10 avril 2021

PABLO MASTER : Boire ou conduire


Acquis neuf je ne sais plus où vers la fin des années 1980
Réf : NS 5502 -- Édité par Nova Scratch en France en 1987
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Boire ou conduire (C'est à chacun de choisir) -- Instrumental version -/- Boire ou conduire (Version album)

C'est un article récent d’Étienne Menu dans Musique Journal sur son album Y a-t'il un problème ? qui a rappelé Pablo Master à mon bon souvenir.
Du coup, j'ai vérifié dans le blog et j'ai constaté que, si j'ai bien parlé ici de Catch 22, Saï Saï ou Les Zulums ! (deux fois), je n'ai pas encore chroniqué de disques de Puppa Leslie, Tonton David ou Pablo Master. C'était l'occasion ou jamais de réparer cet oubli.

J'ai bien l'album, dans son édition CD 17 titres, avec des versions de dub de tous les titres, mais j'ai préféré ressortir ce maxi, qui contient son morceau le plus connu (il y a une édition en 45 tours avec une pochette différente qui a dû sortir peu de temps avant ou après celle-ci).

Je pense que, avec Raoul Ketchup et Phil Sex, on a eu l'occasion de passer cette chanson dans Rock comptines sur Radio Primitive, mais le disque ne figurait pas dans la discothèque de la station. Je ne sais plus du tout comment je me le suis procuré, mais en y repensant, ma mémoire l'a associé au Tigre, pendant longtemps la seule boite rock de Reims. Pourquoi ? Je n'en sais fichtre rien, peut-être que j'y ai entendu un soir cette chanson (même si c'est peu probable) ou peut-être que j'y ai acheté le disque lors d'une des rares bourses aux disques qui y ont été organisées. Ou peut-être rien du tout. Mystère...

En tout cas, Boire ou conduire, avec ses paroles qui font penser à une campagne de sensibilisation conjointe de la Prévention Routière et la Ligue Anti-Alcoolique, est une chanson qui semble faite pour moi. Non seulement j'ai toujours apprécié ces titres ragga/reggae en français, mais en plus je n'aime pas l'alcool et déteste qu'on me fasse prendre des risques sur la route...
Je suppose que la première version doit être la version album. La version single, qui est aussi celle de la vidéo, est plus courte d'une grosse trentaine de secondes et est remixée avec, comme le signale Étienne Menu, un trafiquage amusant sur la deuxième voix.
La troisième version est un instrumental de la version album. C'est bien, mais pas autant que la deuxième version qu'on trouve sur mon CD de l'album, qui est un vrai dub.

On parle très peu de lui dans les médias grand public, mais Pablo Master poursuit son parcours. Il a sorti en 2017 l'album Sang & crimes, et encore tout récemment en 2020 un autre album, Shuga shuga shuga.

04 avril 2021

ANDREAS DORAU : Das Telefon sagt Du


Acquis par correspondance via Momox en février 2021
Réf : 851 505-2 -- Édité par ElektroMotor en Allemagne en 1995
Support : CD 12 cm
Titres : Das Telefon sagt Du (Radio) -- Das Telefon sagt Du (Video) -- Das Telefon sagt Du (Deep Thought mix) -- Von Siemens nach Telefunken

Parmi toutes les annonces qui se succèdent de personnalités qui décèdent, celle de la mort de Françoise Cactus le 17 février m'a plus particulièrement touché. D'abord parce qu'elle était (plutôt) jeune - en tout cas pile de ma génération - et aussi parce que, depuis quelques mois, j'étais plongé dans la découverte de plusieurs disques de Stereo Total que je venais d'acheter. Cela s'était traduit dans les jours précédents par la chronique du maxi Schön von hinten et par l'ouverture d'une de mes compilations Mixcloud avec Ne m'appelle pas ta biche.
L'excellente Section 26 lui a rendu hommage le jour-même, en republiant les deux faces d'une compilation-maison réalisée spécialement il y a deux ans par Françoise et Brezel Göring.
Je ne l'avais pas écoutée à l'époque, mais là j'ai pris le temps de le faire et j'ai passé un très bon moment. Il y a dedans plein de choses que je connaissais et apprécie, mais, dans un style que je connais pourtant bien, le synthétique pop et rigolo, elle m'a aussi permis de faire des découvertes, comme Ruth, Deux ou Namosh.
Il y avait aussi dans le lot le très bon Tulpen und Narzissen de Die Doraus und die Marinas, un projet d'Andreas Dorau du début des années 1980.
Andreas Dorau, le nom aurait dû me dire quelque chose, ne serait-ce que parce qu'il a co-réalisé l'un des remixes de Schön von hinten, mais en fait je ne le connaissais pas du tout. Françoise précisait sur l'enregistrement qu'il avait eu un tube en France dans les années 1990 avec Girls in love. Effectivement, mais ce succès très pop n'a pas dû beaucoup popularisé son nom en France, car autant les autres éditions européennes du single sont bien créditées à Andreas Dorau, autant la pochette de l'édition française, très bizarrement, mentionne uniquement les remixeurs Grungerman et Forever Sweet, comme s'ils étaient les artistes principaux, et elle omet Andreas Dorau !

Du coup, j'ai commandé quelques disques d'Andreas Dorau, dont Girls in love, et j'ai choisi de chroniquer cet excellent single à la pochette légère et colorée, extrait de l'album Neu ! de 1994.
C'est à nouveau très léger et très réussi, de l'électro-pop dansante et joyeuse. Dans les paroles, la tonalité du téléphone est associée au pronom allemand "Du" et, avec les chœurs qui font "Du du du du du", on pourrait presque dire qu'Andreas invente le Du-Wop !
Évidemment, s'agissant d'un artiste allemand faisant une musique en partie synthétique, on ne peut s'empêcher de penser à Kraftwerk, particulièrement dans ce contexte à Der Telefon Anruf, le single de 1986 extrait de l'album Electric Café. Dans les faits, les deux titres ont peu à voir l'un avec l'autre, même s'ils s'enchaîneraient bien sur une compilation. Et au bout du compte, en-dehors des jeux sonores de Kraftwek sur l'enchaînement des tonalités, pour la partie chanson je préfère Der Telefon sagt Du.

Sur les quatre versions présentes sur le CD, la première version Radio est très bien et les autres sont par définition superflues. La version Video est très proche de la première et est donc très bien aussi. Le Deep thought mix est plus techno, plus instrumental et moins pop. Quant à Von Siemens nach Telefunken, comme souvent avec certains remixes, ce titre n'a plus grand chose à voir avec la version originale, voire rien du tout, en-dehors des "Allo Allo" répétés régulièrement au cours des huit minutes.

Ce qui est frappant au bout du compte, c'est que, quand on écoute Das Telefon sagt Du, il y a plein de choses dans la composition, l'orchestration, la mélodie, le rythme du chant, qui font immanquablement penser à Stereo Total. On imagine bien Françoise faire les "Du du du du du", ou bien reprendre le titre sur scène avec Brezel.

On trouve la version Video de Das Telefon... sur la compilation Hauptsache Ich (Retrospektive 1981​-​2014). Le dernier album en date d'Andreas Dorau, Das Wesentliche, est sorti en 2019.


Une excellente vidéo réalisée par un certain Borja Martin. Habituellement, je ne mets ici que des vidéos "officielles", mais celle-ci est parfaitement dans le ton, alors on ne va pas s'en priver !


