nude night -- The golden path (Ewan Pearson extended vocal)

Avant de décider de chroniquer Setting sun en juin dernier, j'ai réécouté tous mes singles de Chemical Brothers, ce qui fait un bon petit paquet de disques quand même.
Quand est arrivé le tour de The golden path, j'ai eu l'oreille accrochée. Pas au point de décider de chroniquer le disque tout de suite, je m'étais déjà à peu près décidé pour Setting sun de toute façon, mais suffisamment quand même pour que je mette la chanson de côté et pour que je lui donne le privilège de figurer dans mon Désordre musical suivant, Je demande ma démission.
Et à chaque fois que j'ai écouté cette compilation, j'ai trouvé cette chanson vraiment très bonne et réjouissante et j'ai décidé de donner à ce disque un autre insigne honneur, celui de figurer dans ce blog !

J'ai acheté ce single pendant un séjour à Guernsey. Cette journée en particulier avait été bien productive, puisque je m'étais aussi procuré la compilation A strange kind of love et le Strumpet de My Life Story.

Comme souvent quand je reviens à la maison avec un gros paquet de disques, j'avais écouté celui-ci une seule fois avant de le ranger. En général, c'est suffisant pour en repérer le potentiel, et éventuellement le mettre de côté pour approfondir un peu, mais là je suis passé complètement à côté et j'avais oublié jusqu'à l'existence de cette collaboration avec les Flaming Lips.

Ce single hors album a été publié en 2003 pour agrémenter/compléter le premier best of du groupe, Singles 93-03. Les Chemical Brothers, qui sont des DJ/musiciens, pas des chanteurs, apprécient les collaborations. Outre Noel Gallagher, ils ont fait appel à Beth Orton, Bernard Sumner, Beck, Tim Burgess des Charlatans, et aussi Mercury Rev, pour The private psychedelic reel et pour remixer leur Delta sun bottleneck stomp.
Mercury Rev et les Flaming Lips étant très proches, il n'est pas très étonnant que la jonction ait fini par se faire.
Visiblement, la collaboration s'est faite à distance : Wayne Coyne et Steven Drozd des Flaming Lips ont enregistré les voix et les ont envoyées, sans être trop sûr d'eux, mais Ed et Tom des Chemical Brothers ont tout de suite été très enthousiastes.

La grande qualité de The Golden path, c'est de réussir l'assemblage du meilleur des Chemical Brothers et du meilleur des Flaming Lips. Toutes les collaborations ne fonctionnent pas aussi bien.
Côté musique, la production est électro, mais pas Big Beat. Côté paroles et chant, c'est du pur Flaming Lips, avec un narrateur qui se retrouve sur la voie dorée, confronté des forces maléfiques, à se demander pourquoi et comment il a bien pu mourir !
La semaine dernière, les Stranglers nous expliquaient qu'il ne croyait pas au paradis. Aujourd'hui, les Flaming Lips affirment qu'ils ne croient pas à l'enfer non plus ! : "Je me suis retrouvé dans une sorte d'enfer, mais je ne croyais pas à ce genre de monde où le paradis et l'enfer s'opposeraient".
La chanson semble surtout constituée de couplets, mais à la fin, sur une autre mélodie, une phrase assez mystérieuse, "Please forgive me, I never meant to hurt you", est répétée plusieurs fois. Est-ce que ça en fait un coda, ou un refrain ? (je ne suis pas assez compétent pour trancher).
La bonne nouvelle, c'est que l'Ewan Pearson extended vocal, remixé par Ewan Pearson, ajoute effectivement près de deux minutes à la chanson originale, mais sans la bousiller.
Quant à l'autre face B, Nude night, c'est un instrumental électro assez sautillant par moments.

Les Flaming Lips devaient effectivement être contents de cette collaboration et de cette chanson, puisqu'ils ont intégré The golden path à leur répertoire sur scène sur au moins deux de leurs tournées.




The Flaming Lips, The golden path, en concert, le 24 janvier 2004 à Sydney en Australie.

