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22 avril 2006

MARCEL ZANINI : Tu veux, tu veux pas


Acquis sur un vide-grenier de la Marne dans les années 1990
Réf : 121 257 -- Edité par Riviera en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Tu veux, tu veux pas -/- Ça balance terrible

Malheureusement, je n'ai plus "mon" exemplaire de ce 45 tours. Il faudrait que je me renseigne, il est peut-être chez ma maman ou chez mon frère. Celui-ci, je l'ai racheté il y a quelques années, sur un vide-grenier ou dans un dépôt-vente. Il a appartenu par le passé à Jean et Michèle S.
Le mien, mon exemplaire, il m'avait été dédicacé par Marcel Zanini lui-même, en 1973 je crois, à l'issue d'un concert donné pour l'inauguration du magasin de bricolage B3, rue Lochet à Châlons-sur-Marne. Dans la cohue qui a suivi cette performance, mon père avait héroïquement réussi, non seulement à récupérer un exemplaire gratui de ce 45 tours à mon intention, mais aussi à le transmettre à bout de bras à Zanini, resté sur la scène improvisée, en lui criant mon nom pour qu'il le dédicace. Malheureusement, dans le bruit et la confusion, Zanini n'a pas bien saisi ce que mon père lui disait, et il a écrit "Pour Pitou" sur le disque, ce qui ne correspond pas tout à fait à mon petit nom familial !
Après une vingtaine d'années d'un parcours tranquille sur la scène jazz française, cette reprise d'un tube brésilien de Wilson Simonal a propulsé Zanini dans le monde de la variété, sur les ondes de toutes les radios et dans les émissions de toutes les deux chaînes de télé de l'époque.
Musicalement, rien de putassier ici. Pour ce qui est de la qualité, on est largement au niveau des meilleurs titres de Louis Chédid. La touche brésilienne est très discrète sur la face A. Ce qui a fait le succès du disque, c'est bien sûr ce gimmick "Tu veux ou tu veux pas". Il va de soi qu'à l'époque j'étais bien incapable de saisir les sous-entendus de cette expression. Mais j'ai peut-être pu m'en faire une idée plus précise avec la version beaucoup plus suggestive que Brigittte Bardot en a donné dans la foulée quelques temps plus tard.
La face B est plus jazzy, et balance pas mal effectivement, ce qui est logique car le groupe qui accompagne Marcel sur ce disque s'appelle les Swingers...

05 août 2008

ZANINI : Le camping


Acquis sur le vide-grenier de Sillery le 27 juillet 2008
Réf : 121 388 L -- Edité par Riviera en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Le camping -/- Ne me dis pas non

Puisque toutes mes recherches ont été infructueuses, il semble bien que mon exemplaire dédicacé de Tu veux ou tu veux pas a définitivement été égaré au rythme des divisions de la discothèque familiale et des déménagements... En tout cas, ce 45 tours-ci confirme mes souvenirs de l'inauguration du magasin B3 de Châlons, vers 1973. Sauf que le mien, s'il avait sûrement été dédicacé avec le même feutre, ne comportait pas d'autocollant B3 au verso.
J'ai trouvé ce disque sur la fin de mon périple à Sillery, à quelques mètres de l'endroit où j'avais acheté un album de John Fahey il y a quelques années je pense.
J'ai un peu surpris la famille qui tenait le stand, et qui était en train de prendre l'apéro, en leur demandant la confirmation que les disques venaient de Châlons. C'était le cas, bien sûr, mais par contre ils ne connaissaient rien de ce Jean-François à qui le disque est dédicacé car c'est un lot qu'on leur a donné pour vendre.
J'imagine que ce disque est sorti pour l'été 71, l'année suivant le grand succès de Tu veux ou tu veux pas. Il est donc dans la lignée des disques de "variétés" du personnage de Marcel Zanini, en parallèle à sa fascinante carrière de jazzman depuis les années 40, avec notamment un séjour à New-York de 1954 à 1958 (Sur ce sujet, les entretiens publiés en CD chez Frémeaux en 2003 sont passionnants).
Dans ce style, Camping est vraiment très très léger. C'est l'habituelle histoire des mésaventures de campeurs, un peu dans la lignée de toutes les comédies au cinéma sur le sujet et, dans la chanson, des Colonies de vacances de Pierre Perret, avec un petit côté Nino Ferrer dans le chant. Mais autant Perret a mis tout son talent et toute sa gouaille dans son grand classique, autant là on a l'impression que tout le monde, des musiciens aux choeurs et à Zanini, applique des recettes et joue un rôle sans vraiment y croire.
La face B est plus intéressante. Son titre, Ne me dis pas non, comme d'autres de Zanini (A quoi tu joues, Je donne ma langue au chat, Hey ! Hey ! Dis dis, Je ne te crois pas,...), semble constituer une réponse à Tu veux ou tu veux pas. Et, comme pour ce tube, l'ambiance ici est très latino et agréable. Voilà un titre qui pourrait justement marcher dans tous les bals de camping : "Ne sois pas comme ça, donne-moi la chance, de vivre avec toi la dernière danse, alors je t'en prie, dis-moi plutôt oui" !