27 mars 2021

TOMORROW : Revolution


Acquis sur le vide-grenier de la F.C.P.E. à Ay le 24 juin 2012
Réf : FO 105 -- Édité par Odéon en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Revolution -/- Three jolly little dwarfs

L'été dernier, parmi la cinquantaine de CD à 50 centimes que j'ai trouvés un beau jour chez Happy Cash, il y avait, outre celui de Wilson Pickett, une belle réédition de l'unique album de Tomorrow, avec des bonus.
C'est un groupe psychédélique anglais formé autour de Keith West à la guitare et John Wood à la basse, avec deux noms connus par la suite pour compléter la formation, Steve Howe (futur membre de Yes) à la guitare et Twink à la batterie (qui jouera par la suite sur le S.F. Sorrow des Pretty Things avant de co-fonder les Pink Fairies).
Le groupe n'a été actif sous ce nom que de mars 1967 à avril 1968. Le temps de se faire remarquer avec deux singles en 1967, My white bicycle en mai et en septembre le Revolution qui nous intéresse aujourd'hui.
L'album n'est arrivé qu'en février 1968. Six mois entre le single et l'album, ça ne parait pas long aujourd'hui, mais tout allait très vite à cette époque folle et, une fois l'hiver 1968 venu, l'été de l'amour 1967 semblait déjà bien loin, la mode avait évolué et l'album a été un échec.
Dans son style, c'est pourtant un excellent disque. Ce n'est pas dur, au-delà de l'évidence Pink Floyd, Tomorrow est typiquement l'un des groupes qui a servi de modèle à XTC quand ils se sont lancés dans le pastiche Dukes of Stratosphear. Cela s'entend particulièrement sur mes chansons préférées de l'album, My white bicycle, Real life permanent dream (dont il me semble que le riff de guitare a pu inspirer The Monochrome Set) et les deux titres de ce 45 tours.

Du coup, je suis allé repêcher dans mes caisses ce 45 tours, le genre de pépite qu'on rêve de trouver quand on se balade le dimanche matin sur un vide-grenier (les années où il y a des vide-greniers) et dont on s'étonne même qu'on en trouve encore de temps en temps en plein vingt-et-unième siècle.
Ce jour-là, sur le parking du collège à Ay, je l'ai trouvé en très bon état pour 1 €, dans une petite caisse où il n'y avait que de la drouille. A d'autres stands, j'avais quand même trouvé aussi le First offence des Inmates en 33 tours, et en CD Pixies At the BBC et une réédition de Too tough to die des Ramones.
Les raretés psychédéliques de 1967 sont très recherchées. Ce 45 tours n'atteint pas les sommets du EP de Yesterday's Children que Philippe R. m'a offert, mais il s'échange quand même à plus d'une centaine d'euros.

La chanson Revolution est excellente dans son genre. La seule chose qui me gêne, c'est d'entendre un groupe nommé Demain chanter dans le refrain "La révolution, maintenant !". Sinon, il est clair à l'écoute que les appels à la révolution que contient la chanson ne sont pas à prendre au premier degré.
Parmi les versions disponibles, ma préférée est la version mono du 45 tours. Pour l'album, la même version a été trafiquée en pseudo-stéréo. Parmi les bonus sur le CD, il y a une version précédemment inédite dite en phased mono, qui pour le coup est différente mais qui est aussi moins percutante que les autres.
Le 21 septembre 1967, Tomorrow a enregistré quatre titres, dont Revolution, qui ont été diffusés le 1er octobre lors de la première émission Top Gear de John Peel, qui faisait ainsi ses débuts sur BBC Radio One. Ils ont donc eu l'honneur d'enregistrer la première Peel session de la BBC ! Les dernières paroles prononcées dans cette version sont "We want a revolution". Ce qui donne corps à l'hypothèse émise par certains que le Revolution de John Lennon et des Beatles de 1968 aurait été écrit en partie en réaction au Revolution de 1967 de Tomorrow, auquel le "You say you want a revolution" ferait référence.

En face B, Three jolly little dwarfs est très bien aussi. Là encore, il y a une petite chose qui me chiffonne, c'est ce titre pléonasmatique, Trois petits nains joviaux. Je ne dois pas être assez psychédélique pour apprécier pleinement !

En tout cas, ces deux chansons mises bout à bout font un excellent 45 tours, extrait d'un album qui de nos jours est considéré comme culte. Et comme je peux me retrouver dans l'actualité sans même le vouloir, sachez que, dans le tout nouveau numéro de Record Collector (daté d'avril 2021, il y a un article visant à réévaluer la carrière du pionnier psych-pop Keith West.

20 mars 2021

R.E.M. : Bad day


Acquis chez Gilda à Paris le 13 janvier 2021
Réf : PRO4296 -- Édité par Warner Bros. en Europe en 2003 -- Promotional only. Not for sale.
Support : CD 12 cm
Titre : Bad day

Depuis quelques années, j'achète à peu près systématiquement les disques de R.E.M. que je n'ai pas et que je vois passer pour pas cher. Ça arrive assez souvent, étant donné que le groupe a sorti des disques pendant plus d'un quart de siècle, dont un bon paquet a eu beaucoup de succès. Mais je suis loin d'avoir une collection vraiment étoffée : le JC écossais de The Vinyl Villain et un de ses potes chroniquent chaque semaine un single de R.E.M. dans l'ordre de parution : ils en sont au 36e et n'ont pas encore abordé l'année 2000 !

Celui-là, je l'ai trouvé chez Gilda lors de ma seule excursion parisienne de l'année (l'année est encore longue, mais la prochaine n'est pas pour demain !). Quand il a vu que j'achetais plein de CD singles bradés dans les rayons du bas, le vendeur m'a gentiment signalé qu'il venait d'en baisser quelques-uns à 1 € dans le rayon habituellement plus cher au-dessus.

Je ne connaissais pas cette chanson. Je me demandais de quel album elle était extraite et la réponse est : aucun. Elle fait partie des deux titres précédemment inédits inclus dans la compilation In time, un "Best of" qui couvre la période 1988-2003 (Le Best of de 1991 couvrait la période I.R.S. de 1982 à 1987). L'idée des inédits étant bien sûr d'inciter les grands fans à se procurer eux aussi la compilation. Et pour bien faire amortir le tout, ces deux inédits ont eux-mêmes été sortis en single en 2003.

Je ne connaissais pas Bad day, donc, mais à la première écoute c'était très bizarre, avec une grande impression de familiarité. Je n'ai pas mis longtemps à en pointer la source : dans son débit, sa construction, sa mélodie, Bad day se rapproche très fortement de l'un des tubes précédents de R.E.M., It's the end of the world as we know it (And I feel fine), paru en 1987 sur l'album Document.
En fait, l'histoire est connue et la situation est inversée : c'est Bad day qui a d'abord été composée sous le titre P.S.A. (Pour Public Service Announcement) puis enregistrée en 1986 en démo lors de la préparation de l'album Life's rich pageant. Elle n'a finalement pas été retenue et le groupe l'a retravaillée l'année suivante pour en faire It's the end of the world.
Les deux sont très bien et très proches. It's the end of the world est sûrement un petit peu au-dessus et de toute façon c'est le classique, mais le plus surprenant dans toute cette histoire c'est que R.E.M., qui ne manque pas de bonnes chansons, ait choisi des années plus tard de retravailler et mettre en avant une chanson aussi proche d'un de ses succès.

Mon exemplaire est un promo. On sait que j'apprécie particulièrement les disques hors commerce, mais celui-ci n'est pas très intéressant : la pochette est la même et la seule différence avec les versions disponibles à la vente est qu'il me manque les trois faces B !




R.E.M., Bad day, en direct en 2003 dans une émission intitulée R.E.M. at the BBC.


R.E.M., Bad day, en direct dans l'émission intitulée Live from Austin TX enregistrée le 13 mars 2008 et publiée en DVD en 2010.


14 mars 2021

RICET-BARRIER : Isabelle


Acquis d'occasion dans la Marne vers la fin des années 2000
Réf : 71.148 -- Édité par Barclay en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Isabelle -- Le chat, le rat et Lola -/- Chaussures à mon pied -- La fille au marché

Au début de l'année, je me suis procuré pour 50 centimes une compilation CD de 24 chansons de Ricet-Barrier. Ma réaction à l'écoute de ces titres, quasiment tous écrits avec son compère Bernard Lelou, c'est que l'ensemble était d'une qualité impressionnante. La "chanson française" n'est pas un genre musical en soi. Une de ses caractéristiques est que l'attention principale est sur le chanteur et les paroles, en ayant souvent tendance à négliger la musique. Mais là, j'ai trouvé d'un bout à l'autre les compositions variées, les arrangements inventifs, la production et l'interprétation de qualité. Et je me suis fait toutes ces remarques avant de regarder les crédits et de voir que Jean-Claude Vannier est aux arrangements et à la direction musicale sur deux-tiers des titres...

