20 juin 2021

IRMÃO VICTOR : Irmão Victor


Offert par Pierre Søjdrug par correspondance en juin 2021
Réf : POPSUP 180716/1 -- Édité par Pop Supérette en France en 2018
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Pierre Søjdrug m'a signalé fin 2018 que son label Pop Supérette avait publié un album d'Irmão Victor, un groupe brésilien formé autour de Marco Benvegnù, qui en compose tous les titres. Il était disponible en 33 tours et en numérique sur Bandcamp, mais un CD était annoncé. Je l'ai pré-commandé, mais Pierre n'a finalement jamais pu le sortir. Je me suis alors rabattu sur le numérique, jusqu'à il y a quelques semaines, quand Pierre m'a gentiment proposé de m'offrir un exemplaire du vinyl, probablement l'un des derniers de cette édition limitée à 320 exemplaires qui sera probablement bientôt épuisée.

Cet album contient une sélection de titres de deux albums précédents d'Irmão Victor, Passos simples para transformar gelatina em um monstro (Étapes simples pour transformer la gelée en monstre, 2016) et Cronópio? (2018), avec en prime deux inédits et un enregistrement en concert.
Comment un groupe brésilien se retrouve-t-il à sortir un disque sur un petit label français ? Grâce à l'internet, comme le raconte General POP, puisque c'est après avoir découvert leurs albums sur Bandcamp que Pierre a contacté le groupe.

A la première écoute, c'est à l'ami Dorian Feller et son Brodé Tango que la musique d'Irmão Victor m'a fait penser. Ça reste valable à plusieurs moments, dans diverses tournures musicales, mais aujourd'hui c'est principalement sur l'instrumental Eu morava perto do quartel (J'habitais près de la caserne) que j'entends cette parenté.
C'est d'autres français, Porta S. et La Semence Pastorale, que m'évoque Órbitas ao redor da estátua de Vitor Mateus Teixeira (Orbites autour de la statue de Vitor Mateus Teixeira), un autre instrumental, celui qui ouvre le disque. D'une manière générale, les compositions d'Irmão Victor ne sont pas de la pop basique. Ça part dans tous les sens, avec diverses phases et des changements de rythmes et de mélodies. Quand ça tourne un peu jazz, comme au début d'O tendel. D'ailleurs, il se trouve que j'aime un peu moins la première face du disque que la seconde, sauf le premier titre, donc, et aussi le dernier, D.U.R.O., qui a de très légers accents de funk et de hip hop.
Sur cette face B, j'apprécie particulièrement A flor do meu bairro se mandou (La fleur de mon quartier est partie) qui me rappelle le Scritti Politti des débuts. Pour rester dans un léger esprit post-punk, j'ai eu l'impression qu'Assistindo a vaca e o frango com a salete (Regarder la vache et le poulet avec la salette (?)) démarrait comme du Josef K sous Prozac.
Quant aux autres titres, Canção pra minha chaleira vermelha (Chanson pour ma bouilloire rouge) a un petit côté easy listening des îles, Serenata mociara est marquée par les interventions d'instruments à vent, et à un moment quand elle part en solo, la guitare sur Diógenes Basegio (A rainha da dança) m'a fait penser à celle de Maurice Deebank.

La collaboration entre Irmão Victor et Pop Supérette s'est poursuivie puisque, en 2019, l'album suivant Mariposário a aussi été publié par le label, en CD, et enregistré en partie en France, où Marco Benvegnù a séjourné un moment. Je regrette de ne pas avoir vu Irmão Victor en concert à ce moment-là. Espérons que l'occasion se représentera.




Irmão Victor, Diogenes basegio, en direct pour Wah Wah - One Take.

12 juin 2021

THE CHEMICAL BROTHERS : Setting sun


Acquis neuf en France en 1997
Réf : CHEMSD4 - 7243 8 93865 2 3 -- Édité par Freestyle Dust / Virgin en Angleterre en 1996
Support : CD 12 cm
Titres : Setting sun (Full length version) -- Setting sun (Radio edit) -- Buzz tracks -- Setting sun (Instrumental)

Le groupe a beau avoir été découvert par Alan McGee avant de devenir le plus grand succès commercial de Creation, aucun disque d'Oasis n'a été chroniqué ici et ce n'est pas demain la veille qu'il y en aura un. Certes, même s'ils ont rarement transcendé leurs influences rétro, j'apprécie certaines chansons du groupe, à commencer par Supersonic, mais ils m'ont porté sur les nerfs dès leurs premières interventions médiatiques et ça n'a fait qu'empirer ensuite. Pour rester à Manchester et à peu près à la même époque, Oasis c'est comme si les Stone Roses, qui ont eux produit un grand album et quelques excellents singles, étaient composés de deux tanches comme Ian Brown au lieu d'une, accompagnées de trois mannequins interchangeables.

Les très rares fois où je me suis retrouvé dans quelque chose approchant une rave, c'était dans des événements très cadrés organisés par des festivals, aux Transmusicales notamment. Mais ça ne m'a pas empêché d'apprécier de nombreux disques house/techno/hip hop diffusés dans des événements de ce type. J'ai notamment acheté et diffusé à la radio une bonne partie des premiers disques des Chemical Brothers, dont ce single, Setting sun, sorti fin 1966, l'année suivant le premier album Exit planet dust, et inclus en 1997 dans le deuxième album Dig your own hole. C'est un duo de DJ/producteurs comme le genre en a produit beaucoup, avec une musique utilisant de nombreux disques échantillonnés, qui font régulièrement appel à des chanteurs pour rendre leurs compositions plus humaines (et plus accessibles aussi, sûrement).

L'histoire de Setting sun reflète bien le caractère de Noel Gallagher. Lui et les Chemical Brothers s'appréciaient, mais il s'est plaint qu'on ait fait appel à Tim Burgess des Charlatans plutôt qu'à lui pour Life is sweet sur Exit planet dust. Ils ont donc convenu d'une collaboration. Les Chemical Brothers lui ont passé une cassette démo, Noel a écrit des paroles (en retravaillant celles d'un vieux titre inédit d'Oasis). L'enregistrement du chant s'est fait un soir à toute vitesse, mais ensuite le single a mis longtemps à sortir car il a fallu négocié contractuellement cette participation du guitariste-chanteur du groupe n°1 du moment avec un groupe signé sur un autre label. Au bout du compte, la participation de Noel Galllagher, qui n'est pas mise en avant sur la pochette, a quand même permis aux Chemical Brothers de décrocher leur premier n°1 des ventes. Ils rééditeront cette performance avec le single suivant, Block rockin' beats, sans aucune association avec Oasis cette fois.

Si vous voulez avoir une idée de ce qu'aurait pu donner une version Oasis de Setting sun (ou Comin' on strong plutôt, son titre original), vous pouvez écouter une démo/répétition de 1992-1993 chantée par Liam. Ça s'étire sur inutilement sur plus de six minutes, mais il faut prendre en compte le fait que cet enregistrement n'avait pas vocation à être publié. On peut aussi se fader une version solo acoustique par Noel Gallagher de 1997 (après la sortie du single, donc). C'est juste pénible.

La pochette a beau être gentillette et très rétro seventies, Setting sun par The Chemical Brothers c'est du lourd et ça mérite complètement l'appellation de Big Beat. Les synthés et échantillons sont triturés au point de devenir du bruit, un procédé digne de  l'utilisation de sirènes par Public Enemy. La voix de Noel Gallagher, saturée et trafiquée, n'est pas mieux traitée. Il y a une forte influence de Tomorrow never knows (au point que les avocats des Beatles s'en sont inquiétés et ont vérifié qu'il n'y avait pas de sample illégal, apparemment), mais alors c'est comme si on avait placé le disque original dans le tambour d'une machine à laver installée dans l'une de ces énormes enceintes d'ampli Marshall !
La version dite Instrumental prolonge l'assaut sur nos oreilles de sept minutes (une version live au Lowlands Festival 1997 a été publiée en face B du single Private psychedelic reel).

