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15 novembre 2008

MARCEL BIANCHI : Sa guitare et son grand orchestre


Acquis sur le vide-grenier de la rue de la Chaude Ruelle à Epernay le 11 novembre 2008
Réf : LDY 28050 -- Edité par Vogue en France en 1975
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Depuis quelques années que je m'intéresse à ses enregistrements, j'ai l'impression de commencer à me faire une bonne idée de la production discographique de Marcel Bianchi. Pour la période de ses débuts jusqu'au milieu des années 1950, il y a les trois CDs édités chez Djaz (The exciting electric guitar, The swingin' guitar et The hawaiian guitar). Pour les dix années suivantes, chez Barclay, Pathé Marconi et surtout chez Vogue, je trouve régulièrement des disques (comme celui-ci ou celui-là) et les copains aussi. Certains des titres enregistrés sous le nom des Hawaiians Beachcombers ont été réédités dans les années 70, notamment un double album chez Vogue qu'on voit assez souvent.
C'est ce genre de disque que, par un pressentiment surprenant, je me suis dit que je risquais de trouver — au mieux — dans une caisse plastique pleine d'albums années 70 en bon état à 50 centimes, qui commençait par un album de James Last, puis un double album de James Last, puis un album de James Last "pour danser" puis encore un autre album de James Last reprenant des airs de musique classique.
Et effectivement, j'ai fini par trouver dans cette caisse non pas un mais trois albums de Marcel Bianchi, mais il ne s'agissait pas de rééditions seventies des Hawaiians Beachcombers comme je le pensais, mais d'enregistrements originaux de cette époque : outre ce disque de 1975, il y avait His guitars and the Fabulous Faces Orchestra crédité à Marcel Bianchi (1976) et Hawaii today crédité à Marcel Bianchi et ses Hawaiians Beachcombers (1978). Pour l'anecdote, ce stand ne devait pas se trouver à plus de trente mètres, dans la même rue, de l'endroit où j'ai acheté de le EP de Santo & Johnny il y a trois ans.
Ce disque-ci est sûrement celui qui a eu la plus grande diffusion, grâce à la célébrité de Paul Mauriat. Il a même été édité à l'étranger avec une autre pochette et le nom de Paul Mauriat mis en avant (voir ci-dessous). Mais c'est la pochette française qui en décrit le mieux le contenu : on y voit les violonistes du Grand Orchestre (de Paul Mauriat plutôt que de Marcel Bianchi) par-dessus lesquels surgit, dans un halo blanc, la superbe steel guitar à deux manches de Marcel B.
Sur le premier titre, Only you, c'est le plus flagrant : rythme quasi disco, envolées de cordes et la guitare qui vient jouer la mélodie. Sur le reste du disque, les arrangements d'orchestre se font plus discrets et on apprécie mieux la guitare sur Sleep walk, de Santo & Johnny justement, Over the rainbow, Love story, et même sur une nouvelle version de Love is blue, le plus grand succès de Paul Mauriat, qui permet à Marcel Bianchi de se mesurer — à distance — avec Jeff Beck. Mais on est loin de la pureté et du dépouillement des enregistrements souvent solo des années cinquante crédités à Marcel Bianchi et sa Guitare. C'est encore pire sur les deux disques "non stop" de 1976 et 1978 car là l'accompagnement est carrément disco !


Le verso de l'album.


La pochette intérieure du disque : Marcel Bianchi en pantalon patte d'éléphant sur un front de mer, très probablement sur la Côte d'Azur (cliquer pour agrandir).


La pochette d'une édition internationale chez Philips de cet album.

Ajout du 12 janvier 2010 :

La même guitare que sur mon album (ou sa soeur jumelle), dessinée et non photographiée, déjà en vedette sur une pochette d'album une vingtaine d'années plus tôt (33 t 25 cm, Riviera 6525).

Ajout du 16 octobre 2016 :


Un document qui nous montre Marcel Bianchi dans ses oeuvres.

09 octobre 2010

MARCEL BIANCHI : Joue avec Marcel Bianchi


Acquis chez Gibert Joseph à Lyon le 5 octobre 2010
Réf : FDLP 1041 -- Edité par La Voix De Son Maître en France vers 1955
Support : 33 tours 25 cm
10 titres

D'habitude, quand j'ai l'occasion de passer chez Gibert Joseph à Lyon, c'est à dire à peu près une fois par an, j'y trouve généralement des CD soldés ou d'occasion, comme le Laura Veirs l'an dernier ou le Grandaddy en 2005.
Cette fois-ci, je n'ai ramené qu'un seul CD, un maxi des Delgados, mais il faut dire que j'ai passé la majeure partie de mon temps à fouiller le gros stock de vinyls d'occasion (33 tours et 45 tours) que j'ai eu la surprise de trouver là.
J'y ai fait une bonne moisson, de la new wave (Gary Numan) au rock indépendant (Les Invendables) en passant par des chants et danses d'Indonésie et de Chine et deux 25 cm de M. Trumpet Cha Cha, un pseudonyme derrière se cache, il me semble, Georges Jouvin.
La trouvaille la plus intéressante c'est sans contexte ce 25 cm de Marcel Bianchi, qui trainait là depuis la mi-mai. Oh certes, mon exemplaire a souffert et la pochette n'est pas dans l'état de l'illustration ci-dessus : elle a pris l'humidité et sa moitié inférieure est très abimée, l'illustration du recto est très abimée et le texte au verso a des manques. Mais bon, à 1 € je ne vais pas me plaindre, d'autant plus que, depuis quelques années que je collectionne les disques de Marcel Bianchi je n'avais jamais vu celui-ci, qui se trouve avoir une particularité intéressante. En effet, Jacques Sclingand l'explique au dos dans ses notes, ce disque a été réalisé avec la technique du re-recording, ce qui était novateur à l'époque :

"«Re-recording» ou re-enregistrement signifie dans ce disque six enregistrements pour un seul morceau, ils sont superposés et répartis ainsi :
1° enregistrement contrebasse et batterie;
2° enregistrement guitare 1ère partie ligne de chant;
3° enregistrement guitare 2e partie;
4° enregistrement guitare 4e partie;
5° enregistrement guitare variations;
6° enregistrement guitare variations.

Ce microsillon de «re-recording» à la guitare est le premier réalisé en France, il a demandé une centaine d'heures de travail en studio. Outre les difficultés de mise au point en ce qui concerne le son, les procédés qui régissent l'élaboration d'un tel disque imposent à l'artiste un rigoureux contrôle de soi-même, mais la technique instrumentale de Marcel Bianchi est éblouissante. Fait assez rare, c'est aussi un guitariste complet et les qualités musicales de cet enregistrement nous le prouvent.

Ecoutez la vigueur des lignes mélodiques (le mediato est incisif), elles bondissent, se sauvent et vous ne les attraperez jamais; les accords se cabrent ou s'évanouissent car les doigts exécutent de fréquents glissandos; votre esprit sera en éveil dans ce charmant «All the things you are» où vous relèverez des effets de fugue et de contrepoint; avez-vous déjà entendu swinguer à la guitare hawaïenne comme dans «Bianchi's boogie» ? Et si vous n'êtes pas persuadés des ressources polyphoniques de l'instrument, écoutez les basses de «Fantasia boogie», tout cela est surprenant.

CINQ GUITARES POUR UN SEUL HOMME !
Cinq fois consécutives Marcel Bianchi a joué avec lui-même.
On n'est jamais si bien servi... que par soi-même."

