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13 décembre 2014

MEMPHIS SLIM : Blues for Nathalie


Acquis à la Bibliothèque Georges Pompidou à Châlons-en-Champagne le 6 décembre 2014
Réf : ESP 155 507 -- Edité par Espérance en France en 1975
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

La bibliothèque de Châlons démarrait la semaine dernière une braderie de documents retirés de ses collections. Des livres et des CD à 1 €, et même des 33 tours à 2 €, parce qu'ils sont en multiples exemplaires dans les magasins et parce qu'il faut faire de la place.
L'ambiance était bon enfant, mais c'était vraiment la cohue peu de temps après l'ouverture samedi dernier, avec une grappe de bras tendus vers les quelques caisses de disques rock. Le temps que ça se calme un peu, j'ai fait le tour et j'ai pu accéder plus facilement à l'unique caisse étiquetée jazz, moins convoitée, d'où j'ai retiré deux disques, un album de 1972 d'Eddy Louiss, Orgue, et ce Blues for Nathalie de Memphis Slim.
A part la liste des titres et l'année de sortie, il n'y a aucune information au verso de ce disque, sorti uniquement en France sur le label Espérance, surtout connu pour son catalogue d'enregistrements africains. Je m'attendais donc à un disque en solo au piano, ou en duo avec son batteur habituel Michel Denis, mais je tenais à prendre ce disque car je suis particulièrement attaché à Memphis Slim, peut-être le seul des grands bluesmen américains que j'ai vu plusieurs fois en concert (un fait rendu possible car Memphis Slim a vécu en France de 1962 à sa mort en 1988. En plus, il avait des attaches particulières avec Reims, où il se produisait régulièrement, notamment au restaurant de la galerie Clair-Marais en centre-ville où je l'ai vu au moins une fois).
Je n'étais pas sûr que la musique sur ce disque allait particulièrement me plaire, mais de toute façon, avec une aussi belle photo de pochette, je ne l'aurais pas laissé passer. Je me demandais qui était la Nathalie mentionnée dans le titre de l'album. Comme aucun titre de chanson ne contient ce prénom, j'ai bien pensé qu'il s'agissait de la petite fille sur la pochette. C'est bien le cas, puisqu'il semble bien que sur cette photo Memphis Slim est avec sa fille Nathalie. Sur l'album Boogie woogie en 1971, il y avait déjà Nathalie's boogie et Jessica's boogie, dédiés à sa fille et à son épouse. On retrouve Nathalie en photo sur la pochette de l'album Memphis Slim with guests.
C'est rien de dire que j'ai été agréablement surpris dès l'écoute du premier titre du disque. Chunkin ne ressemble à rien de ce que je connaissais de Memphis Slim. C'est une chanson de rhythm and blues tranquille et dansante, avec de la guitare (Mickey Baker ?) et de l'orgue, plutôt que le piano habituel de Memphis Slim. Une des millions de chansons sur une danse particulière, le Chunkin', mais c'est plus qu'agréable. Au son, je me disais bien que ça devait dater d'avant 1975, et effectivement, Chunkin avait été édité précédemment en 45 tours en France sur le label Calumet, avec un tampon BIEM plutôt que SACEM, ce qui signifie qu'il date de 1970 au plus.
La bonne nouvelle, c'est qu'on a aussi ici la face B de ce 45 tours, Lonely night, une ballade, enregistrée aussi en groupe, avec des cuivres cette fois, et même un solo de guitare électrique.
Sans aucun crédit, c'est dur à dire, mais il y a peut-être sur le disque un autre titre datant de la même session que Lonely night, l'excellent You got a lot of soul, très rhythm and blues lui aussi, le seul autre titre avec des cuivres, et là c'est l'un d'eux qui prend le solo.
Le reste de l'album est plus traditionnellement blues mais tout aussi enthousiasmant. Il semble y avoir deux formations différentes. En face A, Memphis Slim au piano est accompagné juste par une guitare électrique, il me semble. Avec Gone for twelve hours (où il y a une deuxième guitare, quand même, on dirait bien), il réussit l'exploit de composer un blues presque gai. Certes, sa chérie est partie depuis douze heures, ce qui fait onze de trop, mais il l'attend avec une bonne nouvelle, puisqu'une fois qu'elle sera rentrée il ne la laissera plus le quitter. Plusieurs titres du disque donnent cette impression paradoxale d'un blues heureux. Sur cette face, j'aime aussi particulièrement l'instrumental The big dream.
Sur le dernier titre de la face A, Pretending I'm happy, et en face B, Memphis Slim est seul au piano. Il y a deux autres instrumentaux, Easy going et Sweet as she can be, que j'aime bien, et parmi les titres chantés mon préféré est The natural fact.
On n'a pas souvent l'occasion d'acheter des disques en bibliothèque, mais des trouvailles comme celle-ci, j'en veux bien d'autres !

Dix titres de cet album ont été réédités en CD, par exemple sur Lonely nights en 1999. On peut aussi les écouter sur Deezer, entre autres. Chunkin, Lonely night, The big dream et Gone for twelve hours font partie du lot, mais pas You got a lot of soul, malheureusement.
Je n'ai trouvé aucun de ces titres en vidéo en ligne, mais je vous conseille, à peu près de cette époque, le concert de Memphis Slim au Festival de Montreux en 1973. C'est excellent. L'enregistrement de ce concert a été édité en disque sous le titre Very much alive and in Montreux.

02 mai 2010

MEMPHIS SLIM : Clap your hands


Acquis sur le vide-grenier de Oiry le 2 mai 2010
Réf : 6 832 016 -- Edité par Fontana en France vers 1970 -- Offert par Antar
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Clap your hands -/- So lonely