Sur ce single, la face B Buzz tracks est un instrumental un peu hip hop plus tranquille que le titre principal.

The Chemical Brothers ont diffusé un nouveau single ce printemps, The darkness that you fear, en prélude à un nouvel album.


06 juin 2021

FINGERPRINTZ : Bullet proof heart


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres en 1983 ou 1984
Réf : VS 358 -- Édité par Virgin en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Bullet proof heart -/- Hide and seek

Je suis tombé sur ce 45 tours dans la cave du Record and Tape Exchange. A l'époque, les 45 tours qui atterrissaient là, dernière étape avant la benne, y étaient bradés à 10 pence. Je ne connaissais Fingerprintz que de nom, mais l'illustration de couverture, très réussie, ne m'était pas inconnue : elle faisait partie d'une série de cartes postales que j'avais vue en vente à quelques centaines de mètres de là, chez Rough Trade. L'artiste est John Stalin, qui bossait régulièrement pour le NME dans ces années-là, il me semble.
On retrouve cette illustration sur la pochette de l'album Distinguishing marks dont ce 45 tours est tiré, avec un paquet d'autres pour illustrer chacune de ces chansons. C'est Peter Saville qui a conçu la pochette et une fois de plus il n'a pas failli à sa réputation de toujours trouver un moyen pour que la pochette coûte cher à fabriquer : pour le premier tirage, les pochettes étaient perforées de façon à ce qu'on puisse, si on tenait à détruire sa pochette, découper les illustrations pour les transformer en cartes postales. Peut-être que ce que j'avais vu chez Rough Trade c'était tout ce qu'il restait d'un exemplaire de Distinguishing marks !

Fingerprintz  (un nom en référence aux Residents ?) est un groupe d'écossais qui s'est formé en 1978. Ils ont signé chez Virgin et, pour leur deuxième album, c'est un artiste maison, Nick Garvey des Motors, qui a été chargé de la production.
Bullet proof heart est un titre qui fonctionne bien. Avec son accroche mélodique au synthé et son refrain qui reste en tête ("In this town, you need a bullet proof heart"), on comprend que le label l'ait sélectionné comme single. Apparemment, les paroles évoquent les événements d'Irlande du Nord, ce qui explique peut-être les roulements de batterie un peu "militaires" sur la fin. La chanson a un côté "anthemic", comme disent les anglais : si on reste sur l'Irlande, on pourra évoquer U2, alors que côté Écosse, ce serait plutôt les Skids, ou mieux encore, on pourrait dire que Fingerprintz annonce un peu leurs successeurs Big Country.
En face B, Hide and seek, un autre titre de l'album, est dans la même veine. Mon homologue JC le Vinyl Villain écossais a trouvé les paroles suffisamment intéressantes pour l'inclure dans sa série sur les chansons qui auraient pu être des nouvelles.

Ni Bullet proof heart, ni Houdini love, l'autre 45 tours extrait de Distinguishing marks, ni l'album lui-même n'ont eu de succès. Idem pour Beat noir, le troisième album, sorti en 1981 (le seul autre disque du groupe que j'ai). Sans trop de surprise, Fingerprintz s'est séparé peu de temps après. Fin de l'histoire. Un groupe obscur de plus dont les connaisseurs peuvent rechercher les disques des années plus tard (et pour pas trop cher).

Sauf que, non, pas cette fois-là. Jimme O'Neill, guitariste, chanteur et principal auteur-compositeur de Fingerprintz, et le guitariste Cha Burns se sont lancés dans une nouvelle aventure en 1985 en fondant The Silencers. Et The Silencers ont tout de suite eu du succès, avec les singles Painted moon et The real McCoy notamment, extraits de leurs deux premiers albums A letter from St. Paul (1987) et A blues for Buddha (1988). D'une manière générale, le groupe "marche" mieux en Europe et aux États-Unis que chez lui au Royaume-Uni.
Arrivent 1991 et le troisième album, Dance to the holy man, et, pour une raison ou pour une autre (des regrets et le souhait de lui donner une nouvelle chance ? un manque de nouvelles chansons accrocheuses ?), ils enregistrent une nouvelle version de Bulletproof heart, qui ouvre l'album et qui en est le premier extrait en 45 tours. Onze ans plus tard, la nouvelle version n'est pas fondamentalement différente, mais cette fois-ci c'est un très grand succès, particulièrement en France et en Espagne. Comme quoi, il y a de l'espoir, même pour d'obscures pépites new wave oubliées !
En 2010, Jim Kerr de Simple Minds a repris Bulletproof heart sur son album Lostboy! aka Jim Kerr.

Une première compilation CD de Fingerprintz (les albums n'ont jamais été réédités) est sortie en 2020. The best of Fingerprintz : Bullet proof heart a été chroniquée en deux parties (1 et 2) par Post-Punk Monk.


Fingerprintz, Bullet proof heart, en direct dans l'émission Old grey whistle test le 3 décembre 1980.


The Silencers, Bullet proof heart, dans l'émission Nulle part ailleurs vers 1993.

28 mai 2021

SIR VICTOR UWAIFO AND HIS MELODY MAESTROES : Dancing time n° 7


Offert par Christophe S. à Épernay le 22 décembre 2020
Réf : 420 033 PE -- Édité par Philips en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Siwo-siwo -- Agege ogiobo -/- Do amendo -- Joromi

L'autre jour, j'ai lu dans Mojo ou Uncut une grande chronique d'Edo funk explosion vol. 1, une compilation récemment sortie par Analog Africa qui regroupe des enregistrements de la fin des années 1970 et du début des années 1980 réalisés à Benin City, capitale de l'état d'Edo, une grande ville située sur le cours d'eau Bénin, mais au Nigeria, à plusieurs centaines de kilomètres du pays Bénin (ex-Dahomey). Victor Uwaifo y tient une place importante, puisqu'un tiers des titres sont crédités à Sir Victor Uwaifo and his Titibitis, mais surtout, l'ensemble a été enregistré dans son studio Joromi, ouvert en 1978.
Cela m'a fait repenser que j'ai depuis quelques mois ce très bel EP de Sir Victor Uwaifo (à la pochette juste un peu abimée), qui m'a été offert par Christophe en même temps que le Mamadou Doumbia avec lequel j'ai entamé cette année 2021 (un excellent disque, ce 45 tours de Mamadou Doumbia. J'aurais bientôt mis ses quatre titres dans mes compilations Désordre musical, ce qui n'arrive jamais !).

Ce disque est plus ancien que les titres compilés par Analog Africa. On est là dans les années 1960 (les Melody Maestroes ont été formés en 1965), avec les premiers grands succès de Victor Uwaifo, notamment Joromi, la chanson qui a plus tard donné son nom au studio, qui fut disque d'or. Victor Uwaifo est visiblement un guitariste spectaculaire. Il serait même l'un des pionniers de la guitare double-manche à 18 cordes !

Comme souvent, cet EP français est la compilation de deux 45 tours simples, Siwosiwo et Do amen do, parus chez Philips au Nigeria. Ce qui est plus rare, c'est qu'une édition jumelle de cet EP a aussi été publiée au Nigeria.
Le catalogue de quatre disques présenté au verso fait rêver. Je ne connais bien que Manu Dibango, mais Eitel Tobbo a déjà été présent ici puisqu'il assure la direction musicale et la guitare sur mon 45 tours de G.G. Vikey.

Avec ce disque, on est dans la période Highlife de Victor Uwaifo. Les titres sont courts (deux par face alors que, par la suite, la plupart des 45 tours africains proposeront un titre en deux parties étalé sur les deux faces), mais il s'y passe beaucoup de choses. Les instruments dominants sont la guitare d'Uwaifo et un instrument à vent (une clarinette, je pense).