29 août 2021

THE STRANGLERS : Paradise


Acquis au Virgin Megastore à Londres en septembre 1983
Réf : TA 3387 -- Édité par Epic en Angleterre en 1983
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Paradise -/- Pãwshēr -- Permission

Étant donné que, comme ce fut longtemps le cas dans les FNAC, les étiquettes du Megastore comportaient la date de mise en rayon, je sais que mon exemplaire de ce maxi 45 tours est arrivé dans les bacs en août 1983. Ce qui signifie que c'est probablement l'un des premiers disques que j'ai achetés quand je suis arrivé à Londres à la mi-septembre pour y passer une année scolaire.
Si j'ai investi dans ce maxi, qui a juste une pochette générique bleue d'Epic (mais la pochette illustrée était plutôt moche de toute façon), c'est en partie je pense parce qu'il était vendu au prix imbattable d'1,40 £, c'est à dire le prix à l'époque d'un petit 45 tours.
L'autre raison, c'est que c'est en 1982/1983 que je me suis le plus intéressé aux Stranglers : Feline est le seul de leurs albums que j'ai acheté neuf à sa sortie, et j'ai aussi acheté les deux premiers 45 tours qui en ont été extraits, European female et Midnight Summer dream.
European female s'était plutôt bien vendu en Angleterre (moins que Golden brown et Strange little girl, mais plutôt bien quand même). Midnight Summer dream a moins marché, mais ce n'était pas un single évident (mais j'apprécie beaucoup l'intéressante version maxi de plus de dix minutes).
Quant à Paradise, ça a toujours été une de mes chansons préférées de Feline (avec aussi Let's tango in Paris). Je pense qu'elle avait un vrai potentiel pop, mais on en était au troisième extrait, plusieurs mois après l'album et en plein été, et ce disque s'est encore moins vendu que le précédent.

J'ai toujours associé cette chanson à Polyphonic Size. Parce que Jean-Jacques Burnel les a produits, parce que les Stranglers ont enregistré cet album à Bruxelles, mais surtout parce que les voix féminines sont utilisées ici d'une façon similaire à ce qu'on entend sur les disques de Polyphonic Size. Je n'avais jamais vérifié, mais je pensais que les deux chanteuses qui interviennent sur ce qui est de fait le refrain de cette chanson assez bizarrement construite étaient les deux chanteuses du groupe belge. Mais non : France Lhermitte de Polyphonic Size est accompagnée ici non pas par Martine Bourlée mais par Anna von Stern.
Sinon, la rythmique de cette chanson est très particulière, et j'aime beaucoup la partie parlée répétée à la fin, avec ces paroles  toutes simples :"Je pense que personne n'a jamais trouvé le paradis, car le paradis est basé sur des mensonges"

Les deux faces B, enregistrées respectivement à New York et Londres en avril et juin 1983, soit après la sortie de Feline, sont intéressantes car ce sont les deux seuls nouveaux titres du groupe publiés cette année-là, sans aucun lien avec l'album suivant, Aural sculpture, sorti en 1984.
Pãwshēr a une intro très électro, avec une sorte de basse séquencée. C'est petite expérimentation typique du genre de choses que les groupes tentent sur une face B, avec la musique en boucle et des paroles plus que minimales (le titre répété sur différents tons).
Par contre, Permission est une bonne chanson, sur un rythme reggae qui aurait mérité un meilleur sort que d'échouer là (les deux titres figurent en bonus des rééditions CD de Feline depuis 2001).

Les Stranglers vont bientôt sortir un nouvel album, Dark matters. On y entend sur huit des titres le clavier Dave Greenfield, mort au printemps 2020. Une chanson, And if you should see Dave..., lui rend hommage.
Et le groupe va partir en tournée ! Pour reproduire le son si particulier des claviers de Greenfield, ils ont apparemment trouvé une parade toute simple : ils ont débauché un membre d'un groupe-hommage spécialisé dans les reprises note pour note des Stranglers !
Après le départ de Hugh Cornwell en 1990 et la retraite bien méritée de Jet Black, qui vient de fêter ses 83 ans, JJ Burnel reste le seul membre original du groupe. La franchise Stranglers finira peut-être comme Dr. Feelgood, fondé en 1971, dont le dernier membre original est mort en 1994, mais qui continue, avec des membres dont le plus ancien les a rejoints en 1987...