Entre la pluie de la fin de nuit et la grêle de l'après-midi, le vide-grenier de Plivot ce matin était un peu gris et délaissé. J'ai croisé en arrivant Dorian Feller qui rafle généralement pas mal de bons disques et qui là n'avait trouvé que peu de choses à son goût. Je m'attendais donc à repartir les mains vides et ça a bien failli être le cas, mais juste avant la fin de mon parcours, sur le stand d'un couple qui avait peut-être 150 45 tours de variétés peu intéressants à 50 centimes, je suis tombé sur ce disque que je recherchais depuis un ou deux ans en fait. Je suis donc bien content !
Je ne sais plus dans quel ordre les choses se sont faites. Peut-être que j'ai déjà vu quelque part la pochette de ce disque, que je trouve sympathique (La photo est créditée à X mais il y a fort à parier qu'elle est de Jean-Pierre Leloir) et qu'ensuite j'ai lu la page de Reimspunknroll qui indique que le groupe rémois Les Lionceaux accompagne Memphis Slim sur ce single et sur l'album du même titre, ce que confirme la discographie du groupe. Les Lionceaux ont également accompagné Memphis Slim, mais aussi Chuck Berry, sur scène en 1966.
Certes, j'aurais pu tomber sur le EP sorti en même temps que l'album en 1965, ou sur la première réédition en 45 tours de Clap your hands en 1969, voire même sur le CD actuellement disponible, mais ce 45 tours distribué dans les stations Antar, comme d'autres à la fin des années 1960/au début des années 1970 des Rolling Stones et de plein d'autres groupes, me va très bien.
Sur le rond central, le genre musical indiqué pour Clap your hands est "Surf-Frug". Faut arrêter de déconner. Clap your hands est un excellent blues-rock rapide, avec de la guitare électrique en solo et une batterie bien en évidence soutenue par des claquements de mains (évidemment). Il est clair que c'est un titre dans l'air du temps, enregistré au moment où les groupes du British blues boom connaissaient un succès mondial.
Pour la face B, je suis pour le coup d'accord avec la mention "Slow-Blues" du rond central. So lonely est plus dans le style habituel de Memphis Slim, avec son piano qui domine et son chant plaintif (presque trop à mon goût).
Si Les Lionceaux accompagnent bien Memphis Slim sur ce disque, ce dont je ne doute pas, ils ne sont pas les seuls. En effet, les crédits donnés sur le site Answers.com, probablement tirés de l'édition en CD de l'album, mentionnent toute une tripotée de noms, dont le vieux complice Mickey Baker à la guitare, qui vivait en France à l'époque, comme Memphis Slim.
C'est bien sûr parce qu'il habitait en France, et aussi sûrement parce qu'il a dû avoir des attaches à Reims, que j'ai eu l'occasion de voir Memphis Slim plusieurs fois en concert. Entre deux et quatre fois, mais je n'arrive pas à rassembler de souvenir plus précis et je n'ai pas d'archives pour la période concernée.
La première fois en tout cas, c'était peut-être à la salle des fêtes de Châlons, en 1979 ou 1980, pour un concert d'une tournée du style American Folk Blues. Memphis Slim était probablement en trio à cette occasion.
La ou les deux dernières fois, vers 1982-1983, c'était dans la galerie commerciale du Clairmarais, au centre-ville de Reims. Il y avait un petit restaurant donnant sur la galerie, et Memphis Slim, qui devait connaître le propriétaire, s'y produisait assez régulièrement. L'entrée n'était pas payante, les repas et les consommations assurant le chiffre d'affaire. Vu mon budget à l'époque, j'ai probablement dû me mettre dans un coin pour profiter du concert sans consommer. J'ai un doute, mais il me semble bien que c'est à cette occasion que j'ai vu Memphis Slim en duo au piano avec un batteur.


Le Ep original sorti en 1965 et une première réédition en 45 tours dans la série Les rois du rock, avec un autre titre de l'album en face B.


L'album original de 1965, avec une photo de la même session et le Rock Rythm' Blues qui sert à cacher le micro !

21 octobre 2018

DANY DORIZ AND MEMPHIS SLIM : Jam session


Acquis sur le vide-grenier de Magenta le 14 octobre 2018
Réf : FAR 12 (JAZZ N° 1) -- Édité par Farandole en France au début des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Make rattle and roll -- Jazz madison -/- Everyday I have the blues -- Shuffle and the vibra

Comme celle de Germaine, la brocante de Magenta a perdu beaucoup de son âme en étant déplacée du centre-bourg au parc des sports. Mais bon, il faisait très beau (comme tous les dimanches ces dernières semaines), il y avait beaucoup de stands (souvent tenus par des particuliers), et surtout j'y ai trouvé quelques disques, dont deux 45 tours vraiment intéressants, ce qui ne m'arrive plus souvent.
Voici le premier de ces 45 tours. Il était perdu dans une petite poignée de disques sans intérêt, à 50 centimes.
Dès que j'ai aperçu le nom de Memphis Slim sur la pochette de cet EP que je ne connaissais pas du tout, j'ai su que je le prendrais, mais en plus je trouve que le recto de la pochette est très réussi et très efficace, avec le montage de photos de Slim, Dany et des lames du vibraphone, et la typographie sur fond rouge.
Le label Farandole m'était inconnu lui aussi. On sait que le disque est du début des années 1960 car le prix est visiblement en nouveaux francs. La mention "N.M.P.P." en haut à droite au verso nous indique que ce disque était distribué non pas chez les disquaires mais dans les points de presse, où l'on trouvait souvent je crois des disques pas chers, plus ou moins décalqués des grands succès. Là, il s'agit d'enregistrements inédits par ailleurs, mais je ne crois pas qu'il y ait eu un n° 2 à la collection Jazz que ce disque inaugurait.
On a droit à des notes de pochette détaillées signées du jazzman américain établi en France Bill Coleman. On comprend vite que le disque se divise en deux parties : deux titres où Memphis Slim est au chant et au piano, accompagné par le quintet de Dany Doriz, et les deux autres, instrumentaux, sans Memphis Slim.
Il y a beau avoir écrit "Make" sur la pochette et la rondelle, le premier titre est bien une version de Shake, rattle and roll de Big Joe Turner (Bill Coleman ne fait pas l'erreur dans ses notes). Outre l'interprétation de Memphis Slim, c'est le saxophone ténor de Charles Barrié qui pour moi marque cette chanson, d'abord avec des notes basses bien rondes, puis avec son solo, avant de laisser la place au vibraphone du chef d'orchestre. Memphis Slim a souvent joué cette chanson sur scène et on en trouve de nombreux enregistrements sur disque, mais je ne crois pas que cette version avec Dany Doriz ait jamais été rééditée.
L'autre chanson avec Memphis Slim, c'est une de ses propres compositions les plus connues, Every day I have the blues. Une bonne version, avec cette fois-ci le solo de vibraphone avant celui de saxo.

Dany Doriz and Memphis Slim : Every day I have the blues.

Les deux compositions de Dany Doriz sont entraînantes. Le fait que la première s'intitule Jazz madison peut nous inciter à penser qu'elle date de la période où cette danse était très populaire en France, en 1962 ou 1963. Dans celle-ci, comme dans Shuffle and the vibra, les deux solistes "dialoguent" au vibraphone et au saxophone.
Leurs noms étant cités par Bill Coleman, je me suis renseigné sur les musiciens qu'on entend sur ce disque. Le fait qu'ils ont tous eu un parcours remarquable en dit long sur la qualité de l'orchestre, à commencer par Dany Doriz lui-même, que je ne connaissais pas du tout mais qui est un pilier de la scène jazz en France. Non seulement c'est un musicien aux talents multiples (vibraphone, saxophone, piano) mais il est aussi depuis plus de quarante ans le propriétaire du Caveau de la Huchette, l'un des hauts lieux du jazz en France, même s'il est en sous-sol. Comme musicien, il a notamment publié chez Frémeaux en 2014 un album avec son Big Band, avec une illustration de couverture par Cabu et la participation de Manu Dibango. Au début de l'été, Manu Dibango était encore l'invité du Big Band pour un concert, à Montauban.
A la section rythmique, on trouve Jean Martin, considéré un temps comme le batteur attitré du club Les Trois Mailletz, et Jean-Pierre Mulot, bassiste dans de nombreuses formations, jazz ou rock dont Les Gamblers.
Pour ce qui est du pianiste Paul Rakotonirina, il suffit de dire qu'on peut voir un Chuck Berry visiblement ému lui rendre hommage sur scène à Bordeaux le 20 novembre 1965 lors d'une interprétation de Wee wee hours. Il était aussi auteur-compositeur et arrangeur. Il a par exemple participé au projet Les Jelly Roll de Richard Bennett.
Quant au remarquable saxophoniste, il s'agit de Charles Barrié. Quand j'ai appris qu'il était de Toulouse et que je l'ai vu mentionné sur la même page que La Tournerie des Drogueurs dans la présentation du livre De briques et de jazz de Charles Schaettel, je me suis dit qu'il était peut-être mentionné dans un livre que Philippe R. m'a fait découvrir à la fin de l'an dernier et que je suis allé illico sortir de l'étagère.