Siwo-siwo entame le disque en beauté, avec des chœurs qui répondent au chanteur, des parties de guitare électrique et de clarinette qui se succèdent, et même des percussions en solo à la fin. Agege obiobo reprend une formule similaire, sur un rythme un peu plus lent.
Cette excellente qualité est maintenue sur la face B, avec Do amendo et Joromi, qui comporte une belle partie de guitare, toute en retenue.

Victor Uwaifo a eu 80 ans en mars. Si vous voulez vous intéresser à la période suivante de son parcours, Soundway a publié en 2008 une compilation qui couvre les années 1970 à 1976.

23 mai 2021

ANGEL CORPUS CHRISTI : Candy


Acquis par correspondance via Discogs en décembre 2020
Réf : MCD 80030 -- Édité par Almo Sounds / MCA en Europe en 1995
Support : CD 12 cm
Titres : Candy -- Big black cloud -- John Cassavettes

Il y a un an, j'ai reçu un message sympa d’Étienne Himalaya. Avec Dorian Feller, ils avaient écouté un disque d'Angel Corpus Christi et ils étaient tombés d'accord sur le fait que sa musique pouvait me plaire (j'ai appris par la suite que le disque en question était un exemplaire promo à la pochette en forme de combiné téléphonique de l'album White courtesy phone).
Eh bien, les deux lascars ne se sont pas trompés. J'ai écouté quelques titres qui m'ont effectivement intéressé, puis j'ai profité des soldes chez Mono-Tone pour commander le 33 tours compilation The real Corpus Angel Christi sorti par ce label niçois en 2018. Quelques temps plus tard, j'ai trouvé pour pas cher ce single qui contient trois extraits de White courtesy phone.

Angel Corpus Christi, c'est en fait Andrea Ross, de San Francisco. Sans le savoir, j'ai depuis très longtemps un disque auquel elle a pris part puisque, dès 1977, elle a contribué en écrivant des paroles au premier album de MX-80 Sound, Hard attack, dont son compagnon Rich Stim était le guitariste. MX-80 Sound, qui a par la suite enregistré chez Ralph, est un groupe réputé, mais je n'ai jamais apprécié cet album (qu'il faudrait quand même que je prenne la peine de réécouter).
Dans le domaine où elle évolue (punk/new wave/avant-garde), la particularité d'Angel Corpus Christi est que son instrument de prédilection est l'accordéon !
Son premier album, I♥NY, est sorti en 1985. C'est un disque particulier, une lettre d'amour à la Grande Pomme d'une habitante de la côte Ouest, un album de reprises, de Lou Reed à Patti Smith en passant par Richard Hell et les Ramones, avec surtout Dream baby dream et Cheree de Suicide avec rien moins qu'Alan Vega lui-même invité à faire une deuxième voix !

White courtesy phone a été publié par un jeune label, Almo Sounds, un gros indépendant fondé par deux hommes, Herb Alpert et Joe Moss, qui ne manquaient pas d'expérience, puisqu'ils sont le A et le M d'A&M. Herb Alpert et sa trompette font une apparition, tout comme le batteur légendaire de la Wrecking Crew Hal Blaine. L'album est produit par Craig Leon qui, parmi beaucoup d'autres, a rempli ce rôle pour les premiers albums de Suicide, Blondie et les Ramones. Ce n'est évidemment pas un hasard.

Candy est la face A du single et, après les présentations ci-dessus, on n'est pas surpris d'entendre une bonne chanson pop à base de rock and roll, où les échos de Suicide et de Buddy Holly se font entendre. Très bien, mais pour moi le tube du disque et le titre qui aurait dû être en premier c'est Big black cloud, la chanson d'ouverture de l'album, déjà sortie une première fois dans une autre version en 1992. L'utilisation de l'accordéon dans ce contexte évoque immanquablement le This is the day de The The.
Le dernier titre en hommage à John Cassavetes est excellent lui aussi, et on boucle ainsi un disque d'excellente qualité de bout en bout.

Angel Corpus Christi est toujours en activité, comme le montrent son site et sa page Bandcamp. La dernière parution, en 2020, est un EP Live in Manchester. Les titres originaux les plus récents datent de 2015, sur Half moon fever.




Angel Corpus Christi, Big black cloud, en concert en 1994 à Manchester, extrait du EP Live in Manchester.

15 mai 2021

KART-PARTY 2 : ROCK CHA CHA


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Réf : 17.302 -- Édité par Panorama en France en 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : ORCHESTRE JAMES AWARD : Don't be cruel -- Dry cha cha -/- GUY MARLY - ORCHESTRE DIRECTION CLAUDE VASORI : Souvenirs, souvenirs -- ORCHESTRE JAMES AWARD : Taraboum cha cha

L'ami Le Vieux Thorax chronique des disques sur son blog depuis 2007. Il a eu la bonne idée de rassembler une sélection de ses articles dans un recueil, Vieux 45 tours du Blogothorax, que je vous recommande chaudement. Même s'il vient du rock, il s'est concentré sur des domaines nouveaux pour lui et moins documentés, ce qui fait que, comme ici, on retrouve dans Le Blogothorax des disques d'accordéon, des 45 tours des îles, du Cha Cha et du Mambo et même de la pop réac'.

Parmi les textes qui m'ont le plus captivé, il y a deux séries très fouillées sur, d'une part les disques publicitaires Boum Bomo, grands classiques des vide-grenier, qu'on y trouve presque aussi souvent que des Jouvin, et d'autre part le label Panorama.
J'ai un bon paquet de disques Panorama (j'en ai chroniqué un l'an dernier) mais ça ne représente qu'une partie de leur production pléthorique. Et les précisions données par Le Vieux Thorax m'ont ouvert des horizons, puisque je n'avais pas fait le lien entre Panorama et les disques Grosjean Rama (disques publicitaires pour les vaches Grosjean dont les titres proviennent du catalogue Panorama) et la série de cinq disques Kart-Party, que je connaissais parce que j'en ai deux, mais je n'avais pas remarqué que c'était l'une des nombreuses sous-collections de Panorama. La belle photo de pochette se retrouve sur les cinq volumes.

Le Vieux Thorax mentionne dans le livre les Kart-Party qui ont l'air super et qu'il n'a pas, dont ce n°2 placé sous la bannière du Rock et du Cha Cha. Alors on va l'écouter ensemble.

Le Vieux Thorax explique à de nombreuses reprises que les titres les plus intéressants du catalogue Panorama sont des instrumentaux qu'on trouve en général sur les faces B. Les noms d'orchestre sont parfois fantaisistes, mais celui qui revient le plus souvent c'est l'Orchestre James Award et, jusqu'à  preuve du contraire, on posera l'équation Claude Vasori = Caravelli = James Award.
On a droit à trois titres de James Award sur cet EP. Le plus intéressant est Don't be cruel, un arrangement intéressant de ce tube rock et doux d'Elvis Presley, avec l'orgue (tenu par Eddy Louiss ??) et le saxophone qui dialoguent. Les deux Cha Cha, Dry cha cha et Taraboum cha cha, sont sympathiques. Pour des titres enregistrés à toute vitesse pour un budget minimal les arrangements et la production sont de qualité.
Pour l'autre titre "rock", c'est Guy Marly, chanteur (quelques disques à son crédit) et acteur, qui s'attaque au tube de Johnny Halliday Souvenirs, souvenirs, accompagné par l'orchestre dirigé cette fois-ci par Claude Vasori. Sans surprise, on est assez loin du rock and roll.

Je suppose que, comme moi, Le Vieux Thorax, doit piaffer en attendant la réouverture des brocantes et de la pêche aux disques. En attendant, je vais me replonger dans son livre pour faire une liste de tous les disques intéressants qu'il mentionne et que je n'ai pas.

Toutes les chroniques sont en accès libre sur Le Blogothorax. Le livre Vieux 45 tours du Blogothorax est en vente à prix coûtant.