Je connaissais le rôle pionnier de Marcel Bianchi pour l'utilisation de la guitare slide en Europe mais, n'ayant encore jamais acheté de disques de lui utilisant cette technique, je n'avais pas noté que la bio par Phil Dubois sur le site Guitares et Batteries mentionne effectivement que Marcel Bianchi a été un pionnier en France pour le re-recording, à la suite des travaux de Les Paul en collaboration avec la société Ampex.
Le résultat est effectivement intéressant, loin des enregistrements très purs de Bianchi seul avec sa guitare ou de sa musique hawaïenne.
La première face, ma préférée, est dédiée au mambo. On a des percussions plus que de la batterie et toutes les parties de guitare annoncées, dont certaines, dans le haut de la gamme, mettent particulièrement en valeur la dextérité de Marcel, au point qu'elles semblent accélérées (ce qui semble effectivement être le cas, selon cette chronique du CD The exciting electric guitar of Marcel Bianchi, qui contient d'autres enregistrements en re-recording). J'aime les cinq titres mais mes deux préférés sont Hola que tal, sur lequel il y a une bonne piste de guitare hawaïenne, et l'excellent Quien serà. J'ai su tout de suite que je connaissais ce dernier titre, que j'ai reconnu tout de suite. Il m'a fallu quelques instants de recherche pour apprendre qu'il s'agit du titre original de la chanson de 1953 popularisée en 1954 par Dean Martin sous le titre Sway. Je ne connais pas tant la version chantée de Dean lui-même que la reprise instrumentale qu'en ont fait les Friends of Dean Martin en 1995, par exemple lors de ce concert de Giant Sand en Allemagne.
La face B commence avec trois originaux de Marcel Bianchi suivis de deux reprises de chansons composées pour des comédies musicales de Broadway d'Oscar Hammenstein, Lover come back to me et All the things you are. Là, l'ambiance est jazz, du jeu de batterie au style de guitare. Ça me plait forcément moins, même s'il y a des passages qui m'accrochent l'oreille, notamment le très blues Bianchi's boogie.
Il y a eu un 45 tours édité en France avec Quien serà ? et Hola que tal, et aussi un EP (réf. EGF 158) avec quatre des titres de la face B. Sans surprise, en Espagne ce sont quatre titres de la face A qui ont été sélectionnés.
Sinon, il est amusant de noter que, à plus de cinquante ans de distance, j'ai trouvé la pochette de ce disque très près de son lieu de production : elle a été imprimée par Carron & Fils à  Lyon !


Le EP espagnol avec quatre titres de la face A de cet album.
"Cinco quitarras en un solo hombre !"

28 avril 2007

MARCEL BIANCHI et ses "HAWAÏANS BEACHCOMBERS" : Blue moon


Acquis sur le vide-grenier d'Oger le 22 avril 2007
Réf : EPL. 7 827 -- Edité par Vogue en France dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Blue moon -- Dream -/- What is this thing called love -- Japanese sandman

Il faisait beau, le vide-grenier était très familial et sympathique, ce qui n'est pas toujours le cas, et dans le premier petit carton de quelques disques que j'ai fouillé, au beau milieu d'une série de disques sans aucun intérêt, la bouille de Marcel Bianchi m'a souri, sur fond de ciel bleu également.
A ma question, la dame du stand a répondu que les petits disques étaient à 1 €, comme les grands, et à son ton j'ai bien compris qu'il n'y avait pas à discuter là-dessus, même si j'avais l'air surpris. Mais de toute façon, je n'avais pas envie de discuter. Cet EP de Marcel Bianchi, avec sa pochette et son disque en parfait état, me convenait parfaitement et j'étais bien content de l'empocher pour 1 €. D'autant plus qu'il y a "Blue moon" dessus.
Je crois qu'il est à peu près impossible de faire une version complètement mauvaise de "Blue moon". Le 31 décembre 2003, j'ai assisté à Nantes à un spectacle des Plasticiens Volants, dont l'accompagnement musical était composé uniquement de versions de "Blue moon". Et bien, croyez-moi si vous le voulez mais toutes ces versions étaient bonnes !
En fait, cette version par Marcel Bianchi, je l'avais déjà depuis le 11 novembre 2005, jour où j'ai acheté l'album compilation "Super Surprise-Partie Kangourou Tentation n° 9", sur lequel elle figure. C'est ce même jour que j'avais trouvé le EP de Santo & Johnny avec "Sleep walk" et "Blue moon" dessus.
La guitare hawaïenne de Marcel Bianchi est excellente sur "Blue moon", même si globalement la version est assez quelconque, avec du glockenspiel et une contrebasse un peu pataude. par contre, l'enchaînement est parfait avec "Dream", un tube de 1958 signé Johnny Mercer, sur lequel la guitare hawaïenne est aussi présente.
La face B est beaucoup moins dans mes goûts. On est dans le jazz avec une reprise de Cole Porter et un classique signé Whitting. La contrebasse est toujours aussi pataude, et surtout la guitare se met en retrait, à tel point que le xylo-métallo-truc a carrément droit à un solo sur chacun des deux titres !
Mais bon, moi aussi je peux me mettre en retrait. En effet, le texte collé par Vogue au dos de la pochette de ce disque de la série "Spécial danse" se suffit à lui même :
"Blue moon", cela signifie beaucoup de choses.
"Dream", le dictionnaire nous dit "Rêve".
"What is this thing called love", n'importe quel élève de 6e vous dira : "Quelle est cette chose que l'on appelle l'amour".
Et "Japanese sandman", le fameux "Marchand de sable japonais", cher aux enfants de Californie et d'ailleurs.
Voici quatre titres qui, pour une fois, traduits en français, vous donnent une idée exacte de la poésie qui se dégage des disques de danse de MARCEL BIANCHI qui, une fois de plus, nous entraîne au pays de la "Lune bleue".

08 juin 2019

DENISE VARÈNE : Les deux pieds dans l'eau


Acquis probablement chez Emmaüs à Tours-sur-Marne vers la fin des années 2000
Réf : EU. 2 -- Édité par Vogue en France probablement dans les années 1970 -- Tirage spécial hors commerce pour les Editions Universelles - Hommage de l'éditeur
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les deux pieds dans l'eau -/- Sans rien te dire

Voici un type assez rare de disque hors commerce, qui n'est pas représenté dans mon livre Vente interdite. En effet, si c'est bien la maison de disques Vogue, qui a sorti initialement ce 45 tours dans les années 1950, qui s'est chargée une vingtaine d'années plus tard de la fabrication de cette réédition, cela a été fait à la demande de l'éditeur musical des deux chansons, Les Éditions Universelles. Dans quel but ? Mystère. La mention "Hommage de l'éditeur" signifie simplement que l'objet est distribué gratuitement, mais je suppose qu'il y a eu une occasion particulière, soit liée à l'interprète Denise Varène, soit liée à une actualité autour de ces titres (l'utilisation dans une musique de film, ou une reprise, par exemple).
En tout cas, ça nous donne l'occasion de nous intéresser à Denise Varène, qui est ici accompagnée par son époux Marcel Bianchi et son orchestre.
On trouve au dos de la pochette de son premier 45 tours des informations sur ses débuts. Repérée lors d'un crochet radiophonique, elle a chanté pour plusieurs orchestres qui l'ont déjà fait voyager. Repérée par Jacques Hélian, elle a été recrutée comme membre des Hélianes, ses chanteuses d'orchestre, de 1953 à 1955. A partir de là, Denise Varène et Marcel Bianchi, qui était lui aussi rentré dans l'orchestre de Jacques Hélian, ne se sont plus quittés jusqu'à la mort de Marcel en 1997.
Un témoignage passionnant de Denise Varène, recueilli en 2011 par les Archives départementales des Alpes-Maritimes en collaboration avec l’Association Juanaise du Cadre de Vie, nous permet d'en savoir plus sur leur parcours professionnel, notamment leurs engagements dans des grands hôtels de Paris ou de la Côte d'Azur ou pour des croisières autour du monde.
On y apprend des détails sur la création de Viens à Juan-les-Pins, un grand succès de Bob Azzam, qui était le titre principal du 45 tours sur lequel on trouve Fais moi le couscous chéri (je note que ni Denise Varène ni Bernard Michel ne sont crédités pour les paroles sur le 45 tours, mais Michel l'est chez Frémeaux). Il y est aussi question de Dizzy Gillespie et Ella Fitzgerald, mais l'extrait d'un quart d'heure mis en ligne ne contient pas les souvenirs sur Claude François qui, à ses débuts, a passé l'été 1959 comme batteur de l'orchestre de Marcel Bianchi :