Bizarrement, j'ai grandi sans avoir aucune conscience des succès de Ricet-Barrier des années cinquante et soixante. Il n'y avait pas de disque de lui à la maison, et pourtant on connaissait sa voix sans le savoir puisqu'on regardait à la télé Colargol, Saturnin surtout, et plus tard pour mon frère et ma soeur Barbapapa. Et pourtant, Ricet-Barrier, qui est mort en 2011 à 78 ans, était originaire de pas très loin de chez moi, à Romilly-sur-Seine.
Ce n'est qu'à partir des années 1980-90 que j'ai commencé à entendre parler de lui par des copains, notamment à propos de ses chansons interprétées par Les Frères Jacques, comme Les Spermatozoïdes et l'album La mythologie.

Aujourd'hui, avec une semaine en avance sur le calendrier, je vous propose de fêter l'arrivée du printemps avec Isabelle, une chanson que j'ai aussi connue par un ami, Philippe R., qui, je l'ai vécu une fois "en direct", avait pris l'habitude il y a dix ou quinze ans de réveiller toute sa maisonnée en passant cette chanson à fond ! Pourquoi procéder ainsi ? Comme ce n'était certainement pas pour aller à la messe, ça ne pouvait être qu'en vue de partir en famille à la brocante...
Isabelle, excellente chanson, fait partie de celles du répertoire de Ricet-Barrier où il s'exprime comme un pécore. Voici ce qu'il en disait lui-même sur son site : "On pourrait dire que les grandes phrases de ma "jeune carrière" sont les suivantes : 1958 : La servante du château - 1968 : Les vacanciers - 1978 : Y'a plus d'sous- c'est à dire trois chansons paysannes...grand public... mais entre ces chansons, il y a les principales (à mes yeux!): Drôle de vie, La java des hommes grenouilles, Quatorze Juillet, Bizarre, Chaussettes, vendeuses et gouttes d'eau, L'enterrement, Le puceron et l'orange, Les spermatozoïdes, Putain le beau métier, dont les sujets sont plus profonds, plus originaux."
"Chanson paysanne", peut-être, mais quand j'écoute la musique, je voudrais pas dire des bêtises car je n'y connais rien, mais j'ai l'impression d'entendre un air baroque !

L'autre excellente chanson du disque c'est l'entraînante Chaussures à mon pied. Dans la même veine sur ma compilation, il y a L'enterrement, que j'aurais bien chroniquée ici si j'avais eu le 45 tours.
La fille au marché et Le chat, le rat et Lola et sont d'excellente tenue également, mais moins à mon goût.

En 1975, Ricet-Barrier a sorti un album qui contient de nouvelles versions d'anciens titres. On y trouve une bonne version d'Isabelle, v'là l' printemps avec des guitares acoustiques.


Ricet-Barrier et Les Parisiennes interprètent Chaussures à mon pied à la Radio Télévision Suisse en 1967. Notons que, cinq ans plus tard, Ricet-Barrier épousera l'une de ces Parisiennes, Anne Lefébure.

07 mars 2021

LONG FIN KILLIE : The heads of dead surfers / Hollywood gem


Acquis par correspondance via Ebay en février 2021
Réf : pure cd 44 -- Édité par Too Pure en Angleterre en 1995
Support : CD 12 cm
Titres : Hollywood gem -- The heads of dead surfers -- Flaccid tabloid -- Stacked

Quand j'ai commandé ce disque le 29 mars 2020, j'avais du temps à la maison car on était en plein confinement de printemps. Je savais que les avions étaient bloqués au sol, les bureaux de poste fermés, le courrier distribué a minima... Bref, j'étais bien conscient que ma commande ne serait pas livrée en express, mais je n'étais pas particulièrement pressé. Mais si j'avais fait attention et repéré que le disque serait envoyé de... Chine !, je ne pense pas que j'aurais passé ma commande.
Je n'est donc pas été surpris de ne rien recevoir pendant toute la durée du confinement. Les semaines suivantes, j'ai guetté régulièrement ma boite aux lettres. N'ayant rien vu venir, j'ai fini par faire une croix dessus, imaginant que le colis avait été coincé et perdu quelque part en route. Fin janvier, en retombant sur les messages liés à mon achat, je les ai supprimés, persuadé que c'était l'un des très rares cas où je ne recevrais jamais ma commande. Et deux jours plus tard, comme si de rien n'était, le disque est arrivé, à peine plus de dix mois après la commande !, dans une enveloppe toute blanche en parfait état, avec juste une deuxième étiquette-adresse qui me fait penser que le paquet a peut-être été retourné à l'expéditeur après un premier envoi.

Mais voilà, je peux enfin chroniquer ce disque de Long Fin Killie, ce groupe écossais des années 1990 qui a sorti trois albums et quelques singles chez Too Pure. Je connais un peu et j'apprécie ce groupe dont j'ai quelques disques, avec sa pop de guingois qui de temps en temps me fait penser à Pere Ubu.
Et si j'ai voulu me procurer ce disque, avec tant de mal, c'est pour la chanson The heads of dead surfers, que j'ai découverte sur la compilation A world bewitched : Best of 1990-2000 de The Fall, qui a l'intérêt sur son deuxième CD de reprendre plusieurs collaborations de Mark E. Smith avec d'autres artistes, d'Edwyn Collins à Elastica, en passant par Inspiral Carpets et Tackhead.

Ce maxi est un peu particulier. Il contient deux extraits d'Houdini, le premier album du groupe. Hollywood gem vient en premier sur le CD, mais c'est bien "The heads of dead surfers / Hollywood gem" qui est indiqué sur la tranche du CD. On peut donc considérer que c'est une double face A, avec deux inédits en faces B.
Quand Houdini est sorti, Too Pure a publié un "super single" sous la forme de trois 45 tours en vinyl coloré et en édition limitée, dont l'un a The heads of dead surfers en face A, mais avec le port ça faisait un peu cher et j'ai préféré me procurer ce CD maxi.

Hollywood gem est une très bonne chanson, très accessible. C'est celle pour laquelle une vidéo a été réalisée. Très bien, mais je trouve que The heads of dead surfers est une dimension au-dessus.
En elle-même, la première partie de la chanson (2'30) est une réussite. Une rythmique tendue, où le violon tient une place intéressante, des à-coups de guitare saturée, des paroles qui sortent de l'ordinaire (du genre "Un Achille plagiste, ancienne vedette de la radio, noyé dans l'ambre solaire, fait une déclaration fracassante"). Il y a alors un petit moment de pause instrumentale, puis l'invité Mark E. Smith, qu'on entend peut-être très ponctuellement avant, prend le micro et, alors que la musique se déchaîne, il fait son grand numéro. C'est la marque des grands vocalistes (je ne vais pas aller jusqu'à dire chanteur), d'être instantanément reconnaissable et d'avoir un style particulier complètement original (Dans la même génération, John Lydon en est un autre exemple). C'est amusant de l'entendre commencer à rire à la fin, comme s'il était bien content de son coup.
Flaccid tabloid (quel titre !) est moins dans mes goûts, avec son saxo et ses passages un peu trop free jazz à mon goût, qui peuvent faire remonter le souvenir de Blurt.
Stacked est plus accessible et plus dans mes goûts, une chanson rock pas loin de la veine de Wedding Present, qui aurait peut-être mérité de figurer sur l'album.

Au bout du compte, cette aventure m'aura poussé à conserver la foi dans le service postal universel et fait remonter Long Fin Killie dans mon estime. A l'occasion, j'essaierai de me procurer leurs albums.