09 mai 2021

E.S.G. : You're no good


Acquis probablement chez A La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne ou sinon chez New Rose à Paris en 1981
Réf : FAC 34 -- Édité par Factory en Angleterre en 1981
Support : 45 tours & 33 tours 17 cm
Titres : You're no good -/- U.F.O. -- Moody

C'est assurément dans l'émission Feedback de Bernard Lenoir sur France Inter que j'ai entendu pour la première fois You're no good d'E.S.G., une chanson qui m'a tout de suite emballé.
Comme à l'époque le disquaire généraliste de Châlons (un rayon dans un magasin d'électro-ménager, en fait) était assez bien fourni en imports, c'est très probablement là que je me suis procuré cette édition anglaise de ce disque d'un groupe new yorkais, assez bizarrement (pensait-on à l'époque) sorti par les anglais de Factory.
Je ne suis pas absolument certain que c'est à Châlons que j'ai acheté ce petit disque, par contre je m'y revois encore, avant ou après l'achat du disque Factory, en train de baver devant l'édition américaine du disque chez 99 Records, un maxi-tours à la pochette en carton épais, à l'aspect et aux couleurs qui me rappellent mon maxi jamaïcain de Jacob Miller. Il y avait aussi trois titres live en plus sur la face B. Oui, mais voilà, le maxi coûtait au moins deux fois plus et le choix était vite fait : je me suis contenté du moins cher et il était hors de question d'acheter les deux. L'autre avantage de l'édition américaine, c'est qu'il y avait au verso une photo du groupe avec le détail de sa formation : quatre sœurs, Renee, Marie, Valerie et Deborah Scroggins, et un pote, Tito Libran.
Quelques années plus tard, j'ai trouvé à Londres pour rien un maxi 99 Records de Liquid Liquid, lui aussi très recherché, mais malheureusement il ne me plaît pas trop musicalement.
Aujourd'hui, on trouve assez facilement l'histoire de l'enregistrement de ce disque. Comment les gens de Factory Records ont vu le groupe en concert au Hurrah à New York et comment ils se sont retrouvés à enregistrer ce disque quelques jours plus tard avec Martin Hannett, toujours à New York, avant que l'enregistrement soit complété à Manchester.
Pour moi, c'est la face A, You're no good, qui a toujours compté. Il a fallu attendre quarante ans pour que je vois la vidéo ci-dessous d'une version en concert lors de l'inauguration de l'Hacienda et pour que je me rende compte à quel point c'est minimaliste musicalement : même pas de guitare sur cette chanson, juste de la basse, de la batterie, des congas, le chant et les chœurs. Magistral. La version live est très proche de celle du disque et ce n'est pas surprenant car l'enregistrement s'est fait très vite, en première prises directes. Musicalement, c'est d'un autre groupe new yorkais contemporain que je les trouve les plus proches, Bush Tetras.
J'ai toujours moins apprécié la face B. Le deuxième titre, Moody, est bien en fait, mais je le trouve assez proche de You're no good, en un peu inférieur.
Aujourd'hui, c'est surtout pour l'instrumental U.F.O. que ce disque est réputé. Tout simplement parce que c'est une source d'échantillon sonore parmi les plus populaires pour le rap et le hip hop : ce titre a été samplé plus de 500 fois ! Je n'arrive pas à déterminer comment sont produits les sons de sirène ou d'O.V.N.I., probablement avec une guitare, des effets et du feedback plutôt qu'avec un clavier.
ESG s'est séparé en 1983 après avoir sorti un unique album. Mais le groupe s'est reformé dans les années 1990 et a tourné régulièrement et sorti plusieurs albums depuis. Pour ma part, je suis bien content d'avoir ce petit disque mais je regrette toujours de ne pas avoir le maxi !


E.S.G., You're no good, en concert le 21 mai 1982 à Manchester lors de l'inauguration de l'Hacienda.


01 mai 2021

PIANOSAURUS : Groovy neighborhood


Acquis par correspondance via Amazon en avril 2021
Réf : Rounder CD 9010 -- Édité par Rounder aux États-Unis en 1987
Support : CD 12 cm
17 titres

J'ai acheté la version mini-album 8 titres de ce disque dans la boutique New Rose à Paris,au moment où le label New Rose l'a éditée, en 1986. Une des raisons en était que les disques New Rose n'étaient vraiment pas chers chez New Rose, mais je ne sais plus si à ce moment-là je savais que la spécificité du groupe était de n'utiliser que des instruments-jouets, ni si j'en avais déjà écouté quelques extraits. C'est possible que, comme souvent, j'ai eu l'occasion d'écouter l'exemplaire reçu par Radio Primitive, s'il y en a eu un.
En tout cas, cet album, produit par Peter Holsapple des dB's, est important pour moi. Tout d'abord, c'est avec lui que j'ai découvert le tube des Box Tops The letter, ici excellemment repris. Et puis, la musique de Pianosaurus est un rock and roll basique, léger et joyeux, parfait pour un fan de Jonathan Richman.
Le disque contenait d'excellentes chansons originales. Mes préférées sont (A funny thing happened on the way to the) Toystore (à propos d'une visite au magasin de jouets un jour de pluie : mauvaise idée !), Thriftshoppin' (sur les achats dans mes magasins d'occasion), Sun will follow, Ready to rock et Let it grow. Ce qui fait quand même pas mal pour un disque aussi court !

J'en étais resté là depuis quasiment 35 ans quand il m'a pris l'idée il y a quelques semaines d'aller voir sur Discogs s'il n'existait pas d'autres disques de Pianosaurus. La réponse est non, mais en fouillant un peu je me suis rendu compte que, après l'édition New Rose, l'album a été publié aux États-Unis par Rounder. Et là, surprise, la version 33 tours compte 14 titres (dont 5 qui figuraient sur l'édition française) et le CD contient carrément 17 titres, soit l'addition des 8 titres New Rose et des 9 différents du 33 tours Rounder. Le CD n'a jamais été réédité depuis mais on le trouve encore d'occasion à un prix tout  à fait correct et je l'ai commandé aussitôt.

J'ai donc retrouvé l'information tout seul comme un grand, mais en fait mon cerveau avait dû l'enregistrer inconsciemment quelques mois plus tôt quand j'ai lu la chronique que l'ami Bertrand Loutte a publiée chez Section 26, qui raconte en détails l'histoire de Pianosaurus, y compris leur venue en France pour les Transmusicales de 1986 et quelques concerts de plus et les explications sur les différentes éditions de l'album. Quelle que soit la langue, c'est l'article le plus détaillé disponible sur ce groupe.
Il y a un an, toujours chez Section 26, Bertrand avait publié une série de billets sur ses 45 tours de confinement, parmi lesquels figurait rien moins que Someone stole my wheels, crédité à votre serviteur J.C. Brouchard avec Biff Bang Pow !. Ces chroniques ont été réunies dans un livre publié par Chicmedias.

Après tant d'années, c'était inespéré d'avoir pour moi de réussir à plus que doubler le nombre de titres de Pianosaurus à ma disposition. Les titres sont issus des mêmes sessions que ceux que je connaissais, et la qualité ne faiblit pas.
Dans le lot, il y a deux reprises supplémentaires, Dimples de John Lee Hooker et surtout une bonne version du classique des classiques Memphis de Chuck Berry.
Parmi les compositions nouvellement découvertes d'Alex Garvin, le membre du trio auteur de toutes leurs chansons, mes deux préférées sont Center of the universe et Bubble gum music.

Et du coup, comme c'est leur seul disque, est-ce que j'ai maintenant l'intégralité de la production de Pianosaurus ? Pas tout à fait puisque, en 1989, le groupe a placé un titre sur la bande originale du film New York Stories, dans la partie de ce film intitulée Life without Zoe et réalisée par Francis Ford Coppola. Cette chanson, Back to school, devait donner son titre au deuxième album de Pianosaurus mais, comme le raconte Bertrand, Alex Garvin a pété les plombs et a tout plaqué avant la sortie du disque. Quelque part, il existe des bandes de cet album inédit. On pourra peut-être un jour les écouter...