Les deux pieds dans l'eau est un boléro-cha cha cha sur des paroles de Roger Desbois et une musique de Jean Lano.
Il y a une autre version connue et quasi-contemporaine de cette chanson par Mathé Altery, avec des cordes et des trémolos dans la voix. Je ne suis pas sûr, mais je pense que la version de Denise Varène est la première. C'est en tout cas ma préférée. Je préfère le style de chant et les arrangements sont à la fois sobres et de qualité, depuis la superbe introduction avec la guitare hawaïenne de Marcel jusqu'aux touches de marimba et aux ponctuations de cuivres tout en retenue.
Cette chanson a eu suffisamment de succès pour avoir droit à sa version par Georges Jouvin, avec des chœurs en plus de la trompette. C'est comme ça que j'ai connu cette chanson et on est plutôt dans le haut du panier des reprises à la trompette d'or.

La face B, Sans rien te dire, paroles encore de Roger Desbois et musique cette fois-ci de Jack Arel, est un slow très classique. C'est réussi, mais moins dans mes goûts.
J'ai deux autres 45 tours de Denise Varène, mais il y en a un qui doit être mal rangé et je n'arrive pas à remettre la main dessus. J'y retourne, même si je dois y passer la soirée, et je vous laisse écouter ça :






Une pochette d'anthologie pour l'EP original des années 1950 qui contient les deux titres de mon 45 tours, avec Marcel Bianchi et Denise Varène en photo, les pieds au sec, peut-être bien à Juan les Pins. J'aimerais bien avoir ce disque !



18 février 2006

MARCEL BIANCHI ET SES BRAZILIANOS : Voyage en Amérique du Sud


Acquis sur le vide-grenier du Jard à Epernay le 12 février 2006
Réf : EPL. 7031 -- Edité par Vogue en France entre 1953 et 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : O'cangaceiro (2 parties) -/- El negro zumbon -- Adios

J'ai acheté encore d'autres disques sur ce stand hivernal, mais on va dire que celui-ci est le dernier qui mérite sa place ici, au moins pour l'instant.
Marcel Bianchi, c'est un nom que je connaissais. Je l'associais plutôt à des disques de guitare hawaïenne, et il en a effectivement enregistré beaucoup, mais il est aussi réputé, entre autres, pour avoir fait partie du quintette de Django Reinhardt en 1937. Mais ce n'est qu'un petit aspect de sa carrière, lisez plutôt sa biographie détaillée si vous voulez en savoir plus.
La face A est un pot-pourri des airs du film "O'cangaceiro", un film d'aventures brésilien primé à Cannes en 1953. Le plus connu de ces airs est sûrement "Mulher rendeira", dont il existe des versions chantées en français. Ce qui est très bien ici, c'est que l'ambiance est tout sauf au kitsch. Le tout ne sonne d'ailleurs pas particulièrement brésilien à mes oreilles. La guitare domine, bien sûr, et dans la seconde partie elle dialogue avec un piano (ce qui me fait plus penser à Comelade ou à la musique de "Mon oncle" qu'à ce que j'imagine être de la musique brésilienne). Ce que j'aime surtout, c'est la rythmique, très particulière, mais que je suis bien incapable de décrire.
Je soupçonne que les deux titres de la face B sont aussi des airs de musiques de films. C'est sûr en tout cas pour "El negro zumbon", qui est la chanson du film "Anna", réalisé par Alberto Lattuada en 1951, avec notamment Silvana Magnano. C'est un film italien, pas d'Amérique du Sud, mais c'est pas ça qui va nous gêner. On retrouve la même rythmique, avec une guitare slide un peu façon hawaïenne.
Le dernier titre, "Adios", est (enfin) sur un rythme et avec des percussions très latino-américaines (de la samba ?), avec deux guitares à faire pâlir Santana !
Le label Djaz a édité l'an dernier "The exciting electric guitar of Marcel Bianchi",une compilation double-CD. On y trouve de nombreux titres enregistrés pour Vogue dans les années 1950, mais bizarrement aucun extrait de ce disque.

Marcel Bianchi et ses guitares sur la pochette d'un disque appartenant à Dorian Feller.

16 janvier 2010

SURPRISE PARTY "REPUBLIQUE"


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 28 novembre 2009
Réf : R.L.P. 6510 -- Edité par Riviera en France vers 1952
Support : 33 tours 25 cm
10 titres

Certes, il contient un titre de Marcel Bianchi, mais j'ai avant tout acheté ce disque pour sa pochette. Il s'agit pourtant d'une pochette standard pour une série de disques de variété, mais le manque de moyens (deux couleurs imprimées sur carton, sans photographie) a probablement permis d'obtenir ce sommet de sobriété en vert, blanc et rouge, quasiment art déco.
Depuis quelques années que j'ai commencé à m'intéresser aux disques des années 50, je n'avais que fugitivement (pour l'oublier aussitôt) fait le rapprochement entre cette étiquette Riviera et une autre, de la fin des années 60 (celle qui abrita, entre beaucoup d'autres, Nino Ferrer, Zanini, voire même Gonthier). Pour cette dernière, le lien avec les disques Barclay était évident : les deux logos étaient jumeaux, hormis l'intitulé du label bien sûr. Mais donc, comme j'ai mis bien longtemps à associer les deux Riviera (Il s'agit bien du même label), j'ai eu autant de mal à associer cet album aux disques Barclay, alors que, bon sang, l'association Riviera = la Côte d'Azur = Saint Tropez = Barclay, c'était facile, sans parler qu'Eddie Barclay lui-même, accompagné de son orchestre de danse, clôt ce disque avec un titre de jazz, Player's boogie.
En fait, apparemment, les trois premiers labels lancés par Eddie Barclay à partir de 1949 furent  Gold Star, Mercury, et Riviera donc, spécialisé dans la musique de danse, c'est à dire principalement à l'époque le tango, la valse,le paso doble, le boléro... Ces labels furent rassemblés à partir de 1954 au sein de la maison de disques Barclay Records.
Dans le très intéressant article biographique consacré à Eddie Barclay par le magazine Je Chante en 2005, qui raconte notamment comment il a contribué à introduire le disque microsillon sur le marché français, il y a cette phrase qui explique en partie comment le grand fan de jazz en est venu à être l'un des "découvreurs" de Dalida : "Mais le jazz ne nourrit pas. Il faut donner dans la variété." Et c'est exactement ce qu'on a ici en grande partie : des musiciens de jazz qui joue des musiques populaires (plus deux titres de musiques typiques et deux de valses de Strauss).
Le grand intérêt pour moi c'est que, pour ces enregistrements qui ont dû être faits très rapidement, ces musiciens accomplis jouent simplement, clairement, des arrangements frais. Ça donne une musique légère et agréable (plus facile à digérer que les accompagnements des versions originales chantées des titres repris ici) : Domino d'André Claveau ou Chérie sois fidèle de Tino Rossi, je ne connais pas et je ne suis pas sûr de vouloir connaître, mais je suis bien certain que ça me plairait beaucoup moins que les versions qu'en donnent ici respectivement Emil Stern et son Piano Magique et Hubert Rostaing et son Orchestre de Danse, qui sont mes deux titres préférés du disque.
Le point de comparaison évident pour ces deux morceaux est la musique de Franck Barcellini pour Mon oncle. D'ailleurs, plus j'y réfléchis, plus je me dis que cet orchestre non crédité qui interprète la musique du film de Jacques Tati doit être un orchestre de jazz, d'autant plus que, puisque j'ai revu le film depuis la semaine dernière, il y a carrément deux musiques non reprises sur le disque lors des scènes de circulation automobile qui sont carrément du jazz.
En plus des quatre titres, en tout, d'Emil Stern et Hubert Rostaing, j'aime aussi beaucoup Lover de Marcel Bianchi et son Orchestre hawaïen, édité à l'époque également sur un 45 tours et réédité sur le CD The hawaiian guitar of Marcel Bianchi et le tango Caido del Cielo de Luis Toebols et son Orchestre typique argentin.

