21 octobre 2018

DANY DORIZ AND MEMPHIS SLIM : Jam session


Acquis sur le vide-grenier de Magenta le 14 octobre 2018
Réf : FAR 12 (JAZZ N° 1) -- Édité par Farandole en France au début des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Make rattle and roll -- Jazz madison -/- Everyday I have the blues -- Shuffle and the vibra

Comme celle de Germaine, la brocante de Magenta a perdu beaucoup de son âme en étant déplacée du centre-bourg au parc des sports. Mais bon, il faisait très beau (comme tous les dimanches ces dernières semaines), il y avait beaucoup de stands (souvent tenus par des particuliers), et surtout j'y ai trouvé quelques disques, dont deux 45 tours vraiment intéressants, ce qui ne m'arrive plus souvent.
Voici le premier de ces 45 tours. Il était perdu dans une petite poignée de disques sans intérêt, à 50 centimes.
Dès que j'ai aperçu le nom de Memphis Slim sur la pochette de cet EP que je ne connaissais pas du tout, j'ai su que je le prendrais, mais en plus je trouve que le recto de la pochette est très réussi et très efficace, avec le montage de photos de Slim, Dany et des lames du vibraphone, et la typographie sur fond rouge.
Le label Farandole m'était inconnu lui aussi. On sait que le disque est du début des années 1960 car le prix est visiblement en nouveaux francs. La mention "N.M.P.P." en haut à droite au verso nous indique que ce disque était distribué non pas chez les disquaires mais dans les points de presse, où l'on trouvait souvent je crois des disques pas chers, plus ou moins décalqués des grands succès. Là, il s'agit d'enregistrements inédits par ailleurs, mais je ne crois pas qu'il y ait eu un n° 2 à la collection Jazz que ce disque inaugurait.
On a droit à des notes de pochette détaillées signées du jazzman américain établi en France Bill Coleman. On comprend vite que le disque se divise en deux parties : deux titres où Memphis Slim est au chant et au piano, accompagné par le quintet de Dany Doriz, et les deux autres, instrumentaux, sans Memphis Slim.
Il y a beau avoir écrit "Make" sur la pochette et la rondelle, le premier titre est bien une version de Shake, rattle and roll de Big Joe Turner (Bill Coleman ne fait pas l'erreur dans ses notes). Outre l'interprétation de Memphis Slim, c'est le saxophone ténor de Charles Barrié qui pour moi marque cette chanson, d'abord avec des notes basses bien rondes, puis avec son solo, avant de laisser la place au vibraphone du chef d'orchestre. Memphis Slim a souvent joué cette chanson sur scène et on en trouve de nombreux enregistrements sur disque, mais je ne crois pas que cette version avec Dany Doriz ait jamais été rééditée.
L'autre chanson avec Memphis Slim, c'est une de ses propres compositions les plus connues, Every day I have the blues. Une bonne version, avec cette fois-ci le solo de vibraphone avant celui de saxo.

Dany Doriz and Memphis Slim : Every day I have the blues.

Les deux compositions de Dany Doriz sont entraînantes. Le fait que la première s'intitule Jazz madison peut nous inciter à penser qu'elle date de la période où cette danse était très populaire en France, en 1962 ou 1963. Dans celle-ci, comme dans Shuffle and the vibra, les deux solistes "dialoguent" au vibraphone et au saxophone.
Leurs noms étant cités par Bill Coleman, je me suis renseigné sur les musiciens qu'on entend sur ce disque. Le fait qu'ils ont tous eu un parcours remarquable en dit long sur la qualité de l'orchestre, à commencer par Dany Doriz lui-même, que je ne connaissais pas du tout mais qui est un pilier de la scène jazz en France. Non seulement c'est un musicien aux talents multiples (vibraphone, saxophone, piano) mais il est aussi depuis plus de quarante ans le propriétaire du Caveau de la Huchette, l'un des hauts lieux du jazz en France, même s'il est en sous-sol. Comme musicien, il a notamment publié chez Frémeaux en 2014 un album avec son Big Band, avec une illustration de couverture par Cabu et la participation de Manu Dibango. Au début de l'été, Manu Dibango était encore l'invité du Big Band pour un concert, à Montauban.
A la section rythmique, on trouve Jean Martin, considéré un temps comme le batteur attitré du club Les Trois Mailletz, et Jean-Pierre Mulot, bassiste dans de nombreuses formations, jazz ou rock dont Les Gamblers.
Pour ce qui est du pianiste Paul Rakotonirina, il suffit de dire qu'on peut voir un Chuck Berry visiblement ému lui rendre hommage sur scène à Bordeaux le 20 novembre 1965 lors d'une interprétation de Wee wee hours. Il était aussi auteur-compositeur et arrangeur. Il a par exemple participé au projet Les Jelly Roll de Richard Bennett.
Quant au remarquable saxophoniste, il s'agit de Charles Barrié. Quand j'ai appris qu'il était de Toulouse et que je l'ai vu mentionné sur la même page que La Tournerie des Drogueurs dans la présentation du livre De briques et de jazz de Charles Schaettel, je me suis dit qu'il était peut-être mentionné dans un livre que Philippe R. m'a fait découvrir à la fin de l'an dernier et que je suis allé illico sortir de l'étagère.