Le sujet d'Evening Magazine sur Pianosaurus tourné au studio Fort Apache en 1987 est un document très intéressant, mais l'image est pourrie.


Pianosaurus, Ready to rock, en concert à la Cicero's Basement en 1987.


La pochette du 33 tours paru chez New Rose.

24 avril 2021

THE UNICORNS : Who will cut our hair when we're gone ?


Offert par Philippe D. à Paris le 3 juillet 2014
Réf : [sans] -- Édité par Ruff Trade en Angleterre en 2004
Support : CD 12 cm
13 titres

Oh la la. Ça fait déjà presque sept ans que je suis revenu de Paris avec un plein sac de CD promo offerts par l'ami Philippe et voilà seulement que j'en vois le fond : je crois qu'après celui-ci il ne m'en reste plus qu'un à écouter.
Il faut dire qu'il y en avait vraiment beaucoup et que le lot m'a permis de faire pas mal de découvertes puisque c'est le septième disque extrait du sac que je chronique ici, après Deerhoof, The Shaky Hands, Luzmila Carpio, Dechman, Mountain Man et Forest Fire !
Celui-ci, je l'avais mis de côté car c'est un pauvre CD-R avec une pochette imprimée maison( pas très belle), le tout glissé dans une pochette plastique. Mais bon, la musique est là, et elle est bonne !

The Unicorns était un groupe de Montréal. Après un CD auto-produit à diffusion très limitée, ce premier véritable album studio, avec un titre post-existentialiste (Qui nous coupera les cheveux une fois qu'on sera parti ?, le sens du "parti" étant explicité au dos de la pochette par la présence de tombes avec la mention "RIP !" et la question étant peut-être posée en référence au fait que les cheveux continuent de pousser après la mort...), est le seul sorti par The Unicorns avant une première séparation en 2004, le groupe épuisé par les tournées ne s'entendant plus.

Il ne faut s'attendre à rien de révolutionnaire à l'écoute de cet album, mais c'est le genre de disque frais et pêchu que j'aime bien. On est dans le foutraque bruyant basse fidélité, sans obligation de jouer ou de chanter juste, qui s'inscrit dans une longue lignée depuis les Pastels jusque par exemple MOSKDL (un autre disque offert par Philippe).

Le ton est bien donné dès l'entame avec I don't wanna die, un titre qui part dans tous les sens, puis une séquence de trois chansons qui ont le most "Ghost" dans le titre, dont Ghost mountain, et son synthé pourri en intro (un synthé qu'on retrouve tout au long du disque) et l'excellent Sea ghost, un de mes titres préférés. A plusieurs reprises à l'écoute de l'album j'ai pensé à mes chouchous The Feelings, mais The Unicorns sont quand même bien moins cinglés.
Mon titre préféré tout court c'est I was born (a unicorn), très rythmé, avec une guitare électrique aux accents africains, ce qui fait que l'ensemble évoque immanquablement Vampire Weekend. Tuff luff est aussi très bien, avec un esprit Grandaddy au début, puis une touche folk très marquée, avec il me semble des flûtes et un violon.

Le groupe s'est reformé ponctuellement en 2014, et peut-être plus récemment également puisque le micro-label américain Slyme a publié en 2019 sur Bancamp un deuxième album intitulé Glaciers, en plus de rééditer Who will cut our hair when we're gone ?. Mais il a dû y avoir un problème juridique quelconque entre-temps car le groupe est désormais nommé The Unicrons et la pochette de l'album a même été modifiée en conséquence.






The Unicorns, I was born a unicorn, en concert à Rhino's le 4 novembre 2004. Treizième et dernier titre du concert. Les autres sont aussi en ligne.

17 avril 2021

TITI ET GROSMINET : Titi à London


Acquis chez Royer à Épernay le 19 octobre 2019
Réf : 2001797 -- Édité par EMI Pathé Marconi en France en 1984
Support : 45 tours 17 cm
Titres : J'ai vu un rominet (I taut I taw A puddy tat) -/- Titi or not Titi

Même si j'ai sûrement sans le savoir couru des risques de contamination à l'occasion de ce voyage, j'ai eu la chance de séjourner quelques jours dans le Kent début mars l'an dernier, juste avant le premier confinement. Et, cerise sur le gâteau, j'y avais trouvé pas mal de disques, dont un lot intéressant de 78 tours (j'en ai chroniqué trois, de Stan Freberg, Bonnie Lou et Red Ingle).
Depuis, les perspectives de retourner en Angleterre ne font qu'être sans cesse repoussées et je me garde bien de faire des pronostics, même si, toujours un peu optimiste, je garde un petit espoir d'y aller à l'automne ou en hiver cette année.

Alors, faute de pouvoir se déplacer, on peut se plonger dans les souvenirs de voyages des autres, avec notamment ce disque centré sur le séjour à Londres de Titi et Sylvestre en 1984 (une année que j'ai moi-même passée à moitié à Londres).
Ce disque-ci s'est beaucoup moins bien vendu que ceux du milieu des années 1970, comme Titi à la neige ou Titi sur la côte, on le rencontre donc beaucoup moins souvent. C'est d'ailleurs le tout dernier titre paru de la série. En fait, je ne soupçonnais même pas son existence avant de tomber dessus, neuf, il n'y a pas si longtemps, à l'occasion de ce qui s'est avéré être mon ultime visite chez Royer avant la fermeture définitive de cette institution du commerce sparnacien, qui était aussi le tout dernier disquaire de la ville. J'avais fait de bonnes pioches ce jour-là, puisque j'avais aussi trouvé le 45 tours de Move it on over de George Thorogood et un album de Bombes 2 Bal.

J'ai vu un rominet sur la face A est une adaptation en français d'I taut I taw A puddy tat, une chanson sortie à l'origine en 1950 par Mel Blanc, l'acteur qui faisait les voix originales de Titi et de Grosminet, mais aussi de Bugs Bunny et de la plupart des grands personnages de dessins animés de la grande époque de la Warner. J'ai trouvé il y a quelques années une réédition de 1970 de cette version originale.
On trouvait déjà en 1974 sur le premier album Titi et ses amis J'ai cru voir un gros minet, mais c'est une chanson différente, qui n'est pas une reprise.
Cette adaptation insère dans ses paroles quelques vers en anglais au milieu des paroles française pour la tonalité British. Sinon, son intérêt est que l'accompagnement musical est complètement dans une tonalité de pop synthétique, un peu comme du Elli et Jacno accéléré, proche dans l'esprit des productions de Pit et Rik. Le tout est fort sympathique.

La vraie surprise arrive en face B. La thématique du 45 tours c'est Londres, pas New York, et pourtant il s'avère que Titi or not Titi est un titre hip hop, qui s'ouvre par une série de scratches ! On sent l'influence de Chagrin d'amour et surtout de H.I.P. H.O.P.. C'est fait pour me plaire, même si ça ne va pas chercher loin, surtout côté paroles ("Titi ot not Titi, est-ce ou n'est-ce pas la question ? La réponse est London").

Pour me tourner un peu plus le couteau dans la plaie, j'ai trouvé il y a quelques semaines un beau 45 tours-souvenir dans sa pochette-enveloppe prête à affranchir, qui nous plonge dans les sons du Londres des années soixante. Je risque de finir nostalgique, mais pas au point quand même de suivre en direct les obsèques du Prince Philip !