The Stranglers, Paradise, à la fin de l'émission Les Sculpteurs auriculaires diffusée en 1985 dans le cadre des Enfants du rock sur Antenne 2.

21 août 2021

O'SISTERS : Aliens in India


Acquis par correspondance via Bandcamp le 15 août 2021
Réf : [sans] -- Édité par O'Sisters en France en 2021
Support : 5 fichiers MP3
5 titres

Avec celui de Ladaniva, le concert d'O'Sisters a été mon préféré de ceux de l'édition 2021 du F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs auxquels j'ai pu assister (mention spéciale également à Les Frères Smith, l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, la Fanfare Olaïtan et Marakuja).

Le groupe m'a marqué dès son entrée sur scène. Ce n'est plus si souvent qu'on voit des formations en costume - voire même en uniforme - de scène. Là, le trio s'est présenté dans des combinaisons à capuche rayées en noir et blanc visuellement très marquantes.
Pour le premier titre, la chanteuse principale a joué de la kora, mais elle l'a rangée ensuite et on ne l'a plus revue : tous les sons ont été fournis par un ordinateur/synthé et une percussionniste.
Les titres se sont enchaînés sans temps mort, la liaison entre eux sa faisant grâce à un rythme de danse fourni par un son de grosse caisse.
C'était déjà très bien, et j'appréciais notamment les sons bizarres et intéressants glissés dans la plupart des morceaux. J'étais persuadé qu'il s'agissait de "samples" bien choisis sur des disques obscurs, mais je me trompais : à un moment, on nous a demandé d'applaudir l'une des "sisters" absente pour ce concert, celle qui joue la kora qu'on entendait à ce moment-là. Le groupe a encore monté d'un cran dans mon estime !
Le concert s'est terminé dans une bonne ambiance, après que le groupe a fait monter sur scène les enfants qui dansaient dans le public.

O'Sisters se présente comme un collectif féminin réunissant des artistes des quatre coins du monde, qui diffuse des messages positifs d’émancipation, d’unité et de solidarité aux femmes du monde entier. Un premier album Unity is power, est sorti il y a quelques mois seulement, fin 2020, mais le groupe est très productif puisqu'un EP avec cinq nouveaux titres a été publié dès ce mois de juin.
C'est celui-là que j'ai choisi de présenter, parce que le morceau-titre, Aliens in India, est justement celui où on entend de la kora, et ce fut l'un de mes préférés du concert. J'ai un doute pour Fishes with venum, mais sinon je suis à peu près sûr qu'elles ont joué tous les autres titres de l'EP. J'aime bien aussi Queens, mais mes autres préférés sont Can't be divided et The anthem. C'est sûrement lié au titre général de ce projet : ce sont bien des sons de musique indienne qui dominent l'accompagnement de la plupart des titres.

J'ai passé un très bon moment lors du concert et à l'écoute des disques. Et maintenant, j'espère avoir à nouveau l'occasion de revoir O'Sisters sur scène...





O'Sisters en concert pour MIA3J, F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs, à Châlons en Champagne le 31 juillet 2021. Photos : Black Ghost.
Un Pol Dodu se dissimule dans le public. Saurez-vous le repérer ?

14 août 2021

MARSEL HURTEN : Les chinois


Acquis sur le vide-grenier d'Oger le 1er août 2021
Réf : 26 215 -- Édité par DMF en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les chinois -- Ça prendra toujours -/- C'est normal... C'est normand -- Pi Oméga 16

La disette est telle pour ce qui est des vide-greniers ces derniers temps que la fréquentation pour celui-ci a battu tous les records, alors qu'habituellement il est de taille moyenne en plein creux de l'été d'habitude,.
Cela ne m'a pas empêché d'y trouver en fin de matinée un CD d'Herman Düne que je n'avais pas et deux EP du label DMF.
Dans les années 1960, Cléon était plus réputée pour son usine Renault que pour sa maison de disques ! Pour ma part, je ne connaissais pas du tout DMF, mais les disques en bon état étaient à 1 € et je me félicite dans les deux cas d'avoir eu du nez.