27 février 2021

WILSON PICKETT : Don't knock my love


Acquis par correspondance via Discogs en février 2021
Réf : 650.228 L -- Édité par Atlantic en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Don't knock my love pt. 1 -/- Don't knock my love pt. 2

En 2020, j'ai acheté deux beaux gros lots de galettes, très différents l'un de l'autre : une grosse pile de 78 tours, à Douvres, le 2 mars, dont j'ai déjà abondamment parlé, et une cinquantaine de CD à 50 centimes le 11 août, au Happy Cash près de chez moi, dont je n'ai encore rien dit, mais ça ne veut pas dire pour autant que les albums concernés manquent d'intérêt.
Ce jour-là, en plus de l'habituel rayon CD de la boutique, qui diminue régulièrement de taille, comme partout ailleurs, il y avait dans une allée un grand bac de CD, neufs et emballés pour la plupart, avec pour certains une étiquette FNAC. Je me suis fait confirmer que le prix était bien de 50 centimes, tellement ça ma paraissait étonnant, sachant qu'à un mètre de là des disques sans intérêt étaient à 6 €, et j'ai commencé ma razzia : 6 disques de Leonard Cohen, 3 de Dominique A, 2 chacun de Captain Beefheart, Chuck Berry et les Small Faces, plus Memphis Slim, Clifton Chenier, Rufus Thomas, Toots and the Maytals, Tom Waits, Gainsbourg, The Kinks, The Beach Boys,... J'en ai pris un peu pour les copains et conservé une petite quarantaine pour moi.

Dans le lot, il y avait une belle réédition avec plein de bonus de deux albums de Wilson Pickett, In Philadelphia et Don't knock my love. Sur le coup, je n'en attendais pas grand chose, me disant que ces albums étaient un peu tardifs. En fait, ils ne le sont pas trop (1970 et 1971), et sont tous les deux d'excellente tenue. Le premier est enregistré avec Gamble et Huff, les rois du Philadelphia Sound, et contient notamment les tubes Get me back on time, engine number nine et Don't let the green grass fool you. Pour le second, Wilson Pickett était de retour aux Muscle Schoals Sound Studios en Alabama, avec Brad Shapiro et Dave Crawdford à la production. Les deux succès de l'album sont la chanson-titre et une reprise de Free, Fire and water, mais ce qui a le plus attiré mon attention, ce sont les versions instrumentales de Don't knock my love, particulièrement celle parue en face B du single. C'est ce qui m'a incité à me procurer cette édition française du 45 tours, qu'on peut trouver à un prix raisonnable, même si elle fête son demi-siècle cette année.

Don't knock my love est une bonne chanson très funky d'à peine plus de deux minutes, avec ce qu'il faut de cuivres, de chœurs, et même une dose de guitare saturée dans cette bonne sauce.
La chanson a fait l'objet en 1973 d'une reprise de haut vol par Diana Ross et Marvin Gaye, sur l'album tout simplement appelé Diana & Marvin, mais aussi en face A d'un single.

Comme souvent, la Part 2 de Don't knock my love est une version instrumentale. Ce qui est beaucoup plus rare avec ce titre, c'est  que la Part 2 est issue, comme Tony Rounce le souligne dans les notes de la pochette de la réédition, d'une prise complètement différente de la version chantée. Et en plus, il existe deux versions complètement différentes de cette Part 2 !
La version du 45 tours de la Part 2 dure 3'14. Elle est marquée, comme le dit Tony Rounce, par "une symphonie de sons complètement psychédélique", avec un "paysage sonore de cordes qui sonnent comme si elles s'étaient échappées de la bande originale de Psychose" et, je rajouterais, plein de guitare électrique. C'est ma version préférée, celle qui m'a vraiment accroché l'oreille.
La version album de la Part 2 dure 4'02. C'est un mixage complètement différent, avec une pléthore d'effets psychédéliques et d'instruments rajoutés, dont des thérémines et des harpes. Peut-être que Wilson Pickett n'était même pas présent au moment de cet enregistrement instrumental, dû principalement à Brad Shapiro, le compositeur et producteur, au co-producteur et clavier Dave Crawford et aux musiciens de Muscle Schoals et de Detroit qui participaient à la session.

J'ai un petit paquet de disques de Wilson Pickett à la maison, dont une bonne partie sont excellents, mais cette face B a été une vraie surprise et une vraie découverte.


Wilson Pickett, Don't knock my love, en direct dans l'émission Soul train diffusée le 25 mars 1972.

20 février 2021

TINA THORNER : Fête sans village


Acquis par correspondance via Bandcamp en février 2021
Réf : [sans] -- Édité par Les Mills France en 2021 -- n° 31/80
Support : CD 12 cm
9 titres

Je reçois quasi-quotidiennement l'annonce des albums francophones que La Souterraine met en avant sur son site. Au moins neuf fois sur dix, je ne vais même pas y écouter un extrait, par manque de temps principalement, les journées n'ayant après tout que 24 heures. Mais de temps en temps j'y ai fait de belles découvertes, notamment Philémon Cimon en 2019.
Pour cet album, outre que j'étais au calme avec un peu de temps devant moi, c'est la pochette colorée et le titre qui m'ont incité à cliquer sur le lien de La Souterraine. Et ce n'est qu'une fois arrivé que j'ai fait attention au nom de l'artiste, Tina Thorner, parfait amalgame de la musique de danse, celle de Tina turner, et de l'accordéon, dont Yvette Horner porta longtemps le flambeau. Le seul problème avec ce nom c'est qu'il existe une copilote de rallyes suédoises nommée Tina Thörner qui squatte - pour l'instant - les premiers résultats des moteurs de recherche sur internet !
Le titre de l'album résonne particulièrement en ce moment. Alors que nos villages sont sans carnaval ni fête foraine ni même salle des fêtes, Tina Thorner nous propose de faire la fête à distance avec elle, armée de son accordéon, de ses synthés et boites à rythmes, d'un ordinateur avec des vidéos colorées. Tour de manège est une parfaite introduction à l'album, qui nous fait entrer dans la danse au son du micro du forain. Ne manque qu'un appel à attraper le pompon !
Musicalement, le concept de ce projet de Fanny Alizon est clair : de la Musette Maison (House Musette diraient les anglais), ou si vous préférez du Techno Accordéon, avec l'accordéon en instrument solo principal, accompagné par une rythmique techno, parfois réduite au rythme de la grosse caisse.
La "dance" et le musette n'avaient pas été aussi parfaitement associés depuis le fameux Play Yvette, un titre 100% hip-pop optimiste que je finirai peut-être par chroniquer ici, ou, pour remonter encore plus loin, depuis la face 100% disco de l'album 100% musette / 100% disco d'André Verchuren (face qui, soit dit en passant, contient une reprise de l'hymne disco (?) Ça plane pour moi !).
Comme, en plus de la version numérique, on nous proposait une édition CD limitée, avec plein de surprises, il ne m'a pas fallu deux minutes pour décider de la commander, et elle est effectivement arrivée très vite, avec son carnet de chant pour accompagner Tina, une fiche de remerciements, des bons de réduction et autres cartes à collectionner, le tout emballé avec un ruban adhésif rose pétant.
La seule facilité du disque, c'est Le petit vin blanc du Lidl ("Ah le petit vin blanc, qu'on achète au Lidl,qui nous bourre la gueule, pour un prix très décent !"). L'autre reprise de l'album, Musette, est bien plus intéressante car elle réussit parfaitement l'adaptation au projet Tina Thorner d'une chanson de 2016, La Fête, par le groupe suisse plutôt hardcore Violence et Honnêteté.
Le commerce est un fil rouge tout au long de l'album, de la grande distribution traditionnelle, avec l'excellent Bal de promos, au business très 21e siècle, Je vends des like. Il en est aussi question dans Tour de France. Je pensais qu'il allait y avoir une référence à la fameuse caravane, à laquelle Yvette Horner a souvent participé, mais non, il s'agit des aimants-départements à collectionner et, là encore, les paroles ont une résonance particulière en ce moment : "Avant je partais en vacances, maintenant je mange des cordon-bleus. Je voyageais dans la France, plus besoin de bouger c'est mieux."
Avant le début de J'ai perdu les clés, Tina annonce : "Bon, on s'est bien amusé, on a bien rigolé mais... j'ai des choses sérieuses à vous dire", mais en fait la chanson "sérieuse" et de lutte sociale, et l'une des grandes réussites de l'album, c'est Pommes noisettes !
Si les fêtes patronales ne sont pas annulées cette année, j'espère que Tina Thorner pourra faire un grand tour de France pour faire à nouveau danser le pays, dans le respect des barrières Vauban. En attendant, vous pouvez toujours déguster ci-dessous sa prestation en direct sur YouTube à la fin du confinement au printemps dernier.








