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11 novembre 2007

THE SKATALITES : Hi-bop ska !


Acquis probablement chez Rough Trade/Danceteria à Paris en 1995
Réf : SHANACHIE 45019 -- Edité par Shanachie aux Etats-Unis en 1994
Support : CD 12 cm
12 titres

Je ne suis allé au Printemps de Bourges en 1995 que pour les trois derniers jours, le week-end du 1er mai. Comme d'autres fois, j'y étais avant tout pour suivre les concerts des Découvertes du Printemps, en tant que membre de l'Antenne régionale Champagne-Ardenne, et pour participer à l'assemblée générale de la Férarock, association à laquelle je participais activement au titre de La Radio Primitive.
Comme je n'étais pas présent pendant tout le festival, je n'avais sûrement pas pu récupérer un pass intégral, ce qui explique que, parmi les gens susceptibles de m'intéresser au programme cette année-là, je n'ai vu ni P.J. Harvey, ni Vic Chesnutt, ni Kevin Coyne. J'ai quand même vu Sloy, Deus (mais j'ai été déçu et j'étais fatigué, je ne suis donc pas resté tout le concert), African Headcharge, Gary Clail et Le Maximum Kouette dans un bar, hors programmation officielle.
Mais le samedi soir, les collègues de la Féra n'ont pas eu trop de mal à me convaincre de les accompagner au chapiteau Magic Mirrors, pour le concert de minuit, inexplicablement réservé aux "professionnels" titulaires d'un badge, même si je ne connaissais pas vraiment les Skatalites à ce moment-là. Pourtant, j'étais à fond en 79-80 dans le mouvement ska 2-tone (pas au point de me déguiser, sauf pour un concours Feedback de Bernard Lenoir), mais je n'ai pas souvenir d'avoir beaucoup entendu parler des Skatalites à l'époque, et en tout cas il me semble qu'on ne trouvait aucun de leurs disques. Prince Buster, repris par Madness et pompé par les Specials, était lui tout le temps cité.
Donc, quand je suis entré dans ce chapiteau, un peu après minuit, alors que le concert était déjà commencé, je ne connaissais rien des Skatalites, si ce n'est qu'avec un nom pareil je me doutais bien qu'ils jouaient du ska !
Mais pas besoin de les connaître pour apprécier ce concert. Vu que le chapiteau pas très grand était loin d'être plein, nous nous sommes vite retrouvés juste devant la scène, à remuer et à en prendre plein les oreilles et plein les yeux (j'étais fasciné par la classe de Lloyd Brevett, le contrebassiste) pendant que les musiciens enchaînaient solo sur solo. Un très bon moment, et m'un de mes meilleurs souvenirs de concert.
Le lendemain, après la prestation de Mundane Ill, notre "découverte" de l'année (un groupe de hardcore ardennais), c'est en plein air, avec donc un son un peu délayé dans l'espace, dans une atmosphère ensoleillée et devant une foule familiale que nous avons retrouvé les Skatalites, qui ont donné un court concert sur le car-podium de la Région Centre, une scène pourtant souvent réservée aux groupes amateurs !
C'est suite à l'enthousiasme suscité par ces concerts que j'ai fait l'acquisition quelques temps plus tard de Hi-bop ska, qui était à l'époque l'album le plus récent des Skatalites, sorti l'année où ils célébraient l'anniversaire des trente ans depuis leur formation.
Le disque a été enregistré à New-York. En plus de son rythme ska effréné, c'est aussi un disque fortement marqué par le jazz, comme son titre semble l'indiquer, parce que la formation musicale des musiciens des Skatalites doit prendre ses racines dans le jazz, parce que, comme sur scène, ils enchaînent tour à tour des solos suivant une tradition jazz bien établie, mais aussi parce que plusieurs pointures jazz sont invitées sur le disque, notamment Lester Bowie, de l'Art Ensemble of Chicago.
La musique des Skatalites est majoritairement instrumentale, mais il y a quelques chanteurs présents sur l'album, dont Doreen Shaeffer, membre du groupe à part entière, qui était présente lors du concert de Bourges, Toots Hibbert, excellent sur Split personality, et Prince Buster, un peu décevant sur Ska ska ska.
Les titres se répartissent entre nouvelles compositions, dont deux sont signées par les invités jazzmen, et reprises de titres de gloire du groupe. C'est vers ces dernières que va ma préférence, avec notamment Man in the street, Guns of Navarone et You're wondering now, un titre chanté ici par Doreen Shaeffer, mais qui l'était dans sa version originale par Andy & Joey accompagnés des Skatalites et que beaucoup, comme moi, ont appris à connaitre par la reprise qu'on trouve sur le premier album des Specials.
Depuis ce concert de Bourges, plusieurs membres des Skatalites sont morts, dont Tommy McCook et Roland Alphonso, et d'autres ont quitté le groupe, comme Lloyd Brevett, mais les Skatalites tournent toujours, et je parierais que leur musique swingue toujours autant. Et surtout, on trouve désormais facilement une quantité de CDs avec les enregistrements historiques des Skatalites dans les années 60.


The Skatalites sur le podium de la Région Centre à Bourges, le 1er mai 1995 (Photos : Pol Dodu)

13 octobre 2019

ALBUM ORCHESTRE ROCK STEADY SKA


Acquis sur le vide-grenier du parking Leclerc à Pierry le 29 septembre 2019
Réf : [sans] -- Édité par Éditions Monica en France en 1969
Support : 40 pages 27 cm
6 titres

Ça serait bien, mais on ne peut pas faire tous les dimanches des récoltes de disque aussi bonnes et variées que celle que j'ai faite à Val de Vesle cette année. Deux semaines plus tard, à Pierry, juste avant que les grosses averses annoncées n'éclatent, je n'ai acheté aucun disque. Je ne suis pas reparti bredouille pour autant puisque, juste avant la fin de mon tour, je suis tombé sur un lot de partitions en bon état, même si elles sentent la cave. A 50 centimes pièces, j'ai en ai extrait deux de Georges Jouvin que je ne connaissais pas, et cet album pour orchestre de six titres rock steady / ska.
Visiblement, il y a eu en France en 1969 des tentatives pour faire du rock steady et du ska des danses en vogue. Je ne sais pas jusqu'à quel point ça a réussi, mais en tout cas on trouve la trace de ces efforts dans la publication d'au moins deux 45 tours, Dansez le rock steady de John Musy (Régine lance une nouvelle danse sur une musique composée par Joe Dassin !) et l'instrumental Super-Danse / Rock steady !! Ska !! de l'organiste Jean-Pierre Sabar. La publication en France cette année-là ce cet album de partitions s'inscrit bien sûr dans cette tendanse (si je peux me permettre cette facétie...).
Et qu'est-ce qu'on trouve dans cet "album" ? Eh bien les partitions de six chansons, avec pour chacune, un recto pour le chant et la guitare mélodique, la guitare basse, la guitare rythmique (je n'en ai pas numérisé, mais une partition de guitare rythmique d'un titre ska ou rock steady, c'est d'une monotonie et d'une régularité vertigineuse !), les cuivres (trompette ou saxophone) ainsi que les paroles.
En feuilletant rapidement la chose, j'ai vite remarqué qu'un certain Edmund Grant signait ou co-signait tous les titres. Sans avoir besoin de le vérifier, j'ai su tout de suite qu'il s'agissait d'Eddy Grant. Et, effectivement, chose assez surprenante, en plus d'être membre des Equals, groupe signé chez President au Royaume-Uni, Eddy Grant était en contrat comme auteur-compositeur et producteur avec ce label et ses sociétés satellites. C'est ainsi que, en 1967 et 1968, sont sortis des 45 tours sur lesquels on retrouve les six chansons de mon album de partitions :
Aucun de ces disques n'a été édité en France à l'époque. Cependant, nous sommes nombreux à connaître la pochette de Sounds like Ska, une compilation de 1968 parue chez Joy Records, filiale de President, qui compte douze titres, dont les six de mes partitions. La compilation elle-même n'est pas facile à trouver, mais la pochette on l'a vue reproduite en 1978 sur la pochette intérieure d'All mod cons de The Jam :



