08 août 2026

THE TIMES : Beat torture



Acquis probablement chez A La Clé de Sol à Reims en 1988
Réf : CRELP 038 -- Édité par Creation en Angleterre en 1988
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

The Beautiful Music
, le label basé au Canada de Wally Salem, a d'abord attiré notre attention avec une série de compilations en hommage aux Television Personalities. Il y a eu également deux volumes de reprises de chansons d'Adrian Borland de The Sound. Mais au fil des années, TBM a aussi développé un catalogue de titres originaux, reflet de la production d'une sorte d'internationale pop underground,pour reprendre une expression de K records, avec notamment Dupont Circles, Dot Dash, The Yellow Melodies, Roy Moller ou Armstrong.
Mais TBM continue à rassembler des musiciens passionnés du monde entier pour rendre hommage à de grandes figures. Le dernier en date, avec un lien avec les TVPs, est I Helped Edward Ball Escape, un hommage à The Times et Ed Ball, dont le titre fait référence au classique de The Times, I helped Patrick McGoohan escape.

C'est l'aboutissement d'un projet au long cours qui a attiré de nombreux fans d'un artiste prolifique et sympathique. Pas étonnant donc qu'au bout du compte que cet hommage prenne la forme d'un double CD de 44 titres !
Et le mieux dans tout ça, c'est que le nombre de titres qui m'ont plu à l'écoute est largement supérieur à la moyenne de ce genre de compilation. Par exemple, les dix premiers titres du CD 2, dans une veine pop électrique, m'ont tous accroché l'oreille sans exception. Dans le lot, il y a mes deux préférés tout court, Britannia sleeps tonight par The Woermwood Scrubs et Pinstripes par The Great Auk Fanciers' Society. Parmi les autres titres, j'ai notamment apprécié ceux de Rotifer, Summerhouse, The Yellow Melodies, April Events, Terryball, Tender Engines et The Answers.

I helped Ed Ball escape est en vente ici.
La réaction détaillée d'Ed Ball à l'écoute de ces reprises est à lire ici.
Une chronique en français par Benjamin Berton a été publiée par Sun Burns Out.

Pour fêter ça, j'ai ressorti Beat torture, le premier disque d'Ed Ball sorti chez Creation. Le premier d'une très longue série sous de multiples identités jusqu'à la dissolution du label tout début 2000.
En 1988, mes fonctions de conseiller spirituel de Biff Bang Pow ! venaient de s'interrompre brutalement. Je ne recevais donc plus de disques du label en cadeau et j'ai choisi d'acheter celui-ci quand je suis tombé dessus en magasin à Reims. Comme c'est arrivé quelques fois dans l'histoire du rock, par exemple avec le troisième Starshooter ou l'Agents of change EP de Blue Orchids, le disque à la pochette très dépouillée était vendu dans un sac plastique. C'est un pressage anglais, mais une étiquette de code prix collée dessus indique qu'il est passé par les mains d'un distributeur français plutôt que d'un importateur.
Dans un entretien pour le site Creation Records en 2005, Ed explique qu'Alan McGee lui a proposé début 1988 de sortir un album et de travailler pour le label. Problème, la formation précédente de The Times s'était séparée en 1987, alors Alan a proposé les services de BBP!. Dans les faits, l'album a été enregistré avec Alan et Dick Green de BBP!, Jowe Head (Swell Maps, TVPs, The Palookas, etc.) et le batteur Paul Mulreany, qui est resté un temps membre de The Times et a aussi joué avec The Blue Aeroplanes, Jazz Butcher et Primal Scream.
La tonalité noire de la pochette fait bien la transition avec l'album Love is forever de BBP!, sorti quelques mois plus tôt et sur lequel on entend Ed aux chœurs. Les deux ont en commun un son clair et énergique.

Ma période préférée de The Times est celle que je qualifierais de période sous ecstasy, de E for Edward en 1989 à Pure en 1991, mais Beat torture arrive juste derrière. C'est vraiment un disque que je trouve très bon, que j'apprécie plus par exemple que les premiers albums de The Times, pourtant réputés et recherchés.

Cela tient en partie à l'excellence et à la fougue du morceau d'ouverture, Godevil, celui qui a été le plus diffusé puisqu'il figurait sur la compilation pas chère de Creation, Doing it for the kids.
L'intro est très rock and roll, avec un saxophone bien gras (je me demande bien qui le joue). Je me suis persuadé à l'époque que la deuxième voix, celle qui chante "What have you ever done ?" et "Godevil's waiting in the shadows", était celle d'Alan. J'ai eu des hésitations aujourd'hui, mais je pense quand même que c'est bien le cas.

On enchaîne ensuite sur un ton moins furieux et plus dans le style habituel d'Ed Ball avec une autre très bonne chanson, Heaven sent me an angel, la seule de l'album reprise sur I helped Ed Ball escape, en version électro-pop par Si Farrier
Elle donne le ton de la suite de l'album, qui est d'excellente tenue, à part une baisse de régime sur les deux derniers titres.
Il y a plusieurs autres titres rapides et électriques (I'll be your volunteer, Department store et It had to happen), mais aussi la ballade avec harmonica Love like haze or rain, Chelsea green avec un arrangement surprenant et How to start your own country au rythme un peu martial.

J'ai découvert en préparant cette chronique qu'il y avait quatre titres en plus sur l'édition CD de l'album. Il s'agit en fait de démos de quatre des chansons, en solo, avec boite à rythmes. Elles auraient été suffisamment bonnes pour sortir telles quelles, en EP par exemple.

Après la fin de Creation, Ed Ball n'a plus sorti aucun nouveau disque de ses projets. On l'a retrouvé en 2006 à l'époque de My dark places pour épauler son pote Dan Treacy en enregistrant et tournant avec Television Personalities. Il pensait en 2005 sortir un nouvel album solo. J'ai l'impression qu'il ne faut pas trop compter dessus.

Contrairement à un grand nombre de disques de The Times publiés avant ou après, Beat torture n'a jamais été réédité depuis 1988, mais l'album est intégralement en écoute sur YouTube, les quatre titres de l'édition CD compris.

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