30 novembre 2019

LES HARICOTS ROUGES : Tu as calé le moteur


Acquis à la Broc' Livres-BD-CD-DVD du 111 à Châlons-en-Champagne le 24 novembre 2019
Réf : MS 59 -- Édité par Milan en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Tu as calé le moteur -/- Caravan

Jamais je n'aurais imaginé être aussi content de trouver un disque des Haricots Rouges ! Ce n'est pas que je ne les aime pas (j'ai même un de leurs EP des années 1960), mais c'est juste que je les associe surtout à une adaptation à la sauce française du gumbo du jazz Nouvelle-Orléans, un style de musique que je me suis mis à apprécier au fil du temps (la preuve là ou là par exemple), mais je n'en suis pas à en rechercher avidement toutes ses expressions discographiques.
Comme je devais passer par Châlons ce jour-là, je me suis arrêté à cette petite bourse organisée avenue de Paris. Une petite douzaine de stands, dont un seul m'a vraiment intéressé : on y trouvait des 45 tours, 33 tours, 78 tours et CD à prix modique.
Il n'y avait pas des quantités astronomiques de disques, mais j'ai fait vite quand même, et parfois dans ces cas-là mes doigts vont plus vite que mes yeux quand je fais défiler des disques. Là, le temps que vienne à mon cerveau le fait que j'avais repéré le nom "Les Haricots Rouges", j'étais déjà trois ou quatre disques plus loin.
Je m'étonne encore d'avoir pris la peine de revenir en arrière pour examiner ce disque. Ce qui m'a décidé est très ténu, simplement le fait que ce n'est pas très courant de tomber sur un 45 tours deux titres de ce groupe. Mais je n'ai pas regretté ma décision quand j'ai vu indiqué au recto le titre Tu as calé le moteur. J'ai tout de suite retourné la pochette et j'ai eu la confirmation immédiate que la chanson est créditée à Henri Debs et que j'avais donc bien affaire à une reprise de Tu as calé le moteur par Henri Debs et son Combo International, chanté par Serge Christophe et Claude Tranchot, un 45 tours sorti en 1971, que j'ai découvert cet été quand on s'est éclaté dessus avec Philippe R. à Nantes. J'en avais parlé ici, et j'ai inclus ce titre dans mon excellente compilation Parfois c'est compliqué, toujours disponible à l'écoute en ligne pour votre plus grand plaisir.




