Affichage des articles triés par pertinence pour la requête specials. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête specials. Trier par date Afficher tous les articles

14 mai 2006

THE SPECIALS : Specials plus


Acquis au Carrefour de Châlons-sur-Marne en 1980
Réf : CHR TT 5003 & 6198 357 -- Edité par Two Tone en France en 1980
Support : 33 tours 30 cm & 45 tours 17 cm
11 & 2 titres

Je suis tombé pour la première fois sur ce deuxième album des Specials un soir, alors que, comme ça nous est souvent arrivé, je faisais les courses à Carrefour avec mon père. Bon, évidemment, ça m'a valu très vite de me faire plus ou moins engueuler car, au lieu de vider le chariot à la caisse, j'étais déjà plongé dans l'examen de la pochette et du 45 tours inclus avec l'album. Sans parler que lui ai sûrement imposé l'écoute du disque le soir même à la maison, mais ça reste un cadeau dont je suis très content et un bon souvenir.
L'album original s'appelle More Specials. En France, le label a eu la bonne idée de traduire le titre. Même si Plus de Specials aurait mieux convenu, ça a surtout l'intérêt de faire ce cette édition une curiosité (en Espagne, c'est Mas Specials qui est sorti...), d'autant que toutes les rééditions en CD portent le titre original anglais.
En Angleterre, l'album est sorti initialement avec un 45 tours contenant deux titres inédits, plus ou moins des projets solo de membres du groupe, Roddy Radiation et Neville Staples. En France, le label a préféré inclure le 45 tours Rat race, qui était sorti à peine quelques mois plus tôt. Tant mieux pour moi : j'avais déjà Gangsters et le premier album, et j'avais aussi investi dans l'import du EP live avec Too much too young, mais je n'avais pas acheté Rat race. Il faut dire que ce disque a dû se vendre mille fois moins que Gangsters en France et sa "carrière" n'a peut-être pas été facilitée par le fait que la "distribution exclusive" de Chrysalis, le label qui diffusait Two Tone hors Angleterre, est passée de chez Phonogram à RCA pile à cette période. RCA a dû récupérer le stock d'invendus avec le contrat, a fait apposer des étiquettes et des gommettes sur 15 000 exemplaires du disque pour masquer toute mention de Phonogram, et les a insérés dans l'album plutôt que de presser un 45 tours spécialement pour l'occasion. Aux Etats-Unis, pas de 45 tours mais Rat race a été inclus sur l'album lui-même.
Ce deuxième album ne pouvait sûrement que décevoir les fans de ska qui venaient de passer un an à danser sur Gangsters, A message to you Rudy, Nite klub ou Too much too young. Les paroles du premier album étaient loin d'être vraiment gaies, mais celles de Specials plus le sont encore moins. Le ton est donné par  Enjoy yourself, qui ouvre et ferme le disque. Il s'agit d'une reprise d'une chanson de 1949, popularisée par Guy Lombardo, mais j'imagine que les Specials étaient surtout familiers avec la version de Prince Buster. Le message de la chanson ("Enjoy yourself, it's later than you think, Enjoy yourself, while you're still in the pink, The years go by as quickly as you wink") pourrait se résumer par le slogan hip-pop optimiste, "Le temps passe vite, vivez heureux en attendant la mort" !. Ce n'est pas désagréable, mais pour les Specials le moment de grâce était déjà passé. Les fans attendaient encore un disque rapide et dansant, ils se sont retrouvés avec un album patchwork, sans grande unité, avec des titres au tempo plutôt moyen et une tonalité nouvelle inattendue, une sorte de muzak easy listening, qui marque la dernière partie du disque. Les chansons prises individuellement sont plutôt bonnes, mais le disque ne fonctionne pas bien en tant qu'album, et surtout il était déroutant. Ça ne m'empêche pas d'apprécier une bonne partie de ses chansons prises individuellement.
Les singles sortis par le groupe en 1980 sont symptomatiques de cette situation. Ils se sont certes plutôt bien vendus en Angleterre mais, tout comme Rat race, les deux titres extraits de l'album, Stereotype et Do nothing, n'avaient pas l'allure de tubes. 
Stereotype est pourtant un morceau d'anthologie que je fais figurer sans hésitation dans mon panthéon personnel (Ne me demandez pas la liste des titres ce panthéon, je serais bien incapable de vous la donner !), mais dans sa version album, mise au pluriel en Stereotypes car il y deux parties, Stereotype, la version du single, et Stereotype pt 2. Ce n'était pas évident de classer ce single dans les dix premières ventes du moment : petite boite à rythmes Casio, trompette mexicaine, quelque chose qui sonne comme un balalaïka, et l'histoire d'un gars stéréotypé qui se bourre la gueule tous les soirs, rentre chez lui écouter sa stéréo, et finit par se planter dans un lampadaire en bagnole alors qu'il est poursuivi par les flics après sa première cuite post-cure de sevrage alcoolique...
La première partie est bien, mais on aurait pu se contenter de commencer à la deuxième, qui est une sorte de discomix à la jamaïcaine. Ça commence par reprendre intégralement la partie 1, avant d'enchaîner sur un dub toasté, boite à ryhmes qui s'éclate, grosse basse, effets stéréo sur les voix, et Neville Staples dans le rôle du DJ jamaïcain qui improvise à partir des paroles originales (le gars stéréotypé, l'alcool, la musique en stéréo) un toast qui me touche toujours autant, même vingt-cinq ans plus tard. Peut-être parce que j'ai un peu l'impression d'entendre mon portrait : "All I want is my stereo (...) I don't drink no beer (...) They call me the stereo type (...) You stop into your flat and you feel so relax with your stereo (...) I don't need no speed to make me go fast, Just give me little 45 and 33, I buy my stereo I want to be free, I'm a stereo type".
Même si, à part Stereotypes, j'ai beaucoup moins écouté cet album que le premier, je restais assez intéressé par le groupe pour m'offrir à Londres l'années suivante le livre Specials illustrated, qui contenait les paroles et les accords des chansons des deux albums, illustrées par Nick Davies. Un livre jamais réédité, actuellement très recherché par les fans du groupe.

La réédition remasterisée de 2002 de More Specials est toujours disponible en CD. Elle ne comporte aucun bonus, même pas les deux titres du 45 tours de l'édition anglaise.


The Specials, Stereotypes, en public à Amsterdam, dans l'émission Countdown.





02 juin 2023

THE FUN BOY THREE : The lunatics have taken over the asylum


Acquis sur le vide-grenier de Mardeuil le 30 avril 2023
Réf : CHS 2563 -- Édité par Chrysalis en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The lunatics have taken over the asylum -/- Faith, hope and charity

Le temps était bien plus agréable ce matin-là que la météo l'avait prévu, avec même un peu de soleil, mais j'ai bien cru que j'allais repartir bredouille de cette brocante de village plutôt sympathique. Jusqu'à ce que je tombe sur le stand d'un gars qui avait plusieurs boites de 45 tours anglais, la plupart sans pochette. Je lui en ai pris huit, dont celui-ci.

Quand Terry Hall est mort à la fin de l'an dernier, j'ai chroniqué ici un excellent single de The Colour Field, principalement parce que j'avais pensé le faire depuis longtemps. Mais je crois que si j'avais alors eu The lunatics have taken over the asylum dans ma discothèque c'est celui-ci que j'aurais sélectionné.
Il y a une raison bien simple pour expliquer cette absence jusque-là : j'ai acheté le premier album de Fun Boy Three à sa sortie en mars 1982, et on y trouve les deux faces de ce 45 tours. A l'époque, mon budget serré d'étudiant m'incitait à éviter de doublonner mes achats...!

Les choses se sont passées très vite en 1981 pour Lynval Golding, Terry Hall et Neville Staple. En juin, The Specials ont sorti le single Ghost town, un excellent titre et presque un nouveau départ après l'album assez inégal Specials plus. Pendant l'été, le disque est classé n°1 des ventes. Mais il y avait depuis un moment des tensions au sein du groupe et, le 11 octobre, le départ des deux chanteurs Hall et Staple et du guitariste Golding est officiellement annoncé, en même temps que la formation par le trio d'un nouveau groupe, Fun Boy Three, qui sort ce premier 45 tours dès le 30 octobre. Impressionnant de rapidité, donc, mais il faut dire qu'ils avaient initialement composé The lunatics... pour les Specials, qui auraient même commencé à le travailler avant la séparation, peut-être pour le sortir comme prochain single.
Avec leur tenue blanche sur cette pochette et sur celle de l'album, j'ai toujours pensé que Fun Boy Three s'était inspiré de Basement 5 pour son look.