Ce livre, c'est La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive de Michel Boujut (2008), qui mêle fiction et enquête autour d'un fait divers sanglant, le meurtre en janvier 1959 de Jean Lannelongue, le propriétaire de la boîte de jazz contrepétesque La Tournerie des Drogueurs.
Et effectivement, j'ai trouvé page 53 de ce livre la mention en passant de Charles Barrié, puisque c'est son pianiste Gérard Baraillé qui avait épousé la Marie-Thérèse éponyme, rencontrée lors d'une soirée chez Hugues Panassié.
C'est en faisant un bœuf à la Tournerie que Gérard s'était vu proposer de prendre la place laissée vacante dans cet orchestre Nouvelle Orléans (Il a fait ensuite carrière au cinéma sous le nom de Gérard Barray).
Amateur de jazz ou pas, je vous conseille vivement ce court livre de Michel Boujut, ainsi que Souffler n'est pas jouer, un roman dont Louis Armstrong est l'un des héros, situé pendant sa tournée française de 1934, mais aussi, hors musique, le captivant Le jeune homme en colère (1998), enquête sur une célèbre photo de Paul Strand.

25 octobre 2009

MICKEY BAKER : Adagio d'Albinoni


Acquis sur le vide-grenier d'Ecriennes le 18 octobre 2009
Réf : EP 1090 -- Edité par Disc'AZ en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Adagio d'Albinoni -/- Love is strange -- Camp meeting

Un petit vide-grenier familial, dans le "parc du château" d'un village d'une campagne qui ne m'est pas trop familière, par un beau temps d'automne, frais, clair et sec. La ballade se suffirait à elle-même. Cerise sur le gâteau, j'en suis revenu avec quelques disques intéressants, dont un album de l'Orchestre Petiot de Tahiti de 1979 pas mauvais du tout et surtout ce 45 tours de Mickey Baker.

A 84 ans, il semble que Mickey Baker, né aux Etats-Unis, vit toujours dans la région toulousaine. Il s'est installé par chez nous au début des années soixante, où il a rejoint d'autres musiciens comme son ami Memphis Slim. C'est pour sa réputation de bluesman et jazzman que j'ai d'abord connu Mickey Baker. Il n'est d'ailleurs pas impossible que j'ai eu l'occasion de le voir en concert vers 1979 ou 1980, soit sous nom à la salle des fêtes de Châlons dans le cadre d'une de ces tournées "blues festival", soit avec Memphis Slim à Châlons ou à Reims.

Mais ce n'est là que l'un des aspects du très riche parcours musical de Mickey Baker, qui débute dans les années 40 comme guitariste de session et artiste solo, et pas de la petite bière puisque, ayant sorti son propre Guitar mambo dès 1952 et ayant joué sur la version originale de Shake, rattle and roll par Big Joe Turner, il est de fait un pionnier pas assez reconnu du rock and roll. Il a connu cependant une période de succès assez fort aux Etats-Unis dans la seconde moitié des années cinquante, grâce notamment au tube Love is strange du duo Mickey & Sylvia. Autre grand moment, le It's gonna work out fine d'Ike & Tina Turner, sur lequel Mickey Baker donne la réplique vocalement et tient tête à la tigresse.

Parmi les autres facettes de la carrière de Mickey Baker, il y a l'arrangeur, producteur et musicien de tout un pan des yé-yés français, après son arrivée en France en 1962 avec, de Ronnie Bird à Sylvie Vartan et des dizaines d'autres, de bonnes et de moins bonnes choses. Il y a aussi le pédagogue de la guitare, qui a produit des méthodes d'apprentissage dans différents genres, mais même la version allégée pour les lecteurs de Salut Les Copains n'a pas réussi à faire de moi un guitariste !

Avec tout ça, j'ai donc été bien content de tomber sur ce 45 tours à la superbe pochette, très rock'n'roll, avec cette photo noir et blanc pleine de mouvement et le lettrage "Mickey Baker" orange qui claque. L'excellent label de réédition Rev-Ola ne s'y est d'ailleurs pas trompé, qui a repompé cette pochette, en un peu moins réussie, pour sa compilation sûrement indispensable d'enregistrements années cinquante de Mickey Baker, Hit, git & split.
Malgré tout, et sans surprise, avec une version de L'adagio d'Albinoni, en fait une reprise de Remo Giazotto plutôt que de Tommy Albinoni, la face A de ce disque n'est pas très rock. En fait, c'est même carrément de la soupe, un slow baveux à la A whiter shade of pale, en moins bien, avec orgue pompeux façon église de rigueur en intro. Certes, le jeu de guitare, auquel répond le vibraphone, est sûrement excellent, mais dans le style naufrage d'un guitariste virtuose du rock, ça vaut bien le Love is blue de Jeff Beck.

Heureusement, la face B est d'un tout autre calibre et fait honneur à la pochette du disque.
Elle s'ouvre avec Love is strange. Il s'agit là au moins de la troisième version éditée par Mickey Baker. La première, celle de 1957 par Mickey & Sylvia, a une histoire compliquée. Elle était co-signée par Mickey, Sylvia et Ethel Smith pour la musique. Derrière le nom d'Ethel Smith se cachait en fait son mari Bo Diddley, sûrement pour des raisons contractuelles, mais le véritable créateur du riff si distinctif de cette chanson serait le guitariste de Bo, Jody Williams, qui a d'ailleurs porté plainte à ce sujet.
La deuxième version a été enregistrée en France et en français. Je donnerais bien quelques centimes d'euro pour avoir la chance d'écouter L'amour est étrange par Mickey et Monique, sorti sur disques Versailles en 1963 ! Je ne sais pas ce que Monique est devenu par la suite, mais Sylvia a eu elle un très beau parcours, avec une carrière solo sous le nom de Sylvia Robinson, qui lui a notamment donné le tube Pillow talk en 1973, amis surtout, en tant que co-fondatrice de Sugar Hill Records en 1979, elle est l'une des pionnières et un personnage clé de l'histoire du hip hop.
La version instrumentale de Love is strange proposée ici, dans laquelle j'ai du mal à reconnaître le riff original distinctif, débute avec un coup d'harmonica à la Antoine. Par la suite, l'association guitare-vibraphone-orgue rappelle certaines productions de Mickey Baker pour Ronnie Bird. Cette fois-ci, la guitare électrique a de l'attaque, et c'est encore plus vrai pour Camp meeting, un autre instrumental (sauf qu'on entend Mickey galvaniser ses musiciens de la voix) où la guitare perçante rivalise avec l'orgue Hammond (La boutique French Attack propose en écoute un extrait de Camp meeting suivi d'un bout de Love is strange).
En tout cas, autant la face A est molle, autant la face B chauffe et swingue. Je veux bien ramasser des rondelles comme ça dans les champs tous les dimanches à la campagne !