Certes, en quelques clics je pourrais aller sur Discogs et m'offrir le disque original ci-dessus pour une trentaine d'euros port compris, mais c'est presque trop facile et je n'en tirerais pas grand plaisir, sachant que j'ai déjà pu écouter et télécharger ce morceau.
Non, je suis très content, pour 50 centimes essence non comprise, d'avoir appris qu'il existait cette reprise de Tu as calé le moteur par Les Haricots Rouges.
Si on m'avait posé la question, j'aurais dit que la musique des Haricots Rouges était intégralement instrumentale. C'était vrai à leurs tous débuts en 1963 mais, dès 1965, avec Maman n''veut pas, ils ont inclus des titres chantés à leur répertoire. Et déjà à cette époque, ils ne limitaient pas au jazz Nouvelle-Orléans, puisqu'on trouve sur le même EP une version de Le barbu sans barbe d'Adamo, qui enregistrait comme eux chez Pathé Marconi.
La reprise de Tu as calé le moteur est donc chantée. Heureusement, car les paroles gentiment à double sens (pas besoin d'avoir l'esprit mal placé pour le saisir...) sont essentielles. L'arrangement qui en est donné, avec beaucoup de percussions et de cuivres, sonne à mes oreilles plus Samba/Brésil qu'Antilles ou Nouvelle-Orléans. Au bout du compte, on est dans un territoire commun à Zanini et Henri Salvador.
Caravan, de Duke Ellington, doit être l'un des thèmes les plus populaires du jazz. Il y en a des centaines de reprises et, sans l'avoir cherché, j'en ai déjà plusieurs versions sur disque, par des artistes très différents. La version des Haricots Rouges n'est pas mal du tout, surtout pour moi dans ses parties les plus orientalisantes.
Ces deux titres sont extraits de l'album Les Haricots Rouges, enregistré à Genève et sorti en 1980. On y trouve des versions de Freight train, Hé là-bas, Love me tender, ou Shake, rattle and roll, ainsi qu'un original au titre intrigant, Tu peux pas étrangler ta femme.
La pochette de l'album présente six dessins illustrant des chansons, dus à Boss, alias Michel Quéraud, l'un des membres du groupe. Pour la pochette du 45 tours, c'est le dessin illustrant Caravan qui a été préféré à celui de Tu as calé le moteur.
Une formation des Haricots Rouges existe et tourne encore. Le dernier album, French melodies, est sorti en 2013 chez Frémeaux & Associés. Actuellement, il y a un membre fondateur dans la formation, Pierre Jean (piano). Si j'en crois les infos trouvées chez Fleurs de Vinyl, il n'y avait aussi qu'un membre fondateur au moment de l'enregistrement de l'album de 1980, mais c'était Gérard Tarquin (clarinette).
Bon, maintenant, il ne me reste plus qu'à mettre la main sur le 45 tours d'Henri Debs...

16 janvier 2010

SURPRISE PARTY "REPUBLIQUE"


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 28 novembre 2009
Réf : R.L.P. 6510 -- Edité par Riviera en France vers 1952
Support : 33 tours 25 cm
10 titres

Certes, il contient un titre de Marcel Bianchi, mais j'ai avant tout acheté ce disque pour sa pochette. Il s'agit pourtant d'une pochette standard pour une série de disques de variété, mais le manque de moyens (deux couleurs imprimées sur carton, sans photographie) a probablement permis d'obtenir ce sommet de sobriété en vert, blanc et rouge, quasiment art déco.
Depuis quelques années que j'ai commencé à m'intéresser aux disques des années 50, je n'avais que fugitivement (pour l'oublier aussitôt) fait le rapprochement entre cette étiquette Riviera et une autre, de la fin des années 60 (celle qui abrita, entre beaucoup d'autres, Nino Ferrer, Zanini, voire même Gonthier). Pour cette dernière, le lien avec les disques Barclay était évident : les deux logos étaient jumeaux, hormis l'intitulé du label bien sûr. Mais donc, comme j'ai mis bien longtemps à associer les deux Riviera (Il s'agit bien du même label), j'ai eu autant de mal à associer cet album aux disques Barclay, alors que, bon sang, l'association Riviera = la Côte d'Azur = Saint Tropez = Barclay, c'était facile, sans parler qu'Eddie Barclay lui-même, accompagné de son orchestre de danse, clôt ce disque avec un titre de jazz, Player's boogie.
En fait, apparemment, les trois premiers labels lancés par Eddie Barclay à partir de 1949 furent  Gold Star, Mercury, et Riviera donc, spécialisé dans la musique de danse, c'est à dire principalement à l'époque le tango, la valse,le paso doble, le boléro... Ces labels furent rassemblés à partir de 1954 au sein de la maison de disques Barclay Records.
Dans le très intéressant article biographique consacré à Eddie Barclay par le magazine Je Chante en 2005, qui raconte notamment comment il a contribué à introduire le disque microsillon sur le marché français, il y a cette phrase qui explique en partie comment le grand fan de jazz en est venu à être l'un des "découvreurs" de Dalida : "Mais le jazz ne nourrit pas. Il faut donner dans la variété." Et c'est exactement ce qu'on a ici en grande partie : des musiciens de jazz qui joue des musiques populaires (plus deux titres de musiques typiques et deux de valses de Strauss).
Le grand intérêt pour moi c'est que, pour ces enregistrements qui ont dû être faits très rapidement, ces musiciens accomplis jouent simplement, clairement, des arrangements frais. Ça donne une musique légère et agréable (plus facile à digérer que les accompagnements des versions originales chantées des titres repris ici) : Domino d'André Claveau ou Chérie sois fidèle de Tino Rossi, je ne connais pas et je ne suis pas sûr de vouloir connaître, mais je suis bien certain que ça me plairait beaucoup moins que les versions qu'en donnent ici respectivement Emil Stern et son Piano Magique et Hubert Rostaing et son Orchestre de Danse, qui sont mes deux titres préférés du disque.
Le point de comparaison évident pour ces deux morceaux est la musique de Franck Barcellini pour Mon oncle. D'ailleurs, plus j'y réfléchis, plus je me dis que cet orchestre non crédité qui interprète la musique du film de Jacques Tati doit être un orchestre de jazz, d'autant plus que, puisque j'ai revu le film depuis la semaine dernière, il y a carrément deux musiques non reprises sur le disque lors des scènes de circulation automobile qui sont carrément du jazz.
En plus des quatre titres, en tout, d'Emil Stern et Hubert Rostaing, j'aime aussi beaucoup Lover de Marcel Bianchi et son Orchestre hawaïen, édité à l'époque également sur un 45 tours et réédité sur le CD The hawaiian guitar of Marcel Bianchi et le tango Caido del Cielo de Luis Toebols et son Orchestre typique argentin.