Pas de ska pour The lunatics have taken over the asylum, plutôt ce qu'on appelait à l'époque des rythmes tribaux, avec des percussions, une boite à rythmes, plus un clavier comme instrument mélodique.
Le titre signifie Les cinglés ont pris le pouvoir à l'asile. Terry Hall expliquait à l'époque que chaque couplet était à propos d'un cinglé différent. "I see a clinic full of cynics who want to twist the peoples' wrist, they're watching every move we make, we're all included on their list.". Ces paroles n'ont pas pris une ride.
Avec ces paroles et la musique, notamment la ligne d'orgue presque orientale, The lunatics... se serait parfaitement enchaîné avec Ghost town dans la discographie des Specials.
En 2019, les Specials reformés sans Jerry Dammers ni Neville Staple ont sorti l'album Encore, lui aussi classé n° 1 en Angleterre. On y trouve une nouvelle version de The lunatics have taken over the asylum, avec cette fois l'introduction d'un rythme reggae, qui était complètement absent de la version originale.

Je n'ai pas écouté l'album Fun Boy Three depuis longtemps, mais je me souvenais bien de Faith, hope and charity, et notamment de son refrain "Faith and hope and charity, one for you and one for me".
Ce qui m'a vraiment surpris en réécoutant la chanson, c'est que j'ai découvert que, en plus d'une guitare funky, la chanson a une base synthétique qui m'a semblé carrément proto-techno. Et la preuve que je ne dois pas délirer, c'est que j'ai découvert que, en, 1988, le producteur et remixeur de house Danny D a remixé Faith, hope and charity pour la compilation Fierce dance cuts number two.

En plus d'être réjouissant, Fun Boy Three aura donc eu le temps d'être innovant, même si, comme les Specials et comme The Colour Field, le groupe n'a pas tenu assez longtemps pour publier plus de deux albums.




The Fun Boy Three en direct dans l'émission Rockpalast diffusée le 11 mai 1983. Plus d'une heure de concert, avec Faith, hope and charity, The lunatics have taken over the asylum et même une excellente version de Gangsters, violoncelle compris.

23 décembre 2022

THE COLOUR FIELD : Take


Acquis neuf en solde dans la Marne vers 1984-1985
Réf : 106 775 -- Édité par Chrysalis en Allemagne en 1984
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Take -/- Pushing up the daisies

J'évite de chroniquer ici des disques en réaction à des décès récents, sinon ce blog deviendrait vite une simple rubrique nécrologique : les gens, artistes compris, meurent tout le temps, et quelques heures après l'annonce de la mort à 63 ans de Terry Hall, on apprenait celle à 55 ans de Martin Duffy, le clavier de Felt et Primal Scream.

Mais pour Terry Hall j'ai un regret car, en faisant le point, je vois que je ne me suis penché jusqu'ici que sur un seul de ses disques, Specials plus. C'était il y a plus de seize ans, et depuis j'ai envisagé à plusieurs reprises de chroniquer d'autres disques des Specials (hors Special A.K.A., sans lui), ou bien Fun Boy Three (je pensais à Our lips are sealed, mais j'aurais préféré avoir le single The lunatics have taken over the asylum), The Colour Field, ou encore Terry, Blair & Anouchka (mais au bout du compte j'ai chroniqué l'original de Love will keep us together plutôt que leur reprise). Quand je l'ai acheté il y a trois ans, j'ai même pensé m'attaquer à The collection, un résumé de son parcours insensé de 1979 à 1992, des Specials à Vegas.
La preuve que sa musique continue à m'accompagner encore aujourd'hui : on trouve une version live de 1979 de Blank expression sur ma dernière compilation en date, Ta brioche est beurrée ?.

Une des chansons les plus marquantes de Terry Hall restera pour moi Well fancy that, une valse aux paroles glaçantes sur le deuxième album de Fun Boy Three, dans laquelle il s'adresse au prof qui l'a violé lors d'un voyage linguistique en France.
Mais le disque que j'ai sélectionné aujourd'hui, c'est un 45 tours de son groupe suivant, The Colour Field, avec une face B de circonstance puisque son titre signifie Faire pousser les pâquerettes, c'est à dire en bon français Manger les pissenlits par la racine.

C'est l'un de mes disques préférés de The Colour Field, avec deux faces d'excellentes qualité. Je l'avais trouvé pour 5 francs en solde quelques mois après sa sortie.
Même si la musique avait évolué, Fun Boy Three pouvait être considéré comme une suite directe des Specials, puisque le groupe avait été fondé par trois compères qui venaient de s'en échapper. Avec The Colour Field, Terry a vraiment volé de ses propres ailes pour la première fois, accompagné initialement par Karl Shale et Toby Lyons, un ancien du groupe 2 Tone The Swinging Cats.
C'est le deuxième single du groupe, produit par Hugh Jones, réputé à l'époque pour son travail avec Echo & the Bunnymen (mais aussi avec The Sound). C'est d'ailleurs Pete de Freitas des Bunnymen qui est à la batterie.

La face A, Take, fait partie de ses chansons qui mettent en avant le côté un peu triste et misérable de Terry Hall. C'est assez enlevé, mais côté paroles il n'y va pas avec le dos de la cuillère pour cette chanson de rupture. Elle est partie et en rajoute dans la souffrance. Seule lueur d'espoir, "le chat et moi on a le bail de l'appart et tu ne pourras jamais rien y faire. Le lait est toujours livré, on est assis au coin du feu, on pourrait dire qu'on a la belle vie".

Pushing up the daisies est peut-être bien tout simplement ma chanson préférée du groupe. Je me suis toujours étonné qu'elle ait été reléguée en face B de single (Take est sur l'album original anglais Virgins and philistines, pas Pushing up, mais les américains ont modifié la liste des titres et l'ont incluse).
Il y a un bon riff et les paroles sont il me semble une oraison funèbre sans compassion ("Tu manges les pissenlits par la racine et la vie continue continue continue") ainsi qu'une réflexion sur le show business.
En préparant cette chronique, j'ai découvert la genèse de cette chanson. En effet, je suis tombé sur le passage de The Colour Field en direct dans l'émission The Tube le 3 février 1984 (j'étais à Londres ce soir-là et j'ai sûrement vu l'émission). Pour le dernier titre, on reconnaît bien la musique de Pushing up the daisies, mais les paroles sont différentes. Et pour cause, car la chanson n'était à l'époque qu'une version de The trip, le premier 45 tours solo de Kim Fowley, en 1965. Quelques mois plus tard, ils ont conservé l'arrangement travaillé pour cette reprise (et donc, quelque part, un peu du riff de la chanson de Fowley) pour en faire cette nouvelle chanson.

Les choses ont assez vite mal tourné pour The Colour Field, puisque le groupe s'est désintégré en 1987, avant même la fin de l'enregistrement du deuxième album Deception, co-produit par Richard Gottehrer et sur lequel figurent des musiciens de session.




The Colour Field reprend The trip de Kim Fowley, en direct dans l'émission The Tube le 3 février 1984. Avec des paroles originales, cette reprise deviendra quelques mois plus tard la chanson Pushing up the daisies. Leur prestation complète ce jour-là, avec aussi Sorry et The colour field, vaut le coup.


Entretien de Terry Hall avec Sunie Fletcher dans une émission de la chaîne cablée Sky le 7 août 1984, suivi de la vidéo de Take.