14 juillet 2013

ALAN LOMAX : Le pays où naquit le blues


Acquis par correspondance chez Amazon en décembre 2012
Réf : 978-2-916749-31-0 -- Edité par Les Fondeurs de Briques en France en 2012
Support : 664 pages 22 cm + CD 12 cm
10 chapitres + 10 titres

Ce livre est édité par Les Fondeurs de Briques, mais c'est en fait un pavé, qui m'a été recommandé par Philippe C. pour sa couverture, réalisée par Pascal Comelade et en parfaite adéquation avec le contenu du livre. Je ne l'aurais pas acheté cependant, si le sujet ne m'avait pas intéressé. Il s'avère, comme je l'espérais que Le pays où naquit le blues est un document précieux, le fruit d'un travail énorme, pour Alan Lomax, qui a fini par le publier en 1993, à 78 ans, et pour le traducteur, Jacques Vassal, figure du Rock & Folk des années 1970, qui espérait depuis longtemps publier ce livre en français.
Pour ce livre sur les racines du blues, l'ethnomusicologue Alan Lomax avait de la matière. Des témoignages de première main, recueillis et enregistrés pour la Bibliothèque du Congrès dès les années 1930 avec son père John A. Lomax (Leadbelly en 1933 à la ferme-prison Parchman, notamment), puis seul dans les années 1940 et à la fin des années 1950, après la guerre et le MacCarthysme, période où il a travaillé dans les Antilles et en Europe. En deuxième main, les témoignages collectés auprès des chanteurs et travailleurs âgés permettent à Lomax de remonter plus en avant dans le temps, au début du vingtième siècle et de s'approcher de son but, les sources du blues.
Je ne vais pas me risquer à essayer de résumer un tel livre. En voici juste un extrait.
On est en 1941 et Alan Lomax est en train d'enregistrer Son House sur une plantation, à l'arrière d'une épicerie de campagne : "La musique s"interrompit et Son House ouvrit les yeux et alluma une cigarette, mais quelque part un son grave résonnait, encore et encore. Nous nous regardâmes avec stupeur. Croyant que mon enregistreur en était responsable, je l'éteignis. Le son persista. Son sorti de sa transe. «Y a quelqu'un qui klaxonne dehors, dit-il. Vaudrait mieux que j'aille voir ce qui se passe.»
Au bout d'une minute, le klaxon se tut et Son revint, l'air tassé, le flux de la musique envolé, les joues comme cendre." « C'est mon patron. vaudrait mieux que vous alliez lui parler. »
Un blanc en combinaison kaki était assis au volant d'un pick-up, le visage blême de peur et de colère. Il paraissait si petit, si rabougri après ce que je venais de voir et d'entendre, que je faillis éclater de rire. Il voulait savoir ce que ce Blanc venu d'ailleurs, suant et négligé, faisait dans la taverne du cru en compagnie de son meilleur conducteur de tracteur. J'expliquai de mon mieux mais j'étais encore dans le feu de l'action et, j'en ai bien peur, je dus embrouiller mon histoire. Il ne me regarda pas pendant que je parlais et je ne crois pas qu'il entendit une seule de mes paroles. Il parut fixer une tête d'épingle, loin devant sur la route gravillonnée. « Eh bien, dit-il, quand vous aurez fait le plein de musique de nègres, passez à la maison. »"
Amené par le patron chez le shérif du Comté, en pleine parano patriotique guerrière, Lomax s'en sort, de justesse, en faisant valoir ses origines sudistes, en niant avoir serré la main d'un nègre, mais il fait presque tout capoter en donnant du "Monsieur" à Son House. Au lendemain du jugement dans l'affaire Trayvon Martin, on sait que les choses sont loin d'avoir complètement changé en soixante-dix ans. Grâce au CD inclus dans le livre, on peut revenir à cet après-midi de 1941 et écouter précisément le Walkin blues que Son House a interprété le 3 septembre 1941.
On trouve dans le livre et sur le CD d'autres témoignages de bluesmen, comme le tout premier enregistrement de Muddy Waters, que Lomax a déniché sur les conseils de Son House, un Shake 'em on down d'anthologie de Fred McDowell, ou des prises de Memphis Slim et Big Bill Broonzy (à propos de ce dernier, l'occasion serait belle, même s'il a tendance à fabuler et à se donner le beau rôle, et même si certaines informations font doublon avec celles données dans ce livre, de rééditer son autobiographie, Big Bill blues).
Le récit de la conversation entre Big Bill Broonzy, Memphis Slim et Sonny Boy Williamson, enregistrée à New York en 1947, est un autre grand moment du livre. La réaction des trois artistes quand ils se rendent compte que, malgré toute la confiance qu'ils accordent à Lomax, ils en ont peut-être trop dit sur leurs relations avec leurs patrons blancs, est glaçante.
Il est beaucoup question de bluesmen dans ce livre, mais pas seulement. Dans sa quête des origines de cette musique, Alan Lomax se penche pendant une grande partie du livre sur les travailleurs noirs, bûcherons, débardeurs de vapeurs sur le Mississipi, journaliers employés pour construire les digues du fleuve, pour retracer le chemin suivi par leurs chants et leur musique.
Le pays où naquit le blues est donc une somme, le produit de décennies de travail, mais c'est surtout et avant tout un guide de voyage inespéré pour se rendre au pays du blues, un compagnon idéal pour écouter et comprendre tous ces disques de blues qui présents dans nos collections de disques.

Le site de l'Association for Cultural Equity, fondée par Alan Lomax en 1983. On y trouve une importante archive en ligne, librement accessible.
L'American Folklife Center gère à la fois les archives personnelles d'Alan Lomax et celles constituées avec son père pour la Bibliothèque du Congrès.

14 octobre 2017

WILLARD BURTON - EARL FOREST : The twistin' twist


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 24 septembre 2017
Réf : MPO. 3097 -- Édité par Pop en France en 1962
Support : 45 tours 17 cm
Titres : WILLARD BURTON : The twistin' twist -/- EARL FOREST : Memphis twist - Beale Street popeye