En France, pas plus de compilation que de 45 tours, mais les éditions Monica ont passé un contrat avec Joy pour publier cet album de partitions. Les arrangements sont du compositeur Léo Nègre et d'un certain Gidet.
Comme il ne faut surtout pas compter sur moi pour vous donner une interprétation musicale à partir de ces partitions, je vous propose d'écouter les versions originales des 45 tours.
Ethiopia cite ouvertement Strawberry Fields forever. pour une chanson aux paroles très rasta.
Pour Rough rider, j'ai tiqué quand j'ai vu que cette chanson était signée par les membres de The Four Gees. Depuis que j'ai acheté en 1980 I just can't stop it de The Beat, qui en contient une version, je sais que cette chanson est de Prince Buster. Certes, la version de 1968 de Prince Buster est la plus connue, mais c'était déjà une reprise. Les crédits de l'album de The Beat ont été corrigés lors des rééditions.
Rock steady '67, qui cite de grands succès de ska et de rock steady, était déjà un peu datée deux ans plus tard, alors, sur la partition, c'est devenu Rock steady '69.
Pour Everything is alright, comme pour Ethiopia, les chœurs sont pompés sur un titre très connu. Cette fois-ci, c'est Uptight de Stevie Wonder qui est passée à la moulinette d'Eddy Grant.
Don't say goodbye est très bien également dans le style. Quant à John Chewey, la version que j'en ai trouvée, qui semble être celle du 45 tours, est instrumentale. Pourtant, comme pour les autres chansons de l'album, des paroles françaises sont proposées dans l'album, dues à l'auteur très prolifique Jean Eigel.
C'est souvent gentillet, y compris pour Rough rider, qui devient Hé, minute, Cocotte !, même si certaines allusions sexuelles sont conservées ("Je ne sais pas si tu t'imagines ? Je ne suis pas une machine" et "Avoue qu't'y vas un peu fort. L'amour, ça n'est pas du sport.").
J'aurais préféré un disque, mais je suis quand même bien content d'être tombé sur ces partitions. La même équipe a également publié un album avec douze chansons des Equals.
Cet album a été publié à destination des orchestres. J'ai cherché, mais je pense qu'aucune de ces partitions n'a été utilisée pour enregistrer une version sur disque. Dommage. S'il y a des volontaires pour se lancer maintenant, voici les paroles et la partition chant de Rough rider :







25 novembre 2023

SUBLIME : What I got


Acquis je ne sais plus où ni comment probablement à la fin des années 1990
Réf : MCD 48045 -- Édité par Gasoline Alley/MCA en Europe en 1997
Support : CD 12 cm
Titres : What I got -- Rivers of Babylon -- All you need -- What I got (Reprise)

Je ne sais plus comment j'ai acheté ce disque, mais ça ne devait pas être cher car je suis à peu près sûr que je ne connaissais pas What I got avant cet achat. Récemment, je me suis aussi procuré une édition en double CD de l'album dont il est extrait, ce qui m'a incité à ressortir ce single de mes étagères.

L'histoire de Sublime est l'une de ces grandes tragédies du rock and roll et des drogues. Le groupe fondé en 1988 avait déjà sorti deux albums avec pas mal de succès quand il a signé un gros contrat avec MCA. En février 1996, ils commencent l'enregistrement de leur troisième album avec Paul Leary des Butthole Surfers et David Kahne à la production. En mai, après la fin de l'enregistrement, le chanteur Bradley Nowell ne perd pas son temps : le 16 il se marie avec la mère de son fils, le 24 Sublime donne un concert à Petaluma en Californie et le lendemain matin on le retrouve mort à 28 ans dans sa chambre d'hôtel, sa consommation d'héroïne lui ayant été fatale.
Le groupe annonce sa séparation, mais l'album sort comme prévu en juillet, sauf qu'entre-temps il a perdu son titre, Killin' it ! C'est un succès énorme, et les disques sont continué à sortir pendant quelques années (inédits, live, versions acoustiques, compilations). La vie de Bradley Howell pourrait se résumer ainsi : "Il est mort jeune puis il a vendu des millions de disques".

Au moins trois versions de What I got ont été publiées, dont deux sont sur l'album et sur le single. La version de base, produite par David Kahne, est la même ici que sur l'album, sauf qu'un grossier "motherfuckin'" a été assourdi. C'est ma version préférée. On est en plein dans ce que j'appelle la hip-pop optimiste : un gloubi-boulga de hip hop, de rock, d'échantillons et de bricolages... Là, par exemple, on est surpris d'entrée par le chant, qui reprend la mélodie de Lady Madonna. Il y a une rythmique rap, de la guitare acoustique, de l'orgue... Quand au refrain, il reprend celui de la chanson de 1986 de Half Pint, Loving (Initialement, Half Pint n'était pas crédité, mais ça a été corrigé par la suite). On est très proche du Beck de Loser et d'Odelay.
La version Reprise de What I got est produite par Paul Leary est proche de la version de base, mais moins accrocheuse. J'ai l'impression aussi qu'elle est un peu plus lente.
Quant à la version démo, elle montre surtout que le groupe avait déjà rassemblé tous les éléments de sa chanson avant d'entrer en studio avec les producteurs. Elle aurait bien pu sortir telle quelle.

Pour ma génération, la chanson Rivers of Babylon est associée de façon indélébile au tube de Boney M en 1978. A l'époque on ne savait pas que c'était une reprise d'une chanson créée en  1970 par le groupe jamaïcain The Melodians. La version de Sublime est tirée de leur premier album, 40 oz. to freedom. C'est une chanson que j'aime beaucoup et cette version largement acoustique, qui donne l'impression d'être enregistrée en direct et en public, est très fidèle et très bien.

All you need est elle extraite du deuxième album, Robbin' the hood. En l'écoutant, je me suis dit que c'était du ska speedé, mais aussi du punk, et donc qu'on pourrait appeler ça du ska-punk. Je ne savais pas que le ska punk était un genre répertorié ("la troisième vague du ska", dont Sublime était l'un des fers de lance !

Les deux membres survivants ont reformé Sublime en 2009, rebaptisé Sublime With Rome (Rome étant le prénom du nouveau chanteur) après une action en justice.


Sublime, What I got, version du single.


Sublime, What I got (Reprise).


Sublime, All you need.