21 juin 2012

PRINCE OF WALES STARS : Al Capone


Acquis sur le vide-grenier de Roches-sur-Marne le 10 juin 2012
Réf : EP 1115 -- Edité par Disc'AZ en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Al Capone -- Very original -/- I was Kaiser Bill's batman -- A lion may be beholden to a mouse (On a toujours besoin d'un plus petit que soi)

Allez, après Howard Werth et Henri Salvador, voici l'une des plus belles trouvailles faites à Roches-sur-Marne.
Déjà, la pochette est très réussie. On ne sait pas qui l'a réalisée, mais il est quand même précisé que c'est un Ektachrome "d'après 'Le cauchemar de magritte' ". Tu m'étonnes.
En tout cas, ça donne une bonne indication de ce que ce disque représente ce, car on a en fait à faire à un cas particulièrement élaboré (et réussi) de parasitisme discographique. C'est un type de disque très courant, mais je crois bien que la dernière fois que j'étais tombé sur un cas d'école aussi intéressant, c'était pour le Whiter shade of pale de Pro Cromagnum (Sapiens).
Alors, examinons la méthode pour tenter d'aspirer efficacement les ventes d'un succès du disque. D'abord, on met le titre, Al Capone, en très gros sur la pochette. En effet, si un pékin moyen a entendu le morceau original à la radio, c'est probablement le titre de celui-ci qu'il aura retenu et qu'il cherchera chez le disquaire (aparté pour ceux qui n'ont pas connu ça : les disquaires étaient des magasins qu'on trouvait dans les villes grandes et petites, où une grande partie de la population dépensait de l'argent pour acheter de la musique enregistrée sur des antiquités qui se sont successivement appelées 78 tours, 45 tours, 33 tours, cassette et CD...).
Pour assurer le coup, nommez le deuxième titre Very original. Comme ça, en le plaçant en encadré sous le premier, le pigeon inattentif, pourra croire avoir lu "Version originale" !
Ensuite, le nom de l'artiste. C'est un pseudo bidon qui ne servira qu'une seule fois, mais autant le choisir habilement, des fois que le client ait aussi entendu ou lu le nom de l'artiste original. Dans ce cas précis, c'était Prince Buster's All Stars, alors va pour Prince of Wales Stars, ça commence par Prince et ça finit par Stars ! (Je vous dis, c'est très élaboré).
Et pour finir, au cas où le consommateur aurait aperçu la pochette originale du disque dans une revue ou chez un autre disquaire, on a mis au dos une cible de tir comme sur la pochette originale du EP français Al Capone de Prince Buster.
Je ne sais pas si Prince Buster a de bons avocats, mais si c'est le cas ils ont dû avoir des honoraires conséquents en tentant au fil des années de protéger ses droits sur cet instrumental publié pour la première fois en 1965.
Les gens de ma génération, qui ont vécu en plein la seconde vague du ska lancée par 2-Tone en 1979-80, ont longtemps connu Al Capone sans le savoir. En effet, au moment où Gangsters, le premier single des Specials, se vendait comme des petits pains, on avait très peu d'occasions d'écouter Al Capone, le disque n'étant alors quasiment plus distribué. Pourtant, quand enfin on a l'occasion de comparer les deux titres, la filiation est plus qu'évidente : certes, les Specials ont fait de l'instrumental de départ une vraie chanson, avec des couplets chantés qui ont peu à voir avec le titre original, mais tout ce qui est mémorable dans Al Capone est utilisé tout au long de Gangsters, de l'accroche instrumentale aux quelques exclamations façon "Don't argue" ou "Don't call me scarface". Je n'ai jamais compris comment un fan de musique comme Jerry Dammers avait pu sortir ce titre sans créditer son idole. D'un autre côté, il ne s'attendait sûrement pas à ce que sa face de 45 tours auto-produit fasse le tour du monde. Les reprises ultérieures de Prince Buster par Madness ou The Specials ont correctement crédité Cecil Campbell, alias le Prince.
Je viens de le découvrir, mais quatre ans plus tôt, en 1975, un autre succès était une resucée d'Al Capone. Il s'agit de Do you wanna bump ?, le tout premier single signé Boney M, qui est en fait une version disco (non créditée) d'Al Capone, dont le succès a poussé son créateur Frank Farian à recruter un groupe pour incarner Boney M...
Même une fois que j'ai su, au tout début des années 1980, queGangsters était en fait Al Capone, je n'ai jamais imaginé que ce morceau avait pu avoir du succès en France à l'époque, ni même qu'il avait pu y être édité. Eh bien, j'avais tort ! C'est début 1967 que le 45 tours s'est classé parmi les meilleures ventes en Angleterre, et c'est à ce moment que le disque est sorti en France, en EP avec pochette illustrée et en 45 tours deux titres avec comme mention  au verso "La seule version originale. Car il y avait de la concurrence. Outre celle des Prince of Wales Stars, au moins une autre version était disponible, celle du groupe de jazz Nouvelle-Orléans Les Haricots Rouges. Le 30 mars 1967, à la télévision dans Le palmarès des chansons, le groupe a interprété ce titre, sur lequel Régine dansait sa nouvelle danse, le "skate". Le skate, et pourquoi pas tout simplement le ska ? On se le demande car le Jackson de Nancy Sinatra et Lee Hazlewood, emblématique du skate, n'avait rien à voir avec le ska. Régine a peut-être confondu les deux, mais en tout cas Disc'AZ était à l'affût et n'a pas manqué d'apposer la mention "Spécial 'skate' " bien en vue sur le disque des Prince of Wales Stars.
Tiens, justement il est grand temps d'y jeter une oreille, à ce disque.
D'abord, notons qu'Al Capone est peut-être le titre le moins intéressant du lot. La version est plutôt molle, pas très ska, sans trop d'intérêt. L'autre reprise, I was Kaiser Bill's batman, un succès en 1967 pour Whistling Jack Smith, est un titre sifflé, justement, très léger mais très sympathique.
Les deux autres titres sont des originaux crédités à l'improbable Mike David Sutton. Je n'ai trouvé aucune référence à cette personne probablement fictive, au patronyme anglo-saxon mais dont je soupçonne qu'elle cache un musicien français sous pseudonyme.
En tout cas, Very original est un titre intéressant, un instrumental assez typique de l'époque, façon musique de film quasi-psyché, avec des bongos et une bonne guitare électrique saturée. Beaucoup  plus léger mais tout aussi réjouissant, A lion may be beholden to a mouse (On a toujours besoin d'un plus petit que soi) enchaîne des extraits de comptines entrecoupés de phrases en français dites par une voix féminine.
Ce 45 tours de Prince of Wales Stars est assez recherché par certains collectionneurs, pour Very original, mais aussi et surtout pour la version d'Al Capone, qui compte un invité vedette crédité au verso de la pochette, Mike Pasternak. Sous son vrai nom, cet animateur de radio américain, qui a inspiré l'un des personnages du sympathique mais au bout du compte plutôt décevant film Good morning England, est peu connu, mais sous son nom de radio, c'est une légende, qui lui vaut des titres différents dans le monde anglo-saxon, où il l'est Emperor Rosko, et en France où on le connait comme le Président Rosko. Sa carrière française, il l'a d'abord faite chez Barclay et sur les radios Europe 1 et RMC, mais au moment où il a participé à l'enregistrement de ce disque il présentait l'émission Minimax sur RTL. Cette même année 1967, Rosko était l'animateur de la tournée Stax/Volt en Europe et c'est lui qu'on entend annoncer les groupes sur les enregistrements de ces concerts.
Rosko a enregistré quelques disques au fil de sa carrière et il semble bien que le titre auquel on l'associe le plus est justement Al Capone. Pas tellement à cause de ce 45 tours des Prince of Wales Stars, plutôt parce qu'en fait Al Capone a aussi été édité en Angleterre sous le nom d'Emperor Rosko, chez Trojan, s'il vous plait ! En fait, Trojan a même sorti ce titre trois fois : en 1970 (référence TR-7758) et deux en fois en 1975 (référence TR-7949 avec en face B Anna par The Main Men et référence TRO 9059 avec en face B Phoenix City de Roland Alphonso).
Toutes les sources, à commencer par le livre Young gifted and black : The story of Trojan Records, indiquent que les disques de 1975 sont une réédition de celui de 1970. Je pense que c'est faux et qu'on a à faire à  deux versions différentes.
La version de 1975 (je pense que c'est la même dans les deux éditions) est excellente, très roots et très dynamique, avec une forte présence de Rosko. Il est indiqué que c'est une production Alted.
La version de 1970, très honnêtement je ne l'ai pas écoutée car je ne l'ai pas trouvée en ligne, mais mon petit doigt me dit qu'il s'agit tout bonnement de la version des Prince of Wales Stars. Pourquoi ? Pour deux raisons : la face B est Kaiser Bill, ce qui me rappelle quelque chose, et le producteur mentionné est français, c'est même un producteur très réputé puisqu'il s'agit de Michel Colombier !!
Voilà une info très intéressante, qui nous ouvre des perspectives. Sachant en plus que Colombier a produit de nombreux EP pour Disc'AZ dans les années 1960, je pense qu'elle permet d'avancer sans trop se risquer que les Prince of Wales Stars sont en fait Michel Colombier et son Orchestre et que Mike David Sutton n'est autre que Michel Colombier lui-même...
A confirmer, mais voilà une bonne raison de plus pour les collectionneurs de chercher ce disque (je conseille plutôt aux fans de ska de chercher une édition Trojan de 1975). Quant à moi, des découvertes comme celles-ci compensent largement les heures perdues sur les vide-greniers à se salir les doigts à fureter dans des piles de disques sans intérêt...