Il faisait tellement beau ce dimanche du mois dernier qu'on a décidé en fin de matinée de faire la balade à pied (trois-quatre kilomètres le long du canal) pour aller à la petite brocante du village d'à côté, Bisseuil.
Bonne idée et bonne balade, mais on est arrivé sur place en plein midi, et la plupart des exposants étaient en train de manger et on avait un peu l'impression de les déranger, surtout les habituels pros ronchons.
Mais les propriétaires des deux stands où j'ai acheté des 45 tours à 50 centimes étaient très sympathiques, deux dames où j'en ai pris deux, et un couple âgé à qui j'ai acheté celui-ci.
Le disque est en bon état mais la pochette a bien vécu. Il me plaît de penser, vue la date de parution et vu l'âge des vendeurs, qu'ils ont acheté ce disque à l'époque et qu'ils ont bien dansé dessus.
Je n'avais jamais vu ce 45 tours et je ne connaissais ni Willard Burton ni Earl Forest, mais j'avais plusieurs bonnes raisons d'acheter ce disque : il est sur le label Disques Pop, une étiquette de Vogue, comme mon Jack Hammer; A ce titre, il est estampillé "Strict danse tempo", un slogan réapproprié et repopularisé dans les années 1990 par l'ami Le Colonel; C'est un disque de twist, et l'avantage c'est que les disques de twist ne sont jamais que des dérivés de rock 'n' roll et ils sont rarement complètement mauvais.
Il est précisé au dos de la pochette qu'il s'agit d'enregistrements sous licence de Peacok Records, l'un des nombreux labels de l'américain à la sulfureuse réputation Don Robey. Mais en fait, les titres d'Earl Forest sont sortis à l'origine chez Duke, un autre label de Robey.
Bon, je ne vais pas tergiverser, les trois titres de ce disque sont excellents. Ce sont des instrumentaux, mais à défaut de chant il y a de l'ambiance et on entend des voix. L'orgue et le saxophone sont les instruments principaux.
The twistin' twist est sorti aux Etats-Unis en face A d'un 45 tours crédité à Willard Burton. Quand ça commence, la "foule" est déjà chaud bouillante. La batterie lance les hostilités, avant que le groove se mette en place avec l'orgue, la basse et la guitare, puis le saxo en solo, accompagné de cris d'encouragement et de claquements de mains. Sachant que le 45 tours américain dure 2'20, je me demandais pourquoi on ne trouvait pas sur cet EP sa face B, Dreaming, un titre plus lent avec orgue, guitare et saxophone, qui dure à peine deux minutes.
Eh bien, la version de The twistin' twist qu'on trouve sur ce disque Pop est plus longue de deux minutes que la version originale ! (on peut l'écouter chez Soul-in-Groove), ce qui nous vaut une dose supplémentaire de solos de saxo et d'orgue et permet de mieux se bouger sur cet excellent titre. Je pense que cette version longue n'a été éditée que sur ce disque français.
Pas de surprise sur la face B, on trouve bien les deux faces du 45 tours Duke, Memphis twist et Beale Street popeye.
Que dire ?, sinon que c'est dans la même veine que la face A, au point que ça pourrait être les mêmes musiciens, et que c'est tout aussi bon. Memphis twist est complètement instrumental, tandis que sur Beale Street popeye on a des voix qui interviennent sur les breaks.
Les premières informations que j'ai trouvées sur ce disque et ses musiciens sont dues à Mightygroove sur son site Soul-in-Groove. En plus d'y trouver ce disque chroniqué et en écoute, on y apprend que Willard Burton était le vrai nom d'un musicien plus connus sous celui de Piano Slim (à ne pas confondre avec le bluesman Robert T. Smith) et on y trouve des chroniques d'un 45 tours de Piano Slim et d'un autre de Willard Burton.
Pour Earl Forest, qui est mort en 2003, il y avait quelques mots dans la chronique de l'EP de Mightygroove, mais, en cherchant à en savoir plus sur le Caple qui co-signe les deux titres (le Malone crédité sur tout le disque est en fait Don Robey qui rançonnait ses musiciens), j'ai trouvé des informations complémentaires dans les parties 2 et 3 d'une enquête en trois parties de Soul Detective sur le musicien Clarence Nelson. J'ai notamment appris que l'organiste sur la face B du EP serait Joe Louis Hall, un ancien du Bill Black's Combo, et que les saxophonistes ténor et baryton sont Gilbert Caple, donc, et Floyd Newman. Vous ne les connaissez peut-être pas, mais vous connaissez sûrement Last night des Mar-Keys, l'indicatif de l'émission Salut les Copains dans les années 1960. Eh bien, sous l'intitulé collectif Mar-Keys, Floyd et Newman sont deux des co-auteurs de la chanson et ils jouent sur l'enregistrement. C'est Caple qui en prend le solo, tandis que Newman prononce le "Oh yeah" !
Comme quoi, on détour d'une balade bucolique, avec un disque a priori anodin, on peut quand même faire de belles découvertes.
Et pour conclure, je propose pour une fois de suivre les instructions figurant en fin des notes de pochette : "Mais pourquoi lire ce texte, écoutez plutôt et sans tarder l'enregistrement des orchestres de Earl Forest et Willard Burton, ça c'est de la musique de danse !".

Les trois titres de ce disque sont en écoute chez Soul-in-Groove.

01 janvier 2019

MES GRANDES TROUVAILLES DE CHINE 2018

Je renouvelle encore cette année l'expérience de sélectionner mes chroniques de disques d'occasion achetés pendant l'année écoulée, mais ça ne durera pas éternellement car la source se tarit de plus en plus.
Je n'achète quasiment plus de disques en brocante, il n'y a pas grand chose d'intéressant chez les Emmaüs ou les ressourceries, à part des CD sur lesquels je n'ai souvent pas grand chose à raconter. Et j'ai aussi trouvé moins de 78 tours cette année.
Malgré tout, parmi tous les achats récents, j'ai réussi à trouver 11 disques que j'ai encore envie de mettre en avant quelques temps plus tard.
Pas de CD dans cette sélection cette année, mais des parutions qui s'étalent des années 1910 aux années 2000 !

Un clic sur le titre ou la pochette vous emmènera sur la chronique correspondante.
Les disques sont listés dans l'ordre d'apparition de leur chronique sur le blog.



Pour se remuer le derrière dans les années 1910 au Bal Tabarin à Paris, on dansait la Croupionnette !


Je travaillais déjà à mon livre Vente interdite sur les disques hors commerce quand je suis tombé sur ce 45 tours promo de Cornershop à la façon des galettes reggae de Jamaïque.


Trouvé lors d'une vente organisé par Radio Primitive, ce 45 tours fait partir d'une longue liste de disques africains acquis et chroniqués cette année. D'où leur prédominance dans cette sélection.


Je triche un peu car je me suis fait offrir ce disque, mais c'est moi qui ai "chiné" sur Discogs pour trouver cette très belle pièce. Comme quoi, même avec la spéculation et les frais de port, on peut parfois faire de bonnes affaires en ligne.


Je suis cet artiste américain depuis un bon moment et j'ai eu la bonne surprise de trouver ce 45 tours hollandais dans une boutique perdue de Margate, en Angleterre.


Oh, quelle belle folie. Cet enregistrement d'une chanteuse-danseuse tunisienne est vraiment l'une de mes plus belles découvertes de l'année.


Un 45 tours rare, une collaboration entre une légende du blues et un jeune musicien, qui allait devenir l'un des piliers du jazz e France.


Trouvé le même jour que le précédent, cet excellent 45 tours de rumba congolaise.


Excellente chanson, découverte avec à peine treize ans de retard, enregistrée par un groupe composé de suédois et 'une française.


Cet album, reprise intégrale du disque à succès de Prince Nico Mbarga, fait partie, comme le suivant, d'un lot échangé avec un ami.

28 septembre 2025

BEBEY : Je suis venu chercher du travail


Acquis chez My Little Sound Shop à Reims le 20 septembre 2025
Réf : 121.329 -- Édité par Riviera en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Je suis venu chercher du travail -/- I came to you

Cela fait bien longtemps que je ne fréquente plus les disquaires, ou ce qu'il en reste près de chez moi. Je n'achète quasiment plus de nouveautés et celles que je cherche ne sont pas dans les rayons, encore moins en CD, qui est le format qui m'intéresse. Je préfère les commander directement au groupe ou au label. Les curiosités, bizarreries et surprises qui m'intéressent, je les trouve plutôt dans les ressourceries ou Emmaüs ou sur les vide-greniers.
Mais je passais dans le coin et on m'avait dit du bien de la boutique My Little Sound Shop à Reims, alors, j'y suis passé. Le lieu est effectivement sympathique et on y est très bien accueilli. Évidemment, et logiquement, les prix ne sont pas ceux d'une ressourcerie, mais j'en suis reparti avec deux disques, celui-ci et un autre 45 tours en cadeau, dont on aura l'occasion de reparler, pour grosso modo le prix d'un demi-paquet de cigarettes.