15 avril 2012

BARBARA : L'aigle noir


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 8 avril 2012
Réf : 6009-053 -- Edité par Philips en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : L'aigle noir -/- Quand ceux qui vont

L'intérêt du vide-grenier de Bisseuil, c'est que c'est l'un des rares dans la saison où je peux me rendre à vélo (3 km à plat le long du canal, çà reste dans mes cordes). Cette année pour le Dimanche de Pâques, le temps était plutôt agréable et en conséquence les stands étaient plutôt nombreux. Malgré tout, je n'ai fait des achats qu'à trois stands, un très bel album de guitare hawaïenne acheté à M. Beatnik, qui a retrouvé quelques disques dans son garage, deux CD à un autre stand, et surtout une bonne pile de disques pas chers achetés à un couple qui avait un carton d'albums et un de 45 tours. J'ai dégoté notamment une portion d'album de Marcel Bianchi (le disque est grignoté sur le bord sur la largeur de deux titres) et un autre (complet) de musique hawaïenne par Harry Kaapuni, un de Léo Ferré et quelques 45 tours des années 1960-1970, dont celui-ci.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire en jetant un rapide coup d'oeil à la pochette, il ne s'agit pas d'un duo entre Barbara et Marcel. Marcel, c'est simplement l'ancien propriétaire, visiblement, de tous les disques que j'ai achetés à ce stand et, comme moi à une époque, il a succombé au charme de l'étiqueteuse Dymo à ruban rouge et il a commis l'erreur d'en coller sur ses disques. Je peux attester que ces étiquettes sont indécollables, d'ailleurs, plusieurs des pochettes de disques de Marcel étaient abimées car on avait essayer de s'en débarrasser.
Je ne connais de Barbara que ses plus grands succès, Dis quand reviendras-tu ?, Au bois de Saint-Amand, Ma plus belle histoire d'amour, L'aigle noir surtout. D'autres de ses grands titres, comme Göttingen ou Nantes, ne sont que ça pour moi, des titres de chansons dont je suis incapable de citer l'air et les paroles. Et encore, les chansons que je dis connaître, c'est de très loin, surtout pour les avoir entendues à la radio. J'imagine que ces chansons que j'ai citées faisaient partie des sélections de Barbara pour Stop ou encore le dimanche matin sur RTL dans les années 1970.
En fait, j'ai vraiment découvert L'aigle noir, cette chanson que j'aime beaucoup, cette semaine en écoutant attentivement ce 45 tours que je venais d'acheter.
Le charme agit dès l'intro, avec la mélodie sur les premières paroles ("Un beau jour ou peut-être une nuit, Près d' un lac je m' étais endormie"), l'accompagnement au piano. Puis arrivent au fil de la chanson la batterie, la basse, la guitare électrique les choeurs. En écoutant ce son post-psyché/pré-progressif et en pensant à la date de sortie du disque, je me suis dit que cette chanson, arrangée par Michel Colombier, contient tous les ingrédients qui feront le succès l'année suivante de L'histoire de Melody Nelson. Ce rapprochement n'est sûrement pas complètement fortuit : Barbara et Gainsbourg (qui se sont parfois retrouvés à la même affiche, comme à Nancy en 1965) étaient sur le même label, Philips, Michel Colombier a beaucoup travaillé avec Gainsbourg sur cette période et, de son côté, juste avant d'enregistrer L'aigle noir, Barbara avait collaboré avec Jean-Claude Vannier pour l'album Madame.
Les interprétations des paroles de L'aigle noir fleurissent, souvent à sens unique et psychanalytiques. Je préfère m'attacher à leur mystère et à leur poésie. Déjà que, depuis plusieurs années, me trotte dans la tête une variante, implantée là par l'un des membres de L'Opération Kangourou (Le Dérailleur Fou je crois) : "Quand soudain semblant crever le ciel et venant de nulle part, Surgit un nègre noir" ! Ça n'a l'air de rien, mais c'est redoutablement polluant et contagieux. Je viens peut-être de vous transmettre le virus...


Barbara, L'aigle noir, en direct dans l'émission Top à Barbara le 9 mars 1974.

19 juillet 2025

GUY CORNÉLY accompagné par LE TANDEM DU GROS-CA VÉLO / BOISBANT : Guadeloupe


Acquis sur la brocante de l'avenue Victor Hugo à Ay le 22 juin 2025
Réf : RC 62 -- Édité par Aux Ondes/Disques Célini en France vers 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Guadeloupe -/- En cé nègue -- Où sont donc les tam-tam ?

La météo était agréable, l'ambiance paisible et familiale sur la petite brocante de l'avenue de la gare à Ay. Je n'ai acheté que deux disques à 1 €, mais deux superbes trouvailles dont j'étais très content. La qualité prime sur la quantité.
Le premier, je le cherchais depuis 2019, quand j'ai chroniqué le 45 tours de Denise Varène. Il s'agit du EP dont j'avais reproduit la pochette où elle est photographiée avec son mari Marcel Bianchi.
L'autre, c'est celui-ci, que j'ai trouvé dans une boite à chaussures, caché parmi une petite vingtaine de disques de variétés.
La personne qui tenait le stand diffusait de la musique sur une enceinte. Au moment de payer, je lui ai demandé quel était ce titre largement instrumental très agréable qu'on entendait. Je pensais à The Cure, et effectivement la chanson s'appelle Lullaby, mais il s'agit bel et bien de Low, avec un extrait de I could live in hope. Un album que je ne connais pas, mais j'ai une version démo de Lullaby dans le coffret A lifetime of temporary relief.

Quand j'ai commencé à acheter des disques des Antilles, je me méfiais particulièrement des mentions du type de ce "Souvenir de la Guadeloupe". Pour moi, ça signifiait obligatoirement qu'on avait affaire à de la soupe commerciale pour touristes. J'ai vite été détrompé. Il s'avère que les touristes étaient un bon débouché commercial pour les créations musicales locales. Je pense qu'une bonne partie des productions de Debs et Célini s'écoulaient non pas chez des disquaires mais dans des boutiques pour vacanciers. Et je m'en félicite, car les disques de ces labels que je trouve par chez moi ne proviennent pas de collections de fans de ces musiques, ce sont bien les fameux souvenirs ramenés de vacances qu'on trouve dans ces cartons de disques.

Celui-ci est un bel objet discographique, un album au sens propre du terme, avec une pochette ouvrante et un insert rajouté, ce qui fait, que, recto-verso compris, la pochette fait six pages au format 45 tours.
L'autre particularité, et c'est également précisé sur la pochette, c'est que nous n'avons pas ici des chansons à proprement parler, mais des poèmes mis en musique. Contrairement à ce que je pensais initialement, les textes reproduits sur la pochette ne sont pas ceux des poèmes, mais un commentaire en français de l'auteur sur ses œuvres.