Tina Thorner joue une bonne partie des titres de son album en direct sur YouTube le 9 mai 2020.

13 février 2021

SYNTHETIC CHA CHA BAND : Why can't we live together


Acquis chez Récup'R à Dizy le 8 janvier 2021
Réf : MT 4038 -- Édité par Motors en France en 1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Why can't we live together -/- Synthetic cha cha

Je l'ai déjà raconté à propos de The letter : Philippe R. a une petite marotte, celle de distribuer autour de lui quand il en trouve pour pas cher des exemplaires du tube des Box Tops ou de Why can't we live together de Timmy Thomas, parce qu'il les trouve excellents et qu'il prêche ainsi la bonne parole du rock and roll.
Pour Why can't we live together, dont il m'a offert le 45 tours sans pochette il y a quinze-vingt ans, il m'a souvent suggéré de le chroniquer ici. J'aurais pu le faire, surtout qu'entre temps je me suis procuré le disque original avec sa pochette, ainsi que sa réédition de 1979 chez Vogue, avec une version live musclée en face B. C'est un disque que j'aime bien, mais je n'ai pas grand chose à en dire. Sa grande qualité, c'est le minimalisme de son arrangement (l'enregistrement publié est à l'origine une démo), avec la boite à rythmes et l'orgue qui dominent. En le réécoutant aujourd'hui, je me dis que c 'est presque du proto-Young Marble Giants, avec un chanteur soul à la place d'Alison Statton.
Pas de chronique de Timmy Thomas, donc, mais celle-ci est évidemment tout spécialement dédiée à Philippe puisqu'il est question d'une version instrumentale de Why can't we live together.

Je reviens quand même assez souvent bredouille de mes visites régulières à la ressourcerie. Mais j'ai été gâté pour mon premier passage de l'année car j'en suis revenu avec une douzaine de 45 tours et huit CD, ce qui est rare en ces temps de disette sans brocantes ni bourse aux disques. Rien de génial mais quelques bonnes choses dans tout ça. En tout cas, pour les raisons exposées ci-avant, j'ai tout de suite su quand je l'ai vu que ce 45 tours aurait les honneurs du blog.

Le nom du groupe est déjà tout un poème. Associer le Synthétique et le Cha Cha Cha, ça évoque Señor Coconut avec presque trente ans d'avance !
Ce 45 tours est publié par Les Disques Motors de Francis Dreyfus, un label réputé pour avoir longtemps été celui de Jean-Michel Jarre. Comme je connais par ailleurs Synthetic man, la face B d'un 45 tours de Samuel Hobo, composée par Jarre et publiée la même année que ce disque, j'ai d'emblée pensé que j'avais affaire à l'un des coups discographiques dans lesquels Jarre a été impliqué, comme Zig Zag dance, une autre collaboration avec Hobo, également publiée par Motors et toujours en 1972.
Eh bien, je me trompais. Toutes les sources,dont Mémor'Hits, s'accordent pour dire que, derrière le pseudonyme de l'auteur de la face B, Lewis Hamster, on trouve Franz Auffray, le neveu d'Hugues, notamment réputé pour avoir produit en 1970 avec le guitariste Sam Choueka un album intitulé Original popcorn.

Tout le début de la version originale étant instrumental, cette reprise de Why can't we live together s'en approche d'assez près, même si le le synthé monophonique primitif risque de faire grincer les dents de Philippe. Mais c'est quand on arrive à la partie originellement chantée que ça va vraiment se gâter, car le synthé coin-couine allègrement ! C'est un calvaire presque comique pour les oreilles !
En face B, sans point de comparaison avec une chanson originale, le rythme de Cha Cha Cha et les synthés grave et aigu de Synthetic cha cha se marient mieux et l'ensemble est peut-être pas tout à fait funky mais en tout cas dansant. C'est ma face préférée du disque.

En tout cas, j'espère que Philippe ne pas regretter d'avoir vu un de ses souhaits se réaliser de cette façon !

07 février 2021

TALKING HEADS : Once in a lifetime


Acquis par correspondance via Ebay en février 2021
Réf : 2 C 008-64199 -- Édité par Sire en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Once in a lifetime -/- Listening wind

J'ai dû commencer à écouter Talking Heads début 1979. Le frère d'un copain m'a prêté son exemplaire de '77, j'ai été emballé, et ensuite j'ai acheté le 45 tours Psycho killer et l'album. Après, j'ai acheté le troisième album Fear of music en solde quelques temps après sa sortie, puis un peu plus tard le deuxième album More songs about buildings and food, d'occasion (l'un des premiers disques que j'ai acheté d'occasion, avec le Secondhand daylight de Magazine), sûrement en 1980-1981.
Pour une raison ou pour une autre, j'ai été déçu sur le moment par ces albums suivants. Ce n'est qu'avec Remain in light, le premier disque du groupe que j'ai acheté neuf au moment de sa sortie, que j'ai retrouvé un album de Talking Heads qui m'a enthousiasmé. Sauf que le groupe avait tellement évolué en trois ans que c'était difficile à croire que ces deux disques avaient été produits par les mêmes personnes. 77 et Remain in light demeurent mes deux disques préférés de Talking Heads, et je suis bien en peine d'en préférer l'un à l'autre, même si le premier conserve toujours l'avantage de la découverte et de la fraîcheur (le troisième dans ma liste est Little creatures, qui s'inscrit de façon plus évidente dans la lignée de 77).

Avec Crosseyed and painless, Houses in motion et Born under punches (The heat goes on), Once in a lifetime est l'une des grandes réussites de l'album. C'est le premier titre qui en a été extrait en 45 tours. Une ligne de basse courte mais énorme, des rythmes et percussions enchevêtrés, des nappes de synthé et une multitude de trouvailles vocales, en partie inspirées par les prédicateurs évangélistes, Once in a lifetime, ce n'est plus  simplement de la New Wave, ce n'est pas de la musique africaine même si ça s'en inspire en partie, c'est quelque chose d'entièrement nouveau, un mélange entraînant et unique.
La chanson est déjà parfaite en elle-même. Portée par la toute nouvelle chaîne MTV puis dans les années suivantes par les robinets à clips bien de chez nous, sa vidéo, avec la chorégraphie si particulière de David Byrne, a multiplié l'impact de la chanson et a contribué à en faire un classique certifié. Même Kermit la Grenouille en a fait une parodie !
Deux versions en public de Once in a lifetime ont été publiées en disque, l'une de 1981 sur la réédition CD de The name of this band is Talking Heads, l'autre de 1983 sur la bande originale de Stop making sense, que j'ai chroniquée ici en 2013.
Vous trouverez ci-dessous deux versions filmées de la tournée Remain in light de 1980, l'une en noir et blanc à Passaic et l'autre en couleurs lors de l'ultime de la tournée à Dortmund. Cette dernière est ma préférée des quatre versions en public (je trouve la version studio de toute façon supérieure), mais Tina Weymouth, privée de sa basse, a l'air contrarié.