Sublime, All you need, en concert au Palace à Hollywood le 31 octobre 1995.


Sublime, Rivers of Babylon, en concert le 24 juin 1992.

21 juin 2012

PRINCE OF WALES STARS : Al Capone


Acquis sur le vide-grenier de Roches-sur-Marne le 10 juin 2012
Réf : EP 1115 -- Edité par Disc'AZ en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Al Capone -- Very original -/- I was Kaiser Bill's batman -- A lion may be beholden to a mouse (On a toujours besoin d'un plus petit que soi)

Allez, après Howard Werth et Henri Salvador, voici l'une des plus belles trouvailles faites à Roches-sur-Marne.
Déjà, la pochette est très réussie. On ne sait pas qui l'a réalisée, mais il est quand même précisé que c'est un Ektachrome "d'après 'Le cauchemar de magritte' ". Tu m'étonnes.
En tout cas, ça donne une bonne indication de ce que ce disque représente ce, car on a en fait à faire à un cas particulièrement élaboré (et réussi) de parasitisme discographique. C'est un type de disque très courant, mais je crois bien que la dernière fois que j'étais tombé sur un cas d'école aussi intéressant, c'était pour le Whiter shade of pale de Pro Cromagnum (Sapiens).
Alors, examinons la méthode pour tenter d'aspirer efficacement les ventes d'un succès du disque. D'abord, on met le titre, Al Capone, en très gros sur la pochette. En effet, si un pékin moyen a entendu le morceau original à la radio, c'est probablement le titre de celui-ci qu'il aura retenu et qu'il cherchera chez le disquaire (aparté pour ceux qui n'ont pas connu ça : les disquaires étaient des magasins qu'on trouvait dans les villes grandes et petites, où une grande partie de la population dépensait de l'argent pour acheter de la musique enregistrée sur des antiquités qui se sont successivement appelées 78 tours, 45 tours, 33 tours, cassette et CD...).
Pour assurer le coup, nommez le deuxième titre Very original. Comme ça, en le plaçant en encadré sous le premier, le pigeon inattentif, pourra croire avoir lu "Version originale" !
Ensuite, le nom de l'artiste. C'est un pseudo bidon qui ne servira qu'une seule fois, mais autant le choisir habilement, des fois que le client ait aussi entendu ou lu le nom de l'artiste original. Dans ce cas précis, c'était Prince Buster's All Stars, alors va pour Prince of Wales Stars, ça commence par Prince et ça finit par Stars ! (Je vous dis, c'est très élaboré).
Et pour finir, au cas où le consommateur aurait aperçu la pochette originale du disque dans une revue ou chez un autre disquaire, on a mis au dos une cible de tir comme sur la pochette originale du EP français Al Capone de Prince Buster.
Je ne sais pas si Prince Buster a de bons avocats, mais si c'est le cas ils ont dû avoir des honoraires conséquents en tentant au fil des années de protéger ses droits sur cet instrumental publié pour la première fois en 1965.
Les gens de ma génération, qui ont vécu en plein la seconde vague du ska lancée par 2-Tone en 1979-80, ont longtemps connu Al Capone sans le savoir. En effet, au moment où Gangsters, le premier single des Specials, se vendait comme des petits pains, on avait très peu d'occasions d'écouter Al Capone, le disque n'étant alors quasiment plus distribué. Pourtant, quand enfin on a l'occasion de comparer les deux titres, la filiation est plus qu'évidente : certes, les Specials ont fait de l'instrumental de départ une vraie chanson, avec des couplets chantés qui ont peu à voir avec le titre original, mais tout ce qui est mémorable dans Al Capone est utilisé tout au long de Gangsters, de l'accroche instrumentale aux quelques exclamations façon "Don't argue" ou "Don't call me scarface". Je n'ai jamais compris comment un fan de musique comme Jerry Dammers avait pu sortir ce titre sans créditer son idole. D'un autre côté, il ne s'attendait sûrement pas à ce que sa face de 45 tours auto-produit fasse le tour du monde. Les reprises ultérieures de Prince Buster par Madness ou The Specials ont correctement crédité Cecil Campbell, alias le Prince.
Je viens de le découvrir, mais quatre ans plus tôt, en 1975, un autre succès était une resucée d'Al Capone. Il s'agit de Do you wanna bump ?, le tout premier single signé Boney M, qui est en fait une version disco (non créditée) d'Al Capone, dont le succès a poussé son créateur Frank Farian à recruter un groupe pour incarner Boney M...
Même une fois que j'ai su, au tout début des années 1980, queGangsters était en fait Al Capone, je n'ai jamais imaginé que ce morceau avait pu avoir du succès en France à l'époque, ni même qu'il avait pu y être édité. Eh bien, j'avais tort ! C'est début 1967 que le 45 tours s'est classé parmi les meilleures ventes en Angleterre, et c'est à ce moment que le disque est sorti en France, en EP avec pochette illustrée et en 45 tours deux titres avec comme mention  au verso "La seule version originale. Car il y avait de la concurrence. Outre celle des Prince of Wales Stars, au moins une autre version était disponible, celle du groupe de jazz Nouvelle-Orléans Les Haricots Rouges. Le 30 mars 1967, à la télévision dans Le palmarès des chansons, le groupe a interprété ce titre, sur lequel Régine dansait sa nouvelle danse, le "skate". Le skate, et pourquoi pas tout simplement le ska ? On se le demande car le Jackson de Nancy Sinatra et Lee Hazlewood, emblématique du skate, n'avait rien à voir avec le ska. Régine a peut-être confondu les deux, mais en tout cas Disc'AZ était à l'affût et n'a pas manqué d'apposer la mention "Spécial 'skate' " bien en vue sur le disque des Prince of Wales Stars.
Tiens, justement il est grand temps d'y jeter une oreille, à ce disque.
D'abord, notons qu'Al Capone est peut-être le titre le moins intéressant du lot. La version est plutôt molle, pas très ska, sans trop d'intérêt. L'autre reprise, I was Kaiser Bill's batman, un succès en 1967 pour Whistling Jack Smith, est un titre sifflé, justement, très léger mais très sympathique.
Les deux autres titres sont des originaux crédités à l'improbable Mike David Sutton. Je n'ai trouvé aucune référence à cette personne probablement fictive, au patronyme anglo-saxon mais dont je soupçonne qu'elle cache un musicien français sous pseudonyme.
En tout cas, Very original est un titre intéressant, un instrumental assez typique de l'époque, façon musique de film quasi-psyché, avec des bongos et une bonne guitare électrique saturée. Beaucoup  plus léger mais tout aussi réjouissant, A lion may be beholden to a mouse (On a toujours besoin d'un plus petit que soi) enchaîne des extraits de comptines entrecoupés de phrases en français dites par une voix féminine.
Ce 45 tours de Prince of Wales Stars est assez recherché par certains collectionneurs, pour Very original, mais aussi et surtout pour la version d'Al Capone, qui compte un invité vedette crédité au verso de la pochette, Mike Pasternak. Sous son vrai nom, cet animateur de radio américain, qui a inspiré l'un des personnages du sympathique mais au bout du compte plutôt décevant film Good morning England, est peu connu, mais sous son nom de radio, c'est une légende, qui lui vaut des titres différents dans le monde anglo-saxon, où il l'est Emperor Rosko, et en France où on le connait comme le Président Rosko. Sa carrière française, il l'a d'abord faite chez Barclay et sur les radios Europe 1 et RMC, mais au moment où il a participé à l'enregistrement de ce disque il présentait l'émission Minimax sur RTL. Cette même année 1967, Rosko était l'animateur de la tournée Stax/Volt en Europe et c'est lui qu'on entend annoncer les groupes sur les enregistrements de ces concerts.
Rosko a enregistré quelques disques au fil de sa carrière et il semble bien que le titre auquel on l'associe le plus est justement Al Capone. Pas tellement à cause de ce 45 tours des Prince of Wales Stars, plutôt parce qu'en fait Al Capone a aussi été édité en Angleterre sous le nom d'Emperor Rosko, chez Trojan, s'il vous plait ! En fait, Trojan a même sorti ce titre trois fois : en 1970 (référence TR-7758) et deux en fois en 1975 (référence TR-7949 avec en face B Anna par The Main Men et référence TRO 9059 avec en face B Phoenix City de Roland Alphonso).
Toutes les sources, à commencer par le livre Young gifted and black : The story of Trojan Records, indiquent que les disques de 1975 sont une réédition de celui de 1970. Je pense que c'est faux et qu'on a à faire à  deux versions différentes.
La version de 1975 (je pense que c'est la même dans les deux éditions) est excellente, très roots et très dynamique, avec une forte présence de Rosko. Il est indiqué que c'est une production Alted.
La version de 1970, très honnêtement je ne l'ai pas écoutée car je ne l'ai pas trouvée en ligne, mais mon petit doigt me dit qu'il s'agit tout bonnement de la version des Prince of Wales Stars. Pourquoi ? Pour deux raisons : la face B est Kaiser Bill, ce qui me rappelle quelque chose, et le producteur mentionné est français, c'est même un producteur très réputé puisqu'il s'agit de Michel Colombier !!
Voilà une info très intéressante, qui nous ouvre des perspectives. Sachant en plus que Colombier a produit de nombreux EP pour Disc'AZ dans les années 1960, je pense qu'elle permet d'avancer sans trop se risquer que les Prince of Wales Stars sont en fait Michel Colombier et son Orchestre et que Mike David Sutton n'est autre que Michel Colombier lui-même...
A confirmer, mais voilà une bonne raison de plus pour les collectionneurs de chercher ce disque (je conseille plutôt aux fans de ska de chercher une édition Trojan de 1975). Quant à moi, des découvertes comme celles-ci compensent largement les heures perdues sur les vide-greniers à se salir les doigts à fureter dans des piles de disques sans intérêt...

