20 septembre 2014

CHUCK BERRY : The best of Chuck Berry


Acquis par correspondance via Discogs en septembre 1914 2014
Réf : NEP 44018 -- Edité par Pye International en Angleterre en 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Memphis Tennessee -- Roll over Beethoven -/- I'm talking about you -- Sweet little sixteen

Quand j'ai vu passer l'annonce de la sortie, pour son 88e anniversaire en octobre, du coffret Bear Family Rock and roll music : Any old way you choose it, j'ai eu un temps d'hésitation. Certes, pas question de s'intéresser à l'édition limitée à 88 exemplaires présentée dans une caisse de guitare. C'est cher (500 €) et sans intérêt (Philippe me souffle d'ailleurs à l'oreille que ça a déjà été fait pour une intégrale de Johnny, c'est tout dire). Mais pour l'édition en coffret standard à 300 €, avec 16 CD, contenant toute sa discographie et les prises inédites existantes plus deux livres reliés, je me suis quand même posé la question. Et la réponse a été non, finalement. Je peux m'offrir ce cadeau, et je sais que je prendrai le temps de lire les livres, d'écouter au moins une fois tous les disques et d'en réécouter un par-ci par-là par la suite, mais comme pour la plupart de mes coffrets, ça restera un gros truc, un monument posé dans un coin, qu'on aperçoit de l'oeil mais qu'on sort rarement de sa boite tellement il y a de trucs à écouter dedans. Et puis quoi après ? On tourne les yeux quand on voit un disque de Chuck Berry ? On se débarrasse des disques qu'on a déjà ? Non, je préfère continuer à picorer dans sa discographie et à compléter ma collection de disques de l'un des rois du rock.
Pas de coffret, mais je me devais bien un cadeau ces temps-ci, alors je suis allé fouiller dans les bacs chez Discogs, et je me suis dégoté à un prix correct ce Best of Chuck Berry, un 45 tours sorti en Angleterre au printemps 1964.
Les notes de pochette de ce disque sont de Guy Stevens, le même Guy Stevens que je connaissais comme producteur de Mott The Hoople et de London calling de The Clash. Je ne savais pas qu'il avait été une figure importante de la scène mod dans les années 1960, avec notamment son label Sue et son travail pour Island. Il présidait aussi la Chuck Berry Appreciation Society.
Stevens parle, déjà, d'une figure légendaire en Angleterre, même s'il exagère un peu en parlant de trois générations de fans ados depuis le premier disque en 1955. Il est intéressant de noter les genres musicaux cités : il fut l'un des grands noms de l'époque du rock and roll (au passé, sous entendu, cette époque des années cinquante est révolue), il est reconnu et accepté à la fois dans les cercles de la pop musique et du jazz et il est le roi incontesté du rhythm and blues.
Il est aussi dans une situation très particulière. Son énorme succès initial avait déjà commencé à décliner quand il a été poursuivi puis incarcéré (20 mois de 1962 à 1963), grosso modo pour détournement de mineure. Mais entre-temps, il est devenu une figure essentielle de la nouvelle scène anglaise, avec les reprises de ses titres par les Beatles (Roll over Beethoven), les Rolling Stones (Come on, Carol), les Hollies (Talking 'bout you) ou Lonnie Mack (Memphis). C'est dans ce contexte que Chuck Berry entame, en mai 1964, sa première tournée anglaise, avec The Animals, Carl Perkins et The Nashville Teens en première partie. La sortie de ce disque a dû clairement être calculée pour promouvoir cette tournée. Guy Stevens a joué un rôle important dans tout ça, comme l'explique un témoignage repris chez The Generalist : "Listen ! I was at a session with Phil Chess in 1964 with Chuck Berry when he was doing "Promised Land" and "Nadine". I was at the session ! I was taking photographs! I got Chuck Berry out of prison ! I put tremendous pressure on Pye Records, who had Chess and Checker over here, and the head of the company at the time was Ian Ralfini. I put pressure on him to get "Memphis Tennessee" released as a single. It was out as a B-side, with Let It Rock. They taped all the Chuck Berry tracks off my records ! Not from master tapes but from my records !".
Stevens a effectivement réussi à convaincre Pye International, puisque le premier titre de ce disque est bien Memphis, Tennessee. A l'origine, ce n'était qu'une face B, mais de Back in the USA, plutôt. Et ce n'est pas très étonnant car c'est tout sauf une chanson rentre-dedans, sans refrain. Si on a l'impression d'une certaine intimité, comme si Chuck nous murmurait à l'oreille par le combiné du téléphone, c'est sûrement dû aux conditions particulières de son enregistrement, relatées dans son autobiographie. Au lieu d'enregistrer en groupe et en direct en studio, “Memphis Tennessee” a été enregistré dans mon premier bureau au 4221 West Easton Avenue à St. Louis sur un studio bricolé à145 $ dans la chaleur moite d'une après-midi de juillet avec un magnéto à bande Roebuck à 79 $ qui avait une fonction d'enregistrement en son sur son. J'ai joué la piste de guitare et de basse et j'ai ajouté le tiquetis de batterie qui trotte dans le fond et qui sonne si bien à mon oreille. J'ai travaillé pendant plus d'un mois pour revoir les paroles avant d'emmener la bande à Leonard Chess pour qu'il l'écoute. Il était une fois de plus à la recherche de matériel pour sortir un disque puisque mes concerts me tenaient éloigné des studios pour de longues périodes. L'histoire de “Memphis” prend racine dans un titre très vieux et bluesy de Muddy Waters qu'il jouait quand j'étais ado et qui faisait “Long distance operator give me (something….something), I want to talk to my baby she’s (something else).” Désolé je ne m'en souviens plus maintenant mais c'était le cas alors et j'ai essayé de mettre l'esprit de ce sentiment dans mon interprétation de "Memphis". Ma femme avait de la famille là-bas à qui on rendait visite deux fois par an, mais à part une paire de concerts que j'y ai fait, je n'avais aucune raison particulière de choisir Memphis pour localiser mon histoire. Le but était que la situation décrite dans l'histoire suscite un intérêt très large du grand public plutôt que la relation d'un événement rare ou particulier qui ne rappellerait un souvenir qu'à quelques-uns. Décrire ainsi des situations ou des conditions populaires ou générales a toujours été mon plus grand objectif quand j'écris mes paroles."
Et pour Memphis, Tennessee, on le sait, il a parfaitement réussi ses paroles, qui nous font croire tout au bout qu'il cherche à joindre une ancienne amoureuse, avant qu'on découvre à la fin que celle qui l'a appelé initialement est sa fille de six ans. Il y a sûrement une étude comparée à faire avec Le téléphone pleure de Claude François, mais je vous l'épargnerai pour aujourd'hui.
Pour Roll over Beethoven, Chuck Berry l'explique aussi dans son autobiographie, l'inspiration lui serait venue de ses batailles avec sa soeur, qui jouait du classique, pour pouvoir jouer sur le piano familial. Il fallait avoir une vraie dose de culot pour un noir en 1956 de demander à Beethoven et Tchaïkovski de dégager pour lui faire de la place ! Et si, en 2014, David Thomas peut s'appuyer avec Pere Ubu sur cinquante ans de culture rock pour nourrir ses paroles et sa musique de références, en 1956, avec deux ans de rock and roll et une grosse dizaine d'années de rhythm and blues, Berry montrait combien il était passionné de musique en citant Louis Jordan, Carl Perkins et indirectement Bo Diddley. Par la suite, les expressions "rocking pneumonia" et "a shot of rhythm and blues" ont été reprises respectivement par Huey "Piano" Smith et Arthur Alexander.
I'm talking about you est une excellente chanson, mais peut-être la moins exceptionnelle des quatre. Je l'ai connue par la version en public de Dr Feelgood sur Stupidity, mais elle avait aussi été reprise par les Stones en 1965.
Sweet little sixteen est un archétype de la chanson à la fois rock et sur le monde du rock, une ode à la fan/groupie de seize ans qui fait tourner toutes les têtes, robe serrée et rouge à lèvres le soir du concert, écolière à l'allure sage le lendemain. Pas étonnant que ce soit devenu l'un des classiques de Chuck Berry, mais aussi son plus gros succès des années cinquante aux Etats-Unis, avant que les Beach Boys ne fassent aussi un tube de Surfin' USA, avec la même mélodie.
1964 a effectivement été une excellente année pour Berry : les reprises des anglais ont continué et il a eu de nouveaux tubes (No particular place to go, You never can tell, Promised land et Little Marie, la suite de Memphis, Tennessee), inclus en fin d'année sur son album St. Louis to Liverpool.
Je croyais que Chuck Berry avait arrêté de jouer sur scène après un malaise il y a quelques années, mais il a encore joué en-dehors des Etats-Unis cette année, et surtout, il se produit tous les mois au Blueberry Hill près de chez lui à Saint Louis. La dernière fois, c'était il y a deux jours. Comme quoi il doit encore tenir un minimum la forme...