Ce poète, Guy Cornély, n'est donc pas un chanteur (il a publié au moins deux recueils de textes, Pêle mêle en 1968 et L'enfant en 2003), mais il chante quand même Paresse, un tumbélé des Guitars Boy, sur le 45 tours At the bay, un disque que je possède.

Guy Cornély est accompagné ici par un célèbre duo de musiciens de gwoka, Marcel Lollia dit Vélo (1931-1984) et Arthème Boisban (1931-2006 ?). C'est apparemment le seul disque jamais publié sous son nom par Guy Cornély, mais il ne s'agit pas de sa seule collaboration avec Vélo : il signe les notes de pochette de l'album 25 cm Folklore de la Guadeloupe de Vélo et son Gros-Ka et, même si l'image sur Discogs n'est pas lisible, je parierais bien qu'il est l'auteur du poème qu'on trouve au dos de la pochette de l'album Folklore hors série.

Je ne l'ai pas précisé tant ça me paraissait évident, mais les poèmes de Guy Cornély sont écrits en langue créole. Vélo et Boisbant assurent le rythme et lui dit son texte. Quand on écoute Guadeloupe, on ne peut que penser à une forme de proto-rap, et faire un parallèle avec un groupe qui venait de se lancer au même moment, pas si loin que ça de la Guadeloupe, les Last Poets de New York.

Il me semble que la "sauce" entre musique et voix prend mieux sur les deux titres de la face B, En cé nègue (dont on trouve le texte ici) et surtout Où sont donc les tam-tam ?, dont on apprend tout à la fin qu'il s'agit des "tam-tam de la liberté". Cette dernière chanson a été rééditée en 2018 sur la compilation Par les damné.e.s de la terre.

Une œuvre rare, intéressante artistiquement. Un très bel objet disque. C'est largement suffisant pour me combler. Mais il y a plus : la découverte du parcours de Guy Cornély, qui ne s'est pas contenté d'être un poète.
Engagé dans la marine à 18 ans en 1939, il se retrouve donc sous les ordres du Régime de Vichy. Comme des milliers de jeunes antillais, il "part en dissidence" en 1943. Autrement dit, il déserte en s'enfuyant en canoë jusqu'à la Dominique, puis il résiste en rejoignant les Français Libres du Général de Gaulle à Londres. Le 6 juin 1944, il participe au débarquement en Normandie en tant que marin du cuirassé Courbet. Comme de nombreux dissidents antillais, et comme les soldats français d'Afrique, il devra attendre longtemps (un demi-siècle...!) pour qu'un hommage lui soit rendu.
Et ce n'est pas tout. Après la guerre, il rejoint l'Institut Pasteur de Pointe-à-Pitre. En tant que parasitologue, il contribue à la lutte contre des maladies qui frappent les guadeloupéens.
Une vie admirable et remarquable.






12 mai 2017

THE MICHELS : Blue moon


Acquis sur le vide-grenier d'Avize le 8 mai 2017
Réf : HIT 451 -- Édité par Roy en France en 1961
Support : 45 tours 17 cm
Titres : THE MICHELS : Blue moon -- THE TOP-HITS : Surrender -/- CHIBBU KLEBER : Pony time -- THE TOP-HITS : Apache

Le temps était correct à Avize lundi dernier et j'ai trouvé quelques disques. Rien de génial ni en qualité ni en quantité, mais j'ai quand même été bien content de trouver, pour 50 centimes, ce 45 tours en très bon état.
Il me semble que je connais cette pochette. Je l'ai peut-être déjà vue chez Dorian Feller. Belle réussite en tout cas, complètement d'époque, avec sa pin-up blonde en polo tricoté sur un maillot de bain, plus des nœuds rouges dans les couettes !
J'ai examiné rapidement le disque sur place, et sur le coup j'ai cru avoir affaire à une édition française d'une production d'un label américain spécialisé dans les éditions pas chères d'airs connus, comme Pontiac/Remington par exemple.
J'avais vu en tout cas qu'il y avait des versions d'Apache des Shadows et de Blue moon. Du coup, j'étais persuadé que, pour ce dernier titre, ce serait une version instrumentale, comme celles de Santo & Johnny ou Marcel Bianchi.
C'est à l'écoute du disque, quand j'ai découvert que Blue moon était chanté et que le titre était attribué à The Michels (à ne pas confondre avec le duo contemporain de Rennes), que j'ai compris ce qui se passait.
Il faut imaginer la scène, en 1961, un peu partout dans les provinces françaises. Un gars se pointe chez l'épicier du coin, qui a quelques disques en vente, et lui dit qu'il voudrait le 45 tours d'une chanson qu'il a entendue à la radio. "Bloumoune" ça doit s'appeler, et le groupe, c'est "Ze quelque chose, avec un prénom je crois". Et le gars repart tout content avec son disque de The Michels, alors que la chanson qu'il a entendue à la radio, c'était celle du groupe américain de doo-wop The Marcels !! Mais bon, rien de grave, la version des Michels est très compétente et aussi proche que possible de celle des Marcels, en plus il y a trois autres succès sur le disque et ça coûtait moins cher !
Même type de procédé sur l'autre face pour la version du célèbre Pony time de Monsieur Twist, Chubby Checker. Là, comme on l'a vu dans le passé avec Shocking Blue/The Blocking Shoes, l'identité originale est à la fois contrefaite et contrepète pour créer un monstre digne de Frankenstein, Chibbu Kleber !!!
Je suis de plus en plus fasciné par l'ingéniosité mise en œuvre au fil des années par l'industrie du disque pour parasiter commercialement les plus grands succès, des multiples "versions originales" aux pochettes copiées, en passant par les assonances sur les noms. Du coup, je viens de créer une nouvelle catégorie, parasite, pour les disques de ce genre chroniqués ici.
Je ne sais pas quels musiciens de session se cachent derrière le nom The Top-Hits mais, outre la version d'Apache, ils proposent ici une interprétation chantée de Surrender, un tube d'Elvis Presley, une adaptation par Doc Pomus et Mort Shuman d'une ballade napolitaine de 1902.
J'ai cherché à en savoir plus sur le label Roy, et j'ai vite compris que, malgré sa bannière avec son beau slogan en anglais "The best is my desire", ça devait être un label français, puisque parmi ses quelques parutions dont j'ai trouvé la trace, il y a un Conte érotico-sadique de Mike Sady, ou O bone Jesus par Les Petits Chanteurs de Saint-Louis de France. J'ai aussi noté que certains disques Roy étaient distribués par Disques Président, un label justement spécialisé dans les productions économiques vendues hors du réseau des disquaires spécialisés. J'ai eu confirmation des liens très proches entre les deux labels en découvrant un autre 45 tours compilation, Only the hits, avec une pin-up brune cette fois sur la pochette, mais les deux mêmes versions de de Blue moon et Pony time, plus deux autres reprises créditées à The Top-Hits.
On note que le nom des interprètes n’apparaît que sur l'étiquette du disque. Aucun nom d'artiste sur la pochette : on a pris soin d'effacer ceux des Marcels et de Chubby Checker sur les extraits de classement Cash Box au dos :




Une nouvelle fois, un grand bravo à tous les gens chez Roy qui ont pris tant de peine à imiter au plus près ces tubes pour réussir à vendre quelques centaines ou milliers de disques. Même s'il s'agit en quelque sorte de contrefaçons, je veux bien trouver quelques autres beaux disques de ce genre au cours de cette saison des vide-greniers.