A lire, une longue interview d'Emperor Rosko chez Soundscapes.


06 septembre 2025

MADNESS : Baggy trousers


Acquis d'occasion dans la Marne au 21ème siècle
Réf : 640 203 -- Édité par Stiff en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Baggy trousers -/- The business

Il s'est passé moins d'un an entre la sortie des deux premiers albums de Madness, suffisamment de temps pour que mon attitude vis-à-vis du groupe change du tout au tout. Quand One step beyond est paru, on était en pleine folie ska. J'ai gagné l'album lors d'un concours Feedback, on dansait sur le morceau-titre à toutes les fêtes..., mais j'avais déjà une préférence pour les Specials. L'année suivante, j'avais largement de quoi m'occuper avec mes chouchous de la new wave, d'Elvis Costello à XTC, en passant par Devo, The Cure et Magazine. Alors, quand Absolutely est sorti, je ne m'y suis pas du tout intéressé, et je crois qu'aucun de mes copains ne l'a acheté non plus. Il faut dire aussi que j'avais été rebuté par une courte chronique dans Best ou Rock & Folk, qui expliquait que la chanson parlait de pantalons bouffants, ce qui n'est pas vraiment le cas, mais ça ou les "pork pie hats", ça ne m'intéressait pas ou plus du tout. 

Quarante-cinq ans plus tard, alors que je l'ai acheté entre-temps, je trouve qu'Absolutely, comme la plupart des albums de Madness, est un disque très inégal, mais les deux premiers singles qui en ont été extraits, Baggy trousers et Embarrassment, sont parmi les meilleures chansons du groupe, de vrais classiques de la pop anglaise.
C'est après avoir vu sur Arte le documentaire Madness : Prince du ska, roi de la pop (disponible en ligne jusqu'au 22 septembre 2025) que j'ai eu envie de ressortir ce 45 tours.

La pochette est une illustration par Humphrey Ocean, un ami du groupe. Il a joué avec Ian Dury comme bassiste de Kilburn & the High Roads de 1970 à 1973 et a sorti sur un single chez Stiff en 1978. En tant que graphiste et peintre, il a signé des pochettes pour 10cc et Wings/Paul Mc Cartney et son parcours l'a mené notamment à la National Portrait Gallery et à la Royal Academy.
Son dessin est fait d'après une photo qu'on retrouve au recto de la pochette d'Absolutely. Je ne sais pas trop pourquoi, mais il a remplacé la nom de la station de métro Chalk Farm par Cairo East. Peut-être une référence au titre du premier album Night boat to Cairo ?

Baggy trousers a encore des accents ska, mais c'est assez léger. Ce qui m'accroche le plus musicalement dans la chanson, c'est la transition entre les couplets et le début du refrain avec son "Oh what fun we had". Le "Baggy trousers" en ad lib à la fin reste bien en tête après la fin de la chanson et c'est presque un deuxième refrain.
Le groupe a souvent raconté ses souvenirs à propos de cette chanson, notamment à Seven ragged men pour les quarante ans en 2020.
Thématiquement, l'idée était de faire une chanson à la Ian Dury, et aussi de répondre en quelque sorte à Pink Floyd et son Another brick in the wall, qui racontait l'enfer des écoles privées anglaises à internat, avec des souvenirs de scolarité dans une école publique "comprehensive" (l'équivalent du collège unique). Pour l'auteur des paroles, le chanteur Suggs, ça donne "Tout ce que j'ai appris à l'école, c'est à plier les règles et non pas les briser".

Avec tout ce que le groupe sortait, Madness réussissait quand même à caser des faces B inédites sur ses singles. Bon, il faut pas trop en demander non plus : The business est un titre sans paroles, composé par Mike Barson, le clavier du groupe. Dans la lignée de leur version de Swan lake ou de Night boat to Cairo, il est de bonne tenue.

La chronologie de l'année 1980 de Madness donne le vertige tellement c'est frénétique. La tournée européenne qui a suivi la sortie d'Absolutely est même passée par la Maison des Sports à Reims le 24 octobre 1980, avec The Lambrettas en première partie. Je n'y étais pas, mais avec les copains on dansait encore sur One step beyond à la toute fin de l'année :


"Oh what fun we had". On s'amusait bien à faire le 'train' de One step beyond à la salle des fêtes de Moncetz pour le réveillon du 31 décembre 1980.
Merci à Isabelle, Éric et Patrick pour la photo.