10 avril 2021

PABLO MASTER : Boire ou conduire


Acquis neuf je ne sais plus où vers la fin des années 1980
Réf : NS 5502 -- Édité par Nova Scratch en France en 1987
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Boire ou conduire (C'est à chacun de choisir) -- Instrumental version -/- Boire ou conduire (Version album)

C'est un article récent d’Étienne Menu dans Musique Journal sur son album Y a-t'il un problème ? qui a rappelé Pablo Master à mon bon souvenir.
Du coup, j'ai vérifié dans le blog et j'ai constaté que, si j'ai bien parlé ici de Catch 22, Saï Saï ou Les Zulums ! (deux fois), je n'ai pas encore chroniqué de disques de Puppa Leslie, Tonton David ou Pablo Master. C'était l'occasion ou jamais de réparer cet oubli.

J'ai bien l'album, dans son édition CD 17 titres, avec des versions de dub de tous les titres, mais j'ai préféré ressortir ce maxi, qui contient son morceau le plus connu (il y a une édition en 45 tours avec une pochette différente qui a dû sortir peu de temps avant ou après celle-ci).

Je pense que, avec Raoul Ketchup et Phil Sex, on a eu l'occasion de passer cette chanson dans Rock comptines sur Radio Primitive, mais le disque ne figurait pas dans la discothèque de la station. Je ne sais plus du tout comment je me le suis procuré, mais en y repensant, ma mémoire l'a associé au Tigre, pendant longtemps la seule boite rock de Reims. Pourquoi ? Je n'en sais fichtre rien, peut-être que j'y ai entendu un soir cette chanson (même si c'est peu probable) ou peut-être que j'y ai acheté le disque lors d'une des rares bourses aux disques qui y ont été organisées. Ou peut-être rien du tout. Mystère...

En tout cas, Boire ou conduire, avec ses paroles qui font penser à une campagne de sensibilisation conjointe de la Prévention Routière et la Ligue Anti-Alcoolique, est une chanson qui semble faite pour moi. Non seulement j'ai toujours apprécié ces titres ragga/reggae en français, mais en plus je n'aime pas l'alcool et déteste qu'on me fasse prendre des risques sur la route...
Je suppose que la première version doit être la version album. La version single, qui est aussi celle de la vidéo, est plus courte d'une grosse trentaine de secondes et est remixée avec, comme le signale Étienne Menu, un trafiquage amusant sur la deuxième voix.
La troisième version est un instrumental de la version album. C'est bien, mais pas autant que la deuxième version qu'on trouve sur mon CD de l'album, qui est un vrai dub.

On parle très peu de lui dans les médias grand public, mais Pablo Master poursuit son parcours. Il a sorti en 2017 l'album Sang & crimes, et encore tout récemment en 2020 un autre album, Shuga shuga shuga.

04 avril 2021

ANDREAS DORAU : Das Telefon sagt Du


Acquis par correspondance via Momox en février 2021
Réf : 851 505-2 -- Édité par ElektroMotor en Allemagne en 1995
Support : CD 12 cm
Titres : Das Telefon sagt Du (Radio) -- Das Telefon sagt Du (Video) -- Das Telefon sagt Du (Deep Thought mix) -- Von Siemens nach Telefunken

Parmi toutes les annonces qui se succèdent de personnalités qui décèdent, celle de la mort de Françoise Cactus le 17 février m'a plus particulièrement touché. D'abord parce qu'elle était (plutôt) jeune - en tout cas pile de ma génération - et aussi parce que, depuis quelques mois, j'étais plongé dans la découverte de plusieurs disques de Stereo Total que je venais d'acheter. Cela s'était traduit dans les jours précédents par la chronique du maxi Schön von hinten et par l'ouverture d'une de mes compilations Mixcloud avec Ne m'appelle pas ta biche.
L'excellente Section 26 lui a rendu hommage le jour-même, en republiant les deux faces d'une compilation-maison réalisée spécialement il y a deux ans par Françoise et Brezel Göring.
Je ne l'avais pas écoutée à l'époque, mais là j'ai pris le temps de le faire et j'ai passé un très bon moment. Il y a dedans plein de choses que je connaissais et apprécie, mais, dans un style que je connais pourtant bien, le synthétique pop et rigolo, elle m'a aussi permis de faire des découvertes, comme Ruth, Deux ou Namosh.
Il y avait aussi dans le lot le très bon Tulpen und Narzissen de Die Doraus und die Marinas, un projet d'Andreas Dorau du début des années 1980.
Andreas Dorau, le nom aurait dû me dire quelque chose, ne serait-ce que parce qu'il a co-réalisé l'un des remixes de Schön von hinten, mais en fait je ne le connaissais pas du tout. Françoise précisait sur l'enregistrement qu'il avait eu un tube en France dans les années 1990 avec Girls in love. Effectivement, mais ce succès très pop n'a pas dû beaucoup popularisé son nom en France, car autant les autres éditions européennes du single sont bien créditées à Andreas Dorau, autant la pochette de l'édition française, très bizarrement, mentionne uniquement les remixeurs Grungerman et Forever Sweet, comme s'ils étaient les artistes principaux, et elle omet Andreas Dorau !

Du coup, j'ai commandé quelques disques d'Andreas Dorau, dont Girls in love, et j'ai choisi de chroniquer cet excellent single à la pochette légère et colorée, extrait de l'album Neu ! de 1994.
C'est à nouveau très léger et très réussi, de l'électro-pop dansante et joyeuse. Dans les paroles, la tonalité du téléphone est associée au pronom allemand "Du" et, avec les chœurs qui font "Du du du du du", on pourrait presque dire qu'Andreas invente le Du-Wop !
Évidemment, s'agissant d'un artiste allemand faisant une musique en partie synthétique, on ne peut s'empêcher de penser à Kraftwerk, particulièrement dans ce contexte à Der Telefon Anruf, le single de 1986 extrait de l'album Electric Café. Dans les faits, les deux titres ont peu à voir l'un avec l'autre, même s'ils s'enchaîneraient bien sur une compilation. Et au bout du compte, en-dehors des jeux sonores de Kraftwek sur l'enchaînement des tonalités, pour la partie chanson je préfère Der Telefon sagt Du.

Sur les quatre versions présentes sur le CD, la première version Radio est très bien et les autres sont par définition superflues. La version Video est très proche de la première et est donc très bien aussi. Le Deep thought mix est plus techno, plus instrumental et moins pop. Quant à Von Siemens nach Telefunken, comme souvent avec certains remixes, ce titre n'a plus grand chose à voir avec la version originale, voire rien du tout, en-dehors des "Allo Allo" répétés régulièrement au cours des huit minutes.

Ce qui est frappant au bout du compte, c'est que, quand on écoute Das Telefon sagt Du, il y a plein de choses dans la composition, l'orchestration, la mélodie, le rythme du chant, qui font immanquablement penser à Stereo Total. On imagine bien Françoise faire les "Du du du du du", ou bien reprendre le titre sur scène avec Brezel.

On trouve la version Video de Das Telefon... sur la compilation Hauptsache Ich (Retrospektive 1981​-​2014). Le dernier album en date d'Andreas Dorau, Das Wesentliche, est sorti en 2019.


Une excellente vidéo réalisée par un certain Borja Martin. Habituellement, je ne mets ici que des vidéos "officielles", mais celle-ci est parfaitement dans le ton, alors on ne va pas s'en priver !


