19 septembre 2021

TON PAT' : Memwar lamizik seselwa


Acquis par correspondance via Amazon en août 2021
Réf : TAKA 1017 -- Édité par Takamba en France en 2010
Support : CD + DVD 12 cm
17 + 3 titres

C'est Sing Sing d'Arlt qui a fait de la retape il y a quelques mois pour la chanson Je suis seul dans la vie de Ton Pat'. Visiblement, je n'ai pas été le seul à être touché au cœur.
Et touché, je l'ai été : cette chanson s'est aussitôt retrouvée est en conclusion de l'une de mes dernières compilations, Je demande ma démission.
Je suis seul dans la vie, c'est un gars seul à la guitare qui chante, et c'est déchirant. Je vois mal comment définir ça autrement que du blues à l'état pur, à se pendre :

"Je suis seul dans la vie, je suis triste dans la vie
Et je n'avais pas personne pour me consoler
Les oiseaux sur les branches qui voient tous mes martyrs
Ils vont pleurer pour moi au ciel tout près de Dieu
Au fond de mon cercueil mon martyr sera fini
Car je n'avais pas personne pour fermer ma paupière"

J'ai voulu en savoir plus et je me suis procuré l'album sur lequel cette chanson a été publiée, Memwar lamizik seselwa (Mémoire de la musique seychelloise). Je me demandais si j'y trouverais un autre titre de cet acabit, et, de façon presque étonnante, tellement Je suis seul dans la vie est exceptionnel, j'en ai trouvé un, Ma position (les deux titres sont enchaînés en fin d'album), et il y est justement question de se pendre :

"Si pour toujours je dois vivre avec elle
Je voulais dire je préférais mourir
Je peux vous dire que ma femme est à peine
Ah croyez moi que je suis mal marié
Ah mes amis que mon sort est en peine
J'aurais mieux fait de me pendre au plancher"

Les notes de pochette nous expliquent que ces deux chansons sont des romances : "Les romances que l'on retrouve aux Seychelles sont en français car elles représentent l'héritage laissé par l'ancienne population coloniale émigrée de France dans les îles de l'Océan Indien. (...) La transmission orale sur plusieurs générations nous permet également de comprendre que ces chants ont été créolisés depuis leurs origines."

Ces chansons sont les deux seules romances du disque, et heureusement le reste de l'album contient aussi des chansons légères, rythmées et pleines de joie de vivre.
Le contexte de production de l'album est un peu particulier, et je reproduis intégralement l'introduction du livret qui l'explique bien :
"Ce coffret, fruit d’un collectage de terrain qui s’est déroulé en janvier 2009, se veut être un travail de mémoire consacré aux traditions musicales des Seychelles, et plus précisément de l’île Mahé, à travers le savoir reconnu de Patrick Prospère, surnommé Ton Pat’. Multi-instrumentiste, auteur compositeur et interprète, cette mémoire vivante est aujourd’hui l’un des derniers musiciens et facteurs d’instruments de son île, porteur d’un savoir musical ancestral. Il nous fait part de sa culture à travers l’enregistrement de ses compositions et d’airs traditionnels, mais aussi d’entretiens qui font notamment l’objet d’un DVD, principalement consacré à la facture instrumentale traditionnelle et aux techniques de jeu d’instruments en voie de disparition."

"Collectage de terrain", ça peut rebuter, mais même si ces enregistrements ont été réalisés dans un but d'ethnomusicologie, ils auraient très bien pu figurer dans un contexte différent au catalogue de tout autre label.
Quelques titres sont en solo, mais la plupart sont enregistrés en groupe, avec des élèves des cours que Patrick Prospère donnait à l'école de musique de Victoria, la capitale des Seychelles, et avec Donadieu Thomas, percussionniste réunionnais et également enseignant.

Les arrangements sont légers, la production claire, et on prend plein de plaisir à l'écoute des ségas comme Mammazel sol séga, au rythme plutôt lent, dominé par le violon Sujatha Chettia, Fer le trou babilon et Fayda séga bonm, qui tous les deux me rappellent Ti Frère, celui par qui j'ai découvert le séga en 2009.
Il y a de plusieurs autres titres avec du violon, et j'ai particulièrement apprécié Zépol en Malen.
En-dehors des ségas, j'aime beaucoup les "tinge" (chants accompagnant des combats dansés), où le chœur des élèves des élèves accompagne Ton Pat' : Kapten du port, Moulayla et Don wa mon fizi.
Parmi mes autres titres préférés, il y a Kok tya pe sante, avec un air qui me semble connu par ailleurs, et Dalambwe, joué avec un arc en terre makalapo, du type de celui dont Ton Pat' explique la fabrication et la technique de jeu sur le DVD.

Patrick Prospère est mort en février 2016 à presque 70 ans. Avec ce document, il nous laisse une chanson exceptionnelle et un album excellent dans son ensemble.

L'album est en écoute sur la plupart des plate-formes en ligne. On le retrouve en widgets sur cette page, ainsi que quelques photos de Ton Pat".

Je m'en suis aperçu trop tard, mais Memwar lamizik seselwa est toujours en vente sur le site du Pôle Régional des Musiques Actuelles de La Réunion, créateur du label Takamba.

11 septembre 2021

THE SUGARCUBES : Deus


Acquis chez Bell'Occas à Auvillers-les-Forges le 29 juillet 2021
Réf : 7tp10 -- Édité par One Little Indian en Angleterre en 1988
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Deus -/- JOHNNY TRIUMPH & THE SUGARCUBES : Luftgítar (7" version)

On va clore avec ce disque une petite séquence enchaînée où on aura eu les Stranglers qui ne croient pas au paradis, les Flaming Lips avec les Chemical Brothers qui ne pensent pas que l'enfer et le paradis s'opposent vraiment, et maintenant voici les Sugarcubes qui nous annoncent tout de go que "Deus n'existe pas" !
Le message du titre et du refrain est très clair. C'est un peu moins tranché dans le reste des paroles puisque Björk se plait à imaginer à quoi Dieu ressemblerait s'il existait ("Il est plus blanc que blanc, il est plus propre que propre (...) Il veut me toucher"). Quant à l'autre chanteur Einar, il nous explique tout bonnement qu'il l'a rencontré ! ("Il m'a mis dans une baignoire et il m'a complètement nettoyé (...) Il n'était pas blanc et duveteux, il avait juste des favoris et une banane").

J'ai trouvé ce disque lors d'une rare escapade dans les Ardennes cet été. Comme souvent, je me demande bien comment cet import anglais en parfait état a bien pu atterrir en pleine campagne.
En tout cas, j'étais bien content de ma trouvaille, car Deus a toujours été mon single préféré du groupe, plus que Birthday.
Initialement, je me disais que j'aurais préféré tomber sur un disque qui contient le remix de Deus (paru en Angleterre sur un 25 cm, et aussi sur les éditions CD américaines et japonaises de l'album Life's too good), une version allongée où la musique des Sugarcubes est remplacée par des cordes et des synthés, qui était ma version préférée à l'époque. Mais je l'ai réécoutée ces jours-ci et elle me fait moins d'effet. A tout prendre, je vote aujourd'hui pour l'excellente version originale.

La face B, Luftgítar, est créditée à Johnny Triumph and the Sugarcubes. Johnny Triumph, c'est Sjón, un poète et romancier qui, en plus d'être accompagné par les Sugarcubes, a écrit des paroles pour plusieurs chansons pour Björk. Cette chanson rock était déjà sortie en 1987 sur un 45 tours crédité à Johnny Triumph & Sykurmolarnir, Sykurmolarnir étant le nom islandais des Sugarcubes. Il s'agit visiblement du même enregistrement.




Sugarcubes, Deus, en direct en 1988 dans l'émission Rockopop de TVE à Barcelone.


Sugarcubes, Deus, en concert à Auburn, en Alabama, en octobre 1988.

04 septembre 2021

THE CHEMICAL BROTHERS featuring THE FLAMING LIPS : The golden path


Acquis chez Mostly Books à Saint Peter Port le 29 mai 2013
Réf : CHEMSD18 / 7243 5 52914 2 4 -- Édité par Freestyle Dust / Virgin en Angleterre en 2003
Support : CD 12 cm
Titres : The golden path -- Nude night -- The golden path (Ewan Pearson extended vocal)

Avant de décider de chroniquer Setting sun en juin dernier, j'ai réécouté tous mes singles de Chemical Brothers, ce qui fait un bon petit paquet de disques quand même.
Quand est arrivé le tour de The golden path, j'ai eu l'oreille accrochée. Pas au point de décider de chroniquer le disque tout de suite, je m'étais déjà à peu près décidé pour Setting sun de toute façon, mais suffisamment quand même pour que je mette la chanson de côté et pour que je lui donne le privilège de figurer dans mon Désordre musical suivant, Je demande ma démission.
Et à chaque fois que j'ai écouté cette compilation, j'ai trouvé cette chanson vraiment très bonne et réjouissante et j'ai décidé de donner à ce disque un autre insigne honneur, celui de figurer dans ce blog !