Pour l'autre disque, la toute première parution de Jean-Allain Hoareau, ce qui m'a fait m'y intéresser c'est ce nom Hoareau, car je sais par ailleurs que, pour l'état civil, Danyèl Waro se nomme Daniel Hoareau. La Normandie, c'est loin de La Réunion, mais le lien existe bien et la première chanson du disque y fait référence ("Pays joli, pays chéri qui m'a vu naître, par mes chansons j'aimerais bien vous faire connaître et vous dire dans mon patois si doux si doux, mi aime à vous, mon cœur l'est resté près de vous"). Mais j'ai presque trop bien réussi mon coup car, musicalement, ce tout premier disque de Jean-Alain Hoareau reste dans un style de chanson française très sage, qui le rapproche de Jean-Claude Rémy. Après une longue escale aux Antilles, il s'est installé à La Réunion en 1980 et a repris sa carrière discographique en enregistrant notamment des ségas, qui m'auraient sûrement plus intéressé.

Marsel Hurten, avec son prénom bizarrement orthographié, je ne le connaissais pas du tout non plus. Si j'ai pris ce disque, c'est pour deux raisons assez rigolotes qu'on trouve au verso de la pochette : la photo des membres du groupes accrochés à un mur (qui fait pendant au dessin du recto) et le nom de ce groupe, Les Croqueniols, assez pécore pour me rappeler les Solistes Campagnards de Monsieur Dupont ou Émile Doryphore et sa Coopérative Agricole.

Vous non plus vous ne connaissez probablement pas Marcel Hurstemans (son nom de naissance, apparemment), qui ces derniers temps a publié des disques en tant que BDB. Et pourtant, il a droit à son strapontin dans l'histoire de la chanson française puisque, en 1965, il a co-signé avec Hervé Vilard la musique de Capri, c'est fini (Sur le site du Musée SACEM, Hervé Vilard explique qu'il a composé la chanson sur son orgue, puis collaboré avec le guitariste Marcel Hurten pour la mettre en place et l'arranger, d'où la décision de co-signer avec lui). Je ne sais pas quelle part de droits est revenue à Hurten, mais ça a dû mettre du beurre dans les épinards !

Les chinois est le deuxième EP de Marsel Hurten, après La chaise d'église en 1965. Par la suite, il a sorti deux autres 45 tours chez Disc'AZ en 1967 et 1968, Fatalité et Cette musique là.

Comme on pouvait l'espérer à partir de la pochette et du nom du groupe, les chansons de mon disque sont dans une veine légère et humoristique qui, de la même époque, peut évoquer Vassiliu ou Ricet-Barrier.
Les chinois a un refrain efficace et des arrangements assez minimalistes qui me plaisent bien, avec la basse et l'orgue qui dominent. Si j'en crois les explications données pour décrypter les références catalogue de DMF, ce disque daterait de février 1966, avant donc Et moi, et moi, et moi de Dutronc, qui serait sorti en juin. Je me suis posé la question à cause des chinois, bien sûr, mais aussi à cause du "Et moi et bing et bong et bong" qu'on entend ici.
Pour Ça prendra toujours ("les serments d'amour..."), avec la présence de cuivres et le style de chant c'est plutôt à Nino Ferrer qu'on pense. Même remarque pour le dernier titre du disque, Pi Oméga 16, qui a également des attributs rhythm and blues.
Pour C'est normal... C'est normand, on donne plutôt dans le tango, sauf erreur de ma part.

Dans l'ensemble, je suis bien content de ma trouvaille, surtout pour sa face A. Pour ce qui est de DMF (a priori à l'origine pour ses fondateurs Desmarets, Marie, et Ferrant, avant que la société ne devienne Disque Microsillon Français), j'aurais dû me souvenir que j'avais déjà entendu parler de cette maison de disques puisque, en 2017, l'excellent label de réédition Caméleon a sorti Thésaurus Volume 1 : Label France D.M.F., un double-album compilation piochant dans la partie rock du catalogue du label. Pour l'occasion, une véritable enquête archivistique a été menée et on trouve plein de documents sur DMF sur le site de Caméléon. Marsel Hurten ne faisait pas exactement du rock, mais il aurait peut-être quand même mérité de figurer dans cette sélection.

A écouter chez Daniel Narezo :
Face A (Les chinois - Ça prendra toujours)
Face B (C'est normal... C'est normand - Pi Omega 16)