28 septembre 2025

BEBEY : Je suis venu chercher du travail


Acquis chez My Little Sound Shop à Reims le 20 septembre 2025
Réf : 121.329 -- Édité par Riviera en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Je suis venu chercher du travail -/- I came to you

Cela fait bien longtemps que je ne fréquente plus les disquaires, ou ce qu'il en reste près de chez moi. Je n'achète quasiment plus de nouveautés et celles que je cherche ne sont pas dans les rayons, encore moins en CD, qui est le format qui m'intéresse. Je préfère les commander directement au groupe ou au label. Les curiosités, bizarreries et surprises qui m'intéressent, je les trouve plutôt dans les ressourceries ou Emmaüs ou sur les vide-greniers.
Mais je passais dans le coin et on m'avait dit du bien de la boutique My Little Sound Shop à Reims, alors, j'y suis passé. Le lieu est effectivement sympathique et on y est très bien accueilli. Évidemment, et logiquement, les prix ne sont pas ceux d'une ressourcerie, mais j'en suis reparti avec deux disques, celui-ci et un autre 45 tours en cadeau, dont on aura l'occasion de reparler, pour grosso modo le prix d'un demi-paquet de cigarettes.

Pourquoi ce disque ? Parce qu'il s'agit de Francis Bebey, que la pochette est réussie et en parfait état, et aussi et surtout, parce que j'ai carrément été ému quand j'ai écouté pour la première fois il y a quelques mois la chanson Je suis venu chercher du travail.

J'ai découvert Francis Bebey (1929-2001) grâce à des CD de la Médiathèque d’Épernay, avant que sa superbe collection ne soit dilapidée. Il y a d'abord eu la compilation L'Afrique enchantée : Entrez dans le bois sacré, avec la chanson-histoire drôle Cousin Assini, puis la rétrospective African electronic music 1975-1982 de Born Bad, avec notamment les chansons La condition masculine et Agatha.
J'ai donc d'abord connu et apprécié Francis Bebey comme auteur de chansons pleines d'humour, mais il a eu un parcours très riche, comme
journaliste, écrivain (lauréat du Grand Prix littéraire de l'Afrique Noire en 1968 pour son roman Le Fils d’Agatha Moundio) ou directeur du département Musique de l'UNESCO.
Le disque qui m'a fait découvrir Je suis venu chercher du travail, c'est la compilation CD de 2005 Original masters vol. 1, achetée l'an dernier. En préparant ma chronique, j'ai été surpris de constater que c'est la seule fois où cette chanson a été rééditée. Quant à I came to you, de ce que je vois, elle n'a jamais été rééditée, et aucune des deux faces du 45 tours n'est écoutable en ligne

Je serais bien incapable de donner une définition d'une pochette de disque réussie, mais je sais quand j'en vois une, et celle-ci en est un très bel exemple. Pas de photo de l'artiste, pas d'illustration directe du thème, mais cette vue d'une rue pavée assez pourrie d'un village ou une petite ville est pourtant parfaitement dans le ton.
Cette photo est due à Alain Marouani, qui travaillait beaucoup pour la galaxie de labels Barclay. Il est crédité sur Discogs sur une centaine de parutions rien que pour l'année 1970, dont des disques de Vigon et Zanini et la très belle pochette de Blue Memphis de Memphis Slim. Mais il n'était pas que photographe, il était proche d'Eddie Barclay, au point d'être présenté comme son "bras droit".