J'ai acheté ce single pendant un séjour à Guernsey. Cette journée en particulier avait été bien productive, puisque je m'étais aussi procuré la compilation A strange kind of love et le Strumpet de My Life Story.

Comme souvent quand je reviens à la maison avec un gros paquet de disques, j'avais écouté celui-ci une seule fois avant de le ranger. En général, c'est suffisant pour en repérer le potentiel, et éventuellement le mettre de côté pour approfondir un peu, mais là je suis passé complètement à côté et j'avais oublié jusqu'à l'existence de cette collaboration avec les Flaming Lips.

Ce single hors album a été publié en 2003 pour agrémenter/compléter le premier best of du groupe, Singles 93-03. Les Chemical Brothers, qui sont des DJ/musiciens, pas des chanteurs, apprécient les collaborations. Outre Noel Gallagher, ils ont fait appel à Beth Orton, Bernard Sumner, Beck, Tim Burgess des Charlatans, et aussi Mercury Rev, pour The private psychedelic reel et pour remixer leur Delta sun bottleneck stomp.
Mercury Rev et les Flaming Lips étant très proches, il n'est pas très étonnant que la jonction ait fini par se faire.
Visiblement, la collaboration s'est faite à distance : Wayne Coyne et Steven Drozd des Flaming Lips ont enregistré les voix et les ont envoyées, sans être trop sûr d'eux, mais Ed et Tom des Chemical Brothers ont tout de suite été très enthousiastes.

La grande qualité de The Golden path, c'est de réussir l'assemblage du meilleur des Chemical Brothers et du meilleur des Flaming Lips. Toutes les collaborations ne fonctionnent pas aussi bien.
Côté musique, la production est électro, mais pas Big Beat. Côté paroles et chant, c'est du pur Flaming Lips, avec un narrateur qui se retrouve sur la voie dorée, confronté des forces maléfiques, à se demander pourquoi et comment il a bien pu mourir !
La semaine dernière, les Stranglers nous expliquaient qu'il ne croyait pas au paradis. Aujourd'hui, les Flaming Lips affirment qu'ils ne croient pas à l'enfer non plus ! : "Je me suis retrouvé dans une sorte d'enfer, mais je ne croyais pas à ce genre de monde où le paradis et l'enfer s'opposeraient".
La chanson semble surtout constituée de couplets, mais à la fin, sur une autre mélodie, une phrase assez mystérieuse, "Please forgive me, I never meant to hurt you", est répétée plusieurs fois. Est-ce que ça en fait un coda, ou un refrain ? (je ne suis pas assez compétent pour trancher).
La bonne nouvelle, c'est que l'Ewan Pearson extended vocal, remixé par Ewan Pearson, ajoute effectivement près de deux minutes à la chanson originale, mais sans la bousiller.
Quant à l'autre face B, Nude night, c'est un instrumental électro assez sautillant par moments.

Les Flaming Lips devaient effectivement être contents de cette collaboration et de cette chanson, puisqu'ils ont intégré The golden path à leur répertoire sur scène sur au moins deux de leurs tournées.




The Flaming Lips, The golden path, en concert, le 24 janvier 2004 à Sydney en Australie.

29 août 2021

THE STRANGLERS : Paradise


Acquis au Virgin Megastore à Londres en septembre 1983
Réf : TA 3387 -- Édité par Epic en Angleterre en 1983
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Paradise -/- Pãwshēr -- Permission

Étant donné que, comme ce fut longtemps le cas dans les FNAC, les étiquettes du Megastore comportaient la date de mise en rayon, je sais que mon exemplaire de ce maxi 45 tours est arrivé dans les bacs en août 1983. Ce qui signifie que c'est probablement l'un des premiers disques que j'ai achetés quand je suis arrivé à Londres à la mi-septembre pour y passer une année scolaire.
Si j'ai investi dans ce maxi, qui a juste une pochette générique bleue d'Epic (mais la pochette illustrée était plutôt moche de toute façon), c'est en partie je pense parce qu'il était vendu au prix imbattable d'1,40 £, c'est à dire le prix à l'époque d'un petit 45 tours.
L'autre raison, c'est que c'est en 1982/1983 que je me suis le plus intéressé aux Stranglers : Feline est le seul de leurs albums que j'ai acheté neuf à sa sortie, et j'ai aussi acheté les deux premiers 45 tours qui en ont été extraits, European female et Midnight Summer dream.
European female s'était plutôt bien vendu en Angleterre (moins que Golden brown et Strange little girl, mais plutôt bien quand même). Midnight Summer dream a moins marché, mais ce n'était pas un single évident (mais j'apprécie beaucoup l'intéressante version maxi de plus de dix minutes).
Quant à Paradise, ça a toujours été une de mes chansons préférées de Feline (avec aussi Let's tango in Paris). Je pense qu'elle avait un vrai potentiel pop, mais on en était au troisième extrait, plusieurs mois après l'album et en plein été, et ce disque s'est encore moins vendu que le précédent.

J'ai toujours associé cette chanson à Polyphonic Size. Parce que Jean-Jacques Burnel les a produits, parce que les Stranglers ont enregistré cet album à Bruxelles, mais surtout parce que les voix féminines sont utilisées ici d'une façon similaire à ce qu'on entend sur les disques de Polyphonic Size. Je n'avais jamais vérifié, mais je pensais que les deux chanteuses qui interviennent sur ce qui est de fait le refrain de cette chanson assez bizarrement construite étaient les deux chanteuses du groupe belge. Mais non : France Lhermitte de Polyphonic Size est accompagnée ici non pas par Martine Bourlée mais par Anna von Stern.
Sinon, la rythmique de cette chanson est très particulière, et j'aime beaucoup la partie parlée répétée à la fin, avec ces paroles  toutes simples :"Je pense que personne n'a jamais trouvé le paradis, car le paradis est basé sur des mensonges"

Les deux faces B, enregistrées respectivement à New York et Londres en avril et juin 1983, soit après la sortie de Feline, sont intéressantes car ce sont les deux seuls nouveaux titres du groupe publiés cette année-là, sans aucun lien avec l'album suivant, Aural sculpture, sorti en 1984.
Pãwshēr a une intro très électro, avec une sorte de basse séquencée. C'est petite expérimentation typique du genre de choses que les groupes tentent sur une face B, avec la musique en boucle et des paroles plus que minimales (le titre répété sur différents tons).
Par contre, Permission est une bonne chanson, sur un rythme reggae qui aurait mérité un meilleur sort que d'échouer là (les deux titres figurent en bonus des rééditions CD de Feline depuis 2001).

Les Stranglers vont bientôt sortir un nouvel album, Dark matters. On y entend sur huit des titres le clavier Dave Greenfield, mort au printemps 2020. Une chanson, And if you should see Dave..., lui rend hommage.
Et le groupe va partir en tournée ! Pour reproduire le son si particulier des claviers de Greenfield, ils ont apparemment trouvé une parade toute simple : ils ont débauché un membre d'un groupe-hommage spécialisé dans les reprises note pour note des Stranglers !
Après le départ de Hugh Cornwell en 1990 et la retraite bien méritée de Jet Black, qui vient de fêter ses 83 ans, JJ Burnel reste le seul membre original du groupe. La franchise Stranglers finira peut-être comme Dr. Feelgood, fondé en 1971, dont le dernier membre original est mort en 1994, mais qui continue, avec des membres dont le plus ancien les a rejoints en 1987...


The Stranglers, Paradise, à la fin de l'émission Les Sculpteurs auriculaires diffusée en 1985 dans le cadre des Enfants du rock sur Antenne 2.

21 août 2021

O'SISTERS : Aliens in India


Acquis par correspondance via Bandcamp le 15 août 2021
Réf : [sans] -- Édité par O'Sisters en France en 2021
Support : 5 fichiers MP3
5 titres

Avec celui de Ladaniva, le concert d'O'Sisters a été mon préféré de ceux de l'édition 2021 du F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs auxquels j'ai pu assister (mention spéciale également à Les Frères Smith, l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, la Fanfare Olaïtan et Marakuja).