En 2011, Madness a enregistré une nouvelle version de Baggy trousers. Pas pour une bonne raison, malheureusement, c'était pour une pub pour la bière 1664 de Kronenbourg (la chanson avait déjà servi pour une pub Colgate dans les années 1980). Pour l'occasion, Baggy trousers a été ralentie et rebaptisée Le grand pantalon. Malheureusement, les paroles n'ont pas été traduites, on a un juste un rythme de valse et de l'accordéon pour le côté franchouillard.

Il y a eu diverses séparations et reformations du groupe depuis 1980. Madness sera en tournée en Angleterre en cet automne 2025, avec Squeeze en première partie.




Madness, Baggy trousers, en concert à Amsterdam le 18 octobre 1980. Diffusé dans l'émission Countdown.


Madness, Embarrasment, Baggy trousers et Madness, en concert au festival Pinkpop le 8 juin 1981.


Madness mime Baggy trousers dans l'émission Top of the Pops en 1980.


Madness, Le grand pantalon, en 2011.

28 décembre 2005

MADNESS : One step beyond...


Offert par Bernard Lenoir et France Inter fin 1979 ou début 1980
Réf : 940822 -- Édité par Stiff en France en 1979
Support : 33 tours 30 cm
15 titres

Qu'est-ce qu'on n'est pas amené à faire parfois, simplement pour recevoir un disque gratuitement, surtout quand on est un lycéen fauché !!
Donc, Bernard Lenoir, à la grande époque de Feedback et du revival ska, avait lancé ce concours où il fallait lui envoyer une photo rigolote pour gagner, au choix, le premier album des Specials ou celui de Madness.

Avec Eric L. et Didier B., on a décidé de se lancer dans l'aventure, et on s'est mis à cogiter au lycée. Nous est venue cette idée de Skaman, le gars tellement fou de ska qu'il se retrouve couvert de damiers façon two-tone...! Oh, on a bien bossé l'affaire. Eric a passé des heures à tracer des carrés noirs au feutre sur un short blanc, et la séance de prises de vues a bien dû durer au minimum tout un mercredi après-midi ! On a fait ça au polaroïd, pour se rendre compte du résultat, et on a envoyé les meilleures à Lenoir. Il ne me reste que les moins bonnes, mais sur celle ci-dessous, on a une bonne idée de l'ambiance : dans la chambre de mon frère, Eric joue le psychiatre et Didier le fou à lier, le nez contre la fenêtre, dehors et torse nu alors qu'on devait être en octobre ou novembre !

Évidemment, on a fait partie de la dizaine ou de la vingtaine de gagnants. Comme c'était moi le plus grand fan de ska, et c'est moi qui avais accepté qu'on me peigne consciencieusement des damiers à la gouache sur tout le corps, j'ai gardé le disque. J'avais choisi l'album de Madness car j'avais déjà celui des Specials.

En fait, autant j'apprécie et j'ai toujours beaucoup écouté le premier album des Specials, autant celui-ci m'a toujours laissé un peu froid. C'est sûr, on dansait à toutes les fêtes sur "One step beyond" et même "Night boat to Cairo". J'aime aussi beaucoup "My girl", dont j'avais transcrit les paroles à l'époque. Mais pour le reste, à part les titres de singles (" The prince", "Madness", "Bed and breakfast man"), c'est quand même un album qui comporte une bonne moitié de titres faibles, y compris une version du "Lac des cygnes", très à la mode en 1979 puisque que PIL l'a aussi enregistré.

Et avec des aventures de ce style (il y en a eu d'autres), vous ne serez pas surpris d'apprendre que, cette année-là, notre terminale a battu des records en termes d'échec au bac !

12 juillet 2025

EAST OF EDEN : Le 1er disque pirate d'East Of Eden


Acquis sur le vide-grenier de la rue Caulaincourt à Paris le 24 septembre 2022
Réf : 17.048 -- Édité par Deram en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Jig-a-jig -/- Marcus junior

Au lendemain du concert de Mozart Estate au Paris Popfest en 2022, j'avais repéré deux brocantes à faire avant de retourner à la maison. Manque de bol, une pluie fine imprévue s'est invitée toute la matinée.
Je n'ai rien trouvé à la broc assez sympathique et familiale de Pont-Ruisseau, et heureusement qu'un vendeur professionnel 'soldait' une partie de ses disques rue Caulaincourt : cela m'a évité de rentrer bredouille. Au bout du compte, à 3 € le 33 tours d'Hurard Coppet et 1 € la poignée 45 tours de gens comme Jah Cure, The Colour Field, Sons & Daughters ou Will Sheff, j'ai fait une assez bonne récolte.

Je ne connaissais pas du tout East of Eden. J'ai pris ce disque uniquement parce que la pochette m'a intrigué. Avec le slogan "Le 1er disque pirate d'East Of Eden", j'ai pensé qu'il s'agissait d'un disque promo. Mais non, c'est bien l'édition originale commercialisée en France de ce 45 tours qui se donne des atours de disque pirate. La première fois que j'ai été confronté à ce procédé, c'est avec le Live! Bootleg d'Aerosmith en 1978, que plusieurs des copains du quartier avaient acheté.
Certes, à cette époque il me semble que la vogue des disques pirates prenait de l'ampleur, et les radios pirates avaient aussi le vent en poupe, ça pouvait donc éventuellement être vendeur d'associer le groupe au côté rebelle de la piraterie. Mais là, ça vient comme un cheveu sur la soupe et sans aucune explication (aucune référence par ailleurs au verso ou sur le disque à cet aspect pirate). Je trouve cela plutôt anti-commercial qu'autre chose.

East of Eden s'est formé à Bristol en 1967. On les classe dans le rock progressif, avec des tendances jazz ou symphonique. Je ne suis surtout pas allé vérifier ces informations !
Ils ont sorti deux albums chez Deram en 1969 et 1970, avant de quitter le label pour Harvest. Comme d'autres (je pense aux Zombies, qui ont connu le succès avec She's not there Time of the season alors qu'ils venaient de se séparer), East of Eden a eu son plus grand succès avec un disque sorti sans leur accord, pas du tout représentatif de leur parcours. En effet, c'est Deram qui a sorti en mai 1970 Jig-a-jig, un medley de trois airs traditionnels, qui met en avant leur violoniste Dave Arbus. Le groupe le jouait assez ironiquement en rappel de ses concerts et n'imaginait qu'il serait un jour une face A de 45 tours et aussi leur seul grand succès !

Initialement, j'ai écouté le disque et je l'ai rangé sans le chroniquer, malgré sa pochette mystérieuse. Je l'ai ressorti tout récemment après avoir vu passer en ligne un lien vers la face B du 45 tours, Marcus Junior, avec un commentaire qui m'a surpris à propos d'une "version prog-folk d'un classique ska de Don Drummond".
Comment ça, Don Drummond, le tromboniste des Skatalites ? Celui qui, malade mentalement, a tué sa femme et est mort en hôpital psychiatrique à 35 ans ? Oui, lui, qui a composé plus de 300 titres, dont effectivement Marcus Junior, sorti en 45 tours sous son nom en 1964.
J'ai réécouté la version East of Eden pour vérifier, et elle n'a rien de ska. Et comme le titre est crédité "Drummond" sans prénom, je ne risquais pas de faire le lien avec les Skatalites. Mais il s'agit bien de la même composition, arrangée de façon totalement différente.
La grande question, c'est comment un groupe progressif se retrouve à reprendre du Don Drummond (et pas qu'une fois, puisque sur leur album Snafu, on trouve non seulement Marcus Junior mais aussi une autre reprise de Don Drummond, Confucius) ?. Eh bien, le saxophoniste Ron Caines nous donne l'explication dans un entretien pour Friars Aylesbury : il avait entendu ces titres dans un club reggae, acheté les disques,  et le groupe les a intégrés à son répertoire sur scène dès ses débuts.