Ce livre, c'est La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive de Michel Boujut (2008), qui mêle fiction et enquête autour d'un fait divers sanglant, le meurtre en janvier 1959 de Jean Lannelongue, le propriétaire de la boîte de jazz contrepétesque La Tournerie des Drogueurs.
Et effectivement, j'ai trouvé page 53 de ce livre la mention en passant de Charles Barrié, puisque c'est son pianiste Gérard Baraillé qui avait épousé la Marie-Thérèse éponyme, rencontrée lors d'une soirée chez Hugues Panassié.
C'est en faisant un bœuf à la Tournerie que Gérard s'était vu proposer de prendre la place laissée vacante dans cet orchestre Nouvelle Orléans (Il a fait ensuite carrière au cinéma sous le nom de Gérard Barray).
Amateur de jazz ou pas, je vous conseille vivement ce court livre de Michel Boujut, ainsi que Souffler n'est pas jouer, un roman dont Louis Armstrong est l'un des héros, situé pendant sa tournée française de 1934, mais aussi, hors musique, le captivant Le jeune homme en colère (1998), enquête sur une célèbre photo de Paul Strand.

6 commentaires:

Jean-Pierre Moya a dit…

Gérard Barray !! Le héros des films de Cape et d'Epée de mon enfance !

Pol Dodu a dit…

Effectivement, mais il faut croire que, en dehors des Trois Mousquetaires et, dans un autre genre, de Thibaud ou les Croisades, je n'ai jamais trop suivi les films de cape et d'épée car c'est un nom qui m'était inconnu.

Anonyme a dit…

finalement on se dit encore une fois que le monde est petit! D'accord avec toi il faut lire boujut les amateurs de ce blog y trouveront leur compte, quant au disque c'est une bonne prise, d'enregistrement et de chine. Tu étais trop jeune gamin pour connaître G Barray comme acteur. Ph

Anonyme a dit…

oh la la merci pour cette pépite de chuck à bordeaux, c'est magnifique et je pense qu'un érudit local reconnaîtrait des membres de groupes rock nordelais dans la salle. Tous les musiciens doivent être français mais le pianiste est au dessus de la mélée, qt à chuck il est au top du top. Je vonseille à tt le monde d'aller voir la video et surtout à ne pas rater le commentaire de martine pujol à qui on devrait donner un prix ou élever une statue pour son commentaire, à ne pas rater. ph

Anonyme a dit…

le deuxieme document INA vaut le coup , il y a 14mns du set de chuck, on y voit une femme tomber des gradins et ses copains la chercher, on y voit le public et chuck survoltés et surtout le staff qui court dans tous les sens visiblement pas tranquille et ça se corse carrément à la fin avec les flics le matos embarqué dès le dernier accord plaqué, le délire de la france rancie et anti jeune des soit disant fabuleuses années 60.
https://www.youtube.com/watch?v=-Kao8371qAg, merci père dodu encore une fois

Pol Dodu a dit…

Je n'avais vu que l'extrait avec "Wee small hours", mais le document de 14 mn est effectivement passionnant. Superbe version de "Roll over Beethoven", mais pour "Let it rock" on a du mal à se concentrer sur la musique, tellement ça bouge autour, avec visiblement la préparation de la prochaine "attraction". Le public a l'air quand même relativement sage, mais question vigiles, ça ne plaisante vraiment pas, avec des carrément les flics en képi.

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