Le groupe m'a marqué dès son entrée sur scène. Ce n'est plus si souvent qu'on voit des formations en costume - voire même en uniforme - de scène. Là, le trio s'est présenté dans des combinaisons à capuche rayées en noir et blanc visuellement très marquantes.
Pour le premier titre, la chanteuse principale a joué de la kora, mais elle l'a rangée ensuite et on ne l'a plus revue : tous les sons ont été fournis par un ordinateur/synthé et une percussionniste.
Les titres se sont enchaînés sans temps mort, la liaison entre eux sa faisant grâce à un rythme de danse fourni par un son de grosse caisse.
C'était déjà très bien, et j'appréciais notamment les sons bizarres et intéressants glissés dans la plupart des morceaux. J'étais persuadé qu'il s'agissait de "samples" bien choisis sur des disques obscurs, mais je me trompais : à un moment, on nous a demandé d'applaudir l'une des "sisters" absente pour ce concert, celle qui joue la kora qu'on entendait à ce moment-là. Le groupe a encore monté d'un cran dans mon estime !
Le concert s'est terminé dans une bonne ambiance, après que le groupe a fait monter sur scène les enfants qui dansaient dans le public.

O'Sisters se présente comme un collectif féminin réunissant des artistes des quatre coins du monde, qui diffuse des messages positifs d’émancipation, d’unité et de solidarité aux femmes du monde entier. Un premier album Unity is power, est sorti il y a quelques mois seulement, fin 2020, mais le groupe est très productif puisqu'un EP avec cinq nouveaux titres a été publié dès ce mois de juin.
C'est celui-là que j'ai choisi de présenter, parce que le morceau-titre, Aliens in India, est justement celui où on entend de la kora, et ce fut l'un de mes préférés du concert. J'ai un doute pour Fishes with venum, mais sinon je suis à peu près sûr qu'elles ont joué tous les autres titres de l'EP. J'aime bien aussi Queens, mais mes autres préférés sont Can't be divided et The anthem. C'est sûrement lié au titre général de ce projet : ce sont bien des sons de musique indienne qui dominent l'accompagnement de la plupart des titres.

J'ai passé un très bon moment lors du concert et à l'écoute des disques. Et maintenant, j'espère avoir à nouveau l'occasion de revoir O'Sisters sur scène...





O'Sisters en concert pour MIA3J, F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs, à Châlons en Champagne le 31 juillet 2021. Photos : Black Ghost.
Un Pol Dodu se dissimule dans le public. Saurez-vous le repérer ?

14 août 2021

MARSEL HURTEN : Les chinois


Acquis sur le vide-grenier d'Oger le 1er août 2021
Réf : 26 215 -- Édité par DMF en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les chinois -- Ça prendra toujours -/- C'est normal... C'est normand -- Pi Oméga 16

La disette est telle pour ce qui est des vide-greniers ces derniers temps que la fréquentation pour celui-ci a battu tous les records, alors qu'habituellement il est de taille moyenne en plein creux de l'été d'habitude,.
Cela ne m'a pas empêché d'y trouver en fin de matinée un CD d'Herman Düne que je n'avais pas et deux EP du label DMF.
Dans les années 1960, Cléon était plus réputée pour son usine Renault que pour sa maison de disques ! Pour ma part, je ne connaissais pas du tout DMF, mais les disques en bon état étaient à 1 € et je me félicite dans les deux cas d'avoir eu du nez.

Pour l'autre disque, la toute première parution de Jean-Allain Hoareau, ce qui m'a fait m'y intéresser c'est ce nom Hoareau, car je sais par ailleurs que, pour l'état civil, Danyèl Waro se nomme Daniel Hoareau. La Normandie, c'est loin de La Réunion, mais le lien existe bien et la première chanson du disque y fait référence ("Pays joli, pays chéri qui m'a vu naître, par mes chansons j'aimerais bien vous faire connaître et vous dire dans mon patois si doux si doux, mi aime à vous, mon cœur l'est resté près de vous"). Mais j'ai presque trop bien réussi mon coup car, musicalement, ce tout premier disque de Jean-Alain Hoareau reste dans un style de chanson française très sage, qui le rapproche de Jean-Claude Rémy. Après une longue escale aux Antilles, il s'est installé à La Réunion en 1980 et a repris sa carrière discographique en enregistrant notamment des ségas, qui m'auraient sûrement plus intéressé.

Marsel Hurten, avec son prénom bizarrement orthographié, je ne le connaissais pas du tout non plus. Si j'ai pris ce disque, c'est pour deux raisons assez rigolotes qu'on trouve au verso de la pochette : la photo des membres du groupes accrochés à un mur (qui fait pendant au dessin du recto) et le nom de ce groupe, Les Croqueniols, assez pécore pour me rappeler les Solistes Campagnards de Monsieur Dupont ou Émile Doryphore et sa Coopérative Agricole.

Vous non plus vous ne connaissez probablement pas Marcel Hurstemans (son nom de naissance, apparemment), qui ces derniers temps a publié des disques en tant que BDB. Et pourtant, il a droit à son strapontin dans l'histoire de la chanson française puisque, en 1965, il a co-signé avec Hervé Vilard la musique de Capri, c'est fini (Sur le site du Musée SACEM, Hervé Vilard explique qu'il a composé la chanson sur son orgue, puis collaboré avec le guitariste Marcel Hurten pour la mettre en place et l'arranger, d'où la décision de co-signer avec lui). Je ne sais pas quelle part de droits est revenue à Hurten, mais ça a dû mettre du beurre dans les épinards !

Les chinois est le deuxième EP de Marsel Hurten, après La chaise d'église en 1965. Par la suite, il a sorti deux autres 45 tours chez Disc'AZ en 1967 et 1968, Fatalité et Cette musique là.

Comme on pouvait l'espérer à partir de la pochette et du nom du groupe, les chansons de mon disque sont dans une veine légère et humoristique qui, de la même époque, peut évoquer Vassiliu ou Ricet-Barrier.
Les chinois a un refrain efficace et des arrangements assez minimalistes qui me plaisent bien, avec la basse et l'orgue qui dominent. Si j'en crois les explications données pour décrypter les références catalogue de DMF, ce disque daterait de février 1966, avant donc Et moi, et moi, et moi de Dutronc, qui serait sorti en juin. Je me suis posé la question à cause des chinois, bien sûr, mais aussi à cause du "Et moi et bing et bong et bong" qu'on entend ici.
Pour Ça prendra toujours ("les serments d'amour..."), avec la présence de cuivres et le style de chant c'est plutôt à Nino Ferrer qu'on pense. Même remarque pour le dernier titre du disque, Pi Oméga 16, qui a également des attributs rhythm and blues.
Pour C'est normal... C'est normand, on donne plutôt dans le tango, sauf erreur de ma part.

Dans l'ensemble, je suis bien content de ma trouvaille, surtout pour sa face A. Pour ce qui est de DMF (a priori à l'origine pour ses fondateurs Desmarets, Marie, et Ferrant, avant que la société ne devienne Disque Microsillon Français), j'aurais dû me souvenir que j'avais déjà entendu parler de cette maison de disques puisque, en 2017, l'excellent label de réédition Caméleon a sorti Thésaurus Volume 1 : Label France D.M.F., un double-album compilation piochant dans la partie rock du catalogue du label. Pour l'occasion, une véritable enquête archivistique a été menée et on trouve plein de documents sur DMF sur le site de Caméléon. Marsel Hurten ne faisait pas exactement du rock, mais il aurait peut-être quand même mérité de figurer dans cette sélection.

A écouter chez Daniel Narezo :
Face A (Les chinois - Ça prendra toujours)
Face B (C'est normal... C'est normand - Pi Omega 16)


07 août 2021

LADANIVA : Ladaniva


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 30 juillet 2021
Réf : [sans] -- Édité par Ladaniva en France en 2021
Support : CD 12 cm
8 titres

Le matin du jeudi 10 juin dernier, j'ai écouté en me rasant l'émission Le réveil culturel de Tewfik Hakem sur France Culture dont les invités étaient la chanteuse Jacqueline Baghdasaryan et le multi-instrumentiste Louis Thomas du groupe Ladaniva :



C'était très bien et j'ai notamment particulièrement apprécié leur première chanson écrite en français, Pourquoi t'as fait ça ?. Et aussitôt après, je me suis dis que ce groupe serait parfait pour MIA3J, le mini-festival dédié à la création au féminin qui, depuis cinq ans, clôture le F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs. Et même, j'étais persuadé qu'ils seraient effectivement à l'affiche cette année. Quelques jours plus tard, quand le programme a été annoncé, mon intuition a été confirmée : Ladaniva était  programmé le 30 juillet.