A lire, une longue interview d'Emperor Rosko chez Soundscapes.


12 mars 2015

THE SPECIAL AKA : What I like most about you is your girlfriend


Acquis neuf à Londres en 1984
Réf : CHS TT 272 (CHS TT 27 et CHS TT 23) -- Edité par 2 Tone / Chrysalis en Angleterre en 1984
Support : 2 x 45 tours 17 cm
Titres : What I like most about you is your girlfriend -/- Can't get a break et War crimes (The crime remains the same) -/- Version

Après le grand succès de Ghost town en 1981, les tensions internes au groupe ont fini par faire éclater The Specials. Une petite moitié du groupe est partie essayer de jouer aux rigolos avec Fun Boy Three. De son côté, le fondateur Jerry Dammers a repris le nom initial The Special AKA, remonter une équipe et est rentré en studio. Il a peut-être bien pensé ne jamais en sortir puisque l'album correspondant n'est arrivé qu'à la mi-1984, titré fort logiquement In the studio.
Entre-temps, le groupe avait égrené des singles, sans grand succès initialement, avec des musiques léchées mais des thématiques lugubres : War crimes en 1982 et Racist friend en 1983. Finalement, au printemps 1984, ils ont réussi à associer un message militant et politique fort avec une musique pleine de joie et d'énergie positive. C'était pour Free Nelson Mandela, une grande réussite qui leur a permis de renouer avec le succès.
Là-dessus, l'album est sorti, avec dix titres, dont cinq précédemment parus (les trois faces A et deux faces B, Bright lights et Break down the door). Pour surfer sur le succès de Mandela et soutenir l'album, le label a quand même décidé pendant l'été 1984 de prendre encore un autre titre de l'album pour le sortir en single. Cette fois-ci, pas de politique, What I like most about you is your girlfriend est sûrement le titre le plus léger de l'album, presque une pochade : "Ce que je préfère chez toi, c'est ta copine. (...) Je la regarde pendant que je te parle (...). Ta copine n'a qu'un seul défaut, et c'est toi". L'illustration de pochette de Nick Davies et les photos tirées de la vidéo qu'on trouve à l'intérieur de la pochette ouvrante (avec Dammers déguisé en extra-terrestre, façon film de série Z des années cinquante) confirment la légèreté de ce single.
Musicalement, on est dans une ambiance reggae teintée de jazz. Cette chanson est très particulière dans la discographie des Specials : c'est la seule qui est chantée par Jerry Dammers. Comme l'explique Rhoda Dakar à Marco on the Bass, Dammers enregistrait souvent des guides vocaux, et que cette fois-ci il n'a pas dû réussir à obtenir ce qu'il voulait des chanteurs qu'il avait sous la main. Le succès n'a pas particulièrement été au rendez-vous. Elvis Costello (sur scène en 1984) et The Punk Monks ont fait des reprises de What I like most about you is your girlfriend.
En face B, on trouve Can't get a break, l'un des titres issus des mois d'enregistrement de In the studio mais finalement écarté de l'album. Avec Rhoda Dakar au chant, on est là dans une ambiance soul-funky, avec à nouveau un thème pas des plus gais ("T'as pas un centime en poche et aucun moyen de t'en sortir").
Comme souvent, j'ai acheté ce disque parce que j'ai été tenté par la perspective d'un "single gratuit" ajouté au disque principal. Dans ce cas précis, ils ne se sont pas embêtés chez 2 Tone/Chrysalis : ils ont profité de l'occasion pour écouler les stocks d'invendus de War crimes, le 45 tours de 1982 !  (Mais je ne l'avais pas, alors ça tombait bien).
Avec des tonalités orientales, Crimes de guerre (Le crime reste le même) évoque le siège de Beyrouth par Israël en 1982. Même si c'est musicalement accessible, on n'est pas surpris que les radios des eighties néo-romantiques aient préféré programmer d'autres titres.
In the studio a coûté tellement cher à enregistrer que, même avec le succès de Mandela, le groupe s'est retrouvé financièrement dans le rouge vis-à-vis de son label et il a de fait cessé d'exister début 1985. Jerry Dammers a poursuivi de nombreux projets musicaux, dont The Spatial AKA Orchestra. Une formation des Specials tourne à nouveau depuis quelques années, mais sans lui et avec de moins en moins de membres originaux, ce qui n'a pas grand sens sauf pour les ultra-nostalgiques.

In the studio va ressortir ce mois-ci, dans une édition double-CD qui comprend les quatre titres de ce double 45 tours.




The Special AKA répètent Can't get a break en direct pour l'émission Play at home de Channel 4 en 1984 (voir l'émission complète). J'ai tendance à préférer cette version à celle du disque.

28 décembre 2005

MADNESS : One step beyond...


Offert par Bernard Lenoir et France Inter fin 1979 ou début 1980
Réf : 940822 -- Édité par Stiff en France en 1979
Support : 33 tours 30 cm
15 titres

Qu'est-ce qu'on n'est pas amené à faire parfois, simplement pour recevoir un disque gratuitement, surtout quand on est un lycéen fauché !!
Donc, Bernard Lenoir, à la grande époque de Feedback et du revival ska, avait lancé ce concours où il fallait lui envoyer une photo rigolote pour gagner, au choix, le premier album des Specials ou celui de Madness.

Avec Eric L. et Didier B., on a décidé de se lancer dans l'aventure, et on s'est mis à cogiter au lycée. Nous est venue cette idée de Skaman, le gars tellement fou de ska qu'il se retrouve couvert de damiers façon two-tone...! Oh, on a bien bossé l'affaire. Eric a passé des heures à tracer des carrés noirs au feutre sur un short blanc, et la séance de prises de vues a bien dû durer au minimum tout un mercredi après-midi ! On a fait ça au polaroïd, pour se rendre compte du résultat, et on a envoyé les meilleures à Lenoir. Il ne me reste que les moins bonnes, mais sur celle ci-dessous, on a une bonne idée de l'ambiance : dans la chambre de mon frère, Eric joue le psychiatre et Didier le fou à lier, le nez contre la fenêtre, dehors et torse nu alors qu'on devait être en octobre ou novembre !

Évidemment, on a fait partie de la dizaine ou de la vingtaine de gagnants. Comme c'était moi le plus grand fan de ska, et c'est moi qui avais accepté qu'on me peigne consciencieusement des damiers à la gouache sur tout le corps, j'ai gardé le disque. J'avais choisi l'album de Madness car j'avais déjà celui des Specials.

En fait, autant j'apprécie et j'ai toujours beaucoup écouté le premier album des Specials, autant celui-ci m'a toujours laissé un peu froid. C'est sûr, on dansait à toutes les fêtes sur "One step beyond" et même "Night boat to Cairo". J'aime aussi beaucoup "My girl", dont j'avais transcrit les paroles à l'époque. Mais pour le reste, à part les titres de singles (" The prince", "Madness", "Bed and breakfast man"), c'est quand même un album qui comporte une bonne moitié de titres faibles, y compris une version du "Lac des cygnes", très à la mode en 1979 puisque que PIL l'a aussi enregistré.