Un pseudo-disque pirate et une surprenante reprise d'un titre ska, c'est suffisant pour faire ma journée...

Dave Arbus (1941-2025) est mort ce printemps. Il était passé au fil des années de l'archet de violon aux crayons et pinceaux. Les annonces de sa mort mentionnent à peine East of Eden pour se contenter du fait qu'il joue sur Baba O'Riley des Who.


East of Eden, Jig-a-jig, une version courte mais excellente, à la fin d'une émission de la RTBF, vers 1970.

17 juillet 2022

GAMOVER : Le prince reggae


Offert par Le Vieux Thorax à Reims le 4 juin 2022
Réf : [sans] -- Édité par Le Vieux Thorax en France en 2022
Support : CD 12 cm
23 titres

Fedakar Yildirim est né en Turquie en 1969. Arrivé très jeune à Reims avec ses parents, il y est mort soudainement en décembre dernier.
Dès les années 1980, il a été impliqué dans de nombreux projets musicaux, dont les groupes Tchernobyl Rats, Aldo Magic Band, Dynamo et Les Morveux.
A partir de 1996, sous le nom de Gamover, il a concocté de nombreux titres en utilisant des échantillons sonores, notamment à base de reggae/ska. Fedakar s'est intéressé au reggae parce qu'il était fan des Clash. J'ai bien pensé à lui quand leur collaboration inédite sur Rock The casbah avec Ranking Roger de The Beat a été diffusée ce printemps. 
Il a publié cinq albums, en suivant l'évolution technologique des formats, de la cassette au MP3 en passant par le CD-R. Fedakar m'a confié trois de ses titres pour les compilations Vivonzeureux!, deux pour Excusez-moi, je me suis occupé un peu de tout et un pour Surprise partie hoptimiste.

Parmi ses copains dès l'école primaire, il y avait Le Vieux Thorax et son frère Clément. A l'initiative du Vieux Thorax, ses amis se sont réunis pour une grande fête d'hommage le 4 juin chez Les Vieux de la Vieille à Reims. A cette occasion, une anthologie CD des enregistrements de Fedakar a été distribuée aux participants. Cette édition CD était très limitée et à diffusion privée, mais la version numérique est disponible pour tous sur la page Bandcamp du Vieux Thorax.



Le titre d'ouverture, Gilong gilong, est bien représentatif des bidouillages sonores de Gamover, construits sur ordinateur à partir de diverses sources, instrumentales et vocales. Et dans ce cas précis, il me semble bien que c'est justement la voix de Joe Strummer qu'on entend prononcer "Ah gilong gilong".

L'évolution musicale de Fedak depuis ses premiers groupes jusqu'à ses productions avec Gamover est parfaitement illustrée par la juxtaposition de deux des titres du CD : Rossignolet des bois en 1989 avec Aldo Magic Band, version d'une chanson traditionnelle du folklore, interprétée notamment par Pierre de Grenoble. Là, c'est énergique, avec le son de flûte caractéristique du groupe et déjà une bonne grosse ligne de basse par Fedakar. Tandis que pour Rossignolet dub wah (titre très bien vu !), il a fabriqué un morceau ska/dub en y ajoutant l'enregistrement peut-être collecté de la chanson par un homme.
Il avait aussi retravaillé un titre d'un autre de ses anciens groupes, Dynamo, pour en faire Right man dub.

Les influences de la culture musicale turque de Fedakar s'entendent dans un bon nombre de ses productions, particulièrement ici sur Diloy, l'excellent Work in progress, et aussi Wailing voices, un titre sur lequel Dorian Feller est invité à la guitare et qui utilise la ligne de basse du Smoking my ganja de Capital Letters.

Les interventions vocales sur les disques de Gamover ne sont pas toutes des échantillons collectés de-ci  de-là. Au contraire, certaines de ses plus grandes réussites sont chantées par des amis invités. On retrouve dans cette sélection l'excellent Je reste club, en collaboration avec M. Untel, et trois des chansons écrites avec L'Incohérent des Combinaisons aux paroles et au chant, O vergeture (Hey hey hey), L'alerte au gros rouge, où l'on entend des bouts de l'Omega man de Basement 5, et Le prince reggae, que nous avons choisi pour donner son titre à l'album. Sur ce dernier titre on entend notamment à la quinzième seconde quelques notes de guitare. A chaque écoute du CD, je les "reconnaissais" sans pouvoir les placer. Il m'a fallu six bonnes semaines, même après avoir affiné les choses en me disant que c'était de la new wave, pour précisément identifier le Wide boys du premier album d'Ultravox!...!

L'album officiel se conclut de manière mélancoliquement tout à fait appropriée avec Bonsoir. Sur le CD, il y a en plus un morceau, fantôme à double titre, d'abord parce qu'il n'est pas indiqué sur la pochette, et surtout parce que c'est un inédit pour lequel Le Vieux Thorax n'a retrouvé aucune indication de date ou de titre. Pour le coup, c'est un morceau frénétique et enjoué, visiblement basé sur un vieux ska.

Les auto-productions de Gamover ont été diffusées de manière très confidentielle du vivant de Fedakar. Ma réaction en écoutant la compilation a été de me re-dire à nouveau combien tout ça est d'excellente qualité. Si Le prince reggae peut faire découvrir sa musique à un nouveau public, son but sera largement atteint.






29 décembre 2023

ELVIS COSTELLO AND THE ATTRACTIONS : Watch your step


Acquis par correspondance via Ebay en octobre 2023
Réf : 11-60519 -- Édité par Columbia aux États-Unis en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Watch your step -/- Luxembourg

Le cinquième album d'Elvis Costello, Trust, est arrivé tout début 1981 après une série impressionnante et imparable de quatre albums publiés à raison d'un par an à partir de 1977 : My aim is true, This year's model, Armed forces et Get happy!!. Excusez du peu !
J'ai acheté l'album à sa sortie, en import, parce que j'étais pressé et sûrement parce que le pressage français n'est pas arrivé assez vite. Pour la première fois, j'ai trouvé quelques faiblesses à un album d'Elvis, une impression probablement renforcée par le choix des deux singles tirés de l'album en Angleterre, Clubland et From a whisper to a scream. Mais au fil des années, à chaque fois que j'y suis revenu je me suis dit qu'on comptait quand même un grand nombre d'excellentes chansons parmi les 14 titres : Lover's walk, Pretty words, Strict time, New lace sleeves, Different finger... Les autres, y compris les singles, ne sont pas mauvaises pour autant, juste un cran en-dessous.
Et puis il y a surtout la chanson parfaite pour moi. Rythme lent, chant posé, superbe ligne de basse, tout m'a toujours plu dans Watch your step.