Ce 45 tours de 1970 se situe encore dans les débuts de sa longue discographie de Francis Bebey. C'est son seul disque publié sur la filiale de Barclay Riviera. Il a été enregistré sous la direction musicale de Bernard Estardy. Après avoir lu Le géant : Itinéraire d'un génie du son, je pense qu'il est probable que l'orgue est tenu par Estardy lui-même. Il y a eu des moyens pour cette session, avec des cordes et des ponctuations de cuivres.

Comme le titre l'annonce, Je suis venu chercher du travail donne la parole à un travailleur émigré. Les choses sont dites simplement et rappellent ce qui devrait être une évidence : l'exil, quelques soient ses raisons, est un arrachement et un drame. Et même pendant les Trente Glorieuses, à une époque où la France suscitait l'immigration de travail, l'accueil fait à ces travailleurs n'étaient pas à la hauteur. D'une voix qui tremble, Francis Bebey rend compte de la situation. C'est poignant quand il en vient à justifier de la faim et de la tenue du narrateur par un "Je suis seulement pauvre".
Il n'y a pas tant de chansons qui donnent le point de vue de celui qui se trouve du mauvais côté du manche. Il ne m'est venu qu'un exemple évident, la Chanson pour l'Auvergnat de Georges Brassens.
Cette chanson reste évidemment d'actualité, et le moins qu'on puisse dire c'est que, dans le demi-siècle écoulé depuis sa parution, la tendance n'a pas été à proposer un meilleur accueil aux émigrés, boucs émissaires tout trouvés contre qui nous multiplions les lois.
Si on cherchait à se mettre à la place des autres plutôt qu'à protéger la sienne, à tendre la main plutôt qu'ériger des barrières, la situation pourrait être toute autre.

Les paroles de cette chanson sont régulièrement qualifiées de poème. Elles ont été publiés en livre au moins deux fois, en 1987 dans le manuel scolaire Mon livre unique de français : CM2 et en 1988 dans Anthologie africaine II : Poésie, des textes réunis par Jacques Chevrier, où le texte est situé dans le chapitre L'exil du dehors.
Dans les textes qu'on trouve en ligne, il y a deux vers absents de la version chantée : "J’ai parcouru de longs jours de voyage pour venir jusqu’ici, ne m’a-t-on pas assuré d’un accueil qui vaudrait bien cette peine ?".

En face B, I came to you est une version anglaise de Je suis venu chercher du travail. Mais ce n'est pas juste la piste vocale qui a été changée, c'est une autre prise, avec des différences dans les arrangements : pas de guitare en introduction, plus de percussions et d'orgue... Le chant est également différent, plus parlé. Du coup, l'atmosphère de l'ensemble se rapproche des grands "slows" de l'époque.

Francis Bebey est loin d'être tombé dans l'oubli depuis sa mort il y a presque un quart de siècle, au contraire, mais ce disque est la preuve qu'il y a encore du travail pour faire découvrir toutes les facettes de son œuvre.

A écouter :
Francis Bebey : Je suis venu chercher du travail
Francis Bebey : I came to you



Le poème Je suis venu chercher du travail dans Mon livre unique de français : CM2 : 6e année des écoles primaires du Cameroun d'Alvine Ekotto Ebolo (Clé/EDICEF, 1987).