Chuck Berry, Memphis, Tennessee et Roll over Beethoven, en direct dans une émission de télévision française, probablement en 1965 ou 1966.


Chuck Berry, Sweet little sixteen, dans l'émission Saturday Night Beech-Nut, le 22 février 1958.


4 commentaires:

Anonyme a dit…

Chuck: l'homme, le musicien,le parolier, un type immense dans l'histoire de la musique occidentale, pas seulement un pionnier du R'n'R'. Ca fait du bien de lire ce post alors que personne ne parle de lui quant à la complète de Bear finalement je suis bien d'accord avec toi: indigeste, quel intérêt si ce n'est celui de posséder?
Ph

Charlie Dontsurf a dit…

T'étais pas au front en septembre 1914 ? Planqué, va ...

Pol Dodu a dit…

Bien vu, Charlie !
Voilà ce qui arrive quand on est immergé au quotidien dans la commémoration du centenaire !
Philippe a l'oeil d'habitude, mais celle-là il l'a laissée passer. Pourtant, il est juste assez jeune pour avoir échappé aux tranchées.
J'ai corrigé, en gardant trace de la bourde...

Anonyme a dit…

Pol D vous êtes un impertinent impénitent
ce qui sommes toutes va bien avec le comportement des 1ers rock nroller du R'N'R vis à vis des plus vieux. signé: Ph poilu anonyme.

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