01 novembre 2016

GEORGES JOUVIN ET SA TROMPETTE D'OR : Amoureusement vôtre


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Réf : FELP 257 -- Édité par La Voix De Son Maître en France en 1963
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

Georges Jouvin a trépassé le 24 octobre, à 93 ans d'une vie bien remplie de musicien professionnel et de représentant de ces musiciens au sein de sociétés civiles (SACEM, SDRM) et de nombreux autres organismes (fédérations professionnelles, mutuelles, caisses de retraite...).
La dernière fois, que j'avais vu un écho en ligne de sa présence publique, c'était en mars 2015 lors d'une cérémonie à la SACEM.
J'ai rendu hommage à Georges Jouvin et à la chanteuse Dominique en 2004 avec Tu m'as trompette mon amour, publié en livre en 2010 et disponible en téléchargement gratuit (servez-vous et faites tournez !). Cela m'avait valu quelques temps plus tard un long appel de Georges Jouvin pour me remercier de cet hommage et discuter de son parcours.
Sans trop de surprise, la SACEM a été la première à communiquer sur ce décès, le 25 octobre : "Avec son instrument, Georges Jouvin représente à lui seul un palmarès à couper le souffle : 70 albums, 3000 titres enregistrés, 25 millions de disques vendus, un Oscar de l’Académie du Disque en 1981… En qualité d’auteur-compositeur, il a déposé plus de 300 œuvres à la Sacem".
Si a priori on peut faire confiance à la SACEM sur le nombre d’œuvres déposées en tant que compositeur, et peut-être sur le nombre de titres enregistrés et de disques vendus, il me parait évident que le nombre d'albums est sous-évalué. J'en ai répertorié 69 sortis sous son nom, et cette liste ne comprend qu'une petite partie des 40 et plus "Hit" Jouvin sortis dans les années 1970 et 1980. Il faudrait ajouter les disques sortis sous pseudonyme, dont les musiques typiques de Ray Tchicoray des années 1950, et je suis à peu près sûr que, rien que pour la France, on atteint les 140 albums.
Pour les 45 tours, j'en ai répertorié justement 140, mais il y en a plus. Dans mes étagères, j'ai actuellement 62 albums et 99 45 tours sortis sous le nom de Jouvin. Ça fait bien longtemps qu'il a enfoncé Elvis Costello pour être, en nombre de disques, l'artiste le plus présent dans ma discothèque. Il n'est pas près d'être rattrapé.
Il a fallu attendre encore un jour pour que l'AFP publie une dépêche. Sans surprise là encore, Le Figaro a été parmi les premiers à la diffuser.
Ensuite, on a pu assister aux bals des titres de presse, nationaux ou régionaux, et des méta-sources d'information qui se sont contentés de reprendre la dépêche, avec la même photo, au mieux avec un titre bien choisi, Georges Jouvin à bout de souffle, ou une vidéo trouvée sur YouTube. Dans la presse nationale, seul Le Monde a pris la peine de confier à un journaliste de son service Culture la rédaction d'un court article en forme de service minimum, avec la photo fournie par l'AFP.
Il y a aussi tous ceux qui sont allés lire la notice de Wikipedia. Et là, comme par hasard, une phrase semble attirer l'attention de tous : "En novembre 1950 il enregistre à Paris dans un orchestre conduit par Maurice Moufflard avec Charlie Parker en guest star.".
Ah ça, c'est super le jazz, c'est de la musique sérieuse. On sait que Georges Jouvin a suivi une formation musicale classique, qu'il a eu tous les grands prix de conservatoire possibles. Comme tous les musiciens de sa génération, Jouvin a dû apprécier et jouer du jazz et avait des amis jazzmen, mais mettre en épingle dans son parcours cette anecdote en mentionnant le nom de Charlie Parker, c'est encore une fois un moyen d'évacuer ce qui caractérise sa carrière, celle d'un musicien directeur d'orchestre très populaire, qui a écumé pendant des dizaines d'années les bals, les fêtes et les galas dans toute la France et dans le monde, qui a enregistré les airs les plus connus et vendus des millions de disques aux gens qui avaient dansé avec son orchestre et dansaient avec ses disques...
Quant à l'anecdote, donnée sans aucune référence dans Wikipedia, elle semble confirmée par La Gazette des Cuivres et, avec plus de détails par Les Dernières Nouvelles du Jazz. On passe d'un enregistrement de l'Orchestre Maurice Moufflard avec Charlie Parker en guest-star à une session de deux titres enregistrés pour la RTF en novembre 1950 avec Charlie Parker en vedette accompagné par l'orchestre de Maurice Mouflard, dans lequel Jouvin était, "probablement" si j'en crois un article intitulé Bird in Paris, le deuxième ou troisième trompettiste avec Mouflard et Roger Guérin !
Pour ma part, j'ai choisi aujourd'hui pour rendre hommage à Jouvin un album de l'époque de ses grands succès, Amoureusement vôtre, particulièrement parce que j'ai trouvé une vidéo pour l'illustrer. On trouve en effet en ligne relativement peu de documents filmés retraçant son parcours. Il y a un excellent scopitone, Le train de nuit, mais la qualité de la copie est mauvaise. J'adore par contre cette interprétation par Dominique et Georges Jouvin de Si j'avais un marteau (et non pas Le surf comme indiqué par erreur par l'INA) à la télévision en décembre 1965, notamment pour le côté un peu amateur de la chose quand Dominique interrompt au début ses "Hou hou hou hou" pour poser son micro et danser le surf.


