25 mai 2009

REGINE : Régine


Acquis chez Prisunic à Châlons-sur-Marne vers 1984
Réf : 1720531 -- Edité par Music For Pleasure en France en 1984
Support : 33 tours 30 cm
11 titres

Si j'ai retourné la pochette de ce disque pour regarder au dos, c'est parce que je savais que Les p'tits papiers était un tube signé Gainsbourg. Si au bout du compte j'ai acheté ce disque vendu en série économique pour à peine plus que le prix d'un 45 tours, c'est parce que j'ai eu la surprise de découvrir que les paroles et la musique de tous les titres de cet album de Régine étaient de Gainsbourg. Il y du beau monde aussi à la direction d'orchestre : Alain Goraguer, Michel Colombier et Jean-Claude Vannier, qui ont tous à un moment ou un autre travaillé sur des diques de Gainsbourg. Il y en a un quatrième, Ray Knohnotsky, mais c'est soit un pseudonyme soit relativement un inconnu car je ne trouve aucune info sur lui.
Soyons clairs, il y a à mon sens un seul titre irrésistible sur ce disque, c'est Pourquoi un pyjama ?, de 1966. Sur une rythmique digne d'une adaptation française d'un tube Tamla Motown, une diva entre Castafiore et Gretschen tyrolienne entonne le refrain, "Pourquoi un pyjama, à rayures, à fleurs ou à pois ? Pourquoi un pyjama, en coton, en fil ou en soie ?". Régine lui répond tout de go "Moi je n'en mets jamais, non jamais je n'en mets, jamais je n'ai mis de ma vie un pyjama" et ça continue sur ce rythme, "A quoi bon s'habiller quand on vient de se déshabiller ?". Là-dessus, il y a un solo d'instrument à cordes (banjo, balalaïka ?), quelques vocalises et c'est bouclé en guère plus de deux minutes.
Je me souviens avoir passé ce titre au moins une fois à la radio, sûrement dans Rock Comptines, au désespoir du pauvre Phil Sex. Je suis tombé plusieurs fois dans des bourses aux disques sur le EP original de 1966 de Pourquoi un pyjama ?, mais toujours à prix prohibitif. J'ai déjà un disque de Régine, c'est beaucoup, je n'en aurais un deuxième que si je trouve cet EP, qui contient aussi La grande Zoa, pour presque rien.
Un autre titre est à signaler, c'est Laiss's en un peu pour les autres, une production de Jean-Claude Vannier de 1971 (époque Melody Nelson donc), qui était restée inédite jusqu'à la parution de cette compilation. La chanson, sur un air 1900, est ponctuée par des interventions de Gainsbourg dans son personnage de cynique qui commente de façon lapidaire les interventions de la chanteuse ("Qu'est-ce qu'elle raconte celle-là ?", "Oh, quelle importance", "Oh dis, tu vas pas remettre ça"). Si la chanson n'a pas été publiée à l'époque, c'est peut-être à cause de son thème, la narratrice étant une putain dans un bordel aux armées, qui s'adresse à l'un de ses clients militaires : "Laiss's en un peu pour les autres, me prends pas tout. Est-ce ainsi que l'on se vautre, dis t'es pas fou. Laiss's en un peu pour Etienne, pour Jojo ou pour Loulou. Je n'serai plus jamais tienne, 'spèce de voyou.".
Tout ça n'est donc pas dénué d'une distance certaine et d'un certain humour, mais au bout du compte cette chanson est tout à fait dans le ton global des onze du disque, sorties de 1965 à 1978. Presque toutes mettent en scène des personnages qui ne sont pas simplement des "reines de la nuit", mais des femmes vénales et dévoyées, voire vulgaires. Certains titres parlent d'eux-mêmes, comme Si t'attends qu'les diamants t'sautent au cou ("Rien ne vaut un homme autour du cou, du moins pour se passer ses envies. Regarde derrière toi ma chérie, ce sont tes vingt carats qui s'enfuient. Si tu n'as que ça à mettre au clou, dépêche-toi tant que t'es encore jolie. Aux yeux de tous les vieux débris, ta jeunesse ça n'a pas de prix.") ou Ouvre la bouche, ferme les yeux ("Tu verras ça glissera mieux. Si les mouches entrent un peu, t'en fais pas pour si peu.").
Il y a aussi Les, femmes ça fait pédé, Mallo Mallory (chanson réaliste volontairement excessivement sordide) et même le disco assez réussi Tic Tac Toe ("J'refilais à mon pote l'total de mes bank-notes, toutes les liasses venues des passes à faire et refaire le tic tac toe.").
Avec une telle accumulation, l'écoute du disque en entier peut laisser un goût de cendre dans les oreilles, et en y regardant bien, le classique Les p'tits papiers résume assez bien l'atmosphère de l'album : "Un peu d'amour et d'esthétique, c'est du chagrin avant longtemps. Laissez glisser les sentiments, ça impressionne mais c'est du vent.".

Toutes ces chansons ont été incluses en 2006 sur le CD Gainsbourg fait chanter Régine, qu'on peut écouter sur Deezer.

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