Et avec des aventures de ce style (il y en a eu d'autres), vous ne serez pas surpris d'apprendre que, cette année-là, notre terminale a battu des records en termes d'échec au bac !

04 mars 2022

PRINCE BUSTER'S ALL STARS : Al Capone


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 12 octobre 2021
Réf : 71.125 -- Édité par Decca en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Al Capone -/- One step beyond

L'an dernier, Dorian Feller s'est procuré un exemplaire de ce 45 tours. Et je dois bien avouer que, quand il me l'a montré, j'ai quelque peu bavé dessus. Cela a suscité quelque étonnement pour lui, mais les deux faces de 45 tours sont des classiques pour moi, dont les années de lycéen ont été marquées par la vague ska 2 Tone (je vous rappelle que j'ai même gagné un album dans un concours Feedback de Bernard Lenoir avec une photo "ska"). Or, j'ai depuis longtemps une compilation de Prince Buster, et aussi un 45 tours, mais pas celui-là, même si j'ai déjà chroniqué ici une reprise-parasite de sa face A. La pochette précise donc bien ici qu'il s'agit de "La seule version originale de Al Capone" !
Ce disque n'est pourtant peut-être pas extrêmement rare. La preuve : Dorian en a trouvé un deuxième exemplaire quelques semaines plus tard, qu'il a très gentiment mis de côté à mon intention !

La première chose que que je note, quand je regarde la discographie des Prince Buster's All stars, c'est le nombre délirant de singles qu'ils ont sortis dans les années 1960.
Il y a un mystère aussi que je ne m'explique pas, c'est qu'Al Capone est sorti à l'origine en 1964, mais c'est en 1967 que ce titre a connu son plus grand succès en Angleterre. Je ne sais pas quel événement en particulier a relancé cette chanson à ce moment-là, mais c'est ce succès anglais qui a entraîné la sortie de cette édition française sous licence par Decca.

Quand je dis qu'on a deux classiques sur ce disque, je n'exagère pas. On a quand même ici les versions originales de deux des plus grands succès des Specials et de Madness, avec Prince Buster qui les accompagne vocalement plus comme un DJ/chauffeur de salle que comme un chanteur. En tout cas, ça me fait tout drôle de les écouter car je ne connais vraiment que les versions reprises en 1979 de ces chansons.

Il n'y a aucun doute à l'écoute, Al Capone c'est Gangsters des Specials, et c'est scandaleux que ce groupe, qui a fait beaucoup pour la musique indépendante, n'ait jamais crédité Cecil Bustamente Campbell, alias Prince Buster, pour Gangsters, même pas sur les rééditions. J'espère quand même que, par un biais ou un autre, il a touché un pourcentage des droits d'auteur de cette chanson.

Madness au moins a crédité Prince Buster pour sa reprise de One step beyond sur son deuxième 45 tours. Il faut dire que le premier 45 tours, sorti un mois plus tôt, comportait en face A un hommage à Buster, The Prince, et en face B une reprise de Madness, un autre de ses succès, qui a donné son nom au groupe !
On notera que, musicalement, les jamaïcains qui jouent sur la version originale, dont des membres des Skatalites, touchent plus leur bille que les enthousiastes londoniens.

Prince Buster est mort en 2016 à 78 ans.


Prince Buster avec les Skatalites, Al Capone, au festival Reggae Sunsplash en 1983.


11 novembre 2007

THE SKATALITES : Hi-bop ska !


Acquis probablement chez Rough Trade/Danceteria à Paris en 1995
Réf : SHANACHIE 45019 -- Edité par Shanachie aux Etats-Unis en 1994
Support : CD 12 cm
12 titres

Je ne suis allé au Printemps de Bourges en 1995 que pour les trois derniers jours, le week-end du 1er mai. Comme d'autres fois, j'y étais avant tout pour suivre les concerts des Découvertes du Printemps, en tant que membre de l'Antenne régionale Champagne-Ardenne, et pour participer à l'assemblée générale de la Férarock, association à laquelle je participais activement au titre de La Radio Primitive.
Comme je n'étais pas présent pendant tout le festival, je n'avais sûrement pas pu récupérer un pass intégral, ce qui explique que, parmi les gens susceptibles de m'intéresser au programme cette année-là, je n'ai vu ni P.J. Harvey, ni Vic Chesnutt, ni Kevin Coyne. J'ai quand même vu Sloy, Deus (mais j'ai été déçu et j'étais fatigué, je ne suis donc pas resté tout le concert), African Headcharge, Gary Clail et Le Maximum Kouette dans un bar, hors programmation officielle.
Mais le samedi soir, les collègues de la Féra n'ont pas eu trop de mal à me convaincre de les accompagner au chapiteau Magic Mirrors, pour le concert de minuit, inexplicablement réservé aux "professionnels" titulaires d'un badge, même si je ne connaissais pas vraiment les Skatalites à ce moment-là. Pourtant, j'étais à fond en 79-80 dans le mouvement ska 2-tone (pas au point de me déguiser, sauf pour un concours Feedback de Bernard Lenoir), mais je n'ai pas souvenir d'avoir beaucoup entendu parler des Skatalites à l'époque, et en tout cas il me semble qu'on ne trouvait aucun de leurs disques. Prince Buster, repris par Madness et pompé par les Specials, était lui tout le temps cité.
Donc, quand je suis entré dans ce chapiteau, un peu après minuit, alors que le concert était déjà commencé, je ne connaissais rien des Skatalites, si ce n'est qu'avec un nom pareil je me doutais bien qu'ils jouaient du ska !
Mais pas besoin de les connaître pour apprécier ce concert. Vu que le chapiteau pas très grand était loin d'être plein, nous nous sommes vite retrouvés juste devant la scène, à remuer et à en prendre plein les oreilles et plein les yeux (j'étais fasciné par la classe de Lloyd Brevett, le contrebassiste) pendant que les musiciens enchaînaient solo sur solo. Un très bon moment, et m'un de mes meilleurs souvenirs de concert.
Le lendemain, après la prestation de Mundane Ill, notre "découverte" de l'année (un groupe de hardcore ardennais), c'est en plein air, avec donc un son un peu délayé dans l'espace, dans une atmosphère ensoleillée et devant une foule familiale que nous avons retrouvé les Skatalites, qui ont donné un court concert sur le car-podium de la Région Centre, une scène pourtant souvent réservée aux groupes amateurs !
C'est suite à l'enthousiasme suscité par ces concerts que j'ai fait l'acquisition quelques temps plus tard de Hi-bop ska, qui était à l'époque l'album le plus récent des Skatalites, sorti l'année où ils célébraient l'anniversaire des trente ans depuis leur formation.
Le disque a été enregistré à New-York. En plus de son rythme ska effréné, c'est aussi un disque fortement marqué par le jazz, comme son titre semble l'indiquer, parce que la formation musicale des musiciens des Skatalites doit prendre ses racines dans le jazz, parce que, comme sur scène, ils enchaînent tour à tour des solos suivant une tradition jazz bien établie, mais aussi parce que plusieurs pointures jazz sont invitées sur le disque, notamment Lester Bowie, de l'Art Ensemble of Chicago.
La musique des Skatalites est majoritairement instrumentale, mais il y a quelques chanteurs présents sur l'album, dont Doreen Shaeffer, membre du groupe à part entière, qui était présente lors du concert de Bourges, Toots Hibbert, excellent sur Split personality, et Prince Buster, un peu décevant sur Ska ska ska.
Les titres se répartissent entre nouvelles compositions, dont deux sont signées par les invités jazzmen, et reprises de titres de gloire du groupe. C'est vers ces dernières que va ma préférence, avec notamment Man in the street, Guns of Navarone et You're wondering now, un titre chanté ici par Doreen Shaeffer, mais qui l'était dans sa version originale par Andy & Joey accompagnés des Skatalites et que beaucoup, comme moi, ont appris à connaitre par la reprise qu'on trouve sur le premier album des Specials.
Depuis ce concert de Bourges, plusieurs membres des Skatalites sont morts, dont Tommy McCook et Roland Alphonso, et d'autres ont quitté le groupe, comme Lloyd Brevett, mais les Skatalites tournent toujours, et je parierais que leur musique swingue toujours autant. Et surtout, on trouve désormais facilement une quantité de CDs avec les enregistrements historiques des Skatalites dans les années 60.