Dominique, avec Georges Jouvin à la trompette et l'Orchestre de Raymond Lefèvre, Si j'avais un marteau, en direct à la télévision dans l'émission Palmarès des chansons le 9 décembre 1965.

La date de l'émission m'a un peu fait tiquer car le succès de Si j'avais un marteau par Claude François date de 1963, tout comme cet album Amoureusement vôtre, sur lequel Dominique et Jouvin ont enregistré cette chanson. Et je ne pense pas que la vague du surf (ah ! ah !) a duré bien longtemps au-delà de 1964 et de Viens danser le surf par Sylvie Vartan.
Je pense que le choix d'interpréter à la télé une "vieille" chanson de deux ans est dû au principe de l'émission Palmarès des chansons, un de ces télé-crochets comme il en existe à nouveau de nos jours dans lequel des jeunes chanteurs inconnus devaient interpréter en direct un succès du chanteur invité. Claude François devait être l'invité du jour et l'idée était sûrement de lancer sous son nom Dominique qui, en plus d'enregistrer avec Jouvin, a sorti à cette époque plusieurs disques sous son nom chez Trianon.
Le choix des 14 titres de cet album obéit à une série de règles bien établies.
Il faut reprendre les succès du moment (Si j'avais un marteau et Si tu veux être heureux de Claude François, Le sifflet des copains de Sheila, Tu te reconnaîtras de Lény Escudero), si possible en faisant la part belle aux productions Pathé-Marconi, chez qui Jouvin était signé (Enfants de tous pays et Adieu mon pays d'Enrico Macias, C'est ma fête de Richard Anthony, Trop beau et Toi de Gilbert Bécaud, et T'en vas pas comme ça (Don't make me over), enregistré notamment par Franca di Rienzo).
Il faut aussi faire la part belle aux danses en vogue. Quatre titres sont labellisés Surf (dont America de West Side Story !), mais le Hully gully est mentionné tout autant, ainsi que le Rock, le Boléro, le Charleston et le Twist.
Mais il n'y a pas que des reprises ici. Comme à son habitude, Jouvin signe ici (avec Jerry Mengo) une composition "à la manière de", Ballade du surf. Et il y a deux chansons pour lesquelles je n'ai pas trouvé trace d'une autre version qui serait "l'originale" : La leçon de surf, avec un titre anglais mentionné, Surfin' on the sea, mais ça semble être une fausse piste car le parolier est Michel Jourdan et le compositeur Armand Canfora sous son pseudonyme d'Al Blakins, et Je n'vous l'dirai pas, une chanson légère de Maurice Tézé et Gérard Gustin, qui sert de prétexte à mentionner le nom de plusieurs vedettes, dont Jouvin.
A cette époque, Georges Jouvin ne se contentait pas de sillonner la France et le monde pour ses galas et de vendre des disques par milliers (son contrat prévoyait la sortie de six albums par an, plus sûrement de huit à dix 45 tours), il y avait autour de lui une véritable industrie, avec les disques de Dominique, des mini-33 tours de la série Gala des Variétés, et aussi l'édition de partitions, avec souvent des titres différents de ceux sortis en disque.
J'en ai deux de cette époque.
Dis moi... Dorothée, avec la même photo d'Edward Mandinian que sur le disque, est une composition de Jouvin avec des paroles d'André Jean Dervaux, qui était le saxophoniste de son orchestre et qui, pure coïncidence, est originaire de tout près de chez moi, à Ay, dans la Marne. Dominique est mentionnée en couverture et il y a des paroles, mais je n'ai pas trouvé de trace d'un enregistrement de cette chanson.



L'autre partition est un recueil de cinq compositions aux Editions Radio-Dancing, qui s'appuie sur la notoriété de Jouvin en le mettant en photo sur la couverture avec la mention "Georges Jouvin présente", mais les compositions ne sont pas de lui mais d'André Jean Dervaux (deux sous son nom et deux sous le pseudonyme de Jeff Clyton), et je ne serai pas surpris que le Jean Degeorge, qui signe le cinquième titre, soit aussi un de ses pseudonymes.



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