Pourquoi ce disque ? Parce qu'il s'agit de Francis Bebey, que la pochette est réussie et en parfait état, et aussi et surtout, parce que j'ai carrément été ému quand j'ai écouté pour la première fois il y a quelques mois la chanson Je suis venu chercher du travail.

J'ai découvert Francis Bebey (1929-2001) grâce à des CD de la Médiathèque d’Épernay, avant que sa superbe collection ne soit dilapidée. Il y a d'abord eu la compilation L'Afrique enchantée : Entrez dans le bois sacré, avec la chanson-histoire drôle Cousin Assini, puis la rétrospective African electronic music 1975-1982 de Born Bad, avec notamment les chansons La condition masculine et Agatha.
J'ai donc d'abord connu et apprécié Francis Bebey comme auteur de chansons pleines d'humour, mais il a eu un parcours très riche, comme
journaliste, écrivain (lauréat du Grand Prix littéraire de l'Afrique Noire en 1968 pour son roman Le Fils d’Agatha Moundio) ou directeur du département Musique de l'UNESCO.
Le disque qui m'a fait découvrir Je suis venu chercher du travail, c'est la compilation CD de 2005 Original masters vol. 1, achetée l'an dernier. En préparant ma chronique, j'ai été surpris de constater que c'est la seule fois où cette chanson a été rééditée. Quant à I came to you, de ce que je vois, elle n'a jamais été rééditée, et aucune des deux faces du 45 tours n'est écoutable en ligne

Je serais bien incapable de donner une définition d'une pochette de disque réussie, mais je sais quand j'en vois une, et celle-ci en est un très bel exemple. Pas de photo de l'artiste, pas d'illustration directe du thème, mais cette vue d'une rue pavée assez pourrie d'un village ou une petite ville est pourtant parfaitement dans le ton.
Cette photo est due à Alain Marouani, qui travaillait beaucoup pour la galaxie de labels Barclay. Il est crédité sur Discogs sur une centaine de parutions rien que pour l'année 1970, dont des disques de Vigon et Zanini et la très belle pochette de Blue Memphis de Memphis Slim. Mais il n'était pas que photographe, il était proche d'Eddie Barclay, au point d'être présenté comme son "bras droit".

Ce 45 tours de 1970 se situe encore dans les débuts de sa longue discographie de Francis Bebey. C'est son seul disque publié sur la filiale de Barclay Riviera. Il a été enregistré sous la direction musicale de Bernard Estardy. Après avoir lu Le géant : Itinéraire d'un génie du son, je pense qu'il est probable que l'orgue est tenu par Estardy lui-même. Il y a eu des moyens pour cette session, avec des cordes et des ponctuations de cuivres.

Comme le titre l'annonce, Je suis venu chercher du travail donne la parole à un travailleur émigré. Les choses sont dites simplement et rappellent ce qui devrait être une évidence : l'exil, quelques soient ses raisons, est un arrachement et un drame. Et même pendant les Trente Glorieuses, à une époque où la France suscitait l'immigration de travail, l'accueil fait à ces travailleurs n'étaient pas à la hauteur. D'une voix qui tremble, Francis Bebey rend compte de la situation. C'est poignant quand il en vient à justifier de la faim et de la tenue du narrateur par un "Je suis seulement pauvre".
Il n'y a pas tant de chansons qui donnent le point de vue de celui qui se trouve du mauvais côté du manche. Il ne m'est venu qu'un exemple évident, la Chanson pour l'Auvergnat de Georges Brassens.
Cette chanson reste évidemment d'actualité, et le moins qu'on puisse dire c'est que, dans le demi-siècle écoulé depuis sa parution, la tendance n'a pas été à proposer un meilleur accueil aux émigrés, boucs émissaires tout trouvés contre qui nous multiplions les lois.
Si on cherchait à se mettre à la place des autres plutôt qu'à protéger la sienne, à tendre la main plutôt qu'ériger des barrières, la situation pourrait être toute autre.

Les paroles de cette chanson sont régulièrement qualifiées de poème. Elles ont été publiés en livre au moins deux fois, en 1987 dans le manuel scolaire Mon livre unique de français : CM2 et en 1988 dans Anthologie africaine II : Poésie, des textes réunis par Jacques Chevrier, où le texte est situé dans le chapitre L'exil du dehors.
Dans les textes qu'on trouve en ligne, il y a deux vers absents de la version chantée : "J’ai parcouru de longs jours de voyage pour venir jusqu’ici, ne m’a-t-on pas assuré d’un accueil qui vaudrait bien cette peine ?".

En face B, I came to you est une version anglaise de Je suis venu chercher du travail. Mais ce n'est pas juste la piste vocale qui a été changée, c'est une autre prise, avec des différences dans les arrangements : pas de guitare en introduction, plus de percussions et d'orgue... Le chant est également différent, plus parlé. Du coup, l'atmosphère de l'ensemble se rapproche des grands "slows" de l'époque.

Francis Bebey est loin d'être tombé dans l'oubli depuis sa mort il y a presque un quart de siècle, au contraire, mais ce disque est la preuve qu'il y a encore du travail pour faire découvrir toutes les facettes de son œuvre.

A écouter :
Francis Bebey : Je suis venu chercher du travail
Francis Bebey : I came to you



Le poème Je suis venu chercher du travail dans Mon livre unique de français : CM2 : 6e année des écoles primaires du Cameroun d'Alvine Ekotto Ebolo (Clé/EDICEF, 1987).

02 décembre 2017

NANCY HOLLOWAY : T'en vas pas comme ça


Acquis sur le vide-grenier de la rue de la Chaude Ruelle à Épernay le 11 novembre 2014
Réf : 70.917 -- Édité par Decca en France en 1964 -- Offert par Phildar
Support : 45 tours 17 cm
Titres : T'en vas pas comme ça (Don't make me over) -/- Tu n'es pas venu (Whirlpool)

Certains laissent parfois entendre que tous les 45 tours deux titres (en opposition aux EP quatre titres) de la première partie des années 1960 sont destinés aux juke-box. On en avait déjà parlé à propos de Satisfaction : il y avait bien des versions deux titres qui sortaient dans le commerce en parallèle des EP. La pochette n'était pas en quadrichromie, elle n'était pas pelliculée et, avec les deux titres en moins, ça faisait un disque vendu moins cher dans le commerce.
Ce 45 tours-ci de Nancy Holloway est sorti quelques mois après l'édition originale en EP. Mon exemplaire porte une étiquette dorée qui indique qu'il a été "Offert par Phildar", probablement à l'occasion d'une opération de promotion, locale ou nationale. Le petit plus avec cette édition c'est que la photo utilisée n'est pas la même que pour le EP :


La pochette du EP 4 titres, sûrement plus facile à trouver que le 45 tours simple.