The Skatalites sur le podium de la Région Centre à Bourges, le 1er mai 1995 (Photos : Pol Dodu)

12 mai 2012

RADAR : Bright like the sun (album sampler)


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres le 18 avril 2012
Réf : BRIGHTDJ 001 -- Edité par EMI en Angleterre en 2006 -- Promo use only. This promotional CD has been released by EMI on the express condition that ownership and title remain vested in EMI which may require delivery up of this record at any time. It may not be sold, transferred, altered or copied (including burning or uploading to the internet) without the express prior written approval of EMI.
Support : CD 12 cm
6 titres

J'ai beau pratiquer de façon assidue les disques promo hors-commerce destinés aux professionnels, l'inventivité des services marketing et les budgets alloués à ces projets continue régulièrement de m'ébahir. Il y avait eu par exemple le digipack CD-DVD de Robin Leduc il y a quelques moi, mais ce disque de Radar est pas mal non plus dans le style.
Le nom est bateau au possible (il y a 33 artistes nommés Radar chez Discogs !), mais ce qui m'a attiré dans ce disque, outre qu'il était dans le bac à 10 pence et qu'il était bien visible car sa pochette cartonnée allongée est bien plus grande que la moyenne, c'est le travail graphique, que j'ai trouvé plutôt réussi, qui est dû au studio Intro de Londres, qui a aussi fait la pochette d'Xtrmntr de Primal Scream.



Ce disque est un "album sampler", c'est à dire un échantillon censé donner un avant-goût de l'album Bright like the sun à paraître. On y trouve les faces A des trois singles de Radar parus chez EMI en 2006 et trois autres extraits de l'album.
Ce n'est pas une surprise vu que ce disque a été acheté et édité en Angleterre, mais à l'écoute on ne se pose pas de question sur l'origine du groupe : ce sont sans conteste des anglais.
Musicalement, c'est poppy, avec des côtés ska, des touches de synthétique. On pense très fort aux Specials en écoutant War out there, évidemment à Fun Boy Three quand il est question de Lunacy. Pour des points de référence plus contemporains, on se penchera sur des gens qui ont les mêmes sources d'inspiration, comme Gorillaz ou les Dub Pistols. Ce disque est d'ailleurs mixé par Jason Cox, qui a travaillé avec Gorillaz, et produit par Dan Carey, qui a travaillé avec une multitude de gens, dont CSS et The Kills. S'il n'y a là rien de très nouveau et original, donc, l'ensemble est en tout cas très agréable, surtout 5th columnist, War out there et la chanson Bright like the sun.
Parmi les autres objets promo de Radar diffusés par EMI, il y a trois CD "mix tape" compilés par le groupe. Je n'ai la liste des titres que du premier et j'ai vraiment du mal à comprendre l'objectif recherché : on y trouve un titre de Radar associé à dix-neuf titres, des classiques comme le Clash et les Stranglers et des contemporains comme Audio Bullys et Fischer Spooner. Ça peut aider les chroniqueurs et susciter des comparaisons plus ou moins flatteuses, mais je ne suis pas sûr que d'exposer à ce point les goûts personnels d'un jeune groupe fasse beaucoup avancer sa cause.
Il n'y a évidemment pas de cause à effet, mais le comble du comble c'est que j'ai appris chez All Night Sharing Party qu'au bout du compte EMI n'a jamais sorti l'album Bright like the sun de Radar. Les trois singles sortis coup sur coup n'ont pas dû suffisamment se vendre et les premières réactions à l'album n'ont pas dû être suffisamment bonnes. En tout cas, après avoir tant investi en 2006, EMI a laissé tombé Radar en 2007. Le groupe a auto-produit un quatrième single en 2007, First to last, malheureusement bien nommé car il a été le dernier du groupe. Trois des membres du groupe ont ensuite fondé H:U:M:A:N:S, mais ce projet ne semble pas avoir duré très longtemps...
Pour ma part, il m'arrive quand même un truc pas trop courant, puisque je me retrouve avec un disque qui est un bel objet, mais qui se trouve être l'extrait d'un album qui n'existe pas !





30 mai 2020

TIGHTEN UP VOLUME 2


Acquis chez Happy Cash à Dizy le 23 mai 2020
Réf : TTL-7 -- Édité par Trojan en Angleterre en 1969
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Pour les vide-grenier cette année j'y compte même pas. Ce sera presque une bonne surprise s'il y en a quelques-uns d'organisés dans quelques mois (et dans quelles conditions ?). Mais les dépôt-vente, les ressourceries et les Emmaüs ont rouvert et je me suis remis à acheter des disques.
Happy Cash, je passe devant quasiment toutes les semaines mais je n'y vais presque jamais car leur petit rayon de disques est généralement cher et peu intéressant. Mais là, après deux mois de disette, je me suis dit que ça valait le coup d'y faire un tour rapide. Et j'ai bien fait, car il y avait un peu de 33 tours, leurs trucs habituels avec des Sardou à 5 € et des Kiss tout pourris à 15 €, mais il y en avait aussi quelques-uns à 2 € et j'en ai pris deux.
L'un est une réédition d'un album de 1959 de Fats Domino, Sings million record hits, avec notamment Be my guest, qui est réputé être l'un des titres de rhythm and blues qui ont le plus influencé la naissance du ska. Et ça nous fait une transition avec l'autre disque, cette très belle compilation reggae de 1969.
J'avais noté que cet exemplaire avait une pochette générique pour le Volume 3, alors que je sais que, en général, les pochettes de cette série sont illustrées de photos de femmes assez peu vêtues.
Comme il n'y avait pas de mention du numéro de volume sur les étiquettes du rond central, ce n'est qu'après coup que j'ai constaté que j'avais acheté le disque du Volume 2 glissé dans la pochette du Volume 3. Dommage, mais pas grave car le disque en lui-même est excellent.
On ne peut pas tout avoir...! Voici ce qui me manque : La pochette de mon disque Volume 2 et le poster qui était à l'intérieur de ma pochette Volume 3 :





En 1969, le reggae était en train d'exploser en Angleterre et Trojan en était le principal pourvoyeur. Mais cela concernait surtout des 45 tours, dont un bon nombre se retrouvait dans le classement des meilleures ventes. Pour toucher un public plus large et commencer à vendre des albums, Trojan a eu l'idée de sortir Tighten up, une compilation de ses derniers succès à prix économique, vendue dans le circuit de la grande distribution, comme les magasins Woolworth's, l'équivalent des Prisunic français.
Ça a tellement bien marché que huit volumes de Tighten up sont sortis jusqu'en 1973. Sorti quelques mois après le premier, le Volume 2 est celui qui a eu le plus de succès. Si certains des volumes tardifs n'ont connu que trois éditions différentes, on en compte vingt et une chez Discogs pour le 2. La plus récente est un 33 tours picture disc, mais je recommande l'édition Deluxe en double CD, avec les 12 faces B des titres originaux et 24 autres titres bonus. Il y a aussi le coffret triple CD Trojan 'Tighten up' de 2000, avec une sélection de 50 titres pris dans les huit volumes parus.
Ce qui compte, c'est que la réputation de cette compilation est largement méritée. Les douze titres s'enchaînent parfaitement et on passe un très bon moment d'un bout à l'autre.
Pour ce qui est du titre d'ouverture, Long shot kick the bucket des Pioneers, ma génération a découvert cette chanson en 1980 avec la reprise des Specials sur l'EP live Too much too young. Cette version originale de l'histoire du canasson Longshot qui clabote pendant une course est plus chaloupante. S'ensuivent John Jones de Rudy Mills et Fire corner, crédité à Clancy Eccles mais avec le DJ King Stitt au micro. Mon titre préféré est peut-être bien Wreck a buddy des Soul Sisters, basé sur L'enfant au tambour. Il s'agit d'une réponse au Wreck a pum pum de Prince Buster et visiblement la réplique des filles est aussi salée et salace que la chanson du mec. La face se termine sans répit avec le Reggae in your jeggae de Dandy Livingstone et Fattie fattie de Clancy Eccles.
La face B est dominée par trois compositions de Lee Perry. Elle s'ouvre et se ferme avec deux excellents instrumentaux des Upsetters, le tube Return of Django et le déjà bien cinglé Live injection, et au milieu il y a Come into my parlour, un titre chanté par les Bleechers sur une base instrumentale similaire. Les autres titres sont l'excellent et déjà très roots Sufferer des Kingstonians (peut-être bien mon autre titre préféré de l'album), Moonlight lover de l'américaine Joya Landis et Them a laugh and a ki ki des Soulmates (Hi ! Hi !, ça chatouille !).
L'album en entier est en écoute ci-dessous. Même sans vide-grenier et même sans la bonne pochette, si je peux trouver chaque semaine un album paru il y a un demi-siècle de cette qualité pour 2 €, je signe tout de suite !