L'an dernier, MIA3J avait dû être annulé mais le festival dans son ensemble avait été maintenu, dans une formule très réduite. Cette année, le festival a pu avoir lieu dans des conditions presque normales, sous réserve du respect des règles contre le COVID bien sûr. Il a fallu aussi se battre contre les éléments climatiques : les inondations estivales ont nécessité au dernier moment un changement de lieu de MIA3J.
Le véritable impact de la pandémie, c'est sur la programmation qu'il s'est fait sentir : quasiment aucune formation artistique basée hors d'Europe ne tournait cet été. Mais les styles musicaux, les cultures et les traditions musicales pratiquées en France et en Europe sont très riches, et au bout du compte l'affiche était aussi éclectique que les années précédentes. Et je confirme que ce festival, qui a le grand avantage de se dérouler tout près de chez moi, est l'un des meilleurs du monde, avec sa taille humaine et ses concerts en plein air et gratuits qui lui permettent d'accueillir un public réellement populaire et varié.


Ladaniva en concert à MIA3J, F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs, kiosque du Grand Jard à Châlons en Champagne, le 30 juillet 2021.

Le concert de Ladaniva a été l'un des très bons moments du festival.
Si le groupe est à l'origine un duo, la formation est bien plus étoffée sur scène, puisqu'ils sont sept sur cette tournée. Leur répertoire est constitué de compositions originales et de chansons traditionnelles (d'Arménie, d'où Jacqueline est originaire, et d'ailleurs). L'ensemble est joyeux, mais pas seulement, comme  avec Oror, qui évoque les conflits armés. C'est quand ils fusionnent les styles que je les préfère, avec notamment un reggae chanté en russe et, bien sûr, leur tube en puissance, Pourquoi t'as fait ça ?, dont les paroles ont été écrites par Louis en pensant que Jacqueline pourrait effectivement les dire.

Ce CD était en vente après le concert. Je ne pense pas que c'est leur premier album, qu'ils ont annoncé comme étant en préparation. Plutôt un objet promotionnel destiné aux professionnels et à la vente en tournée, qui regroupe leurs enregistrements de ces derniers mois, dont plusieurs ont fait l'objet d'une vidéo.
C'est un mini-album très compact (8 titres en 24 minutes) et ce qui est bizarre c'est que, après plusieurs écoutes et même si j'apprécie le disque dans son ensemble, mes titres préférés sont les quatre derniers plutôt que les quatre premiers ! Les deux que je n'ai pas encore cités sont Ajde jano (une chanson populaire serbe) et Kef chilini.

Vous y avez peut-être pensé : le nom du groupe fait bien référence au 4x4 Niva du constructeur Lada. Du coup, on pourrait dire que, avec cette tournée et ce disque, Ladaniva démarre au quart de tour.
Je sais c'est nul. Pourquoi j'ai fait ça ? Je n'ai pas pu m'en empêcher ! Mais promis je ne recommencerai pas.




Ladaniva, Pourquoi t'as fait ça ?, en direct et en duo pour La Voix du Nord en mars 2021.








Ladaniva à Lille en mai pour le Music Europe Day 2021. Quatre titres, dont Pourquoi t'as fait ça ? et Kef chilini.


Ladaniva en mini-concert pour l'émission Radio Géo Nova en novembre 2020, avec Vay aman, Hov arek sarer djan et Pourquoi t'as fait ça ?.


Ladaniva en concert le 3 décembre 2020 pour FIP / Culturebox dans le cadre de l'édition numérique des Trans Musicales 2020. Extrait de deux titres. Le deuxième est le reggae en russe joué à Châlons.

03 août 2021

ÉMILE VACHER : Elle aime les nègres


Acquis sur le vide-grenier d'Orconte le 25 juillet 2021
Réf : 250.464 -- Édité par Odéon en France en 1933
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Elle aime les nègres -/- Mon beau mâle

On est en août et, j'ai vérifié, c'est le premier disque acheté sur un vide-grenier cette année que je chronique. Cette petite brocante de village familiale et sympathique n'était pas ma première de l'année, mais les fois précédentes, j'en suis reparti soit bredouille, soit sans rien de vraiment intéressant. Je ne risque pas de faire une sélection de Mes grandes trouvailles de chine cette année !
Là, l'antiquaire du coin, plutôt sympathique, qui avait quelques 33 tours sans intérêt, a essayé de me refiler pour pas cher son petit tas de 78 tours. Je me suis contenté d'en extraire deux disques, mais j'ai regretté qu'il ait réussi à vendre tout son lot de 45 tours à un précédent client.

Je connais Émile Vacher (1883-1969) de réputation, et notamment son importance dans le développement du musette, mais c'est bien sûr avant tout pour le titre de sa chanson principale que j'ai sélectionné ce disque.

L'hiver dernier, j'ai fait l'acquisition du CD Colonies de la collection Chansons Actualités de Promo Sound, paru en 2003. Le principe de cette collection est d'associer une collection thématique de chansons à des extraits d'actualités sonores de l'époque.
Pour vous donner une idée du contexte, voici l'un des bobinots d'actualité qu'on y entend :

Au vu de la sensibilité du sujet, les notes de pochette prennent leurs précautions et leur distance :
"Cette floraison de refrains exotiques a donné naissance à d'authentiques petits chefs-d’œuvre (...), mais aussi, il faut bien le reconnaître, à quelques rengaines dont le racisme et le mauvais goût, pour débonnaire qu'ils se voulussent, n'était pas absent."

On trouve sur cette compilation des titres comme La biguine de Dranem, Un petit négro de Michel Simon, Il s'appelait Bou-Dou-Ba-Da-Bouh de Félix Mayol ou Le grand voyage du pauvre nègre d’Édith Piaf. On n'y trouve pas Elle aime les nègres, mais cette chanson y aurait eu toute sa place, et bien sûr les pincettes à prendre avec ses paroles sont identiques :

"Elle aime les nègres, les gras, les maigres
D'vant les trapus aux ch'veux crépus j' n'existe plus
Elle devient folle, perd la boussole
Elle gaspille pour eux tout mon fric ce n'est pas chic
Dès qu'l'un s'avance, c'est d' la démence
Pour s'faire comprendre elle leur dit "Goodbye and cheerio"
Elle joue du torse, le prend de force
C'est idiot mais elle est dingo des négriots
"

Sur ce disque, "l'accordéoniste virtuose" Émile Vacher est accompagné par son orchestre musette et par son pianiste de prédilection Jean Peyronnin. Si on arrive à faire abstraction des paroles, on peut apprécier la partie instrumentale de ce titre et se rendre compte que, tant au niveau de l'interprétation que des arrangements et de la qualité technique, c'est carrément excellent, digne du meilleur du jazz Nouvelle-Orléans ou des biguines.

Sur la face B, Mon beau mâle est une valse (chantée par une femme...). Là encore, l'instrumentation, excellente, a bien mieux vieilli que les paroles.

Ce disque est "historique", mais pas d'une époque si ancienne que ça, puisqu'il est sorti l'année de naissance de mon propre père. Et malheureusement, les chansons racistes n'ont pas disparu avec les années 1930 ni avec les colonies. Dans le n° 333 de Mojo daté d'août 2021 Brown sugar des Rolling Stones (1969) est qualifiée de "racialised colonialist rape fantasy" (en 1995, Mick Jagger a indiqué qu'il "n'écrirait plus cette chanson maintenant").

Avant de vous quitter, je me dois de vous avertir solennellement : Elle aime les nègres est une chanson efficace qui reste bien en tête. Méfiez-vous, il y a un risque marqué après écoute de vous retrouver à la fredonner à voix haute dans des endroits publics !

A écouter :
Émile Vacher : Elle aime les nègres
Émile Vacher : Mon beau mâle


En 2019 est sortie la compilation double-CD 50 titres (dont 15 inédits) Émile Vacher, créateur de la valse musette et de la java.