11 mai 2024

PATRICK TOPALOFF : J'ai bien mangé, j'ai bien bu


Acquis chez Récup'R à Dizy le 19 avril 2024
Réf : CF 18 -- Édité par Flèche en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : J'ai bien mangé, j'ai bien bu -/- Maman viens me chercher

Cette fois, je crois qu'on a vraiment passé un cap cette année et je doute de trouver suffisamment de disques en 2024 pour produire une sélection de Mes grandes trouvailles de chine (chine s'entendant par "disque acheté d'occasion sans savoir d'avance qu'on pourrait le trouver, et c'est encore mieux quand on n'en connaissait même pas l'existence avant de commencer à fouiller".
Dans les Emmaüs près de chez moi, ça fait déjà un bon moment qu'il n'y a plus beaucoup de disques, et ceux qui restent sont vendus beaucoup plus cher qu'avant. Pour les vide-grenier, j'y pars maintenant en sachant qu'il y a de bonnes chances de revenir bredouille, et cette année la météo n'aide pas, alors je n'en ai quasiment fait aucun. Le dernier endroit où je trouvais régulièrement des disques ces dernières années, c'était la ressourcerie, mais le rayon disques se tarit pour tous les formats de semaine en semaine, et ne se renouvelle pas avec le temps.
La bonne preuve de tout ça, c'est qu'on est en mai et que c'est le premier disque chiné dans l'année que je chronique. Un 45 tours trouvé justement à la ressourcerie, avec un Michel Polnareff et un Martin Circus. On fait avec ce qu'on a, c'est toujours mieux que rien. Au moins ce disque à 10 centimes est en bon état et, tout le monde s'en fout mais c'est sûrement le premier pressage, en BIEM, les suivants étant tamponnés SACEM.

Au tournant des années 1970, Patrick Topaloff était un animateur radio d'Europe 1 comique et célèbre quand il a commencé à bricoler dans le cinéma. C'est Claude François qui l'a orienté vers la chanson en le signant sur son label Flèche. Son premier 45 tours, Qu'i m'énerv', était une reprise d'une chanson de Lee Hazlewood Mike Hazlewood.

Apparemment, Carlos avait été initialement pressenti pour chanter la face A de ce deuxième 45 tours. Cette chanson lui aurait parfaitement convenu. Tout le monde souligne que Claude François ne s'est pas foulé pour composer la musique, qui serait basée sur une comptine populaire, mais personne ne cite le titre ou les paroles de cette comptine.
J'avais huit ans quand J'ai bien mangé, j'ai bien bu est paru, et je crois que je mangeais déjà à la cantine. Autant dire que, avec mon frère et ma sœur, on entonnait "J'ai bien mangé, j'ai bien bu, j'ai la peau du ventre bien tendue, merci petit Jésus" à la moindre occasion. Et souvent on se faisait reprendre par ma Maman qui n'aimait pas cette chanson. On sortait à peine de la guerre du Biafra et de sa famine et les images des enfants au ventre ballonné par la faim étaient partout.
Au moins, elle aurait pu se réjouir qu'on ne prête aucune attention aux paroles des couplets, en particulier le vers "Ma petite sœur Thérèse qui rit quand elle me cueille des fraises", que nous étions trop jeunes pour corriger de nous mêmes...!

J'ai été surpris en regardant le dos la pochette de voir que la face B, Maman viens me chercher, est signée R. Newman. Avec ce titre, j'ai tout de suite pensé qu'il devait s'agir d'une adaptation en français du Mama told me not to come de Randy Newman. C'est bien le cas, et c'est même une version calquée sur la version que je ne connaissais pas par Three Dog Night, qui a été un succès en 1970. L'adaptation est assez fidèle, sauf que le narrateur est joué ici façon efféminée, assez typique de l'humour de l'époque, mais ce n'était pas dans la version originale. En tout cas, on constate que, à cette époque, Claude François ne s'intéressait pas qu'au répertoire de Motown.

Voilà pour ma première chronique de disque chiné en 2024. Attention, si la disette se confirme, je ne m'interdis pas de plonger plus avant dans la discographie de Topaloff. Certes, je crois que je n'ai pas (encore) Ali be good, mais j'adore Où est ma ch'mise grise avec Sim et j'ai même Le couple idéal en duo avec André Verchuren...!


Patrick Topaloff, J'ai bien mangé, j'ai bien bu, en direct le 13 avril 1971 dans l'émission Les étoiles de la chanson.


Patrick Topaloff, J'ai bien mangé, j'ai bien bu, avec la participation de Thierry Le Luron il me semble.

Patrick Topaloff, J'ai bien mangé, j'ai bien bu, avec Zanini cette fois.