21 juillet 2012

THE BEAT : Save it for later


Acquis probablement à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en 1982
Réf : 104 286 -- Edité par Arista en France en 1982
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Save it for later -/- What's your best thing ?

Sur le même modèle que ce qui a été fait pour The Jesus and Mary Chain, et notamment Psychocandy, Edsel vient de rééditer les trois albums de The Beat, I just can't stop it, Wh'appen et Special Beat Service, en albums de 2 CD + 1 DVD qui doivent couvrir l'intégralité de la discographie officielle du groupe, plus des inédits, des sessions radio et des titres en concert.
Une réédition qui me fait très plaisir car The Beat est un groupe que j'aime beaucoup et qui semble un peu oublié ces dernières années. Ils ont peut-être un peu souffert de leur association initiale avec 2 Tone et le mouvement ska de 1979. Musicalement, ils étaient probablement supérieurs à Madness, et même plus éclectiques que les Specials, incorporant plus d'éléments pop et rock à leur sauce ska-reggae-Caraïbes.
Pour fêter ça, j'ai choisi un 45 tours français de The Beat. Il se trouve que, pour la plupart, leurs 45 tours anglais avaient des pochettes neutres et très rétro de leur label Go Feet. Arista, qui sortait leurs disques sous licence en France, a préféré la plupart du temps créer une pochette plus spécifique. Le résultat n'est pas renversant, mais ça donne quand même des pochettes un peu rares. Pour celle de Save it for later, le label a pris une photo noir et blanc du groupe datant de la même session que celle du 45 tours précédent, Monkey murders (un titre qui n'est jamais sorti en face A en Angleterre. Arista n'avait pas dû aimer assez Doors of your heart).
Save it for later est l'un des titres pop-rock de de The Beat, taillé un peu sur le même modèle que Best friend, l'un des singles extraits du premier album. Là, on en était au troisième et le groupe allait bientôt se séparer (Au 21e siècle, deux versions du groupe tournent séparément). La chanson s'ouvre par un riff très accrocheur à la guitare et est marquée par une rythmique particulière, qui fera le succès par la suite des Fine Young Cannibals. Je ne crois pas que ce single a très bien marché en Europe, mais il a eu du succès aux Etats-Unis et il a suffisamment marqué les esprits pour avoir été repris aussi bien par les Who que par Pearl Jam.
La face B, What's your best thing ?, démarre très bien, mais ensuite il semble y avoir des problèmes de construction : on se demande si les musiciens jouent ensemble et on cherche un vrai refrain. Peut-être qu'ils n'ont pas suffisamment travaillé dessus, et ça explique sûrement pourquoi ce titre n'est pas sur l'album.
En tout cas, ça reste un excellent disque, comme presque tout ce qu'a fait The Beat, et quand je l'écoute je dois me pincer pour me rappeler que ça fait déjà trente ans que je l'ai acheté.


La vidéo d'époque de Save it for later. Le son particulièrement pourri ne rend pas bien compte de la pêche de l'enregistrement original.

26 août 2023

MIKE OLDFIELD : In dulci jubilo


Acquis sur le vide-grenier de Pierry le 30 septembre 2012
Réf : 640.079 -- Édité par Virgin en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ommadawn -/- In dulci jubilo

A la fin des années 1970, il y avait pas mal de copains autour de moi qui avaient des albums de Mike Oldfield, souvent Tubular bells, mais aussi Hergest ridge. Généralement, ces copains avaient aussi des disques de Genesis, Ange, Pink Floyd, Supertramp...
Pour moi, Oldfield a toujours été principalement un artiste à albums, même si, avec mon frère, le premier titre qu'on a écouté et apprécié de lui était un 45 tours, le très folky Portsmouth. C'est pour ça que j'ai été surpris en lisant récemment un article à son sujet dans Mojo ou Uncut d'apprendre qu'il avait non seulement sorti beaucoup de singles, mais que, sans être à proprement parler une pop star, il avait eu un bon paquet de tubes. J'aurais pu éventuellement citer Moonlight shadow et To France, mais il y en a eu un paquet d'autres qui ont été un grand succès dans l'un ou l'autre pays du monde.

C'est l'occasion de ressortir ce 45 tours trouvé à Pierry il y a presque onze ans, dans un lot d'une vingtaine de disques à 20 centimes pièces, le jour même où j'avais trouvé sur un autre stand le légendaire Too fortiche des Yper-Sound. Ce disque m'intéresse pas tant pour sa musique que parce qu'il est une très bonne illustration des acrobaties éditoriales des maisons de disques françaises au fil des années.

Avec cette pochette, on n'est pas si loin de celle de Saint-Amand. Elle se contente d'annoncer en gros "In Dulci Jubilo du nouveau chef-d’œuvre de Mike Oldfield Ommadawn". C'est un peu présomptueux, mais pourquoi pas. Autre bizarrerie : avec tout ça, on s'attendrait à ce qu'In dulce jubilo soit la face A du disque, or les étiquettes de rond central la placent en face B.

Problème : sur l'album Ommadawn, aussi bien dans l'édition originale anglaise sortie le 21 octobre 1975 que dans son équivalent français (référence 940 513, distribution par la filiale de Barclay Compagnie Phonographique Française/C.P.F.), aucune trace d'In dulce jubilo...!
Cet album ne comporte qu'une seule composition, Ommadawn, divisée en Partie 1 et Partie 2 sur les deux faces de l'album. Notons, ça va nous être utile pour la suite, que la Partie 2 se termine par une chanson, qui n'a pas de titre spécifique sur l'album mais qui, par la suite, a été désignée comme étant On horseback.

Moins d'un mois après l'album, le 14 novembre 1975, Mike Oldfield a sorti en Angleterre un single "de Noël", avec en face A, un inédit, In dulce jubilo, et On horseback en face B.
Mon 45 tours référencé 640 079 est l'édition française de ce single, sortie vraisemblablement au tout début de 1976.
Mais alors, cette information sur la pochette laissant entendre qu'In dulce jubilo est tirée d'Ommadawan, elle est fausse ??

Eh bien non, cette information est vraie ! Parfois, il faut savoir prendre le taureau par les cornes, quitte à modifier la réalité si elle ne nous convient pas. Visiblement, C.P.F. voulait bien publier en France In dulce jubilo, mais à condition que ça serve à faire la promotion du nouvel album Ommadawn. Alors, ni vu ni connu je t'embrouille, ils ont aussi publié début 1976 une deuxième édition de l'album Ommadawn, référencée 940 529, sur laquelle, Abracadabra, on trouve In dulci jubilo à la fin de la face B.
Pourquoi pas, puisqu'après tout, cette pratique d'ajouter d'un single anglais sur un album à l'étranger est vieille comme le rock (On peut citer l'exemple de Gangsters sur le premier album des Specials). Sauf que ces imbéciles de C.P.F. ne se sont pas contentés d'ajouter ce nouveau titre, ils en ont profité pour supprimer On horseback, alors qu'on atteignait à peine 21 mn sur la face en laissant la partie 2 d'Ommadawn intacte. Ils auraient pu compenser en conservant On horseback sur le 45 tours, comme en Angleterre, mais non, ils ont choisi d'y mettre un extrait du "chef-d’œuvre"...
J'imagine la rage d'Oldfield si on lui a un jour dévoilé ce tour de passe-passe. C'est un manque complet de respect pour son œuvre, un peu comme si un galeriste avait de son propre chef coupé le coin d'un tableau pour le remplacer par un bout d'une toile plus récente.