De nombreux artistes américains se sont établis en France dans les années 1960. Certains sont repartis après quelques années, d'autres sont restés, comme Memphis Slim ou Mickey Baker. Nancy Holloway vit toujours par chez nous.
On trouve sur ce disque deux adaptations en français de succès américains, avec un orchestre dirigé par quelqu'un que je ne connaissais pas, Jean Leccia, qui se trouve avoir fait le chemin inverse de Nancy Holloway puisque ce français a fait par la suite carrière aux États-Unis, vivant pendant longtemps à Las Vegas.
T'en vas pas comme ça est une version de Don't make me over, le tube énorme de Dionne Warwick. Je ne suis pas particulièrement fan du style un peu grandiloquent de Bacharach et David, mais j'admets bien volontiers que cette chanson est parfaitement réussie et d'une grande efficacité. L'interprétation de Nancy Holloway, avec sa pointe d'accent, et l'arrangement musical sont de très bonne tenue.
Mais je préfère la face B, une reprise de Whirlpool, un 45 tours de Wanda Jackson de 1962. Au moment de rédiger ces lignes, je viens de tomber sur une chronique de l'an dernier de Kevin du 77 pour Requiem pour un twister et il y dit exactement ce que je pense. Certes, la chanson originale est très bien, mais Tu n'es pas venu est une chanson enthousiasmante, avec son rythme chaloupé et ses chœurs, l'accompagnement de guitare, et surtout les solos enchaînés d'orgue et de guitare.
La même année que Nancy Holloway, une certaine Peggy a également enregistré Tu n'es pas venu, dans une version moins forte, au chant qui penche un peu vers Françoise Hardy.
Sylvie Vartan  a aussi interprété Whirlpool, mais en anglais, dans une version plus teintée Rhythm and Blues. L'enregistrement date de 1965, mais il n'est apparemment sorti qu'en 2010, sur un 45 tours avec Ne t'en vas pas en face B (rien à voir avec Don't make me over). Ce qui me rappelle qu'il y a quelque chose de singulier à voir l'association des deux titres de mon 45 tours de Nancy Holloway : le gars, s'il n'est pas venu, il ne risque pas de s'en aller comme ça !

Ajout du 29 août 2019 :
Nancy Holloway est morte à 86 ans le 28 août 2019. En hommage, l'INA a diffusé ce passage télé de 1963 où elle interprète T'en vas pas comme ça :



01 janvier 2015

MES GRANDES TROUVAILLES DE CHINE 2014

Chaque début d'année, je me demande si je vais trouver suffisamment de disques intéressants au cours de mes pérégrinations pour continuer cette rubrique annuelle. Finalement, avec des trouvailles réparties de janvier à décembre, même si la deuxième partie de l'année a été la plus productive, 2014 aura été un très bon cru.
J'avais plus de vingt disques dans ma première sélection, réduite à une dizaine pour vous présenter, non pas les disques les plus rares ou les plus recherchés, mais ceux qui m'ont le plus marqué, c'est à dire souvent ceux qui ont une histoire particulièrement intéressante, au-delà de la musique proposée ou de la pochette.

Un clic sur le titre ou la pochette vous emmènera sur la chronique correspondante.
Les disques sont listés dans l'ordre de leur chronique sur le blog.


Une reprise endiablée des Everly Brothers dans un style rhythm and blues/soul, avec guitare et cuivres claquants, et aussi des choeurs.

Des calypsos par Sir Lancelot, connu pour sa participation en 1943 au film I walked with a zombie de Jacques Tourneur.

Un excellent disque de 1967, avec la participation de Jacques Revaux !

Dansons joyeusement en 1973 avec le premier disque des Loups Rouges de Bretagne.

En 1964, la jeune Jocelyne reprend Paul Anka et Brenda Lee, et surtout, avec son adaptation en Français du La la la la la de Stevie Wonder, elle ouvre la voie pour la Mirza de Nino Ferrer.

Dans les années 1960, les Sheiks pouvaient être originaires du Portugal et influencés avant tout par les Beatles...

Ce disque a navigué du fleuve Congo à la rivière Marne. Il a perdu sa pochette au passage, mais pas ses qualités ! Et où est passée Marie-Jeanne ?

Des chants, et danses des Îles Salomon, souvenir enthousiasment du premier South Pacific Arts Festival aux Îles Fidji en mai 1972.

Même sans la pochette d'origine, un excellent disque et un morceau d'histoire de l'American Folk Blues en Europe.

Le blues heureux d'un père pour sa fille.

07 février 2026

JOE TURNER : Shake little and roll


Acquis d'occasion dans la Marne probablement dans les années 2000
Réf : 6832 018 -- Édité par Philips en France vers 1970 -- Offert par Antar
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Shake little and roll -/- Two loves have

Le fait que ce 45 tours soit crédité à Joe Turner et non à Big Joe Turner ne peut pas être considéré comme une bévue. Après tout, c'est ce nom qui apparaît sur la pochette de l'album The real boss of the blues dont il est tiré. Mais c'est en tout cas source de confusion, puisque les Joe Turner aux États-Unis doivent être aussi courants que les Martin Dupont par chez nous et, rien que dans le domaine musical, il y a deux contemporains qui portent ce nom, le pianiste Joseph H. Turner (1907-1990) et le chanteur Joseph Vernon Turner (1911-1985), souvent dit Big Joe Turner, qui est celui qui nous intéresse aujourd'hui.
L'INA a commis l'exploit sur YouTube de créditer au second une prestation impressionnante au Kremlin-Bicêtre en 1969 du premier. Il m'a fallu l'aide de Philippe R. (j'aurais aussi pu lire les commentaires...) pour arriver à différencier les deux.

Pas d'erreur sur le nom de l'artiste, donc, mais j'ai rarement vu une pochette avec deux aussi grosses bourdes sur le titre des chansons. C'est simple, les deux sont faux : le classique Shake, rattle and roll est transformé en Shake little and roll, et il manque le dernier mot au titre de la face B Two loves have I ! C'est incroyable que tous ceux qui ont été en charge de la publication de ce disque aient pu laisser passer ça (les informations sur le rond central sont correctes).

Le fait que ce disque ait été édité dans la collection Offert par Antar pour être distribué dans des stations-service n'excuse rien. Après tout, il n'y a pas d'horreurs sur les pochettes, par exemple, de Memphis Slim ou de T.Bone Walker.
On voit bien avec cette pochette qu'on est à la jonction des années 1960 et 1970 : c'est un deux titres avec une pochette en papier tout fin, mais il y a encore une languette qui, à défaut de prix, comporte la mention "Offert par Antar".

The real boss of the blues est sorti en 1969 chez Flying Dutchman, le label lancé par Bob Thiele, qui avait produit en 1967 l'album Singing the blues.
L'album est sorti en France chez Philips, mais ce 45 tours, qui en reprend plus ou moins la pochette, n'a apparemment été distribué que chez Antar, pas dans le circuit de vente traditionnel.