La pochette de ce 45 tours ne reprend pas tout à fait celle de l'album. C'est en fait l'illustration de la pochette intérieure qui a été choisie, que je préfère à celle du recto. Le 45 tours anglais a lui eu droit à une pochette complètement originale, ce qui est un plus (même si je trouve cette pochette assez moche), mais la face B, elle aussi extraite de l'album, est Seen and not seen, l'un des titres que j'aime le moins sur Remain in light.
Pour cette édition française, la maison de disques a eu le bon goût de sélectionner Listening wind pour la face B. Pour le coup, c'est l'une des chansons de l'album que j'ai le plus écoutées, ne serait-ce que parce que je l'avais sélectionnée pour l'une de mes premières compilations cassette.
Plus lente, et peut-être encore plus marquée par la musique africaine, c'est franchement encore une grande réussite. Les paroles figuraient dans un insert glissé dans l'album, mais je n'y avais pas trop porté attention à l'époque. Il y est visiblement question d'un homme qui prépare des attentats contre une occupation américaine.
En 2010, sur son album de reprises Scratch my back, Peter Gabriel a fait une reprise pleine de cordes de Listening wind. En 2018, Angelique Kidjo n'a pas fait dans le détail puisque qu'elle a repris Remain in light dans son intégralité !




Talking Heads, Once in a lifetime en concert au Capitol Theatre de Passaic, le 4 novembre 1980.


Talking Heads, Once in a lifetime en concert à Dortmund pour l'émission RockPop in Concert, le 20 décembre 1980.

31 janvier 2021

NINA SIMONE : Young, gifted and black


Acquis par correspondance via Momox en janvier 2021
Réf : DYN 2029 -- Édité par Dynamic Entertainement en Angleterre en 2003
Support : CD 12 cm
16 titres

L'autre jour, je suis tombé sur cette vidéo du passage de Nina Simone dans l'émission 1, rue Sésame du 18 février 1972, où elle interprète To be young, gifted and black entourée d'enfants :



J'ai trouvé ça fort et émouvant. On dirait que la chanson a été écrite spécifiquement pour ça, avec ses paroles en faveur de l'"empowerment" des Noirs (J'ai cherché une traduction à ce mot, et le Larousse n'en propose même pas. Il est réputé être particulièrement difficile à traduire en français, "émancipation" ne recouvrant pas tous les aspects...) :
"Tu es jeune, doué et noir, c'est ce qu'on doit commencer à dire à nos jeunes. Il y a un monde qui t'attend, ta quête ne fait que commencer. Quand tu te sens vraiment mal, il y a une vérité importante à connaître. Quand tu es jeune, doué et noir, ton âme est intacte."
Une chanson positive comme j'en connais peu. Nina Simone a créé cet hymne fort à la fierté noire en 1969, une époque particulièrement troublée, un an après l'assassinat de Martin Luther King.
Elle a été inspirée par son amie l'auteur Lorraine Hansberry, qui est morte à 34 ans en 1965. En mai 1964, déjà malade, elle avait utilisé l'expression "Young, gifted and black" lors d'une remise de prix à de jeunes écrivains, comme cela est relaté dans cet extrait d'un documentaire, où une actrice redit son discours :



L'ex-mari et exécuteur testamentaire de Lorraine Hansberry a rassemblé certains de ses écrits dans une pièce posthume, To be young, gifted and black, qui a eu un grand succès hors Broadway à New York en 1968-1969.
A l'occasion d'un concert à Atlanta en juin 1969, Nina Simone explique comment une photo dans un article du New York Times sur cette pièce l'a inspirée pour écrire cette chanson, et comment elle a fait appel à son chef d'orchestre Weldon Irvine pour l'aider à mettre en forme son propos :



Le contexte est complètement différent, mais la force d'encouragement dans cette version en public me rappelle le Morning of our lives de Jonathan Richman & the Modern Lovers.
Pour ma part, j'ai d'abord connu Young, gifted and black par la reprise reggae qu'en ont fait Bob & Marcia en 1970.



To be young, gifted and black a été publié à l'origine sur un 45 tours hors album. Sur la face B, on trouvait une reprise de Save me d'Aretha Franklin. Par un intéressant effet de miroir, notons qu'en 1972, c'est Aretha Franklin qui a repris Young, gifted and black, dans une version aux tonalités Gospel plus marquées, et cette chanson a donné son titre à son album de cette année-là.

Au départ, mon idée était de chroniquer ici le 45 tours français de 1969 ci-dessus, mais je n'ai pas eu envie de mettre 15 € port compris dans un disque dont je possède déjà les deux faces sur des compilations. Alors j'ai cherché, et j'ai trouvé ce CD de 2003 Young, gifted and black, paru juste avant la mort de Nina Simone. C'est une édition pas chère de titres sous licence du label anglais Charly. Le son est bon et la photo de pochette de Nina avec sa fille Lisa, née en 1962, serait très bien si elle n'avait pas été grossièrement colorisée. Voici la photo noir et blanc originale :



Comme il n'y a évidemment pas de crédits détaillés, il m'a fallu enquêter un peu pour trouver l'origine des enregistrements en concert qu'on trouve sur ce CD.
La grande majorité d'entre eux( 13 sur 16) est parue à l'origine sur l'album Live & kickin' de 1988. Il a été enregistré en 1985 à Ronnie Scott's à Londres et au Carnegie Hall à New York, lors de la tournée qui a suivi la parution de l'album Nina's back !.
C'est un bon album, où l'on retrouve des interprétations de quelques-unes des grandes chansons de Nina Simone, Mississippi Goddam, The other woman, I sing just to know that I'm alive (avec un passage en Soukous), Four women,...
Les trois titres ajoutés sont de grands succès, Please don't let me be misunderstood, The house of the rising sun et la chanson qui nous intéresse particulièrement aujourd'hui, Young, gifted and black.
Il me semble en avoir trouvé la trace (en tout cas les durées correspondent) sur l'album Live de 1995, également sous licence Charly, qui reprend également des enregistrements en public des années 1980, sans plus de précisions.
Pour Young, gifted and black, en fin de concert visiblement, Nina Simone fait éclairer la salle et fait chanter le public, après avoir à nouveau rendu hommage à Lorraine Hansberry.


Nina Simone, To be young, gifted and black, en concert à Hambourg le 6 mai 1988, avec une belle introduction au piano.


25 minutes de Nina Simone en concert au Festival d'Antibes-Juan les Pins en 1969, avec Four women, Save me, I ain't got no - I got life et To love somebody.

23 janvier 2021

STEREO TOTAL : Schön von hinten


Acquis par correspondance via Ebay en décembre 2020
Réf : BUNG 014 -- Édité par Bungalow en Allemagne en 1997
Support : CD 12 cm
Titres : Schön von hinten (Original) -- Schön von hinten (Rimini-Mix - Brezel Göring) -- The other side of you (Momus & Laila France) -- Schön von hinten (Halb-Remix - Hermann Halb) -- Schön von hinten (Sons of '68 & Jan Bontempi mix) -- Schön von unten (Andreas Dorau, Michel und DJ It mix)