26 juillet 2021

RITCHIE VALENS : La bamba


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 21 juillet 2021
Réf : 109423 -- Édité par Les Éditions Productions Georges Mary / Ariola en France en 1987
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La bamba -/- Donna

L'autre jour, quelqu'un a mis cette pochette de disque sur Facebook. En la voyant, j'ai tiqué. Pour qui connait l'affiche et la pochette de la bande originale du film La bamba, qui raconte la courte vie de Ritchie Valens, il est clair que cette réédition de la version originale s'en inspire très fortement :



D'habitude, le parasitisme commercial dans le disque, qui m'a souvent intéressé ici (voir A whiter shade of pale, Seaside shuffle, Venus ou Al Capone par exemple), se fait dans le sens inverse : il y a un très grand tube et immédiatement ou presque, les groupes et les maisons de disques se précipitent pour essayer de capter une part du succès, avec des reprises à l'identique, des pochettes trompeuses, des "versions originales françaises", etc.
Là, on est dans le cas très particulier où le tube du moment est une excellente reprise, par Los Lobos, et un label qui détient les droits sur la version originale la ressort en essayant de bénéficier du succès du film.
Une première réédition de 1987 en France, avec la même référence catalogue et Donna en face A, était moins bien efficace question pochette puisque, même si le lettrage de "L'original" rappelle celui de "La bamba" sur l'affiche, on ne fait pas le lien avec cette affiche quand on voit la pochette :



Quand j'ai découvert cette pochette en ligne, vers la mi-juillet, j'ai été suffisamment intéressé pour aller rechercher la fiche du disque sur Discogs et je me suis noté de prendre ce disque, que je ne connaissais pas du tout, si jamais je tombais un jour dessus. Et ce même si en ce moment, avec très peu de brocantes organisées, les occasions de faire des trouvailles sont rares. Et pourtant, v'là-t'y-pas que, à ma visite suivante chez l'Emmaüs du coin, où un nouveau lot de disques venait enfin d'arriver, je tombe précisément sur ce disque !!
Et là, j'ai été efficace puisque, évidemment, quand j'ai sorti le disque de sa pochette, il était cassé. Et vraiment cassé, pas juste une petite rayure. Dépité, je l'ai remis dans sa pochette, et j'ai continué à fouiner, mais ça m'embêtait car après tout ce qui m'intéressait avant tout dans ce 45 tours c'était sa pochette.
Je l'ai repris, j'ai ressorti le disque, essayé de voir si on pouvait éventuellement recoller les deux bouts, et c'est alors que j'ai remarqué que le disque que je tenais dans mes mains n'était pas le bon : il s'agissait de la version Los Lobos de La Bamba !
Or, cette version Los Lobos, que j'ai depuis longtemps en album et en single, je venais d'en voir un exemplaire une minute plus tôt.
Je suis revenu en arrière et, bingo !, dans la pochette de Los Lobos j'ai trouvé mon disque de Ritchie Valens en parfait état. Il faut se battre parfois pour acheter un disque, mais il arrive qu'on soit récompensé...

Je suis d'une génération où l'on a plutôt dansé sur El Bimbo de Bimbo Jet que La bamba ! Je ne connaissais ni la version originale ni celle années soixante de Los Machucambos et c'est vraiment avec la reprise de Los Lobos que j'ai découvert cette chanson.
Apparemment, l'idée de faire un arrangement rock de cette chanson traditionnelle mexicaine n'est pas venue de Ritchie Valens. Mais du coup il est considéré comme le premier rocker latino, même si sa langue natale était l'anglais, ce qui signifie qu'il a dû apprendre phonétiquement les paroles toutes simples de cette danse.
La bamba est parue à l'automne 1958, en face B de son deuxième 45 tours, Donna, quelques semaines après le premier, Come on, let's go (repris notamment par les Ramones). La bamba n'a donc été un succès pour Ritchie Valens qu'après sa mort. C'est un excellent titre rock and roll avec une production de l'époque qui le fait sonner très brut aujourd'hui.
Donna est une ballade, presque un archétype de slow, mais en juste 2'20.
Il est vertigineux de se rendre compte que, quand Ritchie Valens est mort en plein succès le 3 février 1959, dans un accident d'avion qui a tué également le pilote, The Big Bopper et Buddy Holly, il n'avait qu'un peu plus de 17 ans et demi.

En 1987, pour exploiter le succès du film et sa bande originale, un autre disque crédité à Ritchie Valens a été publié (et a dû pas mal se vendre car je le vois plus souvent passer que cette version originale). Il s'agit de La bamba '87. Comme le titre l'indique, il s'agit d'un nouveau mixage supervisé par le producteur original Bob Keane, à fuir absolument puisqu'il semble que, de l'enregistrement original, seule la voix a été conservée.


Quelques images de Ritchie Valens jouant La Bamba mises en boucle sur le son du disque.

20 juillet 2021

THE CHEERS : Black denim trousers and motorcycle boots


Acquis chez YMCA à Douvres le 2 mars 2020
Réf : CL.14377 -- Édité par Capitol en Angleterre en 1955
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Black denim trousers and motorcycle boots -/- Some night in Alaska

Ce disque fait partie du très beau lot de 78 tours que j'ai trouvé à Douvres lors de mon dernier séjour en date en Angleterre, début mars de l'an dernier, juste avant les fermetures de frontières. C'était l'un des rares titres que je connaissais de réputation et, si je ne l'ai pas chroniqué tout de suite, c'est parce que j'ai été déçu sur le coup quand j'ai sorti le disque de sa pochette et découvert qu'il était ébréché. Je ne peux donc pas écouter les premières secondes des deux faces.

Black denim trousers and motorcycle boots
est une chanson importante à plusieurs titres : c'est l'un des premiers très grands succès écrits par Jerry Leiber et Mike Stoller; c'est aussi la première d'une longue lignée de chansons sur les motards; et, adapté en L'homme à la moto, c'est aussi l'un des grands succès d'Edith Piaf.

On parle très rarement du groupe The Cheers à propos de cette chanson, sûrement parce qu'ils ne font "que" la chanter. Il était composé de Bert Convy, Sue Allen et Gil Garfield. Ils avaient déjà eu du succès avec (Bazoom) I Need Your Lovin' en 1954, le premier tube écrit par Leiber et Stoller, mais les autres singles sortis entre-temps s'étaient bien moins vendus.

Black denim trousers and motorcycle boots
est considérée comme l'un des premiers tubes de rock and roll par un groupe blanc. Rock and roll, les paroles le sont indubitablement, avec cette histoire tragique d'un motard, non pas en blouson mais en jean noirs et bottes, qui termine volatilisé sous les roues d'une locomotive. Deux ans après la film L'équipée sauvage avec Marlon Brando, quelques semaines avant l'accident de voiture de James Dean, cette chanson a littéralement contribué à créer un genre, qui a peut-être bien atteint son apogée avec Leader of the pack des Shangri-Las.
Mais côté musique, même si le rythme est endiablé, on est assez loin du rock and roll. D'ailleurs, l'une des inspirations évidentes de Leiber et Stoller, c'est un tube country & western de 1950 de Frankie Laine, The cry of the wild goose.
Et il y a une remarque que je me suis faite pour la première fois en préparant cette chronique. En fait, tout est outrancier dans cette chanson, les paroles et aussi la production musicale et les arrangements, avec les chœurs et effets sonores. Du coup, en repensant au fait que mon lot de 78 tours comportait surtout des pastiches et des parodies, comme les disques de Stan Freberg et Red Ingle, j'en viens à me dire qu'au départ cette chanson n'était peut-être pas à prendre entièrement au premier degré.

Pour ce qui est de L'homme à la moto, ce qu'il faut noter c'est que, pour une fois, l'adaptation des paroles en français par Jean Dréjac, et même l'arrangement musical, sont très fidèles à la version originale. Apparemment, c'est Piaf elle-même qui avait repéré la chanson lors d'une tournée aux États-Unis et qui a décidé de la reprendre.

La face B, Some night in Alaska, écrite par Mel Leven, est une chanson pop légère, où il s'agit de réussir à convaincre une fille de passer une soirée en Alaska, où les nuits durent six mois, histoire d'avoir le temps de faire sa conquête.


Édith Piaf, L'homme à la moto, à la télévision le 5 août 1956, après un court entretien avec Henri Spade. Au passage, par un raccourci dévastateur dans son annonce, elle fait de Jean Dréjac le seul auteur de la chanson.


Dans la série Ces chansons qui font l'été de France Info, la chronique de 2020 de Bertrand Dicale, "L’Homme à la moto" d’Édith Piaf ou la mort à deux roues.