27 mars 2021

TOMORROW : Revolution


Acquis sur le vide-grenier de la F.C.P.E. à Ay le 24 juin 2012
Réf : FO 105 -- Édité par Odéon en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Revolution -/- Three jolly little dwarfs

L'été dernier, parmi la cinquantaine de CD à 50 centimes que j'ai trouvés un beau jour chez Happy Cash, il y avait, outre celui de Wilson Pickett, une belle réédition de l'unique album de Tomorrow, avec des bonus.
C'est un groupe psychédélique anglais formé autour de Keith West à la guitare et John Wood à la basse, avec deux noms connus par la suite pour compléter la formation, Steve Howe (futur membre de Yes) à la guitare et Twink à la batterie (qui jouera par la suite sur le S.F. Sorrow des Pretty Things avant de co-fonder les Pink Fairies).
Le groupe n'a été actif sous ce nom que de mars 1967 à avril 1968. Le temps de se faire remarquer avec deux singles en 1967, My white bicycle en mai et en septembre le Revolution qui nous intéresse aujourd'hui.
L'album n'est arrivé qu'en février 1968. Six mois entre le single et l'album, ça ne parait pas long aujourd'hui, mais tout allait très vite à cette époque folle et, une fois l'hiver 1968 venu, l'été de l'amour 1967 semblait déjà bien loin, la mode avait évolué et l'album a été un échec.
Dans son style, c'est pourtant un excellent disque. Ce n'est pas dur, au-delà de l'évidence Pink Floyd, Tomorrow est typiquement l'un des groupes qui a servi de modèle à XTC quand ils se sont lancés dans le pastiche Dukes of Stratosphear. Cela s'entend particulièrement sur mes chansons préférées de l'album, My white bicycle, Real life permanent dream (dont il me semble que le riff de guitare a pu inspirer The Monochrome Set) et les deux titres de ce 45 tours.

Du coup, je suis allé repêcher dans mes caisses ce 45 tours, le genre de pépite qu'on rêve de trouver quand on se balade le dimanche matin sur un vide-grenier (les années où il y a des vide-greniers) et dont on s'étonne même qu'on en trouve encore de temps en temps en plein vingt-et-unième siècle.
Ce jour-là, sur le parking du collège à Ay, je l'ai trouvé en très bon état pour 1 €, dans une petite caisse où il n'y avait que de la drouille. A d'autres stands, j'avais quand même trouvé aussi le First offence des Inmates en 33 tours, et en CD Pixies At the BBC et une réédition de Too tough to die des Ramones.
Les raretés psychédéliques de 1967 sont très recherchées. Ce 45 tours n'atteint pas les sommets du EP de Yesterday's Children que Philippe R. m'a offert, mais il s'échange quand même à plus d'une centaine d'euros.

La chanson Revolution est excellente dans son genre. La seule chose qui me gêne, c'est d'entendre un groupe nommé Demain chanter dans le refrain "La révolution, maintenant !". Sinon, il est clair à l'écoute que les appels à la révolution que contient la chanson ne sont pas à prendre au premier degré.
Parmi les versions disponibles, ma préférée est la version mono du 45 tours. Pour l'album, la même version a été trafiquée en pseudo-stéréo. Parmi les bonus sur le CD, il y a une version précédemment inédite dite en phased mono, qui pour le coup est différente mais qui est aussi moins percutante que les autres.
Le 21 septembre 1967, Tomorrow a enregistré quatre titres, dont Revolution, qui ont été diffusés le 1er octobre lors de la première émission Top Gear de John Peel, qui faisait ainsi ses débuts sur BBC Radio One. Ils ont donc eu l'honneur d'enregistrer la première Peel session de la BBC ! Les dernières paroles prononcées dans cette version sont "We want a revolution". Ce qui donne corps à l'hypothèse émise par certains que le Revolution de John Lennon et des Beatles de 1968 aurait été écrit en partie en réaction au Revolution de 1967 de Tomorrow, auquel le "You say you want a revolution" ferait référence.

En face B, Three jolly little dwarfs est très bien aussi. Là encore, il y a une petite chose qui me chiffonne, c'est ce titre pléonasmatique, Trois petits nains joviaux. Je ne dois pas être assez psychédélique pour apprécier pleinement !

En tout cas, ces deux chansons mises bout à bout font un excellent 45 tours, extrait d'un album qui de nos jours est considéré comme culte. Et comme je peux me retrouver dans l'actualité sans même le vouloir, sachez que, dans le tout nouveau numéro de Record Collector (daté d'avril 2021, il y a un article visant à réévaluer la carrière du pionnier psych-pop Keith West.

20 mars 2021

R.E.M. : Bad day


Acquis chez Gilda à Paris le 13 janvier 2021
Réf : PRO4296 -- Édité par Warner Bros. en Europe en 2003 -- Promotional only. Not for sale.
Support : CD 12 cm
Titre : Bad day

Depuis quelques années, j'achète à peu près systématiquement les disques de R.E.M. que je n'ai pas et que je vois passer pour pas cher. Ça arrive assez souvent, étant donné que le groupe a sorti des disques pendant plus d'un quart de siècle, dont un bon paquet a eu beaucoup de succès. Mais je suis loin d'avoir une collection vraiment étoffée : le JC écossais de The Vinyl Villain et un de ses potes chroniquent chaque semaine un single de R.E.M. dans l'ordre de parution : ils en sont au 36e et n'ont pas encore abordé l'année 2000 !

Celui-là, je l'ai trouvé chez Gilda lors de ma seule excursion parisienne de l'année (l'année est encore longue, mais la prochaine n'est pas pour demain !). Quand il a vu que j'achetais plein de CD singles bradés dans les rayons du bas, le vendeur m'a gentiment signalé qu'il venait d'en baisser quelques-uns à 1 € dans le rayon habituellement plus cher au-dessus.

Je ne connaissais pas cette chanson. Je me demandais de quel album elle était extraite et la réponse est : aucun. Elle fait partie des deux titres précédemment inédits inclus dans la compilation In time, un "Best of" qui couvre la période 1988-2003 (Le Best of de 1991 couvrait la période I.R.S. de 1982 à 1987). L'idée des inédits étant bien sûr d'inciter les grands fans à se procurer eux aussi la compilation. Et pour bien faire amortir le tout, ces deux inédits ont eux-mêmes été sortis en single en 2003.

Je ne connaissais pas Bad day, donc, mais à la première écoute c'était très bizarre, avec une grande impression de familiarité. Je n'ai pas mis longtemps à en pointer la source : dans son débit, sa construction, sa mélodie, Bad day se rapproche très fortement de l'un des tubes précédents de R.E.M., It's the end of the world as we know it (And I feel fine), paru en 1987 sur l'album Document.
En fait, l'histoire est connue et la situation est inversée : c'est Bad day qui a d'abord été composée sous le titre P.S.A. (Pour Public Service Announcement) puis enregistrée en 1986 en démo lors de la préparation de l'album Life's rich pageant. Elle n'a finalement pas été retenue et le groupe l'a retravaillée l'année suivante pour en faire It's the end of the world.
Les deux sont très bien et très proches. It's the end of the world est sûrement un petit peu au-dessus et de toute façon c'est le classique, mais le plus surprenant dans toute cette histoire c'est que R.E.M., qui ne manque pas de bonnes chansons, ait choisi des années plus tard de retravailler et mettre en avant une chanson aussi proche d'un de ses succès.

Mon exemplaire est un promo. On sait que j'apprécie particulièrement les disques hors commerce, mais celui-ci n'est pas très intéressant : la pochette est la même et la seule différence avec les versions disponibles à la vente est qu'il me manque les trois faces B !




R.E.M., Bad day, en direct en 2003 dans une émission intitulée R.E.M. at the BBC.


R.E.M., Bad day, en direct dans l'émission intitulée Live from Austin TX enregistrée le 13 mars 2008 et publiée en DVD en 2010.


14 mars 2021

RICET-BARRIER : Isabelle


Acquis d'occasion dans la Marne vers la fin des années 2000
Réf : 71.148 -- Édité par Barclay en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Isabelle -- Le chat, le rat et Lola -/- Chaussures à mon pied -- La fille au marché

Au début de l'année, je me suis procuré pour 50 centimes une compilation CD de 24 chansons de Ricet-Barrier. Ma réaction à l'écoute de ces titres, quasiment tous écrits avec son compère Bernard Lelou, c'est que l'ensemble était d'une qualité impressionnante. La "chanson française" n'est pas un genre musical en soi. Une de ses caractéristiques est que l'attention principale est sur le chanteur et les paroles, en ayant souvent tendance à négliger la musique. Mais là, j'ai trouvé d'un bout à l'autre les compositions variées, les arrangements inventifs, la production et l'interprétation de qualité. Et je me suis fait toutes ces remarques avant de regarder les crédits et de voir que Jean-Claude Vannier est aux arrangements et à la direction musicale sur deux-tiers des titres...