02 mai 2009

TRINI LOPEZ : Surf n° 7


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2009
Réf : RVEP 60 046 -- Edité par Reprise/Vogue en France en 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Cotton fields -- This little girl of mine -/- Irresistible you -- What have I got of my own

Trini Lopez, c'est avant tout le succès de If I had a hammer. If I had a hammer en français c'est Si j'avais un marteau. Si j'avais un marteau c'est Claude François. Claude François c'est l'horreur, donc il n'y a aucune raison de s'intéresser à Trini Lopez. C'est quoi ça comme type de raisonnement ? Un syllogisme ? Un sophisme ? Les deux à la fois si c'est possible ? On s'en fout, mais en tout cas c'est le raisonnement auquel je me tiens depuis des années.
Et puis cet hiver, lors de l'un des vide-greniers du Jard à Epernay, j'ai acheté le premier album de Trini Lopez, Live at PJ's. La petite vieille du stand était sympa. Il n'y avait quasiment rien d'intéressant sur toute la place et, même s'il était en assez mauvais état, c'était un album sixties à 1 €, alors j'ai tenté le coup. Et j'ai été plus qu'agréablement surpris, tellement d'ailleurs que j'ai bien failli chroniquer cet album ici. Son producteur de l'époque a vraiment bien fait de préférer un enregistrement live au studio pour conserver l'énergie et la qualité de showman de Trini Lopez. Le choix de chansons est excellent, la prestation du trio énergique et précise et le disque est enthousiasmant. J'ai particulièrement apprécié d'entendre ce chicano jouant devant un public probablement huppé d'Hollywood lui balancer à la figure des versions incendiaires non seulement de America (de West Side story) mais aussi du This land is your land de Woody Guthrie. Sans parler de sa version de If I had a hammer, celle-là même qui a fait le tour du monde en single. Mais la version de Trini Lopez est encore l'hymne quasi-communiste écrit par Pete Seeger et Lee Hays en 1949, tellement que dans le dernier couplet, on pourrait presque remplacer "cloche" par "faucille" : "J'ai un marteau et j'ai une cloche et j'ai une chanson à chanter dans le pays tout entier. C'est le marteau de la justice, c'est la cloche de la liberté, c'est la chanson sur l'amour entre mes frères et mes soeurs dans le pays tout entier". Seulement, une fois passée à la moulinette de l'adaptation française, la fraternité, celle qui figure dans la devise française, se réduit d'un coup à celle de la cellule familiale nucléaire, et la chanson devient l'hymne monstrueux à la famille modèle des sixties que l'on connait : "C'est le marteau du courage, c'est la cloche de la liberté, mais la chanson c'est pour mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, Oh oh, pour moi c'est le bonheur, c'est ça le vrai bonheur.".

Hier, 1er mai, c'est traditionnellement la date du vide-grenier de Mareuil-sur-Ay, celui où je joue à domicile. La manifestation est assez réputée, tant et si bien qu'il est difficile d'y faire de bonnes affaires. L'an dernier, j'étais tombé sur le disque des Maxel's et ça avait suffi à mon bonheur du jour. Hier j'ai assez vite trouvé un EP de Marcel Bianchi et je m'en serais largement contenté. Mais au bout du compte, ce fut une bonne cuvée car j'ai encore trouvé des disques intéressants à deux autres stands : le 45 tours du Soul Clan et deux albums Formidable rhythm and blues d'un côté, et dix 45 tours pour 1 € de l'autre, dont deux EP de Trini Lopez.
Les titres de ce disque sont tous extraits du troisième album de Trini Lopez, On the move. Pour exploiter le filon, et parce que visiblement c'est là qu'il était dans son élément, les deuxième et quatrième albums de Lopez sont des live. Pour celui-ci, je n'ai pas réussi à trouver de crédits, mais il est aussi au moins en partie enregistré en public, et c'est tant mieux : ça empêche les producteurs et arrangeurs de chez Reprise d'intervenir, de rajouter leurs cordes ou leurs cuivres et de ramollir l'ensemble.
J'ai écouté les trois premiers titres, tous des reprises, d'une oreille assez distraite, mais je les ai appréciés car le son et l'ambiance restent proches de ce que j'avais aimé sur le premier album. La version de Cotton fields de Leadbelly surprend tellement elle est enjouée et guillerette : Trini Lopez pousse des petits cris, il fait participer le public, des choeurs féminins donnent un ton gospel. Trini Lopez a fait plein de reprises de Ray Charles. Il y en avait deux rien que sur le premier album. Là, il reprend This little girl of mine, un titre de 1956. Les choeurs gospel sont masculins et, Ray Charles oblige, il y a du piano.
Sur la face B, plus de choeurs et le trio semble jouer seul. Irrestible you est un titre de Bobby Darin de 1961, toujours aussi enjoué, marqué par un solo de guitare d'une simplicité et d'une efficacité telles qu'on ne peut que penser à Jonathan Richman.
C'est très bien tout ça, mais c'est dès les premières notes de What have I got of my own que j'ai vraiment dressé l'oreille. C'est une chanson écrite par John Herring et Paul Sawtell, deux pros du showbiz, et d'après ce que j'en sais, Trini Lopez en est le créateur. Ce qui est frappant dès les premières notes, c'est que toute l'ambiance musicale, la basse, la guitare rythmique, la batterie, la façon dont le chant est posé, me fait penser aux Doors, les Doors assez calmes de Riders on the storm ou de certains passages de Light my fire ! C'est saisissant, autant parce que les Doors n'étaient même pas encore formés en 1964 que parce que je n'aurais jamais pensé associer Trini Lopez aux Doors. Et pourtant, les Standells ont repris What have I got of my own sur scène, au PJ's justement, ce qui est probablement un double hommage à Trini, et leur orgue renforce encore l'ambiance Doors, si c'était possible.
Par contre, Trini Lopez devait être maudit en France. What have I got of my own, traduit par Vline Buggy comme If I had a hammer, y est devenu Le bonheur n’est-il pas fait pour moi dans la bouche d'Hugues Aufray. Je n'ai pas écouté sa version, mais c'est peut-être préférable.
Au Québec, Joël Denis aurait repris la version d'Hugues Aufray, mais en la couplant avec Ya-ya, ce qui prouve qu'il connaissait le 45 tours américain de Trini Lopez qui associait ces deux titres. Et chez Psyquébélique, on peut télécharger la version instrumentale jazzy-musak de Le bonheur n'est-il pas fait pour moi par Georges Tremblay, qui conserve quand même un petit côté Doors.
Quant à moi, je ne laisserai plus passer désormais les disques sixties de Trini Lopez que je verrai, même If I had a hammer !

L'album On the move, qui contient les 4 titres de ce 45 tours, est intégralement en écoute chez Deezer, tout comme un paquet d'autres albums de Trini Lopez.
A voir absolument sur Youtube, Chuck Berry et Trini Lopez qui s'amusent pendant 1'40 à jouer Memphis, Tennessee.

25 juillet 2017

TCHIBANGA : Giscard Bongo


Acquis sur le vide-grenier de Vertus le 14 juillet 2017
Réf : 2056-550 -- Édité par Polydor en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Giscard Bongo (Bienvenue au Président Giscard d'Estaing -/- Nini

On trouve les disques africains que l'on peut...
Mais, les bonnes trouvailles se faisant rares en brocante, j'ai été bien content d'acheter le 14 juillet trois 45 tours à 50 centimes pièce sur un même stand : celui-ci, plus un EP de Marcel Bianchi que je ne connaissais pas du tout et une édition belge de Ça plane pour moi, avec une pochette différente et Pogo pogo encore indiqué comme face A sur la rondelle.
Je n'ai pas trouvé d'autre disque que celui-ci crédité à Tchibanga.
Il est clair que ce 45 tours a été édité à l'occasion du voyage officiel de Valéry Giscard d'Estaing au Gabon en août 1976, relaté dans le journal télévisé d'Antenne 2 le 6 août (à partir de 1'25).