Une belle couverture de partition pour Black denim trousers and motorcycle boots.

10 juillet 2021

THE KINKS : Mister Pleasant


Acquis aux Puces du Canal à Villeurbanne le 9 avril 2006
Réf : PNV 24 191 -- Édité par Pye en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Mister Pleasant -- This is where I belong -/- Two sisters -- Village green

Le producteur Shel Talmy, connu notamment pour son travail avec les Kinks et les Who, aura 84 ans le mois prochain. Visiblement, il tient la forme et il raconte régulièrement sur Facebook ses souvenirs d'enregistrements (en espérant qu'on lui proposera à un moment de les rassembler dans un livre). Son article cette semaine sur Mr. Pleasant a particulièrement retenu mon attention.



Il y explique que, pour cet enregistrement, les quatre membres des Kinks ont été rejoints par John Beecham au trombone, Nicky Hopkins au piano et l'épouse de Ray Rasa aux chœurs.
Aujourd'hui encore, il n'arrive pas à s'expliquer pourquoi cette chanson enregistrée début 1967 n'est pas sortie en face A de single en Angleterre. Ce fut pourtant bien le cas en avril 1967 un peu partout en Europe (avec This is where I belong en face B) puis en mai aux États-Unis (couplée cette fois avec Harry rag). Mais en Angleterre, Pye a renoncé à sortir ce disque et s'est concentré sur Waterloo sunset, devenue un classique, enregistrée en avril et sortie en mai.
Mister Pleasant n'a été publiée en Angleterre qu'en octobre 1967, en face B d'Autumn almanac.
Une fois connue la décision du label, et impressionné par la performance de Nicky Hopkins, Talmy lui a fait enregistré une version instrumentale de Mister Pleasant, sortie sur un 45 tours crédité à Nicky Hopkins & the Whistling Piano.

Tout ça fait bien mon affaire car Mister Pleasant est l'un des deux seuls EP des Kinks que je possède. J'ai acheté mon exemplaire à Villeurbanne il y a quinze ans, le même jour que le Louie Louie des Beach Boys, alors que je publiais ce blog depuis quelques mois.
J'avais noté à l'époque que c'était un professionnel plutôt sympathique qui m'avait vendu ce disque issu de sa propre collection. Je constate aujourd'hui en l'examinant de près qu'il avait dû bien l'écouter, son disque : la pochette est en plutôt bon état mais le disque lui-même est très marqué, avec des rayures et même des impacts. Il passe difficilement sur une platine récente (mais je suis sûr qu'avec un électrophone je n'aurais pas de problème !).

On sait que la France était l'un des rares pays à cette époque à publique systématiquement les 45 tours sous la forme d'EP quatre titres. Le plus souvent, le label français rassemblait deux 45 tours face A face B et ça faisait l'affaire. Ou alors, on allait chercher deux pistes d'album pour compléter un 45 tours deux titres. Dommage que sa pochette soit aussi moche mais, fait probablement unique pour un groupe de cette stature, quand cet EP Mister Pleasant est sorti en France, ses quatre titres étaient complètement inédits en Angleterre !!
On a vu ce qu'il en était de Mister Pleasant. Quant à This is where I belong, elle n'est jamais sortie à l'époque en Angleterre, mais on peut supposer que la compilation américaine The Kink Kronikles de  1972 y a largement été importée.
Quant aux deux autres chansons, elles n'étaient carrément disponibles qu'en France à ce moment. Two sisters a ensuite été incluse en septembre 1967 sur l'album Something else by The Kinks et quant à Village green, c'est carrément dix-huit mois plus tard (une éternité en temps années soixante) qu'elle apparaîtra sur The Kinks are the Village Green Preservation Society.

Écoutons ces chansons maintenant.
En fait, je serais assez d'accord avec le label anglais, puisque Mister Pleasant est la chanson du lot que j'aime le moins. Il y a un côté rétro qui, en parallèle ou associé au psychédélisme, a marqué le rock de 1967. C'est plaisant, effectivement, pas mauvais du tout, mais Ray Davies a fait beaucoup mieux par ailleurs.
This is where I belong est la chanson la plus rock du lot et aussi la plus "ancienne", puisqu'elle date des sessions de l'album Face to face un an plus tôt. C'est très bien, et il y a à nouveau un lien très ténu avec mon actualité du moment sur les chansons de Jonathan Richman, puisque Jonathan a participé en 2002 à l'album-hommage This is where I belong, sur lequel il reprend Stop your sobbing.
Two sisters est une très belle chanson. Ray Davies avait six sœurs aînées. Il avait sûrement beaucoup d'expériences et de souvenirs à partager à leur sujet mais, comme il l'expliquait lui-même lors  d'un concert en 2010, le véritable sujet de cette chanson sur les différences de caractère et les jalousies fraternelles, c'est Ray et son seul frère Dave, le guitariste du groupe.
Village green est une autre très bonne chanson. On peut considérer qu'elle est la chanson à l'origine de l'album désormais très réputé The Kinks are the Village Green Preservation Society puisqu'elle est la première à avoir été composée, et l'album devait initialement porter son titre.

Ces chansons sont partie des derniers enregistrements des Kinks produits par Shel Talmy. Ray Davies a pris le contrôle complet ensuite et s'est installé seul à la barre. Mais, comme Shel Talmy a eu l'occasion de le faire remarquer, le groupe a eu moins de succès après son départ.


The Kinks, Mr. Pleasant. Le groupe s'amuse bien sur le plateau de l'émission de télévision allemande Beat Club, le 20 mai 1967.

04 juillet 2021

LAURIE ANDERSON : O Superman


Acquis chez Carrefour à Châlons-sur-Marne en 1981
Réf : 17870 -- Édité par Warner Bros en France en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : O Superman (For Massenet) -/- Walk the dog

O Superman est sorti il y a quarante ans. Ça nous a notamment valu un article dans The Guardian sur son enregistrement et son succès. Il y a aussi l'album Big science de 1982, sur lequel on retrouve O Superman, qui vient d'être réédité en vinyl rouge et qui est chroniqué dans Uncut.
Et puis, sans aucun lien avec ce qui précède, l'ami John Pearce (alias Alig de Family Fodder) a inclus en mai sur l'un de ses albums numériques un très beau titre où il rend hommage à Laurie Anderson, en se souvenant du choc de la découverte d'O Superman et du concert auquel il a assisté à Londres à l'époque :


John Pearce (Alig Fodder), Laurie Anderson, extrait de l'album Talk show, 2021.

Comme le rappelle utilement Uncut, Laurie Anderson ne sortait pas de nulle part. Simplement,c'est dans les milieux artistiques d'avant-garde qu'elle était déjà très active depuis plusieurs années, montant des performances dans des lieux publics. En 1979, le New York Times l'a qualifiée de “best and most popular performance artist of her age”. Le San Francisco Art Institute l'avait faite docteur honoris causa et le Guggenheim lui avait attribué une bourse universitaire. Elle a visiblement toujours utilisé la musique et la technologie dans les performances, mais c'est presque par hasard qu'elle a basculé dans le monde du "rock" et de l'industrie du disque. C'est B George, l'un des auteurs de Volume : International discography of the New Wave, qui a rendu possible cette bascule. Il a d'abord convaincu Laurie Anderson de publier un 45 tours sur son label One Ten et, comme il le raconte au Guardian, quand John Peel l'a invité à programmer une séquence dans son émission pour parler de l'encyclopédie, il y a inclus O Superman. Ça a plu à Peel et à ses auditeurs, qui ont cherché à se procurer le disque et le reste est de l'histoire, comme disent les anglais, puisque, après avoir signé chez Warner, qui a réédité le single, O Superman est devenu en Europe l'un des tubes les plus bizarres et surprenants de l'histoire de la pop.
J'imagine qu'en France aussi, c'est d'abord des gens comme Bernard Lenoir qui ont passé les huit minutes d'O Superman en intégralité. Mais ensuite ça a débordé sur les radios commerciales et O Superman, comme à la même époque Being boiled ou un peu avant Money, a vraiment été un succès par chez nous. La preuve : c'est à Carrefour que je me suis procuré mon exemplaire à l'époque, qui venait rejoindre dans ma discothèque des tubes improbables mais peut-être plus pop comme Radioactivity.