Bizarrement, j'ai grandi sans avoir aucune conscience des succès de Ricet-Barrier des années cinquante et soixante. Il n'y avait pas de disque de lui à la maison, et pourtant on connaissait sa voix sans le savoir puisqu'on regardait à la télé Colargol, Saturnin surtout, et plus tard pour mon frère et ma soeur Barbapapa. Et pourtant, Ricet-Barrier, qui est mort en 2011 à 78 ans, était originaire de pas très loin de chez moi, à Romilly-sur-Seine.
Ce n'est qu'à partir des années 1980-90 que j'ai commencé à entendre parler de lui par des copains, notamment à propos de ses chansons interprétées par Les Frères Jacques, comme Les Spermatozoïdes et l'album La mythologie.

Aujourd'hui, avec une semaine en avance sur le calendrier, je vous propose de fêter l'arrivée du printemps avec Isabelle, une chanson que j'ai aussi connue par un ami, Philippe R., qui, je l'ai vécu une fois "en direct", avait pris l'habitude il y a dix ou quinze ans de réveiller toute sa maisonnée en passant cette chanson à fond ! Pourquoi procéder ainsi ? Comme ce n'était certainement pas pour aller à la messe, ça ne pouvait être qu'en vue de partir en famille à la brocante...
Isabelle, excellente chanson, fait partie de celles du répertoire de Ricet-Barrier où il s'exprime comme un pécore. Voici ce qu'il en disait lui-même sur son site : "On pourrait dire que les grandes phrases de ma "jeune carrière" sont les suivantes : 1958 : La servante du château - 1968 : Les vacanciers - 1978 : Y'a plus d'sous- c'est à dire trois chansons paysannes...grand public... mais entre ces chansons, il y a les principales (à mes yeux!): Drôle de vie, La java des hommes grenouilles, Quatorze Juillet, Bizarre, Chaussettes, vendeuses et gouttes d'eau, L'enterrement, Le puceron et l'orange, Les spermatozoïdes, Putain le beau métier, dont les sujets sont plus profonds, plus originaux."
"Chanson paysanne", peut-être, mais quand j'écoute la musique, je voudrais pas dire des bêtises car je n'y connais rien, mais j'ai l'impression d'entendre un air baroque !

L'autre excellente chanson du disque c'est l'entraînante Chaussures à mon pied. Dans la même veine sur ma compilation, il y a L'enterrement, que j'aurais bien chroniquée ici si j'avais eu le 45 tours.
La fille au marché et Le chat, le rat et Lola et sont d'excellente tenue également, mais moins à mon goût.

En 1975, Ricet-Barrier a sorti un album qui contient de nouvelles versions d'anciens titres. On y trouve une bonne version d'Isabelle, v'là l' printemps avec des guitares acoustiques.


Ricet-Barrier et Les Parisiennes interprètent Chaussures à mon pied à la Radio Télévision Suisse en 1967. Notons que, cinq ans plus tard, Ricet-Barrier épousera l'une de ces Parisiennes, Anne Lefébure.

07 mars 2021

LONG FIN KILLIE : The heads of dead surfers / Hollywood gem


Acquis par correspondance via Ebay en février 2021
Réf : pure cd 44 -- Édité par Too Pure en Angleterre en 1995
Support : CD 12 cm
Titres : Hollywood gem -- The heads of dead surfers -- Flaccid tabloid -- Stacked

Quand j'ai commandé ce disque le 29 mars 2020, j'avais du temps à la maison car on était en plein confinement de printemps. Je savais que les avions étaient bloqués au sol, les bureaux de poste fermés, le courrier distribué a minima... Bref, j'étais bien conscient que ma commande ne serait pas livrée en express, mais je n'étais pas particulièrement pressé. Mais si j'avais fait attention et repéré que le disque serait envoyé de... Chine !, je ne pense pas que j'aurais passé ma commande.
Je n'est donc pas été surpris de ne rien recevoir pendant toute la durée du confinement. Les semaines suivantes, j'ai guetté régulièrement ma boite aux lettres. N'ayant rien vu venir, j'ai fini par faire une croix dessus, imaginant que le colis avait été coincé et perdu quelque part en route. Fin janvier, en retombant sur les messages liés à mon achat, je les ai supprimés, persuadé que c'était l'un des très rares cas où je ne recevrais jamais ma commande. Et deux jours plus tard, comme si de rien n'était, le disque est arrivé, à peine plus de dix mois après la commande !, dans une enveloppe toute blanche en parfait état, avec juste une deuxième étiquette-adresse qui me fait penser que le paquet a peut-être été retourné à l'expéditeur après un premier envoi.

Mais voilà, je peux enfin chroniquer ce disque de Long Fin Killie, ce groupe écossais des années 1990 qui a sorti trois albums et quelques singles chez Too Pure. Je connais un peu et j'apprécie ce groupe dont j'ai quelques disques, avec sa pop de guingois qui de temps en temps me fait penser à Pere Ubu.
Et si j'ai voulu me procurer ce disque, avec tant de mal, c'est pour la chanson The heads of dead surfers, que j'ai découverte sur la compilation A world bewitched : Best of 1990-2000 de The Fall, qui a l'intérêt sur son deuxième CD de reprendre plusieurs collaborations de Mark E. Smith avec d'autres artistes, d'Edwyn Collins à Elastica, en passant par Inspiral Carpets et Tackhead.

Ce maxi est un peu particulier. Il contient deux extraits d'Houdini, le premier album du groupe. Hollywood gem vient en premier sur le CD, mais c'est bien "The heads of dead surfers / Hollywood gem" qui est indiqué sur la tranche du CD. On peut donc considérer que c'est une double face A, avec deux inédits en faces B.
Quand Houdini est sorti, Too Pure a publié un "super single" sous la forme de trois 45 tours en vinyl coloré et en édition limitée, dont l'un a The heads of dead surfers en face A, mais avec le port ça faisait un peu cher et j'ai préféré me procurer ce CD maxi.

Hollywood gem est une très bonne chanson, très accessible. C'est celle pour laquelle une vidéo a été réalisée. Très bien, mais je trouve que The heads of dead surfers est une dimension au-dessus.
En elle-même, la première partie de la chanson (2'30) est une réussite. Une rythmique tendue, où le violon tient une place intéressante, des à-coups de guitare saturée, des paroles qui sortent de l'ordinaire (du genre "Un Achille plagiste, ancienne vedette de la radio, noyé dans l'ambre solaire, fait une déclaration fracassante"). Il y a alors un petit moment de pause instrumentale, puis l'invité Mark E. Smith, qu'on entend peut-être très ponctuellement avant, prend le micro et, alors que la musique se déchaîne, il fait son grand numéro. C'est la marque des grands vocalistes (je ne vais pas aller jusqu'à dire chanteur), d'être instantanément reconnaissable et d'avoir un style particulier complètement original (Dans la même génération, John Lydon en est un autre exemple). C'est amusant de l'entendre commencer à rire à la fin, comme s'il était bien content de son coup.
Flaccid tabloid (quel titre !) est moins dans mes goûts, avec son saxo et ses passages un peu trop free jazz à mon goût, qui peuvent faire remonter le souvenir de Blurt.
Stacked est plus accessible et plus dans mes goûts, une chanson rock pas loin de la veine de Wedding Present, qui aurait peut-être mérité de figurer sur l'album.

Au bout du compte, cette aventure m'aura poussé à conserver la foi dans le service postal universel et fait remonter Long Fin Killie dans mon estime. A l'occasion, j'essaierai de me procurer leurs albums.