In dulce jubilo (Dans la douce réjouissance) est un chant de Noël allemand qui remonterait au XIVe siècle. Mike Oldfield en a enregistré une première version en octobre 1974, sortie en février 1975 en face B du 45 tours Don Alfonso. Cette version, In dulce jubilo (for Maureen), est dédiée à sa mère, morte deux mois après l'enregistrement.
Oldfield pensait qu'il pouvait faire mieux que cette version. C'est pour cela qu'il l'a retravaillée et complétée. Cette deuxième version d'In dulce jubilo, celle de mon 45 tours est un instrumental très folk-rock. Les flûtes de Les Penning dominent la première partie, avant l'intervention de la guitare électrique de Mike Oldfield. Le succès a été au rendez-vous, puisque le 45 tours a été classé 4e du hit parade anglais. Dans le même esprit, la paire Oldfield/Penning fera encore mieux l'année suivante avec Portsmouth, qui se classera 3e.

Pour l'autre face, la A selon les étiquettes, qu'a donc choisi le label français pour remplacer On horseback ? Eh bien, quitte à faire du charcutage, il a été décidé de découper un extrait d'Ommadawn, précisément les dernières minutes de la Partie 1. Cerise sur le gâteau, il parait que le mixage sur cette version est différent de celui de l'album.
Comme Mike Oldfield est multi-instrumentiste et réputé pour être un sorcier du studio, j'ai toujours pensé qu'il enregistrait principalement seul, à part les chanteurs invités. Mais c'est loin d'être le cas. Rien que sur Ommadawn, il est accompagné par les percussionnistes du groupe Jabula, Paddy Moloney des Chieftains à la cornemuse irlandaise, Pierre Moerlen de Gong aux timbales, et Sally Oldfield et Bridget St John au chant.
En fait, j'aime bien la première partie de cette face, avec le chant, les percussions et encore des flûtes. Ça se gâte sur la fin avec le solo de guitare de Mike Oldfield couplé avec des synthés, qui est à peu près inécoutable pour moi et qui me rappelle pourquoi j'ai toujours détesté le rock progressif.
Les paroles en tout cas ne manquent pas d'humour. Même si elles sont retravaillées pour les rendre obscures, elles seraient dérivées de l'irlandais et signifieraient : "Papa est au lit, le chat boit du lait, je suis l'idiot chantant", "Ommadawn" désignant l'idiot.

En France en tout cas on appréciait cette musique. Et en 1977, quand Polydor a repris la distribution de Virgin, ce 45 tours a été réédité sous la référence 2097 930, de façon un peu plus cohérente, avec l'illustration de pochette et le titre de l'album Ommadawn mis en évidence.


Mike Oldfield, In dulce jubilo.


Mike Oldfield pendant l'enregistrement de l'album Ommadawn, un reportage de 1975.


Mike Oldfield, Ommadawn, en concert au festival de Knebworth en 1980.

06 septembre 2025

MADNESS : Baggy trousers


Acquis d'occasion dans la Marne au 21ème siècle
Réf : 640 203 -- Édité par Stiff en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Baggy trousers -/- The business

Il s'est passé moins d'un an entre la sortie des deux premiers albums de Madness, suffisamment de temps pour que mon attitude vis-à-vis du groupe change du tout au tout. Quand One step beyond est paru, on était en pleine folie ska. J'ai gagné l'album lors d'un concours Feedback, on dansait sur le morceau-titre à toutes les fêtes..., mais j'avais déjà une préférence pour les Specials. L'année suivante, j'avais largement de quoi m'occuper avec mes chouchous de la new wave, d'Elvis Costello à XTC, en passant par Devo, The Cure et Magazine. Alors, quand Absolutely est sorti, je ne m'y suis pas du tout intéressé, et je crois qu'aucun de mes copains ne l'a acheté non plus. Il faut dire aussi que j'avais été rebuté par une courte chronique dans Best ou Rock & Folk, qui expliquait que la chanson parlait de pantalons bouffants, ce qui n'est pas vraiment le cas, mais ça ou les "pork pie hats", ça ne m'intéressait pas ou plus du tout. 

Quarante-cinq ans plus tard, alors que je l'ai acheté entre-temps, je trouve qu'Absolutely, comme la plupart des albums de Madness, est un disque très inégal, mais les deux premiers singles qui en ont été extraits, Baggy trousers et Embarrassment, sont parmi les meilleures chansons du groupe, de vrais classiques de la pop anglaise.
C'est après avoir vu sur Arte le documentaire Madness : Prince du ska, roi de la pop (disponible en ligne jusqu'au 22 septembre 2025) que j'ai eu envie de ressortir ce 45 tours.

La pochette est une illustration par Humphrey Ocean, un ami du groupe. Il a joué avec Ian Dury comme bassiste de Kilburn & the High Roads de 1970 à 1973 et a sorti sur un single chez Stiff en 1978. En tant que graphiste et peintre, il a signé des pochettes pour 10cc et Wings/Paul Mc Cartney et son parcours l'a mené notamment à la National Portrait Gallery et à la Royal Academy.
Son dessin est fait d'après une photo qu'on retrouve au recto de la pochette d'Absolutely. Je ne sais pas trop pourquoi, mais il a remplacé la nom de la station de métro Chalk Farm par Cairo East. Peut-être une référence au titre du premier album Night boat to Cairo ?

Baggy trousers a encore des accents ska, mais c'est assez léger. Ce qui m'accroche le plus musicalement dans la chanson, c'est la transition entre les couplets et le début du refrain avec son "Oh what fun we had". Le "Baggy trousers" en ad lib à la fin reste bien en tête après la fin de la chanson et c'est presque un deuxième refrain.
Le groupe a souvent raconté ses souvenirs à propos de cette chanson, notamment à Seven ragged men pour les quarante ans en 2020.
Thématiquement, l'idée était de faire une chanson à la Ian Dury, et aussi de répondre en quelque sorte à Pink Floyd et son Another brick in the wall, qui racontait l'enfer des écoles privées anglaises à internat, avec des souvenirs de scolarité dans une école publique "comprehensive" (l'équivalent du collège unique). Pour l'auteur des paroles, le chanteur Suggs, ça donne "Tout ce que j'ai appris à l'école, c'est à plier les règles et non pas les briser".

Avec tout ce que le groupe sortait, Madness réussissait quand même à caser des faces B inédites sur ses singles. Bon, il faut pas trop en demander non plus : The business est un titre sans paroles, composé par Mike Barson, le clavier du groupe. Dans la lignée de leur version de Swan lake ou de Night boat to Cairo, il est de bonne tenue.

La chronologie de l'année 1980 de Madness donne le vertige tellement c'est frénétique. La tournée européenne qui a suivi la sortie d'Absolutely est même passée par la Maison des Sports à Reims le 24 octobre 1980, avec The Lambrettas en première partie. Je n'y étais pas, mais avec les copains on dansait encore sur One step beyond à la toute fin de l'année :


"Oh what fun we had". On s'amusait bien à faire le 'train' de One step beyond à la salle des fêtes de Moncetz pour le réveillon du 31 décembre 1980.
Merci à Isabelle, Éric et Patrick pour la photo.


En 2011, Madness a enregistré une nouvelle version de Baggy trousers. Pas pour une bonne raison, malheureusement, c'était pour une pub pour la bière 1664 de Kronenbourg (la chanson avait déjà servi pour une pub Colgate dans les années 1980). Pour l'occasion, Baggy trousers a été ralentie et rebaptisée Le grand pantalon. Malheureusement, les paroles n'ont pas été traduites, on a un juste un rythme de valse et de l'accordéon pour le côté franchouillard.

Il y a eu diverses séparations et reformations du groupe depuis 1980. Madness sera en tournée en Angleterre en cet automne 2025, avec Squeeze en première partie.




Madness, Baggy trousers, en concert à Amsterdam le 18 octobre 1980. Diffusé dans l'émission Countdown.


Madness, Embarrasment, Baggy trousers et Madness, en concert au festival Pinkpop le 8 juin 1981.


Madness mime Baggy trousers dans l'émission Top of the Pops en 1980.


Madness, Le grand pantalon, en 2011.