En plus des danses, des cérémonies, des boubous avec les photos des deux présidents imprimées sur la poitrine, il y a donc eu l'édition de cette chanson, Giscard Bongo.
Musicalement, elle est à la fois entraînante et sans surprise. Côté paroles, c'est la simplicité et l'évidence-mêmes :
  • Le nouveau président de tous les Français
  • L'ami de Bongo et des Gabonais
  • L'ami de l'Afrique et des Africains
  • Ce président-là, c'est Giscard d'Estaing
  • Pour gouverner la France et les Français
  • La France a dit : Giscard à la barre
  • Pour gouverner le Gabon et les Gabonais
  • Nous disons « Bongo à l'avant du bateau »

  • Bongo, c'est l'ami de Giscard
  • Giscard est l'ami de Bongo
  • Bongo, c'est l'ami de Giscard
  • La France est l'amie du Gabon
La surprise vient quand on regarde les crédits de Giscard Bongo. En effet, la chanson est co-signée "A. Bongo - J. Ondo" et un petit tour sur Discogs nous apprend vite que cet A. Bongo est bel et bien Ali Bongo, qui est depuis 2009 le Président du Gabon, comme avant lui son Papa Omar !
Ali Bongo avait 17 ans en 1976, et à l'époque il s'était lancé dans la chanson, comme avant lui sa maman.
Avec Jimmy Ondo, il a sorti un autre 45 tours, Si dans la vie / Restons gabonais restons africains. En 1978 il a même édité un album solo, A brand new man, apparemment funky, en partie produit et arrangé par Fred Wesley des JB's. Il était donc tout désigné pour composer cette ode à Giscard !
La face B, Nini, est un reggae signé par King-Joe Bale, apparemment lui-même fils de diplomate et neveu du président zaïrois Mobutu !
En cherchant un peu, je me suis rendu compte que, au cours de son septennat, plusieurs autres 45 tours en l'honneur de Giscard ont été édités lors de ses voyages dans des contrées éloignées de la métropole. Je n'ai pas trouvé trace de celui de Côte d'Ivoire avec l'orchestre de Manu Dibango mentionné dans une chronique de France Inter à l'occasion des 90 ans de VGE mais, des Antilles à l'Océan Indien, on peut écouter La biguine à Giscard par Richard Cassin (auteur Gérard La Viny), Séga...Destin  par Luc Donat, Séga Giscard 81 par Rose Thérèse, Le Président aux Îles - Séga Giscard par Michel Adélaïde, Marie-Armande et Jean-Claude Moutou ou Bienvenue Papa Giscard d'Estaing par Tétin !
Mais l'amitié ça va ça vient et, à la mort d'Omar Bongo, Valéry Giscard d'Estaing a indiqué avoir rompu avec le président gabonais (avant d'être contredit) quand il avait appris que celui-ci finançait la campagne de Jacques Chirac pour l'élection de 1981 ! Alors, pour des effets comiques, on pourrait imaginer à certaines époques la transposition du refrain "Bongo, c'est l'ami de Giscard, Giscard est l'ami de Bongo" avec d'autres paires politiques dont l'entente a mal tourné, comme Hitler et Staline, Mitterrand et Saddam, Sarkozy et Kadhafi, Sarkozy et Assad, voire même bientôt, qui sait ?, Macron et Trump.
Sinon, pour ce qui est des chansons politiques africaines, je préfère celles de Franklin Boukaka.

30 novembre 2008

GABRIEL DALAR : Docteur Miracle


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 14 novembre 2008
Réf : 460.602 ME -- Edité par Fontana en France en 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Docteur Miracle -- Hé, Youla ! -/- Viens -- Croque-Crâne-Creux

Ça fait bien longtemps que je ne fais plus trop de bonnes affaires à l'Emmaüs de Tours-sur-Marne, du coup j'y vais moins souvent. Depuis l'album de Donovan, à part un EP de Marcel Bianchi plus tôt cette année je suis presque toujours revenu bredouille. Mais en cette saison les vide-greniers se font rares, alors j'ai retenté ma chance l'autre jour et, dès les premiers disques feuilletés, j'ai senti un changement d'ambiance : je venais de tomber sur le This is pop ? de XTC en pressage anglais alors que je n'avais que le pressage français, plus un EP live d'Eddie and the Hot Rods de 76 avec quatre reprises de classiques (enfin un peu moins que ça car le disque a dû être fondu par un mégot et le début de chaque face n'est pas écoutable...). En tout, j'ai ramené neuf 45 tours, dont un Gilles Marchal, un Morrissey et un Bobby Patterson et en plus au moment de payer j'ai vu quelques cartons de CD singles promo à 50 centimes et j'ai fait quelques affaires de plus !
Pour ce qui est de cet EP, j'aurais tout de suite dû réagir à la lecture du nom de Gabriel Dalar vu que j'avais emprunté à la Médiathèque il y a quelques temps le CD Twistin' the rock vol. 1 sur lequel on trouve les huit titres des deux EPs qui constituent son l'intégrale de son oeuvre publiée, ainsi que huit titres de Teddy Raye.
Non, en fait ce qui m'a fait m'arrêter sur ce disque et y prêter attention, ce n'est ni le nom de Dalar, ni la pochette assez moche, mais bel et bien la mention de Docteur Miracle, un titre enjoué que je connais surtout interprété par Jacques Hélian, et Annie Cordy aussi.
Ces temps-ci, je suis bien content quand mes disques sont répertoriés sur le site Amour du rock'n'roll. Ça signifie que j'ai dégotté un disque de rock français des fifties. Ce disque de Gabriel Dalar y figure bien, et, sans le savoir, j'ai bien fait de suivre la recommandation qui y figure : "Parfois le verso d’un EP gagne à être montré".
Et en effet, outre qu'on y apprend par un tampon que mon disque a appartenu précédemment à Louis Parent d'Epernay, le verso nous indique que Gabriel Dalar propose des chansons "choc", qu'il est accompagné par Alain Goraguer et son orchestre et que l'adaptation de l'un des titres est signée Boris Vian.
En me creusant un peu, j'aurais pu deviner tout seul que les notes de pochette signées Anatof de Raspail étaient en fait de Boris Vian, alors directeur artistique de Fontana. Au passage, je connaissais les activités de directeur artistique de Vian, mais jamais je n'aurais imaginé que, en plus de ses compositions, il avait adapté un nombre impressionnant de chansons anglo-saxonnes en français dans les seules années 1958-1959, dont 39° de fièvre, version française de Fever, interprétée en premier par Gabriel Dalar sur son deuxième EP.
La sélection des reprises de ce disque est symptomatique de ce qui se passait visiblement à l'époque : quand les labels voyaient passer une chanson susceptible de marcher ils se précipitaient pour la faire enregistrer par un de leurs poulains. Il y a un paquet de versions de Docteur Miracle, mais c'est le cas aussi pour Viens (reprise de When des Kalin Twins), enregistrée par Claude Piron, le futur Danny Boy, en septembre 1958, puis par Richard Anthony en novembre (sa version ne sera éditée que plus tard) et aussi donc par Gabriel Dalar. Le EP de Claude Piron de 1958 a carrément trois titres en commun avec celui de Dalar (Docteur Miracle, Hé Youla ! et Viens) et, quand on découvre que le quatrième titre est une adaptation de Where have you been Billy Boy ? par Boris Vian, on comprend que le directeur artistique de Fontana n'a pas eu besoin d'aller chercher trop loin pour sélectionner les titres à enregistrer par son poulain Dalar. Et la chaîne continue car le EP Hula hoop sorti en décembre 1958 par Moustache et ses Moustachus chez Barclay, le label qui allait embaucher Vian quelques mois plus tard, a lui aussi trois titres en commun avec celui de Gabriel Dalar.
Musicalement, avec Alain Goraguer aux manettes on sait que la base de l'instrumentation est bien plus jazz que rock : les cuivres sont ici bien plus présents et mis en avant que la guitare. Mais je trouve que les arrangements et les interprétations sont ici très fins et excellents, meilleurs que sur d'autres enregistrements que je connais d'Alain Goraguer.
Ça s'entend par exemple sur Docteur Miracle dans les bruitages qui accompagnent le remède magique du médecin. Pour Hé, Youla !, on entend un peu plus la guitare, mais c'est une chanson que je n'aime pas trop.
Il y a une chose impressionnante avec Viens, c'est que tous les ingrédients du yéyé sont déjà présents, des paroles un peu niaises aux claquements de mains, alors que le mouvement n'éclatera qu'au début des années 60. Richard Anthony et Danyel Gérard, qui sort lui aussi sa version de Viens sur son premier disque fin 1958, en seront deux des vedettes. Gabriel Dalar aura alors déjà abandonné sa carrière de chanteur, mais ce n'est pas un hasard si le magazine Music-Hall de mai 1959 consacre un article à ces chanteurs regroupés sous le terme des "trois agités".
Tout cela est bien beau, mais le clou du disque c'est le dernier titre, Croque-crâne-creux. C'est le plus rockabilly des quatre, mais c'est surtout le plus drôle.
Il s'agit d'une reprise de Purple people eater de Sheb Wooley. Je n'en avais strictement jamais entendu parler, et pourtant ce titre a été un tube énorme qui est resté six semaines n°1 aux Etats-Unis en 1958, vendant alors trois millions d'exemplaires (et cent millions en tout depuis !).
L'histoire est celle d'un monstre extra-terrestre mangeur d'hommes pourpres, qui s'avère pas si méchant que ça. Le genre d'histoire à la Here come the Martian Martians de Jonathan Richman. Vian a transformé le monstre en croqueur de crânes creux et toute l'équipe s'en donne à coeur joie, des bruitages de science fiction à la voix extra-terrestre trafiquée. Vian n'a pas pu s'empêcher de placer une référence à son pote Claude Luter, mais à sa décharge il semble que la version originale comportait effectivement un solo de clarinette.
En tout cas, des disques de chansons "choc" de cinquante ans en parfait état à 30 centimes comme celui-là, je veux bien en trouver toutes les semaines !