Pour une fois, Columbia, le label américain de Costello, a eu plus de nez que les proches d'Elvis en Angleterre, puisque Watch your step a été le seul single extrait de l'album aux États-Unis. Depuis des années je louche sur ce 45 tours quand je "feuillette" Discogs. Évidemment, le port était assez cher, mais j'ai finalement décidé de me l'offrir quand je l'ai vu en vente à un prix correct, car ce genre d'occasion va être de plus en plus rare.
Pour la pochette, Columbia n'a pas eu à aller chercher très loin : ils ont utilisé les deux clichés qui illustrent la pochette intérieure de Trust, dont celui où Costello se prend pour un acteur de film noir des années 1940.

Alors, qu'est-ce qui me plaît tant dans Watch your step ?
Les paroles sont très bien, d'abord, et d'autant plus remarquables qu'elles ont pour la plupart été écrites quand Elvis avait vingt ans, vers 1974 donc. Attention, comme avec toutes ses paroles de l'époque, j'ai beau les avoir devant les yeux et les relire, je ne prétendrai pas comprendre de quoi il est précisément question, mais elles sonnent très bien.
Je ne dis pas ça seulement pour le "Watch" du titre, mais il y a un parallèle à faire avec Watching the detectives. Pour l'ambiance générale et parce que là aussi la basse est prédominante, sans être reggae. La principale différence, c'est une certaine sérénité qui se dégage de Watch your step, marquée notamment par le chant apaisé qui nous semble presque chuchoté à l'oreille. Ce style vocal peut s'expliquer de façon assez prosaïque puisque, au moment des sessions de l'album, Elvis avait la voix bousillée par les excès, sur scène et en-dehors.
Pour ce qui est de la sérénité et de la mélodie, on peut noter une parenté avec Secondary modern, l'une des chansons de Get happy!!, relevée dès 1981 par la chronique de l'album dans Melody Maker. Cette chronique d'Allan Jones contient un paragraphe détaillé analysant Watch your step avec lequel je suis entièrement d'accord.
C'est fugace, mais Costello lui-même le fait remarquer dans ses notes de pochette d'une réédition de l'album : l'instrument qu'on entend derrière le piano de Stevie Nieve dans la courte partie instrumentale est un mélodica, une idée empruntée aux disques de dub, et particulièrement à Augustus Pablo je suppose.
Mine de rien, le chemin n'a pas été direct pour arriver à cette version pour moi parfaite de Watch your step. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter les versions alternatives sorties en bonus des rééditions d'albums. Lors des sessions de Get happy!!, Watch your step était tout bonnement un ska ! Pareil lors des premières sessions de Trust, Watch your step n'était plus un ska, mais le tempo était tout aussi speedé.
Ces versions ne sont pas intrinsèquement mauvaises, mais dans ces habillages la chanson est vraiment quelconque et cette chronique n'aurait jamais eu lieu d'être sans la version retenue pour l'album.
Plus intéressante est une version enregistrée en concert le 7 septembre 1983 à Austin et publiée en bonus d'une réédition de Punch the clock. Là, l'arrangement fait la part belle aux cuivres de TKO et c'est très bien. Le mois suivant, j'étais à l'Hammersmith Palais pour voir Elvis Costello, les Attractions, les TKO Horns et les choristes d'Afrodiziak. Ils ont joué Watch your step ce soir-là, probablement dans une version proche de celle-ci.

En face B, on trouve Luxembourg, un autre extrait de l'album.
Cette chanson a aussi une histoire puisque, sous le titre Seven o'clock, Costello l'avait proposée à Dr. Feelgood, que Nick Lowe produisait également. Certes, c'était du rock, mais avec trop de paroles pour Lee Brillaux, comme Elvis l'a raconté, toujours dans ses notes de pochette : « the original, equally wordy text had been rejected by Dr. Feelgood's frontman, Lee Brilleaux, after one perusal, with the immortal line: "What's this then, fucking Shakespeare?" ». Il nous reste de cette version une démo datant des sessions de Get happy!!. Pour Trust, les paroles ont été largement revues et la chanson est devenue Luxembourg. J'aime bien quand Elvis fait du rock à l'ancienne, notamment Mystery dance, mais là c'est vraiment quelconque.

Watch your step reste pour moi l'une des réussites d'Elvis Costello. Même si elle n'est pas sortie partout en single, on la retrouve heureusement sur plusieurs de ses compilations.


Elvis Costello and the Attractions, Watch your step, en direct dans l'émission Tomorrow coast to coast en 1981. Un arrangement assez proche de celui de l'album.


Watch your step en illustration musicale dans l'épisode Lost verizon des Simpsons en 2008, un choix pointu !

21 juillet 2012

THE BEAT : Save it for later


Acquis probablement à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en 1982
Réf : 104 286 -- Edité par Arista en France en 1982
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Save it for later -/- What's your best thing ?

Sur le même modèle que ce qui a été fait pour The Jesus and Mary Chain, et notamment Psychocandy, Edsel vient de rééditer les trois albums de The Beat, I just can't stop it, Wh'appen et Special Beat Service, en albums de 2 CD + 1 DVD qui doivent couvrir l'intégralité de la discographie officielle du groupe, plus des inédits, des sessions radio et des titres en concert.
Une réédition qui me fait très plaisir car The Beat est un groupe que j'aime beaucoup et qui semble un peu oublié ces dernières années. Ils ont peut-être un peu souffert de leur association initiale avec 2 Tone et le mouvement ska de 1979. Musicalement, ils étaient probablement supérieurs à Madness, et même plus éclectiques que les Specials, incorporant plus d'éléments pop et rock à leur sauce ska-reggae-Caraïbes.
Pour fêter ça, j'ai choisi un 45 tours français de The Beat. Il se trouve que, pour la plupart, leurs 45 tours anglais avaient des pochettes neutres et très rétro de leur label Go Feet. Arista, qui sortait leurs disques sous licence en France, a préféré la plupart du temps créer une pochette plus spécifique. Le résultat n'est pas renversant, mais ça donne quand même des pochettes un peu rares. Pour celle de Save it for later, le label a pris une photo noir et blanc du groupe datant de la même session que celle du 45 tours précédent, Monkey murders (un titre qui n'est jamais sorti en face A en Angleterre. Arista n'avait pas dû aimer assez Doors of your heart).
Save it for later est l'un des titres pop-rock de de The Beat, taillé un peu sur le même modèle que Best friend, l'un des singles extraits du premier album. Là, on en était au troisième et le groupe allait bientôt se séparer (Au 21e siècle, deux versions du groupe tournent séparément). La chanson s'ouvre par un riff très accrocheur à la guitare et est marquée par une rythmique particulière, qui fera le succès par la suite des Fine Young Cannibals. Je ne crois pas que ce single a très bien marché en Europe, mais il a eu du succès aux Etats-Unis et il a suffisamment marqué les esprits pour avoir été repris aussi bien par les Who que par Pearl Jam.
La face B, What's your best thing ?, démarre très bien, mais ensuite il semble y avoir des problèmes de construction : on se demande si les musiciens jouent ensemble et on cherche un vrai refrain. Peut-être qu'ils n'ont pas suffisamment travaillé dessus, et ça explique sûrement pourquoi ce titre n'est pas sur l'album.
En tout cas, ça reste un excellent disque, comme presque tout ce qu'a fait The Beat, et quand je l'écoute je dois me pincer pour me rappeler que ça fait déjà trente ans que je l'ai acheté.