A certains moments, Stereo Total a été un groupe, mais c'est avant tout un duo composé de Brezel Göring (ex-Sigmund Freud Experience) et Françoise Cactus (ex-Lolitas).
Les Lolitas, je me souviens qu'on passait des extraits de leurs albums dans Rock Comptines sur Radio Primitive, avec Raoul Ketchup et Phil Sex. Notamment leur reprise d'Antoine, Canelle, et Sexy sex, qui était tout naturellement devenu l'hymne personnel de Phil Sex. Quant à Stereo Total, ça fait partie d'une génération de groupes que j'ai découverts au début des années 2000 en téléchargeant des MP3. Depuis, j'ai eu l'occasion de me procurer une bonne partie de leurs nombreux albums.
Une des compilations du groupe est titrée Yéyé existentialiste. Ça peut être une bonne façon de les décrire. Pour ma part, je n'en étais pas loin car j'étais parti sur "électro-yéyé". Les chansons sont généralement courtes et chantées en plusieurs langues (anglais, allemand, français et même d'autres), avec ce nombreuses reprises et collaborations.
Schön von hinten est une chanson que j'aime beaucoup, extraite de l'album Monokini. Je pensais que la version "Original" du single, qui est utilisée pour la vidéo ci-dessous, était identique à celle de l'album, mais le mixage est légèrement différent, avec moins de guitare hawaïenne.
La musique est rigolote, et les paroles d'amour/rupture sont bien vaches : "Tu es beau vu de derrière, à quelques mètres de distance", "Montre-moi ton dos, c'est quand tu dois partir que tu es le plus beau", "Comment peux-tu me manquer quand chaque jour, chaque nuit, tu es près de moi ?",  "Je me suis beaucoup amusée avec toi, mais sans toi c'était pas mal non plus, peut-être même mieux", "Envoie-moi une photo de toi, ou une carte postale. Allez, c'est fini, bye bye !".
La pochette de ce maxi est assez quelconque, mais le chien dessiné sous le "Stereo Total" rappelle celle, beaucoup plus marquante, de Monokini, où l'on voit Françoise, en mono- voire en zérokini, assise sur la dépouille d'un chien qui la protège de l'herbe !
J'avais déjà l'album, mais j'ai voulu me procurer ce maxi car il contient The other side of you, qui est non pas un remix mais une reprise de Schön von hinten, par Momus et Laila France, qui étaient eux aussi sur le label Bungalow à cette époque. C'est une version que j'aime beaucoup, minimale avec boite à rythmes et synthé, un clin d’œil au Fade to grey de Visage et des paroles adaptées en anglais, avec même un pont en français ("Je sais que tu m'en veux, mais lâche-moi un peu !").
Les maxis où les remixes s'accumulent sont parfois pénibles à écouter sur la longueur, mais ce n'est pas le cas de celui-ci : j'arrive à enchaîner les six pistes à la suite sans m'ennuyer, en m'amusant et en dansant, car les pistes sont agréables et variés.
Il y a le Rimini-Mix de Brezel Göring qui évoque l'italo-house, et, aussi dans un style techno-dance, le Schön von unten d'Andreas Dorau, Michel und DJ It. Le Halb-Remix d'Herman Halb est amusant, avec des voix accélérées et ralenties noyées dans de l'écho. Quant au remix (disons plutôt la reprise, là également) de Sons of '68 et Jan Bontempi, c'est carrément une version garage-punky de la chanson !
Et si les six versions de ce maxi ne suffisaient pas, sachez qu'il en existe au moins une autre, Bonito por atrás, publiée en 2009 sur la compilation espagnole No controles.

Depuis la parution de ce disque en 1997, Stereo Total poursuit son bonhomme de chemin. Le dernier album en date, Ah! Quel cinéma!, est paru en 2019.






Stereo Total, Schön von hinten, en direct en 2010 dans l'émission de télévision Konspirative KüchenKonzerte.


16 janvier 2021

DONNA SUMMER : Can't we just sit down (And talk it over)


Acquis par correspondance via Rakuten en décembre 2020
Réf : 10958 -- Édité par Atlantic en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Can't we just sit down (And talk it over) -/- I feel love

Parmi les quelques blogs que je lis très régulièrement, il y a The (new) Vinyl Villain, publié par un JC écossais. L'été dernier, une de ses chroniques s'intitulait L'un des disques les plus influents, et l'un des meilleurs, de tous les temps. La chronique lui a été inspirée par la lecture d'un article du Guardian où le critique Jon Savage et le producteur Ewan Pearson revenaient sur l'importance dans l'histoire de la pop de la chanson I feel love de Donna Summer.
Chez JC, j'ai appris notamment que la chanson est extraite d'un album, I remember yesterday, dont le concept était de confronter le disco aux différents styles de musique dansante des décennies passées. Mais I feel love, en fin d'album, était censée anticiper le futur de la musique. Ce qui n'est jamais facile, mais on peut confirmer rétrospectivement que ce fut assez réussi.
J'ai aussi appris à cette occasion que, initialement en 1977, I feel love n'était que la face B du premier 45 tours extrait de l'album. Par la suite, les deux faces ont assez vite été inversées. Le cas n'est pas rare du tout mais toujours intéressant. Ça m'a donné envie d'en savoir plus et je me suis mis en quête de l'une des éditions de ce disque, ce qui n'est pas très compliqué ni très cher.
Pour les quarante ans de la chanson en 2017, plusieurs articles de fond ont été publiés sur I feel love, notamment par Simon Reynolds chez Pitchfork, et par Bill Brewster chez Mixmag (ce dernier ayant l'intérêt d'avoir été traduit en français).

Passons rapidement sur la face A de ce 45 tours, Can't we just sit down (And talk it over). C'est une version d'une chanson écrite par Tony Macaulay. Dans l'album, elle est apparemment censée représentée le genre de la ballade rhythm and blues. Dans les faits, c'est un slow avec violons et compagnie, sans intérêt.

I feel love c'est tout autre chose. J'ai bien sûr dû entendre régulièrement cette chanson à la radio au moment de son succès en 1977-1978, mais je l'ai aussi en disque depuis 1981 : dans le lot de disques Vogue offert par mon cousin qui comprenait Incontinent de Fad Gadget, il y avait aussi le Volume I du On the radio - Greatest hits de Donna Summer. Il est sans pochette, mais je l'ai toujours conservé parce qu'il contient I feel love, et je l'ai régulièrement ressorti, notamment quand je voyais des mentions de l'influence de son utilisation du séquenceur sur des groupes comme New Order.
Car c'est ça qui fait l'originalité d'I feel love. Un chef d'oeuvre de production électronique par Giorgio Moroder et Pete Bellotte, avec une utilisation innovante du synthétiseur Moog grâce à l'apport de l'ingénieur du son Robby Wedel, qui avait travaillé avec Eberhart Schoener et qui a apporté ses connaissances pour le séquençage et la synchronisation des pistes.
Le résultat est ce qu'il y a de mieux en matière de musique électronique en 1977 avec le Trans Europe Express de Kraftwerk, mais en plus dansant. Et effectivement, le disque annonce la suite, à commencer par Human League et jusqu'à la House, la Techno et Daft Punk.
Mais la bande instrumentale de la chanson toute seule n'aurait sûrement pas eu le même impact. Ce qui fait le succès d'I feel love, c'est l'association de l'aspect synthétique et machinal de la musique avec le chant par définition humain et très sensuel de Donna Summer.

Plusieurs versions d'I feel love ont été publiées au fil des années :Dans les années 1980, Bronski Beat a largement contribué à confirmer le statut de classique d'I feel love, en incluant une reprise sur son premier album Age of consent avant d'avoir un tube avec une autre version en single en 1985, en duo avec Marc Almond de Soft Cell.

Donna Summer est morte à 63 ans en 2012. Pete Bellotte et Giorgio Moroder poursuivent chacun leur chemin. Moroder notamment a une carrière impressionnante. Et si vous insistez, je chroniquerais peut-être un jour sa Symphonie des amoureux solitaires de 1973, que j'ai trouvée en 45 tours la semaine dernière.


Donna Summer, I feel love, en concert à l'Universal Amphitheatre de Los Angeles en 1978.