04 août 2011

P-A-O-L-A avec ALAIN GORAGUER, SON ENSEMBLE et LES FONTANA : Hula hoop (La danse du cerceau)


Acquis sur le vide-grenier de Fère Champenoise le 31 juillet 2011
Réf : 372.617 / TP1 -- Edité par Philips en France vers 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Hula hoop (La danse du cerceau) -/- Hou la-la-hoop

C'est un peu loin de chez moi, mais la brocante de Fère Champenoise a lieu en plein dans le creux de l'été et n'a guère de concurrence localement. En plus, elle est assez grande et plutôt sympathique, c'est pourquoi j'y fais régulièrement le déplacement.
Cette année, je n'y ai pas trouvé grand chose. Juste quelques disques, dont celui-ci, heureusement. Pour compléter cet achat, j'ai acheté quelques minutes plus tard une autre version de la chanson Hula hoop (qu'on trouve aussi dans une graphie partiellement francisée en Houla-houp !), celle de Jerry Mengo.
Avant d'être une chanson à (grand) succès, lancée par Georgia Gibbs aux Etats-Unis, le hula hoop a d'abord été un jouet (un cerceau en plastique), un jeu et surtout une mode qui a déferlé sur le monde entier (en-dehors des documentaires sur les années cinquante, on peut regarder Le grand saut des frères Coen si on veut en savoir plus sur l'histoire du hula hoop en passant un moment agréable).
J'ai connu les patins à roulettes, le tac-o-tac, le skateboard, mais à quelques années près j'ai raté la folie du hula hoop (par contre, j'imagine assez bien Philippe R. piquant l'engin de sa grande soeur à la fin des années cinquante pour essayer de le faire tournoyer en jouant des hanches). Et parmi  tous ces gamins qui jouaient au cerceau, j'imagine que beaucoup le faisaient en passant une version de Hula hoop sur le tourne-disques. Et question disques, il y avait le choix, avec des dizaines de versions dont la plus connue est peut-être bien celle d'Annie Cordy.
Ces derniers temps, le hula hoop j'en ai le plus souvent entendu parler sur le site Amour du rock 'n' roll. C'est un site passionnant qui m'apprend plein de choses, mais par contre j'ai beaucoup de mal à naviguer dedans. Sans Google, pas sûr que j'aurais retrouvé les quatre pages qui y sont dédiées au hula hoop : la page de base sur la danse du cerceau, celle où ce disque est présenté, la page sur hula hoop & rock and roll,  celle sur le hula hoop made in Europe et enfin la page hula hoop danse & sport.
Au fil de la lecture, on a la confirmation que, comme pour le twist quelques années plus tard, tout le monde, absolument tout le monde, a dû enregistrer sn titre hula hoop en 1958-1959, y compris Marcel Bianchi et bien sûr Georges Jouvin ! Et depuis la grande époque, ça continue. Plastic Bertrand par exemple a enregistré son propre Hula hoop.
Les 3 Ménestrels, accompagnés également par Alain Goraguer et son orchestre, ont eux enregistré Hou, la houppe sur un 45 tours qui contenait également La bourrée des labours, c'est dire. Ce disque des Trois Ménestrels a été réalisé par Boris Vian pour Fontana et il est très probable que ce disque de P-A-O-L-A et Alain Goraguer chez Philips a été édité quand Boris Vian y était directeur artistique.  Même s'il n'est pas signé, même s'il n'est pas repris dans le recueil Derrière la zizique, même si ce disque n'est pas (pas encore ?) listé sur cette liste de pochettes du site De Vian la zizique, je ne me pense pas me tromper en avançant, comme le fait également le site Fleurs de vinyl, que Boris Vian est l'auteur des notes de pochette, où Goraguer est surnommé Gogo comme dans d'autres textes effectivement signés par Vian.
 


La face A de ce 45 tours est une version chantée par P-A-O-L-A de la chanson de Georgia Gibbs, avec les paroles les plus courantes, qui mélangent allègrement dans la même phrase un sorcier d'Haiti, des vahinés (de Tahiti par définition), le tout sur fond de guitare hawaïenne. Pas étonnant après que certains, comme moi pendant longtemps, confondent tous ces lieux. Il y est aussi question d' "un nouveau jeu pour les jeunes et les vieux" et même de "maigrir en gardant le sourire". On le voit, on est dans un registre léger, fantaisiste, mais les arrangements et l'interprétation sont de qualité, et les Fontana (avec notamment Christiane Legrand, la soeur de Michel) font des "Hou hou" très réussis.
Pour ce qui concerne P-A-O-L-A, je vous conseille si vous ne l'avez pas fait ces derniers temps de retourner voir mon billet sur Si t'as été à Tahiti : je l'ai complété récemment par des informations sur le parcours de P-A-O-L-A fournies par son mari, Lucien Juanico.
La face B, Hou la-la-hoop, est une composition instrumentale originale d'Alain Goraguer, dans le même esprit de légèreté, avec aussi notamment de la guitare hawaïenne.
La photo de pochette, très réussie, est créditée à Ionesco, sans prénom (Pourrait-il s'agir d'une jeune Irina Ionesco ?). Il est amusant de constater que, sur mon exemplaire comme sur celui reproduit ci-dessus, le cercle d'usure sur la pochette dû au rond central du disque vient rajouter comme un hula hoop de plus à la photo !


J'ai non seulement piqué au blog Nouvelle danse l'image du recto de la pochette du disque, mais aussi ce lecteur MP3 où on peut écouter la face A du 45 tours.