La vidéo d'époque de Save it for later. Le son particulièrement pourri ne rend pas bien compte de la pêche de l'enregistrement original.

06 juillet 2025

THE EQUATORS : Baby come back


Offert par Claire B. à Mareuil sur Ay le 7 juin 2025
Réf : 640 206 -- Édité par Stiff en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Baby come back -/- Georgie

Après celui d'Essous, voici un autre disque offert par ma sœur Claire, celui-là rescapé d'une déchetterie je crois.
On ne peut pas dire qu'il est courant, mais j'avais déjà eu l'occasion de voir ce disque. Je ne m'y étais pas intéressé, rebuté par le fait que cette reprise par un groupe nommé The Equators de Baby come back, l'excellent tube de 1968 de The Equals, fait penser à ces publications parasites, dont les meilleurs exemples présentés ici sont peut-être Venus par The Blocking Shoes et Yankee Horse, Sea side shuffle par Big Tears and the Crocodile ou Al Capone par Prince of Wales Stars.

Mais ce disque est paru en 1980, il ne s'agissait plus de concurrencer un grand succès du moment. Et surtout, pour l'occasion Stiff a fait appel comme producteur à Eddy Grant, l'auteur et interprète original de la chanson. Cette reprise n'a donc rien d'une quelconque contrefaçon et a tout le soutien des ayant-droits. 

Formé en 1977, même s'ils ont pris ce nom plus tard, The Equators était un groupe de Birmingham composé des quatre frères Brian, Donald, Leo et Rocky Bailey, ainsi que de Cleveland Clarke, Dennis Fletcher et du guitariste Alfonso Renford.
Repérés lors d'un concert où ils étaient à l'affiche avec leurs voisins de Birmingham The Beat, ils ont été signés par Stiff. Précédemment, ils avaient enregistré à Paris en juillet 1979, sous le nom de Mosiah, un album de reggae paru uniquement par chez nous. J'aimerais bien connaître l'histoire de ce disque plus en détails...

Le premier projet assigné par Stiff aux Equators, c'est l'album Black and Dekker de Desmond Dekker : ils l'accompagnent sur trois titres, Lickin' stick, Hippo et Please don't bend.

Cité chez Marco On The Bass, Dave Wakeling explique que The Beat a été influencé par The Equators : ils avaient élaboré avant eux un hybride punk-reggae, qu'ils pratiquaient de manière pleine de "soul" et délicate. Malheureusement pour The Equators, il n'y avait visiblement pas la place pour deux groupes de Birmingham au moment où la vague ska/2 Tone a submergé l'Angleterre.

Mon exemplaire du 45 tours correspond à l'édition originale française de ce disque. Pourquoi deux éditions françaises pour cette parution assez obscure ? Eh bien tout simplement parce que, courant 1980, la distribution française de Stiff est passée de Barclay à Vogue. Barclay a donc arrêté de commercialiser ces disques, et Vogue en a ressorti quelques uns qui étaient récents, comme celui-ci, sous la référence 104 130.

Cette reprise ska de Baby come back est bien sûr accélérée, mais elle reste très fidèle dans l'esprit à la version originale. Ça décolle dans la seconde moitié, quand l'atmosphère se fait d'un coup assez "dubby" et qu'on a droit à une partie de chant toasté, qui pour le coup évoque immanquablement feu Ranking Roger de The Beat.
Cerise sur le gâteau, il existe sur un maxi une Dub version de Baby come back : soit d'abord les trois minutes trente du 45 tours, plus quatre minutes de rab pour mon plus grand plaisir.

La face B, Georgie, est produite par Bob Andrews de The Rumour, qui jouait aussi sur Black and Dekker. Elle est de très bonne tenue.

L'année suivante est sorti Hot, l'unique album des Equators, également produit par Bob Andrews. Les deux titres du 45 tours n'y figurent pas. L'aventure Stiff s'est arrêtée là et le groupe s'est séparé.
35 ans plus tard, The Equators s'est reformé. Ils jouent régulièrement et ont publié quelques nouveaux titres.



04 mars 2022

PRINCE BUSTER'S ALL STARS : Al Capone


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 12 octobre 2021
Réf : 71.125 -- Édité par Decca en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Al Capone -/- One step beyond

L'an dernier, Dorian Feller s'est procuré un exemplaire de ce 45 tours. Et je dois bien avouer que, quand il me l'a montré, j'ai quelque peu bavé dessus. Cela a suscité quelque étonnement pour lui, mais les deux faces de 45 tours sont des classiques pour moi, dont les années de lycéen ont été marquées par la vague ska 2 Tone (je vous rappelle que j'ai même gagné un album dans un concours Feedback de Bernard Lenoir avec une photo "ska"). Or, j'ai depuis longtemps une compilation de Prince Buster, et aussi un 45 tours, mais pas celui-là, même si j'ai déjà chroniqué ici une reprise-parasite de sa face A. La pochette précise donc bien ici qu'il s'agit de "La seule version originale de Al Capone" !
Ce disque n'est pourtant peut-être pas extrêmement rare. La preuve : Dorian en a trouvé un deuxième exemplaire quelques semaines plus tard, qu'il a très gentiment mis de côté à mon intention !

La première chose que que je note, quand je regarde la discographie des Prince Buster's All stars, c'est le nombre délirant de singles qu'ils ont sortis dans les années 1960.
Il y a un mystère aussi que je ne m'explique pas, c'est qu'Al Capone est sorti à l'origine en 1964, mais c'est en 1967 que ce titre a connu son plus grand succès en Angleterre. Je ne sais pas quel événement en particulier a relancé cette chanson à ce moment-là, mais c'est ce succès anglais qui a entraîné la sortie de cette édition française sous licence par Decca.

Quand je dis qu'on a deux classiques sur ce disque, je n'exagère pas. On a quand même ici les versions originales de deux des plus grands succès des Specials et de Madness, avec Prince Buster qui les accompagne vocalement plus comme un DJ/chauffeur de salle que comme un chanteur. En tout cas, ça me fait tout drôle de les écouter car je ne connais vraiment que les versions reprises en 1979 de ces chansons.

Il n'y a aucun doute à l'écoute, Al Capone c'est Gangsters des Specials, et c'est scandaleux que ce groupe, qui a fait beaucoup pour la musique indépendante, n'ait jamais crédité Cecil Bustamente Campbell, alias Prince Buster, pour Gangsters, même pas sur les rééditions. J'espère quand même que, par un biais ou un autre, il a touché un pourcentage des droits d'auteur de cette chanson.

Madness au moins a crédité Prince Buster pour sa reprise de One step beyond sur son deuxième 45 tours. Il faut dire que le premier 45 tours, sorti un mois plus tôt, comportait en face A un hommage à Buster, The Prince, et en face B une reprise de Madness, un autre de ses succès, qui a donné son nom au groupe !
On notera que, musicalement, les jamaïcains qui jouent sur la version originale, dont des membres des Skatalites, touchent plus leur bille que les enthousiastes londoniens.

Prince Buster est mort en 2016 à 78 ans.


Prince Buster avec les Skatalites, Al Capone, au festival Reggae Sunsplash en 1983.