O Superman est dédié à Jules Massenet. Le lien se fait particulièrement avec un air du troisième acte de son opéra Le Cid de 1885, Ô souverain, ô juge, ô père. A l'écoute, je n'entends aucune parenté musicale entre les deux titres, mais il y a une parenté évidente pour les paroles puisque O Superman débute par "O Superman, O Judge, O Mom and Dad".

Je n'y avais jamais prêté attention, mais il y a un rapport entre la face B, Walk the dog, et mon actualité autour de Jonathan Richman puisqu'il y a un batteur sur ce titre et ce batteur c'est D. Sharpe, membre des Modern Lovers en 1977-1978, qui avait rejoint le Carla Bley Band au début des années 1980.

O Superman et Walk the dog, tout comme la plupart des titres de Big science, font partie d'un grand projet de Laurie Anderson, United States, un spectacle de huit heures dont la première en intégrale n'a été donnée qu'en 1983, mais Laurie Anderson en a joué des extraits à de nombreuses reprises les années précédentes. Je ne me suis pas intéressé à l'époque au coffret live cinq disques d'extraits de United States, vendu pourtant à un prix relativement abordable, parce que j'étais persuadé que ce serait trop expérimental pour moi. Je le regrette sincèrement aujourd'hui parce que les extraits que j'en ai vus montrent que je me trompais, surtout ceux de sa prestation à Liège au Cirque Divers en 1981, qui m'a carrément mis par terre : en effet, comme le montre l'extrait de trois titres ci-dessous, ce soir-là Laurie Anderson, qui ne parle visiblement pas particulièrement bien notre langue, a pris la peine de traduire l'intégralité de son spectacle en français ! C'est excellent et je me précipiterais dessus s'il en existait un enregistrement audio de qualité.

Dans les faits, je n'ai acheté quasiment aucun disque de Laurie Anderson après O Superman, notamment parce que j'ai été déçu par des écoutes rapides de ses albums des années 1980. Par contre, l'ami Philippe D. m'a offert il y a quelques temps la bande sonore de Heart of a dog, un projet filmé de Laurie Anderson de 2015, et je l'ai particulièrement appréciée.

En avril 2021, Laurie Anderson a été l'invitée d'Arnaud Laporte dans l'émission Affaires culturelles sur France Culture. En mai (voir ci-dessous), elle a interprété O Superman lors d'un Tiny Desk (home) concert.


Laurie Anderson en concert au Cirque Divers à Liège en 1981 :
O Superman,
Language is a virus from outer space et Let X=X. Paroles adaptées en français par Danièle Nyst.


La vidéo réalisée à l'époque pour O Superman.


Laurie Anderson, Walk the dog, en direct et en solo dans l'émission Late night with David Letterman, le 8 mai 1984. Imaginez une performance similaire chez Drucker...


Laurie Anderson, Tiny Desk (home) concert, 20 mai 2021 : Let X=X, Violin cello improv et O Superman. Laurie Anderson est accompagnée par Rubin Kodheli au violoncelle et Roma Baran, la productrice d'O Superman et Big science, au synthétiseur.


26 juin 2021

THE MODERN LOVERS : The morning of our lives


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 14 décembre 2020
Réf : BZZ7 -- Édité par Beserkley en Angleterre en 1978
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The morning of our lives -/- Roadrunner (Thrice)

Je viens de publier un nouveau livre, Notre temps c'est maintenant : Une farandole de chansons de Jonathan Richman, qui propose à travers une trentaine de chroniques un panorama d'un demi-siècle de chansons du fondateur des Modern Lovers, de la première parue, The new teller en 1975, à l'une des plus récentes, Cold pizza en 2020.

Pour marquer le coup, j'ai ressorti ce 45 tours, que l'ami Dorian Feller m'a fort opportunément et très gentiment offert il y a quelques mois (il a acheté cet exemplaire en parfait état dans une bourse aux disques, je crois).
J'avais déjà un autre exemplaire depuis longtemps, mais il était assez pourri et surtout sans pochette. Non que cette pochette soit particulièrement remarquable, avec ses photos en noir et blanc prises lors des concerts qui ont donné lieu à l'album Modern Lovers 'live', dont la face A est extraite. La pochette de l'autre single extrait de l'album, New England, qui m'a aussi été offert par Dorian, n'était pas mieux.
Sur la pochette, le crédit est à The Modern Lovers, comme sur l'album live, mais c'est Jonathan Richman & the Modern Lovers qui est indiqué sur le rond central du disque, comme pour les deux premiers albums studio officiels parus précédemment. Sur ce rond central, toujours, il y a la mention "© 1977", mais on était à la fin d'une année discographiquement très chargée pour Jonathan Richman (single Roadrunner, album Rock 'n' roll with..., single Egyptian reggae, album live) et selon certaines sources ce 45 tours serait plutôt sorti début janvier 1978.
J'aime bien le slogan publicitaire qu'on trouve au dos de la pochette, "The most fun you can have with your clothes on". En plus sage, il fait penser aux fameux slogans de Stiff Records à la même époque.

La face B de ce 45 tours, Roadrunner (Thrice), ne figure pas sur l'album, tout comme les faces B live de New England et Buzz buzz buzz que j'ai déjà eu l'occasion de chroniquer ici. Mais même Roadrunner (Thrice), je l'ai déjà chroniquée puisqu'elle est aussi en face B de My little Kookenhaken, un 45 tours paru uniquement au Benelux.
Quant à The morning of our lives, c'est une chanson qui compte beaucoup pour moi. Ce n'est pas un hasard si le titre du livre reprend une partie du refrain de cette chanson !
Plutôt que de me répéter, je reproduis ci-dessous les deux chapitres du livre dédiés à The morning of our lives et Roadrunner.
Quant au livre lui-même, comme les précédents il est disponible gratuitement en téléchargement. Seule la version imprimée est en vente (11€ port compris pour la France). Pour les non-francophones, il existe une version en anglais, Our time is now.



The morning of our lives

Parutions :
Modern Lovers live (1977)
Morning of our lives single (1978)


Cette chanson n'a été publiée que dans une version en public, mais celle-ci est parfaite.
Je n'ai pas recours pas aux livres sur le bien-être ni aux séminaires de motivation personnelle ou aux manuels pour savoir comment conduire sa vie. Il y a peu de chance que je le fasse un jour puisque, à elle seule cette chanson peut remplir toutes ces fonctions. Elle a d'ailleurs été l'un des piliers essentiels de la hip-pop optimiste, le pseudo-concept philosophico-musical élaboré autour de mon émission de radio Vivons heureux ! (en attendant la mort…).

On est en fin de concert, sûrement même au moment du dernier rappel (Jonathan lance un "Goodnight" à la fin, et le titre a été placé à la toute fin de l'album).
La chanson démarre lentement, le rythme est donné par la guitare, des petits coups de baguette, des notes de basse isolées. L'instrumentation est minimale mais parfaitement dosée et, dès le début, on entend au loin que le public accompagne le groupe en claquant des mains en rythme.

Pour cette chanson, Jonathan s'adresse à une amie et cherche à l'encourager et à lui donner confiance : "J'ai foi en toi. Parfois toi-même tu ne crois pas en toi, mais j'ai foi en toi. Et notre temps c'est maintenant, maintenant on peut faire tout ce qu'on veut vraiment faire, notre temps c'est maintenant, là au matin de notre vie".
A ce moment, il appelle en renfort à ses amis du groupe, Leroy, Asa et D. Sharpe pour qu'ils lui disent en chœur de ne pas avoir peur, que tout va bien et qu'ils l'aiment aussi.
Il se passe quelque chose d'extraordinaire au cours de la dernière minute de cette chanson assez longue. A la fin du dernier refrain, il y a comme une micro-pause, et on sent comme une explosion du public, qui réagit ("Yeah !" et applaudissements) et reprend plus fortement les claquements de mains pour un coda au cours duquel le chanteur s'adresse visiblement désormais à tout le public et pas juste à une amie : "Nous sommes jeunes maintenant… Maintenant il est temps pour nous d'avoir foi en ce que nous pouvons faire. Aucune raison d'avoir peur.".
C'est puissant et émouvant, le genre de moment de joie et d'émotion collectives qui n'est pas rare dans un concert de Jonathan Richman mais qui est habituellement difficile à faire revivre sur un enregistrement.
Le plus étonnant dans tout ça c'est que cette très belle chanson, qui n'a rien d'une pépite pop, a été choisie comme face A du premier 45 tours extrait de l'album en Angleterre, avant même le plus évident New England. Dans la foulée du succès d'Egyptian reggae, le titre a même été classé, très brièvement, dans les 30 meilleures ventes du pays.