09 janvier 2021

ANNE SYLVESTRE avec BOBBY LAPOINTE : Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant


Acquis chez Récup'R à Dizy le 23 décembre 2020
Réf : 128.517 R -- Édité par Meys en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant -/- Chanson grise en do -- Berceuse pour un ouragan

Au lendemain de la mort à 86 ans d'Anne Sylvestre, l'INA a mis en ligne un extrait de l'émission Top à la Une du 25 décembre 1970 dans lequel elle interprète sa chanson Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant, en duo avec Boby Lapointe.
Je connais bien Anne Sylvestre de réputation, j'ai chroniqué ici une de ses chansons et j'ai deux ou trois disques d'elle, mais je ne connaissais pas ce titre d'anthologie :



C'est un excellent duo et un très bon anti-conte de fées plein d'humour !
Cette version est très proche de celle du disque, mais elle est écourtée (il manque plus d'une minute au début) et on se rend compte en écoutant avec attention qu'Anne et Boby rechantent sur la bande musicale enregistrée, comme ça se pratiquait à la télévision à l'époque : on entend le micro qui frotte contre les barreaux, il y a plus de "Voilà j'arrive mon aimée" répétés à la fin et le fou rire qu'Anne Sylvestre ne peut retenir est plus prononcé.
Après cette découverte, j'ai envisagé de chroniquer cette chanson ici, mais j'ai déjà fait le coup de la vidéo sans disque pour Petit bonhomme et je ne voulais pas recommencer. Je me suis renseigné et j'ai vu que cette chanson n'était sortie que sur un album de 1969 et plus tard sur ce 45 tours.
J'ai donc abandonné l'idée mais, trois semaines plus tard, alors que j'examinais sans trop d'espoir le rayon disques de la ressourcerie, car visiblement il n'y avait quasiment rien de nouveau (en-dehors d'un EP du Modern Jazz Quartet que je venais de trouver), v'là-t’y pas que je tombe sur cet album 45 tours ! On aurait dit qu'il avait été mis là pour moi...
J'ai su tout de suite que j'allais chroniquer ce disque, mais j'ai très vite été intrigué. Sachant qu'Anne Sylvestre a soigneusement évité, suite au succès de ses Fabulettes, d'être considérée principalement comme une auteur de chansons pour la jeunesse, c'est assez bizarre de se retrouver avec dans les mains un objet qui reprend tous les codes du disque pour enfants : pochette ouvrante, illustrations, reproduction des paroles, rappel au dos du disque d'autres publications pour la jeunesse, dont les Fabulettes, alors que, quand on écoute attentivement les paroles de cette fable acide, on se rend bien compte que le public visé n'est pas particulièrement enfantin : "Voilà j'arrive mon aimée, de ton lit je m'en charge il va se réveiller" ou le couplet "Tranquillise-toi mon aimée, s'il n'est pas trop mariolle amène ton curé, longtemps déjà je t'ai cherchée et pour la gaudriole plus besoin du clergé". Sans compter qu'à la fin de la chanson le prince charmant renonce à son aimée qui l'a attendu des années : "Mais pourquoi donc t'ai-je cherchée ? La vie est trop amère avec une vieille peau" .
Très intrigant. On a l'impression d'un disque qui a été maquillé en 45 tours pour la jeunesse. Et il se trouve que c'est effectivement bien le cas !
Deux fois n'est pas coutume, mais c'est dans un commentaire sur Bide et Musique, de Gozette et Gogo, que j'ai trouvé une explication à mes interrogations. Je n'ai pas trouvé plus direct comme source d'information, mais ça me parait tellement plausible que je la prends pour argent comptant.
Il se trouve que, après avoir été signée chez Philips, Anne Sylvestre a été sous contrat avec les Disques Meys de 1968 à 1971. Par la suite, elle a fondé en 1973 son propre label, A Sylvestre.
En 1969, comme mentionné dans la biographie de Boby Lapointe, Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant a connu un certain succès, mais aucun 45 tours n'a été édité.
En 1976, regrettant peut-être d'avoir perdu une poule aux œufs d'or avec les Fabulettes, les Disques Meys ont sciemment décidé de repêcher cet ancien enregistrement et de l'habiller pour le vendre sur le marché du disque jeunesse. Sans en avertir Anne Sylvestre, qui a porté l'affaire en justice et obtenu le retrait du disque du commerce. Sauf que, le temps que le procès se tienne, le tirage avait déjà été épuisé...
Me voilà donc avec une rareté, dont les faces B, pas mauvaises du tout, sont présentées comme précédemment inédites. Mais il y a encore une petite entourloupe, puisque Chanson grise en do (qui par certains aspects me fait penser à Françoise Hardy) et de Berceuse pour un ouragan figurent toutes les deux un album de 1970.
Ça fait un moment que je cherchais une occasion de chroniquer un disque de Boby Lapointe. Je n'imaginais pas que c'est Anne Sylvestre qui m'en donnerait l'occasion !

02 janvier 2021

MAMADOU DOUMBIA : Vol 1


Offert par Christophe S. à Épernay le 22 décembre 2020
Réf : SD 113 -- Édité par Safie Deen en Côte d'Ivoire en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : N'dogo mousso -- Kissi Dabila -/- Oko ile sorodi -- Sou brako

Le vide-grenier de Chauny a pu se tenir l'été dernier. En y allant, l'ami Christophe espérait y dénicher un exemplaire du 45 tours de Gonthier, Ô Chauny, comme tu es jolie. Il n'en a pas vu trace, mais d'un autre côté c'est sûrement dans cette ville-même que ce disque est le plus recherché.
Ce que Christophe y a trouvé, par contre, c'est une poignée de 45 tours de musique d'Afrique, achetés à une dame qui visiblement vendait les disques de sa propre collection. Il n'en a pas su plus sur leur provenance ou leur histoire, mais il a eu la très bonne et très gentille idée de m'offrir ces disques. Je l'en remercie vivement, et je précise que, si vous aussi vous voulez m'offrir des disques, surtout de cette trempe, n'hésitez pas un instant !
Quand on s'est vu, Christophe avait sélectionné ce 45 tours pour me le faire écouter en priorité, et c'est effectivement le plus intéressant du lot.

Je ne connaissais pas du tout Mamadou Doumbia (ou Doumbia Mamadou Bachir, pour éviter de le confondre avec ses homonymes).
Né en 1929 en Côte d'Ivoire et mort en 2000, il a fondé en 1962 le Trio de l'Entente. L'un de ses premiers succès est Super bébé. Sa discographie, avec ou sans son Orchestre de l'Entente, est conséquente, avec notamment deux albums Vol 1 et Vol 2 chez Badmos au milieu des années 1970.
Ce 45 tours est son premier paru chez Safie Deen, un label ivoirien. Tout dans ce disque est lié à la Côte d'Ivoire, puisque le tampon au verso indique que cet exemplaire a été acheté initialement chez Ricoci à Daloa.
Je me suis un moment interrogé sur la mention "Joula" qui figure en gros sur la pochette. J'ai fini par en déduire que c'est l'une des façons d'orthographier le nom de la langue Dioula, une langue mandingue. Je ne pense pas me tromper en avançant que les paroles de ces quatre chansons sont chantées en dioula.

Outre la Côte d'Ivoire, ce qui domine également dans ce disque, c'est bien sûr Mamadou Doumbia lui-même. Il est l'auteur et le compositeur des chansons, ainsi que le chef d'orchestre. Étant donné qu'il était notamment guitariste, je présume que c'est aussi lui qui tient la guitare électrique, très présente sur ces enregistrements, et c'est très probablement lui qui est le chanteur principal.

Un genre est assigné à chacun des quatre titres. A l'exception du blues africain, il s'agit de rythmes afro-cubains alors très en vogue en Afrique : la pachanga, la rumba et le cha-cha-cha.
L'ensemble du disque est de très haute tenue et j'ai du mal à dégager une préférence. N'dogo mousso se distingue par son rythme très enlevé. Pour Kissi dabila, c'est la façon dont les deux voix s'associent et se complètent qui est remarquable.
Le vinyl de mon disque comporte plusieurs impacts, mais il passe plutôt bien. C'est malheureusement sur Oka ile sorodi qu'il y a le plus d'accrocs, mais ça n'empêche pas d'apprécier cette excellente chanson. Le disque se conclut sans baisse de rythme ni de qualité avec Sou brako, avec des interventions remarquées de cuivres.

Je n'ai trouvé en ligne aucun des titres de cet EP, c'est pourquoi je les ai exceptionnellement tous numérisés. Comme pour de nombreux autres artistes africains, il n'existe visiblement pas de rééditions ni de compilations des disques de Mamadou Doumbia et c'est bien dommage.

A écouter :
Mamadou Doumbia - N'dogo mousso
Mamadou Doumbia - Kissi dabila
Mamadou Doumbia - Oka ile sorodi
Mamadou Doumbia - Sou brako