Shake, rattle and roll
est une chanson écrite par Jesse Stone sous le pseudonyme de Charles Calhoun.
Big Joe Turner est le premier à l'avoir enregistrée, début 1954. Elle a eu un succès encore plus grand quand Bill Haley l'a reprise quelques mois plus tard pour faire suite à son tube Rock around the clock.
La version originale par Big Joe Turner est du rhythm and blues énergique, avec un rythme carré bien marqué, des chœurs sur le refrain et un solo de sax qui décoiffe. Mickey Baker est à la guitare.
Quinze ans plus tard, le moins qu'on puisse dire est que la version bien dans le jus de son époque de 1969 est décevante. Elle est emmenée par la basse, mais sans rythme bien défini par la batterie. Il y a de bonnes interventions des cuivres, mais j'aime moins les solos de sax et de guitare. Le ton de Joe est détaché, il ne semble pas vraiment croire à ce qu'il chante.

La face B est très surprenante. Son titre complet est Two loves have I, qui se traduit littéralement par Deux amours j'ai. Je ne m'en étais pas rendu compte quand j'ai écouté le disque après l'avoir acheté, mais il s'agit bien d'une version de J'ai deux amours, chanson créée par Josephine Baker en 1930 !! Il est à peu près impossible pour moi à l'écoute de faire un véritable lien entre les deux chansons.
Turner reprend la version américaine de la chanson, créée dès 1931 par Ted Black and his Orchestra. On note côté crédits sur le rond central que, après une traversée aller-retour de l'Atlantique, le nom du compositeur Vincent Scotto a été complètement oublié, sans parler bien sûr des paroliers français Géo Koger et Henri Varna. Et des deux paroliers américains Barry Trivers et Jack Murray il ne reste qu'un seul nom, Ted Murrell, dont on se demande bien à quoi il correspond. Sûrement un nouvel exploit de l'équipe qui a été chargée de composer les titres pour la maquette de la pochette !

13 décembre 2015

ENSEMBLES KANTE FACELLI ET KEITA FODEBA : Chants et danses d'Afrique


Acquis à la Bibliothèque Georges Pompidou à Châlons-en-Champagne le 5 décembre 2015
Réf : LDX 74.381 -- Edité par Le Chant du Monde en France dans les années 1960
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Un an pile après la précédente vente, où j'avais acquis un superbe album de Memphis Slim, je suis retourné au brade-livres de la bibliothèque de Châlons, où l'on trouve effectivement beaucoup de livres mais également des disques, pour la plupart des vinyls qui se trouvent en double ou en triple dans les réserves de la bibliothèque, du fait de sa mission régionale de conservation d'une partie des 33 tours acquis des années 1960 à 1980 par les médiathèques de la région. Je connais bien ce fonds, en fait, et son étude il y a une dizaine d'années à contribuer à me donner l'idée de démarrer ce blog...
Traditionnellement, les médiathèques étaient plus pointues dans le classique, la chanson, le jazz ou les musiques du monde que dans le rock. Ce n'est donc pas surprenant que, cette année encore, je sois revenu de Châlons avec deux albums "exotiques", l'un de chants traditionnels des Îles Salomon, l'autre présentant des Chants et danses d'Afrique.
Pendant longtemps, ce genre de disque de musique traditionnelle ne m'aurait pas intéressé, de même que les disques d'un groupe nommé Les Ballets Africains. Mais mes goûts changent, ma connaissance de la musique africaine s'améliore et, au moins depuis G.G. Vikey, je connais Kante Facelli et les Ballets Africains de Keita Fodéba, grâce surtout à son hommage à Kanté Facèli : "As-tu jamais entendu parler de Kanté Facelli ? Kanté Facelli fut un très grand guitariste africain. Sa guitare sous le bras, il fit le tour du monde. Il a chanté l’Afrique et sa Guinée natale. Tout Paris l’applaudit dans la troupe de Keita Fodéba. Les foules en un beau temps rêvaient de tous nos rivages. Mais, malheureusement, de retour d’une tournée, aux environs du Maroc, son avion s’écrasa. Kanté Facelli disparut corps et guitare. Hommage à Facelli et Kéita Fodéba. Ils ont chanté partout l’Afrique et la Guinée."
Kante Facelli a eu un destin tragique, mais Keita Fodéba également. Très impliqué politiquement, il est devenu ministre de la Défense et de la Sécurité de la Guinée indépendante sous Sékou Touré. Après avoir mené la répression pendant plusieurs années, il est tombé en disgrâce. Arrêté et torturé, il a été fusillé en 1969, à 48 ans.

La pochette de ce 33 tours trente centimètres, qui doit dater de la fin des années 1960, est particulièrement moche. Mais il s'agit d'une réédition. A l'origine, à la fin des années 1950, ces 12 titres ont été édités par Le Chant du Monde sous la forme de deux petits 33 tours 17 cm aux pochettes superbes :




Au début des années 1960, il y a eu une première réédition sous la forme d'un album 33 tours 25 cm avec, pour une question de place, seulement 10 des 12 titres :



Belle pochette aussi. Malheureusement, donc, pour la réédition suivante, la photo a été réduite énormément, et au passage on a aussi perdu les notes de pochette au dos, virées ici pour faire la promotion du catalogue du label. Kante Facelli y était notamment décrit comme "un authentique griot, ce troubadour des palabres africaines".
Les petits 33 tours étaient initialement crédités l'un à Keita Fodéba, l'autre à Kante Facelli, mais le peu de crédits qui est donné ici pour chacun des titres nous apprend que Kante Facelli est à la guitare sur tout le disque et qu'Achkar Marouf et Yansané Kerfala sont au chant la plupart du temps. On ne sait pas quelle est la contribution musicale du chef de la troupe Keita Fodéba.
J'ai été super content de découvrir Telephonista sur ce disque. Je ne sais plus trop comment j'étais tombé dessus l'été dernier, mais cette déclaration d'amour par téléphone m'avait suffisamment plu pour que je cherche en ligne à l'acheter en disque. Je n'avais rien trouvé dans mes prix, mais quelques mois plus tard, ça m'est tombé tout chaud dans le bec !
Parait-il que c'est une chanson de Casamance chantée en créole portugais, mais ça sonne très espagnol et, comme les autres titres crédités à Keita Fodéba, on sent une forte influence cubaine. Ces titres, Couri-Couri, Aloa, Carolina, Laïla, Saidouba, sont pour la plupart rapides, voire frénétiques, associant guitare électrique, percussions et chant.
A part Kikalama , qui semble issu des mêmes sessions, les titres crédités à Kante Facelli sont plus lents et plus acoustiques. Il y a Soda, un excellent instrumental associant percussions et guitares, Kadia blues, un beau duo de guitares avec Collet Philip, Mia bele, un chant à deux accompagné à la guitare acoustique, et Kankan et M'batilaya, chantés par Kante Facelli seul qui s'accompagne à la guitare.
Le tout fait un album superbe de bout en bout, qui n'a apparemment jamais été réédité en CD.
Ayant plus de cinquante ans, ces disques font partie du domaine public et ils figurent dans les collections publiques de notre Bibliothèque Nationale qui, ô joie, les a numérisés. Malheureusement, les budgets de la BNF n'étant pas prioritairement affectés à la musique, l'établissement a fait appel à un partenariat privé pour la numérisation. Ce qui signifie que, pendant quelques années encore, la BNF ne propose en ligne que des extraits de trente secondes des titres des mini-33 tours de Kante Facelli et Keita Fodeba. Pour écouter en entier ces chansons du domaine public issues de collections publiques, il faut débourser 1 € par titre pour les télécharger chez les partenaires privés. Va comprendre...! Sinon, il reste les vide-greniers...