J'ai choisi dans ce livre de me concentrer sur les versions des chansons parues officiellement, mais pour cette chanson particulièrement importante qu'est Morning of our lives j'ai décidé de faire une exception. Certes, l'excellente version en public se suffit à elle-même mais, sans les publier, Jonathan Richman en a enregistré d'autres versions dans la période entre les albums Back in your life (1979) et Jonathan sings ! (1983), et ces versions, qui circulent parmi les fans, sont intéressantes.
A l'écoute, on y apprend un détail (l'amie à laquelle il s'adresse se nomme Carol) et surtout que Maurice Chevalier a été l'une des inspirations de cette chanson. Sur la scène du Left Bank en 1981, il explique qu'il a lu un livre de Maurice Chevalier (je n'ai pas retrouvé la source en feuilletant le livre, mais il est possible que ce soit son recueil de mémoires Ma route et mes chansons) dans lequel il expliquait que, quand il voyait de jeunes amoureux s'embrasser dans les rues de Paris, il aimait les regarder car ils prenaient du bon temps et il avait envie d'aller leur dire quelque chose comme, "Mes amis, profitez-en tant que vous pouvez". C'est ce qui a inspiré un couplet supplémentaire de la chanson.
Dans une session studio inédite vers 1981, ça donne "If Maurice Chevalier were here today, he'd take us all by the hand and say : Enjoy it while you can. For me, it is the twilight, but for you it's the morning, ladies and gentlemen. Our time is maintenant, le time to do les choses, comment dit-on, tu vraiment veux, oui, le temps est maintenant, le matin de notre vie. (...) Nous avons la jeunesse maintenant.". Formulé un peu différemment, mais toujours en français dans le texte, ça donnait dans une session à la maison de Jonathan Richman avec Andy Paley vers 1979, "Le temps est maintenant, le temps de faire les choses que vous vraiment aimez. Notre temps est maintenant, dans le matin de notre vie.". Comme ça, vous savez d'où vient le titre de ce livre...
S'il y a une autre chanson du même calibre que j'associe à celle-ci, c'est Affection. Pour vérifier que le concept de jeunesse est relatif, on peut aussi se reporter à Just about seventeen : quel que soit son âge, à chaque écoute de The Morning of our lives on se sent jeune, prêt à prendre un nouveau départ et suffisamment plein de vie pour, par exemple, entonner une autre chanson de Jonathan Richman, l'hyper énergétique et entraînante I'm just beginning to live (1985), dont les principales paroles à part "Je commence juste à vivre" sont "Wang a dang a dang a do a dang dang".
Mais il ne faut pas se leurrer. Avec la mort en janvier 2021 de Leroy Radcliffe, qui suit celle d'Asa Brebner en 2019 et de D. Sharpe en 1987, il n'y aurait plus personne pour répondre à Jonathan s'il chantait Morning of our lives aujourd’hui. On a une pensée pour eux, en méditant sur le fait que le matin de nos vies est toujours trop court.

Roadrunner
Parutions :
Beserkley Chartbusters Volume 1 (1975) (Version Once)
The Modern Lovers (1976) (Version Twice)
Roadrunner single (1977) (Versions Once et Twice)
Morning of our lives single (1978) (Version Thrice)
The original Modern Lovers (1981) (Versions # 1 et # 2)
Live at the Longranch Saloon (1992)


Si le titre de Jonathan Richman qui s'est le mieux vendu est Egyptian reggae, celui qui est communément considéré comme un classique du rock est Roadrunner. Construite sur seulement deux accords, cette chanson est instantanément reconnaissable, que ce soit par le "One, two, three, four five six" compté d'entrée, le riff de trois notes, "Blang !, Blang !, Blang !", ou les "Roadrunner ! Roadrunner !" en défouloir dans le refrain.
Avec six versions différentes publiées, elle doit tenir le record parmi tous les titres enregistrés par Jonathan Richman, mais elle a été peu jouée sur scène depuis la fin des années 1970.
Depuis plusieurs années, certains militent pour faire de Roadrunner la chanson officielle de l’État du Massachusetts, mais certains élus lui préfèrent Dream on d'Aerosmith (Jonathan pense que sa chanson n'est pas assez bonne pour mériter tel honneur...). En tout état de cause, si Roadrunner est un hymne, c'est à la balade en voiture autour de Boston, seul la nuit, en écoutant la radio. Dans Roadrunner (Thrice), la version en public de 1977, le sentiment qui se trouve au cœur de la chanson est parfaitement résumé : "I wouldn't say I feel lonely. I would say that I feel alive, all alone. 'Cos I like this feeling of roaming around in the dark, and even though I'm alone out there, I don't mind, 'cos I'm in love with the world.".

Quand j'ai découvert cette chanson, avec l'achat de Beserkley chartbusters volume 1, j'ai souvent essayé d'en imaginer une version personnalisée, adaptée à mon mode de locomotion et à ma ville d'origine, Châlons-sur-Marne. Au lieu de croiser en voiture dans la banlieue, j'avais la Mobylette précédemment utilisée par mon père pour aller travailler en équipe à l'usine et qui m'avait été offerte pour mes quatorze ans, et j'imaginais des trajets dans le froid cinglant de l'hiver, du quartier Saint-Thiébaut au local de répétition du Ouane Brothers Band à Fagnières, ou de la maison des amis à Coupéville jusqu'à chez mes grands-parents rue des Martyrs de la Résistance.

Sister Ray du Velvet Underground est souvent citée comme un modèle pour Roadrunner. En me cantonnant à ce groupe, je penserais plutôt aux longues envolées avec orgue du Live 1969, ou encore un amalgame de deux titres enchaînés sur Loaded, Sweet Jane pour le riff et Rock & Roll pour l'amour de la radio et du rock.
Une influence non musicale est mentionnée par Jonathan lui-même dans un article d'ARTnews, celle d'Edward Hopper, notamment Essence (1940). Il explique que Roadrunner en particulier, une chanson sur les nuits solitaires sur des routes solitaires et sur la façon dont les lumières sont comme des amis dans la nuit, lui doit beaucoup.
Parmi toutes les versions disponibles, celle que je recommande en priorité c'est celle avec un son crade et un orgue saturé produite début 1972 par John Cale et publiée en 1976 sur The Modern Lovers. Elle est connue comme la version Twice depuis qu'elle a été mise en face B d'un 45 tours en 1977. Les autres versions de cette époque, en public ou produites par Kim Fowley, sont plus anecdotiques, y compris la Version 2 sur Original Modern Lovers, avec Mars Bonfire à la guitare à la place de Jonathan, qui date de l'automne 1973 et qui, en moins de trois minutes, est la plus ramassée. La version Once, avec le groupe Earth Quake, publiée en 1975 sur Beserkley Chartbusters Volume 1, est plus sage et sans orgue, les guitares y sont donc en valeur. La version Thrice, enregistrée à Londres en 1977 en même temps que Modern Lovers Live, est la plus longue et c'est très bien ainsi, surtout que c'est la seule enregistrée avec la formation de cette époque.

Elle est très différente musicalement, mais à la même époque The Modern Lovers avaient à leur répertoire une chanson très proche de Roadrunner par ses paroles, Ride down on the highway, sauf que là Jonathan n'était pas seul, mais accompagné d'une petite amie. Je n'en ai pas fait un inventaire exhaustif, mais Jonathan a composé de nombreuses chansons sur son Massachusetts natal, à commencer par New England : Fenway Park, The Fenway, Twilight in Boston, Winter afternoon by B. U. in Boston, As we walk to Fenway Park in Boston Town,...
Roadrunner a souvent été reprise, notamment, pour rester dans la galaxie Beserkley, par le Greg Kihn Band en 1979 et par Joan Jett en 1986. En 1984, The Jazz Butcher en a publié une version accélérée en face A de single. La version la plus réputée est sans contexte celle des Sex Pistols, enregistrée en répétition en 1976 et publiée en 1979 sur la bande originale du film La grande escroquerie du Rock 'n' Roll. Elle est enchaînée avec Johnny B. Goode de Chuck Berry et Johnny Rotten s'énerve car il ne connaît pas les paroles.
Pour ma part, le 5 février 1988, en Bretagne près de Morlaix, je me suis hissé à la hauteur de Johnny Rotten en rejoignant Biff Bang Pow ! sur scène dans une discothèque déserte pour massacrer allègrement Roadrunner. L'une des rares fois où j'ai "chanté" en public.